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 La crise de la trentaine [Hailey, Roy... et Juliana, oups]

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Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Dernière édition par Roy Calder le Jeu 23 Avr 2015 - 22:25, édité 1 fois
20 mars 2009

« Mais régardez qui voilà, c’est l’homme dé la soirée ! Joyeux anniversaire, mon pote ! »

Les quatre-vingt-dix kilos de grâce d’Antonino Tessio tombèrent sur le coin de l’épaule d’un Roy d’une humeur assez bonne pour ne pas râler. Pour sourire même, en levant juste les yeux au ciel.

« Ca doit faire dix fois que tu me le dis aujourd’hui, Toni.
-Oui, mais cette fois jé té lé dis… ET jé té ramène les nanas avec. »

D’un geste large il désigna trois jolies femmes près du bar qui les regardaient avec insistance, en gloussant des « Toni, youhouuu » qui firent rire aux éclats le chef de mafia.

« Et passer après toi ? Rêve. Il tapota l’épaule de son ami. Trouve-moi un meilleur cadeau que ça et on en reparle. De toute façon, j'ai d'autres objectifs ce soir.
-Ooooh dépouis quand tou fais lé difficile avec les femmes, toi ? Alors Monsieur a trente ans et il joue les grands seigneurs, mainténant ! Toni attrapa Roy en l’encerclant de son bras pour lui ébouriffer affectueusement les cheveux. Qu’est-ce qué tou dis ? Jé souis ton boss, lâche-moi tout de suite ou ta paye va être oune misère à la fin du mois ? Tralalala, jé n’entends rien ! Tou n’es pas mon boss cé soir ! Avec un grand éclat de rire, il finit par desserrer son emprise sur son ami et le secouer par les deux épaules. Hé, Roy, tou m’entends ?
-Oui, je t’entends et tu es parfaitement bourré, crétin, rétorqua t-il, aussi désabusé que moqueur.
-Et toi, tu ne l’es pas assez ! Sofyaaaa ! Où est Sofya ? Elle a pris ma vodkaaa ! »

Secouant la tête, Roy détacha son regard de l’italien qui s’enfonçait dans la foule à la recherche de sa bouteille perdue, puis reprit la route vers la destination qu’il s’était fixé avant que Toni ne l’apostrophe. Se frayer un chemin n’était pas une mince affaire, Roy se faisait arrêter toutes les deux minutes par l’un de ses invités pour s’entendre souhaiter un joyeux anniversaire, ou proposer un verre, une partie de poker du diable, ou encore le spectacle de ces effeuillages osés dont les Folies Sorcières avaient le secret… Secret bien gardé, ce soir. La fête était privée, les contrôles à l’entrée soigneusement exécutés afin de ne laisser entrer qu’une partie scrupuleusement choisie des clients réguliers du cabaret, ceux qui étaient dans les bonnes grâces de Roy, et ceux qui étaient ses amis. A eux s’ajoutaient la masse assez conséquente et bruyante des Veilleurs, qui profitaient de l’absence des règles habituelles -celles qui régissaient le cabaret afin de faire bonne figure en temps normal- pour achever de dévoyer ce lieu déjà hautement dépravé par le luxe et la luxure. En de mots plus courts… C’était la joyeuse anarchie.

Et Roy était assez contemplatif de cette fête qui devait le glorifier lui, qui avait fêté ses vingt-neuf ans au détour d’un bar des plus classiques, avec deux ou trois amis à tout casser, dans ce temps où la grande débauche signifiait pour lui finir ivre un petit matin dans les bras d’une jolie demoiselle de passage. Ah, qu’il était petit joueur à l’époque. Par quelle impulsion miraculeuse sa vie avait-elle pris cette tournure dantesque ? Roy ne cessait de s’en étonner, à ses heures de philosophie perdues.

Et pourtant, la soirée ne faisait que commencer, et devenait très justement intéressante. Le regard de Roy attrapa enfin le ministre, qu’il avait déjà salué plus tôt, attablé près de la scène du cabaret. D’un coup d’oeil rapide, il évalua son entourage. Adonis n’était plus là, il avait du se trouver une occupation ailleurs, quant à Isobel, Roy supposait qu’elle devait être en compagnie de Sofya, à bavasser et boire joyeusement. Leopold paraissait seul -quoique Roy soupçonnait qu’Alan soit dans le coin, à rôder comme d’habitude. D’un mouvement leste, il se glissa sur la chaise à côté de lui, puis sans préambule, prit la parole :

« Leopold. J’ai une question. Tu te souviens quand tu m’as demandé de te laisser assister à la scène, le jour où je me ferais rembarrer par Hailey ? Il attendit que le ministre lève le regard vers lui pour lui offrir un de ses larges sourires goguenards. Eh bien je t’annonce officiellement que tu n’auras pas ce cadeau. D’abord parce que c’est moi qui reçois des cadeaux aujourd’hui. Et ensuite parce que je ne vais pas me faire rembarrer. Ouvre bien les yeux ! »

Sur cette invective digne d’un adolescent de quinze ans -on ne grandissait pas- qui se lançait le défi de draguer la plus jolie fille du bal de promo, Roy quitta la chaise et se dirigea vers sa cible qu’il avait préalablement localisée près du bar. Hailey Peterson dans toute sa beauté, qui lui faisait l’honneur de sa présence le soir de son anniversaire. Roy ne pouvait décemment pas laisser passer une telle occasion d’approcher la ravissante chef du BDA, dans d’autres circonstances que leurs joyeuses réunions de vilains au premier étage. C’était son objectif numéro un de la soirée, il l’avait décidé. Avec assurance, il s’accouda au comptoir, annonçant sa présence de son ton et son sourire bien à lui :

« Bonsoir Hailey… Se laissant le temps d’apprécier la réaction -et la tenue- de la jeune femme, il renchérit. Je suis agréablement surpris et ô combien flatté de te compter parmi mes invités ce soir. Je le reconnais, je pensais que tu ne viendrais pas. »



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Hailey Peterson, chef du BDA

Hailey Peterson n'était pas une femme très mondaine. Bosseuse et sérieuse, c'était une femme de terrain qui préférait largement passer ses soirées à traquer des mages noirs qu'à participer à des évènements tels que celui-ci, qui respiraient la débauche et le vice. Oh, Hailey savait se montrer sociable, mais elle préférait largement boire une gobière dans un petit bar après le travail avec ses coéquipiers ou avoir une conversation d'adultes civilisés autour d'un bon petit restaurant. Les beuveries dans des casinos-cabarets ou les galas mondains du Ministère avaient tendance à la laisser indifférente et ennuyée, et ce soir ne faisait pas exception.

Heureusement, Calder avait quelques amis dignes d'intérêts, tels qu'Isobel avec qui Hailey avait déjà eu l'occasion de sympathiser. Les deux sorcières avaient échangé quelques paroles en début de soirée, avec une troisième jeune femme, une comédienne qu'Hailey avait déjà eu l'occasion de voir sur scène à Londres, et avec qui elle avait pu parler théâtre. Hélas, ses conversations suivantes s'étaient révélées beaucoup moins intéressantes, une bande d'amis de Roy braillards et imbibés ayant essayé de l'entraîner dans leur déchéance, sans succès. Et puis il y avait eu Adonis, qui était venu échanger quelques mots et qu'elle avait interrogé sur son mariage à venir, mais il avait rapidement été appelé ailleurs et elle n'avait guère eu la force de se mêler aux conversations.

Accoudée au bar, vêtue d'une robe pourpre et profondément ennuyée, Hailey se demandait pour la quinzième fois de la soirée ce qu'elle faisait ici. En réalité, elle était surtout venue pour faire plaisir au ministre qui lui avait dit d'un ton appuyé que ce serait une bonne occasion de resserrer les liens entre les membres du gouvernement. Tiens donc, mais où était-il, celui-là ? C'était à cause de lui qu'elle était venue, après tout, sans doute pourrait-il l'occuper un peu. Ou peut-être saurait-il où se trouvait Danielle, avec qui elle souhaitait s'entretenir de la milice... Hé oui, Hailey ne s'arrêtait jamais vraiment de travailler, ce qui lui valait parfois des taquineries de la part de ses collègues. Mais c'était aussi la clef de son succès, et son acharnement lui avait permis d'être la plus jeune femme à diriger le bureau des aurors de l'Histoire.

L'auror venait de repérer sa cible, attablé un peu plus loin, et de glisser de son tabouret pour aller à sa rencontre lorsque quelqu'un d'autre l'accapara avant lui. Horreur, malheur, Roy Calder ! Certainement pas, elle n'avait aucune intention de se trouver au centre d'une conversation entre les deux hommes qui, à cette heure avancée, serait à n'en pas douter peuplée de sous-entendus douteux. Reprenant sa place à regret, Hailey laissa échapper un soupir et commanda une nouvelle Vodka Martini. Après avoir glissé quelques pièces dans la main du serveur, Hailey se saisit de son verre et pivota légèrement sur sa chaise dans l'optique d'observer la salle... Avant de tomber nez-à-nez avec le visage réjoui de Roy. Ciel.

A vrai dire, Hailey avait espéré ne pas tomber sur Roy ce soir - espoir un peu vain, considérant le fait que c'était pour son anniversaire qu'ils étaient réunis ici, et que Roy semblait prendre un malin plaisir à venir lui parler dès que l'occasion se présentait. Et voilà qu'il était flatté par sa présence, allons bon, comme s'il fallait y voir là un signe d'intérêt de sa part... La subtilité n'était décidément pas le fort de cet homme qui semblait encore penser avoir une chance avec Hailey. Cette dernière s'appliquait pourtant à se montrer froide, employant l'ironie voire la condescendance dès que l'occasion se présentait. C'était plus fort qu'elle, elle trouvait Calder irritant, et le fait de devoir s'abaisser à collaborer avec des hommes tels que lui n'aidait pas. La mafia... Ce n'était pas exactement ses interlocuteurs préférés, mais il fallait reconnaître que la stratégie de Leopold donnait des résultats, et que leur alliance avait réellement permis de maîtriser les choses à Bristol. Et Roy était le responsable de cela, puisqu'il tenait le gang qui était en train de vider toutes les bouteilles des Folies ce soir...

Pour autant, Hailey avait encore bien du mal à le respecter pour l'instant, et cela tenait certainement beaucoup à sa personnalité. Roy avait pour habitude de se promener avec arrogance en estimant que tout lui était dû - argent, pouvoir, femmes... Hailey avait d'autres valeurs, celles du travail, du mérite, de l'effort et de la sincérité, auxquelles Roy semblait parfaitement étranger. Si elle avait dû avoir un petit flirt avec un homme du cercle du ministre, cela aurait sans doute été Jacob Dalhiatus, qui, lui, était un homme décent et, il fallait bien le reconnaître, plutôt séduisant. Bien sûr, c'était le genre de pensées futiles qu'elle n'aurait partagé avec personne, si ce n'est Danielle et Isobel autour d'une bouteille de vin...

Ce soir, l'envie d'envoyer balader Roy était donc forte. Comment pouvait-il imaginer qu'elle avait envie de lui parler ? Elle passait sa vie à être désagréable avec lui ! Hélas, c'était son anniversaire et donc le seul jour où elle se devait de se montrer un minimum courtoise. Au moins pendant cinq minutes.

"Je ne pouvais pas manquer pareille occasion...", commenta-t-elle de sa voix erraillée, sur un ton qui laissait sous-entendre une pointe d'ironie. Après tout, Leopold l'avait plus ou moins forcé à venir, ce qu'elle s'abstint charitablement de dire. Se fendant d'un sourire, elle ajouta : "Joyeux anniversaire, Roy. Trente ans, c'est le meilleur âge... Profite-en bien."

Peut-être que si elle se pliait au jeu des banalités, il allait partir de lui-même. Oui, c'était un bon plan.

"Es-tu satisfait de ta soirée ?"

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Roy n’était ni stupide ni aveugle. Roy était surtout un homme têtu et arrogant, et lorsqu’il avait une idée en tête, il s’employait à la réaliser jusqu’au bout. Aussi, les multiples fois où Hailey avait écourté leur conversation sur une pique, où elle avait répondu à ses compliments par un sarcasme n’avaient pas suffi à le faire abandonner la tâche, loin de là. Plus une femme lui résistait, et plus Roy la désirait, ainsi était le cliché de sa vie d’homme volage. Ce jour-là, il avait décidé que ce serait son jour de chance. On n’avait pas trente ans tous les jours et il fallait bien qu’il retourne ce malheureux rappel du temps -où était passés ses vingt ans !- à son avantage, en tentant au moins de remporter quelque chose. Le défi Hailey Perterson lui avait paru à la hauteur de son trentenaire, aussi froide soit la jeune femme. Roy était même plutôt positif : il avait appris à décortiquer les moues et sous-entendus dans son ton -elle lui en avait tant servi- et il lui semblait qu’elle était un tout petit peu -rêvait-il ?- plus encline à discuter avec lui.

Glissant un « merci » lorsqu’elle lui souhaita un bon anniversaire, Roy sourit à sa question suivante. Répondre un « Là tout de suite, oui » avec un sourire séducteur aurait fonctionné avec certaines. Pas avec Hailey Peterson, qui n’était décidément pas le genre à se laisser avoir par des techniques aussi basiques. Il lui fallait recalculer toutes ses approches, car Hailey était une femme aussi difficile à cerner que délicate à obtenir. Roy ne s’était pas heurté à des échecs inutilement. Il avait désormais plus ou moins compris ce qui l’agaçait, et ce qui avait plus de chances de lui plaire. Tout séducteur digne de ce nom savait s’adapter à la personne qu’il avait en face de lui, c’était même le jeu préféré de Roy… Il s’assit donc au tabouret du bar à côté de la chef Auror, en faisant un bref signe au barman pour qu’il lui apporte un verre et remplisse celui de sa partenaire. Il livra sa réponse tranquillement une fois que ce fut fait :

« Plutôt, oui. C’est une soirée qui devrait rester dans les mémoires… Son regard brilla d’une lueur mystérieuse en se posant sur la fontaine installée pour l’occasion près de la scène du cabaret, et qui déversait un breuvage inédit, d’un bleu éclatant, qui n’était pas sans rappeler la couleur de la fumée de la monalisa si appréciée… Enfin, de ce qu’il restera de nos souvenirs demain. »

La débauche était à tous les niveaux aux Folies Sorcières, ce soir encore plus que d’habitude, ce que la chef du BDA avait du remarquer. Roy reporta son regard sur elle, tentant d’évaluer ses pensées. Il se doutait bien que ce n’était pas exactement le genre de soirées qu’elle appréciait, elle n’était pas vraiment cliente du lieu, ses venues étaient toujours motivées par son travail jusque là. Roy n’était pas assez optimiste toutefois pour s’imaginer que c’était pour lui qu’elle se trouvait ici ce soir, il pariait plutôt qu’elle s’était laissée entraîner. Par Leopold, ou peut-être même Isobel, il avait cru comprendre qu’elles commençaient à s’apprécier, toutes les deux.

« Après, je reconnais que ça me dérangerait pas de me lever demain en ayant toujours l’impression d’avoir vingt-neuf ans, plaisanta t-il. Sa soirée n’était finalement pas si différente de toutes les autres, dans ce haut lieu de la débauche : oublier que le temps filait, trois fois trop vite... Tu disais, trente ans, le meilleur âge ? Qu’est-ce qui te fait penser ça ? »

Il vrilla un regard inquisiteur sur Hailey, en buvant une gorgée de son verre, curieux d'en savoir plus sur son parcours. De ce qu’il savait -et en tant que trafiquant, il avait appris très tôt les noms connus des forces de l’ordre- Hailey n’était que lieutenant à ses trente ans, mais déjà à l’époque, elle avait la réputation d’une femme déterminée et acharnée dans son travail. Peterson avait fait bavasser les malfrats qu’ils étaient, bien plus qu’elle ne s’imaginait, et pas seulement pour ses beaux yeux. Tomber sur Peterson en interrogatoire avait longtemps sonné comme le glas, à leurs oreilles… Ce qui était toujours un peu le cas, même si Roy pouvait se targuer aujourd’hui de ne plus avoir à la craindre.



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Hailey Peterson, chef du BDA

Hailey suivit le regard de Roy jusqu'à la fontaine qui déversait un liquide d'un bleu électrique particulièrement louche. La chef du BDA ne comptait pas le nombre de choses sur lesquelles elle était obligée de fermer les yeux ce soir, mais c'était le prix à payer pour travailler avec un ministre tel que Leopold. Oh, Hailey était bien loin de connaître toutes les activités extra-scolaires du ministre, et elle ne soupçonnait pas non plus l'étendue de ses actions illicites au cours des ans, mais elle n'avait pas mis longtemps à comprendre qu'il n'était pas homme à respecter les règles, et encore moins la loi. Il y avait ce que Hailey apprenait au cours des réunions secrètes aux Folies, et puis il y avait ce qu'elle devinait de l'attitude de Leopold, ou de son curriculum vitae. Il n'avait définitivement pas le profil type du ministre classique... L'auror, qui avait tendance, quand à elle, à toujours respecter les règles et à pourchasser les mages noirs dans le respect des pratiques enseignées à l'académie avait du faire sa paix avec cela. Au final, cela ne dérangeait pas tant sa conscience, puisque ce qui lui importait avant tout était l'efficacité et la justice - du moins, la justice selon elle. Les moyens pour y arriver ? Hé bien, s'il fallait qu'elle se salisse les mains, elle le faisait. C'était ce qui faisait d'elle une bonne auror et une bonne chef.

Ses yeux se voilèrent à la question de Roy, et elle prit le temps de boire une gorgée de son verre avant de répondre. En temps normal, elle aurait éludé et balancé quelques banalités pour éloigner son interlocuteur de cette partie sombre de son passé. Pourtant, ce soir, quelque chose d'indéfini la poussa vers la voie de la vérité. Peut-être était-ce la part d'elle qui commençait à trouver un peu solitaire sa vie de londonienne qui ne se confiait jamais vraiment et n'avait que peu de véritables amis. Peut-être était-ce aussi, au fond, une envie de rappeler à Roy qu'il n'y avait pas que l'insouciante et la fête dans la vie et que les responsabilités le rattraperaient bien vite... Toujours est-il qu'elle vrilla ses yeux verts sur le trafiquant pour lâcher :

"J'ai perdu mon partenaire à vingt-neuf ans. J'étais membre de la police magique de Chicago, ma ville natale, et Nathan était mon partenaire au sein de la cellule anti-mardoliens de la ville depuis trois ans. Tué à son domicile par les mardoliens, du moins c'est ce que nous avons soupçonné, car nous n'avons jamais trouvé de preuves ni identifié son attaquant. Nous étions très proches."

Proches, ils l'étaient, comme des amis et peut-être même un peu plus que cela. A vrai dire, Hailey n'aurait jamais la réponse à cette dernière question, puisque que Nathan était mort trop vite pour qu'elle puisse le lui demander... Le deuil avait été long, et aujourd'hui encore, il lui arrivait de le chercher du regard lorsqu'elle avait une idée à partager, ou qu'elle s'apprêtait à partir sur le terrain. Quelque part, une partie de Nathan subsistait en elle, et elle savait qu'il était toujours un peu là avec elle, lorsqu'elle partait se battre baguette en main ou qu'elle devait prendre une décision difficile.

Faisant distraitement tourner son verre de la main, Hailey suivait du regard le trajet de la petite olive à l'intérieur, perdue dans ses souvenirs.

"Je voulais venger sa mort, c'était tout ce à quoi je parvenais à penser, la seule chose qui m'animait du matin au soir. Aussi, lorsque j'ai appris que Mardol s'était déplacé en Angleterre... J'ai demandé mon affectation au BDA. J'avais trente ans. J'ai quitté la ville que j'avais toujours connu, j'ai quitté mon pays et je suis venue vivre ici. Une nouvelle vie, un nouveau quotidien... Deux ans plus tard, je bosse pour le ministre qui a su mettre Mardol derrière les barreaux. Pour, ironiquement, être en charge du BDA au moment où il s'est échappé..."

La vie jouait de drôles de tours parfois. Hailey était désormais parfaitement bien placée pour mener elle-même les recherches de Mardol, mais voilà que le ministre lui avait fait comprendre, quelques semaines après l'évasion, que ce n'était pas la priorité. Il fallait reconnaître que les problèmes de sécurité et de magie noire dans le pays ne semblaient plus être à attribuer aux mardoliens, dont personne n'avait entendu parler depuis l'arrestation de leur leader...

"Trente ans, cela a été un tournant pour moi", conclut Hailey avec un léger sourire, reportant son attention sur Roy. "J'ai beaucoup évolué cette année là et je préfère la personne que je suis aujourd'hui. Plus assurée, plus féroce, je ne me laisse plus faire et je ne laisse rien se mettre en travers de mon chemin. Trente ans, l'âge de la maturité, ou plutôt... de l'épanouissement. En tout cas, je te le souhaite."

Car gagner en maturité ne pouvait pas faire de mal à Calder... En revanche, il ne semblait pas avoir attendu la trentaine pour s'épanouir en tant que chef de gang, lui que l'on croisait parfois au BDA en tant que trafiquant minable les années d'avant était désormais à la tête d'un petit empire en devenir. Elle pouvait au moins lui reconnaître cela, Roy était un homme plus intelligent et retord qu'il n'y semblait au premier abord... Ce qui signifiait qu'il y avait bien une personnalité plus complexe sous la couche de non-subtilité qui la hérissait tant. Il ne lui avait jamais fait le plaisir de la lui révéler - mais elle ne lui en avait jamais laissé l'occasion non plus, avant ce soir.
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Roy écouta avec une certaine surprise, qu’il masqua derrière un air attentif, Hailey lui raconter un morceau de sa vie. Il ne s’attendait pas spécialement à l’entendre se confier à lui, mais ma foi, il n’allait pas bouder sa chance. Il avait toujours eu un peu de mal à déceler ce qui rendait Peterson humaine, parce qu’il ne connaissait d’elle que sa froideur, son incroyable efficacité et sa beauté trop remarquable pour qu’elle soit comme toutes les autres. Qu’elle lui dévoile un pan de son histoire lui permettait de mieux comprendre certains aspects de sa personnalité, c’était certain, mais également à la rendre plus… abordable, en quelque sorte. Oui, Hailey Peterson était une personne comme tout le monde, qui avait connu des moments de faiblesse, qui pouvait se laisser emporter par ses émotions. Venger la mort de son partenaire était un but que Roy pouvait parfaitement comprendre, c’était même un langage qui lui parlait très bien, mais qui, il s’en doutait, n’était pas forcément ce qu’on attendait d’une représentante des forces de l’ordre, sensée incarner la justice et l’impartialité. Il répondit à son bref sourire alors qu’elle concluait pour répondre véritablement à la question qu’il lui avait posé.

« Eh bien… Je savais que tu étais une guerrière dans l’âme mais pas à ce point » la taquina t-il, pour détendre un peu l’atmosphère -parler de personnes mortes n’était jamais bon pour l’ambiance.

Pour qu’elle soit arrivée en à peine deux ans à se redresser de la mort d’un partenaire qui comptait visiblement pour elle, prendre les devants en poursuivant Mardol jusqu’en Angleterre, et réussir à s’imposer et gagner les rênes du BDA, il fallait avoir les tripes bien accrochées. Peterson avait réalisé un exploit qui avait été assez vanté dans la presse en parvenant à prendre la direction du BDA en étant si jeune, et même, étrangère -chose que Roy ne savait pas jusque là, en revanche. Une autre américaine... Voilà qui devait l'aider à s'entendre avec Isobel.

En tout cas, ses mots laissaient à méditer. L’âge de la maturité… Oh les mauvaises langues diraient bien de Roy qu’il n’était pas tout à fait quelqu’un de mature et responsable. Et pourtant, il avait considérablement évolué cette année. Diriger un gang était une toute autre paire de manches que trafiquer sous le manteau, et Roy sentait chaque jour un peu plus le poids de ses responsabilités sur ses épaules. Il était peut être encore trop tôt pour faire une rétrospective, mais il s’était senti changer. Mûrir, oui. Il ne prenait pas ses décisions de la même façon qu’avant, faisait preuve de beaucoup plus de prudence, de clairvoyance. Evidemment, il était toujours cet homme passionné, amoureux des risques et de l’imprévu, mais il agissait avec bien plus de conscience qu’avant. Un premier pas vers la maturité, peut-être, c’était déjà ça. Il était temps.

« Peut-être que dans deux ans, je pourrais tenir le même discours que toi, oui, reprit-il avec un sourire, vrillant son regard dans celui de la jeune femme. Je vois bien ce que tu veux dire. Je ne sais pas si je suis en train de m’épanouir à proprement parler mais… De changer et d’évoluer, oui, c’est certain. »

Il laissa planer à peine quelques secondes de silence, le temps de remettre de l’ordre dans ses pensées. Rester sur de vagues déclarations ? Ou se confier ? Hailey venait bien de s’ouvrir un peu à lui, Roy considérait que c’était la suite logique des choses de se confier à son tour. Et surtout, pour une fois, il pouvait discuter d’autre chose que de travail ou de flatteries inefficaces avec elle, alors il n’allait pas manquer l’occasion de faire savoir à la jolie chef qu’il n’était pas qu’un beau parleur échoué on ne savait trop comment au rang des personnes influentes de ce pays. Il s’y était taillé sa place, véritablement, il s’était battu, autant qu’elle-même avait pu se battre pour atteindre ses objectifs.

