AccueilAccueil  FAQFAQ  Où trouver...?  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

 Écorchures [Aloysius]

Perséphone HarringtonAncien personnageavatar
Messages : 98

Voir le profil de l'utilisateur
15 Novembre 2007

Perséphone se passa de l'eau sur le visage afin de chasser les traces de larmes de ses joues. Elle releva les yeux vers le miroir afin de vérifier si elle était enfin présentable. Elle avait les traits tirés, les yeux rouges et le teint pâle, ses cheveux n'étaient pas coiffés soigneusement comme elle avait l'habitude de le faire et il était évident qu'elle avait pleuré, elle ne pouvait pas le cacher. Malgré tout ce qui se passait, elle essayait encore de faire bonne figure, de sauver les apparences, de faire comme si tout allait bien. Elle se levait tous les matins, allait en cours, faisait ses devoirs et ses rondes de préfète. Mais elle avait beau essayer, rien ne lui réussissait. Elle ne dormait plus la nuit, passait son temps à se retourner dans ses draps, ses pensées tournées toutes entières vers Justin et ce qu'elle avait pu faire de mal pour qu'il ne tombe pas amoureux d'elle, qu'il en épouse une autre. Elle avait été persuadée pendant des années et des années que ce n'était qu'une question de temps, qu'ils finiraient par être ensemble. Et voilà que toutes ses illusions s'étaient écroulées, que rien n'allait se passer comme elle l'avait prévu. Or Perséphone prévoyait absolument tout dans sa vie, le moindre évènement, chaque seconde et chaque instant. Voir ses plans s'écrouler avait créer un immense vide en elle, voir que Justin ne l'aimait pas avait bouleversé sa vie et elle n'arrivait pas à passer outre. Elle passait son temps à pleurer, comme si elle était emplie d'eau, elle n'arrivait plus à se concentrer en classe, ses notes avait chuté en flèche et elle n'arrivait plus à remonter, comme si elle se noyait.

Elle avait séché son dernier cours de la journée aujourd'hui, le cœur en berne - encore plus que d'habitude - et s'était réfugiée pathétiquement dans les toilettes de Mimi Geignarde pour y être en paix. Elle fuyait la compagnie de ses amis, elle refusait d'affronter leurs regards emplis de questions et de compassion, elle refusait de leur parler, d'admettre que quelque chose n'allait pas même si cela crevait les yeux. Séphy avait toujours été quelqu'un de volontaire, de déterminé, le genre de fille qui ne laissait pas marcher sur les pieds, pleine d'entrain et d'énergie, impliquée dans tout ce qu'elle faisait et faisant beaucoup de choses. Depuis le mois de septembre, elle avait tout abandonné. Elle faisait ses rondes plongée dans le silence et les méandres de ses pensées, n'allait plus dans les clubs où elle était inscrite, avait abandonné officieusement la direction du Club des Supporters de Serdaigle. Perséphone n'était plus que l'ombre d'elle-même, tout Poudlard le savait, tout Poudlard se questionnait et elle refusait tout simplement de l'admettre, prétendant que tout allait bien, que pourrait-il y avoir de mal, voyons ? Elle se voilait la face ouvertement, exposait sa mauvaise foi aux yeux du monde, en avait conscience et ne faisait rien pour y remédier. Parce que cela serait admettre qu'on avait pu détruire tout ce qu'elle était en quelques phrases, elle qui se revendiquait si forte. Cela serait admettre qu'un garçon avait pu la mettre dans cet état quand elle prônait des idées féministes si affirmées. Cela serait admettre qu'elle n'avait pas le courage d'avancer alors qu'elle s'était toujours persuadée que rien ne pourrait jamais se mettre en travers de son chemin, rien qui soit insurmontable. Or cette fois-ci, elle n'arrivait pas à surmonter sa peine. Elle était là, présente et ancrée en elle, allant même jusqu'à marquer ses traits.

Elle adressa un nouveau regard à son reflet, coinça une mèche de cheveux derrière son oreille dans une vaine tentative de ressembler à quelque chose et sortit des toilettes en trainant des pieds, le dos courbé, son regard s'égarant dans les couloirs et oubliant sa bonne éducation et le maintien parfait qu'elle aimait arborer auparavant. Elle n'avait pas envie de retourner dans la Salle Commune, d'affronter ses camarades de classe, le bruit et l'animation, les rires et les couples qui s'exposaient dans la Tour. Elle avait besoin de tranquillité pour ressasser ses pensées encore et encore sans personne pour la tracasser. Elle fuyait la compagnie des gens, s'isolait et se murait dans le silence, ne parlant même plus à Wendy alors qu'elle la considérait comme sa meilleure amie. En temps normal, Perséphone serait à la bibliothèque pour travailler mais elle bâclait ses leçons, n'ayant plus le cœur à travailler, les faisant par simple acquis de conscience et aussi pour s'occuper l'esprit. La salle des arts serait sûrement libre à cette heure-ci sinon elle irait s'installer dans un coin de couloir, préférant rester seule que de devoir affronter la compagnie de quelqu'un, qu'elle le connaisse ou pas. Elle remonta les escaliers en trainant des pieds, ses pensées tournées uniquement vers la dernière lettre de Justin qui était arrivée voilà une semaine. Elle continuait d'y répondre, s'y reprenant à trois fois pour paraître enjouée et aimable, ne laissant rien paraître de son mal-être. Elle écrivait une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à obtenir une lettre parfaite qui ne laissait rien transparaître mais qui manquait cruellement de cœur et de spontanéité, préférant un ton morne et banal à la vraie détresse qui l'habitait. Justin semblait avoir remarqué le changement mais Séphy ne répondait jamais à ses questionnement, détournant le sujet encore et toujours. Il ne saurait rien de ce qu'il lui avait fait, elle s'y refusait.

Car ce qui poussait Perséphone à garder le silence et à toujours maintenir un peu les apparences, désespérément, c'était la fierté qui lui restait, la dignité qu'elle souhaitait conserver tant bien que mal, se camouflant derrière une façade fissurée de bien-être pour l'entretenir. Elle refusait qu'on la prenne ouvertement en pitié, qu'on affirme qu'on comprenait ou qu'elle devait avancer. Elle refusait ces phrases idiotes, ces bons sentiments hypocrites et ces tentatives pour l'aider. Elle se débrouillerait seule, elle s'en savait capable. Elle espétait en être capable. Elle avait juste besoin de temps et de solitude pour se remettre, pour panser ses plaies et pour faire face au monde de nouveau. Elle ne serait pas blessée une deuxième fois, elle ferait tout pour que cela n'arrive plus jamais quitte à agir complètement différemment. Elle avait été une idiote, elle se le rappelait tous les jours et elle était maintenant une pauvre fille pathétique dont la vie ne ressemblait plus à rien et qui n'arrivait plus à rien. Elle se plaisait à imaginer des situations et des vies où tout serait différent et où elle serait forte et assurée mais finissait toujours par se rendre compte qu'elle n'était que la pauvre gamine qui pleurait dans les toilettes de Mimi Geignarde et rien d'autre. Pas Miss Parfaite Préfète, ni la femme que Justin aimerait, ni même Lady Harrington. Elle avait l'impression de n'être plus rien, de ne valoir plus rien. Justin était la seule chose qu'elle avait, sa famille et elle n'avait plus rien d'une famille depuis des années, Wendy était une amie d'école, tout le monde disait que les amis s'éloignaient après les ASPICS. Justin était là depuis des années, il était un pilier dans son monde, la personne sur qui elle se reposait, la personne en qui elle avait le plus confiance, qu'elle aimait plus que tout. Et il ne voulait pas d'elle.

Elle poussa la porte de la salle des arts qui se révéla vide à son plus grand soulagement. Elle la referma soigneusement derrière elle avant de se diriger vers le piano qui trônait dans un coin. Elle ne savait pas ce qu'elle aurait fait sans la salle des arts depuis le début de l'année, elle remerciait Dieu chaque jour pour ce cadeau et pour les instruments qui y étaient installés. Séphy avait appris à jouer lorsqu'elle était jeune, elle n'était pas une grande pianiste mais maitrisait le solfège et quelques morceaux à force de les répéter sagement tous les soirs. Jouer lui permettait d'occuper ses mains et son esprit et elle avait la vague impression de revenir dans son salon. Elle avait toujours aimé Poudlard mais se sentait désormais complètement oppressée entre les murs de l'école, oppressée et enfermée. Penser à la demeure familiale lui permettait de s'échapper un peu, l'espace de quelques instants, et de se persuader que tout était comme avant. Elle s'installa au piano en abandonnant son sac de cours à ses pieds et appuya plusieurs fois sur une touche, répandant un rythme régulier dans la salle de classe. Elle aurait aimé savoir mieux jouer mais devait se contenter de ses maigres talents en la matière. Caroline, elle, était une pianiste fantastique comme aimait le lui répéter Justin. Elle n'était pas à la hauteur. Elle n'était à la hauteur pour rien du tout de toute manière, elle ne le serait jamais aux de Justin. Séphy ferma les yeux très fort avant de renifler avec peu d'élégance et posa ses mains sur le clavier, laissant ses doigts reproduire les mouvement qu'ils connaissaient par cœur.

La mélodie manquait de fluidité, on y distinguait des fausses notes de temps à autre et des hésitations mais Perséphone s'en contentait, elle ne connaissait que cinq morceaux sur le bout des doigts de toute manière. Elle était en train d'entamer le refrain lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir. Sa main s'écrasa violemment sur une touche sans qu'elle le fasse exprès et une note grave se répandit dans la pièce vide. Aloysius se tenait dans l'encadrement de la porte et Perséphone posa sur lui un regard un peu honteux, comme si elle venait de se faire surprendre en pleine bêtise. Aloysius et elle étaient amis, pourtant. Ils étaient dans la même classe depuis des années, tous les deux répartis à Serdaigle et pouvaient se targuer d'avoir de nombreux points communs et de bien s'entendre. Mais Perséphone avait laissé derrière elle tous ses amis depuis qu'elle avait appris le mariage de Justin et ses contacts avec Aloysius avaient dû se limiter à une cordialité distante ces dernières semaines, relation qu'elle entretenait avec toutes les personnes qu'elle connaissait sans les avoir averti au préalable. Est-ce qu'ils lui en voulaient de son brusque éloignement qu'elle n'avait pas justifié et de la distance qu'elle avait instauré avec le monde ? Elle n'en savait rien et n'avait rien cherché à savoir, complètement centrée sur sa propre personne et sur son propre malheur. Elle s'était refermée sur elle-même et n'avait laissé personne entrer dans sa bulle et n'avait pas pris la peine d'en sortir pour s'enquérir de l'état de ses amis. C'était peut-être aussi pour cela, le regard empli de gêne.

