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 Les survivants [Juliana, Alicia, Klemens, Roy]

Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Dimanche 15 juin 2008

« N’y touche pas ! Tu risques de te faire plus mal, encore. »

Roy cessa de palper son oreille, encore ensanglantée quelques minutes plus tôt. Grâce aux bons sortilèges de sa sœur, aidés de quelques potions désinfectantes, la plaie s’était refermée, mais la douleur n’avait pas complètement disparu. Il sentait que son audition n’était pas tout à fait rétablie, et c’était très désagréable, même si Irina lui avait affirmé que ça s’en irait, avec quelques potions. Il préférait la croire pour le moment, et la laisser le soigner. Il était  de toute manière trop sonné par les dernières heures qu’il venait de vivre pour opposer une quelconque répartie.

A la minute où le sortilège anti-transplanage avait été levé dans leur zone, Roy avait saisi la main de Klemens, pour les faire disparaître tous les deux. Il avait vu certains le faire, il avait réessayé, et cette fois-ci, cela avait fonctionné, tout bonnement. Quand les renforts de sécurité étaient arrivés au Chemin de Traverse pour calmer les manifestants, des médicomages avaient suivi et s’étaient efforcés de faire le tri pour prendre les plus blessés dans des ambulances magiques, mais bien évidemment, tout ne s’était pas passé sans désordre. Ceux qui en étaient capables avaient transplané directement. Sainte Mangouste n’avait pas tardé à se faire envahir. Très vite, le personnel de l’hôpital s’était trouvé débordé mais leur professionnalisme dans les situations d’urgence avait su faire ses preuves. Roy les avait entendus lancer plusieurs ordres qu’il n’avait pas écoutés. Attendre qu’on vienne s’occuper d’eux dans l’effervescence ambiante ? Klemens était à moitié inconscient dans ses bras, il préférait agir au plus vite. Sa sœur avait presque aussitôt répondu à son Patronus pour venir les trouver et les emmener dans une salle de consultation vide.

A présent, Roy observait en silence sa sœur ruminer nerveusement des « Dans quoi t’as été te fourrer, encore ? », alors qu’elle extrayait avec sa baguette le dernier débris de verre resté coincé dans son bras, lui arrachant une grimace supplémentaire. Irina marmonna quelques incantations, pour faire aussitôt stopper l’écoulement de sang et soigner ses coupures.

« Merci, Ira, j’te revaudrai ça, lança t-il, une fois qu’elle eut terminé.
-Pas la peine, c’est mon métier. Elle se redressa, en poussant un petit soupir. Tu t’arrêteras jamais d’avoir des ennuis, hein ?
-Celui-là n’était pas prévu.
-C’est ce que tu dis tout le temps. »

Roy se releva en silence, il n’avait pas la moindre envie de se livrer à une scène en présence de son meilleur ami, qui les attendait depuis quelques minutes. Irina s’était occupé de lui en premier, étant donné la gravité plus importante de sa blessure au bras. Roy fit quelques pas vers sa sœur, posa sa main sur sa joue avant de l’embrasser brièvement sur le front.

« Je dois y aller, faut que je retrouve quelqu’un.
-C’est ça… J’imagine que ce n’est pas de Maman que tu parles ? »

Elle fit disparaître l’agacement dans son ton en voyant le regard que lui lançait son frère, pour ne laisser que lassitude. A quoi bon essayer de lui faire la leçon ? Le connaissant, elle savait qu’il espérait que les yeux de sa mère, actuellement très occupée au standard de l’hôpital, ne tomberait pas sur le nom de son fils dans la liste des patients admis, c’était peut-être même l’une des raisons pour lesquelles il était venu la voir directement, sans passer par toutes les procédures. Il préférait encore disparaître aussi vite qu’il était apparu, c’était ainsi qu’il avait toujours fait.

« Ils ont déplacé la plupart des blessés au premier étage. Normalement ils ont dû faire des groupes par tranche d’âge, c’est la procédure pour faciliter l’organisation des soins. Pour les blessés vraiment graves, eh bien… Tu devras attendre. »

Roy hocha la tête puis attendit que Klemens se lève à son tour. Irina leur adressa un dernier salut avant de sortir derrière eux. Ils marchèrent vers le premier étage sans trop se presser, Roy préférait ménager le teint encore pâle de son ami. L’essence de dictame faisait vraiment des merveilles, ne pouvait-il que constater en voyant son bras dont la plaie avait disparu. Seul le fait d’avoir perdu du sang l’avait affecté.  

« Heureusement que ce n’était que ton bras, j’ose pas imaginer ce que ce genre de sort fait sur des organes. »

Pour commencer, Klem ne serait peut-être plus en vie… Roy chassa rapidement cette pensée, l’horreur était derrière eux, à présent. Enfin presque, encore un sujet l’inquiétait, c’était Jayce. Il l’avait perdu dans la foule au Chemin de Traverse, c’était lui qu’il espérait retrouver parmi les rapatriés à l’hôpital. En à peu près bon état, si c’était possible.

Les couloirs de l’hôpital ressemblaient à des camps de blessés, où les infirmières s’affairaient, pendant que chacun y allait de sa plainte. Au moindre appel aigu ou bruit un peu strident, Roy portait la main à son oreille, qui sifflait à la moindre agression. Irina n’avait pas su améliorer ça, et lui avait conseillé de voir avec un médecin plus expérimenté qu’elle. Pour le moment, Roy avait tout sauf la patience d’attendre qu’un autre médicomage s’occupe de lui, il préférait encore venir une autre fois quand l’hôpital serait moins envahi, ou tout simplement, attendre que cela passe.  

Il pénétra dans une grande chambre où plusieurs lits avaient été apportés en urgence, pour installer ceux qui se sentaient encore faibles ou attendaient pour des soins. Roy ne savait pourquoi soudainement ce souvenir lui revenait, mais il avait l’impression de parcourir l’infirmerie de Poudlard. Au moment où il allait demander à Klemens de le prévenir si jamais il apercevait Jayce, son regard s’accrocha sur une personne à quelques pas d’eux. Il avait reconnu quelqu’un, mais ce n’était pas son associé. C’était une autre personne, qu’il n’aurait jamais pensé recroiser dans ces circonstances, qu’il n’était de toute manière pas sûr d’avoir envie de revoir.

« Juliana ? »

Il ne savait pas trop pourquoi son prénom lui avait échappé, alors que la meilleure décision aurait été de s’en aller et faire comme s’il ne l’avait jamais vue. Peut-être parce que le caractère exceptionnel de la situation lui avait fait oublié le désastre de leur rupture à cette seconde, peut-être parce qu’ils étaient tous dans la même galère dans cette pièce et que son côté humain s’était réveillé en voyant au banc des blessés une femme qu’il connaissait, avec qui il avait partagé des choses. C’était de toute manière trop tard pour  fuir, elle l’avait sûrement entendu.



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Alicia L. JonesMédicomageavatar
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La journée avait été longue – si longue ! Une fois que Juliana avait été récupérée par un médicomage pour être emmenée à St Mangouste en urgence, Alicia avait dû retourner sur le Chemin de Traverse. Le spectacle n’était définitivement pas beau à voir, et elle avait l’impression qu’elle garderait toujours en mémoire la vision de l’allée marchande jonchée de corps meurtris, blessés, parfois sans vie. Elle avait dû agir, vite – et bien. Il avait fallu trier les blessés, les parquer dans des ambulances, prodiguer les premiers soins. Une fois sa tâche accomplie, elle était rentrée à l’hôpital, qui était submergé par les patients. La salle d’attente aussi était pleine, et regroupait les familles des blessés, qui attendaient désespérément des nouvelles. Les médicomages étaient dépassés, et trop peu par rapport à la catastrophe qui avait frappé le monde sorcier. Ils avaient dû faire appel à tous ceux qui étaient susceptibles de les aider – en allant même jusqu’à appeler en renfort leurs élèves. Et Alicia avait passé la journée entière à s’occuper des blessés qu’on lui avait assignés, cherchant partout Juliana. Depuis qu’elle avait laissé la jeune femme aux bons soins de son collègue, elle ne l’avait pas revu, et son anxiété n’avait fait qu’augmenter, au fur et à mesure que les heures passaient.

