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 Qu'il parle maintenant ou se taise à jamais [Rosaleen & Théo]

Théo NottAncien personnageavatar
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11 octobre 2007

Immobile devant le Manoir des Rosier, Théo faisait le pied de grue devant la porte d'entrée depuis dix bonnes minutes, incapable de se décider à frapper. Il n'aurait pas du laisser passer une nuit entre sa discussion avec sa mère et son annonce à Rosaleen. On disait souvent que la nuit porte conseil, mais dans son cas elle lui avait surtout apporté un nouveau lot de doutes et d'hésitations. Sa décision de la veille lui paraissait désormais précipitée et irréfléchie, à la lumière du jour, et en y regardant bien, sa mère n'avait pas tout à fait tort. Rien de bon n'allait sortir de cette affaire, rien du tout, à part peut-être que le noeud que formaient ses entrailles depuis plusieurs semaines allait enfin se dénouer. Peut-être que sa vie allait enfin s'alléger et reprendre un sens plus raisonné, même si cela signifiait qu'il allait devoir affronter les rumeurs et, à terme, un véritable coming-out, il ne se sentirait plus rongé par la culpabilité à longueur de temps. Et c'était très, très loin d'être négligeable... L'impression de faire enfin le bon choix, en dépit de toutes les opinions contraires, était suffisamment tentante pour qu'il finisse par lever la main et par frapper trois coups assurés sur le montant de la porte.

L'elfe de maison de la famille vint lui ouvrir avec affabilité, visiblement heureux de reconnaître celui qui était censé épouser sa maîtresse sous peu. Théo le salua rapidement avant de demander si Rosaleen était disponible, ce à quoi la petite créature répondit positivement. Théo attendit nerveusement dans le hall en priant intérieurement pour que les grands-parents soient occupés ailleurs et ne débarquent pas avec leurs préparatifs de mariage. Il ne parviendrait pas à faire cela devant eux... Théo entendit alors des bruits de pas venir de l'étage, et il reconnut avec soulagement la jeune femme qui descendait les escaliers à sa rencontre. Théo fit un pas en sa direction et déposa un léger baiser sur sa joue, avant de plonger son regard dans le sien. Son estomac était noué, sa gorge était serrée et il avait l'impression d'avoir subi un lavage de cerveau. Comment était-il censé dire ça ? C'était le moment, le moment où après y avoir pensé pendant plusieurs mois il prenait ses responsabilités et agissait enfin. Sauf que c'était beaucoup plus facile de tout envoyer balader lorsqu'il y rêvait, seul dans sa petite chambre perdue au fond du Pays de Galles, que lorsqu'il se trouvait face à sa fiancée, qu'il s'apprêtait à décevoir une fois de plus. Rosaleen ne le prendrait pas bien, il le savait pertinemment, mais Théo pensait aussi qu'il était capable de l'encaisser. Après la perte de Sam, après la discussion avec sa mère, il était sur une bonne lancée...

"Bonjour, Rose, finit-il par lancer avec un sourire nerveux. Comment vas-tu ? Pardonne-moi de passer ainsi à l'improviste. J'espérais pouvoir te parler."

Il s'efforça de soutenir son regard clair et de garder les bras le long du corps, de rester digne et immobile face à Rosaleen, mais son instinct lui criait de courir loin, très loin de la famille Rosier-Lestrange. Et si ses grands-parents débarquaient ? On s'apprêtait à quitter leur petite-fille pour un homme une seconde fois... Théo préférait ne pas être là pour savoir comment ils réagiraient.


