AccueilAccueil  FAQFAQ  Où trouver...?  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

 Des choses à se dire [PV Paige]

Joy HighlandsSans emploiavatar
Messages : 623

Voir le profil de l'utilisateur
12 Juillet – Manoir des Highlands


Malgré la chaleur étouffante qui régnait sur la campagne anglaise, il faisait froid dans le couloir. C'était le plus large de la demeure et également le plus emprunté par ses occupants : il reliait la majorité des pièces du rez-de chaussée. Joy ignorait pourquoi elle le traversait, étant donné que les escaliers d'où elle venait aboutissaient sur un vestibule adjacent au hall d'entrée, sa destination. Elle n'avait pourtant pas envie d'affronter le regard de ses ancêtres, relégués tout le long du corridor. Ils sommeillaient dans leurs cadres, excepté le premier, Owen Highlands. Ce dernier s'efforçait toujours de garder une certaine prestance, mais Joy était persuadée qu'il perdait son beau maintien dès qu'elle avait le dos tourné.

« Bonjour jeune fille, fit-il. On ne vous a pas vue ici depuis longtemps. »

En effet, Joy passait ses vacances dans sa chambre, ne descendant que pour les repas. Peu désireuse de faire la conversation avec un portrait, elle se contenta de fixer le visage austère de son arrière-arrière-grand-père.

« J'espère que vous faites honneur à votre nom, continua celui-ci.
- J'essaie. »

Elle était devenue capitaine, elle avait noué des relations, elle s'était rendue chez les Harris, oh non, on ne pouvait pas dire qu'elle n'avait fait aucun effort. Elle s'était simplement comportée comme elle le devait, et ce depuis qu'elle était née. Pourtant, ce n'était pas le goût de la réussite qu'elle avait sur la langue. Plutôt cette immobile et constante passivité qui l'empêchait de s'opposer concrètement à ce qui ne lui convenait pas, les décisions de son père par exemple. Mais elle n'était pas censée faire passer ses propres désirs au premier plan, encore moi s'ils étaient imprécis.

La jeune fille marcha devant quelques tableaux de ses aïeuls, une main glissant sur le mur pour capter un peu de sa fraîcheur. Elle dépassa les portes menant au salon, à la salle à manger, au bureau de son père et déboucha enfin sur la cuisine. Le nouvel elfe engagé par Annie était occupé à faire briller les cuivres, et le bruit du frottement de son chiffon sur la marmite prenait une ampleur démesurée dans le silence de la pièce. Ce silence assourdissant régnait depuis la naissance de Joy, et celle-ci était persuadée qu'il était déjà présent le lendemain de la construction de l'édifice. Dans son esprit, le Manoir et le Silence étaient indissociables l'un de l'autre. Tous deux étaient là quand elle avait grandi, quand sa mère lui avait appris les usages de la haute, quand son père l'avait réprimandée au sujet de ses notes, car même les cris ne parvenaient pas à briser ce silence-là. La plupart du temps, il ne la dérangeait pas – avec les années, elle s'y était habitée, avait appris à le supporter et à vivre avec lui. Mais parfois, il se faisait pesant. Parfois, il lui donnait envie de hurler.

Parce que le silence la faisait se sentir affreusement seule. Il lui mettait en face de toutes ses pensées, ses seules compagnes, et elle lui trottaient dans la tête sans relâche. Lorsque Philip était en déplacement et Annie recluse dans sa chambre – exactement comme à l'instant présent –, il l'écrasait, s'insinuait en elle, lui soufflait de mauvaises choses. Il emplissait la demeure toute entière et amplifiait le moindre petit craquement. Joy s'apprêta à refaire le même chemin qu'elle venait de parcourir en sens inverse, sans emprunter le couloir cette fois. Ses pas résonnant sur le plancher poli, elle pénétra dans la grande salle à manger dont l'espace était occupé par une longue table. Peut-être avait-elle jadis accueilli des convives, mais à ce jour, uniquement trois chaises n'avaient pas besoin d'être régulièrement époussetées par l'elfe Barbossa. Tandis que les bavardages et les rires auraient dû s'élever vers le haut plafond, seul le silence régnait en maître. Cette salle était morte. Joy s'introduisit ensuite dans une salle légèrement plus exiguë que la précédente. Des teintures tapissaient ses murs, de lourds rideaux encadraient les fenêtres et d'épais tapis recouvraient le sol. Le mobilier était encombrant, le salon beaucoup trop chargé et pourtant, jamais Joy n'avait connu de pièce aussi vide.

La jeune fille entra dans le hall et appuya son dos contre le mur, juste en face de la porte d'entrée. Celle que devait franchir Paige dans les minutes à venir. En effet, Joy comptait sur son amie pour mettre une petite étincelle de vie dans cette maison inanimée. De sa vie, c'était la seule personne qu'elle ait invitée chez elle – d'une certaine manière, c'était aussi son unique amie. Malgré sa réticence à se lier aux autres, elle était contente d'avoir appris à la connaître car Paige était l'une des personnes les plus à même à la comprendre. Elles avaient en commun la même habitude de garder beaucoup de choses pour elles et chacune respectait ce choix de l'autre de ne pas vouloir parler. En revanche, si Paige présentait toujours une facette différente de sa personnalité, Joy restait égale à elle-même, impassible. Elle se donnait parfois l'impression d'être solide comme un roc et de pouvoir tout contenir, mais de temps en temps, le besoin de parler à quelqu'un se faisait ressentir. Dans ce cas, Paige était l'une des rares personnes en présence de qui elle n'avait pas peur d'être elle-même.

Enfin, on toqua à la porte. Joy eut à peine le temps de se précipiter pour ouvrir que l'elfe le plus hideux du monde, Cinoque, la devançait déjà.

« Salut ! » lança-t-elle à la nouvelle venue avec un sourire.
MétamorphomageMolduavatar
Messages : 1131

Voir le profil de l'utilisateur

Paige Warlock -Serpentard - 17 ans

Paige soupira en reposant sa brosse à cheveux sur sa coiffeuse. Elle était d'humeur morose ces temps-ci, et cela se voyait sur son visage. Elle avait la mine fatiguée, des cernes hideuses, et le teint jaunâtre. Elle n'avait qu'une envie : passer ses journées en pyjama, blottie sous sa couette malgré la chaleur, à pleurer. C'était ce que toute fille avait le droit de faire après une rupture, mais pas elle. Sa mère se rendrait forcément compte de quelque chose, poserait des questions, et Paige serait obligée de lui avouer qu'elle avait eu un petit-ami et que celui-ci l'avait plaqué.

Damien l'avait laissé tomber. Il quittait Poudlard et estimait qu'une relation à distance n'était pas gérable. Elle avait fait mine d'être d'accord avec lui, tout en essayant de lui démontré que c'était parfaitement possible, et que de toute façon ils se retrouveraient dans un an, mais il lui avait finalement avoué qu'il était "fatigué de ses petits secrets". Elle avait reçu ça en plein visage, comme une gifle. Le secret, c'était sa manière de vivre, et jamais elle n'avait pensé que cela puisse déranger les autres. Elle ne gênait personne en cachant des parties de sa vie, et de toute façon elle n'avait pas le choix. C'était mentir pour survire. Elle avait trop besoin de son image de petite fille parfaite, avec une famille parfaite, pour pouvoir parler librement d'Eliott. Elle tenait trop à sa relation paisible avec ses parents pour leur parler de Damien. Elle mentait pour de bonnes raisons, ça ne devrait pas être une mauvaise chose. Ce n'était même pas vraiment mentir, elle n'inventait pas de fausses histoire, elle cachait seulement une partie de la sienne.

