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 Somebody to lean on [Roy]

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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20 Mai 2009

Isobel ne trouvait pas le sommeil. C'était un fait malheureusement courant depuis plusieurs mois mais d'habitude, elle était tout de même plongée dans une douce léthargie, une somnolence qui avait le mérite de la reposer un minimum. Ce soir-là, rien ne venait et elle se retournait dans son lit tout aussi réveillée que lorsqu'elle était venue se coucher, malgré toutes ses tentatives pour s'endormir. Poussant un profond soupir, elle tourna la tête vers son réveil qui annonçait presque joyeusement qu'on arrivait sur les coups de deux heures du matin, c'est-à-dire qu'elle serait au Ministère de la Magie dans six heures. Merveilleux. Tournant le dos à sa table de nuit, elle s'installa au milieu du lit et ferma les yeux, un peu désespérée. Il lui aurait été sûrement plus facile de s'endormir si elle ne passait pas son temps – et ses nuits – à penser à tout ce qui n'allait pas dans sa vie, ses angoisses profitant de l'obscurité et de son inactivité pour revenir la tourmenter. Les mêmes choses défilaient sans cesse dans sa tête – Abel, sa mère, la Nouvelle-Orléans, le coven – et elle commençait sérieusement à être lassée de ressasser le même film sans pour autant arriver à en changer malgré toutes ses tentatives.

Comme si tout cela ne suffisait pas, était venu s'ajouter depuis quelques jours à la liste de ses préoccupations – et regrets – la dispute absolument stupide qu'elle avait eu avec Roy trois jours auparavant aux Folies Sorcières. Elle regrettait cette soirée du début jusqu'à la fin, elle regrettait chacun de ses mots et avait envie de se taper la tête contre quelque chose en repensant à leur conversation. Elle était sur les nerfs, et en tort, il était tout aussi contrarié qu'elle et les choses étaient parties en vrille sans qu'elle ne puisse, en réalité ne cherche, l'arrêter. Ils ne s'étaient jamais disputé, jamais. Six ans, bientôt sept, d'amitié sans le moindre nuage et voilà qu'en même pas un quart d'heure, ils étaient passés d'une complicité parfaite à un froid polaire à s'échanger des vacheries à peine dissimulées et à s'en vouloir à mort. Le pire étant sûrement qu'ils se soient disputés à cause de Mildred Magpie, qui avait sûrement débouché le champagne si cette information était parvenue à ses oreilles...

Isobel détestait cette situation. Elle n'avait pas remis les pieds aux Folies depuis cet événement, n'avait même pas cherché à contacter Roy, comme si tout cela lui était égal et qu'elle n'y pensait absolument pas. En réalité, elle y pensait bien trop. Ils n'étaient pas tout le temps l'un avec l'autre en temps normal, mais ils savaient qu'ils n'avaient qu'à échanger quelques mots pour se retrouver et c'était apaisant, de savoir cela. Le pire étant sûrement que cette fois-ci, contrairement à toutes les nombreuses fois où l'une de ses relations avait fini dans le mur, Isy n'arrivait pas à se convaincre qu'elle avait eu raison, tout simplement parce qu'elle savait pertinemment qu'elle avait tort, même si c'était plus que difficile à admettre pour elle, qui détestait reconnaître ses erreurs ou ses défaillances. Elle aurait aimé pouvoir occulter cette situation mais hier encore, lorsqu'elle avait appris quelques ragots croustillants sur un sous-secrétaire d’État qui fréquentait assidûment les Folies, la première personne avec qui elle avait songé les partager avait été Roy... avant qu'elle ne se rappelle que ce n'était plus possible. C'était idiot, songea-t-elle en se retournant une nouvelle fois. Toute cette situation était idiote, cette dispute était idiote et ce silence l'était encore plus. Cela la travaillait et elle espérait honnêtement que cela travaillait Roy aussi, bien qu'ils soient tous les deux bien trop fiers pour l'admettre.

Il y avait peu de choses sur lesquelles elle avait le contrôle et le pouvoir d'agir dans sa vie ces temps-ci – puisque toute cette histoire de Louisiane était entre les mains d'Abel et de sa mère – mais sa relation avec Roy, elle pouvait encore y faire quelque chose plutôt que de rester à se morfondre dans son coin par fierté. D'accord, c'est ce qu'elle aurait fait en temps normal mais... Visiblement, cette technique lui réussissait de moins en moins. Le réveil indiqua deux heures et Isy eut un bref instant l'envie de s'étouffer avec son oreiller, surtout que les mots d'Abel venaient encore une fois de revenir dans son esprit. Lui aussi il lui reprochait ça, sa fierté, ne pas savoir s'excuser, reconnaître qu'elle avait pu faire une erreur... Mais qu'est-ce qu'il fichait encore dans son esprit, à la fin ? Il l'énervait. Elle s'énervait. Tout l'énervait. Nouveau soupir de sa part tandis qu'elle revenait sur le dos, fixant le plafond. Pourquoi est-ce que tout devait aller de travers cette année ? Deux heures cinq. A quoi bon être fière si c'était pour finir encore une fois toute seule ? Isobel hésita quelques secondes... Puis repoussa la couette, posant ses pieds sur le sol. Elle enfila un jean, chose assez rare pour être signalée, une veste et referma la porte de son appartement derrière elle, son chat en profitant pour s'installer dans les draps encore chauds.

Elle avait hésité quelques secondes avant de transplaner, entre la villa de Roy et les Folies, se décidant finalement pour la première. Peut-être qu'il n'y serait pas, il était encore tôt pour les fêtards, mais elle n'avait pas envie de remettre les pieds au Casino dont l'évocation réveillait chez elle un sentiment de culpabilité et la ramenait un peu trop à leur petite conversation de l'autre soir. Les lumières étaient allumées, elle les distinguait à travers les grandes baies vitrées et elle remercia ses ancêtres de lui épargner l'humiliation de trouver en plus une maison vide : elle aurait eu l'air idiot. Se glissant jusqu'à la porte, elle frappa quelques coups, ses bras croisés sur sa poitrine, à la fois parce qu'elle avait un peu froid mais aussi parce qu'elle ne savait pas quoi dire. Elle était venue ici sur un coup de tête et même si elle savait ce qu'elle avait à faire, elle n'était pas vraiment coutumière – euphémisme – de ce genre de choses. Le battant s'ouvrit sur Roy et Isobel ne lui laissa même pas le temps d'ouvrir la bouche : elle se jetait à l'eau maintenant, bridait sa fierté quelques secondes ou elle prenait le risque de ne jamais y arriver.

- Laisse-moi parler, commença-t-elle de manière plus que cavalière. Ce qui s'est passé il y a trois jours, c'était complètement stupide, j'étais de mauvaise humeur, ce n'était pas contre toi et mes mots ont dépassé ma pensée. Je... Je suis désolée.

Et bien voilà Isobel, ce n'était pas si difficile que ça, non ?

- Et je n'aurai pas dû jeter une malédiction sur ton cabaret, j'ai pas réfléchi, j'ai fais une bêtise. Excuse-moi.

Elle avait dit tout cela un peu trop vite, comme si ralentir allait la bloquer dans son élan. C'était sûrement la première fois depuis des années qu'elle présentait des excuses sincères à quelqu'un et elle se sentait étrangement... soulagée.

- Salut, au fait, tenta-t-elle avec un léger sourire en coin.

Cette fois-ci, on ne pourrait pas lui reprocher de ne pas avoir fait d'efforts. Pour une fois.


Isobel Lavespère
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Roy CalderChef de la mafiaavatar
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La voix forte d’Antonino ne maintenait pas tout à fait Roy dans la conversation qui se tenait dans le généreux salon de sa villa. De toute manière, sa participation n’était pas forcément requise, la discussion avait viré sur les paris magiques, et Roy avait laissé le leadership de cette partie de ses affaires à Toni, qui faisait un excellent bookmaker. Il lui faisait entièrement confiance sur la question, et s’il pouvait éviter de se prendre la tête sur un sujet de plus, il ne crachait pas dessus… Il n’écoutait donc que d’une oreille la conversation entre Toni et les cinq ou six autres Veilleurs présents dans la pièce, sa position allongée sur le canapé, bras croisés et yeux fermés signifiant à tous qu’il cherchait un peu de repos. Personne ne venait donc chercher à le faire participer, et c’était tout à fait ce que voulait Roy. Juste une soirée, éviter de s’endormir sur ses soucis professionnels…

Car ces derniers jours, ils avaient tendance à se mêler à des inquiétudes personnelles, et si Roy faisait tout pour maintenir la tête hors de l’eau, en ce moment, il se sentait dans l’un de ces instants où trop de choses le tourmentaient pour qu’il parvienne à faire tout le temps mine de rien. Roy était dans un état assez instable, parfois il se montrait très calme, puis le jour suivant, il ressemblait à un porc-épic qu’il valait mieux ne pas toucher. Il avait mille raisons d’agresser le monde entier, ces derniers jours. En vérité, en ce moment, Juliana était la seule chose qui lui arrivait de bien dans sa vie, sans elle, il aurait sûrement déjà fait de grosses bêtises. Elle était peut-être une source d’inquiétude mais elle était surtout une grande source d’apaisement pour lui, au bord de péter les plombs.

Car même son soutien de toujours l’avait laissé tomber. Plus Roy pensait à cette dispute avec Isobel, plus il se sentait profondément stupide. Il était à deux doigts de la chercher pour arranger les choses, c’était d’ailleurs ce à quoi il pensait présentement, allongé sur son canapé. Le premier jour, il avait attendu, enveloppé dans sa fierté, qu’elle revienne s’excuser. Elle n’était pas venue. Cela faisait quatre jours qu’elle n’avait plus posé le pied aux Folies Sorcières, et Roy était à couteaux tirés avec trop de monde pour qu’il se permette le luxe de s’obstiner plus longtemps. Surtout que cette histoire avec Isobel n’avait aucun sens, il ne lui en voulait même plus pour ce stupide esprit fantôme, à présent, le fait qu’elle ait jeté une malédiction sur son cabaret lui semblait peser ridiculement dans la balance face au risque de perdre une amie aussi précieuse qu’elle. Il était prêt à lui pardonner cette bêtise sans discuter, et même s’excuser de lui avoir dit de méchantes choses. Sur le coup, il s’était laissé emporter par la colère -pour ne pas changer- au fond, il ne pensait rien de ce qu’il avait pu lui dire.