« Attention, ça va faire un peu mal…» prévint Alicia en sortant sa baguette magique pour la pointer sur la jambe d’un enfant qui était cassée. « Mais tu vas pouvoir guérir grâce à ça ! »

« Ce sera vraiment le cas, n’est-ce pas ? » l’interrogea une mère qui avait passé l’après-midi à pleurer de peur – peut-être aussi de soulagement. « Il va pouvoir remarcher ? Il n’aura plus mal ? »

« Les quelques heures qui vont suivre vont être difficiles, et il aura du mal à tenir debout immédiatement, mais oui, évidemment, il va pouvoir remarcher ! Tout sera comme avant. » promit Alicia, avant de donner un coup de baguette magique pour jeter un informulé. Il y eut un craquement, et l’enfant poussa un gémissement de douleur en se courbant. « C’est terminé, tout va bien… » lança Alicia en immobilisant la jambe d’un autre sort. « Vous allez pouvoir repartir chez vous bientôt. » La médicomage avisa Mary, une infirmière, et lui fit signe de venir. « Mary ? Vous voulez bien amener les papiers de sortie à madame Jenner, s’il-vous-plait ? Il faut absolument qu’on fasse de la place pour les autres… »

Tandis que l’infirmière hochait la tête, Alicia se retira de la pièce, déjà emplie de médicomages. Elle venait de passer les dernières heures à s’occuper de personnes sur le point de mourir. Certaines étaient mortes sous sa surveillance, d’autres avaient survécu, mais restaient parfois dans un état critique… La jeune femme s’essuya le front, avant de refaire son chignon rapidement. Elle se mit ensuite en marche, et se dirigea sans la moindre hésitation vers l’accueil. Une fois arrivée là-bas, elle se posta au comptoir, tentant d’attirer l’attention d’une standardiste débordée.

« Excusez-moi, est-ce que vous pouvez m’indiquer la chambre de Juliana McNeil, s’il-vous-plait ? »

« Chambre 307, premier étage, deuxième couloir à gauche ! » lui répondit-elle sans plus cérémonie.

Alicia ne s’en formalisa pas, et se dépêcha de rejoindre le deuxième étage. Là-bas, elle tomba sur le médicomage qui avait pris en charge Juliana, et poussa un profond soupir de soulagement.

« Merlin merci ! Comment va-t-elle ? » lui demanda-t-elle d’un ton empressée.

« Ca va aller, elle est tirée d’affaire. Tu as fait du bon boulot là-bas ! Mais elle a perdu beaucoup de sang, donc de forces. J’allais lui apporter ça, tu t’en charges ? » lui proposa-t-il en lui tendant une potion donc elle s’empara. « Ecoute Ali, tu ne veux pas prendre cette chambre en charge ? Je suis quasiment tout seul pour le couloir entier, et je ne m’en sors pas… »

« Pas de soucis ! » lui répondit-elle rapidement, profondément soulagée de pouvoir être aux côtés de sa petite-amie.

Elle entra dans la chambre, et chercha immédiatement Juliana du regard. La jeune femme était en effet présente, et, non loin d’elle, deux hommes qu’elle connaissait également… Klemens Dabroski et Roy Calder, à savoir l’ex petit-ami de Juliana. Si Alicia, en temps normal, n’aurait pas été ravie de revoir ce dernier, il fallait dire que, dans ces circonstances, elle en était presque soulagée – au moins, tous les deux étaient en vie.

« Bonjour. » lança-t-elle avant de se diriger vers Juliana, qui était bien pâle. « Julia ? Ça va ? » lui demanda-t-elle d’une voix douce, avant de lui tendre la potion qu’elle avait dans la main. « Bois-ça. » lui intima la médicomage en lui fourrant la potion dans les mains. Elle lui caressa doucement le dos, la mine soucieuse. Elle reporta ensuite son attention sur les deux garçons. « Je suis la médicomage en charge de cette chambre. Vous avez été blessés pendant la manifestation ? Vous avez besoin de quelque chose ? Une potion ? » leur demanda-t-elle, sans animosité dans la voix.

Certes, elle n’avait jamais apprécié Roy – et la réciproque était sûrement vraie aussi. Mais aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres. Il y avait eu des morts, des blessés, et sa propre petite querelle avec Roy n’avait rien à faire dans cette chambre. Elle reporta par la suite son attention sur Juliana, l’interrogeant du regard, inquiète par son état.



Kit par Daisy ♥
Klemens DabroskiLoup-garouavatar
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Klemens regarde Roy se faire houspiller par sa sœur avec un léger sourire goguenard aux lèvres. C'est toujours amusant de voir son ami se faire materner de la sorte. Il se moque gentiment cela dit, il sait ce qu'il doit au trafiquant, c'est lui qui l'a amené jusqu'à Ste Mangouste, encore lui qui a fait en sorte qu'il soit soigné dans de bref délais alors que l'hôpital est en plein effervescence. Il regarde la fine cicatrice qui parcoure son bras et s'amuse à plier et déplier ses doigts. Pendant un cours instant, sur le chemin de Traverse avant de tomber inconscient, il a eu l'impression qu'il venait de perdre l'usage de sa main. Mais heureusement pour lui, les traitements sorciers faisaient des miracles.

Il détache les yeux de son bras et se lève de son lit un peu brusquement lorsque Roy a fini de se faire soigner. Il sent la pièce tourner légèrement autour de lui mais réussit à se stabiliser et à faire comme si de rien était. Il remercie Irina et suit son ami dans les couloirs à la recherche de Jayce. Il apprécie le fait que le trafiquant ne marche pas à vive allure. Si la plaie semble parfaitement guérie grâce à l'essence de dictame, il se sent encore faible. Il a l'impression de s'être vidé de son sang lors de la manifestation. Il grimace légèrement à la remarque de son ami. Il préfère ne même pas y penser.

"M'en parle pas. Si je chope ce taré un jour, j'te promets que je... je sais pas encore ce que je lui ferais mais il morflera. C'était de la magie noire en plus."

Oui, Klemens est complètement obnubilé par sa petite personne à cet instant précis et ne pense pas réellement à l'état dans lequel ils vont retrouver Jayce. Il se contente de suivre son ami et son rythme.

"Au fait, merci de m'avoir tiré de là et d'être allé voir ta sœur. Elle est franchement pas mal en plus."

Petit sourire en coin pour essayer de dédramatiser la situation. Si ça se trouve Jayce n'a qu'une mini égratignure et ils vont le retrouver tout sourire en train de lorgner le décolleter d'une infirmière. Ou alors c'est plus grave que cela mais il préfère ne pas y penser lorsqu'il pénètre dans une grande chambre occupée par plusieurs lits. Il laisse son regard parcourir la pièce et est ramené sur terre par la voix de Roy qui semble avoir vu Juliana. Il aperçoit la jeune femme à son tour et se dirige dans sa direction. Il s'arrête à côté d'elle et s'inquiète légèrement de son visage un peu trop pâle pour être naturel.

"Salut Julia. Je te demande pas comment ça va..."

Petit sourire qui se veut dédramatisant encore une fois. Ce qu'il peut détester les hôpitaux, il sait jamais quoi dire aux gens malades et il se sent toujours obligé de faire de l'humour nul. Ils sont alors rejoints par Alicia qui semble vraiment très poche de Juliana, son regard passe de la brune à la blonde en passant par Roy l'air perplexe. Il doit avoir loupé un épisode. Aux dernières nouvelles, Roy s'était fait plaquer par Julia mais cette dernière était cent pour cent hétéro. Ce qu'il a maintenant sous les yeux est loin d'une scène entre deux copines. Comme si Roy allait s'amuser à lui caresser le dos comme ça. Bon, ce n'est pas grave, c'est cool pour elles. Moins cool pour Roy qui assiste en direct au romantisme des retrouvailles. Surtout qu'il a l'impression que son pote a pas complètement oublié la jolie blonde. Klem soupire légèrement et esquisse un sourire en direction d'Alicia.

