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 Dirty little secret [Roy]

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Dernière édition par Isobel Lavespère le Lun 2 Fév 2015 - 2:43, édité 1 fois
1er Janvier 2009, Oxford

Isobel n'avait pas réussi à trouver le sommeil. Elle était rentrée directement après avoir quitté les Folies Sorcières, le cœur battant à tout allure et prise d'un vertige incommensurable. Son premier réflexe aurait été de faire ses valises et de partir, pour ne pas laisser l'occasion à Abel de s'imposer dans sa vie. Partir, encore, tant qu'elle le pouvait encore. Elle aimait l'Angleterre, elle y avait fait sa vie mais n'en n'aurait plus si elle laissait Abel tout détruire. La France peut-être, elle connaissait le pays, avait même quelques contacts avec les services presses du gouvernement. Mais c'était près encore, tout près de l'Angleterre, trop près. Elle pouvait essayer ailleurs, peut-être l'Australie, où elle n'avait jamais mis les pieds mais dont elle maîtrisait la langue ou encore les États-Unis, dernier endroit où Abel la chercherait désormais.

Ces pensées l'avaient maintenue éveillée, à faire les cent pas dans son appartement, essayant de toutes ses forces de ne pas céder à la panique qui l'envahissait doucement, insidieusement. Isobel n'était pas le genre de femme qu'on perturbait facilement, elle était en contrôle permanent et pour la première fois depuis des années, sa vie lui échappait à nouveau. C'était ça, sa punition ? L'ironie des ancêtres ? Que ce soit son ami d'enfance qui vienne détruire tout ce qu'elle s'était échiné à construire ? Que ce soit l'une des seules personnes qui l'avait rendue heureuse à la Nouvelle-Orléans qui vienne désormais briser ce qui faisait son bonheur ? Tout se payait, elle l'avait toujours su mais elle n'aurait jamais cru que la sentence puisse être si cruelle.

Elle avait allumé des bougies, vers cinq heures du matin, prié de toutes ses forces, elle avait dirigé toutes ses pensées vers sa grand-mère mais elle s'était heurtée à un silence assourdissant. Rien, aucun signe, rien du tout, un mur total alors qu'elle obtenait toujours une réponse d'habitude. Isy avait toujours eu des facilités pour parler aux ancêtres, pour convoquer les esprits, c'était le domaine qu'elle maîtrisait le mieux, avec les enchantements. Et personne n'avait répondu, elle avait dû faire face à un silence moqueur pour lui rappeler que tout se paye. L'heure des comptes était arrivée et alors qu'elle aurait dû y faire face la tête haute, alors qu'elle aurait dû assumer ses actes comme l'avait toujours fait, Isobel avait juste l'impression que le souffle lui manquait. De rage, elle avait renversé l'autel des ancêtres au moment où un sanglot l'étreignait tandis que tout ce qu'elle avait enfouit d'elle au sujet de la Nouvelle-Orléans remontait brusquement, ranimé par la seule apparition d'Abel.

Elle le détestait, se répétait-elle sans cesse comme une enfant furieuse, elle le détestait, il n'avait pas le droit, il n'avait pas le droit. Et pourtant, ce droit, il l'avait pris. Et elle ne pouvait rien y faire. C'était comme si toutes ses erreurs venaient de frapper à sa porte en même temps, sans lui laisser la moindre marge de manoeuvre. Abel pouvait détruire sa vie en quelques mots, en un claquement de doigts. Il pouvait la détruire elle. C'était Isobel qui faisait ça d'habitude, elle publiait des communiqués de presse sans se soucier des retombées sur les gens concernés, elle mentait, elle manipulait, elle ensorcelait. C'était elle qui avait une emprise sur la vie des gens, c'était elle qui menait le jeu, qui menait son monde par le bout du nez. Cela avait toujours été le cas, elle avait toujours su obtenir ce qu'elle désirait et ce depuis l'enfance : Isobel Louise mettait le monde et le destin à ses pieds, c'était sa grand-mère qui le disait. Elle jouait un jeu et elle gagnait souvent, soit parce qu'elle avait un coup d'avance soit parce qu'elle avait des atouts indéniables.

Mais cette fois-ci, c'était différent. Les règles du jeu venaient de changer et cette fois-ci, Isobel n'était pas certaine de pouvoir remporter la partie.

Vers huit heures, elle avait pris une potion pour s'apaiser un peu, calmer ses mains qui tremblaient à la fois de rage et d'angoisse avant de prendre une longue douche brûlante dans l'espoir de détendre ses muscles noués. D'un geste de la main, elle avait effacé la buée du miroir de sa salle de bains pour se retrouver face à son reflet plus pâle que d'habitude et son regard qui n'avait plus rien d'assuré. Isy n'avait pas l'habitude d'être vulnérable mais à cet instant précis, elle n'avait plus rien de la femme forte et assurée qu'elle était au quotidien. Elle devait travailler aujourd'hui mais elle ne pouvait pas apparaître au Ministère dans cet état, aussi enfila-t-elle un jean, loin de ses tailleurs habituels, avant de passer un coup de Cheminette au Ministère.

Qu'était-elle censée faire maintenant ? Elle avait pris son chat dans ses bras, assise sur son canapé, et fixait sans vraiment le voir le bouquet offert par Albert la veille. Partir ? C'était la solution la moins noble mais aussi la plus facile. Partir sans se retourner, s'installer ailleurs, reconstruire ailleurs. Elle avait peu d'attaches ici, rien qui ne puisse vraiment la retenir si la nécessité de partir s'imposer. Rester ? Faire face à Abel, l'affronter ? Elle ne savait pas ce que cela donnerait et n'avait pas forcément envie de le savoir. Il était en position de force, il l'avait prise au dépourvue... Mais Isobel Lavespère n'était décidément pas le genre de femme à s'effacer face à un homme. Elle avait besoin d'en parler, réalisa-t-elle en saisissant entre ses doigts le collier que lui avait offert sa mère et qu'elle portait toujours autour du cou. Elle réglait habituellement ses problèmes seule mais elle peinait déjà à réfléchir de manière cohérente, alors prendre une décision... Il n'y avait qu'une seule personne dans ce pays à qui elle faisait assez confiance pour lui parler de cela et surtout, qui était au courant du vaudou, élément indispensable pour comprendre la situation. Son Patronus - une chauve-souris - s'envola avant même qu'elle ne puisse se penser au message à délivrer à Roy et elle reposa sa baguette magique sur sa table basse, passant une main dans ses cheveux détachés.

Elle ne sut pas combien de temps s'était écoulé avant que des coups ne retentissent à sa porte mais elle écarta son chat qui s'était endormi sur ses genoux et se leva pour ouvrir la porte, laissant passer Roy sans un mot. Elle referma le battant derrière elle, s'appuyant dessus quelques instants avant de trouver quoi dire. Elle n'avait pas réfléchi à cela, à comment présenter la situation, comment faire comprendre à Roy pourquoi revoir Abel la mettait dans de tels états : elle n'avait tout simplement pas pensé avant d'agir et c'était suffisamment rare pour être signalé.

- J'ai un problème, lança-t-elle finalement d'une voix un peu rauque en posant ses yeux noirs sur Roy. Un vrai problème.


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Si Roy n’avait pas reconnu le Patronus d’Isobel, silencieux, au pas de sa porte, il se serait sans doute plus longtemps prélassé au lit, en compagnie de Thelma, ce matin-là. Il avait passé une soirée plus qu’agréable, il s’était réveillé avec l’esprit léger, chose qui ne lui était pas arrivée depuis un certain temps. Alors, malgré tout, il avait pris soin de rester encore un peu avec la jolie rousse, d’échanger quelques gestes tendres, avant de la remercier pour leur soirée et lui proposer de remettre cela quand elle le voudrait. Isobel pouvait bien attendre un peu, en tout cas, Roy ne s’imaginait pas que la situation était urgente.