- Tu n'es pas en cours ?

Elle avait détourné le regard de son ami pour regarder de nouveau les touches du clavier, effleurant nerveusement du bout des doigts le piano, mal à l'aise et angoissée, sentant le regard d'Aloysius sur sa nuque. Elle lui tournait ostensiblement le dos, non pas parce qu'elle lui en voulait mais parce qu'elle ne se sentait pas de taille à affronter qui que ce soit, fut-ce un ami.

- Tu voulais jouer peut-être ? s'enquit-elle d'une voix qui se voulait posée mais néanmoins animée d'un léger tremblement.

Aloysius était pianiste lui aussi, bien qu'il méritât ce titre bien plus qu'elle tant leurs talents n'étaient pas comparables. Dans un geste de politesse, elle se déplaça sur son siège, laissant la place à son ami de s'assoir, première action amicale depuis des semaines. Elle ne savait même pas pourquoi, elle mourrait d'envie d'être seule et d'être triste tout son soûl sans devoir maintenir une façade devant qui que ce soit. Peut-être qu'elle était trop bien éduquée ou bien avait-elle cessé de réfléchir avant d'agir, abandonnant définitivement derrière elle ce qui avait pu guider ses actions durant seize ans.



Aloysius SelwynAncien personnageavatar
Messages : 41

Voir le profil de l'utilisateur

J'espère que vous continuez tous deux à faire honneur à la famille, et que tout se passe pour le mieux,

Théoxane Selwyn


Aloïs reposa la lettre sur la table sur laquelle il travaillait, résistant à l'envie violente qu'il avait depuis le début de sa lecture de la jeter dans le feu. Sa sœur lui avait amené la lettre, juste après le déjeuner, avant de repartir en chantonnant. C'était toujours Aemilia qui recevait les lettres de leur mère, c'était toujours Aemilia qui les lisaient la première avant de lui amener, un sourire un peu triste aux lèvres. A force, cela ne lui faisait plus rien, et il acceptait les missives avec un regard vide, et attendait toujours quelques heures avant de les lire. Il ne savait pas trop si sa petite sœur comprenait réellement ce qui se tramait entre son frère et sa mère. Il n'était jamais trop sûr, avec Aemilia. Parfois elle semblait complètement décalée, complètement à côté de la plaque, mais parfois elle avait des réflexions d'une telle lucidité que s'en était presque brutal. Il reporta son regard sur la lettre, sur l'écriture simple et penchée de sa mère, avant de la froisser d'un geste vif. N'importe quel enfant normal serait ravi de recevoir une lettre de sa mère, non? N'importe quel enfant normal serait ravi d'avoir des nouvelles de sa famille, de savoir ce qu'il se passait en dehors de l'école…
Tout ce que les lettes de sa mère lui rappelaient, c'était la distance. Son nom complet, qu'elle était la seule, avec ses grands-parents, à utiliser. Le vouvoiement. Les phrases creuses, de banalités. L'absence de termes affectueux. La signature, par son nom de femme marié, et non par le plus intime "mère". Et surtout, le fait que ces lettres étaient toujours destinées à deux personnes. A lui, et à Aemilia.

Il avait mis quelques années à comprendre que si les lettres de sa mère étaient si froides, c'était parce qu'il lui faisait honte. Le réaliser, en troisième année, lui avait fait l'effet d'une gifle. Est-ce qu'il contrôlait, franchement, le fait qu'il était incapable de faire de la magie, qu'il s'affaiblissait, doucement mais sûrement, qu'il ne pouvait pas faire honneur à la famille? Il était né ainsi. Il n'y pouvait rien, et personne ne semblait avoir la moindre idée de quoi faire pour lui rendre le contrôle de ses capacités. Car il en avait, tous les médicomages étaient d'accord sur ce point. Il possédait un potentiel magique, relativement puissant, mais il était incapable de l'utiliser. Et cela, pour sa mère, cela semblait être inimaginable.

Il desserra le poing, inspirant un grand coup. Il ne devait pas s'énerver, ne devait pas se faire submerger par les émotions que lui inspiraient toujours la lecture des lettres de Théoxane. Pourquoi était-il toujours aussi ému, d'ailleurs? Son visage ne restait frais dans sa mémoire uniquement grâce aux visites à Azkaban. Si elles n'avaient pas eu lieu, Aloïs était sûr que le visage de la femme se serait depuis longtemps effacé de sa mémoire. Lorsqu'il était tout petit, c'était sa grand-mère, Bérénice, qui s'était occupé de lui. Sa mère n'en avait qu'après Caecilia, sa petite chérie, son petit génie… Il n'en voulait pas à sa sœur, loin de là. Elle avait besoin de quelqu'un, avec son intelligence supérieure à la moyenne, couplé cependant avec une incapacité à comprendre qu'elle pouvait blesser les gens. Mais sa mère semblait avoir oublié qu'elle avait deux autres enfants. Et cela, Aloïs avait vraiment du mal à lui pardonner. Aemilia était trop petite, elle se rappelait uniquement avoir été élevée par son père et ses grands-parents, avec sa mère au loin.

Il attrapa le papier, le lissant du plat de la main. Il ne le jetterait pas au feu, comme à son habitude, malgré toute l'envie qui l'habitait. Non, il le rangerait parmi ses papiers, avec toutes les autres lettres, sans vraiment savoir pourquoi. Pour un jour les ressortir, et les lancer à la figure de sa mère, en lui rappelant qu'elle n'avait jamais fait quoi que ce soit pour lui et la plus jeune? Il ne savait pas trop.

" Ça va? "
" Je n'ai pas envie d'en parler, Milia. "

Sa sœur s'était assise à côté de lui, ses longs cheveux bruns relevés sur sa nuque dans un chignon décoiffé. Ses yeux noisette le regardaient fixement, semblant chercher quelque chose sur son visage, qui lui indiquerait ce qu'il s'était passé. Mais Aloïs était passé maître, depuis longtemps, dans la capacité à toujours offrir un visage neutre, sans émotions. Elle haussa les épaules, avant de commencer à tapoter sur la table du bout des doigts.

" Tu ne devrais pas la laisser t'atteindre comme ça, tu sais. "

Encore un des exemples de l'immense clairvoyance de la plus jeune des Selwyn. Aemilia était un esprit fantasque, s'arrêtant sur certaines choses, sans qu'on puisse vraiment définir pourquoi. Parfois, elle s'arrêtait sur des détails importants, que d'autres n'auraient pas remarqués, mais souvent elle apportait une importance démesurée à certaines choses qui n'en valaient pas la peine. Les petites poussières qui flottaient dans les rayons de lumière. Le bruit des cigales en été dans le jardin du manoir Selwyn. Le frémissement de l'eau dans un verre.
Mais Aloïs n'était pas prêt à l'écouter. Il y avait peu de choses qui l'atteignaient vraiment, à présent. Au fur et à mesure de ses années à Poudlard, il s'était construit une carapace, une armure qui le protégeait, encore et toujours, de ce que pensaient les autres. Il n'avait pas eu le choix. Fils de Mangemort, enfant malade, il avait trouvé comme parade sa discrétion, sa capacité à se fondre dans le décor, à se faire oublier, encore et toujours.
Il n'y avait que quelques sujets qui l'atteignaient vraiment. Et Aemilia était très douée pour les trouver, pour le mettre en face de ce qui lui faisait vraiment peur.

" J'ai dit que je ne voulais pas en parler, c'est si compliqué que cela? "

Il s'énervait. Il devait s'arrêter, il devait se contrôler. Il ne devait pas laisser ses émotions, son énervement prendre le contrôle, il en était hors de question. Il était plus fort, il ne devait pas, il ne devait pas, il ne devait pas… Il ferma les yeux, le sang battant à ses tempes, et se força à respirer calmement.
La main fraîche de sa sœur vint prendre la sienne, l'aidant à reprendre doucement contact avec la réalité. Il rouvrit doucement les yeux, croisant le regard inquiet de la brunette, et se força à lui adresser un sourire. Il était pathétique, il le savait. Incapable de se contrôler, incapable de garder le minimum de contrôle dont il avait besoin pour rester entier…

" Je… j'ai besoin d'air, je reviens plus tard. "

Et il se leva, attrapant son sac et sortit de la salle commune dans quelque chose qui pouvait ressembler à une fuite. Il parcourut quelques couloirs, courant presque, ne souhaitant qu'une chose: s'éloigner. Parce que sa salle commune, avec tous les gens autours, lui paraissait étouffante, parce qu'il savait qu'il serait incapable de se calmer avec toutes les personnes qui l'entouraient. Il se laissa tomber au sol au détour d'un couloir désert, enfouissant son visage dans ses genoux, se forçant à se concentrer sur sa respiration.
Inspiration. Expiration. Inspiration. Expiration.
Prendre son temps, souffler à fond, se débarrasser de tout l'air que contenait ses poumons. Et ne plus penser à rien. Ne pas penser à sa mère, à Azkaban, qui ne pensait qu'à la honte qu'il apportait à la famille. Ne pas penser à Caecilia qui réussissait toujours tout mieux que tout le monde. Ne pas penser à son père, qui s'éloignait parce qu'il ne le comprenait pas. Ne pas penser à Aemilia, qu'il n'arrivait jamais à comprendre. Ne pas penser à sa maladie, qui l'affaiblissait à petit feu. Ne pas penser qu'il pourrait aussi bien mourir demain.
Inspirer, expirer. Inspirer, expirer.
Ne pas prêter attention à la sonnerie qui retentissait dans les couloirs, annonçant le début de son cours de runes. Ne pas prêter attention aux personnes qui passaient à côté de lui, sans lui adresser un regard. Ne pas penser.