"Salut Alicia, non merci, c'est bon, on vient juste de se faire soigner."

Il jette un regard en coin à Roy pour voir si il gère bien la situation. Au moindre petit geste de son ami, il est prêt à mettre les voiles. Il suffit juste qu'il lui fasse signe.


Klemens Dabrosky
Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Ce n'était pas vrai. Ce n'était pas arrivé, cela ne pouvait pas être arrivé. C'était un cauchemar, une erreur, une épouvantable erreur ! Elle allait se réveiller, elle allait retrouver la réalité, elle en était persuadée. Car cela ne pouvait pas s'être passé. Il ne pouvait pas être mort, pas comme ça, pas pour ça...

"Juliana ?"

Son propre nom lui parvint comme à travers un brouillard et elle mit quelques secondes à réaliser que c'était à elle que l'on s'adressait. Relever la tête vers Roy lui demanda tous les efforts du monde et elle ne put rien faire d'autre que de poser sur lui un regard perdu, presque non concerné. Elle ne se demandait pas ce que Roy faisait ici, pourquoi il était venu lui parler, si Klemens et lui allaient bien, pas plus qu'elle ne se demandait comment allait sa propre blessure. Elle n'avait pas particulièrement mal, à vrai dire, ou plus exactement, elle ne parvenait pas à distinguer la douleur physique de cette peine écrasante qui l’emprisonnait toute entière depuis qu'elle avait appris la nouvelle. L'annonce avait été horrible. Juliana avait d'abord été soulagée de voir son frère débarquer dans la chambre d'hôpital, échevelé et visiblement mort d'inquiétude, ravie de voir qu'il était en un seul morceau et qu'elle allait pouvoir accuser le coup avec lui. Elle-même avait été traitée rapidement, vu son état critique sur les lieux, mais grâce aux bons soins d'Alicia, elle avait pu être soignée sans problèmes. Le médicomage lui avait assuré qu'elle se remettrait complètement avec beaucoup de repos puis s'en était allé guérir d'autres personnes. Juliana avait donc été soulagée pendant quelques instants, pensant qu'il y avait eu plus de peur que de mal, avant que Hayden ne la détrompe lourdement.

La révélation avait été terrible pour Juliana, qui était entrée dans un tel état d'hystérie qu'une infirmière était venue lui administrer un calmant, de peur de la voir aggraver ses blessures sous l'effet du choc. "Du repos, vous avez besoin de repos !" Mais comment pourrait-elle se reposer dans un moment pareil ? Le repos n'avait aucune importance, la guérison n'importait pas plus, tout ce qui comptait était que quelqu'un la détrompe. Tout ce qu'elle voulait, tout ce qu'elle désirait du plus profond de son âme, c'était que son père débarque dans cette chambre d'hôpital et grogne quelque chose dans sa barbe au sujet du MIM ou du championnat de Quidditch, ou de n’importe quoi d’autre. A cet instant, elle avait l'impression que toutes les fibres de son corps l'appelaient, aspiraient à le voir. Elle n'était plus une jeune femme assurée et indépendante de vingt-deux ans, elle n'était qu'un enfant, une petite fille qui appelait son papa. Cette même petite fille qui aurait voulu se réfugier dans ses bras pendant l'année des ténèbres, et qui n'avait jamais pu lui dire à quel point cela avait été dur, là-bas, sans lui, à quel point elle l'aimait, à quel point elle avait besoin de lui dans sa vie, pour l'entourer, pour la protéger. Elle ne le lui avait jamais dit, et voilà qu'elle n'aurait jamais l'occasion de lui dire tout cela... Elle ne pourrait plus jamais se blottir dans ses bras, elle ne l'entendrait plus jamais rire ou ronchonner, elle ne le verrait plus jamais parce qu'il était mort. Son père était mort.

La jeune femme aurait voulu qu'Hayden reste auprès d'elle, mais son frère devait retrouver sa femme, qui était également présente sur le Chemin de Traverse et qui avait été blessée. Juliana s'était donc retrouvée seule avec cette nouvelle terrible à encaisser. La potion qu'on lui avait fait boire avait eu le don de détendre son corps beaucoup trop crispé et d'engourdir son esprit. Désormais, elle avait l'impression de flotter dans une espèce de cauchemar duquel elle ne se réveillerait jamais. Plus jamais elle ne retrouverait la joie de vivre, l'apaisement, l'insouciance ! C'était fini ! Elle sombrait dans un gouffre de ténèbres duquel elle ne parviendrait jamais à sortir, et cette douleur écrasante dans sa poitrine ne disparaîtrait jamais non plus. Merlin, elle avait l'impression que son cœur se brisait encore et encore dans sa poitrine...

Un peu de lumière et de douceur sembla lui venir du monde extérieur lorsque la voix d'Alicia lui parvint à travers le brouillard. Juliana était encore trop sous le choc pour lui répondre mais elle sentit son corps se détendre de façon perceptible sous l'effet des caresses réconfortantes de la jeune femme et elle se força à boire la potion qu'elle lui avait apportée, sans en comprendre l'intérêt. Juliana rejeta le flacon vide sur son lit et détacha son regard de Roy pour le poser sur Alicia, s'accrochant mentalement à elle comme elle s'était accrochée à lui. Comme si cela pouvait atténuer quelque peu le sentiment terrible de solitude et d'abandon qu'elle ressentait. Ils ne comprenaient pas, Klemens, Roy, Alicia, ils ne comprenaient pas que tout avait changé, que tout était fini. Ils ne comprenaient pas. D'une voix rauque, elle parvint à émettre quelques sons désordonnés pour leur expliquer ce qui s'était passé.

"Il est mort, mon père... il était là-bas, il... Un...un stupide stupéfix ! Il a...pas supporté !"

Sa gorge, serrée au point de rendre sa respiration difficile, finit par se détendre brusquement lorsqu'elle éclata en gros sanglots incontrôlés, qui maculaient ses joues de larmes. Sa main trouva celle d'Alicia et elle la serra et serra encore, si fort qu'elle lui faisait probablement mal, pour s'assurer qu'elle était toujours là auprès d'elle, bien vivante, et qu'elle ne partirait pas, qu'elle ne la laisserait pas. Ni maintenant, ni jamais...



Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Le visage de Roy se voila imperceptiblement, aux mots de Klemens. Le loup n’était peut-être pas capable de retrouver la personne qui lui avait lancé ce sortilège, mais Roy, lui, avait bien sa petite idée. Ce n’était pas faute d’avoir mis en garde Jayce avant de céder et de l’accompagner au Chemin de Traverse. Il y avait toujours quelques casseurs qui profitaient de ce genre de manifestations de grande ampleur pour se faufiler et profiter du désordre pour provoquer des dégâts. Parfois, ce n’était pas le fait de quelques simples agitateurs. Il y avait des groupuscules extrêmes qui voyaient dans le déploiement de violence leur seule façon de montrer qu’ils existaient. Oui, il y avait des franges de population, autant dire pas les plus aisées, prêtes à n’importe quoi pour faire entendre leurs revendications, Roy en avait vus, il en entendait, tous les jours, dans des bars peu fréquentables. Il ne fallait pas sous-estimer la haine qui pouvait naître du rejet social que connaissaient ces individus que personne, encore moins des politiques, acceptaient d’entendre.

