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 Le Triton Brûlant [Royliana]

Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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23 juin 2009

Elle avait tenu à le voir de ses propres yeux. C'était Joel qui lui avait appris la nouvelle au petit matin, et il lui avait semblé en colère, effrayé, mais aussi résigné et résolu. Il s'y était attendu, avait-il dit, en secouant l'enseigne consumée du Triton Ardent devant les yeux voilés de sa meilleure amie. Ce n'était qu'une question de temps, avant que cet endroit qui avait été le Q.G de leur organisation ne soit découvert et détruit, entre leur attaque contre les Folies, leurs quelques incursions contre la milice et surtout cette altercation entre Ben, Julia et les Veilleurs... Ce n'était qu'une question de temps, disait Joel, et c'était même une chance que ce soit arrivé en pleine nuit et non pas de jour, lorsque des personnes auraient pu être blessées, voire pire. Une chance...

Juliana ne voyait pas cela comme une chance, elle voyait cela comme une trahison, une blessure profonde de la part de l'homme qu'elle aimait. Car elle savait pertinemment qui avait donné l'ordre de brûler son commerce, hier, ou tout du moins qui ne s'y était pas opposé, et cet homme, c'était Roy. Et elle savait pourquoi, à titre de revanche, pour l'homme qu'elle avait tué, et d'avertissement, pour les intimider : mais sur ce point ils avaient échoué. Il avait échoué. Plus déterminée que jamais, Juliana avait quitté les caves du Kraken en coup de vent, un simple capuchon rabattu sur son visage pour protéger un temps soit peu son identité, et avait traversé la ville d'un pas rapide en direction de l'Allée des Douze Chênes. Une pluie fine et incessante s'abattait sur Bristol, glaçant Juliana jusqu'aux os, et elle tremblait lorsqu'elle arriva devant son restaurant... Ou ce qu'il en restait.

Une pile de briques, des restes de charpente et un tas de cendres. Le restaurant achevait de se consumer, mais les dernières braises succombaient peu à peu aux assauts des sorciers du feu, aidés de la pluie. Bientôt, il ne resterait plus rien de cet endroit qui, plus que tout autre lieu au monde, représentait son foyer. Ici avait été sa maison, celle de son meilleur ami, celle de sa famille d'adoption. Ici, Juliana avait grandi, elle s'était trouvée et s'était construite entre ces murs qui lui semblaient aujourd'hui si fagiles, si dérisoires. Des images et des souvenirs affluaient devant ses yeux, comme autant de rappels de tout ce qu'elle avait perdu. La première fois que son père était venu lui commander un café, tout fier de voir sa petite fille, sa Juliana si résistante au travail scolaire, trouver sa voie. Les heures, par milliers, passées avec Joel à faire tourner les Hudson en bourrique, à traîner dans l'arrière-cour en fumant de la monalisa en douce. Les réunions tardives entre copains syndiqués, à critiquer le MIM et refaire le monde, jusqu'à ce que l'alcool, la musique et la fatigue ne prennent le pas sur la conversation, et que chacun rentre chez soi, accompagné des premières lueurs de l'aube. La première fois que Roy était venu la voir, leur premier baiser, échangé derrière ce comptoir... qu'il avait réduit en cendres.

La gorge nouée, les poings serrés, Juliana enfonçait ses ongles profondément dans la paume de ses mains pour empêcher ses larmes de couler. Dissimulée au milieu de la foule de badauds venus contempler le nouveau désastre qui s'était abattu sur leur ville. Pour eux, on s'en prenait une fois de plus au coeur du commerce de Bristol, pour elle, c'était tout un pan de sa vie qui venait de partir en fumée - tout ce qu'elle avait été, tout ce qu'elle avait aimé, tout ce qui lui avait paru important achevait de disparaître aujourd'hui, pour ne laisser place qu'à une indignation sans limites, une haine dévorante et une envie insatiable de se battre et d'emporter elle aussi la vie dans les flammes...

Comme elle voulait qu'ils brûlent, eux, tous, tous ceux qui s'étaient employés à lui prendre des petites parts d'humanité, encore et encore, jusqu'à ce qu'il ne reste rien ! Qu'ils brûlent, les Carrow, les mangemorts, les mardoliens et les politiciens, les membres du FREE, les miliciens, les trafiquants, qu'ils brûlent tous ! Qu'il brûle lui, qui faisait éclater son coeur, de douleur un jour et d'amour le lendemain, elle n'en pouvait plus, elle étouffait, elle avait envie de mourir, elle avait envie de tuer, de brûler cette ville, de brûler le monde entier. Soudain, se trouver ici où elle avait tant vécu lui sembla insupportable et elle voulut transplaner, partir, fuir, mais elle ne le pouvait pas, n'est-ce pas ? Elle était prisonnière de cette ville, prisonnière de ce gouvernement. Le goût de la liberté, Juliana voulait le retrouver, et plus que jamais il lui semblait important : peut-être qu'elle perdait beaucoup aujourd'hui, mais elle ne cédait pas, ni aux intimidations, ni à la mort. Elle ne cèderait jamais.

Noyée dans ses émotions, Juliana se dirigea automatiquement vers la Promenade des Marins, passant sans même daigner les regarder devant des patrouilles de policiers qui ne l'inquiétèrent pas, trop occupés à observer la colonne de fumée qui s'élevait dans le ciel de Bristol. Elle passa devant son appartement mais n'observa pas la façade et n'entra pas dans l'immeuble, refusant de savoir si lui aussi avait reçu une petite visite amicale des hommes de main de Roy. Non, ce n'était pas là qu'elle voulait aller, mais dans un autre endroit qui avait connu plusieurs des moments importants de sa vie.

Saisissant son double des clefs, elle entra sans cérémonie dans l'appartement, persuadée - à raison - qu'il ne s'y trouvait pas, persuadé également qu'il finirait par l'y rejoindre. Parce que c'était Roy, parce que c'était elle, et qu'il la connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il serait attendu aujourd'hui... Dégoulinante de pluie, Juliana s'immobilisa au milieu du salon et regarda autour d'elle, posa son regard éperdu sur chaque meuble, chaque objet. Tout était si net, si propre, à sa place, digne d'un parfait petit appartement d'un homme tout à fait respectable. Tout semblait si normal. Si bien rangé, quand sa vie à elle était en cendres...

Cette propreté, cette netteté, achevèrent de la faire basculer dans une rage sans nom et elle agrippa sa baguette, avant de jeter un premier sort d'explosion qui vint trouver un beau vase turquoise posé sur la table. Un bref sentiment de soulagement s'empara d'elle à la vue des bouts de poterie qui virevoltaient dans la pièce, mettant un peu de désordre, mais il disparut bien vite. Alors elle lança un deuxième sort - adieu, la photo des Calder au mur - puis un troisième, et un autre, et un autre, se défoulant sur les malheureuses affaires de Roy... Jusqu'à finalement, au sommet de sa colère, tourner sa baguette vers ce canapé qu'elle connaissait bien. Elle hésita un quart de seconde, le temps que l'image du bois carbonisé du comptoir de son restaurant ne s'imprime dans sa rétine, puis elle cracha une nouvelle formule et observa avec satisfaction le rayon de lumière rouge qui frappait les coussins pour les brûler à son tour. Un sourire mauvais s'étira un instant sur ses lèvres avant de s'effacer pour laisser place à une expression perdue.

Ses pupilles claires dans le vague, ses lèvres tordues, ses cheveux dégoulinant pathétiquement sur ses épaules, ses mains tremblantes et sa baguette, abandonnée, roulant au sol, voilà comment Roy trouva Juliana en pénétrant dans son appartement. Elle l'observa un instant, éperdue, le temps qu'il prenne la mesure des dégats qu'elle avait infligé à son appartement, chercha en elle cette colère qui l'animait quelques instants plus tôt mais ne trouva plus rien qu'un immense désarroi et qu'un grand vide. Alors elle haussa les épaules, comme une enfant prise en faute, et lâcha d'une voix éraillée :

"Fallait pas."





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Au moment où Roy pénétra dans son appartement, quelque chose d’indescriptible le saisit. Il resta immobile dans l’encadrement de sa propre porte, comme s’il n’était pas chez lui, et par Godric, il ne l’était pas. Son regard passa des multiples débris de verre, de bois, de papiers jonchant le sol, de cendres, jusqu’aux traînées noires sur le parquet brûlé. Il reconnut dans les décombres, avec le sentiment qu’on appuyait sur son cœur, des photos de sa famille –Merlin savait qu’il en avait peu- carbonisées, sa radio fumante, ses cartes de poker déchiquetées, des cadeaux de ses amis détruits. Un véritable carnage. Au milieu, elle, détonnante, étrange dans ce désastre, comme si elle n’aurait pas dû se trouver là, ou en tout cas, pas dans cette position. La sensation qui étouffait son cœur ne disparut pas lorsqu’il finit par poser les yeux sur elle pour analyser son expression, bien au contraire. Ce n’était pas de la colère qu’il lisait sur sa figure, mais un profond trouble qui atteignit Roy, un vide dans son regard qui ne lui révélait rien, si ce n’était qu’elle était dans un état second. Et pourtant, Roy ne parvint pas à esquisser le moindre geste, il ne savait même pas ce qu’il ressentait, maintenant. Il savait en venant ici qu’il trouverait une Juliana à qui il aurait fait beaucoup de mal. Mais c’était réciproque, à cet instant encore plus qu’avant, maintenant qu’elle venait de détruire le plus beau réservoir à souvenirs que Roy possédait. Son regard indescriptible, sa mâchoire serrée, il répondit dans un souffle amer, comme si le simple fait de parler lui en coûtait :

« Je peux te dire la même chose. »

Il pouvait même lui dire que c’était elle qui avait commencé, elle qui lui avait déclaré la guerre. Il avait répliqué, et Merlin savait que cela ne lui avait pas fait plaisir. Il s’était senti acculé, forcé de devoir faire ce choix, et comment Juliana répondait ? En faisant encore plus de dégâts. Pour autant, quelque chose en Roy n’était pas étonné. Il s’était attendu à affronter une colère violente, il s'était même préparé à l'encaisser : s’il était venu un peu plus tôt, son appartement aurait peut-être été épargné, mais les sortilèges auraient sûrement été pour lui, qui savait ? C’était trop tard, de toute façon. Sa main appuyée contre l’encadrement de la porte, il poursuivit, le visage assombri :

