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 Car le monde ne l'oubliera pas [Théophane et Théo Nott]

Théo NottAncien personnageavatar
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“Never forget what you are, for surely the world will not. Make it your strength. Then it can never be your weakness. Armour yourself in it, and it will never be used to hurt you.”

Tyrion Lannister, A Game of Thrones, George R.R. Martin



8 janvier 2008

Regard ténébreux, démarche assurée et lourde cape tournoyant autour de ses pieds, Théo Nott avançait dans les couloirs sombres de la prison d'Azkaban. Peut-être n'avait-il jamais eu l'air plus noble qu'aujourd'hui, alors qu'il s'apprêtait à tirer sa révérence au monde qui l'avait vu grandir. C'était le dernier acte de sa révélation qu'il s'apprêtait à jouer, révélation au monde tant qu'à lui-même. En l'espace de quelques jours, Théo avait l'impression d'avoir pris dix ans d'âge. Cela se lisait sur son visage aux traits marqués. Le jeune homme ne savait pas exactement ce qui avait été le plus dur à encaisser. Son coming-out, passage douloureusement prévisible et humiliant dont il gardait un souvenir vivace, n'était probablement pas au sommet de la liste. La nouvelle de la mort d'Ulrich et de sa véritable identité avait provoqué un tel choc chez le jeune homme qu'elle avait oblitéré toute autre considération, Théo se contentant de tenter d'assimiler l'horreur de la chose. Celui qu'il avait considéré pendant longtemps comme l'un de ses seuls amis n'avait fait que jouer la comédie, attendant dans l'ombre le moment où il pourrait s'en prendre à sa famille, comme à celles de Darren et de Cécilya.

Ulrich avait tué Cécilya. Théo avait la nausée chaque fois que cette vérité lui revenait en tête. L'apprenti oubliator était au Ministère le jour où la nouvelle était tombée. Les aurors auraient trouvé le Vengeur Masqué, et ce dernier se trouvait infiltré au sein même de leurs rangs. Keller, qu'il s'appelait, un fils de mangemort, probablement traumatisé par la guerre, le pauvre gosse... Il fallait s'y attendre, avec un frère comme le sien... Théo avait mis un moment à comprendre ce que ses collèges stagiaires du bureau des oubliators colportaient, avait dû poser plusieurs questions, confuses, hagardes. Jusqu'à ce que l'on finisse par comprendre qu'ils devaient se connaître, Keller et Nott, et peut-être même qu'ils étaient amis... Les questions avaient fusées de nouveaux. Théo n'avait-il pas réalisé que Keller était un psychopathe, un assassin ? N'aurait-il pas pu prédire la mort des O'Connor et des Richardson ?

Ce ne fut qu'au moment où l'on avait prononcé le nom de Richardson que Théo avait fait le calcul. Ulrich avait tué Cécilya. La haine l'avait envahi, avec une force telle qu'il en avait eu le souffle coupé, bien vite supplantée par un frisson d'angoisse à retardement. Cela aurait si facilement pu être Artémis... Il se rappelait encore d'Ulrich qui lui annonçait, le plus naturellement du monde, qu'Artémis avait des difficultés dans ses devoirs et qu'elle n'osait pas le voir lui, son aîné. Et il avait avalé ça, comme le grand naïf qu'il était ! Théo n'était pas parvenu à tirer grand chose de sa soeur depuis que la nouvelle était tombée, et commençait à se demander s'il n'était pas passé à côté de quelque chose, ces derniers mois. Voilà qui ne faisait qu'ajouter à la culpabilité qu'il ressentait en réalisant qu'il avait passé huit ans à côtoyer Ulrich sans jamais discerner sa réelle identité. Il avait été complètement dupé par son jeu malsain, et deux familles étaient mortes. Son amie était morte.

Théo avait réussi à obtenir quelques jours de congé de son maître de stage, qui n'avait pas rechigné en voyant la tête de son apprenti. De toute façon, il suffisait à Alastair d'avoir prêté une oreille plus ou moins attentive aux rumeurs pour avoir une petite idée de ce qui tourmentait Théo. La mort d'Ulrich avait au moins eu cet avantage de permettre à Théo de se rapprocher de sa mère bien plus tôt qu'il ne l'aurait espéré. S'il ne comptait pas se montrer en public avec le reste des Nott pour l'instant, le contact avait été immédiatement - et discrètement - renoué entre Aurora et son fils lorsque la nouvelle était tombée. Parce qu'il est des évènements qui dépassent le scandale social et qui resserrent les liens, lorsque l'horreur et l'incompréhension balaient toute autre considération. Théo ne s'était pas senti comme cela depuis l'arrestation de son père, si totalement confus que la vie semblait avoir perdu toute direction, et avait fini par réaliser qu'il était en deuil, aussi étrange que cela puisse paraître après la disparition d'un assassin. En deuil de son adolescence et de ses illusions plus que d'Ulrich lui-même, en deuil de son narcissisme et de sa fierté d'antan plus que de la haute société. Mais en deuil tout de même.

Ce fait divers qui avait secoué le monde magique et fait la une - et une bonne partie du contenu - des journaux avait déterré de vieilles blessures de guerre. Il y avait ceux qui, tout en déplorant ses méthodes, affirmaient pouvoir comprendre le Vengeur Masqué. Il y avait même ceux qui murmuraient que c'était bien dommage qu'il ait disparu avant de pouvoir finir le travail. Et il y avait ceux qui étaient plus humains, et qui n'oubliaient pas que Cécilya, par exemple, n'avait rien à voir avec la guerre et ses enjeux. Théo aussi s'était mis à repenser à cette période, se demandant par quel miracle sa famille avait réchappé à Ulrich. Peut-être n'était-ce qu'une question de temps, au vu du rapprochement entre Ulrich et Artémis. Ou peut-être Ulrich avait-il compris, à force de discuter avec Théo, que son père n'avait rien d'un monstre - mais Théo se rappelait vivement et avec une certaine gêne des longues discussions qui avaient conduit Ulrich et lui à devenir amis au départ. Théo n'avait jamais caché ses idéaux radicaux d'alors et l'admiration qu'il portait à son père, et si ses convictions s'étaient largement adoucies ces derniers mois, il ne s'en était pas vanté.