Le regard que lança par la suite Roy à Klemens était sensé le dissuader de répéter le moindre commentaire de ce type sur sa sœur, mais il n’eut pas la volonté de le rabrouer, comme il l’aurait fait dans d’autres circonstances. Il resta étrangement silencieux, les mains enfoncées dans ses poches. Klemens était resté inconscient pendant toute cette catastrophe au Chemin de Traverse, il avait assez de recul pour dédramatiser la situation. Pas le trafiquant, qui commençait à craindre le pire pour Jayce. Roy n’était pas à l’aise dans cet hôpital où des sanglots d’inconnus autour d’eux éclataient par moments et le rappelaient à l’idée que Jayce pouvait très bien être mort, à l’heure qu’il était. Il ne voulait pas rester ici, pas quand il savait qu’il pouvait croiser sa mère, l’une des rares personnes qu’il culpabilisait réellement d’inquiéter. Et par-dessus-tout, il détestait se sentir si vulnérable.

Ce fut dans cet état nerveux et crispé qu’il rencontra son ex-petite amie, à l’étage des blessés. Elle ne semblait pas en mener plus large que lui. Le regard que lui retourna Juliana aurait fendu le cœur de n’importe qui. Roy jeta un coup d’œil suspicieux sur la table de chevet. Quel genre de potion lui avait-on donné pour qu’elle soit dans un tel état d’apathie ? Il n’y avait rien, rien d’autre que du vide dans ce regard qu’il avait pourtant connu plein de vivacité. De la Juliana enjouée et malicieuse qu’il avait aimée il ne restait même pas une pâle figure, qui cherchait désespérément de quoi s’accrocher. Une seconde, il eut l’impression que c’était à lui qu’elle s’accrochait, et Roy en ressentit un infime espoir. Un espoir déraisonnable.

Le mouvement qu’il allait effectuer vers elle fut interrompu par l’arrivée d’une médicomage, qui lui remit aussitôt les idées en place. A quoi jouait-il ? Ce n’était pas sa place. Il n’était pas sensé se laisser autant affecter, il n’était d'ailleurs pas sensé ressentir quoique ce soit d’affection pour la jeune serveuse.  L’oublier, tourner la page, voilà ce qu’il était sensé faire, même avoir fait. Non, ce n’était pas sa place, ou plutôt, ce n’était plus la sienne. L’arrivée d’Alicia acheva de le lui faire comprendre.

Il se contenta d’hocher négativement la tête à sa question, puis laissa à Klemens le plaisir de développer la réponse. Il détacha rapidement ses yeux de la main de la médicomage qui caressait le dos de Juliana et du regard préoccupé qu’elle posait sur elle. Pourquoi rester quand Juliana était entre de bonnes mains, de meilleures que les siennes, de toute évidence ? Il était sur le point de partir. Il n’y avait peut-être aucune animosité dans la voix d’Alicia, mais Roy ne comptait pas s’infliger pour autant la vue de son ex avec la femme qu’il l’avait soupçonnée d’aimer plus qu’amicalement. Il avait eu raison, et oui, pour une fois, il aurait préféré avoir eu tort. C’était une blessure de plus à son ego pour lui, qui n’avait que commencé à tourner la page, quand elle, avait déjà trouvé quelqu’un pour le remplacer.

Oui, il avait vraiment été sur le point de partir avant que Juliana ne prenne la parole, d’une voix complètement brisée, et Roy se détesta d’être si faible. Bien sûr, pourquoi ne l'avait-il pas compris tout de suite ? Sa première réaction avait été de vérifier dans quelle mesure elle était blessée, mais ce n’était pas une blessure physique qui avait mis la jeune femme dans un tel état de choc, ça ne pouvait pas l’être… Roy ôta les mains de ses poches, sonné par la nouvelle. Son sentiment d’impuissance ne fit que grandir en voyant la serveuse éclater en sanglots. Qu’était-il sensé dire à quelqu’un qui venait de perdre son père ? Son propre père ! Un accident, un simple stupéfix dans une manifestation qui avait mal tourné… Tout cela n’avait décidément aucun sens. Cette situation-même n’avait aucun sens ! Dans d’autres circonstances, il ne se serait même pas approché des deux jeunes femmes. Il se retrouvait là, il ne savait pas trop comment, à vouloir réconforter quelqu’un qu’il avait décidé de ne plus jamais revoir. Son appréciation des choses changeait sans doute à cause de cet inexplicable mais ô combien humain sentiment d’empathie qui rassemblaient ceux qui avaient vécu une même catastrophe, car à cet instant-là, Juliana n’était plus son ex, mais une femme brisée, qui venait de perdre son père. Ce fut ce qu’il le fit rester et oser un geste vers elle, non sans hésitation. Voulait-elle encore de son soutien, de sa présence ? Roy prit le risque d’essayer et saisit sa main, celle qui était libre, se rassurant de la pensée que Juliana ne ferait probablement pas la différence, alors qu’elle avait mille autres choses à penser que leur dernière dispute en date.

« Pleure, Julia. Ne te retiens surtout pas… Ca ira, bientôt ça ira mieux, d’accord ? On est là. » ajouta t-il en serrant légèrement sa main.

Il échangea à cet instant un regard avec Klemens, qui ne savait probablement pas où se mettre lui non plus. Si les yeux de Roy avaient pu parler ils lui auraient dit quelque chose comme « Oui, on est dans même galère, mec, moi non plus, je sais pas ce que je fais là ». Il lâcha un soupir, son regard passa sur chacune des trois personnes présentes, comme s’il avait l’espoir que l’une d’elles avait la réponse qui allait tout faire rentrer dans l’ordre.

« C’était vraiment n’importe quoi, aujourd’hui, j’arrive toujours pas à comprendre ce qui s’est passé… »



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Alicia L. JonesMédicomageavatar
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En d’autres circonstances – par respect pour Roy – Alicia ne se serait pas rapprochée de Juliana de cette façon en présence de son ex petit-ami. Cependant, aujourd’hui, tout était différent. La jeune femme avait frôlé la mort quelques heures plus tôt, et la médicomage avait encore en mémoire la vision hautement horrifiante de sa petite-amie, se vidant de son sang, allongée sur le sol. Alors tant pis pour les codes, car en ce moment-même, Alicia ne parvenait pas à se soucier du bien-être de Roy Calder, tant son inquiètude était entièrement tournée vers la jeune femme. Elle ne réussissait pas à détacher ses yeux de son visage pâle, de ses yeux mornes qui semblaient trahir une infinie tristesse.

La réponse de Klemens la rassura légèrement quant à la santé des deux garçons, et la médicomage oublia pour un temps ses responsabilités, posant un regard inquiet sur sa petite-amie, qui semblait sur le point d’imploser. Les mots qu’elle lâcha ensuite résonnèrent longuement dans la pièce, tandis qu’Alicia refermait sa main sur celle de Juliana, abasourdie par la nouvelle. Evidemment qu’il y avait eu des morts, aujourd’hui. Mais de tous ceux qu’elle avait vus aujourd’hui, elle n’en avait reconnu aucun. Et, si elle ne connaissait pas personnellement John McNeil, Juliana lui en parlait tant que c’était tout comme.

Alicia fut immédiatement assaillie par une grande tristesse, en observant sa petite-amie sangloter ainsi. La réalité lui arriva en pleine face, et elle mit quelques instants à la digérer. Le père de Juliana était mort. Et il n’était pas le seul – les conséquences de la manifestation étaient aberrantes, horrifiantes. Des sorciers étaient morts entre ses mains réalisa-t-elle. Un père de famille, une mère, une  jeune femme, qui étaient arrivés trop tard – qui étaient arrivés agonisants, presque déjà morts. Un certain malaise l’envahit – celui que les médicomages ressentaient lorsqu’ils prenaient conscience des retombées de leur métier.

John McNeil était mort – le père de Juliana était mort. C’était injuste, songea Alicia en prenant place à côté de sa petite-amie. Il était mort par un stupéfix qu’il n’avait pu supporter, un simple stupéfix. La jeune femme échangea un regard avec Roy, qui saisissait au même moment la main libre de Juliana. Un regard dénué d’animosité, emplit de tristesse. Ils n’étaient plus « l’ex » et la « nouvelle copine » mais seulement deux personnes qui essayaient de réconforter quelqu’un en deuil. Mais comment pouvait-on réconforter quelqu’un qui venait de perdre son père ?