La jeune femme tendit le bras et attrapa sa baguette pour se jeter un sortilège de bonne mine. Elle allait voir Joy aujourd'hui, et officiellement elle n'avait aucune raison d'être triste. Pas de petit-ami qui venait de la laisser tomber, pas de frère dans le coma, tout était censé aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elle avait d'abord pensé à refuser l'invitation de sa meilleure amie, prétextant un mal de ventre ou une réunion de famille, mais elle avait finalement réalisé que passer un peu de temps avec Joy ne pouvait lui faire que du bien. L'ambiance était tendue au manoir des Warlock en ce moment. Eliott était toujours à l’hôpital et tout le monde s'inquiétait en silence, et elle avait cru comprendre qu'il y avait quelques tensions entre les membres du SPAM en ce moment, même si évidement ses parents ne lui en avaient pas directement parlé. Paige déposa un peu de blush sur ses pommettes, une goutte de parfum au creux de son cou et du mascara sur ses cils, puis décida qu'elle était prête.

Elle colla un sourire sur ses lèvres en essayant de ne pas songer au fait qu'elle s’apprêtait à mentir à celle qu'elle considérait comme sa meilleure amie, encore. Elle lui avait caché sa relation avec Damien tout au long de l'année, sans vraiment savoir pourquoi. Elle savait qu'elle pouvait faire confiance à Joy, elles étaient assez proches toutes les deux. Pourtant elles n'avaient jamais réussi à abandonner cette retenue, cette pudeur qu'elles devaient probablement à leur éducation, et Paige savait que Joy lui cachait certainement des choses aussi. Elles avaient beaucoup de points communs, et leur tendance à faire des cachoteries arrivait en tête. C'était étrange, une amitié où le secret régnait en maitre, mais ça lui convenait. Du moins, elle avait toujours trouvé que ça suffisait, mais elle se surprenait de plus en plus souvent à vouloir plus. Parfois elle se sentait prise de l'envie un peu folle de tout dire à son amie. Absolument tout, de ne plus rien lui cacher. Elle se demandait comment elle se sentirait après. Mais cette envie était toujours réfrénée par la peur d'être jugée. La crainte du regard des autres était ce qui motivait une trop grande part de ces décisions.

L'adolescente attrappa son petit sac en perle, réajusta la ceinture de sa robe à fleurs et enfila une paire de sandale avant de sortir de sa chambre. Sa mère était sortie, aussi s'arrêta-t-elle devant le bureau de son père pour le prévenir qu'elle s'en allait. Elle frappa timidement à la porte et passa sa tête dans l’entrebâillement quand il l'invita à entrer. Son père n'était pas dans ses meilleurs jours en ce moment, il s'inquiétait beaucoup trop pour beaucoup de choses. Elle ne pouvait s’empêcher de remarquer qu'il avait l'air fatigué, comme elle, et plus vieux que d'habitude.

"Je vais passer l'après-midi chez Joy, Highlands. La précision était utile, son père préférait quand elle rendait visite à une amie dont il connaissait les parents, surtout quand ceux-ci étaient issue d'une ancienne famille de sang-purs. Je serai rentrée avant le diner.
-Soyez sages, intima-t-il sur le ton de l'habitude, sans même lever les yeux.
-Toujours."

Paige referma délicatement la porte derrière elle et descendit les grands escaliers qui menaient dans le hall. Un instant plus tard, elle était devant la maison et s'efforçait de visualiser celle de Joy avec autant de précisions que possible. Elle n'y avait été qu'une ou deux fois auparavant mais avait besoin d'une vision claire pour transplaner. Obtenir son permis de transplanage quelques mois plus tôt avait été une véritable libération. Elle réalisa à la dernière minutes qu'elle n'avait rien acheté à Mrs Higlands et se mordit la lèvre. Elle n'aurait jamais fait ce genre d'erreur habituellement, mais elle était tellement distraite ces temps-ci. Elle bénit ses talents en métamorphose et ramassa un caillou qu'elle changea en bouquet de fleurs colorées. Parfait. Elle ferma les yeux et réapparut quelques secondes plus tard sur le perron des Highlands.

A peine avait-elle frappé à la porte qu'un elfe de maison vint lui ouvrit, Paige s'arma de son sourire le plus adorable avant d'entrer dans la bâtisse, dont elle accueillit la fraicheur avec plaisir.

"Bonjour, commença-t-elle avant de s’apercevoir que son amie était la seule personne présente dans la pièce. Salut, tu es toute seule ?"

Paige se détendit dès que Joy lui répondit, se permettant même d'abandonner un peu son dos droit et son immense sourire. Ce n'était que maintenant qu'elle réalisait à quel point Joy lui avait manqué pendant ces deux semaines de vacances. Elle appréciait énormément la jeune fille et aimait passer du temps avec elle. Elles se ressemblaient assez pour se comprendre, sans avoir besoin de dire les choses, c'était agréable. Elle tendit le bouquet de fleurs à son amie avec un sourire amusé.

"C'est pour toi alors, habitue-toi à recevoir des fleurs pour quand nous serons courtisées par plein de beaux étudiants."

Elle rit doucement, c'était beau de rêver. Néanmoins, elle avait réellement hâte d’être étudiante, et de quitter Poudlard. Elle espérait intégrer une grande école, l'académie du Lycaon l'intéressait beaucoup, pour rencontrer des tas d'étudiants étrangers et suivre un cursus passionnant. Elle avait soif d'indépendance et de nouveauté, mais elle essayait de se rappeler qu'il ne fallait jamais mettre la charrue avant l’hippogriffe. Elle devrait se concentrer sur ses ASPIC plutôt que de penser à tout ça, mais elle avait bien le droit de ne pas être raisonnable, pour une fois. C'était les vacances après tout.
Joy HighlandsSans emploiavatar
Messages : 623

Voir le profil de l'utilisateur
Joy détailla furtivement la nouvelle venue. Un bouquet. Un petit sac de perles. Des sandalettes. Une robe à fleurs. Elle avait toujours été coquette. Joy l'était moins, mais soignait aussi son apparence. Elle s'assurait d'avoir une tenue irréprochable, sans faute de goût ni association de couleurs douteuse, de manière à ne paraître ni voyante ni négligée, enfin bref, tout un art.

Ce qui ressemblait à un sourire de circonstance – maîtrisé à la perfection – s'évanouit du visage de son amie dès qu'elle eut découvert qu'elles n'étaient que toutes les deux. Joy comprenait aisément que Paige soit plus détendue pour cette raison car c'était également son cas.

