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 Les inrockuptibles [Donald et Nora]

Nora WeaverAubergisteavatar
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Vendredi 7 Novembre

Nora montait quatre à quatre la longue volée de marches menant à la volière. Elle était pourtant loin d'être pressée, elle avait fini les cours tôt et était donc en week-end, mais il commençait à faire sacrément froid et c'était un moyen comme un autre de se réchauffer. Manquant de glisser sur le palier verglacé, la jeune fille retrouva son équilibre de justesse et adressa un regard mauvais au hibou qui venait de lâcher un hululement sonore -c'était méchant de se moquer !  

Depuis quelques semaines la jeune fille était toujours d'excellente humeur le vendredi -encore plus que les autres jours de la semaine. Parce qu'après le vendredi arrivait le samedi, et que le samedi elle retrouvait Irving. Ce qui était une raison plus que suffisante pour qu'elle soit d'humeur guillerette durant les sept jours précédents. Et ce qu'il y avait de bien avec les samedis, c'était qu'ils revenaient assez régulièrement. Pour faire court, elle était très souvent de bonne humeur en ce moment.

Pourtant c’est avec un soupir que Nora leva les yeux à la recherche d'un hibou pour porter sa missive, son habituel sourire-du-vendredi-soir étrangement absent de son visage. Ce week-end elle serait effectivement privée de retrouvailles avec son petit-ami, puisque ce dernier participait au tremplin musical organisé à Bristol, et devait donc répéter toute la journée. C'était un mal pour un bien, elle avait une montagne de devoir à faire et devait bosser sur différentes stratégies à mettre en place avant le prochain match de Quidditch. Passer un week-end entier au château ne lui ferait pas de mal -ses notes en Potions lui en seraient reconnaissantes- mais elle aurait vraiment voulu pouvoir assister au concert. Au lieu de quoi elle devait se contenter d'une lettre d'encouragement qu'elle était en train d'attacher à la patte d'un hibou grand-duc un peu récalcitrant.

Nora grattouilla doucement la tête de l'animal, lissa les plumes sur son dos et il devint un peu plus docile. Elle aimait vraiment le contact des animaux, elle trouvait cela apaisant. Son amour pour les Soins aux créatures magiques avait été quelques peu tempéré par leur nouveau professeur, qu'elle n'appréciait pas autant que l'ancien, mais elle était toujours décidée à s'orienter dans cette voie après ses ASPICS. Une fois certaine que sa lettre était solidement attachée à la patte de l'oiseau, Nora prit l'animal sur son bras et l'emmena jusqu'à la fenêtre de la volière pour qu'il prenne son envol, emmenant son petit mot d'encouragement avec lui.

La jeune femme observa un instant l'oiseau s'éloigner, un peu jalouse de sa liberté alors qu'elle était coincée au château, puis se retourna pour prendre le chemin de la sortie. Toujours frigorifiée, elle descendit les escaliers en colimaçon aussi rapidement qu'elle les avait montées. Quand elle aperçut quelqu'un qui montait en sens inverse il était déjà trop tard et ils se percutèrent de plein fouet. Parvenant à retrouver on équilibre en se retenant à la rampe, Nora se redressa en noyant son interlocuteur sous les excuses.

"Je suis désolée, vraiment désolée ! Je ne faisais pas attention, pardon, ça va ? Un sourire remplaça sa mine inquiète quand elle reconnut Donald, qui avait l'air d'être en un seul morceau. Donald ! Tu vas bien ?"

Elle avait posé deux fois la même question en l'espace de trente secondes, mais si elle avait d'abord voulu vérifier qu'elle n'avait pas blessé le Gryffondor lors de leur collision, elle était également soucieuse de savoir s'il allait bien, de manière générale. Nora ne manquait jamais une occasion de venir saluer son camarade quand elle le croisait dans les couloirs, et ils échangeaient souvent quelques mots, sur les cours, la météo, toujours des futilités. Mais ils ne s'étaient pas vraiment parlé depuis le Bloody Sunday.

Petit à petit, Nora arrivait à affronter ses souvenirs de ce jours-là, à accepter ce qui c'était passé. En parler avec Irving l'avait beaucoup aidé, même si elle se battait encore avec sa culpabilité. Elle se demandait comment Donald gérait ça.


Donald McWildeCinquième annéeavatar
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Donald traversa le couloir au pas de course, s'appliquant à ne pas toucher les lignes du sol. Sa démarche lui donnait sûrement l'allure d'un canard pressé, mais chaque fois qu'il passait par ici, il s'interdisait de franchir les délimitations des pierres. Par jeu, ou pire, par habitude. Déterminé comme il semblait l'être à mettre fin à cette manie, il ne l'aurait sans doute pas abandonnée dans cinquante ans. Hélas, les distractions de ce genre n'avaient plus le même effet sur lui qu'auparavant. Il avait beau se focaliser sur son parcours d'obstacles, il ne lui vidait pas le crâne, il ne chassait pas ses pensées. Celles-ci l'assaillaient un peu trop fréquemment désormais, assez souvent pour qu'il se dise que tout était mieux quand il était encore insouciant. Mais le Gryffondor détestait vivre dans le regret, il avait assez à faire du moment présent. Alors il serrait les dents.

De toutes ses forces.

Il savait qu'un changement s'était opéré chez lui, et que ce changement ne datait pas d'hier. Il savait aussi qu'il n'en avait jamais voulu. Il avait longtemps essayé de le repousser alors qu'il le sentait s'installer, car c'était quelque chose de progressif, quelque chose qu'il avait un jour fini par accepter, tout juste quand le processus avait cessé de se dérouler comme il aurait dû le faire naturellement. Il y avait eu ce moment butoir où tout le travail d'une adolescence lui avait été jeté à la figure, d'un seul coup, beaucoup trop tôt. Maintenant il devait se débrouiller avec.

« Un-deux-trois-quatre-cinq-six-sept », énonça-t-il à chaque marche.

Il accéléra la cadence, les yeux rivés sur ses pieds.

