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 [OS] Ceux qui restent

Charlotte Meyer-WarlockAuroravatar
Messages : 545

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Samedi 1 Juillet 2007

Lorsque son téléphone avait sonné, elle était sous la douche. Elle avait coupé l'eau chaude - pour ne pas dire brûlante - et s'était enroulée dans une serviette, répandant de l'eau sur son tapis lorsqu'elle se dirigea vers la table basse pour attraper son portable. C'était un cadeau de ses parents et pour être tout à fait honnête, elle s'en servait assez peu. Elle contactait les sorciers avec des moyens évidemment bien différents et ne s'en servait que pour parler à sa famille et à quelques copines moldues de temps en temps, celles qu'elle n'avait pas trop perdu de vue étant donné que leurs parents se connaissaient. Oh, elle avait également le numéro de Jensen qui en possédait un pour les même raisons qu'elle. Et celui d'Eliott, aussi. Son cœur se serra à cette pensée. Ils ne s'étaient plus parlés depuis une semaine, depuis qu'elle était passée chez lui après sa dispute avec Lilly. Elle avait évité ses appels et ses SMS, ne lui avait écrit qu'une seule fois pour lui dire que non, elle ne lui en voulait pas et que si, ça allait. Ce n'était pas vraiment un mensonge. Et ce n'était pas vraiment la vérité. Elle ne lui en voulait pas, pas comme elle en voulait à Lilly. Mais elle n'arrêtait de repenser à toute cette histoire, elle n'arrivait pas à se sortir tout cela de l'esprit et la dernière chose qu'elle avait envie de faire, c'était bien voir Eliott - même s'il lui manquait, paradoxe quand tu nous tiens - ou Lilly. Elle avait envie d'être seule pour faire le point et pour arriver à accepter ce qui s'était passé. Elle avait besoin de temps pour se calmer, pour arrêter de ressasser sans cesse les même choses.

Dire qu'elle n'était pas au mieux de sa forme depuis une semaine aurait été un euphémisme. Après avoir parlé à Eliott samedi dernier, elle était rentrée chez elle pour s’effondrer en larmes dans son salon, tout ce qu'elle avait contenu face à Lilly puis Eliott. Elle avait passé le week-end enfermée chez elle à déprimer en regardant des films américains à la télé, avec pour seule compagnie son chat et des plats pas équilibrés. Même Mangelettres n'était pas rentré. Si même son hibou la laissait tomber... Mais si elle avait passé son week-end comme une loque, elle s'était forcée à faire bonne figure au Bureau, pour la dernière semaine de Mika. Il avait bien dû remarquer que quelque chose n'allait pas, tout comme Seamus, elle l'avait vu dans leurs regards mais ils avaient tous les deux eu la délicatesse de ne rien dire. Elle s'était plongée à corps-perdu dans son travail, restant à des heures indues le soir, uniquement pour éviter de repenser à Lilly et Eliott, uniquement pour empêcher cette sensation de malaise revenir. Elle aurait voulu en parler à quelqu'un, juste pour décharger tout ce qu'elle avait sur le cœur mais ne se voyait pas discuter de cela avec Seamus. L'idéal aurait bien évidemment été Lilly mais la colère qu'elle ressentait à son encontre quand elle repensait à son ancienne amie était suffisamment dissuasive. Et elle lui avait de toute manière dit tout ce qu'elle avait à dire. L'autre solution aurait été Jensen, son meilleur ami, mais elle n'avait pas eu la force de lui infliger ce qu'elle était en train de subir. Surtout que cela serait pire dans son cas, vu que c'était Lilly, la fautive. Il était tellement heureux en ce moment, elle ne voulait pas briser tout cela.
Sauf qu'elle ressentait de la culpabilité à l'idée de lui cacher cela. A sa place, elle aurait voulu savoir. Mais elle estimait que ce n'était pas son rôle de lui apprendre, c'était à Lilly, à qui on pouvait au moins reconnaître le mérite d'avoir été honnête quand il aurait été si facile de tout occulter. Malgré cette excuse, elle n'arrêtait pas de se dire qu'elle devait le dire à Jensen. Mais quelque chose lui soufflait que si elle avait tant envie d'en parler à Jensen, c'était par vengeance envers Lilly, pour lui donner un coup, pour lui rendre un peu la monnaie de sa pièce. Mais sa raison lui hurlait qu'elle regretterait une fois calmée et elle s'abstenait, renonçant à chaque fois à la dernière minute. Ne pas pouvoir parler à Jensen lui pesait, elle aurait aimé lui dire ce  qu'elle avait sur le cœur, qu'il la console et passer un moment avec lui, juste à savoir qu'il était là et que lui ne lui ferait pas autant de mal que Lilly. Parfois, elle avait encore du mal à appréhender. Elle avait tellement l'habitude de pouvoir compter sur Lilly que se dire que c'était fini lui faisait étrange. Mais elle était tellement en colère, elle lui en voulait tellement qu'elle n'arrivait pas à imaginer que ça puisse aller mieux un jour. Elle avait eu tellement foi en Lilly qu'elle avait l'impression que tout une partie de son monde s'était écroulé, en une soirée. Et c'était sûrement ça le plus douloureux.

Elle jeta un coup d’œil à l'écran en attrapant le portable et fut surprise d'y lire un numéro inconnu. Peu de personnes avaient son numéro, cela devait être une erreur ou de la publicité. A moins que sa mère ne tente encore de la caser avec le fils "tout à fait charmant" d'un collègue. Elle avait refusé de lui parler d'Eliott, tout simplement parce qu'elle n'avait pas envie de voir ses parents s'en mêler pour le moment et il était fort possible que Rosemary le lui fasse payer en faisant comme s'il n'existait pas. Et pourtant, malgré tout ce qui avait pu se passer, malgré le fait qu'ils ne soient pas parlés depuis une semaine, Charlotte considérait qu'ils étaient encore ensemble. C'est juste que... Elle n'avait pas le cœur à cela ces jours-ci.

- Allô ?
- Charlotte ? s'enquit une voix qui lui semblait lointaine.

Il y avait du bruit en fond sonore, des téléphones qui sonnaient et un brouhaha perpétuel, comme dans une pièce bondée. En entendant son prénom, Charlie ne put s'empêcher de froncer les sourcils.

- Oui ?
- Ici l’hôpital St-Thomas. Nous avons trouvé votre numéro dans le téléphone de Monsieur Warlock.

