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 “I’m Luke Skywalker, I’m here to rescue you.” [Joel, Juliana & Irina]

Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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14 août 2009, quartier sorcier de Manchester

Postée à la fenêtre de l’appartement, dissimulée derrière les rideaux en dentelle, Juliana attendait. Derrière elle, Joel produisait régulièrement un grognement qui lui hérissait le poil. Vivement l’arrivée de l’aide promise par Roy ! Elle avait beau adorer Joel, elle trouvait qu’il supportait bien mal la douleur pour quelqu’un qui avait juré de se battre jusqu’à la mort s’il le fallait. Juliana poussa un soupir excédé et passa une main sur son visage fatigué. Elle était dure avec son meilleur ami, qui avait tout de même eu le mérite de la suivre dans cette folle escapade - et il était bien le seul ! Grâce à lui, elle n’avait pas l’impression de ne pouvoir compter que sur elle-même, alors elle avait de quoi être reconnaissante. Mais pour l’heure, l’atmosphère dans l’appartement de secours que leur avait fourni Roy gracieusement était morose, pour ne pas dire sinistre.

Les choses avaient été compliquées pour les deux membres du Kraken depuis maintenant plus d’un mois. Juliana avait encore des aigreurs d’estomac chaque fois que les évènements du mois de juillet lui revenaient en tête, c’est-à-dire au moins trois fois par jour. Une part d’elle s’indignait de la réaction si forte et négative qu’avait provoqué la révélation de sa relation avec le chef des Veilleurs. Certes, elle percevait en quoi cela pouvait passer pour de la trahison, mais les circonstances parlaient d’elles-même : c’était le Kraken qui avait tout à y gagner, et les Veilleurs tout à y perdre ! Ce n’était pas un sentiment qu’elle pouvait partager avec Roy, bien entendu, car il restait encore fermement engoncé dans son rôle de parrain de la mafia, mais bien malgré lui, il sentait sa loyauté vaciller et glisser de cible: de Roy et les Veilleurs à Roy et Juliana, et donc, comme ces deux-là étaient désormais indissociables, de Roy et le Kraken…

La preuve en était que la libération de Klemens s’était déroulée à merveille, au terme d’une opération finement menée et incluant tant le Kraken à travers Juliana que la Salamandre d’Irving et surtout les Veilleurs eux-mêmes, sans oublier l’aide d’un milicien. Loin de trahir son clan, Juliana avait permis de faire agir brièvement certains membres du gang pro-FREE contre le régime, ce qui était un sacré début. Dissocier les intérêts du FREE et ceux des Veilleurs ne pouvait que servir leur cause, et cela ne se serait pas passé sans Roy comme atout de poids dans la manche de la chef du Kraken… Hélas, tel n’avait pas été l’avis de l’autre chef, ni du reste du groupe d’ailleurs.

La mâchoire crispée, les épaules tendues, Juliana quitta son poste d’observation pour faire les cent pas dans le salon plongé dans la pénombre. Sur le canapé, Joel la suivait d’un regard vitreux, tenant son bras immobilisé par une écharpe contre lui.

- A quoi tu penses ?, s’enquit-il finalement d’un ton las. Il connaissait déjà la réponse.

Juliana tourna vers lui un regard découragé qui lui tira un petit sourire. Se redressant un peu sur son canapé, il lui fit signe de s’approcher. Juliana vint se poser sur le bout du canapé, nerveuse, comme prête à bondir au moindre son suspect. Joel posa une main réconfortante sur son épaule et ajouta :

- Ca va aller, tu sais, je ne t’aurais pas suivie si je ne pensais pas qu’on pouvait faire quelque chose de bien ici aussi. Je sais que nous ne connaissons pas cette ville, je sais que ça fait peur  et que les choses ne sont pas reluisantes en ce moment mais on va s’y faire, on s’adapte à tout, non ? Allez, arrête de ressasser tout ça, ce qui est fait est fait, nous avons fait nos choix, ils ont fait les leurs.

Baissant la tête, Juliana approuva du bout des lèvres. Cette conversation, ils l’avaient déjà eu mille fois. Avaient-ils bien fait de quitter le reste du Kraken, bille en tête, sans attendre que les choses se calment ? Sans doute. Cette crise avait traduit une divergence de vue et de méthode entre les deux chefs du Kraken et il valait mieux que le groupe implose rapidement que plus tard, mettant en péril toute l’organisation. Quant à Juliana, elle n’aurait pu souffrir de se voir mettre à l’écart de son propre groupe, comme une pestiférée. Comment pouvaient-ils la traiter comme une traîtresse quand elle n’avait fait qu’agir pour les intérêts du clan ? Si les choses avaient été différentes, un certain Serment se serait rappelé à elle…

Joel, de son côté, n’avait pas eu à réfléchir plus que cela  : où irait Juliana, il irait aussi. Cela faisait maintenant bien trop longtemps qu’ils fonctionnaient ainsi  à deux pour ne pas continuer, et le choix de leur nouvelle ville d’implantation faisait sens à ses yeux : la milice avait un important Q.G à Manchester, la mafia y était toute aussi implantée qu’à Bristol, bien que plus discrète, et leur présence y était méconnue. Se faire un peu oublier, voilà qui ne pouvait pas faire de mal au duo de résistants qui figuraient désormais en tête de liste des ennemis de l’Etat. Il n’était pas mécontent de quitter Bristol, donc. De toute manière, leur restaurant avait brûlé, sa famille avait quitté la ville pour se mettre à l’abris et il ne pouvait plus vraiment se balader dans les rues pour voir ses anciens amis, alors… Autant recommencer ailleurs. Autant attaquer de deux endroits à la fois, pour casser cette idée d’un conflit confiné à Bristol que le régime tentait d’imposer. Si révolution il devait y avoir, alors la prise de conscience devait être nationale.

Joel glissa sa main sur le visage de Juliana en une caresse affectueuse, puis l’observa se relever pour reprendre sa marche, un peu moins nerveuse. Il n’avait pas encore bien démêlé ce qu’il ressentait depuis qu’il avait, lui aussi, découvert le secret que lui avait gardé sa meilleure amie. Un sentiment de trahison, lui aussi, mais sensiblement différent de celui des autres membres du Kraken. C’était la première fois que Juliana lui cachait quelque chose d’aussi gros, et s’il comprenait pourquoi elle l’avait fait, il se sentait malgré tout déçu et repoussé, comme si elle avait instauré une distance nouvelle entre eux. Hé puis il y avait le fait qu’il détestait cordialement ce sale cognard de Roy Calder, et qu’il ne comprenait pas quelle mouche avait bien pu piquer Juliana, mais c’était une autre histoire. Cette conversation, ils devraient l’avoir un jour, mais pour l’heure, il avait estimé qu’elle avait assez de pain sur la planche. Il lui fallait au moins un ami sur lequel se reposer. Juliana avait beau se draper dans sa fierté et sa colère, il savait que la réaction de ses anciens camarades de combat l’avait blessée.

Un mouvement un peu trop brusque lui tira un nouveau râle de douleur et il ne put retenir une exclamation de soulagement en entendant la sonnette retentir. Enfin, son sauveur était là ! Juliana fila à la porte d’entrée et se hâta de désamorcer toutes les protections qu’ils avaient mis en place, pour enfin laisser leur visiteur entrer. Une expression de surprise s’afficha sur le visage de Juliana quand elle reconnut la personne que leur avait envoyé Roy. Une fois passé l’étonnement, elle lui adressa un sourire et s’effaça pour lui permettre d’entrer.

- Irina, c’est toi ! J’aurais du me douter. Entre vite…



Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
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Irina Calder, 23 ans, médicomage, soeur de Roy


A chaque fois qu’Irina était embarquée dans une histoire un peu floue et louche, il fallait que son frère y soit lié quelque part. Ce n’était pas la première fois qu’elle rafistolait l’un de ses amis, Roy semblait croire que ses services de médicomagie étaient à sa disposition tant qu’il lui envoyait un Patronus suppliant et pressant qui la feraient forcément se sentir coupable si elle refusait. De fait, elle ne refusait jamais, sa conscience professionnelle et son envie d’aider son frère l’emportant. Parce que Roy venant lui demander un service revenait à peu près aux seuls contacts qu’ils avaient tous les deux, lorsqu’on mettait de côté les fêtes familiales ou autres petites occasions, elle ne parvenait jamais à trouver la volonté de l’envoyer balader… Quoique les choses avaient un peu changé depuis qu’elle s’était faite agresser, et depuis leur dernier Noël, Roy prenait beaucoup plus régulièrement de ses nouvelles, et semblait moins frileux qu’avant à lui parler de ses activités : elle y avait été mêlée malgré elle, et elle avait su se faire entendre de son frère pour obtenir des explications.

