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 Born to touch your feelings [OS - Leopold & Kessy]

Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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31 janvier 2009, les Folies Sorcières

La main parfaitement manucurée de Kessy Brooks vint réajuster avec soin l’écharpe immaculée qui lui ceignait le torse. Brodée des mots « Miss Monde Magique 2009 », cette dernière ressortait parfaitement sur sa robe turquoise, lui conférant des allures de princesse. Une profonde inspiration, un dernier coup d’œil dans le miroir – Kessy était objectivement parfaite. Ses boucles brunes avaient été sublimées d’un sort et retombaient, souples et brillantes, avec grâce dans son dos. Sa tenue lui avait été confectionnée spécialement pour l’occasion par un créateur français, et ses jambes paraissaient plus longues et fines que jamais dans ses escarpins Loutoubin. Même son maquillage avait été réalisé par un maquilleur professionnel, afin d’assurer qu’elle soit toute à son avantage pour cette occasion de la plus haute importance – et pour la photo qui devrait figurer en une des journaux. Oui, Kessy n’avait sans doute jamais été autant à son avantage qu’aujourd’hui, et pourtant elle ne pouvait s’empêcher de se trouver mille défauts dans le miroir. Ce nez trop retroussé, ces traits trop enfantins, cet air trop superficiel… Pourtant, Kessy n’avait aucun  problème d’estime d’elle-même, en général, mais aujourd’hui n’était pas un jour comme les autres. Car aujourd’hui, elle rencontrait le Ministre de la magie. Aujourd’hui, elle rencontrait son père.

Ses talons claquèrent sur le sol des Folies Sorcières, où se tenait cette rencontre médiatique, et son cœur rata un battement lorsqu’elle vit le groupement de sorciers qui se trouvait dans le cabaret. Des journalistes, miss Magpie, la pimpante propriétaire des lieux, des hommes à l’air sombre et concentré qui devaient faire partie du service de sécurité du ministre, et enfin, occupé à écouter le monologue rapide et saccadé d’une quelconque employée du ministère, le ministre lui-même. Le bruit assourdissant de ses pas la trahirent et tous se tournèrent vers la nouvelle venue, dont l’arrivée suscita quelques gloussements d’admiration et flashs d’appareils photos, mais Kessy ne pouvait détacher son regard du ministre. Le temps semblait s’être ralenti et tout lui semblait flou, les paroles qu’on lui adressait, les rires et les questions autour d’elle, la musique en fond, tout cela semblait très lointain et dépourvu d’intérêt. C’était comme un rêve, ou comme un cauchemar : une main au creux de son dos la propulsa au centre de l’attention, une autre l’attira face au ministre, et bientôt l’homme cessa sa conversation pour poser à son tour son regard sur elle.

Kessy avait longtemps imaginé ce moment. Toute sa vie, en réalité, mais en particulier depuis qu’elle avait reçu sa lettre de Poudlard, qui lui avait appris qu’elle n’avait rien d’une simple moldue sans particularité, qu’elle était spéciale : elle avait des pouvoirs magiques. Comme les sorcières de cette série télé qu’elle adorait regarder, comme les superhéros des films qu’elle regardait au cinéma, elle, la simple fille de serveuse, était une sorcière secrète. Elle faisait partie de ce monde mystérieux et clandestin dont elle ne devait pas parler à ses amis, elle faisait partie de quelque chose d’extraordinaire, elle était au courant et concernée de l’existence de cet univers fantastique, elle était in. Et cela, elle en était persuadée, elle le devait à son père biologique. Depuis, l’idée de retrouver cet homme avait longtemps été dans sa mémoire en toile de fond, mais cela ne faisait que quelques mois qu’elle s’était mis en tête de le faire réellement. Sa mère avait opposé des résistances, bien entendu, ne voyant pas l’intérêt pour Kessy de faire la connaissance d’un homme qui n’avait été qu’une amourette pour elle. Un homme qui avait, certes, accepté de prendre ses responsabilités – du moins c’était ainsi que le banquier de Carla Brooks concevait les choses – mais qui n’était qu’un inconnu, « un homme d’affaire ou un politique ou quelque chose comme cela », un sorcier qui n’avait pas daigné révéler à la mère de Kessy qu’il possédait des pouvoirs magiques. Non, Carla ne voyait pas pourquoi elle encombrerait cet homme très important, très occupé et très secret d’une fille comme Kessy, qui était de toute façon très heureuse dans la vie. Sans doute avait-elle peur aussi de voir sa fille s’éloigner, mais Kessy n’en avait fait qu’à sa tête. Elle s’était inscrit à ce stupide concours de beauté pour se faire connaître, pour crier à la face du monde sorcier que son père était là, quelque part, et qu’elle entendait bien le retrouver. Et elle avait gagné. Que pouvait faire Carla devant tant d’obstination, si ce n’est s’incliner ? Kessy pouvait être particulièrement têtue et opiniâtre lorsqu’elle avait décidé quelque chose, et n’avait pas volé sa place à Gryffondor. Si c’était ce que voulait sa fille, alors Carla pouvait bien le lui dire, ce fameux nom. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qu’il impliquait, de toute façon. Elle n’avait pas la moindre idée du séisme qu’elle allait faire vivre à Kessy. Ce n’était qu’un nom, après tout, ce n’était qu’un homme. Leopold Marchebank.