Il était vrai néanmoins que son père n'était pas parmi les plus sanguinaires ou les plus zélés des mangemorts. Ce n'était du moins jamais ainsi qu'Aurora lui avait présenté l'engagement de Théophane. Secoué par les récents évènements, Théo avait néanmoins eu envie de se faire sa propre idée sur la question, et avait voulu de lire le jugement de son père. Hélas, la pièce en annexe comprenant la liste des victimes qui lui étaient imputées avait été gardée confidentielle et il n'avait pu se la procurer, malgré tous ses efforts. L'anonymat permettait justement d'éviter d'exacerber l'esprit revanchard et la fracture sociale entre familles d'anciens combattants, lui avait-on dit. Théo voulait bien l'accepter, et trouvait même cela plutôt sain. Il n'aurait pas insisté, si...

Si un doute ne s'était pas infiltré en lui.

Alors il avait de nouveaux fait des pieds et des mains, pour obtenir une visite à Azkaban, cette fois. Cette rencontre l'avait empêché de dormir la nuit précédente, incapable de diminuer l'angoisse qui le tenaillait. Au moment où il s'assit face à son père et croisa son regard, Théo oublia en une fraction de secondes tout ce qui tenait à la guerre et à Ulrich. Il avait l'impression d'être un petit garçon à nouveau, un petit garçon qui venait de décevoir quelqu'un de très important, de commettre un acte irréparable. Un silence s'instaura et s'éternisa, lourd et poisseux, tandis que le père et le fils se jaugeaient. Théo abdiqua le premier, mais ne baissa pas les yeux.

"Bonjour, papa", dit-il d'une voix dénuée de toute tension, comme si tout était encore normal entre eux. Il avait besoin de cette normalité, une dernière fois. Aussi relative cette normalité soit-elle dans les parloirs confinés d'Azkaban...


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Théophane Nott

Théophane Nott avait toujours été un homme réaliste. L’utopie ne l’avait jamais séduit ; il fallait savoir voir les choses en face. Il s’était engagé comme mangemort pour aider un frère, pour défendre une cause à laquelle il croyait. Pas pour éradiquer tous les nés-moldus de la surface de la terre. Il n’était pas un monstre sanguinaire – pas de ceux auxquels on pouvait penser lorsqu’on songeait aux Mangemorts. Les meurtriers se trouvaient d'ailleurs dans les deux camps, l’injustice était qu’un seul des deux avait été condamné. Mais on ne se permettait pas de critiquer les vainqueurs, encore moins avec la politique actuelle. Théophane, donc, tentait tant bien que mal de rester tout aussi réaliste depuis qu’il était enfermé à Azkaban. Certains se raccrochaient à l’idée de pouvoir sortir un jour ; au contraire, c’était la pensée de ne jamais y partir qui le maintenait à la raison. L’espoir rendait impatient, et l’impatience rendait fou. Accepter qu’il était tout simplement enfermé pour le restant de ses jours, était un moyen comme un autre de relativiser, tout en lui permettant de ne pas sombrer dans la folie.

Malgré ça, c’était sa famille qui parvenait à le maintenir en vie. Sa femme, qui lui faisait parvenir de longues lettres, qui passait le voir dès qu’elle le pouvait, qui restait digne malgré sa condition. Bien d’autres auraient simplement tourné la page. Aurora était différente – il le savait depuis longtemps. Elle aimait inconditionnellement. Lui, ses enfants. Artémis, qui changeait un peu plus chaque jour, qui devenait petit à petit une femme, qui s’affirmait. Et Théo. Théo. Théo qui, dans un tout autre registre, avait changé radicalement. Théo qui restait à ses yeux le petit garçon qu’il avait serré dans ses bras, avant de partir pour Azkaban. Théo qu’il ne connaissait pas si bien qu’il avait pu le prétendre. Qu’ils avaient tous pu le prétendre.

Qui aurait pu s’en douter ? Ne serait-ce que l’imaginer ? Et pourtant, maintenant qu’il le savait, une foule de détails aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Les fiançailles forcées de son fils avec la jeune Lestrange. Les vagues explications de sa femme lorsqu’il lui avait fait part de ses impressions sur ce mariage. Depuis quand Aurora planifiait ce genre de chose ? Ils étaient toujours tombés d’accord pour dire que leurs enfants choisiraient leurs futurs époux d’eux-mêmes, comme ils en avaient eu l’occasion aussi. Mais l’empressement d’Aurora à trouver une fiancée pour l’ainé de la fratrie était tout autre. Et il ne s’était aperçu de rien. Peut-être n’avait-il pas eu envie d’ouvrir les yeux.

C’était en réalité le deux janvier que tout avait commencé. Une phrase murmurée au détour d’un couloir. « La déchéance des Nott » disait-on. Les jours suivants, c’était un mélange de compassion et de mépris, qu’il avait pu voir dans les yeux des autres détenus. « Ton dégénéré de fils. » avait-il entendu, sur son passage, alors qu’il regagnait sa cellule, un soir. Tant de bruit ne pouvait alors signifier qu’une seule chose. Quelque chose avait touché sa famille – plus particulièrement son fils. Quelque chose qui nuisait à son image. Milles suppositions avaient défilées dans son esprit, sans qu’il ne trouve la bonne. Et, jamais, il n’aurait pu la trouver. Ce n’était que lorsqu’on lui avait mis le gros titre d’un journal sous les yeux, qu’il était parvenu à saisir l’ampleur de la situation. Qu’il avait enfin compris de quelle déchéance on parlait dans son dos.

Théo Nott était homosexuel.

Son fils aimait les hommes. Son fils était fiancé à un autre homme. Ces phrases tournaient dans son esprit depuis plusieurs jours. Elles le hantaient lorsqu’ils fermaient les yeux, et l’accompagnaient tout au long de ses longues et monotones journées. Son fils – son fils unique, sa fierté – était homosexuel. « Pourquoi » était une question qui revenait beaucoup dans l’esprit de Théophane. Pourquoi son fils était-il ainsi ? Qu’avait-il fait ? Où avait-il échoué ? Quel changement s’était opéré dans son esprit pour qu’il renie ainsi ses valeurs, sa famille ? Comment avait-il pu se détourner du droit chemin de cette façon ? Quand est-ce que les femmes avaient perdu toute considération aux yeux de Théo ? Depuis quand était-il fiancé ? Que lui avait-on fait ? Que cherchait-il à prouver ? N’était-ce pas seulement une lubie d’adolescent ?