Lorsque le furet argenté de Roy vint lui transmettre un message, elle se nota donc de lui demander à la première occasion dans quoi il s’était fourré, encore. Le message n’en disait pas beaucoup, seulement l’endroit où il lui demandait de se rendre, pour soigner l’un de ses « amis » blessé au bras. Elle avait froncé les sourcils, et la première question qu’elle s’était posé était de savoir pourquoi le blessé en question ne s’était pas rendu à Sainte Mangouste… Il n’y avait pas mille options possibles, il devait s’agir d’une personne recherchée par l’Etat. Sainte-Mangouste avait reçu les ordres de ne pas ouvrir ses portes à n’importe qui, depuis quelques temps, ce qui ne plaisait guère à la jeune médicomage fraîchement diplômée, encore pleine de son respect de son métier et son sens du devoir… Mais, connaissant Roy, il ne devait s’agir que d’un mafieux louche fiché aux forces de l’ordre.

Un kit de secours à la main, son sac au bras, sa baguette soigneusement rangée dans sa poche, et après avoir soupiré une bonne dizaine de fois, Irina transplana hors de son appartement pour atterrir dans le quartier sorcier de Manchester, une ville qu’elle connaissait un peu pour y avoir quelques amis. Elle se hâta vers l’immeuble que lui avait signalé son frère, dans une rue des plus banales. Elle attendit face à la bonne porte qu’on lui vienne lui ouvrir, imaginant le sorcier à la mine patibulaire qui allait lui ouvrir, avec des balafres sur le visage, une odeur de substance louche accrochée aux vêtements, une chevelure sale et désordonnée et des dents rongées par le tabac… Vision de son esprit qui se transforma étonnamment en une jeune femme à peu près normale et saine, aux traits familiers, bien qu’elle ne la reconnut pas aussi vite que son interlocutrice le fit.

« Bonsoir… » répondit t-elle avec surprise et hésitation, en pénétrant dans l’appartement.

En vérité, ce fut en voyant qui les attendait, allongé sur le canapé que le tilt se fit dans l’esprit d’Irina. Voir les deux adultes côte à côte lui rappela ce duo qu’ils avaient été autrefois. Bien sûr ! Juliana McNeil et son fidèle comparse, Joel Hudson. Ils avaient tous les trois été dans la même promotion de Poudlard, pas dans la même maison, mais Irina se souvenait avoir reçu quelques Cognards gracieusement envoyés par Juliana. Elle ne lui en tenait pas rigueur évidemment, en vérité, il lui était déjà arrivé de papoter avec ces deux-là, elle s’en souvenait comme des personnes sympathiques de sa promotion, sans plus de détails. L’espace d’un instant, elle se sentit un peu stupide au milieu de la pièce, à les regarder tous les deux, comme si elle cherchait à vérifier qu’elle ne se trompait pas et qu’il s’agissait bien de ses anciens camarades, dix ans plus tard.

« Eh bien, je… J’avoue que je ne m’attendais pas à tomber sur vous. » finit t-elle par dire avec un petit rire nerveux.  

Ce n’était pas la première fois qu’elle croisait quelqu’un qu’elle connaissait de Poudlard, à l’hôpital, elle s’était souvent amusée de retrouver chez les petits accidentés magiques certains camarades réputés pour leur maladresse. C’était moins drôle en revanche de les croiser à l’étage des maladies plus graves… Non, ce qui était étonnant dans la présence de ces deux-là ici, c’était plutôt de savoir comment Roy les connaissait. Mais ce n’était pas aussi perturbant que cette sensation qui avait légèrement accéléré son coeur en les reconnaissant : car maintenant qu’elle se remettait leur nom et leur visage, elle se souvenait aussi les avoir plus récemment vus placardés sur des avis de recherche de la Milice…

Irina n’était pas une trouillarde, loin de là. Elle n’hésiterait pas à dégainer sa baguette s’il le fallait, mais elle n’avait pas l’impression en observant leur attitude qu’ils allaient lui faire le moindre mal. Cela n’aurait pas de sens qu’ils l’attaquent de toute façon : elle venait les aider, et Roy ne l’aurait pas envoyée dans un endroit où elle risquait quelque chose. Irina s’efforça donc de se raisonner et calmer les battements de son coeur qui s’étaient déclenchés comme un réflexe. Depuis cette nuit où elle s’était faite agressée dans son propre appartement, elle ne pouvait empêcher des petites frayeurs ou angoisses la prendre sans qu’elle ne puisse le maîtriser.

Sans savoir quoi ajouter d’autre, Irina décida qu’elle n’était pas là pour faire la conversation de toute manière et prit les devants avant que l’ambiance ne devienne trop bizarre. De toute manière, cela aurait été encore plus bizarre de demander à deux personnes recherchées par l’Etat ce qu’ils devenaient sur un ton joyeux. Tout en retirant son sac de son épaule, elle s’approcha du canapé où elle s’assit sur le rebord. Son regard se posa sur Joel, et le bras qu’il tenait en écharpe autour de son cou. Elle commença par attacher ses cheveux en une queue de cheval haute, puis s’efforça de prendre son ton le plus contrôlé possible avant de poser les mains sur le tissu.

« Je peux ? Elle retira avec précaution le bras blessé hors de l’écharpe. D’un simple coup d’oeil elle vit que c’était un sortilège assez méchant qui avait causé la blessure, ce qui lui fit légèrement froncer les sourcils. Heureusement que ce n’est que le bras que ça a touché. Comment tu t’es fait ça ? »

Un air impassible sur le visage, elle se mit à retirer ses outils de son sac et attrapa sa baguette. Elle posait la question en ayant déjà sa petite idée sur la réponse. Cette blessure n’avait rien d’une blessure causée par accident, Joel avait du se trouver dans un duel : peut-être avec les forces de l’ordre ? Curieuse de voir s’ils allaient inventer une excuse ou non, Irina commença à marmonner des incantations, la baguette pointée sur le bras de Joel.
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Joel Hudson, 23 ans, membre du Kraken

Au nom d’Irina, Joel se redressa un peu trop brusquement sur son canapé, et retint tant bien que mal un cri de douleur. Il s’était attendu à ce que l’affreux Calder ne leur envoie l’un de ses hommes de main louche, aux techniques de médicomagie douteuses, pas l’une de leurs anciennes camarades de classe ! Pourtant, comme Juliana le souligna, cette venue n’avait rien d’étonnant : Irina n’était nulle autre que la soeur du mafieux. Dès lors, Roy devait la considérer comme quelqu’un de confiance, à qui il pouvait confier cette mission des plus délicates puisqu’elle impliquait de frayer avec la mafia et la résistance à la fois… Pas très réglementaire pour une employée de Ste Mangouste, par les temps qui courent !

Un peu sur ses gardes, Joel observa la nouvelle venue d’un regard impénétrable. Elle avait un peu changé depuis leur sortie de l’école, comme Juliana et lui sans doute. Son visage avait mûri, moins juvénile et affiné, mais l’on reconnaissait sans mal cette jeune femme brune à l’air ingénu contre laquelle Juliana s’était maintes fois confrontée lors des matchs. Elle avait le même regard sombre que son véracrasse de frère, mais le sien était doux, pétillant et inspirait la confiance. Malgré tout, Joel avait appris à ne pas se fier aux apparences au cours des derniers mois, et il ne la lâcha pas du regard, méfiant.

Juliana, de son côté, s’était installée sur l’accoudoir d’un fauteuil, l’air sensiblement rassurée. C’était sans doute l’effet de voir arriver un visage familier, une jeune femme de son âge à laquelle elle pouvait s’identifier et qui lui rappelait des souvenirs d’un temps plus simple et plus heureux. Le Quidditch était alors son seul souci au monde… Mais ce n’était pas parce que Juliana faisait confiance à l’abominable Calder des neiges et à son jugement que Joel allait en faire autant, pas avant d’avoir des preuves concrètes de sa fiabilité, en tout cas. La libération de Klemens ne comptait pas. Certes, Joel avait été le premier à être soulagé et heureux de voir revenir celui qui avait été son amant, mais Klemens était aussi l’ex meilleur ami de Roy. Nul doute qu’un certain attachement envers son ancien ami existait encore de la part du mafieux, ce qui avait provoqué cet engagement de sa part dans sa libération. Cela n’impliquait en rien que Roy était quelqu’un de confiance pour Juliana et lui. Il restait l’homme qui avait trompé Juliana, qui avait brûlé le Triton, et qui dirigeait le gang auquel le Kraken avait déclaré la guerre…

Jusqu’à preuve du contraire, Joel restait donc dans une posture de défiance, mais il avait aussi conscience de la fragilité de leur situation. Juliana et lui n’étaient guère en position de refuser du soutien ou des amis, et s’ils avaient quitté Bristol pour cet homme, alors il fallait qu’il leur retourne la faveur. Frappé par un maléfice qui ne lui inspirait rien qui vaille, et dans l’impossibilité de se rendre à Ste Mangouste sous son apparence, Joel n’avait pas le choix. Il devait accepter l’aide d’Irina qui, espérons-le, n’amenait pas la milice avec elle.

Les deux résistants s’enfoncèrent dans le même silence quand Irina évoqua sa surprise de les trouver là. Ils n’en savaient pas assez sur ce que pouvait bien leur avoir raconté Roy et sur les prises de position de la jeune femme pour répondre. Joel se contenta d’un hochement de tête pour lui donner l’autorisation de le toucher et retint bravement une grimace face aux élancements de douleur qu’il ressentait dans son épaule. Il jeta un coup d’oeil à la blessure dénudée avant de détourner brusquement le regard, nauséeux. C’était verdâtre, purulent à l’endroit où le sort l’avait frappé, et cela dégageait une odeur nauséabonde.