Kessy savait absolument tout ce qu’il y avait à savoir sur Leopold Marchebank. Elle connaissait la moindre ligne de sa bibliographie, avait lu le moindre article de journal à son sujet avec une passion dévorante. Les élogieux comme ceux qui dénonçaient sa politique, les vieux comme les récents, elle avait tout lu, elle savait tout ce qui était connu à son sujet. En conséquence de quoi, elle ne savait rien de lui. Kessy savait qu’il avait passé ses études à Serpentard, mais ignorait qu’il avait passé une alliance secrète avec le fils de l’un de ses anciens camarades de dortoir. Elle connaissait l’histoire de ses pérégrinations autrichiennes du temps de sa vie de jeune adulte, mais n’avait pas idée des soirées de débauche qu’il avait vécu. Kessy le savait être un homme d’affaire brillant, un homme politique intelligent, tenace, sans concessions, irrévérencieux, créatif, évolutif. On lui avait dépeint une personnalité complexe, insaisissable, un homme affable mais exigeant, accessible mais secret, caractériel à l’occasion, charismatique et séducteur, souvent. Mais elle n’avait pas idée du nombre de zones d’ombres qui entouraient son passé, son présent. Les nombreux trafics qui étaient à l’origine d’une partie de sa fortune, les accords secrets avec Lord Voldemort pour préserver l’entreprise familiale du déclin, cette autre sœur cachée, quelque part en Amérique, le propre grand-père paternel de Kessy assassiné sur ordre de Leopold, le Bloody Sunday, qui avait coûté la vie à l’un de ses camarades de classe, orchestré par ce même homme… Elle ignorait qu’il n’était pas seulement ambitieux, mais également mégalomane, qu’il n’était pas seulement bon vivant, mais proprement alcoolique. Tout comme elle ne savait pas qu’il ne s’était pas contenté de verser de l’argent sur le compte de sa mère, toutes ces années, mais qu’il avait également suivi sa vie et son évolution de plus ou moins loin. Elle ignorait qu’il aimait tendrement ses enfants… Tous ses enfants.

Elle ignorait tant de choses à son sujet, et elle n’avait pas le pouvoir de le forcer à les lui révéler. Elle ne pouvait qu’espérer qu’il finirait par l’aimer.

Le moment de leur rencontre, elle l’avait attendu si fort, l’avait espéré et craint avec tant de passion qu’elle se sentait complètement démunie maintenant qu’il était arrivé. C’était comme si sa tête était dans le brouillard, que tout allait trop vite, que ce n’était pas à elle que cette voix aux accents chauds et masculins s’adressait.

« Miss Brooks, vous êtes… parfaite. Je suis très heureux de faire enfin votre connaissance. »

Kessy battit des paupières de surprise et se perdit un instant dans le regard sombre de Marchebank. Ils avaient les mêmes yeux, songea-t-elle en retenant inconsciemment sa respiration. Leopold était exactement comme sur les photos dans les journaux, un peu plus petit peut-être que ce qu’elle avait en tête. Il arborait le même sourire en coin et dégageait la même confiance tranquille que d’ordinaire, il avait la mine impeccable, rasé de près, engoncé dans un costume moldu sur mesure. Rien dans sa tenue ni dans sa posture ne trahissaient le secret d’une longue nuit agitée par des réflexions et des appréhensions qu’il avait fini par noyer dans une bouteille de Ragnarov. Rien ne signalait que son propre cœur semblait sur le point de sortir de sa poitrine à la vue de l’admirable jeune femme qu’il avait sous les yeux. Rien pour indiquer à Kessy que l’instant était aussi important pour lui qu’il ne l’était pour elle…

