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 La petite fille aux allumettes

Rosaleen MarchebankPremière dameavatar
Messages : 364

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14 Septembre 2007

C'était sa grand-mère qui l'avait réveillée ce matin-là. Rosaleen avait senti une pression sur son bras et s'était réveillée en sursaut, le cœur battant et apeurée. Ce n'est qu'au moment où elle avait pu distinguer les traits de Daria dans le petit jour qu'elle s'était apaisée. Se faire réveiller au milieu de la nuit la ramenait sans cesse à la nuit du 2 au 3 Mai 1998, au moment où elle avait appris la mort de sa mère. Ce n'était de toute manière jamais de bonne augure qu'on vienne vous trouver avant le lever du soleil et il lui avait fallu quelques secondes pour comprendre que si sa grand-mère était là, c'est qu'il y avait un problème. Rose avait repoussé les draps lourds qui l'enserraient soudainement et avait suivi sa grand-mère jusque dans le salon, sans un mot. Oreste dormait à quelques pas de là et elle n'avait pas envie de troubler son sommeil. Il fallait aussi dire que les mots semblaient être coincés dans sa gorge et elle n'arrivait pas à émettre le moindre son, un horrible pressentiment l'envahissant lentement, une sourde angoisse tapant à ses oreilles, lui donnant le vertige. Elle avait descendu l'escalier la main sur la rampe, essayant de ne pas penser au pire. Un feu avait été allumé dans la cheminée du salon et son grand-père était installé devant, en robe de nuit. Rosaleen ne le voyait jamais dans cette tenue, Elbert était un homme qui faisait toujours très attention à sa mise. Il avait un verre à la main et Rosie reconnu la couleur du Whisky qui étincelait à la lueur des flammes.

- Que se passe-t-il ?

Elle n'avait pas approché de son grand-père, restant figée près de la cheminée, un peu plongée dans l'ombre, ses pieds enfoncés dans la chaleur de l'épais tapis qui ornait leur parquet. Sa grand-mère s'était assise à coté de son époux, elle aussi vêtue de sa chemise de nuit, ses cheveux décoiffés et l'air sombre. Une lettre décachetée trônait sur la table basse, abandonnée là sans précaution. Elle n'était pas là hier soir, Rosie aurait pu en jeter sa baguette au feu. Elle le savait car elle s'était installée dans le salon après le départ des Nott, pour parler avec sa grand-mère du mariage à venir. Elle était si heureuse hier, si enchantée par l'avenir. Ce salon avait accueilli ses tous nouveaux projets de mariage, ses sourires et ses rires, ses regards vers sa bague de fiançailles. Et voilà que quelques heures plus tard, et voilà que le lendemain, elle s'y tenait de nouveau, muée par une sourde angoisse, ses mains tremblantes cachées dans les plis amples de sa propre chemise de nuit blanche. Ce n'était pas comme cela qu'elle avait imaginé son premier réveil en tant que fiancée. Son grand-père avait levé les yeux vers elle, l'avait scrutée de son regard perçant avant de faire un signe de la main pour qu'elle vienne s'assoir près de lui. Rosaleen n'avait pas bougé. Elle voulait juste savoir ce qui se passait. Elle voulait qu'on le lui dise. Et qu'on le lui dise maintenant.

- C'est Papa, c'est cela ?

Cela sonnait comme une telle évidence. Oreste dormait tranquillement dans sa chambre, elle l'avait bercé hier soir, il lui avait demandé de quelle couleur serait sa robe. Blanche, évidemment, avait-elle répondu en riant. Toutes les robes de mariées sont blanches. C'est une tradition. Reyna et Reda était en sécurité à Poudlard, sûrement en train de dormir toutes les deux, pensant à leurs cours du lendemain, à leurs évaluations, aux devoirs qu'elles avaient négligé. Rosie leur avait rédigé une lettre hier soir, avant d'aller dormir, appuyée sur le bois clair de sa coiffeuse. Elle leur avait raconté le dîner, leur avait parlé de Théo, avait mentionné sa joie et la joie de leurs grands-parents. Elle en avait écrit une pour leur père, aussi. Une longue lettre, au point qu'elle avait dû aller en chercher dans la bibliothèque, sur la pointe des pieds, évitant les lattes grinçantes du parquet. Elle connaissait cette maison sur le bout des doigts et savait en éviter les pièges. Et elle était revenue à sa chambre et avait continué son récit, décrit sa bague de fiançailles dans les moindres détails, expliqué qu'elle voulait de la dentelle sur sa robe et peut-être un col montant, comme celui de Mère, avait-t-elle précisé pour que son père puisse imaginer. Il ne serait pas au mariage mais elle pouvait lui en donner le goût, comme lorsqu'un ami vous décrit ses vacances dans un pays lointain. Vous fermez les yeux et vous vous faites votre propre image du paysage. Elle avait écrit longtemps, jusqu'à ce que sa main lui fasse mal, que quelques tâches noires soient apparues sur la peau claire de ses mains et elle avait ouvert sa fenêtre précautionneusement, faisant vaciller la flamme de sa bougie. Elle avait sifflé en priant pour que ses grands-parents n'entendent pas et avait accroché la lettre pour son père à la patte de Pégase qui s'était envolé dans la nuit. Elle avait ensuite soufflé sa bougie et s'était glissée sous ses draps, sachant qu'elle regretterait sa courte nuit le lendemain matin.