Fixant Juliana pour ne pas être tenté de baisser de nouveau les yeux, il plissa les paupières d’un air furieux devant son sourire mi-taquin, mi-compatissant. Ah, elle le connaissait trop bien pour savoir qu’il souffrait le martyr, mais n’en laissait rien paraître sous les yeux de la belle Irina ! Car oui, Joel avait beau se méfier de la médicomage, il restait fier et déterminé à ne pas perdre la face. Irina, elle devait en avoir vu passer, des blessures, et des pires que celle-là, alors il fallait faire honneur à sa maison et serrer bravement les dents… Joel et Juliana eurent un dialogue silencieux suite à la question d’Irina, puis Joel finit par répondre :

« Un combat contre la milice, ce matin. »

Il ne servait à rien de chercher à mentir. Roy ne lui avait peut-être pas révélé l’identité de son curieux patient, mais Irina les avait néanmoins reconnus et elle ne tarderait pas à faire le lien avec les affiches que les forces de l’ordre avaient placardé partout dans le pays, si ce n’était déjà fait. Leur portrait figurait même régulièrement dans la Gazette, lorsqu’une rumeur affirmait les avoir vu ici ou là. Après ce qui s’était passé le matin même, les soupçons se porteraient peut-être sur  leur présence à Manchester, mais ce n’était pas certain : le Kraken était loin d’être le seul groupe à causer de l’agitation dans le pays en ce moment. Des gens qui avaient des raisons de dissimuler leur identité, il y en avait bien plus que de raison dans une prétendue démocratie…

Sentant le regard inquisiteur d’Irina sur lui, et pas mécontent d’avoir quelqu’un d’autre avec qui parler que Juliana pour changer, Joel ajouta :

« Je ne sais pas exactement ce que tu sais à notre sujet, mais Juliana et moi sommes recherchés par les forces de l’ordre, nous sommes en fuite depuis maintenant deux mois environ. Il nous arrive de quitter nos planques, comme ce matin. Le temps se fait long, parfois, enfermé par ici », plaisanta-t-il, moins pour détendre l’atmosphère que pour éviter plus de questions sur leurs activités matinales.

« On a quelques stocks de polynectar et de cheveux qui nous permettent de sortir sous une autre apparence, d’ordinaire, seulement voilà, la milice commence à avoir compris le truc. A force de voir les résistants leur filer sous le nez, et leur crédibilité partir en fumée, ils ont commencé à travailler sur une sorte de portail révélateur. C’est ton frère qui nous a expliqué ça un peu trop tard… »

Le regard noir de Juliana sur lui le dissuada de poursuivre sur cette voie. Joel continua plutôt son récit d’un ton saccadé, pour se forcer à penser à autre chose qu’aux soins d’Irina qui lui trituraient le bras.

« Celui qu’on a traversé était un prototype, le premier essai de la milice, et par Merlin, il a plutôt bien marché ! C’est un portail désillusionné, comme une sorte de portique, qu’ils installent ça dans une rue et qui fait sonner une alarme si quelqu’un qui le traverse dissimule son identité. Alors, je ne sais pas exactement avec quels sortilèges et stratagèmes de dissimulation ce portail fonctionne : certainement la désillusion, visiblement le polynectar, mais peut-être qu’il n’est pas assez puissant ou abouti pour des enchantements plus puissants comme la cape d’invisibilité ou des artéfacts de magie noire… Quoi qu’il en soit nous devrons nous montrer plus prudents, à l’avenir. Peut-être qu’une écharpe de changement d’identité sera suffisante, si on parvient à s’en procurer, mais ce n’est pas garanti. Enfin, au moins on sait où se trouve le prototype pour l’instant. »

Juliana, qui semblait trouver son ami un peu trop bavard sous l’effet de la douleur, se hâta de revenir vers des considérations qui concernaient plus directement sa santé :

« Deux miliciens se trouvaient là et ont engagé le combat. Heureusement, nous étions cinq à traverser le portail à ce moment là et ils n’ont pas su tout de suite qui arrêter, donc j’ai réussi à m’échapper, mais Joel à pris un méchant sort. Je ne crois même pas que les aurors l’utilisent, j’ai été incapable de le guérir moi-même. »

Son regard soucieux se posa sur la médicomage, tandis que Joel louchait pour observer son bras.

« Oui, j’en ai encore besoin. C'est ma meilleure arme aux Bavboules », plaisanta-t-il de nouveau, cette fois pour éteindre l’inquiétude qui lui étreignait la poitrine.
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Irina Calder, 23 ans, médicomage, soeur de Roy


Concentrée sur ses soins, Irina ne réagit pas à la première réponse de Joel, mais elle avait bel et bien les oreilles toutes attentives. Un combat, donc, comme elle l’avait parié. Elle leva brièvement les yeux vers le jeune homme alors qu’il évacuait les raisons de leur sortie à l’air libre, d’une petite plaisanterie à en juger par son air. Elle ne dit rien, mais elle était déjà curieuse de savoir ce qui les avait motivés à sortir de leur petit appartement qui semblait être une cachette idéale : banal, et plutôt confortable. Cette première interrogation fut bien vite balayée par d’autres, lorsqu’elle crut percevoir dans le ton de Joel une forme de mépris, alors qu’il évoquait le nom de Roy… N’était t-il pas son ami, alors ? Elle ne savait pas exactement ce qui les liait tous les trois, et à vrai dire, elle était bien en peine de deviner ce que fabriquait son frère avec deux résistants plus jeunes que lui, qui n’avaient nullement l’air de mafieux.

Elle avait à peu près fini de nettoyer la blessure de Joel avec sa baguette et cherchait dans sa trousse de soin un onguent lorsqu’il commença à développer le fonctionnement du portail révélateur. Décidément… Voilà où allaient les impôts des sorciers honnêtes qu’il étaient, dans les poches d’une Milice à qui l’on confiait tous les crédits et toutes les ressources pour inventer tout ce qui leur passait par la tête, de préférence des dispositifs sécuritaires, encore et encore. Une moue sur le visage qui n’était pas dûe à l’odeur piquante de l’onguent, mais bien à ce que Joel lui racontait, Irina se mit à l’étaler généreusement sur son bras. Elle fut un peu surprise de l’entendre expliquer comment ils comptaient s’y prendre pour ne plus se faire attraper, ce qui ne dura que le temps d’une seconde, avant que le commentaire de Juliana ne la ramène à des considérations médicales. Elle s’apprêtait à lui fournir quelques explications sur le sortilège, avant que Joel ne la coupe d’une autre petite plaisanterie, qui la fit sourire cette fois. Il l’avait toutefois prononcé sur un ton un peu plus crispé, et un petit coup d’oeil sur son visage lui fit voir que Joel paraissait absorbé par sa blessure.

« Je vais tâcher de ne pas te priver de ton sport préféré, alors. Même si tout le monde sait que le Quidditch, c’est mieux. » glissa t-elle innocemment avec un bref regard vers Juliana. Son attention revint sur Joel, à qui elle fit un sourire qui se voulait rassurant. « Ne t’en fais pas, ce n’est pas un sortilège irréparable, vous m’avez appelé à temps. En fait, c’est un maléfice qui dévore la surface de la peau, en quelque sorte. Le danger avec ce genre de chose, c’est que ça a tendance à s’étaler comme un poison sur tout le reste du corps, si on n’administre pas le bon soin rapidement. A savoir ça, désigna t-elle en reprenant dans ses mains l’onguent qu’elle avait utilisé. C’est un Géleur. Ca marche pour ralentir à peu près tous les sortilèges progressifs de ce genre, jusqu’à le détruire totalement. C’est différent de l’essence de Dictame qui fonctionne sur les plaies. Celle-ci agit sur les maléfices. »

Elle regarda une seconde l’objet, comme si elle réfléchissait, avant de finir par le tendre à Joel avec un autre bref sourire.

« Je te le laisse. J’imagine que c’est difficile pour vous deux de vous procurer des médicaments. Je vous en donnerai un autre quand il sera fini. » Elle attendit que Joel le saisisse pour donner les dernières instructions. « Il ne faut pas avoir peur de l’appliquer généreusement, même si ça procure des sensations désagréables. Ou tu peux laisser ton amie le faire. »

Son amie, sa petite amie, elle ne savait pas trop ce qui liait désormais les deux meilleurs amis de Poudlard. Ils avaient l’air de deux compagnons de route dans cette folle et dangereuse aventure qu’ils avaient choisi de vivre. Irina en avait presque des frissons pour eux, elle n’osait imaginer ce que devait être une vie de fugitifs, surtout lorsqu’on se trouvait face à des adversaires tels que des miliciens peu scrupuleux… Ses yeux noirs se posèrent sur Juliana, alors qu’elle ajoutait, une sombre lueur dans le regard :

« Mais effectivement, ce n’est pas un sortilège qu’un Auror utiliserait… Ce milicien n’a pas cherché simplement à vous arrêter ou vous entraver comme le ferait n’importe quel agent de sécurité digne de ce nom, mais bien à vous faire mal. » Elle secoua la tête, puis sortit de quoi faire un bandage au bras de Joel tout en soupirant avec affliction. « Ils n’ont vraiment aucune limite… Un portail révélateur, franchement. Ca ne leur suffit pas de mettre des contrôles à toutes les entrées de ville, bientôt on ne pourra pas faire un pas nulle part sans avoir l'impression de faire un parcours d'épreuves. »

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Juliana se détendit quelque peu en entendant Joel et Irina échanger des plaisanteries au-dessus de la blessure de son ami. A en juger par l'expression du visage de la médicomage, après avoir vu le maléfice, il ne s'agissait pas de quelque chose d'irréparable qui mettrait ses jours en danger. Juliana s'en était doutée, car les miliciens ne se baladaient pas non plus en pleine rue en envoyant des Avada, préférant des prisonniers vivants qu'ils pouvaient aisément coffrer à Azkaban, voire directement à Skye...

