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 Rise to Power [OS]

Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Petite note :

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22 septembre

Dans la pièce faiblement éclairée par un feu magique qui crépitait dans la cheminée, quatre hommes se tenaient, les uns assis sur des fauteuils, les autres, debouts, à arpenter le lieu d’un pas nerveux, mais tous attendaient la prise de parole de leur chef. Loin de Bristol saccagée, l’atmosphère du petit manoir dont Bill Griggs disposait près d'Hastings sonnait étrangement. Dans ce petit cocon bienfaiteur, seule la jambe sévèrement blessée du propriétaire des lieux, allongé sur un canapé, leur rappelait à tous l’horreur des combats, encore brûlante dans leur mémoire.

Roy, paisiblement enfoncé dans un fauteuil face à Bill, gardait un regard impavide fixé sur la jambe du vieil homme. Il avait appris le matin même ce qui lui était arrivé, au Triton Ardent. Un fâcheux contretemps à cause de la présence d’un policier et du refus des Hudson de coopérer l’avait empêché de fuir par Cheminette. Il avait fini par réaliser un transplanage d’escorte, malgré les risques que cela comprenait avec sa jambe déjà blessée par les combats.

Eh bien… Les risques ne l’avaient pas raté. Ce fut dans un bain de sang que Bill atterrit dans son repaire, accompagnés de quelques hommes qui n’avaient pas les compétences de le soigner. Il avait bien failli perdre la vie, à perdre tant de sang, le temps qu’on lui trouve une personne apte à stopper son hémorragie. Avec des soins bien réalisés, la magie pouvait vous recoller une jambe presque arrachée. Mais quand le membre en question était resté au Triton Ardent, et qu’il avait eu le temps de pourrir avant qu’on songe à le récupérer… Il était difficile de faire mieux qu’un moignon. Etrange, mais à cet instant, les yeux fixés sur la jambe coupée, Roy pensait à Valery. Pourquoi des hommes bons comme Val périssaient tragiquement dans des accidents de transplanage, quand à côté, des raclures du nom de Bill Griggs réussissaient toujours à s’en sortir ?

Perdre une jambe avait cependant eu le mérite de faire dégonfler un peu la montgolfière qui lui servait de tête. En proie à des douleurs abominables depuis la veille, c’était une quantité assez astronomique de médicaments -certainement coupée par un peu de drogue- qui faisait garder à Bill les yeux ouverts et posés sur ses associés. Roy, flanqué de Jayce, adossé contre un mur derrière lui, mais également de deux ses hommes de main qui officiaient principalement à Londres. La voix ridiculement aïgue d’Helmet Norvel, le second de Bill, un gros homme rougeaud qui n’avait pas quitté son siège depuis le début de l’entrevue, finit par exploser, tandis qu’il tapait de son point potelé sur la table :

« On ne doit pas attendre ! Il faut réduire les sharacks en miette ! On peut le faire, Sparkles est mort, et son second a été assassiné aussi, ils sont complètement désorganisés maintenant !
- Tu oublies Nestor Carnby. C’est sûrement lui qui va reprendre les rênes du gang, fit remarquer la voix profonde de Jayce. Et c’est un homme diablement intelligent, on aurait tort de le sous-estimer… une seconde fois. »


Si la dernière partie de sa phrase restait dans le même ton égal que celui que conservait Jayce en toutes circonstances, personne ici n’était dupe, et certainement pas Roy qui échangea un bref regard avec lui. C’était un reproche, et un reproche mérité. Griggs avait pris une mauvaise décision, en acceptant un deal avec Joe Sparkles.

« Il nous faut plus d’informations, concéda le quatrième, un homme sec du nom de Zachary Sprunt. Mais on doit frapper maintenant, tant qu’ils sont affaiblis.
- On est affaiblis nous aussi, contra Jayce. Combien d’hommes perdus hier, hum ?
- Fais pas le malin, toi, ça te réjouit qu’on ait perdu la face, c’est ça ?
- Ne dis pas n’importe quoi. Je dis simplement que ça ne nous mènera à rien d’agir sous la colère. Vous vous regardez un peu trop le nombril, à Londres, vous avez sous-estimé les sharacks, voilà ce que ça a donné… Maintenant si on changeait de stratégie et qu’on faisait notre métier ?
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Il y a d’autres gangs qui veulent la peau des sharacks. On pourrait les laisser tranquillement faire le sale boulot. Ou négocier avec eux. »

La proposition abattit momentanément le silence dans la pièce, le temps de la réflexion. Le regard de fouine de Bill sauta d’un de ses associés à l’autre, avant de venir se poser sur Roy, assis juste en face de lui.

« Calder. C’est toi qui va t’en charger. »

Roy haussa légèrement les sourcils, mais ne dit rien, préférant attendre que Griggs précise sa pensée.

« Vous deux, poursuivit t-il, en désignant Jayce. Vous êtes ceux qui connaissez le mieux la Voie, ici. »

Et c’était bien pour cela que Roy avait tout fait pour dissuader Bill d’accepter cette rencontre avec les sharacks, mais il s’était heurté à un mur, et maintenant, on reconnaissait enfin la pertinence de son avis ? C’était trop tard, songea amèrement le trafiquant, sans rien laisser paraître de ses pensées.

« Trouvez-nous des alliés et des informations sur ce que Carnby compte faire. »

Bill arrêta sa phrase là, sous le regard dénué d’émotion de Roy. Mais derrière, il commençait à bouillir. C’était tout ? Encore ? Encore une fois, il leur donnait des ordres comme s’ils n’avaient aucun autre choix que de dire amen et les exécuter sans broncher ? Il ne tirait décidément aucune leçon, songea t-il, avec une certaine désolation. Tant pis, il allait se charger de les lui faire intégrer. Pris d’une audace soudaine, Roy se pencha légèrement, pour venir poser ses coudes sur ses genoux et faire face à Griggs. Il ne cacha même pas l’insolence dans son ton, ni la défiance dans son regard :

« Et qu’est-ce qu’on y gagne, Billy ? »

Leur combat de regard ne dura que quelques secondes avant que Norvel ne s’insurge :

« Parle pas au chef comme ça ! »

Bill leva la main dans sa direction, pour le faire taire, sans quitter Roy des yeux.

« Fais pas l’insolent, Calder. Vous nous suivez, vous êtes dans la mouise autant que nous.
- Pardon, je reformule. Qu’est-ce qu’on gagne à continuer de bosser pour toi ? »

Le trafiquant ne le lâchait plus du regard. Il avait beau détester cordialement Bill, il savait qu’il n’était pas idiot et qu’il viendrait bien vite où il voulait en venir. Du donnant-donnant. Sans même compter le fait qu’il était celui qui lui avait sauvé la vie en démasquant les intentions des sharacks, Roy était parfaitement conscient de l’utilité qu’il avait auprès de Bill, mais ce dernier ne l’avait jamais rémunéré à sa juste valeur. Il était temps que cela change, semblait dire le regard qu’il vrillait sur le vieux loubard.

« Très bien. Si tu me ramènes ce que j’attends, tu prends la place de Norvel. »

La sentence tomba comme un couperet. Roy jeta un bref regard vers l’homme joufflu, complètement déconfit, qui n’osait pourtant pas émettre la moindre contestation face à son chef. Pathétique. Jayce était revenu à sa hauteur, et Roy n’eut qu’à lui jeter un oeil pour s’assurer qu’ils étaient sur la même longueur d’onde.

« On marche. »

*****

23 septembre

Roy n’avait en vérité aucune intention de traiter plus longtemps avec Griggs. S’il y avait une chose que cette guerre de gangs lui avait confirmée, c’était celle-ci : il ne travaillerait plus avec une pourriture pareille. Il ne regrettait qu’une chose, c’était que ses viscères ne soient pas parties en même temps que sa jambe.

