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 Break the Rules [Carla & Roy]

Roy CalderChef de la mafiaavatar
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2 mai 2009

Des petites têtes dures, Roy en rencontrait tous les jours. Lui même en avait été une, plus jeune, une vraie tête à claques, têtu comme personne, convaincu de faire les bons choix, certain que la vie lui sourirait toujours. Alors quand il voyait un petit jeunot sortir de Poudlard avec dans l’idée de se lancer dans quelque chose qui le dépassait, il souriait doucement : pauvre gamin qui n’était pas au bout de ses peines, mais Roy ne jouait pas les moralisateurs, loin de là. Il était reconnaissant à la vie de l’avoir fait passé par toutes ces emmerdes, il n’en serait pas arrivé là où il était, autrement. Il n’était pas de ceux qui empêcherait l’un de ses protégés de se casser la figure, bien au contraire : lui était avis qu’il n’y avait rien de tel qu’une bonne grosse dérouillée pour se forger.

Mais ça, c’était avec les autres. Pas avec des membres de sa propre famille, Merlin Marie Joseph !

Alors qu’il frappait à la porte de sa cousine, Roy, bon paternaliste qu’il était, se demandait ce qu’il avait foiré dans l’éducation de ces petiots pour qu’ils lui fassent des coups pareils. Il n’était pas seulement l’aîné de ses frères et soeurs, il était l’aîné de quasiment tous ses cousins et cousines, et en particulier, la fratrie Rosebury, qui avait conservé des liens proches avec les Calder. Sept filles, toutes plus jeunes que lui, dont deux vivant à Bristol et l’on attendait de lui qu’il ne les surveille pas du coin de l’oeil ? Encore, Eden, bon, elle était sage, l’affaire consistait plutôt à vérifier que les gens qui lui gravitaient autour ne profitaient pas trop de sa naïveté -son crétin de mari, le premier. Mais alors Carla Rosebury… Cette jeune fille devait avoir développé un sérieux syndrôme de l’enfant du milieu pour être à ce point irresponsable.

Mais quelque part… Il avait envie de sourire. C’est mal de faire des préférences entre ses cousins, mais Roy devait reconnaître qu’il avait un petit faible pour Carla. Il y avait un petit bout de lui qui pensait toujours « Sacrée Carla », même quand elle lui faisait des crasses de ce genre, parce qu’il devait l’avouer : elle était très forte à ce petit jeu-là. Cette fois, elle avait battu tous ses records en se rendant capable d’un exploit que Roy ne l’aurait jamais pensée apte à accomplir avant au moins… Avant, jamais en fait. Depuis quand Carla Rosebury faisait du trafic de drogue, Merlin de bon sang de bonsoir ?

Roy frappa à nouveau, un peu plus fort, pour faire sortir sa cousine de la chambre de bonne en plein milieu des quartiers moyens de Bristol qu’elle louait depuis quelques temps. Il se repassait encore dans sa tête la scène du matin-même, quand Toni était venu le voir avec une tête profondément décontenancée. La semaine dernière, il avait constaté quelques irrégularités dans les quantités de marchandises qui arrivaient au port, pour eux. Rien de très conséquent, quand on regardait les comptes sur une semaine. Mais ce n’était pas la première fois que cela arrivait, et lorsqu’on remontait sur un mois entier, ces petits trous dans le décompte des stocks en formaient un grand, comme si une petite souris s’amusait à venir en gratter une partie régulièrement, incognito. C’était bien joué, si on ne vérifiait pas souvent, ces petites pertes passaient quasi inaperçues.

Au départ, Toni avait inculpé leurs fournisseurs, mais rapidement, il s’était rendu compte que le problème ne venait pas d’eux, et que la personne qui essayait de les rouler agissait à l’entre-deux, entre le moment où les stocks arrivaient pleins, et le moment où les Veilleurs les récupéraient à leur compte. Soit c’était un Veilleur impudent -et d’ailleurs, Toni avait commencé par faire le ménage dans leurs propres rangs- soit c’était une personne extérieure bien camouflée. Il lui aurait bien réglé son compte personnellement… si son enquête ne l’avait pas mené jusqu’à l’identité de Carla Rosebury. Et des Rosebury, Toni n’en connaissait pas trente-six -une seule, à vrai dire, la douce pâtissière de l’Avenue- mais il savait que ce nom allait de pair avec celui des Calder, alors il avait préféré opter pour le choix prudent d’en parler avec Roy d’abord. Il ne s’agissait pas de blesser une précieuse cousine du boss, et de se faire tirer les oreilles après.

En quelques mots, telles étaient les raisons de la présence de Roy ici : cette affaire devenait familiale et il comptait bien obtenir des explications de la part de sa tempétueuse cousine qui se croyait tout permis à peine sortie de Poudlard. D’abord, il comptait bien comprendre depuis quand et comment diable elle avait décidé de se lancer dans le trafic, avant de la faire parler sur le fait qu’elle ait choisi de s’en prendre à son territoire. Vraiment, un de ces jours, ces femmes le rendraient chèvre.

Enfin la porte finit par s’ouvrir et Roy cessa de s’appuyer dessus pour faire face à la délicieuse Carla qu’il n’avait jamais crue toute innocente, mais pas non plus coupable à ce point. Bras croisés, il la scruta du regard et prit la parole sans vraiment lui laisser le temps d’un bonjour :

« Salut Carla. Ca m’étonne de voir que tu ne t’es pas encore offert tout l’étage avec le pactole que tu t’es fait. A moins que t’aies préféré enterrer ton magot sous le matelas de ton lit ? »

Sur cette introduction quelque peu cavalière, Roy conserva le regard fixé sur sa cousine, l’air imperturbable, en train d’évaluer l’attitude de cette jeune impertinente. Il finit par lever légèrement le coin de ses lèvres, en l’un de ses sourires familiers, car bien malgré lui… il venait encore de penser le fameux « Sacrée Carla ».

« Je peux rentrer ? »


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Dernière édition par Métamorphomage le Ven 3 Juil 2015 - 23:31, édité 1 fois
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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy

Il y avait certaines personnes qui trouvaient leur voie facilement comme si la vie leur imposait une évidence. C'était comme s'ils étaient venus au monde avec un projet de vie et une vocation, un beau chemin tout propre et tout tracé qu'ils n'avaient plus qu'à suivre. Il y avait ceux qui passaient leur vie à sauver les gens et devenaient de brillants Médicomages ou Auror, les requins ambitieux qui finissaient au Ministère ou les adeptes des choux à la crème qui devenaient de brillants pâtissiers dans le monde magique (c'était évidemment un exemple pris au hasard). Carla, elle, n'était pas de ceux là. Elle n'avait aucune affinité particulière avec la crème pâtissière, n'était pas assez altruiste pour devenir Médicomage et elle tenait beaucoup trop à ses principes pour finir au Ministère de la Magie, l'endroit le plus ennuyeux sur terre. Du coup, quand elle était sortie de Poudlard voilà maintenant trois ans, des ASPICS pas forcément brillants en poche, elle s'était retrouvée le bec dans l'eau.

Évidemment, elle avait prévu le coup pour rassurer ses parents et avait été admise dans une formation à Nimbus pour la confection des balais. Elle avait essayé pourtant, de s'enthousiasmer pour la qualité des brindilles et le choix des potions de vernissage mais elle était bien plus intéressée par les week-end de fête qu'elle passait avec ses amis, ce qui la faisait arriver dans un état un peu particulier le lundi matin à Nimbus. Au bout de quelques mois, ses supérieurs lui avaient bien fait comprendre qu'elle avait intérêt à se reprendre en main sous peine de trouver rapidement le chemin de la porte. Par principe, elle l'avait claqué d'elle même : de toute manière, elle avait autre chose à faire de sa vie que d'avoir un boulot alimentaire qu'elle n'aimait même pas. Retour à la case-départ chez papa-maman. L'année était passée, elle avait fait quelques contrats - parce que son père ne supportait pas de la trouver en pyjama à la maison en rentrant le soir du travail avant qu'elle ne se prépare pour partir en soirée - et avait été admise en Septembre suivant chez les Harpies de Holyhead, en tant qu'administrative. Organiser les rencontres, faire venir les sponsors, préparer les réunions entre clubs... Elle s'était investie du mieux qu'elle avait pu, vraiment. Mais... Le bureau, ce n'était décidément pas pour elle. Non mais sérieusement : être enfermée toute la journée à faire sans arrêt les mêmes tâches répétitives, avec les mêmes collègues, chaque jour ressemblant à un autre et dont le moment le plus animé était la pause déjeuner... C'était mortel. Elle n'avait pas encore vingt-ans et elle s'ennuyait à mourir.

