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 La fin du tunnel [Charlotte]

Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Dernière édition par Eliott Warlock le Lun 5 Mai 2014 - 20:34, édité 1 fois
13 Juillet 2007

Bip. Bip. Bip. Eliott fronça les sourcils et pesta mentalement contre cette machine infernale et ses bips réguliers, le réveil sans doute. Il perçut petit à petit des bruits de conversations, plus ou moins lointains. Étrange. Il avait mal au crâne, tous les sons lui parvenaient amplifiés, mais indistinctement. Il entendait tout, sans rien comprendre. Il avait l'impression que sa tête pesait trop lourd et ses pensées étaient complètement embrouillées. Il ne sentait plus ses jambes, avait du mal à bouger et une douleur sourde au côté droit. Il ouvrit lentement les yeux et les referma aussitôt, aveuglé par une lumière blanche. Il les rouvrit lentement et remarqua que le soleil devait être levé depuis longtemps, la pièce était baignée de lumière. Pièce qu'il ne connaissait pas d'ailleurs. Il n'était pas chez lui. Il essaya de se souvenir de quelque chose, n'importe quoi, qui expliquerait la situation, mais il n'arrivait pas à réfléchir. Il voulut se redresser mais une vive douleur à l'épaule droite le rabattit aussitôt sur ses oreillers, lui arrachant un grognement. Qu'est ce qui se passait ?

Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il se trouvait et de comment il s'était retrouvé là. Ça devenait inquiétant. Il s'efforça de rassembler ses derniers souvenirs, en vain. Tout semblait embrumé, comme si on avait jeté un voile sur sa mémoire. Charlotte, il avait vu Charlotte il y a quelques jours. Ça, il s'en souvenait, mais après ? Pourquoi ne se souvenait-il pas ? Ce n'était pas normal. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Plusieurs indices aurait dû le mettre sur la voie, la perfusion dans son bras droit, l'imposante machine et ses bips aigus, mais il était incapable de rassembler toutes ses informations pour voir l'évidence.

Une porte au fond de la pièce s’ouvrit alors sur une jeune femme rousse qui portait une blouse blanche et qui lui adressa un sourire chaleureux. De plus en plus bizarre. Peut-être qu’il était en train de rêver, surement même. Mais c’était étrange de rêver d’endroits et de personnes qu’on ne connaissait pas, non ?

"Monsieur Warlock, vous êtes réveillé ! "

Oui, il était réveillé, en quoi était-ce une si bonne nouvelle ? Et comment le connaissait-elle ? Et qu’est-ce qu’elle faisait là ? Et lui, que faisait-il là ? Et puis, c’était où là ? Il aurait voulu poser toutes ces questions mais les mots refusaient de s’ordonner dans son esprit pour former des phrases correctes. Il ouvrit la bouche mais fut incapable de dire quoi que ce soit et la referma aussi vite. La jeune femme assura qu'elle allait chercher un médecin et disparut aussitôt. Un médecin. Il était à l’hôpital, ça semblait évident maintenant. Ce qui aurait dû éclaircir sa situation ne fit que la compliquer d'avantage. Il était complètement perdu. Qu'est-ce qu'il faisait ici ? Il aurait dû s'en souvenir s'il lui était arrivé quelque chose, non ?

La porte s'ouvrit à nouveau, cette fois-ci sur une femme d’une cinquantaine d’année qu’il n’avait jamais vue auparavant et qui devait avoisiner les deux mètres. Peut-être qu'elle avait du sang de géant dans les veines.

"Bonjour, je suis le Docteur Wade, se présenta-t-elle en s'approchant. Vous souvenez-vous de ce qui s'est passé ? Il secoua négativement la tête. C'est parfaitement normal, pas d'inquiétude. Vous êtes à l’hôpital Saint-Thomas. Vous avez eu un accident de voiture, il y une douzaine de jours, vous... "

Elle continua de parler pendant une longue minute d'une voix calme, sans qu'Eliott ne l'écoute réellement. Elle évoqua des côtes et une épaule cassées, un traumatisme crânien, un état stable, un rétablissement rapide, il crut l'entendre mentionner Charlotte, des visites régulières, mais une seule information s'était imprimée dans son esprit. Une douzaine de jours. Il avait eu un accident il y a douze jours. Comment tout ce temps avait-il pu passer sans qu'il ne s'en rende compte ? Il s'était retrouvé dans le coma. Alors qu'il assimilait lentement cette réalité, sans parvenir à y croire, il releva brusquement les yeux vers le médecin. Trop brusquement, visiblement, puisqu'il fut soudainement pris de vertiges et dut se résoudra à attendre un peu avant de parler.

"Je...J'étais seul ? demanda-t-il finalement d'une voix enrouée.
-Seul ?
-Dans la voiture.
-Oui, vous étiez seul, et au téléphone", ajouta-t-elle avec un regard sévère.

Il ne releva pas, rassuré d'apprendre qu'il n'avait mis personne d'autre que lui en danger. Maintenant qu'il avait assimilé l’information, toutes les préoccupations qui allaient avec envahir son esprit. Comment allait Charlotte, ne s'était-elle pas trop inquiété ? Son frère était-il au courant ? Il avait dû trouver étrange de ne pas avoir de ses nouvelles pendant si longtemps. Toutes ces questions ne firent qu'accentuer son mal de tête et il grimaça. Le Docteur Wade procéda à quelques contrôles rapides, elle lui demanda de suivre une lumière des yeux et prit sa tension, avant d'assurer qu'elle procèderait à d'autres examens plus tard. Elle lui posa quelques questions rapides sur lui, sur sa famille, sans doute pour vérifier qu’il n’avait pas complètement perdu la mémoire.  Puis elle lui conseilla de se reposer -il lui aurait volontiers répondu qu'il venait de dormir douze jours et n'était donc pas fatigué, mais étrangement, il l'était- et lui expliqua qu'il pouvait appeler une infirmière s'il avait besoin de quoi que ce soit, avant de s'éclipser.

Elle avait répondu à presque toutes les questions qu'il se posait et pourtant il se sentait toujours aussi désorienté. Ses sens se réveillèrent peu à peu, la douleur avec eux. Une infirmière passa dans l'après-midi, du moins ce qu'il supposait être l'après-midi car il n'avait aucune notion du temps, augmenta ses doses de morphine et il s'endormit presque aussitôt. Comme s'il n'avait pas déjà eut se dose de sommeil comme ça. Ce fut le bruit de la porte qui s'ouvrait à nouveau qui le réveilla et il sourit en reconnaissant Charlotte. Il était réellement heureux de la voir, de la retrouver, de voir un visage connu et aimé au milieu de cet environnement étranger. Il remarqua toutefois son air fatigué et le bleu sur son bras et fronça les sourcils.

"T'as pas l'air en forme...lança-t-il simplement, conscient que c'était un peu déplacé venant de la part d'un type au fond d'un lit d’hôpital. Je suis content de te voir, ajouta-t-il avec un sourire. Viens."

Il voulut tendre un bras dans sa direction pour 'inviter à se rapprocher mais grimaça. Mauvaise idée le bras droit. Il avait envie de la serrer dans ses bras, de l'embrasser, de respirer son parfum, d'enfouir son visage dans ses cheveux, de retrouver toutes ses sensations familières qu'il aimait tant. Il n'était même pas conscient de tout le temps qui s'était écoulé depuis l'accident, et pourtant elle lui avait manqué.


Charlotte Meyer-WarlockAuroravatar
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Charlotte avait passé une mauvaise journée. Une très très mauvaise journée. Elle dormait très mal depuis l'accident d'Eliott et n'avait réussi à trouver le sommeil que vers cinq heures du matin pour se réveiller en sursaut à huit heures et demi, c'est à dire l'heure où elle était censée commencer à bosser. Elle était arrivée au Ministère en catastrophe, fatiguée et de mauvaise humeur. Elle avait réussi à se disputer avec Seamus avant dix heures du matin, parce qu'ils étaient complètement désorganisés et arrivaient à perdre des papiers importants. Et pourtant, elle se disputait rarement avec Seamus, ils s'entendaient très bien et leur binôme fonctionnait bien. Sauf que leur organisation laissait clairement à désirer, leur lieutenant leur avait dit plusieurs fois. L'ambiance du déjeuner avait été sinistre, surtout qu'ils venaient d'apprendre que Willa avait été blessée en mission et devrait rester plusieurs jours à Sainte-Mangouste. Pour ne rien rajouter, Furtinus avait multiplié les piques à leur égard et Charlotte avait dû sérieusement prendre sur elle pour ne pas exploser et lui balancer un sort. A treize heures, on leur avait annoncé qu'un criminel qu'ils avaient mis trois mois à boucler avait été jugé non-coupable par le Mangenmagot, ce qui n'avait pas arrangé son humeur. Elle avait l'impression que tout partait en vrille dans sa vie en ce moment et elle n'avait pas très envie que son boulot - la chose à laquelle elle se raccrochait - lui pose problème également. C'était un truc à devenir folle. Elle aurait bien pris des vacances pour s'éloigner un peu de Londres et de tous ses problèmes mais elle savait très bien qu'elle serait incapable de se détendre tant qu'Eliott serait à l'hôpital. Et pourtant, elle avait des congés de posés, elle avait même un voyage réservé avec Lilly durant l'été.

Elle avait donc passé sa matinée à faire de la paperasse, activité hautement ludique, quand le Commandant était venu les trouver pour un signalement d'un suspect à Dublin, dans le bar des Fitzpatrick, qui se revendiquaient comme une petite mafia locale. Mafia ou pas, ils étaient loin d'être fréquentables et trempaient dans des trucs pas très nets. Mais pour le moment, aucun n'avait été arrêtés, impossible d'avoir des preuves tangibles ou de les prendre sur le fait, on se contentait de murmurer leur nom. Pourquoi c'était tombé sur eux ? Parce que Seamus était Irlandais - entre compatriotes, avait dit le Commandant d'un ton narquois - et parce qu'elle était une femme, donc il y avait plus de chance pour qu'ils soient "cordiaux". Sous-entendu, si ça venait à éclater parce que des Aurors dans un bar rempli de petits criminels, c'était pas la chose idéale, ils ne lui casseraient peut-être qu'un bras au lieu de deux, fantastique. En faction devant le bar, ils avaient repéré deux membres de la PM qui étaient là pour l'un de leurs dossiers. Visiblement, le bar était le nouveau lieu à la mode pour les petits trafics illicites. Leur entrée avait provoqué un grand silence et ils s'étaient fait dévisagés de haut en bas. Ils avaient posé un anti-transplanage histoire que leur suspect ne leur file pas entre les doigts ce qu'il avait compris très rapidement vu qu'il avait dégainé sa baguette, assis à une table dans un coin. Ils avaient dégainés aussi - bon, peut-être pas la meilleure chose à faire mais cela avait été un réflexe - et cela avait été comme un signal pour tous les occupants du bar. Elle avait stupéfixé deux sorciers avant qu'on la saisisse violemment par le bras, tellement qu'elle en avait lâché sa baguette. Seamus, également désarmé, était lui aussi en mauvaise posture, coincé avec face à lui un type qui brandissait un tesson de bouteille. Charlotte avait eu beau se débattre, tenter tout ce qu'elle savait des combats au corps à corps, son adversaire avait une sacrée force et elle s'était rapidement retrouvée acculée au bar en très mauvaise position.

Ils devaient leur salut aux deux membres de la Police Magique qui avaient dû entendre que ça se corsait à l'intérieur. Le type qui la maintenait s'était soudainement écroulé - sortilège dans le dos - et le fait que l'un des policiers hurle que le renfort serait là dans une minute avait clairement dispersé les voyous, leur suspect compris. Seamus avait une grosse plaie qui saignait abondamment à la joue mais cela aurait pu être pire. Quant à elle, elle allait assez bien, si on exceptait que le type lui avait réduit le bras en bouillie et qu'elle voyait déjà qu'elle aurait un très beau bleu de toute la largeur d'une main. La PM s'était occupée de coffrer ceux qu'ils avaient pu avoir et les deux agents n'étaient pas peu fiers, il fallait le dire. La traditionelle rivalité entre les deux services et les Aurors qui affirmaient à qui voulait l'entendre qu'ils étaient supérieurs. Alors avoir l'occasion de sauver la mise à deux Aurors, dont un héros de guerre, cela n'avait pas de prix à raconter au Bureau. Quant à eux, ils auraient la chance de raconter comment ils avaient commis des erreurs de débutants pour se retrouver en une posture si fâcheuse. Après un tour à Sainte-Mangouste pour la plaie de Seamus - et donc l'occasion de croiser sa fiancée Lavande qui avait été prévenue et qui avait profité d'avoir une heure de libre pour venir s'assurer qu'il était encore en vie - ils étaient retournés au Bureau, ce qui avait bien fait rire Furtinus et ils s'étaient pris un savon de leur lieutenant, affirmant qu'en voyant qu'il y avait autant de monde dans un bar suspect, ils auraient dû ressortir et appeler du renfort. C'était vrai, certes, mais jamais agréable de se faire reprendre comme ça. Ils avaient passé le reste de l'après-midi devant leurs rapports et Charlie avait pu constater qu'elle avait carrément un bleu de compétition sur le bras, assez impressionnant à voir tandis que Seamus n'avait même pas de cicatrice. Elle avait peut-être un onguent magique pour ça, il faudrait qu'elle regarde.

Elle était donc sortie du Ministère à fleur de peau, fatiguée et complètement lasse. C'était une de ces journées où elle aurait mieux fait de rester couchée, songea-t-elle en transplanant dans la ruelle désormais familière qui jouxtait l'hôpital Saint-Thomas. Il faisait lourd en cette fin de soirée et elle en était presque à attendre avec impatience l'orage qui pourrait alléger l'atmosphère, qui mettrait fin à cette chaleur poisseuse. Le hall de l'hôpital était délicieusement frais et elle monta les escaliers en détachant sa tresse, laissant ses cheveux un peu ondulés. Elle passait voir Eliott tous les soirs depuis son accident, elle restait pendant tout le week-end, mais il n'y avait eu aucun changement, les médecins n'avaient jamais rien de plus à lui apprendre. Elle avait appris par une infirmière qu'Andrew Warlock et sa mère étaient passés, mais c'était tout. Et pourtant, malgré le manque d'évolution, son espoir restait intact. Mais une petite voix n'arrêtait pas de lui souffler qu'un coma pouvait durer des années et des années. Mais elle repoussait cette petite voix et s'interdisait de penser à ce genre de choses. Elle lisait quand elle était à l'hôpital pour ne pas laisser ses pensées vagabonder, se plongeait à corps perdu dans son travail pour ne penser qu'à cela et même quand elle était allongée dans son lit, incapable de trouver le sommeil, elle préférait se relever pour aller regarder la télévision plutôt que de rester à cogiter. Elle salua l'infirmière au passage, celle qui été toujours gentille avec elle, et s'apprêtait à continuer vers la chambre d'Eliott quand cette dernière l'interpella au lieu de répondre simplement à sa salutation, comme tous les soirs.

- Miss ! Il y a eu du nouveau dans la journée ! annonça-t-elle, avec un grand sourire.
- Du nouveau... ?

Charlotte s'interdisait de faire des hypothèses, de peur d'être déçue. Ce n'était peut-être rien, c'était peut-être infime. Mais c'est déjà quelque chose, mine de rien. C'était quelque chose après dix jours sans que rien ne change.  

- Il s'est réveillé dans l'après-midi !

Le coeur de Charlie rata un battement.

- C'est vrai ?

L'infirmière eut un petit rire.