« Monsieur le ministre, c’est un honneur de vous rencontrer », minauda-t-elle en s’en voulant aussitôt pour avoir l’air si cruche. Ce n’était pas un bellâtre à impressionner, cette fois, elle avait face à lui un homme beaucoup plus intelligent et cultivé qu’elle. Kessy n’avait jamais ressenti la moindre honte pour son caractère et ses intérêts que d’aucuns – jaloux – qualifiaient de superficiels… Jusqu’à ce qu’elle n’apprenne qui était son père. Par le caleçon d’Harry Potter ! C’était tout de même l’homme qui avait élevé Dave Marchebank, dont on parlait là. Dave le Gobelin. Ce n’était pas là quelqu’un qui accordait de la valeur à la beauté, à la popularité, au Quidditch ou aux fêtes, mais bel et bien aux bonnes notes, à la vivacité d’esprit, à la connaissance… A tous ces trucs de rabat-joie dont elle était si éloignée. Kessy ne connaissait rien à la politique, elle aimait bien Fiennes parce qu’il était beau. Elle n’avait jamais lu le moindre article de finances à part quand son magasin de fringues moldues préféré avait fermé à cause de la crise. Elle ne connaissait pas les règles des échecs et obtenait rarement plus d’un A aux examens. Alors comment pouvait-elle se montrer à la hauteur d’un homme comme Leopold Marchebank ? N’allait-elle pas forcément le décevoir ? N’allait-il pas la trouver insipide et insignifiante ? Même penser à sa jeune et resplendissante épouse ne suffisait pas à la rassurer, car Rosaleen était une animagus élève de la si prestigieuse université de Lycaon. Kessy, elle, avait du mal à transformer une épingle en cure-dents – avait-elle le moindre point commun avec un homme aussi brillant que Leopold ?

Peut-être que cette rencontre n’était pas une si bonne idée, finalement, songeait-elle tout en souriant pour la photo, tressaillant lorsqu’il lui serra la main et que des effluves de son odeur parvinrent à ses narines. Il était son géniteur, son père, son papa. Elle avait toujours rêvé d’avoir un papa, et avait découvert que le sien était un homme extraordinaire, alors… Non, elle ne ferait pas demi-tour, elle ne se déroberait pas, pas après avoir tant espéré, tant attendu ! Les premières minutes passèrent comme dans un rêve, les photos, les questions des journalistes, prendre la pause et sourire, rire à une blague de Leopold, puis le suivre dans un salon privé. La partie médiatique venait de se terminer, le véritable entretien allait commencer. On lui avait expliqué cette partie, comment elle était censée représenter les jeunes femmes et les jeunes hommes de ce monde, porter la voix de la jeunesse face au ministre, mais rester polie et convenue pour ne pas l’ennuyer, c’était un homme très occupé, à un poste très important, et ce serait sûrement lui qui mènerait la danse de toute façon…Mais elle n’avait écouté que d’une oreille ce qu’on lui avait dit de dire ou de ne pas dire, de faire ou de ne pas faire, devinant que les choses ne se passeraient pas comme prévu.

Et, effectivement, ce ne fut pas Leopold qui mena la danse. Lui d’ordinaire si volubile se contenta de s’enfoncer dans un mutisme pensif en même temps qu’il s’enfonça dans un fauteuil confortable du petit salon, son regard sombre posé sur la jeune fille. Kessy, mal à l’aise, s’installa sur le canapé adjacent en s’agitant quelques instants, hésitant sur la manière de croiser les jambes, ne sachant que faire de ses bras, décédant de nervosité sous le regard perçant de son père. Qu’attendait-il pour parler ? Que devait-elle faire, elle ? Les minutes défilèrent dans un silence pesant, le regard de Kessy papillonnant un peu partout dans la pièce sauf sur l’homme qui occupait pourtant ses pensées. Jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus et qu’elle craque.

« Je », « Tu », commencèrent-ils à l’exact même moment, avant de s’interrompre à nouveau. Kessy sentit ses joues s’empourprer et encouragea Leopold d’un léger signe de tête à s’exprimer, car elle se sentait elle-même bien trop intimidée pour dire quoi que ce soir. L’homme parut se décider enfin, et il sembla à Kessy qu’il pesait chacun de ses mots. Savait-il qui elle était ? Savait-il qu’elle savait, elle, qui lui était ? Ces questions la dévoraient de l’intérieur.

