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 « All this time I was finding myself, and I didn't know I was lost »

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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7 Septembre 2009- La Nouvelle-Orléans, Lousiane, USA

Les huit heures de vol étaient passées bien trop vite au goût d'Isobel. C'était pour cela qu'elle avait insisté pour prendre l'avion moldu plutôt qu'un Portoloin, dans une dernière tentative pour repousser ce voyage et avoir le temps de s'y préparer. Voyager avec la magie était trop brusque, vous étiez un instant à un endroit et en une fraction de seconde, propulsé ailleurs. Elle avait besoin de cette transition entre l'Angleterre et les États-Unis, d'en faire un cheminement, tout comme le jour où elle était partie, dans un car de nuit. Alors Abel et elle avaient pris l'avion de Londres jusqu'à New-York, passant le voyage sans vraiment parler. Il avait bien essayé au début mais elle s'était fermée et avait passé le vol à regarder du côté de son hublot. Elle ne voulait pas lui parler, elle était en colère contre lui malgré tout, elle lui en voulait encore. C'était sûrement bête, cette rancœur à son égard alors qu'il essayait de l'aider sur ce coup-là.

C'était en Juillet qu'elle avait accepté de retourner à la Nouvelle-Orléans, l'annonce de la mort de sa cousine portant un coup fatal à sa détermination. Elle n'y arrivait plus, se noyait sous sa magie, sous les regrets, sous le poids de sa vie alors qu'elle perdait pied. Elle avait l'impression de ne plus rien avoir à perdre. Ou de ne plus rien avoir tout court. Si elle continuait à ce rythme, sa perte de contrôle de la magie la tuerait sûrement. C'était soit ça, soit la vengeance de sa famille, elle hésitait un peu. Et surtout, elle était fatiguée. Fatiguée de se battre, fatiguée de lutter alors elle avait abandonné et il arriverait ce qu'il devait arriver. Elle n'avait dit à personne qu'elle partait. Elle avait juste posé ses vacances d'été en septembre, ce qui était prévu depuis longtemps, après l'inauguration de Leopoldgrad. Elle avait confié les clefs de son appartement à Roy sans un mot, dans la livraison magique qu'elle lui avait fait. La gamelle de son chat se remplissait magiquement pour qu'il ne manque de rien. Personne dans son entourage n'était au courant, pas même Logan, pas même ses amis américains. Isobel avait tout gardé secret et était parti. Comme dans un étrange écho à ce qui était arrivé seize ans plus tôt.

Et voilà qu'elle était de nouveau là. Abel et elle avaient transplané depuis New-York - alors qu'elle avait déjà envie de disparaître dans les rues bondées de la ville - et ils y étaient. La Nouvelle-Orléans, devant Canal Street, devant le Carré Français qui s'ouvrait devant eux, empli de touristes, de musiques, de vie. Et elle était là, pétrifiée sur place, incapable de faire un pas supplémentaire, le cœur au bord des lèvres et un vertige oppressant dans tout le corps. Elle fixait cette rue, dans cette ville trop familière qu'elle avait quittée et elle ne pouvait plus rien faire. C'était comme si tout l'assaillait, tout ce qu'elle avait enfoui, tout ce qu'elle avait fui. La ville avait changé autour d'elle, elle le sentait, elle le voyait. Certains bâtiments n'étaient plus, d'autres étaient là, des façades avaient changé de couleur, des boutiques étaient apparues, la vie avait continué. Mais face à elle, le Carré Français, face à elle, son enfance et rien n'y avait changé. Le quartier historique de la ville était resté le même, miraculeusement épargné par l'ouragan Katrina. Ses hautes bâtisses, ses façades colorées, tout était là. Le soleil de Louisiane tombait sur sa peau, les clameurs semblaient presque familières et tout semblait lui arracher le souffle.

-Je ne peux pas, fit-elle en reculant d'un pas, manquant presque de percuter Abel. Je ne peux pas, répéta-t-elle, je suis désolée, je ne peux pas.

Elle ne pouvait pas rester ici. Elle ne voulait pas y retourner, elle ne voulait pas revoir sa famille, elle ne voulait pas les affronter. Elle ne voulait pas affronter les regards, elle ne voulait pas leur parler, se justifier, elle ne voulait pas revoir son passé. Et là, tout s'imposait de nouveau à elle. C'était comme avoir seize ans de nouveau, comme ressentir de nouveau cet horrible sensation d'étouffer. Elle se tourna vers Abel, au bord de la panique, incapable d'expliciter ce sentiment qui s'imposait à elle à la simple vue du quartier de son enfance, ses yeux sombres cherchant les siens.

-Je ne peux pas, je n'y arriverai pas. Je ne peux pas. Je ne reste pas ici.

Elle irait n'importe où sur cette terre, n'importe où sauf ici. N'importe où sauf face à son passé. Elle voulait partir d'ici avant qu'on ne la voie, avant qu'ils ne la revoient, qu'ils ne la reconnaissent, qu'elle ne les reconnaisse. Elle ne replongerait pas dans ça. Elle ne pouvait pas, elle avait trop sacrifié pour pouvoir partir. Elle avait construit sa vie loin de tout cela, elle ne supporterait pas de revenir. Elle n'en n'avait pas la force : tout avait été utilisé pour partir. Elle ne pouvait pas.


Isobel Lavespère
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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Si Abel s’était permis de faire une sieste dans l’avion, c’était parce que d’abord, il fallait bien faire passer les douze heures de vol -qu’il avait gracieusement accepté de faire au lieu de quinze secondes de Portoloin-, parce qu’ensuite, Isobel n’était pas tellement encline à bavarder pour s’occuper, et parce qu’enfin, il estimait qu’il pouvait dormir tranquillement sur ses deux oreilles ici : il n’y avait pas de risque qu’Isobel prenne la fuite en sautant par une fenêtre. Mais à part ça, qu’on se le dise, Abel était tendu et sur le qui-vive. L’aura suintante d’appréhension et d’anxiété de sa camarade avait tendance à déteindre sur lui. Il la sentit agitée et nerveuse tout le long du trajet, et que dire lorsqu’ils atterrirent ! Cette fois, il prit bien garde à surveiller du coin de l’oeil ce qu’Isobel faisait, histoire de pouvoir être réactif si jamais elle prenait la tangente.

Il s’attendait à moitié à ce qu’elle le fasse réellement. Isobel n’avait pas tellement besoin de parler pour qu’il lise la crainte que faisait naître ce déplacement en elle. Il restait silencieux, mais il comprenait, il faisait même preuve d’une certaine empathie au fond de lui. Il n’aurait vraiment pas aimé être à sa place. Il n’était même pas encore bien sûr de comment il avait réussi à la convaincre de revenir sur la terre de son enfance, alors qu’elle était à la base catégoriquement décidée à ne jamais le faire. Abel comprenait qu’il s’agisse d’une épreuve difficile, mais il avait en parallèle cette certitude dans son coeur qu’il fallait passer par là, et qu’Isobel en sortirait plus forte.

Lorsqu’ils se trouvèrent face au Carré Français, Abel prit le temps de laisser son regard glisser sur ces façades colorées familières. Pour sa part, revenir à la Nouvelle-Orléans lui procurait toujours un sentiment d’aise, le sentiment d’être chez lui et de retrouver ce qu’il aimait. Oh, il n’aimait pas tout ici, les multiples commérages de la part de vieilles peaux qu’il ne portait pas toujours dans son coeur en faisait partie -entre autres- mais globalement, il se sentait toujours rasséréné et plein d’une énergie nouvelle lorsqu’il posait les pieds ici…. si bien qu’il se rappela que ce n’était pas le cas de tout le monde qu’une fois qu’Isobel prit la parole.

Posant un regard d’abord interrogateur, puis un poil inquiet sur elle, il la regarda changer complètement d’expression du visage. Elle affirma sous ses yeux, d’une voix qui se laissait gagner par la panique, qu’elle ne pouvait pas. Soutenant son regard, il fit appel à tout le calme et le pragmatisme dont il savait faire preuve :

« Bien sûr que si, tu peux, tu as déjà fait tout le chemin jusqu’ici. »

Rebrousser chemin alors qu’ils étaient à un mètre de leur destination ? Elle n’y pensait pas. Abel hésita une seconde avant de faire un pas vers elle et poser brièvement la main sur son bras.

« Tu vas y arriver, tu as déjà fait le plus difficile qui était de prendre la décision de venir. Accroche-toi, puis tu n’es pas seule dedans, je reste avec toi, ok ? Son regard dériva vers le quartier qu’ils connaissaient par coeur et qui n’attendait qu’eux, le temps d’une réflexion. On peut aller quelque part où tu seras bien accueillie, pour commencer… Je ne sais pas si ta mère est chez elle, mais sinon… Je suis à peu près sûr que ton grand-père habite toujours ici. On peut tenter de frapper à sa porte. »

Il était bien connu qu’à la Nouvelle-Orléans, il valait mieux chercher la compagnie des hommes quand vous n’étiez pas forcément le bienvenue : moins investis dans les coven, il y avait moins de risques qu’ils vous fassent des mauvais coups.


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Abel ne comprenait pas. Il ne comprenait pas l'effet que cet endroit avait sur elle, la panique qui l'envahissait peu à peu, la crise d'angoisse qui la guettait rien qu'à la vue de ce quartier. Il ne réalisait pas à quel point elle avait pu être mal dans cet endroit les derniers mois de sa présence, à quel point elle avait étouffé. Évidemment qu'il ne réalisait pas, quand il rentrait, lorsqu'il revenait, tout allait mieux, elle s'apaisait, elle retrouvait le sourire, elle reprenait plaisir à être là. Mais il avait été de moins en moins là et Isy avait été de plus en plus mal à la Nouvelle-Orléans et c'est comme si tout cela, tout ce mal-être enfoui qui aurait dû disparaître au fil des ans mais qui resurgissait encore plus fort qu'avant, renforcé par l'appréhension, la culpabilité et la peur. Elle n'avait pas réalisé à quel point les choses seraient impossibles. Elle n'avait pas réalisé que cela serait à ce point, même en acceptant de venir jusqu'ici. Avant cet instant, avant qu'elle ne se trouve là, cela semblait presque abstrait, c'était lointain et soudain, tout reprenait corps, tout reprenait vie et Isobel ne pouvait plus. Et il ne comprenait pas, elle l'entendait dans son ton calme, dans le regard qu'il posait sur elle, il ne réalisait pas. Il était là aussi le fossé entre eux : ils avaient cessé de se comprendre et cela ne datait pas d'aujourd'hui. C'était il y a seize ans, quand elle avait cessé de comprendre son implication dans leur société et qu'il n'avait pas compris l'ampleur de son rejet.

Elle secoua la tête lorsqu'il posa une main sur son bras, comme pour essayer de la rassurer. Mais rien n'y ferait : elle voulait juste partir d'ici. Elle trouverait une solution ou elle n'en trouverait pas, tant pis, elle en assumerait les conséquences mais elle ne ferait pas face à cela. C'était bien la seule chose qu'elle refusait d'affronter dans sa vie : ses racines, ses origines, son passé. Cette part d'elle qu'elle avait renié. Sa plus grande faiblesse et sa plus grande honte, sa plus grande souffrance et son plus profond déni. Peu importait les mots d'Abel, ses tentatives pour la convaincre : il se trompait, la chose la plus difficile n'avait pas été la décision. La décision, c'était des mots. Être ici, c'était un acte et elle voulait revenir en arrière. Il ne pourrait pas la forcer de toute manière, qu'allait-il faire ? La traîner en plein milieu de la rue Bourbon pour ameuter leurs familles ? Elle pouvait transplaner en une seconde, se retrouver loin d'ici, repartir. Même l'idée de revoir sa mère ou son grand-père ne suffisait pas. Elle ne voulait pas voir sa mère ! Elle ne voulait pas la revoir, recroiser son regard, son air satisfait de voir qu'elle avait eu raison ! Elle ne voulait pas ramper aux pieds des prêtresses pour demander de l'aide, elle ne voulait pas redevenir cette gamine à leur merci et c'est bien ce qui se passerait ! Elle ne leur serait pas de nouveau redevable, elle ne retomberait pas dans tout cela et peu en importaient les conséquences. Isobel n'était plus d'ici.

- Non, répéta-t-elle, non. Laisse tomber Abel, t'entends ? Laisse tomber ! Je ne peux pas, je n'irai pas. C'était une erreur de venir ça, je ne sais pas ce que tu croyais. Le mal est fait, c'est trop tard. Tu crois qu'ils vont me tomber dans les bras ? Ou que je vais retomber dans les leurs ? Ou que je vais retourner dans tout ça ? C'est fini. S'il te plaît.


Isobel Lavespère
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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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La réponse d’Isobel qui laissait voir un état d’angoisse qu’Abel avait mal mesuré le laissa silencieux l’espace de quelques secondes. C’était bien la première fois depuis qu’il l’avait retrouvée qu’il la voyait perdre ses moyens à ce point. Elle était plutôt pleine de confiance en elle, en temps normal, et lorsque quelque chose avait le pouvoir de l’atteindre, elle avait tendance à se replier derrière un mur défensif de mauvaise foi, plutôt que de laisser voir une quelconque faiblesse.

Pourtant, cette fois, c’était bien simple : Isobel Lavespère paniquait complètement. Abel se tira de sa contemplation pour faire un pas vers elle et poser les mains sur ses épaules, comme s’il s’apprêtait à la secouer un bon coup. Ce qu’il ne fit pas, en tout cas, pas par les gestes.

