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 Ces amas de merveilles

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Le Coq et la Pendule, 8 Novembre 2007

Le Ciel a-t-il formé cet amas de merveilles
Pour la demeure d'un serpent ?
Corneille


La pluie a toujours été l'un des plus grands prétextes pour aller boire. Se réfugier. Etre surpris. Faire comme si. Finir avec un verre, une pinte, trois, ressortir sans plus se soucier des trombes. Laisser le ciel se déverser.

C'est un prétexte comme un autre. Les lumières faiblardes du bar dansent dans l'obscurité de la ruelle -jolie le jour, avec sa petite boutique et son petit fleuriste, mais dénuée de toute chaleur une fois venu les nuits de l'automne anglais- et attirent les ivrognes comme les lanternes les mouches.

L'enseigne écaillée présente la queue d'un coq sortant d'une vieille pendule, et son bois est trop imbibé, trop lourd, pour se balancer dans le vent, se contentant de grincer avec mauvaise humeur. La porte s'ouvre sur un vaste sol en damier incroyablement sale -la faute au mauvais temps- et sur deux douzaines de tables minuscules en beau bois ancien, tout veiné de traces de choppes et de coups de couteau enthousiastes, d'auréoles de gras de jambon. Mais c'est un lustre en l'absence duquel l'endroit ferait faux, ressemblerait à un décor de cinéma. Une épaisse fumée navigue au-dessus des têtes assises, la faute à un gobelin assis près du feu avec un compère, et qui tire nerveusement sur une pipe plus grosse que sa tête - et plus malodorante que ses pieds-. Plusieurs sorciers désoeuvrés jouent aux dés dans un coin -les dés changent, tantôt six, puis dix, puis douze, puis trente-huit faces, et leur appréhension semble complexe-. Au comptoir, une grande forme sombre et encapuchonnée sirote un alcool fort avec une paille bleu turquoise. Un barman dont tout le sérieux réside dans le joli noeud papillon à imprimés dragons qu'il porte essuie des verres tranquillement en sifflotant.
L'atmosphère est composée d'indistincts bruits de conversation, du raffut au dehors avec la pluie et des grincements de la forme sombre lorsqu'elle se redresse. Et c'est dans cet endroit un peu curieux qu'Alceste s'est retrouvé par hasard, après avoir commencé sa soirée ailleurs à Pré-au-lard puis s'étant décidé d'aller Tansplaner ailleurs voir s'il y est.

Il y est. Alceste a subi quelque chose de rare et de certainement déplaisant, et n'est pas très volontaire pour en parler tout de suite et réclame une description de son état misérable pour noyer son chagrin. Comment pourrais-je le refuser. C'est Vendredi, alors il porte sa belle redingote bleue sombre avec les petites rayures verticales. En bon sang pur, il a noué une lavallière à son cou et serti une broche sévère au revers de son plastron. S'est secoué après sa journée de travail et est sorti faire quelques courses tardives à Pré-au-Lard. Puis y a rencontré...

Il ne titube pas. Son sang n'a pas encore atteint le grammage nécessaire pour le défaire de la rigidité qui lui est propre et qui le fait tant ressembler à un bouquin en temps normal. Il ne titube pas mais sa tête est déjà dans un plaisant brouillard de coton ou toutes les sensations sont amoindries et adoucies et les couleurs changent plus doucement qu'ordinaire. Ou si sa conscience profonde lui dit d'arrêter ses bêtises et de cesser de sourire, son corps lui rigole au nez et lui confisque les commandes. L'ivresse, dans sa forme la moins aboutie est quelque chose d'agréable, une décharge bienvenue dans la réalité.Ensuite il y a les vomissements et le mal de crâne et la honte éternelle et ces taches qui ne partent pas mais il n'en est pas encore là, il n'a avalé que deux whiskys. (cul sec.) (encore deux avant la phase critique, donc.) (voir un et demi.)

Et puis subitement le bibliothécaire redresse la tête et fait l'accession plaisante des lieux et des visages. L'alcool lui donne envie de parler et partager (tordant ainsi sa personnalité dans un beau 180 degrés.) et il se cherche une épaule. Pas qu'il ai vraiment l'alcool triste, mais plutôt... L'alcool partageur. L'alcool généreux. Puis une touffe de cheveux qui semble vaguement évoquer quelque chose entre dans son champ de vision, là, au comptoir. Mhfn. Une investigation semble de mise. Alceste se redresse, cueille son verre d'un mouvement fluide et s'approche en tentant d'apercevoir le visage de l'autre. Il y a un truc dans les épaules, aussi... C'est quelqu'un qu'il avait l'habitude d'accueillir dans sa bibliothèque, d'en voir le dos. Ah ça y est, maintenant qu'il s'est approché, il le remet ! C'est un ancien élève ! Alceste se laisse tomber sur le tabouret à côté de Théo.

- Tooom ! Qu'il piaille avec contentement, se souvenant de son prénom.

C'est donc, Théo, un Bibliothécaire légèrement au delà du "éméché" qui s'installe à côté de toi, son foulard desserré, un certain rose aux joues, un sourire terriblement out of character, et les cheveux dénoués qui glissent et coulent librement sur ses épaules. Et les lunettes un peu de travers dont le bord brillant reflète la lumière du feu.
Théo NottAncien personnageavatar
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Théo poussa la porte du Coq et la Pendule et rabattit son capuchon, découvrant son visage pâle. Le barman sembla le reconnaître cette fois, et lui servit un Whisky Pur Feu sans même avoir besoin d'attendre sa commande. Ce bar pittoresque était sa nouvelle découverte et il y était venu tous les soirs de la semaine avec assiduité, parfois pour un simple verre en solitaire, parfois pour refaire le monde avec un gobelin vindicatif. Des gobelins, voilà qui il en était réduit à fréquenter pour occuper ses soirées... Théo s'installa au comptoir en laissant une certaine distance de sécurité avec l'homme sombre et mystérieux qui s'y trouvait déjà, et échangea quelques banalités avec le barman. L'apprenti oubliator n'était pas fier de ses nouvelles activités nocturnes, errer dans des bars malfamés et dissimulés dans les recoins de la capitale n'était pas exactement digne de lui. Cependant, il avait bien du mal à s'en empêcher. Depuis sa rencontre inopinée avec Zach au début du mois, Théo avait découvert qu'il était beaucoup moins difficile d'être misérable à plusieurs que seul, dans son petit appartement. Il pouvait bien s'offrir quelques petits plaisirs coupables, non ? Il n'était plus à cela prêt, de toute façon. Sa vie partait déjà à la dérive, alors un peu plus ou un peu moins...

Le jeune homme était occupé à méditer ces pensées profondément constructives autour de son deuxième verre lorsqu'il sentit quelqu'un échoir sur le tabouret à côté de lui. Il glissa un regard curieux auprès de son nouveau compagnon de comptoir et tomba en arrêt devant le nouvel arrivant. Merlin, qui était-ce ? Il était sûr de l'avoir déjà vu quelque part... Théo dévisagea l'homme un instant, avisant sa longue chevelure désordonnée et ses lunettes bancales, puis un éclair de compréhension passa au fond de son regard. Alceste Greengrass, le bibliothécaire de Poudlard ! Théo avait passé de longues heures à la bibliothèque durant sa scolarité mais il n'avait jamais prêté une grande attention à l'homme qui gardait les manuels poussiéreux de l'école, et cela en dépit de sa condition de sang-pur. Alceste était quelqu'un de discret qui n'avait jamais réellement attiré son attention... Jusqu'à aujourd'hui. Il avait l'air légèrement éméché, réalisa Théo, qui échoua à réprimer un sourire. Ou alors était-ce le fait de le voir éloigné de ses livres qui le rendait plus détendu ? Quoi qu'il en soit, il s'était trompé sur son prénom, ce que Théo aurait probablement trouvé vexant s'il n'avait pas lui-même été légèrement échauffé par la boisson. Pour l'heure, cette apparition le rendait plutôt heureux. Non seulement il allait avoir un compagnon de boisson mais il allait pouvoir faire la connaissance du bibliothécaire, ce qui n'était tout de même pas donné à tout le monde.

"Théo, en réalité, Théo Nott. Mais c'était bien essayé", répliqua-t-il, le regard pétillant de malice. "Heureux de vous voir, Alceste."

Lui se rappelait de son prénom. Il fallait dire que Théo avait une bonne connaissance de la généalogie sang-pur, c'était essentiel pour s'y retrouver aux dîners mondains. Reportant son attention sur son verre, il en sirota une gorgée avant de se tourner à nouveau vers son interlocuteur, l'observant pensivement. C'était une situation aussi étrange qu'inattendue, et il ne savait comment se comporter. En tant normal, il aurait probablement fuit avec une excuse, peu enclin à sympathiser avec un sang-pur qui le mépriserait probablement dans quelques mois. Mais quelque chose le cloua à son tabouret, la curiosité peut-être, et il se retrouva à chercher un moyen d'engager la conversation. De quoi pouvait-il parler avec un bibliothécaire ? Comment allaient les livres ? Les rayons de la bibliothèque étaient-ils fréquentés ces temps-ci ? Peu inspiré, Théo finit par lâcher :

"Comment vont les choses à Poudlard ? Qu'est-ce qui vous amène au Coq et à la Pendule ?"



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Dernière édition par Alceste Greengrass le Dim 10 Nov 2013 - 15:28, édité 1 fois
Gobelins qui viennent d'ailleurs de faire exploser leur partie de carte et qui s'insultent bruyamment en Gobelbabil. Alceste est distrait un instant de Théo par leur raffut, et passe en tournant la tête sa main dans ses cheveux, tentant de les lisser un peu et espérant même peut-être les attacher de nouveau. Son regard aux paupières déjà un peu alourdies par l'alcool, qui fait ressortir tout ce petit réseau de ridules qui s'étendent vers ses tempes, revient s'accrocher dans les environs de Théo, et il lui sourit un peu, avec comme une expression d'excuse alanguie d'éthanol. Ses doigts se courbent gracieusement sous son menton alors qu'il appuie son coude au comptoir. Il soupire.