- Rosie, mon enfant...
- Je ne suis plus une enfant.

Sa voix avait claqué dans le salon, sèche et cassante. Un peu tremblante, aussi. Elle n'en pouvait plus de ce silence, de ce silence pesant, de cette chape de plomb qui pesait sur leurs épaules, de cette angoisse presque tangible, de ce vertige qui l'animait, de ce pressentiment si fort, de ce sentiment si présent. Son grand-père avait détourné le regard et avait posé les yeux sur l'âtre de leur cheminée avant de finir son verre d'alcool. Mais pourquoi est-ce que personne ne parlait ? Qu'on lui dise, qu'on lui hurle, qu'on lui parle !

- Tu devrais t'assoir.

C'était un ordre plus qu'un conseil, une recommandation, une précaution ou une attention. Et elle avait obéi. Sans même vraiment y penser, sans tergiverser. Elle s'était assise dans l'épais fauteuil en cuir, celui qui était tout craquelé et usé, celui dans lequel elle se blottissait lorsqu’elle était jeune. Et sa grand-mère lui avait tendu le parchemin, la lettre décachetée abandonnée sur la table basse. Le sceau d'Azkaban, évidemment. Qui pourrait leur écrire au milieu de la nuit sinon Azkaban ? Elle n'avait même pas besoin de lire pour savoir ce que contenait la missive. Mais elle le fit quand même, mue par elle ne savait quelle force. Elle lu une fois, deux fois, dix fois. Les même mots, froids, standards, classiques, indifférents. Décédé dans sa cellule cette nuit. Mort naturelle. Toutes nos condoléances. Et c'était fini. Mort. Rasaben Lestrange. Mort. Né le 25 Décembre 1953 et mort le 14 Septembre 2007. Un Mangemort. On ne le pleurerait pas à Azkaban. Cela faisait de place en plus. Une trace de la guerre en moins, hop, débarrassé. Et qui irait pleurer un Mangemort ? Elle avait reposé la lettre sur la table basse. Sans un mot. Et puis elle l'avait reprise. Mort. Et quelques secondes après, les mots des gardiens d'Azkaban se consumaient dans la cheminée des Rosier. Mort. Fini. Il ne vivrait plus jamais, c'était terminé. Elle ne le verrait plus jamais. Son père était mort. Elle ne serrerait plus jamais sa main, n'essayerait plus jamais de croiser son regard, ne le serrerait plus jamais dans ses bras. Jamais.

- Rosie, chérie...