Ce ne fut qu'un temps plus tard, lorsque le silence fut retombé sur les couloirs, qu'Aloïs releva enfin la tête. Il n'irait pas en cours, tant pis. De toute manière, il avait de suffisamment bonnes notes dans sa manière pour que Virtanen ne lui casse pas trop les pieds s'il n'assistait pas à un seul de ses cours. Il passa une main dans ses cheveux bruns, soulagée de voir qu'elle ne tremblait plus.
Il se releva, fit quelque pas, avant de prendre la direction de la salle des arts. Il avait déjà joué dans la matinée, mais il en avait besoin. Il avait besoin de s'asseoir sur le tabouret de velours vert, de poser ses mains sur le clavier d'ivoire, et de jouer. Parce que lorsqu'il jouait, il ne se concentrait que sur les touches, que sur les notes, oubliant ce qui l'entourait. C'était durant une heure de cours, la salle serait vide, normalement. Il n'aurait pas à faire face aux questions, aux interrogations, aux sollicitudes de qui que ce soit…

Il ouvrit la porte sans grande douceur, persuadé qu'il serait seul, avant de s'immobiliser en entendant la longue note grave qui venait de résonner dans la pièce. Perséphone. Elle lui jeta un bref regard avant de se retourner vers le clavier, mais il eut le temps de remarquer son regard défait, sa coiffure négligée… Jamais la préfète ne s'était laissé aller comme cela auparavant. Ils étaient amis, tous les deux, rapprochés par leurs matières communes, leurs points communs, leurs idées proches, mais depuis le début de l'année, Séphy semblait s'être éloignée. Au début, il avait mis ça sur le compte de son absence prolongée l'année précédente, qui l'avait naturellement éloigné de tous ses camarades de classe, mais… ce n'était pas cela. Elle s'éloignait de tout le monde, semblait désespéré, mais semblait également refuser de se l'admettre à elle-même. Et il fallait l'avouer, il n'avait pas tellement cherché à en savoir plus, et il sentait un peu coupable. Il était censé être ami avec Perséphone, quoi que cela veuille dire.
Et il la connaissait. Il se rappelait de sa sœur lui demandant pourquoi il était ami avec Miss Préfète Parfaite, et il devait avouer que le qualificatif allait bien à la jeune fille. Toujours tirée aux quatre épingles, toujours parfaitement mise, toujours en train d'atteindre la perfection scolaire… Que se passait-il pour qu'elle soit là, la mine défaite, pendant leur cours de runes?

" Je peux te retourner la question, non? répondit-il d'une voix douce. "

Une manière comme une autre de montrer qu'il n'avait pas envie de répondre, et qu'il n'attendait pas non plus qu'elle lui donne ses raisons si elle n'en avait pas envie. Et il ne pensait pas qu'elle le veuille. On ne se comportait pas ainsi lorsqu'on voulait expliquer ce qui n'allait pas, il le savait, c'était la méthode qu'il avait longtemps employé. Tout le monde voyait que quelque chose n'allait pas, mais elle était trop fière pour le partager avec qui que ce soit.
Il fut tenté de faire demi-tour, de lui dire qu'il pouvait la laisser si elle le désirait… mais quelque chose le retint. Perséphone allait mal. Et même s'il ne savait pas pourquoi, il ne pouvait pas la laisser toute seule, comme ça, à ruminer sa tristesse.
Il s'avança donc, laissa tomber son sac sur le sol et s'assit à côté d'elle, sur le tabouret de piano.
Il posa ses mains sur le clavier d'ivoire, sans pour autant jouer quoi que ce soit. Il voulait lui demander comment elle allait, ce qui lui arrivait, mais… il savait pertinemment qu'elle ne lui répondrait pas, si il lui demandait de but en blanc.
Il posa son pouce sur le do, sans pour autant la jouer, et se tourna vers elle:

" Tu veux entendre un morceau en particulier? "

Un des avantages d'avoir beaucoup de temps pour pratiquer était qu'il connaissait énormément de morceaux différents, et qu'il pouvait les jouer à n'importe quelle occasion. Aloïs n'avait pas tellement d'amis, mais il savait que Séphy comptait pour lui. Alors s'il pouvait, pour quelques minutes, la faire penser à autre chose, il le ferait.

Perséphone HarringtonAncien personnageavatar
Messages : 98

Voir le profil de l'utilisateur
Les doigts de Perséphone se crispèrent imperceptiblement lors qu'Aloïs lui affirma, pourtant avec douceur, qu'il pouvait lui retourner la question. C'était sûrement la première fois de sa scolarité qu'elle séchait les Runes alors qu'elle adorait cette matière et qu'elle voulait en faire son métier, entrer au Département des Mystères pour travailler sur l'origine de la magie. Tous ces projets si ambitieux lui semblaient si lointain désormais, si impossibles à atteindre alors qu'elle avait était si sûre d'elle à un moment... Elle garda les yeux rivés sur l'ivoire du clavier et reposa lentement les mains sur ses genoux, refusant toujours d'affronter le regard de son ami et de justifier pourquoi elle séchait sa matière préférée ainsi alors qu'elle avait si lourdement sanctionné les élèves qui agissaient comme elle auparavant. Quelle hypocrisie ! Le Professeur Virtanen devait les détester en ce moment même, avoir deux excellents élèves qui rataient son cours au même moment ne devait pas être quelque chose d'amusant surtout qu'ils n'était pas particulièrement nombreux dans cette option difficile. Mais elle n'avait pas la force d'aller en classe et n'avait pas envie de l'exprimer à voix haute. Aloïs, lui aussi, ne semblait pas vouloir l'entretenir de son excuse pour rater le cours mais Perséphone ne s'en formalisait pas, elle respectait son choix tout comme elle appréciait qu'il respecte le sien.

Aloysius et elle avaient toujours un peu fonctionné comme ça, ils avaient appris à respecter leurs silences mutuels sans s'en offusquer. Dès le début de sa scolarité, Séphy avait toujours refusé de parler de sa famille et du conflit qui l'animait, des tensions entre elle et ses parents, c'était son secret. Aloïs était aussi secret à ce propos même si Perséphone savait des choses par son nom et par ce que murmurait les autres. Un enfant de Mangemort, soit. Elle était une enfant d'anti-sorciers, chacun son truc. Ils avaient été répartis tous les deux à Serdaigle dans la même année et elle avait respecté son désir de ne pas mentionner sa famille tant qu'il ne voulait pas mentionner la sienne. Ils avaient leurs secrets, semblables et différents à leurs manières et composaient avec, s'entendaient tacitement à ce sujet. Et puis il y avait eu la particularité d'Aloïs avec la magie. Dire qu'elle n'avait pas été intriguée aurait été mentir, elle l'avait été particulièrement. Après tout, elle restait une Serdaigle et la curiosité faisait aussi partie de leurs caractéristiques. Mais encore une fois, elle avait respecté le silence de son ami à ce propos et n'avait pas cherché à en savoir plus, ce contentant du peu qu'il lui avait expliqué au sujet de son potentiel magique qu'il ne pouvait exploiter. Et puis il y avait eu l'absence de l'année dernière, que Perséphone avait cherché à percer. Mais encore une fois, elle avait fini par arrêter rapidement et avait respecté le secret que voulait entretenir Aloïs, sans jamais lui reprocher. Chacun ses zones d'ombres et son jardin secret. Et cette année, elle était heureuse qu'Aloysius ne cherche pas à en savoir à propos de ce qui la tracassait elle.

C'est aussi pour cela qu'elle ne chercha pas à protester ou à s'éloigner lorsqu'il déposa son sac par terre et vint s'assoir à coté d'elle, profitant de la place qu'elle lui avait abandonné sur le tabouret de velours vert un peu élimé qui était posé devant le piano. Wendy aurait cherché à savoir ce qui n'allait pas, par tous les moyens, c'est aussi pour cela que Perséphone la fuyait. Elle avait confiance en Aloïs et savait que sa présence ne lui serait pas nocive, bien au contraire. Elle s'était isolée tellement souvent ces dernières semaines qu'elle avait presque oublié ce que c'était de tout simplement s'assoir avec un ami, tranquillement. Au fil des années, Perséphone s'était souvent dire qu'Aloïs et elle avaient de nombreux points communs, qui se révélaient alors qu'ils grandissaient. Leurs caractères se recoupaient sur plusieurs points, notamment, même si Séphy avait toujours eut - auparavant - cette sociabilité qui faisait si souvent défaut à son ami qui restait dans l'ombre tandis qu'elle n'hésitait pas à s'imposer auprès des autres élèves. Mais ils avaient partagés des heures studieuses ensemble à travailler, étant donné qu'ils avaient les même options. Ils étaient tous les deux d'excellents élèves mais se ressemblaient aussi un peu dans leur éducation issue de la bonne société, dans leur amour de la musique ou dans le fait qu'ils savaient respecter tous les deux le silence. C'était peut-être ça qui avait pu les rapprocher aussi, plus que les mots. Le silence et le respect de ce dernier et de leurs secrets respectifs. Certaines amitiés se nouaient dans le partage d'un secret. On pouvait dire que celle de Perséphone et d'Aloysius s'était nouée dans la protection de secrets, justement. C'était un peu ironique, quand on y pensait bien. Elle l'observa s'assoir à coté d'elle, sans un mot, et poser ses mains sur le clavier comme elle l'avait pu le faire quelques instants auparavant.

- Oceano, de Cacciapaglia, s'il te plaît.

Elle avait prononcé ces mots d'une voix basse, sans même savoir pourquoi. Pour ne pas rompre le silence de la pièce peut-être, qui était étrangement apaisant. L'absence d'Aloïs l'année dernière lui avait fait un peu oublier à quel point elle appréciait son ami, même s'ils n'étaient pas particulièrement bavards tous les deux. Ce n'était pas vraiment grave, ils n'avaient juste pas besoin de combler le silence parce qu'il ne leur pesait pas. Elle observa Aloysius qui commençait à jouer et posa sa tête sur l'épaule de son ami dans un geste machinal, fermant les yeux et soupirant légèrement. Ses pensées dérivaient encore et toujours vers Justin et Caroline, incapable de penser à autre chose que leur mariage, que leurs fiançailles, du fait que Justin et elle ne seraient jamais ensemble, qu'elle s'était trompée sur toute la ligne. Elle avait bâti la part la plus importante de sa vie sur des illusions qui n'arriveraient jamais et un rêve qu'on avait pu briser en quelques secondes. Où avait-elle fauté dans cette histoire ? Ou peut-être qu'elle était tout simplement trop bête pour avoir vu les signes auparavant. Perséphone ferma les yeux un peu plus fort, ses mains se crispant sur le tissu de sa robe de sorcière. Elle avait le cœur lourd et avait l'impression que cela ne cesserait jamais, qu'elle penserait toujours à Justin, encore et toujours et que la plaie était irréparable, toujours aussi douloureuse. C'était un chagrin d'amour, aurait tranquillement dit Wendy. Cela passera, aurait-elle ajouté. Mais cela faisait deux mois déjà. Et rien n'était passé, tout était encore trop douloureux et trop présent dans son esprit, chaque lettre de Justin agrandissait la blessure encore et toujours.