Carla, elle, elle voulait vivre. Vraiment. Elle voulait se lever le matin sans savoir de quoi serait faite sa journée ni le lendemain, elle voulait bouger, voir du monde, elle voulait quelque chose de passionnant, de libre, quelqu'un chose qui ne soit pas soumis aux règles barbantes du monde de l'entreprise. A quoi bon s'enfermer dès maintenant dans une vie morne et triste alors qu'elle avait l'avenir devant elle ? Il suffisait juste de saisir les opportunités qui s'offraient à elle, de faire des choix, de prendre des risques et en bonne Gryffondor, c'était quelque chose qu'elle savait faire. Alors quand ce type de Lycaon rencontré en soirée lui avait proposé à elle à Marissa, sa meilleure amie, d'écouler un peu de Mandragore pour lui un soir où il ne pouvait pas se déplacer - en échange d'un pourcentage - elle n'avait pas vraiment hésité. Après tout, elle avait déjà connu ce genre de petites combines dans les soirées de fin d'année, c'était juste à une échelle un peu plus grande que Poudlard. Elles s'étaient carrément bien débrouillées, ce soir-là, au point qu'on leur avait proposé de recommencer une fois suivante. Puis une autre. Et très vite, l'idée leur était venue. Pourquoi bosser pour quelqu'un d'autre - même pas plus doué qu'elles, vu qu'il avait juste l'avantage d'avoir accès à la marchandise - lorsqu'elles pouvaient être à leur compte et prendre bien plus qu'un simple pourcentage ?

Cela faisait quelques mois qu'elles s'étaient lancées toutes les deux et honnêtement, cela marchait du tonnerre. Elles avaient peu de contact encore et elles avaient trouvé un moyen bien plus économique de se fournir que de faire appel à des fournisseurs de la Voie : elles n'investissaient presque rien et récoltaient tout à l'arrivée. Elles commençaient à avoir leurs clients réguliers et Carla devait réprimer les ardeurs de Marissa, qui estimait qu'elles devraient avoir plus de stock. Ce n'était pas vraiment facile à faire, dans les faits : elles se servaient dans les arrivées du port et prenaient un sacré risque de se faire attraper à chaque fois. Elles prenaient des petites doses mais quand même, c'était un pari dangereux et Carla ne l'aurait pas fait si elle ne savait pas chez qui elle se servait. Quand elles avaient commencé à traîner du coté de la Voie, introduites par le type de Lycaon qui ne passait définitivement pas assez de temps sur ses études, un nom était vite revenu. Les Veilleurs, gros gang de Bristol qui s'était imposé dans la Voie et qu'il ne fallait pas provoquer si vous teniez à garder la tête hors de l'eau du port. Les Veilleurs avaient un chef, également, un chef au nom bien trop familier pour Carla. Alors après tout, se servir dans les stocks des Veilleurs, ce n'était pas du vol, non ? C'était du partage familial.

Enfin, elle n'était pas certaine que Roy partage exactement sa vision des choses alors disons qu'elle avait oublié de lui mentionner ce petit détail. Avec un peu de chance, les Veilleurs ne se rendraient compte de rien et Marissa et elle pourraient continuer de se développer dans leur coin. Les consommateurs étaient nombreux après tout, il y avait bien de la place pour plusieurs et s'il n'y en avait pas... Et bien elles étaient assez décidées à se faire la leur. Carla se plaisait dans ça : pas d'horaires, pas de patron, pas de compte à rendre et honnêtement, cela rapportait bien trop pour qu'elle arrête pour revenir à un salaire de misère.

Lorsque des coups retentirent à sa porte ce matin-là, son premier réflexe fut de les ignorer. Elle avait fait la fête hier soir - et largement offert ses tournées à tous ses amis et même aux amis des amis de ses amis - et n'avait pas vraiment la foi de se lever pour aller ouvrir à qui que ce soit. Elle enfouit la tête sous ses oreillers en soupirant et poussa un grognement quand l'importun insista de nouveau. Soupirant à s'en fendre l'âme et de mauvaise humeur, elle repoussa ses draps, navigua à tâtons dans son studio dérangé - quelques bouteilles vides, cendriers froids, quelques vieux magasines et des habits abandonnés ici et là - et ouvrit la porte d'un coup, ses yeux se posant sur le visage de son cousin qui n'avait pas exactement l'air d'être là pour lui souhaiter une bonne journée. Problème en vue. Elle n'eut même pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il l'épinglait déjà, coupant ainsi tout espoir qu'il soit venu pour autre chose. Bien décidée néanmoins à ne pas se laisser chercher des noises (après tout, elle n'avait pas fait grand-chose de mal, non ?), elle haussa les épaules, nonchalante.

- C'est tellement démodé le matelas... Tu connais pas le compte Gringotts ?

Techniquement, elle n'était pas du tout en position de faire de la provocation et elle aurait dû faire profil bas, elle le savait parfaitement. Mais elle n'avait jamais aimé faire ça et ne comptait pas commencer maintenant : elle savait très bien que si elle voulait s'imposer un peu dans cette voie, il allait falloir montrer du caractère et elle n'en manquait pas, même face à son cousin surtout face à son cousin, d'ailleurs. Elle s'écarta pour le laisser entrer et referma la porte derrière lui avant de retirer des habits qui traînaient sur un fauteuil pour qu'il puisse s'assoir. Elle-même se laissa tomber sur son canapé-lit encore chaud, les jambes en tailleur, s'enroulant dans sa couette au passage.

- Si tu es venu pour me jeter dans le port, tu peux attendre que je ne suis plus en pyjama ? Histoire de. 
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Evidemment, Roy ne s’attendait pas à autre chose que Carla réponde avec impertinence. Cette jeune femme avait toujours eu la langue bien acérée et un ego presque aussi conséquent que le sien, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’elle fasse profil bas sous prétexte qu’elle l’avait défié, lui, le chef de la mafia de cette ville, elle devait voir ça comme une pécadille. La façon qu’elle eut de faire de l’humour le confirma d’ailleurs au trafiquant : elle ne le prenait pas du tout au sérieux. Nulle trace de contrariété sur le visage de Roy, pourtant, qui s’assit tranquillement dans son fauteuil en croisant les jambes et en étalant ses bras sur les accoudoirs, le regard vrillé dans celui de sa cousine.

« Oh, tu peux me croire, pour un petit bain de minuit, les poissons ne feront pas la différence et nous non plus. »

Roy arborait son masque imperturbable, car il ne voulait pas montrer à Carla ce que son petit coup d’éclat éveillait en lui : la consternation, la colère, mais malgré tout, un tout petit grain de… fierté. En toute honnêteté, c’était un coup de maître, ce qu’elle venait de réaliser, elle aurait presque pu ne pas être grillée, si Toni n’avait pas été particulièrement attentif. Et puis, il fallait une sacrée dose de culot pour oser s’attaquer au gang maître de la ville, Carla en avait toujours eu, évidemment, mais il semblait à Roy que cette fois, elle battait ses propres records.

Pour autant, il ne pouvait pas lui laisser voir le fond de ses pensées, pas tout de suite, car Roy savait quel était son rôle à jouer. Cette petite méritait de se faire engueuler copieusement, parce que son petit exploit aurait pu très mal finir, et elle avait l’air de ne pas tout à fait en prendre conscience.

« Tu sais, mes seconds n’ont pas besoin de moi pour jeter ton poids plume et celui de ta copine par dessus bord. Tu as du pot de t’appeler Rosebury, autrement je peux t’assurer qu’à l’heure actuelle, tu serais en train de nager avec les poissons sans même que je le sache. Observant la réaction de sa cousine, Roy se détacha du dossier du fauteuil pour s’appuyer de ses coudes sur ses cuisses, vrillant son regard sombre sur Carla. Mais j’imagine que tu ne comptais pas que là-dessus pour t’en sortir. A moins que tu croyais dans toute ton inconscience que tu n’allais jamais te faire griller ? Je peux savoir ce qui se passe dans ta petite tête, Carla ? »

Et ce ton tranquille n’était que le calme avant la tempête, si elle ne choisissait pas bien ses mots pour s’expliquer. Roy espérait qu’elle aurait une explication bien convaincante à tout ceci, mais il ne savait pas pourquoi, il pressentait que ce qu’allait lui dire sa cousine n’allait pas lui plaire.