« Toutes mes félicitations pour ton élection en tant que miss monde magique », commença Leopold d’une voix qui lui parut chaleureuse, sincère. Il la tutoyait… C’était bon signe, non ? Un signe de proximité. Sans doute savait-il. Sans doute allait-il lui dire qu’il savait. Mais elle n’en était pas sure. Pourquoi tout ce que disait cet homme, même les phrases les plus banales, semblait pourvu d’un sens caché ?

« Je ne doute pas que le meilleur choix a été fait par cette élection, tes concurrentes ne t’arrivaient pas à la cheville… »

Par la moindre once de séduction dans la voix de ce charmeur invétéré, cette fois, c’était de la fierté qui semblait se dégager de ses propos. Mais peut-être affabulait-elle. Peut-être entendait-elle ce qu’elle souhaitait entendre. Son regard empli d’espoir accrocha celui de Leopold, qui marqua un temps d’hésitation, cette fois perceptible. Le ministre était trop perturbé pour maintenir les apparences plus longtemps, pas ic,i dans l’intimité de cette pièce éloignée de tout regard extérieur, pas face à cette fille qui avait affirmé au monde son envie de le rencontrer.

« Je pourrais te parler… des banalités dont on attend de moi que je t’abreuve. Mais je suis en réalité bien plus intéressé par une question en particulier. Dis-moi, Kessy… Qu’est-ce que tu es venue chercher, en te présentant à ce concours ? En venant ici ? Est-ce que c’est vraiment ton père ? Est-ce que tu veux vraiment faire la rencontre d’un homme que tu n’as pas connu pendant les dix-sept premières années de ta vie ? Pourquoi ? »

Ce « pourquoi » sans concession la prit de court. Kessy comprenait maintenant ce qu’il y avait de particulier chez cet homme : il semblait impossible de lui échapper. Elle ne pouvait se dérober à ce regard qui semblait la transpercer de toute part et mettre son âme à nu. Son cœur battait si vite et si fort dans sa poitrine qu’il devait forcément l’entendre, dans le silence assourdissant du petit salon. Levant les yeux sur Leopold, Kessy déglutit avec nervosité, tentant de faire le tri dans ses pensées. Cette question pouvait tout vouloir dire. Peut-être qu’il savait, peut-être que non. Qu’était-elle censée faire de cela ?

Il lui semblait qu’il tâtait le terrain, déterminé à ne pas se mettre en danger tant que ce n’était pas nécessaire, décidé à la laisser prendre les devants. Sans doute ne voulait-il pas lui donner ce qu’elle était venue chercher. Pourtant, elle était bien décidée à essayer, malgré tout, quitte à ce qu’il la repousse. Au moins, elle aurait essayé d’avoir son père dans sa vie et vivrait sans regrets, comme la Gryffondor qu’elle avait toujours été.

S’avançant un peu plus sur son canapé, elle croisa les mains sur ses genoux et posa à son tour un regard impertinent sur le ministre. Il était peut-être ministre de la magie mais elle était Kessy Brooks, Miss monde magique 2009. Elle pouvait conquérir le monde d’un sourire et Leopold ne ferait pas exception.

« J’ai toujours rêvé de le rencontrer », répondit-elle finalement. « J’ai toujours imaginé que c’était quelqu’un d’exceptionnel, et quand j’ai appris qui il était… »

Elle marqua un temps d’arrêt, captant son regard, puis remonta légèrement le menton avant de lâcher :

« Je n’ai pas été déçue. »

Pour la première fois, elle eut l’impression que Leopold perdait de son assurance. Il cilla et se tendit visiblement, avant d’interroger à son tour :

« Parce qu’il est ministre ? Riche et puissant ? »

Quelque chose tomba dans la poitrine de Kessy. Ca y était, ils y étaient, il savait. Leopold savait et il était visiblement sur la défensive, dans l’attente de savoir ce que cette fille sortie de nulle part attendait de lui. Kessy secoua doucement la tête en signe de dénégation. Ce n’était pas l’argent et le pouvoir qu’elle était venue chercher. Oh, bien sûr, elle aimait les paillettes et les histoires de princesse comme n’importe quelle fille, un peu plus que n’importe quelle fille d’ailleurs, mais… Elle avait attendu d’avoir un père bien avant de savoir qui était le sien.

Mais comment expliquer ce sentiment qui lui emplissait le cœur, cet espoir, cette amour déraisonné pour une personne qu’elle ne connaissait même pas ? Comment l’expliquer sans trop s’exposer, sans risquer de se prendre une claque en pleine figure ? Il n’était pas facile de laisser ainsi son sort entre les mains d’une autre personne. De la laisser libre de vous aimer ou de vous détruire, en quelques mots. Alors, voudrait-il la connaître ? Serait-elle assez bien pour lui ?