« Alors on en est rendus à ça ? A devoir détruire ce qui compte pour l’autre ? Son regard se posa sur le canapé, juste le temps de rectifier. Pour nous ? »

Fameux canapé qui avait été le lieu de tous leurs moments clés, leurs disputes et leurs retrouvailles… Son ton était étonnamment calme pour quelqu’un qui avait passé la soirée dans un état de nerfs assez remarquable. La discussion avec ses lieutenants l’avait considérablement tendu, puis lorsqu’il s’était trouvé seul dans son bureau, il avait débattu longuement avec lui-même : avait t-il fait ce qu’il fallait faire ? N’y avait-il pas d’autre solution ? Comment en étaient t-ils arrivés là ? Pourquoi avait t-elle fait ça, par Merlin ? Pourquoi elle ? Entre l’incompréhension, la culpabilité, la rancœur, tempête de sentiments que toute la monalisa du monde n’avait pas suffi à apaiser, Roy n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Savoir que le temps passait et que ses hommes étaient sur le point de commettre l’irréparable sous ses propres ordres l’avait mis dans un tel état de nervosité qu’il avait préféré s’enfermer dans la pièce interdite du dernier étage, où il était certain qu’on ne viendrait pas l’y trouver. Mais dans la hauteur de ce promontoire sur la ville qu’était le cabaret des Folies Sorcières, Roy avait vue sur l’Avenue des Douze Chênes, et son regard fut irrémédiablement happé par la colonne de feu qui montait dans la nuit noire, au loin. Le fait d’avoir vu la scène de ses propres yeux, de constater que c’était fait et qu’il ne pouvait plus revenir en arrière l’avait délesté de cette angoisse face à l’attente et aux remords. Mais c’était pour mieux laisser place à une immense tristesse qui lui avait étreint le cœur. Qui l’étreignait toujours à présent, face à elle.

Il avait attendu l’arrivée du matin, et des premiers curieux sur l’Avenue, puis encore une petite heure pour être certain que Juliana serait au courant, avant de prendre la route jusque son appartement.    Il avait marché sans rien regarder autour de lui, la fin de la nuit avait ramené d’incessants débats avec lui-même, le laissant plein de questions, de sentiment d’injustice, de désarroi, de trahison. Ce qu’il voyait maintenant sous ses yeux, qu’il s’agisse de son appartement retourné, ou de la mine bouleversée de Juliana, ravivait mille fois ce fiel en lui. Il se sentait incroyablement impuissant, autant pour ce qui était arrivé cette nuit, que pour cet état terrible dans lequel était sa partenaire, et pour la situation dans laquelle ils étaient à présent. Il détestait cet état, il en tremblait presque, parce qu’il se contenait. De toute la nuit, il n’avait pas laissé libre cours à sa rage, comme elle venait de le faire, chez lui. Dans cet appartement, qui était leur seul lieu où ils pouvaient se retrouver et se témoigner leur amour.

Eh bien, il était beau leur amour si passionnel, car à cet instant, Roy ressentait tout autant de douleur.  

Ses pas le menèrent jusqu’à une des étagères, où il saisit une babiole qui était restée intacte, pour la faire tourner machinalement entre ses doigts, tout en parlant, dos à Juliana, comme pour ne plus voir son expression.  

« Le Kraken, hein. Alors, c’est toi la chef ? Ou tu es juste une exécutante ? Tu peux me le dire, maintenant, tous les Veilleurs sont au courant de ton secret, de toute façon. »

Oui, tous. Encore une fois, Roy avait été frappé par l’imprudence totale, la dangereuse témérité, l’éclatante fierté revendicatrice de ses actions dont elle pouvait faire preuve, ou peu importait le nom que l’on donnait à ce sentiment qui l’avait poussée à accomplir son méfait à visage découvert. Quelque part, cela avait permis de mettre un peu plus les choses à égalité entre eux. Quelque part, cela laissait une marge de manœuvre à Roy pour agir en conséquence, et tenter de la protéger dans cette guerre qui s’annonçait entre leurs groupes respectifs. Au final, cela accommodait bien Roy d’avoir enfin une information tangible sur les activités de sa partenaire. Et pourtant, il ne parvenait pas à ne pas ressentir de la colère devant la façon dont les choses s’étaient déroulées, parce que Juliana avait encore pris des gros risques, parce que cela l’avait acculé lui, face à ses hommes, face à la décision qu’il devait prendre. N’y tenant plus, il se retourna vers elle puis expulsa l’objet qu’il tenait entre les mains au sol, le laissant éclater dans un bruit de porcelaine parmi ses semblables.

« Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? explosa t-il, tout contrôle disparu de son expression. Tu ne caches même pas ton visage, tu balances toutes nos cargaisons, puis tu tues un de mes hommes ?! Sérieusement, tu... Je sais même pas quoi te dire, Julia. Je me sens juste trahi, déclara t-il, vrillant sur elle un regard sombre qui masquait mal son désarroi. D’abord, tu m’espionnes, et maintenant tu t’en prends à la vie des miens ? Et tu détruis mon appartement ? NOTRE endroit ? Qu’est-ce que je suis sensé comprendre de ça ?! Tu crois peut-être que je voulais le brûler, ton restau, et que ça m’a fait bien plaisir ? Tu crois que je pouvais donner l’ordre de te laisser gambader en paix, après ça ? Son pied balança un morceau de vase brisé au sol, qui alla se fracasser davantage plus loin.  SI DEMAIN, MOI JE TUE UN DE TES CAMARADES, TU FAIS QUOI DE MOI, HEIN ? PUTAIN, MAIS QU’EST-CE QUE TU ATTENDAIS DE MOI, A LA FIN ? »



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Roy avait cette capacité saisissante à dresser un mur intangible entre l'autre et lui, comme à cet instant, où sa mâchoire serrée, son regard fixe et sombre, son visage sans expression semblaient la tenir à distance. Et qu'elle se sentait petite, lorsqu'il dressait cette barrière invisible entre elle et lui, petite, immature, insignifiante ! Même lui parler semblait lui coûter, et elle s'en voulut de courber la nuque sous le poids de ses mots.

Oui, il pouvait lui dire exactement la même chose, elle en avait douloureusement conscience : cet éclat de colère venait de remettre les compteurs à zéro, d'égaliser les scores, de lui renvoyer en miroir la même souffrance qu'il lui avait causé - et c'était sans aucun doute ce qu'elle avait recherché sur le coup, au fond, pour qu'il comprenne. Et elle avait tout gagné, il avait compris, il avait ressenti comme elle ce même sentiment de perte infini, cette immense impression de gâchis contre laquelle tout son être se révoltait, cette indignation trop forte pour pouvoir simplement être contenue, ravalée puis oubliée.

Quelque chose céda en elle quand Roy saisit cette babiole qui avait survécu au massacre, comme s'il se cramponnait à la seule chose qu'elle n'avait pas détruite. Ce simple objet lui parut à la fois fragile et précieux, dans la main de son amant, et elle sursauta lorsqu'il le fracassa au sol, laissant échapper une exclamation de surprise. Oui, elle ressentait la peine qu'elle lui avait infligé, qui n'était jamais qu'un miroir de ce qu'elle avait éprouvé un peu plus tôt devant les cendres de son restaurant.

Aux prises avec ses émotions, Juliana ne prêta guère attention aux propos du chef de gang jusqu'à ce qu'il se mette à crier, visiblement hors de lui. Elle eut envie de se boucher les oreilles pour ne pas entendre, de fermer les yeux pour ne pas voir sa fureur, ni son désarroi. Non, elle ne voulait pas entendre qu'il ne comprenait pas, qu'il ne comprenait rien, encore une fois, cramponné qu'il était à ses intérêts et à sa petite vie confortable, désespérément persuadé que rien n'allait changer. Mais il était aveugle, par Merlin, d'imaginer que cette situation était tenable. Aveugle et inconscient de continuer avec cette certitude qu'il était invulnérable, que le danger et le malheur toucheraient d'autres que lui car jusque-là, il s'en était bien sorti. Mais non, les choses ne fonctionnaient pas ainsi, tout ceci allait se retourner contre lui, contre eux, d'une façon ou d'une autre. Plus tôt il le réaliserait, plus tôt il pourrait cesser de lui faire la guerre. Plus tôt ils pourraient agir ensemble, pour leurs intérêts communs, et non pas l'un contre l'autre...

"J'voulais que tu lâches ton putain de gang", lâcha-t-elle en réponse, d'une voix blanche mais qui ne tremblait plus. "Quand est-ce que tu vas comprendre ?!"

Son ton monta un peu plus à mesure qu'elle se remettait de ses émotions pour sentir la colère et l'indignation l'envahir de nouveau : "T'avais qu'à donner l'ordre de me tuer s'il le fallait, je m'y attendais, c'est logique et c'est de bonne guerre, c'est pas personnel ! Tandis que brûler le Triton... Ça servait à quoi ce que t'as fait, à par prendre une vengeance mesquine ? On va pas s'arrêter pour si peu..."

Si peu dans la lutte qui opposait les Veilleurs au Kraken, mais tellement pour elle...

"Me fait pas croire que t'as pas pris un malin plaisir au fond de toi à donner cet ordre Roy, je te connais trop. Je vous connais trop, toi et ton ego. Parce que tu t'es senti trahi, alors que bordel, j't'ai rien caché, tu savais que je résistais, tu savais que j'allais m'en prendre aux Veilleurs, tu savais ! C'est pas contre toi. Mais ce que tu as fais toi, ce soir, c'était contre moi, personnellement, pour me blesser, pour te venger et me montrer de quoi t'es capable et Merlin, Roy..."

Son regard désolé balaya la pièce et elle souffla : Détruire ce qui compte pour nous... On ne peut pas continuer à faire ça. Parce que si tu essaies de me détruire, mon amour... Tu vas réussir."