Il prit donc son temps pour venir dans l’appartement de la sorcière, à Oxford. Tous les déplacements étaient compliqués par le blocus, de toute manière, il était forcé de se rendre d’abord à la Cheminette des Folies Sorcières pour trouver un relais d’où il pouvait transplaner d’où il le souhaitait. Il arriva donc avec un certain retard à la porte de la jeune femme, sans se douter de l’état dans lequel il allait la trouver… Et quel état ! Haussant les sourcils, Roy garda un silence stupéfait alors qu’une Isobel méconnaissable lui ouvrait la porte. Il pénétra dans son appartement, se tourna vers elle, sur le point de prendre la parole, mais elle le devança en annonçant qu’elle avait un problème. Il avait bien cru voir, oui. C’était bien la première fois qu’il la voyait aussi pâle, avec les traits crispés, loin de son assurance habituelle. C’était même la première fois qu’elle lui annonçait un problème, en attendant visiblement qu’il l’aide, d’ailleurs. Si elle avait traversé de mauvaises passes, Roy n’en avait jamais rien su, tant elle paraissait forte et indépendante au quotidien. Alors qu’est-ce qui pouvait bien déstabiliser Isobel Lavespère à ce point ?

La situation était assez inhabituelle pour en devenir préoccupante. Sourcils froncés, Roy fit quelques pas vers la jeune femme, pour poser doucement ses mains sur ses épaules. Il avait senti à sa voix enrouée qu’elle retenait ses émotions et qu’elle hésitait sans doute à parler. Il l’encouragea donc, en demandant doucement :

« Quel est le problème ? »

Il posait un regard un peu inquiet sur elle, parce qu’il n’était tout simplement pas habitué à la voir ainsi. Isobel, vulnérable ? Cela relevait du fantasme, franchement, elle était plus impitoyable que la moitié de ses Veilleurs. Roy s’imaginait donc que le problème en question devait être assez sérieux, et le silence de la jeune femme l’alarmait un peu plus.

« T’as l’air vraiment mal en point Isy, il s’est passé quelque chose de grave ? »



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Isobel secoua la tête tandis qu'un rire nerveux lui échappait à la question de Roy, sans qu'elle puisse le retenir. Comment pouvait-elle laisser quelqu'un la mettre dans des états pareils ? Comment pouvait-elle se laisser aller ainsi au point de devoir demander de l'aide à quelqu'un ? Avait-elle touché le fond à ce point ? Roy ne comprendrait pas. Personne ne comprendrait. Elle avait l'impression d'avoir pris un coup en plein cœur, un coup provenant directement de son passé et qui pourrait assurément détruire son avenir. Comment pouvait-elle expliquer le vertige qui l'avait envahie depuis hier soir quand elle même ne pouvait pas en mesurer l'étendue ? C'était un mélange de sentiments oppressants : l'angoisse, la colère, la surprise, la peur. Tout cela en même temps et tout cela à cause d'une seule personne, en une seule soirée. Rares étaient pourtant les choses qui pouvaient réellement l'atteindre, les points faibles d'Isobel étaient rares mais profonds et Abel venait justement d'écraser son poing dessus.

Se décollant de la porte en se passant une main sur le visage, Isy s'appliqua à reprendre un peu ses esprits, ses doigts venant machinalement trouver le pendentif de sa mère qui ornait son décolleté. Elle saisit la pierre pour en effleurer la surface du pouce tandis qu'elle faisait quelques pas dans son appartement pour finalement venir s'appuyer sur le dossier du canapé. Est-ce que quelque chose de grave était arrivé ? En théorie, non. Abel était juste venue la voir. Elle avait réussi à sauver la mise auprès de ses collègues, c'est à peine s'ils avaient remarqué son trouble, trouble qu'elle avait d'ailleurs mis sur le compte de l'alcool. Rien de grave n'était arrivé, donc. Pas encore. Car ce qui effrayait tant Isobel dans la présence d'Abel en Angleterre, ce n'était pas ce qu'il avait fait. C'était ce qu'il pourrait faire dans le futur. Réalisant qu'elle s'agitait de nouveau, Isy lâcha son collier et passa l'espace d'un instant ses mains sur ses yeux avant de relever la tête, croisant ses bras sur sa poitrine pour se donner une contenance.

- Hier soir, aux Folies...

Elle avait revu quelqu'un de la Nouvelle-Orléans. Oui, et alors ? Au premier abord, rien ne semblait expliquer pourquoi elle se mettait dans un tel état pour une simple rencontre. Roy ne pouvait pas comprendre l'impact que la présence d'Abel avait sur elle sans connaître le début de l'histoire, sans comprendre leur passé à tous les deux. Isy n'aimait pas se dévoiler, parler d'elle et encore moins parler de son passé. Mais Abel était son passé et il était revenu à elle. Elle ne pouvait plus l'enfouir dans un coin de son esprit et faire comme s'il n'avait pas d'impact sur sa vie car si, cela allait en avoir. Et pour la première fois depuis seize ans, Isobel ne pouvait plus ignorer d'où elle venait et ce qu'elle avait fait. L'heure des comptes était arrivée et il faudrait bien qu'elle y fasse face. Alors elle décroisa ses bras, prit une profonde inspiration et sut enfin par où commencer : le début.

- Tu sais que je suis née à la Nouvelle-Orléans. J'y ai grandi aussi, ma mère est une sorcière, ma grand-mère l'était... Toute ma famille. Une grande famille, un coven. Les choses sont différentes là-bas, tu... Tu vois le jour dans ton coven, tu y meurs et tu passes ta vie à le servir. Les filles sont élevées pour ça. J'ai été élevée pour ça.

Elle avait reçu les leçons de sa grand-mère, de sa mère, des prêtresses. Elle avait suivi des cours, avait appris de nombreuses choses, avait été formée à la magie. Son coven lui avait tout donné, tout ce qu'elle connaissait de la magie vaudou, c'était grâce à eux. Oui, elle avait travaillé ensuite seule, avait approfondit ce qu'elle savait mais elle tenait sa magie de sa famille, elle le savait, même si elle avait tendance à inconsciemment le nier.

- Et j'étais douée, reprit-elle avec un rire nerveux, détournant le regard. Vraiment douée. L'espoir de la famille, ajouta-t-elle avec cynisme. Mais... Ce n'était pas ce que je voulais moi, je l'ai toujours su.

Elle avait toujours aspiré à plus grand, plus grand qu'une vie de prêtresse à la Nouvelle-Orléans. Isobel voulait voir le monde, elle voulait choisir sa voie, elle voulait vivre librement et elle n'aurait jamais pu le faire en restant en Louisiane, on ne lui aurait pas permis. Parce qu'elle était une Lavespère et elle devait donc servir les ancêtres et le coven. C'était la raison de sa présence sur terre, aux yeux de sa famille. La raison de leur présence à tous.

- Alors je suis partie. Le jour de mes seize ans, pendant la nuit. Je me suis enfuie. Je n'avais même pas cent dollars en poche, je n'étais même pas majeure mais je suis partie quand même. J'ai... J'ai pris mes affaires. Et des affaires de magie, j'ai forcé la porte d'entrée de la salle de classe du coven avec un sort. J'étais vraiment douée, répéta-t-elle avec un rire jaune. C'était du vol, disons les choses clairement. Mais je m'en fichais, je voulais juste partir et...

Elle se mordilla la lèvre quelques instants.

- On ne quitte pas un coven comme ça, tu vois ? J'ai quitté la Louisiane, je suis restée chez les moldus des années, j'ai beaucoup voyagé, je me suis faite discrète. J'ai fini par quitter les Etats-Unis et j'ai voyagé en Europe jusqu'à me poser en Angleterre, quand on s'est connus. Et pendant tout ce temps-là, je n'ai pas parlé à ma famille, je n'ai donné aucune nouvelle. Ils m'auraient retrouvée sinon, tu comprends ? Et...

Et c'était sûrement sa plus grande crainte. Qui venait donc de se réaliser en la personne d'Abel.