« Parce que je savais que j’allais avoir une chance de le rencontrer, et d’apprendre à le connaître », répliqua-t-elle par une pirouette.  « Enfin… S’il en a envie. »

C’était au tour de Kessy d’acculer Leopold, de le percer de ses grands yeux sombres qui paraissaient poser mille questions et semblaient contenir tant d’espoir et d’appréhension. Comment pouvait-il décevoir ce regard, comment pouvait-il la repousser ? Oh, c’était certainement la chose la plus raisonnable à faire. Avait-il vraiment besoin de s’encombrer d’une fille hors mariage et du scandale potentiel qui l’accompagnerait à un tel moment ? Bien sûr que non. Mais Leopold n’était de toute manière pas raisonnable et il s’était toujours promis d’accueillir ses filles dans sa vie si elles décidaient d’y entrer. Cela avait déjà été suffisamment dur pour lui de les voir grandir à distance, élevées par quelqu’un d’autre – et par un abruti dans le cas de Cassandre – pour les repousser maintenant. Si Kessy voulait d’un homme tel que lui dans sa vie, un vieux ministre bourré de défauts qui n’avait rien du père idéal, eh bien… c’était son choix, elle avait dix-sept ans et était désormais une adulte capable de décider des personnes qu’elle souhaitait dans sa vie. Alors il pouvait laisser tomber le masque, abandonner toute défiance, Kessy n’était pas une fille mauvaise, manipulatrice ou vénale. D’eux deux, c’était lui qui pouvait blesser l’autre... Mais il n’en avait aucunement l’intention.

« Bien sûr que j’en ai envie », souffla-t-il finalement, abandonnant le discours à la troisième personne qui le faisait paraître un peu trop mégalomane à son goût. « C’est tout ce que j’ai toujours voulu. »

Son visage se fendit d’un sourire hésitant, qui gagna en naturel à la vue du visage resplendissant que Kessy tourna vers lui. Le soulagement et la joie étaient lisibles sur ses traits et il sentit son cœur de pierre se réchauffer à l’idée que c’était lui qui avait provoqué ces émotions. Ce n’était pas souvent que Leopold rendait quelqu’un tel que Kessy heureux. C’était une jeune femme spontanée, vive, sincère, simple, à l’opposé de ses deux autres enfants, à l’opposé de son propre caractère, mais c’était sans doute cela qui le fascinait tant chez elle. Envahi par une bouffée d’affection à l’égard de celle qu’il pouvait désormais appeler sa fille, Leopold se leva de son fauteuil pour venir s’asseoir à côté d’elle et, sans plus de formalités, l’attirer dans ses bras. Un petit rire joyeux secoua le ministre quand il la sentit refermer ses bras autour de son cou et il la serra contre lui un long moment, envahi par une foule d’émotions qui lui prenaient la gorge. C’était la première fois qu’il tenait sa fille contre lui, la première fois en dix-sept ans, depuis qu’il était venu voir sa mère à la maternité et qu’ils avaient convenu qu’elle l’élèverait seule. Il ne l’avait pas serré dans ses bras lorsqu’elle était haute comme trois pommes, il n’avait pas été là à tous les moments importants de sa vie, mais ils étaient réunis aujourd’hui.

Ils finirent par se séparer et s’échanger un sourire un peu gêné, puis Leopold attrapa doucement son menton comme pour mieux l’observer.

« Tu es superbe, Kessy. Tu tiens de ta mère, c’est sûr. »

« Merci. Et vous êtes… »

« Tu », corrigea-t-il doucement, mais Kessy esquissa une grimace. Tutoyer Leopold, c’était encore trop bizarre, elle ne pouvait s’y résoudre pour l’instant.

« Vous êtes un peu impressionnant », avoua-t-elle avec un sourire d’auto-dérision. « Quand ma mère m’a dit votre nom … Eh bien, elle ne lit pas les journaux sorciers. Je crois qu’elle ne sait pas qui vous êtes, ici. »

« Je suis impressionné aussi, si cela peut te rassurer. Ce n’est pas tous les jours que l’on fait la rencontre de son enfant. »

Cette confidence eut le don de rasséréner Kessy. Cette réunion n’était pas seulement étrange pour elle, elle l’était pour lui aussi. La jeune fille se mordit l’intérieur de la joue tandis que mille questions se bousculaient dans son esprit. Par où commencer ?  Finalement, elle demanda avec précaution :

