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 Nostalgique [Joy]

Noah ForesterPréfetavatar
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Dernière édition par Noah Forester le Sam 28 Déc 2013 - 18:36, édité 1 fois
Samedi 23 juin 2007


 
A peine sorti du hall de l’école, sa main enfonça un peu plus sa casquette sur ses yeux, déjà masqués par ses mèches de cheveux. Le soleil était bien agressif, aujourd’hui. Noah laissa échapper une grimace. De toute façon, le soleil était toujours trop agressif. Il préférait les ciels nuageux ou brumeux, qui lui laissaient tout le loisir de s’emmitoufler sous une douce écharpe de laine. Si Maeva l’avait vu, sans doute aurait-elle lancé, pour le bousculer, un joyeux « Pas étonnant que tu sois blanc comme un linge si tu profites jamais du soleil, t’es un vampire ou quoi ? »  ou tout autre bêtise bien à elle. Mais Maeva n’était pas là, et aucun autre de ses amis non plus, et si Noah les aimait beaucoup, il était content d’être un peu seul aujourd’hui. Il avait réussi à les persuader d’aller à Pré-au-Lard sans lui, prétextant un mal de crâne terrible. Odieux mensonge, bien évidemment, ses amis avaient d'ailleurs eu du mal à le croire, mais Noah n’avait pas trouvé de meilleure excuse. Il n’était pas doué pour mentir, de toute manière. Il savait cependant que c’était la seule façon d’avoir la paix pour cette journée et pouvoir faire ce qu’il avait à faire.
Car qui de ses camarades l’aurait laissé passer cette journée avec Joy, sans se poser de questions ? Il n’avait jamais parlé de sa cousine à personne, il la voyait tout juste dans les couloirs ou pendant les matchs de Quidditch. Rien ne facilitait leur contact : ils n’étaient pas dans la même année, ils n’avaient donc aucun cours en commun, et ils n’appartenaient pas à la même maison. Souvent, ils se limitaient à un simple hochement de tête ou un sourire, rares étaient les occasions pour qu’ils puissent discuter longuement. Les sorties à Pré-au-Lard faisaient partie des occasions en or, pour eux. Noah commençait tout juste à renouer des liens perdus avec elle et il ne souhaitait pas que sa situation familiale s’ébruite. Pas pour l’instant, tout était encore trop tendu.

A l’approche de l’entrée du village, Noah enfonça un peu plus sa casquette, cette fois-ci pour éviter d’être reconnu. Ca serait bête qu’il croise un de ses amis comme par hasard, alors qu’il était sensé être au repos dans son lit, terrassé par une migraine. Il aurait pu trouver la patience de leur expliquer la situation, ça aurait été plus simple, mais Noah était comme ça. Manque de courage, tendance à fuir les problèmes en empruntant des raccourcis pas forcément judicieux. Du coup, il s’était mis tout seul dans son merdier. S’il devait y avoir une bonne raison pour que le Choixpeau l’ait envoyé  à Gryffondor, c’était sans doute pour sa façon de s’attirer des ennuis, parce qu’il n’avait pas de quoi être fier d’un courage inexistant.

Noah finit par arriver au lieu de leur rendez-vous, l'une des places du village, la moins fréquentée, à l’entrecroisement entre Scribenpenne et Derviche et Bang. Autant dire que les foules ne s’amassaient pas comme près des Trois Balais, plus haut dans la rue. Il s’adossa près de la devanture de la boutique de plumes et se mit à scruter les alentours. Pas de Joy à l’horizon pour l’instant. Il ignorait si elle prendrait les même précautions que lui, il en avait peut-être trop fait... Son dos glissa contre le mur en pierre, tandis qu’il soupirait. Il n’aimait pas attendre, mais il n’avait pas tellement le choix. Il se mit à jouer avec un brin d’herbe pour faire passer le temps.


Ses pensées commencèrent à se bousculer dans son esprit et vagabonder, comme souvent lorsqu’il était seul. Il songea à l’année qui venait de s’écouler, aussi riche que pouvait l’être toute année passée à Poudlard. Sans faire de jeux de mots médiocre, cette école était tout simplement magique. Impossible de s’y ennuyer. Il avait déjà hâte de revenir, l’année prochaine. Oh bien sûr, il était content de pouvoir rentrer chez lui. Sa mère lui manquait, son père aussi... Et le manoir des Highlands. Il appréhendait un peu ces retrouvailles, tout de même. La dernière fois qu’il avait posé un pied au manoir, l’ambiance n’avait pas été des plus sympathiques… Et il lâcha un énième soupir à cette pensée, sans s’apercevoir qu’il n’était plus seul.
Joy HighlandsSans emploiavatar
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Joy marchait d'un bon pas vers Pré-au-Lard, seule. D'ordinaire, les sorties du samedi étaient toujours planifiées en compagnie de Paige mais cette dernière s'était étrangement défilée en prétextant des douleurs à l'estomac. Même si c'était vraisemblable, Joy trouvait cette excuse étrange ; il fallait plus qu'un mal de ventre pour consigner Miss Warlock à l'intérieur ! Lui cachait-elle quelque chose ? La jeune fille se promit de l'interroger plus tard à ce sujet. L'heure n'était pas aux suspicions mais plutôt à la détente : en effet, les examens de fin d'année s'étaient terminés la veille, à son grand soulagement. Elle ne savait pas vraiment si ses résultats seraient plutôt bons ou mauvais, mais peu importe, la période de stress était terminée. Elle pouvait enfin relâcher sa respiration qui se faisait difficile depuis un peu plus de deux semaines, en particulier parce qu'elle n'avait pas beaucoup révisé, ce qui n'avait fait qu'augmenter la pression. Elle s'était pourtant bien débrouillée en Sortilèges et en Potions, ses points forts, en revanche elle avait plus de doutes pour ce qui était de l'Arithmancie, les Runes et la Botanique qui nécessitaient des connaissances qu'elle n'avait pas. Mais elle préférait ne plus y penser, au risque d'angoisser davantage. C'était la fin de l'année et sa dernière sortie à Pré-au-Lard, parfait pour évacuer toute anxiété.

La chaleur moite de ce début de journée collait à la peau de la Serpentard qui dégagea sa nuque et remonta ses cheveux en queue de cheval. Comme lors des matchs de Quidditch, c'était à la fois simple et pratique, l'idéal pour un jour d'été. Joy passa devant les Trois Balais d'où émanaient déjà les rires d'un quelconque groupe d'élèves puis s'engagea dans la ruelle animée, bordée par les boutiques aux toits biscornus et aux façades ventrues. Elle fit un petit signe à Leslie Sharpe, gardienne de l'équipe, qui salivait devant la vitrine d'Honeydukes, et manqua de rentrer dans Neil Wagstaff qui sortait de chez Zonko un peu plus loin. Elle arriva enfin près du magasin de plumes, endroit où elle devait retrouver son cousin. Pas Burt – loin d'elle l'idée de chercher la compagnie du neveu de sa mère, leur relation n'allant pas au delà de quelques « salut » par-ci par-là –, mais l'autre, Noah Forester. Ça faisait pourtant des années qu'elle ne le fréquentait plus, et la plupart des élèves de Poudlard ignoraient même leur lien de parenté puisqu'ils ne portaient pas le même nom. Ce jour-là était l'un des premiers qu'ils passaient ensemble depuis le temps où ils s'étaient éloignés. Devant ce scénario, on pourrait se dire que les rapports entre cousins étaient bien aléatoires : ça va, ça vient, et puis ça s'en va à nouveau ; mais derrière ce rapprochement tout récent, il y avait une histoire.

Une histoire enterrée depuis longtemps. Par Philip Highlands, dont les soins avaient été secondés par son père Henry. On n'en parlait jamais, au Manoir, c'était sujet tabou, si bien que Joy se demandait parfois si elle savait vraiment tout. La relation entre sa tante Diana Highlands et un Moldu avait déclenché le début des hostilités. Bien sûr, l'aîné Philip avait étouffé l'affaire pour ne pas ternir l'image de la famille, mais il avait été le premier à rejeter sa petite sœur et le dernier à effacer les vieilles rancœurs lors de la naissance de Noah. Les grands-parents de Joy, eux, avaient été plus prompts à passer l'éponge et à accueillir le nouveau-né au sein de la famille, bien que cherchant à tout prix à couper les liens entre l'enfant et le père pour essayer d'oublier que du sang moldu coulait dans ses veines. Enfants, Noah et Joy purent donc se fréquenter sous l'œil désapprobateur du père de cette dernière. Cependant,  l'éducation, la répartition à Gryffondor et la séparation des parents de Noah avaient réveillé de vieilles tensions chez les Highlands. Gryffondor, ce n'était certainement pas la maison la plus appréciée dans les familles de Sang-Pur. Philip ne refusait pas tout contact mais ne désirait pas que l'appartenance de Noah Forester à la famille Highlands ne s'ébruite.

Joy vit celui-ci assis à même le sol, adossé contre le mur en pierre, en pleine méditation. Sa casquette bien vissée sur son crâne protégeait son visage blafard, contrastant avec le teint légèrement hâlé de sa cousine dû au soleil et au Quidditch. Alors qu'il poussait un soupir, elle se planta à côté de lui et le salua platement :

« Hey ! Ça va ? »
Noah ForesterPréfetavatar
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Une voix le tira de ses pensées, et même s’il l’avait reconnue, il sursauta, par réflexe.

