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 99 problems [Abel]

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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4 Juillet 2009

Il commençait à faire trop chaud dans le Ministère de la Magie au cœur de l'après-midi et ce n'est pas comme si on pouvait ouvrir les fenêtres, songea Isobel en jetant un regard sombre au carré lumineux à droite de son bureau. A défaut d'avoir des locaux à l'air libre, ils avaient au moins l'impression d'être dehors même si cela n'aidait pas pour la température interne des bureaux. Ils étaient nombreux au niveau un et les constantes aller et retour des employés du service de communication n'aidaient pas à alléger l'atmosphère. Elle avait fermé la porte de son bureau, relevé les manches de son chemisier blanc sur ses coudes et ses cheveux sur sa nuque, cherchant un peu désespérément à se concentrer sur le dossier qu'elle relisait depuis un quart d'heure.

Elle était sortie tard hier soir et n'était rentrée qu'aux premières lueurs qui annonçaient la fin de la nuit pour tenter de se reposer un peu. Elle avait dormi d'un sommeil agité, entrecoupé de réveils aux souvenirs un peu flous avant que son réveil ne la ramène brusquement à la brusque réalité. Elle avait besoin de vacances, songea-t-elle en tournant une page de son dossier. Ou de ne plus continuer à ce rythme, corrigea une voix dans son esprit. Rien n'était plus raisonnable dans la manière qu'elle avait de vivre ces deux derniers mois et il n'y avait bien que dans le monde professionnel qu'elle s'attachait encore à être sérieuse. Le reste du temps, elle s'étourdissait de toutes les manières possibles, dans tous les excès possibles, que ce soit dans un nombre un peu trop conséquents de verres, de bras inconnus ou de soirées qui se terminaient dans un souvenir trouble, elles aussi. S'il avait fallu être honnête avec elle-même, Isobel aurait pu reconnaître qu'il n'y avait rien de décent ou de sain dans la vie qu'elle menait, elle aurait pu reconnaître qu'elle perdait un peu pied, qu'elle vacillait un peu trop ces derniers temps pour que cela soit normal.

Elle n'avait jamais eu une vie bien rangée mais fut un temps où cela ne l'affectait pas dans sa vie quotidienne, elle arrivait à mener le tout d'une main de fer. Elle avait monté les échelons du Ministère rapidement parce qu'elle était efficace, qu'elle travaillait bien, qu'elle ne comptait pas ses heures. Ces temps-ci, elle sentait l'impact de ses nuits sur ses journées. Elle était épuisée toute la journée, était moins efficace et si elle partait toujours aussi tard, ce n'était plus pour s'avancer mais pour tenter de maintenir le rythme qu'elle avait toujours eu, un peu désespérément. Elle était submergée petit à petit et elle avait l'impression qu'elle aurait beau se débattre, elle n'arriverait à rien : pour une fois, elle se battait contre elle-même et n'avait pas vraiment l'impression de gagner la partie. Elle n'en parlait à personne, que ce soit à ses amis ou à ses collègues, même si ces derniers devaient se douter que quelque chose la tracassait. Elle ne déjeunait plus avec eux, ne sortait plus avec eux le soir, avait vivement réagi lorsque son supérieur lui avait proposé de poser les nombreuses heures supplémentaires qu'elle avait en stock. Elle ne voulait pas faire face à quoi que ce soit et surtout pas à cette réalité qui lui plaisait de moins en moins. Elle évitait en grande partie ses amis, sortait dans le monde moldu, assurait que tout allait bien et tout irait bien. C'était un moment, une phase, une passage, un instant de faiblesse qu'elle réprimerait. C'était difficile de tout mener en ce moment mais elle y arriverait, elle se retrouverait, il suffisait juste de la laisser un peu tranquille. Soupirant, elle s'enfonça dans son fauteuil, s'étira légèrement avant de passer une main sur sa nuque et de se concentrer sur les lignes rédigées dans son dossier, dont le sens lui échappait décidément trop. Son ébauche de concentration fut brusquement interrompue par des coups qui retentirent à la porte et elle ferma les yeux l'espace d'un instant : à croire qu'elle n'y arriverait jamais.

- Entrez, lança-t-elle d'une voix que même elle n'aurait pas su différencier entre lasse et agacée.

Le battant de bois s'ouvrit tandis qu'elle se redressait, ses yeux se posant avec surprise sur Abel. Ils s'étaient très peu revus depuis leur dernière conversation, lorsqu'elle avait débarqué chez lui en pleine nuit pour lui hurler dessus quant au retour de sa mère. Ils se croisaient dans les couloirs du Ministère, sur les dossiers qu'ils avaient en commun mais elle s'était arrangée pour déléguer ponctuellement toutes les tâches qui pouvaient les amener à se croiser et lorsque cela avait été le cas, elle avait tout fait pour ne pas lui parler directement. Elle ne voulait pas le voir, elle n'avait pas envie de lui faire face parce qu'elle avait envie d'oublier tout ce qui s'était passé. Lui, sa mère... Elle n'avait pas menti en disant qu'elle voulait qu'ils partent, bien qu'elle songeât parfois au fait que cela serait plus simple qu'elle parte, elle. Déménager dans un autre pays, repartir à zéro, elle l'avait fait tant de fois auparavant... Elle ne s'était jamais vraiment posé avant ici, peut-être était-ce qui la retenait de fuir, cette fois-ci, de partir reconstruire une vie ailleurs. Ou peut-être qu'elle réalisait enfin que peu importe le lieu où elle serait, tout cela continuerait de la suivre quand même : c'était des démons contre lesquels on ne pouvait lutter.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Malgré tous les dossiers qu'ils avaient en commun, elle ne voyait pas ce qui pouvait l'avoir poussé à venir jusqu'à elle directement. Si elle l'évitait, il semblait faire de même et honnêtement, cela lui allait assez bien tant elle craignait ce qu'il pouvait ressortir de leurs éventuels contacts. Qu'il vienne jusque dans son bureau, c'était à croire que quelqu'un lui en voulait vraiment là-haut. Elle avait dû contrarier un, ou deux, ou mille ancêtres pour que sa vie soit devenue un tel amas de problèmes en quelques mois. Entre le retour d'Abel, sa discussion houleuse avec sa mère – de qui elle n'avait plus de nouvelles depuis – elle en venait à craindre la suite. Jamais deux sans trois, apparemment, elle ne serait même pas surprise qu'un autre membre du coven débarque à l'improviste pour venir s'imposer à elle une nouvelle fois...


Isobel Lavespère
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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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S’il fallait être tout à fait honnête, Abel aurait pu laisser quelqu’un d’autre le faire. Personne ne l’avait forcé à faire l’émissaire aujourd’hui. Oh, tout naturellement, on s’était tourné vers lui car il dirigeait le projet, mais s’il avait voulu, il aurait pu sans aucun mal prétendre qu’il avait trop de travail et qu’il préférait passer la main, personne n’aurait insisté. Mais il avait choisi d’accepter, il ne savait pas trop pourquoi, ou plutôt, il n’avait pas forcément envie de se perdre en analyses sur lui-même. Si, quelques mois auparavant, il aurait tout fait pour éviter de croiser la route d’Isobel Lavespère, aujourd’hui les choses semblaient un tout petit peu différentes.

Abel avait eu tout le loisir de méditer sur leur dernière conversation, lorsqu’elle était venue le trouver en pleine nuit pour exploser de colère au sujet de sa mère. Alors qu’ils semblaient prêts pour avoir une énième dispute, la tournure de la conversation était devenu sensiblement plus sincère, jusqu’à ce qu’Isobel laisse même échapper quelques paroles qui continuaient de déconcerter l’archimage. Il ne s’était pas attendu à ce qu’elle revienne de cette façon sur la nature de leur relation, sur les quelques mois qui avaient précédés départ, et dont Abel se souvenait encore combien elle était trouble. Elle revenait de Bâton Rouge, fidèle à la Isobel qu’il connaissait, et pourtant subtilement différente, sans qu’il ne puisse poser le doigt sur ce qui l’interpellait. Mais à l’époque, cette impression à l’arrière-goût étrange n’était pas ce qui le troublait le plus chez son amie, dont il ne savait plus très bien si l’amitié était le bon terme pour qualifier les sentiments qu’il avait pour elle. En quelques mots, elle avait presque avoué qu’elle avait attendu autre chose de leur lien, à ce moment-là. Il se faisait peut-être des idées, sur-interprétait les choses sous le prisme de l’adolescent amoureux qu’il avait été. Peut-être. Au fond, il n’était même pas sûr de vouloir savoir. Parce que derrière ces paroles, elle lui formulait le reproche clair de ne pas avoir été assez là pour elle à cette époque, chose qui avait sûrement pesé dans la balance de ses décisions. En d’autres termes, Abel avait largement sa part dans ce tas de gâchis qu’était devenu leur relation…

Il était fatigué de se perdre en conjectures sur ce qui aurait pu advenir d’eux deux ou non, surtout quand à l’heure actuelle, rien du tout n’advenait d’eux. Ils ne s’étaient pas vraiment revus depuis la dernière fois, chacun pris par sa vie, son travail, ses soucis, et surtout bien réfugiés derrière la lâcheté du silence. Et pourtant, Abel ne cessait de se poser la même question. « Et maintenant ? ». Il ne pouvait s’empêcher d’avoir envie que quelque chose se produise, n’importe quoi, qui aiderait à dissiper juste un peu ce brouillard de non-dits et de reproches qui pesait encore entre eux. Il n’était pas forcément venu dans le but de retrouver un lien avec Isobel. Pendant un moment, même, tout récemment encore, il était convaincu qu’il ne voulait plus rien à avoir à faire avec elle. Désormais, il doutait, quelque chose de peu rationnel le poussait à faire un autre pas vers elle : cette fois-ci, pas pour la fustiger.

Car il n’y avait plus rien à ajouter sur la disparition d’Isobel, il lui semblait qu’ils s’étaient tout dit, même -et surtout- les pires atrocités. Que cela l’ait défoulé, blessé, énervé, au fond, peu importait. Ils avaient épuisé le sujet, s’étaient mutuellement poussés dans leurs derniers retranchements, et maintenant, Abel se trouvait simplement avec cette sensation de gâchis et de trouble dont il ne savait plus que faire, mais qu’il avait envie d’évacuer à tout prix.

Alors, frapper à la porte du bureau d’Isobel, un dossier à la main, n’était peut-être pas la route à prendre, il n’en savait trop rien, mais il lui semblait que c’était déjà faire quelque chose. Pour dire à quel point il avait décidé que quitte à faire cet effort, autant le faire correctement, il portait même deux cafés, ses dossiers intercalés sous le coude. Il vit à l’air et la question abrupte de la sorcière qu’il la prenait de court. Sans s’en formaliser plus que ça -même lui était en train de se demander ce qu’il faisait là, au juste- il répliqua d’un ton plat, en se permettant d’avancer de quelques pas :

« Dossier Leopoldgrad. On a pas mal de questions et de mises au point à faire avec vous avant l’ouverture du chantier au public, j’étais disponible pour m’en occuper. » Il restait vague, mais il laissait volontairement entendre qu’il avait accepté de le faire, et non qu'on l’avait forcé. « Ca peut prendre un certain temps, donc… Enfin, j’ai apporté du café. »

Prétexte plus ou moins adroit pour faire passer son geste. Il n’empêchait qu’Abel avait pris un café avec un soupçon de caramel, tel qu’il savait qu’Isobel le préférait -ou du moins, si c’était toujours le cas. Sans rien ajouter, il posa le gobelet face à elle, la laissant le saisir -ou non- avant d’hésiter une seconde à s’asseoir sur le siège face à elle, le bureau entre eux. Bah, il s’était déjà plus ou moins invité et Isobel n’avait pas l’air de chercher à le congédier. Il s’assit donc sans plus de cérémonie, commentant en regardant la pièce comme si quelque chose clochait profondément dans ces murs.

« Vu la chaleur, j’aurais peut-être du prendre quelque chose de frais, en fait. C’est incroyable comme on étouffe, ici. »

C’était le problème des locaux en souterrains comme ceux du Ministère anglais, mais lui était avis que les archimages auraient pu mieux soigner la ventilation magique… Bref. Il n’allait peut être pas pousser la banalité de cette conversation à demander comment Isobel allait : à voir ses traits tirés, pas très bien. Le voilà donc qui fouillait dans ses dossiers, maintenant, organisés dans le même flou artistique que d’habitude, pour retrouver ce qu’il était sensé montrer à Isobel.