Bref, il réfléchissait à où il aurait le plus de chances de la trouver, son appartement sans aucun doute, mais il n’était pas certain qu’elle ne lui claque pas la porte au nez. Pour le moment, Roy préparait son discours dans sa tête, histoire d’arriver avec au moins des chances de se faire entendre, et surtout de se faire comprendre. La meilleure approche était sûrement de s’excuser avant même qu’elle ait le temps d’ouvrir la bouche, parce qu’il connaissait Isobel, s’il la laissait parler, elle allait lui sortir ou ou deux sarcasmes dont elle avait le secret pour se protéger : toujours plus simple de se mettre sur la défensive d’abord.

« Boss ? »

La voix de Darrow l’extirpa de ses réflexions, Roy daigna ouvrir un oeil pour découvrir celui qu’il avait chargé de patrouiller dans les extérieurs de sa villa, tous les soirs, quelques Veilleurs alternaient pour assurer la sécurité de l’endroit, ne savait-on jamais qu’un sharack illuminé tente de pénétrer dans ce qui était sa demeure officielle, désormais.

« Lavespère attend dehors, on la fait entrer ? »

L’annonce lui fit totalement ouvrir les yeux. Il se redressa non sans surprise, réfléchit deux secondes à cette situation qu’il n’avait pas prévue avant de répondre :

« Non, laissez. J’y vais. »

Il n’allait pas se plaindre qu’elle soit d’elle-même venue à lui, c’était une occasion qu’il n’allait pas laisser filer. Il était même en droit de supposer qu’elle avait fait le même raisonnement que lui, mais plus rapidement, ou en tout cas, qu’elle s’était décidée plus vite. Pour le moment, décidant de garder un visage impassible et voir ce qu’elle voulait avant de s’avancer plus, il sortit jusqu’au portail, faisant signe à Darrow de s’éloigner, il préférait tenir cette conversation en privé.

Il découvrit Isobel dans l’une de ses postures défensives, avec son ton un peu brut, mais ne fit aucun commentaire, peu désireux de la couper dans son élan, et pas seulement parce qu’elle le lui avait demandé. Il voulait d’abord savoir dans quel état d’esprit elle était venue avant de dire quoique ce soit. La main sur le portail, il sentit quelque chose de bizarre remonter en lui en constatant qu’elle lui servait peu ou prou ce que lui avait prévu de lui dire. Quelque chose entre l’envie de rire et celle de se frapper la tête contre un mur, ainsi qu’une pointe de reconnaissance envers elle. Bien, bien, ils avaient été cons tous les deux, ils avaient l’humilité -et ce mot n’était pas faible quand on parlait d’eux deux- de le reconnaître. Roy avait déjà plus ou moins décidé qu’il ne lui en voulait plus, mais la façon dont elle s’excusa encore puis le salua maladroitement acheva de le conforter dans ce sentiment. Un petit temps de silence ponctua la fin de sa prise de parole, avant que Roy ne réponde, un léger sourire énigmatique aux lèvres :

« Mademoiselle Isobel Lavespère qui s’excuse… Deux fois, en plus. Je pensais que je pouvais crever avant de voir ça un jour. » La taquinerie lui avait échappé. Puis elle exprimait bien ce qu’il avait ressenti le lendemain et les jours suivants, en constatant qu’Isobel avait décidé de déserter le cabaret. « Genre elle va venir s’excuser un jour », oui, il lui en avait un peu voulu pour ça, par contre. Il ouvrit un peu plus grand son portail. « Entre. »

Roy mena la marche quelques instants jusque la terrasse en bordure de la piscine, seul endroit de son jardin où ils seraient assis et tranquilles pour discuter. Il prit place sur l’une de ses chaises, croisant les mains sur ses genoux en attendant qu’Isobel fasse de même. Un bref silence s’installa, parce que Roy hésitait encore sur quoi dire, mais il ne tarda pas à jeter à l’eau, ses doigts jouant machinalement entre eux.

« Je t’en veux pas, avoua t-il. En fait, j’étais en train de me demander si tu allais plutôt me claquer la porte au nez ou écouter ce que j’allais dire, si je me pointais chez toi sans prévenir. » Son sourire en coin revenu, Roy haussa les épaules, d’un geste faussement défaitiste. « Mais toi, tu ne t’embarrasses plus de ces politesses, alors… »

Il aurait pu être en train de dormir qu’elle aurait sonné quand même, pariait t-il. Certes, sa villa était rarement éteinte -à croire qu’il ne dormait jamais- donc elle donnait l’impression que quelqu’un était toujours à l’intérieur, ce qui était vrai, les Veilleurs passaient régulièrement par là. Son ton devint plus sérieux, tout comme son expression, alors qu’il reprenait :

« Je m’excuse aussi, j’étais juste énervé et je me suis un peu… défoulé sur toi. J’en ai fait un drame pour rien, de ton sort. Au fond, on aurait pas été tous les deux sur les crocs pour d’autres trucs à ce moment-là, on aurait juste trouvé un arrangement et c’était plié. Bref, je t’ai dit des trucs pas cool, que je pensais pas. Une seconde, cette fameuse tonalité moqueuse dans sa voix ressurgit, alors qu’il nuançait : Bon, cela dit, tu es effectivement une diva capricieuse. Maaaais c’est aussi pour que ça que je t’aime bien ! »

Que serait Isobel sans ce petit air condescendant qui lui seyait si bien, après tout.


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Le silence qui suivit ses excuses sembla long à Isobel tandis qu'elle fixait Roy. Si jamais il lui refermait le portail au nez... Cela avait déjà était suffisamment compliqué de prendre sur elle et de venir ici pour se faire pardonner, ce qu'elle ne faisait jamais, que si Roy ne saisissait pas cette perche, c'était fini. Elle ne ferait pas cela deux fois et il pourrait toujours courir pour essayer de revenir vers elle si l'envie lui en prenait. Elle en était là de ses ruminations pas très sympathiques lorsqu'un sourire naquit enfin sur les lèvres de Roy, qui ne résista pas à l'envie de la taquiner un peu.

- Roh, ça va, grommela-t-elle, plus pour la forme qu'autre chose.

Car malgré le ton employé, elle était soulagée de voir leurs relations se détendre soudainement et un léger sourire en coin illuminait son visage malgré son air faussement contrarié. Elle le suivit tandis qu'il ouvrait son portail, resserrant les pans de sa veste autour de ses épaules. Ils remontèrent jusqu'à la terrasse au bord de la piscine en silence, Isobel s'asseyant sur une chaise face à Roy, s'enfonçant dans l'assise. Elle l'observa chercher ses mots quelques secondes avant qu'il ne reprenne la parole, assurant qu'il ne lui en voulait pas, ce qui la rassura plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle n'avait pas envie qu'ils restent fâchés, cette distance lui avait pesé. Isy n'avait jamais été très proche des gens depuis qu'elle avait quitté la Nouvelle-Orléans tout simplement parce que cela installait une sorte de dépendance émotionnelle, malgré elle. On s'attachait aux personnes, on prenait l'habitude de les avoir à nos côtés et lorsque venait le moment de partir - car pour elle, il était toujours venu, c'était la première fois en seize ans qu'elle restait aussi longtemps dans un endroit - c'était d'autant plus difficile. Mais Roy et elle étaient amis depuis sept ans et il aurait été mentir que de dire que cette dispute ne l'avait pas peinée, plus qu'elle ne l'aurait voulu dans un monde idéal.

- Tu m'as proposé une chambre ici, rappela-t-elle lorsqu'il lui fit remarquer qu'elle ne s’embarrassait plus de la politesse d'annoncer son arrivée. C'est donc comme si j'étais un peu chez moi, non ?

Elle n'avait pas su résister à la petite pique, retrouvant bien vite le ton badin qui leur était familier, satisfaite de voir que leur dispute n'avait pas altéré leur mode de communication et qu'ils arrivaient à passer au dessus aussi facilement pour retrouver l'aisance qui avait toujours été la caractéristique de leur relation. Si Roy avait d'ailleurs sérieusement envisagé de débarquer chez elle pour faire le premier pas, comme il l'assurait, c'est que tout pouvait continuer comme avant. Il posa les mêmes mots qu'elle sur ce qui était arrivé l'autre soir : ils étaient tous les deux sur les nerfs et avaient monté cette histoire en épingle pour pas grand-chose, butés et fiers comme des hippogriffes tous les deux. Elle avait campé sur ses positions et avait été agressive, la colère de Roy face à elle ne faisant que renforcer tout cela. En temps normal, comme il le disait, elle aurait été beaucoup plus conciliante et aurait fait des efforts. Ces dernières semaines, elle était tellement à cran qu'elle en devenait presque invivable. Mais... Ce n'était pas une raison pour le faire subir à ses amis, surtout celui qui ne l'avait jamais - bien au contraire - lâchée d'un pouce dans toute cette histoire compliquée.

- Je ne suis pas une diva capricieuse, rétorqua-t-elle. Je sais juste ce que je veux, nuance, souligna-t-elle sans se départir de ce fameux sourire en coin. Et je peux faire des efforts, ajouta-t-elle alors que son ton redevenait plus sérieux. Je contiendrai mon sortilège aux appartements de Mildred et à son bureau privé, cela évitera que toi ou vos clients soient incommodés.

Elle ne levait pas la malédiction - d'abord parce que c'était compliqué à faire et qu'elle n'avait vraiment pas la force de se lancer dans un exorcisme en ce moment, surtout pas avec sa mère dans le coin - mais également parce qu'elle estimait que cela remettrait peut-être un peu de plomb dans la tête de Mildred Magpie. Mais elle voulait vraiment arranger les choses avec Roy, aussi pouvait-elle concéder tout ce terrain-là : elle ne voulait pas se venger au point de se brouiller définitivement avec lui, contrairement à ce qu'elle maintenait il y a quelques jours sous le coup de la colère.