« Ok, alors d’abord, tu vas respirer un grand coup, ordonna t-il, son regard fixé dans le sien. Ensuite, tu vas te répéter toutes les raisons pour lesquelles tu as accepté de venir ici. Tu peux le faire, tu es plus forte que ça. Tu ne retomberas dans les bras de personne, tu n’es plus la petite adolescente qu’ils pouvaient manipuler et réprimander à leur guise, et tu le sais. Allez, ce n’est pas moi qui vais réveiller l’estime que tu as de toi, quand même ? lança t-il, un mince sourire passant furtivement sur son visage. Pourquoi il n’y aurait qu’un seul gagnant à la fin ? Négocie, tu en es capable. Tu sais ce que tu vaux, il ne tient qu’à toi de le leur montrer et de ne pas te laisser écraser. »

Abel était persuadé que l’éloignement, le déni long de seize années avait biaisé le jugement d’Isobel et qu’elle faisait une terrible montagne d’une situation qui se passerait probablement pas aussi mal qu’elle ne l’imaginait. Evidemment, elle ne serait pas accueillie à bras ouverts, loin de là. Mais elle n’était pas complètement démunie, elle avait ses propres armes pour affronter ce qu’elle avait laissé en plan des années plus tôt, et qui entre temps, avait changé bien plus qu’elle ne l’imaginait. Il était parfaitement normal que ses angoisses, le mal-être qu’il l’avait poussé hors de la Nouvelle-Orléans resurgisse au moment où elle y revenait, et au fond, elle pouvait se complaire à la situation, et faire machine arrière, pour ne pas affronter tout ça. Mais Abel était persuadé que ce qui lui apparaissait comme une terrible épreuve à l’heure actuelle la rendrait plus forte que jamais, si elle y survivait. Si elle acceptait de juste tenter l’expérience. Ce n’était pas tant contre sa mère, ses tantes, sa famille qu’elle était sensée lutter à l’heure actuelle, plutôt que contre elle-même : mais le voyait t-elle ?

« Ne présume pas de la réaction de personnes que tu n’as pas vues depuis tant d’années. Il s’est passé énormément de choses ici, le temps ne s’est pas arrêté à ton départ pour les personnes qui t’ont connu. Les gens ont changé, certains fonctionnements aussi… Ce n’est plus tout à fait la Nouvelle-Orléans que tu as quittée, tu pourrais être surprise. » Evaluant du regard la jeune femme, il resta un moment silencieux, avant de reprendre avec une certaine sagacité : « On peut toujours faire demi-tour, mais pense à ce que ça signifierait. L’état dans lequel tu es depuis un moment… Ce n’est pas juste le surmenage de Leopoldgrad, je le sais, et tu le sais aussi. Tu n’es pas une fille lâche, Isobel. Alors affronte tes démons, une bonne fois pour toutes. »


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Isobel suivit des yeux le geste que fit Abel pour poser ses mains sur ses épaules, surprise d'une certaine façon. Elle voyait bien dans son regard qu'il ne comprenait pas et elle avait l'air sûrement stupide, plantée ainsi au milieu d'un trottoir surchauffé par le soleil de Louisiane. La foule passait autour d'eux, les évitant, et ils restaient là, elle restait là, incapable d'avancer vers le Vieux Carré. Elle soutint son regard alors qu'il essayait de la rassurer, plutôt en vain. Elle avait accepté impulsivement - désespérément -  de revenir et toutes ses justifications lui semblaient stupides désormais. Elle se débrouillerait toute seule pour ses pouvoirs, irait dans les Caraïbes s'il le faut, essayerait du côté de Bâton-Rouge ou de Lafayette dans des branches éloignées de sa famille. Elle honorerait Michelle de son côté, elle n'avait pas besoin de la Nouvelle-Orléans, elle ne voulait plus en avoir besoin.

Peu importait les mots d'Abel, Isy n'avait plus l'impression d'être forte à cet instant précis. Pourtant, elle avait cultivé cela depuis des années et des années, depuis qu'elle était partie. Elle s'était débrouillée toute seule, plus ou moins bien, mais elle l'avait fait. Elle avait seize ans à peine le jour où elle était partie et avait su se gérer. Elle avait su trouver des emplois, même précaires, pour subvenir à ses besoins, assurer sa sécurité, pour s'assurer elle-même. Elle avait appris à se débrouiller seule, sans jamais demander l'aide de personne. Elle avait fait ses premiers pas dans l'âge adulte de la manière la plus brusque et violente possible et ce, dans tous les domaines sans exception. Elle avait tout fait seule. Noël, Thanksgiving, son anniversaire. Elle avait passé les examens d'entrée à l'université sans jamais être aidée, elle avait révisé seule, sans jamais avoir mis un pied dans un lycée sorcier. Elle avait financé ses études en travaillant à côté, cumulant les deux jusqu'à ne même plus en dormir. Elle avait construit sa vie seule et Isobel était fière de cela, elle l'avait toujours revendiqué. Même dans les pires moments, même quand elle était perdue, qu'elle se sentait horriblement seule, elle avait toujours résisté à l'envie de revenir, jusqu'à ce que cette dernière disparaisse complètement, se mutant en hantise de jamais remettre un pied dans le quartier. Être là aujourd'hui, c'était un échec, un horrible échec et Isobel se sentait plus faible que jamais. La plaisanterie d'Abel ne la fit même pas sourire et elle secoua la tête. La seule chose que son estime lui disait en ce moment, c'était de transplaner le plus loin d'ici possible et ce, plutôt rapidement.

- Négocier avec ma famille ? Ils ne négocient pas. Ils font, c'est tout.

Elle ne tenait pas non plus son caractère et sa manière de voir les choses de nul part. Sa famille avait beau faire partie des instances dirigeantes de la société magique de Louisiane, la diplomatie n'était pas le fort de la plupart de ses membres. A vrai dire, ils laissaient cela aux Laveau, privilégiant le plus souvent des solutions plus drastiques. Cela avait aussi fait leur réputation à la Nouvelle-Orléans et en dehors des frontières de cette dernière : Isy était persuadée que certains avaient quelques doutes sur leur santé mentale et, lorsqu'elle pensait à sa tante Isadora, elle devait avouer qu'elle comprenait pourquoi et partageait même certaines hésitations avec eux.

- Je reviens en position de faiblesse, je n'ai rien à mettre sur la table pour négocier ! Ma... Elle s'apprêtait à dire "magie" mais s'interrompit en se mordant la lèvre, peu encline à parler de ses pouvoirs au milieu d'un trottoir. La magie était chose commune ici pourtant, même chez les moldus qui pratiquaient aussi leur vaudou, mais s'afficher publiquement comme sorcière - lorsqu'on l'était réellement - n'était pas la meilleure des idées. Je n'ai rien à offrir à la famille, sur le plan qui les intéresse. Pas tant qu'elles ne m'aident pas. Et on en revient au fait qu'elles n'ont aucune raison de m'aider ! Tu vois, ajouta-t-elle cyniquement, même moi je ne m'aiderai pas. Je m'enfermerai dans un coin de caveau et je testerai quelques sortilèges cools, histoire de voir.

Elle soupira lorsqu'il lui répéta de ne pas projeter la réaction de personnes qu'elle n'avait pas vu depuis seize ans. Il est vrai que le temps avait forcément changé des choses, la vie aussi, l'ouragan Katrina. Elle analysait la situation avec des informations datées de seize ans, des informations issues de l'esprit d'une adolescente en souffrance et d'années de rancœur. Isobel n'était pas objective. Mais elle ne pouvait pas faire autrement. Pourtant, elle savait qu'Abel avait raison dans le fond, elle avait même envie de le croire. Mais elle n'était pas optimiste. Sa dernière phrase lui tira un rire jaune et elle secoua la tête, détournant un instant le regard vers Canal Street. Vrillant ses yeux noirs dans les siens, elle releva légèrement le menton, se sentant pour la première fois un petit mieux - paradoxalement - comme légèrement ranimée par la colère qui l'avait envahie la première fois qu'elle avait entendu ces mots dans la bouche d'Abel.

- C'est toi qui m'as dit que j'étais lâche, pourtant, lui rappela-t-elle.

Également égoïste et manipulatrice - ce qu'en soit, elle ne daignait pas - mais de la part d'Abel, cela avait été suffisamment marquant - blessant ? - pour qu'elle retienne toutes ses paroles mot pour mot.

- Une fois de plus, une fois de moins, qu'est-ce que ça changera ? Ils ne me pardonneront pas plus si je reviens. Même toi, tu ne me pardonnera jamais.

Elle l'avait fixé un peu plus fort à ces mots, sans pouvoir s'en empêcher.

- Je ne sais pas ce que tu espères de ça, Abel, que je retombe dans les bras de ma famille, qu'on fasse un grand barbecue Laveau-Lavespère en rigolant des bons souvenirs et qu'on aille tous au lac Ponchartrain comme quand on était gosses, tous les deux, mais... C'est fini, ça. Je n'aurai pas dû accepter. Juste... Elle soupira, se passant une main sur le visage avant de croiser ses bras sur sa poitrine. Oublie ça, d'accord ? Je vais... Je sais pas, je vais rentrer, je vais me débrouiller. Ça sera pas la première fois ni la dernière.


Isobel Lavespère
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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Abel ne savait quelle bête avait piqué Isobel pour qu’elle retourne sa veste aussi brusquement, mais elle devait être bien grosse. Bon, il exagérait, sa réaction était largement compréhensible… Au fond, Abel ne savait pas quoi ajouter de plus pour la convaincre de ne pas abandonner si vite. C’était un choix difficile, mais c’était surtout un choix qui lui appartenait. Il était simple, depuis sa position, de lui assurer que tout irait bien : ce n’était pas lui qui allait se trouver à affronter le jugement de sept puissantes sorcières, qui pouvaient choisir de l’humilier. Abel était conscient que l’une des issues possibles était celle où Isobel quittait la Nouvelle-Orléans, encore plus mal en point qu’en y étant revenue. Il n’ignorait pas cette possibilité, mais il refusait d’y croire. Il pouvait, lui, y croire, et il le devait, au moins face à Isobel : ou elle allait mettre à exécution ses paroles, et tourner tout bonnement les talons. A cet instant, il était bien la seule personne à la retenir.

Toutefois, si l’on pouvait appeler cela un bon point, le cynisme mordant dont elle savait faire preuve avait refait surface, ce qui était toujours mieux que la pure panique qui l’avait saisie tout à l’heure. Plus rassurant, en tout cas. Abel savait mieux gérer une Isobel jouteuse verbale, plutôt qu’en perte de ses moyens. Il l’avait su, en tout cas. Elle avait ce chic pour rebondir exactement avec ce qui allait vous mettre en difficulté, comme ce rappel de ce qu’il avait pu lui dire des mois plus tôt. Un petit soupir franchit ses lèvres, presque malgré lui. Il lui avait dit bien des choses, plus ou moins difficiles à entendre, certaines sous le coup de la colère. Mais en toute honnêteté, il n’aurait jamais pu se résoudre à ce que Isobel attendait de lui. Garder un simple bon souvenir d’elle, sans rancune, sans tenter de revenir sur ce qui s’était produit ? Abel avait laissé éclaté une colère qu’il estimait légitime, quand bien même elle avait fait des dégâts. Parfois, il était nécessaire de purger le mauvais sang pour repartir de bon pied, et ma foi, Abel n’avait pas la sensation de nourrir encore une telle rancoeur envers Isobel, bien loin de là. Aurait t-il pris la peine de l’aider, de l’accompagner ici et de tenter de la retenir, sinon ?

Mais ce qui lui semblait assez évident ne l’était pas forcément pour la principale intéressée, comme le laissa croire ses paroles suivantes. Ce fut l’instant où il se décida à réagir, balayant d’un geste de la main la fin de son discours défaitiste :

« Qui a dit que je ne t’avais pas pardonné ? »

Scrutant Isobel du regard, il se fit presque aussitôt la réflexion qu’en l’occurrence, le problème était plutôt inverse. Bon. Il se sentait presque mal à l’aise, tiens. Enfouissant les mains dans ses poches pour s’empêcher de les tortiller, Abel haussa les épaules, détournant légèrement le regard.

« Ecoute, je suis désolé de t’avoir dit toutes ces choses. Que tu étais lâche, égoïste, et autres… Je t’en voulais. Honnêtement, j’étais plein de rancoeur, de colère, d’incompréhension, et tu ne peux pas me blâmer pour ça, vu la façon dont tu es partie. Je ne vais pas te refaire le discours, je pense que tu as compris à force… Et c’était aussi fatiguant pour lui de le répéter. Mais ça voulait pas que c’était… définitif, comme état d’esprit ou comme avis que je peux avoir sur toi. »

Comment formuler ce qui était si intériorisé en lui ? Abel n’était pas quelqu’un de volubile en temps normal, encore moins lorsqu’il s’agissait de parler de ce qu’il ressentait. Mais il allait devoir s’y résoudre : il ne pouvait pas attendre des efforts de la part d’Isobel, si lui-même n’était pas prêt à céder un peu de terrain.

« On a grandi ensemble, je sais bien quelle personne tu es, et je n’ai pas l’impression qu’elle a… foncièrement changé. »

Oh, il lançait un pari, là, il était encore loin de connaître la Isobel qui avait pris seize années dans la figure, mais Abel restait un homme assez intuitif, avec des pressentiments souvent justes. Encore plus lorsqu’il s’agissait de personnes qu’il avait longtemps observées, comme Isobel.

« Et détrompe-toi, les gens ici ne pourront te pardonner que si tu reviens. Puis, j’aurais tendance à dire que j’avais un million de fois plus de raisons de t’en vouloir d’être partie sans un mot, que des prêtresses qui ne t’ont pas si bien connue. Du coup, si on reprend ton raisonnement, si moi j’ai pu te pardonner… Ses épaules se haussèrent à nouveau, cette fois, moins tendu par l’inconfort de la situation, même, plutôt tranquille. Qui sait pour les autres ? »


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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De longues secondes. C'est le temps que prit Isobel pour fixer Abel, ses pupilles noires le scrutant comme pour déceler le mensonge ou la vérité dans ses mots. Sa question était rhétorique et pourtant, elle résonna dans l'air et dans son esprit. Il y avait beaucoup de colère entre eux, beaucoup de rancœurs, de non-dits et de choses en suspens. Il lui en avait voulu si fort, elle l'avait bien compris, elle l'avait senti dans chacun de ses mots. Elle avait même pensé qu'il la détestait. Elle pouvait le comprendre même si c'était douloureux mais une fois ce constat-là accepté, elle ne comprenait pas qu'on puisse le dépasser. Abel était rancunier, la preuve n'était plus à faire. Rien n'avait changé depuis, même s'ils avaient parlé, même s'ils avaient eu quelques échanges cordiaux, les faits étaient toujours là. Elle était partie sans lui dire, avait rompu seize ans d'amitié durant seize année supplémentaires et même si elle avait essayé de lui faire comprendre son geste, il était encore là. Alors pourquoi lui aurait-il pardonné ? Elle-même était encore en colère contre lui, pour ses mots, ses actes, pour le retour de sa mère, surtout. Elle lui en voulait, elle n'avait pas envie de le pardonner. Alors pourquoi lui le ferait-il ? Encore une fois, elle ne comprenait pas mais cela tendait à devenir une habitude. Elle avait fini par comprendre pourquoi il était revenu, pourquoi il était arrivé si brusquement dans sa vie. Mais elle ne comprenait pas les pas qu'il faisait vers elle, elle ne comprenait pas sa propension à l'aider, à essayer de l'accompagner dans elle ne savait trop quel chemin de rédemption.

