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 Jour pour Jour [Isobel & Abel]

Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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31 décembre 2008

Seize années, au jour près. Comme tous les trente-et-un décembre, Abel se leva avec une pensée pour Isobel. C’était plutôt affectueux comme terme, une pensée. En vérité, le bon mot se situait plutôt quelque part entre la pensée et la malédiction, mais Abel n’employait jamais le dernier terme à la légère, beaucoup plus conscient de la plupart des gens de ce qu’il signifiait. Non, il ne maudissait pas Isobel Lavespère au sens propre du terme, mais il comptait consciencieusement chaque année supplémentaire qu’elle passait à les oublier, lui et la Nouvelle-Orléans. Tel un comptable notant avec application ce qui était rendu et ce qui était dû, Abel ne voulait oublier aucune année.

Rancunier ? C’était certainement l’un de ses plus grands défauts. Abel avait toujours montré une excellente mémoire lorsqu’il s’agissait de retenir les offenses qu’on lui faisait. Il ne se vengeait pas forcément, là était le problème, mais il n’était même pas sûr que le faire suffirait à obtenir son pardon. Il pouvait en vouloir très longtemps à une personne lorsqu’il l’avait décidé. Isobel tenait une place très élevée, même au-dessus des femmes qui avaient décidé que la magie vaudou ne serait pas pour les hommes, puis de la puissance supérieure qui avait décidé qu’il naîtrait garçon. Ce qui n’était pas peu dire. Au premier abord, Abel était un homme qui paraissait distant, voire indifférent, mais il était en vérité parfaitement capable de donner de sa personne. Isobel aurait pu être aimée d’un amour sincère et durable. Mais elle avait choisi autre chose. C’était ainsi une rancoeur presque douce dans sa constance que lui vouait Abel.

Pour vous dire à quel point la rancune était un art qu’il cultivait, Abel était arrivé en Angleterre au début du mois de décembre. Il savait qu’Isobel travaillait pour le Ministère à Londres, c’était ainsi qu’il avait retrouvé sa trace, en tombant sur un communiqué rédigé par sa main. Il aurait parfaitement pu s’y rendre, pour trouver un moyen de la rencontrer. Mais Abel avait préféré attendre. Il savait très bien ce que sa venue provoquerait chez Isobel : la façon qu’elle avait eu de fuir sans jamais revenir en arrière disait tout. Elle ne voulait plus rien avoir à faire avec les covens de la Nouvelle-Orléans, elle avait définitivement rayé sa famille de sa vie pour des raisons qu’il lui restait à découvrir. Abel devinait sans mal que réapparaître réveillerait chez Isobel quelque chose qu’elle avait renié, et que cela ne lui plairait pas. Pour la connaître par coeur comme quelqu’un connaît sa meilleure amie d’enfance, il savait que sa simple présence la dérangerait profondément. Et précisément pour ces raisons, Abel ne se voyait pas réapparaître un autre jour que celui où elle lui avait fait son offense.

Elle-même ne pouvait pas se défendre d’avoir joué avec la signification des chiffres. Elle s’était enfuie le jour de son anniversaire, le jour précis où elle devenait adulte, selon les rituels du coven. Ils savaient tous les deux combien les hasards n’en étaient jamais vraiment. Aussi, quand Abel arriva le vingt-deux décembre dans le cabinet de son agence et que l’un de ses collègues américains lui tomba dessus pour l’inviter à passer le nouvel an avec la boîte à Bristol, dans un cabaret, arguant qu’ils rencontreraient des gens du Ministère, Abel demanda aussitôt :

« Il y aura qui, exactement ? »

Isaac Wells, l’archimage avec lequel il avait sûrement le plus longtemps travaillé dans sa carrière, était un collègue assez ami avec lui pour se permettre une certaine familiarité :

« Pas mal de monde. On m’a dit qu’on allait rencontrer l’équipe de com du projet ! Apparemment, leur chargée est une bombasse ! Son nom m’a fait penser au tien, d’ailleurs. Lavespreu… spra…
- Lavespère ?
- C’est ça ! Je crois. Enfin, dit comme il faut, quoi. »

Pour une fois, Abel ne fit pas de commentaire sur l’accent déplorable des américains dès qu’il s’agissait de parler un peu français. Depuis ce jour-là, il n’avait cessé de penser à ce jour, et désormais, il y était. Il allait retrouver Isobel. A vrai dire, il s’imaginait la revoir à ce moment-là, mais pas dans des circonstances aussi… parfaites.

Dans un moment de faiblesse, l’idée de se terrer dans un coin du cabaret et se contenter d’observer Isobel, juste pour voir de ses propres yeux quelle femme elle était devenue, sans lui adresser la parole, lui traversa l’esprit, avant qu’il ne se fustige intérieurement. Non, il n’aurait pas cette attitude lâche. Il s’était promis de faire face à Isobel, de lui montrer que ce dont elle avait renié l’existence était toujours présent, que la vie vous rendait toujours ce que vous lui deviez, et c’était ça, c’était lui, il était là, avec le compte de ses seize années en main, prêt à les lui poser sur la table. Il s’était promis de tenir ce rôle, c’était bien pour cela qu’il était venu en Angleterre, bien plus que pour bâtir Cosmos. Pour retrouver Isobel et réclamer les comptes.

Alors Abel suivit ses collègues tel un fantôme jusqu’à une table du cabaret où étaient déjà réunis plusieurs personnes. Il ne fit un pas de côté pour s’extraire du groupe que lorsqu’il entendit Isaac commencer à faire les présentations. Maintes fois, il avait essayé d’imaginer à quoi ressemblerait Isobel, devenue adulte. Un moment, même, il avait eu peur de ne pas la reconnaître, à cause de ces seize années sans se voir, qui pouvaient vous changer un visage. Et pourtant, même parmi toutes les têtes présentes et confuses dans l’agitation des embrassades, il la reconnut instantanément. Si son expression fut parfaitement maîtrisée, ce n’était que parce qu’Abel avait répété ce moment-là un nombre de fois incalculable dans sa tête. Son coeur était presque sur le point d’exploser derrière sa poitrine. Lorsque ce fut son tour de faire le tour des salutations, il ne se dirigea que vers Isobel, pour lui tendre sa main.

« Bonsoir, Mademoiselle Lavespère. »

Abel se montrait parfois impavide sans le vouloir, ni même sans vraiment l’être, au fond. Mais il était également capable de faire preuve d’indifférence à des fins parfaitement conscientes, en l’occurrence, calculées. Abel ne faisait que preuve de politesse envers une collègue qu’il rencontrait, aux yeux de tous ceux qui les entouraient. Mais le français parfait avec lequel il prononça son nom était un message uniquement à destination d’Isobel. Non, elle ne rêvait pas, c’était bien lui, et il savait que c’était elle également. Mais il était décidé à faire mine de ne pas la connaître, simplement pour voir quelle serait sa réaction. Il n’avait jamais prévu de lui sauter au cou au moment où il la reverrait. C’était seize ans trop tard, pour cela.
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Un bouquet de fleurs trônait sur la table basse d'Isobel, une myriade de couleurs éclatantes qu'elle avait placé dans un joli vase. Elle avait noué peu de liens depuis qu'elle était arrivée en Angleterre, du moins peu de liens sincères et proches, elle pouvait d'ailleurs les compter sur une main et sans même avoir besoin des cinq doigts. C'était volontaire de sa part, elle avait toujours été très solitaire dans un sens, elle n'avait jamais eu besoin de personne et faisait sa vie seule depuis seize années en plus, si ce n'est plus. C'est pour cela qu'en se réveillant en ce trente-et-un décembre, elle avait été surprise de recevoir des fleurs. Son collègue Albert, qui lui faisait des avances depuis des années et qu'elle avait toujours repoussé, tout simplement parce qu'elle n'avait pas très envie de nouer une liaison au travail et surtout pas une liaison sérieuse. Albert finirait par se marier, avoir des enfants et tout ce qui allait avec. Isobel, elle, finirait par obtenir la tête du service de communication. Néanmoins, malgré ce détachement à toute épreuve qu'elle affichait, cette petite attention lui avait arraché un sourire sincère et la carte d'Albert trônait juste à côté du bouquet.

Certains faisaient tout un plat de leur anniversaire, pas Isy. Elle n'en parlait quasiment jamais et cela avait tendance à lui rappeler des souvenirs qu'elle avait mis derrière elle depuis longtemps. Ce fut donc une journée comme les autres, qu'elle passa au Ministère de la Magie - le monde ne s'arrêtait pas de tourner la veille du nouvel an et surtout pas le monde de la politique - même si elle partit plus tôt en raison du réveillon qu'elle passait avec ses collègues aux Folies Sorcières. Contrairement aux fêtes comme Noël - ou Thanksgiving - considérées comme familiales et qu'elle passait donc seule, bien qu'elle ait vu Roy le soir du vingt-quatre, le trente-et-un décembre était toujours l'occasion de faire la fête et elle sortait donc à chaque fois, pour ne pas passer toutes les fêtes de fin d'année chez elle avec son chat. Elle rejoignit donc le reste du service de communication du Ministère de la magie en début de soirée, apprêtée, avec un sourire et des mots de remerciement sincères à l'égard d'Albert.

