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 I See Dead People [RP chefs de gang]

Roy CalderChef de la mafiaavatar
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6 mai 2009

Moins visible et moins surveillée que l’allée des Embrumes, l’impasse du Chapelier était l’un des lieux de banditisme les plus discrets de la capitale anglaise. Elle ressemblait à l’une de ces ruelles étroites héritées du vieux Londres, identique aux centaines autres venelles sombres que l’on pouvait trouver dans la ville, et par conséquent, pas plus remarquée qu’une autre. Son nom, bêtement tiré des activités de commerce qui s’y déroulaient, ne la rendait que plus banale. Mais il y avait une petite boutique engoncée entre deux mitoyennes, plus corrompue que les autres. Il suffisait de savoir comment y entrer…

Combien de rencontres exceptionnelles de ce type avaient eu lieu, dans l’histoire de la pègre ? Peu, savait Roy. Ils venaient de traverser une grande période de tensions entre tous les gangs du pays. La guerre de l’an passé avait été l’une de ces gifles qui remettaient à chacun les idées en place. Désormais, l’enjeu était de veiller à ne plus saboter leur propre commerce, ce qui passait par freiner les vagues de violence qui les rendaient trop visibles et s’entendre sur les parts du marché. Un tout récent mouvement venait de bouleverser les rapports de force et la situation actuelle du pays rendait le problème légèrement plus… délicat à régler que d’habitude.

La Peina Nuestra avait élevé sa voix la première, pour proposer cette rencontre. Réaction de pur bon sens, mais que certains avaient accueilli d’un grincement de dents. Autour de cette tablée, ils savaient tous qu’ils trouveraient au moins un ennemi. Luis Alvaro, à l’origine de la proposition, avait su cependant convaincre un grand nombre de laisser leurs discordes de côté. Tous les chefs de gangs du pays ne se tiendraient pas tous là, évidemment, mais seraient présents au moins ceux qui avaient un peu de jugeotte, et il n’y avait guère besoin des autres, jugeait Roy, alors qu’il approchait, accompagné de deux Veilleurs dans l’impasse. Marcus et Ted, deux armoires à glace qui avaient quitté exceptionnellement pour ce soir leur service aux Folies Sorcières. Roy se tourna vers eux, stoppant leur marche du même coup.

« Vous ne pourrez par rentrer, mais restez dans le coin. Et gardez bien l’oeil ouvert. »

On ne savait jamais, avec les malfrats, même quand la règle était de montrer patte blanche, certains gardaient toujours un couteau sous les vêtements, s’il y avait une chose que Roy avait appris au cours des échauffourées de Bristol, c’était celle là.

En quelques minutes, il fut devant la boutique prévue pour le rendez vous. A cette heure, tout était fermé, ce que l’écriteau confirmait. Un bref coup d’oeil sur le côté pour vérifier qu’il était seul, et Roy sortit de sa poche une pièce d’argent, frappée d’un P sur une face, et d’un N sur l’autre. Une dernière fois, il la fit tourner entre ses doigts en souriant légèrement, avec une pensée pour Luis, puis il la glissa dans la fente de la boîte aux lettres de la boutique. Il n’y eut aucun bruit de tintement, comme si la pièce avait disparu… ou que la boîte n’avait pas de fond. Roy attendit quelques secondes, avant que le cliquetis de la porte ne lui signale qu’il pouvait entrer. Franchissant les deux marches du perron, il referma la lourde porte derrière lui, scellant de nouveau le sortilège d’accès.

La boutique était incroyablement silencieuse, Roy entra de ses pas précautionneux, s’attendant à voir quelqu’un surgir de l’ombre d’une des étagères. Chose qui finit par se produire : un vieux monsieur, assis derrière une table dans un coin de la boutique bougea sur sa chaise, lui signalant sa présence. Sans salutation particulière, il tendit la main vers le trafiquant, réclamant :

« Votre baguette. Voyant que Roy haussait un sourcil, l’homme lui fit un sourire édenté, ajoutant : Je ne fais que veiller à ce que tout le monde sorte en un seul morceau d’ici, elle vous sera rendue. »

Attraper du regard la marque de la Peina Nuestra au poignet de l’homme qui tendait la main vers lui convainquit Roy à s’exécuter. La tête de ce type en particulier ne lui revenait pas, mais il avait toute confiance en son chef. Une fois qu’il lui eut confié sa chère baguette de séquoia, le vieil individu lui rendit en échange la pièce qui lui avait servi à déverrouiller l’entrée.

« Elle vous sera encore utile. C’est par là. Entrez et fermez bien la porte derrière vous. »

Le chef de gang suivit l’endroit qu’on lui indiquait, songeant que Luis était bien prudent de réaliser un double contrôle. Il pénétra seul dans l’arrière-boutique, cherchant du regard où était l’autre relais magique, avant de remarquer, lorsque qu’il se retourna, que la même boîte aux lettres grise était apparue aux côtés de la porte qu’il venait de refermer. Roy n’eut qu’à répéter le même geste avec la pièce et pousser la porte pour découvrir qu’elle conduisait à un autre lieu, caché, brèche magique dans l’espace de la boutique. Il s’avança dans l’obscurité du couloir qui se présentait en suivant les sons de voix qu’il percevait, plus loin, pour arriver très vite à une source lumineuse, traversant un rideau de perles.

Du haut de son succès tout récent, Roy n’avait pas l’expérience de la plupart des chefs aguerris qu’il allait trouver derrière ce rideau. Pour autant, il n’y avait nulle hésitation dans son coeur. Un an plus tôt, il avait fait une rencontre du même type, à une table de loups bien plus intimidante aux Folies Sorcières. Ne s’en était t-il pas sorti, pour s’allier avec les dirigeants même de ce pays ? Voilà qui lui donnait confiance en lui, chose dont il n’avait pas l’habitude de manquer de toute façon. Sa main vint écarter le tissu fin, qui ne freinait pas le son des voix graves derrière. Roy arriva au milieu d’une atmosphère délicate, où l’on sentait que certains s’ignoraient, pour préférer discuter avec d’autres. Deux ou trois conversations à voix basse se tenaient au fond, sous les yeux de ceux qui prenaient leur mal en patience en crachotant des bouffées de fumée, pendant que d’autres se dégourdissaient les jambes en arpentant la pièce mains dans les poches, plongés dans leurs pensées. Son arrivée fut notée par ceux les plus proches de l’accès. Au déplaisir de Roy, ce fut Helmet Norvel qui vrilla ses petits yeux perçants sur lui, le saluant d’un petit commentaire :

« Bristol se fait attendre.
-Bristol est plus pénible à quitter. »  rétorqua t-il, haussant les épaules. Il était encore à l’heure, aux dernières nouvelles, non ? « Tout le monde est là ? »
-Evidemment que non. Il manque la diva de Hastings. »

Un coup d’oeil à la pièce lui confirma que l’extravagant Ruthel Hawk n’était pas encore arrivé -sinon la pièce aurait été plus bruyante, pour commencer. En revanche, une bonne quinzaine de têtes connues étaient présentes et même, une femme, la tempétueuse écossaise qu’ils connaissaient tous. Ce fut vers Luis que Roy se dirigea en premier, un sourire s’étirant de plus en plus sur ses lèvres au fur et à mesure qu’il approchait. Tout en le saluant d’une bonne poignée de main, Roy commenta de son fidèle ton narquois :

« Des pièces frappées aux initiales de ton gang, tu as le sens du marketing, toi. Il ajouta, en guise de boutade : Je peux garder la mienne ? Je suis tellement fan de ce que vous faites. »



  - Power goes by and leaves me blind -
   
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Luis Alvaro, 32 ans, chef de la Peina Nuestra


Les mains glissées dans les poches de son costume noir, Luis Alvaro surveillait l'assemblée qui était en train de se réunir. Il avait été fastidieux de convaincre un si grand nombre de gangs de participer à cette confrérie au sommet, sur l'initiative d'un gang tel que la Peina Nuestra. Influent, certes, mais de taille moyenne, gouverné par un chef d'une relative jeunesse, et qui n'avait pas forcément les moyens de taper du poing sur la table pour fédérer les plus grands gangs du pays. Heureusement - ou, en l'occurence, malheureusement - le régime s'était chargé de les convaincre pour lui. Après ce qui était arrivé à l'un des leurs, ils ne pouvaient se contenter de continuer leurs petites affaires sans réagir. Car oui, cet univers fait de concurrence et de règlements de compte savait faire preuve d'une certaine unité : lorsque l'intérêt des uns était l'intérêt de tous et, surtout, lorsque le mal qui avait frappé l'un risquait de tous les affecter, les uns après les autres, jusqu'à les faire disparaître...

Pour autant, ce n'était pas pour concentrer l'attention contre le régime que Luis avait souhaité réagir, mais bien au contraire pour avoir l'avantage de diriger les débats. Une réunion de ce genre était inévitable, tôt ou tard, et il préférait être celui qui la provoquerait, pour mieux pouvoir la manipuler. L'ordre du jour pour Luis était simple : il fallait se répartir le marché et les territoires du gang londonien qui venait d'être démantelé par une milice un peu trop zélée, sans bain de sang et surtout, sans focaliser la mafia sur ladite milice. Le régime, que certains commençaient à taxer de dictature, commençait à causer de sérieux problèmes à la pègre à laquelle il avait déclaré la guerre, mais certains gangs avaient su tirer leur épingle du jeu. C'était le cas de la Peina Nuestra, et surtout de ses deux grands frères, ses deux puissants alliés : les Veilleurs de Bristol, dirigés par un Roy Calder qui savait se faire désirer, et...

"ALVAWOOO viens par là !"

...et par les Doxy Ness, dont le tempétueux chef venait de débarouler dans la pièce avec sa discrétion légendaire. Ne prêtant aucune attention aux mafieux qui le dévisageaient, l'air patibulaires, Johnny Kiss se dirigea vers Luis en écartant grand ses immenses bras. Luis sentit tout son corps se crisper et il réfréna tant bien que mal son envie de dégainer sa baguette, conscient qu'il était l'homme le mieux protégé de la pièce, du fait de la présence de ses hommes. Il avait choisi le terrain, il avait choisi les mesures de sécurité et savait comment s'échapper d'ici discrètement si les choses tournaient mal. De plus, les Doxy Ness et la Peina Nuestra étaient en bon termes, deux gangs basés à Londres dont les sphères d'influence ne se recoupaient pas et qui s'entraidaient volontiers en cas de conflit avec d'autres gangs ou avec les autorités. Rien à craindre de Johnny Kiss, donc, et Luis accueillit son étreinte sans broncher, tout comme les deux bises sonnantes que le grand blond déposa sur ses joues !