Qu'espérait-il ? Il ne lui avait toujours pas répondu. Pourquoi faisait-il tout cela, venait avec elle jusqu'à la Nouvelle-Orléans ? Il n'était pas assez altruiste pour le faire par pure bonté d'âme, par simple bonne action. Isobel ne pensait pas qu'ils puissent un jour revenir à ce qu'ils avaient avant, loin de là. Elle ne savait même pas si elle en avait envie, dans le fond. Elle était perdue par rapport à tout cela et n'avait pas envie, en plus, de s'appesantir sur les liens étranges qui la maintenaient à Abel, qui les réunissaient là, à quelques pas de l'endroit où ils avaient tous les deux grandis. Elle avait mille autre choses en tête, mille autres choses qui l'obsédaient mais des fois, cela s'imposait à elle sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit. Tout se mélangeait, ses souvenirs d'enfance, tout ce qu'elle avait pu enfouir le plus loin possible pour ne plus jamais y repenser, et le présent. Tout ce qu'elle avait pu vivre avec Abel et, lorsqu'on y regardait bien, tous les bons souvenirs qu'elle pouvait avoir d'ici l'incluait. Ils avaient été tellement amis qu'avec le recul, elle avait du mal à croire. Ils étaient tout le temps ensemble enfants, littéralement, jamais sans l'un sans l'autre. Ils se retrouvaient le matin, ne se séparaient que pour l'école, se retrouvaient au parc le soir, partageaient leur goûter jusqu'au moment de rentrer dîner et recommençaient le lendemain. Dans tous les moments de leur vie ils avaient été tous les deux. Quand sa grand-mère était morte, dans le cortège funéraire, il était venu lui prendre la main et il était resté avec elle alors qu'il avait sa famille. Même lorsqu'elle était partie à Bâton-Rouge, ils s'étaient écrit tous les jours sans exception, même juste pour se raconter leurs journées. Deux ans de lettres quotidiennes et elle n'en n'avait jamais raté une. Ils avaient été les meilleurs amis du monde durant des années, elle l'avait aimé très fort, elle l'avait aimé tout court, elle avait été amoureuse de lui. Et tout cela, tous ces vieux sentiments, ces ressentis qui avaient rythmé son enfance puis son adolescence, explosaient dans son esprit et se confrontaient à ce qu'elle ressentait maintenant, au fossé des années entre eux, à la rancœur qu'elle avait à son égard, aux mots qu'ils avaient échangé, à leurs cris, leurs rages, leurs disputes. Et tout cela formait une cacophonie étouffante qu'elle ignorait de toutes ses forces.

Ses excuses, elle ne s'y attendait pas non plus. Elle aurait pu dire qu'elle s'en fichait mais c'était faux : cela lui fit du bien. Si elle retenu les paroles d'Abel mot pour mot, c'est parce qu'il l'avait blessée, bien plus qu'elle ne voulait l'admettre. Il lui avait fait beaucoup de peine en lui disant cela, tout simplement parce que contrairement à lui, elle ne lui en avait pas voulu durant seize ans. Recevoir toute cette colère d'un coup, sans qu'elle ne s'y attende, cela avait été violent et Isobel avait réagi avec force, dans une escalade qui n'était bonne pour personne. Alors ces excuses-là, elles furent étonnamment apaisantes. Qu'il revienne un peu sur ses mots durs, admette que ce n'était pas forcément ce qu'il pensait d'elle, cela mit un peu de baume au cœur d'Isobel, surtout la dernière phrase. Elle n'avait besoin de la validation de personne, c'est ce qu'elle aimait bien se dire. Peu importait alors qu'elle ait changé en seize ans, non ? Mais pourtant... Elle aimait bien l'idée d'avoir un peu au fond d'elle ce qui faisait ses qualités il y a longtemps, comme pour contrebalancer les hautes barrières soigneusement et volontairement érigées. Elle resta un instant silencieuse après qu'il eut fini de parler, plus tranquillement, et promena ses yeux sur les façades colorées, sur le monde qui s'étendait devant elle. Elle finit par pousser un soupir, croisant ses bras sur sa sa poitrine.

- D'accord, murmura-t-elle, en une acceptation à la fois de ses excuses et de lâcher son coin de trottoir.

Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle faisait ou dans quoi elle se lançait mais visiblement... Elle y allait. C'était absolument terrifiant et elle sentait son cœur exploser dans sa poitrine, un froid glacial se répandre dans son ventre mais elle essaya de faire comme si de rien n'était. Elle avait réussi à s'en sortir à seize ans, à trente-deux ans, cela devrait être facile, non ? Non. Mais dans toute bonne négociation, il fallait avoir l'air d'être sûr de soi, même si vous étiez sur le point de transplaner à l'autre bout du pays, comme maintenant d'ailleurs. Ce n'était que des sorcières, non... ? Elle en était une. Avec des pouvoirs un peu aléatoires c'est certain mais elle faisait toujours bien exploser les choses. Et elle avait mis le feu à une plante de son appartement il y a quelques jours. Toujours bon pour en imposer un peu. Et puis ce n'était que sa famille ? Sa mère, alcoolique notoire, sa tante Isadora, folle à lier, une sorte de Mildred Magpie en vaudou... Pas convaincant. Et puis au pire, elle mourait. Pas besoin de s'embêter à trouver une concession en Angleterre comme ça. Inspirant un grand coup, pas du tout rassurée mais tant pis, elle se tourna néanmoins une dernière fois vers Abel, sa queue de cheval haute se balançant dans son dos.

- Par contre je te préviens : je te tiendrai personnellement responsable de ce qui arrivera dans ce quartier et j'espère que tu te sentiras bien coupable.

Une seule rue les séparait du Carré Français et la grande hantise d'Isobel alors qu'ils traversaient avant que le tramway ne reparte, c'était de croiser quelqu'un qu'elle connaissait. Avec un peu de chance, ils ne la reconnaîtraient pas. Elle avait quand même dû changer en seize ans ? Elle était plus grande, déjà - et avait des sandales à talons - plus adulte, forcément, moins de rondeurs sur son visage mais Abel l'avait reconnue du premier coup... Elle avait toujours les mêmes yeux noirs, les mêmes tâches de rousseur éparses sur ses pommettes, les mêmes cheveux, même si plus foncés avec la différence de soleil entre la Louisiane et le reste du monde. Pourquoi est-ce qu'elle portait une robe jaune, aussi ? Elle tira un peu nerveusement sur les pans de sa veste en jean comme pour la dissimuler, alors qu'ils mettaient un premier pas dans le Carré. Ne pas s'arrêter là. La rue Bourbon s'étendait devant eux, la rue de sa mère. L'immeuble où elle avait vécu était au bout de la voie même si elle ne le voyait pas d'ici. Tout autour d'elle était terriblement familier et la ramenait à des temps révolus depuis longtemps. Elle crut reconnaître quelques visages dans la foule des touristes et en sursauta presque, mais réalisa qu'elle était paranoïaque. Oui, sa famille était sûrement autour et le Carré était petit mais ils n'avaient pas d'indicateurs-à-Isobel pour repérer sa présence. Ou du moins elle n'espérait pas. Elle avait caché sa trace magique durant des années après sa fugue pour éviter d'être repérée par les sorts de localisation et les utilisations de pendules - outil redoutable bien que délaissé en Occident - mais ne prenait plus cette précaution depuis longtemps. A tort, sûrement, mais il était trop tard pour s'en soucier.

Nerveuse comme pas possible, elle passait devant les vitrines, les bars, les hôtels, laissant malgré elle son regard se poser sur tout ce qu'elle croisait. Tiens l'herberie d'Angélique Laveau était devenue un bar, étrange. Comme tous les jours à la Nouvelle-Orléans, de la musique retentissait dans la rue, un groupe jouait sur le bord d'un trottoir, les groupes de touristes passaient, le nez en l'air. Elle aurait pensé que sa ville natale aurait gardé plus de stigmates de l'Ouragan, au vu des photographies... Mais le Carré Français avait été le moins touché, sûrement protégé par la magie, et était toujours très entretenu, du fait de son attrait historique (et parce que les covens en possédaient une grande partie et entretenaient ce patrimoine depuis des siècles, à l'époque où le quartier était pauvre et principalement noir). Si son grand-père n'avait pas déménagé en seize ans, il vivait dans une petite impasse parallèle à la rue Bourbon, tout au fond, dans une maison colorée, si typique de la ville. Elle avait passé les premières années de sa vie dans cette maison, jusqu'à son arrivée avec sa mère, au décès de sa grand-mère Anne. Elle angoissait de le revoir, elle s'était toujours sentie un peu coupable de l'avoir abandonné mais il avait ses autres petits-enfants, Michelle notamment. Mais maintenant que Michelle était décédée, elle voyait les choses sous un autre angle. Ils approchaient presque de l'allée, quand un appel en français retentit parmi la foule.

- Hé, salut Abel !

Isobel se tendit immédiatement et se retourna vers lui. Quelqu'un qui connaissait Abel, c'était sûrement quelqu'un qui la connaissait elle. Et elle n'avait pas envie, du tout, surtout maintenant que la situation se présentait.

- Je t'ai dis que je te détestais ? Non ? Parce que je le pense. Surtout maintenant, déclara-t-elle à toute vitesse, angoissée.


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Il parut s’écouler une éternité avant qu’Isobel ne livre sa réponse. L’instant n’était peut-être pas si long dans la réalité, mais c’était l’un de ces silences méditatifs où les pensées d’Abel se bousculaient à peu près autant que celles d’Isobel. Il venait de s’ouvrir sur des choses pas forcément faciles à dire, et la plupart de ses réflexions tournaient désormais sur ce qui pouvait bien se passer dans la tête de sa vieille amie. L’avait t-il touché ? Il espérait, car Abel avait un peu l’impression d’avoir usé de ses dernières cartouches. Il pourrait toujours argumenter, insister, mais si la carte de son ressenti sincère ne fonctionnait pas, il n’était pas sûr que toute la raison du monde puisse convaincre Isobel de ne pas faire demi-tour. D’ailleurs, il préférait autant ne pas insister : c’était un choix trop important à faire pour qu’il puisse être de son fait. Soit Isobel acceptait de faire ce cheminement, soit elle refusait en son âme et conscience, mais il ne pouvait rien faire de plus dans ce dernier cas, à part dire qu’il l’avait prévenue, si ce choix lui retombait dessus…

Lorsqu’elle finit par souffler son accord, Abel ne réagit pas tout de suite, étonné bien malgré lui. Il s’était plutôt convaincu qu’Isobel allait camper sur ses positions, étant donné l’angoisse que cette décision éveillait chez elle. Forcé de constater qu’il pouvait encore avoir une influence sur elle, il se détendit un peu. Ses muscles s’étaient crispés ces dernières minutes, sans même qu’il ne s’en aperçoive. Sans être à la place inconfortable d’Isobel, la perspective de ce qui les attendait le tendait lui aussi. Après tout, c’était un pari qu’il faisait… et il n’avait pas envie d’envoyer celle qui avait été sa meilleure amie vers une mort certaine. C’était un choix qu’elle devait faire, oui, mais il n’empêchait qu’il avait une certaine part de responsabilité, pour l’avoir influencée. Ce qu’Isobel résuma très élégamment, par une menace à peine voilée qui lui tira un sourire. Etrange façon de détendre l’atmosphère, et pourtant cela fonctionna. Il rétorqua avec le flegme qui le caractérisait tant, en haussant les épaules, son regard déjà reporté sur le Carré Français qui les attendait :

« Très bien. S’il t’arrive des bonnes choses, j’attends un cadeau de remerciement, alors. »

Il entama la marche vers le quartier de leur enfance d’un pas tranquille, mais décidé, surveillant régulièrement du coin de l’oeil qu’Isobel restait à ses côtés. Il ne manquait plus qu’elle s’exclame que c’était une blague et qu’elle s’enfuit en courant à la dernière seconde. Amusé de cette pensée, il laissa un léger sourire flotter sur ses lèvres. C’était plus fort que lui, il ne pouvait s’empêcher d’être un peu… content de la situation. Isobel faisait son retour. C’était vrai, c’était réel cette fois. Ce n’était pas un de ses nombreux rêves qu’il faisait dans les mois qui avaient suivi son départ, et qui le réveillait en sursaut pour se rendre compte qu’elle n’était jamais revenue. Elle était réellement en train de marcher à côté de lui, dans une configuration qui aurait pu exister si elle n’était pas partie. Lui, dans son T-shirt et son jean, sa veste nonchalamment jetée sur ses épaules, elle avec sa queue de cheval qui se balançait et sa robe d’été toute jaune. C’était drôle, d’un point de vue extérieur, ils devaient avoir l’air de ces adolescents qu’ils avaient été un jour, arpentant les quartiers côte à côte, mais avec des visages un peu plus carrés, des postures un peu plus adultes. En remontant la rue Bourbon, c’était le temps qu’Abel avait l’impression de remonter… Et c’était une sensation fort étrange.

Sensation qu’il savoura en silence, du moins jusqu’à ce qu’un appel n’interrompe leur marche. Ah. Abel jeta machinalement un oeil à sa montre. Il s’était donné à peu près cinq minutes avant que quelqu’un ne les interpelle, ils étaient dans les clous. C’était comme ça, dans le Carré Français où tous se connaissaient, le retour de quelqu’un était forcément très vite remarqué. Et pourtant, aujourd’hui, ce n’était pas celui d’Abel qui était le plus notable…

« Ce n’est pas le moment de me détester, affiche plutôt un air normal et contrôle ton aura, avant faire sonner des radars » conseilla pragmatiquement l’archimage.