Le vertige qui la saisit brusquement l'obligea à s'assoir sur le canapé, le cœur battant et les jambes soudain tremblantes. C'était la première fois de sa vie qu'elle se retrouvait dans cette situation mais elle savait très bien que recevoir l'appel d'un hôpital n'était jamais une bonne chose. Incapable de prononcer le moindre mot, elle attendit que la femme du téléphone reprenne la parole.

- Monsieur Warlock a été admis au service des urgences ce matin aux environ de neuf heures suite à un accident de la circulation. Le taxi de Monsieur Warlock est entré en collision avec un bus. Nous...
Et la voix continuait, impitoyable, prononcant des mots qui semblaient tellement vides de sens. Charlotte avait l'impression que rien n'avait de sens et puis de toute manière, elle n'entendait pas bien, comme si elle avait la tête plongée sous l'eau ou dans du coton. Tout était tellement irréel, quand on y pensait bien. Elle ne pouvait pas être dans son salon à dix heures du matin, en serviette, à entendre quelqu'un lui dire qu'Eliott avait eu un accident de voiture et qu'il était désormais dans le coma pour une durée indéterminée. C'était absurde, cela ne voulait rien dire, c'était comme si son cerveau refusait d'assembler les mots pour en faire des phrases cohérentes. Elle avait l'impression que ce n'était qu'un rêve et tout semblait corroborer cette version, du rayon de soleil d'été qui chauffait la pièce au bruit des dernières gouttes d'eau qui tombaient dans sa douche.

- Vous êtes toujours là, Charlotte ? s'enquit soudain la voix.

Elle ne sut même pas d'où vint la force, la logique de répondre. Elle avait envie d'éteindre son téléphone et de retourner sous la douche, de sentir l'eau brûlante sur son corps jusqu'à en avoir les sens anesthésiés, parce que ça, au moins, elle saurait que c'était la réalité.

- Oui, répondit-elle d'une voix égale. Oui, je suis toujours là.

Et la femme se remit à parler, inlassablement. Et au bout d'un moment, sans savoir pourquoi, Charlotte raccrocha et le silence retomba dans la pièce. Elle fixa longtemps la table basse sans vraiment la voir, sans arriver à retrouver un semblant de cohérence dans son esprit. De l'eau gouttait sur sa peau, provenant de ses cheveux mouillés mais elle s'en fichait. Elle resta un long moment comme cela, jusqu'à ce que le rayon de soleil effleure ses jambes nues. Et elle releva les yeux vers la pendule, qui indiquait dix-heures et demi. Et la réalité la heurta soudainement en plein visage, comme si elle émergeait de l'eau brusquement. Eliott était à l'hôpital. Les mots tournaient dans sa tête tellement vite, tellement fort, trop vite, trop fort, qu'elle ressentit le besoin de se lever, de bouger, de faire quelque chose. Sa soudaine apathie avait laissé place à une panique sourde, qu'elle ressentait dans sa poitrine, à une fébrilité qui s'illustrait par ses mains tremblantes. Et si son cerveau avait comme refusé de fonctionner pendant un temps, il reprit soudainement son emploi et elle se força à penser de manière cohérente, pour ne pas céder à la panique totale, elle s'efforca de voir les choses d'un oeil neutre, extérieur, comme elle l'aurait fait pour une affaire. Eliott avait eu un accident de voiture un peu avant neuf heures. Il était à l'hôpital St-Thomas. Il était dans le coma. Et si elle sentit son cœur s'emballer à cette idée, elle se força à fermer les yeux et à se calmer, s'appuyant sur le comptoir de sa cuisine. Elle devait rester calme. Elle inspira profondément une fois, deux fois, trois fois et rouvrit lentement les yeux. Elle avait toujours le vertige mais se sentait plus apaisée.

Sans attendre, elle se dirigea vers sa chambre pour s'habiller et sécher et démêler ses cheveux d'un coup de baguette magique. Elle devait aller à l'hôpital. Si elle s'était levée, c'était pour aller s'entraîner un peu avec ses collègues mais tout cela lui semblait tellement dérisoire. Elle ne connaissait pas St-Thomas, elle n'avait jamais fréquenté les hôpitaux moldus depuis son arrivée à Londres. Elle ne pouvait pas transplaner comme cela, pas sans point de repère. Le métro. Elle allait prendre le métro. Elle attrapa son sac et sortit de l'appartement sans se soucier de Peanut qui miaulait. La station de métro la plus proche était à cinq minutes en temps normal. Elle semblait deux fois plus loin aujourd'hui. Le plan du réseau lui semblait incompréhensible, comme si elle avait fait face à une langue étrangère et elle dû prendre sur elle pour ne pas s'énerver, pour ne pas hurler sa frustration et son angoisse à tous les passants. Elle finit par repérer St-Thomas et tous les changements qu'elle avait à faire et qui lui donnait déjà la nausée. Elle n'avait pas pris le métro depuis des mois et devoir courir à travers ce dernier aujourd'hui lui donnait presque envie de rire sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Le trajet fut à la fois infiniment long et beaucoup trop rapide et elle émergea sous un soleil radieux quarante minutes plus tard, face au St-Thomas Hospital. Elle avait déjà vu ce bâtiment, installé sur les rives de la Tamise, pas très loin de Westminster mais n'avait jamais pensé qu'elle y rentrerait un jour et sûrement pas pour voir quelqu'un qu'elle connaissait.

Le hall de l'hôpital était rempli et la salle d'attente bondée. C'était bruyant, animé, oppressant. Elle n'était pas venu souvent dans un hôpital et jamais pour d'autres personnes. La dernière fois, c'était à Oxford, il y a sept ans, après une chute de vélo où ses parents avaient craint qu'elle ne se soit cassé le poignet alors qu'il n'y avait rien en réalité. Mais là, c'était différent. Et à vrai dire, elle avait encore du mal à réaliser ce qui se passait vraiment. Elle avait bien évidemment conscience que c'était grave, que c'était vrai mais malgré cela, elle n'arrivait pas vraiment à appréhender l'idée. Elle passait de moments de fébrilité et d'angoisse à des moments où elle était presque détachée, où elle faisait tout mécaniquement. Et elle n'arrivait pas à savoir si c'était normal où si elle était incapable de gérer cela seule, si elle était incapable de faire face à cette situation. Elle s'était toujours considéré comme quelqu'un de solide, peut-être qu'elle s'était surestimée. Peut-être qu'elle n'arriverait à rien, qu'elle s'écroulerait dès qu'elle aurait vraiment réalisé. Elle finit par arriver au comptoir de l’accueil, pour faire face à un secrétaire souriant.  

- Puis-je vous aider ? avait-il demandé, affable.