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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy

Roy n'avait pas trop l'air fâché, constata Carla avec un certain soulagement. Il avait même l'air plutôt tranquille, ce qui était assez étrange. Après tout, si elle ne lui avait pas parlé de ses petits arrangements avec les stocks des Veilleurs c'est parce qu'elle se doutait bien qu'il n'allait pas tellement apprécier la combine, qu'ils soient cousins ou pas. Dans les faits, leurs vols n'étaient pas très importants : Marissa et elle se servaient en petite quantité sur différentes livraisons et cela n'impactait pas vraiment les chiffres d'un gang aussi gros et prolifique que les Veilleurs. Elle n'avait pas exactement les détails de tout cela, les deux jeunes femmes n'avaient pas encore vraiment leur place sur la Voie, elles y étaient encore étrangères, mais elles avaient compris très vite que c'était eux qui régnaient principalement sur Bristol et son port et avaient la mainmise sur une grosse partie du trafic de la ville. Ce n'était pas tant la quantité des malversations le problème, c'était plutôt le principe : elles volaient un très gros poisson, si ce n'est un requin, et ce dernier avait toutes les raisons de ne pas apprécier qu'on ose venir se frotter à lui ainsi. Tolérer une telle effronterie une fois, c'était laisser la porte ouverte à toutes les dérives, si les gens se mettaient à croire qu'on pouvait se permettre de chercher des noises aux Veilleurs sans retombées : il ne fallait pas croire, Carla était peut-être téméraire mais elle n'était pas idiote, elle savait parfaitement quels genres de risques elle prenait... Et les prenait quand même.

- Non, mais au moins, je serai plus à mon avantage sur les photos d'enquêtes. Sérieusement, j'ai pas envie que tout le BDA me voit en pyjama.

Elle plaisantait pour garder son air tranquille et détaché mais en vérité, Carla était sur ses gardes. Elle se doutait bien que Roy n'était pas venu ici juste pour le plaisir de lui dire bonjour et de lui signaler qu'il était au courant de son arrivée dans la Voie : après tout, ce n'était pas un fait anodin. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il pensait de tout cela, derrière son air nonchalant, mais quoi qu'il en soit, Carla n'était pas décidée à lâcher le morceau. Elle aimait ce qu'elle faisait et elle comptait bien continuer, surtout que son cousin était assez mal placé pour lui faire la leçon sur le coup.

- Parce que tes hommes prennent des décisions sans te concerter ? Je croyais que t'étais le grand chef... lança-t-elle en haussant ses épaules, toujours recouverte par la couette.

Jouer le détachement, encore et toujours, pour ne rien montrer de ce qu'elle pensait réellement. Elle n'aimait pas tellement l'idée d'avoir été découverte sans n'en n'avoir rien su auparavant, Marissa et elle s'étaient toujours dit que si les Veilleurs venaient à comprendre qu'on piquait dans leurs stocks, l'information qu'ils recherchaient quelqu'un leur parviendrait aux oreilles, leur donnant le temps d'assurer leurs arrières. Si ce n'avait pas été Roy qui était venu la trouver ce matin... Mais à quoi bon fonctionner avec des hypothèses ? Cela avait été lui et si c'était dans les stocks des Veilleurs qu'elles s'étaient servies, c'est bien parce que Carla comptait effectivement sur son nom de famille pour lui sauver la mise si ça venait à se savoir. Car Roy tapait juste, elle ne comptait pas se faire avoir, au début. Après tout, elles se servaient à petites doses et de manière plus que discrète, elles auraient pu ne pas être repérées pendant encore longtemps. A vrai dire, elle ne comprenait même pas qu'elles aient été repérées : les Veilleurs semblaient plus méticuleux qu'elles ne le pensaient à la base. Pour autant, Carla n'avait pas très envie de reconnaître cet état de faits et admettre qu'elle avait été surprise : elle voulait prouver à Roy qu'elle savait ce qu'elle faisait et qu'elle n'avait pas besoin qu'il vienne lui faire la morale.

- Hé, j'te permets pas ! répliqua-t-elle en repoussant sa couette, bras croisés sur sa poitrine. Ma petite tête, comme tu dis, ça fait des mois qu'elle est dans le coin et personne n'avait jamais rien capté jusque là.

Même pas lui, alors bon...

- Et je ne suis pas bête, j'ai pas choisi les Veilleurs au hasard, avoua-t-elle en haussant les épaules. Je savais depuis le début que c'était toi, c'est bien pour ça que je l'ai fais. L'esprit de famille, ajouta-t-elle avec un sourire en coin. Vois ça comme une collaboration.
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Croyait t-elle vraiment que c’était le BDA qu’elle devait craindre, à l’heure actuelle ? Comme s’il envoyait bien sagement ses problèmes aux forces de l’ordre, les Veilleurs n’avaient pas besoin d’autorité légale, ils savaient très bien se faire justice à leur manière… Mais dans tous les cas, ce n’était pas à un poste de police que Roy souhaitait retrouver sa cousine, ni même -encore moins- en plein milieu d’une bande de mafieux prêts à lui faire la peau. Mais Carla n’avait pas l’air de vouloir comprendre la situation, comme le lui prouva sa réplique suivante. Cette fois, Roy ne mâcha volontairement pas ses mots, son ton un peu plus cassant que jusqu’alors. Non mais, elle se permettait de le provoquer en plus !

« Coller une raclée à des fraudeurs de ton genre, ce n’est pas prendre une décision, laisse-moi rire. Tu crois vraiment qu’on m’aurait dérangé pour ça ? S’occuper d’un microbe comme toi ne nécessite pas que je donne ma bénédiction. Ce que je suis en train de te dire, c’est que c’est juste ton nom qui t’a sauvée. »

Carla était loin d’être une fille stupide, il le savait très bien. Par conséquent, il n’était pas dupe, il comprenait ses manoeuvres derrière cet air détaché et provocateur, pour la simple et bonne raison qu’il usait des mêmes techniques pour s’en tirer lorsqu’on le prenait en tort. Cette façon de jouer sur les mots et de lancer quelques piques était typiquement sa manière à lui de décourager ses interlocuteurs de venir lui faire la leçon. Mais Roy étant passé maître dans l’art du faire-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais, il refusait de céder le moindre pouce de terrain à une mini-lui, aussi habile soit t-elle. Ses paroles finirent d’ailleurs par faire prendre la mouche à sa tempétueuse cousine, qui se rengorgea dans sa fierté. Merlin, était-il aussi tête à claques à son âge ? La réplique de fin, celle-là, en revanche, il ne l’attendait pas. La mine fermée de Roy se modifia sous le coup de l’incrédulité. Il s’attendait à « J’avais envie de me faire du fric rapidement », voire même « Je voulais juste essayer pour voir » mais sûrement pas à « Et si on travaillait ensemble, cousin ? ». Sérieusement ? Mais était t-elle tombée sur la tête ? Pourtant, cela n’avait pas l’air d’être une plaisanterie. Ce n’était pas du culot à ce niveau-là, mais du délire, et cela ne lui expliquait toujours pas le raisonnement de Carla.

« Si tu le savais depuis le début, pourquoi t’es pas venue me voir directement ? Petite tête. » appuya t-il, en secouant la tête de consternation. Il jaugea la jeune fille du regard, ne parvenant toujours pas à comprendre d’où elle avait tiré cette idée de lui voler ses stocks. « Mais t’étais pas dans un staff de Quidditch, toi, aux dernières nouvelles ? C’est quoi ce revirement soudain ? »

Et qu’elle ne lui dise pas qu’elle avait vraiment envie de faire du trafic, parce que son teint hâlé allait vite partir en vacances.


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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy

Ooh, Roy se fâchait, constata Carla alors que son cousin durcissait le ton. Il lui sortait son laïus de chef de gang, comme si elle n'avait pas conscience que c'était effectivement son nom qui l'avait sauvée. Elle n'aurait pas pris le risque de se servir dans les stocks d'un autre gang, tout simplement parce qu'elle savait très bien ce que ce qu'elle risquait : personne n'aimait les voleurs dans la Voie, peut-être même encore moins qu'ailleurs. C'était un pari risqué, elle en avait bien conscience mais elle avait eu raison de le faire : Marissa et elle avaient collecté une sacrée somme et son parachute, c'est-à-dire son nom de famille, avait bien fonctionné. Que cela dure plus longtemps aurait été l'idéal mais après tout, on ne pouvait pas tout avoir et elle ne comptait pas s'arrêter là et elle ne laisserait personne, surtout pas Roy, la convaincre de s'arrêter là. C'était grisant comme mode de vie et elle n'avait pas envie de laisser tomber après avoir effleuré le quart de ce qu'elle pouvait obtenir - car elle pouvait avoir plus, elle le savait. Elles gagnaient des sommes importantes, des sommes qu'elle ne gagnerait peut-être même pas en fin d'une carrière banale dans le staff des Harpies, elle n'avait de comptes à rendre à personne, pas d'horaires, pas de contraintes professionnelles barbantes : tout n'était qu'adrénaline et même les moments les plus risqués, quand elles se servaient dans les cargaisons, valaient le coup pour le sentiment d'euphorie qui l'envahissait après chaque prise.