La médicomage ne tarda pas à confirmer ce que Juliana avait deviné, faisant naître une grimace sur le visage de la krakinette à l'évocation du maléfice qui "dévore la peau". Pas très ragoutant tout cela, mais visiblement, ça se soignait bien, et c'était tout ce qui leur importait aujourd'hui. Tout compte fait et compte-tenu de la surprise liée à la découverte du portail révélateur, ils s'en sortaient très bien, tous les deux. La situation aurait pu être bien pire... Envahie par un soulagement certain, Juliana se laissa glisser de l'accoudoir au fond du fauteuil et sentit tout son corps se relâcher enfin, comme libéré d'une pression constante.

La jeune femme observa Joel qui écoutait les instructions avec attention et se saisissait de l'objet. Après avoir revisité en profondeur leurs cours de défense contre les forces du mal et avoir développé de nouvelles compétences de duelliste et de dissimulation, voilà que les deux amis découvraient la médicomagie. L'un comme l'autre pouvaient avoir bien besoin de compétences en premiers secours, mais aussi de connaissances plus poussées sur les sorts et maléfices susceptibles de leur tomber dessus. Résister était formateur, c'était certain, eux dont les compétences se limitaient à la cuisine et au service un an auparavant avaient désormais tout de combattants. Pas encore aussi bons que des miliciens, hélas, en dépit des entraînements des six derniers mois, en attestait la blessure de Joel...

"Effectivement, nous n'avons pas beaucoup de médicaments, seulement les potions que Roy peut nous fournir", confirma Juliana sans entrer dans les détails. Irina était-elle seulement au courant des activités mafieuses de son frère ? Lors de leur première relation, elle était prête à mettre la main à couper que Roy n'en avait parlé à personne dans sa famille, ou en tout cas pas à sa soeur médicomage, mais aujourd'hui ? Le contexte était bien différent et s'il l'envoyait ici sans qu'elle se pose de questions, peut-être qu'il le lui avait dit. Dans le doute, mieux valait se montrer prudente...

"Je le ferai, c'est plus sûr", ajouta-t-elle avec un léger sourire taquin à l'attention de Joel. Si c'était lui, ils étaient bons pour trois quart d'heures de pleurnicheries, alors que Juliana n'hésiterait pas à y aller un bon coup !

Une fois les soins faits, Irina reporta son attention sur Juliana pour commenter le sortilège. Juliana dévisagea son interlocutrice, son air désapprobateur et concerné, et songea qu'ils n'avaient pas là une ennemie. Elle ne savait pas si Irina allait jusqu'à approuver leur action, mais en tout cas ne faisait-elle pas partie des plus grands admirateurs de la milice, ce qui n'était pas un mal. Peut-être appartenait-elle à ces médicomages mécontents des directives autoritaires et inégalitaires qu'on leur avait imposé au sujet des ennemis du régime...

"Ils cherchent à nous arrêter, nous et les gens comme nous, les autres résistants", répondit Juliana d'un ton sombre et fataliste, son regard clair se perdant du côté de la fenêtre. "Tout est bon pour cela, passer tous leurs moyens et toute leur énergie au profit de la milice et de dispositifs de sécurité, et tant pis pour tous les autres problèmes de ce pays. Oui, tout est bon, comme si nous étions les pires menaces qui soient, pire que les mangemorts échappés d'Azkaban, pires qu'Ana Sorden ou les mardoliens en goguette..."

Elle eut un petit rire amer et reporta son attention sur la brunette qui lui faisait face, notant intérieurement toutes les similitudes physiques qu'elle avait avec Roy.

"Mais la réalité, c'est que nous sommes des gens bien vulnérables, désorganisés et éparpillés. Nous ne sommes que des gens ordinaires qui ont eu accès à l'information un peu avant les autres, ou qui ont eu ce déclic, cette volonté de devenir les maîtres de notre propre pays. Ce n'est qu'une question de temps avant que d'autres l'aient, ce déclic."

Tendue de nouveau, Juliana se leva d'un bond pour recommencer à arpenter la pièce. Ce petit laïus n'avait pas vraiment de but si ce n'est de rassembler ses pensées. Elle n'espérait pas convaincre Irina de quoi que ce soit, après tout, c'était une Calder, et ces gens-là étaient têtus comme des hypogriffes...




Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
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Irina Calder, 23 ans, médicomage, soeur de Roy

Si Joel avait parlé de son frère sans prononcer son nom et avec une animosité visible dans le ton, ce ne fut pas le cas de Juliana. Irina porta son attention sur elle un instant, de plus en plus désireuse de savoir quels liens les unissaient à Roy. Mais si ce dernier ne le lui avait pas précisé, peut-être ne devait t-elle pas savoir ? Après tout il s’agissait de deux personnes recherchées, qui devaient tremper dans plusieurs histoires louches, surtout s’ils étaient en lien avec un mafieux tel que son frère. Et puis, elle n’était même pas sûre de vouloir savoir ce que Roy pouvait fabriquer avec deux résistants fichés, comme si la mafia ne lui apportait pas assez de soucis…

La conversation partit sur la Milice et Irina écouta l’ancienne Gryffondor émettre ses critiques. Elle était assez d’accord sur le fond. A l’élection du FREE, elle ne pouvait nier avoir été assez rassurée de voir le ministère prendre en main les problèmes de sécurité dans leur pays, tout de même conséquents après une année pleine de catastrophes tels que des attentats mardoliens, des évasions de prisonniers, des règlements de compte mafieux, et elle en passait… Mais très vite, les dispositifs mis en oeuvre s’étaient mis à sonner faux, aux yeux d’une Irina éprise de droiture et de liberté. Elle en avait discuté avec certains de ses collègues, et s’était vite rendue compte qu’elle était loin de partager le point de vue de la majorité, au contraire soulagée qu’un état d’urgence soit déclaré, qu’une Milice omniprésente soit mise en place, certaines libertés limitées, et l’espionnage légitimé. Si Irina avait trouvé cette attitude assez aberrante, elle n’avait pas vraiment trouvé de proche pour partager son point de vue. Les circonstances, et notamment le fait qu’elle était en pleine validation de son diplôme de médicomagie, l’avaient toutefois vite distraite de toutes ces considérations politiques.

Et la voilà face à deux révoltés qui avaient osé prendre les armes. Elle ne pouvait nié avoir ressenti une pointe de frayeur en entrant tout à l’heure. Malgré elle, les journaux avaient influé ses opinions, des journaux qui leur apprenait à craindre ces opposants, meurtriers, dangereux, peu scrupuleux. Mais Irina restait néanmoins dotée de ce bon sens et de cette capacité à prendre du recul sur les choses qui lui permettait de garder un jugement rationnel lorsqu’il le fallait. Il lui suffisait de regarder et écouter Juliana et Joel pour voir ce qu’ils étaient vraiment, passé leur étiquette de terroristes : deux personnes qui s’estimaient spoliés dans leurs droits et qui avaient décidé de les récupérer par la force, quitte à tout risquer de leur vie et à finir minablement cachés dans un petit appartement, sans accès à des soins élémentaires.

« Ah ça, c’est sûr. Au départ, tout ça semblait partir d’une bonne intention… Maintenant, vous êtes surtout des prétextes bien confortables pour eux, à mon avis. » souffla t-elle à la première tirade de Juliana.

Elle le disait sans langue de bois, elle n’avait pas peur d’affirmer ce genre de choses quand on lui demandait son avis d’ailleurs, et peu importait si elle passait pour une complotiste. Elle n’était pas aussi dupe ou complaisante que la plupart de ses concitoyens, elle n’aimait pas beaucoup de voir des lois qui ne seraient jamais passées en temps normal en Angleterre leur glisser sous les yeux sans peine, sous prétexte qu’ils étaient en état de crise.

