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 Entre hache de guerre et calumet de la paix [Alexandra & Roy]

Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Dernière édition par Roy Calder le Jeu 4 Déc 2014 - 13:17, édité 1 fois
12 octobre

Roy était bien des choses peu recommandables, mais au fond, ce n’était pas un ingrat. Il était un honnête commerçant dans ce qu’on pouvait considérer d’honnête dans son milieu : il payait toujours ses dettes. Et il en avait une belle envers Alexandra Fitz, depuis ce fameux jour du vingt-et-un septembre. Après tout, s’il n’avait pas eu d’ennuis avec les Aurors, c’était en grande partie grâce à elle. Elle lui avait permis de fuir, cette nuit-là, et d’échapper à la vague d’arrestations qui avaient suivi le drame. Sans compter qu’elle lui avait administré les premiers soins, pour son bras. Elle n’avait eu aucune obligation de le faire. Ils n’étaient pas amis -loin de là-, ils ne se devaient rien… Mais elle l’avait tout de même fait.

Heureusement qu'il y avait des personnes meilleures que lui, dans ce monde. En toute honnêteté, à sa place, Roy n’était pas sûr qu’il l’aurait aidée. Il était loin d’être le genre altruiste, encore moins envers des personnes qu’il n’appréciait pas. Il était forcé de constater que Fitz était remontée dans son estime, toutefois. Pouvait-il faire autrement ? Il lui devait sa sécurité actuelle, sinon sa vie. Roy n’aimait pas beaucoup l’idée de lui être redevable, en vérité. Ce fut pourquoi il se décida à régler cette dette une bonne fois pour toutes : il allait la remercier, dans les règles de l’art, et on n’en parlerait plus.

Il s’efforça donc d’effacer toute insolence, toute défiance de son expression faciale en se présentant à la boutique de l’apothicaire. Il ferait les choses correctement, cette fois. Il était décidé à faire tous les efforts qu’il fallait pour, en tout cas. Il ne tenait qu’à Alexandra de se montrer coopérative… Roy avait pris quelques coups d’avance, avant de venir. Il savait par exemple qu’elle quittait son travail vers dix-neuf heures. Puisqu’il souhaitait plier cette affaire au plus vite, il pouvait au moins gagner du temps là-dessus. S’il n’était pas venu plus tôt, c’était à cause des trop nombreuses choses qu’il avait eu à régler. Il s’était senti en danger -à raison- pendant un certain moment après la guerre des gangs. Maintenant qu’il commençait à sortir la tête de l’eau, à être de nouveau nourri par l’espoir, Roy pouvait se préoccuper de choses plus annexes.

Il pénétra dans la boutique d’un pas tranquille, constata que Fitz n’était pas à son comptoir. Il entendait toutefois des bruits dans l’arrière-boutique qui lui faisaient deviner sa présence. Elle préparait certainement la fermeture de son commerce. Roy se racla la gorge pour signaler sa présence à lui, puis s’accouda au comptoir en attendant que la jeune femme n’arrive.

« Bonsoir. »

Satisfait de son petit effet de surprise, il adressa un sourire irréprochable à l’apothicaire. Pas d’insulte aujourd’hui. Pas même de pique. Il serait un parfait gentlemen. Roy avait tendance à prendre cela pour un défi, un jeu, quelque part. Ce ne serait pas drôle s’il ne se fixait pas quelques règles, n’est-ce-pas ? Il détacha son regard de celui d’Alexandra, pour le laisser se promener sur les murs et les étagères, propres et parfaitement en place.

« Je vois que tout est rentré dans l’ordre, depuis la dernière fois… Tant mieux. »

Il préféra attendre la réaction d’Alexandra avant de poursuivre dans les échanges de politesse. Rien ne disait qu’elle ne lui en voulait pas pour ce qui s’était passé, après tout.


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L’allée des Douze Chênes était aussi calme que deux jours plus tôt lorsqu’elle avait rencontré Klemens. Les affaires, toujours aussi mauvaises ; elle avait fait sa caisse et c’était critique. Heureusement qu’ils avaient quelques livraisons régulières – avec les Hébrides notamment – pour pouvoir subsister jusqu’à ce que les choses se calment… Si elles se calmaient…

La boutique était on ne peut plus propre, Alex avait même pris le temps de nettoyer la vitrine dans ses moindres recoins. La fermeture était donc beaucoup plus rapide que certains jours. Elle était dans la réserve en train de récupérer son manteau et son sac à main lorsqu’elle entendit un raclement de gorge désagréable.

Elle soupira lourdement, elle détestait les clients de dernière minute, ceux qui se pointait à 18h59 juste pour avoir la satisfaction de la faire rentrer plus tard chez elle semblait-il. Cependant, elle ne pouvait pas les chasser puisque la boutique n’était pas officiellement fermée. Elle reposa donc ses affaires et sortie de la réserve avec un sourire de circonstance.

Sourire qui fut mis à rude épreuve lorsqu’elle découvrit qui était le client de 19h : Roy Calder, rien que ça… Elle ne l’avait pas recroisé depuis les émeutes du 21 septembre et ne s’en portait que mieux. Elle ne savait toujours pas ce qui lui avait pris de l’aider. Enfin, si, elle savait pourquoi elle avait aidé un homme en sang entrant dans sa boutique mais Roy Calder… D’autant plus qu’elle savait pertinemment qu’il était en cause dans les événements de la journée. Elle aurait dû penser que c’était bien fait pour lui et qu’il devait assumer ses actes.

Malheureusement, c’était bien plus compliqué que cela et si chacun assumait réellement ce qu’il avait fait, Alex devait avouer qu’elle serait actuellement à Azkaban pour terrorisme. Oui, il valait mieux ne pas y penser et oublier tout ça. Cependant, Roy était là, aujourd’hui, dans sa boutique, accoudé à son comptoir et la saluant d’un air tranquille. Alex venait de décider de s’en tenir à son rôle de commerçante serviable alors que Roy jetait un regard sur les étagères mais elle n’eut pas le temps de lui demander s’il avait besoin de quelque chose car déjà il rouvrait la bouche.

Manifestement, il n’était pas là pour commander des ingrédients louches, il semblait vouloir… Faire la conversation ? Etonnée, Alex mit quelques instants à réagir :

« Heu… Oui… Tant mieux ? »

Elle observa l’homme en face d’elle durant quelques longues secondes silencieuses avant de se lancer :

« Ton bras va mieux ? »

Elle hésita un instant à lui demander si elle pouvait le tutoyer avant de décider qu’il lui ferait savoir lui-même si cela le dérangeait. Après tout, ils avaient déjà passer cette étape durant leur dernière rencontre semblait-il.

Maintenant, elle n’avait plus qu’à attendre pour essayer de comprendre ce que Roy Calder faisait dans sa boutique.


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Bon. Elle n’était pas sur la défensive. Voilà qui rendrait les choses beaucoup plus simples. Roy la sentit hésitante, toutefois. Il comprenait. Elle n’attendait pas sa visite, et leur relation avait quelque peu changé, bousculée par les derniers évènements délicats. C’était un peu étrange pour lui aussi de se retrouver à agir gentiment avec elle qui lui avait toujours paru comme une femme agaçante, envers qui il ne se voyait pas faire le moindre effort. Pourtant, c’était exactement ce qu’il faisait et il n’en ressentait pas une si grande gêne que cela. Roy nota d’ailleurs qu’elle le tutoyait de nouveau, elle n’était pas revenue à un « vous » de circonstances, comme lorsqu’ils s’étaient retrouvés à Sainte-Mangouste cet été, ce qui l'amena à croire qu'elle devait le considérer sous un autre oeil, elle aussi.