S'il y avait bien quelqu'un qui pouvait comprendre ça dans son entourage, c'était bien Roy n'est-ce pas ? C'était la première fois qu'ils parlaient si honnêtement de son métier, quand don y pensait bien, c'était peut-être même la première fois qu'ils abordaient directement la question. Il faut dire que ce n'était pas le sujet principal des conversations des dîners familiaux et il y avait toujours eu autour de cela une sorte de tabou, personne n'en parlait vraiment, personne ne savait vraiment trop ce qu'il faisait exactement et son oncle et sa tante ne les renseignaient pas beaucoup plus. Dire qu'elle avait été surprise de croiser le nom de sa cousin sur la Voie aurait été mentir mais tout de même, cela lui avait fait quelque chose. Ainsi donc, c'était ça, le fameux grand secret familial... Pas de quoi en faire tout un hachis de Boursouf aux yeux de Carla mais elle n'était pas très attachée aux grands principaux légaux, alors cela devait aider. Il est vrai qu'en comparaison avec le reste de la famille - coucou Eden - cela pouvait faire un peu tâche mais il fallait bien quelques rebelles, non ? Les réunions familiales seraient bien ennuyeuses sinon.

- Parce que je savais déjà ce que tu ne voudrais pas et en profiterait au passage pour me faire la morale, répondit-t-elle sur un ton d'évidence. Et arrête de m'appeler comme ça !

Monsieur Roy dirigeait peut-être le gang le plus puissant de Bristol mais il était avant tout son cousin et Carla ne comptait pas se laisser marcher sur les pieds par un membre de sa famille, aîné ou pas d'ailleurs.

- J'ai démissionné, mes parents sont pas encore au courant donc si tu les croises, tiens ta langue.  

Elle n'avait pas envie qu'ils lui servent l'éternel couplet sur l'importance d'avoir un bon métier pour assurer son avenir et surtout, elle n'avait pas très envie de se justifier sur le payement de son loyer alors qu'elle était censée être au chômage. Ses sœurs non plus ne savaient rien : elles étaient toutes de vraies pipelettes incapables de tenir leur langue et la nouvelle aurait fait fait le tour du pays avant même qu'elle n'ait le temps de dire Quidditch.

- Marissa et moi, on a rencontré ce type à une fête, qui dealait un peu. On s'est croisés plusieurs fois en soirée et puis un jour, il n'a pas pu faire le déplacement alors qu'il avait assuré qu'il se chargerait d'apporter ce qu'il fallait. Il nous a demandé de le dépanner contre un pourcentage et on s'est bien débrouillées alors on s'est dit "pourquoi pas ?"

Elle avait raconté tout cela d'un ton tranquille, comme si le "pourquoi pas" ne concernait pas leur entrée dans le monde de l'illégalité.

- On a rapidement décidé de laisser tomber le type pour bosser pour nous, c'était bien plus efficace et ça rapportait plus... Surtout qu'on ne paye pas la marchandise de base, déjà.

Bah oui : elle la piquait dans les stocks des autres, c'était tellement plus avantageux.
Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Cette fille est hallucinante, songeait Roy, son regard d’inspecteur vrillé dans celui de sa cousine. Elle n’avait peur de rien, à lui parler tout tranquillement de comment elle avait décidé de voler dans ses stocks, à savoir, sur un pur coup de tête. Oh bah oui, pourquoi pas, ça a l’air sympa de dealer de la drogue, essayons. Puis comme ça rapporte plus de ne pas payer sa marchandise, allons nous faire du chiffre clandestinement sur le dos d'un gros gang. Soufflé par le culot de Carla -elle l’étonnerait toujours, cette petite- Roy ne réagit pas tout de suite, occupé à se demander pour quel angle d’attaque il allait opter. Secouer la jeune fille par les épaules en lui hurlant qu’elle était tombée sur la tête ne serait sans doute pas assez percutant pour elle, même si l’idée était tentante.

Se passant la main sur le visage, Roy décida de rester pour le moment ouvert à la discussion, Carla ne lui avait pas tout dit, et notamment pas vraiment ce qui la motivait à faire cela. Pourquoi pas n’était pas une réponse acceptable. Il prit donc sur lui pour conserver un ton calme, tout juste ironique, alors qu’il croisait les bras après la fin du récit de sa cousine.

« Et donc, c’est quoi tes plans maintenant ? Vu que tu es grillée, me piquer mes stocks, ça va plus être possible. »

Cousine ou pas, il ne comptait pas la laisser continuer son petit jeu, et même, elle avait plutôt intérêt à le rembourser, mais ils en parleraient plus tard. Pour le moment, savoir ce qu’elle prévoyait de faire l’inquiétait bien plus. Roy était certes le mieux placé pour comprendre son choix, mais à cet instant, il se considérait surtout comme le mieux placé pour l’en dissuader : justement parce qu’il savait mieux que les autres dans quoi elle se lançait tête baissée. Roy avait bien ses hypothèses sur ses motivations, Carla et lui avaient beaucoup de points communs. Il se doutait qu’un poste d’administration comme celui qu’elle avait avant ne devait pas lui convenir, mais Merlin, l’adrénaline pouvait se trouver dans plein d’autres métiers sans qu’elle n’ait besoin d’en aller jusque là. Et puis, pour le moment, elle avait surtout parlé de gains importants, ce qui revenait au même : elle pouvait trouver des salaires confortables pour peu d’efforts dans beaucoup d’autres activités.

« Si c’est après l’argent que tu cours, Carla, je peux te pistonner pour plein de boulots, t’as juste à choisir. Son influence et son carnet d’adresse avait bien doublé de volume depuis qu’il était chef de gang acoquiné avec le gouvernement, après tout. Mais par pitié… Me dis pas que tu comptes continuer à trafiquer. »

Parce qu’il le sentait dans son petit regard défiant et son ton tranquille qu’elle avait déjà pris sa décision, et qu’elle n’allait pas lui plaire.


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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy


- Je... commença Carla lorsque Roy lui demanda quels étaient ses plans maintenant qu'elle était grillée. Je ne sais pas encore. Mais je vais bien trouver ! Avec Marissa, on a gagné de quoi acheter quelques stocks et on peut trouver de quoi se relancer... De nouveaux marchés, de nouvelles opportunités... Je glisse de la Mandragore dans les muffins d'Eden pour en faire des space cake ? proposa-t-elle avec impertinence.

Hé, l'idée n'était pas si mauvaise que cela en plus ! Sa grande sœur avait un commerce florissant - ce qui était assez surprenant quand on connaissait son caractère mais il fallait croire qu'ils avaient un gène économique efficace dans la famille - et l'association crème pâtissière Rosebury et substances illicites Calder avait de quoi fonctionner du tonnerre. On pouvait être accro aux joints de Mandragore et apprécier les bonnes choses et même si Carla pouvait reprocher beaucoup de choses à Eden, la qualité gustative de sa cuisine n'était certainement pas dans le lot. C'était quelque chose à creuser, surtout qu'il était bien plus facile de faire sortir des gâteaux de Bristol avec le blocus qu'une autre marchandise : la pâtisserie d'Eden jouissait d'une excellente réputation auprès des douanes. Il fallait bien avouer qu'on ne pouvait pas trouver plus innocent que sa grande sœur : une licorne semblait punk à côté alors bon, ce n'était pas Eden qui allait contourner les lois. Ce n'était pas très intègre d'exploiter ainsi la naïveté de sa sœur en vue de faire du business illégal mais... Autant qu'Eden soit exploitée par sa famille que par des gens qui avaient vraiment des intentions mauvaises, non ?

- Me pistonner ? interrogea-t-elle en ricanant. Pour faire quoi ? Danseuse dans ton cabaret ? Grand-mère va adorer l'idée, tu ne crois pas ?

Tout n'était pas une question d'argent dans son choix de carrière. C'était bien évidemment rentré en compte parce que cela pesait pas mal dans la balance mais il y avait autre chose derrière tout cela : elle s'y plaisait vraiment. L'adrénaline, l'ambiance, ne répondre de personne et puis transgresser les règles avait toujours été son petit péché mignon. Elle avait commencé petite, parce que c'était bien plus marrant de faire quelques bêtises - et accuser Jason, Isadora ou Magdalena -  puis à Poudlard, quelques joints de Mandragore fumés derrière les serres, le non-respect du couvre-feu, les soirées à boire du Whisky pur-feu sous les gradins de Quidditch et évidemment, les soirées clandestines, elle n'était pas à Gryffondor pour rien. Ce que Marissa et elle faisaient maintenant, c'était à une autre échelle, les risques étaient plus grands qu'une heure de retenue par le Professeur Harris mais c'était mille fois plus grisant. Alors oui, Carla comptait bien continuer à trafiquer et cela se voyait dans le regard plein de défi qu'elle posa sur Roy. Elle ne voulait pas être pistonnée pour aller arranger les décors aux Folies, ça, elle était capable de se faire embaucher seule. D'ailleurs, elle ne voulait même pas être pistonnée tout court : elle n'en n'avait pas besoin, elle avait fait ses preuves seule, elle avait osé faire quelque chose que personne n'aurait jamais osé faire. Certes, le risque était moindre pour elle mais quand même... Elle avait eu du culot, non ?  