« Est-ce votre épouse… Elle est vraiment enceinte ? »

Leopold hocha lentement la tête, tandis que Kessy méditait l’information. Un demi-frère ou une demi-sœur…

« Et Dave… Est-ce qu’il sait ? Pour moi ? »

« Non, il ne sait pas. Et je dois te demander de ne rien lui dire, Kessy, je sais que vous vous connaissez à Poudlard mais je dois te demander de garder le secret, au moins pour un temps. »

Kessy ne fut pas vraiment bouleversée par cette requête. Elle avait déjà obtenu ce qu’elle voulait. Que Leopold fasse une révélation fracassante au monde sorcier et la reconnaisse comme sa fille chérie enfin retrouvée faisait partie de ses fantasmes, bien sûr, mais elle se doutait bien que la vérité serait toute autre. Si Leopold voulait se faire réélire un jour, il devrait éviter les scandales tels que les relations extra-conjugales… Kessy n’était pas dupe, elle avait beau être parfois naïve, elle savait comment ce genre de choses fonctionnait. Elle-même se fichait bien que son père biologique ait trompé son épouse, la jeune fille savait bien comment le mariage fonctionnait chez les sangs-purs de toute façon. Ce n’était pas toujours synonyme d’amour… et puis Kessy n’avait rien d’une puritaine et si son père voulait être infidèle, cela ne regardait que lui. Elle n’allait pas s’en plaindre puisque c’était à cela qu’elle devait la vie. Peu importait son comportement avec les autres, à vrai dire, tant qu’il se comportait bien avec elle. Et, pour l’instant, elle n’avait rien à lui reprocher. A vrai dire, à l’heure actuelle, elle se sentait pousser des ailes et se sentait prête à aller vanter le FREE avec son écharpe de miss monde magique à qui voudrait bien l’entendre.

« Je comprends, une fille hors mariage ça fait tâche », plaisanta-t-elle. « Il n’y a pas de problèmes, je n’en parlerai pas à Dave. Je n’en parlerai à personne ! »

Elle avait bien voulu en parler à James, mais… eh bien, il y avait eu une Marley pour tout gâcher.

« Je te remercie. Ce n’est pas seulement cela, Kessy, c’est surtout que les choses ont été compliquées pour Dave ces derniers temps. Je lui ai déjà imposé une nouvelle famille, alors… Eh bien, je te serai reconnaissante d’être discrète, oui. Même si rien ne vous empêche d’être amis, bien entendu. »

Kessy haussa un sourcil sceptique qui ne manqua pas à son père, et les deux sorciers échangèrent un regard entendu. D’accord, songea Leopold, peut-être bien qu’il faudrait un jour une révélation de leur lien de fraternité pour rapprocher Dave et Kessy, si c’était seulement possible. Ils étaient si différents… Mais l’homme savait que son fils ne serait pas prêt de lui pardonner une telle révélation et, peu importait l’amour qu’il portait à Kessy, il ne lui sacrifierait pas sa relation avec Dave.

« Cependant, je serai ravi de faire ta connaissance, en toute discrétion bien sûr. Nous avons du temps à rattraper, et je veux tout apprendre de toi. »

Kessy esquissa un large sourire avant de sautiller sur place, songeant intérieurement qu’elle mourrait malgré tout de raconter tout cela à Kaly. Peut-être que son père voudrait bien faire une exception ? Même si elle n’était pas sûre de pouvoir faire confiance à sa meilleure amie pour ce point… Elle l’a-do-rait, vraiment, Kaly était trop géniale. Mais elle était aussi bavarde et c’était un sacré secret à porter. Bah ! Kessy pouvait garder ce secret pour elle. Elle pouvait garder son père pour elle et chérir leurs rencontres sans que personne n’en sache rien. Kessy aimait être populaire mais elle aimait aussi se sentir spéciale aux yeux de quelqu’un… Et n’était-elle pas spéciale pour Leopold ? Bien sûr que si. Elle était sa fille. Son unique fille.

« Je veux tout apprendre de toi aussi. »

Leopold serra la main de sa fille dans la sienne, en un geste affectueux, tandis qu’il la couvait du regard avec tendresse. Elle était mignonne. Et, oui, il lui apprendrait tout de lui… Tout ce qu’il laissait apprendre à ses enfants…

C’est-à-dire pas beaucoup plus que ce qu’elle ne savait déjà.




Christoph Waltz, merci à Roy
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Born to touch your feelings [OS - Leopold & Kessy]

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