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 K-Klub Project [Mildy/Roy]

Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Dimanche 23 Août 2009, Folies Sorcières, Appartements privés de Mildred Magpie.

"Mais quelle crotte de Troll cette maudite application magique! Pourquoi personne ne valide mon profil magique? "

De rage, Mildred Magpie manqua jeter au sol le petit miroir magique qui ne cessait de lui délivrer inlassablement le même message d'erreur; Mais elle finit par se freiner dans son élan colérique, alors que lui revenait à l'esprit son coût faramineux et surtout les sept ans de malheur qui découlerait de sa destruction. Désespérée de ne point trouver chaussure à son pied dans la vie courante, la romancière avait volontairement décidé de diversifier ses moyens de recherche dans sa quête amoureuse. La célèbre agence de rencontres magiques "Meetwitch" proposait de mettre en relation des milliers de sorciers et sorcières en mal de tendresse, afin de les aider à trouver la correspondance idéale. Même si cette méthode quelque peu artificielle, enlevait la magie du coup de foudre si chère à la romancière; Cette dernière devait se résoudre au fait qu'il s'avérait de plus en lus complexe de trouver l'homme idéal, une fois la quarantaine passé...

"Meetwitch" vendait du rêve, et Mildred Magpie se sentait déjà conquise par les nombreux profils et hologrammes magiques des célibataires qui se reflétaient à la surface du miroir magique. En effet, la romancière au cœur brisé bavait littéralement sur un jeune homme répondant au sobriquet de "BG-plein-aux-as", mannequin de profession, dont la torride formule d'accroche était : "Venez dompter l'animal sauvage en moi, et je vous comblerai d'amour!". Son seul regard de braise suffisait à convaincre Mildred d'arracher son peignoir en satin! Mais voilà, pour avoir une chance de rencontrer un bellâtre de cet acabit, il fallait forcément s'inscrire et verser à l'agence de rencontre, la somme affreuse de cinquante-neuf Galions par mois... Aussi pingre soit-elle, Mildred se sentait prête de consentir à cet effort financier, car elle souffrait réellement d'un profond sentiment de solitude. Son aigreur ne faisait que s'intensifier au fil des années, et elle devait réagir si elle ne voulait pas qu'un beau jour on retrouve son cadavre puant d'éternelle vieille-fille à moitié dévoré par son Puffy affamé.

C'est pourquoi, elle s'était décidée à franchir le pas trois mois auparavant, faute de trouver dans la vie réelle son prince charmant. Mildred Magpie avait suivi chaque étape à la lettre, afin de bâtir le meilleur profil magique possible. En plus de décrire ses hobbies, "Meetwitch" indiquait que l'on pouvait piéger son reflet dans le miroir, afin d'offrir une image de sa personne aux autres sorciers célibataires. Dans un premier temps, Mildred opta pour un portrait magique assez classique d'elle- même, dans lequel elle affichait sa petite moue pincée de tous les jours; Mais aucune rencontre ne s'en suivit. Elle tenta alors un profil un peu plus épicé et sexy; Mais elle ne reçut qu'un message de redirection vers une autre formule magique  portant le nom mystérieux de "Vieille-arpenteuse-de-rempart-sur-le-retour.com"... Etrange. Obstinée à trouver une première correspondance amoureuse, elle opta alors pour un hologramme plus glamour et naturel, dont elle venait tout juste de découvrir le sombre résultat. Comment était-ce possible de n'arriver à séduire personne!? Même cette "Choubakette" avait plus de vues qu'elle et dénombrait une cinquantaine de prétendants éventuels! Mais pourquoi pas elle???

Mildred commençait à s'interroger sérieusement sur son potentiel séduction, voir même à douter de sa capacité à rencontrer un jour un homme. Peut-être que sa vision était tronquée, et qu'elle n'était qu'une hideuse bonne femme! N'était-ce pas un peu trop exagéré? Certes, elle n'avait pas le physique d'une Kessy Brooks, mais elle n'était pas si moche non plus! Coquette jusqu'au bout des ongles, elle veillait à toujours demeurer élégante, et à conserver une ligne aussi parfaite que possible, et ce malgré sa gloutonnerie avérée pour les choux à la crème de chez Eden. Qu'est-ce qui clochait chez elle? Elle s'épanouissait professionnellement, se trouvait plutôt agréable de caractère... Que recherchait les hommes qu'elle n'avait pas? Mildred Magpie finit par jeter son petit miroir de chez "Meetwitch" au fond d'un tiroir, avec la ferme intention de se désinscrire très rapidement. Elle détestait ses longs Dimanches à ne rien faire, où elle se retrouvait seule, face à sa détresse sentimentale. Plutôt que de se complaire dans son malheur, ou de consulter un psychomage; La carriériste Mildred Magpie s'orienta vers ce qu'elle savait faire le mieux : Gagner des Galions!

Malheureusement, en cette triste journée estivale où elle pouvait entendre résonner les cris de joie des familles profitant d'un bain de soleil sur la plage toute proche, Mildred avait le syndrome de la page blanche. Aucune célébrité à détruire dans Multiplettes, Aucun projet littéraire. Même son projet d'Atelier Théâtre n'avancerait que lorsqu'elle aurait déniché ses jeunes acteurs à Poudlard. Vivement Septembre! Mildred détestait les vacances! Sans l'ombre d'une motivation, elle finit par faire tomber son peignoir du Dimanche, pour revêtir un bikini moucheté façon léopard. Sa peau étant aussi pâle que de la crème anglaise, elle se dirigea vers sa terrasse privative afin de se faire dorer la pilule. Sans écran magique ni crème solaire, cela s'apparentait à une forme de suicide pour la rouquine qu'elle était, Mildred choisissant volontairement de fondre sous ce maudit soleil de plomb! Elle s'allongea dans sa chaise longue, n'écoutant que le bourdonnement de son Jacuzzi magique. Autant de luxe, sans savoir quoi en faire, ni personne avec qui le partager! Mildred s'abandonnait dans une torpeur mélancolique, quand quelqu'un vint toquer la porte de ses appartements privés. Allongée sur sa terrasse en bikini, elle préféra jouer les absentes; Mais les coups redoublèrent d'intensité sur sa porte. La voix geignarde de Mildred Magpie finit alors par s'élever...

"C'est incroyable tout de même! Vous ne voyez pas le panneau "Interdit de déranger!"? Je suis trop occupée! "        

A la rigueur, la seule chose qui pourrait égailler ce morne dimanche serait d'apprendre la mort dans d'horribles circonstances de cette infâme Isobel Lavespère, ou à la rigueur l'annonce de la castration chimique de ce félon d'Adonis Greengrass! Mais ce n'est pas la silhouette d'un employé de Multiplettes qui lui fit soudainement de l'ombre, mais son fidèle associé des Folies Sorcières. Pour qu'il se permette d'intervenir dans ses quartiers un dimanche, soit quelque chose de grave était sur le point de se produire, soit il avait besoin d'une avance en galion pour un énième projet sur Bristol. Elle espérait se tromper. La petite bouche pingre de Mildred Magpie se crispa dans une petite moue offusquée.

"Qu'y a-t 'il Roy? Frapedur a encore écrabouillé un touriste? "

Nullement gênée à l'idée d'apparaitre en bikini face à son fidèle acolyte, elle espérait que celui-ci lui confesse une bonne nouvelle...


Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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Roy était un homme qui n’aimait pas la routine. Il avait besoin d’une petite étincelle pour réveiller son quotidien, une nouvelle envie, un nouvel objectif, quand les choses devenaient trop acquises. Et depuis quelques temps, passer la porte monumentale des Folies Sorcières ne lui procurait plus le même plaisir que cela avait pu être le cas l’année passée. S’installer dans le casino, voir les Gallions couler à flot ne l’émerveillait plus. Et il n’y avait pas que lui qui trouvait que le célèbre casino-cabaret de Bristol s’engluait dans ses acquis. Il n’y avait qu’à regarder les clients qui s’y pressaient : seulement des habitués. On ne venait plus découvrir les Folies Sorcières. On venait y faire sa routine. Quel était le dernier évènement qui avait secoué le cabaret et l’avait de nouveau placé sous les projecteurs ? Il n’y avait rien eu depuis un moment pour les porter au haut du podium, rien à part l’anniversaire de Mildred, deux mois plus tôt. Mais la bouffée de succès qui en avait résulté s’était évaporée comme s’il ne s’agissait que de poudre aux yeux. Le cabaret bristolien n’avait plus l’attrait de la nouveauté, telle qu’il avait pu en briller à son ouverture.

