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 Sur la route d'El Leopoldo [Abel et Diego]

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16 juillet 2009, sur le chantier de Leopoldgrad


Diego Reyes, 29 ans, chef de chantier

C'était la première fois que Diego était à la tête d'un tel chantier, et autant dire qu'il n'avait jamais été aussi stressé. Abel Laveau, l'architecte, Diego Reyes, le maître de chantier, Isobel Lavespère, la chargée de comm' du projet, et toutes les autres personnes responsables de la bonne tenue du projet et surtout du respect des délais avaient une sacré pression sur les épaules. Le ministre de la magie passait son temps à venir leur faire de petites visites surprises sur le chantier pour voir de ses propres yeux le premier site d'implantation de Leopoldgrad, les plans et les maquettes qui se fignolaient, les fondations qui se creusaient. Certes, les choses avançaient à vue d'oeil, mais il leur restait tant à faire en un mois et demi ! Leopold leur avait imposé un délai qui semblait inhumain à Diego, du moins c'était ce qu'il avait pensé au premier abord, avant de constater la véritable armée d'archimages, d'ouvriers, d'artisans divers et variés, sans oublier toutes les fonctions supports et spécialistes du Ministère qui travaillaient sur les aspects magiques et légaux du projet. Pendant que Diego et ses hommes s'échinaient à bâtir les grands monuments et immeubles divers, d'autres s'employaient déjà à vendre les futurs locaux, et d'autres encore travaillaient à l'enchantement qui permettrait à la ville de transplaner chaque mois. Un projet pharaonique, monstrueux, merveilleux, qui transcendait Diego autant qu'il lui donnait envie de se cogner la tête contre un mur.

Tout ce beau monde était soumis à l'autorité finale de l'archimage concepteur du projet, un américain du nom d'Abel Laveau. En temps normal, Diego était un homme plaisant et agréable, et même ses ouvriers tendaient à l'apprécier, même s'il pouvait se montrer un peu tyrannique sous la pression. Oui, Diego était quelqu'un de bonne composition, qui ne s'énervait pas très souvent... Mais, par Merlin, qu'est-ce que cet Abel Laveau était énervant, exaspérant, insupportable et... "Raaaaaah !!!"

"Ça va, patron ?"

"Oui, oui", grommela Diego en passant une main sur son visage aux traits tirés, avant de reporter son attention sur l'immense parchemin qu'il avait entre les mains. Plissant les yeux, il parcourut longuement les traits fins et enchevêtrés tracés parcimonieusement, les ratures régulières, les courbures et les symboles réservés aux initiés, puis abdiqua dans un profond soupir.

"Et du coup, on fait quoi, pour le passage..."

"Non, mais c'est n'importe quoi. Il s'est planté, c'est pas possible."

Plantant là ses malheureux collègues, Diego partit en tempêtant à travers le chantier. Avec ses grandes enjambées, il ne mit que quelques minutes à retrouver Abel, apparemment en pleine réflexion sur la place principale où s'élèveraient bientôt la mairie et la banque, entre autres monuments d'importance. Le coeur de la ville était constitué par des commerces et habitations aux loyers élevés, à proximité de l'important quartier d'affaires. Abel travaillait en ce moment à la construction de la rue principale, dont le nom était encore en cours de réflexion. Allée Marchebank ? Ou Avenue Dalhiatus, en hommage, Rue Serliovka, en référence ? Et pourquoi pas un nom un peu plus recherché, en rapport avec la philosophie de la ville ? Les propositions allaient bon train, mais ce n'était vraiment pas ce qui préoccupait Diego.

Il comprenait bien le fait qu'une ville ait un concept, ce n'était pas le problème. Il concevait le fait que Leopoldgrad doive refléter la doctrine du FREE, l'ouverture et les connections, matérialisée par les passages entre les divers quartiers de la ville et la mixité sociale. C'était aussi un projet qui se voulait visionnaire, moderne et  tourné vers le futur, avec la poursuite de l'innovation, à travers le quartier des affaires, les bâtiments écosorciers et les sorts à la pointe de la recherche, mais... Il y avait des limites à ce qu'ils étaient capables de faire, n'en déplaise à Messieurs Folie-des-grandeurs Laveau et Marchebank. Diego ne voyait pas par quelle magie il était censé réaliser ce qui était dessiné sur ce parchemin.