Alicia vint poser sa tête sur l’épaule de Juliana, en lui frottant doucement le dos de sa main libre. Roy, au même moment, déclarait quelques paroles réconfortantes, qui ne devaient pas avoir de sens pour la jeune femme, mais qui étaient toujours agréables à entendre. Evidemment que Juliana irait mieux, plus tard. Mais pour l’instant, elle devait être dans une telle phase de deuil, d’anéantissement, qu’elle ne devait pas penser qu’elle s’en remettrait un jour…

« Ca va aller. » lui souffla-t-elle. « Ca va aller, Julia. » lui répéta-t-elle, comme une litanie. « Je sais que tu as l’impression que ton monde s’écroule, mais ça va aller. » poursuivit-elle. « Oh, Julia, je suis tellement désolée… » lâcha-t-elle à voix basse, comme si prononcer cette phrase à voix haute accentuerait la peine de la jeune femme.

La dernière phrase de Roy la ramena à la réalité, et elle observa le jeune homme quelques instants, essayant de se rappeler à quel moment tout avait dégénéré – et pourquoi. Tout s’était passé si vite, tellement vite qu’Alicia n’avait vu aucun moment de transition entre la manifestation et le véritable carnage.

« La manifestation était la retombée de toutes les crises qui sont survenues dans l’année – l’affaire Nimbus, la crise de Chaudrillon. Mais je ne sais pas comment elle s’est transformée en champ de bataille. Il y avait des casseurs, j’imagine, et les gens ont dû paniquer… » déclara Alicia d’une voix grave. « C’était impossible de sortir de là, le cauchemar absolu. Et puis ce stupide sort d’anti-transplanage… ! » elle retint une insulte qui lui brûlait les lèvres. « Vous n’avez pas été trop blessés ? » interrogea Alicia, en regardant tour à tour les deux garçons.

Elle passa brièvement une main dans les cheveux de Juliana, l’observant à la dérobée. Sa peine était si immense qu’elle bouleversait Alicia. Juliana allait pouvoir sortir de l’hôpital avant la nuit, la médicomage se promit de la ramener chez elle – de force, s’il le fallait. Il était hors de question que Juliana passe la nuit seule, Alicia comptait bien lui fournir une potion de Sommeil Sans Rêve qu’elle avait en stock dans sa pharmacie pour que la jeune femme puisse se remettre de ses blessures physiques, en mettant de côté le temps d’une nuit sa souffrance psychologique.



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Klemens DabroskiLoup-garouavatar
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Klem ne comprend pas ce qu'il se passe. En deux secondes tout semble métamorphosé. Il passe d'une scène un peu bizarre dans un hôpital où ils retrouvent une amie blessée avec sa petite amie à la même amie qui explose en sanglots. Le jeune loup se retrouve à danser un pied sur l'autre sans savoir quoi faire. Il se mordille la lèvre inférieure, ne sait pas où se mettre et regarde impuissant, Juliana pleurer la perte de son père. Il ne peut même pas dire qu'il comprend, il n'a jamais perdu de père. Juste sa soeur. La peine est sans doute la même à la réflexion. Il croise le regard de Roy qui semble aussi perdu que lui.

Il observe en silence Alicia et son meilleur ami apporter du réconfort à Julia tandis que lui reste là les bras ballant sans bouger. Il s'avance précautionneusement de la jeune femme comme si elle était sur le point d'exploser et il s'assoit au bord de son lit pour lui tapoter maladroitement la cuisse. Qu'est-ce qu'il peut bien faire d'autre ? Les deux autres prennent toute la place et c'est la seule partie à peu près décente de la jeune femme qu'il peut toucher. Il hoche la tête alors que les deux autres promulguent réconfort et mots d'apaisement. Que doit-il dire lui ? Il va sortir un truc bateau, ça va faire moins type qu'en a rien à secouer.

"Oui, ça va aller. Vas-y pleure, ça va te faire du bien."

Enfin, il pense. Il n'en sait strictement rien en fait. Est-ce que pleurer fait vraiment du bien dans ce genre de situation ? Il ne pense pas. Peut-être que sur le moment, on est soulagé d'un poids mais après ? Est-ce que la peine disparaît plus facilement avec des larmes ? Est-ce que les larmes emportent le chagrin et la douleur ? Il l'espère pour Julia. Il espère de tout coeur. Il continue machinalement à lui tapoter la cuisse sans trop savoir quoi rajouter. Il est heureux de la distraction que lui offre Alicia et il se précipite pour répondre à sa question.

"J'ai passé la moitié de la manifestation évanoui. J'ai pris un sort de magie noire sur le bras."

Il lance ça d'un ton badin et dénude son bras pour montrer la longue cicatrice qui s'étale sur son avant bras. Il essaye sans doute de rendre l'atmosphère de la pièce moins lourde. Quitte à paraître un peu égoïste mais il ne sait vraiment pas comment appréhender les larmes de Julia. C'est plus fort que lui.


Klemens Dabrosky
Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Si les paroles de ses amis glissèrent sur Juliana sans l’atteindre, leur présence physique lui fit du bien. Elle avait hautement conscience des mains d’Alicia et de Roy qui serraient la sienne, et de celle de Klemens sur sa cuisse, et c’était tout ce qui l’empêchait de sombrer complètement dans ce gouffre de désespoir qui s’était ouvert depuis qu’elle avait appris la nouvelle. La chaleur qui émanait d’Alicia, contre son épaule, et son odeur caractéristiques la rassuraient et l’apaisaient, lui rappelant qu’elle n’était pas morte et que la vie continuait. L’idée que la vie puisse continuer sans son père était bien trop dure à accepter pour l’heure, et il lui faudrait beaucoup de temps pour s’y faire. Aucune parole de réconfort ne pouvait faire disparaître cette impression que son cœur s’était brisé dans sa poitrine. Mais se sentir entourée lui était salvateur, si bien qu’elle fut même reconnaissante par la présence de Roy, lui à qui elle aurait refusé d’adresser la parole quelques heures plus tôt. Il restait quelqu’un qu’elle avait apprécié et dont elle s’était sentie proche. L’affection et la complicité n’avaient pas complètement disparu de sa vie, il y avait d’autres personnes qu’elle aimait et qu’elle aimerait, et si personne ne pourrait jamais combler le vide laissé par John McNeil dans le cœur de sa fille, tout n’était pas fini. Elle se sentirait mieux, pas après avoir pleuré, pas demain, mais un jour. Jour après jour, la douleur s’atténuerait, et c’était à cet espoir qu’elle s’accrocherait.
 
Ce fut la mention de la blessure de Klemens qui attira l’attention de la jeune femme, la faisant revenir brutalement sur terre. Juliana se redressa légèrement et jeta un coup d’œil à son propre ventre, avant de poser un regard hagard sur le bras de Klemens.
 
« D…de la magie noire ? », répéta-t-elle d’une voix rendue rauque par les pleurs. Tentant de faire fonctionner son cerveau à nouveau, Juliana récupéra ses mains le temps de se moucher et d’essuyer son visage. Elle aurait tout le temps de faire son deuil plus tard, pour l’heure, elle voulait comprendre ce qui s’était passé et s’assurer qu’il n’y avait pas d’autres pertes à déplorer. D’après Hayden, Eileen était présente au Chemin de Traverse… Elle doutait que sa mère ou son autre frère aient été présents, mais elle ne pouvait pas en être sûre. Et ses autres amis ? Et ses camarades de l’OFFRE, Alex, et les autres ? A sa souffrance s’était désormais mêlé l’angoisse, et elle se prit à jeter un œil vers la porte dans l’espoir de voir revenir un Hayden porteur de bonnes nouvelles. Mais il n’y avait rien d’autre que des médicomages surmenés et des patients en piteux état. C’était la panique ici comme sur le Chemin de Traverse et Juliana songea avec horreur qu’il lui faudrait probablement attendre la liste des victimes dans la Gazette pour savoir avec certitude qui parmi ses connaissances avait succombé lors de ce carnage. Juliana sentit sa poitrine se soulever un peu plus rapidement et sa respiration se faire difficile sous l’effet de l’inquiétude. Ses mains revinrent chercher celles d’Alicia et de Roy, qu’elle serra presque compulsivement. Elle ne voulait pas qu’on la laisse.
 