Rosaleen MarchebankPremière dameavatar
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Rosaleen était installée dans la bibliothèque en train de travailler sur son essai sur l'esprit humain lors de la métamorphose animale et elle en était à envisager d'arrêter ses études pour devenir serveuse à plein temps. En trois jours, elle avait dû passer une dizaine d'heures sur cet essai et n'avait toujours pas décidé de son plan, un plan qui répondrait à peu près à une problématique plus que bancale. Elle était désormais en troisième année à l'Académie et les choses devenaient vraiment plus que compliquées et le niveau était presque impossible à suivre. Elle avait énormément de travail, qu'elle devait concilier à son emploi au Circée ainsi qu'aux préparatifs du mariage que sa grand-mère faisait peser sur ses épaules, étant impatiente de célébrer l'union. Rose peinait à s'en sortir et faisait de son mieux pour conserver une humeur égale pour ne pas s'emporter contre son entourage ou au contraire pour ne pas éclater en sanglots en permanence, étant donné qu'elle était sans cesse à fleur de peau. Elle était donc installée dans la petite bibliothèque du manoir de ses grands-parents depuis une heure à s'échiner sur son parchemin, de nombreuses tâches d'encres parsemant sa peau claire tant elle avait raturé et griffonné son maigre brouillon. Peut-être devrait-t-elle faire une pause avant de devenir folle ? Se servir un thé et quelques scones, lire un peu pour s'apaiser, s'installer dans le salon, devant la cheminée. Il faisait gris et humide dehors, c'était un temps à se pelotonner devant la cheminée, luxe qu'elle se serait accordé si elle n'avait pas tant de travail.
Elle en était là de ses réflexion quand un craquement sonore résonna dans la petite pièce, lui faisant lever les yeux de son parchemin. Mercy s'inclina profondément devant elle avant d'annoncer que Monsieur Théo Nott se trouvait en bas et demandait si elle disponible. Le cœur de Rosaleen manqua un battement à ces mots et elle papillonna des paupières, un mauvais pressentiment s'emparant d'elle. Elle n'était pas idiote, elle savait très bien que Théo ne venait pas ici pour lui parler de la couleur des ronds de serviette de la cérémonie de leur mariage. Elle savait que les mots qu'elle avait prononcé lorsqu'il lui avait avoué qu'il aimait les hommes n'étaient que de faibles liens, que ces mots-là ne pourraient pas le retenir longtemps. Rosaleen comptait sur le temps pour solidifier ces liens, elle comptait sur le temps pour qu'il pèse sur la relation que son fiancé pouvait entretenir avec Samaël Smith, Rosie ne demandait que du temps et elle savait que les choses s'arrangeraient, que tout pourrait avoir lieu normalement. Mais elle savait que si Théo était ici aujourd'hui, c'était bien parce qu'elle n'en n'avait plus de temps. Et avant même qu'elle ne soit face à lui et qu'il prononce les mots qu'elle redoutait, Rosaleen savait très bien ce qu'il allait lui annoncer. Ce n'était pas comme si Théo avait déjà montré un quelconque enthousiasme à l'idée de leur mariage ou même de leurs fiançailles. Rosaleen ne faisait que reculer l'échéance depuis le début, elle savait qu'elle ne pouvait rien changer en Théo, elle attendait que le temps le fasse. C'est pour cela qu'elle avait tout fait pour maintenir leurs fiançailles, pour laisser le temps passer. Et visiblement, elle avait échoué.

- Miss Rosaleen ? Dois-je dire à Monsieur Théo que vous vous êtes absentée ?

Rose posa les yeux sur l'Elfe de Maison qui la scrutait avec inquiétude. Elle ne pouvait pas fuir Théo, pas fuir cette conversation, cela ne servirait à rien. Peut-être même qu'elle se trompait ? Qu'il n'était venu là que pour l'entretenir de ses doutes et qu'elle n'aurait qu'à le rassurer ? Peut-être même qu'il venait pour tout autre chose et que son esprit s'était emballé pour rien ?

- Non, je vais descendre.

Mercy s'inclina avant de disparaître, laissant Rosaleen seule dans la bibliothèque. D'une main légèrement tremblante elle saisit sa baguette magique pour faire disparaître les traces d'encre qui ornait sa peau, referma son flacon d'encre et essuya sa plume avant de dénouer ses cheveux blonds qu'elle avait remonté en chignon pour ne pas être importunée par eux tandis qu'elle travaillait. Elle lissa le devant de sa robe dans un geste nerveux avant de pousser la porte de la bibliothèque et de remonter le petit couloir jusqu'à l'escalier qui menait au hall. Elle inspira profondément avant de descendre et se força à adresser un sourire à Théo quand elle croisa son regard en allant à sa rencontre, même si son cœur battait bien trop vite, signe de sa nervosité. Elle cacha ses mains tremblantes dans les plis de sa robe tandis qu'il déposait un baiser sur sa joue et se força à maintenir la tête haute. Elle ne voulait pas entendre ce qu'il avait dire, elle ne voulait pas entendre qu'il ne voulait pas l'épouser, qu'il ne voulait plus, qu'il ne l'avait jamais voulu, elle ne voulait pas voir ses plans d'avenirs s'écrouler de nouveau, elle ne voulait pas être seule encore une fois. Elle avait fondé tellement d'espoirs sur ce mariage avant que Théo ne lui avoue tout, elle en avait vraiment été heureuse, elle avait eu envie de cette union. Et c'était fini encore une fois, elle le savait, elle le lisait dans le regard de Théo, dans la nervosité qu'elle distinguait sur ses traits. Elle allait encore se retrouver seule et humiliée, comme avec Arthur. Et cela lui donnait envie de pleurer ou de gifler Théo de colère. Mais elle ne voulait pas être cette fille-là, elle voulait conserver un peu de dignité, comme si tout cela ne l'atteignait pas, comme si ce n'était rien, comme si c'était elle qui abandonnait Théo. Elle ne voulait pas être encore la pauvre fille qu'on abandonnait, pas encore une fois.