- Bien sûr que c'est vrai ! Le docteur Wade dit qu'il n'a pas de séquelles, il était juste un peu désorienté.
- Et je peux le voir ? s'enquit-elle, incapable de réprimer le sourire qui avait envahi son visage.
- Bien sûr, répondit l'infirmière en hochant la tête. Mais allez-y doucement, il doit se reposer.

Charlotte ne put s'empêcher de la remercier plusieurs fois avant de se diriger vers la chambre, devant laquelle elle marqua une légère pause avant de frapper doucement. Elle poussa le battant et pénétra dans la pièce, le cœur battant la chamade. Eliott avait les yeux fermés et l'espace d'un instant, un horrible pressentiment l'envahit, comme si l'infirmière avait pu se tromper, comme si ce n'était qu'un leurre, une mauvaise blague. Mais Eliott ouvrit les yeux et un immense soulagement l'envahit, comme si toutes les tensions, toute l'angoisse et toutes les inquiétudes qu'elle avait pu ressentir depuis l'accident s'étaient envolées d'un coup. Elle resta plantée là quelques secondes, incapable de détacher ses yeux d'Eliott, un immense sourire aux lèvres. Elle ne réagit que quand il prit la parole pour dire qu'elle avait mauvaise mine et elle ne put retenir un léger rire, trop soulagée, trop heureuse de le retrouver.

- Et c'est toi qui dit ça... soupira-t-elle, sans se départir de son sourire.

Elle s'approcha de lui et s'assit sur le bord du matelas, tendant la main pour lui effleurer la joue. Elle était heureuse de le revoir, de le voir sourire, de savoir que c'était terminé, qu'il allait mieux. Elle avait envie de le serrer dans ses bras, de l'embrasser, de lui dire à quel point il lui avait manqué, à quel point elle s'était inquiétée pour lui, à quel point elle s'en voulait, à quel point elle était désolée, qu'elle l'aimait. Mais les mots ne sortaient pas et elle était là, assise sur le rebord du lit, à lui effleurer la joue du bout des doigts, à se mordiller la lèvre parce qu'elle n'avait pas envie de pleurer, parce qu'elle ne devait pas pleurer, elle n'était pas triste. Mais elle était tellement soulagée qu'elle avait l'impression qu'elle pourrait pleurer rien que pour cela.

- Tu m'as manqué, finit-elle par souffler avec un sourire.

Elle savait que son épaule droite était cassée mais elle mourrait d'envie de le serrer dans ses bras, de le sentir contre elle, même si elle avait peur de lui faire mal. Elle finit par se pencher vers lui, doucement, pour l'étreindre, parce qu'il lui avait vraiment manqué. Finalement si, heureusement qu'elle s'était levée ce matin. Rien que pour ce moment-là, rien que pour revoir Eliott. Elle finit par se redresser, coinçant derrière son oreille une mèche qui s'était échappée avant de poser sa main sur la joue d'Eliott. Elle avait besoin de sentir qu'il était bien là, bien réveillé, que c'était bien réel. Pendant un long instant, Charlotte se contenta juste de lui caresser la joue, savourant le moment et sa présence. Elle finit par rompre le silence en reprenant la parole.

- Et je suis désolée. C'est... C'est ma faute si on ne s'était pas vus la semaine avant et... Je m'en veux tellement, si tu savais. Tout est de ma faute. Et... Je suis désolée. Vraiment.

Elle s'était sentie tellement coupable toute la semaine et avait craint qu'elle ne puisse jamais dire à Eliott qu'elle était désolée, désolée d'avoir agi ainsi, désolée que les choses se soient passées ainsi. Mais c'était terminé, maintenant, songea-t-elle. Il était réveillé, c'était terminé. Elle se pencha vers lui pour déposer un baiser sur ses lèvres, sans que sa main quitte sa joue, fermant les yeux. Lorsqu'elle se redressa, elle lui adressa un sourire. Elle avait l'impression que cela faisait des siècles qu'elle ne l'avait pas vu, réellement, des siècles que les choses n'avaient pas été bien entre eux. Depuis trois semaines, mine de rien. Depuis avant ce qui avait pu se passer avec Lilly.

- Ton père est passé. Ton frère et ta mère aussi. Et ton père veut me faire un procès, d'ailleurs. Il était vraiment inquiet pour toi, tu sais. D'ailleurs...

Elle vérifia d'un coup d’œil que la porte était fermée et prit sa baguette magique en main pour envoyer un Patronus à John Warlock. Malgré ce qui s'était passé, il était hors de question qu'elle garde le silence sur le réveil d'Eliott. Sa marmotte traversa le mur qui donnait sur l'extérieur et disparu. Elle rengaina sa baguette magique et reporta son attention sur Eliott.

- Tu m'as vraiment manqué, Eliott.


All of me
loves all of you
Love your curves and all your edges, all your perfect imperfections.

You're my end and my beginning, even when I lose I'm winning 'cause I give you all of me and you give me all of you. •°¤ Mags.
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Eliott avait du mal à saisir ce qui se passait, ou plutôt ce qui ne s'était pas passé. Il ne parvenait pas à réaliser qu'il n'avait pas vu Charlotte depuis trois semaines, qu'il avait été inconscient deux semaines, que quinze jours étaient passés sans qu'il ne s'en rende compte. Il avait seulement l'impression se sortir d'un profond sommeil. Il se sentait comme s'il n'avait qu'un pied dans la réalité, qu'une partie de lui était encore endormie, et il avait besoin d'être sûr que tout cela arrivait vraiment, que c'était réel. La scène avait tout du rêve, des contours légèrement flous aux bruits étouffés. Charlotte s'assit au bord du lit et il l'observa un instant, laissant son sourire s'élargir à mesure qu'il réalisait qu'elle était bien là, que lui aussi, que c'était la réalité. Elle tendit le bras pour lui caresser la joue et il posa sa main sur la sienne, le contact de sa peau contre la sienne était réconfortant. Il avait envie de la toucher, de la serrer contre lui, pour ne plus laisser place au doute, pour être certain qu'elle n'était pas une illusion.

Elle lui souffla qu'il lui avait manqué et il pressa sa main dans la sienne. Elle lui avait manqué aussi, étrangement. Pourtant le temps avait filé sans qu'il ne le voit, il n'avait pas conscience des jours qui s'étaient écoulé, mais il savait qu'il avait bien été là, ces jours, ces heures. Et c'était du temps perdu à jamais, du temps volé, presque. Et les moments qu'ils n'avaient pas eu lui manquait. C'étaient des instants qu'ils ne récupèreraient jamais. Il n'eut toutefois pas le temps de lui part de tout ça car la jeune femme se pencha sur lui pour l'étreindre doucement. Il passa son bras gauche dans son dos et la serra contre lui, enfouissant son visage dans ses cheveux, savourant son parfum familier. Il aurait pu rester des heures ainsi, à simplement savourer le plaisir de la retrouver, de la sentir contre lui, mais la jeune femme se sépara doucement de lui, laissant sa main sur sa joue. Il lui sourit et accompagna son geste quand elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille.

"Tu es magnifique... " souffla-t-il après l'avoir observé un instant.

Il l'avait toujours trouvé jolie, très jolie même, mais il avait l'impression de la redécouvrir. Peut-être parce qu'il prenait le temps de la regarder comme une nouvelle personne. C'était comme revoir quelqu'un que l’on n’avait pas vu depuis longtemps, sauf qu'elle n'avait pas changé, si ce n'était qu'il la trouvait encore plus belle qu'avant.

Eliott fronça les sourcils quand Charlotte s'excusa, se demandant ce qu'elle pouvait bien avoir à se reprocher. Il ouvrit de grands yeux quand elle assura que tout était de sa faute. Comment en était-elle arrivée à penser une telle chose ? C'était n'importe quoi. Elle n'avait pas à s'en vouloir, c'était ridicule. S'il y avait quelqu'un à blâmer, c'était plutôt lui à vrai dire. Et il ne comprenait pas qu'elle s'en veuille à ce point, il ne voulait pas qu'elle se reproche quoi que ce soit. L'idée qu'elle ait pu culpabiliser à tort pendant tout ce temps le contrariait et il voulait à tout prix qu'elle se sorte cette idée de la tête. Elle n'y était pour rien, c'était un accident et c'était arrivé...comme ça. C'était un coup du sort, le hasard, le destin, peu importe. On pouvait appeler ça comme on le voulait -une conduite imprudente par exemple- ce ne serait jamais de sa faute.

"Mais enfin que...Qu'est-ce que tu racontes ? Bien sûr que non..que... "

Il voulait lui dire tellement de choses qu'il ne savait même pas par où commencer, et les mots se mélangeaient dans son esprit un peu confus. Le Dr. Wade l'avait prévenu qu'il aurait peut-être un peu de mal à réfléchir pendant un moment, et il s'était retenu de lui dire qu'en bon Gryffondor c'était de toute façon quelque chose qu'il faisait rarement. Il n'avait pas imaginé que cela se matérialiserait de façon si concrète mais il était là, avec des tas de choses à dire, et incapable d'articuler le moindre mot. Il ferma les yeux un court instant, dans le vain espoir de calmer un peu les pensées qui bourdonnaient dans son crâne. Lorsqu'il les rouvrit, ce fut pour plonger son regard dans celui de Charlotte.

"Ne dis pas ça, c'est n'importe quoi, c'est...Rien n'est de ta faute voyons. Absolument rien. Tu n'as rien à te reprocher. Et je... Il se redressa un peu et passa une main sous le menton de Charlotte pour s'assurer qu'elle ne fuirait pas son regard. [color=orange]Je t'interdis de t'en vouloir, termina-t-il conviction. Sinon je...je ne sais pas, mais ne t'excuses plus, s'il-te-plait. "

La jeune femme se pencha alors sur lui pour poser ses lèvres sur ses siennes et il laissa sa main glisser dans ses cheveux blonds. Il savoura chaque seconde de ce baiser, retrouvant avec plaisir des sensations qui lui avait manqué sans même qu'il ne s'en aperçoive. La douceur de sa peau, la saveur de ses lèvres, son corps contre le sien. Charlotte mit toutefois fin à cette étreinte, beaucoup trop rapidement à son goût. Il répondit au sourire que la jeune femme lui adressa mais son visage se figea dans une expression vide de toute émotion quand elle lança soudainement que son père était passé. Il était incapable de savoir ce qui le perturbait le plus, le fait que son père soit venu, ou le fait qu'il n'ait pas pensé à lui plus tôt.

Son père faisait tellement d'efforts pour sortir de sa vie, allant jusqu'à renier leur lien familial, qu'Eliott avait presque du mal à croire qu'il puisse faire une démarche dans le sens contraire. Ils ne faisaient que s'éloigner depuis des années, toujours un peu plus. Et il avait l'impression qu'ils avaient atteint ce point de non-retour, qu'ils s'étaient dit trop de choses blessantes pour que le temps puisse effacer leurs différends. Eliott s'était forcé à accepter que la partie soit terminée, sans même qu'il y ait un vainqueur, parce que c'était plus facile comme ça. C'était trop dur de vivre en se disant qu'ils pourraient faire quelque chose, qu'ils avaient encore une chance tous les deux, alors il avait considéré que c'était fini, définitivement. Mais ça ne l'était pas, et même s'il essayait de s'en empêcher il ne pouvait pas s'empêcher de prendre cette nouvelle comme une lueur d'espoir. Son père était passé. Parce qu'il restait son père, finalement. Malgré tout ce qu'il avait pu dire, malgré tout ce qu'ils s'étaient mutuellement infligé, et tout n'était peut-être pas perdu, au final. Mais d'un autre coté, qu'est ce que ça changeait ? S'ils retrouvaient une forme de dialogue, serait-ce pour se dire autre choses que des horreurs ou retrouveraient-ils leurs mauvaises habitudes dès le calme des retrouvailles passé ? Il n'était pas sûr de vouloir une réponse.

Il aurait voulu se contenter de savoir que son père était passé. Qu'il était venu parce que, même s'il avait dit le contraire, il était son fils, et qu'il s'était inquiété. Parce qu'au fond peut-être qu'ils continuaient de s'aimer, un peu, de loin. Ils n'avaient pas le choix, ils étaient père et fils, et avant toutes ses disputes ils avaient été heureux, ils s'étaient entendu, s'étaient aimé, ils avaient été une famille. Et ils continuaient d'en être une, de loin, à travers Andrew et Paige, mais chaque confrontation ne faisait que les détruire un peu plus. Finalement moins ils se voyaient et mieux étaient les choses entre eux. C'était peut-être la solution, ne pas s'approcher. Ils ne se réconcilieraient jamais comme ça, mais cela paraissait de plus en plus impossible de toute façon, et au moins ils ne se feraient pas plus de mal qu'ils ne s'en étaient déjà fait.

Il fut tiré de ses réflexions un peu confuses par Charlotte qui tira sa baguette de sa poche. Eliott tourna les yeux vers la porte de la chambre par réflexe, sachant très bien qu'elle avait sûrement vérifié avant que celle-ci soit bien fermée, et se demanda ce que la jeune femme avait l'intention de faire. Il ne le comprit qu'en voyant une forme argenté se matérialiser sous leurs yeux.

"Oh non ne... "

Avant même qu'il n'ait pu arriver au bout de sa phrase, la marmotte argentée de Charlotte avait disparu. Il soupira. Il n'avait pas envie de voir son père maintenant, parce qu'il ne savait pas dans quel état d'esprit il allait le trouver, ni même dans quel état d'esprit il était lui-même. Il ne savait pas quoi penser, il avait besoin de réfléchir un peu. Le reste de la précédente phrase de Charlotte lui revint alors en mémoire et il soupira à nouveau. Il avait été tellement perturbé d'apprendre la venue de son père qu'il n'avait pas réagi à cette histoire de procès. Ça lui ressemblait tellement, de faire des procès à tout le monde. Une déformation professionnelle, sans doute. Il se demandait toutefois ce qu'il avait bien pu reprocher à Charlotte....Il ne réalisa qu'à cet instant que cela impliquait que celle-ci ait rencontré son père. Et visiblement ça ne s'était pas très bien passé.

"Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de procès ? demanda-t-il finalement en fronçant les sourcils. Il a pas été trop... *lui-même* ? Si, évidement. Nouveau soupir. Quoique, visiblement il ne t'a pas traumatisé, vous discutez même par patronus... " lança-t-il avec un léger sourire.

Il ne voulait pas se préoccuper de son père pour l'instant, il s’inquiéterait de tout ça plus tard. Il avait le sentiment que la confrontation arriverait bien assez vite comme ça de toute façon. Il voulait juste profiter de Charlotte pour le moment. C'était elle qui était là et il ne voulait penser qu'à elle. C'était bien plus agréable.

"Adorable, ta marmotte, d'ailleurs." lança-t-il avec un léger rire.

Il ne résista pas à l'envie de l'embrasser à nouveau et s'approcha d'elle pour poser ses lèvres contre les siennes.




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Charlotte n'arrivait pas à se départir de son sourire. Elle avait l'impression que toutes les tensions, toutes les angoisses de ces dernières semaines s'étaient envolées pour ne laisser place qu'à un sentiment d'apaisement et de joie, ce qui fait qu'elle n'arrivait pas à se départir de son sourire. Elle avait l'impression qu'elle pourrait éclater de rire à n'importe quel moment, un peu euphorique, comme si elle avait descendu son verre de Whisky trop vite. Et elle était là, assise sur le lit d'Eliott à se convaincre que si, il était bien réveillé. Elle laissa ses doigts courir sur la peau d'Eliott, savourant le fait de le voir sourire, rire, vivre. En théorie, cela ne faisait que deux semaines de coma mais elle avait l'impression que cela faisait une éternité, que chaque jour s'était écoulé trop lentement, que les heures s'étaient étirées, que les minutes étaient pesantes, que chaque seconde les éloignaient un peu plus. Elle savourait chaque geste, leurs doigts entremêlés, sa main dans son dos, dans ses cheveux, chaque sourire, chaque regard. Elle était en train de fondre complètement, c'était terminé pour sa maitrise d'elle-même ou ne serait-ce que pour sa crédibilité. Elle devait avoir l'air ridicule là, avec son grand sourire, elle en était persuadée. Mais tant pis, elle pouvait bien se le permettre. Elle avait cru le perdre définitivement, il lui avait manqué, beaucoup trop. Elle pouvait se permettre de savourer leurs retrouvailles. Quand il replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille en même temps qu'elle, elle lui adressa un sourire tendre et noua ses doigts aux siens. Quand il affirma qu'elle était magnifique, elle eut un petit rire. C'était étrange de lui dire cela, soudainement, comme ça.