- J'le te dis, déclara-t-elle fermement. Et sur ce coup là, t'es mal placé pour me faire la morale, Roy, tu crois pas ? interrogea-t-elle sarcastiquement. Basculant ses jambes sur le sol, elle se leva pour se diriger vers son bout de cuisine pour se faire un café, allumant une cigarette moldue - cadeau de Marissa - au passage. Les Veilleurs, hein ? J'te pensais pas si poète, cousin.
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Elle ne savait pas encore, bah voyons, Roy l’aurait parié. Il fallait croire que la maison Gryffondor lui avait durci la tête au point de la rendre incassable aux chocs. « Carla… » commença t-il en se pinçant l’arête du nez. Il la voyait s’emporter dans ses élucubrations de space cakes, prouvant bien qu’elle n’avait pas prévu plus loin que la première étape de son plan. La suite, elle comptait l’improviser visiblement. Une façon de faire qui ressemblait fort à celle de Roy au même âge, il ne pouvait pas le nier. Voir à quel point elle lui ressemblait lui donnait autant envie de se frapper la tête contre un mur que de se rengorger tel un papa ayant bien transmis ses gènes à sa progéniture. Il ne tenait pas ce rôle, évidemment, mais sa relation avec la jeune fille avait toujours été particulière. Roy l’avait vue grandir, il avait même joué les baby-sitter à plusieurs reprises dans son adolescence. Il était l’aîné, il fallait dire, c’était à lui que l’on faisait appel quand il n’y avait pas le choix -c’est-à-dire quand le raisonnable Jason n’était pas disponible- pour surveiller ses jeunes cousines, et il s’était vite trouvé des atomes crochus avec Carla, la seule petite Rosebury qui ne pleurnichait pas et qui avait un peu de répartie, même à sept ans et demi. Roy s’était vite attaché à cette enfant précoce, il se souvenait de quelques véritables instants de complicité avec elle. Dès qu’il avait commencé sa vie de trafiquant à Bristol, il s’était progressivement éloigné de sa famille, Carla avec, inévitablement, même s’il n’avait jamais entièrement coupé les ponts. Roy veillait toujours, même à distance, sur les personnes qui lui étaient chères.

Ces derniers temps, il fallait croire qu’il avait un peu levé le pied, car sa vie professionnelle lui prenait désormais tout son temps. Il n’avait rien vu venir. C’était dingue, pourtant, Carla habitait la même ville, il prenait régulièrement de ses nouvelles, et il avait une horde d’hommes à sa botte prêts à le renseigner autant qu’il le fallait s’il en donnait le signe… Et il n’avait rien vu venir, alors qu’elle piquait dans ses propres réserves, par Merlin. Elle n’avait jamais été aussi proche de ses activités, sur lesquelles il était toujours resté évasif, d’ailleurs, même avec elle. Elle ne lui avait même pas fait de commentaire, d’ailleurs, comme si elle s’en était toujours doutée. Au fond, le « secret » de Roy n’en était plus vraiment un pour sa proche famille, mais la plupart faisaient mine de fermer les yeux.

« Comme si j’allais te laisser faire ça. » contra t-il à sa pique, haussant un sourcil sarcastique.

Il ne manquait plus qu’il l’embauche pour se dévergonder dans le temple de la luxure de cette ville ! Ce n’était pas dans les projets de Carla, de toute façon, projets qu’elle commençait à lui affirmer la tête haute. Roy se leva de son siège pour la rejoindre en quelques pas dans son coin cuisine, la surplombant de sa hauteur -tout était relatif, mais Carla faisait encore un mètre soixante-cinq aux dernières nouvelles- en croisant les bas.

« Détrompe-toi, je suis justement le mieux placé pour te faire la morale. Et tu ne sais pas à quel point le qualificatif de veilleur me correspond bien. »

Sur cette dernière réplique, il s’était légèrement penché pour lui balancer une petite pichenette sur le front, la forçant à détourner son attention de sa cigarette. Elle prenait un peu trop ses aises à son goût, il était venu parler sérieusement, non mais ! Elle le défiait de lui faire la leçon, mais précisément, c’était son rôle d’aîné de veiller sur elle. De ce point de vue-là, Roy était plein de paradoxes. Autant lui-même détestait que l'on vienne se mêler de ses affaires et lui dire quoi faire de sa vie, autant il se sentait investi de l’autorité légitime pour conseiller ses cadets lorsqu’il estimait qu’ils filaient un mauvais coton. S’appuyant d’une main sur le plan de travail, il se permit donc de se lancer dans un discours de désensibilisation aux mauvaises idées qui traînaient dans la tête de sa cousine :

« Sérieusement, Carla, y a mille métiers où tu peux t’éclater et te faire du fric sans que t’aies besoin de te salir les mains. Si c’est du commerce que tu veux faire, je te présente les bonnes personnes quand tu veux. Son regard se fit plus sombre sur la suite, et son air, plus renfrogné. Mais je ne te laisserai pas faire ça, ce n’est pas un monde pour toi. Je sais ce que tu crois, que tu viens d’accomplir un petit exploit avec ta copine, que vous avez réussi à mater des trafiquants aguerris, alors ça y est, le monde est à vous. Mais non, tu as surtout eu du pot, et ta petite réussite est terminée maintenant que tu es découverte. C’est un monde de requins comme tu n’en as pas idée, personne ne va laisser un petit microbe comme toi s’implanter si facilement, surtout pas à Bristol, et surtout pas une fille. »

Car autant être clair tout de suite sur l’une des sources du problème : la sphère mafieuse n’était pas seulement dangereuse et illégale, elle était aussi profondément machiste, et évidemment que si Carla avait été un Carl, Roy aurait sans doute tenu un discours différent. Non pas qu’il partageait l’opinion que des femmes étaient incapables d’exercer ce métier -il avait connu de jolis contre-exemples- mais c’était un fait, le monde de la pègre, déjà impitoyable, se montrait dix fois plus dur avec une recrue femme. Il ne tenait pas à ce que sa toute jeune cousine se lance dans une entreprise aussi périlleuse. Alors, elle s’imaginait peut-être qu’elle allait faire partie des trois-quatre chefs de gang féminines de ce pays, mais Roy, lui, préférait se baser sur les probabilités, plutôt que nourrir ce genre d’espoirs fous. Et les probabilités lui soufflaient que Carla ferait mieux de passer son chemin.


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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy

Ce n'est pas que Carla avait un problème avec l'autorité en général, c'est juste qu'elle avait un problème avec l'autorité qui s’exerçait sur elle. Que ce soit à quatre, dix ou quinze ans, elle avait toujours traîné des pieds pour appliquer les règles et avait toujours eu tendance à râler dès qu'on essayait de la cadrer un peu mais disons qu'elle avait toujours été à peu près sage, dans les grandes lignes. Dans les très grandes lignes. Mais à partir du moment où elle avait atteint l'âge béni des dix-sept ans et de la majorité sorcière, Carla avait estimé qu'elle avait fait sa part question obéissance à l'autorité et qu'il était tant qu'elle puisse prendre sa vie en main sans en rendre de comptes à personne. Elle était adulte, elle se prenait tous les côtés désagréable de la chose, surtout depuis qu'elle était indépendante, alors elle exigeait tous les avantages et il y avait justement dans les avantages le droit de ne plus se faire prendre la tête par son cousin qui semblait tout à coup se prendre pour son père. Le petit coup qu'il lui donna sur le front la mit en colère et elle repoussa brusquement sa main en assortissant son geste d'un claquement de langue agacé et d'un regard furibond.

- Calme ta joie, j'ai plus quatre ans !

Elle avait la très désagréable impression que Roy la voyait encore comme la gamine qui traînait dans ses jambes et le suivait un peu partout lorsqu'il rentrait de Poudlard et que leurs familles dînaient ensemble. Sauf que son cousin se mettait la baguette dans l'oeil et ce, jusqu'au coude : elle avait bien grandi depuis ce temps-là et elle n'avait pas l'intention de se laisser dicter sa conduite et honnêtement, surtout pas par la dernière personne qui pouvait le faire. Elle ne connaissait pas en détail sa carrière mais elle se doutait bien qu'il devait approximativement avoir le même âge qu'elle lorsqu'il avait commencé à évoluer dans ce milieu et il devait parfaitement savoir ce que cela faisait comme sensation. Et dix ans après, où en était Roy Calder ? A la tête du gang le plus puissant de Bristol, dirigeant en parallèle un établissement qui brassait des millions de gallions et était assez incontesté dans la Voie. Sérieusement, il osait venir lui faire la morale après cela ? Elle ne voyait pas pourquoi elle ne pourrait pas réussir non plus. Elle se débrouillait bien, Marissa et elle l'avaient prouvé, elle n'était pas plus bête que quelqu'un d'autre, ni moins douée et puis Roy et elle se ressemblaient assez sur certains points, alors pourquoi pas celui-là ? Elle s'était attendue à ce qu'il soit fâché pour la marchandise mais certainement pas à ce qu'il vienne lui dire qu'il était hors de question qu'elle entre dans le milieu.