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Le dossier Leopolgrad, évidemment. Le Ministère continuait de tourner et même s'ils n'avaient pas forcément très envie de se faire face de nouveau - du moins de son côté - leurs dossiers communs, eux, devaient avancer. Le Ministre savait parfaitement qu'ils se connaissaient et Isobel n'aurait pas pu se retirer sans que cela lui mette la puce à l'oreille. De plus, dans les faits, elle n'avait pas tellement envie de le faire : elle aimait ce projet, elle aimait diriger les équipes de communication à ce sujet et surtout, elle aimait sa carrière et s'y accrochait beaucoup ces derniers temps, encore plus que d'habitude : c'était l'une des seules choses encore stables chez elle et elle n'avait pas envie de le lâcher, même pour Abel. Surtout pour Abel. Alors elle hocha la tête avant de fermer le dossier sur lequel elle travaillait pour le mettre en haut d'une pile, afin d'y revenir après. Elle resterait tard ce soir puis rentrerait chez elle, décida-t-elle, sans sortir. Il fallait qu'elle se reprenne un peu et surtout qu'elle fasse son boulot comme avant, c'est-à-dire rapidement, efficacement et en prenant toujours de l'avance.

L'espace d'un instant, elle se demanda si Abel était agité par les mêmes tourments qu'elle. Sûrement pas, décréta-t-elle presque immédiatement après lorsqu'il lança qu'il était disponible pour s'en occuper, ce qu'il voulait dire qu'il ne la fuyait pas comme elle pouvait le faire. Il était venu pour avoir des explications, il les avait eu, fin de l'histoire. Leur dernière conversation avait été aussi pénible que gênante mais c'était terminé et ils ne s'étaient pas vraiment revus. S'il venait là pour le boulot, c'était que cela ne le gênait pas plus que cela, toute cette situation. Après tout, depuis le début, il avait semblé beaucoup moins perturbé par elle par tout cela, la plupart du temps, il avait semblé inébranlable tandis qu'elle perdait pied et tous ses repères. C'était elle, la plupart du temps, qui lui criait dessus et s'emportait, tandis que lui semblait être mué la plupart du temps par une froide logique qui lui faisait malheureusement défaut lorsqu'elle s'énervait. Mais ce n'était pas la question, aujourd'hui. Ce ne serait plus jamais la question d'ailleurs, songea-t-elle tandis qu'elle baissait les yeux sur le café qu'il venait de poser devant elle. Dorénavant, ils devraient travailler ensemble, comme si de rien n'était. C'était sûrement un progrès par rapport à avant, mais elle en ressentait une étrange impression.

- Merci, répondit-elle simplement en saisissant le gobelet.

Elle l'observa s'assoir en contemplant la pièce, visiblement pas très à l'aise malgré tout, tandis qu'elle se calait dans son fauteuil. Alors ils en étaient à parler météo désormais ? C'était presque désespérant, eux qui avaient si amis fut une époque... Mais c'était mieux que de s'insulter de tous les noms en se crachant des horreurs à la figure. Elle haussa donc les épaules, casant une mèche de cheveux échappée de sa coiffure rapide derrière son oreille.

- On s'y fait. Le pire, c'est la Justice Magique, c'est un véritable enfer, une canicule dès qu'il y a du soleil. En hiver, en revanche, on est bien.

L'avantage des banalités, c'est que cela passait plutôt bien à échanger. Tout était calme, pas d'explosion à l'horizon... Quel miracle. Tandis qu'il farfouillait dans ses papiers - voilà quelque chose qui n'avait pas changé en seize ans, il n'avait aucune organisation - elle but une gorgée de café, le goût lui faisant froncer les sourcils l'espace d'un instant. Qu'on se le dise, il y avait deux boissons sur lesquels Isy était exigeante, enfin, plus exigeante que d'habitude : le bourbon et le café. Du bon bourbon, quand on savait où le trouver, c'était facile. Du bon café... Dans ce pays, c'était un parcours du combattant. Déjà, les anglais collaient du thé partout et leur café était un truc avec de l'eau la plupart du temps, c'était insupportable. Elle aimait le café américain quitte à aller jusque dans le monde moldu pour le trouver et aimait encore plus le café avec quelque chose, que ce soit de la crème ou surtout du caramel. Quiconque la connaissait un peu savait qu'une bonne tasse de café pouvait la corrompre facilement - c'est-à-dire assurer une réunion imprévue à la dernière minute - mais de là à savoir quel était son parfum préféré, ou du moins s'en rappeler... Ce détail lui fit reposer son gobelet quelques secondes, levant les yeux vers Abel, sans savoir formuler ce qu'elle avait à dire.

- Tu te souviens sérieusement pour le caramel ou tu l'as pris au hasard ?

Ce n'était sûrement pas la manière la plus agréable de demander s'il avait vraiment pensé à elle au point de se souvenir de ce genre de détails mais c'était la première chose qui lui était venue. Son ton n'était pas agressif mais il y avait sûrement des façons plus gentilles d'engager une conversation à ce sujet... Il fallait vraiment qu'elle s'entraîne.


Isobel Lavespère
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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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« C’est parce que c’est mal isolé, ici, commenta Abel, avant d’ajouter de cet humour de pince-sans rire qui le caractérisait tant. Si ça avait été fait par des archimages américains, ça aurait été fait plus proprement. »

Il exagérait évidemment, il y avait de très bons archimages anglais aussi avec qui il travaillait ici, mais une petite remarque bien américaine faisait toujours du bien, surtout qu’Isobel était l’une des seules personnes avec qui il pouvait en faire. Il y avait Isaac aussi, bien sûr, mais ce traître semblait de plus en plus se plaire dans ce pays, et ne cessait de s’amuser de la culture anglaise, il était même devenu un adepte de leur thé. Le thé. Y avait t-il moins américain comme boisson ? Sans savoir qu’il avait peu ou prou les mêmes pensées qu’Isobel à cet instant, il continuait de farfouiller dans ses dossiers et finit par trouver ce qu’il cherchait au moment où la jeune femme l’interpella. Ses yeux se levèrent vers elle à leur tour, le temps de jauger de son expression. Elle semblait perplexe, voire même perturbée. Abel ne s’attendait pas forcément à ce qu’elle relève le détail, il savait qu’elle allait le remarquer, mais s’imaginait plutôt qu’elle le passerait sous silence, pour ne pas avoir à lui poser cette question qui les ramenait des années en arrière. Alors c’était plutôt un bon point qu’elle ait choisi de parler, quelque part : c’est qu’ils pouvaient évoquer leur passé sur des détails anodins, sans que cela ne jette un malaise. On aurait presque dit que l’ombre d’un sourire était passée sur son visage avant qu’Abel ne réponde calmement :

« Tu sais que j’ai une bonne mémoire, Isobel. »

Ce qui répondait à sa question sans vraiment le faire. Evidemment, il s’en souvenait, tout comme il se souvenait d’un tas de détails la concernant, elle avait tout de même été sa meilleure amie pendant plus de dix ans, il l’avait connue toute petite, l’avait vue grandir, se forger un caractère, devenir une vraie jeune fille, presque une jeune adulte avant qu’elle ne parte. Elle lui avait confié beaucoup de choses, et lui réciproquement, à cette période ils étaient inséparables, et tout le monde pouvait le voir. Si l’on cherchait Isobel, ce n’était pas à sa mère, pas à ses tantes que l’on demandait mais à Abel. Si on voulait faire passer un message à Abel, on préférait s’adresser à Isobel plutôt que parler à l’intimidante Adeline Laveau. Et tous ces souvenirs remplis de petits détails ne pouvaient disparaître, même si Abel avait fini par les reléguer dans un coin de son cerveau pour ne plus y penser. Ils étaient toujours là, intacts, prêts à ressurgir lorsqu’il l’aurait décidé.

Abel se surprit alors à se demander si Isobel s’imaginait qu’il avait tout oublié d’elle, à cause du temps et de la rancoeur accumulée. Même s’il l’avait voulu, en vérité, il n’aurait pas pu, c’était la période de sa vie qui l’avait construit et l’avait le plus marqué. Etait-ce la même chose pour elle, ou avait t-elle tout oublié ? Il ressentit l’envie de savoir. Après un temps de silence, il posa ses papiers, décidant qu’ils verraient plus tard. Il avait aussi envie de savoir si ses propres souvenirs étaient toujours justes…

« Tu es difficile avec ton café, il faut qu’il soit avec du lait et quelque chose en plus, du caramel, ou de la crème. A part quelques petites choses comme ça où tu as tes exigences, tu aimes goûter à un peu de tout. Avec un peu de prudence quand même, parce que la seule fois où tu as testé le haggis, tu as tout recraché : d’ailleurs, j’imagine que la cuisine d’ici doit te donner des nausées. Dans tous les cas, tu préfères la cuisine louisianaise, comme la soupe de gambas, tu es plus fruits de mer que viande. Tu grignotes pas mal le matin, tu bois de l’eau à la framboise tout le temps, ajouta t-il alors que ses yeux se posaient deux secondes sur une petite bouteille posée derrière elle. Ah et y a presque plus d’oreillers sur ton lit que de surface de draps. Mais bon, pourquoi faire, vu que tu dors au moins deux fois moins par nuit qu'une personne normale. »

Si l’Isobel qu’il avait connue était toujours là, au moins une petite partie.

« Est-ce que c’est toujours bon ou ça a changé ? »


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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- Si ça avait été fait par des archimages américains... répéta Isobel avec un mince sourire en coin, ou si ça avait été fait par toi ?

Le ton d'Abel avait beau être neutre en apparence, Isobel le connaissait assez - ou l'avait assez bien connu - pour décerner derrière sa phrase une pointe d'humour et, elle ne savait pas pourquoi, elle avait renchéri. Un réflexe sûrement ou une vieille habitude, elle pouvait pas vraiment dire. C'était étrange de discuter avec lui de cette manière, eux qui n'avaient pas fait ça depuis... seize ans. Leurs derniers échanges avaient été assez apocalyptiques sur plusieurs points et la dernière fois qu'ils s'étaient vus avait été horriblement embarrassante. Revenir à une espèce de normalité un peu superficielle, c'était inattendu et elle ne savait pas trop quoi en penser ou comment réagir. C'était presque amusant de constater qu'à aucun moment depuis qu'ils s'étaient revus, Isobel n'avait envisagé de nouer de nouveau des liens avec lui. A partir du moment où il était arrivé devant elle aux Folies avec son air hostile, elle n'avait pas pensé une seule fois qu'il puisse vouloir lui nuire parce qu'il la détestait complètement. A partir de ce constat-là, elle était partie dans un rapport de force, encore une fois, presque comme un réflexe. En sortir n'avait pas vraiment été une perspective qu'elle avait envisagé et, une fois de plus, elle ne savait pas pourquoi Abel semblait essayer. C'était bien simple en fait : avec lui, elle ne savait rien du tout.

La réponse à sa question lui fit hausser un sourcil tandis qu'elle refermait ses doigts autour du café chaud. C'était assez vague comme répondre mais elle comprenait quand même l'idée sous-jacente, qui était un peu étrange. Évidemment, elle aussi se souvenait de beaucoup de choses mais elles étaient bien rangées quelque part. Pour mieux tourner la page, Isobel avait tout relégué dans un coin de sa mémoire et n'aurait jamais eu à l'idée de ressortir ces informations maintenant. Elle ne dit néanmoins rien de ces pensées, se contentant de boire une gorgée de café avant de reposer ses yeux sombres sur Abel. Une bonne mémoire ? Elle ne lui daignerait pas cela et sur plein de points, notamment le fait qu'il ait débarqué après seize ans dans sa vie en exigeant son dû mais elle préféra ne pas relancer le sujet sur le tapis, se contentant d'une réponse laconique, d'un ton qui voulait dire beaucoup.

- J'avais cru comprendre...