- Mes grands-parents sont absents, nous pouvons parler dans le salon.
Elle n'avait pas répondu à sa salutation ou à sa question. Pourquoi continuer à faire semblant ? Autant être honnête dès le début, les choses n'en serait que plus facile. Elle avait retenu une remarque telle que "fais vite, j'ai du travail" dans l'unique respect de ses bonnes manières. Elle savait ce qui allait se passer, ce que Théo allait lui dire et elle était aussi angoissée qu'en colère, même si elle s'efforçait de le dissimuler pour conserver une certaine dignité. Elle ne pleurerait pas, elle ne crierait pas, elle ferait comme si ce n'était rien, comme si cela ne l'atteignait pas, presque comme si elle était heureuse d'être débarrassée de ce poids. C'était un mensonge, évidemment. Mais Théo ne s'en formaliserait pas, n'est-ce pas ? N'était-il pas un menteur, lui aussi ? Il pouvait bien lui laisser cela, après lui avoir pris tout le reste. Elle s'installa dans un fauteuil, refusant de s'assoir sur le canapé avec lui et se força à le regarder dans les yeux et à ne pas laisser son regard s'égarer sur le feu qui crépitait dans la cheminée.

- Que...

Pourquoi lui demandait ce qu'il voulait, alors qu'elle le savait très bien ? Elle pouvait bien se bercer d'illusions, c'était inutile. Ce n'était pas la peine de faire comme si elle était idiote et ne connaissait pas la raison de la venue de son fiancé. Bientôt ancien fiancé.

- Parle donc, Théo.


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Théo guetta en vain un sourire sur le visage de Rosaleen, mais il n'y trouva que de la froideur. Comme si la jeune fille savait déjà ce qu'il s'apprêtait à dire... C'était probablement le cas, Rosaleen n'était pas stupide. Ce n'était pas parce que c'était une jeune blondinette issue de Poufsouffle, douce et gentille, d'apparence docile qu'il fallait en conclure qu'elle était stupide ou facile à manipuler, non. Certes, Rosaleen était influençable par certains aspects mais Théo savait qu'elle était intelligente et qu'elle était potentiellement redoutable. Son anxiété augmenta d'un cran à cette pensée et il la suivit en silence dans le salon, légèrement réconforté par l'absence des Rosier. Théo s'assit sur le canapé, notant la distance que sa fiancée instaurait entre eux, et il comprit que son intuition était la bonne. Elle savait parfaitement ce qu'il avait à lui dire, et la façon dont elle l'interrogea lui confirma cela. Bien, voilà qui rendrait peut-être la conversation plus facile...

Théo hésita un instant, se racla la gorge, promena son regard sur le salon. Il tenta de formuler ce qu'il allait dire dans son esprit, mais les mots refusaient de s'assembler pour former une phrase cohérente. Ce n'était pas faute d'y avoir réfléchi, pourtant, mais ce n'était pas quelque chose de facile à annoncer. Rompre avec sa petite amie avait déjà été particulièrement difficile, mais rompre des fiançailles ? Cela ne se faisait pas, qui plus est. Un homme qui demande une femme en mariage n'était pas censé se raviser au bout de quelques semaines, c'était inconvenant. Hélas, la demande elle-même était une mascarade alors la rupture allait de soit. Bien, songea Théo en prenant une profonde inspiration, nul besoin de tergiverser puisqu'ils savaient tous les deux ce qui allait se dire. Il était temps de mettre fin à des fiançailles qui n'auraient jamais vu le jour.