« Huit-neuf-dix-onze-douze-tr... »

La collision fut rude : apparemment, il n'était pas le seul à courir dans les escaliers. Il eut à peine le temps de voir Nora se raccrocher à la rampe, trop occupé à gesticuler pour ne pas tomber en arrière. Il parvint finalement à rétablir son équilibre, son rythme cardiaque encore affolé par ce qu'il venait d'éviter. À vrai dire, c'était un sentiment plutôt plaisant, une frénésie bienvenue, comme si son corps se réveillait enfin au mépris de l'ennui qui le menaçait. Donald ne se sentait jamais aussi vivant que dans ces instants où le cœur réagissait au danger. Il éclata de rire tandis que Nora s'inquiétait de savoir s'il allait bien.

« Par mes ancêtres, j'ai bien failli dégringoler jusqu'en bas ! » fut sa réponse, mais elle n'était pas accusatrice, au contraire, Donald en faisait le constat avec le sourire jusqu'aux oreilles et une main plaquée sur sa poitrine. Pour quelqu'un qui échappait tout juste à un séjour prolongé à Sainte Mangouste, il devait paraître bizarrement joyeux. « Plus de peur que de mal, hein ? » se rassura-t-il en vérifiant qu'elle n'avait rien de cassé elle non plus.

Nora s'enquit ensuite de sa bonne santé mentale (du moins, c'est ainsi que Donald l'interpréta), assez gentille pour lui poser une seconde fois la même question.

« Bof, en ce moment les profs ont tendance à me casser les pieds. C'est les BUSEs qui veulent ça, 'y paraît. Comme quoi, si je commence pas rapidement à me prendre au sérieux, je cours droit dans le mur. Mais sinon ça va, mise à part mon aversion grandissante pour ce troll purulent de Greengrass... »

Le Gryffondor haussa brusquement le ton, volontairement provocateur, de manière à ce que sa voix résonne dans les escaliers en colimaçon :

« Oups, c'est vrai, depuis qu'il recrute de loyaux petits soldats, je devrais peut-être parler moins fort ! »

Il offrit un sourire d'excuse à Nora – ce n'était absolument pas contre elle, juste... il n'arrivait pas à s'en empêcher. Rien n'avait été "officialisé" mais il voyait d'un très mauvais œil les magouilles de certains habitants de ce château.

« Et toi, alors ? »

Après ce qu'ils avaient vécu, Donald était réellement soucieux de l'état de Nora, et il venait de se rendre compte que la réponse qu'il venait lui-même de lui donner n'était peut-être pas celle à laquelle elle s'attendait.
Nora WeaverAubergisteavatar
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Nora grimaça et noya Donald sous un flot d'excuses quand celui-ci constata qu'il avait failli dégringoler jusqu'en bas des escaliers. Le sourire de l'adolescent ne la rassurait qu'à moitié, elle avait failli le tuer ! Ce n'était pas drôle ! Elle était tout de même soulagée de voir qu'il semblait aller bien, physiquement parlant, et s'empressa de lui demander ce qu'il en allait sur le plan moral.

Elle s'en voulait un peu de ne pas le lui avoir demandé plus tôt, à vrai dire. Mais elle ne s'était pas sentie capable de parler de ça plus tôt. Depuis sa conversation avec Irving elle se sentait prête à mettre des mots sur ce qui s'était passé, sur ce qu'ils avaient vécu ce jours-là, mais ce n'était visiblement pas le cas de Donald qui lui répondit en évoquant uniquement sa vie scolaire. Nora était à peu près certaine qu'il savait que ce n'était pas seulement de ça dont elle s'inquiétait mais elle n'insista pas. Il en parlerait s'il en ressentait le besoin, elle voulait juste qu'il sache qu'elle était là pour l'écouter, n'importe quand.

"Je ne veux pas te décourager, mais les profs sont encore plus stressants avec les ASPIC, répondit-elle avec un sourire amusé. Je dois absolument avoir O en Soins aux créatures magiques, ça va pas être facile avec Greengrass, soupira-t-elle. Je le trouve un peu bizarre, ajouta-t-elle à voix plus basse. C'est pas qu'il soit méchante, au contraire, mais..."

Elle se contenta de hausser les épaules, incertaine quant à la façon dont il convenait de qualifier leur nouveau sous-directeur. Le "Troll purulent" de Donald n'était sans doute pas la plus adaptée, même si elle traduisait plutôt bien ce que certains élèves pensaient. Nora n'en était pas arrivée à ce niveau d'animosité mais elle trouvait le Pr. Greegrass un peu trop...mielleux. D'un côté il mettait en place cette espèce de milice, et des règles assez stricte, et de l'autre c'était comme si il essayait de s'attirer la sympathie des élèves.

Certains n'hésitaient pas à dire qu'il était envoyé directement par le ministère pour leur laver le cerveau. Nora ne savait pas vraiment quoi en penser, et se contentait de faire son possible pour avoir de bonnes notes en SCM, sans se faire remarquer.  

La jeune fille rit doucement quand Donald déclara d'une voix forte qu'il devrait essayer de parler moins fort, maintenant que Greengrass avait des espions. A moins que leur professeur n'ait engagé des hiboux ils n'avaient rien à craindre ici, et puis, ils n'auraient pas de problèmes simplement parce qu'ils critiquaient un professeur, si ? "Troll purulent" n'était certes pas un qualificatif très valorisant, mais ce genre de chose ne coutait jamais plus que quelques retenues, dans le pire des cas.

Elle n'était pas vraiment du genre à transgresser le règlement, surtout maintenant qu'Irving n'était plus là pour l'entrainer dans de folles aventures, elle s'inquiétait donc rarement de savoir si ce qu'elle faisait ou disait était autorisé, mais elle devait bien admettre qu'en ce moment elle se posait de plus en plus souvent la question. Et quelque chose lui disait que ce n'était pas normal. Et puis, cette espèce de milice, les "jeunesses" instaurait au sein de l'école un climat que la Poufsouffle ne trouvait pas très sain. Elle aurait aimé pouvoir encore faire confiance à n'importe lequel de ses camarades et leurs parler librement, sans avoir à craindre qu'il ne rapporte tout à Greengrass.

"Qu'est-ce qui te fait croire que tu ne parles pas à une espionne de Greengrass en ce moment même ? s'enquit-elle avec un sourire malicieux. Je ne suis pas sûre qu'il sera ravie d'apprendre la façon dont tu parles de lui..." ajouta-t-elle en riant.