Un silence s'établit entre eux, pendant lequel elle se contenta de boire un peu de café, les yeux baissés sur le bois de son bureau, son dos appuyé contre le dossier de son fauteuil. Elle ne releva la tête que lorsqu'il reprit la parole et pour le coup, ce fut de nouveau une surprise. Quand il avait parlé de bonne mémoire, elle avait acquiescé mais elle n'avait pensé que c'était à ce point. Ils avaient grandi ensemble, c'était vrai, mais qu'il puisse lui redonner tous les détails de son café... Elle en buvait beaucoup désormais mais cela n'avait pas toujours été le cas. Elle avait commencé vers quinze ans, peut-être un peu pour faire comme les plus âgés, et c'était souvent trop amer pour elle alors elle prenait du café au lait et le sucrait avec du caramel. Elle avait gardé cette habitude et peinait presque à boire du café noir. Elle détestait effectivement la plupart des choses aussi et ne jurait que par la cuisine de sa région natale, tout le reste lui semblant trop fade. Quant à son eau, c'était parce que l'eau normale, c'était fade aussi, non ? Quant aux oreillers... Elle plaidait effectivement coupable, elle dormait peu, mais elle dormait bien, du moins, en temps normal. C'était plus compliqué ces derniers temps où beaucoup de choses la préoccupaient. Mais oui, dans l'ensemble, tout ce qu'avait dit Abel était encore bon. Elle garda le silence quelques instants, le scrutant avec une certaine intensité tandis que ses pensées se bousculaient dans son cerveau. Comme souvent, pour prendre du recul, elle choisit le cynisme et cela se lut dans le sourire qu'elle afficha.

- Tu sais que ça te fait sonner comme un psychopathe... ? Et je dors comme une personne normale, c'est toi qui dort trop.

Dix ou douze heures de la journée perdues à comater... Quelle idée ! Elle n'avait pas besoin d'autant pour être en forme et elle était assez heureuse, ses journées étaient trop pleins pour qu'elle perde du temps avec ce genre de choses.

- Mais... C'est toujours bon. Et d'ailleurs, ici, il y a même parfois du haggish au déjeuner, c'est juste... Horrible.

De la panse de brebis farcie. Ces britanniques étaient fous.

- Je vais vraiment finir par croire que tu es obsédé par moi en revanche, méfie toi. Entre les milliers de kilomètres au dessus de l'Atlantique et ça...

Elle haussa les épaules, mais un sourire un peu moqueur était présent sur son visage.


Isobel Lavespère
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« Je ne suis pas si imbu de moi-même. »

Un mince sourire en coin en écho à celui d’Isobel apparut, sans qu’il ne sache trop pourquoi non plus. Les voilà qu’ils plaisantaient tranquillement dans son bureau, maintenant, comme une vieille rengaine. Les habitudes n’étaient pas si difficiles à faire revenir… Les souvenirs non plus. Abel avait une mémoire assez remarquable, en temps normal, il avait toujours eu des facilités à retenir noms, dates, leçons, c’était sûr. Mais il ne pouvait nier que ce qui concernait Isobel avait particulièrement été sauvegardé, dans un coin de sa tête. A l’époque déjà, il prenait plaisir à retenir tout ce qu’il pouvait à son sujet, et les ressortir au moment opportun. C’était en quelque sorte sa façon de lui montrer qu’elle lui importait, car il fallait l’avouer, Abel n’avait jamais été quelqu’un de très démonstratif. Toutes ces informations n’avaient pas quitté sa tête, même s’il s’était plu un moment à dire qu’il l’avait complètement oubliée. C’était faux, il ne pouvait pas claquer des doigts et effacer toute une vie de ses souvenirs, surtout pas celle d’une personne qui avait été aussi importante qu’Isobel. Il avait simplement enfermé et tassé ces souvenirs, dans un coin de sa tête… pour les ressortir au moment le plus opportun, encore une fois.

« Tu ne dors pas comme une personne normale, tu es toujours couchée après et levée avant tout le monde » répliqua t-il nonchalamment.

Habitude qui avait du s’amplifier avec l’âge, Abel n’en doutait pas, lui-même dormait moins que lorsqu’il était un adolescent en pleine croissance. Sans trop savoir pourquoi, il se sentit satisfait, presque soulagé qu’Isobel lui confirme qu’il ne s’était pas trompé. Ce n’était que des détails tout bêtes sur elle, quelle importance qu’elle buvait toujours le même café, qu’elle dormait toujours de la même façon ? Ce n’était pas des choses qui auraient fondamentalement transformé la personne qu’Isobel était, si elles avaient changé, et pourtant, c’était rassurant de voir que ce n’était pas le cas. Abel retrouvait un semblant de repère face à une personne qu’il n’avait pas vu depuis si longtemps. Sa réplique sarcastique lui tira le même léger sourire que tout à l’heure, alors qu’il détournait le regard.

« Obsédé ? Tu vas loin. Et c’est moi qui suis imbue de ma personne, après… Je ne dirai rien, ça aura l’air d’excuses. Désolé d’avoir une mémoire de psychopathe. »

Se renvoyer verbalement la balle, voilà une habitude qui était bien vieille les concernant. Cela fit une sensation étrange à Abel de l’effleurer à nouveau. Il restait quelque chose de faux, malgré eux, dans cette situation qu’Abel était venu chercher. Il se demandait encore s’il avait bien fait d’ailleurs. Il ne savait pas vraiment ce qu’il en attendait… Voir s’ils étaient capables de se parler à peu près normalement ? Pour le moment, ce n’était pas un gros échec.

« Je me souviens juste de vieux détails inutiles, ce ne sont pas des choses qui s’effacent sur commande, reprit t-il, rencontrant le regard d’Isobel. Puis ce n’est pas tellement ce qui peut m’aider à comprendre ce que tu es devenue… Chargée de communication, c’est drôle, je n’aurais jamais deviné. »

Il fallait dire qu’à l’époque, il ne pouvait pas tellement projeter un autre destin pour Isobel que celui d’une prêtresse, et elle n’aurait pas pu non plus, si elle n’avait pas décidé de le forcer. Sans l’énoncer clairement, Abel était plutôt curieux de savoir comment elle en était arrivée là. Il avait peut-être appris par coeur ce qu’était Isobel pendant seize ans, mais il restait ignorant de tout autant d’années suivantes.


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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- C'est parce que je suis quelqu'un de très occupé, répondit Isobel avec une volontaire pointe d'arrogance dans sa phrase, lorsque Abel pointa du doigt du sommeil.

Rien de mensonger dans cela néanmoins : elle était effectivement très occupée. Elle travaillait beaucoup, arrivait tôt au Ministère, repartait tard, prenait souvent à peine le temps de déjeuner. Mais elle n'arrêtait pas sa journée de travail au moment où elle quittait le Ministère, loin de là. Il y avait toujours une soirée, un dîner, une exposition à voir, des séances de sport. Même ses week-end étaient occupés : elle courait le samedi matin, sortait le samedi, même le dimanche était dévoué à quelque chose, que ce soit du travail - et oui - de la magie, car pratiquer du vaudou prenait du temps ou toute autre activité dans son emploi du temps de Ministre. Et ça, c'est quand elle ne partait pas en week-end pour continuer de découvrir l'Europe ! Dormir était une perte de temps pour Isobel, qui était déjà persuadée que la vie passait trop vite : elle en rentabilisait chaque minute. Il faut dire aussi que ce mode de vie l'empêchait de trop se poser ou de trop réfléchir, ce qui était loin d'être une mauvaise chose pour elle. Être aspirée dans un tourbillon d'activité était paradoxalement ce qui lui maintenait la tête hors de l'eau.

- Obsédé, confirma-t-elle tranquillement. Tu connais la distance entre Londres et la Nouvelle-Orléans ? 7740 kilomètres, je te fais cadeau des mètres. Et ne crois pas que je n'ai pas vérifié la date de ton arrivée : un mois avant que l'on se... croise. Délicat euphémisme. Le jour de mon anniversaire donc - que tu as eu l'outrage de ne pas me souhaiter - précisa-t-elle avec un cynisme qu'elle affectionnait - ce qui signifie que tu as attendu presque un mois pour me voir, à une date symbolique. Donc, je réitère, conclut-elle avec un sourire, fière de sa petite démonstration, et je signe.

Elle avait également mené sa petite enquête début janvier, histoire de mieux comprendre les choses et comment ne pas voir de la provocation dans ces retrouvailles ? Isobel n'avait pourtant pas énoncé ses dernières paroles sur un ton accusateur, loin de là : elle en faisait un simple constat. Il était venu la retrouver, seize ans, à la date exacte de son départ. Si ce n'était pas de l'obsession, ou quelque chose d'autre de très étrange, elle ne savait pas ce que c'était. Et la vengeance entrait dans obsession, d'ailleurs, lorsqu'elle prenait place si longtemps après. Pourtant, ses petits schémas et ses petites enquêtes ne l'aidaient pas vraiment à comprendre la situation, même toutes les conversations qu'ils avaient pu avoir ne lui permettaient pas de comprendre ce qu'Abel faisait là, dans son bureau face à elle, et encore moins pourquoi ils parlaient si normalement. Ce n'était pas désagréable en soi mais c'était hautement perturbant et malgré son calme de façade, Isobel restait méfiante et attentive. Il lui avait dit la dernière fois qu'il avait besoin de lui parler, de comprendre et que c'était désormais chose faite. Mais pourtant, il était revenu vers elle, comme si de rien n'était. Comme si leur passif n'était toujours pas le boulet à leur pied, présent entre eux. Isobel s'était certes ouverte à lui sur les raisons de départ, mais cela changeait-il ce qui s'était passé ? Elle ne le pensait pas. Abel aurait dû continuer de lui en vouloir ou se détacher complètement, plutôt que d'être là. Elle-même aurait sûrement dû refuser de lui parler encore pour être certaine de mettre tout cela derrière elle une bonne fois pour toutes et oublier toute cette histoire : son départ à elle, son retour à lui, la manière dont elle lui avait envoyé Roy, les mots qu'il lui avait adressé. Mais non, elle était là. Et elle ne savait pas vraiment pourquoi.

- Oh, je suis certaine que tu aurais pu trouver quelqu'un à la Nouvelle-Orléans pour te le faire, ils ne sont pas bien difficiles sur l'éthique, rétorqua-t-elle quand Abel lui affirma que les souvenirs ne s'effaçaient pas sur commande. Elle-même aurait aimé pouvoir le faire, parfois, chasser de son esprit les mauvaises épreuves de sa vie et tous ses regrets. Mais lorsque son esprit s'éloignait de ce genre de pensées négatives, elle se rappelait que tout cela faisait partie d'elle, qu'elle le veuille ou non, et constituait toujours des armures supplémentaires pour ne pas revivre la même chose. On apprenait de ses erreurs, disait le proverbe, et bien Isobel maintenait qu'on avançait sur ses démons.

Quand il lui lança qu'il ne comprenait pas comment elle avait pu devenir chargée de communication, Isobel eut un sourire, plus franc cette fois-ci. Pour le coup, elle pouvait le comprendre. Qui aurait pu penser que la petite Isy Louise de la Nouvelle-Orléans finirait dans un bureau bien propret au Ministère à Londres ? Il y avait là un fossé avec sa vie d'avant, fossé dont elle avait conscience. Faire des études n'était pas vraiment dans les mœurs de sa famille, les connaissances qu'elles acquéraient, c'était l'héritage vaudou de leurs ancêtres. C'était certes des connaissances très poussées, sur la magie, l'histoire, c'était presque un diplôme en vaudou, elle le savait, mais cela n'aidait pas à avancer dans le reste du monde, qui les considérait comme de doux illuminés. Les jeunes filles étaient formées à tout, elles n'étaient pas ignorantes, le calcul, la lecture, l'histoire des États-Unis mais laissaient derrière elle les connaissances propres au reste du monde magique américain. Pas de passage dans les écoles magiques primaires et secondaires, lorsque vous étiez une fille à la Nouvelle-Orléans, pas d'accès à l'université. Les hautes fonctions du coven allaient souvent de pair avec un métier considéré par la plupart des gens comme sous-qualifié, dans la restauration ou l'hôtellerie, pour profiter de la présence des touristes. Les boutiques de magie, les bars, le secrétariat... Tout ce qui ne nécessitait pas un passage dans les études supérieures validées par le MACUSA (Magical Congress of The United States of America). Isobel, elle, avait rapidement voulu plus que cela. Adolescente, elle n'aimait pourtant pas beaucoup l'école mais se rêvait avocate, Médicomage, Archimage, par association avec Abel, elle le reconnaissait. Alors quand elle avait fini par se remettre sur les rails, quelques années après son départ de la Nouvelle-Orléans, la décision avait été évidente : elle ferait des études.