« Beaucoup mieux. Ce n’était rien qu’un peu d’essence de dictame ne pouvait guérir. »

Essence de dictame qu’elle lui avait fournie, c’était entendu entre eux. Roy laissa quelques secondes de silence s’écouler. Cela ne se voyait pas sur son air, comme d’habitude, assuré, mais il hésitait sur la marche à suivre. Devait-il lui exprimer ses remerciements tout de suite ? Il avait quelques plans en tête, en venant ici. Il ne souhaitait pas se contenter de lui glisser un merci, il ne se serait pas déplacé seulement pour ça. Presque malgré lui, Alexandra avait piqué son intérêt en l’aidant, ce soir-là. Peut-être bien qu’elle n’était pas uniquement la femme pénible et hautaine qu’il avait entrevue, lors de leurs premières rencontres. Elle n’avait même pas cherché à lui demander un quelconque dédommagement, elle avait l’air d’accepter l’idée de l’avoir aidé sans retour. Elle méritait bien qu’il remette un peu en question ce qu’il pensait d’elle.

« Est-ce que tu fais quelque chose, ce soir ? »

Une phrase que Roy avait sortie à mille femmes avant elle, et pourtant, elle n’avait pas le même ton enjôleur qu’à son habitude. Alexandra ne faisait pas partie des femmes qu’il comptait séduire, seulement de celles qui piquaient sa curiosité, et c’était déjà bien assez.

« Juste pour prendre un verre. Ou te raccompagner, si tu n’as pas le temps, précisa t-il, haussant les épaules. J’aimerais juste mieux te remercier que ce que j’ai vaguement fait la dernière fois. »

Un léger sourire vint se glisser sur ses lèvres, dans l’attente de sa réponse. Entre séduire et faire le joli coeur pour obtenir gain de cause, il n’y avait finalement qu’un mince cheveu, avec lui.


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Elle avait bien vu juste et aussi étrange que cela paraisse, Roy voulait juste discuter… Elle lui fit un petit sourire lorsqu’il mentionna l’essence de dictame reconnaissant là un remerciement dissimulé, du moins le pensait-elle. Elle restait toutefois majoritairement sceptique, ne sachant comment réagir face à ce Roy-là.

Elle savait comment réagir face au dealer de la Voie des Miracles, elle avait su réagir face au Roy de St-Mangouste, elle avait même réagi étonnement facilement au Roy blessé cherchant de l’aide. Mais un Roy sympathique ? Venant discuter comme si de rien n’était dans sa boutique ? Non, vraiment, elle était perplexe. Mais le plus étonnant était sans doute le fait que cela ne la dérangeait pas. Elle appréciait le geste en quelque sorte et à travers les silences de Roy, elle se prenait à croire que lui aussi était un peu décontenancé par sa présence ici.

Cependant, il semblait avoir suffisamment réfléchi à sa présence en ces lieux pour l’inviter à sortir. Elle leva un sourcil surpris à son encontre. Techniquement, elle ne faisait rien ce soir, elle avait pensé passer au bureau de l’OFFRE pour travailler sur la prochaine réunion mais rien d’urgent ni d’officiel, elle pouvait tout à fait se dégager. La question était la même que deux jours auparavant : le voulait-elle ?

La dernière fois, elle avait eu raison de tenter le coup, elle avait passé une excellente soirée avec Klemens. Cependant, Roy n’était pas Klemens. Klemens n’était qu’un inconnu un peu trop charmant qui avait flirté avec elle. Roy lui était… Complexe… C’était le dealer qu’elle s’était retenue de frapper, l’homme qu’elle voulait continuellement insulter mais aussi celui qui était venu lui demander de l’aide. C’était l’homme qu’elle avait vu pâle de douleur sur le sol de sa boutique et qui venait aujourd’hui la remercier. Il n’était pas question de drague ici, du moins l’espérait-elle, juste de courtoisie mais elle voulut tout de même tâter le terrain :

« Ca dépend, pour quoi faire ? »

Elle se retint de lui lancer une pique à base de « tu veux me faire visiter le repaire de ton gang dans la Voie des Miracles ». Il était là de façon volontaire et était resté cordial jusqu’à présent, elle n’avait pas de raison de lancer les hostilités. Néanmoins, elle ne pouvait oublier qui il était et ce qu’il avait certainement fait en ce 21 septembre.

C’est la fin de sa réponse qui la convainquit. L’idée à demi-avouée qu’il voulait bien faire les choses, qu’il lui était sincèrement reconnaissant et qu’il ne voulait se contenter d’un merci rapide.

« Ca devrait pouvoir se faire. J’étais en train de fermer la boutique, si tu veux bien m’attendre, je vais juste chercher mes affaires. »

Elle disparut dans la réserve sans même attendre la réponse de Roy, s’il était venu la trouver, il n’allait pas la laisser en plan maintenant et même s’il le faisait ça n’allait pas changer la vie d’Alex.

Lorsqu’elle ressortit de la réserve, elle était en train d’entourer son cou d’une écharpe brodée de fines arabesques dorées offerte par Clyde pour un quelconque Noël. Elle fit signe à Roy de la suivre et ferma la porte de la boutique derrière elle. C’était assez étrange de faire ces gestes quotidiens aux côtés de quelqu’un qui ne soit pas Charles.

Toujours un peu intriguée par la tournure que prenait sa soirée, elle se tourna vers Roy :

« Alors, qu’est-ce que tu avais prévu ? »

Alors qu’elle attendait sa réponse, Alex essayait de ne pas réfléchir, elle avait du mal à réaliser qu’elle s’apprêtait à aller de son plein gré boire un verre avec le dealer de pacotille.



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Roy la sentit au départ méfiante, mais il eut la satisfaction de voir qu’elle finissait par accepter. Il aimait lorsque les choses se déroulaient comme il le souhaitait. Cela l’aurait irrité de devoir faire des pieds et des mains pour que Mademoiselle accepte de l’accompagner -il ne l’aurait sans doute pas fait, d’ailleurs. Alexandra semblait accepter de faire un effort, ce qui lui facilitait grandement la tâche. La curiosité qu’il perçut dans le ton de sa question le fit sourire en coin. Il aimait entretenir le suspense, même lorsqu’il n’avait pas particulièrement lieu d’être.

« Simplement t’emmener dans un endroit sympa. Tu verras. »

Il attendit qu’elle lui emboîte le pas, pour entamer la marche dans les rues relativement calmes de Bristol. La vie ne s’était pas arrêtée depuis le vingt-et-un septembre, elle changeait, simplement. L’atmosphère n’était plus la même sur l’Avenue des Douze Chênes, même si chacun des commerçants s’efforçaient de faire front, et agir comme si rien ne s’était produit, afin de ne pas faire fuir la clientèle. Roy se demanda un instant si cet évènement malheureux avait eu des conséquences néfastes sur le commerce de l’apothicaire. Il eut envie de lui poser la question mais se ravisa au dernier moment. Elle devait avoir ressassé le sujet mille fois, avec tant d’autres personnes, à la longue, cela devenait épuisant et on avait juste envie de penser à autre chose. C’était le cas de Roy, en tout cas. Il s’était laissé sombrer dans cette histoire jusqu’au cou, mais parfois, dans ses plus grands moments de doute, l’envie lui prenait de tout arrêter et de faire autre chose, car toute cette histoire était une énorme source de soucis.

Ils passèrent par la Promenade des Marins, ce fut le moment où Roy trouva de quoi relancer la conversation :

« Je connais bien les bars dans le coin, j’habite juste là - il pointa du menton son immeuble, engoncé entre deux restaurants- c’est une rue vraiment animée le soir. Enfin, je suppose que tu le sais déjà, si t’habites à Bristol depuis un certain temps… »

Après tout, la Promenade des Marins faisait partie des rues les plus célèbres de leur ville. Elle n’était pas aussi fréquentée que l’Avenue des Douze Chênes, mais l’ambiance y était encore différente. Plus fêtarde, en quelque sorte. Roy appréciait réellement l’endroit, depuis huit ans qu’il vivait ici, il n’avait jamais cherché d’autre appartement, alors qu’il aurait pu se payer plus cher et plus confortable, dans des quartiers plus chics. Il avait ses repères et ses habitudes ici qui lui étaient chères.