- C'est pas du commerce, que je veux faire, riposta-t-elle.

Elle avait été suffisamment claire sur ce point, non ? Elle haussa les sourcils lorsque Roy affirma qu'il ne la laisserait pas faire ce qu'elle voulait faire - comme s'il avait son mot à dire de toute manière - et elle soutint le regard de son cousin lorsqu'il lui fit comprendre que leur petite victoire avec Marissa ne valait rien. Il pouvait dire ce qu'il voulait mais il ne pouvait pas nier qu'elles, deux petits microbes comme il disait, avaient réussi un coup plus qu'important. Même lui ne l'avait pas fait ! Alors oui, elles étaient peut-être jeunes et inexpérimentées et peut-être même inconscientes mais en attendant, elles y étaient arrivées.

Le regard sombre et outré que vrilla Carla sur son cousin lorsqu'il mit en lumière la vraie raison de son refus quant à sa présence dans la mafia aurait pu mettre un Sombral en fuite. Qu'il la pense trop jeune, c'était une chose et à la limite, à la très grosse limite, elle pouvait l'entendre, les discours de vieux réac, elle en avait l'habitude. Mais que ce soit parce qu'elle était une fille, alors là, elle refusait de l'entendre. Elle n'était pas particulièrement militante mais il y avait des choses qu'elle ne supportait pas et ce genre de petits discours en faisait partie. D'un geste brusque, elle écrasa sa cigarette à peine entamée dans un cendrier plein qui trônait près de l'évier et croisa ses bras sur sa poitrine.

- Pourquoi pas ? Parce que les Botrucs qui peuplent la Voie se sentiraient trop menacés ? Ils ont peur d'être remis à leur place par une fille ? Parce que tu crois qu'être un homme te donne des capacités supplémentaires ? Tu lances des sorts avec ton entrejambe, peut-être ?

Fusillant du regard son cousin, elle retint la moitié de sa diatribe pour ne pas envenimer les choses.

- T'as même pas intérêt à tenir ce discours de vieux Sang-Pur avec moi, Roy.
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« Il n’est pas question de ce que je crois, il est question de ce qui est un fait, Carla, répliqua aussitôt Roy en se penchant vers elle pour mieux lui imprimer ses mots. No tienes las cojones, voilà la phrase que tu risques d’entendre quinze fois par jour si tu te lances là-dedans. »

Roy avait sa part de machisme, il ne s’en défendrait pas, mais pour le coup, la question n’était même pas de savoir si une femme avait les capacités ou non d’entrer dans le milieu. Le problème était que dans les faits, on ne leur en laissait pas l’occasion. Les Laoghaire McStirling et autres June Byrd étaient de rares spécimen qui prouvaient bien que l’exception faisait la règle, à savoir : pas de femme chez les trafiquants.

« Et moi encore, je te le dis gentiment. Tu sais quoi, je suis même presque féministe comparé à d’autres, moi, j’ai déjà pris des femmes sous mon aile. Et si tu veux tout savoir sur ma dernière apprentie en date, elle a joué les parfaites élèves obéissantes avant de se casser un soir en emportant la moitié de mes contrats avec elle et disparaître dans la nature. C’est ça la réputation que vous vous payez, chez nous. Fais confiance à une femme pour des affaires, et tu l’auras bien dans les boules. » Se reculant pour s’appuyer contre le plan de travail, Roy croisa les bras. « Je suis pas en train de dire que c’est ce que tu vas faire. Mais regarde-toi, tu commences dans le milieu en volant chez un gros gang. Crois-moi que ça fait pas très bonne impression la mention « pique-assiette » à côté de femme, sur un CV de trafiquant. »

Toni se serait d’ailleurs fait un plaisir de lui faire la peau si elle n’avait pas été sa cousine, Roy le savait. Cela dit, s’il était actuellement en train de faire des remontrances à Carla, il comptait en faire de même avec son lieutenant : laisser une gamine de vingt et un ans piquer dans leurs réserves ! Comment cela avait t-il pu se produire ? Leurs hangars avaient la sécurité de la caverne d’Ali Baba, il suffisait de dire « Sésame ouvre-toi » pour pouvoir se servir dans leur gagne-pain, ou quoi ? Se promettant de régler cela plus tard, Roy reporta son attention sur sa cousine. Il revint s’asseoir sur le fauteuil qu’il avait quitté quelques minutes plus tôt, pour se poser face à elle et l’observer de haut en bas. Rah, mais en plus, elle était vraiment toute maigrichonne, Toni aurait pu la porter par le petit doigt.

« Mais, ok, tu n’as plus quatre ans, déclara t-il, en levant les mains, comme un signe d’abdication. Tu es assez grande pour décider ce que tu veux faire. En fait, je sais exactement ce que tu vas me dire : avec ou sans mon assentiment, tu le feras quand même. »

Se laissant le temps de réfléchir, et à Carla de réagir, Roy croisa ses jambes entre elles et ses mains sur son ventre. Il savait ce qu’elle allait lui dire, parce qu’elle lui ressemblait plus que de raison, et malgré lui, cela éveillait le petit sourire en coin qu’il avait eu tout à l’heure en arrivant. S’il devait être honnête avec elle, lui savait parfaitement qu’elle avait plus de cojones que certains de ses hommes. Quelque part, en effet, c’était injuste d’ignorer tant de potentiel sous ses yeux… Juste pour savoir ce que Carla allait répondre, Roy s’accorda un petit temps de son jeu préféré : tester les limites de ses interlocuteurs.

« Tu sais, si tu veux dealer à Bristol, tu t’y es mal prise… C’est moi qui tiens la Voie, maintenant. Tu veux t’implanter, tu veilles d’abord à ce que ça ne contrarie pas le boss, déclara t-il d’une voix doucereuse, transperçant Carla de son regard. Alors vas-y, montre-moi ce que tu vaux en négociations. Convainc-moi de te laisser monter ta petite affaire. »


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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy

- Les faits, comme tu dis, répliqua Carla sans l'ombre d'une hésitation, ça se change, ça s'appelle même « agir ». Depuis quand t'es devenu si immobiliste, toi ? C'est l'âge, peut-être ? cingla-t-elle, n'ayant toujours pas digéré la remarque de son cousin.

N'était-ce pas lui qui lui avait enseigné que si on voulait quelque chose, il fallait juste se débrouiller pour l'avoir ? Qu'il fallait agir plutôt que de laisser les choses se faire ou laisser les autres le faire pour vous ? C'était la philosophie de vie qu'appliquait Carla, lorsqu'elle désirait quelque chose, elle se battait pour l'avoir plutôt que de rester dans son coin à se lamenter. Toutes les règles, toutes les choses qui se posaient devant elle étaient juste des obstacles qui n'appelaient qu'à être surmontés. Elle se démenait dans la vie avec  une énergie folle, ne renonçant devant aucun projet. Rien n'était insurmontable pour celui qui le voulait, après tout, elle en était persuadée. Cela prendrait peut-être du temps et de l'énergie mais Carla faisait partie de ces gens qui estimaient que c'était ça, vivre réellement, et la vie, elle l'avait devant elle.

- Je l'entendrais trente fois par jour s'il le faut, je m'en fous, déclara-t-elle avec obstination. Tu crois que je vais éviter de faire quelque chose juste parce qu'on me dit que je n'y arriverai pas parce que je suis une fille ?

Elle devrait se battre trois fois plus ? Tant mieux, son mérite n'en serait que plus grand à la fin. La Voie était un milieu macho ? Oui, certainement. Pour le moment. Et tout était dans cette temporalité : si personne ne se battait pour que ça change, si personne ne se battait pour s'y imposer alors oui, cela resterait un milieu macho. Comme avaient pu l'être la politique, le Quidditch, le monde entier auparavant. Elle n'avait pas peur de devoir montrer les dents pour se faire sa place et surtout, elle n'avait pas peur de se faire une place tout court. Même si elle venait à échouer à la fin – ce qu'elle n'entendait pas vraiment mais admettons – et bien au moins, elle aurait tout fait pour réussir et elle ne se serait certainement pas débinée parce qu'on lui disait de le faire.