Pourtant, Luis ne se sentit tout à fait détendu que lorsque Johnny s'écarta pour s'installer à la table. L'homme tirait son surnom de cette étrange habitude qu'il avait attrapé en France, et qui consistait à saluer les gens - hommes comme femmes - de deux bises sonores. Il avait la carrure suffisante pour les imposer. Et si d'aventure il venait, à la manière des sudistes, à déposer une troisième bise sur votre visage alors... il signait là votre arrêt de mort. Au cours des années, Johnny Kiss était devenu célèbre au sein de l'univers mafieux. Débonnaire, bon vivant, cet américain expatrié sur le Vieux Continent n'effrayait pas grand monde au premier abord et pourtant ! Il avait su très vite prendre la tête de l'un des gangs les plus puissants du pays, les Doxy Ness, implantés à Londres et en Angleterre depuis des décennies. Une véritable revanche pour cet homme né à Chicago, dont le premier gang avait été démantelé par une jeune pousse nommée Hailey Peterson, à qui l'on chuchotait qu'il vouait une haine telle qu'il voulait sa peau... Pourtant, pour une raison ou pour une autre, Kiss n'avait pas encore tenté de l'assassiner.

Sans doute parce que les Doxy Ness tiraient largement parti du régime en place, prospérant plus que jamais grâce aux interdictions et stricts contrôles que le FREE imposait sur les marchandises liées aux créatures magiques et aux herbes et champignons. C'était cela, leur marché principal, plus que la drogue qui faisait vivre des PN ou des Veilleurs... Mais la véritable raison qui tenait Kiss loin de la chef du BDA, Luis Alvaro l'ignorait, tout le monde ici l'ignorait d'ailleurs, à l'exception notable de cet homme de Bristol qui venait de faire son entrée...

"Je savais que ça te plairait Roy, tu as toujours eu un faible pour les trucs sonnants et trébuchants... Tu peux aussi nous rejoindre, tu auras les tiennes comme ça !", suggéra Luis avec un sourire franc, tout en rendant sa poignée de main à son homologue. "Bien, je crois qu'on attend encore du monde. Quelles sont les nouvelles de Bristol ?"

Luis se sentait un peu plus détendu avec l'arrivée de Roy. Les autres chefs de gang défendaient des positions bien différentes des leurs, prêts à en découdre pour récolter les miettes du gang défunt et, probablement, pour lancer des offensives contre le régime. Eux devraient manoeuvrer finement pour tirer leur épingle du jeu et, surtout, conserver un avantage qui s'affirmait peu à peu au fil du temps. La PN ne s'était pas aussi bien porté depuis longtemps, n'en déplaise aux journaux qui clâmaient haut et fort la déroute de la mafia anglaise... Et Luis entendait bien qu'il en continue ainsi. Ce gang, il l'avait monté de ses mains, parti de rien, avec une bande de copains qui n'avaient que leur ingéniosité et leur talent pour s'en sortir. Ensemble, ils avaient grandi, grossi, s'étaient trouvé un allié historique et plus puissant, avaient bâti une formidable couverture. Combien de ses gars faisaient la plonge ou le service dans sa chaîne de restaurant entre deux deals ? Luis aimait ce petit empire qu'il était en train de faire prospérer. Il aimait cette vie, ce frisson d'excitation et d'angoisse qui lui parcourait la nuque à la vue des visages puissants qui lui faisaient face. C'était à eux d'écrire une page de l'histoire de la criminalité magique du pays ce soir. A eux de décider ce qu'il allait advenir de la mafia. Qui allait survivre, prospérer, et qui allait disparaître.

Car une chose était certaine, ils n'allaient pas tous en sortir indemnes.

Après avoir échangé quelques paroles avec Roy, Luis finit par s'avancer à sa place et par englober la pièce du regard. Debout face à aux hommes, les mains posées sur la table, il attendit tranquillement que le silence se fasse. Luis était quelqu'un de calme, dont l'autorité naturelle naissait paradoxalement de son comportement posé et doux, plus que de sa capacité à taper du poing sur la table : dans un tel milieu, c'était suspect. Et effectivement, Luis était un sorcier hors pair, que la violence n'effrayait pas. En réalité, peu de choses l'effrayaient réellement - à part peut-être cet énergumène de Kiss - du moins savait-il bien le cacher. Un visage imperturbable était aussi utile qu'une bonne baguette dans ce métier... Surtout lorsqu'il s'agissait de faire face aux forces de l'ordre.

"Bonsoir à tous, merci d'avoir accepté cette invitation. La Peina Nuestra" - il échangea un regard avec son second, posté de l'autre côté de la pièce - "a estimé qu'une réunion extraordinaire des chefs de gang s'imposait après l'arrestation spectaculaire de Clyde et Gomez avant-hier. Je pense que je n'ai besoin de rappeler les faits à personne, il aurait été difficile de manquer la suffisance du gouvernement à ce sujet", dit-il avec un ton désapprobateur. Nul besoin de laisser paraître ses affinités avec le régime, qui avait tendance à laisser son gang tranquille pour s'acharner sur ceux d'à-côté...

"Le démantèlement des Black Selkies est une aubaine pour chacun d'entre nous, évidemment. Je pense pouvoir dire sans me tromper que notre première pensée à tous en apprenant la nouvelle a été de se dire qu'il y avait un bon coup à jouer. Londres, Manchester, Newcastle, Chelsea, et j'en passe, ils étaient présents partout, depuis longtemps, ce qui signifie que nous avons de gros vides à combler. Reste à savoir comment. Une répartition équitable, et juste, décidée ici, ce soir, respectée de tous ? Ou bien, avec les conséquences que l'on peut sans mal imaginer, avec un peu de mémoire... une nouvelle guerre des gangs ?"

Son regard accrocha celui de Roy, conscient que celui-ci allait être sous les feux des projecteurs ce soir. S'il y avait bien un gang pour attirer les jalousies, c'était celui-là. Celui qui avait su renaître des cendres fumantes des cadavres qui s'étaient empilés sur l'Avenue des Douze Chênes, plusieurs mois auparavant. Celui qui gagnait en influence de jours en jours. Celui qu'ils auraient tous aimé imiter... Mais l'enjeu était énorme. Prendraient-ils le risque de se ruer sur les restes du gang démantelé, quitte à déstabiliser tout le système ? Luis espérait fortement que non. La stabilité, c'était ce qui convenait le mieux aux business florissants, comme celui de Roy, de Johnny ou de Luis...

Luis balaya la pièce de son regard indéchiffrable, cherchant à tester l'atmosphère, à discerner les mauvais esprits et ceux plus attentifs, à l'écoute des premières réactions. A plusieurs kilomètres de là, faisant mine de suivre un rapport passionnant sur la réforme de la réglementation de la largeur des devantures de commerces, quelqu'un d'autre écoutait...
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***
Quelques heures plus tôt à Belfast
***

"Non." Derek est catégorique, On est trop affaibli."

Face à lui, Cameron fait les cent pas dans la pièce.

"Si on honore pas cette invitation on admet nous même que nous sommes déjà morts. Tu le sais ça ?" souffle ce dernier en pointant un index accusateur sur son frère.

"Il faut te le dire en quelle langue, putain, s'emporte ce dernier, On a pas assez d'homme pour gérer un nouveau territoire !"

"Mais on s'en branle des nouveaux territoires, on éclate juste la tronche de Norvel et Calder et on se casse. C'est l'occasion où jamais !"

"Pfff ! Tu lui ressembles de plus en plus. C'est comme ça qu'il réglait les conflits lui aussi et regarde où ça l'a mené."

L'évocation de leur défunt frère ainé jette un froid dans la pièce. Liam lève les yeux sur ses deux frangins et soupire en anticipant la réponse de Cameron qui ne se fait pas attendre.

"Lui au moins il en avait plus que toi sous sa robe de sorcier. Crois moi. Il serait pas resté planqué ici comme un vulgaire Veaudelune !"

L'insulte siffle avec le plus grand mépris si bien que Liam se sent dans l'obligation d'intervenir avant que la situation ne dérape. Il se lève de son siège et se positionne entre les deux protagonistes.

"Hé, c'est bon. Ça suffit. Arrêtez de vous comporter comme des gosses, bordel..., commence-t-il en vrillant ces pupilles dans celles de Derek, Cameron a raison, il faut qu'on y soit."

"QUOI ?"
Liam peut lire l'incrédulité dans ses yeux. Quoi de plus normal, Derek se sent trahi par son plus fidèle allié: Quand Cameron et Joe préconisaient la violence pour régler telle ou telle situation, ils étaient toujours les plus modérés, les plus réfléchis.

"Laisse moi finir, s'agace-t-il, il faut qu'on y soit mais certainement pas pour tuer Calder et Norvel." ajoute-t-il en faisant face cette fois à son plus jeune frère. Ce dernier recule d'un pas mais Liam attrape fermement son visage entre ces deux mains pour l'empêcher de se dérober. Il a parfois l'impression que Cameron va exploser en plein vol et son comportement  l'inquiète au plus haut point même s'il comprend le ressentiment qui l'anime.

"Écoute moi. Ils paieront pour ce qu'ils ont fait à Joe, à Andy et aux autres. Je te le promets, on aura notre vengeance. Mais pas aujourd'hui."

Non, aujourd'hui, Liam Sparkles a d'autres projets...


***

Liam Sparkles 36 ans
Frère de Joe Sparkles assassiné lors de la guerre des gangs
Chef des Sharaks de Belfast
.

"Un Sparkles dans chaque port !" Telle était la devise de James, le doyen de la dynastie Sparkles. Le vieux mafieux avait placé depuis le milieu des années 40 ses enfants, puis ses petits enfants dans chaque ville portuaire du Royaume-Uni afin de faciliter le transport et le commerce de marchandises illicites dans les containers magiques remplis de boullu . Joe, son petit-fils le plus prometteur, avait hérité du bastion familiale, Bristol, Derek se plaisait sur la côte Est de l’Écosse, partageant son temps entre Aberdeen et Inverness. Cameron, le plus jeune avait fait ses armes en temps que second de l'oncle Alfred sous le soleil de Porthmouth quant à Liam, il avait eu pour mission de s'introduire sur le marché Irlandais de Belfast. De nombreux cousins et cousines complétaient ce tableau idyllique, du moins, jusqu'à ce que la guerre des gangs d'octobre dernier ne fasse voler en éclat tout leur empire.