« J’imaginais pas forcément ça, l’an dernier, mais… Ce n’est pas juste un coup de chance, je ne sais pas vraiment comment l’expliquer. Ca faisait huit ans que je vivais plus ou moins la même chose, j’aurais pu m’en contenter, en soit, j’étais pas si mal loti. Mais avec tout ce qui se passait dans le pays... Je commençais à bouillir de l’intérieur. Cette sensation que quoi que tu fasses, ça finit toujours par te retomber dessus, sur toi, ou un de tes proches, sans que tu ne puisses empêcher que ça arrive… -son regard fixé sur ses mains se voila légèrement au souvenir de cette guerre des gangs au cours de laquelle lui, Jayce, Juliana, même Eden auraient pu perdre la vie. Pourtant cette nuit, c’était lui qui avait tué, et irrémédiablement, cela l’avait marqué, bien plus profondément qu’il ne l’imaginait. Après le vingt-et-un septembre, j’étais plein de colère, contre tout le monde, même contre ceux qui m’avaient permis d’être là où j’en étais, finalement. Parce que c’est toujours la même chose. Tant que tu n’es pas un puissant, on ne fait même pas attention à toi. J’en avais assez d’être celui qui devait seulement sauver sa peau, ou se sacrifier pour celle d’une ordure plus haut placée que lui. »

Roy avait eu soif de reconnaissance, autant que soif de pouvoir, parce que c’était la seule chose qui permettait de pouvoir agir, véritablement. D’avoir une incidence sur le cours sa propre vie, et de pouvoir protéger celle des personnes qu’il aimait. C’était ce qui l’avait fortement motivé, dans ces quelques mois qui avaient vu voir son ascension au pouvoir, jalonné d’étapes marquantes. Il leva d’ailleurs un doigt pour illustrer ses mots de conclusion sur le sujet de la guerre des gangs :

« Premier tournant, donc. Puis ce jour où je vous ai tous rencontrés là-haut, comme un chiot à la table des loups… Ca a été un autre tournant. J’étais tellement anxieux ce jour-là, avoua t-il avec un sourire à ce souvenir. Il s’était montré assuré et audacieux, seulement parce qu’il avait l’habitude de négocier et montrer un visage confiant. Vous auriez pu sceller mon sort en deux secondes, alors je pesais tous mes arguments trois fois avant de parler. J’avoue que ça m’arrive souvent de me retrouver dans des situations complètement suicidaires mais celle-là… Elle valait de l’or, franchement, j’ai jamais senti l’odeur d’Azkaban si proche de moi. » ricana t-il en buvant la dernière gorgée de son alcool.

Il reposa son verre contre la surface dure du comptoir, se tournant à nouveau vers Hailey, avec son air malicieux collé au visage. Quelle était sa meilleure arme après les sourires ravageurs, déjà ? L’humour, lui semblait-il.

« Enfin, je ne regrette pas, évidemment. Si je n’avais pas pris ce risque, je serais resté ce dossier qui sert à caler la machine à café de Seamus Finnigan, n’est-ce-pas ? »



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Hailey Peterson, chef du BDA

Hailey se contenta de hausser les sourcils, un léger sourire mystérieux aux lèvres, lorsque Roy plaisanta sur son âme de guerrière. Oui, Hailey était une battante, elle n'avait pas son pareil sur un champ de bataille et elle était à peu près persuadée qu'elle saurait largement tenir tête à Roy baguette en main. Cependant, les alliances politiques et officieuses opérées par le ministre les plaçait désormais dans le même camp, aussi étrange cela puisse-t-il paraître, et ils n'auraient sans doute jamais l'occasion de le vérifier... Dommage, elle n'aurait pas dit non à un petit duel contre Roy, ne serait-ce que pour avoir le plaisir d'avoir le dessus sur lui. Hailey, compétitrice ? Oui, elle ne s'en était jamais caché. A force de fréquenter des brigades magiques, la jeune femme avait développé son esprit d'équipe, mais elle n'en restait pas moins une individualiste dans l'âme...

L'auror acheva tranquillement son verre, laissant Roy poursuivre sa pensée. Elle savait qu'elle l'avait plus ou moins invité aux confidences en lui révélant une part importante de son passé, mais cela ne la dérangeait finalement pas. Roy se révélait bien plus supportable lorsqu'il parlait sérieusement et abandonnait son air charmeur. Cet aspect de sa personne, Hailey avait pu l'entrevoir parfois lors de leurs réunions, et notamment lors de la toute première, où Roy avait littéralement joué le tout pour le tout. Nul doute, il avait su capter leur attention ce jour là, et avait fini par convaincre son auditoire... Ce soir, il s'attira l'attention d'Hailey le temps de son récit, qui à vrai dire trouvait la conversation à la fois un peu surréaliste et originale. C'était la première fois qu'elle discutait posément avec un chef de gang de son passé, de son ressenti, de son ascension au pouvoir... Disons que cela donnait une autre vision à la lutte que menaient les membres des forces de l'ordre. Les trafiquants aussi étaient des êtres humains avec des espoirs, des rêves et ambitions, des déceptions, des évolutions. Le vingt-et-un septembre avait marqué Roy comme il avait marqué tant de personnes dans ce pays, Hailey compris.

L'auror était là, ce jour-là, comme bon nombre de collègues avec qui ils avaient été boire un verre, et cela n'avait pas été beau à voir. Elle avait eu peur, aussi, pour ses collègues, plus que d'ordinaire, car ce n'était pas tous les jours que des mafieux vous lançaient des Avada en plein coeur d'une grande ville. Tous n'étaient pas entraînés pour cela. Il n'y avait bien que pour Ezequiel qu'elle ne s'était pas fait trop de soucis - de toute façon, vu l'état de leurs relations... Enfin, ce n'était pas vraiment le moment de penser à son ex, se morigéna Hailey avant de se renconcentrer sur la conversation. Roy avait de l'audace, elle devait en convenir. Courage ou témérité, c'était à se demander, au vu de l'impressionnant parcours qu'il avait accompli au cours des derniers mois. Deux coups de poker particulièrement risqués lui avait permis de devenir chef de la mafia la plus puissante de la ville et en pleine expansion.

"Ca, c'est certain, et crois-moi, Finnigan n'a pas besoin de dossiers poussiéreux en plus qui trainent sur son bureau", affirma-t-elle avec une moue amusée. Hailey médita un instant le récit de Roy avant de se tourner vers lui.

"Tu dois être un excellent joueur de poker", commenta-t-elle en dardant sur lui son célèbre regard qui semblait vous fouiller jusqu'au fond de votre âme. "Je dois dire que j'ai été plutôt impressionnée, ce jour-là, dans la pièce secrète. Tu n'as laissé transparaître aucune crainte, et pourtant tu aurais pu, vu l'auditoire..."

Ce n'était certainement pas Hailey la plus impressionnante, mais il fallait un certain courage pour laisser son sort à la merci du tandem redoutable Dalhiatus-Marchebank. Surtout alors que Jacob était encore en plein deuil de sa fiancée et cherchait désespérément un bouc-émissaire sur qui décharger sa colère... Ce qui était parfaitement compréhensible. Si cela avait été Hailey, à la place de Jacob, Roy aurait fini avec une baguette pointée contre la gorge, Marchebank ou pas. Mais Leopold semblait avoir une certaine influence sur Jacob, avec qui il semblait avoir noué une relation d'amitié plus que de simple travail. Et comme Leopold semblait enclin à coopérer avec un homme tel que Roy... Il fallait dire qu'ils s'étaient bien trouvés aussi, ces deux-là, soupçonnait Hailey dont le regard vint justement se perdre du côté du ministre. L'homme, toujours attablé, les observait justement et leva légèrement son verre dans sa direction, comme pour la saluer. Il y avait quelque chose dans l'expression du ministre, une certaine malice, qui fit sourire Hailey intérieurement.

"Et te voilà donc au milieu des puissants...", commenta Hailey en dévisageant Roy. "Qu'est-ce que cela fait ? J'imagine que ce n'est pas vraiment comme cela que tu imaginais ton trentième anniversaire lorsque tu as commencé les trafics... La moitié des invités viennent du ministère, l'autre de la Voie... Comment est-ce que tu es tombé là-dedans, d'ailleurs ?"

Tomber là-dedans, car ce n'était pas une voie que l'on pouvait décemment choisir pour soi-même si on avait d'autres possibilités, n'est-ce pas ? Hailey avait une vision assez péjorative des hommes tels que les Veilleurs et elle ne pouvait s'empêcher de les mépriser un peu, au fond d'elle, quand bien même elle avait pu en fréquenter certains d'un peu plus près ces derniers temps. Au final, à Chicago comme à Londres ou Bristol, les membres de gangs étaient pour elle l'ennemi, une sale engeance à exterminer, mais pas vraiment dignes de sa plus grande attention non plus. Extrêmement prometteuse à l'académie, puis très douée au sein de la police magique, Hailey avait vite grimpé les échelons pour intégrer l'élite des forces de l'ordre américaines, puis anglaises. Elle chassait ainsi l'élite de la criminalité, mardoliens, mages noirs... ou chefs de gangs.

Non, Hailey n'avait pas une grande opinion des trafiquants sans envergure et c'était aussi pour cela qu'elle se montrait méfiante avec Roy, nouveau venu au rang des ambitieux et des puissants. Il devait encore faire ses preuves et, surtout, il ne semblait motivé que par l'argent facile, comme tous les mafieux, ce qui ne plaisait guère à une femme telle qu'Hailey. Elle n'était pas vénale et se fichait bien du luxe et des paillettes, tandis que Roy, le gérant de casino-cabaret, semblait s'y trouver dans son élément naturel... Libre à lui de démentir ses préjugés, Hailey reconnaissait volontiers ne jamais avoir tenté de se mettre à la place des hommes qu'elle chassait pour les mettre en prison. Ce n'était pas son rôle, il y avait un juge pour prendre en compte tous les éléments de la situation, quant à elle,  elle se contentait d'échanges musclés en salle d'interrogatoire qui n'avaient qu'un but : l'obtention de la vérité...

Faisant un petit signe de la main au serveur pour commander une nouvelle vodka martini, Hailey se décala légèrement sur son tabouret pour tourner vers Roy un visage qui exprimait une certaine curiosité.
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« C’est mon jeu préféré » avoua t-il en souriant, soutenant le regard sondeur de la chef des Aurors.

Ce fut avec une certaine fierté qu’il l’écouta reconnaître qu’il avait réussi à l’impressionner, lors de leur première réunion officieuse. Le geste qu’eut Hailey lui rappela d’ailleurs que Leopold, le grand manitou, les observait toujours. Il leva son verre dans sa direction aussi, attrapant son regard malicieux l’espace de quelques secondes pour y répondre d’un sourire en coin qu’il enfouit dans son verre. Il n’oubliait pas leur petit pari si jamais Hailey lui tombait dans les bras… Enfin, pour l’instant, ils en étaient loin. Hailey acceptait de faire la conversation, c’était déjà un joli progrès. Roy la laissa dire ce qu’il avait déjà entendu de beaucoup d’autres personnes, sur son ascension aussi fulgurante qu’étonnante, avant d’amorcer la réponse à sa question :

« Eh bien… Je suis sorti de Poudlard avec trois ASPIC en poche, sans trop savoir quoi faire avec. Les études, c’était pas fait pour moi, je m’en suis vite rendu compte. Deux ans plus tard, j’échouais ici, à Bristol, dans l’idée de me lancer directement dans la vie active, de travailler de mes mains, tu vois. Il s’interrompit le temps de faire un bref signe au barman pour qu’il lui remplisse à nouveau son verre. Des boulots inintéressants, livreur, plongeur, ce genre de conneries… Mais ici, soit tu pêches, soit tu commerces pour gagner ta vie correctement. J’ai fini par choisir la deuxième voie quand j’ai retrouvé un vieil ami de Poudlard, Jayce, mon associé que tu connais. Il avait un petit trafic de potions, il m’a initié au milieu et comme je me débrouillais pas trop mal, on a fini par monter un duo pour évoluer ensemble. Aussi simple que ça. »

Vidant la moitié de son deuxième -troisième ?- verre, il dévisagea Hailey, un air assez indescriptible sur le visage. Cette conversation était en effet surréaliste. Le voilà qui racontait sa vie à la chef des Aurors, lui qui, un an plus tôt encore, faisait mine de rien lorsqu’un policier l’interrogeait. Il ne savait pas exactement ce qu’Hailey pensait d’eux, de leur monde, certainement pas du bien, mais en même temps, elle avait accepté une alliance avec les criminels qu’elle poursuivait. Derrière l’ordre et la droiture dont elle se réclamait, elle était une femme corruptible, prête à tout pour atteindre son but, et en cela, n’était pas si différente d’eux… Mais elle était certainement pétri de préjugés, tout comme lui pouvait l’être à son sujet. Roy ne savait pas si ce qu’il allait lui dire allait y changer quoique ce soit, mais c’était certainement sa seule occasion de présenter son camp tel qu’il le vivait tous les jours, tel qu’il était réellement, au-delà de toutes les idées que l’on pouvait se faire d’eux. Des hommes sans coeur ni scrupules, violents, égoïstes, cupides et dangereux ? La réalité était moins tranchée que cela. Ils n’étaient pas non plus des hommes perdus, en mal de considération sociale, que la vie s’acharnait à faire traîner dans la misère et le sale boulot. Non, ils avaient des rêves, des attentes de la vie, ils faisaient des choix, ils les assumaient, comme tout le monde. Roy voulut briser au moins quelques uns de ces préjugés en parlant, sincèrement, de sa façon à lui de voir les choses :

« Je suis resté dedans parce que j’aime ça. Pas seulement pour l’argent. Je ne dis pas que c’est pas ce qu’on cherche en premier lieu. Il y a plein de gars qui se cassent du milieu au bout de six ou sept ans, après avoir tiré assez de profit pour vivre confortablement pour les dix années à venir. Ils préfèrent arrêter de prendre des risques et se poser avec ce qu’ils ont engrangé. C’est juste un tremplin financier pour faire autre chose après. Mais moi… Je sais pas, la pègre c’est le seul truc qui a marché pour moi. Je ne me vois pas faire autre chose. Ca m’a appris tellement de choses, ça m’a forgé aussi, et c’est un train de vie qui me plaît. Maintenant que je commence à rentrer dans le vrai jeu, avec de gros intérêts à défendre, je me dis que c’est pas si différent d’une entreprise à gérer, et j’ai envie de le faire, jusqu’au bout. C’est comme avoir un gros projet, qui te tient à coeur, dans lequel tu as mis toute ta sueur. On parle d’argent facile mais… C’est loin d’être un métier facile. Il faut se battre pour s’arracher une place, savoir déceler tes véritables alliés de ceux qui veulent juste t’entuber à la fin, faire preuve d’ingéniosité et d’audace pour se faire remarquer, mais même là, tu n’es jamais irremplaçable, parce qu’il y a toujours quinze gars derrière toi qui n’attendent qu’une chose, c’est de prendre ta place. Et bien sûr, en plus de tout ça… On a de charmantes personnes comme toi qui nous fliquent tous les jours, pour ajouter un peu de piment, sinon ce n’est pas drôle. »

Il glissa un sourire en coin à la demoiselle, pour terminer sur une note plus légère. Roy pouvait laisser dire qu’il était malhonnête, menteur et tricheur, c’était vrai mais, n’en déplaise aux honnêtes bons pensants, il s’était décarcassé pour en arriver où il en était et il avait perdu beaucoup en route aussi. Des relations stables, pour commencer. Laisser tomber la pègre quand elle prenait tant de place dans sa vie, et avait une influence néfaste aux yeux de la plupart de ses proches, il y avait déjà songé, sans jamais pouvoir s’y résoudre. Pour faire quoi d’autre ? Il avait trouvé un milieu où il était bon, le seul milieu qui l’acceptait tel qu’il était, sans lui demander de se justifier, cette chose dont il avait horreur. Et là, il touchait à ce qui lui tenait le plus à coeur, ce qui faisait qu’il considérait le trafic comme un choix de vie et non pas comme une simple conséquence d’une suite d’évènements subis.

« Je me sens libre comme ça, en fait. Je crois que toutes les possibilités que ça m’offre, d’être mon propre patron, de braver les interdits… Je pourrais difficilement les trouver ailleurs. »

Roy arrêta là son auto-psychanalyse, d’une part parce qu’il commençait à avoir les idées moins claires à force de siffler trois gorgées d’alcool entre deux pauses et d’autre part parce qu’il ne comptait pas rester au centre de la conversation tout le temps qu’elle durerait. Il était curieux d’en savoir plus sur Hailey aussi, et espérait bien qu’elle se prêterait au jeu des confidences, elle aussi. La main sous le menton, il tourna un visage inquisiteur vers la belle, un sourire flottant sur ses lèvres.

« Ce qui est bien dans le fait de fréquenter des puissants, maintenant, c’est que je peux obtenir des réponses à des questions parfaitement existentielles. Alors Hailey… Qu’est-ce qui motive les femmes ravissantes comme toi à poursuivre des dossiers poussiéreux comme moi ? Comment devient-on chef du BDA à seulement trente-deux ans ? Attends, je m’étais noté une troisième question… Ah oui, qu’est-ce que tu penses de ce bon vieux Leopold, notre père à tous ? Promis, tu peux casser du sucre, ça reste entre nous. »



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Hailey Peterson, chef du BDA

Aussi simple que ça... L'histoire de Roy semblait en effet terriblement banale, au départ, et ce n'était que récemment que les choses avaient pris un tour exceptionnel pour le jeune homme. Oh, Hailey ne pouvait dire qu'elle était véritablement convaincue par l'argumentaire de Roy. Pour elle, il avait cédé à la voie de la facilité, ni plus ni moins, et un honnête travail de livreur payé trois noises valait mieux que de se lancer dans les trafics. Néanmoins, l'auror savait aussi qu'elle n'était pas forcément bien placée pour se mettre à la place de Roy. Qu'il était facile de juger, lorsque l'on avait grandi dans une famille aisée, que l'on n'avait jamais eu la moindre difficulté à briller en cours, que l'on ne venait même pas de ce pays, d'ailleurs. Les Etats-Unis n'avaient pas une histoire des plus apaisée mais l'Angleterre magique avait connu des épreuves au cours des dernières décennies qu'un américain ne pouvait appréhender réellement. Hailey fit un rapide calcul, et en conclut que Roy avait du vivre l'année des Ténèbres de plein fouet - soit pendant sa dernière année d'école, soit pendant sa première année post-ASPICs. Pas les conditions idéales pour débuter dans la vie...

Pourtant, l'homme ne se cherchait pas d'excuses. Il avait continué parce qu'il aimait ça, parce qu'il s'était investi dans ce milieu, parce que son gang était devenu comme un projet. Voilà qui n'était pas un discours banal, mais qui avait le mérite d'être honnête et qui témoignait d'une certaine pugnacité, d'une loyauté et d'un acharnement. Sans doute y avait-il aussi le fait que Roy se plaisait dans cette vie. Il semblait se sentir comme un strangulot dans l'eau à des évènements tels que celui-ci, aux Folies, un verre à la main, une jolie femme aux bras, une meute de trafiquants alcoolisés autour de lui. Hailey écouta avec un intérêt certain le récit de son interlocuteur, puisque ce n'était pas tous les jours qu'elle avait l'occasion d'entendre parler des difficultés de la dure vie de chef de gang. Pourtant, ultimement, elle n'était pas convaincue - certes, Roy n'avait pas la vie facile, et certes il avait eu un certain mérite à persister dans cette voie, à se montrer ambitieux et à faire quelque chose de lui-même...

Mais la morale, dans tout cela ? Ne pensait-il jamais aux conséquences de ses actes ? Aux produits dangereux, parfois mortels, qu'il faisait circuler dans le pays et qui atterrissaient chez des gens paumés, qui finissaient une fois sur deux dépendants et misérables ? Parce que c'était cela aussi, le boulot d'auror, c'était se confronter à cette dure réalité. Les forces de l'ordre ne se contentaient pas de mener la vie dure aux trafiquants pour le plaisir, si encore ce n'étaient que quelques racines de mandragore qui trainaient aux soirées de Lycaon... Non, ils devaient aussi passer derrière eux et faire le ménage. Récupérer des drogués au bord de l'overdose pour les emmener en urgence à Sainte Mangouste, par exemple. Et, parfois, ils arrivaient trop tard, c'était alors un corps dans une ruelle sombre qu'il fallait nettoyer... Cette vérité là, les hommes comme Roy ne la voyaient pas, ne s'en préoccupaient pas. Seuls comptaient leurs bourses bien remplies de gallions. Le reste, ce n'était pas leur affaire...

Hailey, pourtant, ne se sentait pas d'humeur à faire un débat, pas ce soir. De toute façon, elle savait bien qu'elle ne ferait pas changer Roy d'avis sur ce point après toutes ces années, et ce n'était pas son rôle. L'ambiance était légère, festive et, à cette heure tardive, après tous ces verres, embrumée. Hailey préférait rester sur le constat qu'elle n'aurait jamais vraiment la même vision des choses que lui. Cela lui arrivait souvent, de toute façon, et elle était suffisamment tolérante pour accepter qu'on puisse avoir une opinion ou un mode de vie différents du sien, du moment que cela restait dans des limites tolérables. Pour l'heure, Roy depuis qu'elle le connaissait n'avait rien fait lors de ses activités pour mériter son couroux - si ce n'est l'affaire June Byrd, mais le ministre l'avait désaisi d'autorité de ce dossier.

Toutes à ses pensées, Hailey n'avait donc pas vraiment réagi à la petite touche d'humour de Roy, aussi se rattrapa-t-elle à ses paroles suivantes.

"Chef du BDA, ce n'est pas mal aussi", commenta-t-elle avec un sourire en coin. Leurs deux fonctions avaient certains points communs, comme celui de provoquer ce frisson, cette excitation face au danger, et cette liberté que procurait la position de leader... Roy profita de cette réponse pour faire dériver la conversation vers Hailey, à laquelle il posa une série de questions qui lui tirèrent un rire. Vrillant un regard féroce sur Roy, elle ignora sciemment le compliment - peu subtil, pour changer - inclus dans sa question et lâcha, d'un ton maléfique :

"Ton dossier poussiéreux m'intéresserait beaucoup plus maintenant que tu es chef, dommage qu'on soit dans le même camp..."

Qu'il se méfie, Hailey n'hésiterait pas à le mettre derrière les barreaux s'il s'éloignait un peu trop de Leopold. C'était pour ce type d'arrestations fracassantes qu'elle vivait, quoi de mieux que de mettre un parrain de la mafia derrière les barreaux... Bien sûr, coupez la tête de l'Hydre et trois repousseront, elle ne se faisait aucune illusion à ce sujet, mais priver une organisation criminelle de son chef provoquait assurément des remous et désorganisait tout le marché. Une aubaine pour les forces de l'ordre.

"Plus sérieusement, j'ai toujours voulu faire partie de la police magique, aussi loin que je me souvienne. Mes deux frères aînés ont suivi cette voie et j'ai toujours rêvé de les imiter. J'adorais l'ambiance des postes de police, je suivais avec avidité les grands feuilletons judiciaires, et je dévorais des romans de justiciers... Je n'ai jamais vraiment envisagé une autre carrière, en fait, c'est tout bête mais j'ai poursuivi mes rêves d'enfant. Ensuite... J'imagine que c'est un condensé de chance, d'ambition et de coups durs qui m'ont conduit à en être où j'en suis aujourd'hui, et puis ma personnalité aussi. J'ai toujours consacré une bonne partie de ma vie à mon travail. La tête du BDA, et voilà qui rejoint ta dernière question, je ne l'aurais sans doute jamais eu si jeune si Leopold n'avait pas été élu."

Voire même jamais. Confier la tête du BDA à une jeune femme étrangère, seulement au pays depuis deux ans ? Cela avait fait jaser au sein du bureau, surtout les lieutenants plus expérimentés qui se seraient bien vus devenir califes à la place du calife, mais ils connaissaient aussi suffisamment bien leur nouvelle chef pour s'abstenir de tout commentaire. Mieux valait ne pas contrarier Hailey dans ses mauvais jours...

"J'avais déjà eu affaire à lui sur quelques cas en lien avec son ancien département, les créatures, et nous nous entendions bien. Je l'ai d'ailleurs soutenu dans son élection, et pris ma carte du FREE, comme tant d'autres. Aujourd'hui encore, je crois en ses actions. Je ne suis pas naïve au point de penser que c'est uniquement pour mon parcours que ce poste m'a été confié. Danielle et moi, on est là aussi pour que le gouvernement puisse présenter un visage plus dynamique et féminin... Avec un programme comme le sien, Leopold ne pouvait décemment pas s'entourer uniquement de vieux de la vieille comme Jacob. Mais il n'empêche qu'il m'a laissé ma chance, et je lui suis reconnaissante pour cela. Je pense que c'est un bon ministre, atypique et différent des précédents, aux méthodes un peu brusques parfois, mais c'est aussi ce qui l'a fait élire. Si les gens voulaient d'un autre Fiennes, ils n'auraient pas voté Marchebank... Donc, pour résumer, tu parles à une convaincue du marchebankisme. Même si certaines de ses décisions me laissent parfois perplexe..."