- Morphine ? interrogea-t-elle, sans se départir de son sourire.

Elle le vit froncer les sourcils lorsqu'elle commença à s'excuser et comprit très bien qu'il ne voyait pas de quoi elle parlait. C'était évident, pourtant : si elle avait répondu à ses appels, si elle lui avait parlé dans la semaine suivant leur conversation un peu houleuse, dirons-nous, il n'aurait pas eu cet accident. C'était de sa faute, c'était évident et elle ne voulait pas qu'Eliott la dédouane. Si elle lui avait répondu, s'ils s'étaient vus le soir précédent, il n'aurait jamais été dans ce taxi et n'aurait jamais eu cet accident. C'est parce qu'elle avait été bornée et distante qu'il avait été dans son taxi à ce moment précis, c'était clair. En le voyant s'agiter et s'emmêler les pinceaux, fermant les yeux pour se calmer, Charlotte tendit la main pour lui caresser le front, écartant quelques mèches de cheveux.

- Hé, doucement, souffla-t-elle.

Elle n'aurait peut-être pas dû lui parler de cela maintenant, il avait beau être réveillé, il avait besoin de repos, elle s'en doutait bien. Quand il rouvrit les yeux pour les plonger dans les siens, elle continua son geste, un peu soucieuse. Il avait l'air vraiment contrarié par ses propos sans qu'elle sache pourquoi. Il avait beau lui assurer le contraire, les faits étaient là : c'était de sa faute s'ils n'avaient pas été ensemble ce matin-là. S'ils avaient été ensemble, il n'y aurait pas eu d'accident. CQDF.

- Bien sûr que si, répondit-elle en retirant sa main de son front et en détournant le regard. Si je... 

Elle le regarda de nouveau quand il passa une main sous son menton pour s'en assurer et se mordilla la lèvre dans un geste nerveux. Il avait beau affirmer le contraire, les choses étaient ce qu'elles étaient. Eliott était toujours gentil avec elle, toujours prévenant, toujours à vouloir lui faire plaisir. Elle avait l'impression que même s'il la savait en tort, il ne lui dirait pas, tout simplement parce qu'il était toujours dans l'attention et la délicatesse vis à vis d'elle. Elle aurait bien continué d'épiloguer sur le sujet mais n'avait pas envie qu'il s'agite plus et se fatigue alors qu'il venait juste de se réveiller. Elle n'était plus une petit fille, elle était en âge d'assumer ses torts, ses erreurs et ses responsabilités. Elle comprendrait parfaitement qu'Eliott lui en veule el la tienne pour responsable dans ce qui était arrivé mais elle avait la ferme impression que même s'il le pensait, il ne lui dirait pas. Alors que, ironiquement, elle aurait aimé qu'il le fasse, qu'il puisse lui dire ce qu'il pensait vraiment sans la ménager, pour une raison ou une autre. Et tout aussi paradoxalement, elle n'avait pas du tout envie qu'ils se disputent ou qu'il lui en veule. C'est juste qu'elle savait qu'elle n'aurait pas la vérité quand à ce qu'il pensait de cette histoire, comme si elle était trop délicate pour qu'il l'accuse. Mais elle ne pouvait pas l'entretenir de cela pour le moment, parce qu'elle n'avait pas envie de gâcher ces instants entre eux et parce qu'elle ne voulait pas le fatiguer avec cela.

- Désolée, répondit-elle avec une légère grimace lorsqu'il essaya de la prévenir de ne pas envoyer de Patronus à son père. Je me suis sentie obligée.

Autant éviter de donner trop de cartouches à John Warlock pour la descendre. Elle ne le connaissait pas vraiment mais avait la ferme impression qu'il serait bien capable d'affirmer qu'elle lui avait caché le réveil de son fils et Charlotte n'avait pas très envie de devoir se justifier encore une fois sur sa présence auprès d'Eliott et des décisions qu'elle avait prise. Elle ne pensait pas détenir la raison suprême mais avait agi en son âme et conscience, en ayant toujours à l'esprit ce qui serait le mieux pour Eliott. Évidemment, cette version n'était sûrement pas celle que John Warlock voudrait retenir. Enfin, ce n'était plus vraiment important désormais. L'essentiel était qu'Eliott était réveillé, c'était tout ce qui comptait. Quand il évoqua d'ailleurs son père et le procès qu'elle avait mentionné plus tôt, elle sentit ses joues chauffer, signe qu'elle rougissait. C'est sûr qu'elle n'était pas très fière de ce qui avait pu se passer et qu'elle regrettait fermement son emportement et le ton qu'elle avait osé adopter à l'égard du père d'Eliott. Elle s'apprêtait à lui expliquer ce qui avait pu se passer, afin qu'il ait également sa version avant d'avoir celle de son père, mais il ne lui en laissa pas vraiment le temps. Il faut dire qu'elle hésitait fortement sur les mots à choisir pour expliquer ce qui avait bien pu se passer. Godric, elle avait balancé son badge sur le nez de John Warlock. Mais qu'est-ce qui lui était passé par la tête, franchement ? Quel âge est-ce qu'elle avait ? Elle ne voyait vraiment pas comment expliquer cela à Eliott, en ayant l'air raisonnable. Mission impossible, vu qu'elle avait été complètement déraisonnable. Elle en était là de ses pensées lorsqu'il lança que sa marmotte était adorable. Ce n'était pas la première fois que son Patronus faisait rire, il faut dire que pour une Auror, la marmotte n'était pas très impressionnante contrairement aux aigles, loups et autres animaux qui avaient le mérite d'en imposer. Elle et sa marmotte, c'est sûr qu'elles ne faisaient pas le poids. Mais elle l'aimait bien, son Patronus. On se retrouvait dans son Patronus, c'était bien connu et sans savoir pourquoi, elle avait l'impression que la marmotte lui correspondait bien. Ne serait-ce que pour les grasses matinées.

- Elle est très bien, ma marmotte, répliqua-t-elle pour la forme, faussement vexée. Tu as quoi, toi, pour te permettre de te moquer, Monsieur Warlock ?  

Quand il se pencha vers elle pour l'embrasser, elle ne résista pas à l'envie de passer ses bras autour de son cou, doucement, en faisant attention à son épaule droite. Il lui avait manqué. Il lui avait manqué beaucoup trop, songea-t-elle. La saveur de ses lèvres, son corps contre le sien, sa présence, tout simplement, tout lui avait manqué. Elle sentit son cœur rater un battement, sans qu'elle identifie vraiment pourquoi et laissa ses doigts s'égarer dans sa nuque. Elle se sépara de lui, lentement, et lui adressa un sourire, leurs visages toujours près l'un de l'autre. Et sans savoir pourquoi, les mots lui échappèrent.

- Je t'aime.

Ce n'était pas vraiment une surprise, elle l'avait souvent pensé depuis un mois, avait manqué de lui dire la dernière fois qu'ils s'étaient vus mais s'était défilée à la dernière minute, par peur sûrement. Et elle l'avait regretté à un tel point ! Merlin pouvait en témoigner. Elle avait beau lui avoir soufflé le jour de l'accident, il ne pouvait pas les entendre. Et si elle avait eu peur de le dire pendant des semaines, ils étaient venus tout naturellement à ce moment précis, sans qu'elle sache pourquoi. Mais tant pis. Même si ce n'était pas réciproque. Au moins, elle ne le regretterait pas, pas comme elle avait pu le regretter après l'accident, ce goût amer dans la bouche, toutes ces occasions manquées... Au moins, c'était fait, elle n'aurait pas de regrets.

- Et j'aurai voulu te le dire avant, ajouta-t-elle en le regardant dans les yeux.

C'était inutile de revenir sur le passé désormais mais elle voulait qu'il sache que ce n'était pas qu'à cause de l'accident qu'elle le disait, qu'elle le pensait bien avant et que c'était juste... Qu'elle ne savait pas pourquoi elle ne l'avait pas dit, c'était juste comme cela, c'était tout.

- Et pour le procès... En fait, c'est une histoire un peu compliquée. Et... Un peu gênante, en fait. Le jour de l'accident, j'ai été la première prévenue et j'ai envoyé un hibou à ton frère. Sauf que c'est ton père qui l'a reçu. Et il est venu à l'hôpital. On est pas vraiment partis du bon pied, en fait, il m'a pris pour une moldue et il a cru que tu m'avais révélé le Secret Magique parce que je lisais "Sorciers contre Moldus" - il est dans la table de nuit si tu veux, je voulais que tu aies de quoi t'occuper à ton réveil - donc il a... Il a menacé de m'effacer la mémoire. Du coup j'ai... J'en suis pas fière, juré, c'est juste que j'étais inquiète pour toi et... Non, j'ai pas d'excuses. Pour lui montrer que j'étais une sorcière, Auror qui plus est, j'ai... Je lui ai balancé mon badge à la figure.

En fait, il n'y avait pas de bonnes manières de le tourner, ça sonnait mal peu importe les mots.

- Il a pas eu le nez cassé ! s'empressa-t-elle d'ajouter. Enfin, du coup, on était pas très bien partis. Pour bien arranger les choses, il voulait te transférer à Sainte-Mangouste et... J'ai dis non. Je savais très bien qu'il avait le droit mais j'étais persuadée que Saint-Thomas serait mieux pour des blessures moldus, la magie ne peut rien au coma. C'est ton père, c'était à lui de décider, il le savait tout à fait, il a dit que j'étais juste une fille de passage et que la décision ne me revenait pas, c'est vrai mais... Je lui ai répondu qu'il n'existait pas dans le monde moldu, qu'il n'avait aucun lien avec toi et que si je te changeais d'hôpital, il ne pourrait rien y faire et aurait du mal à te retrouver. Du coup, il va me coller un procès au Mangenmagot pour faire revendiquer ses autorisations. Il est dans son droit, c'est vrai mais...

Mais voilà. C'était de l'arguement ça, Charlie. Le Mangenmagot allait adorer.

- Je crois qu'il ne m'aime pas, ajouta-t-elle, pince-sans-rire.



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-Un ours, répondit-il quand Charlotte l'interrogea sur son patronus. Qui ne ferait qu'une bouchée de ta marmotte, ajouta-t-il avec un sourire amusé. En réalité son patronus n'avait vraiment rien de terrifiant, il tenait même plus de l'ours en peluche que de la bête féroce, mais elle n'était pas obligé de le savoir. Et je ne me moque pas, je la trouve mignonne ta marmotte !

Il se rapprocha doucement d'elle pour l'embrasser et elle passa ses bras autours de son cou. Il glissa une main dans son dos et s'abandonna complètement à ce baiser auquel la jeune femme mit fin beaucoup trop rapidement. Il répondit à son sourire alors qu'elle se séparait doucement de lui et lui caressa tendrement la joue. Il laissa son regard s'égarer sur son visage, ses yeux, ses lèvres. Il aurait pu l'admirer pendant des heures.

- Je t'aime.

Il avait l'impression que c'était à ses propres sentiments que les mots de Charlotte faisaient écho, et sourit en comprenant qu'ils étaient partagés, ces sentiments. Il était amoureux de Charlotte, cela ne faisait aucun doute. C'était arrivé si vite, sans même qu'il ne s'en rende compte. La jeune femme avait pris une place immense dans sa vie, il pensait à elle tout le temps, il avait constamment envie d'être avec elle, pour tout partager avec elle. Il se surprenait même parfois à penser à leur avenir. Jamais de façon très sérieuse, mais parfois il réalisait qu'il songeait à "quand ils vivraient ensembles" ou "s'ils avaient des enfants", il ne le faisait même pas volontairement, c'était Charlotte qui lui faisait perdre un peu la raison. Et si au début il s’était interdit de se faire de faux-espoirs, de se dire que c’était elle, que c’était la femme de sa vie, pour s’éviter une déception, il n’avait plus peur de le penser maintenant. Parce que c’était elle, c’était Charlotte, il en était certain.

-Je t'aime aussi, murmura-t-il au creux de son oreille après s'être rapproché doucement d'elle.

Il déposa un baiser dans le creux de son cou, puis un autre, et encore un, laissant sa main glisser sur l'épaule de la jeune femme. Il avait rarement été si bien qu'en cet instant, jamais il ne s'était senti si amoureux de Charlotte que maintenant. Elle était absolument parfaite. Et il aurait dû le lui dire bien avant. Combien de fois l'avait-il pensé, qu'il aimait ? Mais il avait appris d'expérience qu'il ne valait mieux pas dire ces choses-là trop tôt si on voulait s'éviter des déceptions. Une de ses premières petites amies, Sandy Reynold, lui avait même répondu "Merci", la première fois qu'il le lui avait dit, tout hésitant du haut de ses dix-sept ans. C'était le genre de réponses qui vous apprenaient la patience. Il sourit quand Charlotte ajouta qu'elle aurait voulu le lui dire plus tôt. Il commençait à croire qu'elle lisait dans ses pensées.

-J'aurais dû te le dire bien avant moi aussi, je le pense depuis longtemps.

Il lui prit doucement la main et mêla ses doigts aux siens alors qu’elle revenait sur cette histoire de procès qui l’inquiétaient assez. Que son père n'aime pas Charlotte ne l'étonnait même pas -même si à ses yeux c'était impensable de ne pas apprécier la jeune femme- étant donné que son père passait son temps à dénigrer le moindre de ses choix, mais de là à vouloir l'attaquer en justice...Il adressa un sourire encourageant à sa petite-amie alors que celle-ci le prévenait que c'était une histoire compliquée et un peu gênante. Il haussa les sourcils, intrigué, en se demandant ce qui avait bien pu se passer. Il commençait à imaginer le pire.

Son père avait pris Charlotte pour une moldue, d'accord, il prenait tous ceux qui ne portaient pas de robe de sorciers traditionnelles pour des moldus, c'était normal. Eliott grimaça en entendant que son père avait donc, logiquement, menacer d'effacer la mémoire de Charlotte. Depuis le début du récit il était persuadé que c'était son père qui était en faute dans cette histoire -il avait tendance à sauter sur la moindre occasion d'en vouloir à ce dernier- mais en voyant la jeune femme hésiter à lui expliquer la façon dont elle avait réagi il fronça les sourcils, un peu inquiet. Il dut se mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire quand elle finit par lui avouer qu'elle lui avait lancé son badge à la figure. Ce n'était pas drôle du tout, les badges des Aurors étaient en métal et plutôt lourds, et puis ce n'était pas vraiment correct comme façon de se présenter. Il savait tout ça, et il aurait dû s'inquiéter, ou désapprouver, mais il suffisait qu'il imagine la scène pour être pris d'une furieuse envie de rire.