- Cela faisait seize ans hier, en fait. J'étais aux Folies, avec mes collègues et... Quelqu'un est venu me voir. Il s'appelle Abel. On a grandi ensemble, pour tout dire. On était amis. Il a fait des études lui, c'est un homme, ils ne sont pas rattachés aux coven, c'est une affaire de femmes. Mais on était amis, vraiment et...

Elle finit par poser de nouveau son regard sombre sur Roy.

- Et il m'a retrouvée. Pas pour le plaisir de prendre des nouvelles d'une vieille amie, crois-moi. Il m'en veux, d'être partie, d'avoir tourné le dos à la Nouvelle-Orléans et...

Elle secoua la tête, peu désireuse de s'appesantir sur les raisons de la colère d'Abel.

- Il pourrait me faire plonger, Roy. S'il raconte au Ministère qui je suis réellement, je... Et s'il dit à ma famille que je suis ici, c'est... Je ne sais même pas ce qui sera le pire en fait.

Elle haussa les épaules.

- C'est dangereux pour moi dans tous les cas. Il est dangereux pour moi.

Et voilà, c'était dit. Tout était dit. Abel était revenu dans sa vie depuis quelques heures à peine et il la poussait déjà dans ses retranchements, bouleversait son monde, sa vie et l'obligeait à faire des choses qu'elle n'aurait jamais voulu avoir à faire. Il la mettait face à son passé, à ses responsabilités et Isobel sentait l'étau qui se resserrait autour d'elle au point d'en avoir la respiration presque coupée. Tout se paye. Et elle allait payer.


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Roy suivit des yeux Isobel faire son petit manège entre les cent pas, son collier et sa gestuelle anxieuse. Figé par la surprise et les questions qui se bousculaient dans sa tête, face aux réactions inhabituelles de la brune. Il ne pouvait toutefois pas la forcer à parler, et puis, il sentait qu’elle ne tarderait pas à le faire d’elle-même. Elle ne l’aurait pas fait venir, sinon.

Les premiers mots vinrent finalement. Roy fronça d’abord les sourcils en l’entendant évoquer son cabaret, mais elle laissa sa phrase en suspens, laissant le trafiquant sur ses interrogations. Après un certain temps de silence, une nouvelle fois, il s’apprêta à prendre la parole pour la pousser à poursuivre, au moment où Isobel se reprenait d’elle-même. Il l’écouta alors sans l’interrompre, sans même y avoir été préparé, commencer un récit qu’il avait attendu six ans avant de pouvoir entendre. Les quelques fois où Roy s’était montré curieux, Isobel s’était toujours contentée d’une ou deux phrases, brèves, lui fournissant très peu de détails, quand elle ne préférait pas éluder le sujet. Qu’elle, qui était si secrète, déballe soudainement des informations sur son enfance, alors qu’il ne l’y avait même pas poussée, était plus qu’inattendu. C’était stupéfiant.

Roy se ressaisit assez vite pour prêter une oreille attentive à ce qu’Isobel lui racontait, car elle ne lui raconterait pas deux fois, il le savait. Si elle n’était pas dans un état de vulnérabilité, elle ne lui aurait sans doute pas fait ces révélations. Il apprit donc qu’elle était née dans un "coven" de sorcières vaudous aux traditions particulières, où elle avait tout appris, avant de fuir pour vivre sa vie librement, s’il devait résumer. Désormais, beaucoup de choses s’éclairaient. Voilà pourquoi Isobel ne parlait jamais de sa famille : elle l’avait abandonnée. Voilà pourquoi elle était si farouchement indépendante : elle s’était retrouvée seule et forcée de se débrouiller, à seize ans à peine. Voilà pourquoi elle avait gardé ce pan de sa vie secret, même avec lui qui savait qu’elle était une sorcière vaudou : elle avait enterré cette histoire, pour mieux la laisser derrière elle.

Il ne manqua pas l’hésitation dans sa voix, plus prégnante au fur et à mesure de son discours. En la voyant se mordiller les lèvres, il sut qu’elle venait de finir son introduction, et qu’elle s’apprêtait à rentrer dans le vif du sujet. Il fit instinctivement quelques pas vers elle, alors que son oreille redoublait d’attention. Elle commençait à lui révéler ses craintes, à présent. Elle avait vécu volontairement cachée de sa famille. Quelqu’un de son passé l’avait retrouvée. Quelqu’un qui avait l’air de vouloir lui faire payer son départ précipité. Il suffit qu’Isobel prononce le mot « dangereux » pour que Roy en veuille immédiatement à cet inconnu qui tourmentait la jeune femme. Si elle cherchait quelqu’un pour l’aider à régler son compte à un perturbateur gênant, elle avait fait le bon choix en l’appelant, car Roy était de ceux qui ne laissaient personne faire impunément du mal aux personnes auxquelles il tenait. Et il avait les moyens de traquer et de punir, désormais, s’il le fallait.

Le trafiquant mit de côté la première curiosité qu’il avait ressenti en l’écoutant révéler son passé. Dans un autre contexte, il aurait sans doute rebondi, posé des questions sur ce coven mystérieux qu’Isobel avait quitté, sur cet entre-deux qu’elle avait vécu avant d’arriver en Angleterre, mais ce n’était pas le moment de s’étonner sur ces révélations, même si elles changeaient tout. Oh, il ne jugeait pas Isobel, il comprenait simplement plus de choses sur elle. Il n’avait de toute manière aucun droit de juger ce qu’elle avait fait, l’idée ne lui effleura même pas l’esprit, car il se rangeait naturellement de son côté. Ils avaient tous des cadavres dans leur placard, Isobel venait de lui révéler l’un des siens. Rien ne semblait plus évident à Roy qu’il allait l’aider à arranger les choses. Exactement comme elle l’avait aidé à se sortir de sa situation difficile dans la Voie en le débarrassant de ses ennemis, quelques mois plus tôt.

La mine sérieuse, Roy s’avança vers son amie, désireux d’abord de savoir à quel point cet Abel était « dangereux ». Parfois, l’émotion faisait imaginer les pires scénarios, et il était de son rôle d’essayer de relativiser les choses, pour rassurer Isobel, si elle se faisait des idées.

« Et tu penses que ce gars pourrait te balancer aux autorités ? Il t’a menacée ? »

Roy pouvait aisément comprendre le danger qu’Isobel courait si l’on entachait sa réputation au Ministère. Elle risquait de perdre son poste, et peut-être même d’avoir des ennuis avec la justice, si l’on lançait une enquête sur la nature de ses activités secrètes et illégales, qui pouvaient mener à des peines d’emprisonnement lourdes. En revanche, il avait du mal à comprendre qu’elle mette sur le même pied le risque que sa famille la retrouve. Evidemment, ils devaient avoir en travers de la gorge que leur progéniture ait fugué sans jamais donner de nouvelles, mais à première vue, en tout cas, la réaction normale et humaine voulait que cela soit le soulagement de retrouver leur fille qui prime, non ? Pourtant, Isobel en parlait comme si sa propre famille réagirait dans la violence et la répression si jamais elle retrouvait sa trace. « On ne quitte pas un coven comme ça, tu vois ? » Non il ne voyait pas. Isobel avait l’air d’avoir vécu dans la peur constante que son coven la retrouve. Adolescente, Roy pouvait comprendre qu’elle ait eu du mal à assumer son acte, mais maintenant ? Au pire, elle était adulte et elle ne leur devait rien désormais, non ? Roy pressentait qu’il réfléchissait naïvement, mais il n’avait pas vraiment de point de repère pour voir les choses autrement.

« S’il prévient ta famille… Tu risques quoi, exactement ? »



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Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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L'ensemble de la conversation - dispute - qu'elle avait eu avec Abel revint dans la mémoire d'Isobel tandis qu'elle relevait les yeux vers Roy, qui la fixait de manière soucieuse. Quel spectacle elle devait donner, elle qui ne se laissait jamais aller ! Mais elle n'avait pas le cœur de sauver les apparences, comme hier, et de dissimuler tout le trouble qui l'avait envahie. Isy était au pied du mur et elle n'avait pas l'habitude de ce genre de situations, tant elle savait anticiper les choses. Comment aurait-elle pu prévoir que Abel reviendrait dans sa vie au bout de seize longues années ? Tout se payait, oui. Mais à ce point-là ? Les ancêtres devaient bien rire. Où était passée sa grand-mère et sa protection lorsqu'elle en avait vraiment besoin ? Pourquoi était-ce le moment où elle était abandonnée ? Protégée pendant seize ans pour mieux être lâchée ensuite ? On pouvait lui reprocher de ne pas avoir le sens de la famille, mais elle avait bien de qui tenir ! Rageuse, Isobel se força à inspirer profondément avant de se mettre à maudire la moitié de sa famille.