« Joy. »

Cela sonnait à la fois comme une constatation et une salutation. Joy Highlands se tenait debout face à lui, assez grande pour lui masquer le soleil et lui paraître immense de la position assise où il était. Il se redressa en prenant soin d’épousseter son derrière. Il arrivait à peine à l’épaule de Joy. En même temps, ils avaient bien trois années d’écart.

« Ca va. Et toi ? »

Il la scrutait presque comme si c’était la première fois qu’il la voyait. En vérité, Noah était intimidé, il avait du mal à agir naturellement avec sa cousine. Non pas qu’elle était effrayante, mais à chaque fois qu’il la voyait, il ne pouvait s’empêcher de penser à son propre oncle et père de Joy, Philip. Lui, en revanche, était effrayant. Noah se souvenait avec précision de chacun de ses regards suspicieux, plein d’animosité, depuis sa tendre enfance. Les quelques fois où Philip lui avait adressé la parole se comptaient sur les doigts de la main, sans doute parce qu’il nourrissait une profonde méfiance à l’égard du jeune Gryffondor. Peut-être même, une… haine. Le mot était fort mais il lui arrivait de se demander sincèrement si ça n’était pas le cas. Cette attitude de rejet était si forte qu’elle avait traumatisé Noah lorsqu’il était plus jeune, et aujourd’hui, si sa crainte s’était un peu estompée, il n’en restait pas moins mal à l’aise et silencieux en sa présence. Quand son oncle était dans les parages, il avait tendance à se faire tout petit.

Joy était différente. Ils s’étaient toujours bien entendus, mais leur amitié s’était brisée à coups de mésentente familiale. Aujourd’hui, ils tentaient doucement de reconstruire un lien. A Poudlard, au moins, il n’y avait plus leurs parents pour les surveiller.

« Tu veux aller quelque part en particulier ? »


Noah jouait nerveusement avec la visière de sa casquette, ne cessant de la remettre en place. Ses tentatives étaient timides, mais ils savaient tous les deux qu’ils ne se verraient sans doute pas pendant les vacances, autant profiter pleinement de cette journée.


Joy HighlandsSans emploiavatar
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« C'est moi », sourit Joy quand son cousin prononça son prénom.

Il paraissait presque surpris de la voir, voire intimidé. Elle avait appris à identifier les signes de nervosité chez les gens, pour la bonne raison qu'elle y reconnaissait parfois les siens. Elle pouvait tout à fait comprendre que Noah se sente gêné : à sa place, elle aurait été prodigieusement mal à l'aise. Certes, Joy Highlands n'était pas très impressionnante – en général, on ne la remarquait même pas – mais du point de vue d'un garçon de trois ans son cadet, rejeté par la famille de surcroît, il y avait de quoi en paralyser plus d'un. En revanche, la jeune fille n'était en aucun cas embarrassée en présence de son cousin comme elle pouvait l'être en compagnie de personnes de sa promotion. Elle éprouvait même une certaine confiance en elle dont elle était dépourvue avec les plus âgés, puisqu'elle respirait librement et aucune boule de stress n'obstruait sa gorge. Peut-être parce qu'ils étaient seuls. Peut-être parce que Noah était plus jeune qu'elle. Malgré sa décontraction, elle trouvait la situation assez étrange et dans un sens... dérangeante. Ils s'étaient perdus de vue pendant si longtemps, de quoi pourraient-ils bien parler ? Elle ne pensait pas qu'ils aient beaucoup de points communs ; enfin, c'était l'occasion de s'en découvrir !

« Ça va plutôt bien. »

La récente fin des examens, l'arrêt imminent des cours, c'étaient des bonnes nouvelles. Néanmoins, les prochains résultats de la Coupe de Quidditch assombrissaient légèrement le tableau. Joy ne les connaissait pas encore mais elle se doutait bien qu'ils n'étaient pas bien glorieux cette année – elle avait toujours été du genre pessimiste. Bien trop défaitiste selon son père qui jugeait qu'un Serpentard digne de ce nom se devait d'être déterminé et ambitieux. Mais cette fois, il n'y avait pas de doute quant au classement : Serpentard serait troisième ou quatrième. L'ex æquo du Serdaigle/Serpentard n'avait pas pesé grand chose dans la balance face aux défaites cuisantes que Gryffondor et Poufsouffle leur avaient infligé. Lors match contre Gryffondor, O'Connor était encore aux commandes de l'équipe, tandis qu'elle avait réellement réalisé son premier match en tant que Capitaine contre Serdaigle. À limite, Joy était plus fière de leur dernière performance de l'année, eux qui avaient été si proches de la victoire contre les jaunes, que de l'égalité du Serdaigle/Serpentard dont Samantha était la principale actrice.

« Si ça ne te dérange pas, j'aimerais bien passer par le bureau de poste, j'ai une lettre à envoyer. Et puis ensuite on verra... »

C'était une lettre pour son père, la sempiternelle missive familiale du trimestre censée instaurer la communication entre la jeune fille et ses parents, ou tout du moins en maintenir l'illusion. Dedans, elle mentionnait ses notes, évoquait ses matchs et certifiait que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cette fois-ci, elle avait ajouté un paragraphe pour demander l'autorisation de se rendre à la Coupe du Monde de Quidditch qui aurait lieu au Qatar. Elle avait vraiment envie d'y assister, si bien qu'elle avait ajouté sur le papier quelques arguments modelés à sa façon pour persuader Philip Highlands d'accepter, qui était bien plus facile à convaincre à l'écrit qu'à l'oral. Cependant, celui-ci était en ce moment en voyage d'affaires en Amérique et Joy ne possédait pas de hibou. Elle était donc contrainte de se poster sa lettre depuis le bureau de poste de Pré-au-Lard.

« Alors, comment s'est passée ton année ? Et tes examens ? »

En marchant dans la grand rue, la Serpentard essayait de détendre Noah tout comme elle l'avait fait en milieu d'année lors des entraînements avec ses deux nouvelles recrues. Elle voulait lui faire comprendre que malgré son statut de Serpentard, elle n'allait pas le manger.
Noah ForesterPréfetavatar
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Elle affichait un visage d’une sérénité impressionnante pour Noah qui avait les mains toutes moites. Il resta quelques secondes à la scruter de ses grands yeux déconcertés et à se rappeler qu’il l’avait toujours admirée. Idéalisée était sans doute le juste mot, Noah ne se rendait pas bien compte, car seule la surface de la personnalité de sa cousine lui apparaissait. Ils partageaient tout deux un tempérament calme et réfléchi, mais aux yeux du Gryffondor, Joy avait quelque chose en plus. Une sorte de maturité ou une petite étincelle de courage, peut-être. Sans être exubérante comme ses intrépides camarades de maison, Joy lui donnait l’impression de savoir où elle allait et d’être ferme dans ses positions. Une attitude que Noah aurait aimé avoir.
Et puis, elle était capitaine de Quidditch. Lui n’aimait pas beaucoup ce sport, mais un tel poste restait impressionnant, même s’il avait cru comprendre que Joy était très critiquée au sein de sa maison. Il n’y comprenait pas grand-chose et serait de toute façon incapable d’être objectif ou d’avoir des remarques constructives là-dessus. Pour lui, Joy n’était pas une mauvaise capitaine puisque son équipe avait su se défendre pendant le dernier match de la saison, face à Poufsouffle. Il n’avait aucune idée du résultat final, qui lui importait peu, en vérité. Il encourageait simplement sa cousine, silencieusement, derrière la bannière rouge et or.

Il acquiesça à sa proposition, curieux de savoir quelle genre de lettre elle voulait envoyer, si proche de la fin de l’année. Mais il ne demanda pas, il se contenta de marcher avec elle, en traînant un peu des pieds, comme il en avait la fâcheuse habitude. C’était le moment où il fallait chercher un sujet de conversation, et Noah n’excellait pas dans ce domaine. Heureusement pour lui, Joy le devança, avec le même air naturel que tout à l’heure. Il ne tarda pas trop à répondre, cette question revenant souvent dans les conversations, il avait fini par apprendre par cœur sa réplique :  

« Bien, je crois… Enfin, comme d’habitude, j’ai surtout réussi l’Arithmancie et l’Astronomie. Par contre, je pense que je pourrai m’estimer heureux si j’ai un Acceptable en Soins aux Créatures Magiques. Je sais à peine faire la différence entre un Pitiponk et un Niffleur, alors… » termina t-il sur un ton plutôt râleur.

Bon, il exagérait un peu mais la vérité n’était pas si loin. Il maudissait l’espèce d’inconscient qui avait rendu cette matière obligatoire. Il ne l’aurait jamais prise en option, sinon, il préférait encore choisir la Divination.