Un silence suivi cette confidence. Juliana se pencha pour récupérer sa baguette, qu'elle glissa dans la poche de sa ceinture, ramena ses cheveux détrempés en un chignon rapide et essuya son visage, pour leur donner à chacun le temps de reprendre ses esprits. Puis elle s'avança un peu vers lui, un peu effrayée mais résolue, maintenant qu'elle avait vidé ce trop plein d'émotions à l'intérieur d'elle. Son regard limpide vint soutenir les prunelles bouillonnantes de Roy, et elle ajouta d'un ton plus apaisé :

"Je suis la chef du Kraken, j'ai fait le serment inviolable de ne pas cesser la lutte et de ne jamais trahir mes compagnons. Alors je vais m'en prendre aux intérêts du régime, et je vais m'en prendre à la mafia, y compris ton gang, encore et encore, jusqu'à ce qu'enfin je me sente enfin libre, et en sécurité. Et tu sais en partie pourquoi j'en suis arrivée à ça aujourd'hui, tu... étais là ce jour-là... Alors j'ai fait ce choix, je ne reviendrai pas dessus, c'est trop tard désormais. A toi de voir si tu peux réussir à ne pas me voir comme une ennemie, mais comme ton alliée... A toi de voir ce qui est le plus important pour toi."

Car ce choix, elle ne pourrait le faire pour lui. C'était un renoncement, qu'elle voulait de lui, mais Juliana ne pourrait le lui imposer sans quoi cela les consumerait : c'était à lui de faire ce cheminement, s'il jugeait que le jeu en valait la chandelle...



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La réponse de Juliana, loin de satisfaire Roy, le fit détourner les yeux en marmonnant un « On en a déjà parlé » crispé. Quitter son gang, évidemment. Comme s’il pouvait le faire en un claquement de doigt, comme si tuer un de ses hommes était la bonne méthode pour l’en détacher. A cet instant, Roy ne parvenait pas à voir la situation autrement que comme un problème supplémentaire, une pression en plus dans cette charge de chef qui était la sienne. Mais surtout, elle était grandement révélatrice de l’incompréhension qui pouvait exister entre eux. Voir à quel point Juliana ne le suivait pas du tout sur sa logique de pensée le laissa muet une seconde, son regard vacillant dans le sien.

« Donner l’ordre de te tuer, c’est de bonne guerre ? C’est pas personnel ? répéta t-il, la voix blanche. Tu m’expliques ce qu’il y a de plus personnel que de m’en prendre à ta personne ? Brûler le Triton, c’était justement pour pas que ça soit toi qui trinques, bordel, c’est toi qui comprends rien ! Tu crois que je pourrai un jour donner le feu vert à mes hommes pour qu’ils te tuent ? Mais à quoi tu penses, sérieusement ? Ne me réponds pas qu’ils n’ont qu’à essayer, toi t’es peut-être prête à risquer ta vie, mais moi je suis pas prêt à jouer avec la tienne. »

ll se fichait bien que Juliana s’estime assez bien protégée ou assez forte pour s’exposer à ce point. A ses yeux, il y aurait toujours un risque qu’il lui arrive quelque chose, ce qu’il voulait éviter à tout prix. Si cela devait arriver, jamais il ne pourrait vivre avec ça, encore moins si c’était de sa faute. Et n’était-ce pas normal ? Qu’il cherche à protéger la femme qu’il aimait, n'était-ce pas cela qui était logique ? Les accusations de Juliana achevèrent de le crisper, mais surtout, commencèrent à le déstabiliser. Allons donc, le voyait t-elle comme un monstre d’ego à ce point ?

« C’était pas une vengeance mesquine, j’ai pas fait ça pour te blesser ou te faire du mal, Juliana, tu… La fin de sa phrase mourut dans sa gorge, son regard ne cessant d’évaluer celui de son amante, tandis que les images de toute la soirée lui revenaient en tête, avec tout le ressenti qui allait avec. Il reprit une inspiration, se décidant à expliquer un peu mieux la situation telle qu’il l’avait vécue. Te montrer de quoi je suis capable, oui, tout comme toi tu l’as fait en tuant un de mes hommes. Mais tu crois que ça m’a fait plaisir ? Non, putain, non. Mets-toi à ma place juste cinq secondes ! Il fallait que je fasse quelque chose ! Il fallait que j’agisse comme j’aurai agi avec n’importe qui s’en prenant à mon gang, je pouvais pas laisser soupçonner le moindre lien entre nous ! C’était soit l’intimidation, soit ta tête mise à prix. Alors oui, j’ai préféré te garder en vie, vraiment désolé si c’était le mauvais choix, répliqua t-il, sur ce ton piqué, avant qu’il ne s’adoucisse légèrement. Mais c’était bien le seul que je pouvais faire. »

Cela lui paraissait tellement difficile de mettre des mots justes sur l’immense sentiment d’impuissance qui avait été le sien, quelques heures plus tôt. Il s’était senti acculé, littéralement, et pourtant Juliana semblait croire qu’il aurait du s’y attendre et réagir froidement, sous prétexte qu’il savait depuis longtemps quels étaient ses objectifs. Mais entre se douter qu’elle préparerait un jour quelque chose contre les Veilleurs, et se trouver dans la situation, il y avait un pas de dragon. Et surtout, Roy avait préféré rester sourd et aveugle à ses pressentiments, il avait préféré croire qu’elle ne pourrait pas s’en prendre à son gang, tant qu’ils étaient ensemble. Naïf ? Visiblement…

Il baissa la tête à la dernière réplique de Juliana, qui posait le premier point d’accord entre eux depuis le début de l’échange. Ils ne pouvaient pas continuer comme ça, c’était certain. Dans le silence pesant, Roy réfléchissait à mille choses à la fois, sans pouvoir regarder la jeune femme. Le ton sur lequel elle avait donné cette dernière réplique, les mots prononcés venaient de l’emplir d’un mélange confus d’émotions. Lui-même venait de vider son sac -ou en tout cas, une partie- et se sentait en quelque sorte dépossédé de sa fureur noire, pour laisser désormais place à l’angoisse, la frustration, ainsi qu’une certaine honte qui l’empêchait de soutenir le regard de son amante. Pourtant il dut le faire, lorsqu’elle fit quelques pas vers lui pour plonger ses yeux si clairs dans les siens. Le discours qui s’ensuivit fit presque autant de bien à Roy qu’elle n’accentua son malaise. Tout ce temps, il avait attendu ces révélations, il avait espéré qu’elle lui parle. Lorsqu’elle évoqua ce « jour-là », le souvenir de la terrible nuit de la guerre de rue, soldée par deux premiers meurtres pour elle comme pour lui, traversa fugacement l’esprit de Roy, comme un flash douloureux qu’il avait repoussé dans un coin de son esprit. Les yeux vrillés dans ceux de son amoureuse qui hésitait, il se prit à se demander quel avait été exactement le chemin parcouru de son côté. Ils n’en avaient jamais parlé. Il ne lui avait jamais demandé comment elle en était arrivée à résister de façon si extrême, parce qu’il se doutait d’une partie de sa réponse, parce qu’il n’était pas forcément à l’aise avec l’idée de re-convoquer toutes ces catastrophes qui leur étaient tombées dessus, l’an dernier : la guerre des gangs, mais aussi le Bloody Sunday, avec la mort de son père…

La conclusion de Juliana, qui ressemblait ni plus ni moins à un ultimatum, fit vaciller le regard de Roy et pour la première fois s’y lut cette immense tristesse qu’il avait enfoui sous une grosse quantité de colère et de froideur. Merlin, c’était tout ce qu’il avait attendu d’entendre, et c’était à la fois exactement ce qu’il ne voulait pas entendre. Juliana avait pris tant de décisions sans lui, de terribles décisions qui engageaient sa vie, et maintenant, soit il la suivait en se raccrochant à son wagon, soit il lâchait et se faisait écraser sans pitié par ce train qui roulait déjà trop vite pour lui. N’y avait t-il que ces deux choix ? Non, bon sang, ce n’était pas si simple. La vie n’était pas si simple, ce n’était pas tout ou rien, immédiatement ou jamais, ce n’était pas ainsi que Roy expérimentait ses propres choix, en tout cas. Après avoir poussé un long soupir, il finit par répondre, en faisant à son tour un pas vers Juliana, sur le même ton calme qu’elle, mais pas moins douloureux :

« C’est énorme ce que tu me demandes, là, Julia. Je partage pas ton combat, moi, j’ai pas prêté de serment, j’ai jamais eu mon mot à dire sur le fait que tu en aies prêté un, d’ailleurs. Moi aussi j’ai envie que tu renonces. J’ai envie que tu le lâches, ton putain de Kraken, dit-il, répétant ses mots. Je n’ai pas envie de sacrifier ta vie ou notre relation au nom de tes causes, et encore moins au nom des miennes. En fait, j’ai juste… pas envie de me battre contre toi, et là, tu viens de me pousser de force dans l’arène. Te voir comme mon ennemie, c’est justement ce que je ne réussis pas à faire. Mais moi j’ai l’impression d’être le tien. »

Car c’était comme une attaque personnelle qu’il avait pris son attaque contre les Veilleurs. Parce qu’il n’était pas aussi engagé qu’elle, il n’arrivait pas à faire la part des choses comme Juliana semblait le faire, séparant bien strictement son petit ami du gang de mafieux qu’il dirigeait. Roy ne réfléchissait pas de la même façon, il lui semblait impossible de s’en prendre au groupe dont Juliana faisait partie, pour la simple et bonne raison qu’elle en faisait partie. Du moins avant ce soir, maintenant les choses avaient changé, et il se trouvait impliqué dans ce conflit dont il ne voulait pas. Faisant un pas supplémentaire vers son amante, cette fois, il posa sa main sur sa joue, comme un premier geste vers elle, malgré ce qu’il pouvait lui dire de difficile à entendre.