Car Bill traitait mal ses hommes. Roy l’avait vu dès le début, mais avant, les hommes en question restaient malgré tout sous sa coupe, puisque Griggs restait un chef de gang redoutable, avec beaucoup de pouvoir, avec lequel ils étaient certains de sortir gagnants, s’ils continuaient de le suivre. Cependant, la défaite de Bill face à Sparkles semblait avoir ébranlé cette certitude. Un léger vent de révolte soufflait dans les rangs du gang. Certains n’avaient pas apprécié la façon dont Griggs avait tout fait pour sauver sa peau, sans le moindre égard pour ses hommes laissés sur le terrain. D’autres déploraient cette jambe perdue, qui décrédibilisait tout de même considérablement Bill, qui passait de duelliste confirmé à homme infirme.  Les contestations étaient toutefois légères. Trop, aux yeux de Roy. Pas assez pour soulever une mutinerie. Sauf s’il trouvait un moyen d’allumer l’étincelle…

C’était ce qu’il se tournait inlassablement dans son esprit depuis la veille. Il lui fallait les bons alliés s’il voulait réussir. Voilà pourquoi la première personne vers qui il se tournait était celle qui pourrait lui fournir les bons contacts.

Frapper à la porte d’Evan Travis était toujours étrange. Il habitait dans un immeuble des quartiers moyens de Bristol, tellement banal, tellement peu remarqué, et pourtant toujours plein d’histoires de voisinage. Roy se faisait toujours la réflexion en y venant que le lieu seyait parfaitement au personnage : un endroit discret, mais qui avait des oreilles partout. Lorsqu’Evan lui ouvrit enfin la porte -de cette façon très spéciale qu’il avait d’ouvrir une porte, à savoir, l’entrouvrir à peine et laisser passer juste son visage dans l’interstice- Roy s’apprêtait à ouvrir la bouche pour parler, mais l’espion cambrioleur l’interrompit :

« Roy Calder à ma porte. Tu sais qu’on me paierait des centaines de Gallions pour que je vole ta tête ? »

Le trafiquant ravala ce qu’il allait dire, puis sourit. Après tout, il était habitué aux manières un peu… spéciales de son acolyte.

« T’es pas un tueur, Evan.
- On change tous, non ? »

Il était aussi habitué à ses phrases qui paraissaient anodines à première vue et qui se révélaient toujours lourdes de sens. Ce qui était perturbant avec Travis, c’est que vous ne pouviez jamais savoir ce qu’il connaissait de vous. Et qu’il avait un don pour vous faire douter encore plus… Roy s’efforça de retrouver une mine moins méfiante, en pénétrant dans l’appartement. Après tout, même si Travis savait qu’il avait tué Andy McStay, il pouvait toujours l’utiliser à son avantage.

Quelques minutes plus tard, Roy était assis en face de Travis, qui s’était assis en tailleur sur l’un de ses fauteuils. L’appartement était dans le même bazar que celui dans lequel il l’avait vu, la dernière fois qu’il était venu. Des parchemins étalés au sol, au milieu de quelques vêtements, des petites notes, des babioles, des coupures de journaux… Roy lui avait un jour demandé pourquoi il ne passait jamais un petit coup de baguette, pour mettre de l’ordre. Evan lui avait répondu que le désordre l’aidait à se concentrer. Soit.

« J’imagine que t’es déjà au courant de tout ?
- On n’est jamais au courant de tout, répondit Evan, haussant les épaules. Mais pour le coup, faudrait vivre avec des oeillères pour pas savoir ce qui s’est passé.
- J’ai besoin que tu me files des infos…
- … Sur les sharacks ? termina Evan.
- Sur tout ce que tu as entendu ces deux derniers jours. »

Roy savait qu’Evan ne donnait jamais ses informations gratuitement. Parallèlement, il savait aussi qu'il ne lui avait jamais fait payé le même prix qu’aux autres. Depuis qu’il lui avait sauvée une arnaque, Evan s’était senti redevable envers lui. Entre temps, ils avaient noué une espèce de camaraderie qui les faisaient s’apprécier, en-dehors de rapports purement professionnels. Pour autant, Travis n’était pas son associé, même s’il était précisément le genre d’homme avec qui Roy comptait bien trouver un moyen de s’allier, dans les prochains jours. Une oreille aussi fine et prisée que celle d’Evan valait cher et pouvait faire tomber beaucoup de personnes.

« Je te l’ai dit. Les sharacks t’ont dans le collimateur. Ils veulent faire la peau à celui qu’ils soupçonnent d’avoir tué leur second. L’absence de réaction de Roy le fit poursuivre. Mais y avait pas que vous parmi les trouble-fête ce soir-là, cela dit. Il y a des gangs qui sont ravis de vous voir vous entre-déchirer. Des petits gangs, pas très puissants, qui espèrent tirer leur épingle du jeu.
- T’as un nom à me donner ? »

Travis fit mine de réfléchir, sans que Roy ne sache vraiment s’il triait les informations ou s’il ménageait juste son petit effet, parfois, la limite était assez floue avec cet homme qui avait un petit goût prononcé pour la théâtralité.

« Va voir Barnes. »

Le nom d’Ezra Barnes fit aussitôt tilt dans l’esprit de Roy. Il s’agissait d’un chef peu puissant, mais dévoré d’ambition dans la Voie. Le trafiquant resta un instant silencieux, le temps d’une réflexion qui parut pourtant limpide à l’espion :

« Tu as besoin de savoir où tu peux placer tes pions, donc il te faut des infos sur les positions des gros gangs de Bristol, c’est ça ? Roy releva la tête vers lui, surpris qu’il ait deviné si clairement. Les histoires sont toujours les mêmes et se répètent » déclara t-il, d’un haussement d’épaules, en guise de justification.

L’ombre d’un sourire passa sur les lèvres du trafiquant, qui se répéta une chose : il lui fallait Travis. Il ne pouvait pas laisser un homme aussi intelligent et efficace -toute loufoquerie mise à part- entre les mains de ses ennemis.

« Il me faut aussi plus d’infos sur ce que comptent faire les sharacks. Comment ils bougent, qui les dirige, combien ils ont perdu, qui sont leurs alliés… Enfin, tu vois l’idée. »

Evan hocha la tête. Estimant qu’il n’avait rien à ajouter, Roy se leva mais au dernier moment, l’espion le retint d’une phrase :

« Tu sais qu’on va me payer pour que je donne des infos sur toi aussi ?
- Oui je sais. Laisse-moi juste… un peu de temps. »

Roy fit quelques pas vers la sortie de l’appartement, avant qu’il ne prenne subitement conscience d’un détail. Evan venait de l’avertir à l’instant, n’est-ce-pas ?

« Attends. Pourquoi tu me le dis, en fait ? »

Un sourire s’étala sur le visage de Travis, qui parut l’espace d’une seconde presque… enfantin.

« C’est un jeu plutôt marrant, non ? Je trouverais ça encore plus drôle si c’était toi qui gagnais. »


Fin de la première partie

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24 septembre

Travis était typiquement le genre d’allié que Roy comptait obtenir, sur le long terme. Pas seulement lui. Il avait beaucoup d’autres noms en tête, de personnes avec qui il avait déjà travaillé, d’autres qu’il ne connaissait pas encore, mais qui éveillaient son intérêt. Ezra Barnes en était un exemple, malgré le regard suspicieux qu’il posait actuellement sur lui, encadré de deux de ses hommes.

« Détruire les sharacks ? »

Roy s’était attendu à ce qu’il se montre sur la défensive. Après tout, il était autant son ennemi qu’un sharack pouvait l’être. Du moins, pour le moment.

« Monsieur…
- Calder, rappela t-il, machinalement.
- Calder… Il y a une chose qui me chiffonne. Je sais bien que vous espérez que je voie votre proposition comme une façon… d’unir nos forces pour se débarrasser d’un ennemi commun, je suppose. Mais vous savez pertinemment que je ne suis pas gagnant dans cette histoire. Ca serait simplement offrir la possibilité à votre gang de tous nous écraser. »

Un léger sourire flottait sur les lèvres de Roy, d’assurance, mais également d’un certain amusement. Barnes avait une façon de s’exprimer de dandy, cela transparaissait jusque ses gestes maniérés, et c’était plus fort que lui… Il ne pouvait pas s’empêcher de trouver cela risible, venant d’un homme à la réputation d’être cruel.