-  Tu joues toujours aussi bien, souffla-t-elle sans ouvrir les yeux, s'efforçant de se concentrer sur la musique et pas sur ses pensées tourbillonnantes.

Elle devait se faire violence pour cesser de penser à Justin et concentra toutes ses pensées sur la musique, sur les notes qui s'échappaient du piano. Mais elle y revenait toujours inlassablement, son esprit comme aimanté par Justin sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit. Des années d’obsession, car cela avait été une obsession, elle le voyait désormais, ne s'oubliaient pas comme ça. Elle allait devenir folle songea-t-elle en se redressant brusquement, le cœur au bord des lèvres. Justin, Justin, Justin. Il n'y avait que cela dans sa tête, qui tournait sans s'arrêter. Elle y pensait en permanence, même la nuit, sans jamais s'en détacher malgré toute la volonté du monde.

- Virtanen va nous détester de sécher son cours, il n'y aura personne, il n'y a jamais personne en Runes, pourtant c'est...

Sa voix se brisa, coupant court à sa misérable tentative de conversation pour essayer désespérément de penser à autre chose, de forcer son esprit à se concentrer sur autre chose que Justin. Elle n'en pouvait plus. Elle ferma les yeux très fort pour réprimer les larmes qui avaient perlées et elle referma ses mains sur le bord du tabouret.

- Tu as déjà essayé de détourner ton esprit de quelque chose qui t'obsédait ? interrogea Perséphone à brûle-pourpoint, tournant brusquement la tête vers Aloysius. Quelque chose qui t'obsédait au point de te persuader que tu allais devenir fou ?


Aloysius SelwynAncien personnageavatar
Messages : 41

Voir le profil de l'utilisateur


Il hocha simplement la tête lorsqu'elle lui répondit, à voix basse, qu'elle aimerait entendre du Cacciapaglia. C'était Séphy qui l'avait cité la première, une fois, en quatrième année, alors qu'ils travaillaient ensemble dans la salle des arts. Il avait haussé un sourcil, perplexe quant à ce nom inconnu. Il faisait du piano depuis qu'il était enfant, depuis qu'il avait été admis pour la première fois à l'hôpital, et il pouvait se targuer d'en connaître un rayon quand on en venait aux compositeurs, même s'ils étaient moldus. Mais ce nom italien, il était certain de ne jamais l'avoir entendu. Il l'aurait laissé passer, sans vraiment chercher plus loin, s'il n'avait pas remarqué l'admiration que sa camarade semblait avoir pour son travail. Ils avaient des goûts proches, il l'avait toujours remarqué, alors quelque chose qu'elle aimait ne pouvait pas fondamentalement lui déplaire, non?
Il avait donc envoyé une lettre à sa sœur aînée, lui demandant si elle pouvait lui trouver les partitions. Il connaissait son aversion pour le monde moldu, et le fait qu'elle détestait s'y rendre, mais il préférait largement demander cela à Caecilia plutôt qu'à son père. S'il s'asseyait souvent à côté de lui pour l'écouter jouer, il ne savait jamais trop comment il réagirait s'il lui demandait d'aller chercher des partitions moldues. Et si Caecilia avait râlé, une semaine plus tard il avait trouvé dans son courrier la liasse de partitions, accompagné de la lettre de sa sœur lui expliquant que c'était bien parce que c'était lui et qu'elle espérait ne pas avoir à faire cela trop souvent. Il avait posé les partitions sur le pupitre, les déchiffrant rapidement, un crayon à la main, s'arrêtant à tous les passages difficiles pour griffonner quelques notes dans la marge, pour entourer des notes…Et ce n'était qu'à la fin de l'année qu'il avait été enfin capable de jouer les morceaux à son amie, refusant de les présenter tant qu'ils n'étaient pas parfaits.

Durant toute l'année précédente, qu'il avait passée entre Ste-Mangouste et le manoir Selwyn, une de ses rares occupations avait été le piano. Poser ses mains sur les touches d'ivoire, fermer les yeux, et juste laisser ses mains jouer, sans vraiment réfléchir. Tout y était passé. Bach, Beethoven, Debussy, Mendelssohn, Chopin, les valses et les mazurkas, les danses et les marches, les symphonies et les romances. Rarement les morceaux qu'il jouait à Poudlard, beaucoup trop liés à des souvenirs doux-amers pour vraiment qu'il les apprécie. Mais il avait continué à jouer les morceaux que Séphy lui avait conseillé, à un moment ou à un autre, sans vraiment savoir pourquoi. Et Oceano, il le savait, était un de ceux qu'il avait le plus travaillé.

Il posa ses mains sur le clavier, les yeux toujours fermés, avant de commencer, doucement, comme s'il n'osait pas briser le silence, à jouer les premières notes. Le début était calme, serein, doux, comme une chanson d'enfant, avant que les notes ne s'ajoutent, ne se superposent, ne se bousculent. Le tempo s'accélérait, prenait des couleurs de mer déchainée, de raz-de-marée d'émotions et de musique. On ne réfléchissait plus, si on écoutait vraiment. On laissait la musique prendre la place des pensées, et on oubliait, pendant quelques instants, tout ce qui nous tracassait.

Les yeux toujours fermé, il sentit la tête de son amie se poser sur son épaule, et il se raidit à ce contact, sans pour autant cesser de jouer. Il n'avait pas tellement l'habitude des gestes affectueux, spontanés. Il n'avait pas beaucoup d'amis qui pouvaient les avoir à son égard, et sa famille n'était pas exactement friande de ses gestes là. Il y en avait, parfois, mais aucun d'entre eux n'était réellement à l'aise avec cela. Seule Aemilia avait, parfois, le même réflexe que Séphy: nicher son visage dans son cou, poser sa tête sur ses genoux, passer son bras autour de ses épaules alors qu'elle lui parlait de quelque chose. Il se détendit petit à petit, alors que la musique ralentissait, prenait un tempo plus lent, pour finalement s'arrêter, tout doucement.

Il baissa le regard, ne la forçant pas à bouger, ni même à dire quoi que ce soit, son regard se baissant vers leurs mains, côtés à côtés, posées sur leur genoux. Celles de la jeune fille étaient serrées, refermées comme des serres sur le tissu de sa robe d'école, comme si elle voulait la déchirer. Tout ce qu'elle semblait refuser d'exprimer, Séphy semblait le refouler en elle-même, se refusant de vouloir l'exprimer. Aloïs eut un léger sourire triste. Il savait que la jeune fille et lui avaient énormément de points communs, et il s'en rendait de plus en plus compte au fur et à mesure des jours. Leur goût pour le silence, pour les secrets. Leur volonté d'être parfait, ou de le paraître, en tout cas. Et surtout, il reconnaissait en elle sa fierté, sa volonté de toujours s'en sortir par lui-même, de ne pas vouloir accepter la pitié de la part des autres.
Il ne savait pas ce que vivait Séphy, il ne savait même pas s'il le saurait un jour. Beaucoup de personnes auraient été choqués par le peu de chose qu'il connaissait sur la jeune femme: il savait qu'elle était née-moldue, qu'elle venait d'une famille de petite noblesse anglaise, mais c'était tout ce qu'il savait sur sa vie en dehors de l'école. Elle n'en parlait jamais, et il n'avait jamais cherché à en savoir plus. Parce que, contrairement à beaucoup d'autres, il comprenait. Il savait que toute vérité n'était pas bonne à savoir, il savait qu'il ne servait à rien de remuer le passé, il savait qu'on n'avait pas forcément besoin de tout exprimer à haute voix. Séphy ne parlait pas de sa vie en-dehors de Poudlard, il ne parlait pas de la sienne. Chacun respectait les secrets de l'autre.
Il ne connaissait que trop peu de personnes qui étaient capables de faire cela. La plupart essayaient de comprendre, posaient question sur question, ne se rendant pas compte à quel point cela pouvait faire mal, parfois, de ressasser le passé. Et s'il le savait, ils assuraient que c'était pour le mieux. Quels menteurs…
On ne se sentait pas mieux en parlant de ses problèmes. Au mieux, on en créait de nouveaux, au pire on perdait la confiance de ceux à qui on parlait, blessés, terrifiés, qui découvraient un côté de leur interlocuteur qu'ils n'auraient jamais pensé exister.

La vois de Séphy, un peu tremblante, s'éleva dans la pièce. Cherchant un semblant de conversation, comme pour faire croire que la situation dans laquelle ils se trouvaient était normale, comme pour ignorer ses problèmes. Elle était loin d'être normale, cette situation. Qui aurait pensé qu'un jours les deux meilleurs élèves du cours de Runes se retrouveraient ensemble, dans la salle des arts, plutôt que dans la salle de ce cours qu'ils suivaient pourtant tous les deux d'un même enthousiasme? Ils étaient sérieux, tous les deux, mais il semblait que ce jour-là, cette étiquette était partie aux oubliettes. Ils étaient justes deux ados, grandis un peu trop vite, et qui s'étaient brûlé les ailes. Qui avaient un jour cru que l'avenir leur appartenait, et qui s'était lourdement trompés. Cela faisait des années qu'Aloïs avait arrêté de croire que l'avenir serait heureux, mais il en portait toujours lourdement les cicatrices.

Il posa un regard doux sur sa camarade, qui semblait retenir ses larmes, les mains refermées avec force sur le rebord du tabouret. Jamais il ne l'avait vu dans un tel état de détresse. Jamais il n'avait vu Séphy autant perdre le contrôle d'elle-même, autant se laisser aller en présence de qui que ce soit. Il attrapa doucement son poignet, lui faisant délicatement lâcher prise, sans la quitter des yeux.
Et la question qui suivit ne fut pas tellement une surprise. Lâchant son poignet, il lâcha un soupir, avant de répondre à voix basse:

" Tous les jours. "

Tous les jours, il devait vivre avec le fait que la journée qui s'écoulait pouvait aussi bien être la dernière. Tous les jours, il devait vivre avec le fait qu'il n'était pas l'héritier parfait que sa famille attendait. Tous les jours, tous les jours, sans pouvoir rien y changer.
Il passa une main dans ses cheveux bruns, cherchant la meilleure façon de s'exprimer, de lui dire ce que lui ressentait… Une personne normale aurait dit que cela passerait, que cela finirait par disparaître, que ce n'était qu'une question de temps… pas Aloïs. C'était ce qu'on lui avait répété lorsqu'il était plus jeune, et il avait fini par comprendre que ce n'était que des mensonges. Que c'était ce qu'on répétait aux enfants, lorsqu'ils étaient enfants, pour qu'ils croient que tout allait toujours s'arranger. Peut-être que chez les autres, c'était le cas, il n'en savait rien.