"Vous m'expliquez ce que c'est qu'ce bordel encore ?", gronda-t-il en agitant le plan sous le nez d'Abel, pointant du doigt l'endroit litigieux. D'ordinaire, il n'était pas aussi vulgaire, mais c'était déjà la troisième fois qu'il était obligé de venir quémander des explications auprès de l'archimage, et il commençait à en avoir assez...
Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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En plein milieu de ce qui commençait à être la place principale de son projet, Abel était en pleine méditation, les yeux perdus sur la silhouette des constructions environnantes. Il hésitait encore beaucoup sur la façade et le traitement des abords de cette future banque, qui était déjà l’un des bâtiments les plus attendus du projet… Après tout, on ne faisait pas concurrence à la célèbre Gringotts sans attirer tous les feux des projecteurs sur soi. Pour cette raison, la façade de la future March Bank se devait d’être spectaculaire et à la hauteur des enjeux. Il fallait évidemment qu’elle soit encore plus séduisante, plus impressionnante que celle de Gringotts. La première piste envisagée avait été de surenchérir dans le style baroque, mais Abel s’était vite trouvé peu séduit par l’idée. S’il devait construire la concurrente de Gringotts, ce ne serait pas dans l’imitation, mais bel et bien dans l’innovation. Et puis l’architecture sorcière anglaise était un peu trop poussiéreuse à son goût… Il fallait un peu de futurisme pour secouer tout cela et surtout, marquer les esprits. Un mot d’ordre avait été donné dans l’édification du centre de la ville et des quartiers d’affaires : la hauteur. Et le verre. Pas de pierre vétuste, pas de colonnade grecque, pas de façade tortueuse, non. Abel imaginait quelque chose de grandiose et d’élégant. Il planchait sur plusieurs esquisses la veille encore. La March Bank serait un roc tantôt translucide et épais comme la glace, tantôt évanescent et fin comme le verre, qui s’évaporerait vers le ciel. Un signal dans le paysage, telle une couronne de diamant posée sur la place principale, tel un…

"Vous m'expliquez ce que c'est qu'ce bordel encore ?"

La gracieuse voix de Diego Reyes interrompit Abel dans ses rêveries d’archimage. Il cligna des yeux derrière ses lunettes rondes, son regard posé sur le chef de chantier, avant de se baisser vers le plan qu’il avait lui-même dessiné. Silencieux, il attrapa de ses deux mains le parchemin pour le regarder de plus près, bien qu’il le connaissait déjà par coeur. Puis il demanda, d’un ton qui n’était ni agressif, ni lassé, mais égal à Abel : neutre.

« Qu’est-ce que vous n’avez pas compris là-dedans ? »

Le plan décrivait un des quartiers huppés du centre-ville, et ses liaisons avec les autres quartiers. Ils avaient imaginé tout un système de passages à travers la ville, qui offrirait des raccourcis et connecterait l’ensemble des quartiers. Des passerelles en acier, des passages sur des voûtes, des escaliers dissimulés… On pouvait presque dire qu’au tracé principal se superposait un tracé parallèle, plus secret, pratique et plein de surprises. Mais pour le moment, il était surtout plein de complexité pour les constructeurs. Abel passait la moitié de son temps sur le chantier à en voir et revoir les détails. En l’occurrence, Diego lui désignait une passerelle assez spectaculaire, qui serpentait entre l’un des parcs en hauteur du centre-ville, le Musée de la botanique qui était en pleine construction, avant de rejoindre des quartiers de logements plus bas. L’image du projet était vendeuse, évidemment, mais la structure de l’ensemble était d’une complexité qui avait fait s’arracher les cheveux à Abel d’abord, avant que Diego n’y passe.

« C’est complexe, certes, mais pas bordélique, poursuivit l’archimage. Tout est détaillé dans les coupes, les structures sont interdépendantes, pour rendre la passerelle la plus légère possible et minimiser le nombre de piliers. Cet élément sert de contreventement, dit t-il en désignant une partie sur le plan, et le fait que la passerelle soit courbe lui assure de base une certaine stabilité. C’est clair, ça a été vérifié et re-vérifié par nos ingénieurs. Alors qu’est-ce qui vous échappe ? »

Abel était prêt à passer plus de temps à expliquer les détails, car il y croyait, tout simplement. A vrai dire, il était surtout convaincu du fait que ce ne serait pas un chef de chantier qui allait lui démolir son projet et lui faire croire qu’il était impossible à réaliser.