« J’ai reçu un sale truc aussi, je crois », commenta-t-elle avant de lâcher une grossièreté. « J’comprends pas… j’comprends pas… Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui a pu lancer des trucs pareils ? Les gens sont devenus fous ? Y’avait tellement de corps par terre et… »
 
Son regard fou d’inquiétude croisa celui d’Alicia, la suppliant presque de lui donner des bonnes nouvelles, même si sa raison lui soufflait que la médicomage n’avait probablement pas eu une seconde à elle pour prendre des nouvelles de leurs proches.
 
« … je connais tellement de monde dans cette manif, Merlin, j’aurais dû… Je savais qu’il était là, j’aurais dû tenter de le trouver ou quelque chose, mais c’était tellement… C’était un cauchemar, c’est allé si vite, c’était complètement fou ! »
 
Elle se tourna successivement vers Roy et Klemens, se demandant comment les évènements s’étaient déroulés pour eux. Elle-même ne se rappelait de pas grand-chose, entre sa blessure et le choc provoqué par la mort de son père, et c’était très frustrant de ne pas réussir à faire le point sur la chronologie d’évènements qui avaient été si déterminants pour elle.  Juliana se souvenait distinctement des slogans, de Fiennes qui faisait le mariole sur son estrade, mais ensuite… Tout était flou. Ses traits s’étaient durcis et une lueur sombre dansait au fond de ses yeux lorsqu’elle ajouta :
 
« J’espère pour Fiennes qu’il va s’exiler loin. Vraiment loin. Ce pays a sombré dans un beau merdier, tout ça à cause d’hommes comme lui. J’laisserai plus jamais ça arriver, j’me laisserai plus faire. Si c’est la guerre qu’ils veulent, si c’est une révolution… Oh, ils l’auront ! Ils verront ! J’lui dois au moins ça… »
 



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« Oui, il y avait des casseurs, confirma Roy aux premières explications d’Alicia, avec une grimace. Et des manifestants extrémistes, dans le tas, sans doute. Je crois que la vraie débâcle a commencé quand les Aurors ont commencé à évacuer, c’est typiquement le genre de trucs qui suffit à en exciter certains. Faut dire qu’ils ont eu la baguette facile, eux, aussi. Après, la foule a été entraînée, forcément, les gens allaient pas rester plantés là sans se défendre, alors que les sorts fusaient de partout... »

Roy haussa les épaules, la mine assombrie. Il ne connaissait pas plus qu’un autre tous les tenants et aboutissants de cette histoire, même s’il avait été présent, il n’avait pas pu tout voir ni tout comprendre. Chacun aurait sa version de l’histoire, celle qui serait la plus arrangeante selon le point de vue, c’était toujours ainsi dans les mouvements populaires. Les médias allaient vite s’emparer de l’affaire et fournir une version officielle, qui serait forcément critiquée et débattue. Non, ils n’en avaient pas fini d’entendre parler du dimanche quinze juin...

Le commentaire de Klemens le fit lever la tête vers lui, et fixer de nouveau cette longue  balafre sur son bras. Il en parlait d’un ton détaché, mais Roy s’était réellement inquiété pour lui, quand il avait commencé à perdre une importante quantité de sang, et que lui s’était retrouvé seul, à devoir chercher un moyen de les sauver tous les deux. La mine préoccupée qu’avait eue sa sœur en le soignant ne l’avait pas rassuré.

« Pas sûr que la cicatrice va se résorber, du coup, j’imagine… Les blessures magiques, surtout  de magie noire, laissaient souvent des traces. Après, les loups-garou avaient peut-être des facultés de guérison différentes, il n’en savait rien, il n’était pas médecin. Il se tourna d’ailleurs vers la seule médicomage du groupe. C’était moins sanglant pour moi, j’étais proche de la vitrine des frères Weasley quand elle a explosé. Quelqu’un a jeté un sort à l’aveuglette… J’ai reçu quelques éclats de verre, mais je crois qu’il n’y a que mon oreille qui a vraiment pris cher. »

Elle sifflait encore, même si Roy s’efforçait d’oublier ce désagrément, en se concentrant sur leur conversation. Juliana venait de toute manière de serrer tellement fort sa main, qu’il ne pensa même plus à la douleur de son oreille. Il ne chercha pas à la retirer, il n’osa même pas le faire. Juliana semblait s’accrocher à eux comme elle se serait accrochée à de la roche au bord  d’un gouffre… Le contact humain était encore la seule prise qui lui restait, pour ne pas sombrer tout à fait dans son chagrin. Elle semblait en proie à de sombres réflexions, qui l’empêchaient de parler de ce qui lui était arrivé, pour le moment. Roy leva un regard inquiet et interrogateur vers Alicia, qui devait savoir ce qui s’était passé pour qu’elle se retrouve à Sainte Mangouste, à l’étage des blessés.  

La prise de parole de Juliana le fit de nouveau poser les yeux sur elle. Ses mots furent désordonnés et paniqués. Elle laissait en suspens ses phrases, marquées par l’inquiétude et la culpabilité. Roy posa sa main sur son épaule, avec une certaine hésitation.

« C’est pas de ta faute, Juliana. Personne n’aurait pu prévoir que ça dégénèrerait comme ça. Y avait un sacré monde, ça aurait été compliqué de trouver ton père… J’étais avec un ami aussi, on était vraiment côte à côte, et en quelques secondes à peine, je l’ai perdu de vue. Je sais même pas où il est passé… Une idée soudaine le fit se tourner vers Alicia. T’as pas une liste d’admis dans l’hôpital, par hasard ? »

Il n’avait même pas pensé à demander à sa sœur, elle n’avait eu l’air d’avoir aucun papier sur elle. Peut-être que seuls quelques médicomages référents possédaient des listes, il ne savait pas trop comment s’organisait l’administration de l’hôpital dans ces cas de force majeure. Si Jayce était sur une liste, cela lui faciliterait la tâche pour le retrouver.  

En entendant la serveuse prendre un discours revanchard, Roy eut comme l’ombre d’un sourire qui lui passa sur son visage fatigué. C’était déjà un peu plus la femme enflammée qu’il connaissait.

« Ah ça... J'ai même pas eu le temps de voir ce qu’il se passait sur l’estrade des politiques… Ils ont sans doute pris quelques coups, eux aussi. J’ai entendu des gens crier que Fiennes était tombé, juste avant de transplaner ici, mais j’ai pas cherché à en savoir plus… A cet instant-là, il n'avait eu pas grand chose à faire de savoir si leur ministre était blessé, en vie, ou à moitié mort. Il se passa une main sur son visage, en soupirant avec lassitude. Vous pariez combien qu’ils vont essayer de minimiser l’évènement d’aujourd’hui ? »

C'était le propre du politicien de minimiser l'ampleur des problèmes qui secouaient la société, il en avaient eu un exemple pas si lointain que cela, avec Fudge et sa politique sensée endormir le peuple sur le retour du Lord. Parce qu’une révolte passait encore. Une révolution comme le suggérait Juliana, en revanche…