« Vous vous trompez. Nous sommes venus pour vous proposer un marché équitable. »

Il se désigna lui et Jayce, assis à ses côtés. Ezra n’ajouta rien, se contenta de croiser les jambes en attendant que l’un des deux poursuive.

« Vous savez ce qui est arrivé à Griggs, depuis les combats ?
- Vous voulez parler de sa jambe ?
- Et la mutinerie, dans ses rangs. »

C’était une information exagérée que Jayce transmettait, il n’était pas question de révolte chez les hommes de Bill. Ou plutôt, pas encore. A la lueur d’intérêt qui s’alluma dans le regard de Barnes, ils surent qu’ils avaient réussi à capter son attention. Roy prit le relais :

« Bill a perdu en crédit, les hommes ne lui font plus confiance. Nous -il se désigna à nouveau avec son associé- ne lui faisons plus confiance. Soyez franc, monsieur Barnes. Vous avez engagé quelqu’un pour tuer l’un des chefs, cette nuit-là, n’est-ce-pas ? Vous n’avez pas envie de rester un petit trafiquant qui ramasse les miettes que les gros poissons veulent bien laisser. »

C’était bien parce qu’ils savaient que Barnes avaient un intérêt à ce que Bill disparaisse qu’ils lui révélaient leur véritable visage : des traîtres à leur propre gang, bien qu’ils ne se soient jamais réellement considérés comme en faisant partie. Ils savaient qu’Ezra était un homme qui voulait grandir dans la Voie. Tout comme eux deux.
Barnes conserva quelques secondes le silence, son regard défiant ne l’avait pas quitté. C’était le moment crucial de leur partie : soit Barnes se mettait automatiquement sur la défensive face à des hommes qui en savaient beaucoup sur lui, soit il comprenait qu’il pouvait y trouver un intérêt et acceptait de discuter avec eux. L’expression de son visage finit par changer, entre sarcasme et résignation.

« Y a t-il une mercenaire que je dois dépecer pour vous l’avoir révélé ?
- Non, répondit aussitôt Roy, soulagé quelque part qu’il fasse cette petite note d’humour, c’était bon signe pour eux. Votre mercenaire a bien fait son boulot. Enfin… Pas vraiment, pour le coup, mais on a quelques bons informateurs, disons. »

Barnes parut se contenter de cette réponse, car il fit signe à l’un de ses hommes de main pour qu’ils aillent chercher une bouteille de whisky. Roy et Jayce savaient que leur partie n’était pas encore gagnée, ils devaient encore le convaincre, tout en restant sur leurs gardes : ils n’étaient jamais à l’abri d’une entourloupe de sa part.

« Bien. Quel est votre plan, concernant les sharacks ? »


25 septembre, au soir


« Et là, écoute bien, je retourne mes cartes et il voit… Une paire de Vifs ! La tête que le gars a fait ! J’ai cru qu’il allait m’étriper mais il pouvait rien dire, j’avais trop bien joué mon coup ! »

Un grand éclat de rire empêcha Fergus Avner de poursuivre son récit, bientôt rejoindre par son acolyte de toujours : Antonino.

« Quel tricheur tou es ! Faudra qué tou m’apprennes un jour, j’en ai marre dé mé faire laminer à chaque poker, j’ai toujours des mains pourries.
- Le secret est dans la façon de battre les cartes, ce que je fais, Toni, je peux te garantir qu’il n’y a qu’un seul homme dans toute l’Angleterre qui sait le faire, se rengorgea Fergus, de sa voix nasillarde.
- Mais régardez-moi ce cazzo qui sé la pète ! Je jouerai jamais avec toi, déjà, ça c’est sûr !
- Hé hé, t’es qu’un perdant, Toni… Oh salut, Roy ! »

Il se tourna vers le trafiquant, qui venait d’arriver à leur table, sans se faire remarquer dans le bruit ambiant du bar. La mine sombre qu’il arborait ne ressemblait pas à celle d’un homme qui venait prendre un verre avec ses amis. Fergus échangea un regard interloqué avec Toni.

« Y a un truc qui va pas ? T’as une sale tête, mec. »

Roy ne répondit pas, se contentant de prendre place. Si c’était seulement « un » truc qui n’allait pas… Rien n’allait dans sa vie. Barnes était encore sceptique sur le fait de leur apporter son aide, il attendait qu’ils aient plus d’associés, ce que Roy n’avait pas encore trouvés. Il avait passé une sale matinée à discuter avec Bradley Cronk, un gros ours mal léché qui se croyait déjà maître du monde avec son commerce minable de faux tableaux. Il avait appris plus tard dans la journée que c’était effectivement Nestor Carnby qui avait repris la tête des sharacks et qu’il entreprenait la même chose que lui : une course aux alliés. Et… Il venait de quitter Juliana. Plutôt, Juliana venait de le quitter. Tous ses gestes, tous ses mots tournaient encore dans son esprit, et même s’il s’efforçait d’ignorer la douleur qui lui éreintait le coeur, elle était bien présente. Lancinante.

« Y a rien, répondit t-il, d’un ton qui ne souffrait aucune réplique. Vous avez regardé ce que je vous ai demandé pour Travis ?
- Euh… Ouais, enfin, on n’a pas vraiment trouvé en fait… répondit Fergus, embarrassé.
- C’est oune énigme cé mec ! Impossible d’avoir la moindre info !
- Vous n’avez rien trouvé du tout ? »

Ses deux associés ouvrirent la bouche pour répondre mais hésitèrent une seconde de trop face à l’expression du visage de Roy, dont ils ne savaient que penser. Sa voix était égale, et pourtant, il avait tout l’air de contenir une quantité monstrueuse de ressentiment… qui leur éclata sans prévenir, à la figure. Roy tapa du plat de la main sur la table, les faisant sursauter tous les deux.

« Bordel mais vous servez vraiment à rien ! Je vous ai demandé un seul truc, un seul putain de truc, et pas le moindre résultat ? Avouez que vous en fichez pas une, à chaque fois que je vous vois, vous êtes en train de vider des verres comme deux gros glandeurs, mais merde, j’ai pas le temps, vous comprenez ça ?
- Hé, ho ça va le ministre, là ! protesta Toni, qui était toujours le premier au rang des contestataires. On fait cé qu’on peut, pas la peine dé passer tes nerfs sur nous. C’est quoi lé problème d’ailleurs ? Une bella t’a posé un lapin, ou quoi ? tenta t-il, dans une tentative d’humour qu’il regretta aussitôt compte tenu du regard foudroyant que Roy posa sur lui.
- Ta gueule, Toni. Sérieux… Ferme ta putain de gueule. »

Antonino fronça les sourcils, déstabilisé par l’expression très dure de celui qu’il avait toujours considéré comme un ami. Fergus n’était pas moins incrédule, il faillit dire quelque chose mais Roy reprit la parole, plus calme, mais pas moins cinglant :

« Continuez de chercher, j’ai besoin de Travis. Il faut qu’il soit de notre côté, je me fiche que ça soit difficile, vous vous démerdez. »

Sur ces bonnes paroles, il se leva vers la sortie mais au même moment, le sang chaud de Toni sembla se réveiller de nouveau :

« Hé ! Réviens par là ! On n’est pas à tes ordres, mec ! Qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi en ce moment ? Tou nous a jamais parlé comme ça ! Hé, Roy ! »

Mais la porte du bar se referma sur son départ, aussi inaperçu dans le vacarme ambiant que l’avait été son arrivée.


******

Quelques minutes plus tard, sur la Voie

Roy n’avait fait que quelques pas, seulement de quoi aller s’adosser contre le pignon du bar, dans l’ombre, là où il pourrait fumer tranquillement. Malheureusement, même la mandragore ne parvenait pas à lui faire effacer ce sentiment de profond désarroi qui ne voulait plus le quitter, depuis qu’il était sorti de son appartement. Rien n’allait plus. Réussir à se faire une place parmi ses confrères était beaucoup plus difficile qu’il ne le pensait. ll avait l’impression que ses plans étaient parfaitement huilés, mais à chaque fois, il se heurtait à des inattendus, des désillusions. Non… Non ce n’était pas le moment de penser à Juliana, quand bien même à cet instant, c’était elle, sa plus grande désillusion.