" On… on ne s'en détache jamais tout à fait. Ça reste là, ça revient parfois, mais… on apprend juste à vivre avec. "

Parce qu'on n'avait pas le choix. Parce que croire que la vie était toute rose, que tout allait s'arranger, cela ne servait strictement à rien, à part à souffrir. Aloïs l'avait vite appris. Et aux gens qui se plaignaient de son cynisme, de son pessimisme, il offrait juste un regard vide, avant de s'en aller. Il posa son regard bleu sur son amie, lui offrant un sourire un peu triste:

" Quoi que ce soit, Séphy, ça fait partie de toi, maintenant. Tu ne peux pas t'en débarrasser, tu ne peux pas revenir dessus. Alors… même si ça prend du temps, on finit par apprendre à vivre avec. A arrêter de se torturer avec des "et si", à comprendre, avec du recul, que finalement on n'aurait rien pu y changer… "

Il avait mis du temps à arriver à cette conclusion, à comprendre que de toute manière, il n'avait aucun contrôle sur ce qui lui arrivait. Que ce corps qu'il avait reçu en naissant ne lui appartenait pas entièrement, que ce qui lui arrivait n'était pas de son ressort. A accepter le fait qu'il ne pouvait rien changer, à accepter de juste se laisser aller aux aléas de la providence.

" Je sais que ce n'est pas forcément ce que tu as envie d'entendre. Je suis passé par là aussi, et j'ai détesté toutes les personnes qui m'ont dit que ça irait mieux, au bout d'un moment. Tout ce que je veux dire, c'est que même si ça fait toujours mal, même si cela peut toujours te blesser… Cela devient plus facile à supporter. "
Perséphone HarringtonAncien personnageavatar
Messages : 98

Voir le profil de l'utilisateur
Perséphone fut surprise de sentir les mains d'Aloysius se poser sur son poignet quand la mélodie se termina et que le silence envahit de nouveau la pièce. Elle n'opposa pas de résistance et relâcha la pression qu'elle exerçait sur le fin tissu de sa robe. Ses ongles avaient laissé des traces au creux de sa paume, elle le constata en observant sa peau pâle. Des traces rouges, en forme de demi-cercle. Elle fixa son regard sur ses paumes de main, sans regarder Aloïs. Et pourtant, elle sentait son regard sur elle, elle savait qu'il s'était tourné vers elle mais elle n'arrivait pas à relever les yeux. Elle était à fleur de peau et elle avait l'impression que croiser le regard d'Aloysius la ferait pleurer et qu'elle ne pourrait plus s'arrêter. Parce qu'il était gentil avec elle et qu'elle fuyait cette compassion depuis des semaines de peur qu'elle soit sa chute. Elle s'efforçait de rester debout sur ses deux jambes, d'agir comme avant, de continuer sans faillir, comme si rien ne s'était passé. Elle avait continué son quotidien dans une sorte de brume, pensant que la routine serait son salut, qu'elle pourrait se plonger corps et âme dans des actions vides de sens pour vider son esprit. Elle n'avait jamais été touchée à ce point par quelque chose, même par l'éloignement de ses parents et de sa famille. Elle n'avait jamais cru qu'elle pourrait se sentir aussi délaissée, aussi seule, aussi bête. Elle n'avait jamais cru qu'elle pourrait être aussi mal alors qu'elle avait toujours pensé que rien ne l'atteindrait, qu'elle aurait toujours la force de continuer. Et tout cela à cause d'une seule personne, qui avait réussi à la construire et à la détruire sans même s'en rendre compte. Un pilier qui s'écroule en entrainant tout sur son passage.

I thought I saw a man brought to life
He was warm he came around and he was dignified
He showed me what it was to cry
 

Elle avait onze ans lorsqu'elle avait rencontré Justin pour la première fois, le cousin si parfait d'une amie. Il était beau, gentil avec elle, il lui souriait et lui parlait de magie et l'avait aidée à faire ses premiers pas dans le monde magique. Il lui avait parlé de Poudlard, de sa scolarité, lui avait tout expliqué avec patience et bienveillance et il avait été si parfait dans ces moments-là qu'ils étaient encore gravés dans sa mémoire. Il lui avait promis de lui écrire et elle avait fait la même promesse, il était son seul correspondant et elle lui racontait tout et il répondait toujours par de longues lettres. Elle l'imaginait prendre de longs moments pour lui répondre, uniquement à elle, et son cœur s'emballait. Il l'avait guidée pendant des années, l'avait accompagnée chaque été sur le Chemin de Traverse, elle avait pu lui poser toutes ses questions sans être ridicule et il avait été à chaque fois gentil avec elle. C'était son ami, la personne de qui elle était le plus proche, la personne qu'elle aimait le plus au monde. Il avait était un roc pour elle et elle s'était bercée d'illusions. Ils avaient de nombreux points communs, ils étaient tous les deux Nés-moldus et partageaient de nombreux avis. Elle s'était persuadée qu'il ne pouvait pas être aussi gentil et adorable et ne rien ressentir à son égard. Elle avait vu des sous-entendus dans chaque mot, des allusions dans chaque phrase et avait chéri cette idée comme un trésor. Elle avait méprisé tous les autres garçons, persuadée d'être aimée par celui dont elle rêvait et elle n'avait été qu'une sombre idiote aveugle et naïve. Wendy avait eut raison pendant des années, Justin ne voyait en elle que l'enfant qu'il avait connu et devait sûrement la considérer comme une petite sœur à couver, le genre qui ne grandira jamais. Il avait été sa plus grande source de joie pendant des années. Et il était désormais sa plus grande peine et son plus grand regret.

Well you couldn't be that man I adored
You don't seem to know seem to care what your heart is for
Well I don't know him anymore
 

Elle releva les yeux vers Aloysius lorsqu'il prit la parole, rompant le lourd silence qui s'était installé entre eux. On aurait pu dire que c'était étrange, tous ces silences, entre deux personnes qui étaient censées être amis. On aurait même pu croire que quelque chose venait d'arriver, que quelqu'un était décédé. Et pourtant, ils étaient dans une ambiance relativement normale. Ce n'est pas comme s'ils étaient de grands bavards en temps normal. Alors lorsque quelque chose n'allait pas, ils devenaient avares de mots. Ce n'est pas comme s'il en avaient besoin pour se comprendre. Tous les jours. Il devait vivre tous les jours avec quelque chose qui l'obsédait au point que de croire qu'il allait devenir fou. Perséphone savait que son ami avait quelque chose qui lui pesait et ce depuis qu'elle le connaissait, elle le voyait sans cesse dans l'ombre de ses yeux ou dans le poids de ses mots. Elle avait été curieuse, elle mentirait en disant le contraire et mentirait également en disant qu'elle avait envie de questionner Aloysius en cet instant précis, dans cet étrange mécanisme qui vous fait vous intéresser aux problèmes de vos pairs pour oublier les autres. Mais elle avait toujours eu à cœur de respecter leur accord tacite et tut donc ses questions, se contentant de trouver la force dans sa voix de relever les yeux vers lui pour le regarder enfin. Elle détailla les traits de son visage comme si elle le voyait pour la première fois, entrapercevant pour la première fois à travers ses mots ce qu'il lui taisait au quotidien, ce qu'il taisait à tous. Parce qu'elle savait que plus qu'elle, c'était de lui dont il parlait et elle écoutait ces rares confidences avec une attention constante, notant la moindre inflexion de voix et le moindre mouvement de ses traits, oubliant pour un instant son propre chagrin et laissant juste son esprit d'analyse reprendre le dessus, lui qui avait dominé sa vie si longtemps.

There's nothing where he used to lie
The conversation has run dry
That's what's goin' on

Elle n'eut pas le courage de lui rendre son sourire, elle n'essaya même pas, elle savait que cela serait inutile. Elle n'en n'avait même pas envie, pas envie de faire cet effort. Elle avait l'impression que Justin avait tout effacé sur son passage et qu'il ne restait plus rien, plus rien d'elle et de ses illusions qu'elle avait pensé vraies. Mais peut-être qu'Aloïs avait raison. A quoi bon revenir sur le passé alors que c'était juste douloureux ? Pourquoi relire cinq ans de correspondance en cherchant pourquoi elle s'était bâti tout un monde illusoire où Justin l'aimerait profondément en secret ? Était-elle si naïve ? Ou s'était-elle menti à elle-même ? Est-ce qu'elle aurait pu y changer quelque chose, contrairement à ce que disait Aloysius ? Mais tomber amoureuse de Justin avait été si naturel et si évident qu'il lui semblait inconcevable que cela ne soit pas le cas. C'était quelque chose qui faisait parti d'elle depuis tellement longtemps, elle avait l'impression qu'elle était devenue indissociable de cet amour à force d'être obsédée par des rêveries idiotes et des illusions stupides. Elle avait cru à cette idée pendant des années qu'elle était presque devenue une réalité, indéniablement évidente, c'était tout simplement normal. Et c'était fini désormais, elle ne commettrait pas l'erreur de penser le contraire. C'était terminé. Elle refusait d'espérer à nouveau quoi que ce soit parce que c'était bien trop douloureux. Alors oui, Aloïs avait raison, elle vivrait avec. Est-ce qu'elle avait le choix, de toute manière ? C'était terminé, fini. Et c'était peut-être ça le plus douloureux. Elle était partagée entre cette bonne résolution et l'envie de panser ses plaies avec une pommade d'espoir, déchirée entre ces deux idées contraires, ces deux chemins opposés.