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Alicia L. JonesMédicomageavatar
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Alicia écouta les explications de Roy, préoccupée par la situation. Tout s’était passé tellement vite qu’elle n’avait pas pris le temps de comprendre comment la situation avait dégénéré… Elle manifestait avec Juliana aux côtés de l’OFFRE, et, tout d’un coup, elle se retrouvait à soutenir sa petite-amie qui se vidait de son sang… Tout cela était incompréhensible. Elle hocha la tête à la fin du discours de Roy, et reporta son attention sur Juliana, toujours muette. Ce fut la phrase de Klemens qui eut don de la tirer de son mutisme, et qui arracha une exclama indignée à Alicia également. De la magie noire ? Par Merlin, les gens étaient complètement fous, songea-t-elle horrifiée. Mais il était vrai que dans ce carnage où les sorts fusaient à tout va, il n’était pas bien difficile pour un manifestant extrémiste de lancer des sorts de magie noire en passant inaperçu…

« Je pourrais jeter un coup d’œil, si tu veux. » proposa-t-elle à Roy, lorsqu’il lui expliqua où il avait été blessé. Elle avait dû mal à imaginer que tout cela était vraiment arrivé. Elle était incroyablement chanceuse d’être sortie du Bloody Sunday sans grande blessure majeure. Elle avait mal au bras gauche, et des maux de tête plutôt violents, mais ce n’était rien comparé à l’état de Juliana, qui avait bien failli y rester… A cette pensée, Alicia frissonna, en glissa une main dans le dos de sa petite-amie, comme pour s’assurer qu’elle était encore bien là, bien vivante. « Je n’ai pas encore de liste, non, elle n’est pas complètement établie… On l’aura quand les patients seront tous identifiés. » expliqua-t-elle.

Pour l’instant, beaucoup de patients n’avaient pas de nom. « Homme d’environ 40 ans, multiples blessures au thorax » annonçait-on lorsqu’on prenait en charge les blessés. Les noms venaient après, avec les familles qui reconnaissaient leurs proches. Elle reporta son attention sur Juliana, en, d’un hochement de tête, approuva les paroles de Roy.

« Il a raison, tu sais. Tu n’aurais rien pu faire, il avait trop de monde, beaucoup trop de monde… Et tu t’es reçue un sort très rapidement. T’étais inconsciente quand tu es arrivée ici. A quelques minutes près… » Alicia s’interrompit et sentit un frisson lui parcourir l’échine. Elle avait eu tellement peur de la perdre, qu’elle meurt dans ses bras. Elle ne se le serait jamais pardonnée, assurément. « Mais j’ai été partout dans l’hôpital, et je n’ai jamais entendu le nom des McNeil. Dès que c’est possible, j’irais chercher la liste des patients, mais en attendant, ne te fait pas de soucis… » C’était passé, s’intima Alicia, c’était terminé. Le carnage était fini, ils étaient hors de danger, ici, dans l’enceinte de cet hôpital…

Se tirant de ses pensées sombres, Alicia écouta le discours revanchard que tenait Juliana, puis les explications de Roy. Elle eut un vague sourire quand il évoqua la minimisation de l’évènement d’aujourd’hui.

« Fiennes n’est pas mort, non. Il a failli y passer, cela dit. Il est ici, dans une chambre. On ne peut pas la rater, il y a une dizaine de gardes du corps devant… » elle grimaça. « C’est certain que les MIM va minimiser l’évènement… Appeler ça une « grande manifestation... » Mais ce ne sera pas le cas des journaux, crois-moi, ni des autres partis… Ils seront trop contents de pouvoir pointer du doigt toutes les erreurs de Fiennes et d’être soutenus par tous les sorciers… » elle haussa les épaules. « Ça m’étonnerait que Fiennes finisse son mandat… »

Pas avec le climat qui régnait sur le monde magique…



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Klemens DabroskiLoup-garouavatar
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Juliana sembla sortir de sa torpeur alors qu'il évoquait le sort qu'il avait reçu. Il posa son regard sur elle et la fixa un instant avant de reporter son attention sur sa blessure. D'après Roy, elle ne guérirait jamais complètement, il garderait une marque. Cela ne l'inquiétait pas plus que ça, il n'était plus à une cicatrice prêt. Il préférait largement ce genre de cicatrice à celle qu'il possédait sur l'épaule droite. Au moins, il aurait de quoi se vanter avec celle là. Contrairement à celle de son épaule qui lui rappelait un passé beaucoup trop trouble où il s'était montré un peu trop naïf et crédule. Il s'était laissé embarqué dans une relation impossible et avait eu beaucoup de mal à en sortir. Le fait de brûler magiquement le tatouage n'avait pas effacé la honte et les souvenirs qui allaient avec malheureusement.

Il fut tiré de ses pensées par la voix d'Alicia qui proposait de regarder l'oreille de son ami. Un élan de culpabilité le saisit alors qu'il réalisait avoir laissé Roy gérer tout seul la situation. Lui même n'avait pas pu aider son ami puisqu'il était inconscient durant toute la partie vraiment dure de la manifestation. Il n'avait pas d'opinion ou de ressenti à donner puisqu'il ne se souvenait de rien. Tout était parfaitement flou dans sa tête. Il écouta donc les impressions de chacun et resta parfaitement muet alors que Roy et Alicia débattait des événements de la journée.

Il releva la tête à l'entente des paroles de Julia. Il la fixa un long instant songeur. Ses paroles sonnaient très engagées et très révoltées. Elle n'avait pourtant pas tort dans ses propos. Il était temps que les choses changent. Tout allait de travers depuis un certain temps et ce n'était peut-être pas une mauvaise chose de faire bouger les choses. Il resta un instant silencieux avant de redresser la tête et de donner son avis.

"Je pense qu'il ne va pas continuer dans ces conditions. Il serait complètement fou si il le faisait d'ailleurs. Les sorciers lui ont clairement montré qu'ils ne voulaient plus de son gouvernement et si il s'obstine les choses ne pourront qu'être pire."

Klem se frotta distraitement le menton songeur. Il savait qu'il n'avait pas tellement voix au chapitre. Il n'avait même pas encore la nationalité et donc pas encore le droit de vote. Toutefois, il avait bon espoir de voir sa situation régularisée dans les plus brefs délais. Après tout, il avait conclu un pacte avec les Aurors et ce n'était pas pour rien. Il comptait bien sur le fait que toutes les closes du marché seraient respectées.

"Enfin, je ne peux pas trop me prononcer puisque de toute manière, je suis pas encore anglais."

Il esquissa un léger sourire amusé. La politique était une chose des plus complexes et il n'avait pas tellement envie de s'y appesantir.


Klemens Dabrosky
Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Adieu, tel était le mot qui tournait en boucle dans l'esprit de Juliana tandis que ses amis discouraient autour d'elle. Blottie contre Alicia, elle avait décroché bien vite de la conversation, toute entière tournée vers ce simple petit mot, ce mot si difficile, si gracieux, ce mot qui lui déchirait le coeur. Adieu, voilà ce qu'elle devrait dire à l'enterrement de John, car elle n'avait pu le faire de son vivant.

Dans son vieux pardessus râpé
Il s'en allait l'hiver, l'été
Dans le petit matin frileux
Mon vieux

"Papa, ne me laisse pas", voilà ce qu'elle voulait lui dire, ce que chaque fibre de son corps semblait crier. Les souvenirs de son père affluèrent brusquement dans son esprit, la détachant de la réalité et lui coupant le souffle. Soudain, elle n'était plus dans cette chambre d'hopital sordide, à l'odeur aspetisée, emplie de cris, de pleurs, de débats. Soudain, elle était une petite fille de six ans et son père était là, dans cette vieille cape élimée qu'il affectionnait tant, l'embrassant sur le front avant de partir travailler à l'usine...

Y'avait qu'un dimanche par semaine
Les autres jours, c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut
Mon vieux.

Les ouvriers de la cité Nimbus et leurs familles avaient appris à faire contre mauvaise fortune bon coeur, et les McNeil ne faisaient pas exception. Juliana avait été heureuse, auprès de sa famille, heureuse lorsque son père l'emmenait avec elle pour un moment de complicité entre père et fille. Juste lui et elle, loin de la cohue des McNeil et de l'agitation de la cité. Juste John et Juliana...

L'été, on allait voir la mer
Tu vois c'était pas la misère
C'était pas non plus l'paradis
Hé oui tant pis.