Elle ne se souvenait même pas du moment où elle avait commencé à pleurer. Elle avait juste senti la main de sa grand-mère essuyer ses larmes sur sa joue avant que cette dernière ne la serre dans ses bras en lui frottant le dos très fort. Et cela ne lui faisait rien. Rien du tout. Cela n'avait rien de réconfortant. Elle avait plutôt l'impression d'étouffer. Alors elle avait l'avait repoussée et s'était levée. Le parchemin avait disparu de la cheminée, il n'était plus que braises rougeoyantes. Et dans quelques heures, elles seront noires. Mortes elles aussi. Comme son père. Elle avait son visage gravé dans son esprit, sa voix imprimée dans ses tympans. Elle n'avait rien dit. Elle était juste partie. Elle avait remonté les escaliers, avait bien entendu la voix de sa grand-mère l'appeler mais elle n'avait pas répondu. Elle avait trébuché sur une marche, trop empressée, et son grand-mère avait dit à son épouse de la laisser. Elle avait poussé la porte de sa chambre et l'avait refermée à clé, deux tours. Et elle s'était blottie dans son lit, dans les draps encore chauds. Elle avait passé sa couette par dessus sa tête comme lorsqu'elle était petite et qu'elle se sentait protégée des monstres comme cela. Comme si rien ne pouvait l'atteindre sous la couette. Elle était restée là longtemps, les yeux grands ouverts, jusqu'à ce que le soleil perce à travers les draps. On avait tapé à sa porte à un moment mais elle n'avait pas bougé. Sa grand-mère lui avait parlé à travers le battant mais Rosie n'avait pas écouté. Elle avait entendu leur Elfe apparaître dans sa chambre aussi mais elle n'avait pas bougé. Il n'avait rien dit. Elle avait juste entendu qu'il posait un plateau sur sa table de nuit. Oreste était venu aussi. Il avait gratté le battant, comme un chat. Rosaleen s'était redressée lentement, avait repoussé les draps et frotté ses yeux rouges. Elle n'avait pas eu le temps d'ouvrir qu'Oreste était déjà reparti. Il avait glissé un dessin sous sa porte. C'était un ourson. Oreste avait toujours aimé dessiner et il continuait même si sa grand-mère disait qu'il n'avait plus l'âge.

Elle avait déposé le dessin sur sa coiffeuse. Le reflet que lui renvoyait le miroir était horrible. Elle était pâle, avait des traces de larmes sur les joues et des cernes sur les yeux. Elle avait attrapé sa robe de chambre et avait recouvert la glace avec. C'est ce que l'on devait faire en cas de deuil. Elle avait cela machinalement. Mort. Elle était en deuil. Son père était mort. Elle avait répété ces mots toute la journée et c'était comme s'ils n'avaient plus de sens désormais. Sur sa table de nuit, sa grand-mère avait fait déposer une tasse de thé - froid désormais - quelques toasts, froids également, et une tranche de brioche. Rosie s'assit sur le bord de son lit et grignota la brioche du bout des lèvres. Elle n'avait même pas vraiment faim. Elle finit par reposer la brioche sur le plateau avant de s'approcher de sa fenêtre. Le soleil était en train  de se coucher dehors et le parc était illuminé d'une lumière orangée. Est-ce que sa lettre était arrivée avant que son père ne... Est-ce qu'il l'avait lue, au moins ? Est-ce qu'il savait qu'elle allait se marier ? Est-ce que cela l'avait rendu heureux ? Elle sentit ses yeux s'humidifier de nouveau et elle se força à ne pas pleurer. Elle ne pourrait pas rester enfermée dans sa chambre pendant des jours à penser à son père et à ressasser sa tristesse. Elle venait déjà de rater une journée de cours. Est-ce que ses grands-parents avaient prévenu l'école ? Elle n'avait pas la force de descendre leur demander, d'affronter leurs regards, de voir Oreste. Comment est-ce qu'il le prenait, d'ailleurs ? Elle aurait dû aller lui parler plutôt que de s'enfermer dans sa chambre. Il n'avait jamais connu leur père, leurs grands-parents ne voulaient pas qu'il aille à Azkaban, ce n'était pas un endroit pour lui selon eux. Il avait échanhé quelques lettres avec Rasaben mais rien de plus. Et ses sœurs ? Reda avait à peine connu leur père aussi, elle était très jeune quand il avait été enfermé mais Reyna s'en souvenait, elle. Elle l'avait connu. Elle devait leur écrire, une nouvelle fois. Elle venait de terminer sa lettre pour Reda quand leur Elfe se matérialisa au milieu de sa chambre, un nouveau plateau à la main.

- Miss Rosaleen va-t-elle mieux ? s'enquit Mercy en s'inclinant.
- Pas vraiment.
- Maîtresse Daria m'a demandé de vous apporter votre dîner.
- Pose-le sur la table de nuit.