« Tu vois les choses tellement en noir et blanc, je sais pas où me mettre moi dedans, je ne suis pas aussi… entier, que toi. Je sais même pas comment tu me vois, au fond, parfois noir, parfois blanc, on dirait… Ou peut-être que je suis le seul truc qui échappe à ton système, j’en sais rien. Toi, tu es le genre de personne prête à faire des serments inviolables et à prendre des décisions de toute une vie sans sourciller. Moi je louvoie, je m’adapte, je triche, je change. »

Ce qui étaient des qualités lorsqu’on savait les mettre à profit pour les bonnes choses. La main de Roy glissa jusqu’à la nuque de sa partenaire, qu’il pressa légèrement pour l’attirer contre son torse.

« Tu es plus qu’importante, Julia. Je peux changer pour toi, mais pas aussi vite, pas aussi… Inconditionnellement. » Son autre main vint se glisser le long de son dos, dans une caresse réconfortante, tandis qu’il plongeait son visage dans ses cheveux pour souffler juste pour elle : « Je suis désolé pour ton restaurant. »



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"Moi aussi, je peux changer pour toi."

Ces quelques mots, soufflés d'une voix peu assurée, sonnèrent plus comme une supplique que comme une promesse. Elle voulait l'en persuader, même si elle n'avait pas la moindre idée de comment faire. Cette volonté de changer, il venait de la faire naître en elle, par son discours franc et brutal qui la mettaient enfin face à ses contradictions et ses errances...

Ce n'était pas quelque chose qu'elle était prête à entendre, et pourtant, il l'avait forcé à s'arrêter le temps de réfléchir à ce qu'elle avait fait, aux choix si radicaux qu'elle avait pris si promptement. Oui, elle avait engagé toute sa vie dans ce combat, fonçant tête la première, persuadée de toute façon qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps à vivre, alors autant emporter le plus de monde avec elle au passage... Mais Roy était arrivé, pour la raccrocher à la vie et à l'espoir d'une vie future. Roy était là pour l'appeler à plus de modération, de raison et surtout de patience.

De la patience... Merlin, mais c'était bien là exactement ce qui lui faisait défaut ! Elle en était complètement dépourvue depuis la guerre des gangs, funeste journée venue couronner de terribles mois de deuil qui l'avaient laissée comme l'ombre d'elle-même. Elle n'était qu'une gamine, Julia, une pauvre fille de vingt-quatre ans qui avait déjà connu la torture, la peur, le deuil, le meurtre... tout cela avait culminé jusqu'à ce qu'elle perde complètement pied avec la réalité, car celle-ci n'avait plus de sens pour elle. Trouver un travail, avoir une petite-amie, s'occuper de son logement, faire des projets pour des vacances... Mais tout cela n'avait aucun sens, dans le monde dans lequel ils vivaient, aucun ! La seule chose qui comptait aujourd'hui était de faire tomber tous les puissants, de bousculer ce système horrible et injuste qui mutilait une enfant innocente comme elle, de destituer Marchebank et tous les Marchebank du monde. Et elle voulait le faire vite, tout de suite, maintenant, pas dans dix ans ! Et après ? Elle n'en avait cure, ce ne serait plus son problème, car elle ne serait plus là pour le voir... Ce serait aux hommes de tirer les leçons du passé, enfin, pour ne plus recommencer.

Elle ne s'était pas attendu à ce que quelqu'un s'accroche à sa vie effarante et tente de lui faire reprendre pied. Soudain, elle ne pouvait plus être égoïste, car il y avait quelqu'un pour protester, quelqu'un pour lui demander des comptes, quelqu'un qui tenait à elle... Lui rappelant ainsi qu'elle valait quelque chose et qu'elle pouvait faire le bien autour d'elle, car, non, elle n'était pas qu'une simple meurtrière. Et la vie, aussi terrible avait-elle pu être avec elle, pouvait encore lui réserver des belles choses. Mais il fallait qu'elle soit là pour le voir. Il fallait qu'elle s'accroche.

Et cela impliquait de réfréner ces pulsions ravageuses qui tempêtaient en elle. Cela impliquait de la modération, de la réflexion, et surtout beaucoup de patience...

Au fond, Roy n'était pas le seul à devoir faire un choix. Si elle voulait continuer son combat de la même façon qu'elle l'avait commencé, alors elle ne pourrait pas le garder avec elle. A l'inverse, si elle désirait sauver cette relation, et par là-même espérer retrouver un jour une vie normale, alors elle devait accepter de lâcher du lest et de revoir quelque peu sa trajectoire.

Inconsciemment, Juliana s'était faite à l'idée que chaque sortie pouvait être la dernière, et qu'il ne lui restait plus que quelques mois, quelques semaines peut-être à vivre. Et cette proximité de la mort, cette certitude que la paix et l'oubli l'attendaient bientôt, quelles que soient les horreurs et souffrances qu'elle pourrait avoir endurer entre-temps, était étrangement réconfortante... Mais elle devait abandonner ces pensées et cette attitude auto-destructrice, désormais, pour retrouver des motivations plus compatibles avec l'espoir d'une vie normale.

Terroristes, commençait-on à murmurer dans les journaux... Mais elle ne se considérait pas comme une terroriste. La terreur, elle n'essayait pas de l'insuffler chez les autres, elle essayait surtout de la chasser d'elle, et la seule façon qu'elle avait trouvé de le faire était baguette au poing. Juliana devait laisser cette terreur l'envahir de nouveau, en partie du moins, mais peut-être que cela irait, si Roy était là pour l'éloigner...

"Je peux... ralentir pour que tu puisses me suivre", ajouta-t-elle, même si ces propos ne faisaient pas grand sens. "Je peux tenter de réajuster les choses, pour que tu n'aies plus l'impression que je fais de toi mon ennemi. Après tout, je ne suis pas seule dans ce groupe... "

Juliana avait joué un rôle proactif au sein du Kraken. Non seulement elle était la leader, mais elle était aussi l'une des plus vindicatives, les plus absolues, au point parfois d'étonner ses compagnons. Elle avait bien vu la façon dont Ebenezer l'avait regardée... Elle pouvait se permettre de lâcher un peu de lest.

S'écartant un peu de l'étreinte de Roy, elle chercha à attraper son regard du sien, comme pour lire en lui.

"Si on veut que ça marche, je crois qu'il faut qu'on fasse en sorte d'être une équipe. Ça ne veut pas dire trahir les secrets du groupe de l'autre, mais veiller l'un sur l'autre, autant que possible. Je veux bien essayer d'agir de façon moins...noire et blanche, moins inconditionnelle. Mais je vais avoir besoin de toi, de ton soutien."

Juliana se pressa contre son torse et savoura l'étreinte. Comme elle se sentait vulnérable, en cet instant, vulnérable et perdue... Son engagement et son Serment, elle ne pouvait les remettre en cause ni se dire qu'elle avait commis une erreur. Il n'y avait plus de retour en arrière possible désormais, simplement des rectifications de trajectoires. Elle espérait que c'était encore possible, qu'elle avait encore ce qu'il fallait au fond d'elle pour cela... Son avenir lui semblait bien incertain, désormais, mais elle embrassait cette incertitude et cette confusion, car c'était à ce prix qu'elle pourrait garder Roy auprès d'elle.

"Je suis désolée pour ton homme, Roy. Je suis désolée pour tes affaires, je suis désolée pour tout.", murmura-t-elle en enfouissant son visage dans son cou. Que n'avait-il pas fait en s'entichant d'une femme comme elle...




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La réponse suppliante de Juliana fit soupirer Roy, qui la serra davantage contre lui, vraiment pas fier de la mettre dans cet état. Quelle discussion difficile… Ce drame les mettait face à leurs contradictions à tous les deux, et Roy voyait à quel point il était indécis dans son attitude avec elle et son groupe, tiraillé entre de multiples intérêts contradictoires. Evidemment, la dernière chose qu’il voulait était de faire du mal à l’amour de sa vie, mais c’était ce qu’il avait fait, en toute connaissance de cause. Et cela le déchirait, il s’en voulait, il ne cessait de se demander ce qu’il aurait dû faire, au lieu d’en arriver jusque là.

Là encore, c’était un moindre mal si l’on pouvait dire les choses comme ça, c'était la première situation qui avait échappé à leur contrôle, mais elle aurait pu être bien pire. Et c’était précisément ce qui plongeait Roy dans une inquiétude et une profonde crainte de l’avenir. Que ferait t-il si c’était l’un de ses amis que Juliana abattait un jour, quelqu’un comme Jayce, Toni ou Fergus, qu’il considérait comme des frères, mais qu’elle voyait comme ses ennemis dans sa lutte ? Il doutait que cela soit possible qu’il le lui pardonne un jour. Mais pire encore… Que ferait t-il si c’était elle que ses hommes abattaient ? Puisqu’ils en étaient à se déclarer une guerre ouverte, il y avait toutes les chances que cela arrive, et par Godric, cette simple perspective le terrifiait. Ils ne pouvaient pas continuer ainsi, il fallait qu’ils trouvent une voie à suivre ensemble, un terrain d’entente, quelque chose pour les réunir, car ils y risquaient leur vie et leur couple, c’était aussi simple que cela.

Ainsi, quand Juliana arriva à la même conclusion que lui, il hocha la tête, puis sentit quelque chose en lui vaciller alors qu’il sondait son regard. Dans ses yeux à lui se lisaient l’inquiétude, la préoccupation, mais ce n’était pas la supplique et la peur qu’il croyait voir dans ceux de son amante.