*Non mais quelle blague, ce cours, c’est vraiment fait pour les gens qui aiment se rouler dans la boue*


 Oui, Noah considérait qu’extraire du pus de Veracrasse ou récolter la salive d’un Croup, pour soi-disant une utilité médicale, n’étaient pas des tâches dignes de lui. Cependant, malgré toute sa répulsion, il n’aimait pas être faible en cours. S’il y avait une chose dont il pouvait être fier, c’était bien ses notes scolaires. Il ne souhaitait pas qu’une matière vienne noircir son bulletin, alors il faisait de son mieux pour ne pas franchir l’Acceptable, par principe et conscience de bon élève, mais s’il s’écoutait un peu plus, il aurait volontiers balancé ce cours aux orties.
Noah soupira, en enfonçant ses mains dans les poches de son jean :

« Quand je pense que j’ai encore deux ans à tirer avec ce truc… Vous avez de la chance, vous, vous pouvez choisir vos matières. »

Peut-être était-ce l’effet de légèreté de fin d’année ou du sourire encourageant de Joy, mais sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, sa langue s’était déliée et ses mains étaient déjà moins moites. Il lui renvoya la balle, assez naturellement :

« Et toi, tes exams ? T’as une idée de ce que tu veux faire après ? »

Si lui était encore un peu jeune pour y penser, Joy n’avait plus qu’une année à passer à Poudlard avant de se lancer dans une voie professionnelle. Il était curieux de savoir à quoi aspirait sa cousine.
Joy HighlandsSans emploiavatar
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Joy fut soulagée que Noah se mette à lui parler naturellement. Il était plus loquace qu'elle, ce qui facilitait les choses. Si tel n'avait pas été le cas, elle aurait été bien embêtée, elle qui éprouvait tant de difficultés à mener un dialogue. Elle avait toujours été comme cela, un peu distante et surtout extrêmement embarrassée, toujours à chercher quoi dire, à se demander quoi faire pour ne pas paraître ridicule aux yeux de son interlocuteur. C'était réellement handicapant dès qu'il lui fallait s'exprimer devant un adulte : il suffisait que sa langue fourche une fois pour qu'elle perde tous ses moyens et se mette à rougir et à bégayer pathétiquement. Elle avait également du mal avec les jeunes gens de son âge, si naturels, si spontanés, si détachés du regard qu'on portait sur eux s'ils se montraient trop imprudents. Joy, elle, n'avait pas été élevée dans le même état d'esprit. On lui avait appris que chaque mot comptait et que la moindre méprise avait un prix.

Sa place au sein de l'équipe l'avait forcée à accepter les échanges plutôt que de les fuir. Les nouvelles responsabilités qui lui avaient été confiées exigeaient d'avoir des relations. Au lieu de rester perchée sur son balai loin du monde, Joy avait été contrainte de communiquer avec les autres. Elle avait dû reconstruire une équipe, la conseiller, l'encourager ; pour y parvenir, elle avait été obligée d'ouvrir la bouche et de s'adresser à tout un groupe, alors qu'elle n'aimait pas ça. Mais elle avait pris sur elle. Et peut-être qu'au fil des entraînements, elle y avait même pris goût. Ainsi, lorsque les élèves de Poudlard, Swann, Jordan, les invités des Harris étaient venus lui parler de Quidditch, elle avait pu répondre sans subir d'humiliation ni mourir de honte. Malgré ce progrès, quand une nouvelle tête se présentait, Joy ne cessait pas de redouter les réactions que pourraient susciter ses mots. Elle ne parvenait à oublier son appréhension qu'au prix de gros efforts.

Avec Noah, c'était plus facile. Quand ce dernier se plaignit des Soins aux créatures magiques, Joy eut un petit rire. Ainsi, son cousin était mauvais dans ce domaine – il n'avait pas vraiment l'apparence d'un amoureux du plein air, en effet. En revanche, il s'illustrait en Arithmancie et en Astronomie, ce que la jeune fille nota dans un coin de sa tête. Puis il ronchonna contre les deux années qui lui restaient avant de pouvoir faire son choix.

« J'avoue que c'était un plaisir de se débarrasser de certaines matières. Mais tu verras, deux ans, ça va passer très vite !  Tu vois, l'année prochaine je rentre en dernière année, et pourtant j'ai l'impression que c'est hier qu'on m'a posé le Choixpeau sur la tête... »

Elle se voyait encore, petite première année un peu perdue qui allait bientôt rejoindre les bancs de sa maison si hostile. Elle se rappelait les précautions qu'elle avait prises pour ne pas commettre de maladresse devant toute l'école. Elle sentait toujours les mille yeux posés sur elle et la peur qui lui étreignait le ventre. Elle se souvenait des instants fébriles passés sous le couvre-chef indécis, hésitant entre Serdaigle et Serpentard. Elle avait alors demandé d'être répartie dans la maison de ses parents et rejoint la table à laquelle son père voulait la voir, la table qui le rendrait fier de sa fille, la table où elle devait siéger. Qu'importe les concessions. Aujourd'hui, regrettait-elle ce choix ? Elle ne savait pas trop. De toute manière, son côté paresseux aurait été un obstacle à son appartenance à Serdaigle, tandis que son manque d'ambition n'avait pas compromis sa répartition à Serpentard.  

Parfois, elle se demandait ce qu'avait ressenti son cousin à sa répartition. C'était tout de même le descendant d'une lignée profondément Serpentard, avec une certaine quantité de Serdaigle et très peu de Poufsouffle. Mais à sa connaissance, avant Noah, un seul Highlands avait été réparti à Gryffondor en l'espace de quelques décennies. Joy croyait se souvenir que l'exception de la famille était toujours de ce monde, et dans ce cas à un stade avancé de décrépitude, puisque ça remontait à plusieurs générations. Noah n'était sûrement pas au courant ; elle lui en dirait un mot, un de ces jour. Elle ne le connaissait pas assez pour deviner s'il se sentait bien au sein de sa maison mais peut-être serait-ce une bonne chose pour lui de savoir qu'il n'était pas le seul Gryffondor de la famille.

Joy, elle, avait eu la chance (ou pas) de grandir chez Salazar Serpentard. Ses débuts avaient été timides et ses premiers pas incertains. Elle avait trouvé en Paige une amie et puis s'était enfermée entre les murs de son silence. La solitude paraissait bien plus sûre que la popularité. La petite fille n'ignorait pas que les Serpentard étaient parfois cruels et les rumeurs qui circulaient sur le compte des élèves de la lumière parvenaient à ses oreilles. Elle avait préféré rester dans l'ombre, à écouter et à observer, sans même espérer qu'un jour elle puisse se plaire à Poudlard. Au début, ce lieu lui permettait juste de faire des études afin de préparer son avenir, puis peu à peu c'était devenu un moyen d'échapper à l'austérité oppressante du Manoir. Il fallut attendre sa sixième année pour que ça change. Capitaine, elle avait dû se socialiser et ses nouvelles rencontres – Juliet, Swann... – lui avaient ouvert les yeux vers autre chose. Joy, qui s'était renfermée sur elle-même pendant de longues années, avait ainsi découvert les attraits de la vie en société et le plaisir que pouvait procurer un peu de compagnie. L'élémentaire, peut-être, mais c'était nouveau pour elle et elle se demandait si elle ne commençait pas à apprécier un peu plus Poudlard.

« Bah, je ne sais pas trop, répondit Joy quand Noah lui renvoya sa question sur les examens. Il me semble que ça s'est bien passé en Sortilèges, mais je ne suis pas sûre. »

Elle n'était jamais sûre, de toute façon. Elle pensait aussi avoir bien réussi en Potions mais il suffisait d'une petite erreur d'inattention pour que son jugement soit faux – c'était un des inconvénients de cette matière : on n'était jamais certain de tout. En ce qui concernait l'Arithmancie, Joy avait suivi son instinct comme dans les devoirs de Sorden et entrepris un raisonnement audacieux pour la partie réflexion de l'examen, donc soit elle avait bien fait de prendre des risques et de faire travailler ses méninges, soit la logique sur laquelle elle s'était basée était erronée depuis le début et elle n'aurait pas les points. La partie connaissances était elle quelque peu incomplète, tout comme celles de Botanique et de Runes. Encore une fois, elle avait tout misé sur ses capacités et encore une fois, elle se maudissait de n'avoir pas assez révisé. Qu'avait dit son ex-professeur d'Arithmancie en lui rendant un devoir, un jour ? « Tâchez d'apprendre bêtement votre cours à l'avenir et de moins vous reposer sur vos lauriers... »

« Non, je n'ai pas vraiment d'idée précise de ce que je veux faire après... »

Honnêtement, pas d'idée floue non plus... Encore un an, qui passerait à une vitesse fulgurante comme tous les autres, et elle devrait quitter Poudlard pour affronter le monde sorcier. Et le pire, c'est qu'elle ne savait absolument pas ce qu'elle comptait faire. Si encore elle avait eu un rêve, une ambition, un projet sur lequel s'appuyer, mais rien ne lui permettait d'élaborer des plans précis pour le futur. Rien non plus ne jouait en sa faveur face à son père qui voulait la caser au Ministère. Il lui avait tant rabâché qu'elle devait obtenir un poste haut placé, un peu comme elle devait aller à Serpentard. Elle avait exaucé son premier vœu. En serait-il autant du deuxième ? Serait-elle prête à sacrifier encore une fois ses envies personnelles pour lui faire plaisir ? Ce poste au Ministère, c'était le rêve de Philip, pas le sien. Mais elle ne pouvait pas lui dire « Non, je ne veux pas », pour la bonne et simple raison qu'elle ne savait pas ce qu'elle voulait vraiment. Il lui demanderait « Pourquoi ? » et elle ne pourrait rien lui répondre, ni l'esquisse d'une passion, ni l'ébauche d'un vocation. Elle était dans une impasse.