- Oui, Théo. C'est vrai. Je suis mauvais en noms propres. Je suis navré. Cela doit avoir à faire avec mon manque de bonne volonté envers la généalogie sorcière.

Chose qu'il n'aurait jamais dit, sobre. Ou peut-être simplement parce qu'il ne fréquente plus jamais de sorciers de sang pur depuis qu'il se considère comme réellement adulte. C'est à méditer. Et quelle meilleure occasion de méditer que lorsque l'on s'offre des verres. Le bibliothécaire en réclame d'ailleurs un nouveau pour lui, et puis pour Théo, dans sa grande largesse. Pas du Pur Feu, quelque chose de plus raffiné. Et pas spécialement pour impressionner Théo, cela lui vient machinalement.

- Le Coq et la Pendule ? Mh.. C'est la première fois que j'y mets les pieds. Je suis à Londres, j'imagine ? Ces gens ont un certain accent Cockney.

Désignant du bout des yeux un groupe de sorciers accompagnés d'une seule femme qui devisent tranquillement non loin du feu. Un nouvel arrivant, en entrant, laisse s'égayer des filets de brumes entre les tables et s'accrocher délicatement aux pieds des chaises un instant, avec le froid et la pluie qui les accompagne, puis la porte se referme avec un claquement. "Messieurs dames", est-il murmuré, et puis il s'en va s'installer loin dans les ombres. (GRAND PAS !)
Alceste, qui avait suivi son évolution dans la pièce se reporte une fois de plus sur Théo. C'est amusant de le voir ici, contre toute attente. Il n'arriverait pas à croiser d'ancien élève de Poudlard s'il faisait le pied de grue devant King's Cross une journée de rentrée des classes, et là sans aucune raison... Il se souvient de Théo comme quelqu'un de studieux, de plus, très appréciateur des bons livres, et en se souvenant de son nom de famille, se prend à sympathiser un peu. Son expression le laisse entendre, bien que comme il n'ai pas partagé ses pensées, sa sympathie puisse sembler venir parfaitement de nulle part.

- Il y a eu beaucoup de changements de professeurs depuis votre départ. Si vous reveniez à Poudlard pour saluer vos anciens enseignants, vous seriez bien embêté....

D'autant plus que le nouveau prof de vol est le plus grand fieffé gredin qu'il n'ai jamais rencontré et qu'il l'a connu dans sa pire période.

- Et vous, que faites vous cette année ? Votre scolarité vous a t'elle amenée là où vous souhaitiez être ?

Toute conversation correcte commence par des platitudes et des banalités. Les yeux de Théo ont quelque chose en eux qui le pousse à sourire encore un peu, vision rare et bientôt floutée par le verre qu'il y porte. Il a des dents très blanches.
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Le regard de Théo s'accrocha un instant dans l'étonnante chevelure de son interlocuteur, que l'homme tentait vaguement de discipliner tout en observant les gobelins. Théo, lui, trouvait Alceste bien plus intéressant à regarder. Il lui trouvait un physique particulier, bien que non dénué de cette grâce inhérente aux personnes de leur rang, avec son corps frêle engoncé dans une redingote du meilleur goût. Son foulard légèrement dénoué, son regard alourdi lui donnent un air alangui qui n'est pas pour déplaire au jeune homme. Théo cessa son observation quelque peu inconvenante lorsque Alceste reporta son attention sur lui et balaya ses excuses d'un revers de main, déjà heureux que le bibliothécaire se soit souvenu de lui. Et puis il n'était pas désagréable que l'on oublie son nom, pour une fois. Ses sourcils se haussèrent avec curiosité lorsqu'il mentionna son désintérêt pour la généalogique sorcière. Voilà bien quelque chose que Théo ne partageait pas, lui qui avait une très bonne connaissance des arbres de l'ensemble des familles de sang-pur. C'était très pratique pour situer les gens aux dîners mondains - et pour éviter de flirter avec une jeune sorcière de sa propre famille, éventuellement, même s'il n'avait plus à s'inquiéter de ce problème aujourd'hui.

Un sourire approbateur naquit sur ses lèvres en voyant Alceste commander deux verres, indiquant sa volonté de rester en sa compagnie. Voilà qui le changerait du Whisky Pur Feu et des discussions avec le barman sur sa collection de noeuds papillons...

"Je vous remercie", dit-il avant de lever légèrement le verre en direction d'Alceste puis d'en boire une gorgée.

Sa question provoqua le rire de Théo, qui se demanda comment il était possible d'atterrir dans une ville sans même être certain de sa destination. Alceste était-il toujours aussi désorienté ou était-ce seulement aujourd'hui ? 

"Oui, nous sommes bien à Londres", répondit-il avec bonne humeur, avant de jeter un coup d'oeil intéressé à l'homme mystérieux qui venait de faire son entrée. Voilà pourquoi il préférait les bars sorciers de très loin, même si cela le conduisait fatalement à faire des rencontres avec des sang-pur qu'il aurait préféré éviter : on s'y amusait beaucoup plus. Ils n'étaient pas emplis de jeunes hommes et jeunes filles écoutant de la musique moldue abominable et buvant beaucoup plus que de raison dans l'unique but de faire des rencontres d'un soir, mais d'un mélange d'occupants hétéroclites et passionnants. Théo détacha son regard de l'homme à la capuche à l'évocation de ses anciens professeurs. Alceste ne lui apprenait rien, puisque Théo correspondait régulièrement avec Artémis et avec Margot, mais il n'en dit rien.

"Il y en a certains que je ne regretterai pas", répliqua-t-il en esquissant un sourire pour atténuer la dureté du ton. Qui que soit le nouvel enseignant d'arithmancie aujourd'hui, il ne pouvait guère être pire qu'Ana Sorden... Quant aux jeunes astronomes en herbe, il y avait fort à parier qu'ils étaient plutôt ravis d'échapper à l'excentrique professeur Dérébusor. 

"Comment trouvez-vous vos nouveaux collègues ?", s'enquit-il avant de répondre : "Je suis apprenti au bureau des Oubliator, et je dois dire que je suis très heureux du déroulement de mon stage. Le métier semble passionnant, et j'ai un maître de stage particulièrement intéressant, bien qu'exigeant. Les cours à l'université magique m'enthousiasment beaucoup moins, en revanche."

Une légère grimace dédaigneuse trahit son mépris pour l'université et ses cours, qui ne servaient qu'à lui faire perdre son temps - précieux, de toute évidence - en lui imposant des connaissances qu'il n'avait pas réellement envie d'acquérir. Pourtant, il travaillait avec le sérieux qui s'imposait, d'une part parce qu'il savait que c'était important pour sa vie professionnelle, qui l'amènerait à côtoyer des moldus, et d'autre part du fait de son caractère qui lui imposait de faire les choses sérieusement. Mais les cours étaient devenus une véritable torture depuis sa rupture avec Samaël, et il les passait le regard rivé sur sa montre, prêt à bondir de sa chaise dès la fin de l'heure. Théo laissa échapper un soupir de lassitude et écarta le sujet d'un revers de main, peu désireux de s'y appesantir. Il n'avait pas envie de parler de lui, et préférait en découvrir le plus possible au sujet de son interlocuteur. Une question lui brûlait les lèvres, sans qu'il ose la poser, par peur d'offenser Alceste. Après avoir tergiversé, en s'attaquant à son verre pour se donner une contenance, il finit par se décider. Théo glissa une main dans ses bouclettes châtain, avant de s'agiter quelque peu sur son tabouret, de vriller un regard hésitant sur son interlocuteur. Puis il finit par lâcher :

"Vous êtes un Greengrass, n'est-ce pas ? Je connais notamment votre cousin Adonis ainsi que d'autres membres de votre famille mais il ne me semble pas vous avoir déjà croisé au détour des réunions mondaines. Pardonnez mon indiscrétion mais...feriez-vous partie du petit groupe des renégats sang-pur ? Et si tel est le cas, pourquoi ?"

Il n'y avait aucun jugement dans le ton de Théo, plutôt une grande curiosité et une légère pointe d'espoir. L'espoir d'avoir face à lui l'un de ses rares marginaux de la haute société qui s'en étaient extraits, pour une raison ou une autre, mais avaient réussi à mener leur petit bout de chemin. Sans fuir de l'autre côté de l'Atlantique, comme l'ancien fiancé de Rosaleen... Après tout, si Alceste y était arrivé, peut-être qu'il restait de l'espoir pour Théo.



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Si le seul intérêt de connaitre la généalogie sorcière est de pouvoir éviter de flirter avec les mauvaises personnes aux dîners, il semble normal qu'Alceste n'y connaisse donc rien. Alceste n'est pas frêle, d'ailleurs, dis donc. Il est mince et osseux et certainement tendineux mais, lorsqu'il renonce à porter un tiers de son poids en livres, il est correctement grand et a presque une largeur d'épaule honnête.

Alors que le bibliothécaire étudie du bout des yeux l'ancien élève avec qui il partage désormais une place au comptoir, il lui vient à se demander ce que Théo, lui, peut bien faire là. Il ne se souvient pas, lors des quelques fois ou l'esprit distrait d'Alceste a enregistré la présence de Théo dans sa bibliothèque, dans les couloirs, Lors des repas dans la grande salle, qu'il lui ai jamais donné l'impression de pouvoir devenir quelqu'un qui boit seul dans un bar presque mal famé. Il l'imagine entouré de gens de son âge et souriant et plein de succès. Même s'il est correctement souriant présentement. Mais la question n'est pas sienne à discuter, et il l'a chasse avec un revers mental de la main -imitant dans sa tête l'exact même geste qu'à pu faire Théo lorsqu'il s'est trompé sur son prénom, sans s'en rendre compte. L'alcool a de magnifiques propriétés mimétiques. Gorgée de whisky. La brûlure du liquide le fait soupirer avec contentement.