La suite du discours de Roy, elle l'écouta néanmoins avec attention et en laissant sa colère de côté, disparue aussi vite qu'elle était arrivée – Carla avait tendance à être un peu trop sanguine et impulsive – tout simplement parce qu'il laissa échapper quelques mots sur son passé dans la Voie des Miracles, domaine qui la rendait assurément plus que curieuse. Il y avait toujours eu ce tabou étrange par rapport à Roy dans la famille, elle l'avait toujours senti et c'est en grandissant, à force de gratter des informations un peu floues par ci par là qu'elle avait fini par comprendre qu'il ne trempait pas forcément dans des trucs nets. Apprendre sa présence dans la Voie n'avait finalement été qu'une sorte de formalité qui l'avait à peine surprise mais cela ne l'empêchait pas de se poser plein de questions. Elle voulait connaître son parcours, comprendre comment son cousin était arrivé là où il en était et surtout, savoir comment il avait fait.

- C'est pas obligé de se savoir, marmonna-t-elle lorsque Roy affirma que « pique-assiette » ne faisait pas très bien sur un CV de trafiquant. Et la confiance, c'est comme tout, ça se gagne. Tu me feras pas croire que dans tout le monde magique, y'a pas une seule femme dans des milieux louches, j'te croirai pas. Au Mexique, tiens, dans les cartels ! Je sais, je l'ai lu.

Elle était consciente du fait que ses arguments ne soient pas très solides mais elle faisait partie de ces personnes agaçantes qui faisaient toujours tout pour ne pas lâcher l'affaire et avoir le dernier mot. Elle l'observa se réinstaller sur son fauteuil tandis qu'elle restait appuyée contre ses meubles de cuisine, remarquant très bien à quel point il la jaugeait, ce qui manqua de lui faire lever les yeux au ciel.

- Bien deviné, répondit-elle avec un sourire quand Roy lui dit qu'il savait qu'elle allait lui dire qu'elle le ferait avec ou sans son autorisation.

Depuis quand elle avait besoin de son accord pour faire quoi que ce soit de toute manière ? Il était son cousin, pas son père. En plus, elle était majeure et se servait largement de ce dernier argument pour justifier un peu tout et n'importe quoi. Elle soutient son regard lorsqu'il la transperça des yeux, affirmant d'une voix doucereuse que c'était lui qui tenait le marché et qu'elle n'avait pas intérêt à le contrarier, plutôt à le convaincre. Elle savait que c'était vrai et elle savait aussi qu'il lui donnait là, à demi-mot, une chance de faire ce qu'elle et Marissa aspiraient à faire. Carla savait reconnaître une opportunité qu'elle ne devait pas manquer mais elle ne résista néanmoins pas à une dernière insolence avant de parler plus sérieusement.

- Parce que tu m'aimes trop, murmura-t-elle avec un grand sourire insupportable.

Abandonnant la provocation, elle leva les deux mains en signe d'innocence et de plaisanterie et abandonna son coin cuisine pour venir se rasseoir sur le bord de son canapé-lit, près de Roy.

- Tu me traitais de microbe, tout à l'heure. Tu crois que j'ai réussi comment à passer la surveillance de tes gars au port ? Pendant des semaines ? Je passe inaperçue, personne ne me soupçonne. Tu savais que les politiques anti-drogue des établissements d'études supérieures avaient été durcies ? Cela va de paire avec la nouvelle politique du gouvernement. Et bien Marissa et moi, on a pu entrer sans le moindre problème dans chacune des fêtes étudiantes pendant des mois sans que personne ne se doute de rien.

Elle s'installa en tailleur, sans pour autant s'arrêter de parler.

- Tu disais qu'il n'y avait pas de filles dans le milieu donc c'est pas elles que la PM soupçonnera en premier lieu, dès qu'ils chercheront à coincer quelqu'un. Tes vendeurs ont l'air louche, sérieusement, j'en ai croisé, ajouta-t-elle avec un sourire. Tandis que nous... Je suis sûre qu'on nous filerait Helga Poufsouffle sans confession, avoue-le.

Sa grand-mère disait qu'elle était adorable, si ce n'était pas un signe...

- Et même sans parler de la PM, on me fait plus confiance qu'à des dealers un peu louches de la Voie. Tu sais pourquoi on a si bien cartonné avec Marissa ces derniers mois ? Parce que tous les gens à qui ont a vendu ont eu confiance. Alors non seulement on touche des cibles que tu atteins moins, mais en plus, ils reviennent vers nous.

Elles avaient trouvé leurs clients sans prospecter : tout s'était fait au bouche à oreille.

- Et ouais, on a piqué dans tes stocks. Mais avoue, Roy... Combien l'ont fait ? Tu me connais, tu sais que je sais me débrouiller et que je me débrouille même pas trop mal. Tu sais que je peux le faire et réussir.

Elle jouait un peu sur la corde sensible à cet instant présent mais après tout, c'était un moyen comme une autre de le convaincre. Il était peut-être parrain de la mafia mais il était aussi son cousin et il aurait été dommage de ne pas s'en servir.

- Tu dis que t'as eu une apprentie un jour... Et bien apprends moi aussi alors.

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Comme toutes les femmes de la famille Calder -comme beaucoup trop de femmes de l’entourage de Roy, en fait- Carla était de la trempe de celles qui démarraient au quart de tour dès qu’il était question de machisme. Eh oui, la société mafieuse était complètement machiste, Roy en était désolé pour elle -bon, il n’était pas si désolé que ça, en vrai- mais il n’allait pas brandir les armes pour que cela change. D’un autre côté, c’était bien parce que Carla était capable d’une grande détermination à faire évoluer les choses dans son sens que Roy la considérait avec tant de fierté. Oui, c’était lui, entre autres, qui lui avait enseigné ce mantra. Il n’avait jamais attendu que les occasions se présentent à lui pour aller les chercher, tout comme il avait toujours refusé de se laisser entendre dire qu’il ne réussirait pas. Il s’était démené pour en arriver où il en était, il continuait de se démener pour évoluer, Roy était ainsi quand il avait trouvé quelque chose qui le motivait : entier et passionné dans ses agissements.

Voilà pourquoi il savait qu’il pouvait dire absolument ce qu’il voulait pour l'en empêcher, Carla foncerait tout de même tête baissée, et même, encore plus décidée qu'avant, rien que par principe d'aller à contre-courant. Il lui paraissait évident, en prenant le temps de la regarder, maintenant, en essayant de la voir vraiment, qu’elle avait cette profonde volonté de prouver ce qu’elle valait et d’obtenir ce qu’elle souhaitait, cette même volonté qui l’animait lui. Comment pouvait t-il l’en blâmer, à partir de là ? Il ne serait pas honnête avec lui-même, s’il lui reprochait cette énergie, s’il tentait de la brider. Au fond de lui, il le savait déjà, avant même que Carla ne lui déballe ses arguments, qu’il avait envie de lui donner sa chance. Parce que plus il l’écoutait parler, et plus il avait la sensation de se trouver face à un miroir rétrospectif, comme s’il se voyait lui, dix ans plus tôt, à tenter le diable et à y prendre terriblement goût. Oh, Carla n’était pas la seule à avoir fait des bêtises, il en avait fait de belles lui aussi, des actions suicidaires, parce que c’était son genre de poker : le bluff et le risque jusqu’au bout, ou la mort. Mais ne s’en était t-il pas sorti ? N’avait t-il pas vécu des choses intenses, construit la vie qui lui convenait, malgré tout ce qui pouvait le tirer ailleurs ? Toutes les relations qu’il avait pu mettre à rude épreuve, jusqu’à les détruire, pour certaines, n’avaient pas suffi à tirer Roy hors de cette vie de malfrat qui l’avait enveloppé de ses séduisantes tentacules. Même sa famille n’avait pas réussi.

Carla était la seule, dans cette famille, capable de le comprendre, finalement. Simplement, Roy n’avait jamais soupçonné à quel point, jusqu’à aujourd’hui. Si quelqu’un lui avait dit plus tôt que Carla souhaitait se lancer dans le trafic, il lui aurait ri au nez en secouant la main. Et pourtant… Pourquoi pas ? C’était vrai, elle en avait largement la trempe et le culot. Elle avait toujours été douée, même enfant, pour la flatterie, les discours vendeurs, la persuasion, elle avait toujours su comment amener les gens de son côté. Et Roy se souvenait lui avoir donné plein de tuyaux, pour l’y aider. La former, comme son apprentie ? « Apprends-moi » disait t-elle. Mais il avait déjà commencé à en faire son apprentie, depuis si longtemps ! Il l’avait prise sous son aile toute petite, comme une seconde petite soeur, pas une avec qui il allait se chamailler, mais plutôt une avec qui il avait assez d’écart d’âge pour qu’il lui apprenne à parler, à marcher, à s’imposer, à réussir. Evidemment à quinze ans, Roy n’y pensait pas en ces termes, mais c’était presque plus comme sa fille qu’autre chose. Maintenant, il le voyait, avec du recul, avec trente années dans la mâchoire. Avec face à lui Carla qui avait grandi et qui lui ressemblait plus que jamais.