« Tu as raison, il faut qu’on travaille ensemble. Et tu auras toujours mon soutien, je te le promets. » assura t-il avant de craquer à son tour, au moment où elle s’excusa à plusieurs reprises. « Oh, Julia… »

Il referma ses bras autour d’elle, la serrant aussi fort qu’il le pouvait, le menton posé sur sa tête et les yeux perdus dans le décor désastreux qui les entourait. Avait t-il touché quelque chose en elle, dans l’ombre de ce qu’elle ne révélait à personne ? Ils avaient tous une part d’eux-mêmes qu’ils étaient les seuls à connaître, de façon consciente ou non. De quoi Juliana se cachait en se dissimulant dans son cou ? Parfois Roy avait l’impression qu’il y avait un gouffre entre celle qui avait été sa petite amie quelques mois avant qu’ils ne rompent, et celle qu’il tenait dans ses bras, désormais. Dès le début, il avait eu du mal à croire que la serveuse à la vie simple, certes engagée et rebelle mais malgré tout avec des préoccupations de la vie de tous les jours était devenue cette femme qui avait tué un chef mafieux, et supportait désormais la charge d’une résistance sans concessions. Il y avait eu un trou noir dans leur relation, un moment où ils ne se parlaient plus, où Roy avait appris ce qui se passait dans la vie de Juliana que par des rencontres brèves, brutales, entre eux, dans des circonstances compliquées. Mais ce n’étaient que des bribes, des morceaux de puzzle qui flottaient à son sujet, et qu’il fallait nourrir de tout ce qu’il ne savait pas pour retrouver la logique de celle qu’elle était devenue désormais. Et Merlin, maintenant, il avait la sensation qu’il y avait tant de choses qu’il ne savait pas sur elle…  

Parce qu’elle réagissait d’une façon qu’il ne comprenait pas toujours, disait des choses qui lui paraissaient insensées, extrêmes. Lorsqu’elle lui rétorquait qu’il aurait mieux fait de mettre sa tête à prix, il ne comprenait pas. Il avait l’impression qu’elle s’était enfermée dans un système de pensée qui le balayait lui, inévitablement, mais qu’elle essayait tant bien que mal de le raccrocher pour ne pas le perdre. Elle promettait qu’elle allait faire en sorte de ralentir, de changer, mais avant tout cela, comment en était t-elle arrivée jusque là ? Roy savait ce qu’un drame pouvait impulser comme conséquences, il avait lui-même changé après la guerre des gangs, et justement, c’était cette fameuse part de lui qu’il gardait secrète. Encore qu’il en avait déjà parlé avec Juliana, à des moments où elle l’avait poussé à bout et mis face à ses actes…

Maintenant c’était Roy qui avait besoin de la percer. Il avait fini de cultiver les secrets avec elle, il lui avait dévoilé des choses que peu connaissaient et c’était à son tour de se trouver face à quelqu’un dont le passif lui échappait. Il avait envie d’aider sa belle, qu’il sentait vulnérable et troublée à cet instant, mais comment pouvait t-il si les zones d’ombres persistaient entre eux ? Il ne tint plus et brisa de son souffle le fragile silence.

« Qu’est-ce qui se passe, bébé ? » Sa main remonta en une caresse de consolation le long de son dos, et il poursuivit sur un ton de confidence. « Parfois j’ai tellement l’impression de ne pas te comprendre. Parle-moi, je sais pas, dis-moi à quoi tu penses. Explique-moi pourquoi. Pourquoi tu fais tout ça ? »



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Pourquoi faisait-elle cela ? C'était une question que Roy n'était pas le seul à se poser, rares étaient ceux qui comprenaient - voire partageaient - l'étrange logique de Juliana. Elle ne savait comment la lui expliquer, mais elle savait qu'il lui fallait essayer, si elle tenait à cette relation.

Juliana rendit son étreinte à Roy puis s'écarta de lui, avant de l'attirer près du mur le plus proche. Elle avait détruit le reste de son salon, alors elle s'assit à même le sol avec lui, au milieu des décombres.

Elle se sentait désormais plus calme et plus lucide qu'elle ne l'avait été depuis des mois, depuis un an, en réalité. Comme si elle se réveillait d'un long cauchemar.

"J'avais le sentiment de n'avoir plus rien à perdre", commença-t-elle en effleurant Roy de son regard liquide. "J'avais l'impression d'avoir tant perdu, et surtout, de m'être perdue moi-même : je ne me sentais plus capable de m'intéresser à une vie normale, plus capable d'aimer ou de m'attacher... Comme si je perdais prise avec la réalité. Voilà pourquoi ma relation avec Alicia était condamnée avec ou sans toi, par exemple... J'étais incapable de m'investir dans notre relation ou de m'intéresser à autre chose qu'à ma souffrance, ma colère et mon désir de vengeance."

Il n'était pas facile de poser un tel regard sur sa rupture avec celle qu'elle avait cru être, pendant un temps, "la bonne". Comme si ce genre de personne existait, songea Juliana avec un brin de cynisme... Dans une autre vie, Alicia aurait pu être la bonne personne pour elle. La "Juliana d'avant" aurait su être cette personne qu'attendait Alicia, mais le Bloody Sunday et la guerre des gangs avaient dressé un mur entre elles que Juliana jugeait infranchissable, incapable de voir en Alicia quelqu'un qui pouvait ressentir et éprouver la même souffrance qu'elle. Ce n'était pas cela, ce qu'elle aurait voulu vivre avec elle, c'était une relation simple, belle et lumineuse.

Il n'y avait bien qu'un Roy, comme elle à la dérive, qu'elle pouvait entraîner dans le champ de mines qu'était devenu sa vie...

"Je pense que la guerre des gangs a été à la fois un point culminant et un élément déclencheur, dans un processus qui avait commencé depuis plus longtemps", raconta-t-elle en poursuivant son introspection. "Bien sûr, je me suis toujours intéressée à la politique et j'ai milité dès mon adolescence à la faveur des causes qui m'étaient chères. L'égalité hommes-femmes, la fin des inégalités dans une société très segmentée... Je tenais ça de ma famille, de mon enfance à Nimbus, mais aussi de mes rencontres bristoliennes, avec Joel et d'autres amis militants. Les scandales Consumeuse et Chaudrillon m'ont beaucoup indigné, et j'ai défilé comme bon nombre d'entre nous, en première ligne avec les syndicats. Le Bloody Sunday... "

Sa voix trembla un peu et elle s'interrompit pour tendre la main vers celle de Roy, qu'elle serra doucement.

"J'ai peut-être survécu, de justesse, ce jour-là, mais j'ai eu l'impression qu'une part de moi était morte quand même, avec mon père. Je n'étais vraiment, vraiment pas prête à le perdre et c'était comme si la Terre s'était ouverte sous mes pieds, comme si je sombrais dans un gouffre sans fin..."

Elle se souvint d'Irving, de leur rencontre au pied d'une tombe dans le cimetière de la cité, à l'ombre de l'immense manoir des Nimbus de Pompadour*, puis elle se rappela la chanson de défiance qu'ils avaient craché ensemble à la face de Bristol. Irving, qui avait perdu son père entre les mains de la Consumeuse, et qui avait rejoint la résistance lui aussi... Ce n'était pas un hasard, elle s'en rendait compte avec le recul. Une forte amertume s'était emparée d'elle à ce souvenir et elle secoua légèrement la tête, incapable de poursuivre sur le sujet. Fuyant le regard de son compagnon pour le fixer sur leurs mains jointes, elle se força à poursuivre son douloureux récit.

"La guerre des gangs... A vraiment tout changé, pour moi. Joel s'est fait torturer, et puis toi, et... tuer un homme, c'était... ça ne s'oublie pas. J'ai eu l'impression que tout avait changé désormais, que je ne me sentirai plus jamais heureuse ni même en sécurité, comme si je ne pourai plus jamais reprendre une vie normale, comme si c'était trop tard pour moi. J'avais trop souffert, et je n'avais plus aucun espoir de retrouver un jour une vie normale avec ses peines et ses joies qui me semblaient si... insignifiants... et à la fois terriblement hors de ma portée. Parce que... enfin, ce n'est pas comme si c'était la première fois que le malheur nous trouvait, mon entourage moi. Quand j'avais onze ans..."

Sa voix se brisa pour de bon cette fois et son pouls s'accéléra si fort qu'elle crut que son coeur allait sortir de sa poitrine. Mais elle savait qu'elle devait poursuivre, pour que Roy comprenne, et parce qu'il était si important - et parce que son père était mort, lui, sans jamais rien savoir...

"Je suis entrée à Poudlard l'année où tu en es sorti, c'était l'année des Ténèbres. Tu sais surement ce qu'ils faisaient aux première année qui n'étaient pas de sang-pur et qui se montraient un peu trop... rebelles... Je l'étais déjà à l'époque, par Godric, et j'ai bien cru mourir dans les cachots de l'école, mourir de douleur, de solitude, si cela n'avait pas été pour Neville Londubat qui a fini par me soustraire aux Carrow, et qui m'a caché, je... Je crois que quelque chose a été détraqué en moi, tu vois, Roy, pendant tout ce temps, si j'étais si vindicative, si prompte à sortir la baguette contre cet homme, ces hommes, ces mafieux qui distribuaient les Doloris comme on distribue des bonbons, c'est que... Merlin, je n'ai plus onze ans, cette fois je peux me défendre, je peux m'assurer que jamais, jamais plus un gouvernement ou un groupe ne se permette de jouer avec le destin de tout un pays et avec les vies d'innocents. La meilleure défense, c'est l'attaque, et c'est horrible à dire mais... quand ton homme est mort, je me suis sentie soulagée un court instant, comme si c'était une personne de moins qui pouvait m'atteindre. Comme si c'était un pas de plus vers le renversement d'un ordre établi qui n'a rien de sain, qui est complètement corrompu, vicié, pourri jusqu'à la moelle. Je me disais que je ne faisais pas ça pour moi, que je n'avais rien à en attendre de toute façon, à part la mort, la prison et l'opprobe, mais... A quoi bon vivre, fonder une famille pour léguer un tel monde à mes cousins, à mes enfants, aux générations d'après ?"

Elle étendit le bras pour embrasser l'appartement en cendres, l'air profondément désabusé.