Radar était un mot à peine exagéré, quand on connaissait la personnalité de certaines vieilles mégères qui traînaient sur les balcons. Heureusement, la personne qui se dirigeait vers eux étaient plutôt de nature inoffensive.

« Salut Alexandre. »

Son cousin qui avait longtemps fait partie de leur bande d’amis, dans leur enfance, s’arrêta à leur hauteur, visiblement concentré sur l’arrivée d’Abel. Il ne semblait même pas avoir remarqué la présence d’Isobel. Alexandre avait toujours été ainsi, malgré tout le respect qu’Abel avait pour lui : plutôt monotâche.

« Ah, tu réponds en anglais, maintenant ! Ca se voit que ça fait longtemps que t’es pas venu, toi, se moqua l’homme, en offrant une étreinte à Abel. Comment ça va ? Ca a l’air de bien se passer, l’Angleterre, j’ai cru comprendre que tu commençais à être connu là-bas. Fais gaffe, tu vas devenir la nouvelle idole des jeunes filles ici, ricana t-il.
- Excuse-moi de te voler la vedette, alors. » sourit l’archimage.

Si leurs caractères sensiblement différents avaient souvent été source de rivalité ou de conflit dans leur passé, Alexandre et Abel s’étaient toujours relativement bien entendus, malgré tout. Ayant grandi ensemble avec deux années d’écart, leurs mères étaient soeurs, et ils s’étaient facilement retrouvés à partager beaucoup de choses. Alexandre pouvait se targuer d’être l’une des quelques personnes qui avaient suffisamment approché Abel pour bien le connaître. Et surtout, pour bien savoir comment le taquiner… Il sauta sur l’occasion de titiller son cousin, dès le moment où il aperçut une jeune femme à ses côtés :

« Oh, c’est pas souvent que tu reviens accompagné, dis-moi ! »

Là, c’était plus gênant. Pas à cause de ce que sous-entendait Alexandre, mais plutôt parce que ses neurones n’avaient pas l’air d’avoir percuté, pas assez vite en tout cas. Face au silence perplexe d’Abel qui se demandait comment réagir, Alexandre comprit le malaise qu’il venait d’installer et reporta son regard sur Isobel, la scrutant d’une façon presque gênante.

« Attends un peu… »

Le visage du Laveau, qui avait toujours été beaucoup plus expressif que celui de son cousin, laissa voir toutes les étapes de sa réflexion, de la surprise à un choc évident, qui le laissa muet. Le regard d’Abel sautilla de l’un à l’autre, avant qu’il ne se décide à reprendre la situation en main, qui devenait franchement étrange.

« Je ne te présente plus Isobel. »

La prise de parole d’Abel parut réveiller Alexandre, qui comprit que que c’était à son tour de dire quelque chose. Il s’efforça de réagir, toujours sous un choc qui le rendit maladroit :

« C’est… Désolé, je sais pas quoi dire. Salut. Je savais pas que tu étais… Vivante ? Heureusement, le mot ne sortit pas. Enfin, bienvenue. J’imagine. »


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- Mon cher Abel, sache que ma présence ici est déjà un cadeau, répliqua-t-elle d'un ton un peu acide afin de camoufler - en vain - sa nervosité.

Car contrairement à lui, qui prenait les choses avec une déconcertante sérénité, Isobel ne parvenait pas à retrouver un apaisement, même d'apparence. Elle ne voulait pas montrer à quel point c'était difficile d'être ici, à quel point elle envisageait de transplaner - le Carré n'était pas sous charme anti-transplanage, non ? - à n'importe quelle minute ou de lancer un sort dès qu'elle verrait quelqu'un de sa famille. L'avantage d'avoir suivi une remise à niveau au sein de la ville de Salem lui permettait de maîtriser la magie par sa baguette magique, assez du moins pour lancer un sortilège de confusion, qui devrait lui laisser le temps de fuir... Sauf si être de retour parmi les siens, plongée dans l'aura magique si particulière de la Nouvelle-Orléans, donnait à sa magie des envies de rébellion. Dans ce cas, elle n'avait plus qu'à courir. Pourquoi avait-elle mis des talons déjà ? Peut-être parce qu'elle passait sa vie en talons et le vivait très bien, mais, si c'était facile de marcher, courir, c'était plus difficile à maîtriser, surtout sur le sol un peu aléatoire du Carré. Soi-disant que cela faisait son charme ! Maintenant qu'elle était revenue, Isobel y voyait plus un moyen de mettre en difficulté les gens qui essayaient de partir d'ici le plus vite possible. Le soir de sa fuite, elle avait des chaussures plates, elle était quand même bien plus maligne à l'époque ! Mais non, elle n'était pas nerveuse, pas nerveuse du tout et elle n'avait pas du tout envie que cela se voit. Elle souffla légèrement, fit tourner la bague qui ornait son index et s'efforça de se concentrer sur son objectif. Son grand-père, pour le moment, c'était la seule personne à qui elle devait penser.

Cela aurait presque pu marcher si quelqu'un ne les avait pas repéré, ou du moins, repéré Abel. Elle aurait presque pu le blâmer pour être si grand et dépasser un peu de la foule, tiens. Pourquoi est-ce que le Carré était si petit ? Moins de deux kilomètres carré, il était presque impossible de le parcourir sans croiser quelqu'un que l'on connaissait, surtout lorsque l'on savait combien de membres de leurs familles vivaient dedans. Isobel le savait très bien en venant et c'est bien pour cela qu'elle était si inquiète : si la communauté magique avait été répartie sur l'intégralité de la Nouvelle-Orléans, cela aurait été plus facile : c'était une grande ville américaine, avec des buildings, de nombreux quartiers... Se cacher aurait été plus facile (oui, elle y pensait encore). Mais non : les Laveau et les Lavespère tenaient le Carré depuis des générations, reléguant les autres covens dans le reste de la ville. Fut une époque, elle en était fière. Maintenant, elle avait envie de maudire les trois filles de Marie Laveau qui avaient décidé de cela. Lorsque Abel lui conseilla de se calmer, elle le fusilla du regard - comme si c'était facile - même si elle savait qu'il avait raison. Ignorant de son mieux l'angoisse qui lui tordait le ventre, elle se concentra quelques instants, dissimulant son aura du mieux qu'elle put. C'était une sorte d'équivalent à l'occlumancie occidentale, donc difficile à maintenir au long terme : l'aura prenait le dessus dès que vous vous relâchiez.

Néanmoins, elle retint un soupir de soulagement en constatant que c'était une silhouette masculine qui s'approchait d'eux à grands pas. Elle craignait bien plus les sorcières que leurs fils. Relâchant un peu le contrôle de son aura - il n'en percevrait pas grand-chose de toute manière - elle chercha dans son esprit qui cela pouvait bien être au fur et à mesure qu'il fendait la foule, avant de réaliser au moment même où Abel prononça son nom. C'était amusant, Isy n'aurait jamais pensé que la première personne qu'elle reverrait à la Nouvelle-Orléans serait Alexandre Laveau. D'ailleurs, pour être tout à fait honnête, elle n'aurait jamais pensé revoir Alexandre Laveau. Pas qu'elle ne l'appréciait pas : ils avaient fait partie durant des années de la même bande de gamins, puis d'adolescents, qui passaient du temps ensemble dans les rues du Carré puis au Bayou. C'était le cousin d'Abel, il était plus âgé, mais elle l'aimait bien. Ils avaient même un peu flirté, fut un temps, et elle le disait en toute innocence. C'était drôle en y repensant, cette partie de sa vie, où les garçons - surtout celui qui l'intéressait le plus - paraissaient un grand mystère. Elle se rappelait encore du soir où Alexandre et elle étaient allés au cinéma - d'autres auraient dû venir mais ils avaient annulé et Abel était à Salisbury, à la fac - pour voir un film moldu qu'elle avait oublié. La soirée, en revanche, elle s'en rappelait bien, il l'avait raccompagnée, l'avait embrassée longuement sur les marches de son escalier. Un premier baiser tout bête d'adolescente, Isobel trouvait même presque ça stupide de s'en souvenir. Mais c'était sûrement par contraste de la vie qu'elle avait mené après tout cela, quand elle avait quitté la ville moins de six mois plus tard. Les autres premières fois avaient été loin d'avoir la candeur de cette soirée d'été là et les autres garçons qu'elle avait pu connaître ces années-là, loin d'avoir la gentillesse d'Alexandre.

Lui ne sembla pas la reconnaître, voire même la remarquer, mais Isobel ne sut pas si elle devait être soulagée ou vexée. Elle observa les deux cousins se saluer, prendre des nouvelles, Abel sourire à Alexandre. C'était presque intéressant de constater à quel point revenir ici, croiser des visages du passé, pouvait la replonger dans des souvenirs. Lorsque Abel était revenu à la Nouvelle-Orléans le week-end qui avait suivi cette soirée, il était fâché contre elle, elle s'en rappelait encore car leurs disputes étaient rares. Elle n'avait pas compris sur le coup, s'était énervée contre lui - elle était déjà fâchée car il ne revenait plus que certains week-end - et ils ne s'étaient plus adressés la parole durant un jour ou deux avant qu'il ne revienne vers elle. Elle n'avait pas fait le lien à l'époque - elle ne lui avait même pas parlé de ce baiser, elle n'avait même pas vraiment envie qu'il le sache - et était passée à autre chose. Mais maintenant, à la lueur de leur dispute de l'autre nuit, lorsqu'il lui avait avoué à demi-mots que leur amitié de l'époque n'était pas si amicale pour lui non plus, en ce temps, elle comprenait mieux. En fait, maintenant qu'elle y repensait (étant donné qu'elle s'y était interdit jusque là), cette information éclairait beaucoup de choses sur la dernière petite année qu'ils avaient passé ensemble. Elle n'arrivait presque pas à croire qu'elle était passée à côté. Elle fut sortie de sa contemplation par Alexandre qui sembla la remarquer enfin, baissant les yeux sur elle.

Elle se sentit un peu mal à l'aise devant son regard insistant, ne sachant pas vraiment quoi dire. C'était un bon exercice d'entraînement néanmoins, de faire face à quelqu'un de vrai, pas juste un souvenir. Elle voyait presque les neurones d'Alexandre s'activer en essayant de la replacer... Elle avait tant changé que cela ? Elle n'avait pas l'impression. Mais entre seize ans à peine et trente-deux ans, quand on ne savait pas qu'elle était là - contrairement à Abel en la retrouvant - il y avait sûrement une marge. Finalement, le choc sur son visage et la manière dont il les regarda tous les deux firent comprendre à Isobel qu'elle était reconnue mais elle garda le silence. Que dire ? Coucou, c'est moi, je passais dans le coin ? Hey, devinez quoi, je suis en vie ? Alors en fait je me suis perdue dans une faille spatio-temporelle en 1992 et je viens tout juste de revenir ! J'ai été enlevée par les esprits ? En fait, j'ai raté mon transplanage - une copine m'attend à Miami et la Nouvelle-Orléans se trouvait entre New-York et là-bas ? Abel m'a carrément forcée, j'ai pas eu le choix. Il me retient limite en otage. Rien ne sonnait vraiment bien. La vérité ? Humpf, pas tentant. Ce fut Abel qui finalement reprit la parole, cherchant visiblement à détendre l'atmosphère... de manière peu efficace. La manière dont Alexandre réagit ne fit que la conforter dans l'idée qu'elle n'avait rien à faire ici. Qu'est-ce qu'elle faisait, sérieusement ?

Elle chercha le regard d'Abel l'espace d'un instant avant de se reprendre. C'était trop tard désormais, Alexandre ne garderait pas éternellement pour lui qu'il avait croisé la disparue Isobel Lavespère sur Bourbon street. Il fallait assumer désormais. Et il y avait deux manières de le faire : soit en montrant à quel point elle était angoissée et inquiète d'être ici, à quel point elle était minée, à quel point elle avait peur d'eux. C'était à la fois montrer patte blanche, être humble et modeste... Et montrer sa faiblesse. Ou bien, elle menait tout cela de la même manière qu'elle avait mené quasiment tout le reste de sa vie : avec insolence. La deuxième était plus risquée, plus désagréable alors qu'elle aurait sûrement dû l'écraser mais... C'était bien plus elle. Alors elle chassa pour un moment de son esprit toutes les pensées qui s'y agitaient - de toutes ses forces - et eut un léger sourire en coin.

- Et bien alors ? On dirait presque tu as vu un revenant...

Et son sourire de s'agrandir, toujours aussi mordant.

- T'es pâle comme un Laveau.

Et cette fois-ci, c'était parti. La Nouvelle-Orléans, second round.


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De toutes les personnes sur qui Isobel aurait pu tomber, elle se trouvait plutôt chanceuse d’avoir tiré ce lot-là. Alexandre Laveau ne faisait pas vraiment partie des personnes qui pouvaient chercher à lui causer du tort. C’était un bon exercice, pour une première rencontre. Le regard d’Abel passait de l’un à l’autre, mais il était surtout concentré à surveiller les réactions d’Isobel. Gênée ? Prise de court ? Angoissée ? Amusée ? S’il était assez facile tout à l’heure de savoir ce qu’elle ressentait, elle semblait cette fois avoir repris ses esprits, et s’être reconstruit cette armure de protection émotionnelle qui était la sienne, comme l’indiqua sa réponse. Ce qui était une pique envers tous les Laveau et leurs ancêtres amusa plutôt Abel intérieurement, même s’il ne fit aucun commentaire. Il n’eut pas à le faire : Alexandre, qui avait toujours été plus bavard, exprima à peu près ce qu’il pensait.

« Je vois… Y a pas de doute alors, c’est bien toi. »


Ce qui avait été surprise et maladresse dans l’expression d’Alexandre s’était changé en léger amusement. Fut un temps où ils étaient une jolie bande, tous les trois, avec Michelle et d’autres, à sortir le soir, à rire et à plaisanter fort comme ces adolescents qui se sentaient en terrain conquis, à se sentir comme si le monde leur appartenait, alors qu’il n’en était rien, ici particulièrement. La sensation d’étouffer arrivait vite, ils avaient tous ressenti à un moment l’envie de voir autre chose, avec plus ou moins d’intensité, plus ou moins de liberté pour pouvoir le faire, aussi.