-Désolé, lança-t-il après avoir laissé échapper un éclat de rire. Je devrais pas, je...C'est pas drôle mais...Si, c'était drôle. John Warlock se recevant en pleine figure le badge d'une Auror qu'il avait prise pour une moldue et sans doute méprisé en tant que sorcier au sang le plus pur qui soit, c'était drôle. Et puis ce n'était jamais qu'un badge, rien de bien grave en soit. J'aurais voulu voir ça, finit-il par conclure avec un sourire. J'imagine que te féliciter serait plutôt malvenu...Il n'était sans doute pas censé encourager les gens qui balançait des choses aux visages de ses parents. Mais bravo quand même, ajouta-t-il avec un clin d’œil en baissant la voix.

Oui, il était le pire fils qu'on puisse avoir, mais de toute façon il avait déjà ce statut bien avant de se moquer des mésaventures de son père avec Charlotte, alors tant pis. Son père pensait sans doute déjà qu'il n'était qu'un gamin ingrat qui ne cherchait qu'à le décevoir, alors autant faire en sorte de mériter ce jugement.

Eliott avait cru que c'était la fin de l'histoire, et que son père voulait coller un procès à Charlotte pour agression, ou quelque chose du genre, mais la jeune femme continua son récit en expliquant que son père avait voulu le transférer à Sainte-Mangouste -ce qui était idiot, la magie ne pouvait rien contre le coma et les médicomage ne voyaient sans doute que peu d'accidents de la route- et Charlotte s'y était opposé, ce qui avait fortement déplu à John Warlock, évidement. Eliott grinça des dents quand la jeune femme lui rapporta que son père avait dit qu'elle n'était qu'une fille de passage et n'avait aucun droit sur lui. Juridiquement il avait sans doute raison, mais c'était n'importe quoi. Charlotte partageait sa vie depuis six mois, elle était avec lui au quotidien, et il savait qu'elle serait toujours là pour lui, elle venait d'ailleurs de le montrer en restant à son chevet. Son père ne lui avait pas adressé la parole depuis leur dernière dispute, l'avait complètement renié et n'avait même pas pris la peine de l'inviter pour l'anniversaire de Paige. Il n'était pas présente pour les dix-sept ans de sa petite sœur et c'était uniquement de la faute de son père, il le savait très bien. Son père qui faisait tout pour l'effacer de sa petite famille parfaite. Comment osait-il revendiquer des droits sur lui ? Juridiquement il était peut-être son père, ils étaient peut-être liés l'un à l'autre sur le papier, mais désormais cela s'arrêtait là. Il n'y avait rien de réel derrière tout ça.

Pris d'un élan de colère contre son père, Eliott serra les poings et se força à se calmer. Il était avec Charlotte là, et il était bien mieux à profiter de ses retrouvailles avec sa petite-amie qu'à maudire son père intérieurement. Il adressa d’ailleurs un triste sourire à la jeune femme quand celle-ci affirma que John Warlock ne devait pas beaucoup l'aimer.

"Je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup non plus. Ce qui sonnait comme une plaisanterie dans son esprit prit un aspect bien plus sérieux alors qu'il prononçait ces mots en réalisant que c'était sans doute vrai. On est deux comme ça, ajouta-t-il avec amertume. Mais c'est pas grave, je suis sûr que nous pouvons nous passer de tout son amour et de sa bénédiction, continua-t-il en se forçant à sourire. Et désolé de...De quoi ? D'être le fils de son père ? Ça il en était désolé, c'était certain. Pour mon père, le procès, tout ça, j'arrangerai ça avec Andrew. On lui avait toujours dit qu'il avait de la chance, que c'était toujours utile d'avoir un avocat dans la famille, il comprenait pourquoi maintenant. Je te propose d'oublier toute cette histoire, termina-t-il avec un sourire plus sincère. Il était hors de question que son père vienne ternir sa relation avec Charlotte, il lui gâchait bien assez la vie comme ça. Je te supplie d'oublier toute cette histoire même, et je me mettrais à genoux si je le pouvais."

A défaut de pouvoir se mettre à genoux, il dû se rabattre sur d'autre moyens de corruption et se rapprocha à nouveau d'elle pour l'embrasser tendrement.


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La première fois qu'elle avait produit son Patronus, cela avait été trop fugace pour qu'elle en identifie la forme mais cela n'avait pas le prestige de certains, qui avaient des aigles ou des panthères. Finalement, elle, elle avait une marmotte. Il fallait le reconnaître, il y avait plus impressionnant que la marmotte, surtout pour une Auror. Mais au moins, c'était mignon une marmotte, même si cela pouvait manquer de crédibilité quand elle envoyait un Patronus en réunion.

- N'oublie pas que c'est une marmotte d'Auror, c'est un détail très important à prendre compte, c'est une marmotte féroce ! affirma-t-elle en essayant d'avoir l'air sérieuse et convaincante.

Après qu'un "je t'aime" lui ait échappé, Charlie scruta le visage d'Eliott avec attention et angoisse alors qu'il ne disait rien. Évidemment, ce n'est pas vraiment dans ce contexte qu'elle aurait aimé le lui dire, pas sur un lit d'hôpital. Charlotte faisait partie de ces personnes qui aimaient tout planifier et n'aimaient pas voir leurs plans être chamboulés. Quand elle était petite, elle avait même fait une chronologie approximative - avec des fourchettes - de sa vie future, elle s'en rappelait encore. Elle avait tendance à se projeter dans l'avenir, pour imaginer des situations, pour pouvoir parer à tous les imprévus, pour que tout soit toujours parfait. Un peu au contraire d'Eliott, d'ailleurs, qui avait tendance à vivre dans l'instant présent et au jour le jour. Elle n'avait jamais vraiment compris cela, elle savait qu'une vie de ce style l'angoisserait plus qu'autre chose. Sauf qu'Eliott avait tendance à la surprendre énormément, à chaque fois. Et si c'était plus que déstabilisant au début - elle pensait notamment à leur premier baiser - elle avait appris à apprécier cela, reconnaissant que les surprises apportaient un peu de charme à la vie, un peu de piment. Mais les petites surprises. Elle n'imaginait pas comment elle réagirait devant un chamboulement énorme. Évidemment, on ne pouvait pas tout prévoir dans la vie. Elle n'avait pas prévu de tomber amoureuse, par exemple, pas à ce moment-là, pas d'Eliott. Mais toutes les choses qu'elle pouvait contrôler, elle aimait le faire. Elle avait des idées assez arrêtées sur énormément de situations de la vie et était persuadée que certaines choses devaient se passer comme cela. Un premier "je t'aime", par exemple, elle n'aurait jamais pensé le dire comme cela. Pour elle, c'était un moment important d'une relation, comme le premier baiser ou la première fois. Quand elle avait commencé à penser à le dire à Eliott, elle s'était dit qu'elle le ferait dans un moment romantique, après un rendez-vous par exemple, parce que c'était comme cela que les choses devaient se faire. Mais visiblement, Eliott avait tendance à déteindre sur elle. Son influence couplée à ce sentiment d'urgence, dû au fait de l'accident, et les choses s'étaient faites toutes seules. Mais était-ce un mal pour autant ? songea-t-elle en voyant son petit ami se pencher vers elle pour lui chuchoter à l'oreille qu'il aimait aussi, ce qui lui arracha un grand sourire tandis qu'elle posait son front sur son épaule, le cœur battant et un sentiment de bonheur l'envahissant. Elle ferma les yeux, apaisée, avant de les rouvrir et de laisser échapper un rire quand il parsema son cou de baiser.

- Tu me chatouilles ! expliqua-t-elle en passant une main légère sur sa nuque, sans que son sourire ait quitté ses lèvres.

Et pourtant, elle adorait les baisers dans le cou, c'était un point sensible chez elle. Et Eliott le savait très bien, d'ailleurs, il en jouait souvent et ce n'était pas pour lui déplaire, à vrai dire. Elle se redressa et déposa un baiser sur ses lèvres, avant de le laisser nouer ses doigts aux siens, laissant son pouce caresser sa peau tandis qu'elle parlait. Elle s'était attendue à ce qu'il lui en veule, désapprouve, la réprimande mais elle ne s'était pas du tout attendu à ce que son récit de l'agression éhontée de son père le fasse rire. Surprise, elle lui adressa un regard circonspect. Mais visiblement, cela l'amusait vraiment et elle ne put s'empêcher de laisser poindre sur ses lèvres un sourire mi-amusé, mi-honteux.

- Tu n'aurais pas ri si tu avais vu la scène, assura-t-elle. Je n'aurais vraiment pas dû faire ça et ton père aurait pu en parler, j'ai eu de la chance qu'il ne l'ait pas fait, ça me serait retombé dessus au bureau. C'est mon ancien patron, tu sais !

Son cœur se serra en entendant le ton d'Eliott, lorsqu'il déclara que son père ne devait pas l'aimer beaucoup non plus. C'était complétement faux, elle en était persuadée. Elle avait vu John Warlock en personne, elle l'avait vu agir avec son fils, elle était persuadé qu'il l'aimait. Et de toute manière, c'était son fils, il l'aimait forcément. Elle l'avait vu de ses yeux. S'il ne l'aimait, John Warlock n'aurait jamais fait le trajet jusqu'à Saint-Thomas, il n'aurait jamais voulu faire transférer Eliott en pensant que Sainte-Mangouste lui donnerait de meilleurs soins, il n'aurait jamais agi comme il l'avait fait s'il s'était fichu de son fils. Sauf que père et fils semblait aussi bornés l'un que l'autre et Charlotte était persuadée que tout cela n'était qu'un immense malentendu où ils refusaient tous les deux de faire des efforts. Alors certes, c'était facile pour elle de dire ça, elle venait d'une famille normale où aucun gros conflit ne la séparait de ses parents. A ses yeux, peu importait ce qui pouvait se passer entre des parents et leurs enfants, ils s'aimaient quand même, c'était comme cela. Et elle était persuadée qu'Eliott aimait son père, elle le connaissait et elle ne l'imaginait pas détester son père au point de ne plus l'aimer. Et sa tristesse lui faisait mal à voir, l'amertume qu'elle percevait derrière ses mots. Elle s'apprêtait à prendre la parole mais il ne lui en laissa pas le temps et s'excusa. De quoi avait-il à s'excuser ? Ce qui s'était passé avec John Warlock était entièrement sa faute, elle avait eu une attitude irrespectueuse et elle n'aurait pas dû agir ainsi. Certes, le père d'Eliott n'avait pas été des plus aimables mais cela ne justifiait strictement rien. Lorsqu'il se pencha vers elle pour l'embrasser, elle ferma les yeux et laissa les doigts qu'elle avait porté à sa nuque s'égarer le long de son dos. Elle finit par le repousser doucement avec un sourire avant de caresser sa joue et de laisser sa main sur son épaule.

- Ne dis pas des choses comme ça, souffla-t-elle doucement. Tu n'as à t'excuser de rien, je l'ai cherché. Et je me fiche complètement de ce procès.

La dernière partie de la phrase n'était pas tout à fait vrai. Mais c'était mineur par rapport au fait qu'Eliott soit réveillé. S'il était là, alors elle pouvait parfaitement gérer un procès. Il était tout ce qui comptait.

- Tu n'as pas vu comment était ton père, Eliott, moi si. Il tient à toi, c'était évident. Tu crois sincèrement que le leader du SPAM aurait accouru dans un hôpital moldu si tu ne comptais pas à ses yeux ? Tu crois qu'il aurait voulu te faire transférer ? Il t'as embrassé sur le front en partant, tu sais. Ne dis pas des choses comme ça, ce n'est pas vrai. Je sais que vous êtes en conflit mais il y a des choses qui ne changeront jamais. Et je refuse de croire que mon petit-ami ne puisse plus aimer son père, souffla-t-elle en se rapprochant de lui et en lui caressant la joue. Vous devriez reparler, tu sais. Dans un endroit neutre, calmement. Ça ferait peut-être bouger les choses.

Elle posa sa tête sur son épaule pour lui faire un câlin et ferma les yeux.

- Je sais que ça te rend malheureux en plus, murmura-t-elle, tout contre lui. Et que tu es trop borné pour l'avouer, ajouta-t-elle, sur un ton affectueux.

Elle se redressa et déposa un baiser sur ses lèvres.

- Je suis sûre que c'est de famille, ajouta-t-elle, taquine.

Elle se pencha de nouveau pour l'embrasser, un peu plus intensément que les fois précédentes. Elle accentua légèrement la pression de sa main sur la nuque d'Eliott, se rapprochant encore un peu plus près de lui, se laissant envahir par cette sensation de bien-être et de plaisir. C'était une sensation à la fois familière mais toujours aussi agréable, qui la poussait toujours à en demander plus malgré les jours, les semaines et les mois qu'ils passaient ensemble. Elle aurait pu rester là des heures, à embrasser Eliott, à laisser ses doigts caresser sa nuque, son autre main sur sa cuisse, à sentir son cœur battre un peu trop vite et sa tête tourner. Elle aurait pu rester ainsi des heures entières et bien plus, elle savait qu'elle ne se serait jamais lassée du goût de ses lèvres contre les siennes, de son corps contre le sien, de ce désir qui l'envahissait petit à petit, sans qu'elle puisse le réfréner. Elle aurait pu. Mais visiblement, les choses devaient se passer autrement.

- Finalement, j'avais tort. Les soins d'ici sont très efficaces, tu sembles en pleine forme, Eliott.

La voix claqua dans la petite pièce et Charlotte se sépara immédiatement d'Eliott, le souffle un peu court et le cœur erratique. Elle n'avait pas entendu la porte s'ouvrir et n'avait surtout pas entendu John Warlock entrer, toujours vécu d'une robe de sorcier. En plein milieu d'un hôpital moldu. Il posa sur elle un regard méprisant et dédaigneux qui voulait tout dire et elle se força à ne pas baisser les yeux. Il finit par reporter son attention sur Eliott, non sans avoir abordé à son égard une expression qui remettait sûrement en cause l'intégrité de sa vertu.

- Je voudrais parler à mon fils. Seul, ajouta-t-il sans un regard pour elle.

Charlotte tourna brièvement les yeux vers Eliott et pressa doucement sa main dans la sienne, dans un geste encourageant. N'est-ce pas elle qui avait affirmé qu'il devrait parler à son père, quelques instants plus tôt ? Et voilà que l'occasion leur était servie sur un plateau. Elle se leva et ramena ses cheveux blonds sur une de ses épaules avant de se pencher vers Eliott pour lui donner un dernier baiser.

- Je vais descendre m'acheter quelque chose à manger, je reviens après, promis.

Elle sentait sur elle le regard pesant de John Warlock et elle ne put s'empêcher, comme par défi, de déposer un long baiser sur la joue d'Eliott, avant de lui souffler un "courage" à l'oreille. Elle se redressa, affronta le regard du charmant père de son petit ami encore quelques instants - s'il avait pu abattre avec les yeux, elle était certaine qu'elle ne serait plus debout depuis longtemps - et sortit de la pièce, en adressant à Eliott un dernier signe de la main et un sourire, refermant la porte derrière elle, laissant le père et et le fils à leurs explications.

FIN POUR CHARLOTTE


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Eliott se contenta de hocher la tête, pensif, alors que Charlotte lui expliquait qu'elle avait vu l'attitude de son père et qu'elle montrait clairement qu'il tenait à lui. Il voulait bien la croire, il ne demandait même que ça, et quelque part il avait le sentiment qu'il savait déjà tout ça. Il avait toujours été conscient que, quoiqu'il se passe, son père restait son père, et que lui restait son fils. Que derrière les regards haineux et les remarques glacial, quelque chose subsistait. Mais à quoi bon ? A quoi bon se battre pour ce maigre lien qui les liait encore si cela voulait dire supporter des dizaines de disputes, et des mots trop durs. Est-ce que ça valait la peine ? Est-ce qu'ils avaient encore assez d'amour à sauver ? Parfois il se disait qu'il aurait été plus simple d'abandonner. D'accepter l'idée qu'ils ne s'entendraient jamais, qu'ils ne retrouveraient jamais la relation qu'ils avaient pu avoir. Ils avaient lutté suffisamment longtemps, il était peut-être temps de rendre les armes, ils ne feraient que se blesser davantage l'un et l'autre en cherchant à arranger la situation.