"J'avais perdu tout espoir d'une vie et d'un avenir à moi, et j'avais l'impression de ne plus rien avoir à perdre puisque j'avais déjà perdu la personne que j'aimais le plus au monde, en plus de ma relation amoureuse et de ma dignité. Je me fichais de tout, et surtout de ce qui pouvait m'arriver, je n'avais plus peur de rien, j'attendais presque la mort comme une délivrance et Merlin, ça faisait du bien... Je ne m'intéressais à rien sauf de parvenir à mes fins, comme si accomplir cet acte me permettrait de... donner un sens à ces sacrifices et à ces douleurs que j'ai subi, que tant d'entre nous ont subi au cours de ces derniers mois. Mais je me rends compte aujourd'hui que je me suis complètement voilé la face. En dépit de tout ce que j'ai vécu au cours de l'année, et même si j'étais au plus mal, j'ai réussi à construire des choses. Avec le Kraken, car tout n'était pas que destruction, mais aussi avec toi. Et voir brûler le Triton m'a fait un mal de chien alors que j'étais persuadée que je ne ressentirais rien - ce n'est qu'un foutu immeuble, après tout, qu'est-ce que c'est par rapport à la perte d'être humain... Je ne sais pas... Je me suis vue plus indifférente, plus bousillée et plus déterminée que je ne le suis réellement, je crois."

Et cela lui avait fait du bien, à Julia, de se penser invincible et inatteignable pendant quelques mois, dans l'attente d'une mort salvatrice, de l'oubli rédempteur, du repos éternel... Mais il n'était pas venu, ce repos, et la vie avait repris ses droits sans même qu'elle le réalise. Soutenant le regard de Roy, presque timidement, elle acheva sa pensée en un souffle :

"Parce qu'aujourd'hui... J'ai peur à nouveau, peur de vivre ou de mourir sans toi."

Un ange passa à la suite de cette révélation. Gênée par tout ce qu'elle venait de confesser, Juliana se racla la gorge puis conclut sur une tentative de justification, comme si elle craignait le jugement de son amant :

"Donc... voilà pourquoi je fais ça, même si ça peut paraître fou et naïf au reste du monde - mais je préfère être folle et naïve que d'accepter et de courber l'échine."


*Référence à The Sound of Silence, Irving & Juliana



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Silencieux, Roy laissait les mots de Juliana s’imprimer un à un dans son esprit, comme s’il avait peur de les oublier un jour. Ce n’était pas de simples confidences qu’elle lui faisait là, elle se livrait comme jamais elle ne s’était livrée à lui, voire même, à personne d’autre. Enlaçant ses doigts dans ceux de sa petite amie, il l’encouragea de son regard absorbé à poursuivre. Il n’y aurait pas d’autre occasion comme celle-ci, Roy le sentait au fond de lui, car la situation était sans précédent. Lui comme Juliana se trouvaient à leur état le plus vulnérable, touché par l’autre, dans les décombres qui les entouraient encore, et dans ceux fantomatiques de leur passé. L’expression de Roy s’affaissa lorsque Juliana évoqua son père d’une voix brisée, il eut comme un réflexe vers elle pour la prendre dans ses bras, mais ne le fit pas. L’instant était trop fragile, il pouvait éclater comme une bulle s’il avait un geste ou une parole de trop.

Alors il la laissa vider son sac sans l’interrompre, ses pensées se laissant légèrement entrevoir sur son visage et dans les gestes qui lui échappaient. Le récit était douloureux pour Roy également, pas seulement parce que la peine de la femme qu’il aimait l’affectait, mais aussi parce que ce qu’elle disait entrait à certains moments en résonance avec son propre vécu. La guerre des gangs avait été son tournant à lui aussi, pour le meilleur comme pour le pire. Il se souvenait des premières semaines qui avaient suivi, quand entamer une journée était un supplice de plus, parce qu’il ne savait pas s’il n’allait pas tomber dehors, mains menottées ou mort, parce qu’il ne savait même pas s’il était encore lui-même lorsqu’il se regardait dans le miroir.

Il avait changé, indubitablement. L’homme qu’il avait été avant lui semblait loin, désormais. Cet homme profondément individualiste, insouciant, mesquin, minable, paumé, avait muri. La vie qu’il avait mené, comme un vagabond sans but fixe, à enchaîner les non-sens, surenchérir dans la déprave, n’était plus la même. C’était un homme plus conscient de son avenir et de ses priorités, qu’il était devenu, moins égocentrique, moins naïf et imprudent. Un homme avec des projets, des vrais projets, un homme qui perdait moins son temps dans l’inutile et la litanie éternelle de la drogue et des femmes qui avait été la sienne un long moment, tout simplement parce qu’il avait moins de temps à perdre. Mais c’était aussi un homme au coeur plus noir, un homme un peu plus enfoncé dans ce qu’il pouvait faire de pire. Un homme qui s’y serait laissé enfoncer davantage, s’il n’y avait pas eu un peu de lumière pour le retenir…

Juliana était la seule personne qui parvenait à le maintenir hors de ce monde qui était devenu le sien. Sa famille avait échoué, ses amis étaient pour la plupart comme lui, ou complices de ses activités, et les autres, comme Klemens, avait coupé les ponts. Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, qui tenait à leur vécu, à leur lien, Juliana était la seule à pouvoir tenir ce rôle de bouée pour lui. Et peut-être parce qu’ils avaient vécu ce même drame de la guerre des gangs, qui les avaient chacun brisé, puis reforgé d’une certaine façon, ils s’étaient compris, ils s’étaient retrouvés. Le Roy d’avant n’aurait jamais pu avoir une histoire avec la Juliana d’avant : il y avait déjà échoué, lamentablement.

Aujourd’hui était différent, notamment parce qu’il avait pleine conscience de ce qu’elle représentait pour lui. Elle n’était pas seulement la femme qu’il aimait, elle était aussi celle dont il avait besoin, littéralement, celle qu’il protégerait à n’importe quel prix. Ce fut la raison pour laquelle son récit sur sa première année Poudlard bouleversa Roy, de la même façon que Juliana était bouleversée de le lui confier. Il n’avait pas vécu cette sombre période de l’école, mais son frère et sa soeur s’y étaient retrouvés et même s’ils n’en avaient jamais beaucoup parlé, Roy savait ce qui s’était passé. Il n’avait aucun mal à imaginer cette petite fille enfermée dans son cachot, livrée à elle-même et à la douleur… Et cela le crispait de tout son être.

Les yeux posés sur Juliana, il ne pouvait s’empêcher de penser combien il avait pu la sous-estimer jusque là. Lui qui croyait être le seul à avoir enduré et vu beaucoup de terribles choses sur les dix dernières années, lui qui pensait mieux savoir ce qu’était la mort, la torture, l’injustice, l’échec, lui qui se pensait plus apte à encourir les risques et protéger les autres… Elle n’avait attendu personne pour affronter la vie dans toute sa cruauté, elle n’avait jamais été cette serveuse à la vie simple qu’il avait cru voir la première fois. Elle était déjà marquée, endurcie, quand lui se complaisait encore dans ses propres faiblesses.

Ce qui motivait Juliana allait chercher bien plus loin que ce qu’il imaginait, et qu’il ne pouvait comprendre jusque là, parce qu’il était resté en surface. Et pourtant, il n’y avait rien que Roy comprenait mieux que le chemin de la violence, pour l’avoir pratiqué lui-même. Et par quoi était t-elle passé, sinon par une violence qui l’avait forgée, puis imprégnée, jusqu’à ce qu’elle en soit elle-même actrice ? Elle avait encaissé sans cesse, pour devenir celle qu’elle était maintenant, à un point autodestructeur… Avant qu’un peu de lumière ne la retienne, elle aussi.

Appuyé contre son mur, son regard cherchait désormais celui de Juliana, dont le discours touchait à sa fin. Il ne détourna pas les yeux lorsqu’elle lui fit sa dernière révélation, qu’il avait plus ou moins anticipée mais qui n’en faisait pas moins accélérer son coeur. Un certain silence conclut la prise de parole de Juliana, comme si Roy cherchait encore ce qu’il allait dire. Sa main lâcha la sienne, pour courir le long de son dos, jusque s’appuyer sur son épaule, et il finit par se lancer :

« Tu n’es ni folle ni naïve. C’est ce monde qui est dingue, et les humains qui sont cons. »

C'était après tout ce que disait Juliana, et Roy était bien d'accord. Il l’évalua du regard un instant, il avait l’impression qu’elle appréhendait désormais de sa réaction, comme s’il allait la juger sur ces difficiles aveux. Roy ressentait une foule d’émotions différentes qui se bousculaient en lui, il lui fallait encore encaisser tout ce qu’il venait d’apprendre. Il était secoué, oui, mais ces confidences ne l’avaient pas éloigné de son amante, bien au contraire. Sa main se glissant dans les cheveux de sa belle, il poursuivit avec un soupir :

« Moi aussi, j’ai peur, Julia, si tu savais. La seule pensée de te perdre me terrifie, à un point qui… n’est même pas mesurable, avoua t-il dans un souffle. Mais j’aurais eu encore plus peur si toi tu n’avais pas peur. » Et Roy ne cachait pas sa mine affectée, cette fois, en cherchant le regard de sa partenaire. « J’avais l’impression parfois que tu étais prête à tout, sans concessions, que tu te fichais de ce qu’il pouvait t’arriver, comme tu dis. Je comprends mieux d’où ça vient, maintenant, vraiment je comprends, mais… Je ne peux pas veiller sur toi si tu ne le fais pas toi-même de ton côté. »

C’était ce qu’il avait voulu exprimer tout à l’heure, dans sa colère, c’était ce qu’il répétait, plus intelligiblement et calmement, maintenant. Une lueur tremblotante dans son regard, Roy glissa sa main dans la nuque de Juliana pour l’approcher de lui.

« J’aime cette femme entière et engagée que tu es, je t’admire pour ça. D'une certaine façon, tu es même... tellement plus forte que moi, reconnut t-il, plongeant son regard dans le sien. Mais, je t’en prie… Ne deviens jamais indifférente. Ne te laisse pas bousiller encore plus. Ne sois pas déterminée jusqu’à l’extrême. Parce que là, je ne pourrai plus te suivre. Tu n’es plus cette petite fille livrée à elle-même qui doit survivre par ses propres moyens, je suis là pour te soutenir, je ne te laisserai pas sombrer. » Son ton se fit hésitant alors qu’il concluait : « Et moi non plus, je ne suis plus ce voyou irresponsable et isolé qui n’a aucune perspective d’avenir. J’ai besoin de toi, maintenant. »

Lui aussi il s’était cru invincible et inatteignable longtemps, ne laissant pas sa famille s’approcher pour le mettre face à ses propres contradictions. Mais Juliana avait réussi à le faire pour lui, malgré tout. N’était-ce pas son tour de la mettre face aux siennes ?