Accéder à l'université n'avait pas été un chemin facile. Elle n'était jamais passée par le lycée, ses connaissances dans ce domaine dataient de ce qu'elle apprenait par Abel et cela ne suffisait pas à passer le diplôme de fin d'études. Alors elle avait acheté des livres, l'avait préparé tout en travaillant, en candidat libre. Elle avait dû se détacher de ses connaissances de la magie - plutôt biaisées dès qu'il s'agissait de Salem - avait dû acquérir des réflexes qu'elle était loin d'avoir. Le plus difficile n'avait pas été la théorie : Isobel était une grande travailleuse lorsqu'elle le voulait et elle avait toujours des facilités dans l'apprentissage. En somme, lorsqu'elle voulait, elle pouvait et elle voulait cet examen vraiment très fort. Non, le plus difficile avait été la pratique : elle était habituée à obtenir ce qu'elle voulait de sa magie à la Nouvelle-Orléans et à ne se servir de sa baguette que pour certains enchantements très précis. Or, les sorciers occidentaux faisaient tout passer par l'usage de la baguette. Absolument tout. Elle possédait une baguette magique, mais faite pour le vaudou. L'habituer à une magie différente avait été... folklorique. Elle avait plusieurs fois failli mettre le feu aux rideaux de son petit studio, qu'elle avait loué en arrivant à Salem et en trouvant un petit boulot dans une animalerie. Abandonner sa façon de faire de la magie avait été si compliqué qu'elle avait songé à temps à racheter une baguette plus adaptée mais avait renoncé devant les prix. Entre une baguette et le quart de son loyer, elle savait ce qu'elle préférait. Elle avait suivi des cours du soir de rattrapage pour tous les sorciers internationaux arrivant à Salem - ou bien les Amérindiens, qui ne passaient pas par la baguette non plus - pour étudier. Si bien qu'à force de persévérance, elle était arrivée à des résultats plus que corrects. Elle avait décroché l'examen avec les honneurs, en se débrouillant très bien en théorie, moins en pratique et avait ainsi décroché une première bourse. Néanmoins, elle s'était résignée à choisir une spécialité qui ne nécessitait pas l'usage de la magie occidentale, donc pas Médicomagie. Les études de droit étaient trop longues pour qu'elle puisse les financer aussi longtemps alors elle avait choisi un domaine plus court, la communication qui lui plaisait bien. Elle avait décroché une seconde bourse sociale, était sans ressources et avait continué de travailler à côté, pour pouvoir vivre correctement. Et encore une fois, Isobel avait tout mené de front : de nouvelles études, un travail, une nouvelle vie sociale, s'adapter à la vie à Salem, bien loin de la Nouvelle-Orléans. Elle avait adoré ses études, avait travaillé énormément, avait décroché d'excellents stages, de bons contacts et sa carrière s'était poursuivie jusqu'à un poste au Ministère. Et elle n'en n'était pas peu fière.

- Tu es le deuxième à me le dire, répondit-elle en pensant à sa mère. J'ai fais des études, ajouta-t-elle sans retenir un sourire. J'ai rattrapé le niveau scolaire par moi-même, j'ai obtenu des bourses et j'ai été admise à l'université de Salem en... elle eut un léger instant de réflexion, 1995. Ce n'était pas le plus facile, mais quitte à faire des études, autant le faire le faire dans la meilleure université - et la pointe était contre la propre fac d'Abel, elle s'était sentie obligée - tu ne trouves pas ? J'ai un diplôme en Communication et Sciences de l'Information, spécialité Sciences Politiques.

Se rendant compte qu'il y avait un trou dans son récit entre son départ de la Nouvelle-Orléans et son entrée à Salem, Isobel eut un instant de silence. Vu comment elle était partie de toute manière, elle pouvait bien tout raconter...

- Si tu veux l'histoire depuis le début, je suis partie en car, cette nuit-là, les cars de nuit de la gare, reprit-elle sans s'attarder sur cette partie-là. J'ai pas mal vadrouillé pendant quelques années. En fait, corrigea-t-elle, j'ai un peu erré. J'étais désœuvrée et sans but et... Ce n'était pas vraiment comme je l'imaginais, la vie en dehors de la Louisiane. Surtout à seize ans, fauchée et après plusieurs mauvaises rencontres, mais elle ne précisa pas. Ce n'était pas la partie la plus glorieuse de ma vie mais... J'ai fais plein d'endroits. Las Vegas, Los Angeles, notamment, je n'avais pas vraiment de point d'ancrage. Et puis à la veille de mes dix-neuf ans, j'ai arrêté, j'ai voulu faire quelque chose de mieux que errer toute ma vie sans but. Elle ne précisa ni les problèmes qui lui étaient arrivés à Los Angeles, ni le petit passage à Salisbury, juste devant sa fac, qu'elle avait fait à cette période, préférant rester maîtresse de son récit. Du coup, j'ai décidé de faire des études, comme je t'ai dis. J'ai décroché un très bon stage de fin d'études dans un cabinet d'avocats à New-York et j'ai déménagé là-bas pendant quelques temps. Du coup, c'est ma ville préférée, ajouta-t-elle avec un certain plaisir. J'ai aussi pas mal voyagé dans le reste des États-Unis à ce moment-là et avec la fac aussi, j'avais une bande de copains, on se voit encore. J'aurai pu chercher du boulot à New-York, j'y ai pensé d'ailleurs mais j'avais envie de découvrir le monde. Alors je suis partie en Europe, j'ai fais plein plein d'endroits. Presque plus que toi, je suis sûre, précisa-t-elle avec un léger sourire plein de défi. Mais comme les bonnes choses ont une fin, il a bien fallu que je travaille de nouveau de manière stable pour pouvoir vivre et j'avais un bon diplôme qui prenait la poussière alors... J'ai fini à Dublin, après avoir hésité avec la France. J'ai travaillé dans le privé mais comme ce n'était pas ma spécialité... J'ai postulé deux fois à la nationalité anglaise pour pouvoir travailler ici. Et depuis... J'y suis restée, j'y suis plutôt bien. Mais je ne vis plus à Dublin par contre.

Elle avait beaucoup parlé, songea-t-elle, et beaucoup résumé sa vie. Mais il y avait des détails qu'elle préférait garder pour elle, des secrets, et des choses qui prendraient bien plus de temps que cela à expliquer, notamment ses voyages, ou tout ce qui avait pu se passer durant ses études. Seize ans, c'était long. Mais elle préférait s'en tenir au résumé, pour le moment, il n'avait pas besoin de plus. Néanmoins, il y avait quelque chose qu'elle voulait bien ajouter, parce qu'elle y avait souvent pensé et aussi parce que cela avait beaucoup joué dans sa vie, mine de rien. Tournant machinalement le couvercle de son gobelet, Isobel baissa un peu les yeux avant de hausser les épaules.

- C'est peut-être étrange mais... J'ai fais des études à cause de toi. Enfin, grâce à toi, corrigea-t-elle. Disons que des années à t'envier ont été un bon déclencheur et comme tu disais toujours que j'avais les capacités de le faire... Elle haussa les épaules, un peu gênée, avant de retirer complètement le couvercle avec lequel elle jouait. Tu dois trouver ça bête, vu toute la manière dont j'ai pu partir mais... J'ai pas tout laissé derrière moi. Les souvenirs, ça reste, comme tu dis.


Isobel Lavespère
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La petite démonstration d’Isobel fit intérieurement sourire l’archimage. Il ne pouvait pas tellement la démentir sans faire preuve de mauvaise foi, et la mauvaise foi, il n’aimait pas ça. Isobel n’avait pas tort du tout. Il avait choisi le jour de leurs aimables retrouvailles. Un jour symbolique : plus que le jour de son anniversaire, c’était le jour où elle avait fui la Nouvelle-Orléans, pour toujours, sans prévenir personne. C’était le jour où elle avait disparu. Il était arrivé en Angleterre dans le courant de novembre 2008, et effectivement, il avait attendu sciemment le dernier jour du mois de décembre pour venir à sa rencontre. Tout d’abord pour des raisons pragmatiques : il ne savait pas encore où il pourrait la trouver exactement, il lui avait fallu quelques jours de recherches pour localiser les lieux dans le pays où il aurait des chances de la trouver facilement, car il ne comptait pas non plus débarquer au Ministère et s’inviter dans son bureau. La seconde raison et la plus importante était qu’il voulait effectivement marquer le coup de leurs retrouvailles, et quelque chose d’assez cynique en Abel l’avait poussé à choisir cette date.

« Que veux-tu, les symboles, on aime ça à la Nouvelle-Orléans, répondit t-il tranquillement. Toi non plus, tu n’es pas partie n’importe quel jour. »

Tout comme Isobel, il n’y avait pas spécialement d’accusation dans son ton, c’était plus un constat qu’autre chose. Elle aurait pu partir plus tard dans l’année, ou même juste quelques jours après, mais non, elle avait choisi le jour précis de sa cérémonie de passage. Consciemment ou pas, elle avait opéré un acte symbolique elle aussi. Et Abel lui avait rendu la pareille, en toute conscience.

Toutefois, ce n’était pas tellement ce dont il avait envie de parler, cette fois. Ils avaient suffisamment et douloureusement décortiqué tout cela, au fur et à mesure de leurs violents échanges, depuis décembre dernier. Abel était un homme rancunier, il le savait, il le reconnaissait. Et il lui en avait voulu, longtemps, seize années, de façon de plus en plus diffuse jusqu’à presque l’oublier, mais cette amertume n’avait jamais totalement quitté son coeur. Elle avait explosé au cours de ces derniers mois, et désormais Abel en était à un stade où il était lassé de tout cela. Lassé et un peu ébranlé dans quelques certitudes qui l’avaient rendu si dur envers elle, lorsqu’elle avait disparu. Pour dire les choses simplement, se confronter à Isobel lui avait permis de mettre un peu d’eau dans son vin, car il n’était pas aussi inébranlable qu’il ne le laissait penser. En particulier depuis ce jour où elle était venue le trouver chez lui en pleine nuit, et qu’elle avait fini par lui murmurer des excuses. Plus il se confrontait à elle, plus il avait l’impression de retrouver des traits qu’il connaissait d’elle, qu’il n’avait pas oubliés, et par Marie… C’était rassurant. La personne qu’il avait en face de lui n’était pas complètement différente de la jeune fille de son enfance.

Alors il était curieux d’en savoir un peu plus sur ce qu’elle était devenue. Une certaine méfiance envers elle l’habitait toujours mais il arrivait désormais à l’étouffer un peu, pour faire une approche plus neutre vers Isobel, presque amiable. Elle commença par lui révéler qu’elle avait fait des études, ce dont Abel s’était douté au vu du poste qu’elle avait réussi à décroché au Ministère, mais cela lui tira tout de même une expression de surprise de l’entendre le dire ainsi. Elle avait vraiment fait des études, et pas n’importe lesquelles. Elle avait étudié à Salem, l’une des meilleures universités magiques des Etats-Unis, celle qu’Abel aurait pu choisir de rejoindre s’il y avait eu là-bas un département d’architecture. Il s’apprêtait à réagir, mais Isobel enchaîna sur un récit qu’il ne s’attendait pas à obtenir, pas aussi vite, pas aussi facilement. Il s’attendait à devoir lui poser la question, à insister même, pour savoir ce qu’elle avait fait exactement en quittant la Nouvelle-Orléans cette nuit-là. C’était quelque chose qui l’avait longtemps torturé, de pouvoir s’imaginer tout et n’importe quoi à propos de ce que faisait Isobel à seize ans, larguée dans la nature, dans un pays immense et inconnu pour elle. Il avait eu tendance à imaginer le pire, après tout elle aurait très bien pu mourir, et il guettait chaque jour les faits divers morbides dans les journaux, au cas où il trouverait quelque chose qui pourrait correspondre à sa disparition. Et visiblement, il avait eu raison d’imaginer le pire, se rendit t-il compte en écoutant Isobel lui raconter qu’elle avait erré pendant trois ans dans différentes villes des Etats-Unis. Elle avait erré sans but, seule, jeune adolescente qu’elle était. Elle n’avait même pas eu de plan précis avant de partir, pas de point d’accroche, pas de connaissance où aller se loger, autrement dit, il aurait pu lui arriver n’importe quoi. Dans d’autres circonstances, Abel aurait pu la secouer pour avoir agi aussi inconsidérément, mais à quoi bon aujourd’hui ? C’était fait, et elle avait l’air vivante et en pleine santé. C’était fait et cela l’avait sans doute forgée, de la façon dure et cruelle que la vie connaissait bien.