Il était impressionnant de voir à quel point de simples questions pouvaient aujourd'hui entrainer chez elle un tel temps de réflexion. Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'elle n'ait la présence d'esprit de répondre.

- Je... On m'a appelée ce matin. Mon petit-ami a été admis ce matin, je ne sais pas s...
- Son nom ? la coupa le secrétaire sans se départir de son sourire.
- Eliott Warlock.
- Deux t à Eliott ?

Charlotte hocha la tête tandis que le secrétaire pianotait sur son ordinateur. Il finit par relever la tête, son éternel sourire aux lèvres.

- Premier étage, annonça-t-il. Vous pouvez prendre cet escalier là, lui indiqua-t-il en se levant à moitié de sa chaise pour lui désigner ledit escalier. Le bureau des infirmiers sera sur votre droite.

Elle le remercia et s’effaça pour céder la place à un vieux monsieur qui exigeait de voir un docteur d'une voix stridente. Tandis qu'elle montait les escaliers, elle porta la main à sa ceinture pour sentir sa baguette magique dissimulée par sa blouse de coton. Le contact du bois la rassura sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Elle avait beau être une sorcière, cela ne lui était d'aucune utilité pour le moment. Sauf si... Peut-être devrait-elle contacter Sainte-Mangouste pour un transfert ? Il avait beau vivre dans le monde moldu, Eliott restait un sorcier et peut-être que les Médicomages sauraient quoi faire et pourraient être plus utiles que les médecins moldus. Même si quand on y pensait bien, Sainte-Mangouste aurait du mal à gérer les conséquences d'un accident de voiture, ce n'était pas dans leurs cordes. Et elle savait très bien qu'ils ne savaient pas remédier au coma, exactement comme les médecins moldus. Un transfert était inutile. La magie était inutile. Et elle retira brusquement la main de sa baguette magique.
Le bureau des infirmiers était bien sur la droite comme lui avait indiqué le secrétaire mais elle n'eut pas besoin de s'y diriger. Une infirmière sembla remarquer son air perdu et se dirigea vers elle immédiatement pour lui demander si elle pouvait l'aider.

- On m'a appelée ce matin, répéta-t-elle comme au secrétaire. Mon petit-ami a été admis pour un accident de voiture et...
- Oh, oui, je vois, c'est ma collègue Greta qui vous a téléphoné. Charlotte, c'est bien cela ? Votre numéro était le premier dans le répertoire. Venez, suivez-moi.

Elle la mena jusqu'à un comptoir où était installé un ordinateur et pianota quelques instants.

- Greta vous a tout expliqué au téléphone, non ?

Charlie hocha la tête et l'infirmière lui retourna un sourire compatissant qui la fit se sentir encore plus mal sans qu'elle sache vraiment pourquoi.

- On a retrouvé plusieurs papiers dans son portefeuille mais pas d'attestation de mutuelle. Vous auriez des informations à ce sujet ?

Une mutuelle ? Elle-même n'en n'avait même pas, elle voyait son Médicomage référent et plus de médecins moldus. En arrivant dans le monde moldu, Eliott n'avait pas dû faire les démarches. Il était déjà difficile pour un sorcier de se faire faire une identité légale dans le monde moldu alors penser à se faire une mutuelle... Il fallait faire les démarches au Ministère pour qu'il vous délivre une identité moldue mais c'était souvent assez long car ils devaient traiter avec une partie spécifique de l'administration qui devait s'arranger pour faire faire les papiers sans expliquer pourquoi. Pour excercer en tant que chauffeur de taxi, Eliott devait forcément avoir quelqu’un de ses papiers et les autorisations adéquates mais elle ne savait pas s'il avait le reste. Elle allait devoir contacter le Ministère pour arranger cela, en leur faisant comprendre que c'était une urgence. Elle n'avait pas de contact dans ce service mais son badge d'Auror - utilisé à mauvais escient - pourrait peut-être accélérer les choses.

- Non, mais je vais me renseigner, affirma-t-elle, cherchant à éluder le sujet.
- Très bien. Nous n'avons pas retrouvé de famille à joindre dans son téléphone, vous auriez leurs coordonnées ?

Charlotte eu l'impression qu'on venait de lui renverser un seau d'eau glacée sur le haut du crâne. Depuis qu'elle avait appris l'accident d'Eliott, elle n'avait pas une fois pensé aux Warlock, qui n'étaient au courant de rien. Elle allait devoir les prévenir, ils allaient apprendre par une parfaite inconnue dont ils ignoraient même l'existence que leur fils était dans le coma. Et les Warlock n'étaient pas les seuls à qui elle allait devoir l'apprendre. Son nom était avant celui de Dylan, la colocataire d'Eliott dans le répertoire.

- Je... Je vais m'en occuper aussi. Je vais les joindre.
- D'accord. Je vais donc prendre vos coordonnées pour vous inscrire comme référence jusqu'à l'arrivée de la famille. Votre nom ?

L'infirmière la questionna pendant encore cinq longues minutes jusqu'à ce qu'elle estime que sa fiche était complète.

- Le médecin ne devrait pas tarder à arriver, elle sera là dans un quart d'heure je pense. Vous désirez le voir ?

Charlotte hocha la tête et la guida jusqu'au bout du couloir, face à une porte en bois.

- Je vous laisse, lança-t-elle doucement. Je serai dans le coin si vous avez besoin de quelque chose. Je vais vous envoyer le médecin, annonça-t-elle avant de l'abandonner devant la porte.

Charlie la regarda s'éloigner avant de poser la main sur la poignée, incapable de continuer son mouvement. Elle savait qu'Eliott était derrière la porte et qu'elle devait entrer mais si c'était clair dans son esprit, son corps refusait d'obéir. Elle soupira et ferma les yeux, essayant de réprimer les larmes qui lui étaient montées aux yeux. Elle ne devait pas pleurer, elle ne pouvait pas pleurer. Elle avait l'impression que elle commençait, elle ne s'arrêterait jamais. Elle se mordit la lèvre inférieure et appuya son front contre le bois frais de la porte. Ils ne s'étaient pas vus depuis une semaine. A cause d'elle. Parce qu'elle avait refusé de lui répondre, parce qu'elle avait jugé que se morfondre dans son coin était plus important. Et la dernière fois qu'ils s'étaient vus, ils s'étaient disputés. Elle était en colère contre lui. Et maintenant, il avait eu un accident de voiture. Et elle s'en voulait. Peut-être que si elle n'avait pas agi de manière si puérile, peut-être que si elle avait accepté de répondre à ses appels, ils auraient été ensemble ce matin. Peut-être que si elle ne lui en avait pas voulu, rien de cela ne serait arrivé. Sauf que c'était arrivé, c'était fait et elle était là, en face de cette porte, parce qu'Eliott était dans le coma. Elle ferma les yeux un peu plus fort. Elle ne voulait pas pleurer. Même si elle en mourrait d'envie, là, d'éclater en sanglots. Parce qu'elle était angoissée, parce qu'elle s'en voulait à un point qu'elle n'aurait jamais imaginé, parce qu'elle voulait que rien de tout cela ne soit jamais arrivé, parce qu'elle voulait qu'Eliott aille bien et qu'il la prenne dans ses bras, que tout ce qui se passait depuis une semaine n'était jamais arrivé et que tout cela n'était finalement qu'un mauvais rêve et qu'elle n'était pas là, face à cette foutue porte.