Mercy s'inclina de nouveau avant d'obéir et disparu en emmenant le premier plateau avec lui. Rosaleen n'avait toujours pas faim, aussi prit-elle du parchemin pour écrire une longue lettre à Reyna. Elles n'avaient jamais été proches, à part dans leur petite enfance, et elles étaient même plutôt opposées mais Rosaleen savait que sa sœur devait souffrir de ce qui était arrivé à leur père. Reda et Oreste ne pouvait pas comprendre, leurs grands-parents encore moins. La tristesse qu'elle avait vu sur leurs traits hier soir, ce n'était pas celle due à la mort de leur genre, c'était le fait de voir leurs petits-enfants souffrir. Elbert méprisait Rasaben, il l'avait toujours fait, il estimait qu'il avait failli à protéger sa famille. Quant à Daria, elle ne le portait pas plus dans son cœur et c'était le fait de voir ses petits-enfants orphelins qui l'attristait. Orphelins. Rosaleen était orpheline. Elle n'avait plus de mère, plus de père, même plus de frère. Oreste n'avait que dix ans et il était orphelin. On aurait pu dire qu'ils l'étaient tous depuis longtemps, quand on y pensait bien. Leur mère était morte, leur père emprisonné. Rasaben perdait l'esprit depuis qu'il était en prison, il n'était plus que l'ombre de lui-même depuis des années. Mais il était quand même là, il y avait sa présence physique, Rosaleen pouvait le serrer dans ses bras, elle pouvait lui parler même s'il ne l'entendait sûrement plus. Il était là, elle pouvait parler de lui au présent. Et maintenant, elle ne pouvait plus. C'était terminé. Ses parents étaient partis tous les deux. Rosaleen, Reyna, Reda et Oreste étaient seuls. Plus jamais ils ne pourraient parler de "Père" ou de "Mère". C'était terminé tout cela.

Lorsqu'elle apposa le point final à sa lettre, la nuit était tombée depuis longtemps et Rosie avait dû allumer une nouvelle bougie. Elle se redressa en soupirant devant ses muscles endoloris et cacheta sa lettre avant de la poser à coté de celle pour Reda. Pégase n'était pas revenu de son vol de la nuit dernière, de la lettre qu'elle avait écrite à son père justement. Son cœur se serra à cette pensée et elle se leva pour faire quelques pas. Sa baguette magique était posée sur la table de nuit et elle réchauffa la soupe d'un sortilège avant d'en boire quelques gorgées, pour le geste. Il n'y avait aucun bruit dans la maison, tout le monde devait dormir. Elle n'avait même pas la tête à se reposer. Elle ressentait une grande lassitude mais n'avait pas envie de rester allongée à ne rien faire, ses pensées n'en seraient que plus douloureuses. Elle avait besoin de s'occuper. Les lettres avaient été un bon outil mais elle ne pouvait plus écrire à personne, ses grands-parents avaient dû s'occuper des formalités pour le reste du monde. Comme si la mort de Rasaben importait à quelqu'un, songea-t-elle avec amertume. On l'avait méprisé dès le moment où il était tombé, qui irait le pleurer après sa mort ? Tandis qu'elle reposait son bol, ses yeux se posèrent sur sa bague de fiançailles. Théo. Elle pouvait le dire à Théo. Il avait été gentil avec elle hier soir, elle se rappelait encore du bonheur qu'elle avait ressenti. Elle pouvait le lui dire. Sa lettre à Théo était moins longue que les autres mais elle n'en n'était pas moins sincère. Elle vint rejoindre celle de Reyna et de Reda, qui partiraient dès le retour de Pégase.

Peut-être qu'un bain la détendrait ? Elle prit une robe propre dans son armoire, sa baguette magique et se dirigea à pas feutré vers la salle de bains. En passant dans le couloir, elle entendit nettement un sanglot provenant de la chambre de Reda et Reyna. Elles étaient donc à la maison ? C'était assez logique quand on y pensait, elles avaient dû revenir de Poudlard dans la journée pour être en famille. Et pour l'enterrement. Rosaleen chassa cette pensée loin de son esprit et s'approcha du battement. C'était Reyna qui pleurait. Elle aurait dû sortir de sa chambre dans la journée, elle aurait dû être là pour sa petite sœur. Elle avait toujours tout fait pour être une bonne sœur pour Reda et Oreste mais elle n'avait jamais été là pour Reyna, jamais. Elle avait failli dans tous les moments difficiles. Et elle venait de le faire encore une fois. Lentement, elle poussa la porte. La chambre était plongée dans l'obscurité et Reda semblait dormir profondément. Reyna, elle, se releva brusquement dans son lit en voyant le battant s'ouvrir et Rosie la vit clairement essuyer ses joues d'un geste rageur. Même dans le noir, elle voyait son regard hostile.

- Reyna, je suis...
- Va-t-en.