"Rosaleen", commença-t-il d'un ton mesuré, "je suis désolé, mais je ne vais pas pouvoir continuer plus longtemps. Je suis venu pour rompre nos fiançailles, pour de bon cette fois."

Voilà, c'était dit. Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine, ses paumes étaient moites, mais il sentit un certain poids s'ôter de ses épaules.

"Je sais qu'on avait dit qu'on attendrait, le temps de préparer le terrain pour nos familles, mais... Je n'en pouvais plus, Rosie. Sam a rompu avec moi, et depuis je me sens si mal que je ne me sens pas capable de maintenir les apparences plus longtemps. Sourire, prétendre que tout va bien, que je vais t'épouser et que je n'ai pas le coeur brisé, c'est au-delà de mes forces."

Théo réalisa alors que ses propos n'étaient pas forcément flatteurs pour la jeune fille, et il se hâte de préciser :

"Ne le prend pas mal, tu sais que j'éprouve beaucoup d'affection pour toi, et une véritable amitié. Cela n'a rien à voir avec toi, au fond, c'est juste... à propos de lui, toute ma vie tourne autour de lui à présent, c'est pitoyable mais c'est ainsi. Je suis désolé de te laisser seule à nouveau mais je sais que tu rencontreras quelqu'un avec qui tu pourras bâtir une vraie relation, une vraie famille. Je n'aurais jamais pu t'offrir ça. Et je suis prêt à l'assumer, à dire ce que tu voudras, je prendrai mes responsabilités. La vérité sera bientôt révélée, de toute façon. Ma...ma mère sait déjà."

Théo planta son regard dans celui de la jeune femme, attendant sa réponse avec une appréhension non dissimulée.


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Il y avait une tâche de vin sur le tapis. Sans qu'elle ne sache pourquoi, les pensées de Rosaleen s'étaient focalisées sur cette petite tâche, discrète importune sur leur riche tapis bordeaux. Comme il était amusant de constater cette faculté de l'esprit à se concentrer sur des petits détails inutiles alors que des choses bien plus grandes se tramaient à coté. Théo était en train de rompre leurs fiançailles. Il était de fiche en l'air son avenir, de fiche en l'air leur avenir et elle se concentrait sur la tâche de vin à ses pieds. C'était bien plus simple, ce genre de considérations. Bien moins douloureux, bien moins effrayant et surtout bien moins humiliant.

Qu'avait-elle pu faire à Merlin pour qu'il lui inflige ça ? Soit, l'échec des fiançailles avec Gregory Yaxley était uniquement de son fait et elle était loin de le regretter : elle était peut-être aux abois, mais pas au point d'épouser un homme qui ne la respectait même pas. Ensuite il y avait eu Arthur et la rupture avait été plus qu'humiliante étant donné que Rosaleen y avait vraiment cru, plus que tout. La demande d'Arthur était sincère, elle en était certaine, il avait vraiment songé à l'épouser un temps, pour contenter leur famille et assurer leur avenir respectif. Il l'avait quittée sur un coup de tête, pressé par son petit-ami, par cet autre, par cet homme et il s'était enfui. Elle s'était retrouvée seule, célibataire, humiliée et sans plan d'avenir. Heureusement, la compassion de la bonne société avait été envers elle, la jeune fiancée lâchement abandonnée par un galant qui était tombé dans le vice des relations avec les hommes. Sa fierté en avait pris un coup mais son honneur était sauf. Et maintenant, voilà que cela recommençait. Et cette fois-ci, Rosaleen était certaine de ne pas recevoir autant de clémence. Des rumeurs allaient courir dans son dos, on allait se moquer d'elle. Au mieux, on dirait qu'elle manquait de goût. Au pire, que la nièce de Bellatrix Lestrange rendait les hommes déviants. N'était-ce pas fantastique ?

On avait forcé la main à Théo, elle le savait et savait également qu'elle avait joué pour l'influencer, pour qu'il maintienne les fiançailles. Elle l'avait manipulé, avait joué sur la corde sensible, s'était arrangé pour les faire durer dans le temps en espérant que cela serait suffisant. Elle récoltait tout simplement ce qu'elle semait, voilà tout. Elle avait joué et avait perdu, c'était aussi simple que cela. Mais malgré tout, c'était tellement frustrant et décevant ! Qu'allait-elle faire, maintenant ? Sans fiancé, sans possibilité de mariage ! Les hommes de son âge et de bon rang ne courraient pas forcément les rues, elle allait finir par faire le tour ! La guerre avait-elle fait autant de ravages pour que tous les bons partis se retrouvent gays ? Était-ce une malédiction de Merlin pour punir les Sang-Pur ? Ils étaient condamnés à l'extinction, faute d'hommes pour aimer les femmes ? C'était ridicule.