Elle lâcha brusquement la poignée et s'éloigna de la porte pour retraverser le service d'un pas rapide, prenant sur elle pour ne pas courir. Elle avait besoin d'air, elle avait l'impression d'étouffer. Elle entendit bien l'infirmière l’appeler quand elle repassa devant elle mais l'ignora et accéléra le pas. Elle céda dans l'escalier et se mit à courir, retraversa le hall sans se soucier des gens et déboucha brusquement sur le parvis de l'hôpital le cœur battant et le souffle court. Sans s'arrêter, elle poursuivi sa course jusqu'aux rives de la Tamise où elle s'arrêta pour respirer l'air frais, pour essuyer les larmes qu'elle n'avait pas pu retenir et qui avaient humidifié ses joues. Les bateaux contenant des touristes passaient devant elle, tranquillement, tandis que des gens qui promenaient leur chien courraient sur le petit chemin en contrebas. Face au petit vent, Charlotte ferma les yeux et enfouit son visage dans ses mains quelques instants, le temps de se calmer. L'air frais lui fit du bien et elle eu l'impression qu'il lui avait éclairci les idées. Lentement, elle fit quelques pas jusqu'à un banc de pierre et s'y laissa tomber, les yeux dérivant sur le cours de l'eau. Elle n'aurait pas dû partir comme cela, l'infirmière avait dû la prendre pour une folle. Mais elle n'aurait pas pu supporter de rester encore une minute là-bas. Au bout d'un long moment, elle plongea la main dans son sac à main. Elle ne voulait pas rester seule, elle avait besoin de quelqu'un. En temps normal, elle aurait appelé Lilly, Lilly qui était toujours là pour elle, mais elle savait que ce n'était pas possible. Elle ne pouvait pas, elle ne voulait pas. Elle n'avait pas envie de lui faire face. Les doigts tremblants, elle parcouru son répertoire jusqu'à arriver au nom de Jensen. Elle ne voulait pas lui envoyer de Patronus au cas où il serait dans le monde moldu. Elle appela une fois, deux fois, trois fois et insista jusqu'à avoir une réponse et à entendre la voix de son meilleur ami, ressentant soudain un immense soulagement.

- Jensen ? J'ai... J'ai besoin de toi. Maintenant.

Dix minutes plus tard, elle sentit les mains de Jensen se poser sur ses épaules et elle ne résista pas à l'envie de se lever pour le serrer dans ses bras. Elle lui avait tout expliqué au téléphone et il avait abandonné son essayage de costume pour le mariage pour venir. Il la serra dans ses bras longtemps avant de déposer un baiser sur son front.

- Lilly est au courant ? interrogea-t-il. Parce que je peux...
- Non, décréta Charlotte. Je ne veux pas que Lilly soit là.
- Charlie, je sais que vous vous êtes fâchées, mais...
- Non. T'es là, toi. C'est suffisant.

Jensen la regarda un long moment comme s'il essayait de savoir ce qui pouvait déclencher cette réaction chez elle. Évidemment, Lilly n'avait pas précisé la raison de leur dispute. Il les connaissait suffisamment toutes les deux pour savoir que c'était quelque chose de grave pour qu'elle refuse la présence de celle qui fut sa meilleure amie dans un tel moment. Jensen jugea sage de ne pas insister pour le moment vu qu'il passa un bras autour de ses épaules pour l'entrainer vers l'hôpital. Charlotte était certaine qu'il cuisinerait Lilly ce soir pour en savoir plus. Ils traversèrent le hall et reprirent l'escalier sans un mot. L'infirmière ne parut pas surprise de la revoir mais elle était intriguée par la présence de Jensen, c'était évident.

- Je suis un ami, expliqua celui-ci.

L'infirmière hocha la tête et retourna à ses papiers tandis que Jensen la suivait jusqu'à la porte de la chambre d'Eliott. Arrivés devant celle-ci, il s'appuya contre le mur d'en face.

- Je t'attends là, déclara-t-il. Vas-y.
- Tu ne...
- Je reste là, promis.

Il lui adressa un sourire encourageant tandis qu'elle posait tournait la poignée. Elle se retourna une dernière fois vers lui avant d'entrer dans la chambre, repoussant la porte derrière elle. La chambre était remplie de machines qu'on voyait dans les séries de ses parents. Des bips réguliers retentissaient et la luminosité était obscurcie par un rideau fin. Mais tout ce qu'elle voyait, c'était Eliott, allongé dans le lit au centre de la pièce. S'il n'avait pas eu ces quelques égratignures sur le visage, on aurait presque pu croire qu'il dormait. Incapable de faire un pas ou de décrocher son regard de son petit-ami, elle avait l'impression que quelque chose s'était arrêté de fonctionner. Son cerveau, son cœur, le temps, elle ne savait pas. Ce furent des coups à la porte qui la sortirent de sa léthargie et elle s'écarta pour laisser la personne entrer. Le docteur était une femme d'une cinquantaine d'année, qui la dépassait d'au moins vingt bons centimètres et devait donc avoisiner le mètre quatre-vingt quinze.

- Bonjour, lança-t-elle rapidement. Je suis le Docteur Wade. Je suis passée tout à l'heure, vous n'étiez pas là, ajouta-t-elle sur un ton de reproche.
- J'ai eu besoin de prendre l'air, répliqua Charlotte, immédiatement sur la défensive.