Joe -le plus fort, le plus craint- avait paradoxalement été le premier à tomber entrainant dans sa chute tout le clan Sparkles. Après la mort du successeur légitime, les événements s'étaient enchainés de la pire des manières: A la suite de dénonciations mystérieuses, les Sharaks de Bristol avaient été complètement démantelés par la Milice et peu de temps après les filiales familiales d'Aberdeen et de Cardiff étaient tombées, tout comme celle de l'Oncle Alfred à Porthmouth, enfermé à Azkaban depuis peu.


Les autres Sharaks, quand à eux, s'étaient retrouvé fort isolés. Les alliés d'hier, issus du monde de la pègre, avaient pour la plupart retourné leur veste, espérant récupérer le marché des Sparkles dans les ports anglais. Acculés par la Milice et boudés par les clients,  les survivants n'avaient pas eu d'autres choix que de battre en retrait, s'exiler pour panser leur plaies.


Liam avait donc accueilli tout le clan sur ses terres. En dix ans passé à Belfast, il avait réussi à faire son trou au sein de la mafia Irlandaise et à se construire une relative indépendance vis à vis de son propre clan. Il avait ses restaurants de poisson pour blanchir l'argent, ses fournisseurs attitrés et même si cela avait été très décrié par la famille en son temps- On soupçonnait Liam de vouloir faire cavalier seul - c'était finalement ce qui leur avait sauvé la mise à tous.


Mais cela ne pouvait plus durer. Il avait beau apporter tout son soutien à sa famille, il y avait trop d'ex-chef de gang  regroupés au même endroit, trop d'egos frustrés, habitués à diriger en leur temps et dorénavant contraint au silence. Ils allaient finir par s'entretuer -il suffisait de voir la relation qu'entretenait Derek et Cameron pour en être persuadé- aussi Liam estimait qu'il était temps pour les Sharaks de rebondir et de revenir sur le devant de la scène après six mois d'absence et leur mort annoncée... Ils étaient affaiblis, certes, mais Liam y croyait toujours. Il puisait son énergie dans ces désirs de vengeance où il détruisait Norvel et Clader mais il ne devait pas brûler les étapes: Il devait commencer par remettre le gang à flot et seulement ensuite, il pourrait rendre justice...


Le gouvernement voulait peut-être la peau des Sharaks mais ils n'allaient pas se laisser faire. Toutefois pour mener cette bataille, ils avaient besoin d'alliés. Et c'est bien ce que Liam espérait trouver ce soir. Il savait que les hommes et les femmes réunis dans cette boutique n'étaient pas tous des charognards aveuglés par l'appât du gain. Ces arrestations en série leur profitaient à tous -c'était évident- mais la situation devenait de plus en plus inquiétante pour leur économie parallèle, et ça, personne ne pouvait l'ignorer. Depuis quelques temps, la Milice semblait avoir un coup d'avance sur la mafia et Liam comptait surfer sur l'arrestation de Gomez et Clyde pour éveiller les consciences. A vrai dire, il n'était pas vraiment sûr de ce qu'il faisait et peut-être se jetait-il dans la gueule du dragon en se présentant à cette réunion. Derek avait encore essayé de le dissuader juste avant qu'il ne transplane réveillant ses doutes mais Liam n'avait pas vraiment le choix.  Il devait tenter le tout pour le tout pour faire revivre son clan.


Et puis, cette réunion lui permettrait de prendre la température. Il était curieux de voir la position des uns et des autres par rapport à ce  gouvernement plus restrictif et il savait qu'il n'était pas le seul à s'y présenter dans cette optique puisque l'écossaise Laoghaire McStirling serait de la partie.


Liam plongea donc sa main entre les fines billes du rideau et dévoila son visage à l'assistance au moment où Alvaro entamait son discours. Même stature trapue, même nez écrasé, personne ne pouvait douter du lien de parenté qui reliait Liam à celui que l'on surnommait autrefois le "boullu sanguinaire".


Il vit d'ailleurs Helmut Norvel se raidir quelque peu sur son siège à sa droite et croisa le regard étonné de plusieurs dirigeants  :


"Bonsoir, lâcha-t-il après avoir passé le rideau dans un cliquetis de perles, Et bien Luis, tu commences la réunion sans les Sharaks ?"


Liam ne savait pas s'il avait été invité par pure courtoisie par le parrain de la Peina Nuestra mais il serpenta entre les sièges pour aller saluer l'hôte des lieux d'une poignée de mains. L’atmosphère était elle déjà aussi froide avant son arrivée ou venait-elle de se rafraichir d'un cran ? Impossible de le savoir, Constat-Liam en se retournant pour faire face aux autres. Tout le monde avait forcément un ennemi dans la place et le sourire de Johnny Kiss ne parvenait pas à faire oublier toutes les tensions sous-jacentes.


"Liam Sparkles. Belfast." précisa-t-il alors pour ceux qui n'était pas très physionomiste.


Joe s'était toujours chargé de défendre leurs intérêts en Angleterre tandis que Liam les représentait habituellement en Irlande si bien qu'il ne reconnut pas grand monde à part quelques anciens, Laoghaire, Helmet et Roy Calder. Il s'arrêta un peu plus longuement sur ce dernier d'ailleurs: Non seulement cette enflure avait tué Andrew McStay mais il avait pris le pouvoir à Bristol en tant que nouveau parrain. Deux faits impardonnables aux yeux de Liam et de tout le clan Sparkles. Les mots de son jeune frère Cameron lui revinrent d'ailleurs en mémoire:"Œil pour œil, dent pour dent." lorsqu'il détailla la mine suffisante du trafiquant. Il était si simple d'attenter à la vie de cette ordure, ici, ce soir...


Pourtant Liam passa simplement à côté de lui, le plus naturellement du monde pour aller s'accouder à la cheminée dans le fond de la pièce. Son apparente sérénité masquait l'agitation qui l'animait. Finalement, heureusement qu'il n'avait pas sa baguette sur lui: Il n'aurait surement pas pu résister aux fourmillements dans sa main.

Au lieu de ça, il préférait se concentrer sur les autres chef de gangs présents afin de mémoriser leurs visages tout en écoutant le discours d'Alvaro qui évoqua d'entrée de jeu la guerre des gangs.

Instinctivement, le regard de Liam accrocha le dos de Calder et la mine rubiconde de Norvel. Il sentit aussi plusieurs yeux se poser sur lui, et se décida à prendre la parole d'un ton mesuré.

"Luis. On est tous réuni ici et sans baguette, je pense que tu as déjà la réponse à ta question non ? commença-t-il, Personne ne veut d'un nouveau conflit. C'est mauvais pour nous tous d'être dans le feu des Lumos.  Je suis bien placé pour le savoir."

Cela ne servait à rien de nier l'évidence. Aux yeux des autres dirigeants de la mafia les Sharcks étaient agonisants mais Liam n'avait pas dit son dernier mot.

"Alors faisons ça vite et bien. Après, nous pourrons parler de ce qui est vraiment important et essayer de comprendre comment un groupe comme les Black Selkies, implanté sur le territoire depuis des dizaines d'années, tombe si facilement au main de cette Milice Gouvernementale... Je pense que je suis pas le seul à me poser des questions ce soir." finit-il par dire en parcourant l'assistance des yeux.
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Johnny Kiss, 50 ans, chef des Doxy Ness

L'interrogation pleine de sous-entendus de Liam Sparckles tira un petit rire à Johnny, qui trancha avec le silence grave de la pièce. Croisant ses mains larges derrières son crâne blond, il lâcha :

"C'est pas tout de se poser des questions, encore faut-il réfléchir aux réponses ! Y'a pas d'secret si vous voulez mon avis ! Ok, on a chaud aux fesses en ce moment, mais y'a rien d'étonnant à ça !"

Un haussement d'épaules fataliste vint ponctuer ses paroles. Constatant avec une certaine satisfaction qu'il avait l'attention de tous, Johnny poursuivit : "On était bien pénards avant le FREE, alors ouais, c'est la première fois qu'on voit un gouvernement s'attaquer à nous, forcément ça fait bizarre. S'attaquer vraiment à nous, j'veux dire, pas juste se contenter de belles déclarations dans la presse et d'une arrestation d'un p'tit dealer tous les deux ans..."

Quelques murmures, tantôt de protestation, tantôt d'assentiment, accompagnèrent son exposé.

"Oh, allez, me faites par croire que j'suis l'seul à avoir pleuré l'arrestation d'Mardol !", s'esclaffa Johnny. Il pouvait presque deviner Marchebank qui, de l'autre côté de l'oreillette magique, trépigait à ses paroles. "Pendant que les deux rigolos là, Fiennes et Dalnox, tapaient sur ces terroristes d'opérettes, nous on avait la paix. Et avant les mardoliens, c'étaient les mangemorts... On était pas franchement sur la selette, nous autres avec nos trafics, et on en a tous bien profité. Regardez-nous, on est tous bien portants, bien gras !"

Son regard engloba Sparckles, provoquant quelques rires dans l'assemblée. Johnny Kiss dégageait une bonhommie et une bonne humeur naturelles qui le rendaient rapidement sympathique, même si ses manières cavalières pouvaient tout aussi bien agacer. Pas la peine de compter sur lui pour jouer les diplomates, bien au contraire, il était plutôt du genre à sauter dans le plat, les deux pieds joints... Mais Johnny était loin d'être aussi bête que cela, aimant simplement se faire passer pour plus bête qu'il ne l'était. Cela fonctionnait avec les autorités anglaises, qui le laissaient trafiquer, tout comme avec celles de la France, où il avait sa villa, dans une petite cité magique de la Côte d'Azur... Pourtant, ici ce soir, pas grand monde n'était probablement dupe. Certains s'étaient déjà frottés aux Doxy, mais tous avaient entendu des histoires à son sujet, qui tranchaient remarquablement avec son comportement empreint de bienveillance et de bonhommie.