« Oui, je suis toute seule, confirma-t-elle. Mon père est absent et ma mère est à l'étage, mais elle ne descendra pas, désolée. Elle est légèrement indisposée. »

Ce qui soulageait grandement Joy. Elle se sentait toujours extrêmement mal à l'aise en présence de ses parents et de ses camarades. Tout d'abord vis à vis des premiers car elle était honteuse qu'ils puissent entrevoir chez elle une autre personne que lorsqu'elle était avec eux ; puis gênée vis à vis des deuxièmes parce qu'ils voyaient ses géniteurs. C'était bizarre. Quelque chose ne collait pas quand elle mélangeait vie privée et vie sociale.

Le bouquet de fleurs, originellement destiné à Mrs Highlands, passa des mains de l'invitée à celles de Joy. Paige l'avertit qu'elle devrait s'habituer à en recevoir quand elles seraient courtisées par plein de beaux étudiants. Joy joignit son rire au sien.

« Moi, courtisée ? Ça m'étonnerait ! plaisanta-t-elle, pourtant sérieuse. Avec un clin d'œil, elle ajouta malicieusement : En revanche, j'en connais une pour qui il y aura foule au portillon... »

Pour qui le portillon serait défoncé, devrait-elle plutôt dire... Elle s'étonnait même que ce ne soit pas déjà le cas. Paige n'avait pas de petit ami. Pourtant, elle n'aurait aucun problème à s'en trouver un. Futée, jolie, d'une famille éminente, avec du caractère, non, décidément, rien ne lui faisait défaut. Si ce n'était sa tendance à faire des cachotteries... Cependant, les avantages que représentait la condition de Paige n'en étaient pas forcément. Il y avait toujours le risque d'être fréquenté pour la renommée de son nom de famille... Joy avait grandi dans un milieu où l'hypocrisie régnait en maître et se montrait extrêmement méfiante à ce sujet. C'était la raison pour laquelle elle avait si peu d'amis. Elle ne pouvait s'empêcher de se demander si les gens qui l'abordaient étaient réellement dignes de confiance ou alors, afin de l'embobiner pour arriver à leurs fins, prétendaient la percevoir de la manière dont elle voudrait au fond être perçue... Néanmoins, Highlands ou pas, c'était dur d'imaginer des étudiants lui tourner autour, elle. D'accord, elle était de bonne famille et pas aussi laide que son hideux elfe-majordome, mais sa passivité ne témoignait pas d'une quelconque force de caractère et si elle n'était pas bête, ce n'était pas sa timidité qui allait le dévoiler. Et puis, qui s'intéresserait à une fille qui a moins de conversation qu'un botruc aphone ?

« À propos, les étudiants de quelle université ? » demanda Joy tout menant son amie vers le salon.

La matière dans laquelle Paige s'illustrait était la Métamorphose. En toute logique, la prestigieuse Académie Lycaon était dans sa ligne de mire. Et dans la continuité des choses, elles seraient donc séparées pour la première fois. Joy n'était pas du genre à avoir constamment besoin d'un ami à ses côtés, mais c'était quand même sept ans de leur vie qu'elles auraient passées ensemble ! Oui, parfois Joy s'était sentie seule, surtout jusqu'à la fin de sa cinquième année. Oui, elle avait quelques fois ressenti le besoin de se confier, et son lien avec Paige ne l'avait pas permis – ou plus exactement, Joy ne se l'était pas permis. Oui, leur amitié était assez silencieuse au départ. Peu visible. Lointaine. Mais elle était là. Tout ce temps. Quand, par le hasard des choses ou peut-être par choix stratégique, elles avaient mis l'option sur des lits voisin dans leur dortoir. Quand, d'une même voix, elles avaient fermé le clapet de Kelly. Quand, sans se concerter, elles s'étaient assises à côté en Botanique. Quand, d'un accord tacite, elles n'avaient pas soumis l'autre à des questions embarrassantes. Quand, sans y faire attention, elles s'étaient offert leur présence mutuelle. Depuis six ans.

Après avoir invité Paige à prendre un siège, Joy s'assit sur le canapé. La perspective de la brusque rupture du quotidien qui avait rythmé un tiers de son existence était quelque peu dérangeante. Elle avait beau ne pas toujours s'être sentie à l'aise à Poudlard, elle avait à appris apprécier ce château. Certes, il avait été spectateur de ses chutes, de ses défaites et de ses découragements, mais elle y avait aussi passé quelques bons moments. Entraînements de Quidditch. Sorties à Pré-au-Lard.  Conversations. Elle espérait qu'il y en aurait aussi durant sa dernière année.
MétamorphomageMolduavatar
Messages : 1131

Voir le profil de l'utilisateur

Paige Warock - 17 ans - Serpentard

Paige secoua la tête de gauche à droite quand Joy lui répondit qu'elle ne s'imaginait pas vraiment être courtisée. Elle ne voyait aucune raison à cela. Joy était d'une compagnie plus qu'agréable, elle avait de la conversation, elle était bien élevée, c'était quelqu'un d'attentif qui savait écouter les autres. Mais le plus intéressant chez Joy se révélait quand on l'écoutait un peu, elle qui parlait si rarement. Paige n'avait pas souvent eut la chance d'entendre son amie se confier, ne serait-ce qu'un peu, mais chaque fois elle avait apprécié la personne qu'elle avait cru découvrir. Si les garçons ne s'intéressaient pas à elle, c'était parce qu'ils n'avaient rien dans le crâne, surtout à leur âge. Il suffisait qu'on leur mette une Kelsey Lorgan sous les yeux pour que leur cerveau s'arrête de fonctionner. Elle espérait que les étudiants étaient un peu plus matures que ça. Et puis Joy était bien plus jolie que n'importe quelle K-Girl de toute façon.

"Je suis certaine que tu auras tellement de prétendants que tu ne pourras même plus les compter !" répondit-elle avec un sourire.

Elle ne plaisantait qu'à moitié. Elle exagérait un peu, évidement, mais elle pensait réellement que la gente masculine finirait par se rendre compte de ce qu'elle loupait en passant à coté de Joy Highlands. Et puis, ce serait l'occasion de parler un peu de garçons. Ce n'était pas très intellectuel comme sujet de conversation, loin de là, et elles n'étaient définitivement pas du genre à passer des heures à fantasmer sur les joueurs de Quidditch -n'en déplaise à Kelly. Mais elles n'avaient jamais abordé le sujet toutes les deux, et maintenant qu'il était sur la table, Paige était un peu curieuse de savoir ce que Joy avait à dire. Cette dernière ne lui laissa toutefois pas le temps de se perdre en question dignes d'une adolescente de douze ans puisqu'elle l'entraina jusqu'au salon où elle l'invita à prendre place.

"C'est très joli ici, commenta-t-elle en regardant autours d'elle. La décoration est superbe !"

C'était un réflexe, ça sortait tout seul. C'était honnête, pourtant. Maintenant qu'elle observait les lieux avec plus d'attention, elle réalisait que la décoration était effectivement très élégante, bien qu'un peu austère, mais elle l'avait dit avant même de l'avoir pensé. On l'avait élevée comme ça, c'était le genre de choses qui restaient. Toujours complimenter son hôte. Le fait qu'elle applique ces règles de bonne conduite même en présence de sa meilleure amie était un peu déconcertant, même pour elle, mais c'était ainsi. Joy la tira de ses réflexions en la questionnant sur l'université qu'elle souhaitait fréquenter et Paige hésita un instant.