"Je ne crois pas que nous ayons déjà été capable de discuter calmement, répondit-il avec un triste sourire quand Charlotte lui conseilla de reparler à son père, pour arranger les choses. Mais c'est pas grave."

Il haussa les épaules, fataliste. La jeune femme avait toutefois raison sur un point, il aimait toujours son père. Il ne le reconnaitrait jamais, et il essayait d'enfouir ça au plus profond de lui, pour l'oublier. Mais évidement, il l'aimait encore. Il aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Ça aurait été tellement simple de le détester. Il aurait aimé pouvoir dire que ça ne lui faisait rien, qu'il se fichait de ce qui se passait entre lui et son père. Il aurait voulu être capable de faire sortir définitivement son père de sa vie, sans remords, sans la moindre peine. Mais il en était incapable, et Charlotte l'avait bien compris. Il sourit en songeant au fait qu'elle commençait à le connaitre un peu trop bien. La jeune femme posa sa tête sur son épaule et il lui caressa distraitement les cheveux. Elle reprit finalement la parole pour assurer qu'elle voyait bien que cette histoire le rendait malheureux. Il ouvrit la bouche pour protester -il allait parfaitement bien- mais elle ne lui en laissa même pas le temps, ajoutant après un baiser qu'il était de toute façon trop borné pour le reconnaitre, et que c'était sans doute de famille. Effectivement s'il avait bien un point commun avec son père c'était son entêtement.  

"Je ne suis pas malheureux, assura-t-il. Pas avec toi."

Il lui sourit tendrement avant de l'embrasser à son tour. C'était la vérité, il était loin d'être malheureux. Il ne pouvait nier le fait que ce conflit avec son père l'affectait, mais cela ne l'empêchait pas d'être heureux. Et il l'était avec Charlotte, il avait l'impression de retomber un peu plus amoureux d'elle chaque jour et il espérait que ça ne s'arrêterait jamais. Il approfondit leur baiser, sa main toujours dans la chevelure blonde de la jeune femme, et frissonna quand elle posa une main sur sa cuisse. Il la serra un peu plus contre lui, pressant son corps contre le sien, respirant l'odeur de ses cheveux, s'enivrant de son parfum. Il voulait la sentir tout contre lui pour retrouver la douceur de sa peau, la chaleur de leurs étreintes brûlantes. Plus rien ne comptait, il se fichait de l'endroit où ils se trouvaient, des gens dans les couloirs, il n'y avait plus que la saveur de ses lèvres contre les siennes, que cette envie d'elle qui grandissait, et rien n'aurait pu le ramener à la réalité. Rien, sauf la voix qui claqua sèchement dans l'air, plus efficace qu'un seau d'eau glacé.

C'était le genre de choses qui n'arrivaient habituellement que dans ses cauchemars d'adolescent et il se surprit à espérer qu'il soit en train de rêver mais Charlotte se sépara brutalement de lui, le forçant à affronter la réalité. Son père était là, à l'entrée de la chambre, évidement vêtu d'une robe de sorcier, égal à lui-même. Eliott leva les yeux vers lui sans rien dire, son torse se soulevant au rythme de sa respiration irrégulière. Il ne l'avait plus vu depuis des mois, depuis leur dispute le soir du nouvel an. Il avait bien cru que ce serait la dernière. Sur le moment il n'avait pas réalisé, il savait qu'on disait "jamais" mais que les choses s'arrangeraient en quelques semaines, comme toujours. Mais les mois de silence qui avaient suivi lui avait fait comprendre que c'était peut-être bien fini, cette fois-ci. Pourtant son père était là, et il n'arrivait pas à savoir ce que cette présence provoquait en lui. Un étrange mélange de soulagement, de tristesse, de crainte et de colère.

Il ne releva pas quand ce dernier lui fit remarquer qu'il avait l'air en pleine forme, mais ne manqua pas le regard dédaigneux que son père jeta à Charlotte avant de reporter son attention sur lui. Eliott soutint son regard avec l'espoir fou d'y déceler une quelconque trace d'émotion, pour savoir ce qu'il ressentait. Il aurait dû abandonner cette idée depuis longtemps, John Warlock était illisible, infaillible. Sans le quitter des yeux, son père demanda à lui parler, seul. Eliott sentit Charlotte presser doucement sa main et il dut se faire violence pour ne pas resserrer ses doigts autour des siens. Il n'avait aucune envie de la laisser partir. Aucune envie de se retrouver seul avec cet homme qui, s'il l'aimait encore un peu, se débrouillait un peu trop bien pour le lui cacher. Il n'avait rien à lui dire. Mais déjà la jeune femme se levait, elle déposa toutefois un dernier baiser sur ses lèvres avant de lui expliquer qu'elle reviendrait, qu'elle allait s'acheter quelque chose à manger. Il hocha la tête, et lui adressa un sourire un peu forcé, qui se fit plus sincère quand elle colla un baiser sur sa joue. Quelques seconde et un signe de la main plus tard, elle avait disparu. La porte se referma derrière elle, jetant sur la pièce un silence glacial.

Eliott n'arrivait même pas à se souvenir de la dernière fois où il s'était retrouvé seul avec son père. Cela avait dû mal tourner, sans aucun doute. Ils avaient dû s'envoyer des atrocités en plein visages, comme toujours. Il se demandait ce qui avait bien pu se passer lors de leur dernier tête-à-tête pour qu'ils s'appliquent soigneusement à ne plus tenter l'expérience. Pourtant, il était là. Malgré tout ça, malgré tout ce qu'ils avaient pu se dire, ils étaient venus. Et il avait envie d'y voir un signe encourageant.

"C'est gentil, d'être venu..." souffla-t-il à mi-voix.

Mais maintenant qu'il était là, qu'est ce qui allait se passer ? Est-ce qu'ils allaient se tomber dans les bras et tout oublier ? Ou reprendraient-ils leurs vieilles querelles dès que la surprise serait passée ? Eliott n'avait pas envie d'espérer pour être déçu. Et si la situation n'avait pas changé, s'ils étaient toujours incapables de faire un pas l'un vers l'autre, alors ils n'avaient pas à s'infliger cette conversation. Il n'avait aucune envie de revivre le soir du nouvel an, aucune envie de connaitre une énième dispute, et il était décidé à ne pas laisser la situation s'envenimer, pas cette fois.

"Qu'est ce que tu veux ?"

La question était posée sans agressivité, presque avec lassitude. Lui-même ne savait pas ce qu'il attendait. Il ne savait pas quelle réponse il espérait entendre. Ou plutôt si, il le savait. Au fond il aurait adoré entendre son père lui dire qu'il était finalement prêt à accepter ses choix, qu'ils pouvaient de nouveau être une famille, comme avant. Mais même lui n'était pas assez naïf pour y croire. Finalement, quelle que soit la réponse, il y avait peu de chances pour qu'elle lui plaise. Mais il espérait quand même, comme l'idiot qu'il était et qui ne retiendrait jamais la leçon.



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Lorsque John avait reçu le Patronus, il travaillait dans son bureau. La fenêtre était ouverte et il entendait les voix de Meredith et de Doris en contrebas. Son épouse refusait de rester seule depuis qu'elle avait appris pour l'accident et Meredith se faisait toujours un plaisir de tenir compagnie à sa belle-sœur. Il la comprenait : si lui avait aussi avait dû vivre avec Leopold Marchebank, il aurait passé beaucoup de temps en dehors de la maison. Lui préférait s'occuper en travaillant toute la journée. Paige ne semblait pas au mieux de sa forme non plus et il n'arrivait pas à déterminer ce que pensait Andrew. Ils s'étaient vu la veille pour parler de la procédure qu'ils étaient sur le point de lancer mais leur discussion était resté très professionnelle et s'en était tenue au cadre juridique. John n'avait pas très envie de s'épancher non plus. Même quand Doris avait essayé de lui parler l'autre soir, il s'était relevé et était parti travailler dans son bureau, au calme. Il venait de terminer de lire un dossier concernant la dernière réunion du SPAM quand une voix s'était élevée dans son bureau. Il avait lentement reposé sa plume, fixant la marmotte argentée des yeux. Le message n'aurait pas pu être plus clair, il contenait une seule phrase : Eliott s'était réveillé.

Le premier réflexe de John aurait été de se lever en sursaut mais il se força à rester assis, attendant que la marmotte - n'avait-on pas idée d'avoir un tel Patronus ? Surtout lorsque l'on se prétendait Auror - disparaisse. Devait-il le dire à Doris ? Il avait envie de la voir sourire, elle ne souriait plus depuis deux semaines. Paige devait être dans sa chambre, quelques portes plus loin mais John ressentait le besoin de vérifier cette information avant de l'annoncer à sa famille. Il l'avait fait lorsque le hibou était arrivé au manoir pour leur annoncer l'accident d'Eliott et il le faisait de nouveau. Il avait besoin de le voir pour le croire, cela avait toujours été le cas. Évidemment qu'il voulait qu'Eliott soit réveillé mais il ne faisait en aucun cas confiance à cette fille-là. Sans même prendre la peine de prévenir l'Elfe de Maison de son départ, il attrapa un peu de Poudre de Cheminette et alluma un feu d'un coup de baguette magique. Quelques secondes après, il apparaissait sur le Chemin de Traverse, bruyant et animé en cette journée d'été. Le manoir était sous le coup d'un charme anti-transplanage et il n'avait pas envie de passer devant Doris et Meredith pour sortir, il aurait dû justifier sa destination et voulait attendre d'avoir vu son fils pour annoncer la nouvelle à son épouse.

La première fois qu'il était venu, il avait mis du temps avant de trouver comment transplaner en pleine zone moldue sans se voir. Il apparu dans une petite ruelle adjacente à ce qu'ils appelaient un hôpital et remonta cette dernière d'un pas vif pour se diriger vers ces étranges portes mouvantes. Les moldus avaient des idées plus qu'étranges : ne comprenaient-ils pas que le principe d'une porte était qu'elle soit fixe et non mouvante comme ces derniers ? C'était ridicule. Sans s'arrêter au comptoir d'accueil où des moldus faisaient la queue, leur appareils étranges à la main, John monta les escaliers d'un pas vif pour monter jusqu'à l'étage où était Eliott. Il se rappelait parfaitement bien du chemin qu'il avait fait la première fois, après lecture du hibou de Miss Meyer et il se rappelait aussi très bien l'état dans lequel il se trouvait. Il avait l'impression d'être plus calme aujourd'hui et son rythme cardiaque élevé était bien évidemment imputable aux marches qu'ils venaient de gravir. Arrivé dans le service de son fils, il vit clairement le regard que lui lançait une infirmière et il lui retourna un regard glacial. On l'avait déjà regardé ainsi la première fois qu'il était venu. C'était sûrement la première fois que les moldus voyaient un sorcier de toute leur existence. Que pensaient-ils ? Qu'ils n'étaient pas ridicules dans leur accoutrement ?

- Je suis venu voir mon fils, déclara-t-il froidement, d'un ton qui ne souffrait aucune réplique.

L'infirmière sembla vouloir protester mais John l'ignora et continua à marcher à grandes enjambées vers la porte d'Eliott. La dernière fois qu'il l'avait vu, il était inconscient, inanimé. Etait-il vraiment réveillé ? Allait-il bien cette fois-ci ? Les soins de Sainte-Mangouste auraient été beaucoup plus efficaces, il n'en démordait pas. La magie surpassait largement la technologie moldue sur tous les aspects. Même si Eliott s'entêtait à vouloir nier sa nature profonde, il restait un sorcier et les Médicomage auraient pu être cent fois plus efficaces que ces moldus et leurs piqûres ou leurs autres excentricités. Les moldus ne savaient pas soigner les gens, il le savait très bien, il avait vu des chiffres, il savait que des milliers de moldus mourraient chaque années dans ces engins de la mort qu'étaient les voitures et leurs médecins n'arrivaient pas à soigner cela. Et c'était cet engin qui avait failli tuer son fils, cette chose dangereuse inventée par les moldus, une véritable machine à tuer ! Les médecins étaient incapables de soigner cela tandis qu'il était bien plus rare de mourir d'accident chez les sorciers ! Les médecins avaient dû faire un travail effroyable, son fils devait être dans un état désastreux, un état que les Médicomages auraient pu arranger d'un coup de baguette ! Sans frapper, John poussa le battant de la porte qui s'ouvrit en grand. Le spectacle qu'il vit eut au moins l'avantage de le renseigner sur l'état de santé relativement bon de son fils, au vu de ses activités.

- Finalement, j'avais tort. Les soins d'ici sont très efficaces, tu sembles en pleine forme, Eliott, lança-t-il sèchement.

Mais plus que de la colère, il avait l'impression de ressentir du soulagement. La dernière fois qu'il avait vu Eliott, ce dernier était dans le coma, relié à diverses choses moldues soi-disant faites pour soigner. La position dans laquelle il l'avait surprise n'était pas glorieuse mais au moins, son fils était en vie. Et profitait de cette même vie, visiblement. Miss Meyer eut au moins la décence de sembler gênée lorsqu'il posa sur elle un regard sévère. Leur dernière rencontre était encore gravée dans sa mémoire et il n'était pas prête de l'oublier. Cette fille n'avait aucune éducation, aucune retenue, aucun savoir-vivre et visiblement, prêtait peu d'attention sa réputation. Il ne comprenait pas comment Eliott avait pu s'enticher d'une fille avec si peu de classe et si peu de sang-froid. S'il avait su qu'elle était sous ses ordres lorsqu'il était encore Directeur de la Justice Magique, elle n'aurait pas fait long feu. Les Aurors étaient tout de même censés avoir un peu de retenue voire même de jugeote, pas être doté d'une impulsivité si... Gryffondor. Dalnox était vraiment un incompétent de première. Ou alors il devait apprécier la vue.

- Je voudrais parler à mon fils. Seul.

Il n'avait pas de temps à perdre avec cette fille ou avec l'incompétence de Dalnox. Ce qu'il voulait c'était parler à Eliott. Ils ne s'étaient pas adressé la parole depuis le trente-et-un décembre et puis il y avait eu cet accident où Eliott aurait pu mourir. Il aurait pu mourir, il aurait pu perdre l'un de ses fils et il ne lui avait pas parlé depuis huit mois. Cela faisait plus longtemps encore qu'ils ne s'étaient pas parlés en tête et à tête et John avait été étreint par la culpabilité pendant le long moment qu'avait duré le coma d'Eliott. Il avait longuement ressassé ce qu'ils s'étaient dit alors qu'il avait essayé de mettre de coté leur conversation parce qu'il cherchait à se persuader que tout cela, c'était pour le bien d'Eliott, de leur famille. Eliott aurait dû comprendre que c'était allé trop loin, qu'il ne pouvait pas perdre toute sa famille, qu'il ne pouvait pas perdre ses parents pour une stupide lubie d'enfant. Il aurait dû le comprendre rapidement et revenir, tout serait redevenu comme avant, ils auraient tots fait des efforts pour effacer ce qui s'était passé et les choses seraient revenues à la normale. Mais cela ne s'était pas passé comme cela, cela ne s'était passé comme dans son plan. Eliott était parti et le silence avait perduré jusqu'au jour où il avait reçu le hibou de Miss Meyer dans son bureau. Cette dernière finit par se lever, et comme dans une ultime provocation à son égard, elle embrassa son fils une nouvelle fois et une deuxième fois. John la fusilla du regard tandis qu'elle quittait la pièce et retint une réplique méprisante jusqu'au moment où elle referma la porte derrière elle. Il reporta son attention sur son fils, forçant sa respiration à s'apaiser.