La suite de son récit était heureusement plus joyeuse. Elle lui expliqua qu’elle avait presque fait un tour d’une moitié de monde, ce qui n’aurait pas du étonner Abel, au fond. Isobel enfant avait souvent clamé qu’elle aimerait voyager jusqu’en Europe. C’était chose faite. Abel sentit quelque chose se réchauffer en lui, et avec une certaine surprise, il se rendit compte que c’était un sentiment positif. Le parcours d’Isobel, hormis ses premières années visiblement, avait été consacré à accomplir des choses qu’Abel lui avait souhaité dans leur enfance. Etudier, voyager, voir le monde… Elle avait réussi à faire tout cela, et c’était pour l’archimage une certaine forme de consolation qu’il n’espérait pas ressentir.

Il venait de découvrir qu’il était encore capable d’être sincèrement content pour elle, et ce constat le laissa silencieux de surprise, un petit moment. C’est pourquoi il ne réagit pas immédiatement, pas jusqu’à la petite conclusion d’Isobel qui éveilla encore quelque chose d’autre en lui. Il l’évalua un certain temps du regard, comme pour tenter d’estimer à quel point elle était sincère. L’espèce de nervosité avec laquelle elle jouait avec son gobelet et la façon dont elle baissait les yeux ne trompait pas. C’était réellement ce qu’il pensait, car l’avouer semblait la mettre un peu dans l’embarras.

Ce fut au tour d’Abel d’être presque embarrassé. Il avait eu des excuses la dernière fois, c’était ce qu’il cherchait et cela l’avait un peu apaisé. En revanche, il ne s’attendait pas du tout à obtenir des remerciements. Ce qu’elle reconnut en dernier lui procura cette même sensation de consolation. Ainsi, elle avait pensé à lui pendant sa vadrouille. Elle ne l’avait pas déclaré aussi directement, mais c’était bien ce qu’elle voulait dire. Il était resté là, quelque part dans son esprit, et l’avait visiblement poussée à faire de bonnes choses. Sans être physiquement présent, il avait été là d’une certaine façon. Elle ne l’avait pas rayé de son existence. Cet aveu, s’aperçut t-il, était bien plus réparateur que toutes les excuses qu’elle pouvait lui faire et il se sentit presque stupide de ne pas avoir cherché plus tôt à savoir si elle avait pensé à lui, à eux, dans son périple.

Sa voix finit par s’élever, après un silence dont Abel ne mesura pas la durée, et avec un sourire inconscient.

« C’est bien que tu aies pu faire ces études, je suis content pour toi. Félicitations en retard, pour ton diplôme. » Il hésita longuement avant d’ajouter : « Je suis content d’avoir été là… d’une certaine manière. »

Il soutint le regard d’Isobel avant de le baisser vers son café et d’en boire une longue gorgée. Il ressentait une certaine gêne désormais, cette conversation aux apparences toutes simples les mettait bien plus à nu que leurs disputes précédentes. Il chercha alors à revenir sur un terrain en quelque sorte sympathique, mais plus neutre. Son regard retrouva celui d’Isobel, tandis qu’il la relançait, avec une certaine provocation :

« Plus d’endroits en Europe que moi, hein ? Vas-y, c’est quoi ton palmarès ? Et tu y as fait quoi, là-bas ? »


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Isobel répondit à la phrase d'Abel par un regard plein de provocation, sans pouvoir s'en empêcher et sans même en avoir envie. Elle avait effectivement choisi une date symbolique pour sa fuite, par pure envie d'envoyer un message à son coven et à sa mère. La cérémonie des seize ans était le passage le plus important dans la vie d'une sorcière vaudou, elles y étaient préparées pendant longtemps. C'était un moment mystérieux, avant de le passer, elles ne savaient pas ce qui s'y passaient. La tradition voulait que leurs pouvoirs soient complétés lors de ce jour, qu'elles soient enfin des sorcières à part entière. Les jeunes filles l'attendaient avec impatience et Isobel n'avait pas fait exception à la règle : c'était leur entrée dans le coven, leur reconnaissance en tant qu'adultes. Elles recevaient un grimoire, une dague de cérémonie et surtout, on analysait le niveau de leurs pouvoirs et leur spécialité en magie, on comptait les domaines qu'elles maîtrisaient pour juger de l'importance et de la place qu'elles prendraient dans le coven. C'était une cérémonie qui réunissait toutes les femmes adultes de la famille. Isy se rappelait encore de la sienne : elles étaient venues la chercher au matin dans l'appartement de sa mère - qui était levée pour une fois - pour aller au temple alors que le soleil se levait. Elle s'était livrée à des exercices imposés toute la journée, sous le regard des prêtresses jusqu'à la cérémonie d'héritage, très impressionnante à voir. Les choses s'étaient terminées au coucher du soleil.

Quand Isobel était sortie du temple, son grimoire sous le bras et sa dague soigneusement cachée sous son gilet, elle avait prétendu retourner chez sa mère pour se changer. C'était le réveillon du Nouvel-An, la ville se préparait pour la fête, elle devait retrouver ses amis, elle devait retrouver Abel. A cet instant, elle hésitait encore. Elle avait choisi ce jour marquer le coup, pour que sa fuite soit le premier acte de sa vie d'adulte et pour montrer aux prêtresses qu'elles n'avaient pas de prise sur elle. Elle était rentrée lentement, avait salué les personnes qu'elle avait croisé comme si de rien n'était. Elle avait retiré sa robe blanche de cérémonie, enfilé des vêtements plus confortables, ranger ses nouvelles affaires dans son sac à dos. Elle s'était assise quelques minutes sur son lit, avait contemplé sa chambre remplie d'affaires et avait pris sa décision. Elle ne voulait plus rester ici, alors elle était partie. Elle aurait pu attendre quelques jours c'est vrai mais elle avait envie de porter un dernier soufflet aux prêtresses. Être honorée par elles le jour et leur planter un couteau dans le dos la nuit... Encore une des raisons qui faisait qu'elle ne pouvait décemment pas retourner à la Nouvelle-Orléans : non seulement elle avait fugué, mais elle l'avait fait en faisant presque un doigt d'honneur à sa famille qui était comme elle : plutôt rancunière. Mais elle n'avait pas envie d'expliquer cela à Abel, qui l'avait de toute manière sûrement compris par lui-même, c'était quelqu'un d'intelligent. De plus, c'était la première fois qu'ils conversaient calmement et elle n'avait pas vraiment envie de gâcher cela en reparlant de sujets qui fâchent.

C'est d'ailleurs sûrement parce qu'ils parlaient calmement qu'elle s'était sentie assez en confiance pour lui parler de son parcours. Rien de bien secret mais c'était étrange de l'exposer à Abel qui était sorti de ses pensées depuis des années. Elle n'aurait pas pensé qu'ils se reverraient un jour dans son bureau et qu'ils parleraient de ses études et de ce qu'il était advenu d'elle après la Nouvelle-Orléans. Et pourtant, elle lui en avait déjà parlé, il ne le savait juste pas... Elle lui avait écrit des dizaines de lettres après son départ, qu'elle n'avait jamais eu le courage d'envoyer. La dernière datait de ses études, justement, et elle était restée avec les autres, bien cachées dans un coffret en bois. Elle lui avait déjà raconté tout cela, elle avait presque l'espoir à chaque lettre de l'envoyer mais elle finissait toujours par l'enfermer avec les autres. Elle vit bien dans son regard au fur et à mesure qu'elle parlait qu'il désapprouvait sa fuite peu préparée... Il fait dire qu'elle pourrait elle-même le regretter tant elle gardait de mauvais souvenirs de plein de choses. Elle avait été très rapidement confrontée la réalité de la vie d'une adolescente sans repères et sans surveillance. Elle avait vécu des choses difficiles, s'était mise dans des situations dangereuses mais plutôt que de regretter tout ça, elle l'avait mis de côté et était plutôt fière de s'en être sortie. C'était aussi pour cela qu'elle était aussi fière de ses études et de ce qu'elle avait pu accomplir à partir de la vingtaine, dès son arrivée à Salem.

Quand elle termina son récit sur une confession plutôt gênante bien qu'entièrement vraie, elle chercha le regard d'Abel mais ce dernier semblait décidé à garder le silence. Elle regrettait presque de lui avoir dit cela : à quoi est-ce qu'elle pensait ? Dans le silence inconfortable qui s'était installé, elle se sentait un peu idiote. Il devait lui en vouloir encore à mort derrière sa cordialité, il n'avait sûrement pas envie d'entendre ce genre de bêtises. Mais il finit par lui adresser un sourire et reprendre la parole, ce qui la soulagea étrangement. Elle répondit à son sourire, ses mains jouant toujours avec le couvercle en plastique de son gobelet. Elle finit par prendre une gorgée de la boisson chaude pour noyer son propre sourire et aborder de nouveau une mine plus neutre.

- Merci. Je suis contente aussi, admit-elle en sentant son sourire revenir malgré elle.

Son ajout la laissa silencieuse un instant également, alors qu'elle cherchait quoi répondre. Devait-elle lui dire qu'elle avait pensé à lui, énormément, ce qu'il ne semblait pas soupçonné ? Elle l'évalua du regard quelques secondes avant de faire le choix de rester silencieuse. Elle n'avait pas envie de se dévoiler autant, elle restait méfiante à son égard. Être en face de lui faisait remonter une vieille nostalgie qui la poussait à s'ouvrir, mais elle devait garder la tête froide. Elle finit par prendre une nouvelle gorgée de café, alors que Abel reprenait la parole sur un terrain plus neutre. Elle entendait clairement la provocation dans son ton et ne manqua pas de réagir, comme pour dissiper la précédente gêne qui s'était installée entre eux. Elle se redressa un peu plus dans son fauteuil, posant ses coudes sur la table.

- Quel est ce dédain, hein ? Plus que toi ! J'ai été en France, évidemment, l'Irlande - ça compte comme un autre pays - en Allemagne, en Italie - j'ai adoré Rome - en Espagne, en Grèce, en Hongrie, en Roumanie, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège, en Finlande, en Croatie aussi ! Et puis au Portugal. Sans compter évidemment tous les états américains que j'ai fais et un spring break au Mexique ! Tu dis mieux ?

Elle avait bien profité de sa jeunesse niveau voyage, il fallait le dire.

- J'ai fais plein de petits boulots, j'ai voyagé un peu au hasard. Puis j'ai visité, j'ai vu plein de communautés magiques, je me suis rendue utile... J'ai dépensé jusqu'au dernier sou pour pouvoir continuer à voyager mais j'ai bien dû revenir à la réalité à un moment. Mais j'en garde un bon souvenir. Personne ne me croit jamais quand je dis que j'ai fais l'Europe en sac à dos, fit-elle avec un léger rire en tirant légèrement sur l'épaule de son chemisier en soie qui ne supporterait pas la moindre escapade un peu risquée dans les montagnes roumaines.

Isobel adorait certes les vêtements élégants - son dressing parlait pour elle - mais elle savait aussi choisir du pratique quand la situation l'exigeait : elle était une fille de Louisiane, quand même, elle avait grandi dans le bayou, elle n'était pas si précieuse.

- Et toi alors ? La dernière fois qu'on s'est vus, tu étais un étudiant de deuxième année surchargé. Il s'est passé quoi entre ça et "je construis la dernière folie du Ministre Marchebank" ?