Plus encore que la perte brutale et violente de son père, Juliana pleurait la perte de ses rêves et de ses espoirs. C'était un tel gachis, songeait-elle, une boule d'amertume et de regrets se formait dans sa gorge, un tel gachis que d'avoir gaché les dernières années qu'elle avait à vivre auprès de lui. Lui, il était resté le même, toujours, inlassablement, années après années, décennies après décennies. La même maison en brique, le même emploi qui lui polluait les poumons, les mêmes copains et cette même vieille cape élimée, tandis que Juliana grandissait, murissait, s'éloignait. Fuyait.

Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris pendant des années
L'même autobus de banlieue
Mon vieux.

Beaux jours d'enfance et tristes rancoeurs d'adolescence affluaient dans la mémoire de Juliana, l'écrasant sous le poids d'une culpabilité et d'une tristesse qui lui semblaient infinies. Pourrait-elle jamais s'en débarrasser ? Pourrait-elle jamais oublier ces moments de silence entre elle et lui qui avaient succédé à la volubilité de son enfance ? Non, elle ne pouvait pas prétendre l'ignorance. Juliana savait qu'avait son père mourraient des années de non-dits et d'incompréhensions. Elle savait qu'il était aujourd'hui trop tard pour rompre le silence.

L'soir en rentrant du boulot
Il s´asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux.

Souvenirs à étouffer, une fois de plus, songea Juliana en sentant un sentiment glacial l'envahir. Elle avait eu onze ans pour dire à son père pourquoi elle lui en voulait, onze ans qu'elle avait gaché dans le silence et les reproches silencieux. Finalement, les cicatrices que lui avaient laissé les tortures des Carrow n'étaient rien par rapport à celle que lui laissait la perte de son père. Merlin ! Elle l'avait perdu, et cette fois, elle n'avait personne à blâmer pour cela. Oh, peut-être que si, elle trouverait bien. Elle avait failli mourir elle aussi, aujourd'hui, comme Alicia, comme tant d'autres. Mais elle était la seule à blâmer pour avoir perdu ces années à s'éloigner de son père. Il l'aurait écoutée, il lui aurait parlé, ils auraient pu régler cela, elle le savait. C'était quelqu'un de simple, quelqu'un de bon, un peu bougon, mais il avait le coeur sur la main.

Les dimanches étaient monotones
On n'recevait jamais personne
Ça n'le rendait pas malheureux
Je crois, mon vieux.

De toutes les personnes qu'elle chérissait, John avait été celui qu'elle avait le plus aimé. Ils étaient si semblables l'un et l'autre, elle y avait tant de lui en elle. Malgré tout ce qu'elle avait à lui reprocher, malgré les souvenirs terribles de sa première année, elle n'avait pu couper vraiment ce lien qui les unissait. Plus encore que sa mère, Juliana aimait son père, et si elle s'était éloignée, si elle avait quitté la Cité, c'était sans doute un peu pour lui faire payer. Elle s'était sentie abandonnée, sentiment qui avait fini par s'apaiser avec le temps mais qui n'avait jamais complètement disparu. Pourtant, elle n'avait jamais pu ignorer l'affection immense qu'elle éprouvait pour lui. Elle pouvait le revoir, si nettement que s'en était douloureux, en train de lire son journal en commentant dans sa barbe ou rentrant du boulot en ronchonnant, les plis de son front plissé, témoins des soucis qui l'agitaient.

Dans son vieux pardessus râpé
Les jours de paye quand il rentrait
On l'entendait gueuler un peu
Mon vieux.


"Ma foi", marmonnait-il dans les réunions de la FOSSE, "Si c'est la guerre qu'ils veulent, ils l'auront !"

Nous, on connaissait la chanson
Tout y passait, bourgeois, patrons,
La gauche, la droite, même le bon Dieu
Avec mon vieux.

Jeunesse abandonnée, vieillesse sacrifiée, voilà ce qui se disait dans les rangs du syndicat. Aujourd'hui venait leur donner raison. Quelle ironie ! Tant de temps passé à craindre que la Consumeuse n'atteigne son père, cette maladie lente et pernicieuse qui tuait dans la souffrance... Tout cela pour qu'il lui soit arraché brusquement, brutalement, sans préavis. Mais c'était bien la Consumeuse qui, finalement, avait un peu causé sa perte. La Consumeuse qui brûlait ce pays et qui n'était plus désormais confinée aux rues délaissées de la Cité.

Chez nous y avait pas la télé
C'est dehors que j'allais chercher
Pendant quelques heures l'évasion
Tu sais, c'est con !

Sont-ils bien braves, ces ouvriers Nimbus, disaient les bourgeois de Bristol au Triton à qui Juliana servait le repas du midi. Sont-ils bien condescendants, ces citadins, murmurait Juliana à Joel entre deux services, indignée par les conversations surprises au détour d'une table. Son père valait bien mieux que ce qu'ils sous-entendaient derrière leurs discours bien-pensants. Son père était vraiment méritant, probablement bien plus qu'eux avec leurs jobs bien posés au Ministère. Pourtant, elle ne valait pas mieux qu'eux. Car il y avait aussi un peu de condescendance dans son regard parfois, quand elle rendait visite à ses parents le dimanche, et qu'elle savait parfaitement où et comment elle allait les retrouver. Elle se targuait de ne pas s'être laissée emporter par la monotonie de leurs vies, mais c'était bien la routine qui avait eu raison d'elle, finalement. Les années avaient passé et Juliana avait laissé sa relation avec son père s'étioler avec indolence, jusqu'à ce qu'il ne reste plus grand chose de la richesse qui l'avait caractérisé.

Dire que j'ai passé des années
A côté de lui sans le r'garder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux.

Les regrets l'étreignaient à l'idée que son père était peut-être mort avec l'idée qu'elle lui en voudrait toujours, peut-être même sans savoir pourquoi. Mais elle ne lui en voulait pas, oh, non, elle ne lui en voulait plus. Comment l'aurait-elle pu ? Elle connaissait maintenant la confusion des temps de trouble, elle avait désormais la maturité d'une adulte. Elle comprenait. Et elle regrettait.

J'aurais pu c'était pas malin
Faire avec lui un bout d'chemin
Ça l'aurait p't'êt rendu heureux
Mon vieux.

Moments perdus, vraiment ? Elle ne pouvait pas se permettre de penser ainsi, sous peine d'en mourir de chagrin. C'était sa faute, mais elle ne pouvait se blâmer éternellement pour son comportement passé. Elle avait été jeune et aveugle, elle n'avait pas su apprécier la valeur de ce qu'elle avait. Elle n'avait pas su lui dire, ni lui faire sentir, à quel point elle aimait.

Mais quand on a juste quinze ans
On n'a pas le cœur assez grand
Pour y loger toutes ces choses-là
Tu vois
.

Passés ses premiers réflexes d'auto-apitoiement et de culpabilité, Juliana entreprit donc rapidement de remettre les choses à leur place. Si elle voulait pouvoir se reconstruire un jour, il le fallait. Juliana avait toujours été volontaire, elle tirerait les leçons des erreurs du passé et plus jamais, jamais elle ne souffrirait ainsi. Et le rendrait fier, depuis l'au-delà, et il comprendrait qu'elle avait grandi.

Maintenant qu'il est loin d'ici
En pensant à tout ça, j'me dis
"J'aim'rais bien qu'il soit près de moi"

Avec elle, son père ne serait jamais vraiment parti. Il continuerait à vivre en elle. Mais ce n'était qu'un réconfort bien maigre face à l'idée qu'il ne la prendrait plus jamais dans ses bras, qu'il ne lui dirait plus jamais "Ma fille chérie". Et qu'elle n'aurait jamais l'occasion de lui dire : "Celui que j'aime, c'est..."

Papa...

"Toi."

Défi de jeu:
 


Fin pour Juliana



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Les survivants [Juliana, Alicia, Klemens, Roy]

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