Elle avait appris à être à l'aise dans les mondanités au fil du temps, comme une sorte de vengeance sur une enfance passée en vase clos, et maîtrisait les sourires et les présentations diverses. Cette soirée était l'occasion de rencontrer dans un cadre moins strict les archimages du projet Cosmos, sur lequel elle avait été affectée et qui occupait la plupart de son temps depuis quelques mois. C'était l'un des projets les plus importants du Ministère de la Magie et de nombreux regards seraient présents pour juger du résultat et pour qu'il soit positif, la communication était primordiale. Isobel avait bien conscience que c'était un projet polémique et si les gens extérieurs à Nimbus n'y voyaient que du bien, les locaux avaient de nombreux reproches à ce sujet. Elle avait parfaitement conscience de ne pas pouvoir vaincre les résistances de tout le monde à coup de communiqués policés et rassurants - certains ne supporteraient jamais le changement - aussi avait-elle fait le choix d'une autre technique : diviser pour mieux régner. En mettant des points aussi positifs que l'école ouverte à tous et des logements à bas coûts qui permettraient de relancer l'économie, elle assurait au Ministère le soutien de certains habitants à Nimbus, rendant bien plus difficile une contestation collective.

Mais la soirée n'était pas à ce genre de pensées : les archimages du projet étaient évidemment pour la réalisation de ce dernier et il ne s'agissait pas de parlementer ce soir. L'ambiance aux Folies Sorcières était légère et frivole en cette soirée de réveillon et il était facile de se laisser gagner, aussi Isobel multipliait-elle les sourires aux gens qui lui étaient présentés, encadrée de ses collègues. Elle échangeait amabilités et mots plaisants, glissant au passages quelques rappels sur le projet - déformation professionnelle - et accepta avec plaisir la coupe que lui tendit Albert. Elle venait de finir de se présenter au responsable du cabinet d'archimage qui s'occuperait de la réalisation et se détournait avec un sourire lorsque ses yeux se posèrent sur Abel Laveau.

Ce fut comme un coup de poignard en plein cœur et Isobel sentit le sol se dérober sous ses pieds, son sourire fondant comme neige au soleil. Rien, rien n'aurait pu la préparer à revoir Abel en cette soirée de réveillon, seize ans après l'avoir revu pour la dernière fois. Seize années. Croiser les yeux de celui qui fut son meilleur ami dans ce qui lui semblait être une autre vie fut comme revenir à la Nouvelle-Orléans, seize ans auparavant. Les clameurs de la ville en fête, les feux d'artifices qui résonnaient encore dans le ciel tandis que Isobel traînait sa valise derrière elle en quittant le quartier français, les airs de jazz et les gens qui s'embrassaient au son de la nouvelle année alors qu'elle partait sans se retourner. Il avait changé, tout comme elle, ils étaient devenus des adultes mais elle l'avait reconnu avant même qu'il n'ouvre la bouche, prononçant son nom. Elle le fixait sans comprendre, sans arriver à réaliser que c'était vraiment en train d'arriver, que tout ce qu'elle avait fuit, qu'elle avait laissé derrière elle, venait de revenir dans sa vie. Elle avait construit ce qu'elle était en piétinant son passé, en niant ses racines et voilà que tout cela s'écroulait en une fraction de seconde, en un seul regard. Abel n'était pas ici par hasard, c'était impossible. Seize ans après, jour pour jour. Année pour année. Il était venu pour elle.

Cette constatation la heurta une deuxième fois tout simplement parce qu'il n'y avait aucune tendresse dans le regard d'Abel, ce n'était pas le regard dont elle se souvenait. Car ils n'étaient plus des enfants. Car elle était partie. Et s'il était là aujourd'hui, c'était pour des comptes. Voilà pourquoi elle n'avait jamais donné de nouvelles, voilà pourquoi elle s'était cachée. Comment avait-elle été retrouvée ? Elle n'en savait rien et à cet instant, c'était le cadet de ses soucis. On ne quittait pas la Nouvelle-Orléans impunément, on ne renonçait pas à sa famille et à son passé impunément et la présence d'Abel en face d'elle s'imposait comme le cruel rappel de cet état de faits. Réalisant brusquement qu'elle avait gardé le silence trop longtemps, que l'émotion qui marquait ses traits n'était pas coutumière et finirait par attirer l'attention de ses collègues, Isobel baissa brusquement les yeux, rompant le contact visuel entre elle et Abel. Lorsqu'elle releva la tête, il n'y avait sur son visage plus aucune trace du bouleversement qui l'agitait encore intérieurement. Posant un regard froid sur ce dernier, elle tendit la main, une amorce de sourire professionnel sur le visage - elle ne le laisserait pas gâcher ce qu'elle s'était échiné à construire - mais ses yeux parlaient pour elle.

- Bonsoir, lança-t-elle en anglais sans le quitter du regard. Enchantée de vous rencontrer.

D'un point de vue extérieur, la conversation semblait tout à fait normale, entre deux collaborateurs mais lorsque Isobel reprit la parole, mais en français cette fois-ci, ses mots n'avaient plus rien de professionnel.

- Qu'est-ce que tu fais-là, Abel ?

Dans le fond, elle connaissait la réponse. Mais pour la première fois de sa vie, Isobel voulait sincèrement se tromper.


Isobel Lavespère
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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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C’était un mélange de sentiments confus qui avait fait s’accélérer les battements de coeur d’Abel. Tellement de fois il s’était demandé comment il réagirait en la revoyant. Tellement de fois, il s’était répété qu’il ne se laisserait pas avoir par ses émotions, qu’il ne montrerait que de la froideur et du dégoût, parce que c’était tout ce qu’elle méritait. Il avait cru qu’il s’était érigé une barrière émotionnelle comme un rempart de glace entre elle et lui, mais c’était parce qu’il n’avait été confronté qu’à un souvenir qu’il était facile d’haïr. A présent que le souvenir reprenait chair, c’était comme si toutes les émotions profondément humaines qu’Abel s’était refusé de ressentir à son égard resurgissaient. La colère, l'amertume et quelque part… le désarroi. Il ne savait pas ce qu’il espérait, au fond. Ne jamais la retrouver, pour se laisser un infime espoir que la situation n’était pas celle qu’il croyait, qu’elle n’avait jamais voulu fuir la Nouvelle-Orléans ? Non, elle était bel et bien vivante, elle n’était jamais revenue et elle assumait une autre vie, désormais. Depuis tout ce temps, elle avait choisi de les oublier.

Ou en tout cas, elle avait tenté. A la façon dont Isobel le regarda, Abel sut qu’elle l’avait elle aussi reconnu au premier coup d’oeil et qu’elle n’était pas seulement surprise. Elle était choquée, profondément choquée. Cela ne dura que quelques secondes, mais Abel crut même voir de la peur dans son regard, avant qu’il ne se durcisse soudainement. Il n’y eut alors qu’une froideur professionnelle dans l’expression de la jeune femme. Elle sauvait les apparences face à ses collègues, comprit Abel, lorsqu’elle répondit avec une formule de politesse des plus basiques.

« De même. »

Il lui serra la main en arborant le même air détaché, bien décidé à ne rien montrer de son tumulte intérieur. Ce n’était pas à lui de se laisser déstabiliser, il n’avait rien à se reprocher, contrairement à Isobel. L’entendre engager la conversation en français fit froncer les sourcils à l’archimage. C’était lui qui avait commencé par la nommer dans leur langue maternelle mais il ne comptait pas poursuivre dans ce petit jeu. D’abord parce qu’ils finiraient par se faire remarquer par leurs collègues, s’ils échangeaient dans une langue différente. Et d’autre part parce que c’était trop facile. Ce n’était pas une discussion pleine de faux semblants qu’il voulait entretenir avec elle, pas sur ce sujet-là. Abel choisit néanmoins de s’exprimer en français pour la première chose qu’il avait envie de rétorquer, et qu’il était difficile de justifier auprès des oreilles indiscrètes :

« Moi qui pensais que tu aurais oublié ta langue maternelle. »

Non, il n’y avait décidément aucune tendresse dans le regard d’Abel, ni même dans ses mots. Evidemment qu’il comptait lui faire savoir ce qu’il pensait de son départ, et lui exposer les véritables raisons de sa venue. Elle les avait sûrement devinées, ni lui ni Isobel ne croyaient au hasard. Mais ce n’était pas encore le moment. Abel avait décidé de prendre son temps, de voir quel genre de personne elle était devenue, avant de lui rappeler celle qu’elle avait été. Après un certain temps de latence, il finit par répondre à sa question, en reprenant l’anglais :

« Je travaille pour Cosmos, comme… »

Il allait dire « comme tu peux le voir » mais Isaac l’interrompit dans son élan, profitant du fait que son ami avait réussi à obtenir l’attention de la « bombasse » pour venir s’incruster lui aussi, tout sourire. Il se tourna vers Isobel, avec enthousiasme.

« Oh vous aussi, vous parlez le français ? Je me disais bien qu’il y avait un truc, dans vos noms de famille à tous les deux. Vous venez d’où ? Vous avez des origines françaises ? »

Que disait-il ? Ils avaient déjà attiré l’attention. Abel n’ajouta rien, son regard dardé sur la chargée de communication. Des origines françaises, non, pas vraiment, pas directement. Quel mensonge servait-elle donc à ceux qui lui demandaient d’où elle venait ? Il était bien curieux de l’entendre.
Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Isobel serra la main d'Abel machinalement, sans le quitter du regard, le cœur battant à toute allure sans pour autant laisser paraître quelque chose. Pourtant, pour ceux qui la connaissaient bien - comme Abel, bien malheureusement - il était aisé de distinguer l'inquiétude au creux de ses pupilles, tout comme il avait dû sentir la tension dans sa main fine au moment où ils étaient entrés en contact. A cet instant précis, elle aurait tout donné pour pouvoir s'enfuir tant elle n'était pas préparée à cette confrontation. Comment aurait-elle pu l'être ? Voilà seize ans qu'elle n'avait pas revu sa famille ou ses amis, voilà seize ans qu'elle avait tout quitté. Elle était passée à autre chose tout comme ils auraient dû le faire. Tout comme Abel aurait dû le faire. Il n'avait pas le droit d'arriver ainsi devant elle, il n'avait pas le droit de se permettre de débarquer dans sa vie de cette manière, en la mettant sciemment au pied du mur devant ses collègues. La colère prenait peu à peu le pas sur le choc et Isobel réprima un claquement de langue agacé devant la pique d'Abel.