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Alex leva un sourcil surpris face à la réponse mystérieuse de Roy. Elle était un peu surprise une fois de plus par la tournure que prenaient les choses mais elle ne dit rien, se contentant de le suivre. Elle avait déjà accepté de toute façon, ce n’était pas le moment de l’envoyer paître et puis elle avait pris la décision de ne pas réfléchir plus que de raison, sinon, elle pouvait être sûre qu’elle allait se donner mal à la tête. Elle enfouit donc ses mains dans ses poches en se disant tout de même que si les choses devenaient trop étranges – du genre, si il l’emmenait dans une ruelle sombre, parce qu’on ne savait jamais avec ce type d’individu – elle pourrait partir en courant, voire même utiliser les potions qu’elle gardait enfouies dans ses vêtements depuis le 21 septembre.

Alex n’avait jamais été bonne en sortilèges, c’était certes un poids dans la vie quotidienne mais elle avait toujours réussi à ignorer ce fait et à se débrouiller autrement. Cependant, dans le contexte actuel, cela pouvait devenir plus qu’un poids, cela pouvait devenir dangereux voire même mortel. Si un sorcier décidait de l’attaquer en duel, elle n’avait aucune chance de s’en sortir, autant fuir à toutes jambes comme un moldu face à un sorcier. Néanmoins, elle ne s’était pas laissée abattre, elle avait plus d’un tour dans son sac et ne pouvait pas se permettre de rester aussi vulnérable. Un instant, l’idée de fuir la ville lui avait effleuré l’esprit mais elle l’avait aussitôt chassée. Bristol était sa ville, c’était là qu’elle avait réussi à reprendre goût à la vie, c’était là qu’elle avait ses marques, ses habitudes, l’OFFRE ; c’était là qu’était sa vie, tout simplement.

Alors, elle s’était plongée avec délice – comme toujours – dans ses livres de potions et avait passé ses soirées – ce n’était pas comme si elle avait grand chose à faire lorsqu’elle était chez elle de toute façon – à brasser des mixtures destinées à la protéger, des simples potions faisant pleurer et éternuer aux potions corrosives ou explosives pouvant très certainement ôter la vie. Et depuis quelques semaines, Alex se baladait dans les rues de Bristol les poches pleines de cocktails Molotov.  

Elle suivait donc Roy dans les rues silencieuses de Bristol en triturant un petit flacon du bout des doigts, geste devenu machinal. Les rues étaient toujours aussi vides autour de l’allée des Douze Chênes, ce n’est qu’en entrant sur la Promenade des Marins qu’ils retrouvèrent un peu d’animation et encore ce n’était rien pour une soirée à l’heure de la débauche. Elle jetait un œil machinal à la fenêtre de son petit appartement lorsque la voix de Roy s’éleva brisant le silence qui les avait enveloppé depuis qu’ils avaient quitté la boutique.

« Sérieusement, tu habites là ? C’est fou… »

Elle observa longuement la façade de l’immeuble qu’elle connaissait pourtant par cœur pour se donner le temps de la réflexion. Devait-elle réellement avouer à Roy qu’elle était sa voisine ? Etait-ce bien prudent ? Après tout, même si leur relation s’était un peu apaisée depuis qu’elle l’avait aidé et qu’elle s’apprêtait à aller boire un verre avec lui, il n’en restait pas moins un homme fréquentant la Voie des Miracles, un homme dangereux à n’en pas douter. Malheureusement, même si la prudence aurait voulu qu’elle se taise, sa réaction spontanée l’avait trahi et elle n’avait plus vraiment le choix. Elle reporta alors son regard sur Roy pour scruter ses réactions alors qu’elle annonçait d’une voix prudente :

« J’habite juste en face. C’est étrange qu’on ne l’ait jamais remarqué… Enfin, je ne connais même pas tous les habitants de mon immeuble alors que je vis ici depuis six ans donc ce n’est peut-être pas si incroyable que je ne le sache pas. »

Elle secoua doucement la tête peinant tout de même à y croire. Elle réalisait peu à peu ce que cela signifiait, elle l’avait certainement déjà croisé auparavant sans pour autant prêter attention à la silhouette banale de l’homme qu’elle ne connaissait pas encore. Si le monde était petit, Bristol l’était encore plus.


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« Tu habites ici depuis six ans ? » répéta Roy, incrédule.

Il jeta un oeil à la façade de l’immeuble que lui désignait Alexandra, celle qu’il avait l’habitude de voir, tous les matins, en ouvrant sa fenêtre, à vrai dire. Ils habitaient réellement pile en face l’un de l’autre, et la rue était si étroite à cet endroit qu’ils pouvaient presque se parler en ouvrant leur fenêtre, s’ils le souhaitaient.

« C’est drôle qu’on ne se soit jamais croisés avant, alors. »

Peut-être qu’ils l’avaient fait, mais sans y prêter attention. Comme elle le disait, ils ne connaissaient pas forcément tous leurs voisins. Ils connaissaient les plus proches, les plus bavards, les plus remarqués, les plus pénibles, mais cela faisait assez peu à l’échelle d’une rue entière, au final. Même s’il y avait bien une voisine en particulier que toute la Promenade des Marins connaissait…

« Attends… T’habites dans le même immeuble que Mrs Simons ? »

Un sourire goguenard s’étala sur ses lèvres. Tout le monde connaissait cette bonne vieille femme irritante, qui passait son temps à rechigner contre tout le monde, qui semblait prendre un malin plaisir à retarder les clients derrière elle à la boulangerie, en sortant absolument toute sa petite monnaie pour payer, qui laissait Crapouille, son insupportable cabot, déféquer sur le palier des autres, et gare à celui qui oserait la moindre remarque à l’encontre de son petit monstre qu’elle devait plus estimer que son propre fils, bien sûr. Un cliché sur pattes, et un cliché hautement crispant. Les plus mauvaises langues regrettaient que les dernières échauffourées à Bristol n’aient pas fauché au passage cette octogénaire, d’une santé à toute épreuve, tant elle semblait avoir de l’énergie dans son bras lorsqu’elle vous agrippait par la manche de sa main griffue pour vous lancer une quelconque malédiction.

« Je te plains. J’aurais déménagé depuis longtemps, ne serait-ce que pour éviter de la croiser tous les matins » ricana t-il, en reprenant leur marche.

Casser du sucre sur le dos de Mrs Simons était devenue une habitude entre les résidents du quartier. La vieille dame n’était de toute façon ni aveugle, ni sourde, elle savait bien la réputation qu’elle avait dans leur rue, mais rien ne semblait l’ébranler. Roy reporta son attention sur Alexandra. Il la sentait encore prudente avec lui, c’était bien normal, elle n’avait sûrement jamais envisagé d’aller prendre un verre avec un mafieux de son genre. En y repensant, ils avaient été souvent amenés à se croiser, ces derniers temps. Ils semblaient aller vers une amélioration, même si rien n’était moins sûr. Roy n’avait rien oublié d’à quel point elle pouvait se révéler agaçante, mais il était bien placé pour savoir que les humains n’avaient jamais qu’une seule facette. Il était peut-être tombé sur les pires côtés de la jeune femme, il se laissait le droit d’être optimiste depuis qu’il avait appris qu’elle pouvait aussi se montrer serviable, et qu’elle était plus fragile que ne laissait le croire son air dur. Il finit par détourner le regard, et commenter, le ton égal :

« Marrant comme on se croise toujours dans des circonstances improbables, alors qu’on habite à quelques pas. »


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« Et oui, six ans déjà comme quoi on ne connaît vraiment pas ses voisins », lâcha-t-elle avec le sourire.