- Et tu m'aimes bien, hein ? Méfie-toi, je vais finir par penser que tu t'es mis à croire à l'amitié homme-femme.

Après tout, le grand Roy Calder n'avait-il pas des idées assez arrêtées sur la question ? semblait dire son regard malicieux.


Isobel Lavespère
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Roy CalderChef de la mafiaavatar
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« Non, c’est juste comme si tu étais une invitée de marque » répliqua t-il, avec un demi-sourire, pour avoir le dernier mot.

Mais c’était juste histoire la contredire, Roy n’avait pas acheté tant de mètres carrés pour lui tout seul, il fallait être stupide. Dès le départ, il comptait faire profiter sa villa à ses amis les plus proches. Toni et Fergus la squattaient généreusement, à un point qu’ils étaient presque devenus ses nouveaux colocataires, Jayce nettement moins car il avait sa propre vie de famille, Sofya pouvait venir autant qu’elle le souhaitait, quant à Isobel, c’était la même chose : elle pouvait se considérer chez elle ici. Cet endroit était toujours habité, et bien souvent dans une joyeuse débauche, pour ne pas dire, un sacré bazar. Une ambiance délurée qui pouvait toutefois devenir étouffante, et lorsque Roy souhaitait vraiment être tranquille, il avait toujours à disposition son appartement de la promenade des Marins dont il continuait de payer le loyer. Plan qui lui allait à tous les points de vue.

La concession que lui fit Isobel ramena le côté sérieux du sujet, à savoir l’objet de leur dispute, ce mauvais esprit dérangeant la bonne marche de ses affaires. Roy fut aussitôt reconnaissant à la jeune femme d’accepter de céder du terrain sans qu’il n’ait à insister : ainsi, le sujet épineux était clos, et derrière eux.

« Merci, glissa t-il, avec sincérité, avant d’ajouter d’un ton narquois. Mais ne le laisse pas trop longtemps non plus, hein. J’ai besoin d’une associée en bonne santé mentale. »

Il avait peu croisé Mildred ces derniers jours, tant elle était accaparée par les gigantesques préparatifs de la fête d’anniversaire qu’elle allait donner dans une semaine. Il n’était cependant guère difficile d’imaginer que ce mauvais tour devait lui donner des cauchemars. Roy ne comptait pas freiner Isobel dans sa vengeance, il préférait autant que possible rester en dehors de leurs histoires. C’était devenue une affaire d’ego féminin froissé, il l’avait bien compris, et il n’avait plus rien à y faire.

Satisfait que la question soit réglée, il n’eut pas à reprendre la parole pour conclure cette discussion, car Isobel enchaînait déjà sur un autre, en prenant appui sur ce qu’il avait déclaré sans y penser. Qu’il apprécie Isobel, c’était une évidence, mais c’était en effet la première fois qu’il devait le verbaliser. Pour des égos tels qu’eux deux, il était toujours compliqué de se livrer. Si son amitié pour Isobel n’était plus à prouver, ni pour l’un ni pour l’autre, il comprenait toutefois qu’elle relève cette formulation particulièrement : il aurait fait la même chose à sa place. Un grand sourire s’étira sur ses lèvres, alors qu’il répondait avec emphase, décidant de jouer le jeu :

« Mais Isy, tu es justement l’exception qui confirme la règle ! Je te ferai remarquer que tu es ma seule amie femme. Bon, avec Sofya, mais c’est tout, ça ne veut pas dire que j’ai revu mes positions. Surtout qu’on n’a pas exactement une relation amicale standard, tous les deux. » la charria t-il.

Leur duo avait bien fait jaser, il n’y avait qu’à demander à n’importe quel Veilleur ce qu’il en pensait pour apprendre que la majorité s’imaginait qu’ils étaient un couple dans une espèce de relation libre. Et pourtant… Il n’avait jamais été question de couple, ni pour elle, ni pour lui, et Merlin savait qu’ils auraient pu, en sept ans, les occasions n’avaient pas manqué. Mais précisément, après tout ce temps, leur relation n’avait jamais évolué en ce sens, et si en sept ans cela ne s’était pas fait, c’était que cela ne se produirait jamais. Une logique qui semblait évidente à l’un comme pour l’autre, sans forcément mettre le doigt avec précision sur ce qui les en empêchait : beaucoup de réponses étaient possibles. Parce que ce n’était pas ce qu’ils cherchaient, parce qu’ils étaient trop semblables, parce qu’ils n’étaient pas ce dont avait besoin l’autre, parce que Roy avait besoin de quelqu’un qui le rendrait meilleur et qu’Isobel était plus sa jumelle maléfique qu’autre chose, parce que définitivement, ce n’était pas ce genre de sentiments qu’ils éprouvaient. L’idée d’un couple les faisait d’ailleurs plus rire qu’autre chose, sachant d’avance qu’il s’agissait d’un mauvais plan : trop indépendants, orgueilleux et séducteurs l’un comme l’autre pour tenir la route en se liant de cette façon.

Plus encore, ce n’était pas ce qu’ils retenaient l’un de l’autre. Ce qui n’avait cessé de tourner dans la tête de Roy, sur ces quelques jours de froid entre eux, c’était leurs moments de fou rire au cabaret, leurs petites farces à l’encontre des autres de la bande, les soirées passées à machiavéliser ensemble, commenter les derniers ragots ou tout simplement discuter de tout et de rien. C’était ce qui lui avait manqué par-dessus tout, il en avait vite pris conscience en voyant quelle frustration l’emplissait lorsqu’il se tournait automatiquement vers le tabouret de bar à côté de lui pour émettre un commentaire, avant de constater qu’Isobel n’était pas là.

Les choses étaient dites, mais leur relation n’était pas qu’une grande amitié, elle était également faite de beaucoup d’attirance et de flirt. Sept ans, ils étaient restés amants, un record pour l’un comme pour l’autre, sept années… qui allaient prendre fin. Roy n’en avait pas encore fait part à la louisianaise, mais ce n’était qu’une question de temps avant qu’elle ne s’en rende compte d’elle-même. Leurs soucis respectifs et leur éloignement mutuel de ce mois-ci avaient simplement retardé cette prise de conscience, elle n’avait sans doute pas relevé que cela faisait maintenant quelques semaines que Roy ne l’avait plus touchée. Depuis que Juliana et lui avaient décidé de s’accorder une seconde chance, il veillait à ne pas répéter ses erreurs passées et la première : son infidélité. Il n’en avait parlé à personne, il ne savait pas comment le dire, et surtout, il lui paraissait bien ridicule d’en faire une annonce, alors il avait simplement décidé d’esquiver les tentations, de repousser les éventuelles avances, pour le moment... Et d'aviser, le jour où son attitude soulèverait des interrogations. Ceux qui ne le croyaient pas capable de s'y tenir seraient bien surpris : Roy était plus que décidé à bien faire les choses. Ce n’était ni une lubie passagère, ni un défi comme un jeu qu’il se serait lancé comme « combien de temps avant de sauter sur la première qui passe », non, c’était une résolution de sa part qu’il comptait bien respecter, parce qu’il avait passé une année entière à regretter une femme qui par miracle acceptait de revenir vers lui, et qu’il refusait de gâcher une telle chance.

Se réveillant de ses pensées, la lucidité parut revenir dans ses prunelles, qu’il posa sur Isobel. Il n’allait pas se mentir, il savait que l’aspect le plus sulfureux de sa relation avec la sorcière allait lui manquer. Mais il s’en accommoderait, d’abord parce que Juliana comptait plus, mais aussi parce qu’il savait qu’il ne perdrait pas Isy pour autant : leur amitié était assez sincère pour qu’ils s’en contentent. En vérité, Roy n’en était même pas malheureux. Il le savait depuis longtemps, Isobel avait touché juste : s’il y avait une seule personne parmi ses relations qui pouvaient faire changer ses a priori sur les relations entre les hommes et les femmes, c’était bien elle. En y réfléchissant, c’était assez drôle que le macho de service et la misandre à peine voilée aient fini par nouer une amitié si complice.

« Mais tu es venue la première, donc tu dois bien m’aimer toi aussi. Alors, la misandrie, ce n’est plus d’actualité ? » railla t-il, en référence à de nombreux débats houleux qu’ils avaient pu avoir par le passé. Son air provocateur parut se fondre dans une expression à la fois taquine et attendrie. Il balança son genou pour donner un bref coup à la jambe d’Isobel, un léger sourire aux lèvres. « Allez dis-le, Isy, que je suis trop ton meilleur poto. »



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C'est bien parce qu'elle était venue dans une démarche de paix que Isobel laissa Roy avoir le dernier mot. En temps normal, elle aurait pu débattre sur la question jusqu'à un concentré de mauvaise foi assez impressionnant, ne serait-ce que pour avoir le fin mot de l'histoire. Ce soir-là, elle se contenta de hausser un sourcil sceptique, son regard criant le fameux « cause toujours » qui lui allait si bien. Elle abandonna néanmoins ses provocations lorsqu'un sujet plus sérieux revint sur le tapis, à savoir la question qui les avait divisé quelques jours plus tôt. Satisfaite de voir que Roy acceptait sans marchander la proposition qu'elle lui faisait de réduire la zone d'action de l'esprit aux appartements de Mildred - elle n'avait pas envie de se lancer dans un nouveau débat qui pouvait partir en vrille - elle ne put retenir un rire lorsqu'il affirma avoir besoin d'une associée en bonne santé mentale.

- Je doute qu'elle l'ait été un jour, même au début de votre collaboration...