- Visiblement, nous avons comme point commun de ne jamais rien oublier, persiffla-t-elle en français.

Elle ne lui devait aucun compte, songea-t-elle avec colère. Elle ne lui devait rien. Elle avait fait un choix, elle avait pris sa vie en main et ne devait rien à personne. Isobel avait vite appris à ne compter que sur elle même et estimait donc qu'elle ne devait rien à personne. Elle menait sa vie comme elle l'entendait et elle ne laisserait personne se mettre en travers de sa route, même pas Abel. Surtout pas Abel. Qu'espérait-il en débarquant ainsi ce soir ? Qu'elle se jetterait dans ses bras ? Qu'elle implorerait son pardon de ne pas avoir donné de nouvelles durant seize ans ? Isy ne regrettait pas ses choix, elle se l'était interdit de tout manière. Elle ne reviendrait pas en arrière si elle en avait la possibilité, tout simplement parce qu'elle était persuadée d'avoir pris la bonne décision pour elle. Elle n'avait pas quitté la Nouvelle-Orléans sur un coup de tête, comme une adolescente en crise. Elle y avait pensé durant des jours, des semaines, des mois même, elle y avait pensé quand elle avait été envoyée loin de la ville, en raison des conflits entre les covens. Vivre à Bâton Rouge lui avait ouvert la porte sur un monde qu'elle mourrait d'envie d'explorer, plutôt que de vivre enfermée dans son coven, à servir les ancêtres et les ambitions de sa mère. Isobel était libre. Et elle ne laisserait personne lui retirer ou lui reprocher cette liberté. Elle fut tirée de ses pensées vindicatives - et du regard noir qu'elle vrillait sur Abel par l'un des archimages du projet, qui cherchait visiblement à s'incruster dans leur conversation.

Un joli sourire naquit machinalement sur ses lèvres tandis qu'elle faisait face au nouvel arrivant, même si son esprit tournait à toute vitesse. En temps normal, elle aurait juste dit qu'elle était américaine sans s'appesantir sur la question mais elle marchait sur des œufs avec Abel à ses cotés. Elle ignorait jusqu'où allaient ses velléités : était-il venu pour hurler au monde ce qu'elle s'était échinée à cacher ? Allait-il révéler que Isobel n'avait rien de la sage et traditionnelle chargée de communication qu'elle prétendait être ? Le fait d'être né à la Nouvelle-Orléans n'avait rien de pénalisant pour lui, il était bien connu que là-bas, la magie était une affaire de femmes. C'était bien plus délicat pour Isobel qui, même si elle était partie, avait tout de même reçu un enseignement. Elle pouvait bien prétendre n'avoir jamais vraiment pratiqué, le simple fait de révéler son lieu de naissance ouvertement suffirait à attirer des soupçons. Alors encore une fois, Isy choisit de cacher la vérité plutôt que de mentir.

- En réalité, je suis américaine, répondit-elle avec un sourire. Le français est très parlé dans ma famille, l'Amérique est un vrai melting-pot, vous êtes bien placé pour le savoir, ajouta-t-elle avec un rire cristallin.

Elle avait répondu à la question sans vraiment le faire mais elle avait surtout constaté qu'Abel n'avait rien dit, préférant sûrement attendre d'avoir des éléments pour attaquer. Car aux yeux d'Isobel, il était forcément là pour cela : attaquer, se venger. Tout comme elle l'aurait fait.



Isobel Lavespère
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Oui, Abel connaissait par coeur son amie d’enfance, même avec seize ans de plus, il y avait certaines choses qui ne changeaient pas, et qu’il n’avait pas oublié. Il savait lire derrière son masque de self-contrôle -qu’elle maniait redoutablement bien, il fallait l’avouer- pour déceler ses émotions véritables derrière les signes qui ne trompaient pas. L’inquiétude qui passait fugacement dans son regard, les membres tendus… et le sarcasme derrière des phrases en apparence banales. Ah ça, non, il n’oubliait rien. Si elle avait espéré que la Nouvelle Orléans l’oublie dans sa fuite, elle s’était leurrée. On ne la cherchait plus, c’était vrai, même lui avait arrêté de le faire depuis des années avant de tomber sur cette coupure de journal, quelques mois plus tôt. Cependant, personne ne l’avait oubliée pour autant.

Quelle femme culottée. C’était bien parce qu’il la connaissait qu’il percevait la sourde accusation dans son ton et dans son regard, comme s’il était le fautif, entre eux deux. De quoi osait-elle l’accuser ? D’exister encore ? De ne pas avoir disparu dans un coin comme un souvenir qu’elle ne voulait plus voir ? De venir lui rappeler qu’elle avait des obligations, et une famille ? Il n’allait pas s’excuser de venir troubler par sa simple présence son petit confort incroyablement égoïste qu’elle s’était construit ici, sans un regard pour eux. Il n’allait pas la laisser s’imaginer que c’était lui le méchant de l’histoire, surtout pas quand il venait en Angleterre sans réelle intention de lui causer du tort, plutôt de changer les choses. Mais pour le moment, il lui en voulait si fort que c’était surtout la défiance et la rancoeur qui se lisait sur son visage, ce qui justifiait sans doute qu’Isobel se sente menacée. Il ne comptait en effet pas être tendre avec elle, mais ce n'était que justice. Croyait-elle qu’elle pouvait tout régir de sa vie, se moquer des personnes qui tenaient à elle, sans jamais rien payer de ses erreurs ? Elle méritait bien une petite leçon, et si elle était brutale, c’était tant mieux, soufflait une petite voix au fond d’Abel.

L’intervention d’Isaac ne lui servit qu’à mieux observer comment elle se comportait en compagnie de son beau monde. Avec toute l’hypocrisie dont elle savait faire preuve, visiblement. Le rire délicat, la façon de cacher les choses sans mentir… Oh elle était douée. Cela dit, c’était normal qu’elle ait appris à cacher ses origines et jouer les sorcières sans histoires, auprès de ses collègues, depuis le temps, songea t-il avec ironie.

« C’est bien vrai ! répliqua Isaac, en se joignant à son rire. Racontez-moi, vous avez seulement des origines ou vous êtes née dans notre beau pays ? »

Oh voilà qu’il commençait à flirter, maintenant, pitié, il allait vomir. Abel préféra s’éclipser un instant. Il se dirigea vers les tables où leur groupe de collègues avait fait installer plusieurs flûtes de vin des Elfes, pour eux. Il en siffla une d’une longue gorgée interrompue, presque avec colère. Retrouver Isobel se révélait plus éprouvant pour ses nerfs qu’il ne l’avait imaginé. Peut-être parce que les choses n’allaient pas comme il l’aurait voulu. A quoi s’attendait-il ? Pas à ce qu’elle l’accueille avec ce regard accusateur. Oh il ne s’imaginait pas non plus qu’elle lui sauterait au cou. Si elle avait eu envie de le revoir, elle l’aurait fait depuis bien longtemps. Mais se braquer de la sorte ? Comme s’il était là pour lui faire du mal ? Comme s’ils n’avaient jamais été amis et proches ? Il avait presque envie de faire quelque chose pour lui donner raison de le craindre, pour réparer son orgueil qu’elle venait de blesser de son simple regard noir.

Décidé, Abel saisit deux coupes de vin, puis revint vers les deux adultes qu’il avait laissés à discuter. Il en tendit une à chacun, un sourire sec figé sur les lèvres. Isaac ne se formalisa même pas de l’air assez froid de son ami, dont il avait l’habitude.

« Ah merci Abel, reste avec nous, vieux ! J’ai trouvé une américaine française comme toi, vous devez avoir plein de trucs en commun !
- Je sais, je la connais déjà. »

La phrase avait fusé sans qu’il ne fasse le moindre effort pour la retenir. Dans un ton parfaitement tranquille. Il savoura le court silence qu’il venait de créer, avant qu’Isaac ne formule son étonnement.

« Vous vous connaissez ? D’avant, tu veux dire ? »

Abel haussa les épaules comme si cela avait une moindre importance, comme s’il ne parlait que de bagatelles.

« Oui, d’avant. De bien avant. »

Isaac voulait sans doute dire d’avant le projet Cosmos. Mais Abel se référait à une toute autre échelle de temps, comme le disait le regard qu’il avait vrillé sur Isobel en répondant. Ah elle avait voulu l’oublier ? Eh bien non, il était revenu. Et il ne se cachait pas, lui.
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Isobel observa du coin de l'oeil Abel s'effacer, ce qui la soulagea quelque peu. Elle savait que ce n'était qu'une brève accalmie mais cela lui laissait le temps de réfléchir un peu facilement, tout en écoutant d'une seule oreille Isaac qui lui parlait, se formalisant à peine du flirt qu'il tentait d'engager.

- J'y suis née, répondit-elle sans se départir de son sourire, mais je suis au Royaume-Uni depuis presque dix ans désormais.