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La tension était quelque peu palpable et Abel ne savait qu’en penser. Nulle animosité, nulle provocation, mais plutôt un sentiment de reconnaissance sourde et mutuelle entre eux, et c’était bien ce qui rendait les choses étranges. C’était la première fois qu’ils échangeaient quelque chose de réellement positif depuis qu’ils s’étaient revus, et Abel en eut hautement conscience. Il baissa le regard vers son gobelet de café, sans trop savoir quoi attendre de la situation. Isobel semblait ne pas souhaiter rebondir, et ma foi, il ne l’attendait pas forcément d’elle. Les choses venaient d’être dites et ce n’était pas plus mal qu’ils ne s’y épanchent pas trop. Alors il changea de sujet, à propos de leurs voyages respectifs, se faisant une carte mentale du parcours d’Isobel.

« Ok… Je dois reconnaître que je ne m’attendais pas à autant, reconnut t-il. Tu as fait plus de pays européens que moi, dans ce que tu as cité, je n’ai vu ni la Hongrie, ni la Croatie, ni le Danemark. J’ai été en Belgique par contre, puis Russie récemment. Et surtout… J’ai bien exploré l’Amérique Latine, révéla t-il en s’accoudant sur le bureau avec un sourire. Mexique, Chili, Uruguay et Brésil. On ajoute un pays du Moyen-Orient, le Qatar pendant la coupe du Monde. Donc, je crois qu’au final, je te bats quand même. »

Parfois des voyages d’affaires, parfois des voyages personnels pour compléter sa culture, Abel était l’un de ces archimages mobiles qui ne se voyaient pas construire éternellement au même endroit. Il avait eu l’occasion de mener quelques projets étrangers avant l’Angleterre, même si celui qu’il menait actuellement à Leopoldgrad était sans aucun doute celui qui marquerait son nom à l’international. Isobel poursuivit sur sa propre expérience, et presque malgré lui, un sourire étira les lèvres d’Abel à la mention du sac à dos. Lui n’avait aucun mal à l’imaginer avec, short et baskets, à vadrouiller en Europe. En vérité, cette image était bien plus proche du souvenir qu’il conservait d’Isobel, plutôt que l’image de cette femme vêtue d’un chemisier impeccable et de chaussures de luxe face à lui. Enfant et adolescente, elle avait eu un petit côté aventureux et casse-cou qu’il était effectivement difficile de juxtaposer à l’image qu’elle renvoyait aujourd’hui, si on ne la connaissait pas.

« Hum… fit t-il, quand Isobel le questionna à son tour. Ca fait très lointain dit comme ça, avoua t-il, avec une petite pensée pour sa deuxième année d’études qui avait été de loin la pire. Pas mal de choses, j’ai terminé mon diplôme, je l’ai eu avec mention. Après j’ai voyagé à peu près deux ans, avec Isaac et un autre copain, pour nous faire de l’expérience. C’est là que j’ai été en Amérique Latine, ils construisent rarement avec des architectes là-bas du coup, l’idée c’était de faire du terrain pour avoir une vraie expérience de la construction. Après on est revenus aux Etats-Unis, on a été embauchés dans des boîtes différentes, on s’est un peu fait nos parcours personnels. J’essayais d’amasser le plus d’argent possible sur l’année, pour me faire un voyage dans un pays de mon choix, l’été. C’est là que j’ai pas mal exploré l’Europe. Puis, à peu près six ans après mon diplôme, y a eu une opportunité d’embauche dans la boîte d’Isaac, il m’a recommandé, je l’ai rejoint. Et voilà, on y travaille toujours. C’est une entreprise de Salisbury qui a pas mal de projets étrangers, donc on a construit un peu aux Pays-Bas et en Belgique, avant qu’ils nous envoient ici, à Cosmos. »

Elle savait à peu près tout dans les grandes lignes, ou du moins, pour la partie professionnelle, puisqu’ils s’étaient cantonnés à se raconter cet aspect-là seulement. Il aurait pu parler de ce qu’il avait vécu avec son départ, de ses recherches effrénées qui avaient parfois mis à mal ses propres études. Il aurait pu parler aussi de sa vie d’étudiant, de ses amis, de ses premières copines, de ses histoires plus ou moins sérieuses ensuite. Mais il semblait à Abel que c’était des informations délicates, ou personnelles et il n’avait pas vraiment envie d’être le premier à les divulguer. Puis, il devait déjà assimiler celles qu’Isobel venait de lui livrer. Il s’était souvent demandé ce qu’elle avait pu faire pendant son absence. Elle était partie à seize ans, seule, il aurait pu lui arriver absolument n’importe quoi. Il lui était peut-être arrivé des bricoles, mais en tout cas, elle n’en parlait pas, et cela ne semblait pas avoir eu d’impact irréversible sur elle : au final, elle avait un beau parcours. De multiples voyages, un diplôme américain, un joli poste au Ministère anglais… Oui, elle avait réussi, quand les trois quarts des femmes de son coven ne donnaient pas cher de sa peau. Elle l’avait fait, elle avait prouvé à sa famille de quoi elle était capable. Par des moyens auquel Abel trouverait toujours quelque chose à redire, certes, mais elle l’avait fait. Et ça, c’était une réussite incroyable, que peu auraient pu accomplir.

« Je crois que certaines femmes de ta famille seraient très surprises de connaître ton parcours, finit t-il par dire, guettant les réactions d’Isobel. C’est… un beau parcours, avoua t-il, et c’était bien parce qu’Abel était homme de l’honnêteté, car il lui en coûtait un peu d’admettre que ce départ qui lui avait fait tant de mal avait produit quelques beaux résultats, au final. Il resta un moment silencieux, comme plongé dans ses propres réflexions, avant de continuer, son attention revenue sur Isobel. Ce qui est dingue, c’est qu’on aurait pu se croiser plein de fois là-dedans, au final. N’importe où, alors que je m’étais focalisé sur les Etats-Unis. Mais non, ça aurait pu être au détour d’une terrasse au… Portugal, ou que sais-je. »


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Isobel se sentit fière, de manière un peu irrationnelle, lorsque Abel déclara qu'il ne s'était pas attendu à autant de pays. Il fallait dire qu'elle avait énormément vadrouillé et elle ne regrettait pas cette époque, au contraire, elle lui manquait un peu. Cela avait été parfois difficile de se retrouver dans des pays étrangers presque sans argent, parfois sans la langue mais Isy était quelqu'un de très débrouillard et au final, elle n'en retirait que du bon. Se décider à se poser n'avait pas été chose facile mais elle ne pouvait plus se permettre de voyager ainsi, il lui fallait de l'argent. Et une fois qu'on avait un poste installé, c'était plus difficile de tout lâcher. Au final, elle avait trouvé son rythme, son endroit où se poser et se contentait de voyager l'été, lors de ses trois semaines de congé : elle mettait de côté et partait toujours quelque part, même si c'était moins loin qu'avant. Actuellement, elle mettait de côté pour aller au Brésil lorsqu'elle le pourrait, peut-être dans un an. Elle l'espérait, elle avait besoin d'air et c'était un pays qu'elle avait toujours voulu voir, sans en avoir l'occasion.

- J'ai un passeport anglais maintenant, ça me permet de bouger facilement en Europe, lança-t-elle en guise d'explications, même si elle rappelait rarement qu'elle possédait cette double nationalité. Cela faisait bien trop rire ses amis.

Elle était néanmoins curieuse d'entendre les pays que Abel avait visité. Elle savait qu'il avait fait pas mal d’États américains à ses dix-sept ans, quand elle était à Bâton-Rouge, mais plus rien depuis. Quand il cita la Russie, elle se crispa légèrement, Sofya et leur dispute du mois dernier lui revenant en tête. Elle avait occulté cette information, comme elle était très douée pour le faire avec ce qui la dérangeait, sans pour autant s'attarder dessus. Ses doigts tapotèrent le bois de son bureau un instant, avant qu'elle ne réponde, ne laissant rien passer de ses pensées.

- Ça, ouais, j'ai cru comprendre pour la Russie... Un très agréable voyage, hein ?

Laissant de côté son mauvais esprit, elle prit une gorgée de café. Elle préféra se concentrer sur l'Amérique Latine, pensée bien plus agréable. Que des pays qu'elle voulait faire, même si elle connaissait déjà le Mexique. En spring break, elle n'avait pas eu le temps d'approfondir la culture du pays... Sauf ses mojitos.

- La Coupe du Monde ? releva-t-elle avec surprise, un peu moqueuse. De Quidditch ? Toi ? Du sport ?

Elle avait connu Abel plus intello que porté sur le Quidditch, au contraire de son cousin Alexandre par exemple. Elle se moquait de lui à ce sujet à une époque, elle qui était bien plus sportive. Abel, lui, était plus dans ses bouquins.

- C'est parce que Monsieur a plus de moyens. Je n'avais pas papa-maman pour me financer des études avec voyage, moi, fit-elle remarquer, aussi narquoise que cynique. Et tu vas pouvoir continuer à augmenter ta liste, je connais ton salaire pour Leopoldgrad. In-dé-cent, si les gens savaient où passent leurs impôts...

Mais c'était justement son travail qu'ils ne le sachent pas en détails et surtout, qu'ils pensent que leurs impôts étaient dépensés à leur profit. Il n'empêche qu'elle avait un peu avalé de travers en apprenant cela. Si elle avait su qu'on pouvait être si bien payée, elle se serait peut-être réorientée. Entre ça, et la mafia. Roy lui faisait de l'oeil parfois. Pour du boulot, elle voulait dire. Quoique. Abandonnant ses idées de richesse, Isy reporta son attention sur la conversation, intéressée par la réponse d'Abel à sa question. Après avoir quitté la Nouvelle-Orléans, elle s'était souvent demandé ce qu'il était devenu, où il en était dans sa vie, où il vivait maintenant.

- Ça fait seize ans, rappela-t-elle en haussant les épaules. Plutôt dix-sept, en fait. Il était en deuxième année quand elle était encore à la Nouvelle-Orléans. Je m'en doutais, fit-elle avec un sourire en coin quand il lui annonça qu'il avait eu son diplôme avec mention. Elle écouta le reste avec intérêt, la tête appuyée dans sa main. Quand il conclut sur le fait qu'il travaillait dans la même boite qu'Isaac, une question lui vint. Pourquoi est-ce que tu ne travailles pas à ton compte maintenant ? Tu peux, avec ce projet... Si je pouvais me passer de patron, personnellement, je le ferais, conclut-elle avec un sourire.

Mais elle aimait travailler en politique et elle aurait toujours un supérieur : même si elle montait sa propre boîte de com', le commanditaire serait toujours son supérieur. Elle préférait néanmoins l'agitation des Institutions politiques, son rêve était parfois de bosser au MACUSA, encore plus grand que le Ministère anglais. Elle n'avait pas cherché en sortant de ses stages, encore trop jeune, mais désormais qu'elle avait eut d'importantes responsabilités ici, elle pourrait être engagée n'importe où. A force de bosser - avec succès - sur des campagnes qui résonnaient autant, Isobel commençait à se faire un petit nom dans son domaine. Elle était persuadée qu'elle pourrait faire une grande carrière et comptait s'y consacrer entièrement, elle n'avait rien pour la retenir, pas de famille à entretenir, pas de relations à chercher. Elle voulait devenir sous-directrice du service de com d'ici ses trente-cinq ans, elle était bien partie, et chef de cabinet d'ici ses quarante. Puis pourquoi pas, viser plus haut que le Ministère. Mener une campagne d'un membre de la Confédération Internationale des Sorciers, puis entrer à la communication là-bas. Les possibilités étaient immenses. Comme s'il lisait dans ses pensées, Abel la complimenta sur son parcours, ajoutant que certaines femmes de sa famille seraient impressionnées Elle haussa légèrement les épaules.

- Merci. Mais je pense que tu te trompes : cela n'a rien de glorieux, selon elles. J'ai étudié à Salem, moi, une sorcière de la Nouvelle-Orléans... Je ne respecte vraiment rien, hein ? lança-t-elle cyniquement. Elles me trouveraient ridicule. Ma mère s'est foutue de moi, tu vois. Donc bon.

Elle haussa de nouveau les épaules. Cela lui avait plus de peine qu'elle ne voulait bien l'admettre. Elle se fichait de l'approbation de sa mère mais tout de même, elle aurait bien aimé que... Tant pis. Ils restèrent un moment silencieux, tandis qu'elle fixait le fond de son café, pensive. Elle ne redressa la tête que lorsqu'il reprit la parole, lançant qu'au fond, ils auraient pu se croiser n'importe où, ce qui lui tira un sourire.