Si Nora ne faisait pas partie de ces élèves qui voulait la mort par décapitation/DBD du haut de la tour d'astronomie de leur sous-directeur, elle ne ferait jamais partie de sa milice non plus. Elle n'aimait pas l'idée que des élèves choisis uniquement par Greengrass et en fonction de leur relation avec ce dernier puisse enlever des points, et elle aimait encore moins celle de dénoncer ses camarades.

"Ça va ! répondit-elle avec un sourire. Un peu débordée entre les cours, les entrainements, les choix d'orientations, mais ça va. Juste un peu froid, ajouta-t-elle en riant et en frottant ses mains entre elles pour les réchauffer. Je venais envoyer une lettre à Irving, j'espère qu'il la recevra avant qu'ils ne montent sur scène demain."

Elle ne prit pas la peine de donner plus d'informations concernant le tremplin musicale, persuadée que le batteur des Dark-Boursouf était déjà au courant de tout.

"J'aurais tellement voulu y aller...soupira-t-elle. En transplanant j'aurais pu faire l'aller-retour en trois minutes, juste le temps de la chanson..."

L'idée lui avait traversé l'esprit, à vrai dire, mais elle s'était vite souvenu de deux inconvénients majeurs. Le premier étant que c'était interdit, le second qu'elle n'avait aucun moyen de sortir de l'école.




Donald McWildeCinquième annéeavatar
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« Infernal, les périodes d'examen, commenta Donald avec un grand soupir. J'ai jamais signé pour c'te arnaque... »

À écouter Nora, il comprit qu'elle était bien plus prudente que lui ne l'était. Elle ne s'avançait pas trop dans ses prises de position, préférait passer inaperçue comme l'indiquait son ton de voix. En revanche, même si elle n'était pas l'investigatrice de certaines frasques dont Irving avait fait le récit, Donald se dit qu'elle avait simplement besoin qu'on la tire un peu par le bras. Il lui suffisait d'une bonne motivation et elle s'impliquait pleinement ; par exemple, quand elle avait rejoint une manifestation pour soutenir Irving et les autres Nimbusiens, ou bien quand, dans la volonté de retrouver sa sœur, elle s'était hissée sur le toit d'une camionnette à glaces.

Elle décrivit leur professeur de Soins aux créatures magiques comme « bizarre ». Un avis de l'individu déjà plus modéré, mais pourtant pas anodin : même des personnes telles que Nora, plus promptes à voir le bien que le mal chez les gens, lui trouvaient quelque chose de dérangeant. Ainsi, l'animosité de Donald n'était pas infondée ; elle avait derrière quelque raison obscure qu'il ne parvenait à identifier.  Était-il en train de devenir paranoïaque ? D'ici, il entendait le hululement des volatiles et plusieurs idées tordues affluaient dans son cerveau. Il se demandait pour la toute première fois si leur courrier se ferait éventuellement intercepter avant d'arriver à destination. C'était stupide, personne ne se souciait des histoires qu'une poignée d'adolescents pouvait bien raconter à leurs familles...

Malgré tout, Donald espérait que les lettres qu'il envoyait à son correspondant américain ne seraient jamais lues par un autre qu'eux deux. Surtout avec ce qu'il écrivait dedans. Depuis qu'il avait  répondu à la ridicule missive de ce petit prétentieux, lui expliquant (très poliment) qu'il était tout aussi capable qu'un petit-fils de sénateur de discourir sur des propos sérieux, il s'était quelque peu « pris au jeu », dira-t-on. Il n'était même plus question de prouver à Lance qu'il avait eu tort à son sujet ; désormais, ils débattaient sur ce qui les divisait, par exemple la question de l'hérédité familiale, sur ce qui les enrichissait, comme la comparaison entre les institutions de Grande-Bretagne et celles des Etats-Unis, et sur ce qui les réunissait, c'est-à-dire la condition du Né-Moldu dans la société sorcière. Donald faisait même l'effort de rendre son écriture plus lisible.

À la plume ou à l'oral, son opinion ne serait pas tombée dans l'oreille d'un sourd. La Poufsouffle suggéra qu'elle-même pourrait être une espionne de Greengrass.

« Nora, la gronda-t-il en riant, tu me fais sérieusement douter de toi ! »

Pour le moment, au moins, il savait contre qui diriger sa rancœur. Il avait toujours détesté les cafteurs, tous autant qu'ils étaient : son frère qui allait rapporter aux parents qu'il était l'auteur de ce mystérieux canard dessiné sur le mur de la salle de bains, le fayot qui le dénonçait à la maîtresse lorsqu'il avait glissé une gentille grenouille dans son sac à main, les petits de Serdaigle qui le pointaient du doigt comme tortionnaire attitré... Selon le Gryffondor, ils étaient de la pire espèce !

Nora lui expliqua ensuite qu'elle était un peu débordée, et qu'elle avait froid, juste là. Donald réalisa qu'ils étaient toujours dans les escaliers. Il n'était pas frileux aussi il n'avait pas fait attention au courant d'air, sûrement dû à leur proximité avec la volière.

« Oh, bien sûr ! s'exclama-t-il pour se remuer un peu. On devrait peut-être bouger avant de se faire dégommer par quelqu'un d'autre comme des quilles au bowling. »

Joignant le geste à la parole, il descendit derrière Nora et reprit à propos du concert d'Irving :

« Si ces sales fouineurs ne ramenaient pas leur face de rat partout dans le château, j'y serais bien allé en douce. »

Donald avait remarqué une inhabituelle activité autour des quelques passages secrets qu'il connaissait, or il ne voyait pas d'autre moyen de sortir de l'enceinte...

« Et même si ce n'était pas le cas, ajouta-t-il en haussant les épaules, je n'aurais pas pu aller bien loin de toute façon, vu que je sais pas transplaner ! »
Nora WeaverAubergisteavatar
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Nora s'empressa de suivre Donald jusqu'au bas de la tour, où il faisait bien moins froid, et lui adressa un sourire reconnaissant. Le Gryffondor reprit la conversation au sujet du concert qui aurait lieu le lendemain, et auquel il se serait bien rendu en douce s'il n'avait pas craint les larbins de Greengrass. Nora haussa les épaules. En tant qu'élève plus âgée, elle aurait certainement du lui rappeler que c'était dangereux de sortir du château sans permission -ils étaient malheureusement bien placé pour le savoir, étant donné la façon dont s'était terminée leur dernière fugue- mais elle n'en fit rien. Parce qu'elle aussi mourrait d'envie d'y aller, à ce concert.