Où était donc Roy quand on avait besoin de lui ? songea-t-elle en parcourant la foule du cabaret du regard. Ou même Toni, ou bien Danielle ou bien qui que ce soit qu'elle puisse connaître et qui fasse une excellente diversion. Elle tenta de croiser le regard d'Albert mais ce dernier était en train de discuter avec animation avec une jeune juriste en droit de l'environnement, qui collaborait sur le projet. Elle n'eut pas le temps d'approfondir sa recherche dans la foule puisque Abel revenait déjà, lui tendant une coupe qu'elle accepta sans un mot et sans un regard, faisant mine d'être aveuglément passionnée par ce que lui racontait Isaac alors qu'elle n'en n'avait pas entendu un mot. Elle se força à sourire lorsque ce dernier lança à Abel qu'ils devaient avoir "plein de trucs en commun" - plus qu'il ne pourrait même l'imaginer dans ses rêves les plus fous - et s'apprêtait à changer de sujet pour éviter la pente glissante lorsque la phrase de trop fut prononcée.

Isy darda un regard ardent sur Abel, son cœur battant à toute allure, ses doigts se resserrant autour de sa coupe de vin. A cet instant précis, elle aurait pu lui lancer un sortilège, un enchantement violent et vicieux dont le vaudou semblait avoir le secret. Isobel avait mis des années à construire sa vie et à tout instant, Abel pouvait tout faire basculer d'un revers de la main. Et tout cela au nom de quoi ? Elle n'avait rien fait de mal. Oui, elle avait sûrement manqué de loyauté envers sa famille et son coven, et alors ? Abel n'était ni l'un ni l'autre. Et il était hors de question qu'elle le laisse faire quoi que ce soit. Elle avait été perturbée par sa soudaine vision, songea-t-elle en soutenant le regard de son ancien ami, mais il était temps de reprendre ses esprits. Elle était là, passive, à attendre qu'il agisse et à subir ses phrases qui, si elles paraissaient innocentes aux yeux du monde, étaient pleines de sous-entendus pour elle. Or Isobel n'était pas le genre de personne à se laisser faire et à laisser les autres prendre le contrôle de la situation. Elle avait toujours été douée pour retourner les choses à son avantage et ne comptait pas abandonner ce talent là maintenant.  Le sourire qu'elle adressa à Abel avait tout du sourire carnassier qu'elle adressait à ses concurrents dans les conférences de presse et elle reporta son attention sur Isaac comme si de rien n'était, incarnation même de l'amabilité.  

- En réalité, Abel et moi sommes de très vieux amis.

L'inflexion qu'elle donna dans le dernier mot était tout à fait significative et laissait sous-entendre beaucoup plus de choses que de l'amitié. C'était un pur mensonge évidemment, il n'y avait jamais rien eu de ce genre entre elle et lui mais cela... Personne ne pouvait le savoir. Elle leva sa coupe en direction d'Abel, comme pour lui porter un toast imaginaire en l'honneur des bons souvenirs, et reprit à l'adresse d'Isaac.

- C'était il y a bien longtemps. L'un d'entre nous a eu du mal à accepter la rupture alors... Nous évitons de nous croiser. Vous savez ce que c'est, lança-t-elle avec un rire léger, tandis que ses yeux sombres n'avaient pas quitté ceux d'Abel.   

Le faire passer pour un ex petit-ami un peu trop accroché... C'était tellement simple. Isobel savait mentir et il était toujours facile de jouer sur les cordes protectrices des mâles virils qui voyaient là l'occasion de secourir une demoiselle en détresse. La situation était mille fois plus compliquée que cela mais si cela pouvait lui servir de mentir un peu... Elle ne cracherait pas dessus.


Isobel Lavespère
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Le regard brûlant que lui adressa Isobel procura à Abel un mélange d’émotions étranges, entre la satisfaction de l’avoir fait réagir, et une certaine forme de… malaise. Il avait la désagréable impression de faire face à une étrangère. Et pourtant, c’était Isobel, il reconnaissait ses mimiques, ses traits familiers, ses yeux sombres, tout était là, avec seize années de plus. Mais jamais elle ne l’avait regardé de la sorte, comme s’il était son ennemi. Isobel, au temps de leur enfance ? Une jeune fille ambitieuse et déterminée, mais surtout, une jeune fille joyeuse, pleine de vie, douce même, avec lui, en tout cas. C’était comme si tout cela avait volé en éclats. Abel ne reconnut pas son amie d’enfance dans la façon dont elle le gratifia d’un sourire sinistre, avant de se tourner vers Isaac pour faire des déclarations qui eurent le même effet que des coups de poignard dans le coeur.

Comment ? Comment osait-elle ? Cette fois-ci, Abel fut incapable de masquer quoique ce soit. L’expression sur son visage se décomposa, les battements de son coeur s’accélèrent subitement, une lueur d’effarement brilla même dans son regard qu’il était incapable de décrocher de celui d’Isobel, l’espace d’une seconde avant qu’il ne se voile complètement. Elle venait de toucher, sans savoir, à un sujet plus que sensible. Un sujet quasiment interdit, qu’Abel avait enterré au plus profond de lui même. Evidemment, elle ne pouvait pas savoir. Elle était partie avant qu’il ne puisse le lui dire. Cela la rendait d’autant plus coupable aux yeux d’Abel, qu’elle parle de ce qu’elle ne savait pas. Il se mettait rarement en colère, la plupart du temps, une réplique assassine de sa part suffisait, mais cette fois, il vit rouge. Il saisit Isobel par le poignet, sans lui laisser le choix de se débattre. Il se fichait bien du regard interloqué qu’Isaac posait sur eux. Il se moquait bien qu’elle le fasse passer pour quelqu’un d’autre auprès de ses collègues, lui, il n’avait pas de problème avec son image, il n’avait pas de faux-semblants à préserver. Ce qu’il n’acceptait pas, ce n’était pas qu’elle mente sur leur passé en face de personnes qui ne les connaissaient pas de toute façon, mais qu’elle souille le souvenir qu’ils en avaient tous les deux.

Abel emmena la jeune femme plus loin, dans un coin du casino plus tranquille où les regards indiscrets de leurs collègues ne pouvaient pas les atteindre, tout en restant couverts par un bruit relatif autour d’eux. Il se tourna vers Isobel sans lâcher son poignet qu’il serrait toujours, en la foudroyant du regard. On lui avait souvent dit qu’il était intimidant, c’était souvent malgré lui, à cause de sa grande taille, son attitude froide. Mais cette fois, son envie d’écraser quelqu’un de son simple regard était bien réelle, et sa voix fut tout autant glaciale :

« Une rupture hein ? Si ça avait été une, au moins, j’aurais été mis au courant avant que tu te casses. T’es vraiment gonflée. Je me fiche que t’enrobes la vérité pour que tes collègues ne sachent pas d’où tu viens vraiment, c’est pas étonnant de ta part, c’est pas comme si on existait encore pour toi. Mais aies au moins la décence de produire un mensonge qui ne te donne pas le beau rôle, parce que je vais vraiment finir par croire que tu as le culot d’être fière de ce que tu as fait. »

A quoi s’attendait-il en venant ? A ce qu’elle exprime une forme de regret, peut-être. Même infime. Oh, Abel avait ce défaut d’être très rancunier, il lui en voulait trop pour lui pardonner d’un claquement de doigt, mais l’attitude présente d’Isobel ne lui donnait même pas envie d’essayer. Non, elle le dégoûtait, purement et simplement.
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Isobel eut la satisfaction de voir Abel être déstabilisé comme elle l'avait été, enfouissant derrière la colère qu'elle ressentait l'éclat d'effarement qu'elle aperçut dans les prunelles de celui qui fut un jour son ami. Elle s'était engagée dans un rapport de force sans même penser à une autre alternative tant elle avait oublié ce que cela pouvait être. Isy se battait dans sa vie pour tout et ce depuis des années, au point que c'était devenu un mode de fonctionnement. Tout était question de pouvoir, tout était question d'ascendant. Et elle ne laissait personne avoir l'ascendant sur elle. Car après tout, que pouvait vouloir Abel à part lui faire payer ce qui s'était passé ? Elle vivait avec cette crainte depuis seize ans et voilà que cela ne pouvait être que cela, cela ne pouvait être que lui. Qu'il arrive ainsi seize ans après, jour pour jour, face à ses collègues, en public, son air froid sur le visage, ses propos plein de sous-entendus, tout cela ne pouvait être une coïncidence.  Et elle ne se laisserait pas faire comme cela, elle avait bien trop à perdre, à commencer par elle-même.

Elle ne se débattit pas lorsqu'il saisit brusquement son poignet, ne voulant pas attirer l'attention sur eux plus que nécessaire. Derrière les airs assurés qu'elle se donnait, Isobel fulminait et plus ils s'éloignaient de leurs collègues respectifs, moins elle arrivait à le dissimuler. Ainsi ils allaient parler, sans fard et sans faux-semblants, sans crainte que leurs éclats de voix attirent l'attention. Du moins pour Isy qui ne comptait pas fiche en l'air sa carrière ce soir. Abel comptait peut-être le faire mais elle avait besoin de temps pour assurer ses arrières et elle ferait tout pour avoir cette précieuse temporalité. Quand ils se retrouvèrent dans un coin isolé du cabaret, elle tira sur son poignet pour le libérer de la poigne serrée d'Abel qui ne lâcha pourtant pas. Soutenant son regard sans ciller, Isobel ne se laissa pas impressionner le moins du monde. Allons bon ! Il comptait la menacer physiquement désormais ? Elle avait peut-être quitté la Nouvelle-Orléans mais cela ne l'empêchait pas de savoir se défendre s'il le fallait. Elle n'était peut-être pas devenue prêtresse mais Isy restait une sorcière vaudou, Abel ferait mieux de ne pas l'avoir oublié...