Son regard balaya Roy et elle esquissa un petit sourire taquin, avant de conclure :

"... et que l'époque n'est décidément pas facile. Au-delà de la politique, je l'apprécie en temps que personne..."

Comme souvent lorsque l'on parle de quelqu'un, Hailey jeta un coup d'oeil au concerné par automatisme, avant de constater qu'il les observait toujours, l'air de beaucoup apprécier le spectacle. Décidément ! N'avait-il pas mieux à faire ? Reportant son attention sur Roy, Hailey le considéra un instant en silence, pesant le pour et le contre. Qui des deux voulait-elle satisfaire ? L'auror était loin d'être idiote, elle se doutait bien qu'elle était au coeur d'un débat entre les deux hommes. Sans doute Leopold attendait-il avec impatience de la voir jeter Roy sur les roses comme elle lui en avait donné l'habitude, mais ce soir, elle n'était pas sûre de vouloir lui faire ce plaisir... Sa décision prise, Hailey posa son verre sur le comptoir puis glissa une main sur la nuque de Roy, avant de se pencher vers lui pour glisser quelques mots à son oreille :

"... mais je pense surtout qu'il serait temps de faire disparaître son petit air arrogant, tu ne crois pas ?"

Hailey se rassit aussi promptement qu'elle s'était levée, un peu étourdie par sa propre initiative, puis laissa échapper un petit rire. Eh bien, il était peut-être temps d'arrêter la vodka, pour un peu, elle avait presque l'impression de passer un bon moment en compagnie de Roy Calder - mais où allait le monde ? Si ses frères la voyaient... Leopold, lui, ne riait plus, mais son air renfrogné ne dura pas puisque Sofya Belinski venait de s'asseoir à sa table, une bouteille de vodka à moitié vide à la main, et de se présenter. Parfait, Hailey et Roy pourraient enfin parler sans être espionnés...

"A mon tour de te poser des questions", lança-t-elle sur un ton joyeux. "Je vais commencer par te retourner la tienne, que penses-tu de Leopold ? Tu as le droit de casser du sucre aussi, même si j'ai été plutôt élogieuse, je sais qu'il est loin d'être parfait..."

L'auror hésita un instant avant de poser l'autre question qui lui titillait l'esprit, mais finit néanmoins par se lancer, un air taquin imprimé sur le visage.

"Mon autre question... Glisser des compliments aussi subtiles qu'un hyppogriffe, ça fonctionne vraiment pour toi, avec les femmes ? Dis-moi, Roy Calder, pourquoi est-ce qu'une femme se laisserait séduire par toi, alors qu'il est clair que tu sers les mêmes phrases réchauffées à chacune d'entre nous ? Une femme... a besoin de se sentir sincèrement appréciée, de se sentir un peu... spéciale, du moins c'est mon opinion."

Pour une fois, Hailey n'était pas vraiment méprisante dans son discours, mais plutôt sincèrement curieuse. Pourquoi toutes ses congénaires cédaient aux pathétiques tentatives d'approches de Roy, succombant à un sourire charmeur et à quelques compliments alors qu'il était évident qu'il avait tout du Don Juan ?

"Alors, Roy, est-ce qu'il n'y a pas pour toi une femme un peu plus spéciale que les autres ?", s'enquit-elle en vrillant son regard inquisiteur dans celui du mafieux.

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Le ton féroce d’Hailey tira un rire à Roy. Il se doutait que la plaisanterie était à moitié sérieuse, que si les circonstances avaient été autres, elle n’aurait pas hésité une seconde à le traquer. Les Veilleurs auraient-ils réussi à prospérer de la sorte, si leur chef n’avait pas conclu cette alliance ? Evidemment que non, leur plus grand atout pour s’étendre résidait dans le fait qu’ils n’avaient pas grand-chose à craindre des lois pour avancer.

« Quelle tigresse ! Ok, je le reconnais. Je ne suis pas mécontent d’échapper à un risque de duel avec toi. »

La réputation de Peterson n’était plus à faire, elle avait défait bien d’autres chefs de gang avant lui, et Roy n’estimait pas que ses meilleurs atouts se trouvaient au combat. Il était meilleur à négocier les termes d’un arrangement pour se sortir d’un mauvais pas, plutôt qu’à s’imposer par la force. D’ailleurs c’était bien ce qu’il avait fait, pour ne pas avoir à craindre la baguette de la chef Auror : nouer un contrat avec elle.

La conversation dériva enfin sur la jeune femme, et sa propre ascension au sein de la voie qu’elle avait choisie, et qu’elle présentait ni plus ni moins que comme une vocation. Roy n’avait pas de mal à l’imaginer jeune et déjà avide de faire ses preuves, cela avait l’air être tout à fait son genre. L’attention du trafiquant redoubla alors qu’elle expliquait le rôle que Leopold avait joué dans son ascension. Il s’était toujours demandé depuis combien de temps et comment ils s’étaient connus. Leopold parlait d’Hailey comme d’une femme qu’il connaissait bien, qu’il avait su appréhender, quand bien même elle était difficile à aborder. Roy se souvenait encore de ses mots, lors de cette soirée où elle avait été évoquée. "Oh, je pense qu'Hailey rirait intérieurement, mais te gratifierait de ce regard dédaigneux dont elle a le secret »… Il parlait d’elle comme s’il savait lire derrière ses réactions, chose dont Roy ne pouvait pas se targuer d’être capable. Hailey fermait bien des aspects d’elle-même, et laissait peu de chances à ses interlocuteurs de briser la glace. Mais précisément, ce soir, elle semblait encline à s’ouvrir un peu, Roy n’allait pas gâcher cette occasion de le faire.

Précisément, le geste qu’elle fit vers lui fut une surprise -éminemment agréable, mais surprise tout de même. Pris de court, Roy retint sans vraiment s’en apercevoir sa respiration, le court instant où elle glissa sa main sur sa nuque pour se rapprocher de lui. Eh bien… Non, il n’aurait pas parié qu’Hailey prendrait une initiative de ce genre, mais par Merlin, il n’allait pas s’en plaindre. Il prit soin d’apprécier ce court instant de proximité avec elle, souriant à l’entente de ses mots audacieux. Hailey Peterson, une femme capable de faire preuve d’effronterie ? Ma foi, il découvrait plus d’une chose, ce soir.

« Je suis bien d’accord… » répondit-il sur le même ton, en la suivant des yeux se rasseoir.

Roy savait même exactement ce qui marcherait bien pour que le petit air arrogant de Leopold disparaisse, mais pour cela, il faudrait qu’Hailey soit disposée à réaliser ses désirs, à cet instant… Ce qui semblait être encore trop fou, comme espoir. Roy glissa un regard en arrière vers le ministre, l’aperçut avec un étonnement qui se transforma vite en amusement en compagnie de Sofya. Elle savait bien saisir les bonnes opportunités, celle-là, Roy était prêt à parier qu’elle réussirait à éveiller l’intérêt de Leopold. Il se nota mentalement d'essayer de savoir via l'un ou l'autre de quoi ils auraient discuté, plus tard.

En parlant du vieux loubard, Hailey remit le sujet sur le tapis en lui retournant sa question. Roy ne se fit pas prier pour y répondre, d'ores et déjà amusé de pouvoir dire tout ce qu'il pensait de son cher ministre :

« Ah, si on peut casser du sucre, c’est parfait. Aloooors, c’est un homme exceptionnellement fourbe, mégalomane sur les bords et surtout, surtout… Complètement délirant quand il se met à faire des plans au Risk. Je te jure, un jour, il va essayer de conquérir le Canada pour de vrai, surveille-le. Bon, sinon, je veux bien lui reconnaître qu’il se débrouille pas mal au poker. » Le demi-rire de Roy s’évanouit doucement, pour laisser un sourire en quelque sorte plus sérieux sur son visage. Il se mit à jouer machinalement avec son verre. « Et qu’il mérite le respect. Je respecte les hommes comme lui qui sont capables de retourner les situations à leur avantage, de planifier en soignant tous les détails. Face à un homme pareil, tu peux essayer de tout prévoir qu’il a déjà deux coups d’avance sur toi. Le big boss, comme on dit. » termina Roy en reposant son verre. « Et comme tu dis, il est différent des ministres qu’on a pu avoir jusque là, parce qu’il a la qualité supplémentaire d’être visionnaire, et pas seulement volontaire. Il fait bouger réellement les choses. En bien, en mal, on peut toujours débattre. N’empêche qu’il met une force dans ce qu’il entreprend, qui est assez… Oui, admirable. Je l’apprécie en tant que personne aussi. »

Surtout, même. Roy n’était pas vraiment homme à s’engager politiquement, il appréciait Leopold d’abord et avant tout parce qu’il le côtoyait en tant qu’homme, et qu’il aimait sa personnalité, dans laquelle il se reconnaissait beaucoup. S’il avait la prétention de pouvoir lui parler d’égal à égal, comme à un ami, Roy ressentait néanmoins une certaine forme de déférence envers lui, malgré tout, pas seulement parce qu’il était ministre et plus âgé, mais parce que Leopold était plus fort que lui, tout simplement. Si Roy se mesurait souvent à lui dans d’innocents jeux ou paris, c’était peut-être un message de son inconscient qui avait trouvé chez Leopold une sorte d’alter ego, plus expérimenté que lui. Qu’avait-il que Leopold n’avait pas déjà ? Même la mafia, son domaine de prédilection, était un monde qui n’avait aucun secret pour lui. De là à vouloir l’éjecter de son trône… Non, Roy n’en ressentait même pas l’envie. Il connaissait la valeur d’une bonne alliance, et c’était précisément avec des hommes comme Leopold qu’il voulait évoluer.

La seconde question d’Hailey tira Roy de ses réflexions obscures pour l’emmener vers un sujet moins tortueux, et ma foi, plus intéressant. Ah ils y venaient ! Ravi de voir que c’était elle qui lançait le sujet -cela lui évitait de trouver un autre moyen pas assez subtil pour Madame de le faire- Roy s’apprêtait à répliquer à la première partie de son discours, avant qu’une dernière question ne le coupe dans son élan.

« Il y a… »

Ses premiers mots moururent sur leur lancée mal contrôlée, tandis que Roy gardait son regard accroché à celui de Hailey, sans tout à fait réussir à masquer qu’elle venait de le déstabiliser. Le visage de Juliana venait de fugacement passer dans son esprit, réveillant ce petit pincement au coeur familier, chaque fois qu’il pensait à elle, suivi de cet autre réaction familière qui était de se morigéner aussitôt. N’avait-il pas assez éprouvé de regrets comme cela ? Est-ce qu’un jour cette femme sortirait de son esprit ou était-il condamné à sentir son coeur se serrer à chaque fois qu’elle serait évoquée ? Il ne savait même pas expliquer pourquoi il était à ce point incapable d’en faire réellement son deuil. Si, il savait, au fond. Il n’avait jamais cherché à s’empêcher de recroiser sa route, et même, avait sauté sur toutes les occasions de la revoir. Et la dernière fois… La dernière fois, elle avait montré qu’elle se souciait de lui. Elle l’avait quitté en avouant à demi-mot qu’il était difficile pour elle de se tenir à l’écart aussi, en tout cas, c’était ce qu’il avait compris. Puis elle était sortie en l’embrassant sur la joue, était-ce le genre de geste qu’on pouvait avoir innocemment envers son ex ? Mais surtout, était-ce bien raisonnable, Roy ? Etait-ce bien raisonnable de se faire ce genre d’espoirs ?

« Si, il y en a une. »

L’aveu finit par sortir tout seul, car Roy ne voyait pas l’intérêt de cacher la véritable réponse à Hailey. Il y avait une part de sa volonté de ne plus mentir -ou se mentir- au sujet de Juliana, aussi. Il l’aimait toujours, voilà. L’exprimer à voix haute l’aiderait peut-être à l’assumer davantage, pour ce qu’il en savait. En revanche, Roy cessa de soutenir le regard de la chef des Aurors -un peu trop sondeur à son goût à cet instant, alors que cela ne l’avait pas dérangé jusque là, mais c'était tout de suite plus gênant quand elle trouvait une faille sensible- pour préférer le verre entre ses mains.

« Mais j’ai manqué ma chance. On s’est quittés brutalement et je l’ai laissée filer, parce que je me suis rendu compte trop tard qu’elle comptait plus pour moi que ce que j’imaginais. Il haussa les épaules, sans quitter son verre des yeux. Je dois pas être le premier idiot à qui ça arrive. »

Non, tout au plus faisait-il partie de la liste des cinquante gars têtus pressentis pour discuter autour du thème « un an plus tard, toujours accro à mon ex ». Il y avait pire dans la vie.
Cessant son discours d’auto-persuasion, Roy reporta son regard sur la jolie brune qui lui tenait compagnie ce soir, à défaut d’être celle de ses pensées. Il se rappela ce qu’elle avait dit pour qu’il en soit arrivé à faire cette révélation, et se souvint par la même occasion de ses critiques premières. Faire se sentir spéciale Hailey ? En quelque sorte, elle venait de le devenir, d’une façon qui avait échappé à ses calculs, pour une fois. Amusé par le constat, Roy se pencha légèrement vers elle pour lui en faire part, en la perçant à son tour de son regard :

« Et détrompe-toi, je ne sers pas les mêmes phrases réchauffées à toutes les femmes que j’aborde. Je crois même qu’il y en a très peu qui sont au courant de mes amours ratés ou de ce que je vis réellement dans la mafia. Marquant un temps de pause laissant à Hailey le temps de réagir, et à Roy de réfléchir à la suite, il osa finalement demander, en reprenant volontairement sa formulation. Et toi, Hailey Peterson, dis-moi. Qu'est-ce qui fonctionne pour toi, avec les hommes ? Est-ce que tu leur sers tout le temps des regards glacés, ou c'est seulement pour ceux qui t'exaspèrent ? »

Car oui, il était conscient d'exaspérer la jeune femme, de façon générale, disait la lueur de malice dans son regard. Quoique, pour le moment, cela allait encore. Vingt minutes de discussion sans regard foudroyant -qui avait son petit charme aussi, cela dit en passant, Roy aimant vivre dangereusement- de sa part, mais c'est que Merlin existait !



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Hailey Peterson, chef du BDA

Fourbe et mégalomane, le ministre ? Ce n'était pas Hailey qui allait prétendre le contraire, mais elle était un peu surprise d'entendre cela de la part de Roy, même sur le ton de l'humour. Après tout, quelque chose lui disait que l'homme n'était pas en reste en ce qui concernait la fourberie et la mégalomanie... Finalement, à en juger par le portrait qu'il lui dépeignait de Leopold, l'intuition d'Hailey était bonne. Ils se connaissaient bien, il fallait dire que les parties de Risk, ça rapproche... Un éclat de rire secoua la chef du BDA lorsque son interlocuteur mentionna le célèbre jeu de conquête, l'image des deux hommes penchés sur une carte et positionnant leurs petits soldats de couleur s'imposant à elle. Voilà à quoi ils occupaient leurs soirées une fois les réunions du cercle terminées, eh bien bravo... Deux grands enfants, et dire que c'était des gens comme cela qui tiraient les ficelles, songea Hailey avec amusement. Hailey ponctua d'un petit signe de tête l'éloge de Leopold que faisait Roy, jugeant inutile de le commenter - ils étaient d'accord sur ce point.

Sa seconde question, Hailey l'avait posée sans vraiment réfléchir, persuadée qu'elle n'atteindrait pas Roy Calder, lui qui semblait si assuré lorsqu'il s'agissait de la gent féminine.  Elle s'attendait d'ailleurs à une réponse négative et à un exposé des techniques de drague de Roy, qu'elle se serait amusée à démonter, dans une de leurs traditionnelles joutes verbales... Pourtant, Roy ne chercha même pas à masquer son trouble face à la question d'Hailey. Sans le savoir, la chef du BDA avait visé juste. Il y avait bien une femme plus spéicale que les autres, suffisamment spéciale pour le déstabiliser. Observatrice, Hailey nota la façon dont Roy perdit de son assurance et détourna le regard, tout en répondant sur un ton qu'elle devinait sincère. Ainsi donc, Roy n'était pas seulement le cliché de l'éternel célibataire dragueur qu'elle s'imaginait. Oh, il l'était aussi, assurément, mais pas seulement, il y avait bien eu quelqu'un pour faire battre son coeur un peu plus fort. Il y avait bien eu une femme pour attirer son attention plus que les autres, une femme qu'il aurait voulu garder près de lui, et qui l'avait quitté. Quelque part, Hailey trouvait cela rassurant, comme information, et Roy lui semblait plus humain et moins superficiel après cette révélation.

Mais c'était triste, au fond, et elle ressentit de la compassion à son égard l'envahir. Hailey n'avait pas eu beaucoup de relations amoureuses dans sa vie. Ce n'était pas qu'elle n'en voulait pas, et son célibat lui pesait parfois, mais c'était ainsi. Sa personnalité individualiste et carriériste la poussait à s'intéresser avant tout à son travail. Elle sortait peu, ne cherchait pas à faire des rencontres, et pouvait parfois décourager d'éventuels prétendants sans même le vouloir, par une attitude froide ou réservée. La plupart de ses ex étaient des hommes de son travail, de fortes têtes qui ne se laissaient pas intimider par la jeune femme et se montraient suffisamment persévérants pour tenter de la conquérir, mais cela ne durait jamais bien longtemps. Hailey se sentait rarement tout à fait à l'aise dans une relation, trop habituée à vivre seule et avoir à prêter attention à quelqu'un d'autre. Elle se sentait rapidement étouffée par quelqu'un de trop expansif, indifférée par quelqu'un de plus distant, et pouvait se montrer assez exigente, ne faisant pas preuve d'une grande patience pour les choses de l'amour. A vrai dire, Hailey n'avait que rarement connu l'amour, mais il lui était arrivé d'avoir le coeur brisé après une rupture, autour de ses vingt-trois ans. Elle savait donc ce que c'était que de se sentir rejetée, et ne pouvait que compatir. Quant à la seconde fois où elle était réellement tombée amoureuse, c'était de Nathan, et elle ne s'en était rendue compte que lorsqu'il était trop tard... Autant dire que cela ne l'avait pas aidé à se montrer moins méfiante vis-à-vis de ces choses-là.

"Je suis désolée d'apprendre cela", murmura-t-elle d'un ton sincère.

Quand Roy se pencha vers elle, Hailey se pencha à son tour, comme pour recueillir une confidence, et soutint son regard sombre. Un sourire naquit sur ses lèvres tandis que Roy soulignait le fait qu'il s'était ouvert à elle ce soir, plus qu'il ne le faisait avec les autres. Eh bien, l'inverse était tout aussi vrai. Peu étaient ceux qui connaissaient l'histoire de son ancien coéquipier, ici. Elle en avait parlé à ses collègues et amis les plus proches, mais ce n'était pas une histoire qu'elle racontait de gaieté de coeur d'ordinaire - pas plus qu'elle ne parlait de sa quête de vengence contre Mardol. Pourquoi l'avoir fait ce soir ? Peut-être qu'elle avait envie de parler d'elle, justement, pour changer, et puis Roy faisait partie du cercle intime du ministre et ils allaient être amenés à se fréquenter. Quitte à tramer des plans plus ou moins légaux pour diriger le pays, elle voulait le faire avec des personnes qu'elle connaissait un minimum, et surtout, qu'elle connaissait sous la surface lisse qu'ils présentaient au monde. Isobel, Danielle, Jacob, Adonis, Roy, voilà les cinq personnes qu'elle souhaitait apprendre à mieux connaître, pour pouvoir compter sur eux et connaître leurs qualités et défauts, leurs forces et faiblesses. Pour former un groupe soudé qui saurait redresser le pays et affronter tous les obstacles.

"La réciproque est vraie", répliqua Hailey avec un petit sourire en coin. "Tu en sais désormais plus à mon sujet que la plupart des personnes de cette pièce..."

Elle n'était pas mécontente de l'avoir fait. La vision qu'elle avait de Roy avait évolué au cours de cette conversation, et même s'il restait de nombreux points de divergences dans leurs opinions ou personnalités, elle avait vraiment l'impression de mieux le connaître. Ce qui le rendait beaucoup plus supportable, voire même agréable à fréquenter - mais ce n'était pas Hailey qui allait le reconnaître... Son regard balaya la pièce, toujours encombrée d'invités braillards. Cela faisait un petit moment maintenant qu'elle monopolisait l'homme de la soirée, mais personne ne venait le chercher, le laissant converser avec l'auror comme si une règle tacite interdisait d'interrompre une conversation de Roy avec une femme. Cette pensée l'amusa et un sourire naquit malgré elle sur ses lèvres. Avant de disparaître aussitôt quand Roy la questionna, faisant écho sans le savoir aux précédentes pensées de la jeune femme. Lui aussi avait touché juste, en plein dans la faiblesse d'Hailey, mais sa question était légitime et ses dernières paroles lui tirèrent un rire.

"Je ne te donnais pas assez de crédit, vois-tu, j'avais l'impression que tu n'avais toujours pas compris que tu m'exaspérais, depuis le temps", plaisanta-t-elle de son habituel ton cynique, avant d'ajouter avec un petit sourire : "Mais ça va beaucoup mieux quand tu n'essaies pas de m'impressionner ou de te mettre en valeur, en fait. Je n'aime pas beaucoup l'arrogance et parfois, tu prends eh bien c'est l'impression que tu dégages, j'imagine. Avoir une véritable conversation avec toi me permets de constater que tu ne te résumes pas à ça et... c'est bon à savoir."

Oui, c'était bon à savoir, et sans doute serait-elle moins prompte à l'envoyer paître ou à le juger dans le futur. Mais pas complètement non plus, parce qu'elle restait Hailey et qu'il restait Roy... En attendant, elle ne répondait pas vraiment à sa question, essayant plutôt de gagner du temps pour trouver quoi dire.

"Ce qui marche avec moi ? Très sincèrement... C'est ça le truc, pas grand chose. Je suis quelqu'un d'assez solitaire et c'est assez rare qu'un homme me plaise vraiment. Après, parfois, je pense que je peux dégager la mauvaise impression moi aussi, que je donne l'image de quelqu'un de froid sans toujours le vouloir. Donc les hommes ne m'approchent pas beaucoup."

Elle haussa les épaules, écartant cette pensée d'un haussement d'épaules, avant de glisser un regard pensif sur Roy.

"Donc pour répondre à ta question, je pense que les hommes qui me plaisent sont généralement ceux qui n'essaient pas de le faire. Cela se fait juste naturellement, ou cela ne se fait pas. Je dois te paraître étrange", conclut-elle avec un petit rire, qui dissimulait mal une certaine gêne.
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Roy se sentit flatté à la fois par le sourire et par la réponse d’Hailey, qui reconnaissait s’être ouverte à lui, ce soir. La conversation était arrivée de façon étrangement naturelle, pourtant, il n’avait pas eu à faire grand-chose pour la provoquer. C’était même Hailey qui s’était livrée au jeu des confidences la première, et il l’écoutait bien volontiers. Lui non plus n’était pas mécontent de voir qu’elle ne se résumait pas à une beauté froide au dessus de tout, mais qu’elle avait vécu un parcours avec ses instants de faiblesse, qu’elle était capable de compassion. Elle devenait bien plus abordable tout à coup…

Il sentit qu’il était parvenu à démentir certains des préjugés qu’elle avait contre lui, et le premier, qu’il était moins crétin qu’il n’en avait l’air. Elle ne lui donnait en effet pas assez de crédit, lui était avis qu’elle le sous-estimait, même, mais tout était relatif, car pour Roy, qui avait une -trop- grande estime de lui-même, la liste des gens qui le dévaluaient était longue.

« Je l’avais compris. Je suis juste têtu, quand j’ai quelque chose en tête » répondit-il sur le même ton taquin.

La suite le laissa plus silencieux. Lui, dégager de l’arrogance ? Roy ne chercha pas à démentir, c’était vrai et il l’assumait plutôt bien. C’était son caractère, c’était ainsi, tout simplement. Roy était conscient d’avoir beaucoup de défauts, dont celui-ci, Hailey était loin d’être la première à lui en faire la remarque, ce qui, en soit, ne lui faisait ni chaud ni froid. Ce qui comptait pour Roy, c’était qu’elle sache qu’il n’était pas que cela. Cet homme prétentieux, malhonnête et intéressé. Alors il n’était pas mécontent d’avoir révélé certaines choses personnelles à Hailey, si cela lui avait permis de remporter ce point. Et réciproquement, celles que lui avaient faites la policière avait fait tomber quelques uns de ses a priori la concernant.