"Et d'un coup", continua-t-il, "bam, le ministère n'a plus de vilains à chasser pour gagner les élections ! A côté de ça, certains d'entre nous prennent un peu trop leurs aises sur la place publique, au lieu de rester bien sagement sur leur territoire..."

Johnny fixait la table devant lui, qu'il tapotait du bout des doigts, mais tous savaient à qui il faisait référence. L'atmosphère s'était aussitôt refroidie. Redressant la tête, Johnny observa ses homologues les uns après les autres, comme pour les mettre face à face avec leurs responsabilités. Lui n'avait rien à se reprocher. Les Black Selkies mort, il devenait le parrain le plus puissant de la mafia londonienne, voire du pays, et l'antériorité de son gang lui conférait une légitimité supplémentaire pour remettre à leur place de jeunes poulains qui piaffaient un peu trop forts... Que chacun se regarde dans une glace avant de commencer à attribuer les blâmes. Ils ne seraient pas ici aujourd'hui sans les Sharacks et leurs plans à deux noises qui impliquaient une rencontre piégée en pleine Allée des Douze Chênes... Liam était donc particulièrement gonflé, aux yeux de l'américain qui aurait bien aimé le remettre plus frontalement à sa place.

Si cela n'avait tenu qu'à lui, Liam et toute sa clique auraient été nettoyés depuis des mois. Mais ce n'était pas lui le décideur ultime, c'était cet homme pressé et imprévisible qui avait décidé que leur prorité était de démanteler les Black Selkies. Et voilà que Johnny devait tenter de rattraper le coup aujourd'hui, pour maintenir secrète l'implication du ministre dans la mafia du pays... Enfin, Johnny n'allait pas trop se plaindre non plus, la situation était des plus reluisantes pour lui et son gang, et cela valait bien la peine d'entourlouper quelques imbéciles.

"Et bam ! Nous sommes devenus l'ennemi n°1, l'Homme à abattre, le grand méchant mafieux qui pervertit les bonnes moeurs et menace le pays de décadence... Comme si nous n'étions pas là avant ! Enfin, la politique...", murmura-t-il d'un ton amusé et fataliste. "Le fait est que nous sommes aujourd'hui devenus la priorité de l'Etat. Une saleté de milice a été constituée pour nous chasser et je vous assure que c'est autre chose que les aurors, leurs piles de dossiers et leurs pauses café. Ca rigole pas. Ca se corrompt pas en douce avec deux plans de mandragore. J'ai pu parler avec un rescapé des Selkies, ce p'tit gars, là, Carlos..."

Nouveaux murmures d'assentiment. Certains le connaissaient, Carlos. Alors comme ça, il a pu s'échapper ? Mais c'est bien, ça, et il est où alors ? Le Mexique ? Bien, bien...

Petit sourire intérieur de Johnny. Les Carlos, une valeur sûre, il y en avait au moins un par gang, il n'avait pas trop pris de risque...

"Et j'peux vous dire que la milice y est pas allé de main morte. Pas d'hésitation, pas de temps perdu en paperasse, en bavardages ou en procès. Et vas-y que je t'espionne, que je te fait parler baguette en main, que je t'envoie un p'tit minot de dix-sept ans un mois à Azkaban pour lui apprendre la vie, c'est pas bien dur de les faire parler à c't'âge là... Bah, y'a pas d'secrets, c'est la première fois qu'ils se sont donnés les moyens de nous combattre, et ils y arrivent, voilà tout. Si vous voulez mon avis, on a tous du souci à s'faire ici. Alors voilà, faut p'tet se montrer un peu plus prudent, c'est fini le temps d'la rigolade, où on pouvait se balader avec la came en pleine allée des embrumes à côté des gosses de Poudlard. On sait jamais quand un p'tit client d'Lycaon est pas en fait un mouchard... "

Johnny avait perdu peu à peu son sourire au fil de son monologue, et ce fut d'une voix plus sombre qu'il conclut :

"Désolé les copains, l'époque Dalnox est finie, serait temps que vous le réalisiez. Si moi, j'me suis pas fait avoir comme les Selkies, c'est parce que j'ai été bien plus prudent, je sais très bien ce qu'elles valent, les Peterson et autres Coleman de ce genre. Elles sont exactement comme nous, de la graîne de racaille, de la violence et de la malice qui coule dans leurs veines... Sauf qu'elles bossent pour le camp d'en face. J'me suis déjà fait avoir une fois par une fille comme ça. Pas deux."

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Laoghaire McStirling, 36 ans, chef des Chaporouges de Dundee et de Perth

Laoghaire n'était pas arrivée seule d'Ecosse et c'est entourée de ses deux frères cadets, Lachlan et Murchadh qu'elle s'engouffra dans l'impasse du Chapelier. Il aurait été mentir de dire qu'ils avaient été surpris de recevoir l'invitation de la Peina Nuestra : les Chaporouges étaient implantés sur les côtes Écossaises et les mers du Royaume-Uni depuis quelques générations déjà mais leur présence à cette réunion avait longtemps été débattue au sein des McStirling. Les temps étaient difficiles pour tout le milieu mais ils n'avaient jamais été du genre à se mêler de ce qui se passait chez les Anglais, si ce n'est des gangs qui leur faisaient concurrence comme les Doxy Ness. Les McStirling tenaient le sud de l’Écosse et ses ports d'une main de fer de père en fils et en l’occurrence, de père en fille pour cette génération, profitant de leur accès à la mer pour faire entrer sur le territoire des marchandises interdites : animaux, artefacts magiques prohibés sur le territoire britannique depuis des siècles, sans compter les traversées clandestines qu'ils offraient aux sorciers en fuite et des descentes discrètes qu'ils réalisaient parfois pour braconner sur les territoires des Hébrides tant défendus par le clan MacFusty. N'ayant jamais fait dans le trafic de substances, ils s'étaient tenus volontairement à l'écart des violents conflits qui avaient déchiré les gangs anglais, allant même jusqu'à ne pas se prononcer sur ce qui s'était passé à Bristol.

Joe Sparkles et ses Sharacks avaient été stupides, il n'y avait pas de doute là-dessus mais les Chaporouges et les Sharacks d’Écosse et d'Irlande avaient toujours entretenu des rapports relativement cordiaux, assez du moins pour que les McStirling et leurs hommes ne se retournent pas contre eux malgré leur affaiblissement. Ils auraient pu, pourtant, s'empresser de faire main basse sur leurs territoires et reprendre leurs trafics abandonnés mais Laoghaire avait continué d'appliquer la politique familiale : ils n'étaient pas ceux qui déclenchaient les guerres et se tenaient au maximum en dehors des affrontements qui pouvaient éclater entre les différents gangs. C'était sûrement de là que leur venait leur réputation, souvent moqués par les jeunes loups qui entraient sur le marché en montrant les crocs, mais ce n'était pas pour autant qu'ils étaient faibles et l'Histoire l'avait prouvé à plusieurs reprises. Certains avaient eu la prétention de croire qu'ils pourraient s'en prendre à eux et en ressortir victorieux mais il n'en n'avait rien été : derrière leurs apparences tranquilles, les Chaporouges savaient se montrer parfois plus impitoyables que leurs collègues anglais. A l'image de la créature magique qui les symbolisait, ils avaient toujours eu un faible pour le sang et n'ignoraient pas qu'il était nécessaire de le refaire couler dès que celui qui ornait leurs bannières devenait trop clair...

Mais ils n'étaient pas ici pour faire couler quoi que ce soit, songea Laoghaire en écartant le rideau de perles qui la séparait encore de ses confrères. Malgré leur politique de neutralité, les McStirling ne pouvaient plus ignorer la menace qui pesait sur eux comme sur les autres gangs du Royaume-Uni. Leur nouveau Ministre et leur nouveau gouvernement avaient déclaré la chasse aux gangs et la disparition des Black Selkies était une preuve supplémentaire qu'ils étaient tous en danger. A cet instant précis, les dissensions internes n'étaient qu'un problème mineur : s'ils n'agissaient pas, ils ne seraient bientôt même plus assez nombreux pour pouvoir se battre. C'était finalement ce qui les avaient poussé à accepter l'invitation, malgré les réticences de Murchadh qui ne voyait dans les présents qu'une bande de vautours auxquels on ne pouvait pas faire confiance. Si Laoghaire comprenait les hésitations de son cadet, elle n'était pas ici pour leur faire confiance : elle était ici pour prendre le pouls de ce qui se passait de l'autre côté de la frontière et voir les forces en présence. Derrière les bonhommies d'usage, il ne s'agissait pas d'oublier qu'ils étaient avant tout des rivaux.

Saluant June Bird, sa seule consœur, d'un signe de tête, Laoghaire s'engagea dans la pièce en observant attentivement tous les visages présents. Elle les connaissait tous avec le temps et même les plus récents, songea-t-elle en voyant Roy Calder entrer. Elle avait eu du mal à se faire sa place dans le milieu pourtant et ce n'était pas faute d'avoir le nom de famille qui allait avec. Le banditisme était un monde particulièrement macho et aux mains des hommes, des hommes comme son père et son père avant lui. Et pourtant, elle avait su y faire sa place, elle avait su se montrer trois plus féroce que le moindre de ses frères, trois fois plus digne de reprendre l'héritage paternel quand ce dernier s'était retiré dans la vieille bâtisse familiale de Stirling. Elle s'était imposée au sein de sa propre famille comme l'héritière légitime des Chaporouges, n'hésitant pas à user des moyens les plus brutaux pour cela. Laoghaire avait taillé sa place en Écosse à la force de sa baguette et elle s'était imposée face au monde de la même manière. Cela faisait maintenant dix ans qu'elle avait pris la tête du gang et peu importait ce que disaient ses collègues masculins : elle valait autant qu'eux et c'était pour cela qu'elle était ici ce soir, l'une des seules femmes dans cette assemblée d'hommes. Elle fut sortie de ses pensées par l'arrivée tonitruante de Johnny Kiss et elle fronça les sourcils devant cette énergumène qui avait la fâcheuse tendance à empiéter d'un peu trop près sur ce que les Chaporouges estimaient être leur business. Elle retint un léger sourire en entendant ses frères marmonner quelques médisances en gaélique sur le nouvel arrivant avant de retrouver tout son sérieux lorsque Luis Alvaro prit la parole, interrompant par là le brouhaha qui rythmait la pièce. Elle ne laissait rien paraître de ses pensées tandis que ce dernier parlait, gardant un visage totalement neutre, encadrée par ses deux frères, les McStirling faisant toujours front en famille : ils étaient avant tout un clan écossais et leurs affaires étaient dirigés par le même sang.

Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls à avoir ce fonctionnement, se rappela-t-elle en posant les yeux sur le visage de Liam Sparkles qui venait de faire une entrée remarquée après tout le monde. Elle le salua d'un signe de tête, observant au passage avec attention les réactions des présents. Les Sharacks n'étaient pas le bienvenue ce soir... Ce qui rendait donc leur présence encore plus intéressante. Elle savait qu'ils partageaient un point de vue assez semblable sur le gouvernement du FREE ce qui n'était pas forcément le cas de tous ceux qui étaient présents ici, malgré les jolies paroles d'unité d'Alvaro. Il n'était pas bien difficile d'additionner deux plus deux et de remarquer que certains gangs semblaient miraculeusement prospérer malgré la présence du nouveau régime... Dans un sens, elle ne pouvait que concéder que les lois restrictives de Marchebank étaient à leurs avantages sur leurs petits trafics maritimes mais en contrepartie, les Chaporouges sentaient l'épée de Gryffondor qui planait au dessus de leurs têtes à tous... L'intervention de Sparkles arracha un grognement d'acquiescement à Lachlan mais il n'eut pas le temps de prendre la parole que Kiss s'empressait d'entrer en scène, crispant imperceptiblement les Écossais. Malgré son caractère profondément agaçant qui contrastait avec la taciturne Laoghaire, cette dernière ne pouvait que lui donner raison sur certains points. Ils avaient longtemps pu profiter des troubles du pays pour se développer, n'étant pas la priorité du gouvernement. Désormais, tout cela était fini : plus personne ne semblait en sécurité et il était temps pour eux de prendre le problème en main s'ils voulaient survivre à tout cela. Du moins... En théorie. Liam n'avait pas tort : il y avait des questions à se poser et même si le long discours de Kiss avait éclipsé l'intervention de Sparkles, Laoghaire n'avait pas oublié et prit la parole de sa voix rauque, profondément marquée par son lourd accent.

- On a tous du souci à se faire ici, commença-t-elle en citant Kiss, mais certains moins que d'autres, on dirait... Ses yeux se vrillèrent du côté de Bristol, sur Calder dans un coin de la pièce. Belle réussite, Calder. Un gang florissant, une ascension particulièrement spectaculaire sur du sang tout frais... Un vrai travail de maître. Encore plus quand on voit le contexte de cette réussite. Amusant, n'est-ce pas, que celui parmi nous qui réussit le mieux réussisse dans la ville la plus surveillée par la Milice, justement. Les Veilleurs n'ont pas l'air particulièrement touchés par toutes les méthodes citées par Kiss, je me trompe ?

La question était toute rhétorique : il n'était pas très compliqué d'additionner deux plus deux. Bristol était la ville la plus surveillée, celle que le gouvernement cherchait volontairement à épurer de tous ses maux et voilà qu'elle devenait un terrain prolifique pour un tout jeune gang.

- En même temps, siffla Laoghaire, avoir la moitié du gouvernement tous les soirs dans son cabaret doit aider.

Si les Chaporouge n'empiétaient que peu sur le territoire anglais, ce n'était pas pour autant qu'ils lui tournaient le dos et ignoraient ce qui s'y passait. Il n'avait pas été très compliqué pour quelques hommes envoyés par ses soins de prendre le pouls de la Voie et de Bristol en elle-même.

- Les grands discours d'unité en tant de crise... N'ayons pas la bêtise de croire que nous sommes tous dans le même bateau, c'est évident.
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June avait longuement hésité avant d'accepter l'invitation de Luis Alvaro. Une réunion secrète réunissant tous les chefs de gang influant du Royaume Uni. Voilà de quoi attirer l'attention. Il ne faisait aucun que c'était l'endroit où il fallait si l'on voulait tirer son épingle du jeu. Entre les alliés de Leopold Marchebank qui feraient tout pour écarter les soupçons de ceux qui jouaient encore à l'ancienne. Ceux qui finiraient par sombrer, dévorés par un pouvoir trop grand. Quel mal y avait-il à se mettre du côté des gagnants ? Il fallait évoluer avec son temps. Et tout portait à croire que le grand banditisme d'autrefois tendait à disparaître pour laisser apparaître des crapules d'un nouveau genre devant la fougue du nouveau gouvernement à vouloir les faire disparaître.

Son choix avait vite été fait. D'autant plus qu'elle savait qui était réellement Leopold Marchebank. Un homme comme eux. Rien de plus, rien de moins. Un mafieux snobinard qui avait su grimper les échelons en préservant sa statu de grand manitou dans l’anonymat. Mais finalement le but de cette réunion n'était sans doute pas de savoir s'il y avait des vendus ou non. De ce qu'elle avait compris et de ce qu'elle voyait, cette réunion inaugurait tout bonnement l'avenir de la mafia en Grande Bretagne. Et tous les noms illustres étaient là, en passant par les McStirling d'Ecosse à Roy Calder de Bristol.

Et c'était la présence de ce dernier qui avait mis le doute en elle. Elle n'avait pas peur de l'affronter. Leur dernier combat avait été faussé par la surprise qu'elle avait eu de le voir si prompt à vouloir la tuer. Mais depuis la petite mise au point aux Folies Sorcières, elle savait qu'il avait les poings liés. Tout comme elle d'ailleurs. Même si elle avait une certaine longueur d'avance. Le fait de garder de bons thermes même avec les trafiquants qui n'avaient pas passé de contrat avec le nouveau régime lui laissait une échappatoire au cas où les choses tourneraient mal. Il resterait toujours des miettes à grappiller quelque part. Quoiqu'il arrive. Et Leopold Marchebank comme tout le monde avait ses faiblesses. Peut-être qu'un jour quelqu'un trouverait la faille et le reverserait. Et ce jour là, il fallait qu'elle soit capable de retomber sur ses pattes sans perdre trop de plumes au passage.

Installée confortablement, elle faisait distraitement tourner un gallion entre ses doigts. Laissant son regard indifférent parcourir l'assemblée. Un léger sourire narquois étirant ses lèvres lorsqu'elle croisa celui de Roy. Avant de poursuivre son examen des lieux. Elle salua d'un signe de tête Laoghaire lorsqu'elle entra dans la pièce. La deuxième et seule autre femme de la pièce. Un accord presque tacite existait entre les deux. Une alliance toute naturelle. Mais cela n'empêchait pas la prudence et la méfiance. Si les Stirling ne jouaient pas sur le même terrain qu'elle, ils n'en restaient pas moins un clan rival. Comme tous les hommes présents autour de la table.

Elle ne se faisait aucune illusion. Les Venomous Tentacula étaient un jeune gang comparé à d'autre. A peine dix ans d'existence. Cinq ans que leur nom avait pris une réelle place sur le marché. Pourtant, elle faisait partie des nouvelles têtes du grand banditisme. Elle était l'avenir alors que malgré ce qu'ils voulaient faire croire les Chaporouges faisaient parti du passé au même titre que les Sharaks. Et pourtant... Elle voulait garder les liens intactes. Car le vent pouvait tourner. L'histoire l'avait déjà prouvé plus d'une fois. Et Alvaro avait beau dire que leur petite réunion ne visait qu'à éviter une nouvelle guerre des gangs en séparant équitablement ce qu'il restait des Black Selkies, elle n'était pas aveugle.

Pour elle, ce n'était rien de plus, une façon de voir qui avait rejoint le côté de Marchebank et voir ceux qui résisteraient encore. Les absents seraient éradiqués, c'était quasiment certains. Quant aux autres... Seul l'avenir le dirait. Elle esquissa un léger sourire en direction de Liam Sparkles alors qu'il créait l'effet de surprise.

"Liam... Quelle joie de te voir. Tu es venue représenter l'Irlande en ma compagnie ?"

Elle aimait beaucoup l'homme. Il était un précieux allié. Ou du moins, ils gardaient des relations courtoises en évitant de marcher sur leurs plates bandes respectives. Elle écouta avec un sourire aux lèvres son intervention. Et voilà que les doutes et les questions commençaient. Elle voyait sur certains visages que les doutes émis par Liam étaient partagés par beaucoup et des certains regards convergèrent vers Roy. S'il y avait quelque chose qu'elle partageait avec le leader irlandais des Sharacks, c'était bien sa haine pour Roy Calder. Elle pouvait comprendre son désir de voir sa tête tomber. Mais son alliance avec Marchebank l'empêchait de toucher au précieux petit loufiat du grand manitou.

Elle écouta l'intervention plutôt maline de Johnny Kiss et hocha plusieurs fois la tête pour montrer son accord. Il avait le bagou et la capacité de convaincre, c'était certain. Pourtant les plus intelligents d'entre eux ne se feraient pas avoir. Et c'était le cas de Laoghaire qui prenait justement la parole en accusant directement Roy cette fois. La jeune femme ne put retenir son léger sourire clairement amusé et narquois à la fois. Il était grillé le petit. Et pourtant... Ils étaient dans le même camp, elle allait devoir la jouer fine pour ne pas se faire avoir. Après tout leurs désaccords n'étaient pas passés inaperçus. Elle s'était exilée en Irlande. Ou ses affaires s'y portaient mieux finalement.

"Calder a réussi un coup de maître mais il ne l'a pas réussi tout seul. D'autres gangs sont venus s'ajouter à l'équation. N'oublions pas ce cher Norvel. Ne te cache pas mon grand !, elle lui jeta un sourire carnassier avant de détourner le regard. Et il ne faut pas oublier que la Voie est le secret le mieux gardé de Grande Bretagne. Imprenable. Ce qui explique sans doute pourquoi Calder a pu aussi bien s'en sortir. Après tout, il a réussi à prendre la place de Griggs qui dirigeait plus ou moins la Voie avant lui avec les Sharacks. Ces derniers disparus, c'était facile de faire un tel exploit. Il n'a pas de concurrent direct et l'embargo de Bristol est un avantage pour notre ami. Il ne souffre d'aucune compétition."