Il suffisait de se rappeler la scène épique qu'elle leur avait fait en les surprenant un jour tous les deux dans l'aile secrète des Folies Sorcières. Isy, elle, s'en souvenait très bien et si cela s'était arrêté là, elle aurait même pu largement en rire tant la rédactrice-en-chef de Multiplettes s'était illustrée dans le pathétisme et le ridicule. Les choses ne s'étaient néanmoins pas arrêtées là et c'était d'ailleurs à cause de cet évènement initial qu'elle était là ce soir : la une de Multiplettes sur elle - mensongère en plus, alors qu'il y avait tant de choses vraiment scandaleuses à dénicher sur elle - la convocation dans le bureau du Ministre de la Magie - qui s'était classée directement dans les plus grandes humiliations de sa vie et ce n'était pas un fait dont elle était tellement coutumière - et son retour de bâton actuel suite à cet évènement. Tout cela à cause d'un ridicule béguin de Mildred, qui aurait pu s'apparenter à une passion d'adolescente. Enfin, les choses étaient faites et c'était inutile de revenir dessus, tout ce qui comptait, c'était ce qui se passait maintenant et se passerait après.

Laissant le devenir de cette question à l'avenir, Isobel observa Roy se défendre avec emphase lorsqu'elle releva sa formulation quant au fait qu'il l'apprécie. Évidemment qu'elle le savait, ils se l'étaient prouvés à plusieurs reprises ces dernières années. Mais c'était une autre chose de le dire et si c'était une évidence informulée, ils n'avaient jamais posé de mots sur l'amitié qui pouvait les lier. Ils n'en n'avaient pas besoin et surtout, n'étaient pas le genre à s’appesantir en long, en large et en travers sur ce qu'ils pouvaient ressentir, laissant ce fastidieux exercice aux gens plus sentimentaux - ou plus expansifs - qu'eux. Et pourtant, elle n'avait pas résisté au fait de le taquiner sur cette déclaration, l'occasion était trop belle de l'embêter un peu. Devant sa démonstration - qu'il fit avec autant de mauvaise foi qu'elle dans ses bons jours - elle fit claquer sa langue sur son palais, désapprobatrice.

- Sofya et moi, ça fait deux, ce n'est donc plus une exception. Tu as deux amies femmes, Roy, rends-toi bien compte, affirma-t-elle avec un sourire moqueur. Où va le monde ?

Elle chassa d'un revers de la main son argument sur le fait qu'ils n'entretiennent pas vraiment une relation amicale standard, haussant les épaules au passage.

- Ça s'appelle une amitié avec avantages, ça n'invalide rien, ne cherche pas à te dédouaner !

Il avait raison pourtant, la relation qu'ils entretenaient sortaient des carcans habituels fixés par les relations sociales. Mais ils avaient toujours composé avec cela avec aisance et ce depuis le début, il y a sept ans. Roy et Isobel se ressemblaient sur bien des points et celui-là en faisait partie, ils avaient souvent la même conception des relations et savaient s'affranchir assez facilement des attaches qu'entretenaient traditionnellement les gens. Ils s'étaient bien trouvés sur ce coup et c'était sûrement ce qui les avait rapproché au début. Ce n'était pourtant pas ce qui avait pris le pas au fil des années, bien que cela reste une composante importante de leur relation, tout simplement parce qu'ils avaient bien d'autres points communs. Roy et Isobel s'entendaient bien, s'appréciaient mutuellement et ils pouvaient autant parler qu'ils ne flirtaient, ce qui n'était pas peu dire. C'était son ami qui lui avait manqué pendant ces quelques jours, pas autre chose, c'était la personne avec qui elle passait ses soirées, de manière souvent peu sérieuse, mais aussi la personne qui l'avait soutenue ces derniers mois, ce qui n'avait pas été facile.

Isobel avait longtemps eu l'habitude de tout porter toute seule, elle s'était isolée en quittant la Nouvelle-Orléans et en coupant tous les ponts avec les personnes qu'elle avait aimé et qui avaient pu l'aimer et n'avait pas vraiment retissé de liens sincères depuis. Alors évidemment, elle connaissait beaucoup de gens, sur le plan professionnel, sur le plan social, mais tout restait plus que superficiel tout simplement parce qu'elle ne livrait pas, se taisait et taisait une grande partie de sa vie. Les véritables relations qu'elle avait pu nouer depuis qu'elle avait quitté la Louisiane se comptaient sur les doigts d'une seule main et il aurait été mentir que de dire que Roy n'en faisait pas partie. La plupart du temps, elle composait sans trop de problèmes avec cet isolement, grâce à la force de l'habitude notamment, mais ces derniers temps, cela avait été plus compliqué. Isobel voyait les bases sur lesquelles sa vie reposait tanguer et elle se rendait compte que ce qu'elle avait construit n'était pas si solide que cela, qu'elle n'était pas si solide que cela malgré ce qu'elle aimait à croire. Elle avait l'impression que rien n'allait ces derniers temps et elle avait trouvé en Roy un soutien indéniable qui n'avait pas posé de questions avant de l'aider. Que ce soit avec Abel ou que ce soit avec sa mère ou pour lui assurer que rien n'arriverait, elle avait pu compter sur lui. Elle n'aimait pas admettre ce genre de choses, bien trop pudique et méfiante, mais pour une fois, Isy ne pouvait pas vraiment nier cela. Sa remarque lui tira un sourire et elle baissa les yeux lorsqu'il lui donna un coup, avant de les relever, légèrement narquoise.

- Tu veux que je te rappelle où j'en suis avec mon dernier "meilleur poto" comme tu dis ?

Les choses avaient beau être bien différentes, la dernière personne qui avait été son plus proche ami avait été Abel et on ne pouvait pas vraiment dire que cela se soit bien passé, c'était même un euphémisme. Pourtant, et c'était peut-être d'avoir retourné dans sa tête pendant quelques jours l'idée qu'elle n'avait pas envie de mettre en l'air sa relation avec Roy, Isobel était prête à faire preuve d'un peu plus d'inclination.

- Maiiis... Je dois bien reconnaître que tu ne te classes pas trop mal dans la liste des gens que je peux supporter. Presque sur le podium, ajouta-t-elle avec un sourire malicieux.


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« Tu exagères à peine, dis donc ! » répliqua t-il en masquant mal son sourire, alors qu’Isobel le charriait. « Et une amitié avec avantages, ça reste une amitié pas très conventionnelle, d’abord. »

De toute façon, elle pouvait mourir avant qu’il reconnaisse qu’elle ait eu raison sur quoi que ce soit. La bataille de mauvaise foi était presque un sport entre eux, peu importait le sujet, il fallait qu’ils aient le dernier mot. Isobel avait raison, au fond, il avait noué une véritable amitié avec elle, un lien qu’il n’aurait jamais pu prévoir au moment où ils s’étaient rencontrés et qu’il n’était que son fournisseur. Mais les choses s’étaient faites naturellement, Roy avait trouvé en elle une personne dont il saisissait facilement les mécanismes de pensée, pour la simple et bonne raison qu’ils avaient beaucoup de points communs. A partir de là, la complicité s’était vite installée, et faisait complètement partie de leur dynamique, maintenant. Copains comme licheurs, ils passaient leur temps à rire et se moquer de tout ce qui leur passait sous les yeux, à se charrier, à commenter les derniers ragots. Parfois, ils se prenaient à imaginer ce qu’ils auraient été, s’ils s’étaient connus à Poudlard, avant de rire de leur propre idée : un duo diabolique, qui aurait mené la vie dure à leurs professeurs, à n’en pas douter.

Le commentaire d’Isobel le ramena à des considérations présentes, toutefois. Il se rendit compte que cela faisait bien trois semaines depuis cette histoire avec sa mère qu’il n’avait pas eu de nouvelles précises, il voyait juste l’expression sombre sur le visage d’Isobel qui ne semblait pas vouloir disparaître, malgré les jours qui passaient. Avait t-elle fini par la rencontrer ? Avait t-elle reparlé avec cet archimage qui était la source de tous ses maux ? Tout ce qu’avait vu Roy, c’était qu’elle ne s’était pas trouvée menacée, puisqu’elle avait l’air de vivre sa routine de travail et de fin de journée aux Folies comme avant. Alors il avait reporté à plus tard le moment d’avoir une discussion avec elle, estimant qu’elle s’était sûrement débrouillée. Se notant dans un coin de sa tête de lui poser des questions au moment opportun, il décida de régler le problème présent d’une façon fort fourbe. Prenant un air faussement vexé, et un ton dramatique de mauvais comédien, Roy croisa les bras comme pour mieux se draper dans sa dignité :

« Haaan, me comparer avec l’autre fou furieux ! C’est fou ce que tu es de mauvaise foi, Isy, ah la la, je me demande pourquoi je me prends la tête avec des gens qui me considèrent comme quelqu’un de juste vaguement supportable... »

Jouer les hommes vexés, et prêcher le faux pour obtenir le vrai était une technique qui avait fait ses preuves, après tout.


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Voir Roy jouer les vexés avec exagération tira un véritable éclat de rire à Isobel, le premier depuis des semaines et elle lui adressa un grand sourire tandis qu'il se murait dans sa bouderie, drapé dans sa dignité froissée. Il fallait bien qu'elle le reconnaisse, elle n'avait pas été très généreuse sur ce coup-là : elle le trouvait bien plus que supportable et bien heureusement, depuis sept ans qu'ils se fréquentaient. Mais elle n'avait jamais été une grande volubile du côté de ce qu'elle pouvait vraiment penser, elle était pudique pour tout ce qui la concernait de près, autant qu'elle pouvait être à l'aise dès qu'il s'agissait de choses peu concrètes. Elle avait grandi dans un milieu où on parlait peu et si la cohésion était là, on ne l'exprimait pas. L'affection démesurée ? Elle ne l'avait pas trouvé auprès de sa mère, elle avait construit ses relations affectives ailleurs, avec Abel ou Michelle par exemple. Depuis qu'elle avait quitté la Nouvelle-Orléans, elle pouvait les compter sur les doigts d'une main bien qu'elle ait rencontré énormément de monde.