Dans sa jeunesse, Alexandre s’était montré ambitieux, disant à qui voulait l’entendre qu’il deviendrait quelqu’un d’important, bien au-delà des limites de leur Carré Français. Les faits ne l’avaient pas conduit là où il se projetait. Loin d’être un étudiant modèle comme Abel, il n’avait pas pu compter sur des bourses d’études pour s’en aller explorer l’Amérique. Il était sorti de la Nouvelle-Orléans autour de la vingtaine, pour faire un peu le tour de la Louisiane, enchaîner quelques boulots plutôt manuels, amassant suffisamment d’argent pour pouvoir partir dans d’autres grandes villes… ce qui ne s’était pas fait, pour une raison toute simple. A Lafayette, une autre ville de la côte louisianaise, il avait rencontré la charmante fille d’un restaurateur, mère aujourd’hui de ses deux enfants. Comme on avait souri et commenté ce destin d’Alexandre Laveau, ce Don Juan de ces dames que l’on imaginait pas fleur bleue pour un sou ! Et pourtant… C’était le discret Abel qui commençait à se faire une renommée, et le fougueux Alexandre qui s’était posé et se trouvait satisfait de sa petite vie tranquille où il gérait le restaurant de sa femme.

C’était connu, après l’âge de l’adolescence, on se « perdait de vue », chacun allait vivre sa vie de son côté, se faire de nouveaux amis, et il ne subsistait jamais grand-chose des liens de son enfance, à part ceux qui étaient les plus forts. C’était pour les autres, ça. Aux coven de la Nouvelle-Orléans, chez eux, il n’était jamais vraiment possible de se perdre ainsi de vue. La famille, les amis, les amours, tout cela s’entremêlait étrangement, et finissait par constituer une base que vous étiez certain de retrouver, à un moment ou à un autre. Abel avait beau voyager par les quatre coins du monde et ne plus vivre au Carré Français, il n’avait jamais l’impression de revenir comme un étranger qui devait tout réapprendre et s’adapter, lorsqu’il venait rendre visite à ses proches ici. Non, il lui fallait à peine quelques heures pour retrouver sa routine et assimiler dans les grandes lignes ce qui avait changé durant son absence. Il n’y avait jamais rien de vraiment nouveau, de bouleversant à venir ici pour quelqu’un qui y était né…

Aujourd’hui ferait exception. Le retour d’Isobel Lavespère allait forcément bousculer les choses, choquer ceux qui l’avaient connue, intriguer les plus jeunes, attirer les commentaires pour devenir le principal sujet de conversation du microcosme où ils vivaient. C’était une dimension dont Abel, comme Alexandre, avaient conscience. C’était une situation que les Laveau observeraient sans doute avec cette distance et cette neutralité qui les caractérisait tant. C’était facile pour eux, ce n’était pas l’une des leurs qui revenait après des années de disparition…

Pourtant, sans être aussi impliqué qu’Abel, Alexandre faisait partie des quelques Laveau qui suivraient certainement d’un peu plus près toute cette histoire. Parce qu’Isobel avait fait partie de son entourage un jour, et qu’elle venait par conséquent de bousculer le quotidien qu’il s’imaginait suivre son cours sans une vague. Il ne savait que trop ressentir à cet instant. La surprise l’empêchait encore de laisser s’exprimer ses autres émotions. Il était toutefois d’une nature suffisamment optimiste pour rapidement voir le bon qu’il y avait dans cette situation, et en profiter avant qu’une ambiance moins sympathique ne vienne plomber ces retrouvailles. Passé le choc des premières minutes, il pouvait constater que ce n’était pas une surprise désagréable, bien au contraire. C’était une ancienne amie qu’il revoyait, une amie qu’il avait cru disparue, voire morte, et Merlin, la vie leur avait récemment enseigné qu’il valait mieux profiter des vivants tant qu’ils étaient toujours là. Un sourire plutôt sincère finit donc par détendre les traits de son visage, alors qu’il reprenait :

« Ca, c’est une surprise, en tout cas, je pensais pas te revoir un jour. Il ajouta à l’adresse de son cousin : Tu aurais pu envoyer un courrier pour me dire que tu l’avais retrouvée, j’aurais eu l’air moins stupide ! J’espère que je suis le premier à savoir, au moins. »

Parce qu’il n’y avait rien de tel qu’un peu d’humour pour décoincer les situations critiques, Alexandre eut l’un de ces élans qu’il pouvait facilement avoir envers les gens, contrairement à un certain Abel.

« On fait quoi, la bise ? Allez, tant d’années, ça vaut bien une étreinte. Il franchit un pas vers elle pour se jeter à l’eau et lui offrir une brève étreinte, en lui tapotant le dos, avant de se reculer. Ca fait vraiment bizarre ! C’est… Ouais, bizarre. J’essaye de voir ce qui a changé chez toi.
-Plein de trucs, si tu savais » glissa Abel pour titiller un peu Isobel, sans pouvoir s’empêcher de sourire face à la situation.

Marie Laveau bénisse ceux qui leur avaient envoyé Alexandre. Un accueil plutôt positif, c’était exactement ce qu’il fallait pour redonner un peu de confiance à Isobel après l’angoisse qui l’avait prise plus tôt.


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- En chair et en os, répondit Isobel à Alexandre.

Une bonne chose, une mauvaise chose ? Elle n'avait pas encore statué sur la question et ne le ferait sûrement pas avant quelques temps. Alexandre Laveau, son grand-père voire même sa mère, ils étaient la partie émergée de l'iceberg, la moins ardue. Elle se méfiait bien plus des prêtresses, de sa tante Isadora ou bien même de ses cousines. Les vrais enjeux se tiendraient contre eux et elle n'était pas certaine de les remporter... Mais elle ne voulait pas y penser pour le moment sinon elle n'était pas certaine de rester en place : elle serait plus du genre à disparaître brusquement, elle était devenue une spécialiste dans cet art. Rien que de se tenir au milieu de la rue la rendait nerveuse et si elle essayait de ne rien monter, elle était aux aguets des gens autour d'eux, guettant la moindre aura magique qui pourrait passer. Heureusement, c'était le milieu de la journée et la plupart des sorcières travaillaient, ce qui limitait un peu les chances de les croiser. S'ils étaient arrivés le soir, elle n'aurait peut-être même pas mis un pied dans le Carré.

C'était presque à se demander ce que faisait Alexandre lorsqu'il les avait vu mais elle n'eut pas le temps de creuser la question qu'il reprenait la parole, d'un ton plutôt jovial. Son sourire semblait sincère et il avait l'air plutôt content de la revoir, ce qui surprenait Isobel. Si elle avait dû repenser à lui avant de revenir, elle n'aurait pas dit qu'il serait heureux de la revoir, sans pour autant dire qu'il en serait contrarié. C'est juste qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'on puisse sincèrement être content de la croiser de nouveau dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Elle avait été si mal les derniers mois de sa vie ici, avec l'impression de n'être aimée de personne, encombrante pour tout le monde, qu'elle en avait sûrement perdu de l'objectivité... Mais restait tout de même sur ses gardes. Alexandre n'était sûrement pas représentatif de la majorité des gens, sûrement le contraire. Isy n'avait pas été qu'une adolescente en rébellion contre le monde, elle avait aussi eu des preuves concrètes, des choses que son départ n'avait pu qu'aggraver.

- C'est réciproque, glissa-t-elle quand il affirma qu'il n'avait pas pensé la revoir un jour.

C'était cette ville qu'elle n'avait pas pensé revoir en réalité. Pas au tout début, évidemment. Elle n'avait pas quitté sa maison et sa famille à seize ans en se disant qu'elle ne reviendrait jamais. C'était les années qui avait imposé cette idée dans son esprit, la force des choses. L'adresse à son cousin la fit sourire - elle espérait bien qu'il était le premier à savoir, oui, (et elle aurait bien aimé qu'il soit le dernier)  - et elle se détendit imperceptiblement, cessant de tripoter la bague en argent de son index. Elle finit même par avoir un léger rire lorsqu'il se pencha vers elle pour l'étreindre, arguant que les années le valait bien. Elle lui rendit son étreinte, petite par rapport à lui, alors qu'il maintenait que c'était bizarre. Elle partageait bien cet avis mais c'est vrai que pour lui, qui avait l'air d'être choqué qu'elle soit en vie, cela puisse être encore plus étrange. Isy avait un peu tendance à oublier que si son cheminement de pensées à elle quant à son départ avait été progressif, qu'elle avait anticipé les choses, ce n'était pas le cas des autres personnes. Elle était là un soir et le lendemain, alors qu'elle était attendue pour les festivités du Nouvel An après sa cérémonie des seize ans, il n'y avait plus personne. Elle avait disparu du jour au lendemain, comme si elle n'avait jamais existé. Il aurait pu lui arriver n'importe quoi, des adolescentes dont on perdait la trace, il y en avait des dizaines par mois aux Etats-Unis. La Nouvelle-Orléans avait un taux de meurtre plus élevé que celui de New-York, aussi, n'était-ce pas la ville la plus sûre du monde, même pour une jeune sorcière.

- Tu l'as déjà dit, fit-elle avec un sourire lorsqu'il répéta encore une fois que c'était étrange. Elle avait presque l'impression de l'avoir profondément perturbéet cela l'amusait un peu. Ce qui l'amusa aussi, même si elle le cacha, ce fut la légère pique d'Abel à son égard, lorsque Alexandre demanda ce qui avait changé chez elle. Elle lui renvoya un regard évocateur avant de retourner son attention sur Alexandre, cherchant la meilleure manière de présenter les choses sans trop se dévoiler. Face à celui qui avait été son meilleur ami, c'était une chose, mais pour le reste du monde, c'en était une autre. Ce qui a changé ? Le pays sur mon passeport, répondit-elle. Je vis en Europe.

Elle restait secrète sur beaucoup de choses mais même si elle avait voulu parler, elle n'aurait pas su par où commencer. Le résumé qu'elle aurait pu en faire était qu'elle était devenue adulte et était passée par beaucoup de choses pour en arriver là.

- En Angleterre, le nouveau pays préféré d'Abel, glissa-t-elle au passage un peu narquoisement. Et toi ? Qu'est-ce que tu deviens ? Tu l'as fait, ton tour du pays ?


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Isobel restait en partie sur la défensive, comme ses réponses courtes le laissaient deviner. Elle était sûrement en train d’évaluer Alexandre, afin d’ajuster son attitude en fonction, songeait Abel qui avait la position de l’observateur. Il pouvait comprendre son attitude, des gens dans cette ville pouvaient avoir gardé rancoeur contre Isobel, et elle ne pouvait pas le savoir sans les rencontrer et tâter le terrain… Toutefois, ce n’était pas chez Alexandre, qui était clairement en dehors des affaires familiales des Lavespère, qu’elle allait trouver de l’animosité. Il voyait plutôt en Isobel une vieille amie mystérieusement disparue, de retour aujourd’hui en bonne santé, donc la première phase de choc passé, il était logique qu’il réagisse plutôt positivement.

Et c’était tant mieux. Abel préfèrerait qu’ils ne tombent pas tout de suite sur un Lavespère hostile, qui risquait d’ôter toute envie à Isobel de rester et s’accrocher. Déjà qu’elle avait failli prendre les jambes à son cou quelques minutes plus tôt… Sa décision de rester était fragile, elle était encore pleine d’hésitations, de toute évidence, alors il lui fallait d’abord un peu plus de confiance et quelques bons alliés avant de se jeter dans la gueule du loup. Revoir son grand-père, par exemple, lui ferait du bien, Abel en était persuadé.

Une exclamation d’Alexandre le tira de ses analyses intérieures. Visiblement, le petit commentaire d’Isobel avait fait son effet :

« Oh tu vis en Europe ? Oui, logique, j’aurais du m’en douter » lança t-il avec un bref regard pour son cousin, l’air de dire qu’il comprenait mieux leur présence ensemble.

Et ce fut la petite pique suivante qui tira Abel de son mutisme. Il regarda franchement Isobel, mais loin de se vexer, un rictus s’immisça sur ses lèvres.

« Tu as de l’espoir, toi. 
- Oh, il aime son pays d’amour, dans un petit coin de son coeur rabougri, le Abel ? le taquina Alexandre, à quoi l’architecte répondit par une mimique blasée. Se tournant vers Isobel, il répondit à sa question : « Le tour du pays, ouais… Jusqu’à Lafayette ? Allez, j’ai été plusieurs fois rendre visite à Abel à Salisbury, puis en Californie en vacances, un jour, avec ma femme, ça compte ? » Riant de sa propre plaisanterie, il haussa les épaules pour répondre plus sérieusement : « Je gère un petit restaurant familial à Lafayette, maintenant. C’est pas mal de temps, d’investissement, donc je ne reviens pas forcément beaucoup ici, seulement quand quelqu’un peut me remplacer. Du coup, c’est fou qu’on ait réussi à se croiser tous les trois ! Et toi alors, qu’est-ce que tu fais en Angleterre ? »

Laissant à Isobel le soin de réagir, Abel fut distrait une seconde par l’agitation citadine autour d’eux, entre les terrasses de café, les quelques passants, un habitant qui balayait devant sa porte, deux enfants qui chahutaient plus loin. Ce fut le moment où il aperçut une vieille dame accoudée à sa fenêtre du premier étage d’une maisonnette rose. Elle prit le temps d’observer Abel, comme si elle le défiait du regard, puis tira tranquillement son rideau. Ce bref échange laissa un sentiment désagréable à l’archimage, qui se tourna vers les deux autres, sans vraiment attendre qu’ils aient fini de bavarder :

« Vous ne préférez pas qu’on discute en marchant, plutôt ? On attirera moins l’attention. »

Il échangea brièvement un regard avec Isobel, comme pour vérifier qu’elle était toujours prête à le suivre. A un moment ou à un autre, quelqu’un les verrait et les reconnaîtrait, c’était un risque à prendre en se promenant en plein jour par ici. Mais Abel préférait éviter de se faire arrêter par d’autres personnes avant d’arriver à leur destination. La priorité restait d’arriver chez André Lavespère, avant que le retour d’Isobel n’ait fait le tour de toute la ville… ce qui ne leur laissait pas tant de temps que cela, quand on connaissait le Carré Français.