Elle aimait beaucoup la métamorphose, et elle se débrouillait assez bien dans cette matière, mais elle n’était pas certaine d’être suffisamment douée pour l’Académie du Lycaon. Et il était hors de question qu’elle s’engage dans cette voie si elle n’était pas certaine de réussir. Si elle parlait à ses parents de ce projets, ils seraient ravis, ils l’encourageraient, et elle n’osait pas imaginer leur déception si elle venait à échouer au concours. On ne faisait pas les choses à moitié chez les Warlock, c’était la réussite ou rien. Ses deux frères avaient pris deux chemins radicalement différents, et elle avait souvent l’impression qu’il n’y en avait pas de troisième. Soit elle suivait l’exemple d’Andrew, auquel cas elle n’aurait pas droit au moindre faux pas, soit elle faisait comme Eliott, et elle quittait tout ça pour toujours. Parfois, quand elle avait eu une journée difficile ou que la pression familiale lui pesait un peu trop, elle songeait à cette possibilité. Il suffisait qu’elle se souvienne des disputes entre son père et son frère pour que cette idée lui sorte de la tête aussi vite qu’elle y était entrée. Elle n’aurait jamais le cran d’assumer tout ça, de se mettre ses parents à dos, d’aller jusqu’au bout d’un choix si peu raisonnable. Elle n’avait pas le tempérament de son ainé, elle était vouée à rester bien sagement dans la route qu’on avait tracé pour elle. Elle ne manquait pas de caractère pourtant, même le choixpeau le lui avait dit le jour de sa répartition, mais elle était de ces forces tranquilles qui supportent toutes les tempêtes sans frémir mais qui sont incapable de provoquer la moindre vague.

« Je ne sais pas, répondit-elle finalement. La jeune fille marqua une pause, hésitant à faire part de ses doutes à son amie. Elle n’avait pas l’habitude de se dévoiler, et n’avait parlé de ce sujet à personne, mais Joy était sa meilleure amie, et le fait qu’elles ne soient pas à Poudlard la poussait à se sentir plus en confiance. L’académie du Lycaon me tente, parfois, mais le concours m’effraie un peu. Beaucoup même. Peu désireuse de s’attarder sur le sujet, se confier lui avait déjà été suffisamment difficile, bien qu’un peu libérateur, elle arbora un regard interrogateur et se pencha vers sa camarade. Et toi alors ? Je ne sais même pas à quel domaine tu te destines ! »

C’était un comble tout de même, Joy était sa meilleure amie et elle n’avait pas la moindre idée de ce que cette dernière souhaitait faire après Poudlard. Certains se seraient empressés de dire que ce n’était pas vraiment une amie alors, et ils auraient eu tort. Leur amitié ne s’était pas construite sur des confidences ou sur des secrets partagés, mais il y avait eu autre chose. Elles s’étaient toujours comprises, sans avoir besoin de dire les choses, peut-être parce qu’elles se ressemblaient un peu. Et elles s’étaient acceptées, chacune avec sa part de silence et ses secrets, et ça comptait beaucoup pour Paige. Elle espérait que même si elles se séparaient après Poudlard, elle resterait en contact. Qu’elles n’hésiteraient pas à se raconter leurs vies d’étudiantes.
Joy HighlandsSans emploiavatar
Messages : 623

Voir le profil de l'utilisateur
Joy fit courir son regard sur la pièce que Paige venait de qualifier de jolie. La décoration n'était pas de mauvais goût, c'était un fait. Cependant, confinée entre les lourds rideaux et les épais tapis, Joy ne pouvait s'empêcher de trouver l'atmosphère oppressante. Si le reste de la demeure avait été dépouillée après la guerre pour des raisons financières, Philip avait tenu à tout conserver intact ici. Joy trouvait que ces nombreux meubles et ornements, s'ils encombraient la pièce, ne parvenaient pas à combler le vide écrasant qui grossissait en elle lorsqu'elle restait à l'intérieur de celle-ci.

Le salon faisait partie des endroits qui étaient si familiers à Joy depuis sa plus tendre enfance qu'elle ne les voyait plus. Physiquement, elle était certes capable de voir les meubles, la table basse, le canapé, et de les décrire en détail, mais lorsqu'elle circulait à l'intérieur, elle n'avait pas complètement conscience de la pièce qui l'entourait. C'était tordu et c'était ainsi qu'elle le ressentait. Pour qu'elle voie réellement, il lui fallait quelque chose de nouveau afin de casser l'image figée qu'elle possédait du salon, quelque chose d'inhabituel, d'incongru, d'irrégulier qui lui ferait prendre conscience du lieu et de ce qu'il contenait. Ce quelque chose atypique, c'était quelqu'un ce jour-là : Paige, assise sur le velours pourpre d'un fauteuil. La présence de son amie tranchait avec ce qu'elle avait l'habitude de voir ici, comme les quelques autres fois où des invités y avaient pris le thé. Encore une fois, la chose nouvelle et différente qui pénétrait dans son salon faisait prendre à Joy le recul nécessaire pour le voir. Alors, la pièce se révélait à ses yeux... La licorne représentée sur la tapisserie derrière elle, pour avoir essayé de la dessiner enfant, elle en connaissait les proportions par cœur, pourtant elle ne découvrait que maintenant que sa robe était plus crème que blanche. Le vase sur la cheminée, elle apercevait ses courbes tous les jours mais avait l'impression de réaliser qu'il avait cette forme pour la première fois.

Joy se tira de sa contemplation et revint à l'instant présent. Paige lui avoua qu'elle ne savait pas quoi faire plus tard et que l'Académie Lycaon la tentait bien que le concours d'entrée l'effraie un peu. Joy pouvait aisément le comprendre. Cette académie était l'une des plus grandes écoles spécialisées dans la Métamorphose au monde et par conséquent, y faire ses études n'était pas tâche facile. Le niveau était aussi élevé que les exigences et le concours aussi difficile que le diplôme. Pour ambitionner une admission à Lycaon, il était nécessaire posséder de grandes capacités en Métamorphoses mais aussi un niveau relativement élevé dans les autres matières. Il était également préférable d'avoir ne serait-ce qu'une vague idée d'orientation post-université. En somme, il fallait être sûr de son coup. Si Joy aspirait à devenir étudiante à l'Académie Lycaon – ce qui n'était pas le cas –, elle aurait trop peur d'échouer. Et elle était bien consciente que leur situation familiale, à elle et à Paige, ne tolérait aucun échec. Elles étaient donc dans le même cas, Joy à cause de son père qu'elle se refusait de décevoir, et Paige de manière encore plus accentuée après le brillant parcours de ses deux frères. Joy imaginait bien que son amie hésitait entre choisir un chemin plus sûr en visant vers le milieu et moins réussir que ses aînés, ou bien prendre le risque de viser haut, et tout perdre.