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Diego Reyes, 29 ans, chef de chantier

Face à Abel, Diego sentit très vite la moutarde lui monter au nez, et ce malgré ses grands efforts pour ne pas lui faire manger son plan. Peut-être alors l'archimage cesserait de s'exprimer avec ce même ton invariablement égal, sans expressions ni émotions, qui, bien loin de calmer son interlocuteur, l'agaçait encore plus et lui donnait envie de le secouer comme un prunier. Peut-être aussi arrêterait-il de le regarder comme le plus profond des demeurés...

"Ce qui m'échappe", répéta Diego en séparant ses syllabes, signe qu'il commençait à perdre patience, "C'est comment vous pouvez imaginer que je peux réaliser cette nouvelle fantaisie avec les moyens qui me sont alloués, et dans le temps imparti. Je sais parfaitement lire votre plan et vos coupes, je comprends ce que vous voulez qu'on fasse, c'est bien le problème !"

D'accord, sa compréhension du projet n'était pas aussi évidente que ce qu'il laissait paraître, mais cela, Abel n'avait pas besoin de le savoir. Il s'en doutait, de toute façon, comme il l'avait dit : le projet était complexe. Et pas seulement cette passerelle qui serpentait dans la ville, non : l'ensemble de la ville était complexe, et le chantier était pharaonique, innovant, et donc épuisant. Quoi qu'en dise l'archimage en chef, ce n'était pas un simple travail d'exécution auquel ses ouvriers étaient confrontés : tout était différent ici. La ville entière était enchantée pour pouvoir se déplacer, et toute sa construction devait être réalisée en fonction, les sortilèges de construction adaptés, sans oublier les contraintes inhérentes à toutes les autres petites folies archimagiques qui peuplaient le projet. Chaque bâtiment était un petit bijou en soit, pour un ensemble qui allait être fantastique, et Diego pouvait apprécier cela. Il se sentait évidemment chanceux d'avoir pu décocher ce projet, mais en tant que chef de chantier, il se devait de rester proche des réalités. Ce qu'Abel semblait avoir plus de mal à faire...

"Le problème, c'est de savoir comment au juste nous sommes censés le faire", ajouta-t-il en agitant le plan sous le nez d'Abel, avant de désigner plusieurs points de la carte. "Il nous faut lancer le sortilège ici, ici, et là, et le maintenir de façon synchronisée... Il me faut au moins trente hommes qui travaillent dessus en même temps, pour réaliser la structure et la maintenir. Sauf que je n'ai pas ces hommes. Je n'ai tout simplement pas la force magique nécessaire, sans parler du coût des matériaux qui, je pense, va faire exploser le budget... Je crois que vous ne réalisez pas la puissance magique de ce que vous demandez, il ne s'agit pas de lancer un simple petit Lego ! C'est bien simple, nous n'avons pas les ressources pour faire ça. Pas dans le temps imparti en tout cas."

Le temps, toujours le temps, voilà ce qui manquait. Une armée d'architectes, d'ouvriers, de fonctionnaires divers travaillait déjà à la construction de la cité, mais ce n'était toujours pas suffisant, et il n'y avait rien d'étonnant à cela. Rome ne s'était pas construite en un jour, après tout... Mieux valait revoir leurs ambitions à la baisse, ou accepter un peu de retard, d'après Diego.

"Je vous rappelle que ce sont des êtres humains que je fais travailler, pas des machines. Des ouvriers qui sont à bout de nerfs et qui enchaînent déjà les heures supp' et les travaux pénibles, à la limite de la légalité. Ce n'est pas vous qui risquez de vous retrouver avec le Magenmagot sur le dos pour avoir enfreint le code du travail magique", grommela-t-il en passant une main sur son visage las.

Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Face aux objections de Diego, Abel redressait régulièrement ses lunettes, signe à la fois de réflexion et de nervosité chez lui. Voilà que le chef de chantier commençait par le sujet sensible, à savoir le temps qui leur était imparti… Le « temps » était un mot qui hérissait les poils du dos à Abel, en ce moment, tant il était soumis à des échéances démentielles. Ce projet était plus qu’intéressant, c’était même le projet de sa vie, aucun ne l’avait saisi aux tripes autant que cet incroyable défi architectural qu’il était en train de réaliser… Mais Merlin, il n’en dormait presque plus, surtout ces derniers temps, où l’échéance se rapprochait dangereusement, où il revoyait presque tous les jours le planning pour déplacer des tâches, réajuster les choses, parce qu’évidemment, rien n’avançait selon les temps, ainsi était la routine d’un chantier… Leopold Marchebank ne semblait pas vouloir entendre parler de retard, malheureusement, en plus de leur avoir imposé un délai impossible. Toute la communication était déjà lancée depuis un moment, la ville futuriste du FREE ouvrirait début septembre, et peu importait combien de cheveux Abel pouvait laisser dans cette histoire.

Alors il comprenait parfaitement les frustrations et reproches que Diego tentait de lui transmettre, tout simplement parce que le chef de chantier n’était pas le seul à se sentir dépassé. C’était bien parce qu’il n’était pas dans la nature d’Abel de s’épancher sur ses émotions -c’était un euphémisme- qu’il n’en laissait pas paraître grand-chose, autrement, il aurait volontiers piqué une bonne dizaine de crises de nerfs sur ce chantier depuis belle lurette.

Mais, malgré toute la pression qui pouvait l’écraser, Abel ne cessait de se répéter qu’il n’avait pas le droit de flancher. Non seulement ce projet était une consécration -et donc, il n’avait pas le droit de faiblir et ne pas mener ses idées jusqu’au bout- mais en plus, il ne pouvait pas se laisser aller au gré de ses humeurs, alors même qu’il tenait la position de chef d’orchestre, et là était la difficulté du métier qu’il exerçait. Il était sensé avoir des yeux et des mains sur tout, vérifier, valider, écouter, modifier, réagir, ajuster, décider, transmettre, bref, nulle place pour la faiblesse là-dedans. Ses neurones s’activaient à toute vitesse, alors que Diego énumérait ses requêtes, et il finit par l’interrompre :

« Le coût des matériaux a déjà été calculé, et re-calculé, puis validé par le bureau d’études, normalement il n’y aucun souci là-dessus, s’il n’y pas de pertes et qu’on ne dépasse pas les stocks, opposa t-il. Par contre les entreprises n’ont pas encore tout livré… Ca, c’était un problème un peu plus pénible, qui lui coûtait actuellement de modifier les plannings, parce qu’évidemment, sans la présence des matériaux, certaines équipes étaient bloquées. J’ai serré les vis à ce sujet hier, si vos chantiers sont concernés, ça ne devrait plus bloquer. Quant aux ouvriers… »

Là était le gros litige, Abel n’était pas aveugle et voyait bien que les moyens dantesques alloués par le ministère ne suffisaient en vérité pas à assurer la correcte marche du projet, tout simplement parce qu’il était plus dantesque encore. Les reproches suivants de Diego illustrèrent ce qui se percevait déjà dans l’ambiance électrique du chantier. Le matin même, Abel avait remarqué quelques tensions en passant rapidement parmi les équipes en plein travail. Il ne pouvait cette fois invalider les propos du chef de chantier, qui à vrai dire, confirmait ses craintes. Ils n’avaient pas assez de main d’oeuvre, et c’était effectivement inquiétant et fortement problématique pour la suite du chantier. A son tour, il passa une main nerveuse dans sa chevelure et soupira, tout en repliant machinalement les plans qu’ils ne regardaient plus :

« Personne ne se retrouvera au Magenmagot, monsieur Reyes. Si vos ouvriers estiment qu’ils sont soumis à des conditions de travail anormales, ils sont toujours libres de saisir leurs syndicats. Moi, la seule chose que je peux faire, c’est demander au client de nous allouer plus de moyens, mais si vous voulez tout savoir, c’est déjà fait depuis longtemps. Malheureusement, il semblerait que le ministère mette plus longtemps à débloquer un budget qu’à rédiger leurs emplois du temps délirants… »

ll y avait un rien de sarcasme dans son ton qu’il n’avait cette fois-ci pas pu retenir. Les sourcils froncés en signe de préoccupation, il planta son regard dans celui de Diego.