Rosaleen essaya de dire quelque chose d'autre mais le regard de Reyna l'en dissuada. Alors elle se contenta de refermer la porte derrière elle, le cœur étreint d'une sensation de culpabilité. Elle avait mérité ce traitement de la part de Reyna, elle le savait, elle avait fait des erreurs. Mais cela ne rendait pas les choses plus faciles. Elles étaient sûrement les deux personnes au monde qui souffraient le plus de cette perte, ne devrait-elle pas se soutenir plutôt que de subir leur chagrin seules ? Mais encore une fois, c'était elle qui avait commencé, qui était restée enfermée dans sa chambre à pleurer au lieu de descendre, ne serait-ce que pour être avec Oreste. Reyna avait raison de ne pas vouloir lui parler. Qu'aurait pensé leur père de la relation de ses deux filles ? Lorsque Rose allait le voir, elle ne lui racontait que les bonnes choses de leurs vies, jamais leurs ennuis ou ce qui leur posait problème, elle ne voulait pas alourdir son quotidien. Il n'était pas au courant de leurs relations conflictuelles et il ne le sera jamais. Et c'était tant mieux. Elle préférait qu'il ait une vision idéale de leur famille plutôt que la réalité qui n'était pas forcément glorieuse. Rosie alluma les chandelles de la salle de bains d'un coup de baguette magique, insonorisa la pièce et fit couler de l'eau brûlante dans la baignoire. Elle finit par se déshabiller et se glissa dans l'eau, faisant peu attention à la sensation désagréable de brûlure sur sa peau. Dans l'eau, c'était presque comme si elle ne pleurait pas, ses larmes se mélangeant dans l'eau. Elle resta là longtemps, plongeant sa tête sous l'eau de temps à autres comme si cela pouvait noyer ses pensées et ses souvenirs, bien trop présents dans son esprit, et ne ressortit que lorsque l'eau fut glacée et les bouts de ses doigts tout fripés.

L'avantage du bain, c'est qu'il lui avait permis de faire le tri dans ses pensées et d'apaiser un peu sa tristesse. Elle se sentait mieux. Lasse, triste mais mieux. Elle enfila une robe propre et démêla soigneusement ses cheveux avant d'en faire un chignon. Elle ne se trouvait pas belle, dans la glace. Elle s'était toujours trouvée jolie pourtant, c'était quelque chose qu'on lui avait répété toute sa vie. Mais là son teint était pâle, ses yeux cernés et elle avait l'air abattu. Ce n'était pas qu'un air, d'ailleurs. L'enterrement aurait lieu à Azkaban, c'était dit dans la lettre. Tous les détenus étaient enterrés au cimetière de la prison. Elle ne voulait pas rendre hommage à son père à Azkaban, c'était Azkaban qui l'avait détruit. Elle aurait voulu qu'il soit enterré auprès de son épouse et de son fils, mais ce n'était pas la peine d'en faire la demande, elle le savait très bien. Les familles de Mangemorts n'avaient pas ce privilège. Elle voulait un endroit pour se recueillir, un endroit où emmener Oreste, un endroit où réunir leur famille. Et elle connaissait cet endroit. Elle le connaissait depuis des années. Rosaleen se dirigea vers sa chambre en faisant attention à ne pas faire de bruit et prit dans son armoire une épaisse cape d'hiver, la nuit devait être fraiche. Elle glissa sa baguette magique dans sa poche intérieure et rabattit la capuche sur sa tête avant de descendre les escaliers. Elle poussa la porte d'entrée et la referma à clé. Elle n'avait pas le droit de sortir la nuit en temps normal mais elle savait très bien que ses grands-parents ne se rendraient compte de rien. Elle remonta l'allée jusqu'au portail avant de transplaner dans la nuit.