« Si tu ne sais pas ce que tu veux faire, essaie déjà d'éliminer ce que tu sais ne pas vouloir faire, répondit Joy, tout en se sentant ridicule de prodiguer un tel conseil car il s'appliquait autant à elle qu'à Paige. Elle ajouta avec sincérité : Mais je suis sûre que tu es tout-à-fait capable d'entrer à Lycaon ! »

Joy aurait bien aimé que Paige lui révèle ce qui l'effrayait exactement. Mais déjà cette dernière s'empressait de lui retourner la question, donc elle n'osa pas insister, se contentant de ce qu'on venait de lui confier. C'était peut-être le problème de leur amitié, ce trop grand respect de la réserve de l'autre. Bien sûr que c'était une qualité, cependant, entre amies, il était parfois nécessaire de s'obstiner à se tirer les vers du nez en dépit des réticences mutuelles. On s'étonnait souvent des duos composés d'une personne très extravertie et d'une personne très timide. Pourtant, leur amitié fonctionnait sur ce schéma : la première poussait la deuxième à s'épancher, et naissait ainsi un lien privilégié. En revanche, Paige et Joy étaient toutes deux si muettes sur ce qu'elles ressentaient qu'il n'y en avait aucune pour inciter l'autre à se dévoiler. Ça n'avait pas vraiment de conséquences en temps normal, c'était même plutôt confortable quand Joy avait quelque chose à cacher, et vice-versa. Mais qu'advenait-il alors quand elles avaient des problèmes ? Des peurs honteuses, des secrets inavouables, des soucis gênants ? Comment faisait-elles quand elles ressentaient la nécessité de parler mais n'osaient pas ? Quand elles pensaient n'en avoir pas besoin mais portaient le poids de leur silence ? Quand une oreille attentive était tout ce qui leur manquait, qu'elles en aient conscience ou non ?

« Moi non plus, je ne sais pas trop », lâcha Joy en se rendant compte que sa réponse et celle de Paige étaient semblables.

Soudain, elle eut envie de raconter que ce n'était pas elle mais son père qui la destinait à un domaine, qu'elle ne savait pas ce qu'elle voulait faire mais savait ce qu'elle devait faire, qu'elle en avait autant assez d'être dans le flou complet que dans la peur de prendre une décision. Elle était à deux doigts de tout balancer : l'autorité paternelle omniprésente, les obligations en tant que fille, la tentation de ne pas s'y soumettre, la crainte de ne pas s'y soumettre aussi, les rêves incertains... Une masse de questionnements pèle-mêle dans son esprit, s'accumulant au fil du temps, n'attendant que d'être entendus. Un point de vue extérieur au sien lui permettrait sans doute de revoir ses positions. Elle s'était retenue devant Noah qu'elle fréquentait depuis trop peu de temps, mais pourquoi ne pas tout dire à Paige ? Il y avait bien une raison à sa retenue : Paige, elle, ne lui avait pas tout dit. L'aptitude de cette dernière, à savoir parler aux gens pour les embobiner dans son petit numéro de charme, était toujours étonnante au moment où l'on constatait à quel point elle taisait ses vrais sentiments. Qui pourrait croire que, dernière cette jeune fille au sourire enchanteur et aux mille et une facettes, beaucoup d'interrogations demeuraient ? Joy se demandait parfois si, à force de jouer un rôle différent à chaque fois, Paige ne se perdait pas un peu au milieu de ses masques.

« J'aimerais accéder à un bon poste au Ministère, peut-être dans les Archives, ou dans le Comité de mon père, pourquoi pas. »

La jeune fille n'eut pas l'impression de mentir en prononçant ces mots et cela l'effraya. À force de bourrage de crâne, son père avait réussi à faire de cet objectif une évidence dans son esprit ! Ce poste était parfait pour elle. Pour une paresseuse de son espèce, point trop d'efforts ne lui seraient imposés puisque Philip, du Comité des Sortilèges Expérimentaux, s'arrangerait pour qu'elle soit engagée – ou bien il ordonnerait à sa sœur Diana, sous-directrice du Département des Archives, de la pistonner. C'était souvent de cette façon que cela se passait dans ce genre de famille, surtout quand l'héritier récoltait des résultats scolaires très moyens. Pas que son père la juge incapable de grimper les échelons de la force de ses propres bras ; il pensait même que sa fille avait un grand potentiel... mais ne l'investissait pas correctement. De cela, malgré ses préceptes antédiluviens, il ne lui imposait pas de se marier dès sa sortie de Poudlard comme cela était de rigueur dans quelques anciennes familles. Au contraire, il préférait qu'elle privilégie ses études afin de faire une belle carrière. Joy, dans sa situation, avait une chance que tout le monde ne possédait pas. Elle n'ignorait aucun des sacrifices de certaines filles de bonne famille pour s'assurer des études, ou bien leur regret, plus tard, de n'avoir pas pu en faire. Elle s'était déjà rendue à une ou deux noces dans lesquelles la mariée n'avait pas deux ans de plus qu'elle. Non, un privilège pareil, ça ne se refusait pas.

Donc elle acceptait l'idée. Il lui suffisait d'exaucer les vœux de son père : travailler un peu, obtenir ce poste au Ministère. Ainsi elle serait à l'abri du mariage arrangé, de la précarité et de l'oisiveté, elle aurait une position confortable, mieux : elle avait tout ça à portée de main. On lui donnait la possibilité de faire des études sans en payer le prix, on la lui donnait même sur un plateau d'argent ! Comment pourrait-elle décemment décréter qu'elle n'en voulait pas ?

« Sinon... ajouta Joy presque timidement, avant de continuer à toute vitesse : poursuivre dans le Quidditch me tenterait peut-être mais je doute d'être à la hauteur ! »

C'était presque ironique, comme situation. Cette fois-ci, les mots avaient le goût du mensonge dans la bouche de Joy. Parce qu'au fond, elle avait déjà exclu d'office l'éventualité de refuser la proposition de son père ; au fond, elle conservait cette alternative uniquement pour le plaisir de se dire qu'il lui restait encore un échappatoire. En revanche, elle avait sorti la phrase machinalement, presque inconsciemment, ce qui laissait penser qu'encore plus au fond, elle avait peut-être ce désir inavoué d'accomplir un vieux rêve. Ça soulignait par ailleurs que leurs situations, à Paige et à elle, étaient assez similaires : deux filles, deux pères, et la peur de décevoir.
MétamorphomageMolduavatar
Messages : 1131

Voir le profil de l'utilisateur

Paige Warlock - 17 ans - Serpentard

Paige aurait pu deviner la réponse de Joy à l'instant même où elle avait posé sa question. Peut-être parce qu'elle la connaissait bien, peut-être aussi parce qu'elles fonctionnaient de la même façon toutes les deux. On commençait par un "Je ne sais pas", pour être sûre de ne pas faire d'erreur. Mieux valait ne pas savoir, prétendre qu'on réfléchissait encore, plutôt que d'avouer un mauvais choix. Oui, Paige aurait pu deviner la réponse de son amie, tout comme elle devinait qu'elle aurait une suite. Parce qu'une fois cachée derrière un prudent "Je ne sais pas", on pouvait se permettre de formuler quelques hypothèses, d'autant plus qu'elles étaient entre elles, à l’abri de toutes oreilles indiscrètes. La jeune fille ne dit donc rien et adressa un sourire discret à sa camarade.