Alexandre, qui n’avait pas bronché en se faisant interrompre par son cousin, se contentait de marcher à leurs côtés, dans un silence qui ne lui était pas coutumier. Il observait de temps à autre Isobel du coin de l’oeil, comme s’il attendait une réaction. Abel avait à moitié espéré qu’il ne les suive pas et qu’il s’en retourne à ses occupations, mais il n’avait sans doute pas envie de lâcher si vite une femme qui allait bientôt faire parler d’elle dans tout le Carré. Sa question finit par sortir, avec une certaine délicatesse dans le ton :

« Personne ne sait que tu es de retour, j’imagine ? »

Ce fut à Abel de jeter un regard en coin à Isobel, qui marchait à ses côtés. Cette fois, il ne s’enferma pas dans son mutisme, et répondit même le premier, comme pour couper court à la curiosité de son cousin :

« Pas encore. Garde-le pour toi, pour le moment, s’il te plaît.
-Bien sûr. Bien sûr… Vous allez de quel côté ?
-Lavespère. Chez son grand-père. 
-Je vois » Alexandre ralentit alors le pas, incitant les autres à s’arrêter, puis esquissa un sourire d’excuse. « Je vais vous laisser, alors, j’ai encore à faire. Ca m’a fait plaisir de te revoir, Isobel. Je reste ici encore un jour ou deux avant de retourner chez moi, peut-être qu’on se recroisera. » Il parut hésiter deux secondes, avant de lancer : « Sinon… Bonne chance. »


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En voyant le regard qu'Alexandre Laveau lança à son cousin en apprenant qu'ils étaient en Europe tous les deux, Isobel comprit que ce point ferait partie des choses commentées avec avidité en apprenant son retour. Le problème des petites communautés comme celles des sorciers vaudous de Louisiane, c'est que les informations - ou plutôt les rumeurs - circulaient vite. Il y avait toujours quelque chose à dire sur le voisin, quand on se rassemblait sous les arcanes ou dans les cours ombragées pour bavarder. Isy avait toujours connu cela : sa mère était un sujet récurrent de commérages car il y avait à chaque fois beaucoup à dire sur Sophie Lavespère. Son retour allait faire parler dans tous les cas, qu'elle revienne seule ou pas. Mais revenir accompagnée d'Abel, les gens ne verraient rien d'anodin dans cette situation. Ils avaient été très proches à une époque, ils vivaient désormais tous les deux en Angleterre... Oui, elle voyait soudain très bien ce que les gens allaient en penser. Cette idée était déjà exaspérante avant même que cela n'ait commencé. Peu importait combien ils seraient contredits, les covens pensaient toujours détenir la vérité suprême. Néanmoins, ce n'était pas la pire des rumeurs qui pouvait courir sur elle. Elle abandonna ses échafaudages de plan de com' pour rétablir sa réputation quand Abel répondit à sa petite pique sur l'Angleterre avec un rictus. Alexandre la devança pour répondre et la remarque de ce dernier lui tira un léger rire. Bien sûr que Abel aimait son pays : il avait beau faire le désinvolte, elle voyait très bien la tête qu'il faisait lorsqu'on lui servait du thé en réunion, tout simplement parce que c'était exactement la même que la sienne.

Alexandre était décidément un compagnon de discussion plus agréable que son cousin, songea-t-elle e, lui adressant un sourire. Elle était contente de le revoir, en fait, elle le réalisait. Elle n'aurait pas pensé que cela serait le cas tout simplement parce qu'elle avait arrêté depuis longtemps de se projeter dans un retour à la Nouvelle-Orléans mais elle était heureuse de retrouver un vieil ami, finalement. Cette pensée la ramena brusquement à Michelle, bien malgré elle, et elle eut un coup au cœur. Elle aurait voulu retrouver sa cousine en revenant au pays, elle peinait à croire qu'elle n'était plus là. Dans son esprit, bien qu'elle ait bien compris ce qui lui avait avoué Abel au Ministère l'autre nuit, elle était encore là, quelque part. Elles avaient été éloignées durant si longtemps que cela se révélait presque plausible, qu'elle pouvait encore fermer les yeux et l'imaginer dans les rues de la ville, comme si rien n'était arrivé. Elle n'avait pas encore fini son deuil, malgré les seize ans d'absence. Elle avait pensé durant si longtemps que Michelle allait bien, à l'image d'Abel, qu'elle devait faire tout un chemin pour s'y faire. Revoir la ville de leur enfance sans la revoir elle allait être plus qu'étrange et Isobel n'avait sûrement pas finir de ressentir ce désagréable pincement au cœur : tout ici pouvait lui faire penser à elle. Sortant de ses pensées moroses, elle releva les yeux vers Alexandre.

- Ta femme, hein ? le taquina-t-elle. Tu m'en diras tant. Félicitations, à retard je suppose !

Contrairement à elle - mais c'était un choix - les gens avaient généralement commencé à "faire leur vie" comme on disait, après la trentaine, surtout que Alexandre avait quatre ans de plus qu'elle. Elle-même se complaisait bien dans son mode de vie de célibataire mais elle commençait à voir tout son entourage se poser, ce qui la laissait largement sceptique. Mais en dehors de cela, elle était presque déçue de voir que son ancien ami n'avait pas voyagé. Lorsqu'ils étaient jeunes, il ne cessait d'en parler. De tout ce qu'il ferait, de tout ce qu'il verrait... Il était ambitieux et avait de nombreux projets à réaliser après sa majorité. Isobel l'enviait à l'époque, comme elle enviait Abel, comme elle enviait tout ceux qui avaient la chance de mener la vie qu'elle ne pouvait pas mener. Les années passant, c'était amusant de constater combien les choses avaient changées. C'était finalement Alexandre qui n'avait jamais vraiment quitté la Louisiane - Lafayette n'était pas si loin - et Isy qui comptait plus de pays à son actif que d'années passées à travailler au Ministère. C'était un peu dommage de renoncer ainsi à ses rêves mais elle savait que les contraintes matérielles pouvaient être un gros frein. Elle avait dû y faire face aussi quand elle avait dû finir par se poser à un moment car elle ne pouvait plus se permettre de jouer les globe-trotter indéfiniment, même en travaillant un peu dans chaque pays où elle passait.

- Les ancêtres font bien les choses, cingla-t-elle avec un adage bien connu ici. Et ils faisaient si bien les choses qu'Alexandre ne serait sûrement pas la seule figure qu'elle croiserait ici... Je fais de la communication, répondit-elle à sa question. Je bosse au Ministère de la Magie.

Elle était un peu méfiante en disant cela, comme si elle avait peur qu'il éclate de rire, comme l'avait fait sa mère en apprenant son boulot. Il fallait dire qu'ici, à la Nouvelle-Orléans, contrairement aux familles qu'Isy considérait comme normales, faire de grandes études et travailler pour le pays n'était pas forcément bien vu. Les études pour les filles, déjà, il en était quasiment hors de question alors des études pour aller s'enfermer dans un bureau toute la journée... C'était vu comme une perte de temps. Les seuls longues études tolérés étaient pour les garçons, plus chez les Laveau que chez les Lavespère d'ailleurs, et pour le travail de bureau, c'était lorsqu'ils se lançaient en politique ou plutôt dans le lobbying. Comme son oncle Paul, par exemple, afin de défendre leurs intérêts, souvent un peu précaires, face à la puissance de Salem. Qu'elle soit devenue fonctionnaire au Royaume-Uni ferait forcément beaucoup rire sa famille, qui n'y voyait là que du vent. Pour quelqu'un comme Isobel, aussi fière de son parcours qu'investie dans ce qu'elle faisait, ce n'était pas forcément facile à entendre. Elle avait pris l'habitude d'être respectée en dehors d'ici, habitude que ses tantes allaient sûrement se dépêcher de lui faire perdre. Le fil de la conversation fut perturbé par Abel qui leur suggéra de continuer à marcher en parlant pour ne pas trop attirer l'attention. De nouveau paranoïaque, Isy regarda autour d'elle pour chercher des visages connus mais elle n'aperçut rien. Elle échangea un regard avec son ancien ami qui semblait s'assurer qu'elle ne lui file pas entre les doigts - ce qu'elle ne garantissait toujours pas - alors qu'ils reprenaient leur marche dans le silence. Elle était de nouveau angoissée, la discussion avec Alexandre avait eu au moins le mérite de dissiper ça quelques minutes de son esprit. La question qu'il posa, elle s'y était attendue mais Abel la devança pour répondre comme s'il avait soudain pris le contrôle de la situation. Non, personne ne savait encore mais cela ne durerait pas. C'était trop petit ici, on la verrait forcément. Peut-être même qu'on sentirait son aura avant même de la voir. Elle était si perturbée en ce moment que cela ne l'étonnerait même pas. Alexandre et Abel étaient des hommes, ils ne pouvaient donc pas se rendre compte à quel point même si Abel avait pu en saisir des choses. Mais certaines sorcières étaient très clairvoyantes et saisissaient les énergies magiques avec une acuité stupéfiante.

Pensive, elle les écouta parler d'elle comme si elle n'était pas là. Lorsque Abel déclara qu'ils allaient "chez son grand-père", elle eut une brève envie de lu faire signe comme pour dire "hé ho, je suis devant toi" mais elle n'avait pas vraiment la tête à cela. Quand Alexandre ralentit le pas au niveau du milieu de la rue Bourbon - au croisement de Sainte-Anne - traditionnellement ce qu'on désignait comme le début du côté Lavespère, bien que les limites ne soient pas strictes et qu'ils puissent tous se déplacer sans contrainte de territoires, elle l'imita.

- Ça m'a fait plaisir aussi, répondit-elle en souriant légèrement lorsqu'il prit congé d'eux.

Néanmoins, elle ne répondit rien lorsqu'il lui souhaita bonne chance pour la suite, attendant qu'il se soit éloigné pour se tourner vers Abel alors qu'ils recommençaient à marcher côte à côte, plus rapidement.

- Bonne chance ? lança-t-elle en français. Bonne chance ? Bonne chance pour quoi ? Pour survivre ? Tu vois, reprit-elle d'un débit rapide, c'est pour ça qu'on a si mauvaise réputation. Ça pourrait être un coin sympa la Nouvelle-Orléans, tu vois, il fait beau, il faut chaud, c'est joli comme tout, il y a plein de choses à visiter. Mais non, parce que tu risques de te faire assassiner à tous les coins de rue soit par ta famille, soit par les autres familles soit par un taré de passage !

Elle parlait vite et beaucoup pour calmer sa nervosité alors qu'ils tournaient dans Orleans street pour rejoindre l'impasse Belleville, juste à l'angle. Elle avait trop chaud, la tête lui tournait et elle avait envie de rentrer chez elle, en Angleterre. La maison en pierre rose de son grand-père était tout au bout du chemin, qu'elle connaissait par cœur. Elle était née ici, littéralement, sa grand-mère l'ayant élevée dès qu'elle avait vu le jour. Elle avait joué ici des centaines de fois avec Abel, avec Michelle, avec tous les enfants du quartier. D'autres Lavespère vivaient ici, à quelques centaines de mètres à peine de la maison qui avait été celle de Marie Laveau, cela devait toujours être le cas puisque leurs maisons restaient dans la famille par dons et héritages constants avant de conserver le patrimoine du Carré. La maison verte, c'était celle de sa tante Ruth, et la jaune au crépi abîmé au bout de l'impasse, c'était celle d'un de ses cousins déjà plus âgé à l'époque. Le cœur battant, elle s'approcha du petit portail qui la séparait des marches de la maison, posant sa main sur le métal chaud.

- Et s'il ne me reconnaissait pas ? interrogea-t-elle en se retournant vers Abel. Ça fait si longtemps... Ou s'il ne veut pas me parler ?

Elle hésita un instant.

- Tout le monde n'a pas envie de pardonner.


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Alexandre avait un peu manqué de délicatesse en lui souhaitant ainsi bonne chance, d’un air presque grave qui n’avait rien pour rassurer, aussi Abel s’attendit à ce qu’Isobel réagisse de cette manière. Cependant elle le fit avec un certain humour tirant un sourire un Abel qu’il se dépêcha d’effacer. Ce n’était pas le moment de la laisser croire qu’il se moquait d’elle.

« Calme-toi, personne ne va t’assassiner. Ce n’est pas pour ça qu’il te souhaitait bonne chance. C’est juste que… Probablement, dans les prochaines heures, il va y avoir plein de commérages sur toi et ça va arriver aux oreilles de ton coven. Et tu sais comment sont les hommes ici, craintifs des grandes prêtresses qui ont tout le pouvoir. »

Si dans leur enfance, il aurait prononcé cette phrase avec une certaine amertume, cette fois c’était avec une indifférence mêlée d’un humour bien à lui. Il avait fait son deuil du vaudou depuis bien longtemps. Après tout, on ne pouvait pas devenir à la fois archimage de renommée mondiale et prêtre vaudou, n’est-ce-pas ?

Il coula un regard vers Isobel, comme pour vérifier qu’elle restait toujours à ses côtés. Sa nervosité était visible, palpable presque. Il reporta son regard sur leur route, en soupirant légèrement. Il espérait au fond de lui que revoir son grand-père l’aiderait un peu à se sentir mieux et accueillie, à se sentir chez elle, même. Non pas qu’il doutait de la réaction d’André, il craignait plutôt que cela ne suffise pas à apaiser la réelle anxiété qui habitait la jeune femme. D’ailleurs, elle eut l’air de ne plus vouloir avancer une fois qu’ils arrivèrent à hauteur de la maison. Abel se tourna vers elle, attendant qu’elle lui expose ce qui la tracassait. Ainsi, elle doutait, encore. Il ne pouvait pas lui reprocher d’avoir l’impression que toute la ville était son ennemie. Elle avait des craintes qu’Abel pouvait tenter d’apaiser par ses mots, mais au fond, une seule chose permettrait à Isobel de se rassurer. C’était de se laisser guider, et constater de ses propres yeux que toute la Nouvelle-Orléans ne lui en voulait pas, et qu’elle avait encore des alliés sur lesquels s’appuyer.