Et voilà que Théo était là à hésiter, à se racler la gorge, à tergiverser alors qu'elle avait juste envie de lui crier de dire enfin ce qu'il avait à dire. Pourquoi faire autant de simagrées ? Ce n'est pas comme s'il se souciait de sa sensibilité, sinon, il n'aurait jamais rompu ces fiançailles. Il savait à quel point c'était important pour elle, il devait bien s'en douter. Rosaleen Lestrange, la demoiselle aux trois fiancés ! Comment arrivait-elle à se retrouver dans de telles situations ? C'était risible. Elle allait finir vieille fille dans le manoir en ruines de ses grands-parents en n'ayant plus les moyens de l'entretenir. Si elle ne finissait pas à la rue. Merlin devait la détester. Elle n'avait pourtant rien fait de mal, dans sa vie. Son seul défaut était sûrement d'être la fille de ses parents, la descendante de ses ancêtres, d'être une Lestrange en somme. Elle porta une main à son cou et joua machinalement avec son collier, le dernier cadeau de son père, une émeraude. Lorsque Théo prononça son prénom, elle abandonna la contemplation du tapis pour regarder Théo, vrillant ses yeux clairs dans ceux de celui qui serait bientôt un nouveau nom à sa liste d'anciens fiancés.

Et voilà, c'était dit, c'était fait, c'était terminé. Rosaleen baissa les yeux machinalement et lissa le tissu de sa robe, pour chasser un pli imaginaire. Plus de fiançailles, plus de fiancé, retour à la case départ. Est-ce qu'elle protester, tempêter, s'emporter, supplier ? Cela ne servirait à rien, elle le savait. Elle l'avait compris la première fois que Théo était venu la voir, elle avait essayé. Les Poufsouffle étaient des gens butés et elle pouvait entendre dans le ton de Théo qu'il ne changerait pas d'avis. A quoi bon s'épuiser ? S'essouffler pour une cause perdue d'avance ? Elle avait perdu cette bataille au moment où Théo avait mis un genou à terre, elle avait espéré en vain et ne s'en rendait compte que maintenant. Comment elle se sentait ? Elle ne le savait pas vraiment elle-même. Triste, oui. Tout simplement parce qu'elle aurait bien aimé épouser Théo, c'était quelqu'un de gentil, de respectueux, elle l'appréciait et ils avaient une histoire familiale en commun. Une impression de gâchis aussi, parce qu'elle avait l'impression que cela aurait pu être bon mariage. Puis de la rancœur, de la colère, de l’agacement. Parce qu'on était en train de la laisser tomber encore une fois, comme si elle ne valait pas assez pour personne. Dans quel monde vivait-elle pour se retrouver dans cette situation deux fois de suite ? Elle était persuadée qu'avant les guerres, à l'époque de ses grands-parents, cela ne se serait jamais passé comme cela. Peut-être qu'ils avaient raison de regretter ce temps-là alors et de fustiger la décadence du monde.

Elle ne savait pas quoi dire, quoi répondre à Théo. Elle n'allait même pas tenter de protester, cela ne servirait à rien, elle avait obtenu la prolongation des fiançailles difficilement, elle n'aurait pas plus. Tout ce qu'elle risquait, c'était de rentre cette conversation encore plus douloureuse qu'elle ne l'était déjà. Ainsi, "Sam" avait rompu avec Théo. C'est ce qu'elle avait escompté, c'était pour cela qu'elle avait tenté de prolonger les fiançailles. Mais la conséquence qu'elle n'avait pas vue venir, c'était que Théo rompe avec elle. Il était censé se retrouver célibataire et donc se raccrocher à quelque chose de solide et de concret : des fiançailles qui faisaient plaisir à sa famille et qui lui permettait d'être tranquille. Pas que son chagrin d'amour le pousserait à la laisser tomber comme si elle n'était rien. Elle avait connu un chagrin d'amour et cela l'avait rendue malheureuse, certes. Elle avait fait un choix entre son petit-ami et ses études, par l'intermédiaire de fiançailles avec Arthur Bones. Mais elle s'en était remise, elle avait continué d'avancer et allait très bien. C'était des choses qui arrivaient, il y avait bien plus grave dans la vie qu'une rupture, qu'une peine de cœur. Comment pouvait-on se laisser aller autant pour un chagrin d'amour ?  Sourire, prétendre que tout allait bien et maintenir les apparences, c'était leur lot quotidien ! C'était le lot de tout le monde, surtout dans leur milieu. Qu'est-ce que cela apportait de se complaire dans la douleur ? C'était ça, la vie. Qu'était-il arrivé à Théo pour qu'il faiblisse autant ? Eux, les enfants de Mangemorts, avaient vécu beaucoup de choses difficiles dans leurs vie et Théo se laissait aller pour une rupture ? Rosaleen posa sur lui un regard médusé.