« J'irai à l'université magique je pense, et je trouverai bien quelque chose à faire en parallèle », ajouta-t-elle, peu convaincue.

Les deux cousins arrivèrent à côté du bureau de poste. Joy poussa la porte d'entrée et entra. La pièce devait contenir plusieurs centaines de hiboux classés par étagère de couleur en fonction de l'éloignement de leur destination et de la vitesse de distribution exigée. Joy chargea un hibou grand-duc de livrer sa missive de l'autre côté du Pacifique, laissa un peu de monnaie et ressortit à l'air libre. Elle eut soudain envie de connaître mieux son cousin dont elle avait si longtemps été éloignée, aussi lui demanda-t-elle :

« Alors, tu as de bons amis dans ta classe ? Et dans les autres maisons ? »
Noah ForesterPréfetavatar
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Sans détacher les mains de ses poches, Noah écouta Joy lui répondre avec une pointe de nostalgie sur la fin. Il devint pensif, comme elle. Lui aussi se rappelait de son premier jour à Poudlard et du fameux moment de la Répartition, qui avait alimenté toutes les conversations dans le train. « Moi j’veux Gryffondor » par-ci, « Surtout pas Serpentard » par-là… Noah s’en moquait, jusqu’au moment où il s’était retrouvé sur la chaise, ses cheveux frôlant tout juste le Choixpeau, face à une gigantesque assemblée qui le fixaient d’un seul et même regard. A ce moment-là, il s’était senti totalement dépassé et affreusement intimidé.

Quelle maison ? Il n’en savait rien. Il ne savait même pas ce qu’il était. Il n’avait été d’aucun secours pour le Choixpeau, qui avait longuement hésité sur son cas. Quelques secondes avant sa décision, il avait pensé très fort « Qu’on en finisse ! » et le Choixpeau avait clamé de sa voix tonitruante le nom de la maison rouge et or. Soulagé d’avoir enfin passé ce moment pénible, il s’était très vite souvenu que sa famille maternelle comptait majoritairement des Serpentard, d’après ce qu’il avait compris. Sa mère étant l’une des quelques Serdaigle, elle lui avait dit que sa répartition n’aurait aucune importance pour elle, mais… pour les autres ? Seraient-ils tout de même fiers de lui ? Aucun Gryffondor chez les Highlands à sa connaissance. Sa petite appréhension au creux du ventre s’était envolée l’espace de dîner, qui avait été très chaleureux à leur table. Et quelques jours plus tard, un nouveau sentiment de malaise était né. Plus les jours passaient, et plus Noah se demandait si le Choixpeau ne s’était pas trompé. Il n’était pas vraiment comme ses compagnons de chambre. Moins exubérant, plus cynique, moins… courageux.

Les premières semaines avaient été difficiles. Il agissait presque comme un clandestin, toujours à filer à l’anglaise et à rester discret dans la foule. Les cours avaient fini par changer les choses. A force de fonctionner en binôme dans certaines disciplines comme les potions ou la botanique, il s’était fait quelques connaissances. Si Noah ne courait pas après les relations, les Gryffondor avaient tendance à se montrer très sociables, pour la plupart. Quelques mois plus tard, sans qu’il ait fourni de grands efforts, et toujours fidèle à lui-même, il s’était retrouvé dans une petite bande d’amis, avec William Derwent, Neils Osborn et de temps en temps Logan Payne qui se joignait à eux. Puis un peu plus tard, Maeva Hellsoft, la seule fille qu’il fréquentait vraiment. Finalement, la maison des gryffons avait sauvé sa vie sociale, Noah n’était pas sûr que parmi les aigles ou les serpents, par exemple, il aurait pu s’intégrer si facilement. Ils lui semblaient tous assez solitaires…

Joy répondit à sa question sur ses examens avec plus de mesure que ce qu’il imaginait. Il se rappelait que sa mère lui avait dit qu’elle avait obtenu cinq BUSES l’an dernier. C’était pas mal, selon lui, mais vu l’air avec lequel sa mère le lui avait annoncé, la nouvelle n'était pas à la hauteur des attentes de sa famille Sang-Pur, que Noah savaient exigeante. Lui n'avait jamais déçu les Highlands au niveau de ses notes, mais il les connaissait pointilleux dans beaucoup d'autres domaines : la politesse, les règles, la tenue et tout autre "truc de Sang-Pur", comme il les appelait en son for intérieur. Sa mère lui avait fourni une éducation beaucoup plus souple, aussi avait-il du mal à se plier à ces exigences. 

« Oui, on verra. De toute façon, mieux vaut ne pas faire de pronostics, pour ne pas être trop déçu… »

C’est ce qu’il se disait souvent, sans doute par manque de confiance en lui. Il y avait des matières faites pour lui, pour lesquelles il ne doutait que très peu, mais pour le reste, il se sentait un peu comme un funambule sur son fil, à marcher prudemment à l’aveuglette. A tout moment, il avait peur de tomber, même si ça ne lui était jamais arrivé. Peut-être était-ce justement parce qu’il n’avait jamais connu l’échec scolaire qu’il s’imaginait que la chute était proche. C’était assez inexplicable comme sentiment… Il réussissait presque toujours mais il doutait continuellement de lui, de quoi donner des envies de meurtres à ceux qui encaissaient Trolls sur Trolls.

« Non, je n'ai pas vraiment d'idée précise de ce que je veux faire après... J'irai à l'université magique je pense, et je trouverai bien quelque chose à faire en parallèle  »


A cette phrase, la voix de Joy s'affaiblit sensiblement. Noah lui jeta un regard en coin, confirmant son impression. La question l'avait mise dans une impasse, elle affichait un air désarçonné. Les professeurs devaient sans doute lui mettre la pression pour qu'elle réfléchisse à une voix professionnelle, après tout, il ne lui restait plus qu'une année à Poudlard. Lui qui croyait que sa cousine savait toujours où aller... Il venait de pointer une faiblesse, qui ne le laissa pas sans surprise : 
 
« Oh, je pensais que tu... Enfin, t'avais l'air de savoir... Pourquoi t’essayes pas le Quidditch ? T’es douée. J'y connais pas grand-chose mais euh… Je te trouve douée et puis sinon, tu serais pas capitaine, donc… » bafouilla t-il.
 
Il avait balancé la proposition sans vraiment y penser et sans rien y connaître. Il n’avait aucune idée de type d’études qu’il fallait suivre pour devenir joueur professionnel. Mais de toute évidence, les études classiques ne passionnaient pas sa cousine, alors la voie sportive était peut-être une solution.
 
« Peut-être que tu peux faire ça à côté de l’université. » suggéra t-il.
 
Il parlait en même temps que sa cousine se chargeait du hibou et de sa fameuse lettre. Il avait pensé à une lettre officielle qui ne méritait pas qu’on s’épanche dessus mais l’enveloppe avait l’air des plus basiques. Ses yeux posés sur l’adresse s’écarquillèrent. L’Amérique, rien que ça ? Curieux de savoir quel était le destinataire de la lettre, il hésita trop de temps à lui poser la question. Ils étaient déjà dehors et Joy l’avait devancé :
 
« Alors, tu as de bons amis dans ta classe ? Et dans les autres maisons ? »
 
Ah, ses fameux amis qu’il avait délaissés pour passer la journée avec la Serpentard. Noah hocha la tête, en rabattant sa casquette.
 
« Bah je traîne surtout avec deux mecs, Will et Neils, je pense que t’as déjà dû les voir, on est presque tout le temps ensemble. Maeva Hellsoft aussi, je sais pas si tu vois qui c’est. Ils sont sympas. On s’ennuie pas avec eux, des vrais Gryffy. » ajouta t-il, avec un sourire. « Je connais pas vraiment les gens des autres maisons, par contre… »
 
Il ne fallait pas non plus lui demander de faire ami-ami avec des gens qu’il croisait à peine aux intercours, ou occasionnellement dans certains cours communs. Nate était l’exception, mais il ne comptait pas, Noah le connaissait déjà bien avant Poudlard.
 
« Et toi ça va ? Je connais pas trop les Serpentard… Ils sont cools ? »
 
Les mots étaient sortis machinalement. La question sur la lettre lui trottait toujours en tête, tandis qu’ils s’éloignaient de la poste. Ses pas ralentirent, sans qu’il ne s’en rende vraiment compte.
 