Elle laissa de côté ses inquiétudes face à ce que Roy allait bien pouvoir faire de cette nouvelle information la concernant, se rassurant en se disant qu’elle aussi connaissait désormais son adresse et qu’ils étaient à jeu égal. Et elle se laissa aller en rigolant de cette situation incongrue comme elle l’aurait fait avec n’importe qui d’autre, grimaçant franchement lorsqu’il évoqua Mrs Simons.

« M’en parle pas, elle vit au deuxième, heureusement, que je n’y habite pas ! Elle est insupportable, du genre à se plaindre dès que quelqu’un fait une soirée chez lui. Il paraît que ça gênerait son repos, si tu veux mon avis, elle fait plutôt ça pour embêter le monde car qu’importe l’heure à laquelle je rentre, même en plein milieu de la nuit, ses fenêtres sont toujours illuminées. L’âge doit l’avoir rendue insomniaque et pas les voisins qui profitent d’une soirée entre amis… »

Elle poussa un long soupir dramatique tout en reprenant leur marche. Comme d’habitude, elle tentait de cacher sa jambe boitillante et détourna l’attention de Roy en lui répondant d’un air complice :

« Oh, j’y ai bien pensé, ne plus entendre Crapouille hurler dans la cage d’escalier alors que j’essaye de profiter d’une grasse mâtinée bien méritée, est un argument de poids mais je me sens bien ici. Mon appartement est de qualité contrairement à certains autres de la rue et j’y ai mes marques. J’aime la Promenade des Marins, son ambiance, sa proximité avec les bars, son prix aussi… C’est chez-moi », conclut-elle avec le sourire.

Elle ne se voyait pas habiter à un autre endroit qu’ici, c’était certain. Plongée dans ses pensées au sujet de son petit appartement confortable et de sa vie quotidienne, Alex ne prêta pas attention à Roy jusqu’à ce qu’il reprenne la parole. Elle réfléchit quelques instants, c’est vrai que le hasard semblait les pousser l’un vers l’autre : une rencontre dans la Voie des Miracles, puis à l’hôpital au milieu de la foule cherchant à se soigner suite au Bloody Sunday et finalement durant la guerre des gangs … Ce n’était pas des circonstances habituelles, ni même agréables, plutôt tout le contraire d’ailleurs. Le Monde Magique était simplement plus petit qu’on ne le pensait, surtout lorsqu’on habitait Bristol. Ce qui était étrange n’était finalement pas qu’ils se croisent aussi fréquemment mais plutôt qu’ils ne se soient pas connus plus tôt… Alex réalisa soudainement qu’ils devaient très certainement avoir des connaissances en commun. Néanmoins, elle n’allait pas passer son carnet d’adresse en revue avec lui aujourd’hui mais plutôt tâcher de contrer la malédiction qui semblait vouloir les pousser à ne se croiser que lors d’événements tragiques.

« C’est sûr que jusqu’à présent, on ne s’est croisé que dans de mauvaises circonstances, j’espère qu’on n’est pas poursuivi par une mauvaise malédiction et que rien de mauvais ne va se produire ce soir parce que nous avons décidé de nous voir », lança-t-elle avec un petit rire.

Enfin, décider de se voir c’était un bien grand mot, c’était plutôt Roy qui lui était tombé dessus mais bon, les faits étaient là, ils marchaient tous les deux côte à côte en direction d’un lieu inconnu d’Alex dans l’idée de passer la soirée ensemble. Non, définitivement, elle ne se faisait pas à l’idée. Peut-être devrait-elle tenter d’en apprendre plus sur Roy, c’était ce qu’on était sensé faire en allant boire un verre ensemble, non ? Elle réfléchit quelques instants à ce qu’elle allait lui demander avant de se lancer, tout ce qui était personnel était à exclure, ils ne se connaissaient pas assez, le travail aussi vu ce qu’elle connaissait de lui, alors elle décida de continuer sur le sujet précédent :

« Tu te plais à Bristol ? »



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Médire sur Mrs Simons, une source inépuisable de discussions entre les habitants de la Promenade des Marins. Naturellement mauvaise langue, Roy ne se priva pas pour entrer dans le jeu.

« L’âge ou l’aigreur, objecta t-il. La solitude, ça rend pas les gens aimables, en général. A croire que la moindre manifestation de joie la décrépit encore plus… C’était peut-être un Détraqueur dans une vie antérieure. »

Ou une goule, disaient d’autres. Roy l’écouta parler de son appartement, puis hocha la tête sans rien ajouter, signe qu’il comprenait. C’était bien pour les mêmes raisons qu’il ne quittait pas cette rue, alors qu’il pouvait avoir plus chic. L’ambiance ici était imprenable, et ses habitudes lui étaient chères. Il y avait tout à proximité, les gens -sauf quelques exceptions- étaient accueillants et plein de dynamisme. Pourquoi quitterait-il cette vie ? C’était une coupure agréable, simple et normale à côté de la sordidité de la Voie ou la débauche des Folies Sorcières.

Il laissa échapper un léger rire à son commentaire suivant. Tiens, ce devait être le premier qu’il échangeait avec elle, sans que ce soit un ricanement ou un sourire jaune, s’aperçut-il. Plus étonnant encore, cela venait d’un commentaire à elle, lui qui était convaincu qu’elle n’avait aucun sens de l’humour… Roy n’aimait pas se tromper, mais en l’occurrence, c’était le genre de cas où il acceptait l’erreur. Il valait mieux qu’il découvre une Alexandra moins pénible qu’au premier abord, plutôt que l’inverse, surtout quand il décidait de l’inviter à boire un verre, n’est-ce-pas ?

« Je n’avais pas vu les choses comme ça, avoua t-il. Mais cette fois, c’est différent, c’est voulu de notre part, ça devrait contrer le mauvais sort. »

Roy était réputé pour n’être pas chanceux, après tout, on ne savait jamais, une malédiction les suivait peut-être réellement. Il fallait croire que trop traîner avec Isobel le rendait plus superstitieux. Elle lui avait bien parlé de bougies jaunes, un jour, pour s’attirer de la chance, d’ailleurs. Roy se nota d’essayer d’en savoir plus, à l’occasion. Ce n’était de toute façon pas le moment pour faire sa liste à la sorcière vaudou, il revint bien vite au moment présent lorsqu’Alexandra lui demanda s’il se plaisait à Bristol.

« Comme toi. Je suis ici depuis neuf ans, je me vois pas du tout partir. J’ai toute ma vie ici, et puis, même si les journaux en ce moment ne donnent pas du tout envie de venir -humour noir quand tu nous tiens-, Bristol a un sacré charme. Ne serait-ce que pour ça, dit-il en pointant du menton l’horizon qui se profilait face à eux. Ils venaient de déboucher sur l’autre partie de la promenade des Marins, celle qui longeait la plage, en contrebas. L’estuaire leur faisait face, et les pas de Roy ralentirent un instant pour admirer ce paysage maritime qui avait toujours eu le don de l’apaiser. J’habitais au pays de Galles avant, c’est pas si loin, révéla t-il, en souriant brièvement. Bon, d’ici, ils ne voyaient pas les côtes galloises, mais ils pouvaient toujours les imaginer, juste derrière le large. Du coup, j’imagine que tu connais ce bar. » conclut-il en désignant du menton leur destination, face à eux.

Roy ôta les mains de sa poche pour leur ouvrir la porte du bar qu’il avait choisi, The Selkie, réputé pour la vue imprenable qu’ils avaient sur le port. Avec le froid qui commençait à s’installer, personne n’était sur la terrasse, mais l’ambiance à l’intérieur du bar était tout aussi agréable. Ils s’installèrent à une table près de la fenêtre, puis Roy se tourna vers Alexandra, en attendant qu’un serveur vienne prendre leur commande. Faire la conversation, pourquoi pas, mais il avait des choses à lui dire et il préférait s’en débarrasser tout de suite. Après tout, il l’avait invitée pour cela, autant mettre les choses à plat dès le départ.