Celle-ci ne tarda effectivement pas à reprendre la parole, et Paige dut se forcer pour conserver son sourire. Un poste au ministère. Aux archives. Elle était un peu déçue. Elle n'aurait pas dû pourtant, si c'était le choix de Joy, alors elle n'avait qu'à l'encourager. Mais elle n'était pas certaine que ce soit son choix, justement. Pas complètement en tout cas. C'était trop raisonnable, trop banal, trop...parental. Archiviste au Ministère, ce n'était pas un rêve d'avenir ça. Son amie était vive d'esprit, intelligente, autonome, elle pouvait faire tellement mieux ! Paige se morigéna intérieurement, ce n'était pas à elle de juger de ça, et l'ambition n'était pas une qualité indispensable, pas dans toutes les familles.

"Je suis certaine que tu y arriveras sans problèmes."

C'était plus que sincère. Évidement que Joy y arriverait, aussi facilement que si Paige avait voulu entrer à la justice magique. Joy avait peut-être raison après tout, peut-être que la facilité était un bon choix. S'engager sur la voie la plus sûre, c'était s'assurer de ne pas se perdre en chemin, de ne jamais s'égarer. C'était tellement simple de laisser les autres décider, de se laisser guider par ses parents, c'était presque tentant. D'un autre côté, avait-elle envie de se réveiller, dans des années, pour réaliser que rien dans sa vie ne lui appartenait ? Qu'elle n'avait rien choisi toute seule, que ce soit son métier ou son mari ? Elle détestait cette idée, et derrière son goût pour la tranquillité, derrière la petite fille sage, surgissaient parfois des velléités d'indépendance qu'elle avait de plus en plus de mal à réfréner.

Paige reporta son attention sur le visage de son amie lorsque celle-ci reprit timidement la parole, intriguée. Un sourire, sincère cette fois-ci, se dessina sur ses lèvres quand Joy mentionna la possibilité de poursuivre dans le Quidditch. La jeune fille avait l'air bien moins sûre d'elle que lorsqu'elle avait évoqué l'idée de travailler au Ministère, mais Paige voulait croire que c'était ce qu'elle voulait vraiment. Elle fréquentait assez Joy pour voir que le Quidditch la passionnait plus qu'elle ne voulait l'admettre et adorait l'idée que sa camarade continue sur cette voie. Non seulement parce qu'elle était à peu près certaine que Joy s'y plairait, qu'elle y serait épanouie, mais aussi parce qu'elle avait envie de voir son amie faire cette petite folie. Elle n'était pas sûre d'en avoir le courage, elle ne tenterait peut-être jamais Lycaon, par peur, mais elle aiderait Joy à accepter ses propres envies et à les réaliser.

"Bien sûr que si tu es à la hauteur ! répondit-elle avec un sourire. La seule à ne pas avoir confiance en ton talent c'est toi."

Il avait fallu un peu de temps à Paige pour voir à quel point Joy manquait de confiance en elle. Sa camarade ne parlait pas beaucoup, et Paige ne la questionnait pas, ou peu, de peur de la voir lui retourner ses questions. Elles ne partageaient pas leurs inquiétudes, leurs doutes, ne faisaient que les deviner, sans jamais les formuler. Il lui avait fallu du temps mais elle avait compris, elle avait réalisé que Joy était pleine de contradictions et de doutes. Et elle croyait deviner d'où venaient les doutes de son amie à propos de son avenir.

"Qu'en dises tes parents ?"

Encore une fois, elle connaissait la réponse à sa question. Les parents de Joy n'en pensaient rien, parce qu'ils n'en savaient rien. Leur fille ne leur avait rien dit, et ne le ferait probablement jamais. Paige s'en voulait un peu de lui avoir posé cette question, de la mettre au pied du mur, mais il fallait bien que quelqu'un le fasse. Elle n'aurait jamais demandé ça à quelqu'un d'autre. Elles avaient dix-sept ans, c'était toujours difficile d'avouer être soumises à la volonté familiale alors que tous leurs camarades, pris dans une folle rébellion adolescente, ne parlaient que de liberté et d'indépendance. Mais elle savait que Joy comprenait, parce que, comme elle, elle attachait trop d’importance à ce que pensaient ses parents. Il y avait certaines familles où la liberté avait un prix, et si Paige était sûre d'une chose c'était qu'elle n'était pas prête à le payer. Elle avait une idée assez précise de ce qui se passait quand on décevait son père et n'avait pas envie d'essayer. Peut-être Joy serait-elle plus courageuse.
Joy HighlandsSans emploiavatar
Messages : 623

Voir le profil de l'utilisateur
Archiviste ? Paige s'était contentée d'une simple remarque sur le fait que Joy y arriverait sans problèmes. Joueuse de Quidditch pro ? Enthousiaste, elle l'incitait à plus croire en ses talents. Au moins, aucune ambiguïté là-dessus : les faveurs de Paige allaient à la deuxième option. Joy découvrait avec quelle facilité elles s'engageaient toutes deux à soutenir leurs rêves respectifs plutôt que d'appliquer ces conseils à elles-mêmes. Tout comme Paige en cet instant, Joy n'avait pas hésité à encourager son amie lorsqu'elle avait exprimé ses doutes, mais au final, aucune d'entre elles n'était prête à se jeter à l'eau. C'était bien plus simple de se dire mutuellement qu'elles en étaient capables en misant tout sur la réussite de l'autre.

Contrairement à ce qu'en disait Paige à cet instant, Joy ne croyait pas être la seule à ne pas avoir confiance en son talent. Son père non plus...

« Joliment formulé ! applaudit-elle cependant avant de murmurer : J'aimerais bien que ce soit vrai... »

Une remarque plutôt lancée pour elle-même que pour être entendue, aussi répondit-elle à la question suivante de Paige, ou plus exactement, n'y répondit pas :

« J'ai vraiment besoin de répondre à cette question ? »

Le ton était railleur. Un sourire légèrement désabusé flotta un moment sur les lèvres de Joy, le temps de mesurer à quel point sa situation était pathétique. Paige se doutait sûrement que les parents de Joy n'avaient aucune connaissance de ce qui se tramait dans la tête de leur fille, pour la bonne raison qu'elle ne les avait pas mis au courant. Elle n'osait pas. Et elle n'oserait probablement jamais si on ne lui mettait pas un bon coup de pied dans le derrière pour l'empêcher de reculer à l'idée de le faire. Voilà pourquoi sa situation était pathétique : les projets dont elles parlaient n'aboutissaient pas, donc cette conversation ne rimait à rien. Soudain, Joy en eut par dessus la tête. Par dessus la tête de cette sorte d'état secondaire dans lequel elle était plongée depuis toujours, dans lequel elles étaient plongées toutes les deux même si Paige était déjà un peu plus dégourdie qu'elle. Elle refusait de laisser son amie l'aider à accomplir ses envies au détriment de siennes. Elle en avait assez de cette résignation qui limitait leurs choix, de cette certitude que tout était perdu d'avance.