Ce n’était pas dramatique, en soit, l’affaire continuait de très bien tourner, et le cabaret commençait à acquérir une solide réputation, qui en faisait un lieu de confiance, sûr : les gens savaient qu’ils passeraient une bonne soirée en venant ici. La machine était lancée, elle avait de beaux jours devant elle, Roy en était persuadé. Pour autant, parce qu’il était cet homme qui aimait le challenge et le changement dans ses affaires, il avait envie de ressentir de nouveau le frisson de la nouveauté. Il avait un moment réfléchi à ce qui pourrait transformer les Folies Sorcières : une nouvelle programmation ? De nouveaux spectacles, inédits, exotiques ? De nouveaux jeux au casino ? Puis lui était venu le sentiment que ce n’était pas assez grand, pas assez visionnaire. Il lui fallait inventer, anticiper, et anticiper notamment sur la possible concurrence qui se profilerait un jour ou l’autre…

Car si les Folies Sorcières marchaient si bien, c’était bien parce qu’elle n’avait pas de rivale à sa hauteur. Mais avec la construction de Leopoldgrad, cette ville qui attirait tous les regards et la détournait de la charismatique et torturée Bristol, seraient-ils les seuls longtemps ? Mildred et lui n’avaient t-ils pas intérêt à prendre le reste du gâteau, avant que quelqu’un d’autre ne s’y jette ? Roy était un peu plus informé que le public lambda sur le sujet de Leopoldgrad, c’était un chapitre qui revenait régulièrement dans leurs discussions dans leur cercle là-haut, et Marcus n’avait pas joué les langues de bois avec lui : la cellule qui gérait la ville du futur au Ministère croulait déjà sous les demandes d’entrepreneurs.

Roy y avait un moment réfléchi de son côté, à consulter notamment leurs comptes et discuter avec Marcus pour avoir une idée de taux d’investissement qu’il faudrait pour s’implanter dans la ville qui faisait tant parler d’elle. Evidemment, c’était lourd, ce n’était pas un pari à prendre sur un coup de tête… Mais ma foi, la prise de risques faisait partie des affaires, et il n’avait plus qu’à en convaincre son associée de toujours.

Associée qui semblait ces derniers temps se prélasser dans ses quartiers privés et dans une humeur particulièrement irritable, barricadée derrière son fameux panneau « interdit de déranger ». Roy décida que cette fois, il allait la déranger, après avoir toutefois vérifié qu’il n’y avait pas de miaulements suspects derrière la porte : on ne savait jamais avec elle. Il poussa la porte, malgré les protestations de Mildred. Il avait plein de choses à faire lui aussi, et il n’allait pas attendre le prochain moment où ils auraient le temps de discuter en même temps, cela pouvait prendre des semaines !

Se frayant un chemin jusque la baie vitrée à moitié ouverte, il parvint à la terrasse où Mildred était effectivement très occupée. Avec un sourire sarcastique, il commenta en enfouissant les mains dans ses poches :

« Très occupée à prendre soin de ton bronzage ? »

Mais il ne fallait pas trop heurter la diva de Bristol, surtout quand elle était déjà de mauvaise humeur, et surtout quand on venait lui demander son approbation pour un projet. Roy s’accouda à la rambarde de la terrasse, face à Mildred, pas plus gêné qu’elle à la surprendre en bikini. Il n’était pas connu pour être prude après tout, il se moquait bien de ce que son associée pouvait porter -tant qu’elle n’essayait pas de lui sauter dessus.

« Non, pas cette fois. Cela dit, il faut vraiment faire quelque chose pour ce troll. »

Si la carrure et la force du troll rassuraient Mildred, Roy avait tendance à voir sa stupidité comme un véritable problème, et à considérer que quelques bons sorciers bien bâtis suffiraient à garder les portes de leur cabaret. Evidemment, ce sentiment n’avait rien à voir avec le fait que Frapedur avait mis un bon moment à comprendre qu’il était co-gérant du cabaret, et qu’il n’était pas un intrus… Bref. Avisant la rousse du regard, un sourire en coin naquit sur ses lèvres, alors qu’il amenait le sujet qui l’avait fait venir :

« Tu ne trouves pas qu’on s’emmerde ici, en ce moment ? Je veux dire, ça sonne plus pareil les Folies Sorcières dans la tête des gens, ça fascine moins. Je sais pas si tu as consulté nos finances récemment. Ca stagne depuis un moment. »

Ce qui était révélateur d’un fait : ils étaient moins attractifs, malgré leurs clients réguliers.

« Même Bristol ne fascine plus autant, poursuivit Roy, dans sa démonstration. C’est Leopoldgrad qui attire tous les feux des projecteurs maintenant, parce qu’elle vend du rêve. Le progrès, le futur, l’innovation, les affaires… Y a tellement de fric qui est investi dans cette ville, ça va juste devenir un truc de dingue et on serait stupides de ne pas nous tailler une place dedans. »

Telle était la conviction de Roy, et il savait que la femme d’affaires en Mildred à l’affût de toutes les occasions pourrait y être sensible. C’est avec une flatterie à son égard, une flatterie sincère toutefois, si on pouvait dire les choses ainsi, que Roy conclut :

« Tu as été visionnaire en repérant le potentiel d’un vieux cabaret laissé à l’abandon. Mais on risque une grosse concurrence maintenant, on ne peut pas se permettre de nous reposer sur nos lauriers. Soyons visionnaires en anticipant tout ça. On devrait monter un autre projet à Leopoldgrad qui ira de pair avec les Folies, qu’en penses-tu ? »



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Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Mildred comprit immédiatement que quelque chose ne tournait pas rond à la manière laconique dont Roy répondit à sa question. Accoudé à la rambarde de sa terrasse, le regard de son jeune associé se perdait dans le lointain, comme s'il recherchait de nouveaux horizons dans un paysage devenu désormais trop linéaire. La co-gérante se raidit quelque peu sur sa chaise longue, alors qu'elle sentait poindre l'ombre d'un souci venir obscurcir leurs affaires d'ordinaires si florissantes. La quinquagénaire sans scrupules et le rusé gangster formaient peut-être un duo des plus atypiques de Bristol, mais ils n'en demeuraient pas moins terriblement complémentaires lorsqu'il s'agissait de faire fortune. Avec le temps et les galions accumulés, leurs vieilles querelles étaient tombées aux oubliettes; Mildred rangeant notamment sa paranoïa et ses fantasmes de cougar lubrique, au profit d'une complicité professionnelle retrouvée qui n'augurait que de merveilleux bénéfices. La sorcière rousse éprouvait une réelle tendresse pour ce jeune malfrat plein d'ambition, qui brillait autant par sa loyauté que par son flair dans les affaires. Derrière le strass et les paillettes des Folies Sorcières, Mildred cherchait toujours à couvrir les plus noirs desseins de son associé, quitte à pactiser avec le diable.

Les jeux clandestins, la prostitution, la vente de stupéfiant, avaient tellement dopé les bénéfices générés par son Cabaret que Mildred ne pouvait que s'incliner face au génie de l'ancien résident de la Voie des Miracles. Elle aimait tant le luxe et la richesse, qu'elle n'éprouvait aucun remord à doubler ses gains dans des activités aussi indécentes que immorales. Mais bien que protégés par les hautes sphères politiques, les deux associés devaient se montrer extrêmement prudents et rigoureux, au risque de voir leur empire s'effondrer du jour au lendemain comme un vulgaire château de cartes. Tandis que Roy s'occupait de la partie immergée de l'iceberg; Mildred s'occupait du blanchissement, en intégrant les innombrables galions récoltés de manière illicite, dans les bénéfices de ses nombreuses activités ou associations, d'apparence toutes légales. Les autorités du Monde Magique fermaient les yeux sur ce sombre Traffic, tant que celui-ci respectait sa part du marché. Un système mafieux vieux comme le monde, mais qui fonctionnait à merveille dans un monde magique corrompu jusqu'à la moelle, ou la justice ne fonctionnait que pour ceux qui avaient choisi le bon côté de la balance.

Dans l'art de savoir suivre le sens du vent, le duo des Folies Sorcières ne souffrait d'aucune concurrence. C'est pourquoi, Mildred Magpie se montra particulièrement attentive au spleen soudain de son jeune associé. Il s'avérait exact que leur bénéfice avait quelque peu stagné durant cette période estivale, leur clientèle préférant jouer aux larves sur la plage de sable avoisinante, plutôt que de franchir les portes de leur cabaret! Mildred et sa peau blanche comme le lait, n'arrivait point à comprendre cet enthousiasme balnéaire et que l'on puisse prendre autant de plaisir à rôtir de la sorte. Malgré ses nombreux articles dans Multiplettes sur la pollution des fonds marins et l'apparition d'un nouveau type de méduses magique, rien n'y faisait! Sa clientèle n'augmentait plus, et ce malgré les nombreux spectacles exposés sur les planches de son théâtre. Oui, Mildred s'emmerdait également, et s'inquiétait de l'ambiance morose qui régnait sur Bristol, en n'espérant que celle-ci ne soit que passagère. L'inquiétude pouvait se percevoir dans son regard, mais Mildred prenait soin dissimuler ses émotions derrière ses large carreaux rose de ses nouvelles Ray Ban de luxe.

Nullement gênée par la présence de Roy, la sorcière sans scrupule dégrafa alors le haut de son bikini, avant de rouler sur le ventre pour parfaire son bronzage toujours aussi blême. Signe qu'elle partageait le point de vue de son associé, Mildred répondit d'une voix aussi morose que l'ambiance régnant au sein du Cabaret des Folies Sorcières.