« Alexandra, commença t-il, pour attirer son attention. L’appeler par son prénom était déjà une preuve de ses efforts, non ? J’imagine que tu es encore méfiante à propos de moi. C’est normal, compte tenu de ce que tu sais et des circonstances dans lesquelles on s’est rencontrées… Délicate façon de dire qu’il devait y avoir écrit « Dangereux trafiquant » en rouge sur son front, désormais. Roy ne laissa pas voir son ironie dans son ton. Mais justement, on est peut être juste partis sur de mauvaises bases. Je suis sûr qu’on peut s’entendre. Donc… Je propose une trêve. »

Sur ces mots, il lui tendit sa main, gage de sa bonne foi, homme d’affaires qu’il était. Roy respectait toujours ses promesses… Sauf quand les circonstances l’obligeaient à revenir sur sa parole, bien sûr. Mais cela ne se lisait pas sur le lisse sourire qu’il offrit à la jeune femme.


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Alex tâcha de ne pas se vexer lorsque Roy évoqua l’aigreur qu’entraînait généralement la solitude à ses yeux. Non, elle n’était pas aigrie, elle n’avait rien d’une Mrs Simons et elle n’allait pas le devenir. Elle était très bien comme elle était, sa vie était équilibrer ; elle ne s’ennuyait jamais entre son travail chez l’apothicaire et l’OFFRE. Elle n’avait pas besoin d’un homme dans sa vie, voilà tout, ça n’apportait que des déceptions. Elle se contenta donc d’ignorer cette remarque pour se concentrer sur le ton moqueur de Roy. Un détraqueur… Pourquoi pas, oui. Elle lâcha un petit rire et décida de poursuivre sur le même ton.

Contrairement à ce qu’elle avait pensé, la conversation avec Roy était plutôt facile lorsqu’on se contentait de blaguer et de parler des vieilles voisines. Et elle fut même obligé de s’avouer qu’il était plutôt drôle lorsqu’elle rit de son ton complice alors qu’il parlait de contrer le mauvais sort :

« Tu as raison, espérons en tout cas que tout ira bien aujourd’hui, je n’ai pas spécialement envie d’avoir à fuir une menace. »

Elle s’empressa de lancer un petit sourire d’excuse à Roy pour avoir un peu plomber l’ambiance avec ce commentaire, elle ne tenait pas à lui rappeler leurs mauvais souvenirs en commun. En réalité, elle ne savait pas vraiment ce qu’elle attendait de cette soirée, elle suivait actuellement Roy vers une destination inconnue pour elle ne savait quelle raison. Lui faisait-elle confiance ? Sans doute un peu suite aux derniers événements sinon elle aurait décliner la proposition mais elle était surtout curieuse de voir ce qu’il lui voulait, de découvrir ce qui se cachait derrière le bref aperçu qu’elle avait eu de cet homme.

Ils continuaient de marcher, en silence, côte à côte – Alex tentant de maîtriser au mieux sa jambe boiteuse – lorsqu’elle se décida à relancer la conversation. Elle l’écoutait parler de Bristol sans vraiment prêter attention à leur parcours en se faisant la réflexion qu’il semblait autant aimé la ville qu’elle. Aussi fut-elle légèrement surprise lorsqu’elle suivit son geste du menton et découvrir l’océan. Elle ne put retenir un léger soupir :

« Tu n’imagines pas comme j’aime la mer. Malgré le contexte actuel qui est plutôt oppressant, il suffit que je vienne faire quelques pas sur la jetée pour me sentir mieux, plus sûre, libre… Lorsque j’étais à Londres, l’air du large me manquait, la Tamise n’a vraiment pas la même odeur que notre bon vieil estuaire ! »

Un sourire complice lui échappa lorsqu’il lui avoua venir du Pays du Galles, tous les deux s’étaient échoués à Bristol et n’avait plus voulu lever l’ancre.

« Si je connais ce bar ? Bien sûr ! J’adore y venir, l’après-midi en été lorsque les familles remontent de la plage ou en fin de soirée lorsque le soleil se couche c’est particulièrement agréable. »

Elle fut plus que surprise lorsqu’elle le vit leur tenir la porte, alors comme ça le dealer énervé – et énervant – de la Voie des Miracles pouvait avoir des manières ? Elle en apprenait beaucoup aujourd’hui. Elle prit toutefois l’initiative de s’installer près des fenêtres, elle aimait cette place et elle ne voulait pas qu’il décide de tout… Vieux réflexe féminisme ou plutôt désir de maîtriser un minimum la situation – ou tout du moins avoir l’impression de la maîtriser – alors qu’elle était totalement passive depuis que Roy était entré dans sa boutique.

Désireuse de comprendre un peu mieux ce qu’elle faisait là, elle fut soulagée de voir Roy entrer dans le vif du sujet. Elle se retint de grimacer lorsqu’il énonça son nom complet mais préféra ne pas l’interrompre dans son explication. Elle ne put masquer son air stupéfait face à ses propos. Une chose était certaine, elle appréciait la façon qu’il avait de parler sans détour, il était lucide et n’essayait pas de se cacher derrière des excuses bidons. Oui, elle avait toutes les raisons de se méfier de lui mais pourtant elle était ici ce soir, à discuter avec lui sans trop savoir pourquoi. Devait-elle accepter cette trêve ? Pourquoi une trêve d’ailleurs ? Quel était l’intérêt ? Ce n’était pas comme s’ils étaient obligés de se revoir, ils pouvaient très bien continuer à ignorer la présence de l’autre comme ils l’avaient fait pendant des années. Et pourtant, la proposition était tentante, la main tendue en signe de paix l’attirait inexorablement alors elle ne résista pas plus longtemps et s’en empara, s’étonnant de nouveau de la chaleur qu’elle dégageait.

Elle avait eu raison de faire ce geste, non ? Après tout, le destin semblait décidé à croiser leurs chemins et puis, il était toujours mieux de bien s’entendre avec ses voisins… Dans tous les cas, il valait mieux avoir des amis que des ennemis, surtout lorsqu’on savait qu’ils fréquentaient des lieux comme la Voie des Miracles. Oui, elle avait prit la bonne décision se persuada-t-elle.

L’arrivée du serveur lui fit lâcher la chaleur de la main de son vis-à-vis.

« Un gobière pour moi, s’il vous plaît »

Elle observa Roy alors qu’il commandait à son tour et finit par lui demander d’une voix légèrement hésitante :

« Pourquoi cette trêve au fait ? »

Oui, elle était sincèrement curieuse de savoir ce que Roy pouvait retirer de cette trêve, parce que ça ne semblait pas être son genre de faire quelque chose sans rien attendre en retour.


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Roy ne savait pas trop pourquoi il racontait tout cela à Alexandra. Les mots pour parler de leur ville lui venaient toujours naturellement, tant il s’y sentait bien, et visiblement, la jeune femme partageait les mêmes sentiments. Roy l’écouta lui avouer que la mer l’apaisait, il se surprit à penser que cela leur faisait un point commun, puis à sourire quand elle déclara que la Tamise n’avait rien à voir avec leur estuaire.

« Ah ça ! Clairement pas, non, approuva t-il avant que son sourire ne devienne moqueur. Et puis, les londoniens n’aiment pas leur ville, ils passent leur temps à râler. »

Le Bristolien n’était pas si différent du Nimbuséen, de ce point de vue là, ils étaient pour la plupart attachés à leur ville, malgré l’image négative que l’on peignait d’elle dans les journaux. Oh, ils n’étaient pas aussi syndicalistes qu’à Nimbus, mais presque. Il n’y avait qu’à voir le nombre d’associations qui existaient dans leur ville et qui la rendaient si active, bouillonnante même. Ces derniers temps, elles râlaient contre les mesures de sécurité jugées excessives et inefficaces du Ministère… Aucune ne se doutait que dès le lendemain, une autre mesure serait prise, et leur donnerait de quoi sortir dans la rue et déclencher des émeutes.