- Il m'a menacée. Et oui, il pourrait le faire.

Il le lui avait bien fait comprendre hier et Isobel n'oubliait aucun de ses mots. Elle avait répliqué, fait bonne figure, avait lutté pour ne pas montrer la panique qui l'envahissait mais chaque phrase d'Abel l'avait marquée plus qu'elle ne voulait l'admettre. Elle avait été hantée par cela toute la nuit et le serait encore sûrement longtemps, du moins tant qu'elle n'aura pas trouvé une solution pour résoudre le problème.

- Il a beaucoup moins à perdre lui, il... C'est un homme, il n'a pas reçu d'éducation magique, il ne sera soupçonné de rien. Moi... Même si je suis partie, les Aurors savent très bien que chaque fille qui naît au sein d'un coven est formée à la magie. Il suffit de perquisitionner mon appartement pour trouver quelque chose. Même nos liens ensemble me font paraître coupable. Et je le suis. Si Abel me dénonce, je n'aurai aucune ligne de défense.

Qu'est-ce qui lui disait que Abel n'était pas actuellement en train de se préparer pour aller voir les Aurors ? Que d'ici quelques minutes, ils viendraient frapper à sa porte pour l'arrêter ? Ses contacts au Ministère ne suffirait sûrement pas à lui sauver la mise, les pratiquants de magie noire - comme on aimait les désigner en Angleterre - étaient très mal vus depuis les dernières guerres. Rien ne sauverait Isobel et personne ne pourrait l'aider si la machine judiciaire se refermait sur elle. Ainsi Abel la détestait à ce point... Assez pour l'envoyer finir à sa vie à Azkaban et encore : si elle restait en vie. Isy avait tué quelqu'un et si le BDA le découvrait... Que ce soit un chef de gang ne plaiderait pas en sa faveur.

Avant de recroiser son ami d'enfance hier soir, elle n'avait à son égard que des sentiments positifs, souvenirs nostalgiques des quelques bons côtés de sa vie à la Nouvelle-Orléans. Abel faisait partie de son passé mais elle ne gardait aucune rancune envers lui, au contraire de personnes comme sa mère par exemple. En revenant hier avec son air hostile et ses menaces, débarquant volontairement de manière brutale dans sa vie pour lui faire peur, il avait piétiné tout cela. Elle n'aurait pas pu prévoir qu'elle se retrouverait à jour à craindre Abel Laveau alors qu'elle l'avait tant aimé. Et pourtant... Les choses avaient changées en seize ans.

Si Abel entretenait tant de haine et de rancœur à son égard, qu'en était-il de sa famille ? Sa mère... Elle n'osait même pas imaginer toutes les pensées de sa mère à son égard. Si Sophie Lavespère avait été une sorcière puissante, Isobel serait sûrement morte avant même d'avoir pu dépasser le fleuve Mississippi. Quant aux prêtresses... Elle était l'adolescente insolente qui avait dérobé d'inestimables grimoires ancestraux en emportant avec elle des instruments et ingrédients rares et précieux. Elle représentait tout ce que les coven détestaient et craignaient à la fois : les jeunes membres qui s'enfuyaient et la trahison. Assurément, Isobel ne passerait pas un bon moment si elle venait à recroiser le chemin des Lavespère.

- Tu es bien placé pour savoir comment cela fonctionne, non ? C'est comme dans la Voie. Quand quelqu'un sort du rang, on fait un exemple. Histoire de faire passer le message aux autres. Et bien tu n'imagines pas à quel point je serai l'exemple parfait.

Isobel secoua la tête avec un rire jaune, croisant ses bras sur sa poitrine.

- J'ai trahi mon coven et c'est la chose la plus impardonnable à la Nouvelle-Orléans. C'est puni de mort. Tu es gentiment sacrifié aux ancêtres histoire d'apaiser les esprits et de renforcer la puissance de la famille. Cela fait seize ans que j'ai enfoncé un couteau dans le dos des Lavespère, Roy. Ils me feraient payer chaque minute de ces seize années.


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Il l’avait menacée. Roy fronça les sourcils. Il connaissait assez Isobel pour savoir qu’elle n’était pas le genre à fuir devant les menaces, ni même à s’en inquiéter. Elle savait habituellement très bien répondre toute seule à ce genre de situation, avec les armes qu’elle maniait le mieux, la diplomatie, la manipulation. La sorcellerie, dans le pire des cas. Mais cette fois-ci, Isobel lui renvoyait l’image d’une femme désemparée, prise de court par la situation, chose que de mémoire, Roy n’avait jamais vue chez elle.

Son regard s’assombrit légèrement à la comparaison qu’elle lui fit avec les règles qui régissaient la Voie. En effet, on ne quittait pas ce genre de milieu sans conséquences, mais Roy s’était imaginé -naïvement, peut être- qu’Isobel ne pouvait pas être réellement menacée par sa propre famille. Qu’elle parle sans ciller de sacrifice à ses ancêtres avait de quoi choquer n’importe qui. Il lui avait déjà dit pour rire qu’il la trouvait effrayante parfois. Elle lui avait rétorqué sur le même ton que sa famille faisait bien pire qu’elle... Bon sang, ce n’étaient pas des blagues ! C’était dingue qu’elle parvienne à faire de l’ironie, avec ce qui lui arrivait. Elle ne devait avoir que le sarcasme comme dernier rempart, pour conserver un semblant de dignité face aux épreuves qui se déchaînaient contre elle.

Ce fut lorsqu’elle conclut sur une sentence terrible que Roy cessa de cogiter pour agir comme son instinct le lui soufflait. Il attira la jeune femme contre lui, espérant faire taire ces horribles paroles dans son étreinte. Il avait envie de lui dire qu’elle avait le droit de craquer, si elle en avait besoin, qu’elle n’était pas obligée de toujours tout maîtriser, mais il préféra se taire et lui apporter son soutien en la serrant simplement dans ses bras. Il la connaissait assez pour savoir que c’était sa façon de fonctionner, qu’elle devait se sentir minable à ne plus savoir quoi faire, à espérer qu’il trouve une solution pour elle. Elle ne lui avait même pas explicitement demandé de l’aider, d’ailleurs, il la reconnaissait bien là. Malgré tout, elle l’avait appelé, elle s’était confiée sur ce passé qu’elle lui avait toujours caché, et Roy ne comptait pas gâcher cette confiance qu’elle lui accordait.

« Personne ne te fera payer quoique ce soit, Isy. »

Rien ne le lui garantissait, en vérité. Il allait simplement faire tout ce qui était possible pour elle, pour qu’elle n’ait pas à payer, et cela lui suffisait à affirmer avec fermeté que rien n’arriverait. Qu’il ne laisserait personne lui faire du tort était une phrase plus juste, à cet instant. Roy finit par se dégager en posant ses mains sur ses épaules pour lui faire face, la mine soucieuse.

« Te laisse pas faire par ce mec venu de nulle part, ok ? C’est hors de question qu’il détruise ce que tu t’es échinée à construire ici. Moi, je crois qu’il n’a pas compris à qui il s’attaquait… »

Un léger sourire en coin fleurit sur ses lèvres, dans une tentative de détendre un peu l’atmosphère. Après tout, Isobel était une sorcière redoutable qui avait fait s’effondrer un chef de gang en levant à peine le petit doigt ! Et désormais, elle avait quelques bons alliés à ses côtés, car Roy n’avait pas non plus à lever le sien -de petit doigt- pour attirer des ennuis à cet Abel, qui avait donc largement de quoi craindre pour ses fesses.