- C'est normal, répondit-il sur un ton neutre.

Il ne savait pas quelle attitude adopter vis-à-vis d'Eliott et John était mal à l'aise et emprunté. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, il lui avait dit qu'il n'était plus son fils dans l'optique de le faire réagir, qu'il comprenne que tout cela était allé trop loin. Il s'était promis de ne pas le contacter tant qu'Eliott n'aurait pas fait le premier pas, montrant qu'il avait enfin compris que les moldus n'étaient pas plus important que sa propre famille, que son propre monde. Qu'est-ce qu'il était censé dire maintenant qu'il était là ? Revenir en arrière ? Mais son idée tenait toujours, John voulait qu'Eliott comprenne que tout cela était allé trop bien et qu'il était temps de revenir auprès des siens. Il n'avait aucune attache dans ce monde inconnu, aucune ! Même cette fille était une sorcière. Mais même s'il voulait qu'Eliott comprenne, John refusait de laisser son fils seul à l'hôpital, c'est aussi pour cela qu'il était venu. Même s'il avait dit le contraire, il ne le pensait pas, les mots étaient seulement pour le faire réagir. Mais s'il ne réagissait pas, est-ce que cela signifiait qu'il s'en fichait ? Qu'il préférait vraiment un monde inconnu aux siens, aux gens qui l'avait élevé, qui l'avaient vu grandir ?

- Je voulais te voir, évidemment, répondit-il immédiatement. Comment vas-tu ?

Il pensa à faire un pas dans la direction d'Eliott mais se ravisa à la dernière minute.

- J'ai voulu te faire transférer à Sainte-Mangouste mais elle a refusé, expliqua-t-il en laissant percevoir dans son ton ce qu'il pensait "d'elle".

Il vit le bandage sur l'épaule d'Eliott et se força à ne pas réagir, à ne pas montrer son inquiétude. Doris se serait précipitée vers lui mais John n'osait pas, cela n'avait jamais été dans sa nature.

- Ta mère sera heureuse, elle ne dormait plus. Elle est passée plusieurs fois.
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Normal. C’était normal. Ça l’était sans doute, mais leur relation ne l’était pas, ou du moins ne l’était plus. Il n’y avait rien de normal dans le fait qu’un père et son fils passent huit mois sans se parler, et ce de façon tout à fait intentionnelle. Ni l’un ni l’autre n’avait essayé d’arranger la situation, ils auraient tous les deux pu s’excuser, ils auraient pu reprendre contact, mais non. Ils avaient juste accepté le silence, et l’avait entretenu. Ce n’était pas normal de devoir attendre que l’un d’eux frôle la mort pour qu’ils s’adressent enfin la parole. Il n’y avait rien de normal dans cette histoire, c’était assez hypocrite de prétendre le contraire.

Eliott garda ces réflexions pour lui, encore incertain sur ce qu’il pensait de la présence de son père ici. Même s’il s’efforçait de le nier, il était heureux de le voir, de savoir qu’il était venu. C’était rassurant. D’un autre côté, il avait envie qu’il parte. Pendant huit mois il avait essayé de le faire sortir de sa vie, de faire comme si cette séparation ne l’affectait pas. Il avait presque réussi, il s’était construit une vie où son père n’avait pas de place. Et il avait beau prétendre le contraire, ça avait été difficile. Il n’était pas certain de vouloir revenir en arrière. Il avait avancé sans son père, et il était heureux aujourd’hui. Il n’avait pas envie de retomber dans un éternel conflit, dans des disputes récurrentes que l’habitude ne rendait pas moins douloureuses. Le silence était lourd à supporter, ce silence glacial qui les séparait un peu plus par jour, mais on finissait par s’y faire. Et la rancœur état plus facile à étouffer que la colère. Il ne retomberait pas dans leurs vieux travers et se demandait ce que son père cherchait, en venant ici.

Ce dernier répondit qu’il voulait le voir, comme si c’était évident. Ça aurait dû l’être. Ça le ne l’était pas. Il voulait le voir, d’accord, mais pourquoi ? Pour s’assurer qu’il était toujours vivant, qu’il n’aurait pas à écrire à la rubrique nécrologique de la Gazette ? Pour essayer, encore une fois de le ramener dans « le droit chemin » ? Ou pour s’excuser, pour lui dire qu’il ne pensait pas tout ce qu’il avait dit ? C’était ça, la vraie question.

« Bien », répondit-il presque automatiquement quand son père lui demanda comment il se sentait.

C’était le genre de réponse qu’on donnait aux gens dont on ne se sentait pas très proche. On répondait « très bien, et vous ? » quand on allait mal et on attendait d’être avec des amis ou de la famille pour parler de ce qui n’allait pas. Cette retenue, qui pouvait exister entre de vagues connaissances, n’aurait pas dû exister entre eux, et pourtant. Il allait plutôt bien, c’était la vérité, pas trop mal en tout cas, si on faisait abstraction de la douleur sourde qui se répandait dans son bras gauche et de l’impression que sa tête allait exploser. Cela aurait pu être bien pire en tout cas.

Son père reprit en expliquant qu’il avait voulu le faire transférer à Ste-Mangouste, mais qu’elle avait refusé. Au mépris évident qu’il ressentait pour elle, il parlait de Charlotte. Eliott hocha la tête, il savait déjà tout ça. Il se fichait éperdument de ce que son père pensait de sa petite-amie, il se passerait de sa bénédiction, mais cela faisait toujours un sujet de discorde en plus, ce dont ils n’avaient pas vraiment besoin.

« Elle avait raison. ET elle s’appelle Charlotte et c'est ma petite-amie. »

Son père avait toujours été doué pour cacher ce qu’il ressentait, ou alors il ne ressentait jamais rien, c’était aussi une possibilité. Il pouvait donc parfaitement faire un effort et faire semblant de ne pas détester Charlotte. La jeune femme avait eu parfaitement raison en plus. La magie n’était pas plus efficace que les traitements moldus contre le coma, la seule chose à faire était d’attendre, même lui le savait –et pourtant il n’était pas médicomage, contrairement à ce que l’on racontait. Et Ste-Mangouste n’avait sans doute pas l’habitude de prendre en charge des victimes d’accidents de la route. Il s’était blessé comme n’importe quel moldu imprudent, il était logique qu’il soit soigné comme tel. Mais son père semblait perdre toute notion de logique lorsqu’il était question du monde moldu.

« J’ai hâte de la voir, répondit-il quand son père assura que sa mère serait soulagée. Ça fait longtemps. »

Trop longtemps. Huit mois. Son père répondrait sans doute qu’il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. C’était faux. Il l’avait clairement mis dehors, il lui avait fait comprendre qu’il n’était plus chez lui dans la demeure familiale, il avait dit qu’il n’était plus son fils. C’était de la faute de son père s’il n’avait pas vu Paige, et sa mère, depuis des mois. Pourtant, il ne parvenait pas à lutter contre ce sentiment de culpabilité qui s’insinuait en lui depuis que son père avait parlé de sa mère. Il la connaissait et savait qu’elle avait dû se rendre malade d’inquiétude. Elle n’en dormait plus, et c’était de sa faute. Il savait que le conflit familial était particulièrement lourd pour elle, c’était peut-être celle qui en souffrait le plus, et il ne pouvait s’empêcher de s’en vouloir. Il aurait préféré rejeter toute la faute sur son père.

C’était lui qui avait tout brisé, définitivement. C’était lui qui avait dit ce que jusque-là aucun d’eux n’avait osé dire. Andrew lui avait répété des dizaines de fois que leur père avait parlé sous le coup de la colère, qu’il ne le pensait pas, ça ne changeait rien aux yeux d’Eliott, il l’avait dit quand même. Jamais ils n’avaient été si loin. Il se savait plutôt extrême et pourtant il n’aurait jamais osé dire une chose pareille. Il avait ruminé ces mots pendant des mois, et il ne comprenait pas que son père puisse se tenir devant lui aujourd’hui, et faire comme si rien ne s’était passé, comme si tout était normal. Lui n’y arrivait pas, c’était au-dessus de ses forces. Il n’avait jamais été doué pour faire semblant, et tout ça lui paraissait tellement hypocrite. Parce qu’ils étaient dans une chambre d’hôpital ils devaient faire comme si tout allait bien entre eux ? C’était ridicule.

« Tu m’expliques à quoi on joue ? » lança-t-il soudainement.

Son père en était peut-être capable mais lui ne pouvait pas mettre de côté huit mois de silence et des années de dispute juste pour faire « normal ».



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John n'avait jamais été dérangé par le silence, il n'avait jamais été très loquace de toute manière. Même lorsqu'il était enfant, c'était Meredith, sa chère petite sœur, qui parlait sans cesse. Un véritable moulin à paroles qui parlait, parlait et parlait sans cesse sans s'arrêter et sans que John ne puisse comprendre comment elle pouvait converser d'autant de sujets sans se lasser. C'était quelque chose qui avait toujours suscité chez John un mélange d'admiration et d’agacement. A la maison, c'était Meredith qui monopolisait le temps de parole et on aurait pu prendre son mutisme pour un manque de place dans les discussions à cause de sa sœur mais cela ne s'était pas arrangé à Poudlard. Il était un élève calme et placide et n'avait commencé à parler souvent qu'à partir du jour où il avait été nommé préfet des Serdaigle puis préfet-en-chef et quand il était entré au Ministère et quand il avait commencé sa formation d'avocat, un métier qui lui demandait quand même de parler un minimum. Puis il était entré au Mangenmagot, avait monté les échelons et était devenu un orateur reconnu, lui, l'enfant qui n'ouvrait jamais la bouche.

Quoi qu'il en soit, malgré ces progrès évidents, John avait continué d'apprécier le silence. Il ne supportait pas de travailler dans le bruit et détestait l'agitation. Doris le taquinait avec ça en disant qu'il aimait les environnements aussi calmes qu'une maison de retraite alors qu'il n'avait que vingt-ans. Mais pour une fois, sûrement une des rares fois dans sa vie, il pouvait les compter sur les doigts de ses mains, le silence importunait John Warlock. Mal à l'aise et emprunté, il restait planté là, au milieu de cette chambre moldue sans savoir quoi faire ou dire. Doris aurait su, elle. Sa femme avait la sensibilité nécessaire et l'intelligence sociale pour ce genre de choses, elle aurait su le guider, comme toujours. Il se reposait sur elle depuis le début de leur mariage, ils avaient toujours fonctionné ainsi. Comment pouvait-il se trouvait aussi mal à l'aise en face de l'un de ses fils ? Il avait élevé Eliott, c'était l'un de ses enfants, l'un de ses bébés.

Peut-être était-ce la culpabilité qui faisait ça. Si John était décidé à camper sur ses positions et était persuadé d'être dans le vrai et dans son bon droit, l'idée qu'il ait pu arriver quelque chose d'encore plus grave à son fils lui étreignait le cœur et faisait vaciller les décisions qu'il avait prises le trente-et-un décembre dernier même s'il restait convaincu que la solution n'était pas mauvaise. C'était les résultats qui laissaient à désirer. Pourquoi Eliott n'avait-il pas fait le choix de revenir vers sa famille plutôt que de rester dans un monde étranger où il n'avait pas d'attaches ? Le choix logique et rationnel, plutôt que de faire souffrir tout le monde comme ça, aurait été d'abandonner cette lubie, de la garder peut-être comme passe-temps du dimanche et de revenir auprès des siens et des gens qui l'aimaient. Pourquoi s'obstinait-il à rester dans un monde hostile qui n'était pas le sien ? C'était quelque chose que John ne pouvait décemment pas comprendre et ne comprendrait sûrement jamais. Que pouvait-il préférer à sa famille ? Cette fille ? Justement, Eliott prit la parole pour la défendre ce qui renforça l'agacement de John qui releva la tête.

- Je sais qui est l'Auror Meyer, répondit-il un peu froidement. Ça te passera, déclara John, d'un ton sans appel. Et je maintiens que des soins magiques auraient été bien plus efficaces, qu'est-ce qu'elle y connaissait ? Elle n'avait pas à s'opposer à cette décision. Il faut croire que la robe des Aurors vous donne tous les droits, commenta-t-il avec mépris.

Il posa néanmoins les yeux sur l'épaule d'Eliott et son ton s'adoucit.

- Elle est cassée, n'est-ce pas ? Les Médicomages t'arrangeraient ça d'un coup d'un de baguette. Je sais que c'est douloureux, j'ai eu la même chose à Poudlard.

Il avait été batteur dans l'équipe de Serdaigle et son adversaire batteur à l'époque était Ludo Verpey en personne qui, en dehors de son intelligence limitée et de ses comparutions devant la Justice, restait un excellent batteur qui avait une excellente carrière chez les Frelons. Il avait une sacrée force dans les bras, il n'y avait pas de doutes là-dessus et il visait plus que bien.

Il songea un instant à envoyer un Patronus à Doris pour la prévenir du réveil d'Eliott mais il voulait la prévenir en personne, être avec elle à ce moment-là. Meredith devait encore être au manoir, ainsi que Paige mais John préférait le faire de vive voix plutôt que par l'intermédiaire de son Patronus. Andrew aussi devait être prévenu, il devait travailler. John passerait au Ministère ce soir ou à l'appartement de son aîné. Il fut tiré de de ses pensées par la remarque d'Eliott, prononcée sur un ton presque las. John fronça les sourcils dans un réflexe mais en réalité, il ne savait pas vraiment quoi répondre à la question d'Eliott.

- Je me suis inquiété pour toi, répondit-il, précautionneusement, en pesant ses mots. Comme tout le reste de la famille. Ton frère et moi étions de faire les démarches pour te faire transférer malgré les basses menaces de l'Auror Meyer. Paige était dans tous ses états, tu sais.  

John fit un pas dans la direction d'Eliott.

- Je regrette les conséquences de notre dernière conversation, débuta-t-il lentement. Mais j'ai estimé qu'il était temps pour toi de réagir et de voir les conséquences de cette... orientation. Tu es vraiment à perdre ta famille pour un loisir ?

La question était sincère. Les conséquences de cet accident auraient pu être trop graves pour qu'ils ne fassent pas tous les deux des efforts pour essayer de refaire le point sur leur situation et tentent de nouveau de se tendre la main.
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Il faisait des efforts, vraiment. Il voulait bien essayer d’avoir une conversation avec son père, pour faire le point, pour s’expliquer, mais ce dernier ne l’aidait pas vraiment. Quel besoin avait-il de s’en prendre à Charlotte ? Ne pouvait-il pas s’empêcher de critiquer chacun des choix de son fils ? Il n’était pas obligé de l’apprécier, Eliott ne lui en demandait pas tant, mais il pourrait avoir la délicatesse de ne pas la rabaisser devant lui. C’était comme s’il essayait à tout prix de l’énerver, comme s’il ne voulait pas que les choses se passent bien. Il aurait voulu répondre au « ça te passera » mais prit sur lui pour s’abstenir. Il aurait été capable d’annoncer leurs fiançailles rien que pour le plaisir de faire taire son père.

« Laisse Charlotte en dehors de ça, s’il-te-plait. »

Il avait bien assez de sujet sur lesquels se disputer, autant éviter de rajouter sa petite-amie à la liste, il s’énerverait bien trop vite.