Elle n'avait jamais vraiment compris où se trouvait le mausolée des Rosier. Quelque part sur une falaise de la côte anglaise, protégé par des repousse-moldus depuis des centaines d'années. On enterrait tous les membres de leur famille à l'intérieur. Cela faisait quelques mois que Rosaleen n'était pas venu, depuis le mois de mai. Elle distinguait le monument blanc dans la nuit mais c'était uniquement grâce à son Lumos. Il y avait du vent et elle faisait très attention aux endroits où elle mettait les pieds. Elle parvint devant la porte du Mausolée sans accident. Cette dernière ne pouvait s'ouvrir que pour les Rosier et elle poussa la porte précautionneusement. Elle n'oserait jamais descendre les escaliers qui menaient à la crypte et aux différents cercueils et se contenta de métamorphoser un petit caillou qu'elle avait trouvé dehors en une énorme gerbe de fleurs colorées. Ce n'était pas très mortuaire, comme composition. Mais c'était joli et c'était l'essentiel. Son père était un Lestrange, il n'aurait jamais pu être enterré ici, dans le mausolée des Rosier. Mais il méritait de reposer auprès de sa femme et de son fils, ne serait-ce que symboliquement. Ses grands-parents avaient fait enterrer leur fils et leur petit-fils ici, après la guerre. Elle déposa la gerbe au sol et en convoqua deux autres pour sa mère et son frère. Elle n'aimait jamais s'attarder ici. C'était ses ancêtres qui reposaient là, elle le savait, mais elle n'aimait pas cet endroit. Elle jeta un dernier coup d’œil à l'endroit avant de refermer les portes derrière elle et de ressortir dans la nuit. Elle était venu ici dans l'optique de rendre hommage à son père, de créer un endroit où ils pourraient tous se recueillir mais n'avait pas l'impression d'avoir accompli sa tâche.

Elle leva les yeux vers les étoiles, retenant son capuchon qui menaçait de tomber avec le vent. Comment pouvait-on rendre vraiment hommage à un père disparu, à un père dont le corps serait enterré loin de sa famille ? Elle cherchait à s'apaiser en déposant des fleurs ici mais est-ce qu'elle le serait jamais un jour ? Elle souffrait encore aujourd'hui de la mort de sa mère et de Regulus, ils lui manquaient en permanence. Et son père lui manquait aussi. Elle aurait dû aller le voir plus, cela faisait trois semaines qu'elle n'était pas allée le voir. Et maintenant il était mort. Elle n'avait pas pu lui dire au revoir. Pourquoi est-ce qu'on arrachait les gens à la vie sans qu'elle puisse leur dire au revoir ? Pourquoi est-ce qu'on prenait loin d'eux tous les gens qu'ils pouvaient aimer ? Elle avait cru que tout irait mieux. Elle venait de se fiancer, elle pourrait assurer un avenir à Oreste. Et voilà que son père disparaissait. Peut-être qu'il était parti parce qu'elle avait tenu sa promesse ? Ses fiançailles lui permettraient d'assurer un avenir à Oreste, comme elle l'avait promis. Et son père était mort quelques heures après. Peut-être qu'il avait lu sa lettre ? Elle aurait tellement voulu lui parler ! Elle aurait voulu qu'il lui parle ! Elle n'avait plus entendu la voix de son père depuis des années, il avait perdu l'esprit il y a longtemps. Mais il l'écoutait, elle savait qu'il l'écoutait. Et là, elle aurait tellement voulu qu'il soit là, qu'il la regarde. Mais elle était là, une pauvre fille perdue dans le noir dans une immense plaine. Son père ne la regardait plus. Et il ne l'entendait plus.

Oh, God,
Our heavenly Father


Quand sa mère était décédée, sa grand-mère lui avait promis que si elle allumait une bougie, sa mère la verrait et se tournerait vers elle. C'était une croyance d'enfant, le genre qu'on racontait pour rassurer une enfant de onze ans qui faisait des cauchemars la nuit. Elle avait fait ce rituel pendant des années, le soir, avant de l'abandonner à l'adolescence quand elle avait affirmé que cela ne servait à rien car sa mère ne reviendrait plus jamais, ne l'écouterait plus jamais.

Oh, God,
And my father
Who is also in heaven


Rosaleen s'agenouilla sur les marches du mausolée et saisit un vulgaire caillou qu'elle tapota de sa baguette pour le métamorphoser. Elle déposa l'épaisse bougie obtenue sur la première marche et l'alluma d'un sortilège. La flamme était vacillante dans le vent et elle dû s'y reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir conserver du feu quelques secondes. Elle finit par métamorphoser un autre caillou en cloche de verre qu'elle déposa au dessus de la bougie pour préserver la flamme.

May the light of this
Flickering candle
Illuminate the night


La vision de la bougie était étrangement réconfortante et la renvoyait à ses rituels d'enfant, lorsqu'elle s'adressait à sa mère par ce biais, persuadée que cette dernière allait l'entendre parce qu'elle avait allumé une simple bougie dans la nuit, une simple lueur dans l'obscurité. La flamme constituait le seul point lumineux de la lande et Rosaleen ne pouvait en détacher ses yeux.

The way your spirit
Illuminates my soul
.