Dans son coin, l'homme encapuchonné a fait racler un tabouret au sol pour l'amener devant ses pieds, et y repose ses bottes en s'allumant une longue pipe fine. Quelques mesures d'un crin-crin geignard tenu par un vieux sorcier miteux font perdre quelques siècles supplémentaires à l'atmosphère, et si ce n'était pour le journal imprimé posé plus loin sur le zinc, il aurait été facile de se croire en plein âge noir de la révolution gobeline (Celle de 1432).

Le rire de Théo à sa question le fait presque rosir de gène. Comment dire en ayant l'air sérieux qu'il a transplané de colère et s'est retrouvé devant ce bar sans le vouloir ? Transplaner par colère sans contrôler sa destination, c'est bon pour les adolescents qui ont appris à se déplacer ainsi depuis huit mois et ne peuvent pas retenir leur enthousiasme. Il dévisage le fond de son verre avec humeur. Sa colère est parfaitement retombée depuis ne laissant qu'une lassitude en demi-teinte, diffuse et habituelle.

- Il y a eu beaucoup d'arrivées cette année et certains collègues sont.. Surprenants. Bien sûr Alceste est incapable, jusqu'en son essence même, de médire ouvertement d'un collègue et manie l'art de l'euphémisme. Mais je ne suis pas à Poudlard depuis si longtemps que cela, après tout, et n'ai pas eu le temps de connaitre spécialement ceux qui sont partis... Ce qui n'est pas plus mal, rajoute-il dans sa tête. Après les évènements de ces dernières années le changement est salué avec soulagement, néanmoins.

Et c'est quelque chose de surprenant, probablement, venant de sa part, mais, d'une poche, il extrait une petite boite plate émaillée, ancienne, et avec une pression du pouce, dévoile de petites cigarettes noires à bague d'argent, de fabrication sorcière. En propose une à Théo, s'en sélectionne une autre qu'il allume avec une bougie qui traine sur le comptoir. La fumée est légère, sucrée, avec des teintes délicatement violettes. Elle ne fait, de plus, pas de cendres.

- Oubliator. C'est un métier usant. Combien de temps dure votre apprentissage ?

Il ne fait pas de commentaire sur l'université, avec tact. N'approuvant pas spécialement cette mesure. Puis vient la dernière question et son visage, qui était ouvert comme rarement il ne l'est lorsqu'il s'enferre dans son rôle autoritaire de Bibliothécaire, s'assombrit comme s'il avait fermé des persiennes aux fonds de ses yeux. L'après-midi lui revient à l'esprit avec violence. Madame, et puis son frère, et le sourire en coin, et les enfants qui suçotent de grands sucres d'orge, tout beaux dans leurs manteaux d'hiver. Ses lèvres prennent un pli amer. Il saisit ses lunettes, en replie les branches, les ouvre à nouveau, les remet. Une nouvelle gorgée d'alcool le calme comme si on l'avait claqué. Sa voix a une sorte de distance infinie lorsqu'il en parle.

Renégat... Rire léger. Oui, j'imagine que l'on m'a nommé pire que renégat. Il se trouve que en effet, j'ai quelques différends avec ma famille proche. Je... Je sais que tout le monde est à la même enseigne dans l'estime familiale. Droiture, valeurs, ne pas décevoir. Il se trouve que... Je suis d'une nature faible et n'ai jamais eu l'estomac pour supporter toutes ces attentes.

Gorgée qui vide son verre.

- L'opprobre n'était pas encore trop terrible à l'adolescence. Personne n'attend de vous autre chose qu'une excellence scolaire facilement atteinte. Lorsque... Il semble se raviser, redresse ses lunettes sur son nez. Oh heu hum je ne comptais pas me mettre à remâcher mes rancoeurs, excusez-moi... Alberich ?

Et le verre est à nouveau plein et ressemble à une salvation.

- Avez-vous des problèmes avec votre famille ? Ou m'avez-vous demandé ça par simple... étrange forme de discussion polie ?

Il ne faudrait pas en dire trop juste pour assouvir une curiosité malsaine. Alceste, qui appréciait jusqu'à présent la compagnie de Théo le surveille maintenant avec une pointe de méfiance que sa politesse ne déguise pas tout à fait.
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Théo saisit délicatement l'une des petites cigarettes sorcières que lui proposait Alceste, avant de la porter à sa bouche avec une certaine appréhension. On ne fumait pas dans son entourage, parce que cette pratique était assimilé aux moldus et à leurs cigarettes malodorantes et destructrices, mais Théo ne voulait pas refuser. Déjà, cela ne se faisait pas, et ensuite il était curieux. La curiosité finirait par le perdre, songea-t-il en allumant la cigarette d'un coup de baguette. Il toussa un peu, surpris, puis se prit à apprécier.

"Deux ans", répondit-il d'un ton laconique à la question d'Alceste, trop occupé à observer les légères volutes violettes qui allaient se perdre dans l'épaisse fumée causée par les gobelins.

"Un métier usant, sans aucun doute", répondit Théo sans hésitation. "Pour l'heure, je suis jeune et enthousiaste mais je ne sais pas si je l'exercerai toute ma vie. Parfois je me dis que je serai bien plus heureux des livres, moi aussi..."

Pourtant, Théo ne regrettait pas son choix de carrière, pas une seconde. Son stage était la seule chose qui lui donnait l'impression d'être vivant ces derniers temps, et il était si bon de se sentir optimiste et passionné à propos de quelque chose qu'il n'était pas prêt d'y renoncer. Il aurait sans doute perdu prise depuis longtemps s'il n'y avait pas eu son stage auquel se raccrocher. Car il savait qu'il ne pouvait se laisser aller, l'enjeu était trop important. Il en allait de sa carrière, de son avenir. Le temps et les efforts qu'il investissait dans ce travail seraient forcément payants, ce qui n'était pas gagné d'avance s'il mettait un peu de lui-même dans une relation humaine. Alors il était heureux qu'il ne soit pas seul parmi les livres comme son interlocuteur, finalement. L'isolement l'aurait probablement tué.

Théo nota la réticence d'Alceste à lui répondre et se cacha dans son verre, qu'il termina avant d'en commander aussitôt un autre. La chaleur commençait à lui monter aux joues, sans qu'il sache réellement si c'était la température ambiante, l'alcool ou la discussion. La réponse d'Alceste le laissa quelque peu perplexe, et il mourrait d'envie d'obtenir plus de détails, mais il savait qu'il pouvait déjà s'estimer heureux de ne pas l'avoir fait fuir avec une question aussi personnelle.

La méfiance se lisait désormais dans le regard d'Alceste, et Théo se mordit la lèvre inférieure, regrettant d'avoir posé sa question. Que pouvait-il bien répondre à cela ? Lui répondre avec honnêteté reviendrait à lui révéler son secret et ce n'était clairement pas très judicieux. Même si son instinct lui soufflait qu'il pouvait accorder sa confiance à cet homme, Alceste n'avait rien fait pour gagner une telle confiance et il pourrait très bien répandre des rumeurs à son sujet, en dépit de sa prétendue distance avec le monde des sangs-purs. D'un autre côté, n'était-ce pas là tout le but de ses derniers choix, de la rupture de ses fiançailles, de sa conversation avec sa mère ? Pouvoir être honnête, avec lui-même et avec sa famille, certes, mais également avec un inconnu dans un bar ? Petit à petit, il devait prendre le chemin de la franchise, il devait apparaître au monde tel qu'il était réellement. C'était pourtant loin d'être facile.

"Non, je...", répondit-il avant de poser impulsivement sa main sur le bras d'Alceste, "Je n'essayais pas d'être discourtois ou de me mêler de ce qui ne me regarde pas, pardonnez-moi."

Il ramena sa main vers lui et suivit des yeux les lignes du bois du comptoir quelques instants, avant de poser sur Alceste un regard pensif.

"A l'inverse de vous, je me suis toujours très bien fondu dans ce monde et ses attentes. S'il y avait bien quelqu'un pour porter les valeurs et principes de ma famille, c'était moi, avec une fierté et une constance que d'aucuns peuvent considérer étrange étant donné le nombre de Nott actuellement en prison, mais passons... J'ai toujours pensé que ma vie continuerait ainsi, immuable, au fil des années. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévues et récemment, j'ai... pris un chemin différent, embrassé un comportement qui va à l'encontre de tout ce qui pourrait faire la fierté d'une famille telle que les nôtres. Tout cela n'a pas encore éclaté au grand jour mais ce n'est qu'une question de temps, et je vais sans aucun doute au devant de gros problèmes avec ma famille, oui."

Sa famille, et les autres.

"Et... J'imagine que l'on va me nommer pire que renégat également. Bien pire."

Il ponctua ses paroles d'un petit sourire, histoire de dédramatiser la situation, mais il pouvait sentir à son pouls qui s'accélérait que son anxiété latente était de retour. Nul doute qu'elle ne le quitterait pas jusqu'au jour où il finirait par, enfin, se révéler.

"D'où ma question, à vrai dire. Je crois que j'appréhende, c'est même un bel euphémisme, alors je me demandais si j'avais face à moi quelqu'un dans une situation plus ou moins similaire. Alors... N'hésitez pas à remâcher vos rancoeurs auprès de moi, vraiment."

C'était tout de même une conversation bien sérieuse et peu joyeuse pour deux compagnons de bar un peu trop alcoolisés, et Théo ne tenait pas à assombrir l'atmosphère plus que de raison. D'autant plus qu'il commençait à sérieusement sentir les effets de l'alcool...

"Mais nous pouvons également aborder un sujet plus plaisant si vous le souhaitez", ajouta-t-il d'un ton espiègle. Souhaitant se rajuster sur son tabouret, il le rapprocha quelque peu de celui d'Alceste et se tourna à demi vers lui, posant le coude sur le comptoir et la tête sur sa main. Alceste avait les yeux verts, nota Théo, l'expression rêveuse. C'était joli.