Nothing's fine I'm torn
I'm all out of faith
This is how I feel
I'm cold and I am shamed
Lying naked on the floor

Elle n'avait plus foi en rien, plus de confiance en son avenir qu'elle avait pourtant imaginé brillant. Elle avait perdu toute confiance en elle alors qu'elle s'était reposée sur cela pour avancer presque seule dans le monde magique. Et maintenant qu'elle avait décidé de ne plus compter sur Justin, de ne plus jamais lui parler de peur de rouvrir ses plaies, de peur de retomber dans ses erreurs. Elle se sentait si seule, à se dire que plus personne ne serait là pour elle comme l'avait été Justin. Et elle avait si honte d'avoir été si faible et si bête, alors qu'elle se targuait de ses bonnes notes et de sa maturité. Qu'elle avait honte maintenant de s'être tant laissé aller, d'avoir basé toute sa vie sur une seule personne. On ne pouvait pas faire confiance aux gens, même les plus proches finissaient par s'en aller, par vous décevoir. Il ne fallait avoir confiance qu'en soi-même, c'était le seul moyen d'avancer. Elle avait fait cette erreur et voilà qu'elle était là aujourd'hui, dévastée et bouleversée sans savoir quoi faire pour tout recommencer. Elle était là, à pleurer devant Aloysius alors qu'elle avait toujours caché ses larmes et ses peurs en public, préférant l'intimité de sa chambre. Elle avait toujours voulu donner une image d'elle sans défauts et sans faiblesses parce qu'elle se sentait sécurisée ainsi et elle avait échoué dans cela aussi. Elle n'avait vraiment plus rien, parce que tout était basé sur Justin. Comment avait-elle pu tout donner, tout baser, sur la foi qu'elle avait en une unique personne ? Comme si elle n'existait pas par elle-même.

Illusion never changed
Into something real
I'm wide awake and I can see
The perfect sky is torn
You're a little late I'm already torn

- Je n'ai envie d'entendre que la vérité.

C'était tout ce qu'elle voulait désormais : plus d'illusions et de mensonge. Elle ne voulait plus que la vérité, aussi brute soit-elle, pour repartir sur des bases saines un jour. Parce que malgré toute la détresse qui lui enserrait le coeur, Perséphone voulait croire que cela irait mieux un jour, elle voulait croire aux paroles d'Aloysius qui lui affirmait que cela serait moins douloureux un jour, elle avait envie que cela soit la réalité. Même si elle venait d'apprendre cruellement que les désirs ne façonnaient pas la réalité. Et dire qu'elle se pensait pragmatique, engoncée dans une fierté toute Serdaigle et dans une vision d'elle-même erronée, tout simplement parce que le sentiment d'être aimée par Justin lui avait donné des ailes et de l'estime d'elle-même : son affection avait pensé les plaies causées par la rupture entre sa famille et elle et elle s'était crue invincible. Tout cela à cause d'un garçon. Était-elle si faible que cela ? Comment avait-elle pu vivre ainsi durant cinq longues années ? Elle venait de se réveiller et la chute était douloureuse : elle avait imaginé des scénarios de vie parfaits et sans failles et rien ne s'était passé comme elle l'avait espéré : son ciel parfait s'était déchiré en même temps qu'elle avait déchiré la lettre des fiançailles de Justin, dans un accès de colère. Et si elle appréciait la présence d'Aloysius et même si elle savait que ce qu''il disait devrait la réconforter, elle avait l'impression que c'était trop tard, qu'il n'y avait plus rien à faire : elle était un cas désespéré, cœur brisé sans espoir de retour, amour-propre déchiré et illusions incendiées.

So I guess the fortune teller's right
I should have seen just what was there and not some Holy light
But you crawled beneath my veins and now
I don't care - I have no luck - I don't miss it all that much
There's just so many things
That I can't touch I'm torn

Et que pouvait-elle faire désormais ? Justin allait se marier et elle pouvait - elle devait - dire adieu au futur qu'elle avait organisé, à l'amour qu'elle avait escompté. Qu'allait-elle devenir alors ? Elle allait vivre avec ça et ensuite ? Continuer comme si de rien n'était, comme si elle n'avait pas l'impression que sa vie s'était complètement écroulée ? Recommencer à travailler sérieusement, retrouver le chemin des cours, continuer ses rondes et briguer le poste de préfète-en-chef, travailler ses ASPICS d'arrache-pied, trouver un stage d'été au Ministère de la Magie, trouver un emploi,  se marier, avoir des enfants et vivre une vie normale, comme si rien n'était arrivé ? C'était possible, après tout, non ? Des milliers de gens faisaient ça. Elle n'était sûrement pas la première fille à avoir un chagrin d'amour, des millions de chansons parlaient de cela. Mais Perséphone n'aurait jamais imaginé que c'était si douloureux. Et qu'elle serait concernée aussi brusquement alors qu'elle s'était toujours sentie en sécurité, protégée de ce genre de choses, ayant une foi aveugle en son avenir avec Justin, se sentant supérieure à ces filles si dépendantes des garçons qu'elles aimaient. Comment pouvait-on être si naïve sur soi-même ? Manquait-elle d'objectivité à ce point ? C'était pathétique. Elle était pathétique et ridicule et elle continuait à l'être à s’appesantir ainsi sur son sort. Elle devait se reprendre, faire quelque chose, cesser d'être aussi inactive et las ! Elle devait reprendre les choses en main, elle ne devait pas céder ainsi, elle n'en n'avait pas le droit, elle ne s'en donnait pas le droit.

Nothing's right I'm torn
I'm all out of faith
This is how I feel
I'm cold and I am shamed
Lying naked on the floor
Illusion never changed
Into something real

Elle passa ses mains sur ses joues pour chasser les larmes et inspira profondément. Elle tiendrait ses bonnes résolutions, elle ne se donnait pas le choix. Elle oublierait Justin et passerait à autre chose, elle se le promettait. Elle le ferait dès maintenant, sans attendre. Elle allait recommencer à travailler sérieusement, se plonger dans ses études et ne plus penser à Justin. Elle allait agir comme toutes les autres filles de son âge et se comporter normalement, regarder les garçons de Poudlard, faire ses rondes de préfète et chercher un stage au Ministère pour l'été suivant. Justin allait se marier et elle allait continuer sa vie comme si cela ne l'affectait pas. Elle allait être mature et responsable et se forcer à lui répondre poliment et cordialement. Elle trouverait une excuse pour ne pas aller à ce mariage et elle irait de l'avant. Même si elle avait l'impression de prendre des bonnes résolutions dans le vide étant donné qu'elle ne pensait encore qu'à Justin, qu'il obnubilait toutes ses pensées, elle allait se forcer à les respecter même si elle devait pour cela ne faire que travailler pour chasser Justin de son esprit. Tout serait bon pour l'oublier, le chasser de sa vie et passer à autre chose. Perséphone ne se laissait pas d'autres choix, elle se l'interdisait. Elle ne pleurerait plus. Cela ne la touchait pas, se martela-t-elle, cela ne la touchait plus. Et même si c'était un mensonge évident étant donné que la douleur et l'humiliation étaient encore là, elle se forcerait à faire comme si tout allait bien. A force d'agir comme tel, cela finirait par se réaliser. Est-ce que c'était le raisonnement qu'elle avait eut avec Justin ? A force de faire comme s'il l'aimait, elle avait réussi à se persuader de la chose ? Cela n'importait plus, désormais, se morigéna-t-elle. Elle allait agir comme si tout était bien et comme si tout n'était pas aussi douloureux.

- Est-ce que je t'ai déjà parlé de Justin Finch-Fletchey ?

Les mots étaient murmurés, pas vraiment audibles. Mais Perséphone était assez près d'Aloysius pour être sûre qu'il l'entende. Elle baissa les yeux sur le piano et appuya lentement sur des touches voisines, créant une sorte de mélodie aiguë. Aloysius devait déjà avoir entendu parlé de Justin, elle parlait sans cesse de lui. Mais avait-il compris ce qui se tramait, ce qu'elle ressentait pour lui lorsqu'elle prononçait son prénom ou mentionnait ce qu'il avait dit ou fait ? Justin était une part intégrante de sa vie, pas un jour ne s'écoulait sans qu'elle ne pense à lui ou le mentionne. Cette question était presque rhétorique lorsqu'on y pensait bien. Parce que Perséphone allait avec Justin, cela avait toujours été comme cela. Et comment pourrait-elle avancer maintenant qu'elle avait décidé de le chasser de sa vie ? Comment pourrait-elle y arriver ? Elle ferma les yeux de nouveau et s'interdit d'y penser. Sa sentence était irrévocable, tout comme l'avait été celle de Justin sur sa vie. Pas de négociations ou de regrets, elle se l'interdisait. Elle irait bien, elle l'avait décidé. Elle était maître de sa vie désormais et ne laisserait plus personne l'influence ou compter autant. Elle ne compterait que sur elle et sur personne d'autre, elle ne s'en donnait plus le droit. Elle avait fait une erreur qu'elle ne reproduirait pas, elle ne subirait pas cela une autre fois. Elle se força à redresser le dos, redressa le menton, retira ses mains du piano et lissa sa robe. Elle irait bien, elle l'avait décidé. Inspirant profondément pour se calmer, elle tourna ses yeux vers Aloysius, plongeant son regard dans le sien. Il avait de jolis yeux, des yeux bleus. Elle avait toujours aimé les yeux bleus. Ceux de Justin l'étaient aussi. Elle papillonna des paupières et récita l'alphabet runique dans son esprit pour ne plus penser à rien d'autre. Elle tiendrait ses résolutions.

- Il va se marier.

Elle baissa soudain ses yeux humides et détourna la tête. Elle n'avait pas le droit de pleurer, c'était terminé. Elle devait aller de l'avant. Et elle s'y forcerait coûte que coûte. Elle récita encore une fois l'alphabet runique avant de reprendre la parole, coinçant ses mains sur ses genoux pour ne pas serrer les poings. Cela ne lui faisait plus rien, décida-t-elle. Plus rien. Justin n'était plus rien. Et malgré toute sa bonne volonté, ce genre de pensées étaient plus douloureuses qu'autre chose parce qu'elle savait très bien qu'elles étaient fausses. Elle aimait tellement Justin, inconditionnellement même. Elle ne pouvait pas le détester, c'était contraire à elle-même. Elle ne pouvait pas le chasser de sa vie comme ça, elle l'aimait trop, elle avait besoin de lui, de sa présence, de son affection. Elle ne pouvait pas se passer de lui.

- Et... Et je pensais que, enfin j'avais cru que...

Sa voix se brisa et elle pinça les lèvres, fixant les touches du piano des yeux.

- Qu'il... Qu'il m'aimait peut-être un peu.

Elle avait murmuré, honteuse et malheureuse, se rendant compte du ridicule de la situation.

