AccueilAccueil  FAQFAQ  Où trouver...?  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

 C'est la rue qu'est à nous [Klemens][Mercredi 11 Juin]

InvitéInvité


Mercredi 11 Juin
13h environ

Joan mordit à belles dents dans son sandwich. Un filet de sauce huileuse dégoulina le long de son menton; elle l'essuya d'un revers de manche tout en mâchant avec satisfaction, les yeux rivés sur le journal qu'elle avait posé devant elle sur la table. Le dernier numéro du Cognard était sorti de la presse ce matin-même, et Joan en avait rempli son sac à dos élimé, s'engageant à les porter à leurs principaux distributeurs, à savoir divers commerces et établissements du quartier sorcier de Londres qui les proposaient chaque semaine à la vente. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de lire les articles écris par ses camarades, et ne les découvrait que maintenant, au sortir d'une réunion de plus de trois heures au cours de laquelle l'équipe avait établi le sommaire du numéro à venir, accompagnés par le ronronnement continu de la presse qui oeuvrait dans la pièce voisine, crachant avec régularité des dizaines d'exemplaires magiquement reliés du journal. Ces réunions étaient toujours passionnantes, mais passer en revue tous les projets d'articles et les partager entre les différents rédacteurs était une tâche fastidieuse qui ne manquait jamais d'éreinter Joan; c'est donc avec un enthousiasme aussi débordant que la mayonnaise qui le garnissait qu'elle dévorait maintenant son sandwich, heureuse de pouvoir reprendre des forces à la terrasse d'un snack bon marché perdu dans l'une des petites rues sinueuses du Quartier des Embrumes.

Joan ne jeta qu'un rapide coup d'oeil à l'article qu'elle avait signé cette semaine. Perdu en troisième page, il relatait la violente répression par les forces de l'ordre d'une manifestation pacifiste qui s'était déroulée à Sofia le lundi précédent. Quelques centaines de sorcières et de sorciers avaient défilé dans les rues en une marche silencieuse visant à dénoncer les abus perpétrés à l'encontre des prisonniers dans le plus grand établissement pénitentiaire du pays, une situation qui s'était soldée au début du mois de Juin par le décès d'une jeune détenue. La Brigade Magique n'avait pas tardé à prendre les protestataires en tenaille et les avait assaillis avec une violence que la source de Joan avait qualifié d'"effrayante", faisant de nombreux blessés.

Joan avait pris soin de terminer son article sur une note positive, assurant que les militants Bulgares ne renonçaient pas, que d'autres actions seraient organisées, et incitant ses lecteurs à garder à l'esprit que la société britannique n'était pas la seule à merder. L'Angleterre magique vivait actuellement des moments difficiles, qui servaient de terreau à une colère grandissante; il était donc bon de rappeler à ses camarades qu'ils n'étaient pas seuls, que dans d'autres pays aussi les peuples étaient en lutte.

Joan appréciait beaucoup son activité au sein du canard. Elle avait à son sens une plume correcte, bien qu'elle n'arrivât pas à la cheville de certains de ses camarades d'un point de vue stylistique et que ses textes comptassent souvent plus de fautes d'orthographes que de mots; mais, surtout, elle trouvait satisfaisant de mettre la main à la pâte pour déterrer les affaires les plus sombres et les plus honteuses qui minaient le paysage politique de Grande-Bretagne et d'ailleurs. Rejoindre l'équipe du journal lui avait de plus permis de se remettre à jour rapidement sur la situation du pays lorsqu'elle était rentrée de ses périples continentaux, deux ans auparavant.

- Eh ben putain, siffla-t-elle en repliant le journal au terme de sa lecture.

- Dis pas ça. C'est un juron insultant et oppressif qui dénigre les travailleuses du sexe.

Joan retint à grand-peine un soupir excédé et piqua une frite dans l'assiette de la demoiselle brune attablée en face d'elle.

- Pas quand je le dis, répondit-elle, la bouche pleine. Je considère plutôt ça comme un hommage, tu vois, comme quand les curetons disent "mon dieu". J'invoque, j'appelle à moi la communauté des filles de joie pour qu'elles soient témoins de ce qui me choque, parce que leur avis m'importe, tu vois, parce que je les estime, et je...