« C’est supportable, répondit-il quand son père mentionna son épaule cassée. Il ne savait pas ce qu’on lui donnait comme anti-douleurs mais c’était plutôt efficace. Et la fracture est déjà bien réduite alors… »

Il voulut ponctuer sa phrase d’un haussement d’épaules, une bien mauvaise idée qui lui arracha une grimace. Bon, c’était un peu douloureux, d’accord, mais il s’en remettrait. Eliott mit un moment à comprendre comment son père avait pu se casser l’épaule à Poudlard avant qu’il ne se souvienne qu’il avait été batteur, comme lui. Pourtant c’était lui qui lui avait appris à frapper dans un cognard, il s’en souvenait même plutôt bien, maintenant qu’il y pensait. Mais il avait tendance à refouler ce genre de souvenir dans un coin de sa tête pour se concentrer sur des évènements plus récents.

Même s’il ne l’avouerait jamais, cela avait été difficile de ne pas parler à son père pendant si longtemps. Ça avait déjà été dur d’ignorer l’homme qui l’avait mis dehors, celui qui lui avait dit qu’il n’était plus son fils. Il lui aurait été impossible d’agir ainsi s’il s’était souvenu que c’était aussi le père qui lui avait offert sa propre batte pour le regarder frapper dans un cognard pour la première fois, dans le parc derrière la maison. Alors il avait mis tout ça de coté, en se disant que ça ne servait à rien de se torturer avec ça. Les choses avaient changé, et ce qu’ils avaient pu avoir il y a longtemps était déjà perdu, inutile de s’y raccrocher. Ils étaient finis, ils n’avaient plus rien à se dire, c’était terminé. Ils avaient essayé, et ils s’étaient fait plus de mal que de bien, il était plus que temps d’abandonner.

Mais son père semblait décidé à faire comme si de rien était, comme si tout allait parfaitement bien, comme s’ils s’étaient quitté en bon termes lors de leur dernière rencontre, comme s’il avait oublié. Eliott lui n’avait pas oublié, et il n’avait pas envie de faire semblant. Son père fronça les sourcils à l'entente de sa question avant de répondre qu'il s'était inquiété, comme toute la famille. Eliott baissa les yeux, un peu coupable d'avoir causé tant de soucis à sa famille. Il releva la tête quand son père s'avança vers lui et fut un peu surpris -agréablement surpris- par ses premières paroles.

Il n'osait pas espérer d'excuses, mais il crut que son père allait poursuivre en disant qu'il regrettait ce qu'il avait dit la fois dernière, qu'il ne le pensait pas. Ce dernier n'en fit rien, et se contenta de lui poser la même question que d'habitude. La mauvaise question. Eliott n'aurait même pas du à répondre à ça. Pourquoi faudrait-il choisir ? Pourquoi ne pourrait-il pas vivre et exercer dans le monde moldu tout en continuant à faire partie de sa famille ? Les parents de Charlottes étaient moldus, et elle vivait dans le monde magique, ils ne l'avaient pas renié pour autant. Tous les parents de nés-moldus acceptaient ça, pourquoi cela ne pourrait pas marcher dans l'autre sens ? Au fond ça ne changeait rien qu'il soit chauffeur de taxi ou employé du ministère, ça n'aurait dû avoir aucune importance. C'était son père, il aurait du l'accepter quelque soit son mode de vie, mais il n'avait même pas essayé. Il n'avait même pas voulu comprendre, il avait juste refuser complètement l'idée, dès le départ. Il lui avait imposer un choix là où il n'y aurait pas du en avoir. Eliott n'en avait jamais voulu, de ce choix, s'il avait pu il aurait concilier une vie dans le monde moldue et une vie de famille normale, mais on ne l'avait même pas laisser essayer.

Leur débat n'avancerait jamais, parce qu'Eliott refuserait toujours de répondre à cette question. Non, il n'acceptait pas de perdre sa famille pour ce que son père appelait un loisir, et qui était bien plus que ça. Il n'avait jamais choisi entre le monde moldu et sa famille, parce qu'à ses yeux les deux pouvaient marcher ensemble, il attendait juste que son père s'en rende compte.

"Pourquoi est-ce que tu me forces à choisir ?"

C'était les mêmes questions depuis des années. Et jamais elles n'avaient obtenu de réponses. Ils étaient incapables de se perler parce qu'ils étaient incapables de se comprendre.



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Il était inutile d’envenimer encore plus la situation, les choses étaient déjà assez difficiles comme  cela. John estimait qu'il devoir choisir ses batailles et les choses qu'il ne pouvait pas laisser passer et en l’occurrence Miss Meyer n'était pas le sujet principal, plutôt une divergence de plus entre Eliott et lui. Une de plus, une de moins, au point où ils en étaient, ce n'était pas grand chose en réalité. Ils en étaient arrivés à un tel point qu'il était bien plus facile de compter leurs points d'accord que leurs points de désaccord, la première option prenait moins de temps.

Le clivage était fait depuis longtemps entre lui et son fils, tellement longtemps et en même temps, ils avaient commencé à s'éloigner de manière si lente que ce n'était pas tant flagrant au début. On pouvait dire que tout avait commencé avec le choix d'options d'Eliott, voilà presque dix ans mais au début, ce n'était qu'une mésentente mineure. Puis il y avait eut la guerre et ce genre de choses étaient passées au second plan. Il y avait eut des disputes et des portes claquées mais tout parent d'adolescent connaissait ça, non ? Lui-même avait eut sa période d'agitation vers quinze ou seize ans mais certes de manière moins marquée qu'Eliott. Il faut dire que son propre père était un homme sévère et intransigeant qui n'aurait jamais supporté le moindre remous sous son toit, que ce soit de la part de Meredith ou de la sienne. John avait alors intérêt à ne rien dire et à se taire s'il ne voulait pas passer de très mauvais moments en tête-à-tête avec son père. Quoiqu'il en soit, les tensions entre Eliott et lui s'étaient accumulées avant d'exploser en atteignant un point de non-retour qui avait été le réveillon du Nouvel An de l'année dernière mais John savait que ce n'était pas le déclencheur de tout cela mais juste son aboutissement.

Et malgré des années de tensions et de questionnements ouverts, au moins quatre désormais, c'était encore et sans cesse les mêmes propos, les mêmes questions et les mêmes réponses. John avait toujours aimé comprendre, tout connaître, tout savoir, tout assimiler. Enfant déjà il se prêtait à rêver aux mécanismes du monde et était sans cesse en train d'interroger ses parents sur le pourquoi du comment. Tous les sujets y passaient sans exception : de la magie aux dragons, des dragons au transplanage, du transplanage aux nuages, des nuages à architecture... Rien n'y échappait et c'était tout naturellement que cette curiosité – parfois même maladive dans ses jeunes années – l'avait envoyé à Serdaigle, même si le Choixpeau avait caressé quelques instants l'idée de l'envoyer à Serpentard. Quoi qu'il en soit, cette volonté de compréhension du monde et des gens de John n'avait pas disparu avec les années et même si elle s'était apaisée avec l'expérience et la connaissance, elle restait encore là, présente et guettant de quoi s'emparer. Et si les secrets du transplanage, des nuages ou des dragons n'avaient plus de mystère désormais, la décision de son fils et son mode de vie restait sûrement le plus grand questionnement de sa vie.

Comment pouvait-on accepter de vivre dans un monde qui vous rejetterait s'il apprenait votre vraie nature ?  Un monde qui avait tant de fait de mal aux sorciers au point que le Secret Magique devienne une nécessité ? Contrairement à ce qu'aimaient dire ses détracteurs, John n'était pas anti-moldu. Il prônait juste une séparation stricte et ferme de leurs deux mondes, une séparation qui les protégerait tous les deux : les moldus des sorciers qui abuseraient d'eux et leur voudraient du mal avec la magie et les sorciers des moldus qui chercheraient à les détruire ou les exploiter s'ils apprenaient leur existence. John n'était pas idiot au point de sous-estimer les moldus et leur technologie, les deux mondes pourraient se faire beaucoup de mal s'ils entraient en conflit et l'infériorité numérique des sorciers jouait en leur défaveur. Il valait mieux pour tout le monde que les deux sociétés restent éloignées et cohabitent en paix en se croisant le moins qu'elle pouvait. Les atteintes au Secret Magique s'étaient multipliées depuis l'élection du MIM et ces contacts voulus et répétés voire même orchestrés par le pouvoir en place finiraient par faire tomber le Secret. Est-ce que Fiennes le voulait ? John ne le pensait pas. Mais ses erreurs et incompétences renforcées par la présence des Mardoliens sur leur territoire y mèneraient que Fiennes le veuille ou non.

Il voulait comprendre ce que son fils trouvait à ce monde dangereux et hostile, à ce monde à qui il dissimulait sa vraie nature pour se faire accepter. Comment pouvait-on accepter de cacher ainsi sa vraie nature tout simplement pour... Pour il ne savait pas quoi puisque Eliott ne daignait pas lui expliquer ce qui le retenait ainsi loin des siens. Leurs convictions entraient violemment en opposition sur ce point et c'était des convictions bien trop personnelles, bien trop intrinsèques à leur personne pour qu'ils puissent faire des concessions. John était trop persuadé que les deux mondes étaient trop opposés et se devaient de rester éloignés pour pouvoir comprendre qu'on puisse les mélanger. On était moldu ou on était sorcier, point. Et Eliott était un sorcier, il pouvait faire semblant autant qu'il le voulait, il n'était pas un simple et banal moldu. Il avait étudié à Poudlard, avait été diplômé à Poudlard et avoir étudié les moldus ne faisait pas de lui quelqu'un comme eux. Eliott était un sorcier, c'était un fait et sa place était donc avec les sorciers, avec les siens. Pas à se balader sans baguette magique en reniant ce qu'il était vraiment.

- Parce que tu ne peux pas avoir les deux, Eliott.

C'était une telle évidence dans l'esprit de John qu'il ne comprenait pas qu'on puisse envisager les choses autrement.

- Mais bon sang, s'énerva-t-il brusquement, tu es et tu restes un sorcier, peu importe ce que tu peux essayer de prétendre en ayant brisé ta baguette. Tu n'appartiens pas au monde moldu, ta famille est sorcière, tes amis aussi, même ta petite-amie est une Auror !

Il inspira profondément et retrouva son calme en quelques brassées d'air.

- Qu'est-ce que tu recherches exactement là-bas ? J'ai essayé de te montrer que tout cela était allé trop loin en Décembre mais tu as l'air de t'en ficher comme du premier Botruc. Ta famille ne compte pas, pour toi ? Paige, Andrew, ta mère ?

Et après des années d’incompréhension et de tensions, c'était sûrement la première fois qu'il se parlait un peu sincèrement.
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Eliott soupira bruyamment quand son père lui répondit qu'il ne pouvait pas avoir les deux. Ce n'était pas une réponse, c'était justement ce qu'il essayait de comprendre depuis des années, pourquoi ? Pourquoi est-ce qu'il ne pourrait pas avoir les deux ? Ce n'était pas deux choses incompatibles, concilier les deux n'aurait même pas dû être un problème. Pourquoi son père rendait-il les choses si difficiles alors que tout aurait pu bien se passer ? Ils auraient forcément eu des accrochages un jour ou l'autre, des différends, mais les choses auraient pu être plus simples si son père ne lui avait pas imposé ce choix.

"Pourquoi ?" reprit-il en haussant la voix, excédé par les demi-réponses que lui servait son père depuis des années.

Ce dernier s'énerva à son tour pour lui démontrer qu'il appartenait au monde sorcier. Pourquoi cela devrait être une fatalité ? Il avait le droit de choisir, et être capable de faire de la magie ne le condamnait pas à vivre dans le monde magique. C'était une décision qu'il était libre de prendre, et il l'avait prise. Il avait décidé il y a de cela longtemps qu'il vivrait dans le monde moldu. C'était une décision vieille de dix ans, peut-être un peu plus, une décision d'enfant. Un rêve de gamin qu'il avait réalisé. Il se souvenait trop bien de la guerre, il se souvenait des Carrow, il se souvenait du soir de la Grande Bataille, il se rappelait du visage marqué de son frère le lendemain, il connaissait encore le nom des morts. Il se souvenait de tout ça et il se rappelait avoir passé de longues soirées à réfléchir, à douter, à se demander dans quel camp il était. Il était celui qu'on laissait tranquille, même son insolence et ses actes de rébellion n'avaient pas réussi à le mettre en danger, il était le fils d'un directeur du département du Ministère, de ce même Ministère qui les opprimait, qui était tombé aux mains des Mangemorts. Et ces jours-là, quand il se surprenait à craindre d'être du mauvais côté de l'échiquier, il se rappelait s'être accroché au rêve de vivre un jour dans un monde où il n'y avait pas de Mangemorts, pas de Ministère, pas de guerres au sein des écoles. Et, à l'image d'un enfant moldu rêvant de chevaliers et de dragons pour fuir la réalité, il avait trouvé refuge dans le monde moldu. Il avait appris, plus tard, qu'il n'y avait pas que de merveilleuses inventions. Il y avait des guerres aussi, partout, tout le temps, mais son attachement et sa fascination pour ce monde était restés.

"Mais qu'est-ce que ça peut te faire ? Qu'est-ce que ça change ce que j'y recherche ? Tu n'en a rien à faire de toute façon, aucune réponse ne te conviendrait parce que tu as décidé que c'était inacceptable ! Il s'énervait à son tour, haussant le ton plus qu'il ne l'aurait dû. Pourquoi est-ce que c'est si grave pour toi ? Qu'est-ce qu'il y a de mal à préférer un monde un peu différent ? Pourquoi je n'aurais pas le droit de vouloir d'un monde où on ne force pas un gamin de treize ans à regarder ses camarades se faire torturer ?"

C'était sorti tout seul. Et maintenant il regardait son père avec un mélange de colère et de défi, légèrement essoufflé. La machine qui comptait les battements de son cœur à coups de "bips" suraigus s'était un peu affolée, comme s'il n'était pas capable de se rendre compte lui-même qu'il s'était laissé emporter. C'étaient des choses qu'ils ne s'étaient jamais dites, et qu'ils n'auraient peut-être pas du dire. Ça allait trop loin, et ils risquaient seulement de se blesser plus qu'il ne l'avait déjà fait. Ils se faisaient suffisamment de mal en s'ignorant, pourquoi fallait-il qu'ils s'affrontent maintenant ? Eliott était persuadé qu'aucun d'entre eux n'avait envie d'entendre ce que l'autre avait à dire. Lui en tout cas ne supportait pas que son père lui dise qu'il se fichait de sa famille. Il n'avait pas le droit de dire ça.

"Comment tu peux dire ça ? Son ton ne s'était pas calmé et il voulut accompagner ses mots d'un geste du bras mais son épaule cassée ne sembla pas apprécier ce mouvement brusque et il laissa échapper un juron sous le coup de la douleur. Tu sais que c'est faux ! Andrew et Paige comptent pour moi, maman aussi et tu...*Tu comptes pour moi* Tu t'en fiches ! C'est toi qui m’as éloigné d'eux, ils ont simplement suivis. C'est de ta faute, c'est toi qui nous a séparé."

Son ton était plein de reproche et son regard traduisait toute sa rancœur. Il en voulait à son père pour énormément de choses. Il lui en voulait de ne pas l'avoir soutenu dans ses choix, de ne pas avoir essayé de comprendre, de l'avoir rejeté, mais il lui en voulait surtout de l'avoir privé de sa famille. Paige et Andrew avaient beau essayer de rester neutres, c'était évidemment impossible. Il y avait un parti à prendre et ni l'un ni l'autre n'était assez fou pour choisir le sien, évidement. Il ne leur en voulait pas, ils tenaient à leur tranquillité, c'était compréhensible, mais il en voulait terriblement à son père de leur avoir imposer ce choix. Ils avaient été très proches, avec Andrew et Paige, malgré leurs différences d'âge. A la date d'aujourd'hui il ne voyait son frère que rarement, et jamais bien longtemps, et n'avait pas parlé à Paige autrement que par lettre depuis ce fameux réveillon du nouvel an. Et c'était de la faute de son père, ce même homme qui osait lui dire qu'il se fichait de sa famille.