Roy chassa ces pensées qui avaient tendance à le crisper, au moment de suivre Alexandra vers la table qu’elle avait choisie. Tenir la porte, laisser la demoiselle imposer ses préférences… Des habitudes qui le suivaient sans même qu’il n’y pense, à force d’avoir invité des femmes dans le but de les séduire. Exceptionnellement, ce n’était pas le sien, cette fois, envers Alexandra. Oh, elle n’était pas physiquement inintéressante, loin de là, songeait-il en reportant son regard sur elle, sans toutefois laisser paraître ses pensées. Si elle ne l’avait pas prodigieusement agacé lors de leurs deux premières rencontres, il se serait peut-être même intéressé à elle. Et si elle ne lui avait pas sauvé la mise, il se serait sans doute appliqué à l’ignorer tout le restant de sa vie…

« Un hydromel, merci. »

Mais les choses avaient changé, il lui devait en partie d’être libre et en bonne santé, à l’heure actuelle. Qui savait ce qu’il se serait passé, s’il n’était pas tombé sur elle, cette nuit-là, dans la débâcle de la guerre des gangs ? Il aurait sans doute perdu du temps, il se serait peut-être fait arrêté ou aurait perdu connaissance à cause de sa blessure, et il n’aurait pas réussi à s’enfuir. Les choses auraient été beaucoup plus complexes, et sa situation actuelle, toute autre. Cela ne méritait-il pas qu’il mette un peu leurs différends de côté pour remercier correctement celle qui lui avait offert soins et moyens de fuir ? Et puis, Alexandra n’était pas la seule à être curieuse, il l’était aussi. Après un bref instant de réflexion, Roy lui retourna la question, en haussant les épaules :

« Pourquoi m’avoir sauvé la vie ? »

Parce qu’il aimait répondre aux questions par d’autres questions, Roy était tenté de s’arrêter là et d’attendre la réponse d’Alexandra. Mais c’était lui qui l’avait amenée ici, c’était à lui de s’expliquer, et elle attendait sûrement de vraies réponses. Il reposa son menton sur sa main, le coude sur la table, sans quitter l’apothicaire des yeux.

« Une trêve était peut-être un mot mal choisi, concéda t-il après un silence, avec un sourire. Ce n’est pas comme si on était en guerre avant. Non, ils ne s’appréciaient peut-être pas, mais ils n’avaient jamais cherché la confrontation non plus, l’ignorance leur serait très bien allé. Disons qu’on pourrait juste essayer de reprendre les choses à zéro. Tu m’as montré que je m’étais trompé à ton sujet et je suis actuellement en train d’essayer de te montrer la même chose me concernant. Enfin… nuança t-il, le ton badin, je ne nie pas ce que tu sais déjà de moi et je suis sûr que je n’ai pas imaginé tes petits côtés exaspérants mais… Il n’y a pas que ça, chez toi. »

Ce fut le moment où le serveur revint, interrompant le discours de Roy. Le temps qu’ils saisissent chacun leur verre, il eut pour sa part le temps de réfléchir à comment il allait conclure, et pour elle, sans doute de méditer sur ce qu’il avait déjà dit. Il prit son verre à deux mains, mais n’en but rien pour le moment, désireux de finir d’abord ce qu’il avait à dire, ce qu'il fit, sans plus de cérémonie :

« Je ne suis pas aussi ingrat que j’en ai l’air. Je suis conscient que je ne m’en serais probablement pas sorti sans ton aide la dernière fois, donc… Merci. »


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Alex se retint à temps de lever les yeux au ciel lorsque Roy se défila en lui posant une question. A vrai dire, elle était un peu déçue, elle avait espéré qu’il se montrerait sincère ce soir, répondant au moins à quelques questions mais manifestement, elle s’était trompée. Elle s’apprêtait à s’engager de nouveau dans une joute verbale en lui rétorquant qu’elle aurait sans doute mieux fait de le laisser crever sur le parvis de sa boutique pourtant il la surprit de nouveau, à croire que c’était son but aujourd’hui.

Et plus que ses paroles, c’est son attitude qui la choqua en premier lieu. Penché en avant sur la minuscule table les séparant, la regardant fixement, le menton appuyé sur sa main. Alex imagina rapidement l’image qu’ils devaient donné aux autres clients mais préféra l’oublier au plus vite : trop dérangeante.

Les paroles de Roy n’auraient pas dû la toucher après tout elle n’avait que faire de lui, que faire d’être amie ou ennemie avec un homme tel que lui et pourtant, elle se sentit étrangement émue lorsqu’il lui avoua qu’il s’était trompé à son sujet et qu’il y avait plus chez elle qu’une façade exaspérante. Ce n’était pas tant qui proférait ses paroles mais plutôt leur contenu qui la touchait, conclut-elle.

Depuis des années, personne ne cherchait à voir plus en elle qu’une apothicaire, qu’une camarade de lutte contre le Secret Magique ou plus récemment en faveur du droit des femmes. Elle était devenue une sorte de personnage public, une façade qu’elle adaptait en fonction de son interlocuteur comme une campagne publicitaire. Très peu de personnes avaient cherché à voir plus loin, pire pour beaucoup elle n’était que cette façade. Or, Alex était aussi une personne, une femme avec ses faiblesses, son passé et ses rêves enfouis sous une épaisse couche de déni.

Et Roy débarquait de nulle part, surgissait à l’improviste, toujours dans les plus mauvaises circonstances, à croire qu’il s’amusait à lui pourrir la vie. Et pourtant, c’était lui, aujourd’hui, qui contre toute attente lui lançait au visage qu’il avait compris qu’elle n’était pas que ce qu’elle montrait et qui semblait même désireux de découvrir la vraie Alex. En cet instant, peu lui importait qu’il soit un vil trafiquant, un homme dangereux sans doute, de toute façon, ça faisait un moment qu’elle fréquentait des gens infréquentable, un de plus un de moins ne ferait pas une grande différence. Non, à cet instant, elle avait juste envie de claquer une bise à Roy pour le remercier.

Alex se retint bien sûr, elle était impulsive mais elle avait ses limites, surtout concernant les contacts physiques. La réapparition du serveur lui fut salvateur et elle en profita pour se redonner une contenance tout en réfléchissant à sa réponse. Le serveur déposa leur commande et s’éloigna. Alex s’apprêta à prendre la parole mais Roy la prit de court en achevant ses paroles sur des remerciements en bonne et dû forme lui arrachant une moue de satisfaction, elle n’en attendait pas tant de sa part. Puisque la sincérité semblait être de mise ce soir, elle se lança à son tour :

« Hum… Tu me prends un peu au dépourvu en fait. Je ne m’attendais pas à ça, vraiment… Mais j’apprécie énormément tes remerciements. Je pense que tu pourrais réussir à me convaincre que tu étais plus qu’un emmerdeur. Et puis, je dois avouer que je suis de nature curieuse. Tu m’intrigues Roy, pour être franche. Tu ne sembles pas être comme les autres dealers de la Voie des Miracles. Dans tous les cas, j’apprécie ta franchise, tu ne me prends pas pour une idiote en me mentant sur tes activités parallèles. »

Que pouvait-elle dire de plus ? Pas grand chose. Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle lui faisait confiance, ce serait faux car derrière ces belles paroles, elle ne savait pas vraiment qui se cachait. Roy semblait de toute façon conscient qu’il ne pouvait pas effacer aussi facilement de l’esprit d’Alex leurs premières rencontres et la méfiance qu’elle en retirait. Alors, elle préféra en revenir à sa première question :

« A vrai dire, je n’ai pas réfléchi lorsque je vous ai vu. Je ne pouvais pas te laisser dans cet état. Certes, nous ne nous aimions pas énormément, ce n’est pas pour autant que je souhaitais ta mort. A cet instant, que ce soit toi ou un autre n’a pas changé grand chose ; j’avais un homme blessé dans ma boutique à qui je pouvais venir en aide, je l’ai fait, c’est tout. Même si je suppose que tu n’étais pas totalement innocent dans cette affaire, je ne regrette pas mon geste. On fait tous des erreurs, on a tous des choses dans notre passé dont on n’est pas fier, ce n’est pas pour autant qu’on doit en payer le prix fort. Ce n’est peut-être pas très moral mais peu m’importe à vrai dire. »

Alex s’arrêta soudainement prenant conscience qu’elle s’était un peu laissée aller, elle passa une main nerveuse dans ses cheveux puis ancra son regard dans celui de Roy dans l’attente de sa réaction.