« Pardon, je suis curieux mais je peux te demander ce que… Ce que tu as posté ? »
 
*Elle ne va pas te manger Noah, au pire, elle te répond que ça ne te regarde pas et on passe à autre chose*
 
Non vraiment, il ne savait si c’était sa grande taille ou ses grands yeux noirs, mais il y avait quelque chose chez elle qui le rendait timide.
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Joy observait Noah du coin de l'œil en se demandant à quoi il pouvait bien réfléchir. Comme à son habitude, elle tentait de décrypter les pensées d'après les expressions du visage et le ton de la voix de son entourage. C'était plus simple dans le cas de ceux qu'elle fréquentait tous les jours, bien que la façade indéchiffrable qu'arborait Roxanne au quotidien soit difficile à percer. Mais à force d'observations, elle se plaisait fréquemment à découvrir les causes du comportement des personnes qui l'entouraient. Et honnêtement, elle n'avait pas la moindre idée de ce qui se tramait dans la tête de son cousin, ce qui prouvait à quel point elle ne le connaissait pas. Ils étaient tous les deux à Poudlard depuis trois ans et, séparés par leurs familles, leurs maisons et leurs discrétions respectives, c'était le temps qu'il leur avait fallu pour se rapprocher de nouveau et essayer de s'apprivoiser.

« C'est ce que je me dis souvent », conclut Joy avec un sourire quand Noah affirma que mieux valait ne pas faire de pronostics pour ne pas être trop déçu.

Elle avait toujours eu tendance à imaginer le pire. Même lorsqu'elle était contente de son travail, même lorsqu'elle avait l'impression d'avoir réussi un devoir, même lorsque les choses de présentaient bien, elle se contentait de hausser les épaules, fatidique, si on lui demandait comment ça s'était passé. Peut-être parce que dire qu'elle s'en était bien sortie revenait à se persuader du contraire. Probablement en raison d'un peur stupide des mots qu'elle pouvait prononcer alors qu'ils n'avaient aucune incidence sur ce qui était déjà fait. Sûrement par crainte des désillusions, pour fuir cette déception qui vous prenait une fois devant la correction. Elle l'avait ressentie lors de sa première année, alors qu'elle vibrait encore d'espoir et d'ambition. Puis elle avait choisi de tuer ces sentiments dans l'œuf, simplement pour ne pas être déçue une nouvelle fois. Ces excès de pessimisme l'avaient poussée à ne plus croire en elle. Avec un peu plus de détermination, elle aurait  pu grimper dans le classement sans trop de difficultés. Mais son manque de foi avait entrainé une absence de motivation et donc des résultats irréguliers. Elle se sous-estimait clairement, ce qui contrastait fortement avec l'assurance des autres Serpentard. La plupart du temps, ils semblaient si déterminés à viser haut et si certains de leurs capacités que c'en était presque rabaissant.

La question de l'avenir fut ensuite abordée. Noah était visiblement déconcerté qu'elle n'ait pas de projet d'orientation ; Joy, étonnée, l'écouta s'embrouiller dans ses explications. C'était intéressant de découvrir un petit bout de l'image qu'il avait d'elle. Ainsi, elle avait « l'air de savoir » ce qu'elle voulait faire plus tard. S'il savait à quel point elle était déboussolée ! Elle n'avait aucune idée d'où aller, ni quelle direction prendre, autant du point de vue professionnel que dans sa vie en général. Pas d'entreprise familiale dont elle hériterait, pas de passion dont elle ferait son métier, pas de distinction particulière sur laquelle s'appuyer... Elle avançait à petits pas aveugles, sans jamais décider vraiment ce qu'elle désirait faire pour la bonne et simple raison qu'elle n'en avait aucune idée. Elle saisissait les opportunités qu'on lui offrait et accomplissait les tâches dont elle était chargée, tout simplement. Jamais elle n'avait gravi les échelons à l'aide de ses propres moyens, jamais elle n'avait atteint ses objectifs guidée par sa propre volonté. Il avait toujours fallu quelqu'un pour la seconder, pour tout lui apporter sur un plateau, pour l'aiguiller dans ses choix, pour combler son indécision. C'était Swann qui l'avait poussée à accepter le poste de Capitaine et sa directrice de maison qui le lui avait proposé. C'était son père qui avait pris beaucoup de décisions la concernant sans lui demander vraiment son avis.

Rares étaient les décisions qu'elle avait prises seule. Bien sûr, elle essayait de se battre contre ça, mais elle n'avait pas le tempérament pour. Elle ne possédait ni l'éloquence ni le cran nécessaires pour affronter sans cesse son père. Elle n'était ni assez sûre d'elle, ni assez déterminée pour lui tenir tête constamment. C'était un combat sans issue, une lutte perdue d'avance. Parfois, elle se disait qu'elle n'échapperait pas à l'avenir qu'il préparait pour elle. Elle finirait soit mariée à un riche Sang-Pur de sa catégorie, soit à ce poste au Ministère, ce poste tant convoité que Philip Highlands aurait voulu obtenir. Ça lui ferait plaisir. Ça lui ferait honneur. Elle ne verrait pas la déception dans ses yeux. Elle qui avait tant de mal à faire ses propres choix, elle n'en aurait plus l'occasion. Elle serait peut-être un peu moins heureuse, mais au moins, tout serait plus simple.

*Si tu pars perdante, c'est certain que tu n'iras pas loin* se morigéna Joy en chassant les idées noires de sa tête.

« Merci, murmura-t-elle distraitement quand Noah lui dit qu'il la trouvait douée en Quidditch, c'est gentil. »

Il évoqua l'éventualité qu'elle pratique ce sport à côté de l'université. Se diriger vers le Quidditch ? Ce n'était pas la première fois qu'elle envisageait cette possibilité, ni qu'on la lui suggérait. La réponse de la poursuiveuse était toujours évasive, à l'image de son opinion sur le sujet. Il était vrai que c'était tentant, mais s'en sentait-elle capable ? D'une part, c'était bien le seul domaine où elle ne doutait pas de ses compétences. Elle se souvenait parfaitement du premier match de l'année où Richard Griffit, recruteur reconnu, était venu la féliciter. Alors qu'est-ce qui la retenait ? La réponse était simple : elle n'osait pas. Elle n'osait pas se jeter corps et âme dans ce sport, fonder sa vie dessus. Si elle s'engageait dans cette voie, elle serait sujette à de nombreux risques dus au sport en lui même – une chute pourrait réduire sa carrière en miettes –, mais aussi à toute la pression médiatique qui sévissait autour. Être joueuse de Quidditch professionnelle nécessitait du talent et surtout de la ténacité, or ce dernier trait de caractère lui faisait défaut. C'était sa retenue qui lui soufflait qu'elle ne pourrait pas obtenir un place dans une équipe de haut niveau, car pour cela, il fallait véritablement le vouloir. Le vouloir au point d'être prêt à tout pour atteindre ce but. Le vouloir comme Juliet Wilson le voulait, elle qui était allée discuter avec Griffit de son propre chef. Contrairement à Joy qu'il était venu chercher, et pour continuer dans le Quidditch, il ne fallait pas qu'on vienne la chercher. Il fallait qu'elle aille les trouver.

« C'est une idée... » éluda-t-elle, peu désireuse de s'épancher sur ses doutes.

Elle fut soulagée que Noah ne s'attarde pas sur le sujet. Elle changea rapidement l'objet de la conversation, même si elle regrettait de ne pas lui avoir demandé si un métier lui plaisait en particulier. Il lui parla un peu de la bande avec qui il trainait ; la jeune fille tiqua sur l'appellation « Vrais Gryffy ». Il était vrai que les « vrais » Gryffondor étaient considérés comme tapageurs, boute-en-trains et un peu bourrins, avec lesquels on ne s'ennuyait pas comme disait Noah. Ce dernier, aux yeux de Joy, ne ressemblait pas à ce portrait un peu caricatural que les autres élèves brossaient des gens de sa maison, ça n'empêchait pas qu'il soit autant Gryffondor que les autres. Les élèves de Godric n'étaient pas tous des têtes brûlées ; on pouvait être calme et courageux à la fois.

« Je dois les connaître de vue, précisa Joy qui ne parvenait pas à associer noms et visages. Par contre, je sais qui est Maeva Hellsoft, un peu comme tout le monde. »

L'inconvénient d'être fille de prof. Noah lui demanda alors comment étaient ses camarades de maison.

« Cools ? répéta-t-elle, amusée. Ce n'est pas exactement le mot que j'emploierais pour qualifier les Serpentard. »

Un brin d'ironie perçait dans sa voix. Les Serpentard avaient une sale réputation qui leur collait à la peau comme un sortilège de glue perpétuelle. Autrefois repaire de futurs Mangemorts et autres Sang-Purs, leurs antécédents n'avaient rien de très enchanteur. Le serpent était loin d'être l'animal préféré de Joy. Les dortoirs ne donnaient pas envie d'y dormir par plus que la salle commune n'était une invitation à s'asseoir. Les élèves demeuraient quant à eux assez solitaires, très individuels et pratiquaient la politique du « chacun pour soi » avec brio. Leurs qualités – ruse, ambition, détermination – viraient aux défauts lorsqu'elles étaient excessivement présentes. Certains, pour ne pas les citer, étaient un peu louches. D'autres, comme O'Connor, avaient beaucoup de mauvais côtés. Il y avait aussi des pestes comme Richardson et autres langues de vipère à la Twilfit. Personne n'était jamais à l'abri des complots qui se tramaient derrière les rideaux ni des ragots qui circulaient dans son dos. Non, Serpentard n'était certainement pas une maison accueillante.