Des bruits de pas vers lui le tirèrent de ses pensées. Par réflexe, sa main se dirigea vers sa baguette dans sa poche, mais l’homme qui se présenta à lui était heureusement bien connu.

« Sprunt ? Qu’est-ce que tu fais là ? »

Il était surpris de voir Zachary dans la Voie, Roy l’avait rarement vu en dehors de Londres. Il n’était pas un homme de terrain. Sa frêle constitution était trompeuse, toutefois. Sprunt était un homme à l’intelligence redoutable. Quand Bill l’avait compris, il l’avait aussitôt élevé au rang de son conseiller personnel. Zachary n’était pas vraiment comme eux, il avait fait des études de droit, où il avait échoué, avant de mener la vie qu’il menait, actuellement. Certes, il n’était pas devenu avocat, mais il avait des connaissances sur les lois et sur les procédures qui étaient toujours utile à des criminels comme eux.

« Je venais aux nouvelles. Je savais que je pourrais te trouver ici. »

Roy fronça légèrement les sourcils mais ne dit rien. Il lui proposa d’un geste un joint de mandragore, que Sprunt accepta avec un bref remerciement. Quelques secondes passèrent, sans que rien d’autre que des volutes de fumées ne franchissent leurs lèvres.

« Alors, comment ça avance ?
- Difficilement, avoua le trafiquant.
- Faut dire, t’es dans une position vraiment délicate, Bill te laisse faire tout le sale boulot à sa place.
- Comme d’habitude, j’ai envie de dire.
- Oui, c’est vrai, reconnut Zachary, avec un léger rire.
- L’idée de virer le gros cul de Norvel me console même pas, tu vois. »

A cette phrase, Sprunt éclata franchement de rire, et Roy esquissa même un sourire.

« Dommage, tu serais bien mieux à sa place. Norvel est un idiot. C’est lui qui a poussé Bill à accepter ce marché avec Sparkles. J’étais à peu de chose de le convaincre de faire preuve de plus de prudence. »

Roy hocha la tête. Il savait que Zachary prenait des décisions sensées en règle générale. Il l’aimait plutôt bien, dans le fond. Ou plutôt, il était le seul qu’il pouvait plus ou moins apprécier, parmi tous les hommes de Griggs.  

« Je t’ai entendu dans le bar parler de Travis, reprit-il.
- Tu le connais ? demanda aussitôt Roy, suspicieux.
- Hum… Disons qu’on a un lien de parenté. »

Cette fois-ci, ce fut une franche surprise qui fit hausser les sourcils au trafiquant. Un lien de parenté… C’était le genre de chose qu’il cherchait à savoir, concernant Evan. Cet homme était tellement secret, tellement habitué à travailler en cavalier seul que nul ne lui connaissait des relations autres que ses relations professionnelles. Or, s’il voulait obtenir l’allégeance de Travis, il fallait qu’il commence par connaître un peu mieux ce qui pouvait le faire flancher.

« Vous êtes cousins ?
- Je suis son demi-frère, il est plus petit que moi de quelques années. Mais nous ne sommes plus en contact… Tu sais pourquoi j’ai échoué à devenir avocat, à une époque ? -Roy hocha négativement la tête- Evan et moi sommes nés de la même mère. Le père d’Evan est son second mari, mon père à moi est mort pendant la première guerre des Ténèbres. Jan Travis -son père- était accro aux jeux, il a vite sombré dans l’alcoolisme à une période de sa vie où Evan venait à peine d’entrer à Poudlard. Au début, on n’a rien vu. Notre mère encaissait tout, elle nous cachait tout, par honte, ou par crainte de nous inquiéter, je ne sais pas vraiment, mais… On a fini par découvrir que Jan la battait. Evan avait à peine quinze ans, à l’époque. Il nous a fait du chantage, à tous les trois. Je devais arrêter mes études et trouver du travail, pour sauver notre famille des dettes cumulées par les jeux. On a eu l’impression que les choses s’apaisaient, un moment, mais on a vite désillusionné. Jan est retombé dans ses travers… On avait grandi, on était plus à même de défendre notre mère, en théorie. Moi ? J’étais effrayé et lâche, j’avais toujours craint mon beau-père quelque part… C’est Evan qui nous a tous surpris. La façon dont il a agi… Ce n’était même pas sous la colère, on aurait dit qu’il avait ruminé ça depuis un moment et qu’il s’était lancé, tout simplement. On ne peut pas savoir, c’est le genre de garçon qui intériorise énormément ce qu’il pense vraiment. »

A cet instant du récit, Zachary prit un temps d’arrêt, le regard perdu dans l’obscurité de la ruelle. Roy tenta de la relancer, non sans une certaine hésitation :

« Il a tué son père ?
- C’est ça, soupira t-il.Il a fait preuve d’un courage dont j’étais complètement incapable. Mais il s’en est voulu. Pas pour Jan, pour notre mère. Elle était complètement dévastée après ça. Le choc, certainement.
- Qu’est-ce qu’elle est devenue ?
- Eh bien… Elle est toujours à Sainte Mangouste, en psychomagie. Evan continue d’aller voir comment elle va, régulièrement… Mais il ne franchit jamais le pas de la porte.
- Il s’en veut toujours ? Après tant d’années ? s’étonna Roy.
- Toujours. »

Roy attendit la suite des explications, mais elle ne se décidait pas à venir. Zachary était désormais parfaitement silencieux, sans pourtant qu’il ait l’air plongé dans une réflexion. Il semblait qu’il avait simplement décidé d’arrêter de parler.

« Pourquoi tu me révèles tout ça ? finit par demander le trafiquant, plutôt perdu.
-Parce que je suis d’accord avec toi. Avoir Evan de notre côté est une aubaine qu’il serait dommage de laisser passer. »

Sur ces mots, il piétina son joint sur le sol, avant de faire un bref signe de la main à Roy. Plongé dans ses pensées, ce dernier ne le retint pas. Sprunt avait quelque chose en commun avec son demi-frère, finalement, à le laisser sur des phrases énigmatiques, comme s’il connaissait les solutions, mais qu’il attendait que Roy les trouve lui-même…
Fin de la deuxième partie

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Dernière édition par Roy Calder le Dim 2 Nov 2014 - 16:29, édité 2 fois
26 septembre

Une nouvelle fois, Roy se retrouvait à Sainte Mangouste, face à sa soeur Irina. Une nouvelle fois, c’était pour lui demander un service. Et une nouvelle fois, il ne pouvait pas lui expliquer tous les tenants et aboutissants de l’affaire. C’était toujours la même chose, songeait la jeune médicomage, dépitée. Il venait un jour, comme une fleur, après des mois de silence, il prenait un air empressé et lui demandait quelque chose comme « Irina ? Ecoute, j’ai vraiment besoin de toi, c’est juste pour un petit truc, ok ? Je te le revaudrai, promis » Et… elle ne le lui refusait pas, même si elle savait pertinemment qu’il ne lui revaudrait rien du tout. Parce qu’elle avait tellement peu de nouvelles de son frère, tellement peu de possibilités de savoir ce qu’il faisait, tellement peu d’occasions de nouer quoique ce soit avec lui que dès qu’il lui demandait un service, c’était plus fort qu’elle. Elle acceptait, parce que c’était la seule façon qu’elle avait de se sentir un peu proche de lui.

Elle releva donc le nez du dossier qu’elle venait de subtiliser pour lui, non sans un soupir qui montrait bien sa contrariété.

« Voilà. Trisha Alyn. Elle a été internée dans notre service psychiatrie il y a dix ans. Dépression, puis démence, aucune amélioration… Aucune amélioration… Elle tournait les pages une à une. Encore aucune amélioration. Elle ferma la liasse de papiers, d’un geste vif. Bref, comme beaucoup de patients dans ce service, elle a un parcours ponctué de permissions pour retourner à l’extérieur, et elle finit par revenir pour suivre une nouvelle thérapie, après un autre incident. Un cas non résolu, si tu préfères. Son dossier ne signale rien d’autre de particulier. Qu’est-ce que tu cherches exactement ? »

Ce qu’il cherchait exactement ? Eh bien, Roy ne savait pas vraiment, justement. Il cherchait des réponses, des explications. Des indices.