Avec un feulement courroucé, sa camarade l'interrompit, se lançant dans une tirade moralisatrice à laquelle Joan ne prêta qu'une oreille distraite. Ce n'était pas la première fois qu'elle se faisait sermonner ainsi par la brunette; Margaret était une nana vachement intelligente et plutôt marrante quand elle faisait un effort, mais elle avait une fâcheuse tendance à faire toujours montre d'une combativité agressive et à fliquer constamment son entourage, ce que Joan avait beaucoup de mal à supporter. Mais bon, elle avait aussi de bons côtés; c'était elle après tout qui l'avait invitée à aller manger un morceau au terme de la réunion du Cognard, dont elle était elle aussi rédactrice bénévole. Aussi Joan la laissa-t-elle prêcher sans l'interrompre, se contentant d'attendre tranquillement que son flot de paroles se tarisse de lui-même. Elle laissa ses pensées et son regard vagabonder, engloutissant son Américain avec autant de classe qu'une utopie marxiste.

Le Quartier des Embrumes souffrait d'une mauvaise réputation qui dépassait même les murs de Londres. On le disait repaire de tout ce que la capitale comptait de trafiquants, de tueurs, de junkies, de mages noirs, de loup-garous, de dingues et de paumés. Comme toutes les réputations, celle-ci était composée d'un tiers de vérité et de quatre tiers d'exagération; les Embrumes était avant tout la partie la plus désargentée de la ville et la faune locale était par suite plus sombre, plus dure et plus  grave que celle qui peuplait les quartiers voisins du Chemin de Traverse; mais on trouvait dans ses rues tortueuses plus de galériens que de camés et d'assassins. Elle observa pensivement une femme sortir d'une supérette, un gamin dans une main, une baguette magique dans l'autre, suivie par une procession de sacs de course; ses traits étaient plus tirés que ses cheveux qui s'échappaient en mèches filandreuses de son chignon lâche. Là, un jeune mec à la barbe hésitante habillé à la moldue marchait d'un pas pressé, une pile de livres et de parchemins sous le bras; il esquiva de justesse un grand type mince aux cheveux bruns et aux traits élégants.

Joan fronça les sourcils, observant attentivement le type. Elle avait une putain - petit regard vers Margaret, qui n'avait apparemment toujours pas fini sa diatribe - de bonne mémoire des visages, et elle était sûre qu'elle avait déjà vu celui-ci; le front haut, les sourcils broussailleux, la peau pâle, oui, elle connaissait ce mec, elle en était persuadée. Elle l'avait déjà rencontré. Pas ici, pas à Londres.

- Klemens! gueula-t-elle alors, se levant dans un raclement de chaise. Eh oh, Dabroski!

Elle se tourna vers Margaret, qui avait interrompu son discours et l'observait maintenant avec une surprise indignée.

- J'en ai pour deux minutes, c'est un vieux pote à moi, s'excusa-t-elle avec bonne humeur.

Elle se dirigea à grandes enjambées vers le type et se planta nonchalamment devant lui avec un large sourire, les bras croisés sur sa poitrine.

- Salut, camarade! le salua-t-elle d'un ton enjoué. Tu me remets? Budapest, y a une paire d'années.

Elle lui laissa un peu de temps, attendant de voir s'il la reconnaissait; avec une exclamation semblable à un rire, à mi-chemin entre l'amusement et l'incrédulité, elle lui flanqua alors, en toute amitié, un bon coup de poing dans le bras.

- Ben alors, qu'est-ce que tu fous dans ce pays? T'as posé le baluchon, ça y est?