Chacun de ses mots étaient une torture nécessaire pour le bien être de ses alliances. Toutefois, il ne fallait pas que Roy y prenne trop goût. Elle n'allait certainement pas s'arrêter là.

"De plus, il possède un avantage avec son cabaret. Cela lui procure une couverture plutôt avantageuse. Il a su tirer son épingle du jeu en jouant avec les cartes qu'il avait en sa possession. Chacun d'entre nous aurait fait de même. Et le premier qui dira le contraire est un menteur. Je ne pense sincèrement pas qu'il faille avoir des tickets avec la Milice pour arriver à en faire de même. Il a juste eu énormément de chance. Toutefois, si nous jouons le procès de Calder. Soyez certains que je ne m'opposerais pas à ce que vous lui tranchiez là tête. Et cette horrible barbichette au passage. Répartir plus équitablement les possessions de notre cher petit bouffon pourrait être intéressant. Bien plus que l'héritage des Black Selkies en tout cas."

Son sourire s'agrandit légèrement alors qu'elle se laissait retomber contre le dossier de son siège. Jouant toujours négligemment avec son gallion. S'amusant à le faire tourner entre ses doigts.


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« J’y penserai quand j’aurai besoin d’un trou où me planquer ! » ricana Roy, alors que Luis lui proposait d’intégrer son gang.

Ce qui n’était qu’à moitié ironique quand on considérait le nombre de gens qui lui en voulaient, attablés ce soir. S’efforçant d’ignorer royalement June Byrd, il ne regarda pas non plus ceux qu’il sentait poser un regard pesant sur lui. Il se contenta de s’asseoir et papoter un petit temps sur les dernières nouvelles à Bristol avec l’organisateur de cette rencontre. Il ne serait pas celui qui montrerait les dents le premier, ce soir était celui des négociations. Tant qu’on ne lui chercherait aucune noise, Roy avait décidé de jouer les règles du jeu, même envers une femme comme June qu’il rêvait d’étrangler dans son sommeil -ce qui n’était un secret pour personne ici.

Mais personne n’avait sans doute une rancune aussi tenace envers, et -il devait l’avouer- légitime, que l’homme qui pénétra au moment où Luis s’apprêtait à commencer son discours. Roy soutint son regard sans ciller, conscient de la morgue luisant dans ces prunelles claires. Liam Sparkles. C’était la première fois que Roy le voyait en chair et en os. Il le reconnaissait d’abord parce que tous les frères Sparkles se ressemblaient, mais surtout parce qu’il avait eu entre les mains les photos de toute la dynastie Sparkles lorsqu’il avait décidé d’entrer en guerre contre ce gang aux multiples tentacules. Roy s’était contenté d’abattre personnellement celle qui était basée à Bristol, ce qui avait été suffisamment difficile comme cela, il n’avait pas eu l’impudence de tenter de réduire à néant toutes les branches de ce clan disséminé dans toute l’Angleterre, mais il avait constaté -non sans un certain plaisir- qu’avoir coupé la tête avait fortement fragilisé les autres piliers. Les Sharaks avaient perdu leurs soutiens et leurs affaires dans toute l’Angleterre, tous savaient aujourd’hui qu’ils avaient été forcés de se replier vers le seul bastion encore à peu près en marche : celui de Liam, à Belfast. Et… Oui, c’était en majeure partie de sa faute à lui, Roy Calder, le jeune loup aux dents aiguisées, tout nouveau chef sur le marché. Cela dit, tous savaient qui avait commencé cette guerre de gang, ici, et cela ne relevait pas de son fait, aux dernières nouvelles…

Roy n’était pas assez arrogant pour s’imaginer qu’il n’avait à craindre aucune représaille de leur part, il restait d’ailleurs constamment sur ses gardes, quelques uns de ses espions étaient uniquement dévoués à la tâche de surveiller les agissements de ses plus grands ennemis. En revanche, il était assez orgueilleux pour afficher un air de façade parfaitement tranquille, même face à Liam. Il savait aujourd’hui combien les apparences compteraient, ils n’étaient pas tous venus seulement pour entrer dans des négociations houleuses. Cette rencontre était au moins à moitié une opération de communication. Sinon, Sparkles ne serait pas là, à agir comme un chef attendu comme tous les autres : à leur signifier donc qu’il était toujours dans l’arène, comme eux tous. De la même façon, il était hors de question pour Roy de laisser croire qu’il était encore ce jeune loup inexpérimenté échoué à leur table. Il n’avait nullement à rougir d’être ici, même s’il sentait que des regards perçants se tournaient régulièrement vers lui, il avait fait ses armes, il était même plus puissant à l’heure actuelle que certains vétérans parmi eux. Et il attendait d’un pied ferme ceux qui chercheraient à le mettre en difficulté.

Car il s’y attendait. Il s’attendait à ce qu’on lui demande de se justifier sur sa montée fulgurante, forcément louche. Il ne s’attendait pas forcément à ce que cela vienne si vite sur le tapis, en revanche, songea t-il avec un sombre sourire, sans regarder Liam au moment où il fit ses insinuations. La réponse habile de Johnny Kiss accapara un moment l’attention, Roy écouta en s’efforçant de garder un air imperturbable cet homme noyer le poisson sur le sujet de la Milice. Il s’y prenait bien, il devait le reconnaître, mais à vrai dire, il n’en attendait pas moins de la part de l’homme que Leopold avait choisi pour jouer à sa place le rôle de parrain officiel. Si Roy savait qui se cachait réellement derrière Johnny, il en était de même pour ce dernier : il savait quels liens le liaient à son supérieur. Roy n’avait pas défini avec Johnny de ligne de conduite à tenir pour cette rencontre, mais ces liens secrets les rendaient forcément complices, ou du moins, du même côté…

Sans rien ajouter pour l’instant au discours du blond, Roy vint appuyer son menton sur sa main, tandis qu’une troisième chef prenait la parole pour cibler le débat. Un sourire plutôt impertinent étira ses lèvres, alors qu’il soutenait le regard perçant de McStirling, qui complimentait sa réussite pour mieux le tacler derrière. Il eut presque envie de répondre « Ne sois pas si rageuse », mais tint sa langue, conscient que provoquer une écossaise glaciale au sang chaud à ce moment précis du débat n’était pas la meilleure idée du siècle. Elle posait le doigt sur des soupçons parfaitement légitimes. Roy n’aimait pas l’idée de devoir se justifier, mais il s’était attendu à devoir le faire en arrivant ici. En fait, il sentait une telle quantité de mauvaises ondes de jalousie autour de cette table qu’il avait presque envie de tapoter paternellement l’épaule de certains, pour apaiser un peu tout ce mauvais karma…

Mais quelqu’un devait forcément couper Roy dans cet élan de suffisance, et ce quelqu’un devait forcément être June Byrd. En partie parce qu’il avait décidé depuis un certain temps de détester absolument tout ce qui sortait de sa bouche, mais surtout parce qu’elle se montrait sacrément insolente quand on savait lire derrière les lignes, Roy détesta absolument tout ce qu’elle déclara à sa place, même la partie sensée le défendre. Tout d’abord, il n’avait pas besoin d’un avocat pour parler à sa place, encore moins si c’était elle. De qui se moquait t-elle, ce n’était pas parce qu’ils étaient officieusement « copains » qu’elle devait se sentir obligé de voler à son secours, ne pouvait t-elle pas faire comme lui et se contenter de l’ignorer ? Lui, s’il l’avait vue dans une situation délicate à tenter de se dépatouiller, il serait resté silencieux et bon public. Leopold avait obtenu de lui qu’il ne tente plus de l’assassiner, pas qu’il lui serve de canne de secours. Alors mince, qu’elle le laisse dans sa mouise, surtout si c’était pour le rabaisser au passage.

*Bah voyons, dis que je suis incapable de me creuser ma place tout seul et que je suis juste un gros chanceux, espèce de… Notre cher petit bouffon ??! … Qui est-ce qui t’a appris ce que tu sais pour te tenir attablée ici, et maintenant, tu joues les professionnelles pendant que c’est moi le petit jeune nouveau ?? Sale petite pét****…*

Une longue suite d’insultes salées suivirent dans les pensées sombres de Roy, presque soufflé face à tant d’insolence. Ah, à ce niveau-là, elle l’étonnerait toujours, c’était à croire que cette femme n’avait pas de limites. Si ses yeux avaient pu lancer des sortilèges impardonnables, June serait sûrement réduite en cendres, et Luis dut le sentir, car il s’empressa de recentrer la discussion d’un grand sourire avenant, qui n’adoucissait toutefois pas le ton ferme qu’il prit pour rappeler la mercenaire à l’ordre :

« Je ne vous ai pas réunis ici pour trancher des têtes. Un court silence suivit cette mise au point, avant qu’il ne tourne un regard vers Roy. Laissez au moins l’accusé s’exprimer. »

Il savait que derrière ce bref regard, Luis l’enjoignait à reprendre les rênes pour ne pas laisser cette meute de lions se faire un repas des quelques loups menteurs parmi eux. Car, quels jeux de dupes à cette table… Les alliances connues cachaient des complicités inattendues, qui devaient rester invisibles. Officiellement, rien d’autre que la haine réciproque liaient les Veilleurs aux Venenous Tentacula. Officiellement, les Doxy Ness était le gang le plus puissant de Londres, sans liens avec le dirigeant de ce pays, ni même avec les Veilleurs, tout juste une bonne entente avec la Peina Nuestra. Officiellement, les relations entre Luis, Johnny et Roy étaient cordiales, mais pas forcément complices…

Tout ne serait qu’une question de dosage, telle était la stratégie de Roy. Il allait dévoiler quelques unes de ses cartes pour mieux cacher celles qui étaient vraiment importantes. Tout nier en bloc, ou faire mine de rien, ne ferait qu’augmenter les soupçons. Il ne croyait pas qu’il pouvait les avoir de la même façon que June tentait d’endormir leur méfiance. C’était déjà trop tard, la question de Laoghaire avait été rhétorique plus qu’autre chose, ils avaient déjà tous tiré leurs conclusions, Roy le voyait dans les regards transperçants posés sur lui. Ce n’était pas une tripotée d’imbéciles qu’il avait face à lui, mais des chefs aguerris et loubards, habitués à mentir, tricher et jouer la comédie pour tirer leur épingle du jeu. Il ne les aurait pas d’une simple pirouette. Il devait se montrer au moins aussi fort qu’eux.