Oui, tout était perdu d'avance, alors à quoi bon se battre ? À quoi bon se battre quand on avait encore des choses à perdre ? Ces choses, elle allait finir par prendre le risque de les perdre pour de bon, ou alors un jour elle se réveillerait en se rendant compte qu'elle n'avait pas fait un seul petit bout de chemin de sa vie entière. Elle allait finir par prendre le risque, oui, elle allait le faire ! Quitte à se perdre en route, elle allait finir par prendre le risque, au moins une fois, prendre un risque pour ne pas avoir de regrets ce jour venu de sa mort. Le respect des souhaits des anciens, l'obéissance filiale, la fierté paternelle, tout ça pouvait bien aller se faire voir. Joy n'était pas courageuse ; elle n'était en aucun cas déterminée à renoncer à ce qui faisait d'elle une Highlands. Son projet n'avait pas vraiment d'impact sur son intégration dans la famille et jamais elle n'en serait exclue, elle en était certaine. Uniquement exclue du cœur d'un seul homme. Assez dramatique comme manière de penser, mais bon, elle le connaissait, son père. Il se mettrait en colère, dans une de ces colères noires dont il avait le secret, et peut-être alors qu'elle lui tournerait le dos.

En avait-elle la force ? Non, se disait-elle, sauf si quelqu'un d'autre était là pour la soutenir. Et il y avait quelqu'un d'autre...

« Ça ne sert à rien, lâcha brusquement Joy sans savoir si Paige comprenait ce qu'elle voulait dire par là. Il faut réfléchir autrement. »

À ce moment-là, la voix de Joy-la-timide mua en une autre voix, celle qu'elle avait lorsqu'elle usait de diplomatie, prenait des directives ou réfléchissait à voix haute – ce qui n'arrivait pas souvent... Son timbre s'était fait plus posé, plus ferme et plus constant.

« Paige, pardonne-moi si je me trompe, mais j'ai l'impression que tu cherches à m'aider plutôt qu'à t'aider, tout comme je cherche à t'aider plutôt qu'à m'aider. Personnellement, si tu ne fais rien, je ne fais rien, et je suppose que si je ne fais rien, tu ne feras rien non plus. Ce qui veut dire qu'au final, ni toi ni moi ne ferons rien. »

Joy interrogea Paige du regard comme pour capter son assentiment avant de reprendre dans la foulée :

« Tu as vraiment envie qu'on continue ainsi ? Moi à la rigueur, je veux bien, mais toi je sais que tu n'es pas comme ça ! D'accord, tu tiens à ne pas tout gâcher entre ton père et toi vu comme tu es quand tu es avec lui, mais peut-être que tu y tiens un peu moins que moi, non ? Tu as toujours été plus... rebelle... vu comme tu es quand tu es avec nous. »

Entre Paige la petite fille gâtée et Paige l'adolescente insoumise, il y avait monde. Joy espérait y voir autre chose qu'un simple changement de masque ; peut-être un certain désir de révolte.

« Tu n'es pas obligée de renoncer avant même d'avoir essayé. Je sais que c'est ce que je fais, mais crois-moi, je ne suis vraiment pas un exemple à suivre. C'est plutôt toi que je suivrai. Tu es intelligente et talentueuse et ce que tu rêves de faire plairait bien à tes parents. Il y a sûrement moyen que tu touches un mot là-dessus à tes grands frères, non ? Leur carrière à tous les deux est brillante, un dans la Justice, l'autre dans la Médicomagie, ils doivent bien savoir ce que tu ressens à l'idée de te lancer... »

Plus Joy argumentait, plus elle sentait que ses mots ne suffisaient pas. « Le langage est la prison de la pensée », lui avait dit une fois le portrait de l'un de ses ancêtres qui aimait faire de belles phrases, et Joy était bien d'accord.

« Tu as vu comme tu te débrouilles en Métamorphoses, comme tu aimes cette matière ? Imagine-toi rien qu'une seconde en train de faire des études dans un autre domaine qui te plait moins, juste parce que tu as eu peur... Ce serait du pur gâchis. Le courage de tenter ta chance, tu l'as, Paige ! Lycaon est fait pour toi. Si tu passes le concours, tu n'échoueras pas, j'en suis sûre !  »

Joy marqua une petite pause. Elle n'avait jamais été douée pour parler de ses ressentis personnels.

« Et ce dont je suis aussi persuadée, c'est que je n'y arriverai pas sans toi. »

Voilà, c'était dit. Joy fixa Paige droit dans les yeux, d'un regard mêlant la crainte naturelle de s'être trop dévoilée et l'espérance hésitante d'avoir bien fait de se confier. Elle avait repris malgré elle sa voix de Joy-la-timide, une voix réaliste pour la remettre en face de la vérité : elle n'en était pas capable. Elle devait réussir, peut-être pas pour elle mais pour ses grands-parents, pour ses oncles et tantes, pour son père surtout, et la voie du Quidditch était trop risquée pour cela.

De nombreuses familles mettaient l'accent sur cette nécessité absolue de réussir. Quand une personne était qualifiée de « quelqu'un qui a réussi », cette expression désignait à coup sûr son diplôme prestigieux, sa carrière brillante, son métier de renom, son salaire rondelet. En était-il heureux pour autant ? Peut-être, peut-être pas... Le nombre de fois où on avait raconté à Joy comment les parents rassuraient leur progéniture avec des « Je te laisse choisir la voie que tu veux, tant que tu es heureux » mais excluaient tout de même certaines branches professionnelles trop mal vues ou mal payées, parce qu'ils voulaient le meilleur pour leur enfant ! Son propre père lui avait servi du « Tu travailles pour toi » et pourtant, il n'hésitait pas à sévir dès que les notes de Joy baissaient un peu. Pour n'avoir rien à regretter, pour donner à sa fille les clés de la réussite – mais si les portes auxquelles elles étaient reliées, Joy n'avait pas envie de les ouvrir ?

Autant exercer une profession moins éminente que Chef de Département, gagner moins mais se plaire dans ce qu'elle faisait, plutôt que de s'obliger à poursuivre des études longues et contraignantes pour obtenir à la solde un travail qui l'ennuyait. Elle refusait de se retrouver au milieu de gens qui convoitaient le poste avec bien plus de légitimité qu'elle, de leur propre volonté, pas celle de leurs parents, parce qu'ils aimaient ce qu'ils faisaient et désiraient réellement travailler dans un domaine les intéressant. De quoi aurait-elle l'air ? D'un imposteur, sans aucun doute. Il valait mieux exercer une profession impliquant de réelles motivations et être bien dans son élément. Un jour, elle allait finir par prendre le risque.