Son petit sourire disparut assez vite, toutefois, le trafiquant se reconcentra sur leur problème sérieux. Des solutions, il y en avait plusieurs. Mais une seule était rapide, nette et efficace, dans le raisonnement qu’il automatisait presque inconsciemment, dorénavant. Roy n’hésita pas à la soumettre à Isobel, en vrillant ses yeux sombres dans les siens.

« Mais s’il est capable de te nuire à ce point, le plus simple est encore de s’en débarrasser… Tu veux que je m’en occupe ? »

Il était précautionneux dans son ton, malgré tout. Elle aurait peut-être des réticences, elle avait dit plus tôt qu’il s’agissait d’un ami d’enfance. Roy ne la forcerait à rien, mais si elle acceptait, il n’hésiterait pas. Elle avait déjà tué pour lui, après tout.



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Isobel soupira lorsque Roy l'attira dans ses bras. Quel pitoyable spectacle elle devait donner ! Roy et elle étaient amis, certes, depuis toutes ces années, mais étaient des amis de bonne augure. Ils passaient des moments légers ensemble, ils avaient toujours su régler leurs ennuis chacun dans leur coin : ni l'un ni l'autre n'étaient du genre à laisser apparaître leurs faiblesses en public. Et pourtant, aujourd'hui, elle n'avait pas vraiment le foi : ce n'était même pas qu'elle n'avait plus le cœur à maintenir les apparences, c'est juste qu'elle ne le pouvait pas. Ce retour et ces menaces l'affectaient bien plus qu'elle ne l'aurait voulu. Ainsi étreinte par Roy, elle ferma les yeux et compta dans sa tête. Dix secondes. Elle se donnait dix secondes. Dix dernières secondes de faiblesse avant de se reprendre. C'était tout ce qu'elle donnerait encore à Abel.

Lorsqu'ils se séparèrent, son regard s'était durci, l'angoisse ayant été remplacée par la détermination sur ses traits. C'était encore la tempête dans son esprit et elle sentait que son cœur battait trop vite mais elle n'en laisserait plus rien paraître. Dans une confrontation, il fallait toujours avoir l'air sûr d'avoir l'avantage et c'était un mantra qu'Isobel appliquait avec constance depuis des années. Elle ne laisserait plus deviner sa position de faiblesse et surtout pas à Abel. Elle hocha la tête lorsque Roy affirma que personne n'allait lui faire payer quoi que ce soit, faisant écho sans le savoir à ses propres pensées. Elle ne laisserait personne lui faire payer quoi que ce soit. L'adolescente qu'elle était avait réussi à tromper un coven – si ce n'est plusieurs – l'adulte qu'elle était devenue ne pouvait que poursuivre – et réussir – dans cette voie.

La tentative de Roy de la rassurer lui arracha un sourire et elle passa une main sur son visage. Elle avait besoin d'un verre. Même s'il n'était pas dix heures du matin. Ce n'était pas très raisonnable mais après tout... Bonjour la nouvelle année, 2009 ne commençait pas vraiment sous les meilleures auspices. Elle n'avait rien vu venir et pourtant, elle priait les ancêtres toutes les semaines. Elle n'avait rien vu bougé et si elle n'était pas très douée pour lire les signes de l'avenir – au contraire de sa tante Isadora – elle aurait dû voir venir un si gros changement, non ? Il est vrai que les esprits semblaient moins bavards ces derniers temps mais... C'était peut-être volontaire de leur part. N'était-elle pas la première à prêcher les retours de karma ?

La question de Roy la laissa néanmoins stoïque et elle soutint son regard de ses yeux noirs, les mains imperceptiblement crispées en arrière sur son canapé. Se débarrasser d'Abel... Joli euphémisme pour une réalité bien plus sombre. Tuer Abel. Supprimer le problème à la source, supprimer toutes ses angoisses, toutes les craintes qui étaient nées cette nuit. Elle pouvait le faire elle-même, quand on y pensait bien. Et si elle n'en n'avait pas la force, Roy se proposait de le faire pour elle, tout comme elle avait éliminé Bill Griggs pour lui. C'était une solution tellement simple qui résoudrait tous ses problèmes et pourtant... Elle n'y avait pas pensé.

Les mauvaises langues pouvaient en penser ce qu'elles voulaient, mais Isobel avait des valeurs. Sûrement pas très morales, sûrement pas très plaisantes à entendre, mais Isobel avait ses valeurs. Elles étaient à la fois le fruit de son caractère et en même temps de son éducation, mélange de savoir et d'expérience et même si cela ne plaisait pas à tout le monde, cela l'avait forgée. Elle était déterminée à ses fins, était loyale à elle-même avant de l'être envers ses proches et assurait ses arrières au détriment des autres, oui. Mais malgré tout cela, Isy n'avait jamais envisagé de tuer l'un des siens. Bill Griggs, c'était différent, c'était abstrait, lointain et c'était un étranger. Abel, c'était... C''était son ami, son ami d'enfance, la personne qu'elle avait le plus chéri dans son enfance. Même si cela n'avait pas été le cas d'ailleurs, les meurtres entre coven étaient considérés comme des fratricides : ils étaient tous de la même famille, dans un sens, une même famille vaudou. Ils vivaient sur les terres de leurs ancêtres, perpétuaient leurs traditions : tuer quelqu'un de son coven ou d'un autre coven était le crime le plus mal vu et c'était bien pour cela qu'elle méprisait tant les Lalaurie, qui avaient déclenché une guerre inter-coven.

Tuer Abel, c'était donner un coup de poignard supplémentaire dans son enfance. C'était... Au dessus de ses forces, même si la solution paraissait toujours plus facile. Parce qu'avant aujourd'hui, elle n'avait jamais eu aucune rancœur contre lui, elle n'avait jamais voulu lui faire du mal et elle n'aurait d'ailleurs jamais pensé qu'il puisse vouloir lui en faire. Isobel avait mis derrière elle sa vie à la Nouvelle-Orléans comme on tournait une page terminée, comme on finissait un chapitre : elle n'avait pas cherché à effacer ses racines. Elle les cachait, certes, par commodité, mais si elle avait voulu faire disparaître son passé, elle ne porterait assurément plus le nom des Lavespère et  ne réaliserait plus les cultes qu'elle effectuait avec rigueur au quotidien. Faire disparaître Abel, c'était renier son passé et surtout, c'était tuer l'enfant qu'elle avait été un jour. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas faire tuer Abel, cela lui semblait tout bonnement inconcevable.

Alors elle secoua la tête, croisant ses bras sur sa poitrine. Elle trouverait d'autres solutions, peut-être moins faciles, rapides ou efficaces mais elle trouverait une autre solution. Elle le ferait partir, elle s'assurerait qu'il ne parle pas mais... Elle ne pourrait pas vivre avec l'idée qu'elle avait fait tuer Abel, c'était bien quelque chose qui était au dessus de ses forces.

- Non, je ne veux pas qu'il disparaisse.

Ce n'était pas pour autant qu'elle souhaitait laisser les choses en l'état, c'était bien trop risqué et c'était des risques qu'elle ne voulait pas prendre.

- Peut-être... L'effrayer un peu ? Les esprits, il connaît et je doute qu'il ait quelque chose à se reprocher dont je puisse me servir. Mais toi, tu pourrais t'en occuper, non ? A ta manière à toi.

Ils avaient des styles très différents, assurément, mais ils avaient tous les deux leur petite efficacité, songea-t-elle avec cynisme.


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Roy vit l’expression du visage de son amie changer alors qu’il la lâchait. Il reconnaissait mieux Isobel dans ce regard déterminé à ne pas se laisser faire. Il ne fit qu’attendre qu’elle lui fasse part de ses volontés, qu’elle lui dise comment il pouvait l’aider, ce qu’il était prêt à faire sans concession. Alors qu'il la sentait hésiter à la solution qu’il lui proposait, il se fit la réflexion que cet Abel devait tout de même représenter quelque chose de particulier pour elle, s’il était capable de la mettre dans cet état de faiblesse et d’hésitation qui lui ressemblait si peu.