Le Docteur Wade la jaugea un instant du regard avant d'ouvrir son dossier. Elle commença à parler, évoquant des traumatismes et des prises en charge, un état stable et d'autres termes médicaux que Charlie n'écouta que d'une oreille. Pourquoi devait-elle savoir tout cela ? Ne pouvait-on pas simplement lui dire quand Eliott irait mieux ? Mais elle avait beau ne pas être Médicomage, elle savait très bien que les médecins n'en savait rien. Tout ce qu'on pouvait faire, c'était attendre. Lentement, elle s'était rapprochée du lit d'Eliott et avait écarté une mèche de cheveux de ses yeux dans un geste tendre. Derrière elle, le médecin continuait de parler et Charlotte hochait la tête de temps en temps, sans vraiment savoir pourquoi, sans détacher son regard d'Eliott. Elle lui adressa un petit sourire triste, comme s'il pouvait la voir.

- Vous avez des questions ? s'enquit le médecin, ayant terminé son laïus.

Charlotte fit non de la tête et le médecin sortit de la chambre. Elle entendit vaguement Jensen et elle échanger quelques mots et continua de caresser le front d'Eliott du bout des doigts. Au bout de quelques instants, elle entendit Jensen rentrer dans la chambre et fermer la porte derrière lui. Lentement, il s'approcha d'elle, comme s'il craignait de faire trop de bruit.

- Tu as envoyé un Patronus aux Warlock ? demanda-t-il à voix basse.

Charlie secoua la tête une nouvelle fois.

- Il faut que je le fasse. Je dois passer au Ministère aussi, pour les papiers.

Tant de choses à faire. Elle qui avait eu tant de mal à rentrer dans cette chambre ne supportait désormais plus l'idée de la quitter et de laisser Eliott seul. Peut-être que les médecins s'étaient trompés, peut-être qu'il allait se réveiller. Elle n'avait pas envie qu'il soit seul quand il se réveillerait.

- Tu devrais le faire maintenant, reprit Jensen. Ils doivent être mis au courant. Je vais passer au Ministère, je connais quelqu'un au service des Moldus. Je vais m'occuper des papiers. Vas voir les Warlock, toi.

Elle ne bougea pas, sans savoir vraiment pourquoi, incapable maintenant de partir.

- Charlie... souffla Jensen. Tu reviendras après. Mais c'est important.

Charlotte eut la brusque envie de rétorquer que John Warlock avait mis son fils dehors sans aucun remords et qu'ils ne s'étaient pas parlés depuis des mois et qu'il devait bien se ficher de ce qu'il lui arrivait. Mais elle savait bien que c'était de la méchanceté, que c'était ses émotions qui parlaient et qu'elle devait se tromper. Et même si cela devait s'avérer vrai, Eliott avait un frère, une sœur, une mère avec qui il n'était pas en conflit et elle ne pouvait pas leur cacher ça. Alors elle effleura la joue d'Eliott du bout des doigts et sortit de la pièce, suivie par Jensen qui l'escorta jusqu'au comptoir de l'infirmière afin de demander s'ils n'avaient pas retrouvés les clés pour qu'elle passe à son appartement. Elle avait l'intention d'en profiter pour récupérer quelques affaires, afin qu'il ne soit pas trop dépaysé quand il se réveillerait. Elle pourrait ainsi prévenir sa colocataire si elle était là, aussi. Jensen et elle marchèrent un peu afin de trouver une rue tranquille où transplaner. Avant de partir, il la serra une nouvelle fois dans ses bras et lui promis qu'il repasserait la voir avec les papiers, pour qu'elle ne reste pas toute seule. Il avait reculé de quelques pas, lui avait adressé un signe de la main et avait disparu dans un craquement sonore après un tour sur lui-même.

Elle ferma les yeux également et ne tarda pas à se retrouver dans une ruelle d'East End, pas très loin de l'immeuble d'Eliott. Elle était déjà venue là de nombreuses fois depuis qu'ils étaient ensemble mais c'était toujours avec lui d'habitude. Le cœur serré, elle se dirigea vers l'entrée qui n'était pas protégée par un code et monta les escaliers sans croiser personne, même s'il y avait du bruit dans les étages. Arrivée devant la porte, elle frappa mais n'obtint pas de réponse. Elle recommença une nouvelle fois mais personne ne vint ouvrir et elle se décida à ouvrir avec les clés d'Eliott qu'elle avait récupérées. L'appartement était vide, aucune trace de Dylan. Charlotte ne se voyait décemment pas laisser un mot pour expliquer la situation et se promit de repasser jusqu'à trouver Dylan afin de tout lui dire. Elle poussa la porte de la petite chambre d'Eliott afin de récupérer quelques affaires et son pied heurta quelque chose qui dépassait de sous le lit. Elle s'accroupit pour le ramasser avant de savoir au bord du lit. C'était un exemplaire de Sorciers contre Moldus : de l'ingéniosité des moldus et de l'imagination des sorciers, le livre de tous les fans du monde moldu. Charlotte ne put retenir un sourire tandis qu'elle le feuilletait quelques instants et décida de l'emmener, pour qu'Eliott ne passe pas ses journées à s'ennuyer quand il se réveillerait même s'il devait sûrement l'avoir lu plusieurs fois. C'était tout de même significatif, la manière dont elle était persuadée qu'il allait se réveiller bientôt, comme s'il n'y avait pas d'autres solutions. A ses yeux, c'était obligatoire. Il allait se réveiller bientôt, il n'y avait pas d'autre issue possible. Une fois qu'elle eu fini de faire le tour, elle jeta un sortilège d'agrandissement sur son sac afin de tout y rentrer et constata par la même occasion que son insigne d'Auror était accrochée à son jean, sans qu'elle se souvienne l'avoir mise. Cela avait dû être un réflexe.

Elle referma la porte derrière elle en sortant de l'appartement et rejoignit la petite ruelle pour transplaner jusque chez elle. Elle allait envoyer un hibou à Andrew Warlock, en urgence. Elle aurait pu envoyer un Patronus mais le défaut du Patronus, c'est que tout le monde pouvait entendre le message et s'il était au travail ou devant des collègues, elle n'avait pas envie qu'il apprenne la nouvelle devant tout le monde. Si Mangelettres n'était pas à la maison, elle irait demander son adresse au Département de la Justice pour lui dire en personne. Ils ne s'étaient jamais vus mais elle ce serait plus rapide que de devoir aller à la poste de Pré-au-Lard. Heureusement, Mangelettres était en train de somnoler sur son balcon quand elle poussa la porte de son appartement, appréciant de se dorer les plumes au soleil. Elle ouvrit sa baie vitrée et le siffla pour qu'il vienne se poser sur son épaule. Elle trouva un bon de parchemin et un stylo-bille dans un tiroir et rédigea une lettre à l'attention du frère d'Eliott, hésitant sur certaines tournures de phrases. C'était tellement délicat d'annoncer une telle chose par lettre à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas. Elle finit par signer et par attacher la lettre à la patte de Mangelettres en lui ordonnant de se dépêcher. On pouvait reprocher beaucoup de choses à ce hibou, notamment son caractère ignoble, mais il avait un excellent sens du devoir et savait se dépêcher quand il le fallait. Il partit comme une flèche en poussant un cri strident et s'éloigna à tire d'ailes. Charlotte prit dans ses bras Peanut qui était venu se frotter à elle et le serra longuement en regardant l'endroit où Mangelettres avait disparu. Elle finit par se reprendre et reposa son chat avant de se laver les mains et d'attraper quelques gâteaux en guise de déjeuner avant de retourner à l'hôpital.