« Et si on faisait un marché ? Toi, tu tentes Lycaon et moi, je démarche pour le Quidditch. Qu'est-ce que tu en dis ? »

La proposition avait des sonorités d'interdit et de petite folie mais en réalité, elle tenait plus de l'accord que du défi. Telle la tour d'un château de cartes à l'équilibre précaire, elle ne pouvait tenir que si les deux cartes étaient appuyées l'une contre l'autre – ou alors, le château s'écroulait.
MétamorphomageMolduavatar
Messages : 1131

Voir le profil de l'utilisateur

Paige adressa un triste sourire à son amie quand celle-ci confirma ce qu'elle pensait, à savoir qu'elle n'avait jamais parlé de se lancer dans le Quidditch à ses parents. Elle aurait bien voulu lui dire qu'il ne fallait pas agir ainsi, qu'elle devait avoir confiance en elle, que c'était elle qui décidait de son avenir, et non ses parents, mais venant d'elle de telles remarques n'avaient aucune valeur. Parce qu'elle agissait exactement de la même façon. Elles étaient ridicules, l'une comme l'autre, à se pousser mutuellement tout en refusant de tenir compte de leurs propres conseils. Joy formula ce que Paige pensait tout bas en lâchant que ça ne servait à rien. Paige leva les yeux vers elle et haussa les épaules. Son amie avait raison, elles n'avançaient pas, elles n’avanceraient jamais. Mais avaient-elles vraiment envie d'avancer ? Joy poursuivit en affirmant qu'il leur fallait réfléchir autrement et Paige fronça les sourcils, se demandant où sa camarade voulait en venir.

Joy qui ne parlait jamais semblait soudainement avoir beaucoup de choses à dire, et Paige était à la fois surprise et impressionnée par l'assurance qu'elle découvrait dans la voix de son amie. Elle ne se souvenait pas l'avoir déjà vue comme ça. C'était dommage. Elle appréciait énormément Joy, mais elle aurait aimé découvrir cette facette insoupçonnée de sa personnalité plus tôt. Elle ne prit même pas la peine de faire semblant d’hésiter avant de hocher la tête après que Joy eut affirmé qu’elles ne feraient jamais rien, ni l’une ni l’autre.

Paige écouta Joy avec attention, n’osant pas l’interrompre. Elle n’aurait rien à ajouter de toute façon. Les mots de son amie étaient justes, et plus difficiles à entendre que ce qu’elle aurait cru. Peut-être bien qu’elle était plus rebelle, oui, peut-être qu’elle avait envie de faire ce dont elle avait envie, sans se poser plus de question, mais elle avait peur. Peur des conséquences, peur de faire des folies et de réaliser après qu’elle s’était trompée, qu’elle avait fait le mauvais choix.  Peut-être valait-il mieux ne rien faire et avoir des regrets plutôt que de faire une erreur et d’avoir des remords. E

La Serpentard se mordit la lèvre quand Joy lui suggéra de demander conseils à ses frères, qui sauraient sans doute  ce que cela faisait de se lancer dans ce genre d’études. Andrew saurait, oui. Ce qu’Eliott savait lui c’était ce que cela faisait de s’opposer aux choix de leurs parents. Il savait ce que c’était que d’emprunter un chemin dangereux, de quitter les sentiers battus, mais  son expérience n’était pas très encourageante. Voir Joy se dévoiler ainsi, lui révéler ses pensées secrètes et s’exprimer si librement donnait envie à Paige d’en faire autant. Elle avait envie de lui dire que si elle avait si peur de décevoir ses parents c’était parce que son frère –qui n’était absolument pas médicomage- l’avait fait avant elle et qu’elle ne voulait surtout pas vivre la même situation.  Elle avait envie de lui parler des disputes familiales, de lui dire qu’elle n’avait pas parlé à Eliott depuis des mois, qu’il était dans le comas et qu’elle ne savait même pas s’il en sortirait un jours.

Mais elle ne pouvait pas, pas maintenant. Joy semblait enfin prendre des initiatives, Paige croyait déceler dans son regard une forme d’espoir, de combativité même, elle n’avait pas le droit de tout gâcher. Elle ne pouvait pas la décourager avec son histoire qui finissait mal. Alors elle se tut, encore.  Ce n’était pas mal de mentir si c’était pour de bonnes raisons, c’était ce qu’elle se répétait trop souvent. Aujourd’hui elle avait un peu plus de mal à y croire. Elle sentait l’étau de la culpabilité se resserrer autour d’elle, et refusait de considérer le seul moyen de s’en débarrasser, elle ne pouvait pas parler. En étant honnête elle risquait de briser la détermination qu’elle voyait naitre chez son amie. Mais Joy était si franche, jamais elles ne s’étaient confié l’une à l’autre de la sorte, Paige s’en voulait de lui mentir dans un moment pareil, alors elle essayait de se convaincre qu’elle n’avait pas le choix.

« Je leur parlerai.» assura-t-elle en se forçant à sourire.

Elle sourit à son amie quand celle-ci lui assura qu’elle réussirait forcément le concours de Lycaon. Evidemment elle était beaucoup plus sûre d’elle quand il s’agissait de l’avenir de Paige et non du sien. Elles se ressemblaient décidément beaucoup.

« Et ce dont je suis aussi persuadée, c'est que je n'y arriverai pas sans toi. »

Paige croisa le regard de Joy et fut troublé par le mélange de crainte et d’assurance qu’elle y trouva. Son amie comptait sur elle. Elle ne pouvait pas la décevoir, pas maintenant. Elle se savait capable d’accompagner Joy dans ses projets, au moins assez loin pour que Joy réalise son rêve. Elle finirait par la décevoir, Paige en était presque certaine. Elle n’aurait peut-être jamais le courage de se lancer,  mais en attendant elle pouvait toujours mentir, encore un peu plus. Elle pouvait faire semblant, étudier comme si elle allait passer le concours, parler de Lycaon, et continuer de soutenir Joy, de l’encourager. Sa camarade avait le talent pour y arriver, Paige n’en doutait pas, il fallait juste quelqu’un pour oser la pousser dans le dos, la forcer à se lancer.

Comme Paige s’y était attendue, Joy lui proposa un marché. Elle démarchait pour le Quidditch si elle tentait Lycaon.

« Ça marche ! »

Paige avait répondu avant de réfléchir. Parce qu’elle savait déjà ce qu’elle voulait faire croire à Joy, mais elle n’était pas encore certaine de sa véritable réponse. Après tout, si Joy trouvait le courage de s’orienter vers le Quidditch, pourquoi elle n’y arriverait pas ? Peut-être qu’elle n’avait pas à mentir cette fois-ci, peut-être qu’elle pouvait vraiment essayer. Si elles essayaient toutes les deux, ensembles, elle pourrait y arriver.

« Merci Joy. »

C’était la chose la plus sincère qu’elle lui ai au cours de cette conversation.  Parce qu’elle lui était réellement reconnaissante de lui avoir ouvert les yeux,  de lui avoir montré que le courage n’était pas toujours là où on l’attendait.  Joy l’avait impressionné, aujourd’hui, alors peut-être pouvait-elle se surprendre elle-même. Quoiqu’il en soit, elle était prête à essayer, pour de vrai.

RP Terminé
Contenu sponsorisé


Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

Des choses à se dire [PV Paige]

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Des choses à se dire [PV Paige]
» Aurait tu des choses a me dire ? ! Ft Lucy
» J'ai des choses à te dire. [Standford family]
» Des choses à dire à sa fille
» Plusieurs choses à dire !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aresto Momentum :: Autres Horizons :: Ailleurs,-