Roy ne fit pas part de ses pensées, attendant simplement qu’Isobel lui réponde. Ce qu’elle lui demanda, c’était l’une des solutions auxquelles il pensait. L’intimidation faisait toujours ses preuves, il suffisait de prendre le temps de connaître un peu sa victime, connaître ses points faibles, appuyer dessus en guise de menaces et utiliser un peu de violence pour étayer ses propos. Méthode simple comme bonjour, mais redoutablement efficace.

« Oui, je peux le faire, j’enverrai des gars pour savoir où il habite, assura t-il. Et je lui rendrai une… petite visite. »

Joli résumé censuré de ce qui allait se produire, mais elle n’avait pas besoin d’une liste des détails pour comprendre. Il pouvait laisser ses hommes le faire seuls, mais pour Isobel, Roy préférait le faire lui-même. D’une part, pour s’assurer que le travail soit fait dans les règles de l’art, et d’autre part, parce qu’il était curieux de voir comment était cet homme. Peut-être même qu'il pourrait le faire parler pour savoir ce qu'il cherchait, exactement. Esquissant quelques pas vers son amie, Roy la prit par les épaules, lui caressa brièvement la joue dans un geste de réconfort.

« Ca va aller, ok ? Ce mec va regretter de t’avoir menacée, tu peux me faire confiance. » Il lui pressa une dernière fois l’épaule puis se détourna vers les placards qu’il connaissait désormais bien, en proposant avec un sourire en coin : « Tu veux un verre ? Je sais, il n’est que neuf heures, mais il y a des mesures d’exception qui s’imposent parfois… »

Qu’elle lui dise oui ou non, en vérité, Roy avait l’intention de lui faire accepter ce verre, histoire de redonner des couleurs à son teint épicé, comme aurait dit Jayce. Il lui tendit un petit verre de bourbon, se servit la même chose juste histoire de l’accompagner. Un bref silence s’installa, pendant lequel Roy faisait machinalement tourner le liquide dans son verre, appuyé contre le dossier d’un fauteuil, avec le récit d’Isobel qui recommençait à tourner dans sa tête et le laissait pensif.

« Hum, ça craint, tout ça… Ta famille est vraiment psychopathe. Sans vouloir t’offenser. Il examina la sorcière du regard, s’accorda une gorgée avant de poursuivre. Mais c’est dingue qu’ils te poursuivent encore seize ans après. Tu veux que je mette des gars pour surveiller dans le coin, au cas où ? »

Il pouvait même assigner une ou deux personnes à la protection d'Isobel, mais il présumait qu'elle n'apprécierait pas trop de se faire suivre par des mafieux, avec sa réputation de chargée de communication lisse à préserver.



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Une petite visite... Isobel ne voulait pas s'attarder sur la signification cachée de ces mots. C'était l'un de ses rares moments où elle ne voulait pas savoir ce qui allait se passer, même si elle s'en doutait trop bien, car elle ne voulait pas de cette image dans son esprit. Elle qui aimait tout contrôler et tout savoir désirait pour une fois rester en dehors de tout cela au maximum et laisser Roy faire les choses. Isy n'assumait pas cette décision, elle n'assumait pas ce qu'elle venait de demander à son ami, elle n'assumait pas ce qui allait arriver à Abel et voulait tout sortir de son esprit, à la fois pour ne pas y penser et à la fois pour ne pas revenir en arrière, alors qu'elle en ressentait déjà le besoin pressant. Elle ne pouvait pas revenir en arrière car elle ne pouvait pas laisser Abel prendre le contrôle de la situation, c'était trop dangereux pour elle et à cet instant précis, c'était la seule solution qui s'imposait dans son esprit embrumé. Abel lui avait bien fait comprendre le ressentiment qu'il avait à son égard et elle n'avait sûrement fait que le conforter dans cette position vu la manière dont elle s'était braquée hier soir. Si une "petite visite" de Roy suffisait à lui assurer que Abel ne tenterait rien contre elle, retenu par la peur à défaut de l'affection qu'il avait pu avoir pour elle... C'était ce qu'il fallait.

Elle tourna la tête quand Roy posa de nouveau ses mains sur ses épaules, détestant le spectacle qu'elle lui offrait. La caresse qu'il déposa sur sa joue ne suffit pas à lui arracher un sourire et elle resta quelques instants à fixer le mur d'en face, cherchant désespéramment à calmer le flux confus de pensées qui agitait son esprit et faisait pulser le sang dans ses tempes. Est-ce que ça irait ? Elle l'espérait. Elle avait construit quelque chose ici, pour la première fois depuis qu'elle avait quitté la Nouvelle-Orléans, elle avait vraiment construit quelque chose en Angleterre. Elle y avait pris ses marques, avait un travail qu'elle aimait, des amis et se disait souvent que cela serait son dernier arrêt. Elle avait passé dix ans de sa vie à courir le monde, à la fois pour avancer et en même temps pour fuir sa famille et ce n'était qu'ici qu'elle avait trouvé un véritable équilibre. Pour la première fois de sa vie, elle avait cessé d'être sur ses gardes, elle qui ne s'était jamais vraiment engagée au cas où elle devrait repartir rapidement. Évidemment, si elle était amenée à le faire, elle le ferait... Mais ce serait avec un véritable pincement au cœur. Elle avait beau rire et en plaisanter, l'Angleterre était devenu son deuxième foyer par la force des choses et Isobel ne voulait pas partir. Elle en avait assez, d'être obligée de fuir par peur des conséquences de ses actes. Elle ne voulait pas être chassée d'ici et surtout pas par Abel.

- Je te fais confiance.

Ces mots pouvaient passer pour une phrase banale au premier abord mais dans la bouche d'Isobel, elle qui était si farouchement indépendante, déterminée à ne rendre de comptes à personne et surtout qui avait toujours mis un point d'honneur à tout faire par elle-même et à ne compter que sur elle-même, c'était quelque chose. En six ans au Royaume-Uni, en six ans d'amitié avec Roy, c'était la première fois qu'elle lui révélait son passé, la première fois qu'elle se livrait autant depuis qu'elle avait quitté la Nouvelle-Orléans et dans un sens, c'était terrifiant. Elle se sentait vulnérable - et pas uniquement parce que la présence d'Abel dans sa vie la terrifiait au plus au point - et ce n'était pas le genre de sentiments auxquels elle était accoutumée.

- Va pour le verre, soupira-t-elle. Je n'ai pas dormi, donc ce n'est peut-être pas le matin dans un sens... Joyeux anniversaire à moi, grinça-t-elle tandis que Roy lui tendait un bourbon.

Pas qu'elle prête plus d'attention que cela à cet évènement mais cela lui était complètement sorti de l'esprit après avoir croisé Abel. De l'alcool à cette heure-là de la journée n'avait rien de raisonnable mais elle était presque persuadée de ne pas atteindre midi dans cet état là, aussi prit-elle une longue gorgée du breuvage ambré, fermant les yeux l'espace d'un instant. Il était plus amer que d'habitude mais cela n'avait rien à voir avec la bouteille, c'était tout ce qu'il réveillait chez elle. Une vraie madeleine de Proust, l'appartement de sa mère en était rempli, elle avait fait ses premières expériences avec l'alcool au Bourbon - quelques soirées au souvenir flou dans le Bayou avec Abel, encore lui - et avait continué en quittant la Nouvelle-Orléans, trop attachée à ces détails infimes de sa vie d'avant. A cet instant précis, elle aurait tué pour boire autre chose et chasser ce gout désagréable sur sa langue. La remarque de Roy lui tira un rire désabusé et elle secoua la tête, ses cheveux bruns lui balayant les épaules.

- Psychopathe, c'est le mot, oui. On a un vieux proverbe à la Nouvelle-Orléans, comme quoi il vaut mieux contrarier le Diable en personne qu'un coven vaudou, parce qu'avec le Diable au moins, on peut marchander.