"Tu ne te souviens pas ? Tu m'as rejeté, tu m'as mis dehors ! Je ne suis même plus ton fils d'ailleurs, ça te dit quelque chose ça ? Il ne se rappelait même plus s'être mis à crier et se force à inspirer un grand coup pour se calmer un peu. Ne me demande pas d'assumer tes erreurs, c'est toi qui a détruit notre famille."

Son ton s'était apaisé un peu mais sa voix était vibrante de colère. Il avait dit tout ce qu'il avait à dire. Cela aurait pu calmer les choses, pourtant il était persuadé que cela ne ferait que les aggraver davantage. Ils ne se comprendraient jamais, et ne se pardonneraient sans doute jamais non plus. Ils avaient accumulé trop de colère et rancœur l'un envers l'autre, c'était sans espoir.


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Pourquoi les choses devaient-elles être aussi compliquées ? John n'avait pas de réponse à cette question. Et Rowena savait à quel point il détestait ne pas savoir, à quel point il haïssait que quelque chose lui échappe. Cette caractéristique de sa personnalité l'avait envoyée à Serdaigle et John ne pensait pas se tromper en affirmant qu'elle avait forgé l'homme qu'il était devenu au fil des années. Pourquoi avait-il fallu que cela tombe sur leur famille ? Doris et lui s'étaient pourtant appliqués à faire les choses bien, ils avaient essayer de tout donner à leurs enfants, tout l'amour, tout l'entourage et toutes les valeurs dont ils avaient besoin pour grandir. Mais Eliott s'obstinait à vouloir encore et encore gâcher sa vie, à envoyer paître tout ce qui avait constitué son enfance, à s'éloigner de son monde et de sa famille. John avait cru au début que tout cela n'était qu'une lubie d'adolescent, le genre de rêve un peu irréalisable mais qu'on cultive parce qu'il nous fait miroiter un glorieux futur.

John s'était rêvé joueur de Quidditch professionnel. Il était plutôt bon batteur, il l'avait toujours été. Il jouait dans le jardin du manoir quand il était enfant. Son père lui avait offert un balai-jouet, il s'en rappelait comme si c'était hier, un tout petit balai d'un rouge éclatant. Qu'est-ce qu'il avait pu en être fier, par Merlin ! Il avait dû s'en vanter auprès de toute la famille. Meredith était jalouse, elle en voulait un également mais leurs parents estimaient que le vol n'était pas une affaire de fille. Il revoyait la mine boudeuse de sa petite sœur tandis qu'il parcourait le jardin à toute vitesse, bien trop vite au goût de sa mère qui passait son temps à crier aux Elfes de le rattraper. Il avait eut son premier vrai balai plus tard, lorsqu'il avait quatorze ans. Il voulait impressionner une fille, il ne se rappelait même plus de son prénom désormais. Le temps passait. Enfin, quoi qu'il en soit, il avait décidé de postuler dans l'équipe de Quidditch, afin de faire partie de ces élèves populaires et cools. Il y était entré en tant que batteur et avait même brigué le poste de Capitaine en septième année, même s'il était allé à cet idiot de Kenneth Dubois, John s'en souvenait encore. Son père ne voyait pour lui qu'une voie d'élite, le Département de la Justice Magique mais c'était de Quidditch dont il avait parlé à son directeur de maison.

Un rêve idiot, il s'en rendait compte désormais. C'était une carrière instable, courte et rare étaient les élus. Son père était entré dans une rage folle en l'apprenant et c'était sûrement la dernière fois où John l'avait contrarié : il se rappelait encore trop de la fureur d'Alfred Warlock, pourtant mort depuis des années. Suite à cet épisode, il était revenu dans le droit chemin familial et était entré à la Justice Magique où il avait fait une brillante carrière, qu'elle soit juridique ou politique. Oui, il avait regretté un peu le Quidditch. Puis il avait rencontré Doris, ils s'étaient mariés, Andrew était né et il avait fallu assurer l'avenir de la famille et c'était à ce moment-là qu'il avait compris pourquoi son père avait voulu qu'il suive une voie raisonnable. Après tout, John Warlock, joueur de Quidditch, n'était-ce pas ridicule ?

Il aurait tout de même préféré qu'Eliott lui annonce vouloir faire du Quidditch plutôt que de subir sa passion du monde moldu. John voyait désormais ce qu'Alfred avait pu voir, si longtemps auparavant : son fils qui gâchait sa vie avec des rêves d'enfants. Et c'était insupportable, ce n'était pas tolérable de voir son fils qui fichait sa vie en l'air comme par esprit de contradiction avec ses parents. Comment pouvait-il les détester à ce point pour vouloir renier tout ce qu'on avait pu lui enseigner depuis qu'il était venu au monde ? Parce qu'aux yeux de John c'était cela, c'était repousser de toutes ses forces tout ce qui faisait son entourage, sa famille, sa vie. Il n'avait pas mis Eliott dehors tout simplement parce que c'était lui qui avait décidé de renier toutes leurs valeurs familiales, tout son passé, le passé de sa famille avant lui. Parce que briser sa baguette, renier sa magie, c'était oublier qu'il était un sorcier et c'était donc oublier ses parents, oublier son frère, sa sœur, ses grands-parents, ses ancêtres, tout. Et aux yeux de John, oui, c'était inacceptable et surtout incompréhensible. Quand Eliott avait quinze ans, c'était une lubie de jeunesse. A vingt-deux ans, c'était gâcher sa vie pour un monde qui ne voudrait jamais de lui s'il apprenait sa vraie nature.

- Parce que c'est inacceptable, Eliott ! répondit-il brusquement. Tu te fiches de tout ! De ta mère, de moi, de ce qu'on t'as appris, de tes ancêtres, de toi, de ta magie !  

Et si John aurait pu continuer encore longtemps dans cette voie, la dernière phrase de son fils le coupa dans son élan. Poudlard. Il n'avait pas pu retirer Andrew et Eliott lors de l'Année des Ténèbres, l'école était devenue obligatoire et il y aurait eut des sanctions s'il avait essayé de les éloigner de l'école. Il avait fait le maximum pour les protéger et il y était arrivé, de par sa position, son influence, son nom et le prestige de sa famille. Mais non, il n'avait pas pu protéger les autres enfants ni même les yeux des siens. Est-ce qu'il s'en voulait ? Forcément. Mais il savait aussi qu'il n'aurait rien pu faire d'autre.

- Chaque monde a son lot de cruauté, mon garçon, répondit-il sombrement, et n'aies pas la naïveté de croire que les moldus sont en reste.

Il avait beau être sorcier, il avait bien évidemment entendu parler de la Seconde Guerre Mondiale et de ses camps. Le monde moldu avait connu des périodes sombres aussi et il en connaissait encore, tout n'était qu'une question d'époque. Mais cet argument ne sembla pas atteindre Eliott puisqu'il continua de s'emporter, allant même jusqu'à se faire mal. Les Médicomages moldus étaient vraiment incompétents ! songea-t-il avec rage en jetant un coup d’œil à leur truc qui bipait sans cesse.

- Tu t'es éloigné tout seul, Eliott ! attaqua-t-il. Le jour où tu as décidé que tu ne serais plus un sorcier ! Tu as renié ta famille en faisant ça, tu nous as tous renié, que ce soit ta mère ou tes ancêtres !

Et lorsqu'il lui rappela l'épisode du Nouvel An, John se contenta de vriller son regard sombre dans les prunelles claires de son fils.

- J'ai fais ça pour te faire réagir, répondit-il d'un ton glacial. Pour que tu comprennes que tout cela était allé bien trop loin. Tu aurais dû le comprendre ce soir-là. Mais tu as juste sauté sur l'occasion pour rejoindre définitivement ce monde moldu que tu aimes tant. Je ne sais pas dans quel univers tu vis, Eliott, mais dans le nôtre, tu es sois un sorcier, soit un moldu. Et tu as visiblement choisi d'être un moldu. Tu as préféré choisir ça, il désigna le Londres moldu qu'on apercevait par la fenêtre d'un geste du bras, à ta famille et à ce que tu es vraiment.

Il laissa planer un silence, la mâchoire contractée par sa colère.

- J'assume mes erreurs. Mais toi, mon fils, assume tes choix. J'ai bon dos à ce sujet mais c'est toi qui a décidé de quitter le monde de ta famille. Ne viens pas t'en plaindre après.

Mais si Eliott ne s'en rendait pas compte, John ne se leurrait pas. La sorcellerie rattraperait son fils bien assez tôt : ses enfants seraient forcément des sorciers après tout, pas des moldus contrairement à ce que voudrait sûrement Eliott, qui avait décidément tourné le dos à toute magie.
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"C'est faux !" protesta-t-il violemment quand son père lui reprocha de s'être éloigné tout seul.

Il avait fait un choix, celui de vivre sans magie, et d'exercer dans le monde moldu. Il n'avait jamais choisi de s'éloigner de sa famille. Parce qu'à tout juste vingt ans il avait eu la naïveté de croire que posséder une baguette magique n'était pas une condition pour être un membre de la famille Warlock. Les temps changeaient, le monde sorcier et le monde moldu se mélangeaient de plus en plus, s'influençaient, les familles mixtes se multipliaient. Alors oui, il avait cru qu'il pourrait avoir un pied dans chaque monde, travailler chez les moldus, tout en gardant une place au sein de sa famille. Son père s'était rapidement chargé de détruire cette idée. Et Eliott n'avait pas compris, et ne comprenait toujours pas. Son père n'aurait eu aucun effort à faire si ce n'était continuer à le traiter comme avant. Parce qu'au final il n'avait pas changé, il était resté le même, sa baguette en moins. Et il espérait tout de même exister autrement que par sa simple condition de sorcier.

Visiblement son père ne voyait pas les choses de cette façon. Et à ses yeux Eliott avait rejeté sa famille en effaçant la magie de sa vie, et il se trompait. Et il le répétait, encore et encore "tu t'es éloigné tout seul", "tu as choisi ça plutôt que nous". C'était faux, complètement faux. Il avait pris une décision, mais il n'avait jamais voulu les conséquences qui l’avaient suivies. Il aurait du le prévoir, peut-être, mais il avait été encore une fois trop optimiste; Il avait espéré que son père finirait par comprendre, qu'il réaliserait que son fils n'avait pas voulu rejeter qui que ce soit en brisant sa baguette, juste à leur faire comprendre un choix que personne n'avait cru bon de prendre au sérieux. C'était simplement pour le faire réagir, il n'avait pas eu l'intention de le blesser.

C'est exactement la réponse que son père lui opposa quand Eliott lui rappela leur dernière rencontre. Quelque part il était soulagé d'apprendre que les mots de son père n'étaient destinés qu'à le faire réagir, mais les critiques et les attaques de ce dernier eurent tôt fait de remplacer ce sentiment de soulagement par une colère grandissante. Encore une fois il se heurtait à l'étroitesse d'esprit de son père, et il ne savait toujours pas comment lui faire comprendre qu'il n'y avait que dans son monde à lui qu'on était sois un sorcier, sois un moldu. Des tas de sorciers se mariaient avec des moldus, vivaient avec des moldus, et il était persuadé qu'il n'était pas le seul à travailler dans leur monde. On ne pouvait pas être les deux, mais on pouvait profiter des deux mondes, des tas de gens le faisaient, pourquoi est-ce que lui ne pourrait pas ?

"C'est ça ce que je suis vraiment, répondit-il en jetant à son tour un regard sur Londres, qui s'étendait sous la fenêtre. C'est le monde dans lequel j'ai choisi de vivre, mais je n'ai rien rejeté pour autant ! Il n'y a pas de...de barrière infranchissable entre les deux mondes, on peut très bien appartenir aux deux !"

Il pouvait le répéter aussi fort et aussi souvent qu'il le voudrait, il savait que c'était un combat perdu d'avance. Ils avaient déjà eu cette conversation des dizaines de fois, avec toujours les mêmes désaccords, toujours les mêmes arguments. Et ils restaient tous les deux campés sur leur position. Eliott ne savait plus quoi faire pour prouver à son père qu'il pouvait très bien vivre dans le monde moldu sans que cela ne change rien à leur vie de famille. Il avait le sentiment qu'il avait déjà tout essayé, que c'était une cause perdue, et pourtant il n'avait pas envie d'abandonner. Parce qu'il est était persuadé qu'il avait raison, convaincu que c'était possible, que les choses auraient pu bien se passer. Si seulement son père avait au moins essayé, s'il avait pu lui prouver que concilier les deux étaient impossibles, Eliott l'aurait surement accepté. Mais il ne lui avait même pas laissé une chance, et ça il avait du mal à le lui pardonner.

"Ce n'est pas ce que j'ai choisi, protesta-t-il avec virulence quand son père l'accusa d'avoir sciemment quitté sa famille. J'ai choisi un mode de vie, j'ai choisi un métier, ça n'impliquait pas de quitter ma famille, ça c'était ton choix. J'aurais pu concilier les deux, mais tu ne m'a même pas laissé essayer ! Tu n'as jamais accepté mon choix, tu m'as rejeté, poursuivit-il,plein de rancœur. C'est toi qui m'a éloigné ! Comment tu peux parler de choix alors que je n'en ai eu aucun ? Tu as décidé que parce que je n'avais plus de baguette je n'étais plus un membre de la famille, ça n'a rien d'une évidence. C'était ton point de vue, ta décision, et tu nous l'as tous imposé ! Et... "

La porte de la chambre s'ouvrit alors soudainement sur une infirmière à la mine inquiète, certainement alarmée par les éclats de voix. Le regard de la jeune femme passa de John à Eliott, qui s'était tu, et elle s'avança dans la pièce en fronçant les sourcils.

"Vous devez vous reposer ! lança-t-elle sévèrement à l'intention d'Eliott. Il y un problème ? Face à l'absence de réponse de ce dernier, qui fixait son père avec colère, légèrement essoufflé, l'infirmière se tourna vers John avec un sourire aimable. Vous êtes surement son père ?"

"Non. Eliott avait parlé d'une voix forte mais étrangement calme, ce qui n’empêcha pas l'infirmière de se tourner vers lui avec surprise. On ne se connait pas", ajouta-t-il sans parvenir à regarder son père dans les yeux.

"Hum, oui...d'accord....La jeune femme le soupçonnait vraisemblablement d'avoir des troubles de mémoires suite à son réveil récent mais elle entraina tout de même John vers la porte. Vous devriez revenir demain, ce serait peut-être mieux..."

Son père se défit d'un brusque mouvement d'épaule de la main que l'infirmière avait posé sur son bras, visiblement décidé à ne pas se faire éconduire si facilement, mais Charlotte apparut au même moment dans l'ouverture de la porte, ce qui parut lui donner soudainement envie de partir.

"Réfléchis à ton comportement, Eliott, et à ton avenir."

Et après ces derniers mots, John Warlock quitta la pièce sous le regard amer de son fils et surpris de l'infirmière, qui s'éloigna elle aussi en marmonnant qu'elle voulait changer de service, qu'elle préférait encore les vieux que les fous. Charlotte vint s'asseoir sur son lit et Eliott nicha son visage dans son cou. Il était épuisé, il avait la gorge nouée et l'esprit bouillonnant, et il n'avait surtout aucun envie d'en parler. Il voulait juste profiter de pouvoir serrer Charlotte contre lui, et oublier ce qui venait de se passer. Oublier qu'il avait encore une fois perdu le contrôle face à son père et dit des choses qu'il regretterait sûrement.


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La fin du tunnel [Charlotte]

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