Et pourquoi, pourquoi, pourquoi. Pourquoi Théo ? Pourquoi avait-il fait ce choix ? Comment avait-il pu récupérer cette tare, cette déviance ? Il aimait les hommes… Cela le dépassait, complètement. Cela le dégoûtait, par la même occasion, le répugnait. Son fils. Son héritier. Ce petit garçon qu’il avait vu grandir de loin. Son enfant. Son propre enfant ! Dans un premier temps, il avait refusé d’y croire, avant de se rendre à l’évidence. Une évidence des plus alarmantes, des plus inquiétantes. Mais il n’en revenait toujours pas. Par Merlin. Par Salazar, quand-est-ce que son fils était devenu anormal ? C’était complètement insensé.

Pourtant, il n’avait pas été surpris lorsque la veille, on l’avait prévenu de la venue de Théo, le lendemain même. Il avait hoché la tête. Très bien, il verrait donc son fils. Il lui devait bien cette visite, après tout ce qu’il avait pu causer comme dommages. Cependant, « demain » était arrivé bien plus vite qu’il n’y pensait. On était à présent « demain », et Théophane attendait patiemment qu’on vienne lui ouvrir sa cellule pour l’amener dans un parloir. Cela ne tarda pas à arriver, et, sans un mot, il suivit le garde, le remercia d’un hochement de tête, et passa la porte. Face à lui se trouvait son fils. Toujours silencieux, Théophane pris place sur l’une des chaises, tandis que Théo faisait de même. Lorsqu’il croisa son regard, ce ne fut que la déception qu’il pouvait ressentir qu’il laissa transparaitre. Son poing se crispa sur la table, alors que le silence s’installait entre eux. Silence bientôt brisé par le jeune homme, qui lâcha deux mots.

« Bonjour, Théo. » débuta-t-il, le regard encore vrillé dans celui de son fils, ne souhaitant pas rompre le contact visuel.

Il se redressa, observa son interlocuteur. Merlin, il aimait réellement son fils. Mais comment pardonner une telle erreur, une telle tare présente chez un individu, aussi proche soit-il ?

« Les journaux ne cessent de parler de toi, à ce que j’ai pu comprendre. » avec un regard distant. « Je pense que tu me dois quelques explications, Théo. » déclara-t-il d’un ton qui ne laissait pas place à la discussion. « Les nouvelles vont en effet très vite. Elles atteignent même Azkaban. »
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Théo s'efforça de ne pas se ratatiner sur sa chaise lorsque son père se redressa, tout comme il s'obligea à maintenir le contact visuel. Comment pouvait-il espérer même une seconde que son père continue à le considérer avec la moindre once de respect si lui-même ne se respectait pas, s'il ne parvenait pas à agir avec la dignité et la fierté qui avaient toujours été siennes ? Théo comptait bien montrer à son père qu'il était toujours le même et qu'il n'avait pas à rougir de ses choix, et cela commençait par son attitude. Il cilla néanmoins suite aux paroles de son père et croisa les mains nerveusement devant lui. Bien, son père était donc bel et bien déjà au courant, ce qui était un soulagement, d'une certaine façon. Théo n'aurait pas à lui annoncer lui-même la nouvelle et il n'aurait pas à faire face à sa réaction à chaud, à voir la surprise se peindre sur ses traits. Non, tout ce qu'il avait à faire était de tenir bon et d'espérer que l'amour que lui portait son père serait suffisant pour surmonter ses préjugés.

"Je suis désolé que tu aies eu l'apprendre de la sorte, mais comme tu le sais il est difficile d'obtenir une visite à Azkaban", commença-t-il d'une voix légèrement ampoulée, comme s'il avait pris la mesure de la distance que son père avait instauré entre eux et avait souhaité s'y conformer. Il garda le silence un instant, observant son père avec une certaine appréhension, incapable de savoir ce qu'il pouvait bien dire pour arranger les choses. Les choses étaient ce qu'elles étaient, son père accepterait ou non, mais il n'y aurait pas de retour en arrière pour lui, c'était trop tard... 

Théo laissa échapper un léger soupir, frustré par cette distance qui s'était instaurée entre eux et qui n'avait jamais été présente. Le père et le fils avaient toujours été proches et complices, Théo n'avait jamais eu peur de lui parler, n'avait jamais eu à peser ses mots... Et il n'avait pas l'intention de commencer aujourd'hui. 

"Je suis fiancé, papa", lâcha-t-il sans parvenir à retenir le petit sourire en coin que provoquait toujours cette déclaration chez lui. "Avec Sam, mon meilleur ami, je t'ai déjà parlé de lui je crois. Nous sommes ensemble depuis plusieurs mois et c'est pour cela que maman m'a poussé dans ces fiançailles ridicules avec Rosaleen. Je comprends pourquoi elle l'a fait, et je comprends pourquoi cette nouvelle peut être difficile à accepter pour vous... Crois-moi ! Elle l'a été pour moi aussi !"

Non, il n'avait pas été facile pour Théo d'accepter ces désirs étranges qui étaient brusquement apparus en lui. Très vite il avait réalisé que le déni n'était pas une option, lui qui aimait voir la réalité en face, lui qui avait tant besoin de se définir, de savoir qui il était. Incapable de réfréner ses sentiments pour Samaël, il s'était sentit sombrer si vite et si profondément dans le désespoir qu'il lui avait semblé plus facile de tout accepter en bloc, d'un coup, sans retour en arrière possible. Et pas une seconde il n'avait regretté son choix, même lorsque Sam l'avait quitté. Désormais, Théo savait qui il était et c'était un bon départ pour connaître enfin une vie épanouie et équilibrée. Si son père voulait son bonheur, il devait accepter cela, à défaut de le comprendre.

"Je suis homosexuel et j'ai trouvé la personne avec qui je vais passer le reste de ma vie. J'en suis parfaitement heureux et rien ne me fera changer d'avis, et c'est pourquoi j'ai tenu à me révéler, il était hors de question que je passe ma vie à mentir... J'espère vraiment que maman, Artémis et toi pourrez l'accepter, car ce n'est pas bien grave, tu sais. C'est très accepté..."

Théo retint de justesse la fin de sa phrase, réalisant que citer le monde moldu en exemple n'était pas la meilleure façon de convaincre son père de la justesse de ses propos, et se rattrapa :

"...dans certaines cultures, et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il en soit de même chez nous. Pour une simple et bonne raison : cela ne change rien du tout."