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Les cigarettes ont quelque chose de boisé et fruité à la fois, et doivent être en partie la raison de l'odeur d'encens que porte Alceste (pas que quelqu'un se soit un jour approché suffisamment près pour le remarquer, néanmoins). Bizarrement, cela semble faire plaisir au bibliothécaire que Théo accepte d'en fumer une. Probablement exactement pour la même raison que celle qui fait que Théo n'en fume pas en premier lieu : le jugement sang-pur.

Plaisir qui devient clairement visible lorsque Théo fait sa remarque sur les livres. Ah. Jeune padawan. Il savait que le jeune homme était quelqu'un de correct s'il fallait en juger ses habitudes studieuses. Elles ne l'ont manifestement pas quitté depuis juin dernier, et malgré le fait d'avoir du prendre une année supplémentaire à Poudlard. Il hoche la tête.

- Les livres sont de parfaits compagnons. C'est correctement bateau comme phrase, venant d'un bibliothécaire encore plus, mais il n'arrive pas à s'en empêcher, il faut absolument qu'il reconnaisse leur bienfaits. Il ne prend pas de stagiaires. bah, il pourrait peut-être faire une exception. Pauvre Théo doit avoir eu bien suffisamment de Poudlard pour quelques années, en même temps.

Puis vient la question de son climat familial, et alors qu'il y répond, une vague d'ivresse le saisit subitement, résultat des quelques gorgées bien trop amples et trop rapprochées qu'il a pris sous le coup de la nervosité. Il semble un instant à Alceste que son cerveau s'est décroché et est parti directement au plafond, ce qui complique quelque peu son aptitude à traduire les mots en idées et à comprendre ce que Théo lui raconte. Ses joues prennent une belle couleur rose et il repose sagement son verre, pour le moment - le réflexe de le porter à ses lèvres est un peu trop facile à déclencher. Il prend un moment pour rassembler ses esprits, puis lève les yeux sur Théo, et le scrute. Il ne semble pas y avoir de mauvaises intentions sur son visage, plus une certaine nervosité, si se mordre la lèvre en est un indice. Ca -et l'alcool- le radoucit. Allons. Tu es adulte, tu as manifestement une sorte de devoir envers Théo ce soir, jouer le rôle de la figure morale qui a réussi à s'en sortir... Sauf que c'est si loin d'être le cas. Qu'une apparence tranquille et suffisamment bien habillée ne suffit pas à combler les crevasses dans la vie de quelqu'un. Que si l'exil fut la meilleure solution pour sa santé mentale, elle ne l'a jamais prémuni de la solitude. Elle était facile à ignorer, la solitude, en France, toujours occupé, mais à présent qu'il s'est installé à Poudlard, tout entouré de jeunes gens joyeux et discutant, lorsqu'il rejoint ses appartements le soir, la solitude est quelque chose de présent dans chaque silence, dans chaque regard inexpressif de sa grenouille. Il a même presque envié Léa Ollivander et la présence (tout à fait excessive) de ses millions de chats.
La chaleur de la main qui se pose sur son bas le fait revenir à la réalité brutalement. Alceste cille plusieurs fois, se demandant un instant s'il a dit tout cela à voix haute, suscitant la pitié de la part de son interlocuteur... Mais non, c'était un geste parfaitement gratuit. D'ordinaire, les gens ne le touchent pas, ressentant instinctivement que le contact ne serait pas bienvenue - ou peut-être jugeant Alceste révulsif et inatteignable. D'ordinaire, Alceste en est bien content. Là il semblerait qu'un trou en forme de main s'est creusé dans son avant-bras suite à la perte de contact. Comptez sur l'alcool pour lui faire prendre conscience que le contact humain a pu vous manquer. Alceste range sa main sur son genou comme s'il s'était brûlé.

Il se reprend avec une sécheresse analytique.

- Vous avez peur que votre comportement ruine votre réputation familiale. Vous avez plusieurs choix, j'imagine. Faire en sorte que tout témoin de votre comportement ne soit plus à même de parler -et puis cela vous ferait, j'imagine, des travaux pratiques, regardant votre formation-, mais vous semblez déjà résolu à subir ce qu'il va vous arriver, donc j'imagine que ce n'est pas une option. Je ne sais pas si je peux être utile... Je n'ai jamais rien fait -avant de me désavouer par moi-même de la famille- qui pouvait me faire renier tout à fait... J'étais juste une grande déception ordinaire et ai choisi d'y couper court... Votre problème semble être plus grave. Essayez de ne pas trop vous mettre en danger... ?

Il ne connait pas bien la famille Nott, mais en sait assez long sur leurs pratiques. Il ne souhaite aucunement la solitude et le rejet à Théo. Mais, encore une fois, Théo semble avoir ce que lui, Alceste, n'a jamais trouvé en soi : une capacité à la socialisation. Alceste est persuadé que le jeune homme est quelqu'un capable de savoir se faire infiniment apprécier s'il le veut.

- Je suis certain que l'on peut vivre parfaitement sans nos liens familiaux. Qu'il ment avec aplomb, et cette fois c'est lui qui tapote le bras de Théo, très brièvement. Il tente d'avoir une expression confiante. Tout en sachant qu'il n'a pas exactement répondu à la question... Il blâme la confusion de l'alcool mais suppose au fond de lui que le sujet est un peu trop délicat, et la conversation bien trop semée de non-dits pour qu'il puisse vraiment analyser la situation et prodiguer des conseils utiles.

Théo se rapproche de lui et le bibliothécaire se demande un instant la raison, concluant que le volume sonore du bar doit empêcher de l'entendre clairement. Il tire son siège un peu vers son interlocuteur, du coup, affable.

- Oh euh je ne suis pas certain que je suis capable de faire dans le plaisant, je vous laisse cette responsabilité.

Théo lui demande probablement de lui changer les idées et d'éloigner ses esprits de ses préoccupations familiales, en fait. Alceste prend donc sur lui.

- Peut-être pourrais-je vous proposer une partie de quelque chose ? Je crois que le barman a des paquets de bataille sorcière à disposition.

Grand sourire. Moment irréel.
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Eh bien, si c'était à Théo que l'on laissait la responsabilité du plaisant, la soirée s'annonçait pour le moins sinistre. Il avait été tellement morose ces dernières semaines que même son chat Raspoutine en était venu à fuir sa présence, sans parler de son nouveau hibou qui semblait s'être perdu quelque part entre Poudlard et Aberystwyth avec la dernière lettre d'Artémis. La seule personne qui semblait accepter sa présence occasionnelle était Zacharias, mais cela ne comptait pas vraiment, puisque Zach répondait probablement à la détresse intérieure de Théo qu'il partageait lui-même. Heureusement, Alceste sembla prendre les choses en main en faisant une suggestion qui laissa Théo profondément perplexe. Jouer à la bataille explosive ? Voilà là une bien étrange occupations pour deux adultes, songea le jeune Nott en se redressant avant de jeter un regard étonné à Alceste. N'était-ce pas là un jeu bon pour les enfants, auxquels s'adonnaient donc volontiers les Poufsouffle en manque de sensations fortes dans la salle commune ? Enfin, il ne fallait pas juger Alceste là-dessus, ce n'était pas de sa faute. A force de côtoyer des âmes puériles à longueur de journée, cela avait dû finir par affecter son comportement. Ainsi soit-il, songea Théo en hochant légèrement la tête, attendri par le large sourire de son interlocuteur.

"Alberich ? Auriez-vous un jeu de cartes, je vous prie ? Bataille explosive. Et une bouteille de vin."

Théo crut percevoir un certain étonnement dans le regard du barman, qui s'abstint néanmoins de tout commentaire. Quelques instants plus tard, Théo battait les cartes et les distribuait en essayant de ne pas trop analyser ce qui était en train de se passer. Il leur servit également deux verres avant d'annoncer :

"Très bien, mais si nous devons jouer, nous allons boire. A chaque explosion, histoire de les rendre plus attrayantes."

Une dame de coeur s’abattit sur le comptoir et le jeu débuta, Théo se jetant avec passion dans la bataille sorcière en buvant une gorgée de vin un verre sur deux. Ses sourires se faisaient plus appuyés et il se prit à réellement apprécier la présence du bibliothécaire, en dépit de ses paroles précédentes qui ne cessaient de tourner dans son esprit. "Votre problème semble être plus grave." Grave, était-ce grave, son problème ? Probablement si l'on essayait de le maquiller sous un mariage factice, mais cela ne lui paraissait pas grave, à lui, au contraire. Il se sentait capable de vivre parfaitement avec ce grave problème, en revanche il n'était pas certain de pouvoir parfaitement vivre sans ses liens familiaux. Théo était même certain du contraire, et ne pouvait s'empêcher de prier, avec un optimisme indécent, pour ne pas en arriver à une telle extrémité. Sa famille était emplie de gens raisonnables, n'est-ce pas ? Tellement raisonnables qu'elle emplissait plusieurs cellules d'Azkaban. Merlin... Une énième gorgée de vin s'imposait.

Pour éviter une petite explosion provoquée par son roi de carreau, Théo fit un léger bond en arrière et perdit légèrement l'équilibre, se raccrochant à ce qu'il pouvait. A savoir l'épaule d'Alceste, sur laquelle il s'affala à moitié avant de se redresser en pouffant.

"Est-ce donc ainsi que vous occupez vos soirées dans la salle des professeurs ?", le taquina Théo non sans se demander si Alceste fréquentait seulement les autres adultes du château, n'étant pas lui-même un enseignant. Peut-être même avait-il une famille, des enfants, il semblait suffisamment âgé pour cela. Plus vieux que lui, c'était certain, même s'il aurait eu du mal à lui donner un âge précis. Pas d'alliance, constata-t-il avec une once de satisfaction qui le laissa surpris. Ce n'était même pas la peine de l'envisager pour une seule seconde, se réprimanda-t-il intérieurement. Il n'allait pas se mettre à séduire les inconnus dans les bars, maintenant. Il y avait bien eu Zach, mais avec Zach, c'était différent, et puis ils étaient en terre moldue. Ce qui se passe en terre moldue reste en terre moldue...