Pourtant, pour la plupart, ils étaient des élèves comme les autres. Et même s'ils avaient un aspect assez rébarbatif, ça valait parfois la peine d'aller plus loin que les apparences. Joy avait rencontré des camarades de maison dignes d'être connus ; autant Paige que Swann, en passant par Samantha. Pourtant, asociale complète depuis toujours, sa tendance à se méfier de tout et son caractère renfermé ne l'avaient pas aidée à s'intégrer dans sa maison, d'autant plus que certaines fois, elle ne s'y sentait pas à sa place. Quand elle voyait la volonté de Swann de redorer le blason de Serpentard, quand elle constatait que ses camarades de maison étaient prêts à tout pour se hisser le plus haut possible dans l'échelle de la société, elle se trouvait alors dénuée de toute détermination et ambition propres à un bon Serpentard. Comment être déterminée si elle n'était pas sûre d'elle ? Comment être ambitieuse si elle ne savait pas ce qu'elle désirait ? Ces qualités, elle les avait peut-être possédées un jour, lors de sa chute dans la fosse aux serpents sûrement. Petite, elle se prévoyait un grand avenir. Mais si sa confiance en elle s'était envolée, il ne restait plus que la ruse, dont elle  était incontestablement dotée. Elle avait exploité cet atout dans le Quidditch, concevoir des stratégies étant son point fort. Elle était douée pour mentir afin de cacher son manque d'assurance, elle était capable de manipuler les gens de manière à les induire en erreur sur sa vraie personnalité. Ça avait dû peser dans la balance, à sa répartition.

La jeune fille allait reprendre la parole pour lui expliquer son point de vue mais Noah la devança en lui demandant ce qu'elle venait de poster, visiblement préoccupé.

« Oh, c'est juste une lettre pour mon père, expliqua-t-elle tandis qu'ils ralentissaient le pas. Il est en voyage d'affaires en Amérique, c'est pourquoi j'ai dû passer par le bureau de poste. »
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La bonne humeur de Joy parut s’éteindre au fur et à mesure de ses remarques. Noah regarda avec impuissance sa cousine le remercier sans conviction, puis esquiver sa suggestion sur le Quidditch. Avait-il dit quelque chose de mal ? Il ne lui semblait pas, mais il avait tout de même réussi à la mettre mal à l’aise. Le terrain de l’avenir professionnel  venait de se révéler aussi raide et glissant qu’un toboggan, en moins sympathique. Or, parmi  les quelques qualités de Noah, la prudence avait une belle place. Il n’insista donc pas, mais se renfrogna sous sa casquette. Un peu honteux d’avoir mis sa cousine dans l’embarras, il ne dit rien pour un petit moment, réfléchissant à ce qu’il pourrait faire. Il était persuadé que Joy ferait une bonne joueuse de Quidditch, mais c’était un métier de passionnés, si elle ne s’y sentait pas prête, il valait mieux tenter une voie plus prudente. Cette affaire était à suivre, en tout cas. Il se promit alors de faire plus d’efforts l’an prochain pour prendre de ses nouvelles, et peut-être, l’aider, si ses mots maladroits ou son indécision pouvaient se révéler utiles.

Sans surprise, Joy déclara connaître Maeva, sa réputation de fille du professeur Hellsoft n’étant plus à refaire. Il se rappela qu’il venait de la laisser tomber, elle et ses amis Neils et William pour pouvoir passer cette sortie à Pré-au-Lard avec Joy. Il ne leur avait jamais parlé de sa cousine. Il hésita à se promettre de les présenter, l’an prochain. Pouvait-il ? Leur relation était si faite de silence et d’esquive de Noah se sentait presque clandestin de passer du temps avec elle. Il devrait peut-être lui en parler d’abord, avant d’ébruiter leurs liens familiaux.

Elle évoqua à son tour ses camarades de dortoir, et le visage de Noah se dérida un peu à ses sarcasmes. Certes, les serpents n’étaient pas réputés pour être « cools ». C’était plutôt un qualificatif gryffondorien ou poufsoufflesque, si l’on en croyait les clichés. Les Serpentards étaient davantage… cyniques, roublards et égocentriques ? Sans compter leur réputation de partisans des théories raciales, qui leur avait déjà coûté une guerre. Ils n’avaient pas eu le meilleur rôle face au grand mage noir. Aujourd’hui, cette réputation tendait à s’estomper, mais il faudrait un peu plus de temps et de changements des mentalités pour qu’elle disparaisse tout à fait. En tout cas, Noah ne préférait pas les juger d’emblée, il ne jugeait aucune des maisons, il s'était lui-même trouver bien incapable de déterminer laquelle lui conviendrait, le jour de sa Répartition. Et puis Joy appartenait à la maison des serpents, pour lui, elle n’avait rien d’une future criminelle. Bien au contraire, elle était sage, douce et intelligente, ou du moins était-ce l’image qu’il s’en faisait.

Joy répondit à sa question indiscrète, sans se formaliser outre mesure. Il s’agissait donc bien d’une lettre privée, à destination de quelqu’un dont Noah aurait préféré ne pas parler. Il ne savait comment se comporter avec cet oncle qui était si différent de sa fille. Il l’avait toujours craint, ne sachant s’il devait l’apprécier ou non, mais Philip Highlands ne s’était pas embarrassé de tels états d’âme en ce qui concernait son neveu. Chaque fois qu’il entrait dans la même pièce  que lui, Noah avait la sourde impression de ne pas être le bienvenu. C’était d’ailleurs ce qui l’avait éloigné de Joy, alors qu’ils s’entendaient très bien, enfants. Sa mère, Diana, était clairement en froid avec Philip depuis quelques temps, et Noah, en bon fiston, suivait les opinions de sa mère. Son caractère naturellement méfiant lui avait déjà soufflé de se placer sur la défensive avec lui, l’attitude de sa mère n’avait fait que renforcer la sienne. Aussi posa t-il plus cette question par politesse que par réel intérêt :

« Oh, je vois… Il, euh… Il va bien ? »

Il ne put s’empêcher de songer amèrement que son oncle ne se serait certainement pas enquis de savoir si lui et sa mère allaient bien. Oui, au fond, il lui en voulait à cet homme. Il lui en voulait d’avoir perturbé le climat familial au moment même où il commençait à s’apaiser. Noah ne voulait plus de ces séparations, celle de ses parents avaient bien suffi. Il n’avait pas besoin d’un nouveau clivage entre les Highlands.

Pris d’un élan soudain et irréfléchi, Noah interrompit leur marche et se planta devant sa cousine. La question sortit toute seule :

« Tu penses qu’on pourra se voir pendant les vacances ? »

C’était une question inutile, sans grand espoir. Si cette sortie à Pré-au-Lard avait été décidé, c’était justement parce qu’ils savaient tous les deux qu’ils auraient peu de chances de se voir pendant ces vacances. Noah ne restait qu’un mois chez sa mère, et celle-ci se gardait bien d’aller rendre visite à son frère avec qui elle s'était disputée. Et pourtant… A cet instant, Noah avait comme un espoir que Joy pouvait faire changer les choses, peut-être en discutant avec ses parents. Lui n’osait pas, mais elle, oui, elle pourrait, n’est-ce pas ? Elle était plus âgée que lui, plus raisonnable, moins lâche, elle aurait plus de poids, c’était sûr !

Le pauvre garçon n’avait aucune idée du fait que sa mère était nettement plus conciliante avec son fils que ne l’était Philip avec sa fille. Et il savait encore moins que Joy n’était pas plus courageuse que lui.

« Oh non, oublie, c’était stupide… Désolé. On va où, maintenant ? »


Il s’était ravisé, par crainte de l’embarrasser de nouveau. Quelle honte. C’était ridicule, cette question, on aurait dit un caprice de gosse qui éclatait, lui qui intériorisait toujours tout. Non, cela ne lui ressemblait définitivement pas.
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Joy avait remarqué que Noah n'osait pas lui parler franchement. Il lui avait demandé à qui était adressée sa lettre bien après qu'ils aient quitté le bureau de poste, signe que la question lui trottait peut-être dans la tête depuis un moment. Elle pouvait comprendre qu'il se sente gêné en sa présence – combien de fois avait-elle éprouvé ce sentiment ! Ça devait être dans les gènes. Mais c'était si inhabituel pour elle de jouer l'autre rôle, pas celui de la personne intimidée qu'elle était de coutume.

« Oui », assura Joy en haussant les épaules lorsque Noah s'enquit de la bonne santé de son oncle.

Elle n'en était pas sûre. Honnêtement, elle ne voulait même pas le savoir. Elle avait l'impression qu'il s'en fichait éperdument que sa fille, elle, aille bien ou pas. En vérité, elle se demandait parfois s'il n'était pas malheureux. Si c'était le cas, il n'en montrait rien. Tant que les affaires de la famille ne lui causaient pas de souci, il n'était pas exécrable. En revanche, sa femme n'allait pas bien et ils le savaient tous pertinemment. Encore une fois, Joy n'arrivait pas à faire preuve de compassion envers sa mère avec qui elle n'avait jamais eu de vraie relation. Quand elle était déprimée et qu'elle avait eu besoin de quelqu'un, sa mère était-elle venue lui parler ? Non. Elle avait laissé sa fille se débrouiller et Joy ne parvenait pas à le lui pardonner. Elle était consciente qu'elle agissait exactement de la même manière, qu'elle devrait faire un effort, mais elle préférait se comporter en adolescente égoïste et faire comme tout le monde dans cette maison : ignorer le mal-être de l'autre. Philip et son refus d'admettre les problèmes, Annie et son mutisme obstiné, Joy et sa peur d'élever la voix... Vivre comme et prétendre être une famille heureuse alors que tout allait mal, c'était un sport dans lequel les Highlands excellaient.