Il aurait eu d'autres choses à dire pour se défendre mais il préféra s'interrompre, beaucoup trop gêné d'aborder ce sujet tabou avec son père et conscient qu'il risquait d'échouer quoi qu'il dise. Théo n'arriverait probablement pas à changer l'opinion de son père sur l'homosexualité, mais il priait de tout son coeur pour que l'affection qu'il lui porte soit suffisante pour qu'il accepte de fermer les yeux.

"Je suis toujours le même, papa", martela-t-il en vrillant un regard presque suppliant dans celui de son père. Il était la seule personne, autre que Samaël, dont Théo avait désespérément besoin de l'amour et de l'approbation. Comment ferait-il sans son père pour le soutenir, aussi symbolique ce soutien soit-il depuis la prison ? Il n'en avait aucune idée...


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Théophane Nott

Théophane savait que son fils était homosexuel. Il le savait parce que les autres détenus avaient passé leur temps à le lui répéter, tirant un certain plaisir de voir la déchéance de la famille Nott, il le savait parce qu’on en avait parlé dans les journaux, il le savait parce que l’information circulait partout, même à Azkaban. Mais il y avait une différence de taille entre le savoir, et l’entendre dire de la bouche de son fils. De sa progéniture. Son fils – sa plus grande fierté ! – lui annonçait qu’il était fiancé. Lorsque Théophane – quelques mois auparavant – avait imaginé cette visite, elle se passait complètement différemment. Théo venait le voir pour lui présenter sa toute nouvelle fiancée – une jeune femme polie, de bonne famille, qui porterait le nom des Nott avec dignité. Il s’imaginait emplit d’un sentiment de fierté sans égal pour son fils, qui redorerait le nom de sa famille, et pas de ce mélange de gêne et de honte qu’il ressentait à cet instant là. Car Théo était fiancé, oui. Fiancé à un homme. Son meilleur ami, Samaël, précisa-t-il, et l’envie de lancer un maléfice à ce garçon qui avait détourné son fils du droit chemin le démangea fortement.

Théophane Nott avait honte. Honte de ce qu’était devenu Théo, honte du discours qu’il lui servait. Il avait honte que toute la Haute Société murmure leur nom, et que ce dernier soit traîné dans la boue, une nouvelle fois. Et il se sentait désolé – si désolé ! – pour sa femme et sa fille, qui devaient affronter ce scandale toutes seules, sans qu’il puisse leur venir en aide. Il maudit brièvement son fils, qui n’avait rien trouvé de mieux que de laisser sa famille se débrouiller avec ce qu’il avait créé. Dire qu’Aurora avait œuvré si dur pour que la Haute Société les accepte à nouveau, pour qu’elle et les enfants soient conviés aux réceptions. Mais il avait fallu qu’il gâche tout, avec une seule annonce. Théo Nott était homosexuel. Théo Nott allait se marier. Avec un homme. Et Théophane Nott en avait honte.

Pourtant, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une once de fierté, en observant son fils, qui se tenait devant lui, annonçant avec aplomb ses choix, son mode de vie – qu’il désapprouvait complètement, certes ! Mais il admirait son courage. Cette volonté qu’on retrouvait chez les Nott, cet air de défi qu’on voyait au fond des yeux de Théo, cette lueur qui semblait provoquer quiconque de l’affronter. Cela n’excusait rien, évidemment. Cela ne lavait pas l’affront que le jeune homme avait fait à sa famille. Mais c’était déroutant de reconnaître cette caractéristique des Nott alors qu’il parvenait à peine à reconnaître son propre fils. Les yeux suppliants qu’il darda pourtant sur lui ne le laissa pas indifférent, et il soutint le regard du mieux qu’il pu. Ce n’était pas le même homme – ce n’était pas son fils, celui qu’il avait toujours connu. C’était celui dont les penchants différaient des autres, celui qui avait voulu affirmer son anormalité, celui qui voulait qu’on l’accepte comme il l’était. Théophane Nott finit par détourner les yeux, emplit de regrets.

« Comment peux-tu dire que cela ne change rien ? » demanda-t-il, d’une voix mesurée. « Qui seras-tu, à présent ? Un paria ? Un rejeté de la Haute Société ? Celui dont on évoquera le nom à voix basse, rapidement, lors des conversations ? Celui qui alimentera les rires, durant plusieurs mois ? Celui qui attirera les chuchotements lorsqu’il marchera dans la rue ? Celui qui aura plongé la famille Nott dans l’oubli, qui aura sali son nom, plus qu’il ne l’est déjà ? » énonça-t-il, en plongeant de nouveau son regard sombre dans celui de Théo. « Alors, qui seras-tu ? Que feras-tu ? Penses-tu pouvoir accéder à un poste élevé, au Ministère, alors que la société sorcière est encore si conservatrice ? »

Il croisa les bras et se redressa de toute sa hauteur, toisant son fils avec distance.

« Cela change tout, Théo, tu ne t’en rends juste pas compte, du haut de tes dix-neuf ans. Et comment as-tu pu faire ça à ta mère, et ta sœur ? En plein milieu d’une réception mondaine, devant tout le monde ? Salir leur réputation en même temps que la tienne ? Pourquoi tu fais preuve de tant d’égoïsme, par Merlin ?! »

Il serra le poing, et prit une longue inspiration pour se détendre, soucieux de ne pas perdre son calme. Théophane ne pouvait pas se permettre de se laisser aller à la colère et préférait se maîtriser en toute circonstance. Il souffla doucement.

« Je ne te reconnais plus, Théo. Je ne reconnais pas l’homme que tu es devenu, celui qui met en péril sa famille. ». Il l’observa, imperturbable. « J’ai toujours pensé qu’à partir du moment où tu renonces à tes principes, tu renonces à tout. »

Il hésita un instant, puis fini par lâcher ce simple mot qui lui brûlait les lèvres :

« Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? »
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Théo avait beau s'y attendre, voir son père détourner le regard de lui comme s'il ne pouvait supporter de regarder la déception qu'il était devenu lui fit du mal, terriblement de mal. Décevoir son père avait fait partie de ses plus grandes peurs et pourtant, il l'avait fait sciemment, en parfaite connaissance de cause. Oh, il n'avait pu s'empêcher d'espérer au fond de lui que l'amour de son père pour lui soit plus forte que ses principes mais il savait pertinemment que cela ne serait pas le cas. Son père réagissait de la façon à laquelle il avait pu s'attendre, non pas comme le mangemort enragé et extrême que certains auraient pu imaginer mais comme le père exigeant et conservateur qu'il avait toujours été, un homme qui plaçait l'honneur et la famille au-dessus de tout. Aujourd'hui, Théo avait selon lui choisi de se désolidariser de ces principes, s'engageant sur un chemin sur lequel le reste de sa famille ne pourrait le suivre.