« La seule chose qui donnera réellement un sens à tous tes sacrifices, c’est d’en sortir vivante, et même, d’en sortir heureuse. Si c’est la destruction qui te délivre, alors tu as déjà perdu. C’est qu’ils ont réussi à faire de toi leur instrument de guerre. »

Car c’était bien de conflits que se nourrissaient les régimes abusifs, quelqu’ils soient. S’il y avait bien une chose que Roy avait appris dans la mafia, c’était cela : la violence légitimait la violence, et ce, pas seulement chez les malfrats. N’était-ce pas ce que leur enseignait l’année qui s’était écoulée ? N’était-ce pas ce qu’avait expérimenté Juliana elle-même, en tuant son premier homme, puis en ressentant du bien à tuer le second ? N’était-ce pas ce qui faisait le succès de la Milice, bien heureuse d’avoir des terroristes à pointer du doigt ? Laissant la réflexion sur le sujet là, Roy chercha à revenir à des considérations plus personnelles. Caressant du bout des doigts la joue de sa belle, son regard s’adoucit alors qu’il déclarait :

« Rappelle-toi qu’il n’y a pas eu que du négatif dans tout ça. Parfois, je me dis… C’est ce qui nous a rapprochés aussi. Tu es ce qui m’est arrivé de mieux dans toute ma vie, et je ne suis pas sûr que ça se serait produit sans cette guerre de tarés » lança t-il en souriant légèrement, comme pour dédramatiser.

Ses mains redescendirent pour attraper celle de son amante et les serrer, son sérieux tout retrouvé tandis qu’il concluait :

« On peut traverser ça ensemble, Julia, et pas juste en se fournissant les deux ou trois bonnes infos au bon moment. Tu arrives à faire ressortir le bon en moi. Je veux faire la même chose pour toi. »



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« Tu n’es ni folle ni naïve. C’est ce monde qui est dingue, et les humains qui sont cons. » , avait dit Roy, avant d'échanger un regard grave avec sa belle...

"Amen", répondit cette dernière avec l'ombre d'un sourire. Cette réalisation lui donnait envie de se blottir dans les bras de son amant et de tous les planter là, avec leur guerre, leurs mensonges, leur hypocrisie, leurs convoitises. Tout cela n'avait finalement pas grand chose à voir avec elle, qui était encore quelqu'un de bon, très loin, au fond d'elle. Il y avait encore de la lumière, et cette conversation lui permettait de la retrouver.

Le contact doux de la main de Roy sur sa nuque lui procura une agréable sensation de chaleur et elle accrocha son regard au sien, comme on s'accroche à une bouée de sauvetage. Incapable de parler encore, elle se contenta de hocher la tête en guise de promesse, telle une petite fille réprimandée par une prise de risque inconsciente.

Que Roy la traite d'instrument de guerre acheva de la faire réfléchir. Oui, elle faisait sans doute le jeu de la dictature avec le Kraken, en lui donnant un ennemi trop aisément désigné : ils étaient les terroristes, les assassins, les fous furieux qui menaçaient la sécurité du pays... Ceux qui justifiaient toutes les dérives, tous les sacrifices sur l'autel de l'ordre public. Peut-être existait-il un moyen de poursuivre leur lutte tout en se montrant plus constructifs, mais lequel ? Faire des ronds-de-jambe, comploter éternellement dans l'ombre sans jamais agir, se contenter d'une bien maigre propagande inefficace... cela ne lui convenait pas non plus. Merlin, elle n'avait plus aucune force pour réfléchir à tout ceci maintenant, mais les paroles de Roy faisaient leur chemin dans son esprit, et ne seraient pas perdus.

Sa tentative pour dédramatiser ne lui tira qu'un maigre sourire, même si sa déclaration lui fit chaud au coeur. Bien sûr qu'elle était reconnaissante pour sa relation avec Roy aujourd'hui... Mais si on lui avait laissé le choix, elle aurait préféré vivre seule, mais libre, sans cette guerre et cette souffrance qui lui avaient obscurci le coeur. Quant à Roy, elle aimait à croire qu'ils pouvaient s'aimer dans la lumière aussi, que leurs sentiments n'avaient pas besoin d'un terreau de terreur et de désespoir pour s'épanouir... Finalement, les dernières paroles du jeune homme rejoignirent cette pensée, et le sourire de Juliana se fit plus franc.

"Je crois que tu y arrives très bien", souffla-t-elle avant de se nicher contre lui, souhaitant se fondre dans son étreinte. "Je n'avais pas idée à quel point... Tu peux faire ressortir le pire en moi, vu l'état de ton appartement, mais aussi le meilleur..."

Et c'était bien pourquoi elle cessait de combattre cette relation, en dépit de l'opinion que pourraient en avoir ses proches et surtout ses camarades de lutte. Car elle lui était essentielle, pour garder la raison, et pour devenir une femme meilleure.

"Aujourd'hui, on a touché le fond, il ne nous reste plus qu'à remonter ensemble", commenta-t-elle avec humour. S'écartant de nouveau de Roy, elle passa une main sur son visage fatigué, pensive.

"Tu ne vas pas t'attirer des ennuis, avec le FREE ? J'veux dire, un restaurant brûlé par la mafia en plein Bristol, ce n'est jamais de bon ton... Surtout pour un ministre qui prétend avoir nettoyé la ville de sa racaille."



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Il vit le regard de Juliana changer au fur et à mesure de ses paroles, il comprit que ses mots faisaient leur chemin dans son esprit, même si elle restait silencieuse. Il la serra contre lui quand elle vint chercher une étreinte de réconciliation, sourit dans sa chevelure à sa réponse qui était en accord avec la sienne. Il n’aurait jamais cru qu’il pourrait influencer positivement quelqu’un, mais ma foi, Roy Calder amoureux il n’y croyait pas non plus, preuve que tout pouvait arriver.

« Ah ça pour avoir touché le fond… » commenta t-il sur le même ton.

Mais ils commençaient déjà à s’en redresser, preuve en était la façon dont se concluait cette discussion, alors qu’elle avait commencé par des cris. Il n’y avait bien qu’avec elle qu’il était capable de se réconcilier aussi vite, songea t-il avec une petite pensée pour toutes les fois où il avait pu se disputer avec un proche, et Merlin, il y en avait un certain nombre qui ne s’étaient pas conclues aussi vite.

Son regard glissa sur son amante qui s’écartait et prenait un air pensif. Ses réflexions le gagnèrent lui aussi, il soupira sans répondre immédiatement. Le souvenir de Leopold pris d’une colère froide ce soir où il avait brûlé le bar de June Byrd lui revint en tête. A cette époque, ils n’étaient peut-être pas aussi amis qu’à l’heure actuelle, mais Roy n’était guère certain que cela changerait quoique ce soit. Leopold avait des intérêts sur lesquels veiller, et si Roy commençait à devenir un obstacle, il n’hésiterait pas à prendre les dispositions nécessaires pour l’écarter. Leur complicité n’évacuait pas ce qui les liait en premier lieu, tous les deux : un contrat bien défini, qui leur assurait à chacun une maîtrise sur Bristol, sur leurs domaines respectifs. Alors Juliana avait tout à fait raison, le chef de gang n’avait pas pris la décision la plus judicieuse pour ne pas se faire remarquer du Ministère…

Et pourtant, quelque chose était radicalement différent de la première fois, où il s’en était pris au Red Bird. June était une des protégées du ministre lui-même, ce qui avait pesé dans la balance, mais Juliana… Il n’y avait personne dans cette ville que la Milice n’avait intérêt à rechercher plus activement qu’elle. Lentement, Roy songea à voix haute, le regard préoccupé :  

« Pas s’ils savent que tu es une de leurs ennemies. »

Il n’aimait pas vraiment ce qu’il était en train de suggérer mais s’il fallait réfléchir pure stratégie, il ne voyait pas d’autre échappatoire. Kraken et Veilleurs venaient de se déclarer la guerre, dans des termes qui n’avaient rien d’un conflit silencieux. Ni Roy ni Juliana ne pouvait arrêter la machine et faire marche arrière, désormais. Il leur fallait poursuivre ce qu’ils avaient initié, ou y perdre toute leur crédibilité… Roy se savait pieds et poings liés, dans cette histoire. Ses hommes avaient découvert l’identité des deux résistants, tous avaient retenu le visage de Juliana McNeil comme celui d’une tête mise à prix. Il ne pouvait plus la cacher aux yeux de qui que ce soit, quand il serait si facile pour un milicien de poser la question à n’importe quel Veilleur pour avoir des réponses. Et Roy ne pouvait décemment pas compter sur le fait que chacun d’entre eux garderaient le silence, même s’il l’ordonnait…

Surtout que ce n’était pas un gang qu’il dirigeait seul, et que Jayce avait le bon goût d’être l’une des rares personnes à savoir ce qui l’avait lié à Juliana, autrefois. Il n’était même pas le seul à le savoir et à être dans une position de pouvoir, songea brusquement Roy, ses neurones en alerte. Cette fameuse matinée après son anniversaire, Hailey Peterson n’avait peut-être pas deviné d’un simple regard que Juliana était son ex, mais elle avait forcément compris qu’ils avaient un lien. C’était bien assez pour que des soupçons se réveillent, s’il ne prenait aucune disposition en amont.