« Enfin, on devrait avoir des nouvelles dans le courant de cette semaine, normalement, reprit l’archimage, c’était en tout cas ce que ses interlocuteurs au ministère lui avaient promis. J’entends bien ce que vous me dites sur le temps imparti, mais je ne pense pas qu’ils décideront de changer les délais. Alors j’ose espérer qu’ils vont engager plus de main d’oeuvre en contrepartie. S’ils ne le font pas… Ce n’est pas moi qui vais vous retenir de faire pression. »

Après tout, tout ce dont Abel était responsable était le respect du projet et l’avancement du chantier dans de bonnes conditions. Il n’était pas responsable des délais imposés, pas responsable non plus des conditions de travail, tout cela relevait des clients et de la légalité anglaise… De nouveau, Abel lâcha un soupir, avouant pour une fois sa propre faiblesse :  

« Vous savez, je suis soumis aux mêmes délais, et ça ne m’arrange pas plus que vous… Le regard perdu face à lui, quelque part près d’une équipe d’ouvriers accroupis, qui semblaient faire une pause, Abel réfléchit quelques secondes avant de faire une proposition. Je sais qu’il y a quelques chantiers sur un autre secteur qui sont bloqués à cause d’un retard de livraison. Je vais voir s’il n’est pas possible de placer une ou deux équipes temporairement avec la vôtre. Ca voudra sans doute dire recalculer les salaires, mais ça vous permettra au moins d’avoir plus de main d’oeuvre pour les sortilèges, qu’est-ce que vous en dites ? »


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Diego Reyes, 29 ans, chef de chantier

"J'en pense que ça serait un bon début", soupira Diego en observant le groupe d'ouvrier qui se trouvait un peu plus loin.

La colère du chef de chantier s'était évanouie dès lors qu'Abel avait su lui opposer des arguments et surtout des solutions. Diego n'était pas quelqu'un de foncièrement obtus et s'il se montrait souvent impulsif, il n'en était pas moins capable de reconnaître ses torts. En l'occurrence, il s'était emporté un peu trop vite en estimant qu'Abel était à la source de tous ses maux. Diego n'avait pas assisté aux premières réunions qui avaient conduit au lancement du projet et à la prise de décision. Lui n'était intervenu qu'en aval, une fois qu'il avait fallut se préoccuper de passer de la théorie à la réalité en recrutant des ouvriers, et il n'avait pas bien saisi qu'Abel n'était pas le grand cerveau fou à l'origine de ce chantier pharaonique - pas seulement, du moins. Il semblait largement partager sa folie avec Marchebank qui, non seulement leur imposait des délais avec des moyens insuffisants pour les atteindre, mais en plus se montrait beaucoup trop strict quant à l'évolution du chantier. Voilà ce qui arrivait lorsque les politiques se mêlaient d'architecture, songea-t-il, ses lèvres pliées en une moue désapprobatrice.

Abel avait beau se montrer plus coopératif que prévu, il n'en restait pas moins partiellement responsable de la situation. On lui avait donné des moyens, un budget, des délais, c'était à lui de dessiner un projet qui respectait ces contraintes... Néanmoins, il avait été complètement illusoire d'imaginer construire entièrement une ville itinérante, à la pointe de l'archimagie, en seulement trois mois. A vrai dire, Diego ne comprenait même pas comment un archimage avait pu accepter de relever le défi, même avec la promesse d'une gloire éternelle, ce qui expliquait peut-être pourquoi ils avaient été le dénicher jusqu'aux Etats-Unis... Au mieux, le centre-ville serait fini dans les temps et la ville ensorcelée pour se déplacer, mais cela restait déjà très ambitieux.

Pourquoi avoir, lui, accepté de réaliser le chantier ? Car la vue du budget monstrueux qui leur était alloué l'avait rassuré de prime abord, mais maintenant qu'il entrait dans le détail, il constatait à quel point les choses étaient tendues. Car ce budget ne laissait aucune place à l'inattendu, aux incidents et retards qui pouvaient émailler la réalisation d'un chantier et qui étaient inévitables, d'autant plus avec une construction d'une telle ampleur.

"Disons que ça permettra peut-être de désamorcer la crise pour un temps, mais il est clair que dans l'état actuel des choses, ce n'est que partie remise. Non seulement mes hommes vont finir par saisir leur syndicat mais je serai le premier à le faire", avoua-t-il sans ambages, son regard franc posé sur son interlocuteur.