"Je t'aurais bien accompagné..." soupira-t-elle avec découragement.

Mais, comme le soulignait Donald, Greengrass avait des espions partout. Et même si cela n'avait pas été le cas, Nora aurait été bien incapable de sortir du château. Elle avait toujours admiré les élèves qui connaissaient toutes sortes de passages secrets, se demandant comment ils avaient bien pu les trouver puisqu'ils étaient -comme leur noms l'indiquait- secrets. Elle même n'avait aucune idée de l'emplacement de ces "fameux" passages et la seule fois où elle avait fugué -en Juin dernier- elle s'était contentée de suivre Cassandre, qui semblait bien connaitre le chemin vers l'extérieur.

"Je sais même pas où sont situés les passages, lança-t-elle avec un haussement d'épaules. C'est pas moi qui vais pouvoir t'aider à sortir de là, ajouta-t-elle avec un sourire d'excuse. La seule fois où je suis tombée sur un passage secret, c'est quand on s'est perdus dans la forêt avec Irving. On s'est retrouvés dans un tunnel qui débouche sous le saule cogneur, raconta-t-elle avec un sourire un peu nostalgique. Et je sais même pas où est l'autre sortie en plus !"

Ils n'allaient pas aller bien loin avec ça. Elle pouvait transplaner, et aurait pu emmener Donald avec elle, mais pour cela il fallait d'abord sortir du château, et cela semblait compromis. C'était la première fois que Nora essayait d'élaborer un plan pour transgresser les règles et sortir de l'enceinte de l'école, et vu comme elle était douée ce serait probablement la dernière. Les autres élèves y arrivaient bien pourtant ! Irving et Danny étaient allés à un concert en douce, Samantha et Roxanne avaient réussi à sortir aussi -même si les pauvres en avaient payé le pris fort- et Cassandre n'avait eu aucun problème à les faire s'échapper en Juin. Il fallait croire qu'elle n'était pas faite pour jouer les rebelles.

"Si tu réussissais à sortir je t’emmènerais, répondit-elle avec un sourire. J'ai jamais escorté quelqu'un en transplanage, mais ça doit pas être bien différent de transplaner seul, non ?"

De mieux en mieux. Non seulement ils n'avaient aucun moyens de sortir de l'école, mais en plus ils n'étaient pas certains d'arriver au concert en un seul morceau dans l'hypothèse folle où ils réussiraient à fuguer. L'univers essayait visiblement de leur faire comprendre qu'ils avaient intérêt à rester sagement dans leur dortoir demain soir.

"Ça aurait été cool, soupira-t-elle. T'imagines, arriver juste pour leur chanson ? On leur aurait fait les pancartes de fan les plus ridicules du monde, ajouta-t-elle en riant. Inutile de venir soutenir Irving si c'était pour qu'il ne les remarque pas dans la foule. Ça aurait été l'histoire de cinq minutes..."

Ils n'avaient besoin que de ça, cinq minutes en dehors du château. Mais c'était déjà plus que ce qu'ils étaient en mesure de s'accorder, soit pas grand chose.

"Il nous racontera..." conclut-elle avec une moue déçue.


Donald McWildeCinquième annéeavatar
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« Honnêtement, je n'en connais que deux, avoua Donald quand Nora lui confessa son ignorance vis à vis des passages secrets (trois avec celui que Cassandre leur avait fait emprunter), et il m'a quand même fallu quatre années de prospection dans ce château pour les localiser. »

La révélation qu'elle lui fit ensuite attisa instantanément l'intérêt de Donald.

« Un tunnel sous le saule cogneur, tu dis ? C'est la première fois que j'en entends parler ! »

Il n'en savait pas plus que la Poufsouffle quant à l'endroit sous lequel il débouchait, mais si Irving et elle avaient pu le parcourir dans un sens, il était sûrement praticable dans l'autre, n'est-ce pas ? Certes, rien ne garantissait que le terminal se situait à l'extérieur de Poudlard, mais c'était un peu le but pour lequel ces passages secrets étaient généralement creusés. En toute logique, une entrée aussi dangereuse que celle-ci ne pouvait mener qu'à une destination d'un certain standard ! D'ailleurs, le ton badin avec lequel Nora avait balancé son « quand on s'est perdus dans la forêt avec Irving » fit sourire Donald – qu'est-ce que ces deux-là pouvaient bien trafiquer, parfois, pour qu'ils parlent de leurs péripéties comme on décrirait son repas du midi ? L'adolescent lâcherait un « cette fois-là où j'ai abattu un dragon en plein vol » au milieu de la conversation, ça ne sonnerait pas différemment de ce qu'il venait d'entendre (sauf que, pour le coup, c'était faux).

« Tu m'en vois ravi, répondit-il quand Nora lui proposa de bon cœur un transplanage d'escorte, hypothétiquement parlant bien sûr. Devant sa légère incertitude sur l'étendue de ses pouvoirs, il haussa les épaules et sourit. Tant que je suis pas tout désartibulé à l'arrivée, je pense que ça doit le faire ! »

Ils s'autorisèrent encore quelques instants de mélancolie, s'imaginant au cœur de ce qu'ils allaient manquer. Donald hocha doucement la tête aux paroles de Nora, avant qu'un sourire machiavélique n'anime son visage quand elle s'amusa des pancartes qu'ils auraient pu apporter en guise de soutien. « Juste pour leur faire honte », renchérit-il en parfaite illustration de la maxime « qui aime bien châtie bien ». Il aimait se moquer de ses amis, fait indéniable, mais s'il se moquait c'était parce qu'il se préoccupait d'eux. Voilà pourquoi il ne se moquerait jamais des choses qui leur importaient.