"Pourquoi ?", répéta-t-il d'un ton amer. "Tu crois que j'ai eu le choix ? Tu crois que je n'ai pas eu honte, au début, que je n'ai pas cru devenir malade, ou fou ? Tu n'imagines pas ce que j'ai subi. Tu n'imagines pas comme ça a été difficile. J'ai combattu ça, avec toute la force de ma volonté, à cause de ces fameux principes que tu m'as inculqué. Mais je n'y suis pas arrivé, et tu veux savoir pourquoi ? Parce que tu as tort, voilà pourquoi ! Tu as tort et tous les sangs-purs ont tort."

Théo martelait ses mots avec conviction, refusant de se laisser écraser une minute de plus par le poids des convenances.

"Et tant que tous ceux qui sont dans mon cas étouffent ce qu'ils ressentent et vivent misérablement, se cachent, ou fuient, on pensera toujours que nous sommes des anormalités, des monstruosités, des hontes à nos familles... Alors que nous sommes simplement une minorité, écrasée, silencieuse, qui ne revendique rien. Il ne s'agit pas de renoncer à ses principes lorsque l'on réalise que ces principes sont mauvais. Il s'agit d'évoluer et d'admettre ses erreurs. S'il y a quelqu'un capable de comprendre le fait de se battre pour une vie meilleure et la notion de sacrifice, c'est bien toi, non ? Oui, j'ai pensé à ma famille, la famille que j'aurais eu avec Rosaleen, celle que je vais fonder avec Sam. Tel que je le vois ce choix n'avait rien d'égoïste."

Théophane avait peut être commis une erreur en lui demandant des explications, car Théo n'avait plus l'intention de s'arrêter désormais. Il avait gardé trop de choses à l'intérieur de lui, trop longtems, et il refusait de perdre l'estime de son père sans avoir dit tout ce qu'il avait sur le coeur. Qui savait quand une telle occasion de s'exprimer ainsi face à lui se représenterait ? Peut-être ne se reverraient-ils plus, après cela, ou peut-être qu'il ne s'agirait que de visites aux conversations tristement banalisées comme d'ordinaire.

"Maman a cru que m'apporter Rosaleen sur un plateau me ramènerait sur le droit chemin mais c'était tout le contraire, j'avais la femme parfaite, d'une beauté et d'une intelligence extraordinaire, une amie qui plus est, je lui plaisais... Mais elle me laissait de marbre, déjà, dès nos fiançailles. Tu crois vraiment que je l'aurais rendu heureuse, que j'aurais donné à nos enfants la vie qu'ils méritaient ? Non. Non, j'aurais été aussi malheureux que je l'ai été pendant des années et crois-moi, il ne fait pas bon se trouver dans mon entourage dans ces moments là. Tu as suivi tes principes et tes convictions pendant la guerre, papa, assume ce que cette guerre a créé. Des enfants amers, marginalisés, agressifs, dont personne ne veut et qui ne veulent de personne. Une femme solitaire, triste et manipulatrice qui ne vit que dans l'espoir de redorer le nom de la famille. Vous avez bon dos de m'en vouloir au lieu d'assumer vos propres problèmes. Un bon mariage ne rattrape pas des crimes de guerre dans l'esprit de la haute société... Dans vingt ans on ne se rappellera pas de cet autre sang-pur qui est parti faire sa vie avec un homme, mais on se rappellera toujours le rôle des Nott ou des Lestrange pendant la guerre. Ce n'est pas à moi de porter cette responsabilité. On m'a pris mon père pour ça, on ne me prendra pas Sam aussi."

Le prix à payer serait trop fort, simplement pour que l'on continue de tolérer la présence des Nott aux réceptions mondaines. Ce scandale s'épuiserait comme les autres, avec le temps, et les gens trouveraient bien vite d'autres sujets de conversation. Théo, lui, continuerait à vivre sa vie, avec à ses côtés les personnes qui en valaient vraiment la peine. Quant aux autres, il opposerait son mépris à leurs moqueries...


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Théophane Nott


Les accusations de Théo touchèrent l’ancien Mangemort de plein fouet. Il posa sur lui un regard grave, sombre, bien plus blessé qu’il ne pouvait – et ne voulait – l’avouer. Que croyait-il ? Que Théophane ne connaissait pas les conséquences de la guerre, à laquelle il avait participé ? Il était enfermé dans cette prison depuis dix ans ! Il n’avait pas vu la lumière du jour depuis dix ans ! Il n’était pas rentré chez lui, depuis dix ans. Dix ans. Ne pas pouvoir voir sa femme, ses enfants – autre que dans un parloir – l’avait rendu fou. Et Théo pensait qu’il n’avait pas été malade d’être loin de lui – loin d’eux ? Evidemment que la guerre avait eu des conséquences terribles, irréversibles, et que la haine qui était dirigée envers les enfants de Mangemorts était inacceptable. Théo n’était pas son père, Artémis non plus. Par Merlin, comme si s’en prendre à deux enfants – parce qu’ils n’étaient encore que des enfants ! – pouvait changer quelque chose. Mais les accusations de son fils, et la violence dans ses mots restaient infondées.

« Arrête de dire ça Théo, tu regretteras tes paroles plus tard. Tu sais bien que ta mère n’est pas manipulatrice, et qu’elle ne souhaite que ton bonheur. Certes, sa conception du bonheur n’est visiblement pas la même que la tienne, mais il n’empêche qu’elle ne veut que ton bien, et je sais que tu en es parfaitement conscient. » martela-t-il en vrillant son regard dans celui de son fils. « Et cesse de tout ramener à la guerre, veux-tu ? Ce mariage avec Rosaleen, penses-tu vraiment que c’était pour redorer le nom de la famille ? Que c’était pour effacer les crimes de guerre ? Un Nott et une Lestrange ? Ta mère savait et elle a agit en conséquence. Peut-être pas de la meilleure façon qu’il soit, j’en conviens. Mais tu n’es pas un pion qu’on utilise pour faire oublier que nom des Nott est entaché, cesse de croire ça. C’est ton choix de vie qu’on remet en cause. »

Il s’interrompit, et observa son fils longuement. Théo avait longtemps été sa plus grande fierté. Aujourd’hui, il avait le sentiment que toute cette fierté s’envolait. Parce qu’il était impossible, pour Théophane, de croire que deux hommes pouvaient s’aimer de la même façon qu’il avait aimé sa femme. Il ne pouvait pas croire que deux hommes puissent se marier, puissent être heureux. Théo, en vivant de cette manière, deviendrait un paria, serait rejeté de la société. Comment pouvait-il désirer cela ? Comment pouvait-il défendre sa position – celle d’aimer un autre homme ! C’était aberrant, et Théophane – trop ancré dans ses principes – refusait de comprendre.