"Entre nous, nous savons tous les deux que le Ministre a eu les yeux plus gros que le ventre avec ce projet, et cela risque de lui retomber dessus d'une façon ou d'une autre. S'il ne débloque pas des fonds supplémentaires conséquents, soit le chantier sera moins avancé que prévu au premier septembre, soit il faut s'attendre à des grèves et donc des retards bien plus importants sur la construction finale..."

Il haussa les épaules, comme pour se distancier de cette situation qui, finalement, concernait surtout les décideurs. Qu'ils prennent donc leurs responsabilités. Diego et ses ouvriers prendraient les leurs en conséquences. En signe de bonne volonté à l'égard d'Abel, il ajouta :

"M'enfin, si nous bossons ensemble pour trouver des alternatives de ce genre, nous pouvons essayer de limiter la casse. J'ai bien conscience que vous êtes dans une situation encore plus complexe que la mienne, alors j'vais essayer de ne pas vous la complexifier d'avantage."
Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Abel hocha la tête sans rien ajouter de plus, lorsque Diego déclara qu’il était prêt à saisir les syndicats s’il le fallait, dans le futur. Le droit de protester ou de saisir la justice, voilà une chose sacrée qu’il ne comptait guère lui ôter, et qui était même fortement ancrée dans la culture américaine. Aux Etats-Unis, Leopold Marchebank aurait eu des procès sur le dos pour trois fois moins que ça, mais bon, aux Etats-Unis, le fonctionnement du Ministère de la Magie était quelque peu différent, il disait ça, il disait rien…

« Je vous remercie de votre bonne volonté » conclut Abel, après avoir plus ou moins hoché la tête tout le long du discours de Diego.

La dernière chose dont il avait besoin, c’était d’une rébellion de ses chefs de chantier à son encontre… La situation était difficile pour tout le monde, et dans une telle tension, il était si facile de tout faire capoter et mettre tout le reste de l’équipe dans l’embarras. Qu’ils fassent grève ou fassent appel aux syndicats, c’était une chose sur laquelle Abel n’avait pas de pouvoir, et qui certes, retarderait l’avancement du chantier, mais qui ne le mettrait pas en porte-à-faux personnellement. En revanche, s’il y avait de l’indiscipline ou un refus non légal de travailler dans son chantier, c’était vers lui que l’on risquait de se tourner, pour défaut de gestion ou manque de réactivité…

« Effectivement, le Ministre est ambitieux, reconnut t-il. Trop, sans doute. Mais je vous avoue que je laisse le soin aux équipes de communication de vendre ses idées de façon à ce que ça ne lui retombe pas dessus. Moi la seule chose que je peux faire et sais faire, c’est de l’architecture. Et j’ai envie que ce projet fasse partie de ceux dont on se souvient, parce qu’il en a tout le potentiel, justement parce qu’il est très ambitieux. On ne peut pas être tiède quand on vous confie une ville itinérante à faire, sensée être le nouveau fer de lance économique de l’Angleterre, non ? Pas seulement moi. Vous aussi, et vos gars, ce que vous construisez, c’est une opportunité de carrière, ce sont des chantiers avec des innovations magiques rares, trois mois impossibles qui seront comme trois ans d’expérience d’un coup. Jetant un coup d’oeil en coin à Diego, Abel replia les plans qu’il avait en main. Quant aux retards de chantier, j’essaie d’être pragmatique. Il y en aura du retard, il y en aura très certainement, et pas qu’un peu, mais on peut faire en sorte que les bâtiments phares du centre-ville soient terminés : c’est déjà en bonne voie. Ca suffit à faire une inauguration qui marque les esprits, et c’est tout ce que veut le Ministère au fond. De la bonne com. Marchebank préfèrera une ville pas terminée, mais à la hauteur de son potentiel, plutôt qu’une ville achevée mais terne. Et moi aussi. »