La déception lisible sur le visage de Nora commençait à se propager chez Donald, et il n'aimait pas du tout, mais alors pas du tout ce sentiment. Il n'aimait pas ce « il nous racontera », parce que généralement c'était lui qui aimait raconter les histoires. Aucune offense envers les talents de conteur d'Irving, bien entendu, mais Donald les préférait largement quand elles sortaient de sa bouche. Du coup, s'il n'était pas là pour voir ni pour entendre, il n'aurait plus rien à raconter – et ça, c'était inacceptable. Tout aussi inacceptable que de baisser les bras alors qu'il n'avait pas encore tenté l'impossible pour atteindre son but.

D'où lui venait cette attitude ? Il se battait toujours pour obtenir ce qu'il voulait, et ce dont il était sûr, c'est que le comportement de ses parents ne lui avait pas rendu service. Lorsqu'il était petit, sa mère cherchait à satisfaire tous ses désirs car l'entendre gémir la faisait culpabiliser : si elle ne le contentait pas tout de suite, elle se faisait figure d'une mauvaise mère. Son père, de l'autre côté, cédait à tous ses caprices par manque de temps et de patience, deux choses qu'il ne possédait pas en assez grande quantité pour accorder quelques minutes à son fils. Or, c'était bien ça que ce dernier cherchait à attirer en les harcelant ainsi : leur attention, leur attention plus qu'une friandise ou qu'un jouet, leur attention plutôt que l'objet de ses complaintes dont il n'avait pas vraiment envie, et encore moins besoin. Il restait donc éternellement insatisfait, juste parce que ses parents lui avaient donné ce qu'ils croyaient qu'il voulait et s'étaient tout de suite désintéressés de lui.

Lors de ses séjours chez sa tante, au contraire, il n'était plus servi sans avoir à lever le petit doigt. Si cette nouvelle éducation l'avait insupporté au début, elle lui avait été profitable : il avait finalement été obligé d'apprendre à combler ses désirs par lui-même, sans l'aide de personne, pour la première fois de sa vie. Il avait dû faire travailler son imagination et puiser dans ses ressources pour parvenir à ses fins, ce qu'il avait toujours fait depuis.

« Nora, je nous trouve bien défaitistes ! C'est pas comme si ces murs avaient déjà réussi à venir à bout de nous, hein ? »

Oh, une fois, ils avaient bien failli. Mais force était de constater que Donald et Nora n'apprenaient pas de leurs erreurs – ou peut-être que si, justement, ils avaient appris, et cette fois-ci ils s'en sortiraient mieux.

« Je veux dire... on l'a, notre sortie, non ? Si on parvient à se glisser sous le saule cogneur (assertion présomptueusement irréaliste), il ne reste plus qu'à dépasser l'enceinte de Poudlard (à supposer que le tunnel mène au-delà) et ensuite transplaner. On pourrait peut-être tenter le coup, tu crois pas ? à nous deux ? »
Nora WeaverAubergisteavatar
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Nora répondit par un haussement d'épaule et un triste sourie à la remarque de Donald. Oui, elle était un peu défaitiste, mais elle voyait mal comment il aurait pu en être autrement. Contrairement au jeune Gryffondor, elle avait passé les quatre premières années de sa scolarité à respecter consciencieusement le règlement. Jamais elle n'aurait songé à enfreindre les règles avant de rencontrer Irving, avant de découvrir le bien que cela faisait de s'amuser un peu, et de vivre sans trop penser aux conséquences. Pendant deux ans elle s'était baladé dans la forêt interdite, avait emmené son ami dans la salle de bain des préfets, était sortie après le couvre-feu, et elle avait adoré ça. Petit à petit, elle avait abandonné sa prudence, sa crainte des représailles, sa peur des conséquences.

Sauf qu'il y en avait eu, des conséquences. Et qu'elles avaient été terribles. Nora n'oublierait jamais la façon dont s'était terminée leur dernière fugue. Elle ne voulait pas revivre ça. Et avait le sentiment qu'en s'échappant à nouveau, ils acceptaient de risquer un nouveau drame. La prudence et le respect des règles étaient peut-être un peu ennuyant, mais ils allaient de pair avec la sécurité, et Nora commença à croire que c'était ce qu'il y avait de plus important. Ils ne s'amuseraient sans doute pas autant qu'ils l'auraient voulu demain soir, mais ils ne risqueraient rien.

Elle se demandait si sa vie ne se résumerait plus qu'à ça, maintenant. Le calme, l'obéissance, la discipline. Elle avait vécu comme ça pendant quatorze ans, et ça ne l'avait pas dérangé. Pourtant maintenant elle trouvait cette perspective bien fade. Elle avait gouté à l'aventure, à l'excitation de faire quelque chose d'interdit, à la peur de se faire prendre, à la fierté d'avoir réussi, et tout ça lui manquerait. Cela lui manquerait beaucoup. Trop. Elle regrettait Nora l'intrépide. Finalement, n'était-ce pas ce qui faisait que la vie valait d'être vécue ? Ce qui la rendait si précieuse ? A quoi bon se garantir une longue vie paisible si c'était pour ne pas en profiter ?

Parce qu'elle avait envie d'y aller, à ce concert. Elle avait envie de le faire, pour Irving, pour Donald, et pour elle. Elle n'arrêta donc pas le jeune Gryffondor quand il lui expliqua qu'avec un peu de bonne volonté, et beaucoup de chance, ils pouvaient se rendre au tremplin sans trop de difficultés. Il était plutôt convaincant, si on oubliait qu'il fallait réussir à se glisser sous le sol cogneur, et espérer que la sortie du passage était à l'extérieur de Poudlard, à un endroit où ils ne risquaient pas de se faire repérer.

"On peut tenter le coup ! répondit-elle avec aplomb, plus pour se convaincre elle-même qu'autre chose. A nous deux je suis certaine qu'on peut y arriver."

Elle laissa un sourire fleurir sur ses lèvres alors qu'elle retrouvait déjà l'agréable excitation de faire quelque chose d'interdit, mais quelque chose qu'elle avait vraiment envie de faire. C'était bon, de ne pas écouter sa raison et de se laisser guider par son instinct, de temps en temps.

"On a un deal alors ?"