Théo laissa échapper un soupir nonchalant, aux prises avec ses pensées. La bataille explosive, c'était amusant, certes, pour un temps. Mais il y avait bien d'autres façons de s'amuser. Des façons qu'il devait exclure de son imagination, car les chances pour qu'Alceste soit réceptif étaient infiniment minces. Il ne put cependant s'empêcher de lâcher une petite allusion, un léger sourire au coin des lèvres.

"Vous devriez profiter d'une escale londonienne pour... varier votre quotidien."

Les cartes explosèrent à nouveau, brûlant quelque peu le menton de Théo cette fois. Le jeune homme laissa échapper un grognement mécontent et vida son verre cul-sec pour faire passer la douleur. L'alcool était une médecine comme une autre, songea-t-il en déversant allègrement le contenu de la bouteille dans leurs deux verres. Ils n'étaient pas les seuls à se détendre, songea-t-il en jetant un oeil perplexe aux gobelins qui commençaient à s'agiter, avant de reporter sur Alceste un regard brillant.

"Si ma famille voyait à quoi j'occupe les miennes en ce moment, je crois qu'elle n'aurait même pas besoin d'apprendre que je suis g...", lâcha Théo joyeusement, avant de se rendre compte de sa bourde. "...ce que je suis, pour me renier ! Je parie que c'est votre goût pour la bataille explosive qui a provoqué des dissensions avec la votre ! Ce jeu est indécent."


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Alceste s'offusque de la perplexité affichée sur le visage de Théo -s'étonnant quelque part dans sa tête, d'une voix presque sobre, d'être si expressif, ce soir- et saisit le paquet de cartes des mains du jeune homme comme s'il ôtait un objet technique et capricieux des mains d'un amateur.

- Ne faites pas cette tête. Les cartes sorcières sont un passe-temps noble et qui ne doit pas être tourné en ridicule.

Il lui accorde sa confiance, ensuite, en lui rendant le paquet en lui laissant le soin de distribuer. L'idée d'ajouter à leur soirée plus d'alcool qu'elle n'en contient déjà semble l'enchanter et il boit son premier verre avec entrain lorsque les cartes commencent à sauter. Définitivement tout sauf sobre, les explosions le font glousser - pas exactement rire, comme s'il ne savait plus faire, depuis le temps, comme si tout l'alcool du monde ne pouvait pas le détendre assez pour lui permettre de montrer ses dents en riant franchement, mais des petits bruits traduisant un franc amusement. C'est probablement la chose la plus normale et la moins formelle qu'il ai fait depuis plusieurs années. Si on lui avait dit que le remède à son existence fantomatique était un peu trop d'alcool, un sang-pur et un paquet de cartes, il aurait tenté d'enterrer la personne lui racontant de telles âneries sous des montagnes d'ouvrages très lourds, en cuir, et consacrés aux moments les plus ennuyeux de la révolution gobeline.
Le roi de carreau explose particulièrement brusquement et soudainement Théo se raccroche à lui. Par réflexe, un de ses bras glisse autour de la taille du jeune homme pour tenter de lui éviter une chute sur le sol à la propreté douteuse du Coq et la Pendule, et il l'aide à se remettre droit, récupérant son bras rapidement. Il fronce mentalement des sourcils -il en est capable, une fois pompette-. Sa main, lorsqu'elle a frôlé le ventre de son compagnon de bataille a enregistré des informations à propos de la fermeté de ses abdominaux dont il ne sait pas quoi faire. Il hausse une épaule avec désinvolture, s'appliquant à présent à tricher avec assez peu de subtilité et réussit à battre deux cartes de Théo avant qu'il devienne évident qu'il regarde son jeu à l'avance. Il n'est d'ailleurs aucunement repentant à ce sujet, si Théo lui en fait la remarque, mais lui adresse juste un grand sourire Serpentard.

- Je suis très peu en salle des professeurs... Ces gens ont de fâcheuses habitudes à entrer en conflit à propos de politique bien trop souvent pour y trainer. Il se fait la réflexion que la tournure de sa phrase laisse à désirer puis se juge trop saoul pour s'en soucier. Mais j'ai déjà confisqué des paquets de Bataille et ai oublié malencontreusement où je les ai rangées...

Pour Alceste, "oublier malencontreusement où est rangé un objet confisqué" est une vengeance qu'il distribue avec largesse, et il s'est constitué en cinq ans une très belle collection de cartes, de Dames Menteuses, de bonbons et de farces et attrapes en tout genre. Il les garde précieusement dans un tiroir comme une pie particulièrement bizarre. Peut-être qu'il possède un ou deux objets ayant appartenu à Théo, si ce dernier n'a pas fait attention à ce qu'il a osé ramener sur le territoire sacré de la bibliothèque.

La remarque sur le quotidien fait rire, cette fois presque franchement, le bibliothécaire.

- Vous n'avez pas idée d'à quelle point cette soirée diffère en tout point de mon quotidien... D'ailleurs en cela je vous remercie... S'il n'avait été votre présence j'aurais probablement bu ma misère tout seul puis aurait tenté de rentrer chez moi à pied avant de me rendre compte trop tard que je ne peux pas transplaner vers Poudlard et mourir écartelé contre les mesures magiques anti-transplanage... Subitement mortellement sérieux, il plante son regard dans celui de son jeune compagnon et déclare à voix basse. Théo, vous m'avez probablement évité une mort stupide et, j'imagine, douloureuse. Merci.

Puis repart d'un gloussement et abat une carte avec vindicte sur le tas déjà bien roussi. Cela explose, bien entendu, laissant une brûlure sur le menton de Théo. Alceste a une petite exclamation de surprise, ne souhaitait pas le blesser si peu de temps après lui avoir signifié -même pour plaisanter- qu'il lui doit la vie, portant une main à sa bouche avec horreur tandis que l'autre s'avance et touche légèrement le côté de la mâchoire de Théo comme pour s'assurer qu'il va bien. Cela dure un quart de seconde avant qu'il ne se tourne vers la bouteille de vin et ne lui remplisse son verre à nouveau, pour s'excuser - et ils peuvent tous les deux constater qu'une bouteille de vin, cela ne dure vraiment pas longtemps. Après deux verres quasiment coup sur coup, son sérieux lui revient un peu et il a un joli sourire amer en lui racontant son histoire, sans faire vraiment attention à la révélation que Théo a été à deux doigts de lui faire en plein bar sorcier.

- Oh oui mon addiction à la bataille explosive m'a valu un bannissement à vie et j'ai échappé de peu à la sentence suprême.... Il prend une voix plus grave et qui arrive à être encore plus nobliaude que la sienne : Les Greengrasss jouent aux échecs, allons. Ah si vous voulez tout savoir (gloussement)... Le fait est que mon père n'a pas apprécié que mes soeurs soient mariées avant moi... Il semblerait qu'un Greengrass célibataire soit capable de jeter l'opprobre sur une famille tout entière.... Et comme je n'avais ni l'envie ni ah... La.... Capacité de me marier et que je l'ai signifié... Hum... Le climat familial -qui n'était déjà pas très agréable parce que je suis un sorcier très moyen alors que ma mère est une incroyable transfiguratrice... s'est incroyablement détérioré en quelques mois... Ils ont vu mon départ pour la France comme la goutte qui fit déborder le vase... Et cela fut un prétexte aussi bon qu'on autre pour m'affranchir d'eux une bonne fois pour toute.

Peut-être que Théo interprétera mal cette histoire. Peut-être qu'il verra comme cause à l'isolement d'Alceste non pas son incapacité sociale profonde mais quelque chose lui rappelant sa propre condition... Après tout, n'est-il pas, lui aussi, en mal de fournir une mariée à sa famille ? Encore plus prodigieusement qu'Alceste, même, en ce qu'il a été catastrophiquement fiancé... Et il n'aurait pas été illogique que les Greengrass-Harris étouffent l'affaire par tous les moyens... Un gay dans la famille... Vaut mieux prétendre qu'il ne s'entend juste pas avec les valeurs familiales. Peut-être qu'au final, vous avez tous les deux l'exact même problème, et Alceste semble, somme toute, ne pas trop mal le vivre. Peut-être d'ailleurs que son regard et les sourires qu'il adresse à Théo sont plus que motivés par la simple ébriété ?

- Oh !

L'exclamation vient du fait que son valet de trèfle vient de sauter, ébréchant son verre. Les mains vides, ayant épuisé tout le vin, il semblerait que cela signe la fin de la partie. De plus, les gobelins dans leur coin ont décidé que la soirée était trop calme et se sont mis à chanter des chansons affreusement obscènes - certains ont même commencé à effectuer des danses irlandaises très approximatives sous les sifflets des autres, et cela ne semble pas aller en s'arrangeant. Lorsque le premier enlève son pourpoint et son veston Alceste a un petit bruit comme celui que fait une souris sur laquelle on vient de marcher.

- Euh je ne suis pas sûr que je suis assez saoul pour ça. Nous devrions peut-être fuir avant que cela ne devienne critique. Peut-être pourriez-vous me faire découvrir votre façon de "varier votre quotidien", vu que nous sommes à Londres.

Alceste qui n'a pas du tout saisi la nuance du propos de Théo dit ça bien sûr en toute innocence, mais si Théo se pense éclairé de la lumière d'une quelconque révélation lue entre les lignes du monologue d'Alceste tout à l'heure il pourrait, lui, le prendre d'une façon bien moins légère et peut-être même pour une invitation.... Plus de vin est commandé au bar, en tout cas. Ce qui n'augure jamais rien de mal.
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Le rire d'Alceste a le don de faire sourire Théo, qui ne pouvait s'empêcher de le trouver attendrissant. Le bibliothécaire est attachant, avec son air un peu perdu, et Théo parvenait sans mal à l'imaginer coincé entre deux enseignants débattant de la politique du MIM avec virulence, ou confisquant de façon permanente les objets des élèves qui troublaient le calme de sa bibliothèque.