« Hum… Elle reçoit souvent des visites ?
- Euh, non, pas beaucoup, visiblement, répondit-elle en se remettant à feuilleter le dossier. Seulement de ses fils, Evan et Zachary, elle n’a pas d’autre famille qui vient la voir. Elle est… complètement abandonnée, en fait, soupira t-elle.
- Ils lui apportent quelque chose en particulier quand ils viennent la voir ?
- Je ne peux pas savoir ça, ce n’est pas consigné ici. Il faudrait demander aux infirmiers qui travaillent dans le service ou aller voir par toi-même.
- Est-ce que tu pourras me prévenir si l’un de ses fils vient ici, dans les prochains jours ?
- Eh bien… Je suppose que je peux essayer de voir avec les gens qui travaillent ici, mais je ne te garantis rien. »

Roy n’ajouta rien, perdu dans ses pensées. Il finit par remercier sa soeur, la voix basse, mais au moment où il détourna les talons, il sentit sa main retenir son poignet.

« Attends, s’il te plaît. »

Ah… Il espérait échapper à ce moment fatidique, en prenant la tangente rapidement, mais Irina avait toujours les pieds sur Terre, malheureusement pour lui. La voix d’Irina fut cependant moins ferme qu’elle en avait l’habitude, lorsqu’elle lui posait ce genre de question :  

« Est-ce que… Est-ce que ça va ? Je te pose réellement la question, Roy. J’ai l’impression que… »

Ses deux mains vinrent serrer la sienne, une seconde, Roy eut l’impression qu’elle essayait de se donner du courage. Que craignait-elle de lui dire ? Il n’était pas sûr de vouloir savoir.

« Si quelque chose n’allait vraiment pas, tu nous le dirais, hein ? »

Toutes les certitudes de Roy vacillèrent face à l’inquiétude presque déchirante et lisible dans le regard de sa soeur. Etait-il allé trop loin, cette fois ? Il ne s’était jamais trouvé dans une telle situation de danger, forcément, même en y mettant toute sa volonté pour le masquer, Irina avait du le sentir. Elle avait plutôt l’habitude de lui faire des sermons, dans ces cas de figure. Il devait lui avoir fait atteindre un niveau de crainte suffisant pour qu’elle ne songe même plus à se mettre en colère. Avait-elle deviné qu’il évoluait, et pas vraiment dans le bon sens du terme ? Avait-elle senti qu’il avait changé ?

L’espace d’une infime seconde, Roy faillit pour la première fois faire des révélations à sa soeur… avant de se ressaisir très vite. Non, il allait encore plus l’inquiéter. Il n’allait pas lui livrer ses démons, sous prétexte qu’il avait du mal à tout gérer, ces derniers jours. Il s’était mis dans cette situation seul, il s’en sortirait seul, comme il l’avait toujours fait. Il était forcé d’écarter ses proches de ses affaires, de toute manière, encore plus que d’habitude. Ce qu’il entreprenait était devenu trop lourd de conséquences, trop dangereux, et aucun membre de sa famille -pas même Adrian- ne pourrait le comprendre.

« Si ça n’allait vraiment pas bien et que je pouvais pas gérer, je vous le dirais, oui -c’était faux, tellement faux. Alors arrête de te faire du souci pour moi, ok ? Ca va. »

Il gratifia ses mots d’une brève caresse sur sa joue. Il ne pouvait pas faire beaucoup plus que la rassurer par des mots vains. Même si elle ne disait rien, Irina ne le croyait pas, il le savait, elle avait l’habitude de ses mensonges. Ce ne serait malheureusement pas les derniers…


30 septembre, dans la soirée, aux Folies Sorcières

Assis avec Jayce, Fergus et Antonino autour de la table du salon très privé des Folies, Roy était certain qu’aucune oreille indiscrète ne traînait dans les parages, pas même celle de Mildred, dont il s’était assuré de l’absence, ce soir-là. Cela aurait été fâcheux que quelqu’un les entende : ce qui se discutait entre eux avait toutes les allures d’un complot. Cela se sentait dans l’atmosphère chargée de gravité, qui empêchait même un homme sanguin comme Toni de prononcer un mot de travers.

« Ruthel Hawk, Gordon Thickey, Luis Alvaro… Ils marchent avec nous. Ezra Barnes est de notre côté aussi, maintenant. Autre bonne nouvelle : apparemment, Carnby peine à trouver des alliés. Il écope de toutes les erreurs de Sparkles, plus personne ne veut marchander avec les sharacks. »

La dure loi des trafiquants. Les sharacks s’étaient trop illustrés dans leurs coups bas, et la Voie comptait bien leur faire payer la situation délicate dans laquelle elle se trouvait désormais, avec des policiers et des Aurors qui faisaient régulièrement des patrouilles dans la ville. Leur pègre si bien rôdée était mise à mal par la volonté du ministère de faire une purge, de nombreuses arrestations avaient déjà eu lieu. Paradoxalement, c’était le moment où ils devaient se serrer les coudes entre malfrats… tout en éliminant ceux qui étaient devenus trop visibles et dangereux. Et il fallait le faire vite.

« C’est parfait.
- Qu’est-ce qu’on fait mainténant ? Les autres qui refusent dé s’allier avec nous ?
- S’ils nous gênent, on s’en débarrassera au moment venu. Pour l’instant, la priorité, c’est les sharacks.
- On va buter Carnby alors ? lança Fergus.
- Ca ne suffirait pas, répliqua Roy, ses doigts pianotant à la surface de la table. Ils ont la rage, les sharacks, même si leur chef venait à disparaître, ils trouveraient un moyen de retomber sur leurs pattes. Il faut leur couper les vivres, les mettre en quarantaine. C’est bon qu’on ait Thickey de notre côté, bien joué, Jayce. Il a le bras long, c’est son frère à Swansea qui fournissait Sparkles. Il pourrait lui en toucher deux mots pour nous.
- Oui, c’est ce que j’ai négocié avec lui. Mais il veut la Tenebrosia en échange. »

Roy hocha la tête. C’était leur appât principal, pour réussir à mettre de leur côté ceux qui ne vouaient pas de rancoeur particulière aux sharacks. Les trafiquants qui souhaitaient leur voler le marché de la nouvelle drogue qu’ils gardaient jalousement ne manquaient pas.

« Et il veut la tête de Bill. Je lui ai dit que nous aussi. »

Le ton parfaitement impavide sur lequel Jayce faisait une telle déclaration lui ressemblait bien. Même pour lancer les pires machinations, il gardait son sang-froid, comme si tout n’était que raisonnement et logique.

« Je connais des empoisonneurs qui pourraient nous vendre tout ce qu’il nous faut, sans poser de questions, proposa Fergus.
- Du poison… On serait trop vite désignés, fit remarquer Roy, ennuyé.
- Il faut trouver un moyen dé lé tuer dé nos propres mains, de toute façon. Les gars lui en veulent mais ils sont pas prêts à sé débarrasser dé lui pour autant.
- Hum… Le mieux serait qu’il lui arrive un… accident. »

Ou du moins que tous concluent à l’accident. Le problème dans tous les cas était que Bill était bien gardé et surveillé par ses hommes, pendant sa convalescence. Il ne sortait plus du tout de son manoir. Sceptique, Jayce demanda :

« Comment tu comptes réaliser ça ? »

Roy resta silencieux. Il ne savait pas. Il ne savait pas encore.

2 octobre

Le mois d’octobre avait l’air de débuter sous de bien meilleurs auspices que septembre. Enfin, les premières éclaircies faisaient leur apparition. Sa rencontre avec Isobel la veille avait redonné une quantité phénoménale d’espoir et de motivation à Roy. Si tout se déroulait comme ils en avaient convenu… Il allait pouvoir atteindre l’un de ses objectifs principaux. Enfin ! Il avait eu l’impression de s’acharner ces dix derniers jours à grappiller par-ci par-là des éléments, sans avoir l’impression d’avancer significativement. Enfin, il se tenait à quelques pas de la réussite, il pouvait réunir ce qu’il avait amassé vers un aboutissement concret !