Mais d’abord, rabattre le caquet de cette espèce de… d’arpenteuse de remparts. Qu’est-ce qu’elle croyait, qu’elle l’aidait ? Il n’avait pas besoin d’elle, et il n’avait pas besoin non plus que l’on soupçonne la moindre connivence entre eux, ce qu’elle venait de laisser voir. Aussi bons soient ses arguments pour écarter les soupçons, elle venait d’en amener d’autres, car June Byrd volant au secours de Roy Calder était forcément suspect. Il allait donc se faire un plaisir de remettre les choses en ordre. Il préférait encore cela. S’avançant légèrement, coudes sur la table, Roy vrilla son regard sombre sur elle, un sinistre sourire aux lèvres.

« Trop aimable de parler à ma place, mais le petit bouffon n’a nullement besoin de ta commisération de grande princesse des salopes. Une insulte pour une autre, voilà qui lui semblait honorable. Il détacha son regard de la jeune femme, pour le reporter tour à tour sur les autres bandits attablés avec eux, croisant les bras. Le grand problème de June Byrd, après sa tête qui double de volume à chaque jour qui passe, ce n’est pas qu’elle vous prend pour des idiots, mais qu’elle me sous-estime. Quant à moi, je n’ai pas envie de vous prendre pour des idiots. »

Il continua son tour de table, s’attardant un peu plus longtemps sur Laoghaire McStirling qui l’avait attaqué directement. Oh il ne lui en voulait pas plus que cela, à choisir, il préférait des rivaux qui lui parlaient clairement, plutôt que ceux qui se montraient mielleux et le maudissaient par derrière, songea t-il en effleurant Norvel du regard. Puisque son cabaret l’avait grillé, Roy allait assumer, et en fait, s’il fallait parler langage de mafieux, il n’avait rien à se reprocher. En surface. Il tenait simplement à lui de ne laisser voir que cette surface. Il avait des contacts, oui. Simplement, personne n’avait besoin de savoir que ces contacts s’élevaient jusque la chef du BDA, et jusqu’au ministre lui-même, et personne n’avait besoin de savoir qu’ils machinaient ensemble pour tenir les rênes de ce pays. Roy décroisa les bras, pour les écarter doucement, haussant les épaules pour répliquer de son ton léger :

« En fait, je ne vois pas ce qui vous étonne tant. Je ne suis ni le premier, ni le seul à avoir quelques copains bien placés, non ? »

Un bref sourire s’installa sur ses lèvres à ces mots. Non, il n’avait pas à rougir d’user d’alliances avec des policiers ou des politiques pour grandir, ils le faisaient tous. C’était ce qui donnait l’avantage à un gang plus qu’un autre d’ailleurs : la présence des bons contacts aux bons endroits. Ils avaient tous, chacun d’entre eux sur cette table, accepté de verser un pot-de-vin un jour pour avoir la paix, ils avaient tous des taupes dans la Police Magique qui les informait des descentes, certains même, les plus puissants, avaient quelques amitiés toutes professionnelles et monnayées avec les officiels de ce pays : les directeurs de département, les juges du Magenmagot, les Aurors… Aujourd’hui, on lui en voulait parce qu’il avait décollé de façon un peu trop fulgurante, parce qu’il avait bousculé le confort et volé la vedette à quelques vieux gangs plus expérimentés que lui, mais n’étaient-ce pas les règles du jeu ? N’était-ce pas ainsi qu’ils fonctionnaient tous ? Il n’avait rien inventé, tout au plus, osé faire preuve d’un peu d’audace. Se tournant vers un homme au visage fin et au regard fureteur à sa droite, Roy poursuivit de son ton doucereux :

« Deans, comment se porte ton bar à hôtesses à Manchester ? Le juge Carlton vient toujours sauter tes femmes, je me trompe ? Twain, il me semble que ton frère a toujours veillé à soudoyer les gardes-côtes de Cardiff, pour avoir la paix. Puis son regard accrocha celui de la chef de gang rousse face à lui. Même toi, McStirling, on sait tous que si tu n’as jamais d’ennuis avec les douanes maritimes, c’est parce que tu sais bien corrompre les autorités portuaires qui surveillent ton territoire. »

Son ton et son regard se firent un peu plus sérieux, alors qu’il achevait :

« C’est du commerce qu’on fait tous ici, pas du racket. Glissement de regard en direction de Liam Sparkles. Lui était peut-être le moins violent de ses frères, mais aucun n’ignorait quelle avait été la politique de sa famille toutes ces années. Roy n’était pas responsable de tout, non plus. Quand on voyait comme aucun ancien allié des sharaks n’avait daigné tenter de les sortir d’affaire, et comme ils s’étaient tous au contraire empressés de se jeter sur les miettes, le message était clair, pour Roy : ceux qui se montraient trop voraces et sanglants finissaient forcément un jour par gésir parmi les cadavres sur lesquels ils avaient installé leur pouvoir, et c’était bien fait. Alors c’est la loi des affaires, avec son lot d’alliances et de négociations. L’époque des monarques assis sur leur trône par la force de la violence est révolue. »

En terme de message subliminal, Roy pouvait difficilement faire plus lisible, tous avaient sûrement compris, mais c’était le but : il ne comptait nullement se cacher. Sur cette provocation, il comptait faire réagir Liam, car il était curieux de voir ce qui avait amené un sharak à se mettre à leur table à un moment où ils essuyaient encore la honte de leur défaite. Il était curieux d’un peu mieux connaître l’attitude et la stratégie de cet homme que l’on acclamait comme la tête raisonnable de sa famille. Détournant pour le moment le regard de Liam, Roy continua sur sa lancée, appuyant son doigt sur la table comme mieux ancrer ses dires :

« Et elle est révolue parce que dorénavant, nous avons un gouvernement qui traque ceux d’entre nous qui sont trop visibles. Et personne ne pouvait défendre les Black Selkies sur ce point non plus : en grands rois de Londres, ils n’avaient jamais lésiné sur les moyens de bien faire entendre qu’ils étaient les plus forts. C’est évident, non ? Regardez lesquels se sont faits attraper. Comme dit Kiss, on est devenus les nouveaux ennemis officiels du pays. Marchebank essaye juste de se faire passer pour le grand héros sauveur du peuple, après la guerre des gangs. Sinon il n’aurait pas monté un corps spécial de maintien de l’ordre et il n’aurait pas répercuté la moindre des captures de sa Milice à grand renfort de pub dans la presse. Les Black Selkies étaient trop connus, trop pesants dans la capitale du pouvoir, et vous savez quoi ? Leurs contacts à la Justice Magique -parce qu’on sait tous qu’ils en avaient- n’ont même pas réussi à les sauver, visiblement. La différence avec les gouvernements précédents, c’est que cette fois, on a un ministre qui met vraiment les moyens de nous traquer, au lieu de se payer des vacances en Floride. Les Black Selkies, c’était une trop belle occasion, un trop gros coup pour que la Milice fasse l’impasse dessus. Ce qui devait l’amener à la fin de son raisonnement… Donc je ne suis pas tellement plus à l’abri que vous, en vérité. Si je suis tranquille pour l’instant, c’est surtout parce que la population n’entend plus parler des mafieux à Bristol. Vous, forcément, vous venez directement dans la Voie quand vous passez, mais faites un tour par les rues civiles, la prochaine fois, et ouvrez les yeux. Même les chiens n’osent plus pisser sur le trottoir. Alors, oui, j’ai dans la poche ceux qui officient à Bristol et oui, je leur paye des tournées dans mon cabaret, mais si Marchebank décide de se donner le titre de celui qui a découvert la si secrète Voie des Miracles, en plus du grand père du peuple, vous croyez vraiment je vais pas les avoir au cul ? »

Sur cette question plus rhétorique qu’autre chose, Roy termina en fronçant légèrement les sourcils, le ton plus dur :

« Alors, on continue le procès de ceux qui n’ont rien volé de leur place, ou on discute en bonne intelligence de ce qu’on fait des perdants ? »

Car il voulait bien apaiser les tensions pour le bien de leurs affaires communes, mais il était hors de question qu’il accepte d’être mis sur le banc des accusés plus longtemps que cela. Tout n’était qu’une question de communication, comme toujours. Se confondre en justifications légitimait l’accusation, en plus de le faire passer pour le faiblard qui devait encore blanchir sa présence. Ce qu’il refusait d’être.



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Laoghaire McStirling, 36 ans, chef des Chaporouges de Dundee et de Perth

Laoghaire secoua doucement la tête aux propos de June Byrd. Non, c'était trop facile de partir sur cette excuse-là, de justifier l'ascension phénoménale de Calder par la position secrète de la Voie des Miracles. C'était certes un endroit plus à l'écart, certains gangs, dont le sien, étaient plus exposés mais la Voie n'était pas infranchissable et les forces de l'ordre n'était pas si aveugles que cela. C'était peut-être le fait de ne pas y exercer mais Laoghaire ne pensait pas la partie secrète de Bristol imprenable, non. Pour le moment, c'était un lieu bien gardé car tous les malfrats qui y exerçaient avaient avantage à rester isolés mais elle n'était pas si difficile à faire tomber. Toutes les forteresses avaient leurs faiblesses, celle-ci n'était pas une exception. D'ailleurs, le loup était déjà dans la bergerie, elle en était persuadée. C'était une présence insidieuse, cachée mais c'était là, c'était pour cela qu'elle avait pris la parole contre Calder aujourd'hui, à cette table. Le plus grand secret de la Voie des Miracles, ce n'était pas son existence propre : c'était qui en était le véritable maître.