- Lâche-moi, ordonna-t-elle d'une voix glaciale.

Elle l'écouta parler sans se démonter, laissant échapper un rire jaune sur les derniers mots. Elle tenta encore une fois de se dégager, retrouvant sans même s'en rendre compte le français, face à Abel.

- Ce que j'ai fais ? Ce que j'ai fais ? Tu veux savoir ce que j'ai fais, Abel ? J'ai vécu ma vie. Qu'est-ce que tu veux que je te dise, hein ? Que je pleure chaque soir en pensant à la Nouvelle-Orléans où j'aurai dû rester enfermée jusqu'à ma mort pour servir un coven qui n'attendait de moi qu'un asservissement aveugle ? C'est ça que tu veux que je te dise ?

Elle vrilla ses yeux sombres dans les siens, articulant nettement chaque mot.

- Qu'est-ce que tu veux entendre ? Que je regrette ? Et bien non. Je ne regrette pas. Je suis heureuse ici. Je ne l'étais pas là-bas. A partir de ce constat-là, la décision était simple.

Soudainement plus calme sans savoir pourquoi, Isobel abandonna le français, recouvrant un peu ses esprits.

- Je n'ai pas de comptes à te rendre, Abel. Je n'ai de comptes à rendre à personne. C'était ma vie. C'est ma vie. Je ne suis pas la marionnette de nos familles. Je ne l'ai jamais été et tu l'as toujours su.


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Soutenant le regard tout aussi meurtrier d’Isobel, Abel maintint sa prise sur la jeune femme alors qu’elle lui crachait enfin ses premiers mots sincères. Il tiqua à la façon qu’elle avait de se défendre, pleine de mauvaise foi à ses yeux. Si elle croyait lui apprendre quelque chose, elle se trompait. Et son reproche n’était de toute façon pas là, en tout cas, pas seulement. Abel avait plus ou moins fini par deviner tout seul pourquoi elle avait quitté la Nouvelle Orléans, en rassemblant les souvenirs de leurs dernières discussions, même si elles n’avaient jamais laissé deviner au sorcier qu’Isobel songeait à s’enfuir. Mais cela aurait pu être pour n’importe quoi, au fond. Elle aurait pu partir pour pour vendre les secrets de son coven, pour devenir plus puissante dans un autre clan. Comment savoir ? Elle avait pillé son temple avant de se volatiliser dans la nature, sans l’ombre d’une explication ! Toutes les interprétations étaient possibles, et elles avaient été nombreuses. Qu’elle soit partie pour sa liberté n’était finalement que la moins pire des raisons qui auraient pu la pousser à partir. Cela n’excusait pas son attitude pour autant, aux yeux d’Abel. Son ton tint pourtant davantage de l’incompréhension que du reproche, cette fois-ci.

« Puisque je l’ai toujours su, pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

Le français lui était venu sans même qu’il n’y pense. Ce n’était pas tellement pour se prémunir des oreilles indiscrètes autour d’eux. A cet instant, Abel renouait instinctivement avec le français, car, sans même en avoir conscience, il lui semblait évident que cette conversation ne pouvait se tenir que dans la seule chose qu’ils partageaient encore tous les deux : leur langue maternelle.

« Toi aussi, tu savais très bien que je te soutenais. J’aurais pu comprendre. Mais tu m’expliques ça seize ans plus tard, Isobel, quand je dois venir moi-même t’arracher ces aveux. Pourquoi tu ne m’as pas fait confiance ? Pourquoi tu m’as mis dans le même sac que tous les autres ? On était… »

Amis, meilleurs amis, même. Abel s’interrompit pour prendre une profonde inspiration. Repenser à ce qui les avait liés ne lui apportait qu’une amertume qu’il peinait à masquer. Oui, ils avaient été meilleurs amis, et à cette époque, Abel voulait même être plus que cela. Mais Isobel le lui avait ôté, brutalement, cruellement. Et elle se tenait aujourd’hui devant lui, le regard noir, pour lui dire qu’elle n’avait aucun compte à lui rendre, que c’était sa vie. Une vie sans lui, de toute évidence. Le coup avait été très dur, seize ans plus tôt. Il l’était presque tout autant maintenant qu’Isobel était là pour lui confirmer les conclusions qu’il avait fini par tirer tout seul. Il ne comptait pas pour elle, en tout cas, pas plus que tous les autres qu’elle avait rayés de sa vie.

« J’aurais pu comprendre, répéta t-il, alors que son regard qu’il posait de nouveau sur Isobel redevenait subitement dur. Mais tu as préféré te comporter comme une lâche. Tu peux dire ce que tu veux pour te justifier, il y avait des gens qui t’aimaient à la Nouvelle-Orléans. Et tu les as piétinés, sans le moindre égard, voilà ce que tu as fait. Bon sang, Isobel ! Juste un signe que tu étais toujours en vie, c’était trop demandé ?! Ou tu étais égoïste au point de ne penser qu’à ce qui te rendrait la fuite plus facile ? »

Il était hors de question qu’il la laisse s’imaginer qu’ils étaient ses bourreaux, et qu’elle n’avait aucun tort dans l’histoire. Avait-elle des comptes à leur rendre ? Bien sûr que oui, au moins sur la manière dont elle était partie, que cela lui plaise ou non.
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Pourquoi Isobel n'avait-elle rien dit ? Pourquoi avait-elle gardé sa fuite secrète jusqu'au moment où elle avait franchi les portes de la Nouvelle-Orléans sans se retourner ? Elle-même ne savait pas vraiment dans le fond, tant les explications étaient nombreuses. L'hésitation, d'abord, jusqu'au dernier moment, jusqu'au dernier instant, quand elle était remontée dans sa chambre après son intronisation, soi-disant pour se changer avant les réjouissances de la nuit du réveillon du nouvel an. Elle avait hésité jusqu'au moment où ses doigts s'étaient refermés sur le sac qui contenait ses affaires, chose qui avait finalement signé son départ. Le matin-même du trente-et-un décembre, dernier moment où elle avait vu Abel, elle n'était pas encore certaine. Il y avait la peur, aussi. Peur qu'il essaye de la convaincre de ne pas le faire - et réussisse - peur qu'il la dénonce... Isobel avait toujours été très secrète, elle avait toujours peiné à accorder sa confiance et avait toujours pensé qu'on ne pouvait dans le fond compter que sur soi-même, même si cette caractéristique de sa personnalité s'était accentuée avec le temps. Et puis parce que, malgré ce que Abel semblait penser, Isobel n'était pas tellement fière de sa fuite. Elle était fière du chemin parcouru, oui, assurément. Mais elle n'était pas fière de la manière dont les choses s'étaient faites et elle ne l'était déjà pas à l'époque. Elle n'aurait pas supporté de voir le regard déçu d'Abel quand elle lui aurait annoncé son projet, lui qui l'avait toujours regardé avec douceur. Ou du moins, qui la regardait avant de cette manière. Pour autant, elle ne comptait pas dire tout cela à Abel, trop fière, trop méfiante et surtout, trop honteuse, dans le fond.

- Tu n'aurais pas compris, ne dis pas le contraire. Tu aurais essayé de me convaincre de ne pas le faire, Abel, et tu le sais aussi bien que moi. Tu m'aurais fait rester.

C'était peut-être ça l'aveu humiliant dans le fond, surtout pour la femme qu'elle était devenue. Elle, qui ne laissait personne lui dicter son chemin. Elle, farouchement indépendante, aurait pu se laisser convaincre par Abel et elle le savait pertinemment. Reconnaître ce fait, c'était reconnaître l'influence qu'il avait pu avoir sur elle, elle qui exécrait ce genre de choses désormais. La véritable raison, finalement, c'était peut-être cela. Si Abel avait su, elle n'aurait pas pu partir. C'était mille fois plus simple d'avoir fait cela seule, loin de lui. Sans lui. Isobel était celle qui avait du pouvoir sur les gens, par tous les moyens possibles, comment pouvait-elle reconnaître qu'on pouvait la battre à ce petit jeu là ? Enfin, reconnaître qu'on aurait pu la battre, songea-t-elle tandis que le regard d'Abel se durcissait de nouveau et qu'elle le soutenait, ses yeux clairs contre ses yeux sombres. Dans sa colère, la poigne d'Abel s'était renforcée sur le poignet fin d'Isobel et elle tira machinalement dessus pour essayer de se libérer d'une emprise qui devenait douloureuse, sans succès. Si elle s'était un peu apaisée auparavant, les accusations froides de celui qui fut son ami ranimèrent sa colère et elle le fusilla du regard.

- Ah oui ? Qui m'aimait, hein ? Ma mère ? Tu veux vraiment qu'on en parle de ma mère ? Est-ce qu'un jour, en seize ans, est-ce qu'en un seul foutu jour, elle a mentionné mon nom, hein ? persiffla-t-elle, le regard dur. Je parie que non. Et n'essaye même pas de me mentir.

Sophie, une mère ? Elle ne l'avait jamais sûrement été. Isy avait été élevée un temps par sa grand-mère, jusqu'au décès de cette dernière et de tous les souvenirs qu'elle avait avec sa mère, rien ne se rapprochait d'un véritable modèle familial. Elle n'avait fait un enfant que pour le coven, c'était toujours pour le coven, tout était toujours tout pour le coven.