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Prendre les gens au dépourvu, c’était une chose que Roy aimait faire. Il avait senti qu’il l’avait quelque peu déstabilisée, en présentant d’emblée ses remerciements. Elle ne s’était sûrement pas attendu à cela de sa part, il avait presque envie de lui rappeler lorsque quelques mois plus tôt, elle lui avait cinglé qu’il n’était rien de plus qu’un vilain trafiquant sans rien pour démentir les clichés. Il sut qu’il avait réussi à la faire changer d’avis sur son sujet, lorsqu’elle lui déclara qu’il n’était finalement pas comme les autres dealers. C’était déjà un bien meilleur début que ce sur quoi ils étaient partis, songea Roy avec satisfaction.

Pour une fois, tout ce discours n’avait rien d’une sombre machination pour amener son interlocutrice vers là où il voulait, tout simplement parce qu’il était sincère dans ses propos. Il lui était reconnaissant de ce qu’elle avait accepté de faire pour lui, sans même poser de questions. Il ne voyait aucune sorte d’intérêt à lui mentir de toute façon, elle savait déjà qu’il n’avait rien d’un honnête commerçant. Aurait-il fait la même chose à sa place, dans sa situation ? C’était difficile à dire. Peut-être bien que oui, peut-être qu’il aurait été secoué du même instinct d’entraide, en la voyant blessée. Parce qu’il était humain, malgré tout, et qu’il n’était pas complètement salaud au point de laisser périr une femme démunie. Si encore il lui vouait une haine… Mais cela n’était pas le cas, elle l’avait agacé, au pire, indifféré tout le reste du temps.

Enfin… Elle l’indifférait jusqu’à ce qu’elle ait ce geste envers lui.  La fin de sa tirade intrigua davantage Roy que tout le reste. Pas tant pour la clémence dont elle faisait preuve envers lui, mais pour sa désinvolture qu’elle avouait à l’égard de la morale. Le fait qu’elle connaisse l’entrée de la Voie l’avait déjà interpellé, mais il n’avait jamais pu en savoir plus. Elle n’était pas vraiment des leurs, il en était certain, mais elle devait trafiquer quelques affaires répréhensibles depuis un certain temps, suffisamment pour que quelqu’un ait jugé utile de lui révéler l’entrée de la Voie. Un peu comme Mildred, en somme, qui avait tant commercé avec des voyous de leur acabit qu’elle avait fini par obtenir quelques secrets bien gardés. Après un court silence, Roy revint contre le dossier de sa chaise, bras croisés, comme pour mieux apprécier la stature de son interlocutrice.

« Tu m’intrigues aussi. Tu parles comme si tu en connaissais, d’autres dealers. Cela dit, tu connais déjà la Voie… » Il laissa planer ses paroles, curieux de voir ce qu’Alexandra répondrait -si elle répondait. De son point de vue, ce n’était qu’un juste retour des choses, puisqu’elle savait ce que lui trafiquait. Il se nota toutefois d’essayer de découvrir ce que la Voie savait d’Alexandra Fitz, si jamais elle choisissait de garder le silence… « Mais tu ne m’as pas l’air d’être une dangereuse trafiquante, je pense que tu m’aurais laissé crever, sinon » conclut-il sur un trait d’humour.

Il se tut, le temps de boire quelques gorgées de son verre. Un souvenir lui revint à l’esprit au moment où il reporta son regard sur l’apothicaire, et il ne put empêcher un léger sourire de se glisser sur ses lèvres.

« Hum… On dirait qu’on peut prétendre à une conversation sans manquer de s’étriper, cette fois. »

Parce que leur dernier essai en date à Sainte-Mangouste avait bien failli finir en Deuxième Guerre des Ténèbres. Cela dit, cela avait eu son petit côté amusant aussi, leur petite joute verbale, songea t-il presque avec nostalgie, presque. Que dire, désormais ? Faire connaissance ? Quelque chose bloquait Roy, encore. Oh, il était bavard pourtant, et sociable, il n’avait jamais de mal à nouer des relations. Qu’est-ce qu’il le retenait cette fois ? Il finit par comprendre tout seul ce qui le dérangeait, ce qui accentua en quelque sorte son sourire alors qu’il se mettait à jouer avec son verre. Il avait la sensation que ce n’était pas naturel.

« Après... J’ai quand même l’impression que je ne peux pas vraiment te parler comme à n’importe qui d’autre. C’est un peu comme si… -il s’arrêta quelques secondes, le temps de chercher les mots justes- On connaissait déjà trop de choses compromettantes l’un sur l’autre. Je me dis que c’est quand même dingue qu'on habite l'un en face de l'autre, qu'on fréquente les mêmes bars et que le premier endroit où on se voit, c’est dans un repaire de malfrats. »

Peut-être devaient-ils juste commencer par se demander ce qu’ils ne savaient pas l’un sur l’autre et que l’on demandait en premier, les choses basiques, moins palpitantes que d’essayer de comprendre ce que l’un ou l’autre traficotait dans la Voie, mais néanmoins essentielles… pour un début.


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Alexandra aurait dû s’en douter, elle avait laissé échapper un peu trop d’informations depuis qu’elle connaissait Roy et celui-ci n’était pas idiot contrairement à ce qu’on pouvait penser. Oui, elle connaissait l’entrée de la Voie, oui elle connaissait des gens pas très fréquentables, des dealers peut-être, elle n’en savait rien à vrai dire, ce n’était pas le genre de choses qu’on demandait. Une chose était cependant certaine, lorsqu’elle se rendait sur la Voie des Miracles, lorsqu’elle faisait son petit trafic de potions – parce qu’il fallait bien appeler un chat, un chat, elle ne faisait ni plus ni moins que du détournement de potions – et pire, lorsqu’elle participait clairement à des actions Mardolienne, elle n’était pas en présence de gentils petits citoyens. Elle côtoyait bien pire que des petits dealers, elle avait côtoyé des terroristes, des assassins… Et elle l’avait fait de son plein gré pour défendre un idéal.

Elle préférait ne pas penser à ce que d’autres avaient fait pour leur idéal, ne pas se comparer, ne pas trop réfléchir. Malgré tout, parfois, le soir dans son lit elle prenait conscience de ce qu’elle était ou plutôt de ce qu’elle avait été puisque ses activités avaient grandement diminuées depuis la chute de Mardol : elle était une terroriste. Elle avait donné des potions Chaudrillon à des enfants lors du désastre de février. Cet épisode en particulier était très difficile à accepter, dès le début, elle avait été contre cette idée : des enfants par Merlin ! Et pourtant, elle avait suivi le mouvement, distribuant les verres de jus de citrouille avec un sourire. Elle avait essayé de faire un compromis avec sa conscience, s’approchant seulement des plus âgés mais elle ne pouvait pas se leurrer, elle avait drogué des êtres faibles et sans défense, elle avait abusé de leur confiance.