- C'est idiot, je sais, dit-elle avec un rire sans joie, grattant du coin de l'ongle une tâche brune sur une touche. Je veux dire... Comment ai-je pu pensé une seconde qu'il... Enfin qu'il soit... J'ai été bête. Il a cette fille, elle est tellement... Tellement tout et moi je ne suis que...

Elle se tut, de nouveau envahie par le chagrin et se mordit la lèvre avant de respirer profondément. Elle ne pleurerait pas.

- Mais je ne veux pas t'embêter avec ça, souffla-t-elle sans regarder Aloysius.


Aloysius SelwynAncien personnageavatar
Messages : 41

Voir le profil de l'utilisateur
Elle pleurait. Séphy pleurait, et Aloïs ne savait que faire. Ça pouvait sembler étrange, vu de l'extérieur, parce que la jeune femme était tout de même une des rares personnes qu'il considérait comme une amie, mais… ils ne parlaient pas des problèmes qu'ils avaient, lorsqu'ils devenaient trop personnels. Parce que c'était les sujets dont ils ne voulaient pas parler, et qu'ils étaient les seuls qui comprenaient que souvent, le silence était préférable. Jamais il n'avait vu la jeune femme perdre le contrôle de cette manière-là. Ils étaient semblables, sur ce point, trop fiers l'un et l'autre pour accepter ne serait-ce que la compassion ou la pitié de quelqu'un d'autre. Alors quoi? Il n'avait jamais tellement su comment réagir, dans ce genre de situation. Parce que la seule personne qui se laissait aller à pleurer devant lui, c'était Aemilia, plus petite. Et qu'elle finissait souvent par venir se lover dans ses bras, le corps secoué de sanglots, et qu'il n'avait qu'à refermer les bras sur elle, la berçant doucement. Mais Séphy n'était pas sa sœur, Séphy était son amie, Séphy…
Il posa doucement sa main sur son épaule, légèrement hésitant quant à la marche à suivre. Il voulait qu'elle sache qu'il était là, qu'il pouvait l'aider, qu'il pouvait l'écouter… Mais il savait qu'elle ne voudrait pas de sa pitié, qu'il ne devait pas lui demander ce qu'il se passait. Parce qu'à sa place, ce serait les mots qui le ferait se refermer d'un coup, comme une huître. Alors que, dans le meilleur des cas, il faudrait que ça sorte. Qu'elle s'avoue, à elle-même du moins, ce qui la rendait si triste.
Aloïs savait très bien ce qu'il fallait faire. Il connaissait la marche à suivre depuis sa petite enfance, depuis qu'il avait pris conscience de sa maladie. Mais jamais il n'avait réussi à la mettre en application. Comment pourrait-il parler à la jeune femme, alors que lui-même n'était pas capable de faire la paix avec les démons qui l'agitaient?
Il demeura donc silencieux, sa main toujours sur son épaule, présente sans être invasive, juste un soutien. Pour lui dire qu'il était là, qu'elle était libre de parler ou non.
Elle murmura, le regard toujours penché sur les touches du piano, sans sembler oser affronter son regard. S'il connaissait Justin Finch-Fletchey? Il n'en connaissait que ce que la jeune fille lui avait dit, parfois également ce que son père, qui travaillait dans un service voisin, lui racontait. Aloïs avait déjà remarqué que son amie le citait souvent, en parlait régulièrement, mais n'avait jamais vraiment relevé. Il avait pensé qu'elle avait avec lui le même style de relation que celle qu'il avait avec Caecilia, une personne que l'on cite souvent parce qu'on l'admire, mais qu'on considère tout de même comme un grand frère ou une grande sœur un peu casse-pied. Visiblement, il s'était trompé.
Séphy attendait beaucoup plus, attendait quelque chose d'autre… Et lui n'avait cessé de la voir comme une petite sœur. Lui voyait l'enfant qu'il avait vu grandir, lui voyait la petite fille qu'il avait accueilli, des années plus tôt… et ce n'était pas ce que la jeune femme attendait.
Il ne savait pas grand-chose de l'histoire de Séphy, malgré les cinq ans qu'ils avaient passé l'un à côté de l'autre, malgré leur relation que tous deux qualifieraient d'amitié. Elle ne savait pas grand-chose sur son histoire à lui, il ne savait pas grand-chose sur elle. Toutes les confidences qu'ils se laissaient à faire étaient recueillies avec attention, d'autant plus appréciées qu'elles étaient peu fréquentes.
Il retira sa main lorsqu'elle porta les siennes à son visage, essuyant les larmes qui coulaient sur ses joues, avant de se tourner vers lui, plantant ses yeux noisette dans les siens. Et il ne put que l'écouter, pendant qu'elle lui disait, petit à petit, difficilement, ce qui la faisait souffrir depuis le mois de septembre.

Comment réagir, face à ces confidences? Comment savoir quelle était la meilleure attitude, quelle était ce qui serait le plus adapté, ce qui pourrait, au moins, lui faire comprendre qu'elle n'était pas seule? Il ne pouvait pas croire qu'il était celui qui était censé apporter du réconfort. Il n'avait jamais été doué pour cela, ne pouvant supporter ces personnes, en particulier les infirmières de Ste-Mangouste, qui lui promettaient plus jeune que cela irait mieux. Qui était la première personne à avoir eu l'idée stupide de faire cela? Non, ça n'irait pas mieux. Ça s'apaiserait, sans doute, mais cela ne changerait rien à la douleur qu'on éprouvait sur le moment.
Il inspira un grand moment, avant de doucement passer un bras autour des épaules de la jeune femme, tournant son regard vers elle. Que dire? Que faire? Elle n'avait que faire de la compassion, de conseils, il s'en doutait bien. Mais cela faisait trois mois qu'elle portait ce poids sur ses épaules, trois mois qu'elle vivait sa vie sans l'apprécier, en ressassant, ressassant encore et toujours les mêmes peines, les mêmes douleurs.

" Tu n'es pas bête, Séphy. Je t'interdis de penser cela. "

Elle ne l'était pas, loin de là. Aloïs n'avait jamais vécu ce qu'elle avait vécu, n'était jamais tombé amoureux de quiconque… mais il avait vu ses parents. Théoxane et Flavius, qui s'étaient mariés par amour, contre l'avis de tous, et il suffisait de voir comment cela avait fini: une rupture totale, une en prison car son père avait été incapable de s'opposer à elle, la laissant partir "par amour"… C'était à cause de cet amour entre ses parents que sa famille était détruite, et Aloïs n'était même pas sûr qu'il soit toujours présent.

" Tu… Tu as d'autres qualités, qu'elle n'a pas, qui te sont propre. Tu es unique, Perséphone Harrington, et tu n'es pas "rien". Crois-moi, si tu commences à douter de toi, tu es perdue. "

Parce qu'il avait douté, doutait toujours de lui-même. Comment vivre, quand on n'était même pas sûr de ce qu'on était? C'était un dangereux jeu d'équilibriste, qui à tout moment pouvait se briser et tout dévaster sur son passage.
Il ne l'avait pas quitté des yeux, tandis qu'il parlait, s'arrêtant parfois pour chercher ses mots, parlant doucement, lentement, comme pour rassurer. Une position de menteur: comment pouvait-il l'aider à aller mieux quand il était incapable de s'aider lui-même? Il chassa résolument ces pensées loin de son esprit. C'était Perséphone qui importait.

" Je suis sûr qu'il n'aurait pas voulu que tu te détruise pour cela, Séphy. Il… il aurait sans doute voulu que tu restes toi-même, la Perséphone travailleuse, sûre d'elle, loyale, mature… "

Il ne savait pas trop dans quoi il s'engageait en parlant de cette manière-là. Il ne le connaissait pas, après tout, Justin, il n'avait strictement aucune idée de la manière dont il aurait réagi, ne savait pas du tout comment la préfète pouvait réagir en l'entendant parler de cette manière… Mais la douleur qu'il pouvait sentir dans la posture, dans les yeux bruns, dans les mains serrées sur ses genoux le poussait à continuer, à parler, à ne pas s'arrêter. Parce que ce qu'il lui offrait, ce n'était ni de la pitié, ni de la compassion. C'était un appui, un soutien, qu'elle pouvait prendre comme elle pouvait refuser. Il savait à quel point s'enfoncer dans la douleur pouvait apparaître tentant, et à quel point il était difficile de se relever, de continuer à vivre.
C'était fou, à quel point ils pouvaient se ressembler, dans leurs manières de réagir à des situations. Ils n'avaient pas vécu les mêmes choses, les mêmes traumatismes, les mêmes étapes de la vie, mais comme souvent ils étaient les seuls qui pouvaient au moins essayer de comprendre ce qui les agitaient l'un l'autre.
Il eut un léger sourire, un peu triste, un peu désabusé avant d'ajouter:

" Comment allons-nous faire si nous perdons notre Miss Harrington? "

Séphy était un pilier, chez les Serdaigle. Et, s'il avait été tout à fait honnête avec lui-même, il aurait dit qu'elle avait été un pilier dans son existence, depuis qu'il était arrivé à Poudlard. Il n'avait que peu d'amis, peu de personnes sur lesquelles il pouvait s'appuyer, parler sans vraiment avoir peur d'être jugé. Séphy en était une des principales. Si cela disparaissait… que lui resterait-il?


Perséphone HarringtonAncien personnageavatar
Messages : 98

Voir le profil de l'utilisateur
Perséphone avait reçu ce que l'on pourrait appeler une bonne éducation. Issue de la petite noblesse anglaise, ses parents, des propriétaires terriens, s'étaient attachés à élever leurs nombreux enfants en respectant les antiques traditions de leur famille. Son père était certes un noble dans les écrits mais les Harrington avaient grandi loin du faste qu'on imaginait pour ce qui restait des familles nobles du Royaume : pas de réceptions somptueuses chez la Reine, pas de fréquentations de Princes ou de Duc, juste une noblesse de campagne, encore droite et ferme sur les valeurs de leur rang, parfois même peut-être plus que les citadins. Elle avait fréquenté des écoles privées de filles où la discipline était primordiale et ses parents avaient été très stricts également sur ce point, même si cela n'avait pas empêché sa charmante sœur cadette de faire une abominable crise d'adolescence cet été.