- Les Lavespère m'aimaient, c'est ça ? Conneries, cracha-t-elle en anglais. Ils n'aiment que la magie, c'est tout ce qui compte. Ils s'en foutaient, de moi, crois-moi, s'ils ont été furax, c'était parce qu'ils perdaient une sorcière. J'aurai pu crever que ça n'aurait rien fait, s'ils avaient pu me sacrifier sur un autel du cimetière avant !

Sa voix tremblait un peu, sa respiration s'était accélérée mais elle l'ignorait, fixant toujours Abel dans les yeux.

- Je sais ce que tu vas me dire, Abel. Que toi, tu m'aimais.

Elle laissa planer un léger silence, juste l'espace d'un battement de cœur.

- Que j'étais ta meilleure amie, c'est ça ? Ton amie d'enfance. Alors oui, je te crois. Mais nous n'étions déjà plus des enfants. Ce n'est pas moi qui suis partie la première, Abel. Ce n'est pas moi qui ait abandonné l'autre en premier, souffla-t-elle. Tu allais faire ta vie en dehors du coven et moi j'allais y rester, enfermée jusqu'à en devenir folle comme ma mère.

Elle eut un sourire sans joie.

- Alors oui, je suis partie. Mais tu n'as pas perdu grand-chose, visiblement, vu ce que tu penses de moi maintenant... Tu n'as même pas idée de la manière dont tu me regardes, Abel.

Elle tira une dernière fois sur son poignet.

- Lâche-moi. S'il te plaît.


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Il l’aurait fait rester. Il l’aurait fait rester. Abel fronça les sourcils, sans quitter Isobel du regard. Oh, il aurait bien aimé, si elle lui en avait laissé la chance, il aurait en effet parlé avec elle pour tenter de la faire changer d’avis. A force de laisser tourner la phrase dans sa tête, Abel finit par relever le fait qu’elle avait dit qu’elle l’aurait fait rester, non pas qu’il aurait essayé de la faire rester, ce qui changea quelque chose dans son expression, l’espace d’une seconde. De la surprise. Depuis tout ce temps, il s’était presque convaincu que cette amitié entre elle et lui n’avait dû être qu’une chimère pour qu’elle l’annihile avec une telle brutalité. Qu’il devait très peu compter pour elle pour qu’elle l’ait rayé de sa vie de cette façon. A partir de là, qu’elle parle comme si elle ne doutait même pas du fait qu’il aurait su la retenir ébranlait quelque peu son interprétation des choses.

Il n’eut pas vraiment le temps de se pencher sur la question, toutefois. Le ton d’Isobel venait d’augmenter d’un cran, alors qu’elle parlait de sa mère. Sophie Lavespère. Abel ne l’avait jamais beaucoup appréciée -simple retour du fait qu’elle avait décidé de ne pas l’aimer avant même de le connaître- mais il avait toujours tenté d’être cordial et respectueux avec elle, juste pour le fait qu’elle était la mère d’Isobel, même s’il savait que les relations entre la mère et la fille étaient tendues. Il n’avait jamais spécialement tenté d’arranger les choses, il s’était contenté d’être là pour Isobel lorsqu’elle voulait se confier ou se plaindre. Quelque part, il n’y avait rien d’étonnant à ce que les rapports entre Sophie et sa fille soient houleux, c’était le cas de la majeure partie des personnes très impliquées dans un coven. Abel lui même ne s’entendait pas vraiment avec sa mère, et le couple de ses parents avait fini par éclater, alors les soucis familiaux lui paraissaient presque faire partie de la routine.

Cependant, cela n’enlevait rien à ses yeux de l’importance dûe à la préservation de ces liens, qu’Isobel les ait piétinés était l’une des choses qu’il ne cautionnait pas.  Qu’elle retourne la situation en accusant sa mère piqua un peu Abel, qui se sentait pour la première fois de sa vie plutôt solidaire de ce qu’avait dû ressentir Sophie au départ de sa fille : un sentiment d’infâme trahison, auquel chacun réagissait différemment. Si lui avait retourné l’Amérique pour tenter de retrouver Isobel, ce n’était pas le cas de tous. En effet, Sophie n’avait plus jamais évoqué Isobel, après son départ, elle n’avait pas levé le petit doigt pour la retrouver. Elle avait rayé le nom de sa fille de son vocabulaire, mais qui avait supprimé l’autre de son existence la première ? Pas la mère. Abel était intimement persuadé que ce n’était pas de l’indifférence que Sophie ressentait. Juste l’amère sensation d’avoir été poignardée dans le dos. Et il mettait sa main à couper qu’elle était plus meurtrie qu’elle ne le laissait paraître. Alors il prit sa défense à demi-mot, le ton sec :

« Tu sais bien qu’elle est très fière… »

Comme toi, eut envie d’ajouter Abel, mais la remarque resta coincée dans sa tête, tandis qu’Isobel reprenait de plus belle en lui crachant toute sa colère sur le reste des Lavespère. Evidemment, il était peut être un peu trop optimiste, à vouloir croire que ces gens-là l’aimaient sincèrement. Il ne pouvait pas nier, la plupart avaient semblé plus embêtés par le fait d’avoir perdu une sorcière de talent, plutôt qu’une nièce, une cousine. D’ailleurs, Abel avait été le seul à s’être accroché aux recherches jusqu’au bout, jusqu’à ce que continuer de s’acharner relevait de l’aveuglement. Il ouvrit la bouche pour rétorquer exactement ce qu’Isobel l’interrompit pour déclarer à sa place. Que lui, il l’aimait.

Malgré lui, et il se détesta aussitôt pour cela, il eut un coup au coeur en entendant ces mots sortir de sa bouche. En effet, il l’aimait et elle n’avait jamais su à quel point, mais tout cela était fini, désormais. Il avait enterré ces sentiments qui ne le menaient nulle part. Il avait même tiré un trait sur leur amitié, convaincu qu’elle ne valait rien non plus pour elle. Le reproche qu’elle lui glissa alors dans un souffle fut un deuxième coup au coeur, mais complètement différent du premier. Abel en resta cette fois-ci réellement sonné. Lui, avoir abandonné Isobel ? Il s’en étouffait presque. De surprise et de… Ce n’était même pas de l’indignation, à ce niveau-là, mais de l’écoeurement, ce qui dut se lire dans le regard qu’il ne parvenait pas à détacher d’Isobel, les lèvres entrouvertes par le choc. Elle le lui fit d’ailleurs remarquer, avant de le sommer de la lâcher. Il ne faisait même plus attention au fait qu’il la tenait toujours sous son emprise.

Lentement, Abel desserra sa poigne, puis finit par lui rendre totalement la liberté de mouvement. Elle venait de dire tellement de choses, il s'était senti passer par au moins tout autant d'états. Leur discussion aurait presque pu devenir civilisée, si elle s’était arrêtée aux reproches contre sa famille. Mais qu’elle l’accuse de l’avoir laissée tomber en faisant sa vie, alors qu’elle savait très bien ce qu’il avait vécu comme déceptions, ce qu’il avait dû sacrifier pour en arriver là ? Cela ne passait définitivement pas, et effaçait toute forme d’indulgence de sa part. Elle allait en prendre pour son grade, car Abel décida instantanément de cesser de se taire et d’agir comme on craignait toujours qu’il agisse, lui, qui intimidait toujours les autres sans le vouloir. Il déversa tout ce qu’il pensait, sans la moindre forme de tact, ni dans ses mots, ni dans son ton, ni dans le regard qu’il vrilla sur Isobel :

« Ca te rebute à ce point de faire preuve d’un peu de bonne foi ? Bah voyons, ça va être de ma faute, maintenant. Je ne t’ai jamais abandonnée, Isobel, pas comme toi tu l’as fait. J’aurais pu, tu vois. J’aurais pu décider de faire ma vie à Salem ou ailleurs, concrètement, personne n’a besoin de moi à la Nouvelle-Orléans, puisque je suis un homme. Mais je revenais, aussi souvent que je pouvais, pour ma mère, mes tantes, mes amis. Pour toi. Et je ne t’ai jamais rien caché de ce que je faisais, je te racontais tout. Je pensais que c’était le cas pour toi aussi, mais je me trompais. Je crois que t’as pas très bien saisi que pendant dix huit ans, je t’ai considérée comme ma meilleure amie en ayant l’impression que c’était réciproque, puis j’ai passé les seize années suivantes à me demander depuis combien de temps tu me mentais, depuis combien de temps tu… machinais des plans pour t’enfuir en jouant les parfaites ingénues à côté. Tu sais quoi, Isobel ? Je t’ai tellement aimée que je t’ai laissé le bénéfice du doute jusqu’au bout. Hier encore, j’espérais m’être trompé ou avoir mal interprété quelque chose. Mais là, tu viens de me confirmer ce que j’avais peur de comprendre, après seize ans de silence... Tu penses vraiment qu’à ta petite personne. »

Sur cette phrase, il marqua un court temps de pause qui ne lui servit qu’à inspirer plus fort pour tenter de calmer les furieux battements colériques de son coeur, et reprendre de plus belle :

« Tu peux cracher sur ta famille autant que tu veux. Ils n’aiment peut-être que la magie, ils t’ont peut-être élevée dans l’unique but de faire de toi une grande prêtresse, mais regarde-toi. T’es pas si différente. C’est bien toi qui a attendu la cérémonie de tes seize ans pour te barrer, non ? Et c’est bien toi qui as volé les ouvrages de magie de ton temple, l’héritage de ta famille, avant de partir ? J’ai comme l’impression que tu y as largement trouvé ton compte, dis-moi. Tu n’es pas une pauvre victime qui a fui l’oppression, Isobel, non, tu es une femme à peu près aussi calculatrice qu’égoïste. »

Toute sa rancoeur parut se cristalliser simplement dans cette dernière phrase, dans le ton, le regard empli d’accusation, voilé de colère qu’il posait sur la sorcière. Il ne ressentait même pas ce petit sentiment libérateur d’avoir vidé son sac, car il lui en voulait si fort et il s’en voulait tant d’y attacher autant d’importance, alors qu’elle ne méritait même pas son attention, que rien ne pouvait le soulager à cet instant-là. Il aurait même pu continuer dans sa tirade, à enfoncer le clou, mais son regard tomba sur le collier autour du cou d’Isobel, dissimulé sous une partie de sa robe, qu’Abel aurait reconnu entre mille. A cette seconde, la vue de ce détail lui parut insupportable. Voilà bien la seule chose qui n’avait pas changé chez cette femme : cette amulette de protection qu’elle portait depuis toute petite.