Roy faisait partie de ceux-là. Elle ne l'avait pas prévu lorsqu'ils s'étaient rencontrés, bien au contraire, préférant garder une distance de sécurité parce qu'ils étaient liés par des trafics pas très nets mais c'était le cas. Il était son ami depuis des années et si elle devait être complètement honnête, il avait raison : il était son meilleur ami. Les choses étaient plus que compliquées pour elle ces derniers temps et après une période où tout avait semblé lui sourire - sa reprise à haute dose de la magie, sa nomination dans les cercles officieux du pouvoir - tout semblait prendre l'eau. Abel, sa mère, les répercutions professionnelles de cette histoire avec Mildred, ses enchantements qui la faisait cauchemarder et cette constante impression que quelque chose allait venir s'ajouter à tout cela et la noyer définitivement. Et alors qu'elle gérait habituellement seule tous les problèmes qui pouvaient lui arriver, Isy avait trouvé en Roy un soutien indéfectible. Il n'avait rien dit lorsqu'elle l'avait appelé tôt le matin en ce premier janvier, il n'avait pas jugé lorsqu'elle lui avait parlé de son passé, de sa fuite de la Nouvelle-Orléans - alors même qu'elle connaissait l'importance que la famille avait pour lui - et il lui avait fourni l'aide qu'elle avait demandé sans même sourciller, que ce soit avec Abel ou avec sa mère. Elle avait pu compter sur lui, se reposer sur lui inconditionnellement et ça, ce n'était pas arrivé depuis plus de seize ans. Alors oui, Roy était son meilleur ami. Et si elle était incapable d'exprimer ce genre de choses d'habitude, elle sentait que c'était le moment ou jamais. Après tout, d'habitude, elle était également incapable de s'excuser et elle avait su le faire platement ce soir... Levant les mains en signe de reddition, son sourire toujours sur les lèvres, elle l'interrompit dans sa vexation.

- D'accord, d'accord, capitula-t-elle. Mais écoute-moi bien, ajouta-t-elle en levant son index, parce que je ne le dirais qu'une fois.

Et quitte à se jeter à l'eau, autant faire les choses bien...

- Quand on s'est rencontrés, je t'ai trouvé prétentieux, bien trop sûr de lui, bien trop macho et persuadé que le monde t'appartenait. Et bien je n'ai pas vraiment changé d'avis, ajouta-t-elle tandis que son sourire se transformait en ce sourire en coin narquois qui lui allait si bien. Maiis... Je dois avouer que je t'aime bien quand même. Si je suis restée en Angleterre si longtemps, c'est aussi parce que j'y ai rencontré des gens qui, pour la première fois depuis la Nouvelle-Orléans, m'ont donné envie de rester. Et oui, malheureusement, je te mets dans le lot, ajouta-t-elle et si elle n'avait pas eu la peau basanée et l'obscurité pour la cacher, on aurait presque pu dire qu'Isobel Lavespère rougissait légèrement. Je passe vraiment une année merdique, vraiment, mais je pense que sans ton aide, elle aurait été trois fois pire. T'as été là pour moi dans toutes ces histoires foireuses et... Je t'en dois une éternellement, je crois.

Elle haussa légèrement les épaules, gênée par cet étalage dont elle n'était pas familière.

- T'es mon meilleur ami, Roy, et c'est pas un titre que je donne souvent.

Une fois, en réalité, une seule autre fois dans sa vie.

- Et si t'étais pas là... Ma vie serait beaucoup moins marrante.

Avec qui ferait-elle les quatre cent coups et des bêtises d'adolescents alors qu'ils étaient trentenaires tous les deux, sans Roy et ses idées débiles ?

- Satisfait ? conclut-elle en relevant les yeux vers lui, le même sourire aux lèvres.


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Les premières phrases que prononça Isobel titillèrent les oreilles de Roy, qui porta son attention sur elle tel un journaliste de Multiplettes à l’affût des déclarations croustillantes. Et quelle déclaration ! La main sous le menton, les coudes sur les genoux, le sourire de Roy ne faisait que s’agrandir au fur et à mesure qu’Isobel parlait, et il avait même envie de rire, par Merlin, mais il se retenait pour ne pas interrompre la sorcière dans son discours : ce n’était pas tous les jours qu’Isobel Lavespère disait qu’elle aimait bien quelqu’un. C’était encore moins souvent qu’elle rosissait d’embarras -son jardin était suffisamment éclairé pour qu’il la crame, dommage. Gravant soigneusement chacune de ses mimiques et chacun de ses mots dans un coin de sa tête intitulé « dossiers à ressortir dans quelques mois », Roy savoura cette scène qu’il vivait pour la première et dernière fois, il n’en doutait pas, celle où Isobel Lavespère capitulait et acceptait de se dévoiler sincèrement. S’il avait envie de la titiller, grand moqueur qu’il était, Roy était au fond attendri par ces aveux qui venaient après sept années d’amitié. Il savait tout ce qu’Isobel lui disait, elle ne lui apprenait rien de nouveau, mais c’était toujours différent de l’entendre.

Pour autant, Roy avait aussi sa petite fierté qui l’empêchait de rester complètement sérieux dans un moment pareil. Il ouvrit largement les bras, face à Isobel.

« Ooooh, je suis si ému, Isynounette, viens par là ! »

Et il l’attrapa contre lui pour la serrer dans ses bras, telle une adorable peluche, sa joue contre la sienne -comment ça il en faisait trois tonnes ? Ne pouvant plus retenir son hilarité, il eut un petit moment de rire débile - « Mwahahaha, t'as dit que tu m'aimais bien, j'le savais, comment t'es trop gênée ! » - avant de continuer sa lancée mégalomane, en tapotant affectueusement son épaule :

« Je sais bien que j’illumine ta vie, et que sans moi, tu serais perdue dans la vaste grisaille de ce pays. Tu as bien raison, le monde m’appartient, mais je préfère dire que je suis conscient de mes qualités, plutôt que prétentieux. Toi, si ça peut te rassurer, je t’ai juste trouvée canon la première fois que je t’ai vue. Après, je me suis rendu compte que tu pouvais être carrément chiante et hautaine, aussi. »

La franchise selon Roy Calder. Bah, Isobel ne lui en tiendrait pas rigueur, ils s’étaient dit des vacheries bien pires. L’instant était même plutôt mignon, en vérité, comparé à leurs tacles habituels. Après une dernière étreinte, plus sincère, il s’écarta d’elle et lui sourit, la main sur son épaule.

« Tu peux toujours compter sur moi quoiqu’il arrive. Des gens à tabasser, des herbes louches à te filer, tout ça, j’suis toujours dispo. Parce que… Tu es ma… Ah, j’arrive pas à croire que je vais dire ça, c’était quoi le mot déjà ? Meilleure amie ? Tu sais que c’est contraire à mes principes, ça ? »

Au combat de la mauvaise foi, c’était toujours Roy Calder le plus fort… Son regard innocent posé sur Isobel, il avoua ensuite, repensant aux trois derniers jours :

« Je dois avouer que l’ambiance au casino est carrément moins drôle sans toi. A qui je peux faire mes vannes pourries si t’es pas là, Jayce est complètement pince-sans-rire et Toni me casse les oreilles. Tu n’esquives plus, hein ? Demain, je te revois à mon bar devant ton bourbon à toiser les gens qui passent. »

Attrapant sa main comme pour sceller un accord, Roy se laissa aller ensuite contre le dossier de sa chaise. Il estima quelques secondes son amie du regard, en silence, soulagé d’avoir réussi à mettre les choses au clair entre eux. Au-delà de leurs moments de rigolade, Isobel lui avait toujours été d’un grand soutien aussi, il n’oublierait jamais qu’elle ne l’avait pas laissé tomber à un moment où son destin était noir pour lui, qu’elle l’avait aidé sans poser de questions et qu’elle n’avait pas hésité à se salir les mains pour lui. Isobel faisait partie de ces quelques rares personnes à qui il n’avait pas peur de dévoiler ses côtés les plus sombres, pour la simple et bonne raison qu’elle traînait autant de casseroles que lui et qu’ils avaient le même fonctionnement face à la moralité : ils s’étaient créé la leur.

Revenant à leurs préoccupations présentes, Roy ramena la conversation vers un sujet parallèle, qu’elle avait effleuré, et qui était un peu plus sérieux. Les bras croisés sous sa nuque, il demanda à Isobel, guettant ses réactions du regard :

« Ca commence à se régler au moins, tes histoires foireuses ? Tu as rencontré ta mère, depuis ? »


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Il y avait des choses dont Isobel avait honte dans sa vie, bien qu'elle ne le reconnaisse pas facilement, des souvenirs gênants et ce moment-là venait de faire une entrée fracassante dans la liste. Elle était d'habitude bien plus secrète sur ce qui pouvait lui passer par la tête et sur ce qui pouvait vraiment l'agiter. Elle pouvait paraître volubile en apparence et elle pouvait d'ailleurs l'être, dès qu'elle n'était pas personnellement concernée. En revanche, dès que l'on venait à des choses plus intimes, Isobel se refermait, préférant garder tout pour elle. C'était un parfait exemple ici : cela faisait sept ans qu'ils se connaissaient et se fréquentaient et c'était la première fois qu'elle daignait verbaliser un tant soi peu. Et encore ! C'était parce que Roy l'avait un peu forcée et parce que, elle devait bien l'avouer, il lui avait manqué ces derniers jours. Heureusement qu'elle ne l'avait pas dit, ça, sinon elle n'aurait pas eu fini d'en entendre parler ! Comme à son habitude, d'ailleurs, Roy réagit tout en mesure et discrétion, éclatant bruyamment de rire avec une étreinte étouffante et un surnom ridicule.

- Ah non, Gaspard, protesta-t-elle, sa voix contrariée un peu étouffée par l'étreinte. J'ai dis qu'on était amis, pas qu'on avait gardé les hippogriffes ensemble, bas les pattes !

Ce n'était pas comme s'il y avait déjà eu entre eux des étreintes plus qu'amicales, non, non. Mais à ce point-là de la soirée, Isobel était prête à tout pour essayer d'atténuer un peu sa précédente déclaration et donc sa gêne et le rire ouvertement moqueur de Roy ne l'y aidait pas. Sa petite tirade - illuminer sa vie, quand même pas voyons - lui fit lever les yeux au ciel mais un sourire en coin venait percer son expression exaspérée, surtout lorsqu'il finit par lui retourner l'une de ses répliques en légère vacherie.

- T'es mille fois plus chiant que moi, l'intégralité du monde magique s'accorde là-dessus ! riposta-t-elle.