« C’est aberrant, Théo, c’est irréfléchi. Tu as dix-neuf ans, comment penses-tu savoir ce qui est bon pour toi ? Tu idéalises les choses, tu te sens capable de vivre aux côtés de cet homme, tu te sens capable de vivre loin de ta famille, de tout ce que tu as toujours connu. Mais dans dix, dans vingt, dans trente ans, que se passera-t-il ? Tu es jeune Théo, et ce Sam ce n’est qu’un amour de jeunesse. » il grimaça en prononçant cette phrase. « Alors quand dans vingt ans tu te rendras compte de l’erreur monumentale que tu as fait, et que tu voudras retourner auprès de ta famille, auprès de ces personnes que tu as toujours connu, que te restera-t-il ? Des remords, des regrets. »

Pourtant, Théophane avait toujours voulu que ses enfants soient heureux, qu’ils affirment leurs convictions, sans que rien ni personne de les en empêche. Mais il n’aurait jamais imaginé que Théo s’éloignerait autant de lui.

« Tu n’es pas comme ça Théo. Je peux comprendre que ces années passées à Poudlard n’ont pas été faciles pour toi, à cause de cette haine dirigée envers les enfants Mangemorts. Je peux comprendre que tu ais trouvé en cet homme quelqu’un qui te soutienne. Mais ce n’est pas de l’amour Théo. Tu penses que ça en est mais ce n’est pas de l’amour. »

Théophane semblait avoir pris dix ans, au fur et à mesure de cette conversation. Il regardait son fils, avec une lueur désespérée au fond des yeux. Théo ne pouvait pas s’être éloigné de lui – éloigné d’eux – à ce point. Quelque part, il restait toujours son fils, son petit-garçon, qui lui ressemblait tant. Et Théophane espérait de toutes ses forces que cette part de lui le ramène à la raison.

« Tu serais capable de renier ta mère, ta sœur, de me renier moi, pour vivre ainsi ? »
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Théo détourna les yeux à l'entente de la remontrance de son père, fixant le mur gris avec intensité, les machoires serrées. Il reconnaissait la justesse des paroles de Théophane mais c'était sans doute ce qui rendait le comportement de sa mère le plus dur à vivre. Elle n'avait même pas de bonne raison, de bonne excuse, puisqu'elle savait. Ce savoir avait conduit ses actions et l'avait poussé à utiliser son fils, oui, comme un pion sur l'échiquier de ses ambitions. Peu importe ce qu'il était ou ce qu'il voulait, Théo devait entrer dans ce cadre qu'elle avait bâti pour lui. Il devait correspondre à l'image de lui qu'elle avait, sinon elle le forcerait à devenir cet héritier parfait qu'elle imaginait. C'était un rejet bien plus fort encore que si la volonté de redorer le blason familial avait guidé ses pas. Elle n'avait pas cherché à protéger ses enfants, non, elle avait voulu le contraindre, l'utiliser. Bien sûr, ses parents ne voyaient pas les choses ainsi mais lui se sentait rejeté, entièrement et violemment, car l'amour que ces deux personnes éprouvaient pour lui s'adressaient en réalité à un étranger, une image, une illusion.

Les dernières paroles de son père achevèrent de le mettre sur la défensive et il posa à nouveau son regard sur lui avant de répondre, la voix tremblante d'émotion :

"Je ne renie personne, papa ! La question ce n'est pas de savoir de quoi je suis capable ou si j'aime réellement Sam, si on sera encore ensemble dans dix ou vingt ans..."

Théo sentit la peur enfler en lui à ses propres paroles. Il n'était pas facile de dissocier son destin ainsi de Sam, car il avait bien conscience de la place énorme qu'avait le jeune homme dans sa vie et du rôle qu'il avait joué dans ses choix. Sans Sam, Théo aurait probablement emprunté la voie tant chérie par ses parents du mensonge et du déni... Mais ce n'était pas à cause de Sam que Théo était ce qu'il était.

"Je sais bien que cela ne durera peut-être pas ! Je l'aime vraiment, quoi que tu en penses, mais nous sommes jeunes et on ne sait pas ce que la vie nous réserve... Mais cela n'a pas d'importance, tu ne comprends donc pas ? Si ce n'est pas lui, ce sera un autre !"

Sa voix avait raisonné dans le parloir. Elle avait des accents désespérés, tant Théo commençait à perdre espoir de se faire comprendre par son père. Il se doutait bien que cette vérité était particulièrement dure à entendre, mais elle avait besoin d'être dite. Parce que si sa famille ne comprenait pas cela, alors ils ne pourraient probablement plus jamais s'entendre...

"La question ce n'est pas si Sam et moi nous aimons ou ce que je renie. Parce que quelques soient les réponses, je serai toujours gay, et je serai toujours votre fils, le frère d'Artémis, l'héritier des Nott, un sang-pur. Cela ne changera pas, c'est ce que je suis, ça peut paraître contradictoire ou confus mais cela ne l'est pas. Ce n'est pas un choix ! Je n'ai pas de choix à faire !"

Théo se rapprocha un peu de son père pour planter son regard dans le tien. Il put sentir son rythme cardiaque s'emballer alors qu'il posait finalement la question cruciale.

"Mais vous oui. Vous avez le choix de m'accepter tel que je suis, ou pas. Alors je te pose la question, papa. Est-ce que toi, tu es capable de renier ton fils ?"


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La question de Théo résonna longuement dans l’esprit de son père, et elle s’inscrivit en toutes lettres dans sa mémoire. Serait-il capable de renier son fils ? Son fils unique ? Celui qui faisait sa fierté, depuis des années ? « Non » souffla une petite voix dans sa tête, qu’il contredit bien rapidement. Il ne pouvait pas vivre, en sachant que son fils vivait une vie qu’il ne comprenait pas, qu’il n’arrivait même pas à respecter. C’était trop pour lui.