« On parle de ton grand-père, Isobel, répondit l’archimage, doucement. C’est l’homme qui t’a élevée. Tu penses vraiment qu’il ne te reconnaîtrait pas, parmi mille autres femmes ? »

André Lavespère avait chéri sa petite Isobel d’une sincère affection dont l’archimage se souvenait très clairement, pour en avoir souvent été témoin. C’était un homme profondément bon et gentil, Abel se rappelait qu’il aimait jouer chez lui avec Isobel quand ils étaient enfants, car il était toujours attentionné avec eux. Et surtout, il n’était pas aussi bizarre et désagréable que sa maman Sophie -pensée d’enfant Abel- et il l’accueillait chez lui avec un plaisir visible. Même quand ils avaient tous les deux grandi, André continuait de les traiter avec cette tendresse, comme s’ils étaient encore ses petits. Abel n’avait aucun doute sur l’émotion que ressentirait le vieil homme en retrouvant sa petite fille. Une sincère émotion, sans colère, car il se faisait vieux désormais, et l’un de ses souhaits était certainement de pouvoir revoir son enfant qui avait disparu, avant de s’en aller à son tour.

« Tu as peut-être l’impression de n’avoir que des ennemis ici, mais c’est faux, reprit t-il. Tu sais, quand je… te cherchais, après que tu sois partie, tout le monde était inquiet à ton sujet. Avec le temps, et le fait que tu ne revenais pas, beaucoup t’ont critiquée, certains t’ont maudite. Mais il y a quelques personnes qui te sont toujours restées loyales et c’est ce qui m’a rapproché d’eux, un moment. Certains de tes cousins, commença t-il à énoncer. Michelle en faisait partie aussi… Ton grand-père en faisait partie et c’est toujours le cas. » lui assura t-il.

Evaluant Isobel du regard, il cherchait quoi ajouter pour la persuader enfin. A ses yeux, elle n’avait pas tellement d’options. C’était sans doute effrayant de devoir faire face à quelqu’un de sa famille dans ces circonstances, après des années de silence. Mais d’un autre côté… Si même André ne l’aidait pas, qui le pourrait ? Elle avait besoin de se trouver des alliés, et donc de savoir qui était de son côté.

« Tu as besoin de t’appuyer sur quelqu’un de ta famille, qui est de ton côté. Moi je peux t’aider, mais… Je ne suis qu’un Laveau, déclara t-il en haussant les épaules, un sourire impuissant aux lèvres. Histoire de ne pas la brusquer, il lui fit une proposition qu’il espérait la rassurer. Je reste avec toi le temps de rencontrer André. Si tu as envie de partir, on partira, ça te va ? »


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Quand Abel lui affirma que personne n'allait l'assassiner, Isobel haussa les sourcils pour bien lui faire comprendre qu'elle n'était pas persuadée de cet état de faits. Le problème à la Nouvelle-Orléans, c'est que les gens étaient plutôt irritables, surtout quand on leur avait planté un couteau dans le dos des années auparavant et avaient parfois la main un peu leste sur les sortilèges mortels. Sans compter les catastrophes naturelles et les gangs, ou même les voyous, la criminalité à la Nouvelle-Orléans étant l'une des plus élevées du pays. Rien qu'avec tout cela, elle pouvait bien mourir trois fois. Abel essayait de la rassurer - et dans les faits, il avait plutôt raison, personne n'allait tenter de l'assassiner... pas entre ici et la maison de son grand-père, du moins - mais Isy était trop inquiète pour se défaire de ses angoisses.

- Ils ont bien raison d'être craintifs, confirma Isobel quand les grandes prêtresses furent mentionnées. Même elle était loin d'être à l'aise et elle était une sorcière...

Néanmoins, vu l'état plutôt aléatoire de ses pouvoirs, elle avait encore plus raison de se méfier. Elle doutait de pouvoir jeter un sort correct, ses dernières réserves avaient été pour Roy et les bijoux qu'il lui avait demandé, sur lesquels elle s'était énormément appliquée. Depuis, elle sentait sa magie se délier de manière aléatoire ou au contraire, se manifester brusquement. Elle ne se faisait plus confiance sur ce point et les prêtresses le sentiraient forcément. S'efforçant de ne pas y penser, elle continua de marcher aux côtés d'Abel tandis que les rues se remplissaient un peu plus avec la fin de journée. Il faisait toujours très chaud à la Nouvelle-Orléans et l'été indien commençait à s'installer. Les touristes et les locaux préféraient la fin de journée pour profiter du Carré, les gens sortaient du travail. Elle-même avait trop chaud dans sa veste, mais elle ne voulait pas s'encombrer les mains avec. Elle avait pourtant mis une robe ce matin en Angleterre mais ce n'était encore pas assez léger pour la chaleur humide de la Louisiane. Son malaise à l'idée d'être ici ne l'aidait pas non plus à se sentir particulièrement bien, il fallait l'avouer... Tandis qu'elle fixait la maison de son grand-père, elle sentait son cœur battre fort dans sa poitrine et elle mourrait d'envie de s'assoir, un peu faible dans les jambes.

- Ca fait seize ans, Abel, répondit-elle sur le même ton que lui lorsqu'elle s'inquiéta que son grand-père la reconnaisse. J'étais une gamine la dernière fois...

Alexandre ne l'avait pas reconnue au premier coup d’œil, par exemple. Sûrement que s'ils s'étaient croisés dans une rue au hasard, il ne l'aurait pas reconnue du tout, c'était parce qu'elle était à côté d'Abel. Abel qui lui, l'avait reconnue du premier coup certes, mais savait exactement qui elle était. Elle était devenue adulte entre-temps, elle avait forcément changé. Elle n'avait pas vu de photo d'elle à seize ans depuis qu'elle avait quitté la Nouvelle-Orléans, elle n'avait emmené des photos que de ses amis, mais elle avait forcément changé. Mais il n'avait pas tort sur le fait que c'était son grand-père, qu'il l'avait élevée durant sept ans... Dès que sa mère avait accouché, en somme. Elle ne connaissait pas toute l'histoire mais savait que Sophie, dès son adolescence, avait filé un très mauvais coton. Quand elle était tombée enceinte, sa mère, la grand-mère d'Isobel, lui avait fait mené une grossesse sous haute surveillance, presque enfermée à la maison, et dès qu'elle était née, avait décidé qu'elle et André s'occuperaient d'elle, que Sophie n'en n'était pas capable. Jusqu'au décès d'Anne, c'était donc auprès d'eux qu'elle avait grandi, son grand-père remplaçant un peu son père. Après la mort de sa grand-mère, elle avait espéré pouvoir rester mais les règles de leur famille étaient claires : un homme n'élevait pas une sorcière seule. Même séparés, André et Isy avaient gardé des liens, elle allait le voir très souvent comme ils vivaient à quelques minutes à pieds, elle déjeunait chez lui, l'aidait au jardin et ils jouaient à des jeux de société, avec ses cousines. Quand elle était partie, elle avait bien plus pensé à lui qu'à sa mère. Mais c'était difficile de penser à tout cela, d'y faire face de nouveau.

Elle secoua la tête quand Abel affirma qu'elle n'avait pas que des ennemis ici, peu convaincue. Sa famille était rancunière, elle doutait de leur bon accueil... Mais elle l'écouta pourtant avec attention, tiquant sur l'hésitation qu'il eut en relatant ce qui s'était passé lorsqu'il la cherchait. Elle doutait aussi du fait que "tout le monde" ait été inquiet à son sujet, mais ne dit rien. En partant, elle était en froid avec certaines de ses cousines, ne s'entendait pas avec toutes car elle vivait une période compliquée, était en conflit avec les adultes... Difficile de penser que tout le monde ait pu s'inquiéter. Sa mère n'avait même pas dû se rendre compte de sa disparition tout de suite. Néanmoins, ce ne fut rien par rapport au coup au cœur qu'elle reçut quand Abel prononça le mot maudite. Cette expression n'était pas vide de sens dans leur culture, bien au contraire... Ils réalisaient des malédictions, des vraies, qui pouvaient courir sur des générations. C'étaient des enchantements puissants et complexes, difficiles à défaire et qui ne se jetaient pas à la légère, il fallait l'assentiment des prêtresses. Elle espérait que Abel l'avait utilisé comme une tournure de phrase et pas comme la vérité... Et encore, même sans sort, les mots avaient du pouvoir dans leur magie et leur culture. Il y avait des choses qu'il ne fallait pas dire.

- Michelle est morte, rappela-t-elle. Je suis sûre que j'ai son esprit de mon côté, fit-elle cyniquement, mais actuellement, cela ne m'est pas utile. Je ne sais pas où sont mes cousins et après tant d'années...

Elle ne prit pas la peine de finir sa phrase, Abel savait ce qu'elle pensait de tout cela. Soupirant, elle se mordilla légèrement la lèvre, serrant ses bras sur sa poitrine, anxieuse. Il avait raison pourtant, elle avait besoin d'un soutien dans la ville, dans sa famille, même si André n'était qu'un homme, peu reconnu des prêtresses. Mais il était le père d'Isadora, le grand-père de plusieurs autres sorcières, c'était une figure reconnue de la communauté. Il avait été le mari d'Anne Lavespère et avait tenu durant des années le bar qui donnait l'un des accès au Chaudron. Tout le monde le connaissait, tous les covens, toutes les créatures, même celles du Bayou. Elles passaient par son bar lorsqu'ils venaient au Carré. Le soutien de son grand-père ne serait sans doute pas grand-chose si les prêtresses refusaient sa présence mais c'était un début. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'elle l'obtienne... Isobel avait toujours pu avoir ce qu'elle voulait, parce qu'elle était débrouillarde et ne renonçait à rien pour arriver à ses fins. Mais ici, dans la ville de son enfance, elle se sentait vulnérable et toute sa belle assurance avait disparu. Elle qui avait l'habitude de convaincre les gens, de manipuler les foules - c'était après tout son métier - se sentait comme une gamine égarée.

Elle hocha doucement la tête, son regard se reportant sur la maison, avant de reporter son attention sur Abel lorsqu'il affirma qu'il n'était qu'un Laveau. Il est vrai que cela ne la servirait pas et, de ce qu'elle avait compris de ses récits, la desservirait plus qu'autre chose. Les Laveau et les Lavespère étaient d'éternels alliés, ils ne s'étaient jamais affrontés directement, mais leur proximité variait selon les époques, selon les prêtresses. Certaines avaient la volonté de réunir leurs familles et dans ce cas, ils étaient presque mêlés, les enfants grandissaient ensemble et les décisions étaient plus collégiales. C'était ainsi du temps de leur enfance, c'était pour cela qu'ils étaient si amis à l'époque. Sa grand-mère prônait le rapprochement, était amie avec les prêtresses Laveau de l'époque, avait des liens avec eux et cela se ressentait dans le coven. Désormais, les choses semblaient plus compliquées. Sa tante Isadora était grande prêtresse et avaient commencé à éloigner leurs familles alors que Isobel était dans ses derniers mois à la Nouvelle-Orléans. Au vu de la manière dont Alexandre s'était arrêté avant de passer dans leur côté, les liens étaient plus que tendus. C'était dommage, aux yeux d'Isobel. Elle n'était pas particulièrement attachée aux Laveau comme avait pu l'être sa grand-mère, mais elle estimait que l'union faisait la force et que leurs familles gagnaient à être unie et liées, afin de montrer une voix claire et ferme aux autres covens de Louisiane. Ensemble, ils faisaient bien plus peur que séparés. Mais ce n'était plus ses affaires désormais, elle n'était ni prêtresse, ni membre du coven.

La dernière proposition que lui fit Abel la surprit, étonnamment. C'était... gentil de sa part, de se montrer aussi prévenant avec elle. C'était surprenant, aussi. Cela faisait remonter à la surface toutes les questions qu'elle se posait à son égard. Pourquoi était-il là ? Pourquoi s'inquiétait-il autant alors qu'ils n'étaient plus rien l'un pour l'autre ? Pourquoi était-il si gentil, était venu à la Nouvelle-Orléans avec elle, l'accompagnait-il ? Qu'est-ce qu'il avait à y gagner ? Elle le jaugea du regard quelques instants, se retenant d'aller son aura pour y grappiller quelques réponses. Abel était là pour elle. C'était étrange, elle ne comprenait pas, mais il était là pour elle. Elle n'avait pas envie de le faire fuir, pas maintenant alors qu'elle se sentait si seule et qu'il était son seul repos dans cette ville hostile. Alors elle tut ses questions et se contenta de hocher la tête.

- Ça me va, souffla-t-elle doucement.

Le cœur battant, elle s'approcha du petit portail. Le métal était brûlant sous le soleil, la vieille boite aux lettres indiquait André Lavespère d'une étiquette en papier à moitié délavée. L'herbe était un peu folle et les dalles sous ses pieds n'étaient pas très stables mais elle en avait l'habitude lointaine. Elle monta les quelques marches qui la séparait de la porte et hésita quelques secondes avant de sonner. Elle se retourna vers Abel, comme pour chercher un assentiment, avant de se décider. La sonnette résonna derrière la porte tandis qu'elle reculait un peu. Une minute s'écoula et parut durer une éternité à Isy. Puis une seconde. Puis une troisième.

- Il n'est pas là, lança-t-elle à Abel, presque soulagée. On devrait quitter la ville puis revenir plus ta...

Sa voix fut coupée par un bruit de clé dans la porte qui la fit se retourner, les mains un peu tremblantes. Elle entendait une voix grave marmonner en créole et elle reconnut celle de son grand-père à la première seconde. La porte finit par s'ouvrir et dévoiler le vieux monsieur. Il avait changé, songea-t-elle, il faisait plus fragile qu'avant. Sa peau sombre était ridée mais ses yeux restaient les mêmes, d'un noisette éclatant. Il avait toujours sa moustache bien entretenue, ses cheveux gris. Il avait la main sur une canne en bois, toujours élégant dans sa chemise et son pantalon retenu par des bretelles, comme dans ses souvenirs.