« Heureusement qu’on a eu cette conversation alors… conclut-il en souriant. Tu deviens plus abordable aussi quand tu n’es pas juste Peterson, la froide commandante du BDA. »

La réponse qu’elle finit par lui donner lui donna à nouveau de quoi méditer et cette fois-ci, ce fut Roy qui eut l’impression d’avoir touché une corde sensible. Du coin de l’oeil, il observa l’attitude d’abord résignée, puis embarrassée de la jeune femme qui montrait enfin une faille. Encore un point où ils divergeaient grandement, tous les deux. Roy n’était pas homme à attendre que la bonne personne se présente, et que les choses se fassent d’elles-mêmes, c’était à son goût une méthode trop longue, et souvent source de déceptions. Il préférait placer son énergie à agir, plutôt qu’à espérer, quitte à échouer lamentablement. Il avait toujours été convaincu que la chance, le destin se provoquaient, tout comme les bonnes rencontres. C’était une façon de garder le contrôle que de prendre les rênes, plutôt que de se laisser porter. Et surtout, Roy était le genre à écarter les conséquences qui le gênaient d’un geste du bras. A partir de là, même à plusieurs inconnues -toutes celles qui peuplaient son lit, en fait- l’équation restait simple.

« Etrange, non. Je m’étonne juste du décalage. Une femme d’action dans la vie, mais pas en amour, donc… »

Roy posa un regard tranquille sur elle, observant sa réaction. « Sans toujours le vouloir », elle avait dit. Il avait le sentiment que la résignation dont elle faisait preuve cachait une certaine forme de regret, peut-être était-ce ce qu’elle tentait de masquer derrière ce petit rire faux. Sans la quitter des yeux, Roy se laissa quelques secondes pour réfléchir à comment lui faire part de son avis, et surtout, comment tirer parti de la situation. Après avoir lancé un tel sujet, c’était l’occasion ou jamais. Un léger sourire revint sur ses lèvres, alors qu’il poursuivait :

« Si c’est quelque chose que tu regrettes, même juste un peu, le fait que les hommes n’osent pas t’approcher… Pourquoi ne pas laisser une chance à ceux qui osent, justement ? Tu sais, cela demande plus de courage que ce que tu crois, d’aborder une femme. Il faut vous montrer de l’intérêt mais pas trop sinon c’est étouffant, rester subtil tout en faisant preuve d’audace, oser mais pas trop vite… C’est vrai, vous avez des attentes tellement précises que ça en devient complètement flou, commenta t-il en riant légèrement. Mais on essaye. Et ça ne fait pas nécessairement de nous des baratineurs qui ne cherchent qu’à vous faire céder pour leur petite gloire personnelle. »

Car il sentait que c’était là le problème, elle se camouflait derrière des couches de méfiance, en plus de sa carapace de froideur, ce qui était le combo idéal pour se faire une réputation de femme inabordable et finir seule.

« C’est juste qu’on a trouvé une femme qui éveille notre intérêt, et que c’est naturel aussi d’essayer de plaire à quelqu’un qui te plaît déjà, tu ne crois pas ? demanda t-il, un petit sourire aux lèvres, en reprenant volontairement le terme qu’elle avait utilisé. Enfin, quand je dis on… Je veux dire moi. »

Sans craindre de soutenir son regard, mais sans se rapprocher non plus, Roy s’était simplement tourné davantage vers elle, accoudé au bar. Il était sincère, Hailey lui plaisait, ce qui ne signifiait pas qu’il allait lui passer la bague au doigt. Il était convaincu que toute relation avait l’importance que l’on décidait de lui donner, tout comme le fait qu’on ne pouvait pas se faire un avis avant d’avoir essayé, mais Hailey semblait avoir une toute autre logique. Cela ne tenait qu’à elle de tenter autre chose… Si elle souhaitait au moins essayer, disait le regard brillant de Roy.



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Hailey Peterson, chef du BDA

Hailey tiqua un peu quand Roy affirma qu'elle n'était pas une femme d'action en amour, un peu touchée dans son amour propre. Certes, elle n'avait pas une vie sentimentale des plus palpitantes, mais c'était aussi et surtout parce que ce n'était pas son plus grand but dans la vie. Hailey était une femme d'action, oui, et elle mettait beaucoup d'énergie et de volonté dans ce qu'elle entreprenait. Simplement, séduire n'en faisait généralement pas partie car elle avait d'autres priorités. Cela ne voulait pas dire qu'elle ne savait pas se montrer entreprenante lorsqu'elle le désirait, parfois... Une fois tous les deux ans, peut-être... Bon, d'accord. Rarement, mais quand même.

A vrai dire, Roy n'avait pas tort dans ce jugement qu'il portait sur elle, et ce n'était pas forcément facile pour Hailey de l'admettre. Oui, elle ne pouvait nier qu'elle n'avait jusque là pas laissé la moindre chance à Roy, comme elle ne laissait généralement aucune chance aux hommes qui l'approchaient de la sorte, et qui dégageaient la même assurance que lui. Sans doute parce qu'elle avait l'impression qu'ils ne la jugeaient que sur une chose, son physique. Or Hailey accordait bien trop d'importance à la personnalité, aux centres d'intérêt, à la conversation ou aux accomplissements pour être séduite par quelqu'un sur de simples critères physiques. Cela ne la flattait pas spécialement que l'on vante sa beauté, car elle n'avait pas travaillé pour, et n'avait aucun mérite à cela, contrairement aux autres aspects de sa vie.

Un petit sourire naquit sur ses lèvres quand Roy mentionna les attentes folles de certaines femmes, incluant implicitement Hailey dans le lot. Oh, mais Hailey n'avait pas particulièrement d'attentes à l'égard de Roy, et c'était bien là la raison de son échec. Si elle n'était pas intéressée, elle n'était pas intéressée, un point c'est tout, et rien de ce qu'il pourrait dire ou faire n'y changerait rien. L'attirance, l'attraction, le désir, l'affection, et a fortiori l'amour, ne se forçaient pas, et certaines personnes ne vous plaisaient pas, un point c'est tout... Ce n'était pas une question d'exigence. Hailey avait bien envie de le lui rétorquer, mais cela aurait été mentir que d'affirmer que c'était tout à fait son cas avec Roy. Il était loin de lui déplaire, c'était simplement son attitude qui avait tendance à la hérisser. Mais il était en train, assez subtilement d'ailleurs, de modifier l'opinion qu'elle avait de lui.

D'ailleurs, fallait avouer que son interlocuteur n'avait pas tort lorsqu'il affirmait qu'Hailey voyait certains hommes comme des baratineurs, plus intéressés par la possibilité de redorer leur égo que par la personne qu'ils séduisaient. Oui, cette description correspondait assez exactement à l'image qu'elle avait de Roy avant cette conversation, et elle esquissa un petit sourire un peu coupable. Hailey jugeait vite et se faisait rapidement une opinion, c'était d'ailleurs quelque chose qui l'aidait souvent dans son travail, mais elle savait aussi faire évoluer son avis sur les gens lorsqu'il le fallait, et c'était bien là l'important. Et les hommes comme Roy, Hailey les jugeait bien vite comme ne cherchant qu'une seule chose, mettre une femme - un peu n'importe laquelle, du moment qu'elle était vaguement jolie et raisonnablement jeune - dans son lit... Pour mieux l'oublier ensuite. Or s'il y avait bien quelque chose qu'Hailey ne recherchait pas, c'était ce type de relations. L'auror n'aimait pas s'encombrer de relations vaines, sans futur, ni sans réelle sincérité. Les faux semblants, cela n'avait jamais été son fort et elle préférait éviter cette étape avec un inconnu si elle ne sentait pas de réels atomes crochus avec lui. Sans aller jusqu'à dire qu'Hailey cherchait forcément l'homme de sa vie, elle voulait sentir que les relations dans lesquelles elle s'engageait étaient sincères, même si ce n'était que pour un temps.

Alors oui, elle avait sans doute méprisé et dédaigné le jeune homme un peu trop vite, et sentait d'ailleurs une légère accusation dans ses propos. Mais elle était prête à parier que ce n'était pas une relation de couple, que Roy aimerait vivre avec elle, et en cela, ils n'étaient déjà pas sur la même longueur d'ondes. Pour autant, même si Roy l'avait voulu, cela aurait sûrement été Hailey qui aurait refusé. Une relation avec le chef des Veilleurs ? C'était un suicide politique à coup sur, un bon moyen de perdre son emploi car si cela venait à se savoir dans la presse - et ce genre de scandales finissait toujours par éclater - elle était bonne pour se chercher un nouvel emploi. Une auror quelconque avec un parrain de la mafia, cela passait déjà mal, mais la chef du BDA, et dans un tel contexte ? Leopold n'aurait pas d'autre choix que de la remercier. Et Hailey ne mettrait jamais son travail en péril pour un homme... Alors, de fait, pas grand chose ne pourrait exister entre Roy et elle, car elle ne le laisserait pas s'approcher. Tout au plus pourraient-ils partager une nuit, ou quelques unes... Cela en valait-il la peine ? En temps normal, elle aurait dit non, sans hésiter. Mais ce soir... eh bien, ce soir, la réponse était loin d'être aussi évidente.

Les dernières paroles de Roy, son léger mouvement et son regard braqué sur elle firent accélérer son rythme cardiaque. Hé bien, les choses étaient assez claires, elle avait un choix à faire, songea-t-elle. Si elle le voulait, Roy était ouvertement intéressé... Restait à savoir ce dont elle, elle avait envie. Vaste question. L'esprit embrumé, les joues un peu rosies par l'alcool et la chaleur des lieux, Hailey esquissa un sourire en guise de réponse, avant de revenir sur les propos précédents du jeune homme, qui l'avaient titillée.

"Je te l'accorde. Mais parfois, une femme n'est simplement pas intéressée... C'est la vie, on ne peut pas plaire à tout le monde", répliqua-t-elle sur un ton malicieux, taquinant son interlocuteur du regard, se doutant que cette réponse ne serait pas pour lui plaire. Au fond d'elle, Hailey savait déjà qu'elle allait la nuancer, même si elle tentait de s'en dissuader. Flirter avec Roy Calder n'était vraiment pas l'idée du siècle. Mais cela pourrait aussi se révéler agréable et, d'une façon assez surprenante, elle n'était pas contre l'idée de s'aventurer un peu sur ce terrain. Il était si différent des autres hommes qu'elle avait fréquenté, des hommes biens sous tout rapport, policiers, aurors, de bonne famille... Roy, lui, avait tout du mauvais garçon dont le charme venait justement pour partie de cette aura de danger qu'il dégageait. Cela donnait envie... eh bien, de s'y frotter, ou bien de le fuir, mais il ne l'avait jamais laissée indifférente, c'était certain. Et puis cela faisait longtemps, après tout, qu'elle n'avait pas été avec un homme. Le dernier... L'image d'Ezequiel s'imposa dans son esprit et elle grimaça intérieurement. Merlin, elle avait vraiment besoin de se faire de nouveaux souvenirs, et de nouvelles rencontres. Hailey avait tendance à vivre trop seule, trop isolée. Alors pourquoi pas ?

"Et puis, ce serait trop facile si je te tombais dans les bras en un clin d'oeil, non ?", l'interrogea-t-elle avec ce petit sourire dont elle avait le secret, et qui lui creusait la fossette. "Je sais que tu apprécies nos joutes verbales, au fond..."

Hailey ponctua sa phrase d'un petit clin d'oeil, lui signalant qu'elle plaisantait - à moitié. Oui, il y avait eu quelque chose d'assez satisfaisant pour elle à rabrouer Roy ou à lui lancer des piques bien senties lors de leurs réunions, parce qu'elle sentait que cela le titillait, et qu'il n'y avait rien de tel que de taquiner quelqu'un qui avait une certaine fierté... De la même façon qu'il était inversement tout aussi agréable de le voir tenter de se rapprocher et, il est vrai, s'accrocher pour cela, car elle n'était pas toujours tendre. Elle pouvait lui reconnaître une certaine persévérance... Et elle était plutôt flattée d'avoir éveillé son intérêt suffisamment longtemps pour qu'il continue d'essayer.

Vrillant son regard dans le sien, elle le dévisagea un instant en silence, sentant une certaine tension planer sur la conversation. Hailey sentit son pouls s'accélérer et, avant d'avoir eu le temps de s'auto-dissuader, se pencha un peu vers Roy pour que sa voix basse lui parvienne en dépit du bruit ambiant :

"Je veux bien te laisser une chance."

Son regard s'attarda un instant sur le visage de Roy et sur ses lèvres et elle résista de peu à une impulsion qui la poussait à se rapprocher, se rappelant l'endroit où ils étaient. Tout le monde ici connaissait les accords qui unissaient le ministère aux Veilleurs, mais Hailey jugeait malgré tout qu'il n'aurait pas été prudent de sa part de se rapprocher manifestement de Roy en public. On ne savait jamais... Mordillant l'intérieur de sa joue, elle hésita un instant avant d'oser suggérer :

"Si tu as envie de la saisir, je te propose de trouver un endroit plus... discret. La chef du BDA ne fraternise pas avec l'ennemi", glissa-t-elle avec un petit clin d'oeil, destiné à dissimuler une certaine nervosité. Elle allait faire une bêtise. Mais c'était cela, aussi, l'avantage de la vie d'adulte. Hailey était quelqu'un de responsable, de travailleur, de sérieux... Mais, une fois de temps, elle avait besoin de faire une bêtise, et cela la regardait. Ses yeux clairs se posèrent sur Roy une nouvelle fois, et un sourire espiègle apparut sur ses lèvres, tandis qu'une certaine impatience l'envahissait.
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Du coin de l’oeil, Roy notait les petits sourires répétés d’Hailey qui le laissaient imaginer qu’il était sur la bonne voie, ou en tout cas, une meilleure que jusqu’alors. Il était proprement incapable de deviner ce à quoi elle pensait, mais il voyait bien que ses mots la laissaient songeuse. Pouvait-il espérer qu’il était doucement en train de la faire changer d’avis sur lui ? A sa façon de répondre et de sourire, il avait l’impression que c’était ce qui se produisait. Les premiers mots d’Hailey firent toutefois vaciller ses certitudes, mais Roy resta silencieux, le regard posé sur elle, dans l’attente de ce qu’elle allait dire ensuite, car il sentait qu’elle avait laissé sa phrase en suspens. Son sourire à lui s’étira, en réponse à celui d’Hailey, alors qu’elle le taquinait.

« Ca rend la partie plus intéressante, non ? » répliqua t-il sur le même ton malicieux.

Lui était avis que le moment de la confrontation et de la séduction avant celui de l’abandon était souvent la meilleure partie. Il n’y avait pas à dire, Roy aimait les femmes piquantes, celles qui avaient du répondant. Faire succomber une femme facile à charmer restait plaisant, mais n’avait pas la même saveur. Définitivement joueur, Roy aimait qu’on lui résiste, il aimait maintenir le plus longtemps possible cette tension délicieuse, avant que l’un des deux ne cède. Le regard qu’il était maintenant en train d’échanger avec Hailey fit remonter cette adrénaline qu’il affectionnait tant, qui faisait accélérer légèrement son rythme de battements de coeur, par anticipation. Oh Merlin, il sentait que l’ambiance était en train de subtilement changer… C’était l’un de ces fameux moments, celui où l’on était doublement attentif à tous les détails. Les yeux de Roy s’attardaient sur la fossette au coin des lèvres de la jeune femme, qu’il vit disparaître, en même temps que leur badinage prenait tout à coup un tournant plus sérieux. Instinctivement, Roy fit un geste vers elle, de la même façon qu’elle se penchait vers lui, pour recueillir ce qu’elle lui murmurait à l’oreille.

Hailey ne lui avait jamais paru plus sensuelle qu’à cet instant où elle osait enfin lui suggérer ce qu’il attendait depuis le début, allant de cette façon au-delà de ses espérances : il s’était vu lui, lui faisant ce genre de proposition, mais elle… ? Il ne l’imaginait même pas venant de la si sérieuse chef du BDA, et quelque part, cette façon qu’elle avait de le surprendre la rendait encore plus désirable. Le regard de Roy posé sur elle brillait de malice, et surtout, d’envie. Ah, Godric. Si cela ne tenait qu’à lui, il l’aurait embrassée sur le champ. Mais derrière sa petite touche d’humour, elle rappelait à juste titre qu’ils avaient tous les deux des rôles à jouer. Certes, toutes les personnes invitées ici connaissaient plus ou moins les liens officieux entre les Veilleurs et le Ministère, mais il y avait toujours dans le lot deux ou trois personnes trop bavardes, et même si c’était la soirée de Roy, il se doutait que quelques employés fouineurs de Multiplettes devaient rôder, voire même, les yeux de lynx de Mildred elle-même. Il n’avait pas forcément envie que son associée sache des choses sur sa vie intime, car on ne savait jamais ce qu’elle était capable de faire avec de telles informations. A n’en pas douter, si quelque chose devait se passer entre la commandante du BDA et le parrain de la mafia bristolienne, il valait mieux pour tout le monde que cela reste secret. Sa décision prise, Roy se pencha à son tour vers elle, effleurant son épaule.

« Retrouve-moi à la fontaine des Marins, murmura t-il à son oreille. J’y serai dans dix minutes. »

Ses doigts pressèrent son épaule dans une légère caresse, avant qu’il ne s’éclipse. Dix minutes, le temps de trouver de quoi faire diversion et se rendre au bon endroit. Les yeux de Roy fouillèrent la salle, surchauffée de monde, d’éclats de voix et de fumée de cigarette, à la recherche de son associé de toujours. Il finit par l’attraper, près des tables de poker, à discuter avec le croupier. Avec un large sourire aux lèvres, il attrapa son ami par les épaules, pour l’entraîner à part, lui tapotant le torse avec affection. A voir la tête de Jayce, il sentait déjà venir voir le coup foireux, mais ne fit aucun commentaire avant que Roy ne parle :

« Jayce, tu sais que je t’aime ?
-Oh non, t’as fait quoi comme connerie, encore ?
-Aucune, je te jure.
-Si t’attends de moi quelque chose sous prétexte que c’est ton anniversaire…
-Eh bieeeen... Justement, en fait, comment te dire, commença Roy, se retenant difficilement de rire. J’ai un truc à faire, donc, je vais devoir m’éclipser quelques heures.
-Quelques heures, genre comme jusqu’à demain matin ?
-Je suis si prévisible ?
-Tu savais pas ? Ca fait dix ans que c’est écrit sur ton front. "Je suis incapable de tenir plus de vingt-quatre heures sans sauter une femme". »

Cette fois, Roy laissa son rire éclater franchement, sous le regard mi-amusé, mi-désabusé de Jayce qui leva les yeux au ciel, fidèle à lui-même. Il eut l’air de vouloir dire quelque chose, mais Roy l’interrompit volontairement, en lui tapotant le dos :

« Allez, je compte sur toi pour me couvrir ou faire diversion si on me demande. Tu peux même autoriser Sofya à se faire passer pour moi, je suis sûr que ça va lui plaire. »

Sans laisser Jayce le retenir, Roy -fidèle à lui-même aussi- se sauva entre ses invités, attrapa sa veste au passage, et sortit sous l’air frais hors du cabaret. Il n’y avait que quelques mètres à faire loin des lumières des Folies Sorcières, avant d’atteindre cette fameuse fontaine qui signalait l’entrée dans la Promenade des Marins, mais Roy sentait déjà une espèce de tension lui prendre les entrailles. Une tension paradoxalement agréable, juste ce qu’il fallait de frisson d’anticipation, mais également, une petite crainte, inévitable. Après tout, sa proposition était risquée, il le savait. Hailey pouvait très bien s’être raisonnée entre temps et avoir changé d’avis, et dans ce cas-là, Roy aurait l’air bien fin…

Heureusement, son étoile ne l’avait pas laissé tomber ce soir. Il discerna une silhouette se découper dans l’ombre de la fontaine, et n’eut qu’à s’approcher pour constater avec un certain soulagement qu’il s’agissait bien d’Hailey. Roy signala sa présence en s’arrêtant à ses côtés. Souriant, il lui révéla ses pensées :

« Content de voir que tu ne t’es pas désistée. »

Son ton restait assez bas, alors qu’ils n’étaient que tous les deux cette fois, dans la nuit noire de Bristol. Mais c’était peut-être bien parce qu’il sentait que l’ambiance avait quelque chose d’intime, entre lui, à quelques centimètres d’elle, qui lui effleurait la main de la sienne, dans l’un de ces moments flottants où il la dévorait simplement des yeux, à se demander si c’était le bon moment ou non pour tenter quelque chose… Si elle en avait envie, elle aussi.  



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Hailey Peterson, chef du BDA

Hailey se sentait un peu étourdie tandis qu'elle traversait les Folies embrumées et se frayait un chemin parmi tout ce monde. Elle sentait que sa lucidité n'était plus tout à fait ce qu'elle était, la faute à un trop grand nombre de verres, et à une discussion qui l'avait laissée envahie d'une impatience mêlée d'une légère pointe d'appréhension. Mais c'était une appréhension positive, un sentiment d'imprudence qui faisait courir l'adrénaline dans ses veines et la faisait sourire intérieurement, pour elle-même, d'une façon un peu coupable. Si Isobel et Danielle apprenaient cela, songea-t-elle avec amusement, en apercevant ses deux amies du côté des machines à sous. Hailey se garda bien d'aller les saluer et s'éclipsa vers le Hall des Folies sans rien dire à personne. La connaissant, les gens penseraient simplement qu'elle était partie se coucher après avoir fait acte de présence. Il serait plus compliqué pour Roy d'expliquer pourquoi il était parti si tôt de sa propre soirée d'anniversaire - elle se sentait presque coupable de voler ainsi l'invité d'honneur -, mais il se débrouillerait bien pour trouver une excuse...

Après avoir récupéré sa cape et son foulard, Hailey s'enveloppa dedans avant de descendre le perron des Folies et de s'enfoncer dans la nuit fraiche. L'auror remonta tranquillement la rue jusqu'à la Fontaine des Marins, leur point de rendez-vous, humant à pleins poumonts l'odeur des embruns qui lui parvenait depuis la plage. C'était plutôt agréable de faire une petite excursion du côté de Bristol de temps en temps, elle qui passait sa vie à Londres avec son air pollué par les moldus... Parvenue à la fontaine, elle s'immobilisa et attendit le chef de gang tout en se repassant dans sa tête la conversation qu'ils venaient d'avoir, et la façon dont il lui avait effleuré l'épaule en partant. Petit geste innocent en apparence mais qui enfermait bien des promesses... Voilà ce à quoi elle était en train de penser lorsque Roy la rejoint, quelques minutes plus tard, visiblement heureux de voir qu'elle ne s'était pas volatilisée.

"Ce n'est pas mon genre", répliqua Hailey. Elle était peut-être longue à se laisser convaincre, mais elle ne faisait pas partie de ces femmes indécises qui se défilaient après avoir repris leurs esprits. Non, Hailey avait pris une décision qu'elle assumerait parfaitement, quand bien même ce n'était peut-être pas la plus éclairée... C'était celle qu'elle avait envie de prendre, et la façon dont son pouls s'accéléra quelque peu sous le regard intense que Roy portait sur elle le lui confirma. Un léger silence suivit sa réponse, durant lequel elle lui rendit son regard, avant de s'approcher légèrement de lui. Ce n'était pas très raisonnable de faire quoi que ce soit tant qu'ils étaient dans la rue, mais, par Merlin, c'était la pleine nuit, ils étaient seuls ici et puis c'était justement parce que ce n'était pas raisonnable qu'elle avait à ce point envie de le faire. La tension entre eux était palpable et elle sentait que c'était à elle de faire le premier pas, du moins, Hailey en avait envie. Car, après tout, ce n'était pas forcément à Roy de la conquérir et à elle de céder, comme si elle ne faisait que bien vouloir se laisser séduire... Quoi que le jeune homme en pense, Hailey était une femme d'action, et ce n'était pas parce qu'elle ne passait pas sa vie à flirter qu'elle ne pouvait pas se montrer entreprenante lorsqu'elle en avait envie. Et elle en avait envie, ne pouvant plus nier désormais qu'elle trouvait à Roy un charme qui ne la laissait pas indifférente.

Un léger sourire éclaira son visage à cette pensée et elle s'avança un peu plus vers Roy, jusqu'à ne plus se trouver qu'à quelques centimètres de lui. Ses yeux verts accrochèrent le regard sombre du chef de gang et elle glissa sa main dans la sienne afin de l'attirer tout contre elle, tandis qu'elle effleurait sa joue de son autre main. Approchant enfin son visage de celui de Roy, Hailey vint frôler ses lèvres des siennes, avant de s'enhardir et de l'embrasser tout à fait, en un baiser sensuel, tout en retenu, comme s'ils gardaient la suite pour plus tard... S'écartant de lui après quelques instants, Hailey posa la main sur son torse et posa sur lui un regard dans lequel brillait une pointe de malice.

"Alors, tu me montres à quoi ressemble l'appartement d'un chef de gang ? Je suis curieuse...", murmura-t-elle avant de s'écarter complètement de lui, et de le suivre dans la nuit. L'appartement de Roy se situait dans la Promenade des Marins, à quelques pas seulement des Folies, et, si les soupçons d'Hailey étaient exacts, non loin non plus de la Voie des Miracles. Idéalement placé, donc, pour la vie de mafieux/gérant de cabaret/charmeur de ces dames que Roy menait, et c'était avec une certaine appréhension teintée de curiosité qu'elle pénétra chez lui, quelques minutes plus tard. Elle ne savait pas exactement à quoi elle s'attendait, peut-être à se trouver dans une espèce de garçonnière sombre et glauque pleine de plantes louches qui poussaient et de raisons pour elle d'arrêter Roy - préjugés, quand tu nous tiens -, mais certainement pas à cela. L'appartement de Roy était tout à fait ordinaire, bien rangé et même agréable, comme elle le constata en faisant le tour du propriétaire, visitant sans se gêner la cuisine et le salon, avant de revenir auprès de son hôte, l'air presque impressionnée.