Elle ne savait même pas à qui elle s'adressait ce soir. A sa mère ou à son père ? Avoir l'impression que sa mère l'écoutait l'avait aidée pendant des années. Elle racontait ses journées et avait l'impression d'entendre la voix de sa mère dans son esprit, comme si elle était toujours un peu là, comme si elle allait la guider. Elle s'était reposée sur sa mère pendant des années et c'était aussi cela qui l'avait apaisée, comme si sa mère était partie plus doucement, l'avait accompagnée encore un peu jusqu'au moment où elle avait pu se débrouiller seule.

Papa, can you hear me ?
Papa, can you see me ?


Est-ce que son père avait vraiment rejoint sa mère, comme on le disait dans les récits d'enfants ? Est-ce qu'il était avec son épouse et Regulus désormais ? Est-ce qu'il l'entendait ? Est-ce qu'il la regardait ? Est-ce qu'il pensait à elle ? Étonnamment, c'était maintenant qu'elle se posait ces questions alors que lorsqu'elle l'avait en face d'elle, elle savait très bien que son père ne la regarderait pas, il se contenterait de fixer la table tout le long de leur entretien, sans réagir à ses propos, sans bouger ni montrer qu'il avait compris. Et c'était maintenant qu'il était mort qu'elle se questionnait le plus.

Papa can you hear me in the night ?
Papa are you near me ?
Papa, can you hear me ?
Papa, can you help me not be frightened ?


Elle ne savait même pas ce qu'elle cherchait, ce qu'elle voulait en était là. Elle avait froid, était malheureuse et avait l'impression qu'elle ne s'en sortirait jamais, qu'elle aurait toujours cette main glacée qui lui étreignait le cœur. Qu'allait-il se passer, désormais ? De quoi serait faire son avenir, celui de ses sœurs, celui d'Oreste ? Peut-être que rien n'allait changer, finalement. Son père était absent depuis longtemps, c'était ses grands-parents qui veillaient sur eux depuis dix ans. Mais le fait que les choses ne changent pas n'était-il pas plus effrayant ? Après tout, son père était mort et c'était comme s'il ne s'était jamais rien passé.

Looking at the skies
I seem to see a million eyes
Which ones are yours ?
 

Est-ce qu'elle n'était pas ridicule, là, dans le noir et dans le vent, agenouillée devant une bougie avec les étoiles comme seules témoins ? Est-ce que son père était vraiment là, quelque part ou est-ce que c'était fini, qu'il n'était plus qu'un corps sans vie, sans réaction et sans pensées ? Et est-ce qu'il la regarderait, s'il le pouvait ? Elle aimait se dire que oui, il le ferait, mais elle n'était pas son seul enfant. Il y avait Reyna, qui sanglotait seule dans sa chambre, il y avait Reda, qui n'était plus le bébé qu'il avait connu et Oreste, dont il connaissait à peine les traits. Et peut-être qu'il était avec Regulus ou avec leur mère. Cela faisait tant d'années, presque dix ans. Il aura mis dix ans à rejoindre une partie de sa fille, laissant l'autre derrière. Ou peut-être que son esprit était parti plus tôt, était parti avant lui.

Where are you now that yesterday
Has come and gone
And closed its doors ?


Elle devrait leur parler demain matin. Parler à Oreste, Reda et Reyna. Si Reyna acceptait de l'entendre. Rose ne pouvait pas lui en tenir rigueur, elle avait cherché ce qui se passait. Elle n'avait même pas été auprès de Reyna lors de la mort de leur mère, trop plongée dans son chagrin personnel et trop auprès d'Oreste, parce qu'elle avait fait une promesse. Et puis elle était partie pour Poudlard et cela avait été le début de la fin de leur relation. Elle ne pouvait plus rien y changer maintenant, cela ne servait à rien de regretter, le passé était le passé. Les hypothèses n'y changeraient rien. Et malgré tout cela, Rosaleen ne pouvait s'empêcher de se demander si cela aurait changé quelque chose qu'elle voit son père la veille, si elle lui avait écrit plus souvent. Et si seulement elle avait pu lui dire au revoir.

The night is so much darker
The wind is so much colder
The world I see is so much bigger
Now that I'm alone.