"Je connais l'état de nos finances, Roy. Et il est vrai que pour la première fois depuis la réouverture des Folies Sorcières, les bénéfices ont tendance à stagner... " Un soupir de désespoir s'échappa alors des lèvres pincées de la femme d'affaire, avant qu'elle ne poursuive sa complainte. "J'avoue ne pas comprendre ce désintérêt ponctuel pour notre commerce! Ce n'est tout de même pas la faute de notre programmation! Hier encore, j'avais organisé sur le Parvis des Folies Sorcières, un spectacle équestre sans précédent, dans lequel les plus belles stripteaseuses d'Angleterre venaient chevaucher des licornes. De quoi allécher notre clientèle, n'est-ce pas? Et bien crois-moi ou non, mais les gradins étaient à moitié vide! Comme si les hommes préféraient faire des châteaux de sable avec leurs marmailles, et boire une tisane auprès de mémère, plutôt que de voir des jolies filles dénudées sur des licornes! Où va le monde, Roy? A moins que ce ne soit que Bristol... "

La reine de la guimauve pouvait sombrer dans la pire des vulgarités quand ses bénéfices baissaient pavillon. Le spectacle des "Sexy Unicorns" lui avait coûter un bras, et les recettes enregistrées n'avaient point suffit à amortir les dépenses générées. Pour la première fois depuis la réouverture des Folies Sorcières, Mildred Magpie avait perdu des Galions. Et cela lui était tout bonnement insupportable! Alors que son petit cœur vénal se comprimait dans sa poitrine, Roy prononça alors le mot magique de "Leopoldgrad". C'était "The Place to Be", et Mildred Magpie scrutait avec intérêt chaque évolution de cette ville d'un genre nouveau. Une cité magique et mobile sans nulle pareille dans le monde, et qui allait balayer dans son sillage toutes villes aussi attractives soient-elles! Un projet titanesque à la hauteur de l'inestimable Leopold Marchebank, qui ne pouvait laissé indifférent une femme aussi calculatrice que Mildred Magpie. Mais voilà, cette dernière se révélait également profondément pingre quand il s'agissait de sortir le portefeuille. C'est pourquoi elle tempéra quelque peu l'enthousiasme presque juvénile de son associé de sa voix nasillarde.

"Je te voir venir Roy. Et je t'accorde que Leopoldgrad est un projet impressionnant, qui va générer énormément de profit... Mais connais-tu seulement le prix d'une parcelle de cette ville? C'est carrément au-delà du raisonnable et nous prendrions énormément de risques à investir dans cet endroit, aussi fabuleux soit-il! De plus, il faudrait soumettre un projet d'une originalité démentielle pour n'avoir ne serait-ce qu'une chance de nous implanter dans cette ville futuriste. Non, crois-moi, c'est trop risqué... " Faisant mine de ce désintéresser des propos de son acolyte, Mildred Magpie tendit son bras en direction de son tube de crème solaire magique. "Roy, maintenant... Tu pourrais être chou, et me passer de la crème dans le dos? "

Mais le jeune homme ne semblait décidemment pas décidé à s'arrêter dans sa tentative de persuasion, alors qu'il surenchérissait sur l'importance de monter un nouveau projet au sein de la nouvelle ville de Leopoldgrad. Plutôt que de se braquer contre lui, Mildred préféra écouter ses arguments, car il ne faisait aucun doute que le jeune homme avait une idée derrière la tête. Se tournant légèrement sur le côté, elle souleva alors ses lunettes de soleil de Luxe, pour mieux plonger son regard acéré de femme d'affaire dans les yeux sombres de son associé. Aussi pingre soit-elle, elle était prête à concevoir un effort financier, mais pour cela, il fallait qu'elle flaire encore la bonne affaire qui lui rapporterait un maximum de Galions.

"D'accord Roy, admettons que j'accepte d'investir une partie de ma fortune personnelle dans un projet à Leopoldgrad. Il faudrait encore que j'en connaisse le contenu! As-tu au moins un projet? Une idée révolutionnaire qui réussirait à me convaincre de prendre un tel risque? Ecoutes-moi bien, Roy... Je vais t'accorder cinq minutes d'attention, avant que je ne termine mon fastidieux travail de bronzage. Cinq minutes et pas une seconde de plus! Alors vas-y, dis moi quel genre de projet pharaonique tu as en tête, et qui pourrait éventuellement me convaincre d'investir à Leopoldgard? "

Mildred Magpie l'invectiva alors brusquement du regard pour qu'il se dépêche d'exposer ses plans, plutôt que de lui faire perdre son temps avec de douces utopies.


Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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Roy approuva d’un hochement de tête l’analyse de Mildred. Il ne pensait pas non plus que le problème venait de leur programmation, qui restait alléchante et haut de gamme. C’était peut-être une question de période, l’été passé, leurs affaires trouveraient peut-être un nouveau souffle -c’était bien l’hiver qu’ils faisaient leur plus gros chiffre, un cabaret-casino bien au chaud, ouvert toute la nuit, multipliant les évènements lors des fêtes avec forcément du succès. Mais Roy restait convaincu qu’ils entamaient tout simplement une inéluctable étape de leur commerce, contre laquelle ils ne pouvaient pas grand-chose. Les Folies Sorcières n’avaient tout simplement plus l’attrait de la nouveauté comme c’était le cas sur sa première année, qu’ils venaient de clore. Il leur fallait se résigner à cet état de fait, et continuer à maintenir leur établissement qui gardait une rentabilité très respectable, mais ce n’était plus la merveilleuse machine à faire décoller leurs affaires. Ils auraient pu se contenter de cela, leur confort ici à Bristol, la bonne réputation de leur cabaret, la correcte marche de leur business, mais Roy n’était pas un homme à se contenter de routine, particulièrement dans ce domaine…

« Tu as raison, le problème ne vient pas de la programmation. On reste attractifs et innovants là-dessus, mais… Je suppose qu’on a simplement passé une nouvelle étape, maintenant. Tout le monde connaît les Folies Sorcières, on ne vient plus par milliers découvrir le nouveau bijou de divertissement de l’Angleterre, comme on vient par milliers s’amasser autour de Leopoldgrad… »

Il vit qu’il avait piqué son intérêt en nommant la ville, même si elle lui opposa des arguments auxquels il s’attendait. Evidemment, s’installer à Leopoldgrad faisait rêver tout le monde, mais réaliser cette ambition n’était pas donné à tous. La construction de la ville avait demandé de tels investissements à l’Etat, qu’il leur fallait par tous les moyens générer des recettes pour amortir leurs dépenses, et cela passait par le prix du mètre carré. Roy était bien placé pour connaître le projet, sa meilleure amie travaillait dessus, son cousin était l’un des chefs de chantier, il en parlait avec Leopold et Marcus aussi, à l’occasion, bref, il savait ce que coûtait cette ville, et ce qu’elle avait pour ambition de devenir. Et c’était plus fort que lui, plus il y pensait, plus il lui paraissait absurde de ne pas tenter sa chance.

Il s’apprêtait à contre-argumenter à son tour, avant que la sorcière ne lui demande un service qui le fit hausser les sourcils. Plongé dans ses pensées et ses calculs, il n’avait pas vraiment fait attention à son manège, le voilà qu’il remarquait seulement qu’elle avait retiré son haut. Décidément, cette femme n’avait aucune limite…

« Et te masser les pieds, aussi ? T’as qu’à embaucher quelqu’un pour s’occuper de ton bronzage, se renfrogna t-il, avant qu’une pensée ne le fasse légèrement sourire. Ou demander à Toni, je suis sûr qu’il serait ravi d’être chou avec toi. »

Après tout, l’italien ne se cachait pas de trouver sa patronne « bien gaulée », nullement gêné par leur différence d’âge. Lui, tant qu’il y avait de la matière… Ce dont Mildred ne manquait pas, il fallait le lui reconnaître. Mais très peu pour Roy, qui, en plus de ne pas être célibataire, connaissait trop bien le caractère retors de son associée pour préférer garder une certaine distance professionnelle. Après tout il avait déjà fait les frais d’une jalousie à peine exagérée de sa part, quand il batifolait avec d’autres femmes, et souhaitait laisser cet épisode derrière lui.

Ils ne tardèrent pas à revenir à leur moutons et Roy ne manqua pas de rebondir. Il voyait bien qu’elle était encore loin d’être convaincue, mais qu’à cela ne tienne, il avait préparé le terrain, sans se contenter de « douces utopies », comme elle disait.  