Après tout, lorsqu'il n'était pas là, elle était une personne très sérieuse et très fréquentable. Juré. C'était toujours lui qui l'entraînait sur les mauvaises pentes, quelle mauvaise influence, un vrai mauvais garçon. Elle, avant tout, elle n'était qu'une sage employée du Ministère, après tout. Très légèrement sorcière vaudou sur les bords mais cela arrivait à plein de monde. Abel, par exemple. Et personne n'allait lui tenir rigueur d'être le descendant direct de la Reine du Vaudou aux Etats-Unis au dix-huitième siècle ! Acceptant cette fois-ci l'étreinte qu'il lui donna sans se débattre, elle abandonna également bien vite sa mauvaise foi lorsque Roy fit le même effort qu'elle pour décréter qu'elle était sa meilleure amie. Cette fois-ci, ce fut elle qui éclata de rire, laissant un sourire entier naître sur son visage tandis qu'elle haussait un sourcil.

- Oooh, refais la moi s'il-te-plaît ! Je la mettrais dans une Pensine et la diffuserais partout dans les Folies Sorcières ! Comme ça le monde entier saura à quel point Roy Calder a le cœur tendre dans le fond... Une meilleure amie ! Une femme ! Tu t'en remets ? Non, tu ne t'en remets pas ! répondit-elle sans attendre la réponse de son ami, un grand sourire toujours sur les lèvres. Elle aussi savait se moquer, tout aussi bien que lui d'ailleurs.

Reprenant un peu de sérieux, elle eut un nouveau sourire lorsqu'il affirma que l'ambiance était moins drôle sans elle au casino. Cela lui avait manqué de retrouver ses amis le soir, il est vrai, elle passait de bonnes soirées en leur compagnie et c'était bien pour ça qu'elle sortait presque tous les jours. Serrant la main de Roy dans la sienne pour sceller leur accord, elle haussa légèrement les épaules.

- Je serai là, promit-elle. Je sais bien que j'illumine tes soirées, ajouta-t-elle en singeant ce qu'il lui avait dit un peu plus tôt, sur un ton un peu narquois.

Elle profita du silence qui s'était installé entre eux quelques secondes pour s'appuyer contre le dossier de sa chaise, ses yeux sombres se promenant sur le jardin plongé en partie dans l'obscurité. Elle aurait pu rester encore longtemps, à profiter de l'air un peu frais du soir mais surtout bien plus apaisée qu'au moment où elle avait sonné. Toute cette histoire lui avait pesé, beaucoup trop, et elle n'avait pas besoin de cela en ce moment. Au contraire, elle avait besoin de ses amis. Isobel avait toujours été quelqu'un de solitaire dans le fond, mais elle avait toujours eu besoin d'avoir au moins une personne sur laquelle se reposer, une personne en qui elle pouvait avoir confiance. Elle aurait aimé que cela ne soit pas le cas mais lorsqu'elle faisait tout reposer sur elle-même, elle perdait vite pied. Et elle savait que si elle se sentait autant chez elle en Angleterre - malgré tout ce qu'elle pouvait en dire - c'est parce que ici, elle avait réussi à construire de vraies relations et à refaire un peu confiance aux gens, pour la première fois depuis des années.

La question que posa Roy sonna le glas de ce bref apaisement et elle ferma les yeux quelques secondes, presque dans un réflexe, tandis que les flashs de la conversation avec sa mère lui revenaient en tête. Elle finit par hausser les épaules, tournant la tête au moment où elle rouvrait les paupières, pour faire face à Roy. Glissant une mèche de cheveux derrière son oreille, elle prit quelques secondes pour savoir comment répondre, comment formuler cet amas ardent de pensées qui l'obsédaient depuis des semaines.

- Je... Elle hésita un peu, sentant les pulsations de son cœur dans le creux de son cou. J'y suis allée, oui. A l'adresse que tu m'avais donné. On s'est vues.

Elle n'aurait pas pu poser de mots clairs sur la situations tant elle avait été retournée par cette rencontre, tant elle avait mis des jours entiers à s'en remettre, sans même savoir si elle y était arrivée au final. Elle avait pleuré bien trop longtemps à son goût après cette entrevue, même une fois rentrée chez elle. Elle était restée sous la douche jusqu'à ce que l'eau soit glacée, essayant de noyer ses larmes sous le débit d'eau, presque sans succès.

- Je ne pense pas qu'elle tente quelque chose. Elle n'en parlera même pas au reste de ma famille, elle me l'a dit.

C'était bien la seule chose positive qui soit ressortie de cette rencontre, d'ailleurs. Peinant à parler, Isobel baissa les yeux sur ses genoux, ses doigts se portant machinalement à la chaîne de son médaillon, qu'elle ne portait plus. Sa main se suspendit quelques secondes dans le vide avant de retomber sur ses genoux, désœuvrée.

- C'était... compliqué. Elle a... Nouveau soupir et elle haussa les épaules. Entre ma mère et moi, ça n'a jamais été simple en fait, même quand j'étais à la Nouvelle-Orléans. Surtout, quand j'étais à la Nouvelle-Orléans, corrigea-t-elle avec un rire jaune.

Se rendant brusquement compte que Roy n'avait jamais eu cette partie-là de sa vie et que tout ce qu'elle disait devait lui paraître bien obscur et confus, elle finit par relever les yeux vers lui. C'était plus simple de commencer par les faits, avant d'essayer de verbaliser ce chaos qu'elle avait bien pu ressentir.

- Je n'ai pas de père. Enfin, techniquement, si, mais je ne l'ai pas connu. Je ne sais même pas si ma mère sait vraiment qui c'est. Elle était jeune quand elle m'a eu et elle menait... Un peu la vie qu'on mène, réalisa-t-elle avec un sourire en coin. J'ai été élevée par ma grand-mère pendant des années, jusqu'à mes sept ans à peu près. Là, elle est morte et ma mère est revenue comme une fleur pour se lancer dans la grande aventure de la maternité. Mais clairement... Elle n'était pas faite pour ça. Elle est alcoolique, aussi, révéla-t-elle en haussant les épaules, alors cela n'aide clairement pas pour élever un gosse. J'étais pas une enfant facile, mais on va dire que ça allait, par contre... J'étais clairement pas une ado facile. Tu sais, tous les clichés sur la crise d'adolescence ? Alcool, fêtes, faire le mur, être ramenée à ses parents par la police locale ? J'ai tout coché.

Elle ne put s'empêcher d'avoir un sourire un peu amusé, secouant un peu la tête. Dit comme ça, cela paraissait catastrophique mais dans le fond, ce n'était que des bons souvenirs avec ses cousines, ses cousins, Abel... Elle avait eu de très bons moments.

- Du coup, avec ma mère, ça coinçait, on se disputait tous les jours, sans cesse, pour la moindre bêtise. C'est aussi pour ça que j'ai claqué la porte quand j'ai eu seize ans. Tu vois, dans un sens, j'espérais qu'on ne me retrouverait pas mais... Si elle me cherchait, ça voulait dire qu'elle en avait quelque chose à faire, tu vois ?

Elle baissa un peu les yeux, gênée par cet aveu qu'elle-même avait du mal à se faire.

- Elle ne l'a pas fait. Avec le recul, le fait qu'elle ait débarqué ici, je me dis que si, peut-être qu'elle en avait quelque chose à faire dans le fond mais... Elle n'a jamais su le montrer. Même quand on s'est revues. Elle m'a engueulé, révéla-t-elle. Comme jamais. C'est un peu compliqué, coupa-t-elle, ne souhaitant pas s'attarder sur le sujet. Mais... Elle m'a aussi demandé ce que je faisais, si j'étais mariée ou ce genre de bêtises.

La conversation avec sa mère lui revenait à l'esprit et elle finit par s'affaler contre le dossier de sa chaise, levant les yeux vers le ciel.

- Je ne sais pas en fait. Je ne sais pas quoi penser de tout ça. Pourquoi elle est venue, pourquoi ça l'intéresserait dans le fond alors que y'a seize ans, clairement, j'étais juste la gamine dont elle n'avait pas voulu. A quoi bon venir jouer les mères consciencieuse vingt ans après ? Ça sert plus à rien. C'est le passé.


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« Oh ne commence pas à m’appeler comme ça, Lavespère, ou je vais retirer toutes mes belles paroles. »

Mais l’air outré de Roy disparut bien vite pour laisser place à un vrai sourire, puis une expression railleuse lorsqu’elle se mit à le charrier. C’était de bonne guerre, il devait le reconnaître, elle ne faisait que riposter.

« Oh, je vais m’en remettre ! Il suffit juste que je pense à toi me disant avec tes grands yeux admiratifs que je suis ton meilleur ami qui rend ta vie tellement plus drôle et plus cool et qui te retient dans notre beau pays, eh ouais, c’est comme ça que je vais raconter l’histoire aux gens, ma p’tite, true story. »

En vérité, Roy ne le raconterait sans doute pas, c’était le genre d’instant qu’ils savaient l’un comme l’autre qu’ils garderaient pour eux. C’est qu’ils avaient une fierté et une image à protéger ! C’était très bien comme ça, une conversation entre eux à l’abri des regards indiscrets, leur amitié renforcée par ces paroles et cette confiance qu’ils se témoignaient l’un envers l’autre. Ils n’avaient pas besoin de se dire beaucoup plus.

Dans ce silence apaisé, la conversation reprit sur un sujet plus délicat mais qu’il fallait aborder. Roy se posait depuis plusieurs jours la question de savoir comment les choses avaient avancé pour Isobel, seul leur éloignement l’avait empêché d’avoir sa réponse. Son attention redoublée, il posa son regard sur son amie alors qu’elle prenait la parole pour lui dire qu’elle était finalement partie rendre visite à la fameuse Sophie. Lui-même avait supposé qu’elle n’était pas foncièrement vindicative à l’égard de sa fille, ce soir où il l’avait rencontré au cabaret. Evidemment, il ne connaissait rien de la sorcière, il ne s’était pas vraiment reposé sur ses hypothèses, mais les voir se confirmer le soulagea pour Isobel.