Toutefois, il lui manquait encore quelques détails à régler pour que ce plan fonctionne. Quérir ce qu’il fallait à Isobel, notamment. Les ingrédients dont elle avait besoin, Roy les avait pour majorité en sa possession, dans ce qu’il vendait. Le plus difficile à obtenir était un ingrédient très personnel, qui coulait littéralement dans les veines de Griggs…

Il n’avait pas trente-six solutions. Prétexter d’une visite pour lui faire un compte rendu de la situation lui parut un bon moyen d’approcher Bill, loin des regards indésirables. Après tout, la mission qu’on lui avait confiée était importante et confidentielle, elle n’échouerait pas dans les oreilles de n’importe qui.

Etrange comme la résolution l’imprégnait tout entier en se rendant au manoir, alors qu’il s’apprêtait à commettre son premier meurtre par préméditation. Il ne s’agissait plus de paroles, de plans dans sa tête, il allait faire le premier pas vers l’exécution, et le plus inquiétant était que Roy ne ressentait pas la moindre once d’hésitation. C’était comme s’il avait posé une chape sur la culpabilité première qui l’avait saisi lorsqu’il avait tué Andy McStay. Comme s’il s’interdisait d’avoir des états d’âme dorénavant, parce qu’il avait compris que cela l’empêchait d’avancer.

Mais avançait-il, ou s’enfonçait-il ?


3 octobre

« Voilà le topo, en gros. »

Sur cette phrase de conclusion, Roy venait de révéler tout ce qu’il avait appris sur les sharacks et d’évoquer les accords qu’il avait passé. Sa mission était parfaitement accomplie. Mais ce n’était pas Bill Griggs qu’il avait en face de lui, pour écouter ce constat. C’était Helmet Norvel, le second, celui dont il allait bientôt pouvoir prendre le siège. Helmet se contenait depuis le début de l’entrevue, et désormais, sa face était tout à fait rouge, signe qu’il était en proie à des émotions intenses. Roy ne se départissait pas de son sourire tranquille, attendant simplement sa réaction.

« Pourquoi t’es venu me voir, Calder ? Tu sais très bien ce que je pense de ces conneries. Tu viens me narguer, c’est ça ? »

Ils y venaient enfin. Satisfait, Roy vint apposer ses coudes sur la table qui le séparait d’Helmet.

« Si tu veux tout savoir, je trouve aussi que c’est une belle connerie, ce marché que m’a proposé Bill. Un léger tic secoua le coin des lèvres de son interlocuteur, signe qu’il venait de piquer son attention. Tu sais, je me suis toujours dit que Londres et Bristol ne faisaient pas bon ménage, et je suis sûr que toi aussi, je me trompe ? 
- Accouche, au lieu de me servir tes énigmes à la con. »

Roy retint un léger ricanement -il n’aurait pas été de très bon ton de se moquer du manque de vivacité d’esprit de son associé après tout. Il ne fit pas languir plus longtemps Helmet, dont il savait que la patience était très limitée. Ses doigts vinrent pianoter sur la surface de la table, tandis qu’il vrillait son regard dans celui du gros homme.

« Je ne compte pas prendre ta place, Norvel. J’ai accepté le marché de Bill pour gagner du temps. Maintenant j’ai de meilleurs alliés que lui. Il n’y a pas que les sharacks qui sont faits comme des rats… Bill est foutu lui aussi. Il attendit que sa phrase fasse effet sur le second, avant de poursuivre. T’as bien entendu comment ça gronde dans les rangs. Honnêtement, Norvel, combien de fois Bill t’a traîné dans la boue, alors que t’es son larbin le plus fidèle ?
- J’suis pas son larbin, contesta aussitôt l’homme.
- Je sais, je sais… Mais c’est ce que Bill a toujours dit de toi. »

Le ton doucereux de Roy se voulait désolé, mais c’était un véritable manipulateur qui se cachait derrière son air contrit. L’air incrédule et le silence d’Helmet étaient de bons signes : il marchait complètement dans sa combine.

« Et maintenant, il te fait l’affront de vouloir te remplacer ? Par moi ? Alors que j’ai pas autant d’expérience que toi ?
- On est d’accord, c’est de la connerie, grinça Norvel, entre ses dents.
- De la belle connerie. Tu veux mon avis ? Je pense que Bill a eu les yeux plus gros que le ventre, et ça a fait sauter sa jambe avec. Il ne peut pas contrôler à lui tout seul un marché aussi vaste que celui de Bristol, en plus de Londres, pas dans la situation actuelle. Il aurait dû diviser le gang, répartir les tâches, bref, faire du boulot d’entrepreneur au lieu d’asseoir son derrière sur son trône de monarque incontesté, t’es pas d’accord ? C’est pas comme ça que ça marche les affaires, maintenant ? »

Il laissa sa question en suspens, donnant toute la latitude à Helmet de confirmer. Ce dernier eut exactement la réaction qu’il escomptait : il se mit sur la défensive, comme s’il était personnellement concerné.

« Je lui ai toujours dit ! Je lui disais qu’on risquait trop gros avec cette histoire de sharacks, mais il a pas voulu m’écouter !
- Je sais, prétendit-il, alors qu’il savait que Norvel mentait, avec ce que Zachary lui avait dit. Mais Bill est de la vieille école, tu comprends. Il croit qu’il peut tout obtenir par la force de ses bras, mais c’est faux. Ceux qui réussissent sont ceux qui savent négocier. Et je veux justement te proposer un marché, Norvel. »

Roy savait que par ses tournures de phrases, il faisait croire à Norvel qu’il l’estimait suffisamment intelligent -en tout cas plus que Bill- pour prendre la décision de négocier avec lui. Il sut à la façon dont Helmet l’encouragea à poursuivre d’un hochement de tête qu’il avait presque gagné la partie. Et ce fut avec un certain plaisir malsain de voir que sa machinerie fonctionnait que Roy poursuivit :

« Je ne pourrai pas gérer de trafic à Londres. Et c’est la même chose pour toi, à Bristol. Donc scindons le gang, tout simplement. Je prends une partie avec moi à Bristol. Tu gardes tous les hommes que tu souhaites avec toi, ici, à Londres. On s’étend comme deux filiales d’une même entreprise, de façon séparée, autonome. Chacun sur son territoire. On serait bien plus efficaces comme ça, tu crois pas ? Je marche pas sur tes platebandes, tu marches pas sur les miennes, conclut-il.
- Et Bill dans tout ça ?
- Je te l’ai dit, Bill est foutu. »

Le ton net de Roy fit froncer les sourcils d’Helmet, qui le fixait à présent avec une certaine méfiance, tandis que les conclusions faisaient doucement leur chemin dans sa tête.  

« Tu veux te débarrasser de lui ? Comment tu comptes faire ? »

Cette fois-ci, Roy ne cacha plus son sourire, et il n’avait rien de badin. C’était la dernière étape de son plan. Quand Bill serait évincé, il se poserait forcément la question de qui prendrait sa suite. Il n’avait pas envie de mener les affaires du gang de la même façon que Bill les menait. Il n’avait pas non plus envie de se chamailler la place avec Norvel, qui avait l’avantage face à lui de mieux connaître leurs hommes. Conquérir Bristol était déjà une belle affaire, pleine de promesses et d’embûches, un morceau assez gros pour que Roy s’en contente, et s’y attaque à bras le corps. C’était une sorte de compromis qu'il lui proposait. Il savait qu’il devait encore faire ses preuves, pour que Norvel accepte de lui faire confiance et... de le craindre, quelque part. Roy se leva tranquillement de leur table, mais lui servit quelques derniers mots, avant de mettre fin à l'entretien :

« Voilà ce que je te propose : pense à tout ça, et d’ici un ou deux jours, Bill disparaîtra… Ca sera ma garantie. Tu sauras que je suis de bonne foi. »

Fin de la troisième partie



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4 octobre, au soir

L’hypocrisie, Roy connaissait, il en avait même l’habitude. Il mentait tellement, à sa famille, à ses conquêtes, à ses rivaux commerciaux, il avait pris l’habitude de prétendre penser ou être ce qu’il n’était pas. Tout jeune, même, dès Poudlard, il s’était révélé doué dans l’art de manipuler son entourage, et se faire passer plus bienfaisant qu’il ne l’était vraiment. Cela l’avait aidé à se sortir de situations difficiles. Faire en sorte que Jason casque pour ses propres bêtises, quand ils étaient enfants par exemple. Ou retourner la situation dès qu’une fille le soupçonnait de s’être joué d’elle.