- Si tu savais... Elle était venue à Salisbury une fois, juste en face de son école, elle l'avait attendu avant de changer d'avis. J'aurais préféré que tu me hurles dessus sur une terrasse au Portugal, ouais,, lança-t-elle, un peu provocante, mais un demi-sourire sur les lèvres. D'ailleurs, je ne t'ai jamais demandé... Comment Diable est-ce que tu m'as retrouvée ? Tu t'es remis au vaudou ou quoi ?


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L’aveu que lui fit Isobel à propos de son passeport anglais lui fit hausser les sourcils de surprise, le temps de quelques secondes qu’il se rende compte que c’était logique. Après tout, elle était fonctionnaire pour le Ministère anglais, c’était sans doute ce qui avait motivé sa demande de nationalité. Et puis, depuis le temps qu’elle était ici, elle avait dû se rendre compte qu’elle y était bien et qu’elle avait envie de s’y installer, même si c’était une idée incongrue pour l’américain qu’était Abel.

« Alors après tous ces voyages, tu as fini par choisir l’Angleterre pour te poser, on dirait. »

C’était plus une constatation qu’une question mais Abel guetta tout de même la réaction d’Isobel. Elle n’avait jamais formulé aucun désir de revenir aux Etats-Unis un jour, et le fait qu’elle ait sa nationalité anglaise laissait entendre qu’elle pourrait bien choisir de s’installer ici pour toujours. Il se sentit guetté à son tour lorsque vint le sujet de son voyage en Russie. Il s’apprêtait à répondre qu’il avait effectivement vu et appris beaucoup de choses là-bas, mais au moment où il allait parler, il eut l’impression étrange qu’elle ne disait pas cela par hasard. Connaissait t-elle tous les détails de ce voyage ? Il choisit la prudence et répondit d’un ton égal :

« Oui, plutôt. »

Soit elle avait dit cela sans arrière-pensée, soit il y en avait une et dans ce cas, Abel ne comptait pas répondre à la provocation. Ce qu’il avait pu faire en Russie ou pas ne la concernait pas, après tout. Il considéra ce sujet clos et se montra plus enclin à répondre à sa gentille moquerie suivante. Elle n’avait visiblement pas oublié qu’il n’était pas très porté sur le Quidditch, ou tout autre sport. Oh, il regardait quand il y avait des grands matchs, où les Etats-Unis se qualifiaient, il n’était pas mauvais spectateur, mais sinon il avait d’autres passe-temps.

« Pas moi directement. Isaac m’a traîné, c’est un grand fan. La façon qu’elle eut de se justifier ensuite lui tira cette fois-ci un sourire. Oh, j’ai voyagé surtout après mes études, ne sois pas si mauvaise perdante. Et ce qui est indécent, c’est le peu de temps qu’on m’a laissé pour construire une ville. Evidemment que j’ai négocié mon salaire. » Même sans, il aurait touché un joli pactole, car il s’agissait là d’un énorme projet brassant beaucoup d’argent, dans laquelle il touchait forcément un pourcentage en tant qu’archimage. « De toute façon, c’est ton boulot de faire en sorte que les gens ne se posent pas trop de questions, si j’ai bien compris ? »

Abel n’avait pas spécialement envie de se mêler de politique anglaise, mais il n’empêchait qu’il avait vu et entendu pas mal de choses qui l’avait aidé à cerner le discours politique que l’on servait à la population. Et il devait avouer qu’il était assez content de n’être ici que temporairement, car le climat était loin d’être sain. Il n’allait pas servir un discours de « Au MACUSA, ça se passerait pas comme ça » mais presque. Une fois qu’il eut fini de lui conter son parcours, Isobel lui fit une remarque très juste qui lui tira un sourire à son tour. Elle avait pointé ce qu’il faisait de façon relativement secrète : il n’avait pas encore parlé à beaucoup de personnes du projet d’agence qu’il était en train de monter avec Isaac, mais puisqu’Isobel le devançait, il choisit de la mettre dans la confidence.

« Eh bien justement, c’est ce qu’on compte faire, c’est en cours même. On s’est renseigné et on a commencé les procédures administratives, on attend d’avoir notre prochain versement pour accélérer les choses. On ne va pas tarder à présenter notre lettre de démission à notre boîte, pour qu’on puisse s’y consacrer. Tu ne devrais pas tarder à voir l’agence Laveau & Wells émerger, au détour d’une rue de Leopoldgrad ou de New York » révéla t-il tranquillement.

L’avantage d’être l’architecte de Leopoldgrad, c’était qu’il avait très facilement accès à des locations de locaux. Quant à New York, c’était le lieu qu’ils avaient choisi depuis un moment avec Isaac pour s’installer, pensant qu’ils ne s’installeraient que là-bas, et ils avaient visité plusieurs bureaux. Maintenant qu’ils pouvaient s’offrir la plupart, ils n’avaient que l’embarras du choix. D’un commun accord, ils avaient décidé d’ouvrir deux bureaux plutôt qu’un : l’Angleterre était un pays plein de promesses et de projets, dans lequel ils devenaient célèbres, alors ils n’allaient pas le lâcher de sitôt, et leur succès ici les aiderait à fabriquer leur succès là-bas, en Amérique.

La discussion dériva sur le parcours d’Isobel, qui écarta avec une certaine résignation les compliments d’Abel. Il eut la sensation qu’elle se blindait derrière des couches d’indifférence plus qu’autre chose, mais ne fit pas de commentaire là-dessus. Ce qui était triste, c’est qu’elle n’avait pas complètement tort. Autant la réussite professionnelle et scolaire des hommes était appréciée -encore qu’il y avait des limites à ne pas franchir, étudier à Salem n’était pas toujours bien vu par tout le monde, il était bien placé pour le savoir mais sa mère faisait partie de ces quelques sorcières progressistes qui mettait la réussite de son fils avant des querelles séculaires- autant celle des femmes devait se cantonner à leurs actions pour le coven.

« Sans doute, concéda t-il. Mais crois-moi, certaines t’envieraient aussi. »

Surtout les jeunes filles, supposait t-il, car Isobel n’avait pas été la seule à rêver de grand air, d’ailleurs certaines renonçaient à leur place dans le coven. Elle était surtout la seule à être partie de cette façon, à avoir grimpé les échelons du monde du travail et à continuer sa pratique magique loin des siens. La plupart des sorcières n’apprécieraient pas son attitude et son culot, c’était sûr, mais aucune ne pouvait se vanter d’avoir accompli et vu autant de choses qu’elle. La question que finit par poser Isobel le tira de ses réflexions et il se rendit compte qu’il ne lui avait en effet jamais dit comment il l’avait retrouvée. Ce qui était passé pour un hasard n’en était pas un, et pourtant, cela aurait pu l’être. Il aurait pu être engagé pour le projet Cosmos et y retrouver par hasard Isobel, mais la vérité était plutôt qu’il avait fait en sorte d’être engagé pour pouvoir aller en Angleterre et y retrouver Isobel, car il savait au préalable qu’elle y était. Abel hésita quelques secondes, avant de se décider à opter pour la franchise, plutôt que les fausses excuses. Puisqu’ils en étaient à se parler à coeur ouvert…

« Allons, si tu crois que j’ignore que tu ne t’es pas arrangée pour qu’on ne te retrouve pas avec le vaudou… balaya t-il, avec un demi-sourire. La vérité c’est que je suis tombé sur un journal, l’an dernier, peu après l’élection de Marchebank. Tu apparaissais à ses côtés sur une photo, c’est comme ça que j’ai su que tu travaillais pour lui. J’aurais pu n’être pas sûr que c’était toi, mais ton nom figurait en tout petit, sur le commentaire de la photo, alors ça ne laissait pas vraiment place au doute. Du coup… Il laissa planer sa phrase avec un haussement d’épaules, comme si Isobel devinait la suite. Eh bien, je savais que mon agence voulait étendre ses projets à plusieurs pays européens, je me suis renseigné sur les projets en Angleterre, et je me suis occupé de répondre à l’appel d’offre pour Cosmos. On a été pris, et tu connais la suite. C’était relativement facile de retrouver ta trace en sachant que tu travaillais au Ministère. »

Il avait mené ses recherches sur elle en parallèle de son travail, et il avait bien choisi son jour pour se manifester à elle, ce qu’Isobel savait déjà.


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Isobel ne put s'empêcher de promener son regard sur son bureau lorsque Abel lança qu'elle semblait avoir chois l'Angleterre pour s'y installer. Elle ne pouvait pas nier qu'elle n'était jamais restée ausis longtemps quelque part depuis qu'elle avait quitté sa terre natale américaine, elle avait désormais de véritables ancres ici. Son travail, principalement : elle était fonctionnaire, c'était un statut avantageux pour elle et une belle carrière s'ouvrait à elle dans les années à venir. Elle possédait la nationalité anglaise, ce qui lui permettait de progresser ici comme elle n'aurait jamais pu le faire dans d'autres pays. Elle avait ses amis aussi, elle n'avait jamais eu autant d'amis et de connaissances depuis les États-Unis encore une fois. Elle avait pris toutes ses habitudes dans ce pays, que ce soit dans son appartement à Oxford, où elle vivait depuis cinq ans, aux endroits où elle sortait, à tout ce qu'elle connaissait du pays, de Londres, du monde magique. Elle avait son club de danse, les parcs où elle aimait courir, des copines avec qui sortir. Elle avait cela, aussi, à New-York ou à Salem mais cela s'éloignait de plus en plus d'elle. Elle perdait des liens à force de vivre de l'autre côté de l'océan, s'éloignait un peu de la vie américaine, malgré elle. Et même si elle gardait des liens étroits avec Logan, Madison, Jack, Jessica, elle ne pouvait nier que les voir une seule fois par an creusait un certain fossé entre eux. Pour autant, Isobel n'avait jamais vraiment formulé l'idée qu'elle passerait sa vie ici, tout simplement parce qu'elle ne savait pas où l'avenir l'emmènerait. Peut-être que ses opportunités professionnelles la ferait rester au sein du Royaume-Uni mais qui savait ? Elle aurait peut-être une offre intéressante au MACUSA, un poste qu'elle voudrait saisir ou bien même, ailleurs dans le monde. Pourquoi pas à la Confédération Magique Internationale ? Elle ne se fixait pas de limites. Pour autant, elle n'était pas assez proche d'Abel pour lui exposer tout cela et gardait à son égard une certaine méfiance qui la poussait à taire certaines choses, comme les endroits où elle était susceptible d'aller si elle disparaissait brusquement d'Angleterre.

- On dirait, se contenta-t-elle de répondre posément.

Le Quidditch et Leopoldgrad étaient deux sujets bien plus neutres que ceux évoqués précédemment et Isobel ne fut pas mécontente de s'y attaquer, passant sur la Russie et toute autre information personnelle la concernant. Elle eut un air entendu lorsque Abel révéla que Isaac l'y avait traîné - elle aurait été surprise du contraire - et se retourna pour attraper sa bouteille d'eau à la framboise, dont elle but une gorgée. Le café lui donnait toujours soif. La remarque sur son travail la fit hausser un sourcil et elle secoua doucement la tête, repérant la critique dans le ton d'Abel.

- Mon travail est de s'assurer que la population est heureuse de ce que fait son gouvernement afin qu'ils puissent mener des vies paisibles et épanouies, débarrassée des soucis qu'induisent l'administration d'une Nation, répliqua-t-elle avec un joli sourire.