Son père était peut-être absent depuis des années, enfermé dans sa cellule d'Azkaban, son esprit ayant disparu mais au moins, il était là. Elle pouvait le voir, le toucher, se leurrer, faire comme si tout était normal, comme si cela n'avait rien changé. Mais c'était terminé maintenant, il était parti et elle n'avait plus de parents. Rosaleen se sentait abandonnée, sans plus personne pour veiller sur elle. Ses grands-parents avaient assuré ce rôle mais ses parents lui manquaient plus que tout au monde. Elle n'était plus une enfant, comme elle l'avait dit à ses grands-parents. Elle n'était plus une enfant tout simplement parce qu'elle n'avait plus de parents.

Papa, please forgive me.
Try to understand me
Papa, don’t you know I had no choice ?


Est-ce que son père lui en voulait, de ne pas être venue souvent ? Visiter Azkaban n'était pas une chose facile, il y avait des procédure à faire. Et elle avait ses cours, son travail au Circée, elle avait manqué de temps. Est-ce qu'il lui en voulait ? Est-ce qu'il était rancunier ? Est-ce ce que c'est pour cela qu'il ne lui parlait plus ? Elle n'avait pas eu le choix, c'est ce qu'elle ser répétait sans cesse pour se déculpabiliser. Est-ce qu'il comprenait ? Est-ce qu'il comprenait qu'elle n'avait pas le temps ? Ou pensait-il qu'elle aurait dû faire des efforts ? Est-ce qu'elle avait échoué dans sa tâche d'être la fille qu'il désirait ?

Can you hear me praying,
Anything I'm saying
Even though the night is filled with voices
?

Est-ce qu'elle était la seule à parler à son père ce soir ? Est-ce que Reyna en faisait de même ? Est-ce qu'elle aussi cherchait à se faire pardonner ? A essayer de rattraper les moments qu'elles n'auraient jamais avec lui ? Et Reda ? Et Oreste ? Étaient-ils plusieurs à essayer d'attirer l'attention de Rasaben Lestrange ce soir ? Et était-elle la seule fille du monde ce soir à pleurer son père ? Sûrement pas. Est-ce que cela rendait les choses moins douloureuses ? Bien sûr que non.

I remember everything you taught me
Every book I've ever read...
Can all the words in all the books
Help me to face what lies ahead ?


Peut-être qu'elle devrait s'estimer heureuse. Elle avait eu onze ans avec son père, c'était des choses que Reyna, Reda ou Oreste n'auront jamais. Il avait été présent durant son enfance, il l'avait bordée, l'avait conseillée, l'avait aimée. Il lui racontait des histoires parfois le soir ou lui racontait sa journée avec sa voix grave et rauque, il l'avait gâtée à ses anniversaires, avait fait des magasins entiers pour trouver la poupée qu'elle désirait. Il l'avait chérie, protégée, avait voulu le mieux pour elle. Elle se rappelait du soir où il était venu la consoler après le départ de Bellatrix et qu'il l'avait serrée dans ses bras jusqu'à ce qu'elle s'endorme, de toutes les fois où il faisait des étincelles avec sa baguette, du bijou qu'il lui avait offert pour ses onze ans, son premier bijou de grande. Il avait accompagné ses premières lectures, elle avait le droit de s'assoir à ses pieds dans la bibliothèque pendant qu'il travaillait ou de monter sur ses journées quand il était assis dans le canapé. Il l'appelait "ma princesse" et il l'avait élevée pendant onze ans, sans jamais faillir. Qu'est-ce qu'elle serait devenue sans lui ? Et qu'est-ce qu'elle allait devenir maintenant ?

The trees are so much taller
And I feel so much smaller;
The moon is twice as lonely
And the stars are half as bright...


Elle n'était peut-être plus une petite-fille depuis longtemps mais elle avait impression qu'elle n'avait pas non plus la force qu'une adulte était censée avoir. Elle n'avait plus son père te cela faisait comme un trou béant dans son cœur, comme si l'un des piliers de sa vie s'était effondré et elle avait l'impression qu'elle ne pourrait jamais le reconstruire, qu'elle resterait là, orpheline, petite gamine perdue au milieu des autres, au milieu du monde. Parce que malgré tout ce qui avait pu se passer dans sa vie au fil du temps, malgré tout, malgré tout ce qui avait pu arriver, il lui restait son père et elle avait cette sensation qu'il la protégerait toujours, sans jamais faillir à ce devoir-là non plus. Et c'était une sensation qu'elle n'avait qu'avec lui. Et qu'elle n'aurait plus jamais.

Papa, how I love you...
Papa, how I need you.
Papa, how I miss you kissing me
Good night...

La lettre était revenue le lendemain. Il ne l'avait pas ouverte.


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La petite fille aux allumettes

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