"Hé bien, on dirait presque que c'est un homme respectable qui vit ici", commenta-t-elle d'un air approbateur, avant de tourner vers lui un visage taquin. "Je suis presque déçue, je ne vais pas pouvoir t'arrêter ce soir..."

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Roy sentit quelque chose décoller dans son estomac, alors qu’Hailey esquissait un pas vers lui, et qu’ils savaient tous les deux ce qui allait se produire. En glissant doucement sa main dans ses cheveux pour la rapprocher de lui, il accueillit le baiser d’une façon étonnamment tendre, quand on savait quel désir rugissait dans ses entrailles. Il lui fallait bien se contenir, au moins quelques minutes encore. Un sourire étira ses lèvres à sa question, comprenant qu’Hailey n’avait pas des attentes différentes des siennes. Encore une fois, sa prise d’initiative le surprenait agréablement. Finalement, c’était elle qui avait commencé le jeu des confidences, elle qui l’avait enjoint à trouver un lieu plus intime, elle qui l’avait embrassé, elle qui lui proposait maintenant d’aller dans son appartement… Avec du recul, Roy se rendait compte qu’il avait bien sous-estimé la chef Auror, parfaitement capable d’agir aussi, en terme de conquête amoureuse, ce qui l’arrangeait plutôt bien, il fallait le reconnaître.

Roy les fit marcher quelques minutes seulement, la Promenade des Marins étant toute proche. Il fit   monter Hailey à sa suite, puis poussa la porte de son logement pour elle. Le temps de ranger ses clés et ôter sa veste, Roy la laissa faire le tour de son appartement sans rien dire, même plutôt curieux de voir ce qu’elle cherchait. Oh, elle devait avoir quelques à priori là aussi, il s’en doutait. Peut-être s’attendait t-elle à un endroit insalubre, avec des têtes réduites accrochées aux murs, des substances illicites et étranges enfermées dans des bocaux, qu’en savait-il, l’imagination était toujours foisonnante quand il s’agissait de parler de malfrats. Un petit rire accueillit le commentaire de la policière. Il fit quelques pas vers elle, un sourire moqueur aux lèvres.

« Ca, c’est parce que tu n’as pas assez bien fouillé. »

Il devait bien y avoir quelques sachets de monalisa dans des coins de tiroirs. Cela dit, c’était trop peu pour l’inculper de quoique ce soit, tout au plus pour le faire passer pour un consommateur, et on ne passait pas les menottes aux consommateurs. Une fois à sa hauteur, Roy passa ses mains sur les épaules de la jeune femme, pour l’attirer à lui. Ses doigts vinrent jouer avec le noeud qui fermait sa cape, tout en poursuivant :

« Mais personne n’arrêtera personne… » La cape tomba au sol, puis Roy s’attela à la débarrasser de son foulard, avant de conclure dans un murmure malicieux : « Pas de travail pour ce soir, Hailey. »

Son regard vrillé dans le sien, Roy avait déjà pris sa décision. A vrai dire, cela faisait un moment qu’il avait arrêté de se poser des questions. Ce n’était sûrement pas raisonnable, mais après tout, agir raisonnablement n’avait jamais fait partie de ses principes. Cédant à une envie évidente, Roy attrapa la jolie brune par la taille pour la presser contre lui, se pencha doucement vers elle puis l’embrassa, plusieurs fois, avec la délicatesse de celui qui voulait prendre soin à découvrir chaque détail de sa nouvelle partenaire. Tout occupé à savourer la sensation nouvelle du corps de Hailey contre le sien, il multiplia ses baisers et ses caresses, et bien vite, l’empressement prit le dessus. Les mains de Roy, moins sages, entreprirent de débarrasser la jeune femme du reste de ses vêtements, sur le chemin de sa chambre, dont il poussa la porte, entre deux soupirs de plaisir. Décidé à laisser les questions au lendemain, il entraîna la belle Auror vers ce qu’il lui avait promis, une autre expérience, différente, peut-être déraisonnable, mais sans conséquences…

******

Du moins, sans conséquences, c’était ce qu’il était facile de se dire, sur le coup. Roy avait rouvert les yeux depuis déjà quelques minutes maintenant, dans son lit éclairé par la lueur du jour. Le regard au plafond, il n’avait pas encore bougé de sa position, son bras bloqué par la tête de Hailey endormie contre son épaule. Enfin, endormie… Elle ne bougeait pas, cela devait signifier qu’elle était endormie, si elle ne faisait pas semblant. Ce n’était pas plus mal, cela lui laissait quelques minutes pour réfléchir. Car il n’était pas totalement inconscient, il se doutait que cette nuit, aussi plaisante fût t-elle, ne pouvait pas se conclure sur un simple « C’était sympa, on se refait ça quand tu veux ! ». Oh, cela aurait arrangé Roy, mais ce n’était définitivement pas le genre de la femme qu’il avait dans les bras, présentement…

Il sortit de ses réflexions en sentant Hailey faire un mouvement contre lui. Roy baissa la tête vers elle, croisa son regard, ne parla pas tout de suite, se laissant le temps d’apprécier son expression. Elle ne semblait pas particulièrement gênée, mais elle ne lui sautait pas dans les bras non plus. Bon. Parce qu’il fallait bien commencer par quelque chose, Roy lui glissa un  « Bonjour », histoire de tâter le terrain. Il ne croyait pas trop se tromper en présumant qu’Hailey était le genre à assumer ses actes, mais savait-on jamais…



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Hailey Peterson, chef du BDA

Comme toujours au réveil, la tête d'Hailey fourmillait déjà de mille réflexions. Parfaitement réveillée depuis maintenant dix bonnes minutes, l'auror n'osait bouger, de peur de réveiller son amant - et surtout, de peur de l'avoir fait avant d'avoir fini ses réflexions. Comme bien souvent lorsqu'elle faisait un choix tard dans la nuit, le réveil était difficile pour Hailey. La jeune femme, qui aurait sans doute eu sa place à Serdaigle si elle avait suivi ses études à Poudlard, se trouvait privée de la fièvre et de l'empressement de la veille, envahie par sa froide logique et son implacable raison, tandis qu'une légère panique l'envahissait alors qu'elle imaginait les implications de ce que son geste pourrait avoir. Et si quelqu'un les avait vu partir ensemble ? Ou ce baiser, près de la fontaine ? Bon, les chances étaient minces, car ils avaient été prudents, et Hailey saurait de toute façon faire face aux conséquences - "ce n'était qu'une erreur, cela ne se reproduira plus"... Heureusement pour la jeune femme, la raison pouvait aussi pousser à l'optimisme.

Le temps qu'elle s'auto-rassure, Hailey avait pu sentir Roy se tirer à son tour du sommeil. Elle le comprit à la façon dont sa respiration se fit moins profonde, plus ératique. L'homme sembla vouloir profiter lui aussi de quelques minutes de plus avant de bouger, qu'elle lui laissa volontiers, sentant son rythme cardiaque s'affoler légèrement tandis que les souvenirs de la veille l'envahissaient. D'accord, il fallait bien avouer qu'en dépit de ce petit affolement matinal - et assez inévitable, la connaissant - elle ne regrettait pas d'avoir cédé à ses envies. La nuit avait été... eh bien, surprenante. Roy était étonnant, jamais elle ne se serait attendue à ce qu'il se montre aussi tendre avec elle et il avait, une fois de plus, démenti les préjugés qu'elle avait à son égard. Et elle ne pouvait nier qu'elle se sentait bien, dans ses bras au petit matin. Pas bien au point de se dire qu'elle voulait briser tous les interdits pour être avec lui - malgré tout, elle ne se sentait pas tout à fait à sa place ici - , mais suffisamment bien pour ne pas se sentir gênée par la situation ni avoir envie de le quitter trop vite. Hailey étouffa son sourire contre l'épaule de son amant avant de se décider à bouger, révélant le fait qu'elle était aussi réveillée que lui.

Posant sur Roy son regard impénétrable spécial interrogatoire, Hailey attendit prudemment que Roy ne réagisse le premier. Hélas, le chef mafieux ne dévoila pas ses cartes, se contentant d'un bonjour prudent. Bon, eh bien ils n'étaient pas sortis de la taverne, songea Hailey en ne retenant pas plus longtemps son sourire amusé.

"Bonjour", répondit-elle avant de se pencher vers lui pour l'embrasser en douceur. "Bien dormi ?"

Elle même avait dormi profondément, sans rêves, ce qui ne lui était pas arrivé depuis plusieurs jours. Heureusement que Roy avait fêté son anniversaire un week-end, cela dit, car la chef du BDA sentait un léger mal de tête poindre et elle n'était pas le genre de sorcière qui possédait une provision de potions anti gueule de bois chez elle... Se redressant sur un coude pour observer Roy, elle poussa un léger soupir avant de se décider à laisser la réalité les rattraper.

"Bon, j'imagine qu'on pense tous les deux à la même chose...", commença-t-elle en le sondant du regard, "Autant se débarrasser de cette conversation, qu'en penses-tu ? Ce qui s'est passé hier était très agréable, mais... Je crois qu'on est tous les deux d'accord pour dire que vu nos... fonctions respectives il ne serait pas très avisé de recommencer."

Hailey n'était même pas sure d'en avoir envie, de toute façon. C'était justement parce que la nuit s'était si bien passée qu'elle souhaitait conserver ce souvenir et ne pas s'engager dans une relation bancale et brinquebalante avec Roy, qui pouvait potentiellement lui apporter pas mal d'ennuis. Et puis, en dépit de son indubitable persévérance pour la charmer, en dépit de la tendresse qu'il avait montré à son égard, Hailey se doutait qu'elle n'obtiendrait jamais de Roy une relation un tant soit peu stable et exclusive. Certaines des amantes de Roy faisaient même partie de son entourage et elle se connaissait suffisament pour savoir qu'elle n'était pas le genre de personne à assumer une relation comme celle-là. Alors la solution s'imposait d'elle-même, même si cela faisait un peu mal au coeur de partir si vite. La journée était encore jeune et rien ne l'y obligeait, cependant, du moins tant que Roy ne la mettait pas à la porte... Elle le lui fit d'ailleurs comprendre en déposant une série de baisers le long de son cou et en se serrant contre lui, caline.

Une pensée subite de la veille la poussa néanmoins à cesser ses cajoleries. Il y avait encore une question sans réponse, dans toute cette histoire... La jeune femme se redressa, posant son menton dans son coude. Les yeux clairs d'Hailey se firent inquisiteur, tandis qu'elle dessinait du doigt des dessins sur la peau de Roy.

"Au fait... J'apprécierais que tout ceci reste entre nous", ajouta-t-elle sur un ton qui ne souffrait pas de contradictions, avant de dévoiler le fond de sa pensée avec un petit sourire en coin, "A une exception près... Je veux bien ne pas démentir auprès de Leopold, si tu me dis ce que vous avez parié sur ma tête."

Non, Hailey n'était pas stupide, on ne devenait pas chef du BDA à son âge sans avoir un minimum de plomb dans la cervelle. Elle voulait bien passer sur le fait que les deux hommes aient parié sur elle, ce qui avait d'ailleurs un côté assez dégradant, mais seulement du moment où elle pouvait elle aussi profiter du prix !
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« Comme un bébé » répondit Roy, accueillant son baiser d’un sourire.

Il commençait à saisir un peu les mimiques de la chef Auror, et notamment, cet air implacable qui était parfois feint visiblement, pour mieux intimider ses interlocuteurs… Roy devait reconnaître que cela fonctionnait plutôt bien. Il était soulagé de la voir réagir avec tendresse plutôt qu’avec froideur, l’espace d’une seconde, il l’avouait, il avait craint qu’elle ne déclare quelque chose comme "cette nuit était une erreur", et qu’elle ne plie bagage sans un mot de plus. Oh, il s’en serait remis, mais cela piquait toujours un peu. Lui, il ne pensait pas que c’était une erreur. Un caprice, une folie, peut-être, mais si c’était à recommencer, il le referait sans hésiter, ne serait-ce que pour le plaisir de voir Hailey briser un peu sa carapace. C’était vrai pour lui aussi, elle l’avait surpris tout au long de leur soirée, en prenant des initiatives, en s’ouvrant à lui, en lui montrant qu’il y avait une femme sensible, avec ses faiblesses, ses attentes, ses envies pas toujours raisonnables, derrière le visage lisse de défauts qu’elle montrait à tout le monde.

Bien, ils s’étaient tous les deux montré un morceau de ce qu’ils étaient réellement. Que faisaient-ils de cela maintenant ? C’était la question qui tournait dans l’esprit de Roy. Autant il pouvait se trouver parfaitement sur la même longueur d’onde avec certaines de ses amantes, comme Isobel, ou Sofya, autant il savait sans qu’elle n’ait besoin de le lui dire qu’Hailey n’était pas de ce genre-là.  Elle devait chercher des relations stables, un minimum sérieuses, ce que Roy n’était en toute honnêteté pas prêt de lui offrir. Il n’avait plus envie de tenter de relation de couple, qu’il semblait destiné à ficher en l’air à chaque fois. Trop d’énergie dépensée dans des entreprises vouées à l’échec, trop de déception qui en résultait... Dans tous les cas, même s’il en avait eu envie, Hailey n’était pas une partenaire avec qu’il pouvait sérieusement envisager une relation, car il y avait la question de leurs professions respectives, un frein assez conséquent s’ils s'avisaient de tenter quelque chose. Ils n’étaient pas dans Roméo et Juliette, non plus, alors le mieux à faire était de tranquillement tirer les bonnes conséquences et les bons souvenirs de leur nuit passée ensemble, et d’écarter le reste… Hailey finit par traduire en mots ses pensées avant qu’il ne le fasse lui-même. Ne voyant rien à y ajouter, Roy répondit :

« Je suis d’accord. Il laissa une seconde s’écouler, avant d’ajouter, un petit sourire aux lèvres. Même si c’est dommage. »

Ses doigts effleurèrent une mèche près de la joue de la jeune femme, son regard plongé dans le sien. En soit, il n’aurait pas été contre l’idée de recommencer, mais si Hailey n’y était pas prête, si cela devait avoir des conséquences néfastes pour eux deux, il valait en effet mieux profiter de leur moment, avant de passer à autre chose. Roy décida d’écarter ses réflexions en la sentant l’embrasser dans le cou. Sa respiration apaisée, il ferma les yeux pour mieux savourer la douceur de ses lèvres contre sa peau, puis la laissa se blottir dans ses bras, en déposant un baiser dans ses cheveux qu’il se mit à caresser d’une main. Ses yeux fixés au plafond revinrent sur Hailey lorsqu’il la sentit se redresser légèrement. Un léger rire secoua son torse à ses mots, il commença d’ailleurs par commenter, avec une certaine espièglerie dans le fond de sa voix :

« On ne peut rien te cacher, toi, hein. »

Il lui semblait pourtant avoir été discret avec Leopold. Bon, il était possible que la façon dont le ministre les avait surveillés cette nuit au cabaret les avait quelque peu trahis…

« Tu vas rire. Si je te le dis, tu le gardes pour toi aussi, alors. Je ne voudrais pas manquer mon coup…  Roy se laissa un instant de silence, pour mieux ménager son effet, avant de poursuivre en se penchant légèrement vers elle sur le ton de la confidence : Si je réussissais à te séduire, il devait réaliser un gage. Fais-moi plaisir, feins le choc à notre prochaine réunion aux Folies, quand il m’appelera mon Royounet devant vous tous. »

Un ricanement le saisit à la pensée de Leopold se ridiculisant à leur tablée très sérieuse de vilains comploteurs. Lui, il n’avait aucun problème avec cela, il se voyait d'ailleurs très bien répliquer quelque chose comme « Voyons, Leopold, pas en public » histoire d’achever dans le règles de l’art ce moment épique.

« C’était pour mettre un peu d’animation dans notre tablée, reconnut-il, le sourire coupable. J’ai tellement hâte de voir la tête que va tirer Dalhiatus. »

Roy Calder, à trente ans, toujours un grand enfant ? Du tout. Il fallait bien savoir s’amuser un peu, surtout quand la compagnie d’un vieux de la vieille tiré à quatre épingles comme Jacob vous faisait sentir comme un adolescent face à un professeur monocorde impossible à dérider. Chassant le cinquantenaire de ses pensées, Roy reporta son attention sur la jolie chef du BDA, le regard brillant de malice.

« En tout cas, c’est d’accord, ça restera notre petit secret, j’aime bien cette idée aussi. »

Pas autant que celle de pouvoir se vanter d’avoir réussi à attirer dans son lit une femme telle qu’Hailey, mais on ne pouvait pas tout avoir. Puis, les petits regards et les sourires entendus avaient leur charme aussi. Pris d’un élan, Roy renversa leurs positions, lui au-dessus d’elle, un coude sur son matelas, assez proche d’elle pour lui souffler sur le même ton espiègle :

« Mais en attendant, Hailey Peterson, je vais te retenir ici le plus longtemps possible… »

En guise d’illustration immédiate à ses paroles, il se pencha pour l’embrasser avec application, entre deux sourires. Maintenant qu’ils avaient évacué la partie délicate du retour à la réalité, il ne leur restait plus qu’à profiter de ce qui leur restait, avant de redevenir respectivement la chef des Aurors et le parrain de la mafia. Profiter, voilà une chose qu’il savait très bien faire. Roy ne se priva pas pour caresser les hanches si douces de sa jolie partenaire, mordiller la peau de son cou en se laissant envahir par son parfum, revenir titiller ses lèvres, et…

Toc, toc, toc. Roy suspendit ses gestes l’espace d’une seconde. Il décida presque instantanément de l’ignorer et retourner à ses occupations, mais une nouvelle fois, un battement à la porte s’obstina à les déranger. Avec un soupir qui ne cachait pas sa frustration, il détacha ses lèvres de celles d’Hailey, son front à quelques centimètres du sien.

« Je vais voir qui c’est, je reviens. » murmura t-il.

Il sortit de la chambre uniquement vêtu de son caleçon -peut-être se présenter dans cette tenue ferait comprendre à ce visiteur impromptu qu’il ne venait pas exactement au bon moment- traversa le salon -tiens, leurs vêtements de la veille étaient restés là, sur la moquette- puis arriva enfin à hauteur de sa porte, qu’il tira vers lui avec une certaine impatience.



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Hailey Peterson, chef du BDA

"Notre cher ministre n'est pas toujours aussi subtil et discret qu'il aime à le croire", répliqua Hailey avec une certaine fierté en réalisant qu'elle avait vu juste. Ah, les hommes pouvaient être si faciles à lire parfois, lorsqu'il s'agissait de fierté masculine et de conquêtes... Son regard s'arrondit de surprise quand Roy lui dévoila le contenu du gage de Leopold, et elle l'observa un instant comme pour s'assurer qu'il ne plaisantait pas. Mais non, Roy était parfaitement sérieux, et elle laissa échapper un rire un peu incrédule. Mais quels gamins, ces deux-là, qui aurait pu penser que des hommes avec de telles responsabilités et surtout, tant de pouvoir entre les mains, avaient du temps à consacrer à de telles bêtises ! Mais c'était sans doute justement parce que la pression était si forte que Roy et Leopold avaient besoin de se relâcher parfois, ce qu'Hailey pouvait comprendre. D'ailleurs, elle avait hâte de voir comme Leopold allait réussir à s'en tirer la tête haute avec un gage pareil...

"Effectivement, je sens que Jacob va apprécier", glissa-t-elle avec malice. Son ton se fit légèrement moqueur lorsqu'elle ajouta : "Hé bien, j'attends notre prochaine réunion avec impatience... Mon Royounet."

Soulagée de voir que Roy et elle étaient sur la même longueur d'ondes, Hailey ne protesta pas lorsqu'il la fit basculer sous lui et annonça vouloir la retenir. Ma foi, elle n'était pas contre, bien au contraire... Hailey fit glisser ses mains dans le dos de Roy, caressant sa peau nue et savourant la sensation de ses baisers. Absorbée par son amant, Hailey ne prêta pas la moindre attention aux quelques coups frappés à sa porte d'entrée, espérant en son for intérieur que Roy les ignorerait. Elle n'avait aucune envie de se détâcher de lui pour l'instant, préférant se laisser emporter par leur désir et retarder le plus possible le moment de mettre cette jolie parenthèse derrière eux. Hélas, la personne dans le couloir semblait bien décidée à avoir un entretien avec Roy, et frappa une seconde fois. Cette fois, Hailey suspendit ses gestes en laissant Roy s'extirper de son étreinte pour sortir du lit. Un identique soupir de frustration s'échappa de ses lèvres et elle lui adressa un regard aguicheur juste avant qu'il ne s'éloigne, destiné à le motiver à se débarrasser le plus vite possible du gêneur.

Se laissant retomber sur l'oreiller, Hailey fit remonter le drap sur sa poitrine et tendit l'oreille, la porte de la chambre étant restée entrouverte. Une voix féminine lui parvint, qui lui sembla vaguement familière mais qu'elle ne parvenait pas à replacer. Fronçant les sourcils, Hailey se glissa à son tour hors du lit et fit quelques pas vers la porte pour mieux entendre. Une petite grimace étira ses traits quand elle entendit quelques mots de la conversation. Au ton de Roy, elle crut comprendre qu'il était gêné par la situation et qu'il n'était pas dit qu'il se débarrasse de la visiteuse en deux minutes pour la retrouver sous la couette... Il fallait croire que la réalité se rappelait à eux plus vite que prévu, tout compte fait. Qu'à cela ne tienne, Hailey n'était pas du genre à s'imposer et ne voulait pas placer son amant d'un soir dans une position délicate. Qui que soit cette femme, sa soeur, une amie, ou un peu plus peut-être, cela ne la regardait pas, mais c'était sans doute quelqu'un de suffisamment proche pour vouloir lui souhaiter son anniversaire - et pour potentiellement désapprouver ses activités nocturnes avec Hailey. Bah ! Elle avait malgré tout l'intention de sortir la tête haute, Hailey n'avait pas de honte à avoir et se doutait que Roy saurait convaincre son invitée de garder cet épisode pour elle.

Sa décision prise, Hailey fouilla dans le placard de Roy pour en trouver une chemise large qu'elle enfila rapidement, avant de se glisser discrètement dans le salon pour ramasser ses vêtements échoués au sol. Un tas de vêtements dans une main, ses escarpins dans l'autre, Hailey s'immobilisa lorsqu'elle réalisa que la discussion s'était interrompue. Redressant la tête, elle jeta un coup d'oeil vers le hall d'entrée et croisa le regard de la visiteuse impromptue - avant de se figer sous l'effet de la surprise. Une jeune femme brune se trouvait là, une femme dont elle reconnut aussitôt le visage, le regard expressif, et la posture naturellement défiante...

Comment l'aurait-elle oubliée, Juliana McNeil ? Un an auparavant, Hailey aurait pu la croiser sans la reconnaître. Mais depuis quelques mois, Juliana semblait partout. Elle était dans le dossier "McNeil" que la chef du BDA avait fait établir en secret après la démission de son frère Hayden, qu'elle soupçonnait très fortement de désapprouver la politique du gouvernement. Elle était aussi sur la scène des Folies Sorcières, pour le Tremplin Musical, avec un petit malin de la cité Cosmos avec qui elle avait fait de sacrés remous. Hailey n'avait pas assisté elle-même à l'évènement, mais la chanson de Irvana était sur la moitié des bouches des aurors le lendemain - la moitié qui trouvait la chanson drôle - et en particulier sur celle de l'un de ses lieutenants, Baker, à qui elle avait exigé un petit récital. Hayden avait vite écarté l'incident, mineur, mais elle se faisait un devoir de toujours rester à l'affut de tous les signes éventuels de contestation... Et Juliana McNeil était une contestataire, c'était certain. Elle n'avait pas attendu le FREE pour cela, appartenant à un certain nombre de mouvements politico-syndicaux mineurs de Bristol et de Cosmos. Il y en avait des dizaines comme elle, des agitatrices, mais elle en était une, c'était certain. Il avait suffit d'une seule conversation avec elle pour qu'Hailey s'en persuade.

Et quelle conversation... Hailey avait interrogé personnellement la jeune femme après la guerre des gangs, car elle avait un chef de gang mort sur les bras - affaire qui avait d'ailleurs conduit à la montée au pouvoir de Roy ici présent. Drôles de coïncidences, songea Hailey sans détacher son regard de celui de Juliana qui, elle en était persuadée, l'avait reconnue aussi. Juliana était une simple victime ce jour là, toutes les preuves l'indiquaient et l'interrogatoire avait achevé de l'en convaincre. Son meilleur ami avait été torturé, elle avait été attaquée sur son lieu de travail par cet homme qu'elle avait combattu par la suite, et qui était mort... Et pourtant... Pourtant, il y avait ce feu dans son regard, cette indignation dans ses propos, cette désapprobation flagrante envers le travail des forces de l'ordre et du Ministère, qu'elle ne cherchait même pas à dissimuler. Juliana lui avait semblé envahi par un terrible sentiment d'injustice, contre lequel Hailey n'avait pas essayé d'argumenter - trop atterrée par ce qui s'était produit sous sa garde, sous son commandement. La chef du BDA s'était sentie bien trop coupable et investie par la guerre des gangs pour oser remettre en question le récit des témoins et victimes de cet évènement. Encore aujourd'hui, elle ne le faisait pas. Juliana faisait partie de ces personnes qui laissaient transparaître toutes leurs émotions, et Hailey avait pu sentir sa sincérité, à travers sa façon de s'exprimer, ses grands gestes désordonnés, le choc et la colère perceptible dans son récit.