Certains auraient dit qu'il n'y avait là rien de bien honnête, Isobel répondait que l'honnêteté n'était pas forcément nécessaire dans tous les cas. Les gouvernements mentaient aux populations, c'était un fait avéré depuis toujours. C'était une nécessité depuis toujours et ceux qui pensaient le contraire se berçaient d'utopie. Tous les gouvernements le faisaient, tous les gouvernements le feraient, certains étaient juste plus honnêtes que d'autres, ou prétendaient l'être. Un manque de moralité ? Plutôt de la praticité, aux yeux d'Isy. Il s'agissait de diriger un pays et on apprenait vite dans son métier à se débarrasser de quelques scrupules de jeunesse. Pour autant, elle ne se considérait pas dénuée de morale ou de valeurs : elle savait très bien quand elle outrepassait les limites mais le faisait quand même, parce que c'était son métier. Elle avait des idées politiques qui différaient parfois de celles qu'elle promouvait, des fois c'était même l'opposé, mais elle prenait sur elle et elle faisait son travail, avec tout le professionnalisme et la compétence dont elle pouvait faire preuve. Elle avait appris à se défaire des critiques sur l'essence même de son boulot, qu'elle estimait nécessaire. Et même si ce n'était pas le cas, elle s'y plaisait, elle aimait ce qu'elle faisait. Elle aimait écrire des discours, promouvoir des idées, voir les sondages bouger en leur faveur et mieux encore : rattraper une bavure politique ou un scandale scabreux en déployant une grande campagne. Tant pis si cela heurtait les esprits des bienséants. Elle abandonna ses légères velléités à l'annonce d'Abel quant à la naissance à venir de sa propre agence d'architecture.

- Et bien félicitations, lui lança-t-elle avec un sourire. C'est une bonne chose, tu l'as toujours un peu voulue... Cela doit être bien d'avoir son nom sur la porte ! Tu vas pouvoir découvrir le plaisir de malmener des stagiaires, comme c'est adorable.

Elle-même n'avait même plus le droit d'envoyer ses stagiaires lui chercher son café jusque dans le monde moldu, dans les quelques boutiques qui vendaient des gobelets de café américain. C'était une grande atteinte à la qualité de son travail aux yeux d'Isobel, qui s'arrangeait désormais pour y passer le matin avant d'arriver, très tôt, ou après sa pause déjeuner.

- Je suis contente pour toi. Tu en parlais déjà à la fac, c'est bien que ça arrive ! Ta maman sera fière de toi, ajouta-t-elle avec malice. Elle avait dit "maman" en français, légèrement moqueuse. Et évidemment, le plaisir qu'elle avait toujours eu à moquer Abel sur sa relation avec sa mère ne venait pas du tout de celle qu'elle entretenait avec la sienne. Elle le regarda un instant, un peu songeuse, jouant avec le bouchon de sa bouteille d'eau qu'elle faisait rouler entre ses doigts. C'est vraiment ton meilleur ami, hein, Isaac ?

Il était revenu plusieurs fois dans leur conversation, elle ne savait même pas si Abel s'en était rendu compte. Que ce soit pour être celui qui le traînait à la Coupe du Monde de Quidditch ou son partenaire en affaires. Elle le connaissait peu, ils n'avaient échangé que quelques mots pour le projet Leopoldgrad mais elle voyait bien qui c'était et savait qu'il travaillait dans le même cabinet que son ancien ami. Elle avait posé sa question en toute bonne foi, sans agressivité, parce qu'elle était vraiment curieuse. Elle se doutait bien que depuis leurs dix-sept ans, Abel s'était fait d'autres amis, elle aussi, mais ne pouvait s'empêcher de se demander comment cela s'était fait, en combien de temps. C'était de la pure comparaison, c'était inutile mais elle était tentée. L'ombre de la Nouvelle-Orléans et de leur vie d'avant planait de toute manière sur cette conversation, même les informations nouvelles qu'ils échangeaient finissaient à les ramener à cela. Même l'évocation de son parcours fit dire à Abel que certaines des sorcières de leur ville natale l'envieraient, ce qu'elle savait sans se le dire...

- Cela serait pire pour les prêtresses, imagine que je devienne un modèle de décadence ! fit-elle d'un ton qui se voulait détaché.

Comment pouvait-on être aussi fière de son parcours au quotidien et en avoir presque honte à l'idée de l'afficher auprès de sa famille ? Isobel, qui était si assurée dans son quotidien, si confiante, était terrifiée à l'idée de faire face à ceux qui l'avaient élevée. C'était son point faible, son talon d'Achille, la seule chose qui la touchait véritablement et profondément,  la rendait vulnérable au possible. Sa famille et son passé : les choses qu'elle avait enterrées le plus loin possible et qu'elle tentait de garder tout aussi loin. C'est bien pour cela que la présence d'Abel la mettait dans tous ses états sans qu'elle ne puisse faire autrement : c'était la matérialisation de tout cela, une véritable allégorie de ses angoisses. Elle commençait néanmoins à s'y faire, un petit peu, c'est bien pour cela qu'ils parlaient à ce moment précis, qu'elle lui avait dévoilé des choses. Elle ne savait pas très bien dans quoi elle se lançait mais elle avait bien compris qu'il ne servait à rien de s'échiner dans cette histoire : il y était tellement plus assuré qu'elle. Elle l'écouta énoncer comment il l'avait retrouvée avec un certain agacement qu'elle ne put contrôler mais qu'elle s'efforça de ne pas montrer.

- Cela aurait été une erreur de débutante, répliqua-t-elle quand Abel lança qu'il savait très bien qu'elle avait couvert ses traces pour ne pas être retrouvée par les pendules et autres artefacts familiaux. Pour éviter d'être retrouvée, Isobel avait retourné les choses à l'envers : comment aurait-elle fait pour retrouver quelqu'un ? Et elle avait fait tout pour contrer les réponses apportées à cette question. Néanmoins, elle n'avait pas pu prévoir qu'elle tomberait avec un stupide journal, sinon elle n'aurait pas fait chargée de communication. Comment aurait-elle pu prévoir que cela arriverait jusque dans les journaux américains ? J'aurai dû lâcher mon nom, lança Isobel en prenant une gorgée d'eau à la framboise. Comme à une époque. Ou me marier. Comme ça je n'aurai pas été harcelée par un vieil ami toujours pas remis de mon départ, apparemment, conclut-elle d'un ton plus léger, haussant les épaules avec fatalisme. Je suis presque flattée que tu viennes t'occuper des vieilles briques de Cosmos rien que pour moi ! Que tu abandonnes le café américain rien que pour moi ! Elle avait parlé avec emphase, volontairement. La dernière fille qui t'as largué, tu es allé l'attendre devant chez elle jour et nuit en espérant qu'elle change d'avis ? Non, là, elle se fichait de lui. Mais elle estimait qu'elle avait le droit. Non, ne me dis rien, je ne veux rien savoir de ton passe-temps de stalker.

Elle dédramatisait la situation, parce que cela lui faisait du bien et l'aidait à lui parler plus sereinement, malgré les ressentiments qui l'agitaient encore, exacerbés par sa pratique intensive de la magie ces derniers temps.

- Ça va paraître cavalier mais tant pis : tu comptes rester longtemps ? Toi aussi, tu veux un joli passeport anglais pour honorer les ancêtres de ton père ?

Car il y avait plus anglais qu'elle, chez les américains : il y avait Abel, et ses origines génétiques anglaises. Franchement, ce n'était pas très compliqué à deviner : une peau aussi pâle à la Nouvelle-Orléans, c'était louche.


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La jolie façon avec laquelle Isobel résuma son métier amusa Abel, qui se dit qu’elle était bien une communicante digne de ce nom. Il était toujours question d’enjoliver dans ce métier. Et elle le faisait très bien, il devait le reconnaître.

« Débarrassée des soucis hein ? la cita t-il. Ca revient donc à ne pas se poser de questions, comme je disais. »

Et il devait dire que les anglais étaient très forts à ce niveau-là, particulièrement cette dernière année s’il en croyait les bavardages. Est-ce que personne ne leur avait jamais fait remarqué que ce n’était pas très démocratique d’avoir un unique quotidien qui défiait toute concurrence ? La Gazette du Sorcier avait fait son temps et se voyait de plus en plus supplanter par Multiplettes, ce qui ne changeait pas le souci. Enfin, Abel n’allait pas faire remarquer que les diversités de points de vue étaient mieux représentées aux Etats-Unis, il allait encore passer pour « l’américain », et puis Isobel était forcément d’accord sur le fait que l’Amérique, c’était quand même mieux à tous les niveaux.

« Merci, répondit t-il sincèrement, lorsque Isobel lui présenta ses félicitations. Il croyait beaucoup en l’ouverture de sa future agence, et commençait déjà à réunir de potentiels associés, repérer de futurs clients, dans l’idée d’être prêt en temps voulu. Oh je connais déjà bien le plaisir de malmener des stagiaires, ça fait déjà quelques années que je suis chef de projet, dans ma boîte. J’ai moi-même été un stagiaire surexploité fut un temps, ainsi va la vie. »

Et il était sûr qu’Isobel en savait quelque chose. L’agence d’Abel, comme énormément d’autres, fonctionnait beaucoup sur la force de frappe de leurs jeunes stagiaires désireux de faire leurs preuves. Il n’était pas un chef tyrannique ou traumatisant, non. Disons qu’Abel n’hésitait pas à déposer des plans à terminer sur le bureau de ses stagiaires à dix-neuf heures au soir, en précisant que c’était à finir pour le lendemain. Mais il demandait poliment. Il savait qu’il serait haï le temps de la nuit, puis qu’ils s’en remettraient. Il y avait pire que lui.

Il perçut la note moqueuse dans la voix d’Isobel lorsqu’elle lui dit que sa mère devait être fière de lui, mais ne releva pas. Tiens, un vieux réflexe qui revenait chez elle. Combien de fois l’avait t-elle moqué par le passé, pour être un bon fils à sa maman ? Il répondit en revanche quand elle lui demanda si Isaac était son meilleur ami, d’un simple commentaire accompagné d’un discret sourire :

« On nous prend pour des frères, parfois, et pas juste à cause de la ressemblance physique. »

Ils avaient tous deux été confrontés à cette situation plusieurs fois, depuis quinze ans qu’ils se connaissaient maintenant. Deux bruns aux yeux clairs, avec la même peau pâle et la même barbe de quelques jours. Quelques différences toutefois, Abel était un peu plus grand et carré qu’Isaac, et surtout, Isaac souriait beaucoup plus. Sans compter qu’ils n’avaient pas du tout le même caractère, et c’était la deuxième surprise lorsqu’on commençait à les connaître un peu mieux : c’était à se demander comment ils étaient autant amis.

Raconter son histoire avec Isaac dont Isobel ne connaissait pas grand-chose attendrait probablement une autre occasion. Il fronça légèrement les sourcils quand elle laissa entendre qu’elle avait déjà changé de nom par le passé. Abel le savait déjà. A l’époque où il la cherchait, il y avait eu de très brefs moments où quelques pistes avaient vu le jour, une certaine Louise Bennet qui correspondait à peu près à la description d’Isobel qu’on avait vu traîner à tel ou tel endroit, avant de disparaître aussi vite qu’elle était arrivée… Un nom qui avait aussitôt fait écho chez Abel, un nom qui était presque un indice pour eux, en vérité, car au Carré Français, on connaissait son deuxième prénom et le nom de son grand-père, André.

Elle fit passer le reste de son discours par un ton volontairement emphatique, qui ne parvenait pas tout à fait à éclipser le côté sérieux du sujet qu’ils abordaient. Abel n’était pas complètement prêt à rire du fait qu’il avait effectivement pris à coeur de la retrouver en Angleterre, tout comme il avait pris à coeur de la rechercher, en Amérique, seize ans plus tôt. Ce qu’elle taxait de harcèlement avec désinvolture, Abel l’avait vu et continuait de le voir comme un légitime droit d’obtenir des réponses de sa part. Prudemment, il ne réagit pas, pour ne pas briser le fragile équilibre de leur conversation, même s’il fut un peu piqué sur le coup.

Ce temps où il ne parla pas, ainsi qu’un coup d’oeil à Isobel lui fit prendre conscience que la brusquerie de ses commentaires qui semblaient l’accuser devait sans doute cacher un besoin d’exorciser ses ressentiments, de passer à autre chose, justement. Elle ne l’avait pas fait de la façon la plus adroite, mais elle montrait qu’elle était capable de plaisanter sur un sujet qui les avait mis sous tension tous les deux, et en cela elle faisait probablement preuve de davantage de souplesse que lui. Abel se détendit en tirant cette conclusion, et parvint même à répondre à ses remarques par cet humour sérieux qui le caractérisait :

« Aussi longtemps que je n’aurais pas fini de te stalker, je crois que j’ai encore plein de choses à apprendre sur toi. » Mais il choisit de reporter le sujet à une autre fois, désignant les dossiers qu’il avait rapportés : « Alors on s’y met, à ce boulot ? »

FIN DU RP


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99 problems [Abel]

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