Théo avait toujours été celui sur qui il avait placé tout ses espoirs. C’était le fils qui allait hériter, celui dont le parcours serait brillant. L’ancien Mangemort n’avait jamais douté de sa réussite, qu’elle soit scolaire ou sociale. Théo allait évoluer dans les hautes sphères du Ministère, devenir quelqu’un d’important ; cela était certain. Il allait, en plus de cela, épouser une fille de bonne famille. Une qu’il aimerait, évidemment – Théophane n’imposerait jamais un mariage arrangé à ses enfants. Ils formeraient ensemble un couple heureux, épanouis, qui se rendraient aux plus grandes réceptions mondaines. Ils auraient quelques enfants – des héritiers – et seraient riches et respectés par tous. Oui, pour Théo, son père avait toujours voulu la réussite à tous les niveaux. Il fallait que sa vie soit parfaite, tant la sienne avait été écourtée par la guerre.

Mais non. Non, un beau jour, Théo arrivait, et déclamait qu’il aimait les hommes. « Les hommes ?! » Les hommes. Brusquement, tout s’effondrait pour Théophane. Le nom des Nott était sali – encore – son fils s’apprêtait à faire la plus grande de sa vie – selon lui. Tout à coup, il n’y avait plus de grand futur pour Théo, plus de fierté pour Théophane. Seulement la réalité, la triste réalité. Son fils était homosexuel, et voulait tout renier pour aller vivre avec celui qu’il aimait. Et ce n’était pas seulement lui ! Non, c’était tous les hommes. Dans l’esprit du prisonnier, ce n’était même pas envisageable. Comment pouvait-on aimer un homme de la même façon qu’il avait aimé sa femme ? L’incompréhension était visible sur le visage de Théophane, qui secoua doucement la tête.

Pourtant, il était surtout attristé par la situation. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Eux qui avaient toujours été proches – du moins, aussi proches qu’Azkaban les autoriser à l’être ? Théophane eut un soupir de désespoir, avant de vriller un regard sombre dans celui de son fils. Que faire ? Que dire ? Le père de famille n’en savait rien. Il était trop en colère, trop triste, trop las pour réagir d’une quelconque manière. Las de cette vie de détenue, las de lutter. Acceptait-il son fils comme il l’était ? Acceptait-il sa condition d’homosexuel, lui qui avait toujours été très traditionaliste ? Il n’en savait rien. Il ne pouvait pas se prononcer maintenant, et n’en avait pas envie. Et Théo était là, face à lui, avec ses questions, avec ses choix, revendiquant fièrement qui il était, ce qu’il était.

« On ne peut pas renier quelqu’un que l’on ne reconnait plus. » lâcha finalement Théophane. « Et je n’ai pas l’impression de te reconnaître. »

Il se passa une main lasse sur le visage, fatigué de toute cette conversation.

« Laisse-moi du temps. Laisse-nous du temps. »

Peut-être qu’après quelques mois – quelques années ? – les choses seraient moins difficiles à accepter, à comprendre. Pour l’instant, Théophane avait seulement besoin de s’éloigner de son fils, de celui qui venait de ruiner ses dernières espérances.

Il leva les yeux vers lui, l’interrogeant du regard. Si Théo n’avait rien à rajouter, il était prêt à quitter la salle…
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Un sourire amer s’étira sur les lèvres de Théo en guise de réponse. Sans doute devait-il s’estimer heureux de ne pas se voir opposer une réponse plus tranchante et définitive, sans doute était-il censé s’accrocher à ce maigre espoir d’amélioration qui perçait dans les paroles de son père. Théo l’aurait probablement fait si sa relation avec son père n’était pas mise en péril par un second obstacle, dont il n’avait pas fait mention jusqu’à présent. Car Théophane estimait peut-être que c’était lui qui avait l’ascendant dans cette conversation, lui qui était resté sur le droit chemin et avait préservé l’honneur de la famille, honneur bafoué par son fils… Mais la vérité était toute autre. S’il y avait bien l’un des deux hommes qui devait en vouloir à l’autre, aujourd’hui, c’était Théo…

A vrai dire, Théo n’en était pas absolument certain, mais il avait une forte intuition à ce sujet et la peur qui lui enserrait la poitrine ne pouvait signifier qu’une chose : il connaissait déjà, au fond de lui, la réponse à sa question… Pour autant, il avait besoin de l’entendre de la bouche de son père. Il avait besoin d’avoir confirmation, pour que ce doute terrible qui l’avait assaillit des mois auparavant soit confirmé ou disparaisse. Théo devait savoir, c’était impératif, et il avait plusieurs moyens à sa disposition pour cela. Après tout, travailler au Ministère au sein du bureau des Oubliators avait ses avantages, et Théo aurait sans doute pu s’arranger pour dénicher cette information de lui-même. Les annexes du compte-rendu du procès de son père n’avaient pas été rendues publiques pour des raisons évidentes liées aux conséquences de la guerre et au retour à la paix, mais elles étaient toujours disponibles dans les archives du Ministère pour qui avait les moyens de se les procurer.

Mais Théo voulait l’entendre de sa bouche. Son regard empli d’amertume et de doutes s’était posé sur son père, cherchant à lire son âme, à sonder son passé. Son père, qu’il avait regardé comme un héros pendant la majeure partie de sa vie, serait-il franc avec ce fils auprès de qui il invoquait volontiers la morale et les valeurs ? Il n’y avait qu’une seule façon de le savoir… Un silence lourd s’était instauré dans le parloir suite aux dernières paroles de Théophane, pendant un long moment au cours duquel Théo avait presque oublié leur conversation précédente, focalisé sur sa question. Ce fut en priant intensément pour que son père le détrompe qu’il reprit la parole :

« John Smith... Tu l’as tué lors de la grande bataille de Poudlard, n’est-ce pas ? »

Théo n'avait jamais reproché ses actes durant la guerre à son père. Au contraire, il en avait longtemps tiré une certaine fierté, admirant cet homme qui s'était battu pour ses convictions, pour offrir un monde meilleur à sa famille, et qui en avait accepté les conséquences la tête haute. Pourtant, cette fois-ci, c'était différent. La réponse était primordiale, car il ne s'agissait pas de n'importe quel résistant, de n'importe quel combattant contre lequel son père s'était battu. Il s'agissait du père de Sam...