Son sourire s'agrandit et elle tendit la main vers Donald, paume vers le ciel, dans l'attente qu'il vienne y faire claquer la sienne. Ils allaient y arriver, et ils allaient passer une très bonne soirée, elle en était persuadée.

"Demain soir, vingt heures, derrière la statue de Gregory le Hautain au premier étage ? Et n'oublie pas la pancarte ridicule !"


Donald McWildeCinquième annéeavatar
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Donald craignait que Nora ne se rétracte et qu'il se retrouve tout seul dans le coup. En ce qui le concernait, il ne s'agirait que d'une fois de plus. Il avait eu Ben, un temps, pour mener la vie dure à Silverster, puis les Dark Boursouf pour mettre Sorden dans tous ses états ; mais à la fin, personne n'était resté manigancer avec lui. Il pouvait voir que la Poufsouffle en avait au moins autant envie que lui, et dans un sens, il comprenait, oui, il comprenait les motifs de sa réticence. Tout du moins, il les percevait : l'appréhension de la prise de risques, la peur des représailles, le désir (ou selon lui l'illusion) de sécurité... ceux-là n'avaient jamais suffi à arrêter Donald, ni à l'empêcher de vivre ; au contraire, les provoquer était ce qui rendait sa vie digne d'être vécue. En était-il de même pour Nora ? Il voulait croire que oui, que les tendances de son caractère prudent n'étaient pas suffisantes à vaincre sa tentation de sortir, et ce, même si l'interdit n'avait pas autant d'attrait pour elle que pour lui.

Donald soupira de soulagement quand elle proposa finalement de tenter le coup. Il réalisa ainsi qu'il avait fait dépendre sa propre décision de celle (encore incertaine) de la septième année, peut-être parce qu'elle était son aînée et qu'il avait parfois besoin de se fier à quelqu'un de plus âgé que lui (aussi étrange que cela lui faisait de l'admettre). Quoi qu'il en soit, il n'était pas sûr qu'il aurait persisté à s'en tenir au plan si celui-ci avait dû se dérouler sans elle.

« Ça, c'est un état d'esprit qui me plaît ! » s'exclama Donald qui sentait que Nora, maintenant, avait juste besoin d'être encouragée.

À l'inverse de ce qu'elle affirmait, elle ne paraissait pas certaine qu'ils pouvaient y arriver – mais il ne manquait pas grand chose pour qu'elle y croit, non, vraiment pas grand chose. Donald lui rendit son sourire et répondit :

« Ouep, je crois bien qu'on a un deal ! »

Il tapa dans la main que Nora lui tendait, puis hocha la tête quand elle lui donna rendez-vous derrière la statue de Gregory le Hautain, sans oublier sa pancarte ridicule.

« Ça roule ! Tu m'en voudras pas trop si je marque « Irving mon amour » dessus ? plaisanta-t-il. J'essaie pas de marcher sur tes plates-bandes, rassure-toi... »

Donald avait beau faire de l'humour, il ne pensait pas pour autant que l'évènement ne signifiait rien. Bien au contraire, lui comme Nora tenaient à s'y rendre car ils en reconnaissaient la valeur : Irving se produisait pour le grand public pour la toute première fois. Il avait déjà gratté sa guitare en présence d'assistances plus ou moins larges, à sa fameuse fête du Nouvel An par exemple, mais cette fois-ci le niveau était tout autre : il allait jouer sur la scène du cabaret le plus populaire de la ville. Depuis qu'il avait appris la participation d'Irvana au tremplin musical, le Gryffondor était si intarissable sur le sujet que ses camarades avaient dû l'éjecter du dortoir. Franchement, il n'aurait jamais cru une telle absence d'empathie de leur part, alors qu'il ne faisait qu'exprimer son enthousiasme à l'idée que le guitariste ait réussi à en arriver là. Car en tant que musicien en herbe, ancien membre d'un même groupe, mais aussi en tant qu'ami, Donald ne pourrait pas être plus fier.

Néanmoins, il tenait à s'assurer d'une dernière chose avant de s'embarquer là-dedans. Il avait bien vu que Nora avait tenté une approche similaire au début de leur conversation, mais il l'avait esquivée sans vraiment s'en rendre compte (peut-être parce qu'il s'était justement habitué à ne pas répondre aux questions qui comptaient, ces derniers temps). Pourtant, il ne voulait pas être celui d'entre eux qui évitait d'en parler.

« Nora, juste... est-ce que ça va ? lui demanda-t-il en la regardant dans les yeux, sincère. Depuis... tu sais. Est-ce que tu tiens le coup ? »

Il savait qu'elle avait des personnes plus proches d'elle à qui parler, et que ce n'était pas forcément elle qui en avait besoin maintenant. Il savait qu'elle avait Irving, surtout, et d'ailleurs il était sacrément content qu'elle l'ait. Mais il avait été là, lui, avec elle au moment où le corps de Danny avait roulé dans la poussière, roué de coups et – et il savait que ce n'était pas une vision qu'on s'ôtait facilement de l'esprit, or ils étaient deux à la partager.
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Le sourire de Nora s'agrandit et elle sentit sa détermination augmenter d'un cran quand Donald fit claquer sa main dans la sienne. Ils avaient un deal. Ils formaient une équipe, et ils avaient un plan qui, malgré quelques failles, avait toutes ses chances de fonctionner. Elle commençait à y croire. Elle éclata de rire, puis fit mine de réfléchir sérieusement lorsque le Gryffondor lui demanda la permission d'écrire une déclaration d'amour sur sa pancarte pour Irving.

"Tu me fais de la concurrence là, j'ai beau avoir confiance en Irving, j'ai peur qu'il ne puisse pas résister à tes avances, répondit-elle avec un sourire amusé. Ne te gêne pas, reprit-elle plus sérieusement. Je suis sûre qu'il ne nous en voudra pas pour nos pancartes ridicules."

Elle avait des tonnes de devoirs à faire et un entrainement de Quidditch demain après-midi, ce qui lui laisserait probablement 10 minutes pour peindre grossièrement un "Vingounet t'es le meilleur" sur une pancarte en carton, mais c'était l'intention qui comptait. Et, ce qui importait vraiment, c'était qu'ils puissent être présents à cette soirée. C'était quelque chose d'important pour Irving, et c'était un beau succès que de pouvoir jouer devant une salle pleine dans un des lieux les plus en vue de Bristol, elle était contente de pouvoir le soutenir et l'encourager lors de cet évènement.