Jensen n'est pas encore revenu quand elle arriva à l'hôpital et elle expliqua à l'infirmière qu'elle avait prévenu la famille et aurait plus d'information à propos des papiers plus tard. Cette explication sembla la satisfaire et Charlotte put regagner la chambre d'Eliott sans problèmes. Elle jeta un sortilège au livre pour qu'il ait l'air d'un livre parfaitement moldu, elle choisit de le transformer en un Stephen King - du moins en apparence - afin que les moldus ne se rendent compte de rien et s'installa sur un fauteuil près du lit d'Eliott. Elle déposa le livre sur la table de nuit et lui attrapa la main. Elle avait l'impression que cette matinée avait été la plus longue de toute sa vie et peut-être l'une des plus éprouvantes. Elle resta plus d'une heure à simplement tenir la main d'Eliott, à essayer de ne pas éclater en sanglots. Elle avait tenu bon jusque là, elle pouvait continuer, tout de même. Un infirmier passa une fois pour une perfusion mais ce fut la seule personne que Charlotte vit. Jensen n'était toujours pas revenu et elle ne pourrait pas lui téléphoner au Ministère à cause des ondes magiques. Elle finit par attraper le livre posé sur la table de chevet et l'ouvrit pour commencer sa lecture, relevant régulièrement les yeux vers Eliott. On aurait vraiment pu croire qu'il dormait, avec sa respiration lente et ses yeux fermés. De temps en temps, elle lui effleurait la joue du bout des doigts, sans pouvoir s'en empêcher.

Elle en était au chapitre deux quand elle entendit la porte s'ouvrir. D'abord, elle cru que c'était Jensen qui revenait Ministère. Sauf que l'homme qui se tenait dans l’entrebâillement de la porte n'était pas son meilleur ami. C'était John Warlock, le père d'Eliott. Elle l'avait vu suffisamment lors des congrès du SPAM ou dans les journaux pour le reconnaître au premier abord. Au début, il ne l'avait pas vue, son attention étant trop portée sur son fils. Charlotte avait l'impression qu'aucune expression ne paraissait sur ses traits. Après de longues secondes, il posa enfin le regard sur elle, installée dans son fauteuil Sorciers contre Moldus : de l'ingéniosité des moldus et de l'imagination des sorciers à la main. Et cette fois-ci, elle vit clairement la colère se peindre sur son visage, une véritable fureur. Il pointa un doigt vers le livre et elle eu l'impression que le raisonnement du père d'Eliott était évident. Son regard était passé du livre à ses vêtements moldus et au fait qu'elle soit auprès d'Eliott, qui vivait chez les moldus depuis deux ans maintenant. Le livre était adressé aux sorciers à la base mais marchait également très bien pour les moldus qui souhaitaient découvrir le monde magique. John Warlock la prenait pour une moldue. Il pensait que son fils avait trahi le Secret Magique. Si Warlock n'avait pas paru aussi furieux, la situation aurait pu être comique.

- Vous... commença-t-il à vociférer. Il... Le Secret Magique !

Charlotte reposa lentement le livre sur la table de chevet.

- Ce n'est pas...

Mais John Warlock ne lui laissa pas le temps de finir. Avant qu'elle n'ait pu faire le moindre geste, il avait tiré sa baguette magique. Charlotte porta brusquement la main à sa ceinture mais ne dégaina pas en voyant qu'il ne la pointait pas vers elle. Elle entendit le loquet de la porte tourner et sentit à l'air lourd pendant quelques secondes qu'il venait de lancer un sortilège d'insonorisation.

- Briser le Secret Magique, reprit-il d'une voix glaciale. Je n'aurai jamais cru qu'il en arriverait jusque là. Et voyez où est-ce que cela l'a mené, poursuivit le père d'Eliott en posant les yeux sur son fils avant de la fixer. Tout cela, c'est de votre faute. J'aurai dû deviner qu'il y avait Strangulot sous la surface, il n'aurait pas pu abandonner sa famille pour un simple hobby. Il y a toujours un joli minois derrière, n'est-ce pas ? C'est à cause des gens comme vous qu'il est blessé ! s'emporta-t-il soudainement. A cause de vos foutues inventions, c'est de votre faute !

Charlie resserra ses doigts autour de sa baguette magique mais John Warlock ne semblait pas le voir, trop obnubilé par sa colère et son chagrin de voir son fils dans cet état.

- Mais c'est terminé, affirma-t-il. C'est terminé. Il va revenir parmi les siens et il va être soigné. Quant à vous, continua-t-il en pointant sa baguette dans sa direction.

Elle se força à ne pas dégainer. Si elle le faisait, il risquait d'y avoir duel. Et il était hors de question qu'elle affronte quelqu'un au dessus du lit d'hôpital d'Eliott. Lentement, elle déplaça ses doigts jusqu'au badge qu'elle portait à la ceinture.

- Vous, vous allez tout oublier. Vous allez retourner dans votre monde arriéré. Et vous allez sortir de sa vie. Je m'en assurerai personnellement.
- Et sinon quoi ? interrogea Charlotte, provocante.

John Warlock fit un pas dans sa direction, sa baguette toujours pointée sur elle.

- Ne jouez pas à la plus fine avec un sorcier, Miss, déclara-t-il froidement.
- C'est une menace ?
- Je crains que oui. C'est à cause de gens comme vous qu'il est blessé. Mais ne vous inquiétez pas, quelques sortilèges et vous aurez tout oublié de notre monde.
- Parce que vous pensez que je vais me laisser faire ? interrogea-t-elle, narquoise.
- J'ai bien peur qu'une vulgaire moldue ne puisse rien face à un sorcier.