Ce soir-là, c’était sa plus grande opération de mensonge qu’il entreprenait. Roy se surprenait, parfois. Ce ne fut même pas si difficile de mimer le choc et le désarroi, lorsqu’il fut appelé avec d’autres au manoir de Bill, pour constater les dégâts. Il avait tellement songé à ce moment qu’il savait exactement ce qu’il devait faire.

Un accident. Un déplorable accident. Bill aurait tenté de se déplacer, avec ses béquilles, en insistant pour se mouvoir seul. Il aurait trébuché, près des escaliers. Une chute mortelle, regrettable. Soudaine.

Personne ne pouvait savoir que quelqu’un tirait littéralement les ficelles derrière. Encore moins qu’il s’agissait d’une employée du ministère à l’apparence irréprochable, mais qui se livrait à de la magie noire dès qu’elle franchissait le pas de chez elle. Dès qu’elle avait eu tous les ingrédients nécessaires -dont le sang que Roy avait récupéré sur un bandage usagé de Bill- pour commettre son méfait, Isobel Lavespère s’était enfermée dans une pièce où elle lui avait interdit d’entrer. "Pas de profane dans les cérémonies". Roy l’avait laissée faire, il lui faisait confiance après tout.

Mais quelque part… Il aurait aimé voir. Il aurait aimé assister de ses propres yeux à la malédiction qui devait provoquer la chute de Bill. C’était de la curiosité purement malsaine, mais plus inquiétant encore : une envie de se sentir acteur. Il avait tellement maudit Griggs ces dernières années, il lui avait tellement voulu du mal que se retrouver dans la position de celui qui agissait enfin pour se venger était incroyablement grisant.

La panique était palpable, et plus importante que ce que Roy imaginait. C’était l’ébullition au manoir, entre le choc, l’incompréhension, la crainte de ce qui se passerait, dorénavant. Seuls les deux hommes les plus proches de Griggs gardaient une mine indéchiffrable, plongés dans leurs réflexions, et plusieurs fois, Roy attrapa leurs regards vers lui. Norvel savait, puisqu'il était dans le coup. Sprunt était assez intelligent pour se douter de quelque chose. Roy assista avec un certain sentiment de contemplation face à ce qu’il avait provoqué. Il avait déjà possédé beaucoup de choses. Des revenus aisés, de belles femmes, des amis loyaux. Mais… C’était la première fois qu’il se sentait en possession du pouvoir.

Et il était dangereusement en train d’apprécier la sensation.


Quelques heures plus tard

Un calme relatif était revenu dans la pièce qui avait servi leurs réunions, ces derniers jours. Le corps de Bill avait été déplacé. Seuls Zachary, Helmet, Jayce et Roy se tenaient là, attendant que l’un d’entre eux prenne la parole. Contre toute attente, ce fut Sprunt, le plus effacé d’entre eux, qui s’exécuta le premier :

« Je ne travaillerai pas pour toi, Helmet. »

Son ton était fidèle à lui-même, tranquille, et pourtant, jamais Zachary n’avait osé s’élever de la sorte contre le gros trafiquant, ce qui surprit les trois autres hommes. De mémoire, c’était la première fois que Roy l’entendait déclarer une décision, plutôt que promulguer un conseil. Leur étonnement fut de courte durée, toutefois. Ils étaient tous les quatre prévenus. La bataille pour la tête du gang se jouait entre Roy et Helmet, depuis le début. Zachary venait simplement de choisir son camp.

« Fais c’que tu veux, rétorqua Norvel, avec une contrariété qu’il ne parvenait pas à masquer. Ce fut sans doute la raison pour laquelle il eut envie de provoquer Roy : Pas beaucoup d’hommes te suivront, Calder. C’est à moi qu’ils font confiance. »

Roy soutint son regard, une lueur amusée au fond du sien. Helmet avait raison, il était présent dans le gang depuis bien plus longtemps que lui et avait toujours assuré son soutien à Bill. Même s’il n’avait pas hésité à le trahir, finalement, en acceptant le marché de Roy, quand il avait compris à la dernière seconde que le vent tournait. Norvel, un chef ? Il n’en avait jamais eu l’allure et son attitude des derniers jours le lui avait prouvé. Il n’avait rien fait, il s’était simplement tourné les pouces en attendant que les choses changent pour lui, quand Roy s’était démené tous les jours pour obtenir ce qu’il désirait. Cet homme resterait minable jusqu’au bout, songeait-il, avec une certaine suffisance.

« J’en aurai assez, ne t’en fais pas pour moi. »

De toute manière, Roy n’avait aucune envie de compter sur des hommes qui avaient été fidèles à Griggs ou à Norvel, il avait tendance à les assimiler au même genre de pourriture. Si des hommes devaient le suivre, alors il s’assurerait tout d’abord de leur loyauté et de leur personnalité, quitte à les trier un par un. Il avait déjà commencé sa sélection, avec sa quête d’alliés, toute cette semaine. Il savait d’ailleurs que certains ne feraient plus partie de la liste, une fois qu’il aurait obtenu ce qu’il souhaitait d’eux, parce qu’il les estimait trop tordus, trop ambitieux, trop… dangereux. A présent qu’il s’en sentait capable, Roy se découvrait une toute nouvelle envie d’être le seul à dominer. Pour l'instant, il n'y était pas encore... Mais aujourd'hui, il venait de se hisser au rang d'un chef de gang, au même titre que tous les autres qui parsemaient la Voie des Miracles. Pour un homme aussi jeune que lui, cela relevait d'un exploit.

Un exploit qu'il comptait bien transformer en réussite totale... et qui n'incluait par conséquent aucun partage.


6 octobre

Il y avait encore un homme que Roy n’avait pas réussi à obtenir, malgré ses efforts. Même convaincre Barnes, cette tête de mule retors, avait été moins compliqué. Evan Travis était comme de la fumée qui lui glissait entre les doigts. La substance était réelle, mais elle était désespérément insaisissable.

Maintenant que Zachary était de son côté, toutefois, il avait réussi à obtenir une information de plus de sa part. Il lui avait glissé qu’Evan rendait visite à leur mère en général au cours de la première semaine de chaque mois, s’agissant là d’une sorte de rituel pour lui. Roy avait donc envoyé un Patronus à Irina, pour lui intimer de surveiller les visites. Une réponse de sa part était finalement arrivée, le sixième jour d’octobre.

Il arriva un peu en catastrophe dans le service psychiatrie de Sainte Mangouste. Il n’avait pas pu se libérer tout de suite en recevant le message. Il était à ce moment là autour d’une table de son casino, à négocier avec Luis Alvaro. Roy arriva dans les couloirs aseptisés de l’hôpital, à la recherche de l’espion, sans bien savoir ce qu’il allait lui dire. Mais il était présent, à espérer que quelque chose se produise, puisqu’il s’agissait là de sa seule entrée dans le mystère que constituait cet homme.

Roy le trouva finalement, assis sur l’une des chaises près d’une chambre à la porte entrouverte. Il était toutefois sur le point de partir, quand Evan croisa son regard. Et pour la première fois, le trafiquant eut l’impression d’avoir réussi à le déstabiliser, l’espace d’une infime seconde.