« J’ai parlé à des archimages qui construisent Leopoldgrad, en ce moment, que crois-tu. J’ai trouvé un cabinet qui serait prêt à nous pondre un concept, ils sont forts pour ça, je sais pas si tu as mis les pieds sur le chantier, mais chaque tour rivalise d’originalité avec sa voisine, là-bas. C’est que du neuf, de la technomagie, de la hauteur, de la folie des grandeurs… On pourrait faire un projet complètement différent des Folies Sorcières. Sa main tapota la pierre de la rambarde contre laquelle il se tenait, comme un geste affectueux. Le cabaret a son charme, c’est sûr, c’est une réhabilitation, il a toute une histoire avec lui, ça participe de son succès aussi. Mais à Leopoldgrad, on pourrait monter un projet dingue ! Un casino sur l’eau. Une boîte de nuit au sommet d’un gratte-ciel. Ou même un mix, on pourrait louer plusieurs étages d’un gratte-ciel pour proposer des choses différentes ! Franchement, c’est pas les idées originales qui manquent, les sorciers sont pas mal à la ramasse à ce niveau-là, eh, les jeunes se retrouvaient encore au Chemin de Traverse y a quelques années pour passer leur journée, je te rappelle. »

Il marqua une pause, le temps de sortir ses joints d’un geste machinal, qu’il proposa à Mildred par politesse, avant d’allumer le sien. Guettant ses réactions alors qu’il tirait sa première bouffée, il ajouta en réponse à ses inquiétudes :

« Je pense qu’on peut le faire. Déjà, on a un avantage que tous les investisseurs qui demandent à s’installer à Leopoldgrad n’ont pas : les bons contacts. Toi comme moi, on a nos tickets au Ministère, je suis sûr qu’on pourrait donner un coup de pouce à notre dossier. Au final, la vraie question, et je te rejoins dessus, c’est le financement. C’est un pari, c’est sûr. Mais jette un oeil au nombre d’entreprises de renom qui comptent s’implanter là-bas, ils ont flairé la bonne affaire, moi je te le dis. Tu disais « à moins que ça ne soit que Bristol » tout à l’heure… Dans une ville itinérante comme Leopoldgrad, on serait partout à la fois. La ville elle-même va attirer énormément de sorciers, de tous pays d’ailleurs. T’imagines la clientèle ? C’est loin de nos fidèles squatteurs de bar et de jupes d’effeuilleuse qu’on connaît ici. »



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Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Jouant la carte de la fausse désinvolture, Mildred fit mine de prêter davantage attention aux vernis de ses faux-ongles, qu'aux douces promesses que lui récitait son petit rossignol d'associé. Et pourtant, elle était bien placée pour connaître le flair légendaire de Roy Calder quand il s'agissait de dénicher les bonnes opportunités financières. Leopoldgrad, c'était la future Mecque des manias des affaires, un paradis pour millionnaires du monde Magique! Ne pas y placer des billes reviendrait sans doute à commettre une erreur monumentale, et ce même si l'addition s'annonçait salée pour celui qui oserait se tailler une part du gâteau. Pingre et boursicoteuse dans l'âme, la sorcière se révélait extrêmement frileuse quand il s'agissait d'avancer ses galions de manière inconsidérée, mais cette fois-ci, le jeu semblait en valoir la chandelle. Du moins, de prime abord...

Apparemment, Roy n'avait guère perdu de temps, se renseignant d'ores et déjà auprès des Archimages œuvrant sur l'édification de la future cité reine du Monde Magique. Mildred n'était pas en reste, et s'intéressait de très près aux évolutions de ce nouvel Eldorado; En effet, Multiplettes, au travers de ses nombreux articles, ne cessait de suivre les avancées des travaux et louait l'évidente qualité de vie qui régnerait forcément dans les beaux quartiers de Leopoldgrad. Nul doute que dans un proche avenir, Bristol et leur business des Folies Sorcières risquaient d'être frappés de plein fouet par le dynamisme créatif de cette ville en vogue. Mais en femme d'affaire avisée, Mildred se méfiait profondément des modes et des tendances et cherchait toujours à ne pas mettre ses œufs dans le même panier. Tandis que Roy avançait tous les avantages commerciaux que pouvaient présenter la ville itinérante, la romancière s'interrogea s'il n'était pas opportun de lui faire part de son expérience...

Certes ils avaient une carte à jouer au Ministère; Certes les risques financiers étaient minimes par rapport aux gains faramineux qu'ils ne manqueront pas de réaliser. Mildred pouvait se laisser griser par une œuvre architecturale aussi audacieuse et flamboyante qu'une boîte de nuit au sommet d'un gratte-ciel! Avec ce genre de projet, ils laisseront indubitablement une empreinte indélébile sur le Monde Magique! De quoi combler de joie leurs égos respectifs, tout en perdant de la transparence. Car son associé se rendait-il seulement compte que leur Iceberg de magouilles qui les unissaient l'un à l'autre, finirait indiscutablement par sortir de l'eau avec de telle entreprise pharaonique?

"Je t'assure que j'imagine très bien la clientèle que pourrait nous amener une opportunité telle que celle-ci. Je ne suis point bête! Mais derrière toute médaille, aussi clinquante et brillante soit-elle, se cache un revers. Sache que je partage ton engouement, mais je suis là également pour le tempérer lorsque cela s'avère nécessaire... "

Mildred Magpie avait toujours apprécié l'enthousiasme et la fougue de la jeunesse. Que ce soit lors de ses galipettes où dans les affaires, les jeunes lui apportaient toujours ce petit grain de folie dont elle était si friande. Cette fraicheur insouciante l'aidait à se sentir moins vieille; Grâce à elle, la romancière se sentait encore à la page d'un monde qui voyait la vieillesse comme une tare incurable. D'ailleurs, Mildred savait que sans l'intervention de son associé, elle ferait peut-être partie aujourd'hui de ses catins grotesques qui monnayaient leurs charmes dans des hôtels miteux du Port de Bristol. Mais elle savait également que la vie était pleine de détours, et donc qu'il fallait parfois savoir freiner les ardeurs de ses jeunes étalons. C'est pourquoi, Mildred demeura silencieuse un bref instant avant de saisir sa baguette en bois de Prunellier; Elle pointa alors cette dernière en direction de son Jacuzzi magique qui ornait l'un des coins de sa terrasse privative, et très vite la surface de celui-ci se mit à bouillonner. Aussi impudique que vulgaire, la journaliste à scandale abandonna sa chaise longue en mode topless, afin de pouvoir rejoindre son magma d'eau bouillonnante. Elle y pénétra sans effort, la température du bain s'adaptant magiquement à la chaleur corporelle. Les bras étendus nonchalamment sur les rebords de son jacuzzi, Mildred Magpie laissa échapper un petit gloussement de plaisir, alors que les bulles venaient la chatouiller. Puis elle se rappela que Roy était toujours là...

"Permets-moi de te parler en toute franchise, Roy. Et saches que ce que je m'apprête à te dire doit obligatoirement rester entre nous! Je ne te le confierais pas si je n'avais pas une confiance absolue en toi... "  

A vrai dire il n'y avait guère de risque, tant les deux associés étaient sur le même bateau. De part leur pacte et leurs innombrables magouilles communes, Mildred savait que si l'un d'eux sombrait, l'autre ne tarderait guère à le rejoindre. C'est pourquoi, une fois n'était pas coutume, elle parla sans faux-semblant.

"Leopold Marchebank n'est rien d'autre qu'un dictateur! Il s'est accaparé tous les pouvoirs, et le pays entier est désormais à sa botte. Je le sais et pourtant je m'en moque éperdument. Tu sais pourquoi? " Mildred planta son regard acéré de femme d'affaire sans scrupule dans son celui de son associé. "Parce que je suis comme les pies, je suis attirée par tous ce qui brille! Et pour l'heure, il n'y a rien de plus brillant en ce Monde que Leopold Marchebank. Je me fiche éperdument de la politique, des injustices et de toutes considérations morales! Je me contente d'aller là où le vent soufflera en faveur de ma fortune. Si Frapedur devenait Ministre, je m'allierai à la cause des trolls sans l'ombre d'une hésitation! Quitte à devoir baiser avec l'un d'entre eux si cela s'avèrait nécessaire! Je retournerai ma veste autant de fois qu'il le faudra. Mais Roy... Le plus important dans le monde des affaires, est justement de pouvoir s'assurer d'avoir encore ce choix. Et donc de pouvoir se retourner quand bon nous semblera. Est-ce que tu comprends ce que je suis en train de te dire, Roy? "

Mildred ne voulait rien d'autre qu'une porte de sortie dans le cas où des vents contraires viendraient à souffler dans la voilure du Ministre Marchebank. La romancière avait de multiples raisons de vouloir assurer ses arrières, tant le climat de ce pays devenait délétère. Il fallait parer toute éventualité, et ne pas se laisser enivrer par l'appât du gain et la facilité. Elle exposa alors sa principale source d'inquiétude.

"Rien n'a plus de valeur à mes yeux que notre ticket d'entrée au Ministère, et je ne ferai rien qui puisse le compromettre. Mais nous devons également être vigilant et ne pas trop dévoiler notre jeu. As-tu sentis la grogne qui secoue la populace? Crois-moi dans l'ombre la colère s'organise, et j'ai peur d'en être déjà l'une des cibles. Dois-je te rappeler que les pêcheurs sont venus me molester, et ce, aux portes même de notre Cabaret. Puis lorsque je me suis affichée au côté du chargé en communication du Ministère, les menaces se sont transformées cette fois-ci en acte! Pour moi, le message est éminemment clair : Si ce mouvement de résistance prend encore de l'ampleur, et devient une cause commune pour le bas peuple, alors ma tête pourrait tomber! Mon erreur a été de trop vouloir dévoiler mon jeu; Chose que tu es exactement en train de faire en ce moment même. Car en mettant un pied à Leopoldgrad, nos intentions deviendront aussi limpides que de l'eau de roche. Tout le monde saura que nous mangeons à la table du roi Leopold! Et si le vent venait malencontreusement à tourner en notre défaveur, alors nous n'aurons plus aucune porte de sortie, si ce n'est celle d'une cellule à Azkaban. Es-tu toujours prêt à prendre ce risque, ou préfères-tu encore mieux préserver nos arrières? "

Mildred se sentait dans la peau d'une joueuse de poker qui avait un brelan d'as en main, mais qui craignait que son adversaire n'ait encore un meilleur jeu qu'elle. Devait-elle faire tapis, ou se coucher? Par chance, elle n'était pas seule à devoir prendre cette décision...