Quand elle était gamine, l'idée la faisait rire et à vrai dire, elle l'appliquait. Désormais, elle voyait toutes ces vieilles histoires sur sa famille d'un œil bien moins amusé.

- Non, c'est gentil, mais non, refusa-t-elle immédiatement lorsque Roy proposa de mettre ses hommes dans le coin. Je n'ai pas envie de les avoir sur le dos et puis si ma famille débarque vraiment, ils ne serviront à rien. Ils ne se battent pas sur le même terrain.

Les sorciers américains du Sud des USA avaient déjà un peu plus l'habitude de croiser du vaudou et savaient donc comment s'en protéger à peu près mais en Angleterre, c'était l'effet de surprise assuré et c'est bien de ça qu'elle jouait d'ailleurs. Elle allait devoir prendre ses précautions elle-même, lutter avec les mêmes armes que sa famille. Elle avait beau être une sorcière douée dans ce domaine, elle n'avait que seize ans en quittant la Nouvelle-Orléans et n'avait pas donc pas pu profiter du perfectionnement qu'elle aurait reçu si elle était restée. Tout le reste, elle l'avait appris seule, avec le grimoire qu'elle avait volé, avec ses propres recherches, ses propres expériences, plus ou moins réussies. Elle avait replongé dedans plus fort encore qu'auparavant depuis la mort de Griggs et elle sentait qu'elle touchait du doigt une puissance qu'elle n'avait encore jamais exploré, ce qui était aussi excitant que terrifiant. Mais serait-ce suffisant pour se protéger de sa famille ? De sa mère et d'Abel, sûrement. De sa tante Isadora ou d'une prêtresse, elle n'en n'était pas certaine...

- Tu vois quand je te parle du karma et que ça te fait doucement rire ? reprit-elle avec un sourire désabusé sur les lèvres. Et bien regarde dans quels genre de problèmes ça peut mener quand on joue avec ça...


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Roy savait qu’Isobel lui accordait une certaine confiance, après toutes ces années, mais c’était la première fois qu’elle le lui disait, tout comme c’était la première fois qu’elle se confiait autant sur son passé à lui. Il posa un regard entendu sur elle, suivi d’un bref sourire rassurant. Lorsque l’un d’eux était en difficulté, il y aurait toujours l’autre pour tenter de le tirer d’affaire, c’était un engagement tacite entre eux. Elle l’avait aidé à se débarrasser de Griggs sans poser de question. Roy allait donc donner une petite leçon à Abel sorti de nulle part pour nuire à Isobel. Elle venait de lui offrir ce qu’elle n’avait jamais exprimé jusqu’à présent, tant la fière et indépendante Isobel se montrait peu démonstrative. Roy comptait bien se révéler digne de cette confiance qu’elle lui accordait.

Il eut un léger sourire lorsqu’Isobel accepta son verre, si elle faisait de l’ironie, c’est qu’elle avait à peu près retrouvé ses esprits. La conversation demeurait toutefois assez sérieuse, Roy voulait bien croire la comparaison que fit la jeune femme au sujet de sa famille. Il savait de quel bois Isobel était fait, les personnes qui l’avaient élevées -et qu’elle craignait désormais- ne pouvaient être que de sacrés phénomènes. Il était déjà difficile de marchander avec une Isobel Lavespère, surtout contrariée. Qu’en était t-il des autres Lavespère, soudés dans un système plutôt flippant et sectaire ?

« Et moi qui ait toujours cru que tu étais la fille du Diable, tu es donc en fait d’une espèce supérieure… lança t-il sur un ton narquois, pour dérider un peu Isy. Il haussa les épaules quand elle refusa qu’elle lui laisse des hommes, il se doutait un peu qu’elle n’en voudrait pas. Elle n’avait pas tort, face à de la magie vaudou, Isobel était la plus apte à se défendre. Roy s’imagina qu’elle allait sûrement poser ses propres sortilèges de protection, au cas où. Comme tu veux. En tout cas, tu sais que ma porte t’est ouverte, si jamais il y a un souci… »

Sur ces bonnes paroles, Roy reposa son verre, puis s’approcha de la sorcière, alors qu’elle évoquait son karma sur un ton pour une fois affligé, plutôt que mystérieux ou léger. Il lui attrapa la main pour l’entraîner vers le fauteuil contre lequel il s’était adossé et l’y faire asseoir, bien décidé à chasser l’angoisse qui tendait le corps et le ton de son amie.

« Détends-toi, Isy, glissa t-il, en commençant à masser ses épaules avec application. Je dois avoir un karma encore plus pourri que le tien, mais on est de la trempe des gens qui finissent toujours par s’en sortir, non ? »

Lui y croyait, en tout cas, plus qu’en les histoires de karma, il était convaincu qu’en se donnant les moyens, et en se battant, on était capable de tout faire. Bonne étoile ou pas, la chance se renversait pour ceux qui s’y attelaient, telles étaient les convictions du trafiquant. Cessant son massage, il se pencha vers elle en entourant ses épaules de ses bras dans un geste d’affection.

« Voilà comment ça va se passer, commença t-il, d'un ton docte. Je vais faire flipper ce mec, il va vite t’oublier, et tu vas tranquillement reprendre les choses en main. D’accord, ça c’était dans le meilleur des mondes, mais un peu d’optimisme ne tuait personne. Puis, Roy avait confiance en la force d’Isobel, il savait qu’elle ferait tout ce qu’il fallait pour rebondir. Mais si jamais d’autres Lavespère débarquent, on les défonce. Simple comme bonjour. »

Là, Isobel allait carrément lui rire au nez, mais si elle riait, c’était déjà ça. Il avait assez observé la facette d’Isobel paniquée et anxieuse pour aujourd’hui, il la préférait avec son ironie mordante et son assurance insolente. Tel un coach remotivant son boxeur, Roy voulait redonner l’envie d’en découdre à la jeune femme, et surtout lui retirer l’idée de la tête qu’il s’agissait là d’une fatalité, d’un revers de fortune qu’elle avait bien mérité et contre lequel elle ne pouvait rien. Déposant un rapide bisou sur sa joue, il se redressa légèrement, les mains sur ses épaules.

« En plus c’est ton anniversaire, interdit de tirer la tronche. Et c’est jour férié, donc interdit de rester cloîtrée ici. Je suis sûr qu’un nouveau chemisier hors de prix t’a fait de l’oeil, dernièrement. »

Il avait bien déjà un cadeau d'anniversaire pour elle, mais il était chez lui, et il préférait faire sortir Isobel ailleurs pour lui changer les idées.



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- La fille du Diable... ? répéta Isobel d'un ton circonspect.

On l'avait désignée de beaucoup de manières – et pas toujours très flatteuses – mais celle-là, on ne lui avait jamais faite. Il est vrai que certains moldus avaient des croyances étranges sur les sorciers -  tous les sorciers américains connaissaient en détail la chasse aux sorcières de Salem – mais aux dernières nouvelles, Roy l'était tout autant qu'elle. Le vaudou jouissait certes d'une très mauvaise réputation de par son culte de la mort et ses pratiques de magie ancienne – contestables aux yeux de beaucoup de sorciers occidentaux – mais aux dernières nouvelles, il n'y avait pas de traces du Diable là-dedans, pas en personne du moins. Au contraire, la Louisiane était un état américain très croyant – leur équipe de football étaient les Saints de la Nouvelle-Orléans – et le vaudou était saupoudré de traditions catholiques suite à la conversion des populations des Caraïbes par les missionnaires moldus lors des colonisations. L'histoire même de la Louisiane la poussait vers la religion : gouvernée par la France et sa proximité du Vatican, quelques années par les espagnols et leur roi très chrétien... La plupart des sorciers avaient beau ne pas être croyant, il régnait au sein des coven vaudou une certaine influence de la religion, que ce soit dans leur présence à l’Église le dimanche ou le baptême de leurs enfants, elle-même étant d'ailleurs baptisée. Si sa propre mère n'avait rien de bien religieux, sa grand-mère Anne l'avait été profondément et malgré son décès il y a des années, Isobel n'avait pas de même à l'imaginer grimacer à l'entente de telles paroles concernant sa petite-fille. Enfin, ce n'était sûrement pas la seule chose à propos d'Isy qui l'aurait fait grimacer si elle savait...