Une fois le lieu et l'heure du rendez-vous convenus, Nora s'apprêtait à prendre congé de son camarade, quand il prit soudainement la parole pour lui poser une question d'apparence anodine. A l'hésitation dans sa voix et au regard troublant de sincérité qu'il posait sur elle, Nora comprit ce dont il voulait parler avant même qu'il ne le précise. Son sourire se fana, laissant doucement place à une tristesse teintée de compassion. Elle lui avait posé cette même question tout à l'heure et elle avait cru en le voyant l'esquiver qu'il n'avait pas envie d'en parler. Peut-être avait-il finalement réalisé qu'il en avait besoin, et si c'était le cas Nora ne demandait qu'à être l'oreille attentive qu'il lui fallait.

Elle était prête à y repenser, prête à affronter de nouveau ses souvenirs et à écouter Donald, mais la question du jeune Gryffondor l'avait désarçonnée. Elle ne s'était pas attendue à ce que ça se passe dans ce sens là. Nora avait tendance à se reposer sur ses ainés autant qu'elle aimait épauler les plus jeunes. Elle se serait sentie bien plus à l'aise dans le rôle de celle qui posait les questions, plutôt que dans celui de celle qui devait y répondre. Parce qu'elle aurait eu envie d'être forte, de montrer à Donald qu'il pouvait s'appuyer sur elle, qu'elle tenait le coup. Mais elle ne pouvait pas lui mentir, et la vérité n'était pas si simple que ça.

En parler avec Irving lui avait fait du bien, et le temps avait fait son travail. Ce qui avait été une plaie béante n'était aujourd'hui plus qu'une cicatrice, encore douloureuse. Elle retrouvait le sommeil, elle faisait moins de cauchemars, elle avait arrêter d'y penser tout le temps. La plupart du temps elle n'y pensait même plus, comme si elle avait oublié. Elle passait de bons moments, elle riait à nouveau, elle profitait de la vie. Et parfois elle s'en voulait de ne plus y penser. Il suffisait que quelqu'un évoque l'évènement ou ravive de vieux souvenirs pour réveiller sa culpabilité et sa peine, et ça n'allait plus.

"Ça va, répondit-elle simplement. En général ça va, reprit-elle avec un sourire triste. Et toi, tu tiens le coup ? interrogea-t-elle à son tour en scrutant le jeune homme du regard. Ça fait du bien d'en parler..."ajouta-t-elle doucement.

Rien ne lui disait que Donald n'avait pas déjà eu l'occasion de se libérer de ce qu'il ressentait et de parler de cet évènement, mais elle commençait à le connaitre un peu, et il suffisait de voir la façon avec laquelle il avait d'abord esquivé sa question pour comprendre qu'il n'était pas du genre à aimer parler de ces choses-là. Et elle ne le forcerait pas. Mais elle savait que cela faisait du bien, de se confier, et elle était là pour l'écouter s'il en éprouvait le besoin.


Donald McWildeCinquième annéeavatar
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« Je suis content, alors », dit simplement Donald quand Nora lui répondit que ça allait, du moins « en général ». Elle lui retourna ensuite sa question : et lui, tenait-il le coup ? Traduction : comment se sentait-il ?

Donald se sentait bouillir. De quoi, il ne savait pas très bien. Depuis quelques temps, il était habité par une énergie fiévreuse qui l'envoyait cavaler aux quatre coins du château, en manque d'action, à l'affut de mouvement, et il épiait, cherchait, rôdait inlassablement. Il ne tenait pas en place. Et il avait la sensation d'être une véritable bombe à retardement, comme s'il était constamment sur le point d'exploser – comme s'il fallait que ça sorte un jour où l'autre. Ça allait finir par sortir, oui. Ça. En attendant, il s'occupait ; il s'inventait des héros, il cherchait des coupables. Ou mieux, un bouc émissaire. Tom Fields, Adonis Greengrass, quelle importance ? Il voulait croire que Danny n'était pas mort pour rien.

Parfois, il y avait quelque chose de terrible dans le fait qu'il ne soit plus capable de se reposer. Car aussi longtemps qu'il serait infatigable, aussi longtemps que son corps et son cerveau lui refuseraient tout répit, cela signifierait qu'il n'aurait rien accepté de ce qu'il s'était passé. Il découvrait ce que c'était que la perte : pas un vide, mais un poids ; pas un sentiment de désarroi, mais une certitude dure et ferme, une certitude qui lui pesait à chaque pas, l'accablait à chaque mouvement, l'accompagnait à chaque seconde de sa vie. Même quand il était perdu dans ses pensées, elle ne l'abandonnait jamais vraiment, elle était là, derrière, prête à resurgir, déterminée à l'empêcher de trouver sa paix.

D'un côté, Donald n'en pouvait plus. Il voulait que ça s'arrête, que tout redevienne comme avant (à l'époque où il pensait moins), et que tout ce qu'il avait vécu s'efface intégralement de sa mémoire. D'un autre côté, c'était aussi sa plus grande peur. La tante de son père, friande d'anecdotes en tout genre, lui avait dit un jour que le son de la voix était la première chose qu'on oubliait de quelqu'un. Donald avait été pris d'une terreur sans nom lorsqu'il avait échoué à se rappeler le son de la voix du bassiste ; l'expérience l'avait amené à réaliser que d'autres petites choses lui échappaient, des bribes de conversation sans queue ni tête, des morceaux de partition incomplètes, des images qui perdaient leurs couleurs une à une. Ce qu'il se rappelait de Danny lui glissait peu à peu entre les doigts ; appartenant aux quelques personnes qui avaient eu le privilège de faire partie de sa vie, il se sentait incroyablement coupable de ne pas réussir à le retenir.

Donald se rendait compte que le passé n'existait qu'à travers les souvenirs qu'il en avait, autrement tout disparaissait instantanément, et c'est ce qui l'empêchait de lâcher prise.