"Serpentard", souffla Théo en guise de commentaire, les yeux brillants d'amusement. C'était un compliment dans sa bouche, lui qui avait espéré appartenir à cette maison avant d'être envoyé dans une salle commune qui avait tenté de le rendre fou à chaque période de Noël. Les étranges remerciements d'Alceste le laissent perplexes, néanmoins, alors que son esprit embrumé tente de déterminer si l'on meurt réellement en transplanant sur les barrières magiques de Poudlard. Ces questionnements se perdent bien vite dans le regard délavé d'Alceste, et Théo lui répond avec le même sérieux :

"Ce fut un plaisir."

Et c'était un plaisir, en effet, de partager ce moment avec Alceste, songea Théo en sentant les doigts du bibliothécaire se poser furtivement sur sa mâchoire. Troublé par le contact, il pose les yeux sur son verre en s'efforçant d'ignorer son envie de saisir la main d'Alceste pour la garder dans la sienne. Hélas, ce désir ne disparut pas avec l'évolution de la conversation, au contraire. Au contraire, Théo sentit son rythme cardiaque s'emballer au récit d'Alceste, tandis qu'il posait sur lui un regard empli d'espoir. Que devait-il comprendre, au juste ? Se pourrait-il que...Qu'Alceste n'ait pas la "capacité" de se marier parce qu'il était gay, lui aussi ? Cela semblait être un peu trop beau pour être vrai, songea Théo en s'efforçant de ne pas s'enthousiasmer trop vite. Quelles étaient les chances pour qu'un autre sang-pur gay soit venu l'aborder avant de lui révéler cela sur le ton de la conversation, comme si de rien n'était ? Probablement très minces, n'est-ce pas. Pourtant, il n'y avait pas cinquante façons d'interpréter ce que venait de lui avouer Alceste... Les paroles de Zach lors de leur dernière rencontre lui revinrent alors en mémoire. La communauté gay sang-pur est plus étendue qu'il n'y parait... Théo avait été sceptique sur l'instant, persuadé d'être le seul à oser outrepasser l'un des plus importants principes de leur monde. Pourtant, Alceste venait de déclencher le doute et l'espoir en lui. Il lui adressa un sourire incertain et s'emmura dans le silence, réfléchissant frénétiquement.

Merlin, Alceste était gay... Cela signifiait qu'il n'était pas seul. Une autre personne était à même de le comprendre, de saisir sa confusion et sa peur, une autre personne qui était probablement déjà passé par là et semblait beaucoup plus à l'aise que lui avec cela. C'était aussi inattendu qu'inespéré et Théo se sentit un peu moins singulier et abandonné, pour la première fois depuis sa rupture avec Samaël. Ses pensées bouillonnaient dans son esprit tandis que mille interrogations y naissaient, avant de mourir sur ses lèvres. Heureusement, une carte explosive relayée par les chants indécents des gobelins masquèrent son silence. Une grimace de dégoût s'étira sur le visage de l'oubliator qui porta son verre à ses lèvres - il fallait encore de l'alcool pour oublier cette image abominable - avant de s'étouffer aux paroles d'Alceste. Que devait-il comprendre ? se demanda-t-il à nouveau, avant d'adresser un long regard au bibliothécaire. Devait-il prendre cela pour une proposition ? Théo n'en avait pas la moindre idée, par Merlin, il ne savait pas comment se passaient ces choses là. Avec Sam, il ne s'était pas embarrassé de verres dans les bars et s'était simplement jeté sur lui sans réfléchir, ce qui avait eu le mérite d'être clair. Quant à Zach, la clarté avait également été au rendez-vous, car le jeune homme, c'était le moins que l'on puisse dire... Mais peut-être qu'Alceste tentait de faire preuve de subtilité, lui, tout simplement.

"J'en serai ravi."

Théo savourait son cinquante-troisième verre lorsque le spectacle des gobelins commença à se faire un peu trop dégradant au goût de Théo. Il déposa son verre sur le comptoir et saisit d'autorité celui d'Alceste, pour l'écarter également. Puis il enfila sa cape, adressa un signe de tête au barman qui lui répondit par une sorte de grognement, et saisit audacieusement la main d'Alceste.

"Allons-y", souffla-t-il, avant de l'attirer hors du Coq et la Pendule.

Il faisait froid et nuit dehors, et quelques gouttes de pluie s'obstinaient à tomber. Désireux de meubler la conversation, Théo laissa échapper une vague plaisanterie à propos des gobelins et marmonne quelques bêtises durant les minutes qui suivent, tandis qu'il leur faisait emprunter des routes de façon aléatoire. Pourtant, il se sentait à mille lieux de l'instant présent, son esprit concentré sur les paroles échangées plus tôt, la révélation d'Alceste, ce qui pourrait peut-être se passer. Que faisaient-ils ? Qu'allait-il faire ? Avait-il quelque chose à espérer du côté d'Alceste ? Avait-il seulement envie que ce soit le cas ? Bien sûr, il était attirant, Alceste, bien sûr que son instinct le poussait à le plaquer contre le mur le plus proche pour enfouir ses lèvres dans son cou et glisser ses mains dans cette chevelure insensée. Mais ce n'était que son instinct. Son coeur et sa raison, en revanche, étaient hautement perturbés par le simple contact de sa main dans la sienne. Une petite partie de lui restait persuadé que toute ceci sonnait faux, qu'Alceste tout sang-pur et charmant qu'il était n'était pas la bonne personne pour lui. Cette personne, il l'avait déjà trouvée, et il aurait donné cher pour que ce soir elle qui soit avec lui, bourré dans les rues du Londres moldu, à faire des plaisanterie d'ivrogne...

Ce n'était pourtant pas le cas, ce ne serait plus jamais le cas. Il fallait qu'il se fasse une raison, et qui mieux qu'Alceste pourrait l'y aider ? A part Zach, peut-être, mais il ne pouvait se permettre de voir Zach trop souvent. Il avait l'intuition que ce n'était pas une bonne idée de s'attacher trop vite au jeune homme. Et Alceste, par Merlin... Il était désarmant, à sa façon.

"Vous savez que je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où je vous entraîne ?", lâcha-t-il en riant à l'intention d'Alceste, alors qu'ils parvenaient sur une petite place sombre au milieu de laquelle trônait une fontaine misérable représentant une quelconque figure de l'Antiquité moldue. Un petit banc, quelques vitrines de commerces aux rideaux tirés et deux vieux chênes aux branches sur lesquelles persistaient quelques feuilles ratatinées venaient compléter le tableau. L'endroit n'est pas dénué de charme, songea Théo dont le jugement était clairement obscurci par la boisson. Il était même parfaitement romantique, oui !

"Mais on n'est pas plus mal ici qu'ailleurs...", souffla-t-il avec un sourire réjoui avant de tirer Alceste d'autorité jusqu'au chêne le plus proche. Dans l'intention de... le pousser contre le tronc et bloquer son corps avec le sien, de toute évidence. Ma foi, pourquoi pas, songea Théo qui n'avait plus aucune volonté pour lutter contre ses désirs, désirs qu'il pensait partagés, dans sa grande naïveté. L'une de ses mains effleura la taille d'Alceste tandis que l'autre se glissa dans ses cheveux, avec une certaine délectation. Un quart de seconde, il capta le regard d'Alceste mais ne s'embarrassa pas de dialogue. Tout avait été dit, n'est-ce pas ? Puis, répondant à une invitation qui n'avait jamais été réellement lancée, Théo avança son visage vers celui d'Alceste, effleura ses lèvres des siennes et l'embrassa, timidement au début. Son jugement obscurci et son désir grandissant le poussèrent cependant vite à se montrer plus entreprenant, ses mains courant dans le dos d'Alceste et sa langue caressant ses lèvres, cherchant à se frayer un chemin. Et c'était bon, si bon de sentir la douceur de ses lèvres, si bon de presser son corps contre le sien, si bon qu'il en voulait plus... Et pas un instant l'idée que cela puisse ne pas être réciproque ne lui traversa l'esprit. Ils étaient bien, là, Alceste devait bien s'en rendre compte, n'est-ce pas ?



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Il y a longtemps qu'Alceste a abandonné l'espoir de tout comprendre à sa soirée. Lorsqu'il émerge de l'atmosphère lourde, épaisse, enfumée et engobelinée du bar, il ressent l'air froid et piquant du dehors comme une gifle mais elle ne suffit pas à lui faire retrouver ses esprits. Elle contribue néanmoins à atténuer son rouge aux joues prononcé et lui permet de respirer librement pour la première fois depuis maintenant deux bonnes heures. Heures qu'il a passé à boire en bonne compagnie, sans se douter un instant de quels tourments intérieurs Théo est le champ de bataille.

Il avait rosi de plaisir sans vraiment de raison lorsque Théo le traita de Serpentard. Peut-être simplement a-t-il oublié à quel point les échanges avec des gens, de vrais gens, en chair, en os et en répliques mordantes peuvent être salutaires. A quel point sa solitude et son orgueil de dernier homme sur terre a pu le ronger, l'attaquer en son sein sans qu'il s'en apperçoive, car on ne remarque pas la pourriture, lorsqu'elle prend suffisamment son temps... Elle ronge tout et rend les chairs insensibles, mortes, noires, et puis il est trop tard. La présence de Théo est comme un sang nouveau tout chargé d'oxygène qui le fait rire et lui provoque des idées stupides comme jouer à la bataille et boire, boire encore. Depuis quelques instants, il semble même au bibliothécaire qu'il peut enfin affronter les évènements qu'il l'ont poussé à se terrer ici en premier lieu. Même, il se prend à en rire, à les tourner en dérision, à hausser les épaules à leur souvenir. Très bien, il a rencontré son frère. très bien, ses enfants sont beaux, et sa femme est divine. Très bien. Il dort maintenant, probablement, auprès de sa femme, alors que lui bois et regarde le fond des yeux d'un jeune homme parfaitement amical. C'est très bien. C'est lui qui gagne. Et si sa main lorsqu'elle repose dans celle de Théo semble étrangère, prend la consistance d'un gant de latex aucunement relié à son bras et son système nerveux, il n'y prête pas trop attention.Prêter attention à certaines choses ce soir risquerait de donner un goût amer au grand sentiment de contentement un peu bête qui se diffuse en lui en même temps que les longs tentacules d'Oubli de l'alcool.