Comme pour essayer de tempérer ses propos, Théo lui assura qu'il l'appréciait beaucoup, qu'ils étaient amis, qu'il avait de l'affection pour elle. Rosaleen voulait bien croire que l'intention était bonne, mais qu'est-ce que cela lui apportait ? "Je t'apprécie beaucoup, Rose, mais je te laisse tomber, t'abandonne aux foudres de tes grands-parents, aux moqueries de l'opinion publique, à un avenir trouble, peut-être à un horrible mari, mais j'ai beaucoup d'affection pour toi, promis." Et elle ne devait pas le prendre mal. Bien sûr que non, Théo faisait ça en toute amitié. Tout ça pour une seule personne. Il condamnait son avenir au sein de leur monde, il couvrait sa famille de honte, son nom d'opprobre, insultait ses ancêtres tout ça pour une seule personne. C'était de l'amour, dirait certains et Rosaleen voulait bien croire que c'était cela, l'amour. Mais c'était surtout de la bêtise. Et à tout ce que Rose pouvait ressentir, la pitié vint s'ajouter à la liste. De la pitié pour ce qui attendait Théo à l'avenir s'il refusait de se ranger et d'épouser une jeune fille de son rang. Et de la pitié pour ce qu'il était devenu. Parce que pour faire cela, Théo Nott devait avoir beaucoup changé et ne plus être lui-même. Pour piétiner sa fierté et le nom de sa famille. Comment pouvait-on faire ça de son plein gré ? Rosaleen n'en n'avait pas la moindre idée. Et elle savait que rien n'y ferait et que Théo agirait de son propre chef sans que ses mots ne puissent y changer quelque chose.

Elle eut un rire amer lorsqu'il lui assura qu'elle rencontrerait quelqu'un avec qui construire une vraie relation et une vraie famille. Elle avait comme une impression de déjà vu. Et pour cause ! Arthur Bones lui avait dit à peu près la même chose avant de s'enfuir avec un homme. Elle était vraiment pathétique, elle devait leur faire pitié, cette pauvre fille qui cherchait désespérément à se marier au point de se fiancer au premier venu. Et ensuite elle venait s'étonner de se retrouver dans de telles situations. Et en bon prince, Théo lui offrait même de décider de la version de l'histoire. Quelle générosité ! Heureusement qu'il n'avait pas eut le culot de lui imposer quelque chose ! Elle avait encore sa fierté, merci pour elle. Et dans cette histoire, elle tenait à la préserver. Fierté et dignité. Hors de question de supplier Théo, d'essayer de le faire changer d'avis. Elle ferait comme si elle s'en fichait. Comme s'il lui suffisait de se pencher pour ramasser des dizaines de prétendants. Et étant donné que la vérité allait bientôt être révélée, comme venait de lui confesser Théo, elle avait intérêt à assurer ses arrières. Elle posa un regard mi-choqué mi-scandalisé sur son tout nouveau ancien fiancé lorsqu'il avoua l'avoir dit à sa mère. On pouvait lui accorder le mérite de l'honnêteté mais comment un fils pouvait-il faire ça à sa mère ? Incrédule, elle le dévisagea sans rien dire.

-Tu... Tu le regretteras. Ils te le feront regretter.