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Mildred semblait pour le moment plus intéressée par sa manucure et la température de son jacuzzi, plutôt que par les arguments que Roy avançait. Détournant le regard alors qu’elle prenait ses aises, il finit par le reporter sur elle lorsqu’elle prononça des paroles qui titillèrent son attention. De quelle confidence parlait t-elle, soudainement ? Avisant du regard la journaliste à scandales, il tenta de deviner ce qu’elle avait derrière la tête. Il commençait à bien la connaître, après tout ce temps passé à travailler avec elle, et il n’était pas si certain qu’elle ait une si grande confiance en lui, comme elle le prétendait. Elle était surtout consciente -comme lui, d’ailleurs- qu’ils partageaient des affaires trop importantes, trop délicates, pour qu’ils puissent tenter de se nuire d’une quelconque façon, et ce, même s’il disposait d’informations sur elle. Elle en avait tout autant sur lui, et il fallait y réfléchir à deux fois avant de se mettre sur la chemin d’une personne comme Mildred Magpie… Enfin, il n’en était pas question pour le moment, au contraire, Roy comptait toujours sur leur alliance jusque là fructueuse.

« Je t’écoute. » se contenta t-il de dire, prudemment.

Elle ne se fit pas prier davantage pour déclarer ce qu’elle avait en tête, et Roy ne put que se féliciter que cette conversation ait lieu dans une terrasse privative, loin des oreilles indiscrètes. Voilà des mots qui pouvaient coûter la tête de Mildred. Et la sienne au passage. Oh, il n’était un secret pour personne, encore moins pour Leopold, que c’était l’opportunisme qui les avait conduits à s’allier avec le Ministère. Mais ils s’étaient attiré leur confiance depuis, preuve en était les réunions secrètes qui se tenaient dans des quartiers fermés de leur établissement. Les paroles de Mildred étaient de nature à remettre en cause ce qu’ils avaient construit jusque là, si jamais elles devaient tomber entre de mauvaises mains. Dans un climat où la délation était largement encouragée, aucun n’était à l’abri des trahisons, pas même deux personnes comme eux qui se trouvaient dans les bonnes grâces du pouvoir…

Toutefois, Mildred n’avait pas tort de parier sur le fait qu’elle pouvait lui faire ce genre de confidence. Ce n’était pas Roy qui allait la jeter dans la gueule du loup, leur alliance était précieuse, et il avait besoin d’elle… Pour le moment, en tout cas. Ses pupilles noires scrutèrent la sorcière, le temps qu’elle finisse son discours. Il vint s’accouder sur le rebord du jacuzzi, croisant les mains par-dessus l’eau bouillante, tandis qu’il prenait à son tour la parole, le regard insondable :

« Fais attention à ce que tu dis, Mildred. Tu n’es pas sans savoir que le Ministère est sur les crocs, depuis les fuites sur Skye. »

Roy avait noté comme Hailey ou Danielle étaient doublement plus attentives lors de leurs rencontres. Bien qu’elles n’aient rien dit à ce sujet, une chose était sûre, le climat n’était plus tout à fait le même, lui comme Mildred pouvaient le sentir… Roy était peut-être plus sensible à leur méfiance, précisément parce qu’il était loin d’être blanc. Si ses liens avec Juliana, ou avec la fuite de Klemens hors de sa prison à Skye se faisaient découvrir, il pouvait dire adieu à sa tête. Chassant momentanément ces pensées de son esprit, il rappela subtilement à son associée un risque qu’il avait déjà évoqué avec elle, dans le secret de leurs discussions privées :

« Je ne parierais pas sur le fait qu’on puisse parler librement, même dans nos propres quartiers, tu vois… »

Le bruit entêtant des bulles et le fait qu’ils soient à l’extérieur, seuls sur cette terrasse, les prémunissaient toutefois contre les éventuelles taupes. Car Roy en soupçonnait, au sein même de leurs employés, sans avoir pu pour l’instant confirmer quoi que ce soit. C’était une tâche qu’il laissait à ses espions, comme Sofya ou Evan, de découvrir et pour lesquelles il leur demandait régulièrement des comptes… Laissant de côté cette mise en garde qui n’était qu’une façon de s’assurer que les choses soient claires, il revint sur le coeur du sujet :

« Je ne me soucie pas plus de politique que toi, je me contrefous des prochaines lois que notre ministre compte faire passer. Sauf si cela devait mettre dans une mauvaise situation des personnes auxquelles il tenait, Juliana, à tout hasard, lui souffla une voix qu'il garda en son for intérieur. Mais on s’est attiré leur confiance, et on ne peut pas se permettre de paraître… tièdes, à leurs yeux, surtout pas maintenant qu’ils cherchent des gens à soupçonner. »

Il se tut quelques secondes, laissant couler un regard autour d’eux, comme pour vérifier qu’ils étaient bien seuls. Le jacuzzi faisait suffisamment de bruit pour que leur conversation reste privée. Il resta accoudé au rebord, se tournant sur le côté, puis reprit sur un ton plus nonchalant :

« Tu fais un secret d’une information qui est en vérité un secret de Polichinelle. Tout le monde sait déjà que nous sommes dans les bonnes grâces du Ministère, déclara t-il tranquillement, en haussant les épaules. Regarde-nous. On a notre Cheminette d’accès privé, notre affaire est l’une des rares à Bristol qui ne semble pas au bord du gouffre, ton journal accumule les articles élogieux sur le Ministère… On soutient le FREE, ce n’est un secret pour personne, et on s’en fiche, non ? Laisser les gens savoir que nous sommes en bons termes avec le Ministère n’est pas un problème, nous ne sommes ni les seuls, ni les derniers, balaya Roy. Ce n’est pas ça qui va nous conduire à Azkaban, même si le vent vient à tourner, parce que le dossier d’accusation serait bien maigre. Regarde le nombre d’anciens copains de Voldemort, connus publiquement comme des sympathisants, qui s’en sont sortis, parce qu’ils avaient été suffisamment malins pour ne pas laisser traîner de preuves ou de témoins qui pourraient laisser voir jusqu’à quel point ils collaboraient. »

Son doigt se leva, appuyant le point final de son idée :

« Là est la nuance. Tant que personne n’apprend jusqu’où vont les termes de notre contrat… Il y aura toujours une porte de sortie. Et surtout, il y aura toujours des politiciens à corrompre, pour des gens du business comme toi et moi, dans ce régime comme dans le prochain, quel qu’il soit. »

Et ça, Roy en était convaincu. Tant qu’ils restaient assez alertes pour savoir à quel moment retourner leur veste, si jamais c’était nécessaire, ils pourraient toujours s’en sortir. Pour autant, l’idée que Leopold chute un jour ne lui plaisait pas vraiment, et pas seulement parce que cela mettrait en difficulté son confort actuel. Il s’était lié d’amitié avec l’homme, et si Roy le soutenait, c’était aussi comme un ami qui le respectait et ne lui souhaitait pas l’échec. Malheureusement, les actes de Roy n’allaient pas toujours dans ce sens, particulièrement ces derniers temps où il apportait secrètement son aide à quelques résistants dans l’ombre… Ce que personne ne devait apprendre. Il jonglait avec bien plus de secrets que Mildred ne s’imaginait, et s’efforçait, avec succès pour le moment, de jouer son rôle dans les deux camps.

« Alors on continue comme on le fait, parce que c’est le mieux à faire. On respecte nos accords avec le Ministère, et on le fait à fond, tout en continuant de prendre nos précautions : masquer les comptes, surveiller nos arrières, veiller à ce qu’il n’y ait pas plus de personnes au courant que nécessaire… Et les seuls à savoir qu’ils collaboraient de façon active, et non passive, avec le régime étaient des protagonistes trempés dans les magouilles, au moins autant qu’eux, ce qui leur assurait une relative tranquillité. Par contre, si ce dont tu as peur, c’est de te faire attaquer par des résistants… D’une, c’est trop tard, tu es déjà cataloguée comme une cible pour eux. De deux, raison de plus pour te rapprocher du Ministère et de la protection que la Milice peut t’offrir. »

Décidant de sortir la provocation comme un dernier atout, Roy esquissa un sourire en coin et poursuivit dans sa lancée : 

« Si je ne te connaissais pas, je dirais que la peur te rend frileuse… Tu penses vraiment que qui que ce soit pourrait un jour nous inculper pour nous être installés à Leopoldgrad ? Des traders américains qui ne connaissent même pas le nom des partis politiques en Angleterre ont acheté des parcelles là-bas. C’est largement et suffisamment présenté comme une ville économique pour qu’on puisse s’y installer sans avoir l’air de gens qui veulent leur statue à côté de celle de Leopold. Bien que l’idée est plaisante, je te l’accorde. » ricana t-il en se détournant du jacuzzi.