Car Abel était plein d’une ambition et d’une exigence envers lui-même qu’il assumait. Effectivement, il aurait pu dessiner une banque plus simple constructivement, plutôt que de chercher à la fondre dans les nuages. Effectivement, il aurait pu se dire qu’il n’y avait pas besoin d’une passerelle grandiose entre ce musée de la Botanique et un parc en hauteur. Mais qui se souciait d’architecture ordinaire, surtout dans un projet tel que celui-ci ? Abel était de ceux qui croyait profondément au fait que l’on pouvait lier symbole et utilité, sans que l’un ne dévaste l’autre, que l’architecture réussie était à la fois celle qui était belle et adaptée à son usage. Une architecture qui fonctionnait, c’était bien… mais une architecture qui fonctionnait et impressionnait, c’était encore mieux n’est-ce-pas ? Si ce n’était pas dans un projet tel que Leopoldgrad qu’il s’autorisait à se montrer un peu ambitieux, il pouvait autant se cantonner à la médiocrité toute sa vie.

« De souvenir de votre dossier d’entreprise, je crois que vous avez pas mal construit jusqu’ici. Vous devez savoir ce que ça fait, l’effet d’un ouvrage terminé… C’est quelque chose, non ? fit t-il, un mince sourire s’immisçant sur ses lèvres. Je me suis toujours dit qu’il fallait être un peu masochiste pour se lancer dans la construction, tous métiers confondus : architectes, maçons, ingénieurs… Sérieusement, il n’y a pas tant de métiers qui imposent une telle pression, une telle responsabilité. Il y a des délais monstres, des quantités d’argent dingues… Il y a la responsabilité de vies aussi, sous chaque fondation, souffla t-il, les yeux fixés sur celles qu’on installait, à l’emplacement de la future March Bank. On a toujours l’impression qu’on ne va pas y arriver. Et pourtant, ça se produit, malgré les contre-temps, malgré l’angoisse. Et à la fin, on se dit que c’est quand même un métier incroyable de pouvoir créer quelque chose, et le voir se matérialiser. Je crois qu’on pourra se sentir particulièrement fiers, à la fin de ce chantier, alors ça en vaut la peine, vous ne croyez pas ? »


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Diego Reyes, 29 ans, chef de chantier

La tension était retombée entre les deux hommes mais leur désaccord persistait néanmoins. Les bras croisés sur sa poitrine, Diego écouta la réponse d'Abel en gardant le silence, mais il n'en pensait pas moins. Laveau, Marchebank, les décideurs etc... Ces gens là n'avaient tout de même pas tout à fait la tête sur les épaules. Ils n'avaient pas la juste mesure des choses, selon Diego, en tout cas ils ne vivaient clairement pas dans le même monde. L'Angleterre magique avait besoin de nouveaux logements, oui, mais elle n'avait pas besoin d'une ville "à la hauteur de son potentiel". Elle avait besoin d'une ville tout court. Les hommes de Diego avaient besoin d'un travail et d'un salaire à la fin du mois, pas de se tuer à la tâche pour acquérir "trois ans d'expérience en trois mois"...

Bien sûr, tous appréciaient l'opportunité qui leur était offerte de travailler sur un projet innovant, et lui le premier. Mais sa priorité dans la vie était de s'occuper de sa fille Emmanuela et pour cela, il lui fallait de l'argent, certes, mais également du temps. Se tuer à la tâche pour faire l'histoire n'était pas exactement compatible avec cette volonté - et que dire de ses ouvriers qui enchaînaient les congés maladie, parfois bidons, parfois non, le forçant à jongler avec les absences... Diego soupira intérieurement en songeant qu'il s'en sortirait, comme toujours. Et sans doute serait-il très fier de ce qu'ils avaient réussi à accomplir ici, après coup, mais contrairement à ce jeune archimage, il n'était pas dévoré par l'ambition ni la volonté de laisser son nom dans l'histoire. Si c'était ce qu'il recherchait, il serait aujourd'hui co-chef de gang aux côtés de son cousin Roy, mais il avait compris depuis longtemps qu'une vie équilibrée ne passe pas nécessairement par la recherche de la gloire... Ma foi, chacun ses priorités dans la vie.

Comme un écho à ses pensées, Abel lui fit part de sa vision du métier, faisant sourire Diego intérieurement.