Pourtant, il y avait quelque chose d'étrange et de terriblement décallé à la voir ici, chez Roy, un chef de gang, par Merlin ! Cette petite serveuse ordinaire de vingt-trois ans venait de surgir une fois de trop dans sa vie en trop peu de temps pour que l'esprit tatillon d'Hailey ne soit pas piqué par la coincidence. Quelque chose n'allait pas, quelque chose, ou quelqu'un, n'était pas à sa place. Mais elle ne pouvait pas y réfléchir maintenant, elle ne pouvait pas rester là à la scruter avec son air d'auror, pas avec Roy à côté. Après tout, elle n'était qu'une invitée chez lui et n'avait pas à questionner ses fréquentations. Cela risquait de passer pour de la jalousie mal placée et, au fond, n'y avait-il pas un peu de cela ? Hailey n'arrivait pas à réfléchir, ses pensées encore embrûmées après la nuit qu'elle avait passé. Elle avait besoin de prendre du recul avant de se mettre à poser des questions qui risquaient fort de déranger Roy - et à raison. Par courtoisie envers son nouvel et éphémère amant, Hailey devait laisser cela couler, au moins pour l'instant.

"Bonjour", lâcha-t-elle alors avec un sourire, après que quelques longues secondes de silence ne se soient écoulées. "Je ne vais pas vous déranger plus longtemps."

Après avoir regagné la chambre, Hailey prit le temps de s'habiller correctement et de se recoiffer. Il y avait la moitié de son bureau qui montait la garde dans cette ville, après tout. L'auror quitta alors la chambre et rejoignit rapidement les deux sorciers. Evitant le regard de Juliana, Hailey attira Roy à elle et, glissant une main sur son visage, l'embrassa longuement pour lui dire au revoir. Après tout, ce serait probablement la dernière fois et elle regrettait de voir déjà partir, alors... Lui adressant un dernier sourire, elle lâcha un "bonne journée" à l'assemblée avant de sortir de l'appartement sans un mot de plus, pressée de quitter cette ambiance pesante pour retrouver ses esprits.

Hailey remonta la promenade rapidement, les sourcils froncés, respirant l'air frais pour se remettre les idées en place. McNeil habitait la Promenade, elle en était presque persuadée, cela lui revenait maintenant. Roy et elle étaient voisins... Ils étaient tous deux à la guerre des gangs, bien que pour des raisons différentes... Et ils se trouvaient aujourd'hui dans le même appartement. Il y avait là un lien, c'était évident, mais de quelle nature ? Ce n'était pas vraiment à sa place de le chercher, quand bien même il lui paraissait étrange. Le monde des sorciers était parfois très petit. Il n'y avait pas de raison pour elle de fouiller ni de poser des questions, cela serait malvenu, et largement prématuré - Juliana n'avait rien fait de mal, si ce n'est critiquer le régime en place, mais ce n'était pas - encore - réprimé par la loi... Et jusqu'à preuve du contraire, connaître un chef de gang ne faisait pas de vous une criminelle - contrairement à s'associer à lui lorsque l'on est auror, au passage.

Oui, l'auror allait laisser couler, pour l'instant. Mais elle gardait cela dans un coin de sa tête. S'il y avait bien une chose que Hailey avait appris, dans ce métier, c'était de suivre ses intuitions...

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Juliana ne s'était jamais sentie aussi mortifiée de toute sa vie. En venant ici le lendemain de l'anniversaire de Roy, par une belle fin de matinée, elle s'était à moitié attendue à ce qu'il ait sa tête des lendemains de soirée, ou à ce qu'il soit encore en train de décuver dans un coin de son cabaret - mais elle ne s'était certainement pas attendue à ça...

Elle ne savait pas exactement quelle partie du tableau qui s'offrait à elle la touchait le plus. La mine contrariée de Roy, sans doute, cette lueur de frustration au fond de ses prunelles sombres, son air ébouriffé et son corps à moitié nu, sur lequel elle n'avait posé le regard qu'un quart de secondes avant de le détourner, comme brûlée, son coeur rattant un battement. Roy n'était pas seul ce matin, elle savait précisément ce qu'il était en train de faire avant qu'elle n'arrive, car elle reconnaissait cet air sur son visage - et car il n'y avait pas besoin d'être un génie pour comprendre à qui appartenaient ces vêtements féminins jetés pêle-mêle à même le sol du salon... Les yeux de Juliana accrochèrent un joli soutien-gorge rouge en dentelle suspendu à une chaise et elle sentit une pointe de colère totalement injustifiée l'envahir. Bien sûr, que Roy était avec quelqu'un, ce matin, à quoi elle s'était attendue, à ce qu'il passe son anniversaire seul ? Lui, Roy ? Bien sûr que non, il avait ramené une fille hier, et pas n'importe laquelle à en juger par la lingerie fine que madame pouvait s'offrir... Son imagination un peu trop fertile la poussa à visualiser Roy avec une grande blonde en train de s'embrasser à pleine bouche, de retirer leurs vêtements et de migrer vers la chambre.

Cette image la fit grimacer malgré elle et elle reporta vivement son attention sur Roy, les joues empourprées. Par Godric, c'était probablement la situation la plus embarrassante dans laquelle elle s'était retrouvée depuis bien longtemps. Débarquer chez Roy à l'improviste était toujours un peu risqué, mais cela commençait à devenir une habitude pour la jeune femme et puis elle s'était imaginée que cela lui ferait plaisir. Ne s'étaient-ils pas quittés sur l'idée de se retrouver dans de meilleures circonstances, la dernière fois ? Bien sûr, c'était le genre de choses que l'on disait par pure politesse, et les choses étaient loin d'être évidentes entre eux, mais... Justement. Juliana avait attendu une occasion comme celle-ci, un anniversaire à fêter, une raison un peu plus heureuse de venir frapper chez son voisin, pour que leurs relations ne retrouvent un semblant de normalité. Car elle ne pouvait nier qu'il lui manquait.

Mais à quoi s'était-elle attendue, à débarquer ainsi, la bouche en coeur et une boîte de chocolats en main - cadeau impersonnel s'il en est un - espérant qu'il serait simplement heureux de la voir, espérant... Elle ne savait pas exactement quoi, c'était d'ailleurs là tout le paradoxe. Juliana avait arrêté de réfléchir depuis bien longtemps, depuis qu'elle avait décidé de mettre fin à sa relation avec Alicia une triste soirée de janvier, et même bien avant cela. Cela faisait si longtemps que le monde n'avait plus vraiment de sens pour elle, que Juliana avait simplement cessé de se poser des questions. Elle faisait ce qui lui semblait juste et honnête au moment où cela lui venait, et c'était tout.

Rompre avec Alicia, objectivement, avait peut-être été la plus grosse bêtise qu'elle aurait pu faire. Juliana ne pouvait nier que la jeune femme lui avait apporté énormément, à un moment où elle en avait, qui plus est, particulièrement besoin. Sur bien des aspects, Alicia avait changé sa vie. Elle lui avait permis de découvrir de nouvelles facettes d'elle-même, elle l'avait soutenue même lorsqu'elle était au plus mal, et lui avait permis de garder la tête hors de l'eau. Elle avait cru en elle, et avait été formidable du début à la fin de leur histoire... Alors quoi ? Alors Juliana avait commencé à sentir la magie s'évaporer, bien malgré elle, au fil du temps. Elle avait repoussé cette triste réalisation le plus longtemps possible, mais malgré tous les bons moments passés avec Alicia, malgré toutes les promesses, Juliana avait simplement cessé d'être amoureuse. Et c'était cruel, quelque part, mais les deux femmes avaient ressenti ce même éloignement, cette complicité envolée, et avaient simplement fait le même constat. Un beau jour, cela avait été fini, comme ça. Elles s'aimaient toujours, d'une certaine manière, mais plus de la même façon et Juliana ne se sentait plus honnête, plus en accord avec ses sentiments, en restant avec elle, alors... Alors elles avaient rompu.

Les semaines s'étaient écoulées les unes après les autres, semaines au cours desquelles Juliana avait été si occupée entre son restaurant et le Kraken à mettre en place qu'elle n'avait pas eu le temps de s'apesantir sur ses histoires de coeur. Elle avait revu Alicia, plusieurs fois, et leur relation était encore marquée par une certaine gêne, mais il n'y avait pas de rancoeur et Juliana était optimiste quant au fait qu'elles parviendraient à se cotoyer et à garder contact sans problèmes. Amies, un jour, peut-être... De l'amitié, Juliana pouvait l'espérer de la part d'Alicia. Et pourquoi pas de la part de Roy ? Voilà ce qu'elle s'était demandée aussi, à force de sentir le chef de gang revenir dans ses pensées de façon régulière, jusqu'à même hanter certains de ses rêves. Pourquoi pas ? De l'eau avait coulé sous les ponts, tellement d'eau que cela pourrait former un océan, et Juliana avait envie de voir ce que pourrait donner leur relation maintenant qu'il n'y avait plus de rancoeurs, de malentendus ni de cadavres entre eux. Juste Roy et elle, autour d'un café, par une belle matinée ensoeillée de mars... Sans pression, sans gêne, une simple conversation entre adulte, entre "amis".

Eh bien, Juliana réalisait à présent à quel point son espoir tenait du fantasme. A croire qu'elle oubliait à chaque fois à qui elle avait affaire. Roy était un chef de gang, il devait être riche comme Marchebank, ne pouvait passer une soirée sans finir avec une fille dans son lit et était probablement aussi dangereux que ce mafieux qu'elle avait assassinée, et qu'elle haïssait. Ce n'était pas quelqu'un avec qui une fille comme elle devait prendre des cafés à l'improviste, comme si c'était un banquier ou un avocat. Oui, mais voilà, elle en avait eu envie... Merlin, elle avait envie de se frapper la tête contre un mur. Ce qu'elle pouvait être ridicule, dire qu'elle avait même mis une jolie robe printanière, qu'elle s'était maquillée un jour de week-end, mais de qui se moquait-elle ?

Bon, le transplanage étant rendu impossible sur la ville par ce stupide gouvernement, elle ne pouvait pas se contenter de disparaître sans mot dire pour aller s'enfouir sous la couette. Parler s'imposait donc...

"Roy, salut, je...", commença-t-elle d'une voix un peu rauque, avant de se racler la gorge. "Je suis désolée, je tombe super mal à ce que je vois, excuse-moi, je n'aurais pas dû venir sans prévenir. Je voulais juste... Te souhaiter un joyeux anniversaire. Trente ans, c'est..."

Sa voix faiblit un peu sur ces mots, et elle cilla. Son trentième anniversaire, ils en avaient parlé lorsqu'ils étaient en couple, et Juliana l'avait taquiné sur son âge. Cette année, elle avait eu envie de le lui souhaiter, d'avoir une petite occasion pour qu'il sache qu'elle avait pensé à lui. Et ce n'était pas comme si elle avait envoyer un hibou à quelqu'un qui habitait juste à côté de chez elle, pas vrai ?

*Ca suffit de se chercher des excuses, le mal est fait*, souffla une voix dans sa tête.

"Bref, je suis désolée, je pensais que tu étais seul."

Ces derniers mots étaient sortis d'une façon un peu trop abrupte à son goût et elle se mordit l'intérieur de la joue, mortifiée, tandis qu'il lui répondait. Des bruits de pas sur le parquet du salon attirèrent alors son attention, et elle sentit une jalousie insidieuse et dévorante s'infiltrer en elle quand elle aperçut la conquête de Roy. Juliana nota ses longues jambes fines, nues, mal dissimulées par une chemise d'homme, et sa jolie chevelure brune qui brillait au soleil, alors qu'elle passait devant la fenêtre pour récupérer ses vêtements. Se sentant probablement observée, la jeune femme redressa la tête dans leur direction et son mouvement dévoila un visage fin, percé par deux yeux clairs et implacables qui emprisonnèrent ceux de Juliana en un regard de glace. La serveuse sursauta presque sous l'effet du choc et son regard s'arrondit de façon perceptible, quand elle reconnut Hailey Peterson. La chef du BDA. LA CHEF DU BDA. CHEZ ROY. Dans le lit de Roy.

Dumbledore tout puissant, par les horcruxes de Voldemort, mais qu'avait-il fait, ce sombre crétin abruti ?! Ne pouvait-il pas se renseigner sur les femmes qu'il attirait chez lui avec son sourire de Don Juan à deux noises ?! La chef du BDA, mais il y avait une chance sur deux qu'elle soit en mission d'infiltration pour essayer de choper un chef de gang et l'envoyer à Azkaban... Azkaban, mais à quoi pensait-elle, la peine de mort, oui ! Son sang se glaça à cette pensée, et son coeur rata un battement. Puis son cerveau se mit en branle et elle réalisa que les chances étaient plus que maigres pour que Hailey, dont le visage avait été médiatisé après sa nomination et l'était à chaque évènement important, parte en mission elle-même. Les chances étaient encore plus maigres pour que Roy ne l'ait pas reconnue... Alors, de deux choses l'une. Soit Roy savait, et prenait le risque, tellement sûr de lui qu'il pensait pouvoir dissimuler à une si bonne auror ce que même Juliana, du haut de ses vingt-deux ans, avait fini par apprendre... Soit Roy savait parfaitement qui était Hailey, et inversement, et que cela ne les avait pas arrêté un seul instant. Ce qui signifiait que tous les soupçons et doutes qui étaient nés en Juliana au fil des derniers mois au sujet des liens entre le gouvernement et la mafia étaient plus que véridiques...

Eberluée, Juliana ne prit ne pensa même pas à répondre au bonjour d'Hailey. Sa voix familière la ramenait à de bien trop mauvais souvenirs, et cette femme représentait tant de choses que Juliana détestait, qu'elle sentit instantanément sa mâchoire se contracter, son corps se tendre. Comment Roy avait-il pu coucher avec une femme pareille ? Pourquoi elle ?! Juliana ne songea pas à la retenir, se contentant d'accuser le coup tandis que Hailey retournait dans la chambre pour s'habiller, puis revenait pour embrasser Roy un peu trop longtemps au goût de la pauvre spectatrice. Elle était sur le point de se racler la gorge bruyamment quand Hailey se décida enfin à mettre les voiles, accompagnée par un regard noir de Juliana, qui laissa une seconde s'écouler avant de se retourner vers Roy.

Oh, elle pensa bien à se confondre en excuses et à l'enjoindre à partir rattraper sa conquête, mais... Non, Juliana n'était pas assez altruiste pour cela. Elle l'aurait peut-être fait avec une autre femme, même si cela lui en aurait coûté, mais pas avec celle-ci... Son envie d'avoir une réponse était trop pressante, et puis elle ne pouvait nier qu'elle était plutôt - égoïstement - contente d'avoir interrompu les deux amants et ruiné leur matinée... L'esprit envahi de mille pensées contradictoires, Juliana se contenta de lâcher, sur un ton incrédule :

"Tu sais qui c'est ?"



Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
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Roy se considérait plutôt chanceux, comme homme. C’était vrai, les bonnes opportunités se présentaient souvent à lui. Mais alors, quand son étoile avait décidé de le lâcher… C’était avec la même violence qu’une femme trompée. Par le caleçon de Godric, pourquoi lui ? Pourquoi elle ? De toutes les personnes qui auraient pu avoir envie de lui souhaiter un joyeux anniversaire de bon matin, pourquoi Juliana McNeil ?

Car c’était ce qu’elle était venue faire, il le supposait en voyant le petit paquet qu’elle avait entre les mains et le sourire qu’elle avait esquissé une demi-seconde lorsqu’il lui avait ouvert la porte. Une demi-seconde seulement, parce qu’il n’avait fallu que quelques coups d’oeil autour d’elle pour que Roy assiste en direct à la décomposition de son expression, et ce ne fut pas bien difficile de suivre le cours de ses pensées, juste en suivant où son regard se posait, pour la rendre rouge de gêne. Elle avait tout compris toute seule. Roy se retint de soupirer fortement et se pincer l’arrête du nez, gestes qui risquaient de sous-entendre à Juliana que sa présence le contrariait. Ce qui n’était pas faux en soi, d’ailleurs, mais à cet instant, il était surtout désabusé face au revers que lui jouait son karma. Oui, parfaitement, faire venir mon ex à mon appartement alors que je suis encore au lit avec une autre femme, bien joué, Merlin, bonne idée, merci.

Le plus ironique étant qu’il aurait sûrement été content et flatté de la voir dans d’autres circonstances, mais comme toujours entre eux deux, les circonstances n’étaient jamais les bonnes. Gêné à son tour, Roy préféra garder le silence en attendant qu’elle parle -ne savait-on jamais qu’il parvienne à s’enfoncer encore plus, mais pour le coup, c’était difficile de se retrouver dans une situation plus bizarre et embarrassante. Roy avait cette impression irrationnelle qu’il devait se justifier, là tout de suite, face à elle, alors qu’il n’avait strictement aucune raison de le faire. Oui, il était en compagnie d’une femme, et il n’avait pas à le cacher, ni même à s’en expliquer à Juliana. Et pourtant, il se sentait embarrassé comme si… Comme s’il était pris en faute. Inévitablement, cette situation le renvoyait à ce que Juliana avait su trop tard de lui, à ce qui avait précipité leur rupture. Par Merlin, voilà qu’il se sentait coupable d’être avec une autre femme avec un an de retard, mais où allait le monde ?

Il posa un regard incertain sur elle, alors qu’elle lui bafouillait les raisons de sa venue entre deux excuses, trahissant le fait qu’elle se sentait à peu près aussi à l’aise que lui. Roy se gratta nerveusement la nuque, avant de répondre :

« T’inquiète, c’est… C’est gentil d’y avoir pensé, déjà. Merci. »

Qu’on me tire un sort, sérieusement. Les excuses de Juliana ne changeaient pas grand-chose au timing effectivement épouvantable de cette visite. L’arrivée de Hailey dans le salon acheva d’ailleurs de tout à fait plomber l’ambiance, bien que Roy préféra reporter son regard sur elle le temps qu’elle ramasse ses affaires, c’était toujours moins gênant que de tenir une conversation avec Juliana, à cet instant-là. Pris dans ses pensées, Roy ne remarqua pas immédiatement l’échange de regard entre les deux jeunes femmes. Il attrapa juste l’air suspicieux d’Hailey avant qu’elle ne se retourne, en même temps qu’il le fit vers Juliana, elle, littéralement soufflée par le choc. Les sourcils du trafiquant se froncèrent, inquisiteurs. Ses neurones ne devaient pas être bien connectés à cet instant-là, mais il ne comprit pas tout de suite la source de la stupeur visible sur le visage de la serveuse. Il ne chercha toutefois pas à demander quel était le problème. Il n’avait pas forcément envie de pousser la question, à vrai dire, il ne savait pas trop de quoi il avait envie à cet instant là. Sa matinée avec Hailey était fichue, de toute évidence, et faire la conversation avec Juliana, dans l’immédiat, ne lui avait jamais paru si délicat. Il ne pouvait pas lui claquer la porte au nez non plus, alors qu’elle avait fait l’effort de venir lui souhaiter son anniversaire. Alors il resta dans cette situation étrange à ne rien dire, tout en se demandant quoi dire, autrement dit, il eut juste l’air stupide.

Le retour d’Hailey le tira de ses réflexions épineuses, le temps d’un baiser qui le fit revenir avec regret quelques minutes en arrière, quand l’avenir de sa matinée lui paraissait tellement limpide… Ce fut plus fort que lui, malgré la présence de Juliana, et peut-être même, parce qu'il voulait se convaincre qu'il ne devait rien à la serveuse, il profita de ce baiser avec Hailey, qu’il savait être le dernier. Ils avaient fixé leurs règles, c’était ce qui était prévu, même si leur petite parenthèse ne se fermait pas vraiment comme ils l’auraient voulu. Une seconde, il eut même envie de la retenir par le coude, car il eut cette pensée égoïste qu’il n’avait pas à subir ce timing désastreux et sacrifier cette matinée avec elle, qu’il pouvait toujours trouver un moyen de parler avec Juliana plus tard. Mais Roy hésita, un temps de trop. Il hésita, en sachant pertinemment que si cela avait été une autre ex à sa porte, il n'aurait même pas réfléchi, ce qui l'emplit d'une frustration mêlée de résignation. Hailey avait déjà filé, laissant derrière elle un silence pesant qui lui laissait présager qu’il allait peut-être lui devoir quelques explications à elle aussi, plus tard… Génial, il avait tout gagné.

Roy ferma brièvement les yeux pour se ressaisir, et décider quoi faire. Il ouvrit la bouche au même moment que Juliana pour parler, mais celle-ci le devança avec une question qui lui fit ravaler ce qu’il allait dire. Evidemment. C’était ce qui avait transformé son expression gênée en choc, tout à l’heure, se rendre compte que la femme qui avait partagé sa nuit était la dirigeante du BDA. S’il ne l’avait pas compris tout de suite, c’était parce qu’il n’avait plus le recul qu’il aurait pu avoir, l’an passé, parce qu’aujourd’hui, cela ne lui semblait pas si aberrant. Il côtoyait les sphères du pouvoir quotidiennement, évidemment, ce qu’il avait fait ce soir restait singulier, mais du point de vue de Juliana, le voir même juste prendre un verre avec Hailey l’aurait sûrement stupéfaite. Parce qu’il n’était pas sensé être dans les petits papiers d’une Auror, encore moins coucher avec, du moins, c’était ce que devait penser le citoyen lambda sans aucune connaissance des liens frauduleux qui pouvaient exister entre leurs deux mondes.

« Oui, je sais. »

Il n’allait pas s’appesantir dessus, mais il ne voyait pas non plus l’intérêt de mentir à cette question. Tout sorcier était capable de reconnaître une personne médiatisée comme Hailey Peterson, et un trafiquant plus qu’un sorcier lambda connaissait les visages importants du bureau de ceux qui les traquaient. Répondre non aurait fait rétorquer Juliana -à raison- qu’il la prenait pour une gourde, et évincer la question l’aurait rendue suspicieuse. Alors, pour cette question, dire la vérité était ce qu’il y avait de mieux à faire, même si Roy était conscient que son interrogation en sous-entendait d’autres, elles, plus délicates, comme celle de savoir ce qu’un trafiquant comme lui faisait avec la chef des Aurors, à tout hasard. Cependant, puisque Juliana ne les explicitait pas, il n’allait pas l’y pousser. Ne pas développer sa réponse lui ferait comprendre sans qu’il n’ait besoin de le dire que le reste ne la regardait pas et puis, cela lui laissait le temps de trouver un mensonge plausible si jamais elle insistait. Roy, bon joueur de poker qu’il était, retint donc son instinct premier qui était de se mettre sur la défensive, le coup sûr à paraître suspect, pour afficher un air calme et prendre les devants, proposant avec précaution :

« Est-ce que… Tu veux rentrer ? Sauf si tu préfères qu’on reste debout à la porte, mais y aura un moment où on saura plus comment avoir l’air naturel. Humour, bonne arme pour détourner l’attention, et remettre un peu de normalité dans une discussion perturbante. J’ai du thé. Et… Ah, ce coup de froid qui le prit en ouvrant un peu plus sa porte pour la laisser entrer. J’ai des T-shirt aussi. Je reviens. »

Oui, éventuellement, Roy, c’est mieux de s’adresser aux gens en étant habillé. Bon, il n’allait pas mentir, il comptait utiliser ce temps à moitié pour se remettre les idées en place, d’ailleurs son premier geste en pénétrant dans sa chambre fut de s’adosser contre sa porte en soupirant. Ce temps mort lui fit prendre conscience du rythme un peu rapide de ses battements de coeur, et cela n’avait plus grand-chose à voir avec le parfum d’Hailey qui imprégnait encore ses draps. C’était un tout, les retombées de la tension qu’il venait de quitter, l’appréhension de ce qui allait suivre -qu’est ce qu’ils allaient pouvoir se dire après un moment pareil ?- et puis, la présence de Juliana, tout simplement. Il n’arrivait pas tout à fait à réaliser qu’elle soit venue comme ça, juste pour le voir, pour lui souhaiter bon anniversaire. Non, le plus perturbant était que justement, il n’avait pas l’impression qu’elle était venue juste… comme ça. Il connaissait Juliana, il y avait des détails qui ne pouvaient pas lui échapper. Elle, sortir un week-end, coiffée, maquillée, vêtue d’une jolie robe, juste pour faire coucou au voisin ? Même pour lui, quand ils étaient encore en couple, elle ne faisait pas toujours cet effort, le week-end ayant une valeur sacrée pour elle, c’était justement les deux jours où elle pouvait se relâcher un peu, après une semaine épuisante où elle se devait d’être impeccable. Juliana en robe en dehors du travail, c’était… Eh bien, c’était exceptionnel.