- Aurait-il été trop demandé qu'il ne pleuve pas ?

Il revêt sa redingote, ajuste bien haut son col et puis sort à la suite du jeune homme et le laisse volontiers se perdre dans les rues avec lui. Il discute, probablement, ils se racontent des choses. Alceste déplore un instant que les étoiles ne sont pas visibles ,de Londres, et à quel point ce ciel-là est vide et noir comparé aux joyaux célestes qu'il peut contempler à Poudlard.... Sans avouer tout à faire qu'à Poudlard, il passe plus de temps le nez dans ses livres que regarder les étoiles... C'est, après tout, quelque chose d'un peu trop normal à faire pour lui. Mais Alceste se sent infiniment normal ce soir, presque trop pour être encore Lui, et du coup, ment avec complaisance. Et si quelqu'un d'eux deux reprend la main de l'autre dans le dédale de ruelles pavées du vieux Londres, ce n'est certainement pas lui, car il sait très bien se mentir et puis sa main ne lui appartient pas. Elle est juste plus chaude lorsqu'elle s'entremêle aux doigts de Théo. Alceste est l'innocence pure, vous savez. Quelques lointaines fenêtres allumées et les phares des voitures moldues illuminent par instant les abords de leur balade. Ce sont des points de lumière orange et violente qui vont mourir un peu plus loin. La pluie se fait plus forte, et Alceste doit récupérer sa main pour chasser quelques gouttes de son visage en frissonnant. Puis la garde, la glissant dans sa poche comme si tout allait bien.

Théo erre, se tourmente dans son coin et Alceste n'a aucune idée de tout ce qu'il l'agite. Il observe autour de lui, apprécie les vieux bâtiments. Accueille la placette avec enchantement et va pour s'approcher de la fontaine et y lire l'inscription qui est forcément gravée quelque part, mais est intercepté avant qu'il n'ai pu esquisser un pas vers la statue. Un instant il ne comprend pas pourquoi il sent l'écorce d'un arbre contre son dos, ni ce que fait Théo. Sa main se pose sur le torse du jeune sang-pur, par réflexe, prête à repousser. Quelque chose dans la gravité de son regard le retient. Une pensée détachée de toute logique surnage un instant. "Nous faisons exactement la même taille..." Et puis...

Alceste n'a embrassé personne depuis presque plus longtemps qu'il ne s'en souvienne. La mémoire musculaire est quelque chose qui fane et meurt si elle n'est pas entretenue. Ainsi la sensation semble presque inédite, presque Alien, dans sa chaleur, le souffle de Théo sur son visage, les mèches mouillées et bouclées qu'il sent confusément, éclats froids au sein de l'étreinte. Quelque chose qui ressemble à dix ans de résignation et de retenue fait un petit bruit en se brisant au fond de lui et il répond au baiser, fermant les yeux -enfin!-. La main qui retenait agrippe les vêtements pour ne pas laisser partir. La pourriture triste de sa solitude semble récéder un peu plus à chaque morceau de dignité qu'il lui cède. Un bras coule le long de la nuque du jeune homme, attire près, près. Les doigts glissent dans les cheveux. ... Les courts cheveux. Les larges épaules. D'un homme.Sursaut de conscience. Non. Alceste le repousse, un peu faiblement, presque pas. Proteste.

- Non.. a-Attendez.

Il enfonce ses ongles dans sa propre paume alors qu'il lui reprend un baiser, avec un petit bruit qui ressemble à un forfait. Théo peut sentir qu'on lui mord la lèvre, pas trop fort. Le visage du bibliothécaire se dégage et il se cache dans l'arc de son cou mouillé de pluie, y presse sa joue, quelques baisers. Il serait si facile de rester caché ici pour le reste de l'éternité. Son coeur fait un bruit épouvantable à ses oreilles. Confusion. Alceste réclame/répond à un nouveau baiser. La langue de Théo qui glisse dans sa bouche. Il presse une main au creux de ses reins, frissonne. Non, non, attend. Alceste. Qu'est-ce que tu fais. Il y a un monde autour. Et ce n'est pas.... Ce n'est pas possible. Tu ne peux pas jeter.. .ta solitude sur le premier dépravé venu. La lie de la société. interdits. La voix de son père éclate dans sa tête. Dégénérés. Dé....

Théo est repoussé avec violence. Alceste a sorti sa baguette, une main plaquée sur sa bouche, les joues rouges, les cheveux en bataille après avoir subit les mains de Théo. Il pleut intensément, maintenant, et il recule, saisi d'une colère d'une violence dépassant tout ce qu'on peut imaginer du calme et tempéré jeune archiviste.

- Pour.... Pour qui diable osez-vous me prendre. Sa voix est incertaine, flouée par la colère. Comment... osez vous.

La main qui tient sa baguette tremble comme une feuille. Il n'a pas froid.
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L'espace d'un instant, Théo crut entendre Alceste lui murmurer d'arrêter, et grogna légèrement en sentant Alceste lâcher sa nuque pour tenter de le repousser. Néanmoins docile, le jeune homme s'immobilisa, le souffle court, et posa sur Alceste un regard interrogateur. Avant de clore les paupières à nouveau lorsque le bibliothécaire se ravisa. Ses lèvres au creux de son cou provoquèrent un long frisson chez Théo, qui laissa échapper un gémissement avant d'exercer une légère pression sur sa nuque pour faire revenir son visage auprès du sien, fondant à nouveau sur ses lèvres. Merlin, il perdait pied, là, pressé contre Alceste, sous la pluie, sur cette petite place moldue. C'était encore différent de ce qu'il avait connu auparavant, il était loin des étreintes passionnées de Sam, loin des baisers audacieux de Zach. C'était à la fois innocent et indécent, profondément perturbant et, par Merlin, il ne voulait surtout pas que cela s'arrête...

Pourtant, Théo se sentit bientôt rejeté en arrière avec force, et vacilla un instant sur ses jambes avant de retrouver son équilibre tant bien que mal. Il mit quelques secondes à comprendre ce qui s'était passé, plongeant même sa main dans sa poche pour en tirer sa baguette en voyant celle d'Alceste. Etaient-ils attaqués ? Mais les propos d'Alceste, conjugués à l'expression de son visage lui font réaliser la situation. Alceste l'a repoussé, avant de se draper dans l'attitude noble, hautaine et exécrable du sang-pur. Ce qui aurait été compréhensible s'il ne s'était pas abandonné au baiser avec tout autant d'ardeur que Théo... Abasourdi, le jeune homme resta figé quelques instants à observer son interlocuteur, empli d'une immense frustration, sa confusion lisible sur son visage. Pourquoi le repousser maintenant ? Alceste n'en avait-il pas eu autant envie que lui ? Théo aurait pu parier que si, ses lèvres fourmillaient encore du contact des siennes... Et pourtant, Alceste agissait comme s'il l'avait agressé, offensé. Etait-ce le cas ? Avait-il mal lu entre les lignes ? Théo n'en avait pourtant pas l'impression, et ce rejet n'était vraiment pas pour lui plaire.

Soudain, il ressentait le froid, ce froid qui ne le quittait jamais vraiment depuis que Samaël l'avait quitté. Théo croisa les bras sur sa poitrine et se mordit l'intérieur de la joue, comme pour retenir les paroles injurieuses qui lui venaient en tête. L'idée de planter ici le sang-pur sans plus de cérémonie et de se traîner jusque chez Zach pour lui relater cette mésaventure lui traversa l'esprit, mais quelque chose le retint. Deux choses, précisément. La première, et non des moindres, était la peur très rationnelle qui venait de naître en lui, à l'idée qu'il s'était mépris au sujet d'Alceste. La distance qu'avait instauré le bibliothécaire avec sa famille et leur monde n'était peut-être pas assez grande pour qu'il garde cette petite incartade secrète. Or il était absolument hors de question que le secret de Théo ne soit pas révélé par lui-même, au moment où il le décidait, mais par un sang-pur finalement aussi borné que les autres, à la suite d'une tentative ratée et désespérée de séduction... Ce qu'il avait été bête, songea Théo en se traitant mentalement de tous les noms. Sa baguette magique laissa échapper un petit crépitement et il posa sur elle un regard pensif. Oubliette... Un tout petit mot, simple et gracieux, et tout ceci serait oublié. Oublié, le comportement indigne de Théo Nott, oublié ce rejet dégradant, oubliée l'humiliation. Il pourrait prétendre que tout ceci ne s'était jamais vraiment passé... Merlin. Qu'était-il en train de penser ? Il n'allait pas effacer la mémoire d'un pauvre bibliothécaire complètement perdu.