« Je... tu vois, Nora, souvent j'ai envie d'oublier tout ça, juste, de... faire mon deuil, et vivre normalement à nouveau, balbutia-t-il, les sourcils froncés. Mais le problème, c'est que j'ai aussi peur de l'oublier. Et je veux pas... oublier, je veux dire, mais ça arrive quand même, je le sens, un peu plus chaque jour. »

Il n'avait jamais desservi un discours aussi saccadé que celui-ci. Il voulut s'excuser auprès de la jeune fille, plongé dans une sorte de mélancolie sourde, sentiment profond duquel il ne parvenait à s'extirper. Il connaissait la sensation de manque, il l'avait déjà ressentie quand Danny avait quitté le monde des sorciers après ses BUSEs ratées. Mais c'était une chose de le savoir loin d'ici, heureux, en bonne santé dans un camping de hippies, et c'en était une autre de l'imaginer partir quelque part où Donald ne pouvait pas le rejoindre.
Nora WeaverAubergisteavatar
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Nora et Donald n'étaient peut-être simplement pas assez proches pour pouvoir partager le silence sans se sentir mal à l'aise. Mais le silence qui suivit la question de la jeune femme n'avait rien de ces moments gênants qu'on rencontre avec les étrangers. Il n'était pas de ces vides qu'on essaie désespérément de remplir, il était plein de sens, lourd de souvenirs communs et d'émotions indicibles. Chaque seconde de cette instant lui pesait sur le cœur et semblait s'allonger indéfiniment.

Quand Donald prit finalement la parole, chacun des mots qu'il prononça trouva un cruel écho dans l'esprit de la Poufsouffle. Son camarade exprimait des sentiments et des craintes qu'elle avait à peine conscience de ressentir. C'était quelque part, c'était là, au fond d'elle-même, mais elle n'y pensait pas. S'il lui arrivait souvent de repenser à Danny et à ce qui c'était passé, si elle sentait régulièrement la peine et la culpabilité refaire surface, elle ne cherchait pas à les comprendre. Elle ne voulait pas analyser ce poids au creux de son ventre, mettre des mots sur cette peur qui ne la quittait jamais vraiment. Elle s'était laissée convaincre par l'idée que c'était ça, le deuil, souffrir sans comprendre pourquoi on était en colère, pourquoi on avait peur. Donald avait compris lui, et Nora se retrouva complètement démunie face à la réponse du jeune homme.

Il y voyait plus clair qu'elle dans ses propres sentiments, et en exprimant ses angoisses il avait réveillé les siennes. Mise à nue, sans défenses, elle ne parvenait pas à trouver le réconfort qu'elle aurait voulu apporter au Gryffondor. Elle était son ainée et elle se sentait obligée de le rassurer. Elle aurait voulu lui promettre qu'il ne l'oublierait pas, parce que cette idée lui paraissait inconcevable. Comment pourraient-ils l'oublier ? Danny avait été leur ami. Mais cette peur de l'oubli avait beau être dérangeante, il suffisait de repenser à l'accord qu'ils venaient de passer pour réaliser qu'elle n'était pas infondée.

Ne se souvenaient-ils donc pas de ce qui s'était passé, la dernière fois qu'ils étaient sortis du château en douce ? N'auraient-ils pas dû retenir une leçon ? La peine et la peur étaient encore là, il suffisait de voir leurs regards fuyants ou d'écouter leurs discours décousus, pourtant ils replongeaient tête baissée, s'apprêtaient à refaire les mêmes erreurs, comme s'ils n'avaient pas assez souffert pour apprendre. Comme s'ils avaient oublié.

"Tu as raison..." souffla-t-elle finalement dans un murmure à peine audible, le regard dans le vague.

L'absurdité de leur comportement la frappait de plein fouet mais alors qu'elle se sentait écrasée par la honte et la culpabilité, elle ne pouvait que se raccrocher à ce sentiment qu'elle avait ressenti un instant plus tôt, en faisait claquer sa main dans celle de Donald, scellant ainsi la promesse d'une nouvelle aventure. Le sentiment de recommencer à vivre. S'il y avait bien une chose que la mort de Danny leur avait enseignée, c'était à quel point la vie était fragile. Bien trop fragile pour la passer à rêver et à regretter. Ils allaient vivre, vivre vraiment, c'était la meilleure façon de se souvenir de Danny.

"Non, protesta-t-elle pour elle-même avant de relever la tête pour accrocher le regard de Donald. Ça n'arrivera pas, affirma-t-elle. Tu ne...On ne peut pas l'oublier."

Elle annonçait ça comme une évidence, comme si elle avait eu les moyens ou les connaissances pour le prouver. Ce n'était pas le cas. Au fond, elle n'en savait rien. Elle n'avait jamais vécu de deuil auparavant, c'était la première fois qu'elle était confrontée à une perte si brutale. Elle en était juste intimement persuadée, et avait décidé que ça suffisait. Ils n'oublieraient pas Danny, parce qu'il ne pouvait pas en être autrement.

"Il ne t'échappera pas, souffla-t-elle doucement. On n'oublie pas ses amis comme ça, ils restent avec nous."

Au fond elle ne pouvait que comprendre la peur de Donald de voir ses souvenirs avec Danny lui glisser entre les doigts. Elle-même avait parfois du mal à se souvenir de certains détails, à recomposer certains instants, mais au fond ce n'était pas ce qui importait vraiment. Ils se souvenaient de Danny, de l'ami qu'il avait été. Ils se souvenaient de ses défauts et de ses qualités, de toutes ses manies et des moments importants qu'ils avaient pu partager. Nora voulait croire que ça ne les quitterait jamais, et cette idée était à la fois pesant et incroyablement réconfortant.

Incapable de trouver les mots pour rassurer Donald, Nora s'approcha du Gryffondor et ouvrit les bras pour le serrer doucement contre elle dans une étreinte réconfortante.

"Ne sois pas trop dur avec toi-même" fut son dernier conseil.

Elle savait ce que c'était que de vouloir être à la hauteur, de vouloir continuer à être un bon ami pour Danny. Ils avaient peur d'oublier parce que c'était à eux de se souvenir, c'était à eux de regretter et à eux de pleurer. Mais ils allaient devoir apprendre, tout doucement, à se libérer de cette responsabilité qu'ils s'étaient imposés.


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Les inrockuptibles [Donald et Nora]

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