Mais non, il se faisait des idées. Il se faisait forcément des idées. Roy n’en savait rien, elle avait peut-être un rendez-vous plus tard, et lui n’était qu’un point de passage dans sa journée, c’était déjà plus plausible. Elle ne pouvait pas avoir fait ces efforts pour lui, c’était insensé. De toute façon, il n’allait pas tarder à être fixé, si Juliana n’avait pas fui entre temps. Heureusement, elle était toujours dans le salon lorsqu’il y revint habillé, et Roy l’y rejoint, dans cette situation qui semblait vouloir se répéter entre eux, ces derniers temps. Elle, lui, son canapé… Non, par Godric, cet enchaînement de mots n’allaient pas du tout avec ses résolutions d’arrêter de se faire des idées, qui avait écrit cela ?  

« Hum… Merci d’être venue, Julia, commença t-il un peu incertain, posant son regard sur la jeune femme avant de sourire brièvement au souvenir d’une blague qu’elle lui avait faite, lorsqu’ils avaient discuté de son trentième anniversaire, un an plus tôt. C’est bon, tu peux me traiter de vieux, maintenant. »



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La réponse calme et assumée de Roy déconcerta Juliana. L'homme l'avait habitué à un peu moins de sérénité et à une attitude bien plus défensive... A croire qu'il avait écouté ses conseils, la dernière fois. Juliana sentit son pouls s'accélérer alors que son esprit élaborait mille conjectures. Plusieurs questions lui brûlaient les lèvres et elle s'attendait à ce que Roy développe, mais il n'en fit rien, se contentant de l'inviter à entrer comme si de rien n'était...

"D'accord", souffla la jeune femme en entrant à la suite de Roy, avant de le laisser s'éclipser vers sa chambre.

"Mais... ?!", voilà qui résumait bien l'état d'esprit de Juliana à cet instant. Qu'était-elle censée comprendre ? Oui, il se passait quelque chose de proprement louche, mais elle n'était pas censée poser de questions ? Cela ne la regardait pas ? Mais par Merlin, bien sûr que cela la regardait ! Cela la regardait comme cela regardait les millions de sorciers anglais qui vivaient sous un gouvernement corrompu et menteur. Oh, Juliana n'était pas naïve au point de penser qu'il n'y avait jamais eu de corruption ni de liens entre la mafia et le pouvoir auparavant. Mais cela concernait une personne, à un poste clef, de temps en temps. Pas la totalité du système de pouvoir du pays qui était viciée. Pas la personne en charge de leur sécurité qui frayait avec l'un de ceux qui mettaient le plus en péril cette fameuse sécurité. Paradoxalement, Juliana était indignée que Peterson n'ait pas passé les menottes à Roy pour l'embarquer, plutôt que de passer la nuit avec lui. Juliana n'avait pas de certitudes, peut-être bien que les choses n'étaient pas ce qu'elles semblaient être, mais... Son intuition, son instinct lui soufflaient que la situation était bien celle qu'elle avait en tête. Que l'homme en face d'elle était devenu l'un des plus puissants du pays et fréquentait allègrement les membres les plus éminents du gouvernement ou les tenants de la bourse, en un joyeux système corrompu dans lequel certains s'en sortaient tandis que le reste de la masse s'inclinait. Juliana avait récolté trop d'indices en ce sens au fil des derniers mois, au cours de ses discussions avec Roy et Klemens. Et il y avait aussi ce qu'elle avait pu observer à Bristol ou ce que ses conversations avec les membres du Kraken lui avaient appris.

Lissant distraitement le tissu bleu du canapé de Roy du plat de la main, Juliana réfléchissait à toute allure, se remémorant une foule de détails qui semblaient trouver - enfin - leur place. Comment Roy lui avait assuré que la mort de Sparkles en avait arrangé plus d'un, dont lui. Comment il avait dit pouvoir la protéger. Ce sentiment d'impunité qui semblait l'entourer, qu'avait dit Klemens déjà ? Au-dessus des lois... Eh bien oui, il semblait être au-dessus des lois, plus aujourd'hui que jamais. Et ce n'était pas que Roy, non, elle le soupçonnait, c'était tout son gang. Ne l'avait-il pas prévenu ? Une guerre menaçait, à l'issue de laquelle l'un des gangs prendrait le dessus, car c'était ainsi que les choses fonctionnaient dans ce monde là. Mais ce n'était pas ce qui s'était passé, non. Une véritable guerre des gangs aurait laissé plus de traces. Au lieu de quoi Marchebank, Peterson et Coleman avaient envahi la ville et paradé dans les journaux pour mettre en avant les multiples arrestations de trafiquants et la réussite de leur politique sécuritaire. La population, elle, n'avait pas vu l'ombre d'un mafieux à moins de bien chercher, et la seule dérive qui ne paraissait pas avoir été causée par des mouvements de résistance indépendants de la mafia était l'incendie qui avait ravagé le bar de June...

Les paupières de Juliana se fermèrent à cette pensée, prise d'une sensation de vertige. Roy était toujours là pour attester du fait que la mafia était pourtant loin d'avoir disparu, et si Juliana voyait juste, c'était lui qui avait pris le contrôle de la Voie. Lui et d'autres, peut-être, mais ils l'avaient fait bien trop rapidement, bien trop proprement et cela avait bien trop profité au gouvernement pour que cela soit anodin. Car Roy semblait vivre sa vie comme un roi, dans son cabaret-casino qui, lui, contrairement à l'ensemble des commerces de la ville, multipliait les profits et bénéficiait de passes-droits, et même d'une cheminée dédiée pour être connecté à l'extérieur de la ville ! Oui, les affaires de Roy et de Mildred fonctionnait bien - Mildred dont le journal envahissait les kyosques et qui n'avait jamais autant encensé un homme ni un gouvernement auparavant...

Le bruit de la porte de la chambre de Roy qui s'ouvrait ramena Juliana au temps présent, et elle posa sur lui un regard empli de confusion teintée d'appréhension. Cet homme... avait tant changé sa vie. Car Juliana n'aurait probablement jamais eu un tableau aussi complet et fidèle de la situation, si tôt après la mise en place du régime, sans Roy. Ce qu'elle devinait, ce qu'elle soupçonnait grâce à lui faisait probablement d'elle l'une des citoyennes lambda les plus informées du pays - mais pas assez informée encore. Juliana était beaucoup trop investie, beaucoup trop concernée pour ne pas chercher à creuser ses connaissances et à obtenir des confirmations, que Roy les lui donne volontairement ou non. Car elle n'était plus une citoyenne lambda désormais. Elle était le Kraken, elle et tant d'autres, ils étaient cette pieuvre qui n'allait pas tarder à se manifester et à étendre ses tentacules dans les rues de Bristol...

Le pire restait sans doute le fait que malgré tout, malgré ses découvertes, son indignation, ses mille raisons de détester et de vouloir fuir Roy... Hé bien, elle restait attachée à lui, d'une certaine façon. Ce n'était pas comme si ce n'était qu'un illustre inconnu, un Peterson ou un Marchebank qu'il était aisé de critiquer et de détester, contre qui l'on pouvait comploter en toute objectivité. Il était Roy, par Melin, elle ne pouvait pas rester insensible face à la place qu'il avait pris dans ce pays, face à ce qu'il risquait en se plaçant dans une telle position, alors qu'une guerre se préparait. Oh, elle avait déjà essayé de lui en parler, lors de leur dernière rencontre, elle avait déjà essayé de lui faire entendre raison, mais il y avait des limites à son influence. Juliana savait qu'elle n'aurait dû rompre tout contact avec Roy et simplement laisser tomber toute relation avec lui, mais... Elle n'en était pas capable, c'était plus fort qu'elle, elle tenait à lui. Au-delà même de leur relation, son sort lui importait.

Alors elle ne put retenir un sourire en réponse au sien.

"J'ai bien pensé à t'offrir une canne mais je me suis dis que des chocolats, c'était bien aussi", plaisanta-t-elle avant de tendre sa boîte à Roy, en un geste un peu emprunté. Juliana hésita à relancer la conversation, mais la situation était bien trop bizarre et sa tête était bien trop encombrée de pensées vertigineuses pour qu'elle ne puisse s'y résoudre. N'en déplaise à ses espoirs qui l'avaient poussé à espérer une conversation légère avec Roy, Juliana ne pouvait tout simplement pas ignorer ce qui venait de se produire. Pourtant, sa première question ne toucha pas directement au gouvernement, mais elle ne put s'empêcher de la poser. Car malgré tout, son estomac se tordait toujours à la pensée de ce qu'elle avait interrompu, au souvenir de la vision de Roy et de Hailey à moitié nus, et elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine déception quand elle interrogea, son regard fouillant celui de Roy :

"Alors, hum... Vous êtes ensembles, Peterson et toi ? C'est... chouette, j'imagine."

Car si la réputation de Roy auprès des femmes n'était plus à faire auprès de ses amis, Juliana ne savait pas tout. Elle ne savait pas qu'il n'avait eu de relation de couple depuis leur rupture, et pour autant qu'elle le savait, Hailey pouvait bien passer toutes ses nuits ici... Pensée ô combien peu réjouissante, même si elle s'efforça de ne pas s'attarder sur la signification de cette jalousie qu'elle ressentait. Simple ego féminin froissé, voilà tout...

"Et..."

Juliana laissa planer un silence après ce petit mot, hésistant un court instant à poursuivre. Mais elle était bien trop têtue et voulait surtout trop savoir pour se taire. Son regard se fit plus inquisiteur, et elle se rapprocha inconsciemment de Roy comme pour le dissuader de se dérober, comme il savait si bien le faire.

"Est-ce qu'elle sait, elle aussi, qui tu es ? Est-ce qu'elle sait que tu es le chef du gang le plus puissant de Bristol ? Est-ce qu'elle est parfaitement au courant ? Et Marchebank ? Est-ce que c'est comme ça qu'ils ont pu mettre ces pauvres types derrière les barreaux ? C'est grâce à eux que t'as pu prendre le contrôle du marché, n'est-ce pas ? Une petite alliance mutuellement bénéfique, toi, la Voie, eux, la ville..."

Sa voix basse s'éteignit sur cette dernière question et elle se mit à triturer nerveusement ses cheveux rassemblés en une tresse. Ses questions étaient surtout rhétoriques, mais le visage qu'elle tourna vers Roy était défiant, comme si elle le mettait en garde de ne pas lui mentir cette fois. Son ton ne l'accusait pas, pourtant, la jeune femme étant trop assommée par le choc de sa découverte pour venir confronter directement un chef de gang. Elle s'enfonça dans le silence, suspendue aux lèvres de son hôte, attendant avec une certaine appréhension qu'il ne vienne confirmer chacun de ses soupçons...



Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
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Roy accepta le cadeau avec un léger sourire destiné à masquer l’espèce de malaise qui ne parvenait pas à s’évaporer, entre eux. La situation était trop étrange. Il sentait que l’air était chargé d’électricité, comme à trois secondes d’un orage. Juliana était mal à l’aise, cela se voyait, elle devait avoir mille questions en tête que Roy n’avait pas envie de connaître, mais qu’elle allait forcément finir par lui poser. Il commençait d’ailleurs un peu à regretter de l’avoir laissée entrer, en sachant à l’avance que ce moment allait être délicat. A croire qu’il aimait se mettre dans des situations inextricables, avec elle…

La question qu’elle lui posa était l’une de celles qu’il attendait, en revanche, il ne s’imaginait pas qu’elle la lancerait sur ce ton. Il y avait les hommes qui avaient besoin d’un dictionnaire du langage féminin pour comprendre quelque chose aux réactions de leurs partenaires. Et il y avait les hommes comme Roy qui, à force de s’être heurté à mille femmes plus complexes les unes que les autres, avaient fini par savoir repérer les signes et anticiper certaines réactions. Parfaitement, désormais, Roy était capable de prévoir une seconde à l’avance qu’il allait se prendre une gifle juste en guettant la gestuelle d’une femme en colère -ce qui ne l’empêchait d’ailleurs pas d’encaisser la gifle, ses réflexes n’étant pas encore assez rôdés, et puis, il avait appris assez vite qu'il valait mieux se laisser frapper, parfois, cela avait un effet tranquillisant sur certaines, mais c'était un autre sujet. Surtout, Roy était capable de deviner certaines choses qu’une femme ne disait pas ou s’efforçait de masquer. En l’occurrence, il avait l’impression que Juliana cachait mal sa déception dans son ton, voire même, une certaine forme de… jalousie ? Ce fut ce qui le laissa muet et le retarda à répondre. Roy était bien trop occupé à scruter avec une certaine incrédulité le regard crispé de Juliana, alors qu’elle le félicitait d’un ton qui ne laissait aucunement penser qu’elle trouvait ça chouette. Eh bien. Voilà qui ne l’aidait pas à invalider sa thèse de tout à l’heure, comme quoi elle serait venue sous son meilleur jour dans l’idée de lui plaire. Voilà qui le rendait même hautement perturbé.

« Je… Non. On n’est pas ensemble. On a juste… *Tiré un coup ?* Y a rien d’officiel. »

Wahou, c’était officiellement le deuxième moment le plus bizarre de la journée, Roy qui répondait timidement à une question qui ne le mettait d’habitude pas mal à l’aise du tout, bien au contraire, il était toujours assez fier de dire qu’il se payait le luxe de coucher avec des femmes sans s’attacher plus que nécessaire. Immédiatement après avoir répondu, il ne put s’empêcher de réfléchir à ce que Juliana aurait pensé s’il avait dit qu’il y avait quelque chose entre Hailey et lui. Bon, déjà, cela lui aurait peut-être permis de faire croire qu’il était passé à autre chose, hein, il aurait dû y penser plus tôt, tant pis… Aurait t-elle laissé paraître de la déception, encore ? Roy lui jeta un oeil en coin, avant de reporter son regard sur ses mains soudainement intéressantes, comme brûlé par la vision de Juliana. Oh Merlin, voilà qu’il allait commencer à se nourrir de chimères. Pourquoi diable Juliana serait-elle jalouse ? Ils n’étaient plus ensemble, elle avait même quelqu’un de bien meilleur que lui dans sa vie, et lui, il était là à croire qu’il tenait encore ce genre d’importance pour elle. Ridicule.

La voix hésitante de Juliana s’éleva de nouveau, faisant redresser la tête de Roy vers elle. Il appréhendait une seconde question sur sa relation avec Hailey. « Qu’est-ce que tu fiches avec une Auror ? » était la plus embarrassante à laquelle il pensait à cet instant, il ne voyait pas vraiment comment justifier ce fait en laissant Juliana ignorante de ce qu’elle ne devait pas savoir.

Ah Roy était encore bien naïf, certain qu’il tenait encore les rênes, mais il tomba assez vite de son piédestal. Les questions que finit par poser Juliana, crûment, sans l’ombre d’une introduction firent écarquiller les yeux du trafiquant. Une seconde, Roy eut l’impression que son coeur allait chuter dans son estomac, et il fut pour une fois incapable de dissimuler sa stupéfaction derrière ses masques de bon comédien. Bordel. Bordel, bordel, bordel ! Comment ? Comment une simple serveuse de vingt-trois ans était t-elle parvenue à mettre le doigt sur la vérité, aussi précisément ? Oh, des rumeurs, il en courait de partout, dans Bristol plus particulièrement, où il n’était pas rare d’entendre grogner que le gouvernement était corrompu. Mais ce que Juliana lui servait là, ce n’était pas des mots jetés en l’air, dans un moment de contrariété, non, elle avait compris des choses sensées être classées secret défense, des choses que même les habitués des Folies Sorcières ignoraient. Roy était à peu près aussi assommé que Juliana à cet instant-là, qu’il regardait comme s’il la voyait pour la première fois, à triturer ses méninges pour tenter de comprendre comment elle avait réussi à deviner. Avait-il laissé échapper des informations ? Quand ?

Tout le temps, Roy, et tu ne t’en es même pas rendu compte, susurra une voix dans sa tête. C’était vrai. Juliana n’avait nullement l’étoffe d’une espionne, si elle savait tant de choses, c’était parce qu’elle avait recoupé plusieurs informations qu’il lui avait donné, consciemment ou malgré lui. Après la guerre des gangs, il lui avait laissé sous-entendre qu’il avait les moyens de la protéger. Il lui avait même parlé des conflits qui agitaient la Voie, dont l’issue ne pourrait être qu’une redistribution du pouvoir au profit d’un, ou deux gangs. Puis, quand il s’était disputé avec Klemens, Roy n’avait pas révélé grand-chose à Juliana, mais Klemens, lui, pouvait tout à fait lui avoir raconté les détails de la conversation qu’il avait entendu, qu’en savait-il ? Conversation qui laissait clairement entendre qu’il avait une toute autre position dans la Voie, un pouvoir qui impliquait beaucoup de choses… Et aujourd’hui, il avait laissé voir quel genre de lien il entretenait avec la chef des Aurors, sûrement pas ce qu’un trafiquant lambda pouvait obtenir. Pire encore : sûrement pas ce qu’une Auror était sensée se permettre.

Avec du recul, c’était évident, mais Roy n’avait rien vu. Il ne s’était même pas dit que ces informations qu’il pouvait laisser échapper, par-ci par là, allaient éveiller de telles conclusions chez Juliana. Des soupçons, tout au plus, et encore. Il avait toujours eu l’impression de bien cloisonner sa vie de criminel pour ses proches. Mais non, Juliana avait percé ses défenses, et il ne s’en était même pas aperçu… Oh, elle avait sûrement eu d’autres apports d’informations pour en savoir autant, ainsi qu’une remarquable capacité de déduction, cela, Roy n’en doutait pas, il savait que s’arrêter à ses airs simples de petite serveuse était un coup à la sous-estimer. Il l’avait sous-estimée, d’ailleurs, en s’imaginant qu’il pouvait contrôler ce qu’elle savait ou pouvait penser de lui en lui cachant certaines informations. Eh bien, non, Roy Calder, Juliana McNeil n’avait même pas besoin que tu daignes répondre à ses questions pour qu’elle se fasse une idée toute seule, voilà qui allait lui apprendre.

Roy s’efforça de stopper son flot désordonné de pensées qui risquaient de le laisser silencieux trop longtemps. Il avait bien plus urgent à réfléchir que la façon dont Juliana était parvenue à ses conclusions. Elle savait, un point c’était tout. Maintenant, que faire ? Le premier réflexe, incorrigible réflexe, fut de tenter de trouver un mensonge, parce qu’il ne pouvait décemment pas laisser Juliana croire qu’elle avait mis le doigt sur la vérité. C’était un secret d’Etat, dont il était l’un des garants. La collaboration entre la mafia et le gouvernement devait rester secrète à tout prix, même si… Même s’il fallait éliminer des gens pour préserver ce secret.

Cette pensée donna un bref vertige à Roy, qui dut lutter pour ne pas détourner précipitamment le regard. Automatiquement, sa main s’était serrée sur sa baguette dans sa poche. Merlin, non. Il ne pouvait pas faire ça. Pas même un Oubliettes, qui lui aurait pourtant grandement facilité la tâche. Juliana oublierait cette conversation, et tout serait réglé… Dégoûté que cette pensée lui ait traversé l’esprit, il relâcha sa baguette, les muscles tendus. Pas elle, pas Juliana. Alors il lui fallait trouver quoi répondre, et lui mentir ne lui semblait déjà plus être la bonne solution. D’abord parce que pour trouver une histoire plausible qui puisse justifier tous ses soupçons, tout en la détournant d’une thèse où le ministère serait corrompu, il lui fallait plus que ses quinze secondes disponibles de réflexion, et que, de toute façon, Juliana ne lui demandait pas de confirmer ses hypothèses. Elle en était déjà convaincue, il le voyait au regard décidé qu’elle vrillait sur lui, le défiant de lui raconter des salades. Et précisément parce qu’elle était décidé, Roy savait que même s’il réussissait l’exploit de la faire douter, Juliana ne s’arrêterait pas là. Elle allait enquêter, réellement, cette fois, juste pour obtenir la vérité, parce qu’elle était ainsi, une forcenée de la justice et de la vérité, incapable de rester silencieuse et passive quand elle estimait devoir agir. Et là, elle tomberait sur exactement les mêmes conclusions que celles qu’elle venait de tirer, si encore on lui permettait d’en arriver jusque là. Parce que Roy faisait partie du cercle des puissants, il savait très bien ce qui arrivait à ceux qui fourraient un peu trop leur nez dans les affaires secrètes de l’Etat… Et il n’avait pas envie que Juliana le subisse, oh Godric, non, il sentait des frissons lui courir sur les bras juste à la pensée qu’elle puisse courir un risque de ce genre.

C’était peut-être le sentiment qui lui éreintait le plus le coeur à cet instant. Entre l’incrédulité, la nervosité, la contrariété, Roy avait peur. Il avait peur de ce que Juliana avait fait, de ce qu’elle était prête à faire. Cela lui semblait de plus en plus évident, maintenant. Elle ne pouvait pas être arrivée à des conclusions aussi justes, simplement par la force de son intelligence et les éléments qu’il avait pu laisser échapper. Elle devait y avoir pensé longuement, avoir cherché d’autres choses de son côté, avec l’aide d’autres personnes peut-être. Et sa peur se manifesta dans le regard figé qu’il posa sur Juliana, la mâchoire crispée, alors qu’il lâchait enfin une réponse :

« A quoi tu joues, Julia ? »

Il y avait une pointe de colère dans son ton et son regard, parce qu’il trouvait que les mots de Juliana, la façon dont elle les avait dits, et celle dont elle le regardait désormais avec défiance ne démontraient pas seulement qu’elle était têtue, mais surtout proprement inconsciente.

« Tu me dis ça, à moi ? gronda t-il. Le chef du gang le plus puissant de Bristol ? Eh bien, parlons-en, tu sais ce que je suis sensé faire là, tout de suite ? »

Roy ne l’explicita pas, mais son regard sombre devait précisément dégager quelque chose de ce chef mafieux que Juliana l’accusait d’être, et qu’il était bel et bien devenu. Evidemment que non, il ne comptait pas lui faire de mal, mais ce n’était pas la question. Le problème était que d’autres étaient prêts à le faire à sa place, si l’on apprenait qu’elle disposait de telles informations, ce qui allait sûrement finir par arriver un jour, si Juliana poursuivait dans cette voie… C’était justement ce contre quoi Roy voulait la mettre en garde, quitte à la brutaliser. L’effrayer un peu ne pourrait pas lui faire de mal, bien au contraire, si cela pouvait l’aider à mieux prendre conscience que le terrain où elle jouait était trois fois trop dangereux pour elle. Roy attrapa alors fermement le poignet de Juliana, la rapprochant de lui d’un geste sec pour mieux lui imprimer la suite :

« Mais dis-moi plutôt, tu comptes faire quoi de ta petite découverte, maintenant ? Tu sais que tu es déjà fichée, depuis ton petit exploit musical du Tremplin, ou ton frère n’a pas jugé utile de t’en avertir ? Alors ne va pas trop loin. Ne t’imagine surtout pas que tu peux jouer les indignées, cette fois, il n’y a pas de syndicat pour les gens qui fourrent leur nez là où ils ne devraient pas. Si tu tiens à ta vie ici, à ton travail, à tes amis, à Alicia, un conseil, Juliana, arrête tout de suite. »

Oui, clairement, il essayait de prendre la jeune femme par les sentiments en appuyant là où il savait que cela allait la toucher. Elle pouvait tout perdre du jour au lendemain si elle s’obstinait, et entreprenait des actions, ou il ne savait trop ce qu’elle avait en tête, mais la connaissant, elle avait sûrement déjà pensé à brandir l’étendard de la révolution. Son emprise sur son poignet se desserra légèrement, de la même façon que son regard dur vacillait un court instant, dans celui de la serveuse.

« Ca te dépasse, crois-moi. » termina t-il dans un souffle.



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Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Roy tombait de haut, elle pouvait le voir dans son regard, et dans chacun de ses traits. Il ne s'était pas attendu à cela, et semblait être en train de réfléchir à toute allure à ce qu'il allait bien pouvoir lui répondre - instant hésitation qui, en soit, suffisait à confirmer les soupçons de Juliana. La jeune serveuse sentit quelque chose de lourd tomber dans sa poitrine. Elle avait raison, ses déductions étaient justes. L'impression de vertige s'empara d'elle une nouvelle fois, et un frisson d'angoisse se propagea le long de sa colonne vertébrale. Mais elle ne bougea pas d'un poil, ne détourna pas le regard, ne changea pas même d'expression et attendit que Roy ne tire lui-même ses conclusions à son tour. Elle savait, il savait qu'elle savait... Et maintenant ? Qu'allait-il faire ? Lui mentir ? Ce serait vain à ce stade, Juliana était persuadée que Roy en avait - enfin - pris conscience. Ou alors était-il aveugle, à croire encore depuis tout ce temps que l'esprit tempétueux et le caractère entier de la jeune femme pouvaient se laisser assoupir par quelques contes sirupeux...