Ce n'était pas une menace, rien dans son ton ou dans sa posture n'exprimait de l'agressivité. C’était même plutôt de l'inquiétude qui transperçait sur ses traits. Et elle ne parlait pas non plus de leurs fiançailles, elle parlait de ce que Théo s'apprêtait à annoncer au monde. Arthur Bones n'avait pas fuit pour le plaisir des paysages américains. Le MIM pouvait parler d'évolution de la société, c'était des bêtises. Les gens n'avaient pas changé et leur monde n'avait pas changé. Et il n'était pas connu pour sa tolérance. Il y avait eu de nombreux Mangemorts dans leurs familles et ces gens-là n'étaient pas forcément des enfants de chœur. Si son grand-père venait à apprendre la véritable raison de cette rupture des fiançailles et qu'il croisait Théo... Rosaleen se leva et fit quelques pas dans la pièce, son esprit tournant à plein régime. Malgré son inquiétude - légitime - l'égard de Théo, elle ne devait pas oublier qu'il venait de la laisser tomber et qu'elle devait assurer ses arrières et son avenir. Théo faisait ses choix seul et elle devait faire les siens également. Ils n'étaient plus fiancés après tout et n'avait envers lui aucune responsabilité. Mais elle savait malgré tout qu'elle ne serait pas celle qui exposerait Théo volontairement aux foudres du monde. Parce qu'avant d'avoir été fiancés, Rose l'avait considéré comme un ami.

- C'est moi qui ait rompu ces fiançailles, déclara-t-elle en se tournant vers Théo. T'épouser ne me convenait plus, j'ai donc mis fin à nos fiançailles.

Elle ne serait pas une nouvelle fois celle qu'on laissait tomber. Ses grands-parents seraient furieux, hors d'eux mais au moins, Théo ne serait pas mis en cause dans l'histoire et il valait mieux pour lui qu'il ne croise pas son grand-père si Rosaleen racontait la vérité. Il venait de la laisser tomber et elle éloignait la fureur de ses grands-parents de lui. Reyna avait peut-être raison, elle était trop gentille.

- C'est la version officielle des faits, si quelqu'un nous demande. Mais nous ne sommes pas obligés de l'annoncer officiellement.

Ayant peur que Théo proteste, après tout, il l'avait dit à sa mère, Rosaleen croisa ses bras sur sa poitrine et vrilla un regard déterminé dans les yeux de Théo avant de parler d'un ton sans appel.

- Dis-le à tes amis si tu veux, à ton Sam si tu veux encore lui parler, mais ce n'est pas la peine de faire une annonce officielle, les choses finiront par se savoir lentement et je préfère ça à une annonce publique, reculons la date de l'échéance. On ne va plus s'afficher ensemble, ça suffira. Je ferai annuler les quelques dispositions prises.

Que dire de plus ? Rosaleen n'avait pas envie d'épiloguer sur le sujet, la conversation était trop humiliante et trop malheureuse. Elle décroisa les bras, manqua de dire quelque chose mais se ravisa. Théo avait pris sa décision. Ils n'avaient plus rien à faire ensemble. Elle doutait même qu'ils puissent être amis désormais tant elle avait l'impression que tout ça était un énorme échec.

- Mes grands-parents ne vont pas tarder à rentrer, tu devrais y aller. Tu n'as pas envie de croiser mon grand-père, je suppose.

C'était un mensonge, ses grands-parents ne rentreraient pas avant quelques heures mais Rosaleen n'avait plus envie que Théo reste là.

- Mercy va te raccompagner. Bonne soirée, Théo.

A ces mots, l'Elfe de Maison apparu dans le salon en s'inclinant, comme s'il avait été à l'écoute de toute la conversation, ce qui était fort possible. Rosaleen ne dit rien, elle savait qu'il garderait le secret. Les bons Elfes étaient fidèles à leurs maîtres et Mercy était une Elfe excellente. Sans un mot supplémentaire, Rosaleen se détourna et quitta le salon pour remonter les escaliers. Néanmoins, sans savoir pourquoi, elle se retourna à mi-chemin de l'étage, alors que Théo apparaissait dans le hall et que Mercy lui ouvrait la porte.

- Oh, une dernière chose !

Rosaleen retira sa bague de fiançailles et la lança dans la direction de Théo.

- Tu n'as qu'à la revendre. J'ai cru comprendre qu'il y avait des promotions sur les Portoloins pour les États-Unis, ça pourrait t'être utile.

C'était mesquin, certes. Mais elle n'avait pas pu s'en empêcher. Rosaleen releva le menton, adressa un faux sourire à Théo et monta les marches sans se retourner. Il l'avait mérité. Ou du moins, elle se raccrochait à cette idée.

FIN DU RP


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Qu'il parle maintenant ou se taise à jamais [Rosaleen & Théo]

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