Penser à cela mit un peu de baume au cœur de Perséphone, de manière tout à fait surprenante d'ailleurs. Les Harrington étaient des Anglicans extrêmement pratiquants et l'annonce des pouvoirs magiques de leur fille aînée avait été une véritable bombe dans leur quotidien tranquille. Elle s'était alors éloignée de sa famille et de sa maison  et ils n'étaient désormais plus que des étrangers l'un pour l'autre. Mais elle avait malgré tout conservé les valeurs de sa famille et elle savait que se laisser  ainsi aller en public était quelque chose qu outrageait les convenances et qu'elle ne devrait pas céder ainsi, surtout pas devant quelqu'un. Pourquoi pensait-elle à cela à cet instant précis ? A sa famille, à ce qu'elle avait appris, à sa sœur. Et pourquoi était-ce étrangement réconfortant alors qu'ils ne se parlaient plus du tout, sauf l''été ? Elle l'ignorait. Peut-être parce que malgré leur éloignement drastique, sa famille restait un point fixe dans sa vie. Elle pourrait toujours revenir à la maison, elle le savait. Elle n'avait plus vraiment de famille au sens relationnel, mais elle avait encore un chez-elle, un endroit où rester, ou être protégé, un endroit qui n'était pas marqué par Justin comme pouvait l'être Poudlard.

Elle sentit Aloysius passer un bras autour de ses épaules et elle lui adressa un regard surpris : il n'était pas dans son genre d'être aussi tactile d'habitude. A vrai dire, ils ressemblaient encore assez sur ce point-là même si Séphy avait su abandonner une partie de ses réserves au contact de Wendy qui se révélait être plus que tactile malgré sa timidité, tout comme ses deux sœurs. Mais Aloïs avait reçu la même éducation qu'elle, elle l'avait compris dès le début : le même port de tête, le même vocabulaire, la même retenue parfois un peu hautaine. Mais le contact  n'était pas désagréable, au contraire, cela la faisait se sentit un peu moins seule à cet instant présent où le chagrin lui étreignait le cœur, couplé à sa honte et à de la colère envers elle-même et envers Justin. Elle aurait pu en parler à Wendy, son amie la plus proche mais elle craignait le « je te l'avais dit » de cette dernière, qu'elle soupçonnait de toute manière d'avoir déjà deviné ce qui se tramait dans l'esprit de Séphy. Avec Aloysius, au contraire, elle savait qu'elle ne recevrait pas ce genre de remarques et c'était sûrement pour cela qu'elle s’était ainsi laissée aller devant lui comme cela. Elle s'efforça de retrouver un semblant de calme en fermant les yeux quelques instants.

- Si tu avais vu mes notes de ces derniers mois... fit-elle, un peu piteusement.

Elles étaient en chute libre : Perséphone avait toujours été une bonne élève, voire même une excellente élève, mais la moindre de ses notes étaient le fruit de beaucoup de travail et d'apprentissage. Certes, elle avait quelques facilités, rédactionnelles par exemple ou une solide culture, mais elle passait surtout des heures et des heures à la bibliothèque à s'acharner et à faire même du travail supplémentaire. Elle était en permanence surchargée entre ses études et son travail de préfète et ce rythme bien huilé s'était écroulé comme un château de cartes face au vent dès lors que son moral n'avait plus suivi. Elle n'avait plus envie de rien et encore moins de travailler désespérément même si elle avait espéré un temps que cela distrairait son esprit, en vain. Elle n'arrivait plus à se concentrer sur quoi que ce soit et elle était passé d'un enchainement d'Optimal et Effort Exceptionnel à des Acceptable voire même des Désolant de plus en plus souvent. Elle n'arrivait plus à écouter en classe, ratait des cours en passant des heures à l'infirmerie pour des blessures et douleurs imaginaires, sauf si on considérait qu'elles étaient sentimentales. Heureusement qu'elle avait déjà décroché ses BUSES, sinon sa scolarité aurait pu s'arrêter de suite.

- Elle est parfaite, répondit Perséphone tandis que tout ce qu'avait dit Justin au sujet de sa fiancée défilait dans son esprit. Elle est d'une bonne famille, comme les Finch-Fletchey, elle est brillante, diplômée d'Oxford, une des plus grandes universités du Royaume-Uni, expliqua doucement Séphy sans pour autant croiser le regard de son ami. Elle est bénévole dans de nombreuses associations, elle travaille dans la conservation des bâtiments historiques, c'est une grande cavalière, elle est musicienne, chanteuse, danseuse, elle est gentille, patiente, chaleureuse, spontanée, généreuse, travailleuse, toujours de bonne humeur, belle et distinguée.

Tous les adjectifs provenaient des lettres de Justin et Séphy ne savait pas si ce qui la heurtait le plus fort : qu'elle soit aussi parfaite ou qu'elle ait retenu tout cela mot pour mot.

- Ma famille est une toute petite famille, je n'irai jamais dans une grande université, je ne suis bénévole nul part, je n'ai pas de travail, je ne suis pas cavalière, je n'ai pas fait partie d'un orchestre comme elle, je ne suis pas danseuse et tu sais très bien tout ce qu'on dit sur moi dans l'école. Et puis j'ai seize ans, ajouta-t-elle, amère, bien consciente que c'était sûrement le plus grand obstacle, Justin ayant douze ans de plus qu'elle.

On murmurait qu'elle était agaçante, procédurière, moralisatrice, sévère, coincée... Séphy avait toujours ignoré ces murmures mais sa confiance en elle avait été tellement ébranlée à cause de Justin que tout cela était revenu dans son esprit, blessant et entêtant. Et si c'était vrai, dans le fond, e qu'elle s'était leurrée toute sa vie ? Aloysius avait beau essayer de la consoler, Perséphone était bien trop déprimée pour pouvoir penser de manière rationnelle et prendre du recul sur la situation. Elle n'avait plus rien de confiant, plus rien de travailleur et bien sûrement trop immature pour Justin : ils n'était pas dans le même monde. Il était avocat et déjà dans le monde du travail, elle n'était même pas encore une étudiante, juste une élèvé de Poudlard. Elle ne répondit donc rien, se contentant de repousser une boucle brune qui lui tombait devant le visage. Après tout, peu importe ce que Justin aurait voulu, non ? Maintenant qu'il allait se marier, elle allait devenir secondaire. Sa femme passerait toujours avant, comme le voulait les sacrements du mariage. Sa main se porta machinalement à son cou et elle referma les doigts sur sa croix qu'elle portait en permanence. Elle avait également sa médaille de baptême mais cette dernière tombait plus bas, sous son uniforme, tandis que sa croix était apparente.

- C'est gentil, souffla-t-elle sans pouvoir retenir un léger sourire amusé.

Elle essuya ses joues encore humides et inspira profondément pour se calmer. C'était la première fois qu'elle en parlait à quelqu'un et elle était heureuse que ce soit Aloysius, qui trouvait toujours les mots. Ils se confiaient rarement l'un à l'autre, ils étaient bien trop secrets pour cela, mais quand c'était le cas, Séphy savait toujours qu'elle trouverait en lui un soutien sans failles et surtout qu'il saurait comment la consoler. Elle s'était éloignée de Wendy ces derniers temps mais même auparavant, Perséphone ne s'était jamais confiée à elle sur ce qui la rendait malheureuse, elle préférait partager des secrets plus légers comme son amour pour Justin. Dès que c'était plus sérieux, elle préférait gérer seule plutôt que de l'exposer au monde.

- Merci, finit-elle par dire, osant enfin relever les yeux vers Aloysius, cessant ainsi de fuir son regard.

Reconnaissante et le cœur un peu plus léger, se confier lui avait fait du bien, ce qui n'était pas arrivé depuis des mois, elle passa ses bras autour du cou d'Aloïs pour le serrer contre elle, dans un geste spontané qui ne lui était pas forcément familier mais qui était lui venu naturellement. Elle l'étreignit ainsi quelques instants avant de reculer, lui adressant un sourire qui se voulait bravache mais qui était plus timide qu'autre chose. Elle savait que la présence d'Aloïs lui ferait du bien pour encore quelques heures mais rien que penser à Justin la faisait de nouveau se torturer. Comment pourrait-elle sortir de cela ? Elle n'en n'avait pas la moindre idée. Des millions de chansons avaient été écrites à propos du chagrin d'amour mais aucune ne donnait la solution pour en sortir. Elle était malheureuse, elle se sentait seule et désespérait de sortir de cet état. Et à coté de cela, il y avait Aloysius, qui avait toujours été gentil avec elle, qui était son ami et qui avait toujours été là, eux qui se ressemblaient énormément et qui avaient confiance l'un en l'autre. Enfin, elle avait confiance en lui.

Elle ne sut pas vraiment lequel de ces éléments – ou tout à fait autre chose – la poussa à faire ce qu'elle s'apprêtait à faire. C'était peut-être le chagrin, l'impression de solitude qui lui enserrait le cœur ou une faible tentative de se consoler auprès d'un ami. Ce n'était ni raisonnable ni réfléchi mais c'était ainsi et Séphy ne songea pas un seul instant aux conséquences ou aux suites de cette histoire. Elle se contenta juste de poser sa main sur l'épaule d'Aloysius et de se rapprocher de lui, doucement. Elle n'avait jamais embrassé de garçon de sa vie et n'aurait jamais pensé le faire maintenant. Elle approcha son visage de celui d'Aloïs, hésita quelques secondes, le cœur battant et l'esprit vide de toute logique ou argumentation et finit par poser ses lèvres sur les siennes. C'était étrange comme sensation et différent de tout ce qu'elle avait jamais pu imaginer, presque même éloigné des récits des filles de son dortoir. Elle finit par reculer après quelques secondes, les joues roses et son esprit analysant enfin ce qu'elle venait de faire, l’atterrant. Comme électrocutée, elle recula brusquement sur le siège du piano pour finir finalement par se lever d'un bond, mal à l'aise et incapable de comprendre pourquoi elle avait fait ça.

- Je... Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête ! Je...

Elle n'avait juste pas réfléchi et réalisait maintenant qu'elle avait dû l’embarrasser plus que tout, voire même le contrarier et elle se sentait idiote et empruntée, le cœur battant toujours la chamade. Elle avait toujours imaginé que son premier baiser serait avec Justin mais il semblerait qu'en ce moment, tous ses plans se contrariaient.


Contenu sponsorisé


Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

Écorchures [Aloysius]

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Écorchures [Aloysius]
» c'est pas l'homme qui prend la mer ζ ALOYSIUS
» À la recherche de l'eau perdue.
» D4 ➺ highway to hell (Sagitta, Aloysius, Serena, Skyler, Jubilee & Amelya)
» Aloysius Selwyn

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aresto Momentum :: Poudlard :: Etages et couloirs, :: Salle des arts,-