« C’est plutôt un bon point, ça. »

Mais il y avait autre chose, c’était facilement lisible sur l’expression tendue d’Isobel. S’il n’y avait pas eu autre chose, il ne l’aurait pas sentie différente et préoccupée depuis plusieurs jours, d’ailleurs. Cependant, Roy n’eut pas à la pousser plus que cela pour qu’elle se lance dans un récit, qui lui apprit plusieurs choses nouvelles sur son compte. Il ne fut pas vraiment surpris de savoir qu’Isobel n’avait pas connu son père. Il y avait des petites choses, des signes éparses qui laissaient deviner qu’elle avait un rapport particulier à la parentalité, en particulier la paternité, Roy le savait pour avoir eu certaines discussions avec elle, en apparence anodines mais qui avaient laissé voir ce genre d’indices. Il ne fut pas non plus très surpris d’apprendre quel genre d’ado elle avait été, il la rejoignit même dans son léger sourire, en commentant d’un « Ca ne m’étonne pas venant de toi », lui laissant la latitude de poursuivre, car il sentait qu’elle n’avait pas fini.

Il changeait légèrement de position sur sa chaise pour mieux se tourner vers elle lorsqu’elle reprit sur Sophie. Il se contenta de hocher la tête, signe qu’il comprenait, alors qu’elle lui parlait de sa fuite pour attirer l’attention de sa mère. Il voyait parfaitement, ils étaient tous plus ou moins passés par là. Roy lui-même avait enchaîné les frasques dans son adolescence, puis les mauvaises décisions une fois jeune adulte, en partie dans le but de chercher son père, de le provoquer, d’entrer en contradiction avec lui, parce qu’il le faisait se sentir comme le mauvais fils, celui dont il ne voulait pas. Il n’y avait rien de rationnel dans ce genre d’attitude, c’était parfois même stupide et contradictoire, mais l’âge de la jeunesse n’était pas réputé pour sa sagesse. Si aujourd’hui ils pouvaient prendre du recul et analyser leur propre situation, il y avait un grand pas à faire avant de faire leur mea culpa et tenter d’arranger les choses… Roy n’était pas là lors de la discussion entre Isobel et sa mère, mais avec simplement ce qu’elle lui racontait, il pouvait la visualiser et imaginer exactement comment son amie s’était sentie. Une conversation tissée d’incompréhensions, de tension, de paroles maladroites ou malheureuses : car c’était exactement ainsi que se détournaient toutes celles avec son père.

Baissant momentanément la tête, il la releva lorsqu’il sentit qu’Isobel avait fini de lui exprimer ses doutes. Il se laissa quelques secondes de réflexion avant de répondre sur un ton plus sérieux que jusqu’alors :

« J’imagine que ce qu’elle a pu te dire, les questions qu’elle t’a posé, c’était sa façon de te faire comprendre qu’elle s’était souciée de toi tout ce temps-là… C’est con à dire, mais si elle n’est pas venue pour essayer de te faire revenir ou pour te menacer… Alors on dirait qu’elle est juste venue prendre de tes nouvelles. »

C’était ce que laissait supposer l’attitude de Sophie lors de leurs retrouvailles, d’après son récit en tout cas. Roy se doutait que cela sonnait étrange, même lui ne s’attendait pas forcément à de telles réactions. Il se souvenait d’Isobel paniquée, deux fois, la première à son appartement après la venue d’Abel, la seconde lorsqu’il était venue lui apprendre celle de sa mère. Elle était fébrile, inquiète, prête à faire les pires hypothèses sur leurs motivations, et Roy avait partagé ses craintes. Tant mieux si la réalité ne suivait pas les scénarios catastrophes, mais Isobel n’en était pas moins ébranlée, et ballottée entre toutes ces situations qui lui ramenaient de force son passé à sa porte.

Se redressant sur sa chaise longue pour s’asseoir au bord, face à Isobel, il croisa les mains sur ses genoux, un regard compatissant posé sur elle. Il haussa les épaules dans un signe de fatalité, puis reprit avec un léger sourire :

« Je t’avoue que je suis pas un expert en relations familiales, mon père et moi c’est genre toi et moi quand on débat des qualités de ce pays : totale incompréhension et zéro accord, au bout du compte. Sur cette petite blague destinée à détendre l’expression de son amie, il continua en reportant son attention sur elle. Mais avec tout ce que tu m’as raconté… Je pense que tu ne leur dois rien à tous ces gens, seize ans sont passés, tu as refait ta vie. S’ils sont pas contents, c’est pareil, c’est trop tard maintenant, tu n’es plus cette ado qu’ils peuvent réprimander parce que t’as fait le mur. Tu ne vas pas passer ton temps à te justifier et te torturer pour une histoire aussi lointaine, ça n’a pas de sens… Maintenant, si leur but c’est d’essayer de reprendre contact avec toi, faut qu’ils intègrent ça, eux aussi, que tu n’es plus la fille qu’ils ont connu et que tu as une autre vie. »

Sûrement qu’Isobel avait déjà fait ce raisonnement pour elle-même, mais Roy appuyait délibérément dessus pour le renforcer et lui signifier qu’il la soutenait dedans. Il supposait sans qu’elle ait besoin de le dire que ce n’était pas simple de garder ses positions face à des personnes qui avaient compté pour elle et qui devaient l’accabler de reproches. Une autre taquinerie à son égard lui vint en tête à ce moment-là, et il la prononça avec un sourire presque carnassier :

« Isobel anglaise et fière de l’être, ne leur en déplaise ! »


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- Comme si on allait te croire, répliqua-t-elle avec un sourire mauvais.

Elle, avoir de grands yeux admiratifs ? Jamais, surtout pas face à Roy et personne n'irait le croire tout simplement parce que Isobel se traînait une très solide et entretenue réputation de reine des glaces. Elle n'était pas toujours justifiée puisqu'elle pouvait tout aussi bien s'emporter de rage mais c'était assez rare et jamais en public, la première prévalait donc. Ce qui l'arrangeait assez pour le coup : personne n'irait le croire. De toute manière, elle ne pensait pas vraiment qu'il irait le raconter, elle se défendait pour la forme. Ils se connaissaient bien tous les deux et savaient pertinemment que ce genre de mots resteraient entre eux, cela touchait à des domaines qu'ils n'aimaient ni l'un, ni l'autre, aborder.

- Et de toute manière, si ça fuite, je t'assassine. Tu sais que je peux le faire, ajouta-t-elle avec toute l'innocence du monde. Ou alors, fit-elle mine de réfléchir, je révèle ton secret quant à Bill Griggs. Passer de "Oh mon dieu, que Roy Calder est un puissant sorcier dont les ennemis disparaissent mystérieusement" à "En fait, c'est un gros pistonné de la Louisiane", ça le fait très mal, badina-t-elle. En plus, aidé par une fille. La honte, c'est comme appeler la maitresse dans la cour de récré ! Tu serai la risée de la cour de récré des gangsters !

Pour papoter autant, Isobel était de bien bonne humeur : c'était la première fois depuis des mois qu'un problème se réglait dans sa vie et elle en était heureuse. Les choses étaient déjà assez compliquées comme cela sans qu'elle ait Roy à dos, elle avait besoin de soutien et il était loin d'être mauvais dans cette catégorie là. De tous ses amis, il était le seul à être au courant de tout et surtout, il était le seul à qui elle pouvait tout dire. Elle avait d'autres amis, Sofya ici ou des copines, des amis encore plus proches aux États-Unis, le gang, mais elle ne s'était jamais ouverte entièrement à eux à propos de son passé, c'était trop intime. Ils en savaient plus que le reste du monde : qu'elle venait de Louisiane, qu'elle avait fugué à seize ans, que sa mère était alcoolique et qu'elle n'avait pas de père et pour Isobel, c'était énorme. C'était juste la magie qu'elle cachait, parce qu'on lui avait toujours appris à le faire. Le révéler pouvait avoir des conséquences pour elle et si Roy savait, c'est parce qu'il pouvait plonger avec elle. Même si, elle devait bien l'admettre, c'était agréable de ne plus tout le temps se cacher et d'avoir quelqu'un à qui le mentionner.

Un autre sujet qu'elle pouvait mentionner avec lui, c'était sa mère, et ce n'était pas vraiment pour la ravir. Il l'écouta attentivement raconter toute la rencontre et lorsqu'elle eut fini, il garda le silence un temps tandis qu'elle faisait de même, ses yeux se perdant un peu dans le vague. Elle n'aurait jamais pensé devoir de nouveau faire face à tout cela et honnêtement, elle aurait préféré que cela n'arrive pas. Elle s'était construit une vie ailleurs et voir son passé revenir, c'était comme se sentir attaquée dans un environnement familier. C'est bien pour cela qu'elle avait réagi avec tant de violence et avait envoyé Roy s'en prendre à Abel. De cela, elle n'en n'était pas fier et évitait d'y penser la plupart du temps. Outre la culpabilité, cela la poussait à se demander quelle personne elle était devenue au fil des années et la remise en question n'était jamais très agréable...

Isobel n'avait jamais eu un caractère facile, c'était vrai, parce qu'elle était têtue, souvent persuadée d'avoir raison, ambitieuse, un peu impertinente et pas très sage. Mais avant, avant de partir de la Nouvelle-Orléans, elle riait beaucoup plus, elle parlait beaucoup plus, elle avait beaucoup plus de tendresse pour les autres. Elle avait même tendance à prendre leur défense, elle était très attachée à ses amis, très loyale, très affectueuse, très dépendante d'eux, même. Seize après, de cette jeune fille, il ne restait pas énormément. Oh, elle était toujours aussi têtue, toujours ambitieuse, toujours pas très sage. Elle était encore plus impertinente et encore plus persuadée d'avoir raison. Elle riait moins, seulement avec ses amis les plus proches, quand elle se laissait aller comme en ce moment. Mais elle avait pris ses distances, notamment sur le plan émotionnel et elle n'avait plus beaucoup de tendresse pour le monde, sa loyauté était réduite à quelques très rares personnes - mais indéfectible - et la dépendance ne faisait plus partie de son vocabulaire. Isobel s'était beaucoup endurcie et c'était sûrement cela qui avait changé le plus dans son caractère. Elle avait fait de mauvaises rencontres, de mauvaises expériences, s'était isolée et elle avait sûrement perdu cette douceur qu'elle avait pu avoir un temps. Il y a seize ans, jamais elle n'aurait pu croire qu'elle enverrait quelqu'un pour faire du mal à Abel mais... C'était il y a seize ans.