« Qu’est-ce que tu fiches ici, Roy ? »

Il arriva tout à fait à sa hauteur, glissa ses mains dans ses poches dans une posture qu’il voulait désinvolte, puis répondit :

« Ma soeur travaille ici. J’étais simplement passé la voir. »

Evan le regarda un si long moment que Roy commençait à se demander s’il n’avait pas quelque chose sur le visage, mais le brun finit par déclarer, le ton vide d’animosité :

« Tu mens bien, Roy Calder. » Le silence que préféra conserver le trafiquant fit poursuivre Evan, sur un ton presque ennuyé. « ‘Te moque pas de moi. Pour quelqu’un qui a l’habitude de faire des filatures, c’était pas très compliqué de voir que tes potes me suivaient. Je n’étais simplement pas sûr de ce que tu manigançais. »

Il haussa les épaules sur cette conclusion, en glissant ses mains dans ses poches. Les filatures de Fergus et Toni n’avaient pas donné grand-chose, pourtant, c’était le plus frustrant. Evan dépassa Roy sans ajouter un mot, si bien que ce dernier crut qu’il venait de le contrarier, mais il eut l’agréable surprise de l’entendre lui proposer, au dernier moment :

« Allons faire un tour dehors. »

Roy le suivit sans protester, ils restèrent tous deux muets jusqu’à ce qu’ils eurent trouvé un muret de pierre sur lequel ils pouvaient se hisser, dans la cour derrière les locaux à part réservés à cette partie de l’hôpital.

« C’est Zach qui t’a tout dit, j’imagine ? Roy approuva, d’un simple signe de tête. Je ne laisse traîner aucune info sur moi, j’ai bien veillé à nettoyer mon identité avant d’arriver à Bristol. Zach était le seul à savoir des choses, mais il a toujours respecté le silence… Sauf avec toi, donc. »

Il sut au regard que Travis vrillait sur lui qu’il attendait une réaction de sa part, même si Roy ne savait pas vraiment quoi lui répondre, pour le coup. Zachary lui avait paru bien énigmatique aussi, il serait bien en peine de lui dire ce à quoi il pensait exactement en lui faisant toutes ces confidences.

« On dirait qu’il a un peu la même façon de penser que toi. Quand il s’intéresse à quelqu’un, il aime bien le laisser sur des énigmes à résoudre. »

Sa réponse arracha un sourire à Travis, qu’il eut l’air de vouloir enfouir rapidement. Roy masqua son léger amusement lui aussi, pour retrouver un air sérieux. Il ne savait pas comment aborder Evan, tant sa personnalité était difficile à saisir. Mais quelque chose lui disait qu’il n’avait pas grand-chose à faire pour le pousser où il le souhaitait. Ne lui avait-il pas fait comprendre qu’il le soutenait, la dernière fois dans son appartement ? Peut-être que Roy n’avait qu’une seule option face à lui, c’était d’être honnête. Ses machineries ne fonctionneraient pas aussi bien sur Evan que sur les autres hommes qu’il avait pu dupé, ces derniers jours, pour la simple et bonne raison qu’Evan avait toujours un coup d’avance, et il venait encore une fois d’en avoir la preuve.

« J’ai besoin de toi, Evan. Je sais que t’es le genre indépendant, que t’as toujours tout fait en électron libre… Mais parfois, t’as envie de te poser toi aussi, pas vrai ? D’appartenir à un groupe ?
- Qu’est-ce qui te fait croire ça ? »

La voix brusquement dure de l’espion ne dégonfla pas Roy, qui prit une légère inspiration avant de poursuivre :

« J’ai toujours cru que tu préférais travailler en cavalier seul parce que c’était dans ton caractère et que tu n’aimais pas t’embarrasser de boulets dans ton travail. Tout le monde te voit comme l’espion sans attache, qui donne au plus offrant… Mais t’as toujours pris parti, en vrai. Je sais comment tu pratiques tes prix, Evan, ce n’est pas à la quantité d’efforts que tu fournis. C’est purement à la tête du client. Et je crois bien que c’est avec Jayce et moi que t’es le plus généreux. »

Aux yeux de Roy, Travis ne pouvait plus invoquer la dette qu’il avait envers eux depuis ce jour heureux où ils lui avaient sauvé une arnaque. Evan le leur avait revalu depuis bien longtemps et pourtant, il n’avait jamais cessé de leur laisser des avantages.

« J’arrivais pas à piger ce qui te retenait de choisir définitivement un camp. Zachary a voulu me mettre sur la voie, mais il s’est trompé sur un truc. J’suis pas un psychomage, plaisanta t-il brièvement, avant de retrouver son sérieux. Je sais pas. Soit tu considères effectivement tout ce qui se passe dans la Voie comme un jeu gigantesque où tu peux te mettre tranquillement dans un coin pour observer le dénouement. Soit tu t’empêches volontairement de faire partie d’un groupe parce que… Eh bien, parce que t’as décidé de t’enfermer dans la solitude depuis des années, et pas seulement vis à vis de ton frère. Ou de ta mère. »

Non, Roy n’était pas psychomage mais cela ne l’empêchait pas de monter ses hypothèses sur le comportement étrange d’Evan. Il ne se montrait jamais à visage découvert, et pourtant, il était toujours là. C’était étonnant comme il était toujours très vite au courant de tout ce qui concernait Roy ou ses associés, quand bien même il avait le bras long. Roy avait fini par conclure qu’il les surveillait ou plutôt « veillait » sur eux, surtout depuis ces derniers mots que Travis lui avait glissé, deux semaines plus tôt. De la même façon qu’il veillait sur sa mère, sans jamais lui donner le moindre signe de sa présence, de son engagement... Agir de loin, comme une sorte de bienfaiteur de l’ombre, était peut-être la seule rédemption qu’il avait trouvée au parricide qu’il avait commis.

Roy arrêta là ses hypothèses, préférant attendre la réaction de Travis. Il jouait une carte risquée. Evoquer un sujet aussi sensible que sa mère pouvait très bien le braquer, de façon irréversible. Evan connaissait énormément de choses, sur beaucoup de personnes. Mais acceptait-il que quelqu’un d’autre tente de percer ses secrets ?

« T’es gonflé. »

Le ton résigné sur lequel l’espion finit par reprendre la parole effaça les craintes du trafiquant, qui se cacha derrière un sourire pour masquer son soulagement.

« Je sais, on me le dit souvent. »

Il en aurait bien ri, mais il sentait que l’atmosphère n’était pas encore tout à fait détendue. Travis semblait encore en pleine réflexion. Il fit le choix de changer de sujet, ce à quoi Roy s’accommoda sans poser de question :

« Alors… T’as trouvé un moyen de te débarrasser de Griggs, hein ?
- C’était un accident.
- Oui, c’est ce que tout le monde dit. Mais je suis sûr que ça t’arrange bien, contra t-il, arrachant un ricanement à Roy. 
- Ok… Si je te disais que j’y suis pour quelque chose, tu me suivrais ? »

Enfin, il réussit à arracher un rire, un vrai, à Evan. Roy sut qu’il avait enfin abaissé ses défenses.

« Tu sais… Griggs était un peu le pion noir, dans mon jeu. J’aurais bien voulu l’éjecter d’une pichenette mais bon, ce n’est pas comme si on pouvait faire ça en vrai. Sauf quand on s’appelle Roy Calder, hein ?
- Exactement » se rengorgea le trafiquant.

L’espace d’un court instant, il ne put s’empêcher de penser que le meurtre à distance, par le biais d’une magie vaudou, qu’il avait commis était… assez proche de la pichenette sur un plateau de jeu, finalement. Evan savait-il ? Non, impossible. Il avait simplement le chic pour avoir les bonnes intuitions, parfois même sans le savoir. C’était bien pour cette raison, entre autres, que Roy tenait absolument à l’intégrer dans son groupe.

« J’accepte, à une condition. »

Si ce n’était qu’une ! Roy était prêt à lui en laisser plusieurs. Ses réflexes de commerçant revinrent vite au galop, il s’attendit à des réclamations d’argent, d’avantages, mais ce qu’Evan lui demanda, avec son sourire enfantin si caractéristique eut le don de le surprendre, encore une fois :

« Tu me laisses choisir le nom du groupe. »

FIN DE L'OS


Spoiler:
 



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Rise to Power [OS]

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