La jeune fille s'apprêtait à poser une question mais fut devancée par Noah qui, se plantant devant elle, lui demanda s'ils se verraient pendant les vacances. Prise de court, elle ne sut pas quoi répondre dans l'immédiat. Les mots lui échappaient à nouveau ; ça n'avait pas eu lieu depuis le début de leur conversation.

« Je... franchement, je ne pense pas », déclara-t-elle, gênée.

Si Joy  demandait à son père de voir son cousin, il trouverait une excuse pour ne pas accéder à sa requête ; elle ne se voyait pas insister et de toute façon, elle n'avait pas à le faire. Philip n'inviterait certainement pas sa petite sœur, étant donné la dispute qui les séparait. En effet, son désir le plus cher, outre celui que sa fille réussisse, était que Diana se marie avec un riche Sang-Pur. Ce serait un moyen de corriger son incartade, car pour lui, la naissance de Noah avait terni l'image de la famille.

Celui-ci s'empressa de lui dire d'oublier et affirma que c'était stupide.

« Non, ça nous concerne, donc ce n'est pas stupide, tu as bien fait d'en parler ! »

Joy balaya la question de leur prochaine destination et continua, hésitante :

« Écoute... Je suis désolée que tu sois mis à l'écart. »

Après tout, on ne choisissait pas ses parents. Parfois, Joy se rendait compte de la chance qu'elle avait de ne pas être à la place de son cousin et elle culpabilisait un peu. Contrairement à lui, elle était née du bon côté des Highlands. Malgré le fait qu'elle soit une fille, elle était considérée comme un membre de la famille à part entière, ce qui était plus agréable que d'en être exclu, elle en convenait. Par conséquent, on attendait beaucoup d'elle – qu'elle fasse honneur à son nom, qu'elle soit digne de le porter, qu'elle rende ses parents fiers etc... Mais le poids des espérances qu'on posait sur son dos, ça faisait aussi partie des inconvénients de sa condition, entre l'éducation très stricte qu'elle avait reçue, les préceptes pro Sang-Pur qui lui avaient été inculqués et les obligations qu'elle avait toujours dû remplir.

Cependant, Joy ne possédait pas les idéaux que son père. Elle ne pensait pas que le sang moldu qui coulait dans les veines de Noah était un déshonneur pour eux. Elle trouvait même que c'était du gâchis que d'en être réduit à se fréquenter clandestinement pour cette simple raison. Et malgré cela, elle ne l'avouerait jamais à son père, qui avait encore beaucoup d'influence sur elle. Sa doctrine de fer avait mis des à-priori dans la tête de sa fille dont il était difficile de se débarrasser, car ils prenaient parfois tant de place qu'elle était presque convaincue qu'ils étaient vrais. Philip Highlands l'avait quand même élevée selon ses principes, et tout le bon sens, les bonnes intentions et la bonne volonté du monde n'étaient pas forcément suffisants pour s'affranchir de l'éducation qu'elle avait reçue. En plus de cela, Joy n'avait pas beaucoup de volonté, un tempérament modéré, des convictions un peu trop floues pour qu'elle ose les revendiquer et enfin, un certain goût pour la sécurité garantie par l'autorité paternelle. Mais si l'heure de la révolte n'avait pas encore sonné, rien n'empêchait une résistance à petite échelle !

« On peut aller boire quelque chose aux Trois Balais, il fait chaud. »

Les mots étaient sortis un peu trop rapidement de sa bouche, comme si elle redoutait de se raviser à peine l'idée sortie de son esprit. Elle avait pris sur elle pour lui proposer de s'afficher ensemble dans le bar le plus fréquenté de Pré-au-Lard, non pas parce qu'elle avait honte de son cousin, mais parce qu'elle avait toujours eu du mal à se dévoiler devant les autres. De plus, sa proposition singulière tranchait un peu avec le fait qu'ils se soient retrouvés intentionnellement dans une rue à l'écart.

Tout en se remettant en marche, Joy interrogea son cousin :

« Au fait, comment va ta mère ? »

En raison des conflits familiaux, elle ne voyait sa tante que très rarement. C'était l'occasion d'avoir de ses nouvelles.
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Joy ne parut pas plus intéressée que lui par le bien-être de l’oncle et père Philip. Noah avait eu vent des relations plutôt tendues entre lui et sa fille, pour des histoires typiques aux grandes familles : faire honneur à leur nom, choisir le meilleur avenir professionnel et toujours monter en grade, par exemple. Philip semblait attendre beaucoup de choses de sa fille qu’elle ne semblait pas prête à lui donner. Noah l’avait bien vu en lui posant des questions sur ses études tout à l’heure, elle n’avait pas l’air d’avoir plus d’ambition que lui-même, et ce n’était pas peu dire. Il ne fit cependant aucune remarque, se suffisant à compatir aux difficultés familiales et autres dialogues de sourds que subissaient sa cousine, et qui décidément, semblaient le lot favori des Highlands.

Le mince espoir mort aussi vite qu’il était né à sa question ne fut que davantage enterré par la réponse de Joy. Si même sa cousine n’y pouvait rien, que pouvait-il faire, lui ? Deux fois rien. Voilà qui arrangeait sa peine. Il ne put s’empêcher d’être déçu en voyant l’expression de la Serpentard. Il ne s’attendait pas à y voir cette incertitude et cette résignation, lui qui croyait que ça n’était que pour lui. Joy était plus forte, il le croyait toujours. Mais ce sentiment  ne dura qu’un éclair, car il s’empressa de s’excuser, ce que Joy balaya sans attendre.

« Non, ça nous concerne, donc ce n'est pas stupide, tu as bien fait d'en parler ! Écoute... Je suis désolée que tu sois mis à l'écart. »


Noah ne répondit pas tout de suite, se contentant d’observer presque religieusement sa cousine, encore une fois. C’était la première fois qu’elle exprimait à haute voix son avis sur leur situation familiale, et même si Noah s’en doutait, cela lui faisait plaisir de l’entendre dire. Bien évidemment qu’elle considérait que leur situation était regrettable et stupide, sinon, ils ne seraient pas là à faire timidement connaissance dans une rue de Pré-au-Lard. Il rabattit sa casquette en reportant son attention sur la route.

«Bah… C’est pas de ta faute. » répondit-il, embarrassé. « Et puis ça change un peu, doucement. »

Très doucement. Mais au moins, il pouvait aller voir ses grands-parents sans qu’il n’y ait aucun malaise entre eux. Joy était revenue de son côté. Il n’y avait au final que Philip qui n’avait rien oublié, ni pardonné. Noah était d’une nature pessimiste, il n’attendait jamais rien de personne. Pourtant, il aimait s’imaginer que son oncle changerait d’avis bientôt.

Il ne s’attendit pas à la proposition suivante de Joy et en écarquilla les yeux de surprise.  Ne s’étaient-ils pas toujours cachés jusqu’à présent ? A Poudlard, ils discutaient à peine assez longtemps pour qu’on n'imagine qu’ils soient autre chose que de simples connaissances. En dehors de l’école, ils ne se voyaient pas, ou très peu. S’afficher aux Trois Balais sous les yeux de la moitié de leurs camarades en étant seuls pourraient en surprendre. Noah réfléchit quelques secondes. Après tout, il n’y avait pas non plus de grands risques, personne ne se souciait de sa vie à lui, sauf ses quelques amis. Il avait toujours été discret, même parmi les  Gryffondor. C’était à peine si tous les élèves de sa promotion lui avaient adressé la parole. La vie de Joy en revanche en intéresserait peut-être d’autres, mais même si elle était capitaine de l’équipe des serpents, elle n’en était pas moins discrète et réservée. Noah n’avait jamais rien entendu à son propos, preuve qu’elle n’accaparait pas non plus les ragots de l’école. En fait, en y réfléchissant bien, ils pourraient se faufiler et passer complètement inaperçus dans une foule telle que celle qui emplissait les Trois Balais.
 
« Si ça te dérange pas, c’est ok. » conclut-il de ses réflexions.