La voix de Roy qui retentit de nouveau la fit sortir de ses pensées et elle releva les yeux vers lui tandis qu'il lui exposait sa théorie. Sa mère, juste là pour prendre de ses nouvelles ? On croirait entendre Abel. Et c'était une explication qu'elle avait du mal à prendre au sérieux tout simplement parce que cela impliquait le fait que Sophie se souciât vraiment d'elle, ce dont Isy doutait. Pourtant, comme le disait Roy, si elle n'était pas venue pour prendre des nouvelles ou la menacer... Mais c'était illogique ! Sa mère n'avait pas semblé se soucier d'elle pendant des années alors pourquoi maintenant ? C'était quelque chose des alcooliques anonymes, se faire pardonner auprès des gens qu'on avait blessé ? Et encore, cela induisait qu'elle se ferait soigner... C'était impossible. C'était sa mère. Mais d'un côté, c'était paradoxalement la solution la plus logique : Sophie se souciait d'elle. Et c'était une notion très perturbante, qui venait s'ajouter à tous les questionnements d'Isobel et en rajoutait d'autres. Si elle se souciait d'elle, pourquoi elle ne s'était pas occupée d'elle quand elle était enfant ? Pourquoi est-ce qu'elle ne l'avait pas cherchée quand elle était partie ? Pourquoi est-ce qu'elle ne lui avait jamais dit ? Pourquoi n'avait-elle pas eu de cesse de lui répéter qu'elle n'avait jamais voulu devenir mère, au lieu de juste lui dire qu'elle l'aimait malgré tout ? Pourquoi débarquer seize ans pour savoir quel métier elle faisait ou elle si elle avait des enfants ? C'était ça, un lien mère-fille ?

- C'est con, oui, finit par confirmer Isobel, ses yeux sombres toujours dans le vide. C'est bien pour ça que je ne veux pas d'enfants : au moins, je ne vais pas foutre leur vie en l'air en étant une mère incompétente.

Vu le modèle qu'elle avait eu, elle n'osait pas imaginer le résultat. Elle n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait être un véritable modèle maternel ou comment livrer une éducation à un enfant : elle avait fait le mur pour la première fois à treize ans et sa mère lui avait juste dit de ne pas laisser la fenêtre ouverte, alors bon... Et repenser à tout cela lui donnait sérieusement envie d'un verre, histoire d'oublier tout cela. Elle se redressa en même temps que Roy, chassant les images de sa mère et de leur vieil appartement à la Nouvelle-Orléans de ses pensées, ne pouvant retenir un sourire lorsqu'il essaya d'alléger l'atmosphère devenue pesante à force de remuer des mauvais souvenirs.

La suite de son discours, elle l'écouta attentivement et, elle devait bien l'admettre, cela lui fit du bien. C'était tout ce qu'elle se disait depuis le début mais l'entendre de la bouche d'un ami, cela la confortait. Depuis que cette histoire avait commencé, personne n'était allé dans son sens, ni Abel, ni sa mère et il n'y avait bien que Roy pour appuyer son point de vue. Elle ne leur devait rien, c'était trop tard. Elle n'avait pas à se justifier. Elle ne savait pas s'ils avaient pour but de reprendre contact avec elle - sûrement pas puisque Abel avait dit qu'il avait juste besoin de lui parler et que maintenant, c'était fait - mais Roy avait raison : ils devaient composer avec ce qui c'était passé et elle ne s'excuserait pas de sa vie actuelle. Parce que oui, elle avait changé, elle avait sûrement perdu des qualités au passage mais elle en avait gagné d'autres. Elle avait fait des études, par elle-même, elle avait pris sa vie en main, elle était devenue quelqu'un de débrouillard, d'indépendant, de doué dans son métier. Elle était devenue adulte par elle-même et elle aurait pu tourner très mal, vu comment elle partait dans la vie et elle ne l'avait pas fait. S'ils ne le reconnaissaient pas, tant pis, mais Isobel n'avait pas gâché sa vie en quittant la Nouvelle-Orléans : elle avait grandi. Elle décrocha un sourire sincère à Roy, rassérénée par ses paroles encourageantes et elle s'apprêtait même à le serrer dans ses bras quand...

- Cognard.

Non mais, elle, anglaise ? Oui, certes, elle l'était parce qu'elle avait la double-nationalité pour travailler au Ministère. Mais fière ? Non mais ! Elle était américaine, le criait sur tous les toits, le revendiquait sans fard et puis avant même d'être américaine, elle était Louisianaise, ce qui était encore plus prestigieux !

- Tu sais quoi ? J'allais même te faire un câlin, te remercier pour ce que tu viens de dire ! J'allais même dire que tu étais gentil. Gentil ! asséna-t-elle. Mais en fait, non, tu ne mérites rien de tout ça, conclut-elle en pointant sur lui en doigt accusateur. Alors écoute-moi bien : je préfère encore renier mon nom et ma magie, donner mon poste à Mildred Magpie, me marier et avoir trois enfants plutôt que de reconnaître que je suis anglaise. En fait non ! Je préférerais t'épouser toi plutôt que de reconnaître que je suis anglaise et, mes ancêtres m'en soient témoins, ça serait le plus grand sacrifice au monde.

Et d'assortir sa diatribe d'un regard flamboyant comme elle en avait le secret, son accent américain volontairement plus prononcé que d'habitude et ses bras croisés sur sa poitrine. Isobel, anglaise. On aurait tout vu !


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« Genre tu ferais ça. Ca te mettrait dans la mouise autant que moi, cocotte, c’est notre secret à tous les deux ! Dommage, mais c’était bien essayé. »

La répartie d’Isobel lui avait arraché un rire autant indigné qu’amusé. Un petit échauffement, et voilà qu’ils retrouvaient leur bonne vieille routine de piques mutuelles, ce que Roy préférait largement à des disputes pleines de mauvaise foi, autre domaine dans lequel ils se valaient autant l’un que l’autre. La bonne humeur visible de son amie allégeait le coeur du trafiquant, voilà qui était un souci de taille en moins.

Toutefois, Isobel avait encore plein de choses pour lui trotter en tête, et notamment ses histoires avec sa mère, qu’elle avait revu tout récemment. Roy ne pouvait pas livrer des vérités, son avis n’était basé que sur les quelques éléments que pouvait lui fournir Isobel depuis quelques temps, et sur sa propre rencontre avec la mystérieuse Sophie. Il se souvenait avoir eu des difficultés à percer cette femme et comprendre quelles étaient ses intentions. Il avait été même bien incapable de seulement déterminer si elles étaient mauvaises ou non. Cette rencontre avec sa fille laissait supposer qu’elles ne devaient pas tant l’être que ça : après tout, si Sophie avait voulu lui faire du mal, quelle meilleure occasion que celle où Isobel venait d’elle-même jusqu’à elle ? Après, Roy ne connaissait pas l’animal, il y avait toujours une possibilité qu’elle cherche à lui nuire plus sournoisement, en montrant patte blanche d’abord, par exemple… Mais il se garda d’exposer cette hypothèse à son amie, qui s’était suffisamment rongé les ongles sans qu’il ne rajoute un peu de paranoïa. Son commentaire sur les enfants arracha un sourire presque machinal à Roy, qui rencontra brièvement son regard.

« Voilà donc la vraie raison. » ne put t-il s’empêcher de commenter.

Non pas qu’il avait connu une Isobel un peu forcenée de la contraception, mais quand même… Entre un père inexistant qui lui avait donné une vision bien douteuse de la paternité, et une mère décevante, ce n’était pas étonnant que le simple mot « enfant » soit de nature à faire grimacer la jeune femme. Voilà qui expliquait aussi sans doute une partie de la déroute qu’Isobel avait connu dans sa jeunesse, avant d’avoir une vie -à quelques détails près- respectable, avec son travail au Ministère. Voilà qui expliquait également une partie du caractère farouche et indépendant d’Isobel, qui s’était élevée toute seule, sautant sur toutes les occasions de se casser la figure.

Il n’y avait pas à dire, cela éclairait pas mal de choses sur quelqu’un d’en apprendre plus sur son entourage familial. Non pas que Roy considérait Isobel comme une énigme à résoudre, il estimait déjà la connaître assez bien, en tout cas, connaître la femme qu’elle était devenue, mais maintenant qu’il avait des informations sur son passé, certaines choses lui apparaissaient plus évidentes. Parce qu’il la connaissait bien, il vit d’ailleurs sur les traits de son visage qu’il avait trouvé les bons mots, et dans son sourire qu’elle s’apprêtait à lui dire quelque chose de gentil… Mais évidemment, il ne put s’empêcher de glisser une boutade sur la fin. Quand ça devenait trop sérieux, c’était plus fort que lui, il fallait qu’il dédramatise l’instant ! La réaction d’Isobel lui tira un franc rire, et lui fit secouer la tête.

« Bah voyons ! Ca serait le plus grand massacre du monde, au secours ! Que toutes les puissances supérieures nous préservent de ça. Moi, je préfère largement que tu renies l’Angleterre, plutôt que tu m’épouses. Tu vois, on arrive à tomber d’accord, parfois, ricana t-il en se levant de son siège. Allez viens, que je te le fasse, ton câlin. »

Tendant la main pour la tirer hors de son siège aussi, il l’étreignit et lui tapota affectueusement le dos, ne pouvant s’empêcher d’ajouter :

« Disons, mi-anglaise, mi-américaine, on a un deal ? C’est bon, je rigolais, me tire pas la tronche encore. On va à l’intérieur ? Toni sera bien content de te voir, quatre jours sans mater tes jambes aux Folies, il commence à déprimer. »
FIN DU RP


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