Lorsqu'elle l'avait rencontré, le type était plutôt du genre baroudeur; l'Angleterre n'était-elle qu'une étape dans son épopée ou avait-il fini, comme elle, par s'y échouer? Dans tous les cas, revoir ici celui qui avait été un bon camarade de boisson pendant les quelques mois où ils s'étaient côtoyés dans la capitale hongroise était un agréable anatopisme.
Klemens DabroskiLoup-garouavatar
Messages : 1177

Voir le profil de l'utilisateur
Klem sent son ventre grogner. Il pousse un soupir en pensant qu'il est peut-être temps de faire une pause pour manger un truc. Mais il a encore un truc à livrer et il n'aime pas trop traîner avec de la marchandise sur lui, on se sait jamais. Il hâte un peu le pas, évite de justesse un type avec des tas de bouquins sous le bras. Sans doute un étudiant. Étrange qu'il vienne se perdre par ici. Enfin, ça ne le regarde pas et pour tout dire, il s'en moque royalement. Il a bien d'autres préoccupations en tête. Comme finir de livrer son paquet remplit de contrefaçons. Il sait bien que vivre comme ça n'est pas une solution qu'il va bien falloir qu'il finisse par se trouver un boulot stable et tout mais pour l'instant, il ne trouve rien.

Du moins rien qui ne s'associe avec son statut de loup-garou. Il a bien entendu un type dans un bar dire que les transports magiques recrutaient en ce moment que lui il avait pas à se plaindre avec les portoloin que c'était un boulot correct qui payait plutôt bien. Klem s'était renseigné, il avait même postulé sans trop y croire. Il se disait qu'il fallait bien essayer de toute façon. Après le fiasco de son essaie comme vendeur, il se disait que de ce côté là toutes les portes étaient fermés de toute façon. Et puis, il y connaissait rien en prêt à porter. Alors l'offre d'emploi pour un job de vendeur chez T&T fallait mieux qu'il oublie.

Il soupire perdu dans ses pensées quand une voix lui fait relever la tête. Quelqu'un l'a appelé non ? Il a peut-être rêvé en fait. Il hausse les épaules et continue son chemin comme si de rien était lorsqu'une fille se plante devant lui. Il fronce les sourcils se demande ce que cette fille aux cheveux broussailleux lui veut lorsque cette dernière parle avant de lui laisser le temps de la replacer. Un sourire s'étire sur ses lèvres lorsqu'il la reconnait enfin. Il répond à son coup de poing par un éclat de rire un peu incrédule. A croire qu'en ce moment tout son passé la rattrape. Après le retour de Mikhail et de Jacek, voilà qu'une autre connaissance réapparaît, plus sympathique celle là néanmoins.

"Joan ! Ben ça si je pensais te voir dans le coin. Qu'est-ce que tu deviens ?"

Nouvel éclat d'hilarité lorsqu'elle lui demande en même temps ce qu'il fait là. Il est heureux de la revoir, ils ont passé de sacrés soirées bien arrosé à Budapest. Certaine dont il ne se souvient pas d'ailleurs.

"Et ouep, ça y est, je me suis enfin décidé à me caser. Et toi alors ? T'as voulu changer d'air ?"

Il lui semblait que la jeune femme était plutôt bien intégrée au folklore hongrois lorsqu'il l'avait quitté. Enfin, il ne la connaissait pas si bien que ça au fond. Il était même pas sûr de se rappeler de son nom de famille. Est-ce qu'il lui avait demandé un jour au moins ? Pas sûr. En même temps, ils étaient juste des camarades de boissons. Même pas de lit, la demoiselle semblait insensible aux charmes masculins. Hélas. C'était dommage, il était sûr qu'ils auraient pu partager des moments encore plus cool. Quoique peut-être l'avaient-ils déjà fait mais qu'il ne s'en souvenait pas. L'alcool coulait toujours beaucoup trop lorsqu'ils étaient ensemble et les fins de soirées étaient souvent très incertaines.


Klemens Dabrosky
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

C'est la rue qu'est à nous [Klemens][Mercredi 11 Juin]

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» ce que nous faisons : les sauts en image
» Et si nous fermions la frontière avec la RD ?
» Il nous a quittés.
» OH AFRIQUE TU NOUS RESERVES TOUJOURS DES SURPRISES..........
» Ils font chier ces N... . Débarassons-nous en !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aresto Momentum :: Autres Horizons :: Londres,-