Elle croyait en ses idéaux, elle était prête à beaucoup pour ceux-ci mais parfois il lui arrivait de se demander où était la frontière entre l’acceptable et l’inacceptable. Aux yeux de la loi, elle avait déjà franchi cette frontière et pour être tout à fait franche avec elle-même, à ses yeux aussi elle l’avait franchi. Elle assumait ses actes, elle savait pourquoi elle les avait fait mais elle n’était plus si sûre de les refaire si l’occasion de revenir dans le passé lui était offerte. Alors oui, elle connaissait des gens pas très fréquentable, elle était l’une de ces personnes, aux yeux d’une bonne partie de la population sorcière elle était même une des pires : une Mardolienne, une terroriste, le Diable en personne…

Ce n’était pourtant pas le moment de penser à ses états d’âme, elle était présentement dans un bar à prendre un verre avec un homme qu’elle connaissait sans connaître. Elle n’allait certainement pas lui révéler ce genre de secret :

« Des dealers, des bandits, des crapules de la Voie des Miracles… Si c’est ce dont tu parles, oui, j’en connais. Contrairement à ce que tu as pu penser lors de notre première rencontre, je ne suis pas qu’une jolie poupée. »

Elle n’en dirait pas plus, c’était juste assez pour le fait enrager. Elle aussi elle avait le droit de s’amuser un peu et faire tourner Roy en bourrique semblait être une activité des plus distrayante. Lorsqu’il affirma qu’elle n’était pas une dangereuse trafiquante, Alex ne put s’empêcher de lever un sourcil provocateur et de se pencher sur la table :

« Qu’en sais-tu ? Qui te dit que je ne fais pas un commerce illicite de mes potions, que je ne vends pas des poisons aux plus offrants ? »

Elle se réinstalla dans le fond de sa chaise, le fixa quelques longues secondes d’un air mi-sérieux, mi-provocateur avant d’exploser de rire. Exposer la vérité aux yeux de tous était parfois la meilleure façon de la cacher, certes, elle ne vendait pas au plus offrant, se contentant de mettre de côté quelques ingrédients rares pour la cause Mardolienne, il n’en restait pas moins qu’elle faisait un trafic illicite de ses potions comme elle venait de le mentionner. Mais elle restait une jolie poupée blonde aux yeux bleus, l’archétype de la jeune ingénue, on ne se méfiait pas d’elle, à tort. Elle espérait juste que Roy, comme les autres, se fasse avoir, qu’il prenne ses paroles pour ce qu’elles semblaient : une plaisanterie.

La conversation reprit un ton plus léger alors qu’ils en venaient à parler de leurs difficultés de communication. Il était vrai qu’ils avaient un peu de mal à être pacifistes et bienveillants l’un envers l’autre, se chercher des noises et se provoquer leur semblaient bien plus naturel que se demander s’ils avaient des frères et sœurs. Alex rit à la remarque de Roy avant de répondre d’un ton malicieux :

« Attention, ne parle pas trop vite, notre discussion n’est pas terminée, qui sait si nous n’allons pas finir par nous lancer notre verre à la tête en se traitant de tous les noms. Ca pourrait être amusant, je suis sûre que je trouvais une tonne d’adjectifs très imagés te concernant. »

Elle ponctua sa proposition d’un petit rire, elle ne voulait pas être vexante, juste blaguer, il lui avait semblé que c’était une des façons les plus sûres de communiquer avec Roy. Une fois de plus celui-ci la surprit en prenant un ton plus sérieux et en analysant parfaitement ce qu’elle ressentait en sa présence. Leur relation était étrange, totalement faussée par leurs premières rencontres et pourtant elle était aussi plus juste, plus sincère puisqu’ils savaient l’un comme l’autre que leur vis-à-vis n’était pas un gentil petit citoyen. Ils avaient des choses à cacher, ils en cachaient quotidiennement à leurs proches mais surtout aux inconnus qu’ils croisaient et eux, eux étaient entre les deux, plus vraiment des inconnus, certainement pas des proches mais ils en connaissaient plus l’un sur l’autre qu’ils ne le devraient après aussi peu de temps.

Leur situation était bancale : ils se connaissaient sans se connaître et à cause de cela ils étaient incapables de se comporter naturellement l’un envers l’autre. C’est pourquoi Alex fit le geste le plus idiot qui lui vint à l’esprit et qui pourtant lui paraissait fondamental : elle tendit la main à Roy par dessus la table.

« Bonjour, je m’appelle Alexandra Fitz, je suis apothicaire à Bristol. Enchantée de faire votre connaissance. »



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Alexandra finit par éclater de rire, ôtant temporairement sa répartie au trafiquant. Quelques secondes, l’expression de Roy resta figée entre amusement et scepticisme. Pas qu’une jolie poupée ? Peut-être bien, mais il était prêt à parier qu’elle n’avait rien non plus d’une dangereuse trafiquante, tout simplement parce qu’il en aurait entendu parler, si cela avait été le cas. Elle faisait peut-être quelques petites affaires, dans son coin, ou alors, elle était simplement une cliente régulière… Toutes les hypothèses étaient encore possibles, face à la façon qu’avait Alexandra de répondre sans vraiment répondre. Du point de vue de Roy, habitué au mensonge, elle essayait seulement de brouiller les pistes.

« Très bien, tu as le droit de garder le silence, si tu préfères… » Mais je finirai quand même par savoir, disait son sourire en coin.

Se renseigner sur elle ne serait pas très compliqué, songea t-il avec l’automatisme de celui qui avait pris l’habitude de recourir à des espions, désormais. Même pour des affaires personnelles… Surtout pour des affaires personnelles. Alexandra venait d’en devenir une. Pas la plus urgente, pas la plus intrigante. Mais Roy était néanmoins curieux d’en savoir plus sur la jeune femme, dorénavant. Amorcer la conversation s’avérait cependant plus complexe que de prime abord. Il éclata franchement de rire à son tour, lorsqu’Alexandra lui rétorqua qu’elle pouvait encore se remettre à lui donner de jolis noms d’oiseaux.

« Comme quoi, déjà ? Strangulot en décomposition ? Dealer de pacotille ? » répéta t-il, en se souvenant de quelques piques sur lesquelles elle l’avait laissé, à Sainte Mangouste, cinq mois plus tôt.

Cela dit, il l’avait insultée d’huissier gobelin s’il se souvenait bien, ce qui n’était franchement pas plus flatteur. C’était loin, mais cela ne lui avait jamais paru aussi loin qu’à cet instant, pensait-il, son regard fixé sur le sourire amusé d’Alexandra. Dire qu’il avait fallu qu’il se présente un beau soir en sang dans sa boutique pour qu’ils dépassent ce stade… Tant mieux, il avait toujours pensé que la vie appartenait à ceux qui arrivaient à retourner les pires situations à leur avantage, il ne s’en sortait pas trop mal dans ce jeu-là. Il venait encore une fois d’en donner la preuve, comprit-il quand Alexandra lui tendit sa main, annonçant officiellement leur trêve. Elle acceptait par ce geste de recommencer les choses à zéro, comme Roy en avait fait la suggestion quelques minutes plus tôt. Il n’hésita pas vraiment, pour la saisir par-dessus la table, lorsqu’elle eut fini sa petite présentation.

« Enchanté, répondit-il, un sourire aux lèvres, se prêtant au jeu. Roy Calder. Trafiquant de drogues et de potions pas très légales. »

Roy réalisa que c’était probablement la première fois qu’il se présentait ainsi, sans masquer ni maquiller la vérité. A la Voie, cela n’avait jamais été nécessaire de préciser ce qu’il faisait, il n’était en compagnie de personnes qui menaient les mêmes activités que lui. A l’extérieur, il avait toujours menti, par simple instinct de conservation. Tout à sa réflexion, il conserva sans doute un peu plus la main d’Alexandra dans la sienne que ce que l’échange nécessitait. Oui, c’était étrange comme retournement de situation… Mais il était certain de pouvoir très bien s’y accommoder.

« Alors Alexandra… A quoi aimes-tu passer ton temps, en dehors de ta boutique ? »

FIN DU RP


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Entre hache de guerre et calumet de la paix [Alexandra & Roy]

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