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Théophane Nott

Théophane Nott avait besoin d’être seul. Il avait besoin de méditer, de repenser chaque phrase qu’il avait dit, chaque phrase que Théo avait prononcées. Il avait besoin de s’habituer à l’idée que son fils était homosexuel, qu’il n’épouserait jamais une fille de bonne famille. Pour l’instant, cette pensée le bouleversait. Peut-être accepterait-t-il les choses un jour. Demain, dans une semaine, dans trois mois, dans quatre ans. Peut-être qu’il se ferait à l’idée. Mais pas maintenant, pas tout de suite. Pour l’instant, il avait juste besoin de retrouver le calme de sa cellule, aussi ironique que cela puisse paraître. Théophane Nott n’était pas un mangemort intolérant, mais tout simplement un père qui ne comprenait pas les choix de son fils, qui n’arrivait pas à les concevoir.

Le détenu releva la tête vers son fils, qui ne semblait pas décidé à partir. Sa question lui parue d’abord étrange, avant qu’elle ne prenne tout son sens. Smith. Smith comme John Smith, mais également Smith comme Samaël Smith, le fiancé de Théo, à ce que sa femme lui avait expliqué dans une de ses lettres. Théophane ne répondit pas immédiatement, se contentant de poser un regard grave sur Théo. Mentir, à ce niveau là de la conversation ne servirait à rien, et il fallait dire que le prisonnier n’en avait aucune envie. Il avait toujours été honnête avec Théo, et ce n’était pas maintenant qu’il allait commencer à lui cacher des parties de sa vie. Son fils savait qu’il était un Mangemort, il savait aussi qu’il avait tué plusieurs personnes. Au final, que parmi ces personnes se trouve John Smith ne changeait rien.

« Oui. » répondit-il donc lentement, sans quitter Théo du regard.

Il n’en avait pas honte. Il refusait d’en avoir honte. Il s’était engagé par idéologie, et pour aider son frère ainé. Théo n’avait jamais manifesté le moindre dégoût contre son père, et Théophane ne pouvait concevoir que cela commence aujourd’hui.

« Que cela soit John Smith ou non, ça ne change rien. Personne n’avait de nom dans cette bataille – on tuait tous pour survivre. Tu as toujours été au courant de mes actes, pendant la Grande Guerre, Théo, et tu n’en as jamais eu honte. Est-ce que quelque chose aurait changé aujourd’hui ? » interrogea-t-il, le regard dur.

S’il ne l’avouerait jamais, Théophane était effrayé par la réaction de son fils. Il ne voulait en aucun cas perdre son admiration, ni son amour, malgré tout ce qui pouvait se passer.
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Théo ne flancha pas sous le regard de son père. Théophane avait fait ses choix lors de la guerre des ténèbres et il était temps que Théo cesse de l'admirer aveuglément pour faire les siens. L'homme de sa vie avait perdu son père par la baguette du sien, ce n'était pas quelque chose d'admirable, même si Théo savait pertinemment qu'il n'avait pas les moyens de savoir ce qu'il aurait fait à la place de Théophane. Pendant longtemps, il s'était plu à croire qu'il aurait combattu lui aussi, marque des ténèbres sur le bras et baguette levée, dans cette école pleine d'enfants et de résistants. Mais tout son système de valeur était perturbé ces derniers temps et il ne savait plus du tout où il en était. Comment pourrait-il accepter l'idée que son père ait tué le père de Sam pour cette guerre ? Est-ce que lui, Théo, aurait pu tuer Sam, si les circonstances avaient été différentes ? S'il avait été trop occupé à apprendre la magie noire et à détester les moldus pour apprendre à connaître ce jeune homme formidable dont il était tombé amoureux, l'aurait-il combattu, l'aurait-il tué ? Non, lui soufflait une petite voix dans sa tête, non, il ne voulait tuer personne. Peu importait la cause, peu importaient les camps, quels que soient les enjeux. Il ne voulait pas d'un monde meilleur dans lequel Samaël n'était pas, et il y avait des hommes bons comme Sam dans toutes les guerres, dans tous les camps.

La réponse de son père tomba comme un couperet, glaçant Théo jusqu'au sang. Oui, il l'avait tué. Son père avait tué le père de Sam. Merlin... Le souffle coupé, Théo écouta à peine ce que lui dit son père pour se justifier, trop occupé à envisager l'horreur de la situation. Comment pouvaient-ils avoir passé tant d'années en tant que meilleurs amis sans se poser la question, sans creuser pour obtenir cette précieuse et dangereuse vérité ? Théo avait paradoxalement l'impression que cela changeait tout, et que cela ne devait surtout, surtout rien changer. Les choses entre Sam et lui étaient enfin arrivées au point où elles devaient être et Théo se sentait prêt à connaître le bonheur, pour la première fois de sa vie. Allait-il réellement le perdre pour quelque chose qui s'était passé lorsqu'ils étaient enfants ? Sam pourrait-il le lui pardonner ? Au fond, il n'y avait rien à pardonner à Théo, mais c'était tout à fait compréhensible que cela crée un énorme malaise entre eux, qui serait compliqué à dissiper. Devait-il seulement lui en parler ? Théo ne se voyait pas porter le fardeau de cette vérité seul, mais il craignait tant la réaction de Sam... Enfin, il aurait tout le temps d'y réfléchir plus tard. Il ne voulait pas prendre de décision précipitée.

Théo expira bruyamment avant de reporter son attention sur l'homme qui lui faisait face. Une grosse boule s'était formée autour de sa gorge. C'était comme si quelque chose s'était brisé entre son père et lui aujourd'hui, comme si une partie de la confiance et de l'admiration qu'il éprouvait pour lui s'était envolée. Et cela le rendait triste, si triste, mais qu'y pouvait-il ? Si son père ne l'acceptait pas pour ce qu'il était, un homosexuel qui n'avait pas choisi de l'être, comment lui pourrait accepter son père pour ce qu'il était devenu par choix, un mangemort qui avait tué celui qui aurait été son beau-père ?

"Laisse-moi un peu de temps", répondit-il finalement sur un ton ironique et teinté d'amertume. Il ne voulait pas rester une minute de plus auprès de son père, sinon il allait s'effondrer. 

Sans un mot, sans un regard de plus, il quitta la pièce et referma la porte derrière lui. Alors qu'il marchait dans la prison à la suite des gardiens, il sentit toute la déception qu'il ressentait l'envahir et l'engloutir. Il avait l'impression d'avoir perdu son père aujourd'hui...

Terminé pour Théo


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Car le monde ne l'oubliera pas [Théophane et Théo Nott]

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