Parce que tu m’aimes trop. Elle l’avait dit en plaisantant, plus tôt, mais elle ne savait pas à quel point cet argument était loin d’être irrecevable.

Car oui, il s’était terriblement attaché à ce brin de fille. Comme un père avec son enfant, il avait envie de la pousser le plus loin possible, il avait envie qu’elle suive ses traces, il ne se l’avouait pas totalement, parce qu’à côté, il avait mille raisons de tout faire pour l’écarter de cette voie, des raisons qu’il venait d’exposer à Carla. Et en parallèle grandissait paradoxalement son envie tout à fait irrationnelle de l’entraîner à sa suite. Roy avait des amis, énormément d’amis, dont certains qui étaient presque comme ses frères. Il avait aussi des amantes, dont quelques unes qu’il appréciait vraiment et qui lui apportaient une réelle affection. Il avait même fini par tomber amoureux d’une femme, même s’il semblait que cela n’aboutirait jamais à ce qu’il aurait pu imaginer dans ses rêves les plus fous : Juliana ne portait pas son nom. Jayce non plus n’était pas son frère Calder, Toni, Fergus, Klemens, tous ces frères n’étaient que ses frères de coeur, et son gang, une famille de coeur. Des rapports de substitution de ses vrais liens familiaux, si compliqués et esquintés par de multiples choses.

Mais Carla, elle était de son sang, et elle était la première en cette qualité à faire ce pas vers lui. Ce n’était pas pour lui dire « Roy, reviens vers nous », mais bien « Roy, laisse moi entrer dans ton monde ». Allait t-il repousser la seule qui venait sans le juger, avec l’intention de l’accompagner dans cette vie de folie furieuse ? Qui d’autre que Carla pouvait mieux le comprendre et l’imiter ? Elle l’affirmait avec suffisance mais elle avait raison : il savait qu’elle pouvait réussir dans la même voie que lui.

Un certain silence suivit la diatribe de la jeune femme, un silence pendant lequel Roy garda ses mains croisés en signe de réflexion. Tel un cousin, un frère, un père ou peu importe ce qui le liait à Carla, il avait fait son travail de la mettre en garde contre tout ce qui l’attendait. Maintenant, si elle faisait le choix de ne pas l’écouter, alors Roy préférait encore garder une main mise sur ce qui allait en découler. En dépit de tout ce qui pouvait instinctivement et déraisonnablement le pousser à l’entraîner à sa suite, s’il y avait un argument rationnel c’était bien celui-ci : il préférait encore la garder à l’oeil, dans son gang, sous sa protection, plutôt que de la laisser se lancer toute seule, dans la nature, dans une mare de requins prêts à la déchiqueter en mille morceaux.

Sa décision prise, Roy se leva du fauteuil pour aller récupérer sa veste qu’il avait posé à côté de Carla sur son lit. Sans la mettre, il évalua sa cousine une dernière fois, concluant ce discours fort d’arguments qui n’avaient même pas été ceux qui l’avaient convaincu -parce que Roy s’était déjà convaincu tout seul comme un grand avant même qu’elle ne parle- par un léger sourire énigmatique.

« Bien. Tu n’as qu’à venir demain midi au cabaret, tu t’annonces, je préviendrai les gars pour qu’ils te conduisent à mon bureau, qu’on en rediscute, puis petite pichenette sur le bout du nez de Carla, -je n’ai pas dit que je te prenais, retire ce sourire de ton visage- et tu as plutôt intérêt à venir avec les Gallions que tu m’as fait perdre. Des cacahuètes, mais tout de même, pour le principe. Ainsi que ma came qu’il te reste derrière ton uniforme d’étudiante innocente, ou peu importe où tu la caches. Entiendes ? »

Sur ces mots, Roy ébouriffa d’une main la frange de sa cousine d’un geste parfaitement énervant destiné à la faire râler et lui à sourire comme un crétin.

« Fallait me prévenir que tu grandissais, Carla, je vais devoir te trouver un autre surnom que petite tête. Crevette. »

Rapprochant la dite petite tête pour l’embrasser brièvement sur le front, Roy tourna les talons sur cet adieu plein de cette affection toute spéciale qu’il avait pour sa cousine, désormais sa crevette d’apprentie, prochaine Calder qui dominerait le marché ! Il voulait y croire, maintenant.

FIN POUR ROY



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Carla Rosebury, 20 ans, cousine de Roy

Si Carla n'en montrait rien, il y avait une légère appréhension qui l'animait alors qu'elle attendait le verdict de Roy. Face à son cousin, elle avait donné tous les arguments qu'elle pouvait avoir et si elle croyait en chacun d'entre eux, elle savait qu'ils n'étaient pas forcément tous recevables, surtout si Roy avait décidé avant qu'elle ne parle qu'il ne ferait rien pour l'aider. Si c'était le cas... Et bien tant pis, décida-t-elle. Elle ferait sans lui. Marissa et elle avaient réussi à se débrouiller sans l'aide de personne jusque là et elles continueraient, même s'il fallait se faire oublier un temps ou changer d'endroit pour ne pas être embêtées par Roy. Il tenait Bristol mais après tout, le monde magique était grand. Pourquoi pas le Pays de Galles, où elle avait grandi ? Certes, ses parents et une grande partie de sa famille y vivaient mais bon, c'était un tout petit problème.

Elle observa Roy se lever sans trop comprendre - son expression faciale se rapprochant de "tu me fais quoi là ?" - saisir sa veste posée à côté d'elle (elle aurait presque pu la retenir pour qu'il ne bouge pas et ne parte pas sans un mot comme il faisait mine de le faire mais bon, elle n'avait presque plus onze ans) avant d'enfin se décider à dire quelque chose. Son "bien" suffit à faire naître un large sourire sur son visage, qu'elle ne cherchât même pas à réprimer, tandis qu'il lui disait de venir au cabaret demain midi, histoire de "rediscuter". Elle n'avait pas besoin d'explication pour savoir que c'était dans la poche, même si son cousin - qui ne la connaissait que trop bien - lui disait de ne pas s'emballer. Si Roy prenait la peine de la faire venir, c'est qu'elle l'avait convaincu et qu'elle allait avoir sa chance, ce qu'elle avait tant espéré. Rien que pour cela, elle ne réagit ni à la pichenette sur le bout de son nez ni aux conditions qu'il lui posa, à savoir rendre l'argent et ce qu'il restait en stock, c'est-à-dire pas beaucoup. Tout était caché dans la cabane du jardin de ses parents, ce qui pouvait paraître absolument aberrant au premier abord mais ne l'était pas tant que cela : son père et sa mère n'y allait jamais, la dernière tentative de bricolage de son père remontant bien il y a dix ans, lorsqu'il avait voulu réparer son chaudron - une vraie catastrophe - et leurs balais étaient rangés dans le placard de l'entrée. C'était un endroit idéal même si ses parents feraient sûrement une apoplexie d'apprendre que leur fille cachait de la drogue dans leur jardin, drogue qu'elle avait en plus volé à leur neveu.

- Entendí, répondit-elle sans se départir de son sourire.

Elle tenta de repousser sa main lorsqu'il ébouriffa sa frange, sans grand succès, ce qui lui tira quelques râleries bien senties tandis qu'elle la remettait en place. Elle détestait ce geste alors, bien évidemment, tout le monde s'obstinait à le faire. Surtout Roy, d'ailleurs. Est-ce qu'elle le charriait sur sa taille, elle ? Certes, elle faisait dix centimètres de moins mais c'était une plaisanterie récurrente, même chez ses frères, à ce qu'elle avait compris.

- Mais je t'ai prévenu, répondit-elle en haussant les épaules. C'est juste que tu n'étais plus tellement là pour le voir.

Elle l'avait dit comme une constatation, cela aurait pu sonner comme un reproche et peut-être que dans le fond, c'en était un peu un. Roy s'était éloigné de leur famille durant des années et oui, il fallait le dire, son cousin préféré lui avait manqué. Parfois, lorsqu'elle le voyait encore absent et qu'elle avait peu de ses nouvelles, elle avait juste l'impression d'être un membre de la famille parmi les autres, un visage dans ce grand bloc qu'il fuyait alors qu'ils s'étaient toujours bien entendu. C'était tout bête mais il avait raté des anniversaires, sa fête de diplôme... Est-ce que cela l'avait attristée ? Oui, sur le coup, oui. Mais cela ne serait plus le cas, maintenant, songea-t-elle alors qu'il l'embrassait sur le front avant de sortir. Ils allaient se voir plus souvent, même si cela allait être dans des occasions bien moins familiales. Et ils auraient tout le temps de renouer ces liens-là, parce qu'après tout, c'était bien connu : Roy et Carla formaient une sacrée paire.

FIN DU RP
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Break the Rules [Carla & Roy]

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