"Je vous l'accorde, c'est un métier passionnant et nous aurons effectivement de quoi être fiers. Créer une nouvelle ville, avec les dernières méthodes de construction, ce n'est pas rien", reconnut-il en laissant son regard se promener sur le chantier. "Mais comme vous le dites, il y a des responsabilités de vie, et c'est mon cas. Je me sens responsable de mes ouvriers, de leurs familles, de ma propre famille, et c'est pourquoi je suis obligé de me préoccuper de petites choses comme de la faisabilité des horaires, des jours de congés et des arrêts maladies, vous savez, tout ce qui passe pour d'insignifiants détails aux yeux de notre ministre."

Il avait dit ces dernières phrases avec amusement, sur un ton léger, comme pour signifier qu'il n'était plus énervé. Abel Laveau et lui ne seraient probablement jamais les meilleurs amis du monde, tant ils semblaient différents, mais ils devaient pouvoir travailler ensemble.

"Qu'est-ce qui vous a attiré sur le marché anglais ?", interrogea finalement Diego, curieux d'en apprendre un peu plus au sujet d'Abel. "Les USA doivent aussi avoir leur lot de chantiers passionnants. C'est Marchebank qui est venu vous chercher ou bien vous avez déménagé pour des raisons personnelles ?"

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« Et c’est tout à votre honneur de vous en préoccuper. »

La réponse de Diego laissait voir à quel point il était excédé du manque de considération du ministre pour ses ouvriers. Abel compatissait, lui-même, en tant que chef de projet, devait tenir compte de ce genre de « détails » comme disait le chef de chantier. La différence entre eux deux tenait sans doute à ce qu’Abel portait la même ambition que leur commanditaire, pour ce projet. C’était l’ordre des choses. Il fallait des visionnaires, comme des personnes plus pragmatiques pour réaliser un projet réussi, c’était ce qu’Abel pensait. Le tout était que les deux partis trouvent un terrain d’entente, et il lui semblait qu’il en avait trouvé un avec Diego.

Il lui fit d’ailleurs preuve d’un certain intérêt pour lui en lui posant des questions plus intimes sur ses motivations. Abel eut un sourire étrange lorsqu’il prononça le terme de « raisons personnelles », on ne pouvait plus fidèle aux raisons de sa présence en Angleterre, même si elles n’étaient pas les seules. Il ne nierait pas qu’apprendre qu’Isobel se trouvait ici, après des années de recherches infructueuses, avaient grandement pesé dans la balance. Le hasard - même si, digne enfant du vaudou, il ne croyait absolument pas au « hasard » - avait voulu que sa boîte soit à l’époque engagée dans un concours d’architecture pour la cité Cosmos, en Angleterre. Il avait aussitôt pris la décision de s’investir dans le concours avec d’autres collègues, et il l’avait fait en y mettant toute son énergie.

« Entre autres… répondit évasivement Abel, les yeux dans le vague. Disons que je voulais retrouver quelqu’un ici et que le concours pour la cité Cosmos était une occasion de venir. J’ai commencé par là, je pensais repartir après, mais ce qu’on a fait à Cosmos a plu au ministre, qui m’a recontacté pour prendre en charge Leopoldgrad. J’ai été vite séduit par le projet, donc j’ai accepté. Et me voici encore là, à chercher ce que l’Angleterre peut encore m’offrir. »

Il ne sut pas trop pourquoi la réponse lui était venue avec autant de sincérité face à un homme qui ne le connaissait pas. C’était probablement justement parce qu’ils se connaissaient peu, mais Abel eut un instinct de recul presque aussitôt. Il ne voulut pas s’engager davantage sur cette conversation. S’efforçant de n’en rien montrer, il enchaîna le plus naturellement possible :

« En parlant de ça… Nous avons encore plein de choses à terminer, ici. Il faut que je finisse mon tour des chantiers, on se revoit bientôt Monsieur Reyes. Je tenterai comme promis de vous ramener plus d’ouvriers pour vos équipes. »

Il salua le chef de chantier d’un sourire cordial, et s’en alla explorer le reste de la ville en construction, envahie par des colonies de travailleurs. En se frayant un passage entre les ouvriers, Abel prêta davantage attention à tout ce sur quoi Diego avait tenté de lui ouvrir les yeux. C’était un chantier réellement pharaonique, qui produirait probablement une belle image du pays au niveau international, mais Abel n’était pas sûr que son ministre en serait davantage aimé par sa propre population… Mais ce n’était probablement pas la priorité de Leopold Marchebank.

FIN DU RP


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Sur la route d'El Leopoldo [Abel et Diego]

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