« En plus, tu as gardé ton amulette. Laisse-moi deviner, c’était le seul truc que t’as jugé utile de conserver venant de ta mère ? »
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Isobel effleura machinalement de son autre main la peau endolorie de son poignet lorsque Abel la relâcha lentement, son regard empli de colère vrillé sur elle. Elle ne baissa pas pourtant pas les yeux, toute aussi animée que lui par la rage, une rage qu'elle ne comprenait pas, qu'elle ne comprenait plus, qu'elle pensait avoir mise de côté. Isy avait tout fait pour passer à autre chose, elle avait construit une vie à l'opposé de son enfance, rien n'était plus éloigné des rues poussiéreuses de la Nouvelle-Orléans que les couloirs aseptisés du Ministère de la Magie britannique. Elle avait grandi, vieilli, était partie. Alors pourquoi revoir Abel la mettait dans de tels états ? Il y avait la peur, oui. La peur de voir ce château de cartes qu'était sa vie s'effondrer brusquement sans qu'elle ne puisse rien y faire. La peur, la honte, aussi. La honte qu'elle avait nié, qu'elle avait caché, qu'elle avait occulté mais qui couvait alors, au détour d'une ombre de son cœur, qui frappait dans sa poitrine à chaque mention- même innocente - de ses racines.

Mais parmi tous ces sentiments qui lui oppressaient la poitrine, glissaient dans ses veines et dans son esprit pendant qu'elle soutenait le regard d'Abel, parmi tout cela, il y avait autre chose. Il y avait cette colère, cette colère sourde qui grondait, qui avait toujours grondé, qui tourbillonnait derrière ses pupilles sombres, cette colère adolescente qu'elle exécrait. Isobel apparaissait, Isobel paraissait, maitrisait tout, chaque détail de sa vie, chaque détail de son image, elle maitrisait tout d'une main de fer qu'elle ne drapait même pas dans un gant de velours. Rien ne venait l'ébranler, en apparence. Rien ne la touchait, l'atteignait, reine de glace sur son piédestal. Et voilà que face à Abel, elle redevenait cette adolescente en colère, cette tempétueuse jeune fille qu'elle avait été et qu'elle n'avait jamais vraiment réussi à dompter. Abel la renvoyait à ce qu'elle n'aimait pas, un passé qu'elle avait mis derrière elle, une version d'elle-même qu'elle avait surmonté. Voir qu'il arrivait à tout briser d'une seule présence la rendait folle de rage. Parce que Isobel ne se laissait pas atteindre comme cela, ne se laissait plus atteindre comme cela, ne se laissait pas affaiblir comme cela. Et tandis qu'il était là, à l'accabler de rage, de rancœur, de haine contenue pendant trop longtemps, pendant qu'il déchargeait sa colère sur elle, la sienne montait.

Ce n'était même pas ses mots durs qui attisaient tout cela, c'était les émotions qui explosaient dans la poitrine d'Isy, c'était ses mains tremblantes, sa respiration trop courte, son cœur trop rapide. C'était voir l'effet qu'il pouvait encore avoir sur elle qui la mettait hors d'elle, c'était voir que malgré tout, malgré tous ses efforts, ses distances, malgré tous les murs qu'elle avait construit, elle n'était pas si forte que cela. Elle n'était pas inébranlable, elle n'était pas intouchable, malgré tous ses efforts. Isobel avait une faiblesse, une énorme faiblesse qu'elle avait chassé de sa vie il y a bien longtemps, bien déterminée à affronter le monde derrière un épais mur de glace, juchée sur un piédestal de froide détermination. Une faiblesse qui se tenait de nouveau devant elle, écrasant d'un souffle tout ce qu'elle pouvait avoir et sans qu'elle ne puisse rien y faire. Et c'était dangereux. Dangereux parce qu'elle n'avait nul part où tomber et surtout parce qu'elle ne souhaitait pas tomber, ni même vaciller. Isy ne se retournait pas, elle avançait envers et contre tout, envers et contre elle-même parfois, elle avançait sans même se soucier du reste, de ce qu'elle écrasait, de ce qu'elle piétinait, persuadée que si elle arrêtait un jour alors elle ne repartirait jamais. Alors elle n'écouta rien d'autre que cette sourde colère quand sa voix claqua dans l'air, tranchante comme jamais auparavant, mordante d'ironie.

- Félicitations pour cette brillante démonstration, alors ! Je suis bien cette petite garce ingrate que tout le monde soupçonnait, tu me vois désolée que tes petites illusions idéalistes des dernières années soient ainsi piétinées. Tu veux la vérité ? Tu la veux vraiment ? Je savais que j'allais partir avant même de revenir de Bâton-Rouge. Je l'ai toujours su, tout n'était qu'une question de temps. La seule chose qui me faisait tenir, c'était de savoir quand est-ce que j'allais pouvoir me barrer. Tu veux même en savoir plus ? cracha-t-elle. J'ai même failli m'enfuir avant de poser un pied à la Nouvelle-Orléans. Mais tu vois, comme tu l'as si brillamment deviné, j'ai fais exprès d'attendre mes seize ans. Plus facile de piquer dans les réserves tu vois. Les yeux flamboyants, Isobel n'avaient pas quitté Abel du regard. J'avais tout prévu. Chaque trajet, chaque itinéraire, chaque trajet de car. J'ai volé de l'argent à ma mère pendant des mois, un peu chaque jour. Et j'ai compté chaque moment qui m'a séparé de cet instant il y a seize ans. Chaque minute, Abel.

Son ton devint murmure et elle fit un pas vers lui.

- Et tu sais quoi ? Je suis partie sans même me retourner. Et chaque kilomètre entre moi et vous était une victoire. Je n'ai pas regretté un seul instant. Pas un seul. Tu m'as laissé le bénéfice du doute pendant seize ans, Abel ? Et bien ça fait trente-deux ans que je me fous de la Nouvelle-Orléans. C'est ça que tu voulais entendre ? Je m'en fous. J'en ai rien à carrer. J'en ai jamais rien eu à carrer.  

Elle mentait. Isobel n'avait pas toujours su qu'elle allait partir et elle avait hésité jusqu'au dernier moment, jusqu'au moment où elle était montée dans le car qui l'avait emmenée loin de la Nouvelle-Orléans. Elle avait eu le cœur serré à chaque instant, avait songé à revenir mille fois. Elle avait pensé à eux chaque instant, chaque instant difficile, chaque nuit compliquée, chaque épreuve difficile. Sa fierté l'avait maintenue loin, son orgueil, sa raison aussi. Elle était partie, elle avait fait un choix. Alors elle ne revenait pas en arrière. C'était ainsi. Il était trop tard. Elle était fière du chemin parcouru mais cela ne signifiait pas qu'elle avait tout oublié. Elle avait aimé la Nouvelle-Orléans avec toute la force de son cœur, elle l'aimait, c'était sa maison, son foyer, dans le fond. Et cela le serait toujours. C'était la terre de ses ancêtres, la terre de son enfance et si elle avait choisi de partir et de le laisser derrière elle, elle n'avait pas l'impression d'avoir tout piétiné comme le sous-entendait Abel. Elle avait fait un choix, avait tourné une page de sa vie.

Mais Isobel ne dit rien. Elle se tut et comme toujours, elle enfouit le fond de ses pensées au fond de son esprit et de son cœur. Elle tut ses regrets, ses doutes, ses peines, ses secrets et se contenta de défier Abel de ce regard insolent qui la caractérisait tant. Elle voulait qu'il parte, elle voulait qu'il la haïsse encore plus fort, qu'il la méprise tant qu'il n'aurait de choix que de la maintenir loin de lui, de se maintenir loin d'elle. Elle voulait qu'il fuit et cette fois, elle piétinait tout. La confiance, les restes de leur amitié, leurs souvenirs, la dernière chance qu'ils avaient pu avoir. Elle piétinait tout en le regardant dans les yeux comme si son cœur n'explosait pas dans sa poitrine, comme si rien n'avait existé.  Parce qu'elle ne revenait pas en arrière. Envers et contre tout.