Charlotte retira brusquement son badge de son jean et le lança au visage de John Warlock, sans réfléchir. Tout ce qu'elle avait pu ressentir aujourd’hui, toute cette tristesse, toute cette angoisse, toute cette culpabilité venait de se transformer en une rage. Elle était furieuse contre John Warlock, furieuse de son attitude face à elle, furieuse de ce qu'il avait fait subir à son fils et puis furieuse contre cet accident, furieuse contre celui qui avait fait ça à Eliott, furieuse contre Lilly qui était à l'origine de leur dispute, furieuse contre elle-même parce qu'elle n'avait pas vu Eliott depuis une semaine, furieuse parce que c'était aussi de sa faute si tout cela été arrivé, furieuse, furieuse, furieuse. Elle s'était levée au moment de lancer son badge et fixait désormais le visage ensanglanté de John Warlock avec une rage qu'elle avait du mal à contenir. Le badge en acier l'avait touché au niveau du nez et il saignait désormais.

- Et j'ai bien peur que le grand perdant des élections ne puisse rien face à une Auror, Monsieur Warlock, persifla-t-elle.

Le père d'Eliott avait reculé sous l'impact et avait porté une main à son nez blessé. Il posa sur elle un regard haineux.

- Vous...
- Et oui ! Une sorcière. C'est dommage, non ? cingla-t-elle. Toute votre petite théorie qui tombe à l'eau.

Warlock s'essuya le nez d'un revers de poignet et pointa de nouveau sa baguette pour elle. Cette fois-ci, Charlotte n'hésita pas et dégaina la sienne. Maintenant qu'il savait qu'elle était Auror, il ne tenterait rien.

- Vous feriez mieux de rengainer avant que je ne vous boucle pour atteinte à Auror.
- Vous vous prenez vraiment pour quelqu'un, n'est-ce pas ?
- Rengainez ou je vous désarme.
- Je n'ai aucun ordre à recevoir de vous, cracha-t-il.
- Avant, vous pouviez même m'en donner, quand vous étiez Directeur. Bénissons le MIM de ce renvoi.
- Je vous ferai virer.
- Essayez-donc, Dalnox sera ravi de vous voir revenir ventre à terre.

Ils se défièrent du regard encore quelques instants avec qu'il n'abaisse sa baguette lentement. Charlotte en fit de même, gardant tout de même un œil méfiant sur lui. John Warlock finit par reposer les yeux sur son fils et lui caressa le front comme elle avait pu le faire elle-même quelques heures auparavant. Elle ressentit immédiatement un élan de culpabilité. Elle n'aurait pas dû s'emporter comme cela. Mais elle avait l'impression de pouvoir exploser à tout instant tellement elle était à fleur de peau. Le silence s'installa dans la pièce et Charlie finit par se laisser retomber dans son fauteuil. Au bout d'un long moment, le père d'Eliott reprit la parole et elle releva les yeux vers lui tandis qu'il ne quittait pas son fils du regard.

- Qui êtes-vous ?
- Charlotte Meyer. Sa petite-amie.

Le silence retomba une nouvelle fois dans la pièce. Mais cette fois-ci, ce fut Charlotte qui le rompit.

- J'ai écris à Andrew.
- Votre hibou est arrivé au Manoir, ma femme et mon fils sont sortis, j'avais du travail. Ils ne sont pas encore au courant.

Et encore une fois, le silence. De longues minutes s'écoulèrent sans que personne ne parle, leurs attentions fixées sur Eliott.

- Je vais le faire transférer à Sainte-Mangouste, finit par déclarer John.
- C'est inutile, répliqua Charlotte. C'est un accident moldu, les moldus sont plus aptes à gérer cela.
- Eliott est un sorcier, répliqua son père d'une voix tranchante. La magie sera bien plus apte à...
- La magie n'y pourra rien, coupa Charlie. Vous le savez aussi bien que moi. Eliott dans le coma. Médicomages ou médecins ne peuvent rien y faire.
- Je suis son père, répliqua-t-il en fronçant les sourcils. C'est à moi de prendre ce genre de décisions, pas à vous. Vous n'êtes rien, Miss Meyer. Vous n'êtes pas la première petite-amie de mon fils et vous ne serez pas la dernière, ne vous leurrez pas sur cela.

Charlotte eut l'impression de se prendre une claque. Évidemment, elle savait qu'elle n'était pas la première petite-amie d'Eliott, tout comme il n'était pas son premier. Elle ne s'était jamais dit que c'était forcément pour toujours, elle n'avait jamais vraiment pensé à cela à vrai dire. Ils étaient ensemble depuis trois mois, elle était bien avec lui, elle tombait amoureuse. Ce qui s'était passé samedi dernier avait été un sacré coup, elle ne le niait pas. Mais elle tenait à Eliott, vraiment. Beaucoup même. Depuis quelques temps, elle avait souvent eu envie de lui dire qu'elle l'aimait, sans qu'elle sache pourquoi les mots venaient aussi facilement à ses lèvres. Elle n'avait rien dit, parce qu'ils n'étaient pas ensemble depuis longtemps, parce qu'elle avait peur que ce ne soit pas réciproque, parce qu'elle n'avait pas envie de lui faire peur en le disant trop tôt. Mais si les mots venaient ainsi, c'est parce qu'il y avait une raison. C'était parce qu'elle était amoureuse, tout simplement, comme c'était prévisible. Il ne lui avait pas fallu longtemps. Et maintenant, elle regrettait de ne pas avoir cédé, de ne pas lui avoir dit. Parce que s'il ne se réveillait pas, elle le regretterait toute sa vie. Elle refusa d'avoir ce genre de pensées plus longtemps. Il se réveillerait, il se réveillerait forcément.

- Le transfert aura lieu dans l'après-midi, reprit John sûrement satisfait de son silence.
- Vous faites une erreur, répliqua Charlotte, sentant sa rancœur s'accentuer.
- Ce n'est pas à vous d'en juger, Miss Meyer.

Il sortit un mouchoir de la poche de sa robe de sorcier - les infirmiers avaient dû le prendre pour un fou - et essuya ce qui restait de sang sur son visage.

- Vous n'avez pas le droit !
- Je suis son père. Vous êtes une fille de passage. Comment pouvez-vous parler de droit ?

Charlotte se releva, les bras croisés sur sa poitrine.

- Peut-être, répliqua-t-elle durement. Mais en attendant, j'existe dans le monde moldu, moi. Votre nom n'existe nul part dans leurs fichiers. Vous n'êtes rien, Monsieur Warlock, ajouta-t-elle avec un grand sourire innocent.
- Vous vous croyez maligne, peut-être ?
- Ne vous réfugiez pas derrière les insultes pour dissimuler votre manque d’arguments, riposta-t-elle, cassante.