Ses pas le conduisirent jusque la chaise longue que Mildred avait quitté, pour s’asseoir sur le rebord. Vrillant son regard provocateur dans celui de son associée, il en arriva à conclure :

« Allez, Mildred. Tu aimes prendre des risques au moins autant que moi, et tu le sais. »

N’était-ce pas ce qui les avait conduits à collaborer ?



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Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Dans un long bourdonnement continu, les bulles du Jacuzzi magique venaient éclater à la surface comme autant de vérités jaillissant de la bouche de son associé. Roy Calder ne faisait qu'exposer un tableau bien réel de la situation, et l'ignorer revenait à se bander les yeux face à l'ennemi. Plutôt que de se laisser envahir par le doute, et de tenter vainement d'arrondir les angles, l'heure était sans doute venue de choisir un camp et de s'y conforter. Mildred Magpie n'était plus en mesure de louvoyer ou de minimiser son implication dans le paysage politique actuel, tant les réfractaires du FREE commençaient à lire clairement dans son jeu de dupe. Dans ses nombreux articles élogieux et à sens unique, la rédactrice en chef de Multiplettes léchait avec tant d'ardeur les carreaux du Ministère que sa langue risquait d'en tomber de sa bouche. Faire machine arrière en cherchant une éventuelle porte de sortie seraient une erreur stratégique, tant l'équilibre des forces paraissait disproportionné. Leopold Marchebank écrasait littéralement le Monde Magique de sa stature mégalomaniaque, et la sorcière rousse se retrouvait fort heureusement du bon côté de la balance. Pour rien au monde, il ne fallait changer de camp, et en bonne romancière, elle se devait de demeurer auprès de ceux qui triompheraient à la fin de l'histoire.

Désormais Mildred Magpie vivait sous les feux des projecteurs et n'était plus en mesure de se dérober comme ce fut le cas jadis, durant la première guerre des sorciers. En effet, un acte de délation aussi discret que le fait de dénoncer Marlène McKinnon pour sa participation dans le mouvement de résistance de l'ordre du phénix, ne serait plus perçue de la même manière à l'heure d'aujourd'hui, tant l'opportuniste sorcière s'était engagée dans la guerre de l'information. Sa propagande pro-Marchebank ne faisait plus l'ombre d'un doute sur ses orientations politiques, et toute la magie du Monde ne pourrait l'aider à retourner sa veste dans le cas où surviendrait une brutale déconvenue. Fort heureusement, Mildred galopait sur le bon cheval, et c'était à elle de rester bien en selle ! Comme le soulignait intelligemment son associé, il ne fallait pour rien au monde éveiller le moindre soupçon qui contrecarrerait cette si belle alliance avec le régime Marchebank. Depuis l'émergence des mouvements de résistance, la paranoïa faisait son œuvre et la Milice ne cessait de chercher le moindre traitre en mesure de s'insérer dans les affaires du Monde Magique. Dès lors, la prudence exigeait de ne rien tenter qui puisse jeter l'opprobre sur leurs affaires. Larvée dans son bain bouillonnant, la co-gérante des Folies Sorcière ne pouvait que corroborer aux propos de son jeune associé qui venait de s'accouder aux rebords du Jakuzzi pour gagner en discrétion.

"Tu as parfaitement raison, Roy. Le moindre recul de notre part pourrait apparaître comme une trahison aux yeux de la Milice... "

Savoir son associé aussi proche d'elle, procurait un sentiment de sécurité retrouvée à la sorcière sans scrupule. Leurs anciennes querelles avaient profondément ébranlé ses certitudes, et isolée la sorcière quadragénaire face à ses ennemis. Profitant de cette division, ces derniers en avaient même profité pour l'atteindre et lui enseigner qu'il n'y avait rien de bon à tirer de la moindre scission dans leur partenariat. Bien que la passion ne s’étouffât jamais complètement dans un cœur aussi enflammé que celui de Mildred ; La sorcière en mal d'amour s'était forgée une raison et à accepter l'idée que le beau brun au teint hâlé ne serait pas le prince de sa vie. Cela n'avait guère était chose aisée que de chasser l'image de Roy de ses rêves maudits, lorsqu'elle se retrouvait seule dans l'ombre de ses draps rose. Mais à l'instar d'un fumeur venant d'arrêter le tabac, Mildred était fière de sa volonté à ne faire de Roy qu'un partenaire... commercial. Et en ces temps troubles et dangereux, le savoir à ses côtés ainsi que ses veilleurs était un gage de sécurité pour la sorcière isolée.

De plus, là où Mildred reculait souvent par lâcheté ou prévoyance, Roy brillait par son courage et la fougue de sa jeunesse. Retrouver cette complémentarité rajeunissante ne pouvait que s'avérer bénéfique pour leurs affaires communes. A ce sujet, la romancière se voyait bien écrire un nouveau chapitre fructueux au sein de la cité reine de Leopoldgrad. Ses lèvres pincées se fendirent même d’un rictus vénal alors que Roy la faisait saliver en avançant des arguments sensés en faveur de ce projet. Mais tout à coup ses yeux se révulsèrent, alors que Mildred se montra profondément offusquée par les propos de son jeune associé. Si celui-ci cherchait à provoquer un sentiment de révolte dans l'esprit pingre de sa partenaire commerciale, il avait clairement remporté la partie ! Tel un dauphin bondissant hors de l'eau, la romancière creva la surface bouillonnante de son jakuzzi pour se redresser sur ses jambes, et faire front à l'impertinence de son partenaire en affaire. Durant l'espace d'une seconde, la lourde poitrine de Mildred sembla rebondir dans les airs avant de chuter sous les affres du temps et de la gravité, telle une poire trop mure tombant de son arbre.

"Moi!??? Frileuse!!!??? Tu veux plaisanter??? "

Outrée par la provocation de Roy, la sorcière regarda celui-ci se détourner de son topless frontal pour aller s'asseoir sur sa chaise longue. Retrouvant quelque peu de pudeur au fond d'elle, elle croisa les bras sur sa poitrine, tout en arborant une mine boudeuse d'adolescente sur le retour. En vérité, son associé venait de réveiller la folie des grandeurs qui sommeillait depuis bien trop longtemps en elle. Avec le temps, le confort matériel, la routine et sa sécurité avaient cette fâcheuse tendance de restreindre les ambitions et la prise de risque. Mais si Roy voulait de la démesure, il allait être servit !

"Soit! Nous verrons bien qui est le plus frileux des deux quand demain matin, je ferai ma part du marché, et j'irai à Gringotts chercher la somme qui t'incombera pour mener à bien ce projet ! Mais aussi faramineux soit-il, je veux que cet investissement à Leopoldgrad soit à la hauteur de mes espérances ! Je veux du grandiose, du sensationnel, du clinquant, et surtout flairer un tsunami de Galions en retour ! Car je n'œuvre que dans l'économiquement viable ! Est-ce bien clair ? "

Les sourcils de la femme d'affaire se froncèrent, tandis qu'elle continuait d'énoncer ses propres règles du jeu. Le succès étant une véritable drogue, elle rêvait d'incarner la tendance actuelle, et de glaner toujours encore plus de célébrité auprès des nouvelles générations. Mais rester "dans le coup" comme disait les jeunes, était un véritable combat de tous les instants pour la quadragénaire vieillissante.

"Si ce projet de boite de nuit à Leopoldgrad devait devenir un lieu incontournable de la Jet-7 magique, je veux que d'une manière ou d'une autre mon nom y soit associé! Ne me demande pas comment! Que ce soit une salle en mon honneur, une statue de sirène arborant mon beau visage, ou que sais-je un hymne à ma gloire, je veux que la jeunesse de ce Monde magique voit en moi l'incarnation d'une déesse de la nuit qui n'est là que pour égayer leur quotidien si morose! Te sens-tu en mesure de pouvoir agir en ce sens? "

A son tour de piquer au vif son associé, quand elle leva un index vindicatif en l'air, digne de son tout nouveau statut de professeur à Poudlard.

"Une seconde, Roy, je n'ai pas encore fini! Tu as souligné à juste titre le fait que j'étais d'ores et déjà une cible pour les résistants. C'est pourquoi dans le but d'assurer ma propre sécurité lors de mes nombreux déplacements d'affaires et dans le cadre de ma vie privée, j'exige que tu détaches l'un de tes meilleurs veilleurs à mes côtés! Et pas n'importe lequel. Je veux Antonino Tessio comme garde du corps! Il se devra de veiller sur moi, le jour comme la nuit! Ne lui refuse pas cet immense privilège! "

Certes jouer la carte de la provocation se révélait diablement efficace avec Mildred Magpie, mais cela réveillait également son sens de la démesure. Et en matière d'exigences excentriques, la romancière était un puit sans fond...


Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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Avec une certaine satisfaction, Roy vit sa provocation faire son petit effet et piquer littéralement son associée, si bien qu’elle en jaillit hors de l’eau, en se redressant de toute sa hauteur. Sans une once de pudeur, évidemment. Roy soutint silencieusement le regard de Mildred, se délectant de son expression outrée qui lui signifiait qu’il avait presque gagné la partie. C’était une question de dosage, le trafiquant connaissait désormais suffisamment bien sa partenaire d’affaires pour savoir que la titiller dans son orgueil -mais pas trop non plus- pouvait la pousser à prendre des décisions, là où elle hésitait. Il constata avec un certain plaisir qu’il avait vu juste. Mildred lui déclama qu’elle irait dès le lendemain débloquer une belle somme de son compte pour lancer le projet. Roy hocha la tête à ses réclamations, sans pouvoir retenir un sourire victorieux.

« Je n’oeuvre que dans l’économiquement viable aussi, rassure-toi. T’ai-je déjà déçue en matière d’argent ? »

Du pognon, il y en avait à se faire à Leopoldgrad, il y en avait même un tas, Roy en était persuadé. Mais il leur fallait faire vite s’ils voulaient obtenir leur part du gâteau. Les bonnes places partaient rapidement, sur un rapport qualité/prix qui allait forcément baisser au fur et à mesure que les acquéreurs se multiplieraient. Il avait discuté avec Isobel au cas où, pour qu’elle fasse en sorte de freiner les ventes de quelques bonnes parcelles. Si Mildred investissait sa part aussi rapidement qu’elle le disait, ils auraient une chance de se tailler une place de choix dans l’immobilier le plus demandé de la ville. Roy l’écouta émettre ses conditions, toutes à la hauteur de son narcissisme. Il imagina un instant ce que serait une boîte de nuit à la gloire de Mildred Magpie… Elle devait se figurer une allée d’honneur avec des statues à son effigie, une boule à facettes qui multipliait et faisait rayonner son visage dans toute la piste, des musiques en son honneur… L’image lui tira un ricanement, mais il allait répondre presque sérieusement, avant que Mildred ne l’interrompe pour lui formuler sa dernière demande. Cette fois, il haussa les sourcils et eut un sourire goguenard.

« Être ton garde du corps de jour comme de nuit hein ? Il imaginait assez bien ce que la journaliste avait en tête en voulant que le beau Toni soit à sa disposition, elle avait elle-même précisé que cela comprenait le cadre de sa vie privée. Roy imaginait assez bien aussi que ce terme du contrat ne dérangerait pas tellement Toni, bien au contraire, mais lui, il avait de grosses réserves à émettre. Désolé Mildred, mais ça ne sera pas possible, je ne peux pas laisser mon lieutenant à ton service vingt quatre heures sur vingt quatre. Si je perds Toni, je perds ma troisième main, et un bon pourcentage de mes affaires au passage. Il n’y a personne qui est aussi bon que lui et à qui je fais assez confiance pour mener nos trafics comme lui le fait. »

Toni était une sacrée grande gueule qui s’attirait régulièrement les foudres de Roy, mais il restait un pilier indispensable du gang. Il menait d’une main de fer les commerces qui lui étaient confiés, avec une minutie et une fermeté qui lui faisait rendre des comptes plus qu’honorables à ses chefs. Il avait le charisme de l’emploi, costaud à tous points de vue, capable de s’attirer le respect de ses hommes et de négocier la moindre marchandise jusqu’à épuiser les nerfs de ses interlocuteurs. Si Toni cessait d’accomplir ce travail, le chiffre d’affaires allait baisser, c’était certain, et c’était un argument suffisant aux yeux de Roy pour refuser la requête de Mildred. Ou en tout cas, telle qu’elle le lui présentait.

« Je peux te laisser un autre Veilleur, parmi ceux qui sont spécialement formés pour ce genre de tâche. Je veux bien t’en laisser un de ma garde personnelle, même, offrit Roy comme pour prouver sa bonne foi à son associée. Mais si tu tiens absolument à avoir Toni… Ca sera à temps partiel. Il prit la précaution de préciser : En sachant qu’il reste un Veilleur avant tout, donc je garde la priorité s’il se trouve que j’ai vraiment besoin de lui à un moment donné. »

Il guetta la réaction de la sorcière, se doutant qu’elle ne serait pas satisfaite. C’était un caprice qu’elle lui faisait là, un caprice qu’il ne pouvait pas lui accorder, et il espérait qu’avec un peu de bon sens, elle n’allait pas en faire toute une montagne et rétracter son accord pour un projet à Leopoldgrad.

« C’est dans mon intérêt comme dans le tien que les affaires de mon gang tournent bien, vu qu’elles font aussi tourner nos affaires communes, rappela t-il. J’ai rien contre le fait que Toni bosse pour toi tant que ça n’empiète pas sur mon commerce. Or il fait énormément de choses, il gère la drogue, les hommes, les paris… Et il le fait bien. Il peut déléguer certaines choses, puisqu’il forme des gars, mais pas tout non plus. Un petit sourire s’immisça sur ses lèvres, alors qu’il poursuivait avec une certaine nonchalance. De toute façon, il aime ce qu’il fait, Toni, et il est le genre indomptable… Tu auras du mal à le retenir à toi jour et nuit et le faire plier toutes tes volontés, c’est pas tellement ce qu’il projette de faire dans sa vie. »



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Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Pour contrecarrer sa demande, son associé mit en exergue le fait que Toni occupait à l'heure actuelle une place prépondérante dans son business. En effet le jeune trafiquant se révélait être un maillon essentiel dans la circulation des marchandises frauduleuses. De plus, dans ce milieu impitoyable de voyous, la denrée la plus rare à obtenir et conserver était celle de la loyauté; Et apparemment Roy nourrissait une telle confiance en son fidèle lieutenant qu'il lui semblait impensable de l'exclure de ses activités souterraines. Sans remplaçant du même acabit, il allait être guère aisé de remplacer Toni. Pas de veine pour Mildred Magpie, qui s'était déjà faite à l'idée d'être couvée du regard par le bel italien. A l'annonce de ce verdict sans appel, le visage de la sorcière capricieuse se tordit de déception. Mais ce n'était pas la connaître que de croire qu'elle allait si facilement lâcher l'affaire! Car en effet, la diva des Folies Sorcières n'avait pas pour habitude de se voir refuser l'un de ses caprices. Elle voulait son Toni, et ce n'est pas Roy qui lui arracherait ce beau jouet de ses longs ongles vernis. Assise dans sa chaise longue, les bras toujours croisés sur sa poitrine opulente, elle se contenta de lever le menton dans un air de défi.

"Si c'est ce que tu veux, alors qu'il en soit ainsi! Je suis attristée de voir que ma propre sécurité passe à des années lumières derrière l'aspect financier. On dirait même que tu t'en fiches royalement! Comme si tu ne pouvais pas te trouver un autre passeur de marchandise aussi doué et loyal que Toni dans la Voie des Miracles, alors que c'est moi qui devrait être la seule irremplaçable à tes yeux! Je suis affligée par le peu d'importance dont je dispose à tes yeux! "

Tandis que Roy recherchait une manière de concilier ses affaires et l'humeur lunatique de sa chère associée, la solitude et les craintes de Mildred Magpie finirent par jaillir à la surface du débat. Oubliant à nouveau toute pudeur, la romancière se redressa sur son siège comme un suricate aux abois. Ses prunelles faillirent jaillir hors de leurs orbites quand Roy lui présenta une solution de secours.

"Continues à te soucier de moi ainsi, et nous allons au-devant d'un grand malheur! C'est moi qui te le dit! J'exige Toni, le meilleur de tes hommes, et tu me proposes quoi? Un second couteau qui ne sera même pas capable de me protéger le moment venu! C'est ainsi que tu envisages ma une garde rapprochée? Tu crois sincèrement que mes ennemis travaillent à temps partiel? Je suis devenue une cible à abattre pour pas mal de monde, et j'ai l'impression que tu t'en contrefous comme de ta première paire de chaussettes! Mais saches qu'il ne faudra pas pleurer quand un sortilège mortel viendra me frapper en plein cœur... "

En tragi-comédienne, elle plaqua une main tremblante d'émotion sur sa poitrine dénudée. De manière à plonger son regard empreint d'émotion dans le sien, elle finit par se lever pour faire face à son petit associé.  

" Combien d'évènements tragiques te faudra-t-il pour que tu prennes enfin conscience que je suis en danger? En l'espace de quelques mois seulement, la menace n'a cessé de se recentrer su ma personne. Tu as déjà oublié? Les pêcheurs et leurs cris de "à mort la morue!" ; et je ne te parle pas de l'attaque terroriste où j'ai été transformé en pigeon voyageur! Après toutes ces monstruosités, tu ne penses pas qu'il serait bienvenu d'avoir le meilleur de tes hommes à mes côtés? "  

Son regard courroucé chercha à s'attendrir comme une fillette réclamant une pomme d'amour à son paternel lors d'une fête foraine.