La conclusion de Juliana laissa Irina à ses réflexions. Elle ne dit rien un petit moment, le temps de serrer le bandage de Joel qu’elle faisait avec les gestes de l’habitude. Puis, sans lever les yeux de ce qu’elle faisait, elle reprit la parole, ne pouvant plus retenir sa curiosité :

« Comment vous avez eu ce déclic, tous les deux ? »

Elle faisait déjà des hypothèses dans sa tête, sur ce que pouvait être ce fameux « déclic ». Avaient t-ils vu un proche mourir ? Des bavures policières, on en entendait souffler un peu partout, sans que cela ne paraisse dans les journaux, évidemment… ll y avait eu plusieurs occasions de déplorer des morts dans ce pays, ces deux dernières années, malheureusement. L’une en particulier ne tarda pas à attraper son attention, car elle faisait davantage de liens logiques que les autres, et elle reprit assez vite :

« La guerre des gangs ? J’imagine que vous venez de Bristol, si vous connaissez mon frère… »
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Joel Hudson, 23 ans, membre du Kraken

Des prétextes... Oui, c'était assurément ce qu'ils étaient devenus : des prétextes pour renforcer la sécurité au mépris des autres politiques du pays. Des prétextes pour maintenir les pouvoirs exceptionnels d'un homme qui n'hésitait pas à les utiliser, sans la moindre légitimité. En quoi son emprise sur le Magenmagot et la justice changeait-elle quoi que ce soit à leur combat ? Klemens était peut-être parti directement à Skye mais sans doute aurait-il eu plus de mal à s'évader d'Azkaban. Sans doute même aurait-il été condamné en temps normal, plutôt que de passer par la petite porte...

Juliana et lui savaient ce qui les attendaient s'ils étaient attrapés. La peine de mort, par la voie de la justice ou par celle de la torture, puisque ni l'un ni l'autre ne trahiraient la cause. Dans ces conditions, autant prendre directement un Avada sur le champ de bataille ! Même avec sa première blessure de guerre, qui n'était franchement pas belle à voir, Joel ne regrettait pas leurs actions un seul instant. Si ce n'était pas eux, il y aurait bien quelqu'un d'autre pour servir de prétexte à ces actions sécuritaires - la mafia, la Salamandre, ou le prochain autre groupe de résistants. Au moins, ils mettaient le gouvernement sur la défensive et le forçaient à prendre des actions de plus en plus osées qui finiraient bien par éclater au grand jour et par exposer ce régime pour ce qu'il était vraiment, une dictature... sauf si Marchebank finissait par regagner la raison et céder sous la pression pour restaurer un peu plus de démocratie, mais Joel en doutait. Cet homme là avait mis la main dans un engrenage et il semblait n'y avoir pas de retours en arrière...

"Heureux de voir que tout le monde ne se laisse pas avoir par la propagande de Multiplettes", répondit Joel en sondant Irina du regard. Jusqu'où allaient ses réticences à l'égard du régime ? C'était quelque chose qu'il cherchait désormais toujours à savoir lorsqu'il se trouvait en présence de quelqu'un qui ne craignait pas de laisser apparaître des doutes quant à la légitimité des actions du FREE, en particulier quelqu'un qui travaillait pour le gouvernement.

Un petit rictus apparut sur son visage quand Irina leur demanda quel avait été le déclic pour eux, avant de citer Roy et la guerre des gangs. Quelle douce ironie que ce soit justement la soeur du crétin des Alpes qui leur pose une telle question ! A ces yeux, et même si Juliana ne voyait pas du tout les choses de la même façon, Roy était loin d'être étranger à la situation. D'accord, il avait subi lui aussi un impardonnable ce jour-là, mais ne faisait-il pas partie des belligérants ? N'avait-il pas mis, sans le moindre état d'âme, son ancienne petite-amie en danger avec sa bande de trafiquants, s'en prenant une première fois au Triton qu'il allait détruire par la suite ? Et surtout, n'était-il pas celui à qui le crime avait profité ?

Jugeant plus prudent d'éviter ce sujet peu diplomatique, Joel se contenta de répondre : "La guerre des gangs, oui, et le Bloody Sunday avant cela..."

Son regard s'égara du côté de sa meilleure amie et il ajouta avec douceur : "Juliana a perdu son père ce jour-là."

Juliana n'aimait guère raconter cet épisode, ce qui se comprenait aisément, mais Joel savait pertinemment que c'était à partir de là qu'elle avait commencé à changer. La véritable rupture dans son comportement datait de là, et sans doute n'aurait-elle jamais tué cet homme lors de la guerre des gangs sans cela. Il lui avait fallut voir la violence et la mort en face pour avoir ce déclic...

"Elle a également failli mourir et ça a été le premier choc, pour elle comme pour moi, je pense. Suite à cela, tout le monde s'est empressé de voter pour Marchebank et de le porter en héros, comme une sorte de symbole du changement, mais en réalité, il ne fait que nous enfoncer un peu plus dans tout ce qui ne va pas dans ce pays ! Qui, plus que lui, a su éteindre toute contestation, toute liberté politique, associative, culturelle... Ce jour-là, en juin dernier, tout le monde était dans la rue, tout le monde ! Des sangs-purs aux nés-moldus, des riches aux pauvres, des sorciers aux créatures, des hommes aux femmes, des jeunes aux vieux, il n'y avait personne pour vouloir encore de ce régime, de ces mensonges, de cette classe politique, nous étions prêts à la révolution, à la place de quoi nous avons permis que soit instauré une dictature..."

Il eut un petit rire amer en se redressant légèrement pour examiner son bandage, sentant peser sur lui le regard pensif de Juliana. De leur petit duo, comme du Kraken auparavant, elle était le leader : c'était elle qui parlait, s'indignait, convainquait, et c'était lui qui la suivait dans l'ombre, prêt à la suivre et à la protéger coûte que coûte. Elle était la leader éloquente et charismatique des deux, pas lui, mais cela ne signifiait pas qu'il ne bouillait pas tout autant à l'intérieur. Depuis que leur groupe s'était scindé et qu'il se retrouvait enfermé dans cet appartement morose, dans cette ville inconnue, avec son visage placardé sur des avis de recherche à chaque coin de rue, Joel avait de plus en plus de mal à contenir cette flamme intérieure...

"Le second déclic a effectivement été la guerre des gangs. Cela aurait du être un jour comme les autres pour nous deux, nous occupant de notre restaurant, dans notre ville... c'était notre rêve, en somme, mais notre rêve a éclaté en éclat. Juliana a tué son premier homme ce jour-là. Quant à moi..."

Il s'interrompit le temps de désigner son bras bandé : "Disons que cette douleur n'est rien en comparaison de celle que provoque un sortilège Doloris. C'était ma première fois et on a beau l'apprendre à l'école... c'est tout autre chose de le vivre."

La voix blanche, Joel détourna son regard d'Irina pour croiser celui de Juliana. Encore aujourd'hui, il lui suffisait d'y penser pour revivre cette douleur incommensurable qui lui donnait envie de mourir pour trouver un peu de paix. Lui n'avait vécu cela qu'une fois, à l'âge adulte, suffisamment chanceux et débrouillard pour éviter cela lors de sa première année. Mais Juliana... Juliana n'était qu'une enfant, comment avait-elle fait pour supporter une telle souffrance à onze ans seulement ? Comment avait-elle résisté à la tentation de sauter de la tour d'astronomie ou de se noyer dans le lac pour éviter de subir une fois de plus les cours un peu trop particuliers de défense des Carrow ? Si elle n'avait pas été sauvée et mise à l'abris par l'AD en cours d'année... elle ne serait peut-être plus là pour en parler aujourd'hui, et au fond, c'était cela, le véritable déclic. Celui dont on ne parlait pas, dont personne ne parlait, jamais. La grande honte de ce pays, son plus grand échec, dont il ne s'était jamais remis, c'était celui-là. Ils avaient laissé souffrir leurs enfants, des enfants qui aujourd'hui ne supportaient plus de se voir réduire au silence... Ils avaient engendré des enfants dans la violence, et récoltaient des adultes qui n'avaient plus peur de rien, ni de la peine, ni de la perte, ni de la mort...

Brusquement, il tourna la tête vers Irina et pressa son bras de sa main, avant de lui dire d'un ton insistant :

"Tu étais à Poudlard avec nous, dans notre année, tu sais tout ce que notre génération à enduré. Tu sais que cela ne peut plus continuer."




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Irina Calder, 23 ans, médicomage


Lorsque fut mention du père de Juliana, Irina tourna automatiquement un regard désolé vers elle, sans rien dire, toutefois. Des morts, ils en avaient compté, sur les lits de l’hôpital, Irina se souvenait encore de cette noire journée. Elle se souvenait avoir peu dormi sur toute la semaine, enchaînant les services comme tous ses collègues exceptionnellement sollicités pour la circonstance. Elle se souvenait avoir vu son frère blessé à l’oreille, s’être inquiétée pour lui et pour toutes ses connaissances. Elle avait envoyé des Patronus à ses amis les plus proches pour s’assurer qu’ils étaient bien en sécurité, et soupiré de soulagement en constatant que toutes les réponses lui revenaient. Et au milieu de tout cela, elle avait affronté la misère, la mort, les cris et la détresse à l’hôpital…

Cela avait été un tournant pour elle également. Terminer ses études sur un tel désastre humain… Irina en avait fait des insomnies, pleine de doutes et de craintes. A un tel moment, c’était comme si cet évènement était venu pour la tester, pour lui mettre sous les yeux cette question fatidique : était t-elle sûre de vouloir faire ce métier ? Pouvait t-elle aller jusqu’au bout ? Les gens voyaient l’aspect gratifiant et honorable d’être médecin. Ils ne voyaient pas toujours quel courage cela pouvait demander, quelle force mentale il fallait avoir pour accepter la mort d’un patient qu’on suivait tous les jours et qui finissait par faire partie du quotidien, tout comme pour accepter celle de quelqu’un à qui on avait parlé quelques minutes, mais dont les confidences avaient été bouleversantes. Elle en avait parlé à des hommes, des femmes, des enfants, sur ce Bloody Sunday qui s’était éternisé sur plusieurs jours pour elle… Elle avait même craqué, un soir, en s’enfermant dans un local de service désert pour y vider toutes les larmes de son corps. Elle venait de voir un homme succomber silencieusement de ses blessures, la main serrée dans celle de sa petite fille qui l’avait regardée elle, de ses grands yeux. Comme si elle attendait une explication.