Elle fit le tour du lit pour venir se planter devant lui, le défiant ouvertement du regard. Il la dépassait de quelques centimètres mais elle ne se démonta pas. Elle avait fait face à des suspects bien plus impressionnants que John Warlock.

- Parce que vous croyez que vous pourrez avoir le fin mot dans cette histoire, Miss Meyer ? Je suis l'ancien Directeur du Département de la Justice Magique, mon fils est avocat, je peux avoir une ordonnance en claquant des doigts.
- Claquez des doigts, alors, le provoqua-t-elle. En attendant, vous n'avez aucun pouvoir sur lui ici. Vous n'avez aucun pouvoir dans ce monde. Si je demande le transfert d'Eliott dans un autre hôpital du pays, vous mettrez du temps à le retrouver. Et si vous essayez de passer par les voies moldues, j'ai un père avocat. Vous voyez, on peut être deux à jouer à ce petit jeu, Monsieur Warlock.

Elle bluffait. Elle ne pouvait pas faire transférer Eliott comme cela, elle n'était pas un membre de sa famille. Mais ça, John Warlock ne le savait pas. Et elle avait mené suffisamment d'interrogatoires pour savoir comment bluffer.

- Vous ne vous en sortirez pas comme ça, vociféra-t-il.
- C'est ce qu'on verra. Rendez-vous au tribunal, je suppose ? s'enquit-elle, sarcastique.

Elle vit très clairement le mouvement de sa main vers sa baguette et claqua sa langue contre son palais pour l'en dissuader.

- Si j'étais vous, je ne ferai pas ça. Et maintenant, sortez ou j'appelle les médecins. Au vu de comment vous êtes habillé, vous avez votre entrée pour le service psy.
- Vous allez regretter ce que vous venez de faire, Miss Meyer, déclara-t-il. Vous le payerez très cher.
- Continuez à me menacer, Monsieur Warlock, et je pense que la Gazette sera très intéressée par ce que j'ai à dire. La réputation du SPAM n'est pas au plus haut, je doute que la ménagère de moins de cinquante ans apprécie d'entendre parler de moldus "arriérés".

Il avait envie de la frapper. Cela crevait les yeux. Et elle en venait presque à espérer qu'il le fasse. Arrêter quelqu'un calmerait ses nerfs. Et elle pourrait lui retourner un coup en échange avant de l'arrêter. Mais il se contenta de souhaiter sa mort dans de terribles souffrances rien qu'avec ses yeux avant de se détourner. Il s'approcha du lit pour déposer un baiser sur front avant de déverrouiller la porte et de lever le sortilège d'insonorisation. Quand la porte claqua derrière lui, Charlotte n'avait pas bougé. Elle avait l'impression que tout ce qu'elle avait essayé d'intérioriser lui tombait dessus un même temps. Que toute la pression de la journée, toute la colère, toute la tristesse qu'elle avait pu ressentir retombaient sur ses épaules d'un coup et elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle essaya d'inspirer un grand coup pour se calmer mais un sanglot l'en empêcha. Elle n'avait pas vraiment pleuré depuis le début de la journée mais visiblement, elle ne pouvait plus tenir plus longtemps. Sans qu'elle puisse les retenir, les larmes se mirent à couler sur ses joues et elle sortit de la chambre pour aller prendre l'air. Elle cacha son visage du mieux qu'elle put aux infirmières et redescendit dans le hall pour quitter l'hôpital quelques minutes. Elle avait espéré que l'air frais lui ferait du bien comme la première fois, mais elle finit par échouer sur le même banc sans retenir ses larmes. Elle détestait pleurer, surtout en public, mais c'était plus fort qu'elle à ce moment-là, elle n'arrivait plus à empêcher ses sanglots. Les retenir toute la journée n'était sûrement pas une bonne idée. Elle perdit la notion du temps au bout d'un moment, le visage enfoui dans ses mains.

Elle releva la tête en sentant un vent froid passer sous sa blouse et constata que le jour commençait à diminuer. Frissonnante, elle essuya ses joues humides et regagna l'hôpital, qui avait allumé les premières lumières. Il y avait moins de monde dans le hall mais le premier étage était en revanche plus rempli.

- J'ai cru que vous n'alliez pas revenir ! lança l'infirmière qui l'avait accueillie le matin. On a même récupéré vos affaires, annonça-t-elle en lui tendant son sac.
- J'étais sortie...
- Prendre l'air, compléta l'infirmière en jetant un coup d’œil furtif à ses yeux rougis. Votre ami est passé, il m'a donné les papiers manquants. Il était surpris de ne pas vous trouver, a essayé votre téléphone mais cela sonnait dans la chambre. Il m'a dit de vous dire qu'il vous attendra chez vous au cas où vous repassiez.
- D'accord, merci. Est-ce que je peux encore... ?
- Les visites vont bientôt fermer mais... Prenez votre temps, lança-t-elle doucement.

Elle remercia l'infirmière d'un sourire, récupéra son sac et se dirigea de nouveau vers la chambre d'Eliott. En entrant, elle se rappela soudainement qu'elle n'avait pas récupéré son badge. Elle eu une bouffée d'angoisse. Et si les infirmiers étaient tombés dessus ? Il y avait peu de chance qu'ils comprennent grand-chose mais tout de même. Elle vérifia que la porte était bien fermée et lança un Accio. Le badge bondit de sous le lit et elle l'attrapa avec un sourire de soulagement avant de le fixer à sa ceinture, qu'elle recouvrit de sa blouse légère pour le dissimuler, ainsi que sa baguette. Elle effleura la mâchoire d'Eliott du bout des doigts et se réinstalla dans son fauteuil. Elle noua ses doigts aux siens et posa ses yeux sur son visage. Il allait falloir qu'elle envoie un SMS à Jensen pour lui dire de rentrer, elle allait rester ici encore un peu. Elle avait l'habitude de ne pas dormir la nuit, après tout. Elle tendit la main vers Eliott pour lui caresser les cheveux.

- Si tu ne reviens pas rapidement, Eliott, je te jure que tu confondras ton père avec Helga Poufsouffle au vu de ce que je te ferai subir, souffla-t-elle.

Elle se pencha vers lui pour déposer un léger baiser sur ses lèvres, comme un effleurement.

- Je t'aime.

Parce que quoi qu'il arrive, elle voulait le lui avoir dit au moins une fois.


All of me
loves all of you
Love your curves and all your edges, all your perfect imperfections.

You're my end and my beginning, even when I lose I'm winning 'cause I give you all of me and you give me all of you. •°¤ Mags.
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