Alors quand les yeux d'Abel se posèrent sur la chaîne de son amulette, celle que sa mère lui avait offerte pour son premier acte de magie, elle eut presque une hésitation. C'était la preuve évidente de son mensonge, la preuve évidente qu'elle se souciait de son passé pour avoir conservé ce collier pendant tant d'années. Ce n'était même pas tant pour les capacités de magie de sa mère qui étaient bien piètres mais parce qu'elle n'avait jamais pu se résoudre à l'enlever. Il était là, tout contre sa peau depuis toujours, dégageant un éclat magique trop familier, une douce chaleur qu'elle connaissait par cœur. D'un geste presque machinal, elle en effleura la chaîne, le médaillon étant dissimulé sous sa robe, et sut ce qu'elle allait faire avant même que son esprit l'appréhende entièrement. Franchir la limite qu'elle n'avait jamais franchi et qu'elle n'aurait jamais penser franchir avec Abel. Elle voulait l'éloigner avec tous les moyens du monde, sans même réfléchir aux conséquences, uniquement animée par cette colère e cette peur qui pulsait dans ses veines. La magie glissa dans ses doigts avec la force de l'habitude et le sortilège repoussa Abel contre le mur tandis que Isobel relevait le menton, maintenant la pression encore quelques secondes. Elle avait beau avoir étudié à Salem après sa fuite, c'était toujours sa magie originelle qui revenait la première.

- Non, cingla-t-elle. J'ai gardé la magie, aussi, cracha-t-elle. J'ai peut-être quitté la Nouvelle-Orléans, mais je reste une sorcière vaudou, n'oublie jamais ça. Tu sais très bien à quoi tu as affaire. Et comment rester à ta place d'homme.

Le mépris qui suintait de sa dernière phrase, elle n'aurait jamais pensé non plus l'arborer face à celui qui fut son meilleur ami. Et pourtant elle était là, le regard dur, la mâchoire serrée et Isobel n'avait jamais autant ressemblé à sa mère qu'à cet instant précis. Elle fixa Abel encore quelques instants avant de se détourner, fermant les yeux l'espace d'un instant tandis qu'elle s'éloignait d'un pas vif, relâchant son sort au dernier moment. Insensible à la foule autour d'elle, elle la traversa sans s'arrêter et finit par atteindre les portes des Folies qu'elle franchit  sans se retourner, l'air froid lui fouettant le visage. Elle n'avait même pas pris le temps de récupérer son manteau mais s'éloignait déjà dans la nuit, comme seize ans auparavant.  


Isobel Lavespère
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Quelque chose dans le regard d’Isobel signifia à Abel qu’il était parvenu à la toucher, réellement, cette fois. Fait étrange, la première chose qu’il ressentit fut comme une petite pointe de soulagement de voir qu’il était encore capable de savoir exactement où appuyer pour la faire réagir, comme si les années n’avaient pas effacé cette connivence qu’ils avaient partagé. Cela ne dura qu’une seconde, dans une telle situation, l’indignation et la fureur d’Abel s’élevait comme une vague qui balayait tout le reste. Rien dans son regard ne laissait croire qu’il avait été son meilleur ami un jour, tant il était assombri d’une quantité de ressentiments trop longtemps contenus.

Abel était un homme capable de dire toutes les vérités, aussi cruelles soient-elles. Il avait toujours vu le mensonge comme l’arme des lâches. Paradoxal à première vue venant d’un Laveau qui avait grandi dans l’hypocrisie et la dissimulation, mais parce qu’il était un garçon, Abel n’avait jamais été intégré aux secrets qui régissaient le coven, ce qui l’avait longtemps laissé amer, et lui avait fait développé cette aversion pour les faux-semblants. Lui, il valait mieux, n’est-ce pas ? Facilement cynique, Abel ne mâchait pas ses mots, il ne l’avait jamais fait, aujourd’hui encore moins qu’avant, car trop de choses avaient bouillonné et ruminé en lui depuis le départ d’Isobel. L’incompréhension, d’abord. Il n’avait pas reconnu sa meilleure amie derrière le silence que leur avait imposé Isobel. Elle s’était littéralement volatisée, sans laisser de traces derrière elle, et même, en faisant attention à ne pas en laisser, ce qu’Abel avait fini par comprendre après des mois de recherches. Mais il n’avait jamais voulu le croire, au fond de lui. Même encore aujourd’hui, même maintenant qu’il se tenait face à Isobel pour lui réclamer ces explications qu’il attendait depuis seize ans, une part de lui espérait encore qu’elle démentirait toutes ses conclusions, alors même que tout le poussait à les valider.

Dire que quelque chose se brisa en Abel, alors qu’Isobel se dévoilait enfin, n’était qu’un ridicule euphémisme. L’homme d’ordinaire si fermé eut le plus grand mal à masquer son désarroi, ce fut comme s’il chutait sans fin, du haut de ce piédestal sur lequel il se tenait encore, quand il était certain d’avoir raison, quand il était dans la position du plus fort, de celui qui avait le droit d’accabler Isobel. Par tous ses ancêtres, elle ne regrettait même pas. Comment pouvait-il espérer des excuses, alors qu’elle ne regrettait même pas ? Un instant, il eut envie de croire qu’elle était simplement ironique, qu’elle se faisait juste passer pour la méchante pour ne pas avoir à se justifier, car il y avait quelque chose de réellement cynique dans la façon qu’elle avait d’affirmer qu’elle était bien la traîtresse qu’il l’accusait d’être. Et en même temps… Le ton dur et le regard impitoyable d’Isobel saisissait Abel aux tripes, le rendant incapable de croire qu’elle faisait semblant. Il avait beau fouiller dans l’expression de son visage, il n’y avait rien pour le faire penser qu’elle jouait la comédie. Sa colère n’était pas feinte. Il l’avait poussée à bout, jusqu’à cette extrême limite des révélations qu’il attendait. Isobel révélait simplement son véritable visage.

La désillusion lui semblait à cet instant mille fois plus douloureuse que le jour où il avait compris qu’elle ne reviendrait jamais. C’était comme si elle invalidait tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, à la Nouvelle-Orléans, cette ville qui avait accueilli toute leur enfance, et qui les avait rapprochés, comme un symbole fort de leur amitié. Mais il ne pouvait pas tout avoir imaginé ! N’était-ce pas Isobel qui lui avait fait découvrir les meilleurs coins de la Nouvelle-Orléans dès leur plus jeune âge, comme si elle passait son temps à la arpenter ? N’était-ce pas elle qui, plus tard, le traînait à trois heures du matin dans le bayou, pour aller s’amuser avec des jeunes loups-garou de leur âge ? Elle ne pouvait pas se tenir là, seize ans plus tard, et lui balancer à la figure que tous ces souvenirs étaient faux, et qu’elle n’en avait jamais rien eu à faire. Se fichait t-elle donc de lui aussi ?

Oui, elle se fichait de lui, il n’avait aucune importance, puisqu’elle l’avait quitté aussi brutalement et sans retour que la Nouvelle-Orléans. Ils lui étaient donc d’une compagnie si insupportable qu’elle avait préféré fuir et qu’elle avait même compté les jours avant son départ. Très bien. Mais Abel n’était pas né de la dernière pluie. Elle ne pouvait pas lui faire croire qu’elle avait renié tout son héritage, alors même qu’elle conservait le médaillon de son mère autour de son cou et qu’elle affirmait fermement être encore une sorcière vaudou. Sa collision contre le mur fut comme une décharge qui lui remit les idées en place. Soit Isobel était sincère dans tout ce qu’elle disait, et dans ce cas, il n’avait plus rien à faire avec elle, il ne voulait même pas la revoir. Soit elle mentait quelque part, par fierté de toute évidence, ou parce qu’elle voulait légitimer ses années de fuite, ce qui ne la rendait pas plus supportable aux yeux d’Abel. Dans tous les cas, son attitude le dégoûtait. Soit elle était une immonde ordure soit une pitoyable lâche, était-ce un choix ? Et dans les deux cas, elle restait une odieuse menteuse. A cet instant, tout en lui rejetait cette femme qu’il ne reconnaissait plus, qu’il ne voulait même pas connaître. En quelques mots, elle venait de détruire les souvenirs qu’il gardait d’elle. Si lointains souvenirs… Avec le temps, Abel se demandait même s’il ne les avait pas idéalisés. Le laïus d’Isobel venait de si bien fonctionner, qu’il commençait à se repasser certains souvenirs et se demander quel détail il avait raté, comment n’avait-il pas pu voir plus tôt quelle noirceur cachait déjà la personnalité de la jeune fille.

Le mépris dans la voix et le visage d’Isobel se reflétait dans l’expression de l’architecte, qui venait d’enfouir tous ses questionnements et ses doutes au profit d’une immense déception, d’une colère et d’un dégoût qu’il ne masquait même pas. Abel n’était pas un homme sanguin, bien au contraire, mais à cet instant, il aurait pu gifler la jeune femme, tant les sentiments qui le prenaient à la gorge étaient violents. Il détestait se retrouver en proie à ses émotions, jamais il n’avait autant bouilli. Isobel était la seule personne capable de le mettre dans un tel état de perte de contrôle et il détestait cela. Hier, il n’avait qu’une envie, c’était de la revoir. Maintenant, son souhait le plus cher était de la voir disparaître de sa vie. Merlin ! Il avait déjà bien trop perdu de temps et d’énergie pour elle, en vain.

Ce qui franchit ses lèvres dans un murmure, alors qu’Isobel se détournait, Abel le prononça sous le coup de la fureur et d’un profond dépit. Peut-être bien que la sorcière ne l’entendit même pas. Il s’en fichait. Sa déception était telle qu’il le fit prononcer ce que des gens comme eux ne disaient jamais à la légère. Ce n’était pas à la légère. Abel avait sincèrement envie de lui faire du mal, comme elle lui en avait fait, toutes ces années, alors il souffla, le regard obscurci et le coeur piétiné :

« Sois maudite, Isobel… Sois maudite par tous tes ancêtres. »

FIN DU RP


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Jour pour Jour [Isobel & Abel]

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