L'intervention de Byrd en la faveur du chef des Veilleurs ne fit que confirmer Laoghaire dans sa méfiance, sans qu'elle ne sache exactement ce qu'elle en pensait réellement. L'inimité entre ces deux-là était célèbre et leurs conflits étaient parvenus à l'autre bout du Royaume-Uni, leurs tentatives de meurtres également. Laoghaire aurait songé qu'elle sauterait sur l'occasion pour l'enfoncer, c'est ce qu'elle aurait fait à sa place. Elle avait tout à gagner à la disparition de Calder, y compris sa propre vie sans menace, mais elle soutenait qu'il avait gagné son marché de manière propre. Elle observa Roy la remettre à sa place de son regard perçant, sans rien laisser apparaître de ce qu'elle pensait de la situation sur ses traits. Laoghaire ne savait pas exactement ce qui se tramait, elle aurait aimé avoir toutes les cartes en main mais elle n'en n'avait qu'une : sa méfiance naturelle. Il y avait Strangulot sous roche, quelque part dans cette pièce, quelque part dans ce pays et elle n'avait pas l'intention de se laisser entraîner par le fond parce qu'elle avait fermé les yeux sur ce que lui soufflait son instinct. Elle soutint son regard lorsqu'il prit la parole, prête à écouter ce qu'il avait à dire. Laoghaire avait beau être méfiante, elle savait aussi écouter quand venait le moment de placer ses pions et ne chuterait pas par orgueil d'être restée sur ses positions.

Elle n'irait jamais dire que Roy Calder n'était pas intelligent. Il l'était, visiblement, redoutablement. Tout ce qu'il évoqua était vrai : leurs alliances avec les bonnes personnes faisaient leurs fonds de commerce. Si les Chaporouge tenaient si bien la mer, c'est parce qu'ils y étaient implantés depuis des générations et avaient toujours eu l'art et la manière de bien faire comprendre aux douanes quels étaient leurs intérêts, au point que les représentants du Ministère comptaient tout naturellement leurs pots-de-vin dans leurs salaires mensuels. Ce n'était pas tant le fait que Roy Calder ait des alliances qui posait problème, bien que son ascension soit forcément enviable, c'est que Laoghaire doutait réellement de la véritable profondeur de ces alliances. Elle avait l'impression qu'il y avait plus. Elle n'avait rien, rien pour étayer son raisonnement et elle pouvait parfaitement se tromper car la version servie par Calder semblait logique et vraie. Il n'avait pas tort, son commerce était discret, Bristol semblait calme et le Ministère pouvait tout à fait se satisfaire de cette apparente tranquillité. Laoghaire ne croyait pas en la bonne volonté des politiciens, tout n'était qu'image à servir à la population afin qu'elle mette le bon nom dans l'urne. Soudoyer la Milice avait pu être suffisant pour que les Veilleurs fassent leur business tranquillement mais... Et si son intuition première était bonne ? Si elle ne s'était pas trompée et que l'alliance de Calder dépassait ce qu'il voulait bien leur laisser entendre ? La surface était entendable et tenait la route, mais si l'on grattait un peu en dessous ?

Car non, Laoghaire ne croyait pas aux politiciens mais elle en avait vu assez pour savoir que Marchebank avait l'innovation de faire des choses, réellement. Les autres gouvernements avaient eu la prétention de s'en prendre un peu à eux s'étaient contentés d'être superficiels, Marchebank attaquait à la source. Il était trop tôt pour se prononcer réellement sur les Veilleurs, réalisa-t-elle. Elle ne pouvait pas étayer ses projets sur des soupçons qui pouvaient s'avérer faux, au point de manquer un allié qui pourrait être précieux si les choses se compliquaient mais elle ne pouvait pas pour autant faire confiance à Calder et croire ses belles paroles qui avaient tout de même le mérite de les bercer doucement. Ils auraient presque avoir envie d'y croire et certains dans la pièce le firent même peut-être. Elle-même ne savait pas trop quoi en penser et choisit ce qui avait toujours caractérisé sa famille : la prudence. Elle fixa Calder un long moment avant d'échanger un bref regard avec Lachlan et Murchadh, ne laissant rien apparaître de ce qu'elle pouvait penser de tout cela. Les Chaporouge avaient des valeurs, oui, une vision pour ce milieu qui était le leur. Ils étaient l'ancienne génération, celle qui suivait les règles anciennes qui avaient régné sur leurs milieux. Mais Laoghaire n'était pas stupide au point de faire de ces valeurs la baguette qui leur jetterait le dernier sort : elle suivrait le vent et ce qui lui permettait de s'en sortir, comme toujours.

- Comme disait Alvaro, commença-t-elle, nous ne sommes pas ici pour couper des têtes.

Mais ce n'est peut-être que partie remise, semblait dire son regard.

- Peu importe nos motivations ce soir, nous avons tout intérêt à travailler ensemble sur l'affaire des Black Selkies. Pour le reste... L'avenir nous le dira.

Et elle avait hâte d'en connaître la réponse.
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hors jeu:
 


Liam Sparkles 36 ans
Frère de Joe Sparkles assassiné lors de la guerre des gangs
Chef des Sharaks de Belfast
.




Byrd prenant  la défense de Calder, s'était à ne rien y comprendre ! L'inimité entre June et Roy était pourtant connue de tous, et plus cette réunion avançait, plus Liam se félicitait d'avoir eut le culot de s'y rendre: En restant à l'extérieur, il n'aurait pas pu assister à ce genre de revirement et il espérait ne pas être le seul à s'en étonner. Les cartes avaient-elles été redistribuées pendant que le clan Sparkles était occupé à panser ses plaies ? Les Sharacks n'avaient pas quitté le devant de la scène durant très longtemps mais c'était suffisant pour que de nouvelles alliances se tissent.

Liam relégua cette hypothèse dans un coin de son esprit pour la soumettre à ses frères,  et peut-être aux McStirling, puis il se concentra sur la prise de parole de celui qui détenait dorénavant son fief familial de Bristol. Liam s'efforça de l'écouter d'un air qui se voulait serein sans l'interrompre une seule fois.

" Quel orateur, souligna-t-il quand Roy eut fini son discours très policé, Un vrai politique...  " je n’ai pas envie de vous prendre pour des idiots"  , cita-t-il d'un air appréciateur, C'est beau.  Tu vas jusqu'à copier leur tic de langage et leur discours langue de bois... Si j'étais une petite ménagère de Bristol je voterai pour toi !"

Laoghaire intervint alors, plutôt encline à clore le débat qu'à attiser le feu:

"Je sais, nous ne sommes pas là pour couper des têtes, répondit Liam en s'adressant à l'écossaise, mais avoue que certains sous-entendus invitaient clairement une réponse de ma part." ajouta-il avant de se tourner vers Alvaro. Il était l'hôte ce soir et Liam ne reprendrait pas sans son approbation qui ne tarda pas à arriver sous la forme d'un hochement de tête:

"Alors oui, les Sharak ont usé de violence pour tenter de conserver leur territoire. Je ne peux pas le nier mais je ne crois pas me tromper en disant qu'ici, tout le monde fait de même quand ses intérêts sont menacés ou quand les négociations n'aboutissent à rien d'acceptable. "
Un regard pour Norvel puis pour Calder:

" Si nous n'étions que de simples commerçants, Alvaro ne nous aurait pas tous désarmé avant d'entrer non ? lança-t-il, les paumes vers le ciel comme s'il s'agissait d'une évidence, Et je suis sûr que certains d'entre vous ont frémi de peur à l'idée que Johnny leur fasse une troisième bises, allez, avouez, On est entre nous... " ajouta-t-il en se permettant un léger sourire amusé bien qu'il ne le soit pas le moins du monde.

"La violence fait partie de notre métier, reprit-il avec gravité, elle est présente sur nos bannières, faisant référence aux couleurs des Chaporouge,  elle transpire de chacun de nous dans cette assemblée et même toi saint Calder, tu y a recours: Ce n'est  pas parce que tu coupes les langues des hommes de June qu'ils ne peuvent pas raconter ce que tu leurs fais... Le ton n'était pas accusateur, plutôt de l'ordre du constat, On ne te blâme pas pour ça. Pour la même raison qu' on ne me blâme pas pour ce qu'à pu faire Joe, mon frère. On sait tous ici que ça fait partie du job contrairement à ce que tu veux nous faire croire.  Alors, quand tu dis que tu ne nous prends pas pour des cons, assure toi de le faire. C'est tout."

Liam attrapa son verre rempli de Ragnarov pour en boire une seule gorgée. Il voulait garder les idées claires ce soir.
 
"Mais, ne vous méprenez pas, j'apprécie de pouvoir discuter avec vous tous sans voir une seule baguette pointée sur moi. Surtout quand des questions de fond sont soulevées. Je pense que les Chaporouges ont osé dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas. Cette situation réussie à certains mais c'est loin d'être le cas de nous tous. Johnny a apporté des éléments de réponses, Calder également. Toutefois il me semble que nous aimerions tous retrouver un climat plus propice pour notre activité. Les Black Selkies n'étaient pas nés de la dernière pluie: On ne devient pas le premier clan de Londres sans avoir dans sa poche des juges, des flics et des directeurs de départements. Alors peut-être que Peterson et consœurs sont incorruptibles mais comment expliquez-vous que personne ne pâtisse du démantèlement des Selkies du côté du gouvernement ? Pas même un petit juge du Magenmagot ? Si ces filles faisaient si bien leur travail, des têtes devraient tomber non ?"

Il se tut quelques instants et reprit:

"Rendons-nous à l'évidence, ce n'est que de la poudre aux yeux tout ça, comme tout ce que fait Marchebank en fait,
lâcha-t-il en faisant tourner son verre entre ses mains, Il ne veut pas régler des questions de fond durablement. Comme le dit Johnny,  Scrimgeour et Schaklebot avaient les Mangemorts,  Fiennes et Dalnox, les Mardoliens,... Il lui fallait quelque chose à combattre alors il a choisi la pègre mais qu'est ce qui nous empêche de détourner  son attention de nos petits trafics en lui servant sur un plateau d'argent un vilain méchant, pire que nous ? On aurait pas grand chose à faire vous savez..."

Il interrogea l'assemblée du regard et s'arrêta sur Roy:

 " D'ailleurs Calder, je suis étonné que tu ne nous parles pas de ce qui s'est passé la semaine dernière devant ton Casino ?" Qu'a titré Multiplettes déjà ? s'enquit-il en  faisant mine de réfléchir quelques secondes " Les terroristes sèment un vent de panique après l'agression de monsieur Bannerman." Pour une ville calme où les chiens n’osent plus pisser sur le trottoir, je trouve quand même que Bristol demeure bien agitée, lâcha-t-il innocemment, Enfin, personnellement je trouve que ces terroristes tombent à point nommé... On pourrait peut-être leur donner discrètement un petit coup de pouce dans leur combat contre ce régime dictatorial..."

Il reposa son verre sur sa table.

"Comment se font-ils appeler déjà ? "

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