" Tu te dois de tout faire pour assurer ma sécurité, ainsi que celle de notre empire financier. Par Merlin, tu es peut-être la seule personne en ce monde à qui j'accorde ma confiance, et tu oses me refuser les services d'un seul de tes hommes? Alors, que je suis prête à consentir à un effort financier gigantesque pour t'aider à développer nos affaires sur Leopoldgrad? Franchement, tu trouves cela équitable? Est-ce que tu penses quelque fois à mon épanouissement personnel? "

Plus que personnel, il s'agissait pour l'heure plus d'un épanouissement sexuel. Mais quoi qu'il en soit, une entreprise de persuasion venait de s'enclencher, tandis que Mildred cherchait par tous les moyens à s'octroyer son beau jouet de Noël avant l'heure. Les hommes se refusaient à elle, soit! Elle allait s'en offrir un à temps complet! Mais l'une des remarques prononcées par Roy sur un ton désinvolte, avait quelque peu ébranlée les certitudes de la romancières. Comme son associé le prétendait, Toni serait-il du genre indomptable? Comme jadis avec Adonis, lui infligerait-il un nouveau coup de Trafalgar sans se soucier de lui briser le cœur? Mildred s'était fixée un objectif, celui de dénicher la perle rare et d'être mariée avant ses cinquante ans. Le couperet de la ménopause était sur le point de tomber et elle n'avait guère de temps à perdre dans des rencontres aussi éphémères que futiles. Se sachant immensément riche, elle pensait enfin pouvoir s'acheter l'amour qui osait se dérober à elle depuis si longtemps. Même si Toni avait d'autres projets de vie, peut-être se montrerait-il corruptible? En partageant la vie d'une milliardaire, il ne manquerait assurément de rien. De plus la libidineuse quadragénaire saurait bien vite offrir son expérience à ce jeune loup indomptable, au point qu'il en oubliera bien vite les autres jeunes gazelles de son âge! Foi de sorcière, si l'amour ne venait pas à Mildred, ses galions lui permettrait de se l'offrir.    

Mildred était une femme de défi, et celui que venait de lui lancer Roy recelait quelque chose d'assez excitant. Toujours aussi tactile, elle caressa délicatement le menton de Roy avant de lui asséner une phrase impudique dont elle avait le secret.

"Indomptable, tu dis? Personnellement, ce n'est pas l'impression qu'il m'a donné l'autre nuit... Certes dans l'intimité, il peut se révéler aussi fougueux qu'un lion, mais une fois sa besogne accomplie, je peux t'assurer qu'il se révèle aussi doux qu'un chaton. Entre nous, Roy : Tu penses vraiment que je n'arriverai pas à le retenir? "

Posant ses mains sur hanches en signe de victoire, et arborant une bouche de canard à la face de son associé; Mildred Magpie savourait pleinement son petit effet de surprise.


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Roy aurait pu trouver le numéro de mélodrame que lui servit Mildred très divertissant à regarder si elle n’était pas si diablement insistante. Elle commença par lui reprocher de ne pas se soucier suffisamment de sa sécurité, ce à quoi Roy dut se retenir de lever les yeux au ciel. Les attaques et les menaces dont elle avait été la cible étaient en effet réelles, mais Mildred -comme toujours- grossissait légèrement la chose. Sans compter que Roy avait déjà fait le nécessaire pour que leur cabaret soit mieux sécurisé, en augmentant le nombre d’hommes et de rondes, mesure qui faisait ses preuves : depuis les évènements de mars et le discours d’avril qui avait mal tourné, aucune mésaventure n’était à déplorer dans le cabaret et ses environs. Mais Mildred se laissait glisser dans la paranoïa, sans doute en réaction aux faits divers et troubles multiples dans le pays, dont elle ne cessait de pondre des articles.

« N’exagère pas, Mildred, tu sais bien que… » Il allait ajouter quelque chose comme quoi il se souciait de sa sécurité, mais la sorcière l’interrompit en se redressant brusquement, faisant à nouveau sursauter sa poitrine sous ses yeux. Cette fois, Roy ne put retenir sa profonde exaspération. « Bordel, mets-toi un truc sur le dos, à la fin ! »

Il avait eu son compte de poitrine qui rebondit et de tétons qui sursautent pour la journée. Pourtant il était loin d’être prude, ce n’était plus à prouver, mais la nudité de son associée n’aidait pas à conserver le sérieux de la conversation. D’un coup de baguette magique, il fit claquer les portes de l’armoire dans la chambre de Mildred qui jouxtait la terrasse, et un peignoir atterrit entre eux deux, attendant d’être saisi par sa propriétaire. La discussion ne tarda pas à reprendre et monter dans les aigus, car cette fois-ci, son exubérante associée l’accusa carrément de ne pas se montrer digne de sa confiance. Parce que Roy commençait à bien la connaître à force, il voyait bien que tout ceci n’était qu’une tragicomédie bien rodée pour faire réaliser un pur caprice de madame, et surtout, couvrir ce qui l’intéressait réellement dans cette histoire…

Car Roy n’était pas dupe, elle n’avait pas envie d’avoir un vigile personnel vingt quatre heures sur vingt quatre, elle avait envie d’avoir un Toni à sa libre disposition, ce qui faisait une belle nuance. S’il était tant question de sécurité, elle lui aurait formulé cette demande bien plus tôt, au moment où toutes ces malheureuses mésaventures qu’elle évoquait lui tombaient dessus. Le moment n’était pas le bon, pas raccord avec le fait que ces derniers mois s’étaient plutôt bien passés au cabaret. Roy savait en revanche qu’elle s’était récemment rapprochée de Toni, et d’ailleurs elle finit par lui faire une confidence que Toni avait déjà clamée plus ou moins fort dans leur cercle de Veilleurs. Il dégagea son menton de sa main, contrarié par l’attitude de Mildred, toutefois il se dérida un peu à la façon dont elle présenta les choses, car il fallait avouer qu’elle était drôle à fanfaronner comme un paon… Cela dit, Toni ne tarissait pas d’éloges sur les prouesses de la quadragénaire, alors Roy voulait bien croire les dires de Mildred, pour une fois. Mais il n’avait pas envie d’apprendre trop de détails non plus. Un sourire léger se glissa sur ses lèvres et ses sourcils se haussèrent, geste de défiance, aux dernières paroles de son associée :

« Voyez-vous ça… Pourquoi tu me demandes de t’aider à obtenir ce que tu veux, alors, si tu as tellement de pouvoir sur lui ? »

La situation avait un côté agaçant car il voyait que Mildred cherchait à faire pression pour le mener en bateau, mais en même temps il y avait un côté amusant. Il devait bien reconnaître une qualité à son associée, celle de donner tout ce qu’elle avait et de ne reculer devant rien pour obtenir ce qu’elle voulait… Une ténacité autant impressionnante que comique, par moments. Mais il ne se lança pas plus loin dans la provocation, et décida de se poser en conseiller avisé pour elle, car il était davantage dans son intérêt de l’aider à obtenir ce qu’elle cherchait réellement derrière sa demande fantasque.

« Tu me fais une demande que tu aurais pu me faire il y a des mois, en insistant pour que ça soit un homme dont tu te rapproches ces derniers temps… Contrairement à ce que tu penses, je me soucie de toi, Mildred, alors je veux bien t’aider, mais je ne suis pas idiot, déclara t-il, en la fixant droit dans les yeux, à l’affût de ses réactions. Laissons tomber les langues de bois, je te le dis honnêtement, tu ne t’y prends pas de la bonne façon avec Toni… Si tu le forces à devenir ton fidèle caniche, alors qu’il a une carrière de ponte de la mafia devant lui, crois-moi il va prendre la situation comme toi essayant de lui trancher les couilles, et il ne va pas du tout apprécier. » conclut t-il sur un sourire.

Car le grand Antonino Tessio avait une sacrée fierté, et surtout, une sacrée ambition. Non seulement il était le plus jeune, parmi tous les seconds du gang, mais il était aussi le plus prometteur. Chose que Roy n’avait jamais dit en face de Toni évidemment -c’était une mauvaise idée de faire gonfler sa tête davantage- mais il pariait volontiers que dans quelques années, son nom serait connu de tous les gros gangs du pays. La montée en puissance des Veilleurs avait indéniablement révélé son potentiel de gangster impitoyable, stratège et carré en affaires. Alors non, Roy n’avait aucune envie de se séparer d’un élément comme Toni, mais surtout, Toni lui-même était conscient qu’il était là où il fallait pour devenir plus fort.

« Et pourtant, il t’apprécie, révéla t-il, sans même mentir. Mais là, tu vas détruire tes chances de maintenir son intérêt, parce qu’il a déjà plein d’ambitions. Et se convertir en garde du corps, ça n’en fait pas du tout partie. Il a du mal avec l’autorité, même celle de son propre gang, alors te suivre partout, t’obéir au doigt et à l’oeil, assujettir son existence à la tienne… Même si je lui ordonne de le faire, il n’accepterait jamais, ça le rendrait fou. » Il ajouta, sur un ton plus léger : « Puis, quand je dis que Toni est le meilleur de mes hommes, je te parle de commerce. Ca ne veut pas dire qu’il est le plus fort en duel. Bon, je reconnais qu’il cogne très fort, mais avec une baguette, on a vu mieux… Si tu veux réellement quelqu’un pour assurer ta sécurité, j’ai des hommes plus qualifiés dans ce genre de tâche » proposa t-il à nouveau, comme preuve de sa bonne foi.



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