Au pire des cas, on lui poserait des questions, et il pourrait y répondre peut-être, si Joy était d’accord. Il devait être temps de lever le secret sur leur lien, au moins pour leurs amis respectifs.  Il répondit en attendant aux interrogations de sa cousine :

« Bien, je crois. Si ça n’a pas changé depuis les dernières vacances. »

Ce n’était pas avec les lettres qu’elle lui envoyait à pendant qu’il était à Poudlard qu’il pouvait deviner son état. Quoique, il était suffisamment proche d’elle pour avoir quelques soupçons quand cela n’allait pas, même à travers une lettre. Plus que le fils de son père, il était bien celui de sa mère. Pas seulement leurs caractères, eux-mêmes étaient beaucoup plus proches que ce que leur attitude réservée acceptait de montrer aux autres, mais entre eux, ils savaient ce qu’il en était. Or il était tenté de dire que, malgré les efforts qu’elle déployait pour le cacher, ses sourires sonnaient un peu faux
 Il n'en était pas sûr mais quelque chose tourmentait peut-être sa mère depuis quelques temps. Elle était la seule envers qui Noah se montrait patient. Il attendait toujours qu’elle vienne lui parler, se contentant de lui apporter un soutien silencieux mais dévoué. Les secrets ne faisaient de toute manière pas long feu entre eux. Parfois, l’envie de savoir le tenaillait, plus rarement, celle d’en parler avec quelqu’un d’autre. Mais comme il n’y avait personne, il avait appris à intérioriser.

Pour une fois, il y avait quelqu’un. Noah hésita quelques secondes. De toute façon, Joy était quelqu’un de confiance, non ? Et ce n’était pas comme si elle allait le rapporter à son père Philip.  

Au moment où tous deux franchissaient la porte des Trois Balais, juste avant que le bruit à l’intérieur ne deviennent assourdissant, Noah ajouta alors :

« Elle a l’air d’aller bien mais parfois… J’ai l’impression qu’elle est préoccupée, plus que d’habitude, comme si elle me cachait quelque chose. »

Les couleurs et l’ambiance surchauffée de la taverne les assaillirent en quelques secondes à peine, faisant taire Noah. Que pouvait-il dire d’autre dans un tel bruit ? Il se contenta de se frayer un chemin comme il pouvait pour suivre Joy à une table. Ou plutôt un bout de table, puisque c’était ce qu’ils pouvaient trouver de mieux. Une fois assis, il reprit, d’une voix un peu plus haute :

« Mais peut-être que je m’imagine des trucs, hein ! Je la vois pas souvent, donc ça doit être normal qu’elle me paraisse différente à chaque fois. »


Entre l’internat à Poudlard et les vacances partagées entre sa mère et son père, Noah ne passait pas autant de temps qu’il l’aurait voulu avec ses parents, mais c’était la contrepartie de l’apaisement de leur famille. C’était à lui de se scinder en deux pour eux, pour ne rien perdre.


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Joy était tout aussi embarrassée que Noah ne semblait l'être. Elle regrettait déjà d'avoir lancé la conversation sur leurs soucis familiaux alors qu'ils bavardaient agréablement depuis une bonne quinzaine de minutes. C'était bien dommage, ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti une telle aisance dans sa manière de parler ; évoquer un sujet sensible n'avait fait que réduire en miettes cette assurance naissante. De nouveau, elle ne savait plus quoi dire ni comment exprimer son sentiment. Oubliant qu'elle ne discutait pas avec un inconnu mais avec son cousin, elle cherchait ses mots, préparait à l'avance une réponse dans sa tête.

« Oui, ça change », répéta-t-elle en se maudissant la seconde d'après.

Comme à chaque fois, elle s'était entendue parler comme étrangère à ses propres mots. Et elle avait pu constater à quel point ce qu'elle disait était inutile et inapproprié. Ridicule. Elle était donc incapable de sortir une réplique naturelle ? Pourquoi fallait-il que ça sonne toujours aussi faux, aussi forcé ? Et après, on se posait des questions sur ses longs silences... Parler était une corvée pour elle. C'était tellement plus facile de se taire. Au moins, elle n'avait pas à réfléchir constamment à ce qu'elle pouvait dire, à ce qu'elle devait dire, à ce qu'elle allait dire et comment allait-elle le dire. Au moins, elle n'était pas fatiguée d'avance d'être contrainte à prendre la parole et ne regrettait pas chaque mot qu'elle prononçait. C'était le problème de certains timides : celui de se sentir immensément ridicule quand ils parlaient...

Pour être à l'aise, Joy avait besoin de quelqu'un qui la fasse parler de façon spontanée. Ces gens-là était assez rares ; il fallait qu'ils ne soient pas timides eux aussi, ni trop âgés ni trop sévères, mais pas démonstratifs non plus... D'autant plus qu'il arrivait parfois qu'une personne remplisse toutes les conditions mais que Joy soit quand même gênée en sa présence. Car fréquenter régulièrement la susdite personne était la seule et véritable solution pour que la jeune fille se décrispe. Fort heureusement pour eux, Noah faisait partie de cette catégorie d'individus restreinte en compagnie desquels aucun poids n'entravait ses mouvements. La Serpentard se détendit un peu. Noah, après réflexion, annonça qu'il était d'accord pour « destination les Trois Balais ». Elle comprenait sa réticence – elle avait eu la même pendant trois ans. Pouvait-elle prendre le risque de renouer avec son cousin au détriment des interdictions de son père ? Après de longues hésitations, elle en avait conclu que oui, ça en valait la peine. De toute façon, le « Grand Méchant Philip » n'en saurait rien. Mais malgré l'habitude qu'elle avait de se conformer aux règles qui lui étaient imposées, elle se surprenait à changer d'avis. Elle avait le droit de fréquenter qui elle voulait, non ? Alors pourquoi jouer aux clandestins ?

« On y va alors », lâcha Joy, appréhendant déjà l'objet de sa directive.

Tout en remontant la grande rue, Noah lui parla un peu de Diana. Joy n'ignorait pas que sa tante et son cousin étaient assez proches – et c'était tant mieux pour eux, car elle savait parfaitement bien qu'il n'y avait rien à envier à la situation inverse. Elle se demandait parfois s'il existait un autre lien entre sa mère et elle que celui du sang. Annie Highlands ne lui avait jamais offert le moindre petit signe d'affection, pas un regard attendri, pas une caresse. Elles n'étaient pas pour autant hostiles l'une envers l'autre ; dire qu'elles n'étaient rien du tout l'une envers l'autre aurait même été plus juste. Elles se contentaient de s'adresser des banalités quand ce n'était pas le silence entre elles. N'importe quel enfant souffrirait de ce manque d'attention, récurrent dans les familles de ce genre. Tous compensaient d'une manière ou d'une autre, soit en parlant beaucoup pour se faire remarquer, soit en cherchant l'amour qu'ils n'avaient pas reçu autour d'eux. Joy, elle, n'avait pas réagi de cette façon. Elle n'avait cherché ni le conflit, ni l'affection. Elle était juste intriguée : parfois, il lui semblait que sa mère avait un peu peur d'elle... et elle se disait que peut-être, derrière son absence, Annie l'aimait, oui, peut-être qu'Annie l'aimait comme une mère aime son enfant.

« J'espère que ma tante n'a pas que l'air d'aller bien, alors », plaisanta Joy en poussant la porte des Trois Balais.

Selon son cousin, Diana était préoccupée et il avait l'impression qu'elle lui cachait quelque chose. Ça, Joy connaissait ! Son propre père ne faisait pas partie de la catégorie de parents qui parlent comme si leur enfant n'était pas là ou qu'il ne pouvait pas les comprendre. Au contraire, il ne considérait pas sa fille comme une idiote finie. Tout à fait conscient qu'elle écoutait attentivement les discussions des adultes, il prenait grand soin à faire attention à ce qu'il disait en sa présence afin de ne pas dévoiler d'informations confidentielles dont elle ne devrait pas avoir connaissance. Joy n'était pas dupe elle non plus. Ses parents s'arrêtaient souvent de parler lorsqu'elle les rejoignait dans une pièce. Elle avait quelques fois surpris des bribes de conversation et avait cru comprendre que les ambitions de Philip Highlands n'étaient pas uniquement centrées sur sa fille. Il y avait bien sa petite sœur, Diana, celle qu'il rêvait de remettre dans le droit chemin après son « incartade » avec ce Moldu de Forester. Avec qui elle avait eu un fils, ce Noah dont il ne fallait jamais parler. Avec qui elle avait tôt fait de se séparer, merci Salazar ! Joy n'en savait pas plus et ignorait tout de la manière dont Philip comptait faire racheter sa faute à Diana.

Un beau vacarme régnait dans le bar plein à craquer. C'était comme si tous les élèves de Poudlard étaient contenus ici et que chacun s'était infligé un Sonorus ! Joy se faufila au milieu d'un groupe de première année surexcités – Merlin, ils rapetissaient chaque année un peu plus ! – pour atteindre un morceau de table libre au fond de la taverne.

« On prend cette table ? » demanda-t-elle d'un ton soulignant l'absence d'une quelconque autre alternative.

Elle s'assit donc sur la banquette, le plus loin possible de Gullivern qui était en train de tenter une approche d'Eva Jackson. En face du commentateur attitré des matchs de Quidditch et de l'ex-adversaire poursuiveuse de Joy se trouvait un Gryffondor dodu de deuxième ou troisième année. Il avait sa baguette magique dans une main tandis que l'autre venait de subtiliser celle d'un de ses amis, et s'était lancé dans un numéro de batterie sur le bois de la table. Et dire que Noah se coltinait peut-être cet hurluberlu tout au long de l'année...

« C'est pas trop dur de voir ses parents si rarement ? » demanda Joy en rebondissant sur ce qu'il venait de dire.

Les deux cousins parlèrent ainsi une bonne partie de la journée.


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