Parce que la voilà, la seconde raison de l'obstination de Théo. L'homme qu'il avait face à lui ressemblait tellement à un autre homme qu'il avait connu, quelques mois plus tôt. Lui-même, dans le dortoir des Poufsouffle, lui-même s'était abandonné à un baiser avec toute son âme, avant de rejeter son geste en bloc. Ecraser son poing sur les pierres froides du château et lâcher tous les jurons de son vocabulaire au visage de Samaël lui avait alors semblé être une réaction appropriée. Car il n'était pas gay, après tout, n'est-ce pas ? Théo se repassa la soirée à toute allure dans son esprit, tentant de réinterpréter leurs discussions et les sous-entendus qu'il avait cru voir à la lumière de ce nouveau développement. Hélas, il était trop fatigué et avait trop bu pour parvenir à réfléchir clairement, alors il décida de jouer le tout pour le tout. Cet instant partagé avec Alceste avait été trop délicieux pour qu'il ne tente pas d'en obtenir un second. De plus, son ego l'en remercierait, peu certain de savoir comment accepter un rejet de plus... Sans oublier le fait que Théo était peut-être en mesure d'aider Alceste, auquel cas il se devait de le faire. Lui-même s'était senti trop seul face à sa lente acceptation pour laisser un autre dans une telle situation. Il était malgré tout dommage que ce ne soit pas Alceste le plus aguerri des deux, quelqu'un dont il puisse s'inspirer, comme une sorte de modèle, comme il l'avait espéré. C'était trop beau pour être vrai, il l'avait bien pressenti pourtant...

Sans lâcher sa baguette, Théo se rapprocha très légèrement d'Alceste, comme pour ne pas l'effrayer. Hésitant, il le dévisagea un instant, notant la rougeur de ses joues et laissa échapper un soupir. Allons bon, s'il arrivait à s'en sortir sans recevoir de sort... C'était tout de même un Greengrass qu'il avait face à lui, il fallait être prudent. D'un autre côté, une brutale franchise était peut-être tout ce dont Alceste avait besoin.

"Je ne vous prends que pour ce que vous êtes, de toute évidence, Alceste, sans même vous l'admettre. Je vous prends pour quelqu'un comme moi" , répondit-il d'un ton doux, soutenant le regard d'Alceste avec fierté. "Il n'y a pas de honte à cela, je vous assure. Apparemment, j'ai cru voir une invitation où il n'y en avait pas et j'en suis désolé, il semblerait que vous n'ayez pas encore passé la douloureuse étape de l'acceptation de soi..."

Avec beaucoup plus de détachement qu'il n'en ressentait réellement, Théo haussa les épaules et parvint même à esquisser un léger sourire.

"Prétendez l'inverse autant que vous le souhaitez, Alceste, mais nous savons tous les deux que vous avez aimé cela. Et je sais aussi que vous mourrez d'envie de recommencer. Inutile de le nier, je suis passé par là, je sais exactement ce que cela fait..."

Théo fit un pas de plus en direction d'Alceste, sans lâcher son regard, et continua d'une voix basse, puisant dans ses propres souvenirs :

"Le désir, si inapproprié, l'impression vertigineuse d'avoir enfin trouvé sa place. La peur, dévorante, les souvenirs des préceptes que nos aînés ont jugé sage de nous inculquer. Je sais tout cela. Cela finit par s'estomper, lentement, doucement, jusqu'à ce que l'on cesse de lutter contre qui nous sommes et alors il ne reste plus qu'une si agréable sensation de plénitude. Ne réfrénez pas cela, Alceste. Laissez-moi vous montrer... Laissez-moi vous montrer que cela n'a rien de mauvais, que c'est tout l'inverse, au contraire... "

Tout en parlant, Théo avait comblé prudemment la distance qui les séparait, vrillant son regard dans celui d'Alceste et lui parlant comme l'on charmerait un serpent. Un léger frisson d'excitation et de danger le parcourut alors qu'il commençait à trouver la situation moins déplaisante. Théo voulait savoir s'il était capable de faire tomber les barrières d'Alceste et d'amoindrir sa résistance. Ils étaient tous près l'un de l'autre à présent et Alceste ne semblait pas sur le point de le terrasser à grands coups d'Avada Kedavra, aussi Théo s'enhardit-il et glissa sa main sur celle d'Alceste qui tenait sa baguette, avant de l'abaisser. Sa propre baguette vint se coincer dans sa ceinture et il effleura lentement son menton des doigts, puis remonta le long de sa mâchoire jusqu'à sa nuque. Le souffle court, Théo rapprocha son visage et effleura les lèvres d'Alceste des siennes, le laissant libre de la suite.


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Lorsqu'il éjecte Théo hors de son espace personnel, il semble à Alceste qu'il a renoncé à toute chaleur par la même occasion, que Théo l'a emporté avec lui en s'écartant de force. Le bras qui ne soutient pas la baguette tremblante s'enroule autour de son propre torse en resserrant sa redingote, maintenant trempée, alourdie d'eau. Son visage trahit assez bien la détresse émotionnelle dans laquelle il se trouve. Ses dents claquent violemment quelques instants. Il semble que seul l'indignation, la colère blanche qu'il ressent lui permet de tenir debout, qu'il se serait effondré ou qu'il aurait fondu avec la pluie depuis le temps. Non... Il se sent trop solide pour cela. Trop vivant, dans un sens, incroyablement innervé, câblé de veines et de tendons armaturé de muscles tendu de peau et d'incroyables, détestables émotions qui le remuent et le ballottent comme un tonneau dans la tempête. Beaucoup de choses l'empêchent de bouger, son dégoût de soi-même, le froid, l'alcool, la pluie, la marque dans le cou, légère et brillante, qu'il y a dans le cou de Théo... Marque qu'il a dû laisser.... Qu'il a forcément laissé... Il ne s'en souvient pas, tout aux prises avec treize ans de déprivation affective qu'il était... Qu'il est toujours.

Et puis Théo fait un pas en avant.

- Non.

Misérable couinement. Mais il a redressé sa baguette vivement et se campe sur sa position. Il ne faut pas que Théo s'approche. Il devrait fuir. Alceste devrait fuir, tant pis pour sa fierté - foulée du pied et pleine de boue de toute manière- tant pis pour sa soirée, tant pis pour les risques de transplaner alcoolisé. Il n'y arrive pas, néanmoins. Il n'arrive pas à bouger. Et Théo s'approche, encore, et se met à parler.

Ce qu'il lui raconte visse Alceste au sol, incapable de proférer un seul mot. Une vague de haine violente, de dégout que cet être ose les comparer, ose le rabaisser à ses désirs pervers alors que lui n'a agit que par simple manque affectif, ceci doublé d'une ébriété profonde. Tout simplement. Rien d'autre. Et lorsque Théo est suffisamment proche pour l'effleurer, ce n'est pas avec fascination qu'Alceste réagit. Il n'est pas saisi par les yeux sérieux et adoucis du jeune oubliator, il ne recule pas -se retrouvant (ne SE RETROUVANT PAS) presque dans la même position que plus tôt-, et ne rougit pas violemment lorsqu'il sent dans son dos la forme presque familière du tronc qui se dresse entre lui et sa fuite. Théo lui parle de désir. de pensées indiscibles. Ose lui dire qu'elles sont excusables. Vague de colère. Excusables ! Quelque chose de faible, de veule, de noir et de visqueux veut le croire, pourtant, désire la présence de Théo près de lui. Désire son regard. Désire son conta-... Alceste abaisse brusquement sa main lorsqu'il sent Théo tenter de l'envelopper gentiment de la sienne. Il manque de lâcher sa baguette. Le vent de panique s'essouffle aussitôt qu'il sent l'autre paume sur sa joue, ne laisse qu'un sentiment mélangé, trop complexe, qu'il n'arrive pas à démêler, dans lequel il trébuche mentalement -se raccrochant pourtant bien réellement à l'épaule du plus jeune, et qu'est ce geste sinon une éternelle capitulation, la belle preuve que sa volonté est aussi dure mais aussi fragile que le verre...Il a la présence d'esprit de détourner la tête de côté lorsque Théo cherche à l'embrasser, geint faiblement car cela n'empêche aucunement la bouche de l'oubliator de se poser sur lui. L'épaule de Théo et retenue, le visage écarté du sien, juste un peu, même pas à bout de bras, Alceste plongeant ses yeux dans les siens.

- Je n'ai rien de comparable à vous.

Et la force qui retient Théo disparait. C'est un baiser violent et plein de haine. De haine et quelque chose d'autre, une électricité ultime qui est entièrement la faute de Théo, ses paroles, ses mains, l'interdit qui l'auréole et qui fait réagir Alceste au sangs, aux nerfs, à vif. L'attire proche, proche encore une fois, semble bien avoir l'intention de ne plus le lâcher. Quel étrange tableau ils font, trempés, baguettes sorties puis promptement écartées, qui se persuadent tous les deux sans s'écouter un instant et qui finissent réunis à nouveau à la fin - et c'est comme s'ils ne s'étaient jamais quittés et les mains d'Alceste goûtent à la peau lisse et froide dans le dos de celui qui l'emprisonne -mais toujours moins fort que les illusions qu'il se créé-. Il est probable qu'Alceste ne l'aurait plus laissé partir, ce soir, Théo. Qu'il lui aurait cédé. Rendu hardi et imprudent par l'alcool, par tout ce que l'oubliator lui fait ressentir - toutes ces émotions qui sont si loin du simulacre de contentement sourd et muet et poussiéreux qu'il prend comme son petit bonheur. Il lui aurait cédé. Probablement. Si un moldu n'avait pas choisi ce moment pour arriver sur la place, sous un grand parapluie, discutant, un peu éméché lui aussi, au téléphone, manifestement s'engueulant avec quelqu'un.

La réalité remonte à la surface et crève comme une bulle. Alceste repousse Théo. Gentiment, presque. Presque comme un regret. Son regard floué de désir et de quelque chose qui ressemble à la pluie se durcit, gèle distinctement. Le pli amer aux lèvres revient. Il secoue la tête. Tout cela ne se passe qu'en un instant. Un instant avant que le grand déchirement sonore typique des transplanages n'explose dans l'atmosphère et que Théo demeure tout seul, sur la placette, à la merci du ciel et de ses trombes, seul avec le moldu qui gueule et son désir et le goût de l'alcool et de la rage dévorante d'Alceste sur les lèvres.


Fin dur RP pour Alceste choupinou.
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Ces amas de merveilles

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