Un petit frisson grimpa sur sa colonne vertébrale, et Irina se mit à remettre son matériel dans sa trousse, son attention partagée entre ses propres souvenirs et le récit de Joel. Elle n’oublierait jamais le regard de cette petite fille. Mais, comme toutes les épreuves qui pouvaient jalonner son parcours, Irina avait fini par l’accepter avec courage et en ressortir plus forte. Un jour, elle était arrivée à l’hôpital, assurée et décidée comme avant, parce qu’elle avait décidé que le jeu en valait la chandelle. Parce que malgré tout, elle avait été utile, des gens avaient pu se sortir de ce cauchemar grâce à ses soins, et par Merlin, rien ne la faisait autant vivre.  

Ses gestes s’arrêtèrent à la conclusion que prononça Joel, forte, dangereuse. Irina scruta de ses grands yeux noirs les deux résistants, de ce regard réfléchi et sondeur qui la caractérisait tant. Il avait dit le mot sans hésiter, sans avoir peur. Une dictature. Si elle devait être tout à fait honnête avec elle-même, il lui était arrivé de penser plusieurs fois que leur nouveau Ministre avait effectivement tous les atours d’un dictateur, dans ces instants où son indignation et sa désapprobation étaient si grandes qu’elle pouvait l’accuser de tous les maux. Y réfléchir sérieusement ? Elle ne l’avait jamais fait. A cet instant, pourtant, elle avait comme l’impression que le discours révolté et poignant de Joel la pressait à le faire. A se rendre compte, à ouvrir les yeux, à mettre ces mots qu’on leur interdisait.

Ce sentiment pressant, qui lui avait accéléré le coeur, s’atténua à la suite. Quelque chose, comme un voile de peine, passa sur le visage d’Irina alors que Joel avouait ce qu’il avait subi avec Juliana lors de la guerre des gangs. Elle pouvait imaginer la scène, les journaux en avaient donné tant de détails glauques… Joel, qui avait pourtant vécu la chose, l’exprimait avec bien plus de retenue, et son témoignage sonnait tellement plus juste que cette marmelade de sangs et de larmes que leur avait servi Multiplettes…

Irina était tellement plongée dans ses pensées qu’elle eut presque un sursaut lorsque Joel la prit à parti, en saisissant son bras. Ses deux yeux noirs vacillant dans ceux du jeune homme où il était tellement facile de lire la douleur et l’indignation, elle soutint néanmoins son regard, et sa voix fut égale à elle-même lorsqu’elle répondit, maîtrisée et ferme :

« Oui, je sais. »

Sa première année à Poudlard faisait partie de ses souvenirs qu’elle préférait garder dans un coin de sa tête où elle n’allait pas trop souvent… Irina avait eu de la chance, si on pouvait dire les choses ainsi. Pas Sang-Pur, mais sorcière par ses deux parents, elle n’avait jamais eu à craindre des Carrow, tant qu’elle restait sage, du moins. Ce qu’elle avait fait, d’ailleurs, Irina n’en tirait aucune gloire aujourd’hui mais elle s’était tenue à carreau toute sa première année. Elle, pourtant loin d’être une fille qui se laissait marcher sur les pieds, avait courbé l’échine face aux Carrow, s’était laissée gagner par la peur et s’était trouvée complètement paralysée face à ses autres camarades moins dociles, qui se faisaient martyriser. Elle pouvait se trouver toutes les excuses du monde. Elle n’avait que onze ans, elle n’aurait jamais pu faire la moindre différence. Son regard fuit vers Juliana, l’espace d’une seconde, avant qu’elle ne baisse la tête. La vérité était que des enfants, comme Juliana, avaient eu plus de cran qu’elle à cette époque, et ils avaient payé pour l’inaction des autres. Sa voix était plus basse lorsqu’elle avoua, avec un faible sourire d’excuse :

« Vous étiez plus courageux que moi… Vous l’êtes toujours. »

Elle, petite Irina de onze ans n’aurait pas pesé dans la balance. Mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander parfois : si tout le monde avait eu le courage de se soulever, peut-être cela aurait fait une différence ?

Cette phrase résonna étrangement dans l’esprit d’Irina, parmi toutes les autres, s’imposant bientôt comme l’évidence, comme la question qui était en fait la réponse. Elle redressa la tête vers les deux amis, dont les traits ne lui avaient jamais paru si comparables à ceux qu’ils avaient été dans leur enfance. Elle les revoyait presque à l’identique, tous les deux, révoltés contre les Carrow, l’un d’eux plus amoché que l’autre. Merlin, qu’est-ce qui avait changé depuis cette époque révoltante ? Rien, si ce n’était l’identité de leur cible. Mais c’était toujours contre la même chose qu’ils se battaient. L’injustice, le droit d’être eux-mêmes, libres et avec des droits. Et, elle, elle était toujours celle qui préférait la voie de la prudence, désapprouvant tout bas mais feignant l’obéissance en société ? Pourquoi ? Pourquoi acceptait t-elle que l’hôpital où elle travaillait ne reçoive pas tous les patients sans exception ? Pourquoi Joel devait t-il attendre que l’on envoie quelqu’un en cachette pour lui, pour avoir une chance de sortir vivant d’un maléfice qui n’aurait jamais dû être prononcé par un représentant de l’Etat ? Pourquoi ne pourrait t-elle pas faire quelque chose, elle aussi ? Pourquoi devait t-elle attendre que d’autres règlent des problèmes qui la concernaient ? Que des gens comme Juliana et Joel tirent la sonnette à sa place ? Que Roy mette hors d’état de nuire cette femme qui l’avait agressée ?

Sentant que ses pensées s’emballaient vers des zones qu’elle préférait garder dans l’obscurité, Irina se força à revenir au moment présent et dire quelque chose. Cette fois, elle ne réfléchit pas longuement avant de parler, mais parla spontanément, son regard sautant de Juliana à Joel, sans bien savoir ce qu’elle était en train de dire :

« Si je peux vous aider, de quelque façon que ce soit… Vous pouvez compter sur moi. Sans en passer par Roy, appelez-moi directement. Je… »

Elle ne savait pas exactement en quoi elle pourrait se montrer utile, mais elle savait que son frère avait fait appel à elle parce que la situation était urgente et qu’il ne le referait peut-être pas s’il avait un autre choix, car il avait cette tendance assez agaçante à vouloir la protéger de tout. Et pourtant, elle ne s’était jamais érigée contre cela non plus. Irina cessa de triturer entre ses doigts la fermeture de sa trousse, puis posa les mains sur ses genoux, ses grands yeux tournés vers Joel et Juliana, tandis qu’elle assurait :

« Je peux vous aider, si vous avez besoin de médicaments ou de soins, déjà. Et si jamais je peux faire autre chose pour vous, vous apporter des vivres, des informations, n’importe quoi… Dites-le moi. Vous avez raison, ça suffit comme ça. Je ne peux pas fermer les yeux, encore. »

Les derniers mots étaient sortis dans un souffle, comme cet aveu de sa faiblesse passée qu’elle n’arrivait pas à faire. Sa main replaça machinalement une mèche derrière son oreille et elle s’éclaircit la gorge, comme pour évacuer sa gêne. Elle repensa à ce que Joel lui avait dit et tourna un regard assombri vers lui.

« Je suis désolée pour tout ce que vous avez perdu, compatit t-elle. Vous avez d’autres soutiens, à part mon frère ? Comment vous le connaissez, d’ailleurs ? »

Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Son meilleur ami ne parlait pas beaucoup, mais lorsqu'il le faisait, il faisait mouche. Un peu en retrait dans la pièce, les bras croisés sur sa poitrine, Juliana écouta le récit de Joel avec la même attention qu'Irina, et pourtant, elle ne découvrait rien. Mais la force et la sincérité avec lesquelles Joel s'exprimait donnaient corps à ses mots, qui résonnèrent en elle comme en la jeune médicomage. Avec Juliana, Joel prêchait une convaincue, mais tel n'était pas le cas d'Irina. Juliana fut donc soufflée de l'entendre approuver la dernière déclaration de Joel, comme mue par une détermination nouvelle. Irina semblait d'ailleurs presque aussi surprise qu'elle d'entendre ces sons s'échapper de sa bouche, mais elle ne les retira pas, bien au contraire, allant même jusqu'à leur proposer leur aide...