Quelles étaient ses options, alors ? La laisser partir, avec toutes ces informations en tête ? C'était exactement ce sur quoi Juliana comptait, ce sur quoi elle pariait, même. Car l'alternative, s'en prendre à elle... Eh bien, libre à lui de le faire, elle lui en laissait clairement la possibilité, sa baguette tranquillement rangée dans une poche intérieure de sa robe. Juliana ne comptait pas vraiment se défendre, tout simplement parce qu'elle ne prévoyait pas de se faire attaquer. Ils étaient Roy et Juliana, il ne pouvait pas faire ça. Peut-être qu'elle n'avait plus la même importance pour lui qu'il y a quelques mois, sûrement, même. Et elle avait perdu cette place dans sa vie, dans son coeur, cette place que bien d'autres femmes pouvaient briguer désormais. Cette complicité entre eux s'était envolée depuis bien longtemps, mais... de là à dire qu'il serait prêt à s'en prendre à elle, physiquement, directement, il y avait un pas. Juliana savait qu'elle avait été spéciale pour lui pendant un temps, et au fond d'elle, elle espérait l'être encore un peu. Suffisamment, en tout cas, pour qu'elle prenne le risque et le défie de lui prouver tord. Peut-être était-elle folle, inconsciente, même, mais elle était surtout une tête-de-mûle qui refusait de faire certaines choses... Et se défendre face à Roy, et le voir comme l'Ennemi, en faisait - encore - partie.

Un léger sourire impertinent apparut presque inconsciemment sur les lèvres de Juliana lorsque le mafieux finit par réagir, l'air secoué par ses questions, la colère lisible dans son ton. Eh bien, elle avait enfin réussi à attirer son attention. Finis les dérobades, les mensonges et demi-vérités. Cette fois, Juliana avait formulé ses doutes à voix haute et il ne pouvait tout simplement plus les éviter. Roy ne pouvait plus prétendre qu'elle ne savait rien, qu'elle n'était qu'une simple mortelle ignorante qu'il pouvait écarter de son chemin d'un revers de main parce que cela valait mieux pour elle... et surtout pour lui. De la même façon que le gouvernement ne pourrait éviter longtemps les questions que le peuple posait, les comptes qu'on lui demandait de rendre, les cris d'indignation qu'il parvenait encore à étouffer. Il était temps pour ce petit cercle de puissants de retrouver le sens des réalités et de réaliser que certaines personnes ne se laisseraient pas écraser sans réagir. Qu'ils n'étaient pas sans défenses, sans ressources ni volonté.

Pourtant, alors même qu'elle venait de le confronter à ses actes, Juliana avait l'impression que Roy ne la voyait toujours pas complètement. Elle était là, face à lui, et il ne voyait qu'une petite chose fragile, une pauvre femme à éloigner des affaires des gens sérieux car elle n'y avait pas sa place, une petite serveuse inconsciente du danger dans lequel elle se mettait en fouinant là où elle ne le devait pas. C'était bien là ce qu'il lui disait, à travers ses paroles destinées à la faire peur, à travers cette prise un peu trop brutale sur son poignet, et dont elle ne chercha pas à se soustraire. Mais c'était qu'il continuait de la sous-estimer, par Godric ! Le danger, Juliana y avait été confrontée bien assez souvent dans sa vie, et largement autant que Roy lui-même. Oh, il ne savait pas tout, car il y avait certaines choses dont elle ne parlait jamais, à personne. Avoir onze ans pendant l'Année des Ténèbres, ce n'était pas quelque chose à propos duquel on aimait se confier, c'était plutôt le genre de souvenir que l'on enfouissait profondément dans sa mémoire en espérant l'oublier pour toujours... Mais cela n'arrivait pas, bien sûr. Toute sa vie, toute sa personne, même, avait été façonnée en partie par ce qui lui était arrivé cette année-là.

Le regard de Juliana avait flamboyé face à la menace à peine voilée de Roy. Qu'était-il censé faire, effacer sa mémoire ou, plus radical mais plus efficace, la tuer ? Faire disparaître ses questions d'un coup de baguette ? Son sourire s'était agrandi un peu plus, ironique et désabusé. Allons, Roy, qui espérait-il duper ? Croyait-il vraiment qu'elle le pensait capable de lui faire cela ? Si c'était le cas, eh bien... Alors c'était Juliana qui l'avait sous-estimé, Juliana qui allait tomber de haut car, au fond, elle ne le connaissait pas. Mais si elle voyait juste, alors Roy ne le ferait pas. Il l'aurait déjà fait, sinon, sans se poser de questions, sans essayer de lui faire peur, sans même laisser paraître une telle colère teintée d'inquiétude face à ses questions.

Car oui, Juliana voyait Roy, elle voyait à quel point il était tiraillé entre deux aspects de lui-même, à quel point il voulait toujours trop de choses qu'il ne parvenait à combiner, elle le voyait et l'aimait en dépit de cela, ou justement pour cela. Parce qu'il vivait intensément, comme elle, ne se laissait pas arrêter par les règles, comme elle encore. Mais de son côté... C'était comme si sa perception de Juliana était encore décalée, qu'il tentait de la réduire à ce qu'elle n'était pas - la petite serveuse écervelée, sans trop d'ambition, sans trop de volonté ni d'envies, sans ennuis et surtout sans relief. Etait-ce de cette fille là dont il était tombé amoureux ? Mais cette fille-là, cela n'avait jamais été elle ! Et cela ne le serait jamais - de la même façon que le peuple de Bristol n'était pas cette masse assoupie que le gouvernement pensait pouvoir manier à sa guise. Un feu brûlait en elle, en eux, un feu trop grand et trop incontrôlable pour être maîtrisé. Elle ne parvenait pas toujours à la contrôler, cette force en elle nourrie d'indignation, de soif de justice et de passions, cette force qui la dépassait, et la mettait souvent, bien trop souvent, dans de sales positions - comme ce jour-là, au Tremplin. Mais, par Merlin, elle n'était pas prête de changer et l'épisode de Tremplin était justement la parfaite illustration de sa façon d'être : parfois, cela valait le coup de se brûler un peu les ailes et de prendre des risques. Ah, elle était fichée ? Eh bien soit, en attendant, Irving et elle avaient poussé le premier cri de la révolte et de l'indignation sur la scène même des Folies, au coeur même d'un des bastions officieux du régime, et, Merlin, cela avait été bon. Merlin, cela en avait valut la peine ! Elle ne s'était sans doute jamais sentie aussi vivante que sur cette scène, à l'issue de cette chanson, alors que les applaudissements pleuvaient et que le visage de Mildred Magpie affichait le choc, que celui de Roy lui avait semblé indescriptible... Car elle avait l'impression qu'il l'avait vue, ce jour-là, pour qui elle était vraiment. Mais il fallait croire que ce moment de lucidité s'était envolé aussi vite qu'il était apparu.

Les dernières paroles de Roy furent soufflées sous un ton qui dissimulait mal une certaine inquiétude, que Juliana prit volontiers pour de la condescendance. C'était exactement tout ce qu'il ne fallait pas dire pour la faire taire et la remettre à sa juste place... Un éclair de colère vola dans le regard de Juliana, qui profita de l'étreinte de Roy qui se desserrait pour récupérer son poignet. Elle ne s'écarta pas, cependant, et répliqua aussitôt :

"Ca me dépasse ? Bien sûr que ça me dépasse, mais est-ce que tu crois une seule seconde que ça va m'arrêter ? Tu me connais si mal que ça ? C'est justement parce que je tiens à ma vie, à mon travail et à mes amis que je ne vais rien arrêter du tout."

Son pouls s'était accéléré brutalement et elle s'interrompit le temps de reprendre son souffle et de tenter de calmer sa colère. Juliana avait formé un Serment, celui de garder les secrets du Kraken, et elle ne pouvait le rompre sous peine de le payer de sa vie. Il y avait certaines choses dont elle ne pouvait parler à Roy, quand bien même elle l'aurait voulu... Mais elle pouvait toujours tenter de lui faire comprendre à quel point il faisait fausse route.

"Ne crois pas une seule seconde que tu peux me dire ce que je peux faire. Merlin, Roy, mais qu'est-ce que tu crois, qu'est-ce que vous croyez, tous ? Que vous pouvez tout vous permettre, que rien ne se saura jamais, qu'on est trop stupides et trop inoffensifs de toute façon ? Mais redescendez sur terre, bordel ! Tu crois que j'ai besoin d'un stupide syndicat pour me protéger ? Tu crois que j'ai besoin que tu me protèges ? Mais vas-y, fais ce que tu as à faire, je t'en prie ! Si tu penses que ça changera quoi que ce soit. Tu peux me faire taire moi, il y en a des centaines d'autres comme moi derrière."

A travers son énervement se traduisait une certaine vexation, celle de réaliser qu'elle n'était qu'une blague aux yeux de Roy, qu'il ne la prenait toujours pas au sérieux quand bien même cela faisait déjà deux fois qu'elle lui apportait la preuve de ce dont elle était capable. Au fond, c'était lui qui était dépassé et semblait ne pas réaliser ce qui l'attendait... Ce qui les attendait tous. La guerre qui se préparait, et qu'il pensait encore pouvoir éviter dans l'ombre.

"Bien sûr que j'ai peur, bon sang, j'ai peur chaque jour qui passe depuis des années, j'ai peur des gens comme toi, et de ce qui pourrait m'arriver, à ma famille, à mes amis et à mon travail. Simplement, j'ai appris à ne pas laisser la peur me paralyser !"

Bien au contraire, la peur la galvanisait et, canalisée, devenait sa meilleure alliée.

"Non, je ne suis pas dépassée ! Parce qu'on s'est déjà pris à ma famille, on s'est déjà pris à mon travail, à mes amis, et à moi. C'est trop tard, je suis déjà investie, je suis déjà concernée, et je ne joue à rien, on ne m'a pas demandé mon avis au cas où tu l'oublies ! Et puis... Je vivrai dans la peur, quoi qu'il arrive. S'il y a quelqu'un qui est dépassé ici, ce n'est pas moi, je te rappelle que je sais me défendre. Au moins, je vis face à la réalité, j'ai conscience des risques que je prends, et je les assume."

"Et toi ?" Telle était la question qui flottait au fond de son regard. Merlin, ce qu'elle avait envie de le secouer pour faire naître une once de bon sens dans son esprit ! Juliana avait l'impression qu'ils ne vivaient pas dans le même monde. Et paradoxalement...

"Tu ne vois pas qu'on est exactement pareils, toi et moi ?", souffla-t-elle finalement, vrillant ses prunelles claires sur son regard sombre, comme pour tenter de se connecter à lui. "Les études n'étaient pas faites pour moi, alors j'ai pris un petit boulot. Comme toi. Et oui, je m'y suis tenue, mais cela ne fait pas de moi quelqu'un d'inoffensif, de stupide, ou de dénué de volonté. Cela ne fait pas de moi quelqu'un sans ambition..."

Car des ambitions, elle en avait, celle de faire tomber la tête de ce gouvernement - et tout le système avec elle. La flamme de la révolution luisait au fond de ses yeux, et elle ne cherchait pas à la dissimuler. Roy s'en rendrait compte bien assez vite, tenter de la réfréner était aussi vain que lorsqu'elle avait tenté, elle aussi, de la détourner de ses activités de mafieux.

Alors ils étaient là, à la croisée des chemins. Ils étaient censés devenir ennemis à présent, et croiser les baguettes. Mais y parviendraient-ils, le voulaient-ils seulement ? Rien n'était moins sûr...

"Ca y est, tu percutes ?", conclut-elle avec un petit sourire, "Tu n'es pas tout seul dans cette histoire. Je suis là. Que tu le veuilles ou non, je suis là."

Et tant d'autres avec elle... "Alors cesse de me repousser", semblait dire son regard. Cesse de l'infirmer, de la sous-estimer, de tenter de l'écarter ou de la protéger. Cela ne fonctionnait pas, cela n'avait pas fonctionné avec Klemens, cela ne fonctionnerait pas plus avec Juliana... A la différence prêt qu'elle n'avait pas abandonné tout espoir de faire marcher une relation avec Roy - pas encore. Ultime folie de sa part, celle qui pourrait la perdre - mais elle était encore très loin d'en avoir conscience. Tout ce qui comptait, tout ce qui lui importait à cet instant, était de réussir à établir un lien entre cet homme et elle. Juliana voulait qu'il la voie, elle voulait qu'il comprenne, enfin, pleinement ce qui l'attendait, à quoi il avait affaire. Plus encore, elle voulait qu'il la comprenne, elle.



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Qu’elle était impertinente. Oh, c’était ce qu’il aimait chez elle, profondément, il ne serait jamais tombé amoureux d’une femme docile et manipulable, mais Merlin, parfois comme cela le crispait ! Il avait envie de secouer Juliana pour calmer ce feu qu’il sentait brûler en elle d’ici. Un feu qu’il avait déjà vu en elle, contrairement à ce qu’elle s’imaginait, Roy n’avait jamais cru qu’elle était une petite serveuse simplette, il la savait déterminée, passionnée, provocatrice et entière, il ne l’aurait pas aimée de la sorte, autrement. Mais par Merlin, quand ses instincts de rébellion lui soufflaient de déclarer la guerre au gouvernement… Eh bien oui, il avait envie de la secouer. Parce que c’était ce qu’elle comptait faire, elle ne le disait pas clairement, mais Roy le comprenait à travers son discours. Elle s’insurgeait, elle clamait qu’elle n’allait rien arrêter, qu’il y avait d’autres personnes comme elle. Très vite, l’imagination de Roy s’emballa, et il se demanda jusqu’où était allée la jeune femme. Avait-elle formé un groupe, comme la Milice en voyait quelques uns se former de façon plus ou moins organisée ces derniers temps, et tentait de tuer leurs actions dans l’oeuf ?

« Des centaines d’autres ? rebondit-il aussitôt, d’un ton un peu trop brusque, les sourcils froncés. Des gens que tu connais ? Que tu vois régulièrement ? »

Merlin, il posait les questions comme un officier de police, mais il avait besoin de savoir. Maintenant qu’il avait compris qu’elle avait décidé de bouger et ne pas se tenir à l’écart, il avait besoin de connaître son degré d’implication. La position sur la défensive de Roy faiblit quelque peu lorsque Juliana lança entre autres qu’elle avait peur des gens comme lui. Les gens comme lui. Les gens mauvais, dont elle ne cautionnait pas les actes et qui pouvaient lui faire du mal, comprenait-il. Elle parlait de lui comme l’un de ces mafieux qui l’avaient agressée dans son restaurant. Quelque chose chuta dans le coeur de Roy et il se prit à espérer fortement qu’elle ne le voyait pas comme ça, lui. Comme un homme cruel capable de la blesser sciemment. Et Juliana ne s’arrêta pas là, elle continua sur sa lancée explosive, dans un discours contradictoire qui trahissait sa colère. Il eut une espèce de réaction de recul quand elle l’accusa assez explicitement d’être celui qui n’avait pas conscience des risques, et il devint proprement muet lorsqu’elle lui souffla une phrase qui pour sûre, deviendrait l’une de ces phrases marquantes que l’on tournait et retournait dans son cerveau, à ses heures de méditation…

Etaient-ils exactement pareils, vraiment ? Le regard vrillé dans celui de son ex, Roy ne parvenait pas à empêcher ses battements de coeur de s’accélérer. Troublé par la connexion qu’elle tentait d’établir entre eux, il peinait à réfléchir correctement. Qu’essayait-il de lui dire ? Qu’ils étaient comme les deux faces d’une même pièce, semblables mais forcées de se tourner le dos ? Parce qu’ils n’étaient pas du même monde, encore moins du même camp ? Parce que lui s’était obstiné à poursuivre dans sa voie, la mafia, malgré tous les avertissements qu’elle avait pu lui donner, et qu’elle, à présent, était décidé à prendre la voie de la rébellion, quand bien même il l’avertissait ? Ah ça, s’ils étaient aussi têtus l’un que l’autre, ils allaient aller loin… Quelque chose en Roy céda à sa conclusion. Ce fut plus fort que lui, il n’eut même pas à réfléchir, sa main saisit l’épaule de Juliana et il l’attira contre lui, pour la serrer avec force, décidé à ne pas la laisser se dégager. Elle était là, oui. Mais combien de temps serait-elle là avant qu’elle ne décide qu’ils n’avaient plus rien à voir ensemble ? Combien de temps avant qu’il ne lui arrive quelque chose, parce qu’elle aurait pris trop de risques ? Elle était là… pour le moment.

Cela allait devenir une constante entre eux, décidément, de finir par se serrer l’un contre l’autre, au détour d’une discussion animée. La première fois, c’était parce que Roy avait voulu réconforter Juliana après ce tragique incident de la guerre des gangs. La deuxième fois, c’était Juliana qui avait voulu le consoler lui, suite à sa dispute avec Klemens. Cette fois-ci, il n’y avait pas de sujet de tristesse, mais des sujets d’angoisse, ils se bousculaient dans la tête de Roy et le rendaient incapable de jouer les hommes distants comme il savait si bien le faire.

« Je sais de quoi tu es capable, Julia. C’était justement ce qui lui faisait peur. Tu as bien tué un chef de gang… »

Un faible sourire ironique étira ses lèvres à ses mots, et il se recula un peu pour pouvoir la regarder. Bon Dieu, cette femme avait cette capacité étonnante de le faire passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Trois minutes plus tôt, il avait encore envie de lui crier dessus et la secouer comme un prunier pour lui faire intégrer qu’elle était complètement tarée. Bon… Quelque part, il en avait encore envie. Mais il avait compris que cela ne suffirait pas à détourner Juliana de ses objectifs. Peut-être qu’il ne lui restait plus qu’à lui révéler ses craintes les plus profondes et les plus indicibles.

« Mais… Le prochain mafieux sur ta route, c’est moi. »

Chose rare, Roy était en train de laisser voir tout ce qu’il pensait dans le regard embrumé qu’il posait sur elle, sautant par tous les détails du visage de Juliana. Il laissait voir toute son anxiété, toute son inquiétude, incapable de jouer la comédie pour un sujet aussi grave que celui-ci. Il ne risquait pas seulement de perdre Juliana de façon physique. Il risquait de la perdre à tous les niveaux, et de détruire la relation balbutiante qu’ils commençaient à construire des cendres de leur couple fini, une relation sur laquelle il était incapable de mettre un mot. Il savait ce que Juliana représentait pour lui, mais il ne savait pas ce qu’il était pour elle, exactement. Il ne savait pas jusqu’à quel point elle voulait le garder parmi ses proches, ce qu’elle était prête à accepter de sa part, ce qui pourrait la détourner définitivement de lui. Mû par ce besoin d’avoir une réponse à cette question, Roy finit par souffler :

« Alors qu’est-ce qu’on fait de ça ? »

Qu'est-ce qu'ils faisaient d'eux ?



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Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Les questions de Roy, dignes d'un officier de la police magique, Juliana n'y répondit pas. Elle se contenta de l'observer de ses yeux clairs, le laissait imaginer mais refusant de confirmer ou d'infirmer quoi que ce soit. Elle avait réussi à l'interpeller et c'était bien là son objectif, lui faire comprendre que sa position était sans doute aussi dangereuse que la sienne, et qu'il se faisait des ennemis en s'associant avec le FREE, bien trop nombreux pour pouvoir être ignorés. Oui, elle voulait lui donner une longueur d'avance, d'une certaine façon, de la même façon que Juliana avait réussi à déduire de nombreuses choses de leurs conversations. Et elle ne comptait pas en rester là. Son lien avec Roy ne regardait pas le Kraken, mais si elle pouvait en tirer des informations "d'une source secrète" qu'ils pourraient exploiter, elle ne se ferait pas prier... Le Kraken avait besoin de savoir ce qui se tramait, ce contre quoi ils luttaient, et pour l'instant leurs sources d'informations était maigres. Alors Juliana comptait bien exploiter ce filon, envers ou contre la volonté de Roy. Le groupe de résistance qu'ils formaient était bien trop balbutiant pour ne pas explorer toutes les pistes, et puis c'était aussi, au fond, une façon pour elle de se dédouaner et d'alléger la culpabilité latente qu'elle éprouvait en pensant au fait qu'elle serait bien incapable de tourner sa baguette contre l'homme qui lui faisait face. Quand bien même elle le devrait. Quand bien même lui ôter la vie, là, tout de suite, maintenant, était sans doute la chose la plus sensée qu'elle avait à faire, et le meilleur acte de résistance qu'elle pourrait opérer... Elle en était incapable, tout simplement.

Une fois encore, Roy la surprit par sa réaction. Elle se raidit momentanément quand il la prit dans ses bras, plus par réflexe, car la conversation, tendue, ne s'y prêtait pas. Puis elle se laissa attirer contre lui et enfouis son visage dans son cou sans vraiment y réfléchir, fermant les paupières tandis qu'il la serrait fort. Juliana sentit son coeur s'affoler, sa respiration se faire ératique, alors qu'elle redécouvrait, comme toujours avec un peu d'émerveillement teinté de surprise, la sensation de l'étreinte de Roy. Son odeur qui lui chatouillait les narines, sa peau chaude contre son visage, sa poitrine qui se soulevait au rythme de sa respiration... Elle savoura momentanément l'instant, et ce geste aussi incompréhensible qu'inattendu, se laissant simplement fondre dans ses bras. Son esprit semblait s'être liquéfié et sa gorge s'était asséchée alors qu'elle réalisait à quel point elle avait l'impression d'être au meilleur endroit du monde. Elle qui, quelques instants auparavant, exprimait sa peur et son indignation n'avait plus peur du tout, car elle se sentait en sécurité, ici, tant que Roy ressentirait ce besoin de la serrer dans ses bras ainsi, que pourrait-il lui arriver ? Certes, il avait passé la nuit avec Peterson, mais ils "avaient juste"... Inutile de finir la phrase, Juliana l'avait bien compris. Roy venait, d'une certaine façon, de lui faire comprendre qu'il tenait encore à elle et cela suffisait à faire naître une chaleur en Juliana qu'elle aurait préféré ignorer. Mais c'était plus fort qu'elle, tout simplement.

Son regard était un peu fiévreux lorsque Roy s'écarta légèrement pour l'observer, et ses pensées assourdies eurent du mal à percuter ce qu'il lui disait. Oui. Il était le prochain chef de gang sur sa liste et oui, elle aurait dû le tuer. Tout comme il aurait dû la tuer. Ils étaient officiellement des ennemis, maintenant, la messe était dite. Et pourtant, tout ce qu'elle voulait faire à cet instant, c'était se cacher encore dans ses bras et oublier, tout oublier. Simplement être là, à se laisser bercer par cette étreinte, et ne plus penser, ne plus résister, ne plus rien faire. Etre là avec lui.

Aussi, à sa dernière question, Juliana n'avait donc pas de réponse. En une étreinte, Roy semblait l'avoir privé de toute force, de toute énergie, de toute combativité, ne laissant plus qu'un immense désarroi. Un long silence suivit ses paroles, que Juliana finit par rompre en murmurant un aveu de faiblesse :

"Je ne sais pas."

Saturne devait se trouver dans l'alignement de Vénus, ce jour-là, car le monde devait vraiment ne pas tourner rond pour que Juliana McNeil n'ait pas la réponse à quelque chose. Qu'elle n'ait même pas, d'ailleurs, l'énergie de trouver une réponse. Car il n'y avait pas de réponse, pas de réponse satisfaisante du moins, la seule possibilité qui s'offrait à eux était aussi évidente qu'inacceptable : ils devaient devenir étrangers l'un à l'autre, cesser de se voir, cesser même de penser à l'autre ou de le voir autrement que comme un ennemi. Peut-être était-ce ce que désirait Roy, songea Juliana en le sondant d'un regard qui trahissait ses craintes et ses espoirs. Peut-être que c'était là le contexte de cette étreinte, un dernier câlin d'adieux, puisque c'était bien à des adieux qu'ils étaient contraints. Peut-être que c'était à cette conclusion qu'il voulait la faire parvenir, elle, l'intruse qui avait débarqué chez lui, avait interrompu sa matinée romantique et l'avait martelé de questions. Lui, Roy, ne changerait pas, et si elle ne voulait pas changer, alors elle connaissait la sortie... Etait-cela ? Voulait-il qu'elle sorte définement de sa vie, car c'était la seule issue possible étant donné leurs choix respectifs, et certainement la plus simple ? Juliana, elle, ne pouvait s'y résoudre. Elle ne pouvait imaginer quitter cette pièce, alors que tout l'y poussait, et ses jambes semblaient de plomb. C'était trop tard, elle s'était perdue, et cela dès la minute où elle avait frappé à la porte de Roy, dans sa petite robe printanière, une offrande en mains.

Alors les prochains mots qui franchirent sa bouche, elle les regretta à l'instant même où elle les prononça - rien, rien de bon ne pouvait sortir de ça. Et pourtant, céder à cette impulsion lui fit aussi, paradoxalement, un bien fou, car elle se sentait enfin sincère, avec lui et, plus important encore, avec elle-même. Juliana venait de mettre des mots sur sa plus grande crainte, aussi déraisonnable et folle soit-elle, et tant pis si ce n'était pas ce que Roy avait envie d'entendre. Oui, ils risquaient de se retrouver dans une position très inconfortable dans le futur. Oui, il leur était probablement impossible de maintenir un lien d'amitié, ou de toute autre nature que ce soit. "Oui, mais", criait le regard de Juliana. Oui, mais...

"Mais je ne veux pas te perdre."



Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
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La crise de la trentaine [Hailey, Roy... et Juliana, oups]

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