Croisant les bras, Roy vrilla son regard dans celui de son amante et se décida à livrer sa pensée :  

« Si le conflit entre ton groupe et mon gang doit devenir visible, je n’ai pas d’autre choix que d’abattre mes cartes, avant d’avoir l’air de cacher une résistante. Mes hommes savent déjà qui tu es. La chef du BDA sait qu’on se connaît, ajouta t-il précautionneusement, à l’évocation de ce souvenir. Dans tous les cas, si toi et tes camarades continuez à agir à découvert, ce n’est qu’une question de temps avant que le BDA ou la Milice ne mette la main sur vos identités. C’est même probable que vous soyez déjà fichés dans des listes de suspects, ils ont des yeux et des oreilles partout, ici… Autant prendre les devants maintenant, c’est le meilleur moyen que ni ton camp ni le mien ne nous suspecte pas d’être de mèche, toi et moi. »

Guettant les réactions de Juliana, Roy continuait de réfléchir, sans trouver de solution plus probante malheureusement. C’était délicat, forcément, mais Juliana lui avait maintes fois montré qu’il avait tort de la sous-estimer. Elle s’était sans nul doute déjà préparée à une situation où elle serait connue des services de police, et forcée de se cacher. Il finit par conclure, en se remettant au jugement de sa partenaire :

« Si je te dénonce à la Milice, ça serait un coup d’avance qui nous servira de couverture crédible. Qu’est-ce que tu en penses ? »



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Juliana devina ce que Roy allait suggérer avant même qu'il n'ouvre la bouche. C'était la seule solution logique, elle le savait bien, à moins qu'il ne prenne lui-même la poudre d'escampette pour la couvrir, mais abandonner son gang ne faisait pas partie des options, elle le comprenait désormais. Dès lors, s'ils devaient poursuivre cette guerre tout en se couvrant en secret, il lui faudrait laisser tomber le masque... Alors autant que ce soit eux qui maîtrisent cette révélation, en la mettant au profit de la sauvegarde des intérêts de Roy. Qu'il reste dans les bonnes grâces du ministre, songea Juliana, elle saurait bien en tirer son parti pour sa survie et pour sa cause, un jour ou l'autre. Ce jour était d'ailleurs bien plus proche que ce qu'elle imaginait...

Elle écouta donc Roy dérouler son raisonnement sans réaction particulière, se contentant de l'observer gravement. Son coeur battait plus fort dans sa poitrine tandis que son esprit fonctionnait à plein régime. C'était le moment qu'elle avait attendu et redouté pendant des mois, celui où son identité était révélée à la milice et où elle devait en assumer les conséquences, pour elle mais aussi pour sa famille. Finis les jours où elle pouvait se déplacer librement dans les rues de Bristol, abandonnée, l'illusion d'une vie à peu près normale, avec son quotidien, son travail, ses amis. Aujourd'hui, Juliana devait faire corps avec sa lutte pour de bon et espérer que tous ces sacrifices ne soient pas vains.

"Je pense que c'est exactement ce que nous devons faire", répondit-elle avec un maigre sourire, après un instant de réflexion. "Tu as raison, je ne vois pas quel autre choix nous avons pour préserver ta place. De toute façon, c'est une question de temps avant que la milice ne m'identifie au détour d'une mission, c'était le deal de toute façon : on combat à visage découvert. On assume notre combat et on le revendique. Nous n'avons pas à nous cacher, c'est Marchebank et sa clique qui devraient le faire."

Mais ça, c'était les principes. Et c'était beau, des principes, mais cela ne suffisait pas à faire face à la peur et aux doutes qui l'étreignaient, face à la mort, face aux menaces qui pesaient sur elle et aux accusations de terrorisme qui pleuvaient dans la presse. C'était plus que du courage qu'il lui fallait pour poursuivre sur cette voie, c'était une force inébranlable et incorruptible. Voilà un autre avantage du Serment Inviolable qu'elle avait prononcé, elle n'avait pas même l'option d'envisager abandonner la lutte, même quand la tentation était si grande.

"Nous l'avons prévu depuis le début, je m'y suis préparée. J'ai un endroit où me cacher et les moyens de le faire longtemps, d'autant plus que la milice ne sait pas grand chose de nous et de nos membres pour l'instant. L'avantage c'est que nous allons pouvoir maîtriser l'information et la façon dont tu la propages."

Elle prononçait ces mots d'une voix détachée, concentrée sur ce qu'il convenait de faire, comme pour neutraliser la peur qui menaçait de la paralyser. Elle n'avait que vingt-quatre ans, par Merlin, que c'était jeune pour défier un pays entier et échapper aux forces du Ministère... Qu'elle était inexpérimentée, elle qui était plus douée pour nettoyer des assiettes sales que pour lancer un sort d'attaque...

"Je vais avoir besoin que tu me donnes un peu de temps, quelques heures", lâcha-t-elle finalement d'un ton pressant, serrant les mains de Roy dans les siennes avec urgence. "Pour me permettre de prévenir mes proches, ma famille, Joel et sa famille, pour qu'on s'organise... Je n'ai pas besoin de beaucoup de temps, car nous avons prévu ce qui se passerait quand je serais recherchée mais... Il me faut quelques heures. Pour tout mettre en place, pour faire mes adieux."

Car Juliana avait un frère au Ministère, un autre sur la Voie - quelle n'avait pas été sa surprise en apprenant cela, d'ailleurs - des cousins à Poudlard, des parents à Cosmos... Des proches dont elle s'était largement éloignée au fil des derniers mois, pour éviter qu'ils ne soient trop inquiétés dans une telle situation, mais qui devaient être informés de sa fuite et prendre leurs précautions. Si ce régime était bien celui qu'elle imaginait, cela leur saurait nécessaire...

"Et il faut que tu leur dises que je suis la chef, la seule chef. Laissons-les se concentrer sur ma recherche, ils ne me trouveront pas de toute façon, et pendant qu'ils me cherchent moi, ils ne recherchent pas les autres."

Qui irait soupçonner Lilly, l'Oubliator exemplaire, de partager la charge de chef du Kraken ? Certainement pas Marchebank, son ancien amant... Joel, en revanche, avait tout à craindre, tant leur lien était évident. Il intégrerait les caves en même temps qu'elle, car cela faisait bien longtemps qu'il avait fait le choix d'unir son destin au sien.

"Est-ce que ça te convient ? Tu penses pouvoir me laisser quelques heures ?", s'enquit-elle en fouillant le regard de Roy en quête d'approbation.



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Roy ne sut pas quoi ressentir quand Juliana approuva son plan. Il n'éprouvait pas de soulagement d’avoir trouvé une échappatoire, pas de satisfaction d’avoir réglé une partie du problème. Il baissa les yeux sur ses genoux, écoutant ce que sa partenaire lui disait, et il sut mettre le doigt sur ce qui lui étreignait le coeur et grossissait en lui. Il avait peur. Une peur quasi dévorante, qui le paralysa presque un instant, au moment où Juliana saisit ses mains pour lui réclamer son appui. Il plongea un regard à moitié perdu dans le sien, comme s’il ne se souvenait plus que c’était lui qui venait de proposer cette idée. C’était lui et c’était la meilleure chose à faire, il le savait. Mais Roy voyait, comme un film sous ses yeux, tout ce que cela allait impliquer : la tête de Juliana mise à prix, sa sécurité mise à mal, sa famille traquée, elle toujours en danger, jusqu’à… Eh bien jusqu’à la fin de ce combat probablement. Ce qui était le plus effrayant, c’était que pour le moment, seule la mort d’un des deux camps pouvait signer cette fin. Face au regard pressant de sa belle pourtant, il se força à se ressaisir et enterrer cette épouvante au fond de lui, avant qu’elle ne l’empêche tout à fait de réfléchir.

« Oui. Il se racla la gorge. Je peux te laisser quelques heures. Il consulta sa montre et réfléchit quelques secondes. Quatre ou cinq, pas plus… »

Il faisait encore nuit et c’était le lendemain matin que Roy devrait répondre de ses actes en personne, à Leopold ou à Peterson. Même si la nouvelle pouvait arriver à leurs oreilles cette nuit, il pouvait toujours s’arranger pour gagner du temps et se présenter officiellement plus tard. Mais au matin… Eh bien, son cabaret risquait de recevoir la charmante visite de la Milice et s’il n’était pas là pour répondre, cela n’arrangerait pas son dossier. Serrant la main de Juliana dans la sienne, il reporta un regard inquiet sur elle.

« Ca va aller pour toi ? Quelque part, c’était rassurant qu’elle ait visiblement prévu un plan de secours qu’elle n’avait plus qu’à activer, mais Roy avait trop peu de détails sur ce plan pour être vraiment débarrassé de ses craintes. Ta planque est vraiment sûre, hein ? Si y a un autre truc que je peux faire… »

Mais il se doutait qu’elle allait accomplir ces tâches seules, pour préserver les secrets de son groupe, de la même façon qu’elle se désignait comme seule chef, afin de préserver ses camarades. De toute manière, Roy aurait été bien en peine de citer un autre chef : il en savait encore si peu sur leur organisation. C'était la première fois ce soir que quelques éléments concrets de réponse lui avaient été révélés et au vu des conséquences, quelque part, il se demandait s’il aurait préféré ne pas savoir.

Il se leva dans l’intention de ranger un peu le carnage de son appartement et sauver quelques objets, ce à quoi l’aida Juliana un petit moment avant d’annoncer qu’elle devait s’éclipser. Il savait qu’elle partait exécuter son plan, alors il ne la retint qu’une seconde avant qu’elle ne s’en aille.

« Hey, je… suis désolé encore, pour ton restaurant. Et pour tout ce qui va arriver maintenant, lança t-il avec incertitude. Lui même ne savait pas de quoi les jours seraient faits, mais ils venaient pour la première fois de s’exposer assez dangereusement tous les deux, et au vu de ce qu’ils avaient été capables de faire, Roy ne pouvait s’empêcher de demander jusqu’où cette guerre d’apparences allait les mener. Il la tira par le bras, pour lui voler un bref baiser, le premier de cette soirée explosive, comme pour se rassurer, comme pour signer silencieusement leur trêve et leur pacte. Tiens-moi au courant. »

Et il la laissa filer, restant un moment le regard fixé sur là où sa silhouette était passée, sentant les doutes l'assaillir à nouveau, avant qu'il ne se force à se calmer. Lui aussi avait un rôle à jouer, désormais et c'était la figure d'un chef de gang contrarié et furieux qu'il allait devoir arborer dans quelques heures.

RP TERMINE



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Le Triton Brûlant [Royliana]

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