Juliana considéra Joel d'un oeil nouveau, se demandant quand exactement son meilleur ami était-il devenu si bon pour propager la bonne parole de la résistance. Voilà qui pourrait s'avérer utile dans le futur... Après tout, peut-être avait-il l'étoffe d'un leader charismatique, avec son attitude posée, réfléchie mais malgré tout déterminée, et ses paroles empreintes de bon sens. Oui, il avait la tête de l'emploi, bien plus qu'elle qui s'était montrée trop tête brûlée pour fédérer bien longtemps un groupe derrière ses actions...

Le regard d'Irina et son murmure qui ressemblait presque à des excuses tirèrent Juliana de ses pensées. Elle secoua la tête comme pour écarter les propos d'Irina, et répliqua :

"Ou plus téméraires ! Mais dans une telle entreprise, c'est surtout d'intelligence et de raison dont nous avons besoin..."

Qualités dont Irina ne semblait pas dépourvue, et n'avait donc pas à rougir de son inaction. Comment pourrait-on reprocher à des enfants de onze ans terrorisés d'être restés à la place à laquelle on les avait assignés ? C'était aux adultes d'agir pour les causes qu'ils pensaient bonnes. C'était à eux de réagir face au malheur que d'autres adultes pouvaient infliger autour d'eux. Et aujourd'hui, Irina adulte prenait la décision de les aider en procurant des soins à Joel et en décidant de garder leur secret. Plus encore, elle s'engageait à les aider dans le futur, ce qui lui attira le regard surpris de Juliana et celui, bienveillant, de Joel.

Une douce chaleur envahit Juliana, venant détendre son corps sous tension et lui procurant une certaine sensation de soulagement. Merlin, Irina savait-elle seulement à quel point cela pouvait leur faire du bien d'entendre quelqu'un, une inconnue ou presque, approuver leur combat et leurs actions, à l'heure où il ne se trouvait presque plus personne pour les soutenir ? On les disait fous, meurtriers, terroristes ou traîtres selon les sources, mais il y avait aujourd'hui encore quelqu'un pour les considérer pour ce qu'ils étaient : des gens simples, qui voulaient simplement avoir leur propre destin entre leurs mains. Les deux amis ne savaient pas si cette proposition serait suivie d'effet, mais le simple fait d'obtenir le soutien de principe d'Irina était salvateur. Juliana vint s'installer au fond de son fauteuil, ses jambes ramenées sous son corps, un sourire sincère éclairant son visage. Décidément, les Calder étaient peut-être tous des têtes dures, mais ils étaient aussi capables de la calmer en quelques mots...

Drôle de circonstances pour rencontrer sa belle-soeur, songea Juliana avec une pointe d'amusement quand Irina mentionna justement son frère. La jeune femme espéra que Joel lui épargnerait encore la peine de répondre, mais il lui fit comprendre d'un regard que c'était à elle de se débrouiller avec cette question là. Pour gagner un peu de temps, elle commença par répondre de travers, d'une voix un peu nerveuse qui fit sourire Joel :

"Oh, on a encore des soutiens, oui. Nous ne sommes plus en contact avec la plupart de nos compagnons du Kraken mais depuis que nous avons commencé à résister, et même avant, pendant nos années de militantisme à Bristol ou Nimbus, on a réussi à se constituer un certain réseau de personnes qui partagent plus ou moins les mêmes opinions que nous. Il y a encore des gens pour nous aider au besoin, ou certaines à qui nous pourrions faire appel, notamment nos amis qui sympathisent avec notre lutte mais trouvent le Kraken un peu trop extrême ou un peu trop réel pour l'avoir rejoint... La difficulté, c'est de savoir qui est prêt à passer des paroles aux actes et à nous aider réellement maintenant que nous sommes recherchés par la milice et que nous risquons la peine de mort, voire pire..."


Elle avait une vague idée de ce que Klemens avait pu subir à Skye, et cela ne la tentait pas plus que la peine capitale. S'avançant un peu sur son siège, elle vrilla son regard clair sur Irina comme pour mieux faire pénétrer son message.

"C'est quelque chose que tu dois bien comprendre, Irina, avant de nous offrir ton aide. Nous apprécions énormément ton soutien, et il est évident qu'avoir l'appui d'une médicomage pourrait nous être très utile, que ça soit en terme de soins, de potions ou d'informations. Tu n'as pas idée de ce que cela peut représenter pour nous... Mais il faut bien que tu réfléchisses à ce que tu impliques. Nous aider, aux yeux de la milice et donc de la loi, c'est te rendre coupable de complicité de terrorisme. Les tribunaux ne s'y tromperont pas, surtout avec Marchebank qui a fait du Magenmagot son terrain de jeu. Nous aider n'est donc pas sans risques, il faut en être consciente."

Juliana avisa l'air approbateur de Joel. Combien de fois ces derniers temps lui avait-il répéter de souffler, de prendre le temps de peser les choses, de ne pas sauter sur chaque opportunité qui se présentait sans réfléchir aux conséquences ? C'était Roy qui lui avait fait prendre conscience de la nécessité pour elle de se montrer moins impatiente de faire exploser l'Angleterre entière et de construire son combat en meilleure intelligence. Mais c'était Joel qui, jour après jour, lui maintenait les pieds sur terre. Prévenir Irina des risques qu'elle encourait en leur proposant spontanément son aide, ce n'était pas forcément quelque chose qu'elle aurait fait il y avait encore quelques semaines, lorsqu'elle avait tendance à considérer que toute aide était bonne à prendre sur le moment, et peu importait d'où elle venait... Aujourd'hui, Juliana entendait reconstituer un groupe de résistance avec plus de parcimonie, de patience et de prudence - quitte à laisser Joel prendre les décisions.

"Ceci étant dit, et si tu décides malgré tout de nous aider, alors il est fort probable qu'on fasse appel à toi dans le futur. Ton frère nous fournit déjà beaucoup d'aide, dont cet appartement, mais nous ne pouvons pas trop lui en demander de peur que cela attire les soupçons sur lui. Sais-tu que c'est lui qui nous a dénoncé à la milice, afin de paraître pour un citoyen modèle du FREE ? Nous avons jugé que c'était plus prudent, au vu de notre... passé."

S'agitant un peu sur son fauteuil, Juliana se mordilla la lèvre inférieure avec embarras. Comment Irina allait-elle réagir ? Voilà une question qui l'inquiétait bien plus qu'un milicien belliqueux baguette en main...

"Roy et moi sommes sortis ensemble il y a de cela...un an et demi, avant de nous séparer... Et de nous retrouver, il y a de cela quelques semaines maintenant. Nous nous sommes rencontrés à Bristol, par un ami commun, nous habitions tous les deux la Promenade des Marins et... Bref, voilà pourquoi il nous aide. Il m'aide moi, plus précisément, pour éviter que je tombe aux mains de la milice, mais la résistance, au-delà de notre couple... Ce n'est pas vraiment son truc. Ce n'est donc pas vraiment un soutien dont on puisse abuser."

Même s'il était quelque part réjouissant de se dire que l'un des proches du Ministre les aidait à se cacher, en plein coeur du quartier sorcier de la deuxième plus grande ville du pays...

"Ça ne m'étonne pas qu'il ne t'ait rien dit. Qui se vanterait à sa famille de sortir avec une terroriste", rit-elle en une plate tentative de détendre l'atmosphère. Elle joua nerveusement avec ses cheveux pour occuper ses mains, guettant la réaction d'Irina. Il pouvait paraître étrange, étant donné les circonstances, d'accorder de l'importance à l'opinion que sa belle-famille pouvait avoir d'elle, mais elle avait plus ou moins remis son futur entre les mains de Roy au cours des dernières semaines. Ils étaient là-dedans ensemble, envers et contre tous... Elle espérait néanmoins que ce ne serait pas contre les Calder, car elle devinait l'importance que revêtait sa famille pour Roy, même s'il ne le montrait que peu...




Jennifer Lawrence, merci à Roy ♥
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Irina Calder, 23 ans, médicomage, soeur de Roy


Les paroles et le regard insistant de Juliana laissèrent Irina pleine de cette tension, où elle se demandait si elle faisait bien en proposant son aide. Evidemment, ce n’était pas à prendre à la légère, ces deux-là étaient recherchés par la police, et même si Irina ne comptait pas se mettre sur le devant de la scène comme ils pouvaient le faire, le simple fait de les aider pouvait lui apporter des ennuis si cela s’apprenait. Mais Merlin, il y avait trop de choses qui l’indignaient pour qu’elle continue d’attendre que ça passe, des choses de son quotidien. A Sainte-Mangouste, ils recevaient des consignes troubles, il se murmurait des choses qui déplaisaient à la médicomage, elle n’avait pas envie de se retrouver complice de tout cela. L’inaction et la complaisance ne lui ressemblaient pas, elle valait mieux que ça, elle le savait. Elle pouvait agir pour ce qu’elle estimait bien, elle aussi. Elle n’était pas le genre à se taire, ou étouffer son point de vue, et le problème était que c’était exactement ce qu’elle faisait ces derniers temps, étouffée par la pression que le ministère exerçait sur eux. Elle n’en voulait pas, elle le savait au fond d’elle depuis un moment. Les paroles de Joel avaient simplement joué le rôle de déclencheur, si l’on pouvait dire les choses ainsi.