- Je sais, répondit-elle en esquissant un sourire lorsque Roy lui assura que sa porte lui était toujours ouverte. Merci.

Elle n'aimait pas l'idée d'être aidée par quelqu'un, encore moins celle de demander de l'aide mais le retour si brusque d'Abel l'avait mis dans un tel état qu'elle n'avait pas eu le courage de gérer cela toute seule. Elle avait confiance en Roy, après toutes ces années, et si ses amis en Angleterre étaient rares, elle savait qu'il était celui sur lequel elle pouvait compter. Cela avait toujours été réciproque et tacite, elle avait provoqué la mort de Griggs pour lui lors de sa rapide ascension dans la Voie des Miracles, mais c'était la première fois qu'elle lui demandait de l'aide. Elle se laissa entraîner par lui dans l'un de ses fauteuils et poussa un soupir lorsqu'il tenta de dénouer les muscles tendus de ses épaules – peine perdue à son humble avis – et ramena ses genoux sous elle.

- C'est ce que j'aime bien me dire mais...

Il était plutôt difficile de l'ébranler en temps normal, Isy avait toujours fait partie de ces gens qui ne reculaient devant rien pour obtenir ce qu'ils voulaient – et elle savait toujours ce qu'elle voulait. Elle pensait que la vie n'était faite que d'occasions à saisir si ce n'est à déclencher et elle s'était toujours arrangée pour les saisir tout en évitant au maximum les complications qui pouvaient aller avec. Jusque là, cela avait fonctionné avec pas mal de succès : elle avait eu des années assez compliquées après avoir quitté la Nouvelle-Orléans mais lorsqu'elle était arrivée à Salem, à l'aube de ses vingt-ans, elle avait su rebondir : elle avait tout fait pour décrocher une bourse malgré son absence de diplôme du secondaire, avait trouvé un petit travail étudiant, avait mené ses études tout en travaillant et sans sa famille pour l'assurer derrière. Elle avait été diplômée avec les honneurs et elle avait fini par obtenir la nationalité anglaise et devenir fonctionnaire des années plus tard alors que rien ne la prédestinait à cela. Elle n'avait jamais rien laissé se mettre en travers de son chemin, elle avait satisfait toutes ses ambitions... Pourquoi s'arrêterait-elle là ? Elle n'avait pas laissé son enfance à la Nouvelle-Orléans et sa fugue la pénaliser dans sa vie, pourquoi est-ce qu'elle laisserait cela commencer maintenant ? Roy avait raison, ils faisaient partie des gens qui s'en sortaient toujours car ils faisaient tout ce qui fallait pour. Le retour d'Abel dans sa vie ne devait pas obligatoirement signifier sa fin à elle et si cela devait arriver, cela ne serait certainement pas parce qu'elle s'était laissée faire.

- Mais rien, reprit-elle. C'est toi qui a raison.

Elle eut un sourire lorsqu'il entoura ses épaules de ses bras, annonçant que tout aller se passer simplement, quitte à « défoncer » les Lavespère. Elle doutait de la réussite de ce plan – qui ressemblait néanmoins beaucoup à Roy – mais imaginer son ami se battre avec sa tante Isadora était une image qu'elle trouvait amusante sans vraiment savoir pourquoi. Un léger rire la secoua et elle secoua la tête doucement, serrant le poignet de Roy dans sa main l'espace d'un instant, pour le remercier.

- Je sais très bien que je te terrifie, lança-t-elle avec un peu plus de légèreté – pour la première fois depuis hier -, alors imagine face à plusieurs sorcières comme moi.

Si sa famille devait vraiment arriver au Royaume-Uni, elle savait bien qu'elle ne réagirait pas avec autant de détachement – bien au contraire, vraiment bien au contraire – mais elle devait reconnaître que Roy avait su trouver les mots pour lui redonner un peu de baume au cœur. Elle ne s'était jamais laissée faire et ne commencerait surtout pas maintenant, encore moins maintenant qu'elle avait quelque chose à perdre. Elle ne savait pas ce qui allait se passer ou ce que comptait faire Abel et cela l'angoissait au plus haut point mais lorsque cela arriverait, elle chercherait la meilleure façon de réagir et ferait ce qu'il faut pour contrer les conséquences. C'était du moins ce qu'elle se répétait, et elle avait besoin de le faire pour essayer de se calmer un peu et garder la tête froide au maximum malgré la panique sourde qu'elle sentait encore couver dans son esprit. Elle retira sa main du poignet de Roy lorsqu'il se pencha pour l'embrasser sur la joue et elle se retourna en partie vers lui.

- C'était hier, mon anniversaire. Enfin, tout à l'heure, corrigea-t-elle en jetant un coup d’œil à la pendule.

Elle était née dans la nuit du trente-et-un.

- Je viens de voir mon ancien meilleur ami qui m'en veut à mort - et semble vouloir détruire tout ce que j'ai ici par pure vengeance – débarquer face à moi, ce qui veut dire que ma famille qui doit aussi m'en vouloir à mort aussi sait où je suis, ce que j'ai tenté de cacher durant seize ans, et tu me crois vénale au point d'être consolée par un chemisier ?

Elle avait froncé les sourcils et prit un ton outré, son regard ombrageux posé sur Roy. Finalement, elle laissa un léger sourire poindre sur le coin de ses lèvres.

- Tu me connais mal. Il me faut au moins un chemisier et des chaussures, attends.

C'était bien plus facile de badiner plutôt que de se focaliser sur ses angoisses, bien qu'elle sache qu'elle ne faisait que repousser à plus tard le moment où elles envahiraient de nouveau son esprit.


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Peu à peu, Isobel se laissait convaincre par les paroles de Roy, allant même jusque faire une plaisanterie qui fit sourire le trafiquant. Face à plusieurs sorcières comme Isobel, il n’aurait sans doute aucune chance, mais Roy ne s’avouait jamais vaincu tant qu’il n’avait pas essayé, telle était sa philosophie de Gryffondor.

« Même pas peur, tu me connais, je suis le genre téméraire ! Et puis tu ne me terrifies pas… Ok, tu me terrifies moins qu’avant, disons. » ricana t-il.

Serrant brièvement son emprise autour de ses épaules avant de la relâcher, Roy se détacha d’elle pour lui faire une proposition à laquelle Isobel fit mine de s’indigner. Mais il n’était pas dupe, il voyait bien qu’une lueur luisait dans ses prunelles et que ce n’était plus de l’anxiété, mais bel et bien un fond de malice. Satisfait d’avoir réussi à réconforter son amie, il la saisit par le coude pour la faire se relever, protestant sur le même ton faussement outré :

« Dis-le tout de suite, que tu veux me ruiner ! C’est bien parce que c’est ton anniversaire. »

Il la taquinait évidemment, Roy était le genre d’homme à ne pas lésiner sur les moyens de faire plaisir à ses proches, surtout maintenant qu’il pouvait se permettre des folies. Il avait déjà un cadeau pour elle -et Merlin, le destin pouvait être ironique parfois, car il s’agissait d’une petite boîte emplie d'ingrédients qui pourraient bien l’aider à se débarrasser de ses ennuis- mais que serait un petit chemisier ou des chaussures de luxe dans le poids de son portefeuille ? Rien, il était même prêt à lui refaire sa garde-robe si cela pouvait effacer ces rides de contrariété et d’angoisse sur le visage de son amie. Cela dit, heureusement, Isobel n’était pas le genre de femme à se laisser entretenir, Roy avait ses limites quand il s’agissait de courir les magasins.

Bras dessus, bras dessous, il l’entraîna donc se défouler dans les boutiques d’Oxford bien chic, mais comme dirait Toni : « Quand c’est pour oune bella qui vaut dé l’or, il faut sortir lé coffre-fort ! »

FIN DU RP



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Dirty little secret [Roy]

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