« Je sais, répondit t-elle, alors que Juliana appuyait sur le fait qu’elle devait être consciente des risques. Vous êtes recherchés tous les deux, je m’expose au danger de me faire attraper si je vous fournis mon aide. Le tout est donc de ne pas se faire attraper, glissa t-elle, avec ce soupçon d’insolence bien propre aux Calder. Son petit sourire en coin s’évanouit bien vite toutefois, consciente que ce n’était pas forcément le moment de faire des blagues. Elle se tourna cette fois vers Joël, avec bienveillance. Je suis contente d’avoir pu te soigner. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais pu faire en restant dans les limites de la loi. Enfin, la « loi », grimaça t-elle en mimant les guillemets. Et je n’aime pas faire mon travail qu’à moitié, donc je serai bien obligée de revenir, au moins pour vérifier que ta blessure guérit bien. »

Sur un sourire, elle fit cette promesse, satisfaite que Juliana finisse par dire que son aide pourrait leur être utile. Son expression changea assez vite, cependant, alors qu’ils commençaient à évoquer son frère. Elle s’attendait à beaucoup d’explications. Elle s’imaginait qu’ils avaient connu Roy par le biais d’amis communs, ou parce qu’ils traînaient dans les mêmes bars de Bristol, parce qu’ils étaient voisins de pallier, voire même, parce qu’ils avaient eu des activités similaires dans la mafia à un moment donné, pourquoi pas ? Mais apprendre qu’il était en couple avec Juliana… En couple tout court ! Irina se rendit compte qu’elle devait afficher un air bête face à la jeune femme, qu’elle regardait désormais autrement. Elle s’efforça de se ressaisir et de se composer une mine contrôlée.

« Oh, si tu savais tout ce que Roy ne nous dit pas… plaisanta t-elle au passage, avec un rire un peu crispé. En fait, je suis plus étonnée de savoir qu’il est en couple tout court, étant donné sa… personnalité. »

Elle allait dire « tendance à courir tous les jupons d’Angleterre » mais ce n’était peut-être pas une bonne idée de mentionner ça devant sa petite amie. Quoiqu’elle devait sûrement s’en être rendue compte. Irina était désormais curieuse d’en savoir plus : comment s’étaient t-ils mis ensemble ? Surtout si Juliana menaçait sa tranquillité et ses affaires, d’après ce qu’elle disait… Quelqu’un en ce bas-monde était donc parvenu à faire sortir Roy de sa zone de confort ? Et ce quelqu’un était juste face à elle ? Ah, elle avait envie de tout savoir, maintenant, mais ce n’était sans doute pas le meilleur moment pour jouer les curieuses. Puis surtout elle soulevait d’autres points qui la questionnaient.

« C’est lui qui vous a dénoncés à la Milice, alors… Je n’arrive pas à y croire. » souffla t-elle en secouant la tête.

Voilà qui remettait en perspective les choses. Roy, son frère, gérant d’un cabaret à succès, dans les petits papiers du Ministère… Elle n’avait jamais dit qu’il le décevait, comme leurs parents pouvaient le faire, elle avait plutôt adopté l’attitude de l’intermédiaire avec lui, à tempérer les désapprobations, et lui apporter son aide quand Roy la demandait. Mais pour le coup, cette fois, il la décevait, et elle se nota intérieurement d’avoir une discussion sérieuse avec lui. Il ne pouvait plus se cacher comme avant, elle savait de plus en plus de choses concrètes à son sujet.

Enfin, comme toujours avec Roy, il n’y avait jamais que du mauvais ou du bon. Même dans ses colères, dans ses grandes bêtises, dans ses coups de têtes les plus inconsidérés, Roy se rattrapait quelque part, tôt ou tard. Et Irina voyait le bon dans le fait qu’il se soit précipité de lui demander de l’aide pour Joel, et dans le fait qu’il leur ait offert cet appartement en guise de cachette. Elle voyait le bon dans cette relation sincère qu’il semblait avoir avec Juliana, qui leur aurait peut-être présentée, qui sait, si effectivement elle n’avait pas été recherchée par l’Etat… Pour le coup, Irina était contente de se trouver dans la confidence. D’ailleurs c’était un autre sujet sur lequel elle allait cuisiner son frère, se promit t-elle dans un coin de sa tête. Elle sourit à Juliana, certaine qu’elle comprendrait ce qu’elle allait dire :

« Il a encore le cul entre deux chaises, celui-là, il ne changera jamais. »
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Joel Hudson, 23 ans, membre du Kraken


"Ce sera un plaisir de te revoir, dans ce cas, merci encore", répondit Joel quand Irina affrma qu'elle reviendrait vérifier l'évolution de sa blessure. Non seulement il était assuré de pouvoir guérir correctement, ce qui devrait lui éviter toutes séquelles, mais en plus il appréciait la compagnie de la jeune femme. Certes, elle avait le gros défaut d'être la soeur de Roy Calder mais personne n'était parfait, et cela avait fait comme un petit bol de fraicheur dans l'appartement morose qui leur servait de planque. Joel et Juliana avaient beau s'adorer, il leur faudrait bientôt trouver un moyen de sortir d'ici sans risquer de se faire tuer, sans quoi ils allaient finir par se sauter à la gorge...

Elle leur fournit même un petit divertissement en apprenant la nouvelle de la liaison entre Roy et Juliana. Joel examina attentivement la réaction de la médicomage, pouvant presque deviner les rouages de son cerveau qui s'enclenchaient. Roy, avoir une histoire sérieuse ?! Ce n'était pas son genre, voilà ce que semblait dire Irina, ne faisant que conforter Joel quant à son opinion vis-à-vis du trafiquant. Un sourire caustique aux lèvres, il répondit avec une certaine acidité :

"Oui, c'était un brillant plan de nos deux tourtereaux."

Juliana n'avait bien sûr pas jugé bon de l'en informer, alors qu'il avait été recherché exactement à la même minute qu'elle. D'accord, les miliciens n'étaient pas toujours très fins, mais il suffisait de faire un minimum de vérifications sur le passé de Juliana pour savoir que Joel était tout aussi susceptible qu'elle d'appartenir au Kraken, dont le QG avait été le restaurant de ses parents... Enfin, Joel ne lui en voulait pas vraiment, dans la mesure où sa famille était en sécurité loin de Bristol depuis qu'il avait fait le Serment Inviolable. A voir sa meilleure amie prendre les décisions les plus audacieuses, Joel avait pris ses propres dispositions de son côté pour assurer la sauvegarde de ce et ceux qu'il aimait. Après tout, c'était son propre choix de suivre Juliana et de passer ce Serment, et c'était sa décision de la suivre jusqu'ici, à Manchester. Malgré tout, il continuait de la soutenir et de lui faire confiance et le fait est qu'ils avaient déjà accompli plus qu'il ne l'aurait cru possible. Ils s'étaient fait un nom qui résonnait peut-être dans tout le pays comme celui de dangereux terroristes, mais qui devait bien faire écho aux véléités de rébellion d'un certain nombre de personnes, dans l'Angleterre. S'ils avaient la certitude de faire face à une dictature qu'il fallait à tout prix combattre, d'autres finiraient tôt ou tard par avoir le même déclic... D'autres comme Irina Calder.

Mettre une médicomage de leur côté, voilà une journée qui n'était pas perdue, songea-t-il en se levant de son fauteuil, tout en écoutant d'une oreille Juliana qui répondait avec amusement : "Ce ne serait pas Roy, si c'était le cas."

Ils échangèrent encore quelques plaisanteries, puis Irina rangea son matériel et regagna la porte d'entrée, raccompagné par un Joel qui avait repris des couleurs. Juliana semblait égaement plus détendue, et elle remercia chaleureusement Irina pour son aide. De son côté, Joel la suivit à la porte en l'écoutant l'informer de sa prochaine visite.

"Merci encore pour ton aide, Irina. A bientôt", dit-il tandis qu'elle quittait l'appartement. Il referma derrière elle et laissa Juliana se charger des sortilèges de protection contre les intrusions. Un petit sourire flottait sur les lèvres de Joel tandis qu'il regagnait son fauteuil. Son bras semblait comme engourdi, enveloppé dans un cocon qui l'éloignait de toute douleur, et son humeur n'avait jamais été aussi bonne depuis qu'ils avaient quitté Bristol. Les choses n'étaient pas si terribles, finalement, Juliana avait raison : ils avaient encore du monde pour les aider, un réseau pour les soutenir, réseau à reconstituer ou renforcer, certes, mais bien réel. Ils avaient un pays entier à éveiller, comme ils avaient éveillé Irina aujourd'hui. Chacune personne de plus était une petite victoire comme la dictature, et à eux tous, à chaque mouvement ou groupe de résistance qui surgissait de l'ombre, ils finiraient par convaincre suffisamment de monde pour former une majorité. Alors, la fin du FREE serait proche...

Oui, Joel était vraiment reconnaissant à l'égard d'Irina, non seulement pour son aide médicale mais aussi pour l'optimisme, précieux, qu'elle leur avait insufflé. Comme un nouvel espoir...

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“I’m Luke Skywalker, I’m here to rescue you.” [Joel, Juliana & Irina]

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