- J'avais dis à Denise de ne pas fermer, râla-t-il en français.

Il avait prononcé ça sans vraiment les regarder, alors qu'il avançait dans l’entrebâillement de la porte. Il sembla voir Abel en premier, plus grand, puis son regard se posa sur elle. Elle n'eut pas à ouvrir la bouche, il vit tout de suite qu'il avait compris. Il la fixait avec intensité, tellement qu'elle eut presque envie de reculer. Le cœur battant, elle ne savait pas quoi dire et saisit machinalement la main d'Abel pour la serrer très fort dans la sienne, parce qu'elle avait l'impression que quelque chose allait éclater en elle alors que son grand-père était là face à elle et qu'il la fixait sans un mot. Elle avait la gorge sèche et envie de fuir, jusqu'à ce que André ouvre la bouche, sans la lâcher du regard.

- Isy Louise... finit-il par dire, presque hésitant.

Elle ne répondit rien, incapable de parler, alors qu'il avançait d'un pas vers elle. Et sans un mot, il passa ses bras autour d'elle et la serra dans ses bras. Pétrifiée, elle lâcha la main d'Abel alors que le corps de son grand-père l'attirait dans une étreinte, comme si elle n'était jamais partie, comme si elle revenait de vacances à la campagne. Tout dans ce geste était familier, de l'eau de Cologne qu'il portait au tissu râpeux de sa chemise. Il murmura des mots en créole qu'elle ne comprit pas avant de s'écarter d'elle, saisissant son visage de ses mains calleuses.

- Mon petit, chuchota-t-il en français.

Et sans qu'elle ne sache pourquoi, elle sentit les larmes l'envahir et ses yeux s'humidifier alors que son grand-père la regardait avec toute la tendresse du monde, comme si rien n'était arrivé, comme si elle avait seize ans et qu'elle venait juste lui rendre visite. Il la regardait avec tant d'amour qu'elle sentit son cœur se serrer encore plus, étreinte par la culpabilité. On ne l'avait plus jamais regardée comme ça depuis qu'elle était partie. Elle sentit une larme couler sur sa joue malgré elle, puis une autre, et elle se mit à pleurer doucement alors que son grand-père l'attirait de nouveau contre lui et que, cette fois-ci, elle refermait ses bras sur lui.

- Je suis désolée, murmura-t-elle. Pardon.
- Ce n'est rien, c'est pas grave, répondit-il. Tu es à la maison maintenant.
 
Elle ferma les yeux pour faire tarir ses larmes tandis que la main de son grand-père lui tapotait le dos. Ils finirent par se séparer et Isy essuya ses pleurs du revers de la main. André lui souriait désormais et elle y répondit tant bien que mal, avec les yeux un peu rouges et le cœur en vrac.

- Entre, viens à l'intérieur. Toi aussi, mon garçon, lança-t-il à Abel. Il passa une main dans le dos d'Isobel pour la guider, comme pour vérifier qu'il ne rêvait pas, qu'elle était bien là. Venez, tous les deux.


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Isobel n’était pas complètement convaincue, et elle le fit sentir à sa façon de contrer chaque argument d’Abel. Finalement, le seul moment où elle abaissa les armes fut lorsqu’il dégaina sa dernière carte : le compromis. Il ne lui avait pas fallu réfléchir très longtemps pour lui proposer de l’accompagner chez son grand-père et rester l’épauler. Il ne craignait pas André, au contraire, c’était un homme qu’il appréciait et à qui il aimait rendre visite à l’occasion, lorsqu’il venait ici, alors il fit cette proposition d’une façon assez spontanée. Il n’avait pas envie de lâcher le morceau maintenant, comme Isobel aurait aimé le faire, et il se disait que s’il ne restait pas là pour l’accompagner, au moins au début, elle risquait de détaler… N’avait t-il pas déployé tous ses arguments pour la pousser à avancer dans le Carré Français, depuis qu’ils avaient transplané ? Maintenant, il commençait à être à sec, alors il ressentit un certain soulagement en voyant qu’Isobel se laissait cette fois persuader.

Fermant la marche derrière elle, il la suivit jusqu’au perron, et regarda machinalement autour de lui au cas où il apercevrait André à l’extérieur. Mais le jardin avait l’air vide et la maison tout autant. La porte était fermée à clé d’ailleurs, et pourtant, Abel connaissait assez l’homme pour savoir que ce n’était pas forcément un signe qu’il était sorti : bien souvent, il sortait sans verrouiller quoique ce soit. Il resta immobile face à la porte quand Isobel supposa qu’il n’était pas là, car il était certain d’avoir entendu quelque chose et effectivement : le temps qu’André mit à déverrouiller la serrure lui parut infini. Lorsque la porte s’ouvrit sur lui, Abel était si occupé à guetter ses réactions et celles d’Isobel qu’il en oublia la politesse élémentaire de dire bonjour.

La pression qu’il ressentit alors sur sa main le fit tressaillir et il baissa les yeux, comme s’il avait du mal à croire que c’était bien les doigts d’Isobel qui venaient d’attraper les siens, sans prévenir. Elle le serrait fort, très fort, mais quelque chose venait de paralyser Abel et l’empêcher de la repousser. Il percevait presque physiquement l’angoisse d’Isobel dans ce contact, et il n’avait pas le coeur de faire autre chose que serrer un peu en retour, comme une réponse rassurante. Ce fut lorsqu’elle le lâcha pour étreindre André qu’il prit conscience de la gêne de la situation. Elle venait de lui tenir la main devant son grand-père… Eh bien, heureusement qu’André n’était pas le genre de commère à aller susurrer dans les rues qu’ils étaient revenus comme un couple qu’ils n’étaient pas. Abel comptait sur l’émotion de l’instant entre grand-père et petite-fille pour qu’il n’ait rien noté du tout, de toute façon.

Il sentit plus qu’il ne vit Isobel pleurer, car elle lui tournait le dos, ce qui, ajouté aux gestes plein d’amour d’André en retour, toucha l’archimage plus qu’il ne le laissa paraître. Il détourna un peu le regard, presque honteux, il avait un peu l’impression d’assister à un joli moment volé, où il n’avait pas vraiment sa place. Si cela ne tenait qu’à lui, il se serait éclipsé discrètement pour les laisser se retrouver, puisque visiblement, tout se passerait bien. Mais André l’interpella et l’invita à les suivre dans le salon, ce à quoi il ne put se refuser : il n’avait pas envie de briser quoique ce soit en faisant des objections. Il se rendit compte en avançant derrière eux que lui-même se sentait un peu ému. Il avait cru entendre Isobel chuchoter des excuses et André la rassurer. La profonde sincérité de ce bref instant venait d’atteindre Abel, sensible à l’amour filial. Isobel venait d’agir avec une humilité qui modifiait momentanément son regard sur elle, il eut presque envie de la prendre dans ses bras à son tour, comme quand ils étaient enfants et qu’elle avait un chagrin. Il se contint, parce qu’il savait cela inapproprié, et qu’elle était déjà entre les mains rassurantes de son grand-père. Il chercha toutefois son regard quand il put, comme pour lui demander silencieusement si ça allait.

« Asseyez-vous par là, le temps que j’aille chercher un peu de café. Vous venez juste d’arriver, tous les deux ?
-Oui, tout juste, on a simplement croisé mon cousin sur la route, expliqua Abel en s’asseyant sur un des fauteuils colorés du salon.
-Très bien, très bien… » marmonna le grand-père en français, en s’éclipsant momentanément en cuisine.

Abel n’ajouta rien, laissant le silence s’installer entre lui et Isobel, même s’il lui jetait régulièrement un regard pour voir sa réaction. Il aurait pu faire mine d’observer le salon d’André, mais il le connaissait plutôt bien à force, et il avait surtout envie de dire quelque chose. Dans un murmure souriant, il lâcha :

« Je t’avais dit que tout irait bien. »

André Lavespère était une crème que personne n’égalait, à part peut être le père d’Abel, mais il ne vivait plus à la Nouvelle-Orléans depuis bien longtemps. Tiens, une information qu’Isobel ne devait pas encore connaître, nota t-il mentalement, il ne se souvenait pas lui avoir fait part du divorce de ses parents. Ce n’était pas le moment de l’annoncer de toute manière, l’aîné des Lavespère revint bientôt avec un plateau chargé de tasses de café et de beignets fumants, qu’il vint leur servir. Il servit Isobel en dernière, lui accordant un radieux sourire et l’encourageant à prendre plus de beignets, avant de tout poser sur la table basse.

« Alors mon petit, dit t-il aussitôt qu’il se fut assis avec son café. Il y avait encore un petit grain d’émotion de tout à l’heure quand il souffla. Tu es devenue une très belle femme. Il scrutait ses traits, comme s’il cherchait à en voir tous les détails, et Abel se prit à se demander s’il y cherchait le portrait de sa défunte épouse, dans sa jeunesse. Tu vas bien ? Je ne sais pas quoi commencer par te demander, il y a tant de choses à rattraper… Parle-moi un peu de toi. Où est-ce que tu vis, maintenant ? »


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Isobel avait encore le cœur battant d'anxiété quand elle franchit le seuil de la porte de sa maison d'enfance. Elle peinait à croire qu'elle venait de revoir véritablement son grand-père et qu'il ne lui en voulait pas. Même pas un peu, il était juste sincèrement heureux de la revoir, sans rancune ou amertume. Elle était émue de le revoir, plus qu'elle ne voulait l'admettre et plus qu'elle ne l'aurait pensé. Elle n'avait pas pensé qu'elle reviendrait un jour dans cette maison, que ses souvenirs avaient figé dans le temps. Lorsqu'elle pensait à André, il était le même qu'à ses seize ans et il le serait à tout jamais, comme si la Nouvelle-Orléans avait cessé de tourner quand elle ne l'avait plus eu sous les yeux. Mais le temps était passé, son grand-père avait vieilli mais il était toujours là et il la regardait avec cette tendresse intacte dans les yeux.  Toujours un peu chamboulée, elle regarda autour d'elle tandis que son grand-père se dirigeait vers la cuisine pour leur servir des cafés. La première chose qui la frappa fut que tout était comme dans ses souvenirs. Le même papier-peint rayé sur les murs, les mêmes meubles, la même disposition. Rien n'avait bougé, les photos au mur dans des cadres de bois, la table basse avec son napperon cousu par sa grand-mère, le même parquet usé. Seules les plantes étaient différentes mais elle reconnaissait les caches-pots. La maison était restée figée dans le passé. Elle croisa le regard d'Abel au moment où elle s'asseyait sur un fauteuil jaune limé, la place qu'elle prenait adolescente, et hocha légèrement la tête alors qu'il sondait son ressenti. Elle allait bien. C'était étonnant mais elle se sentait bien. Elle avait toujours cette angoisse, cette peur d'être ici mais son grand-père l'avait rassurée, sûrement sans le savoir.

- Alexandre, ajouta-t-elle quand Abel confirma qu'ils venaient d'arriver et n'avaient croisé personne.

Il avait plusieurs cousins et Isy préférait préciser lequel : elle faisait plus confiance en Alexandre qu'en les autres, sûrement parce qu'ils avaient été proches adolescents. Son grand-père s'éclipsa en cuisine et elle retira sa veste, dévoilant le haut de sa robe jaune. Elle ne pouvait s'empêcher de continuer de regarder autour d'elle, de saisir de nouveau chaque détail, peinant à croire qu'elle était de nouveau ici. Quand Abel reprit la parole, elle se tourna vers lui et le sourire qu'il arborait lui donnait envie de sourire aussi et elle se retint, un peu en vain. Elle haussa légèrement les épaules, comme pour atténuer le fait qu'il ait eu raison.

- Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Je doute que Isadora me fasse des courbettes...

L'idéal serait presque de revoir son grand-père, les gens qu'elle avait envie de revoir et ensuite de repartir comme elle était venue. Si on exceptait ses légers problèmes de magie, cela pouvait totalement fonctionner. Non ? Elle releva les yeux sur André qui revenait les bras chargés et se leva dans un réflexe pour l'aider, mais il déposa le plateau sur la table basse avant qu'elle n'ait pu. Elle prit une tasse de café avec reconnaissance - elle n'avait pas dormi la nuit dernière et avait sonné chez Abel une heure plus tôt que l'heure convenue - et trempa ses lèvres dedans, retenant un soupir de satisfaction. Elle avait toujours trouvé le café d'ici trop fort mais c'était exactement ce qu'il lui fallait à ce moment précis. Une goutte de bourbon dedans lui aurait donné un peu de courage supplémentaire mais elle n'osait pas le demander à son grand-père, pas devant lui. Elle reposa sa tasse pour prendre un beignet, la spécialité de la Nouvelle-Orléans, qu'elle n'avait pas vu depuis des années. Évidemment, elle en avait trouvé ailleurs mais ce n'était pas des vrais. Elle mordit dedans avec plaisir, comme une madeleine de Proust longtemps recherchée. Ils se servirent en silence un instant, alors qu'elle sentait le regard de son grand-père sur elle, ce qui lui faisait un peu baisser les yeux. Elle releva la tête quand elle entendit sa voix rauque et sentit son estomac se tordre un peu.

- Merci, souffla-t-elle.

Ce compliment lui rappela ce que lui avait dit sa mère, qu'elle ressemblait un peu à sa grand-mère sur les vieilles photographies et elle leva machinalement les yeux sur le portait d'Anne au dessus de la cheminée. Elle ne l'avait pas vue depuis des années, cette photographie, se contentant de celles qu'elle avait emmené et qui montrait sa grand-mère plus âgée. Le cadre de la cheminée la représentait le jour de son mariage, dans sa robe blanche et Isy nota quelques ressemblances frappantes, dans la couleur de leurs yeux ou la forme de leur nez. Cette constatation lui fit un léger pincement au cœur sans qu'elle ne sache pourquoi.

- Je vais bien, répondit-elle doucement. Je vis en Angleterre, depuis sept ans maintenant. Je travaille au Ministère, j'ai fais des études, je suis diplômée de Salem. Je...

Elle ne savait pas quoi dire de plus, tout cela lui semblait soudain tellement dérisoire pour résumer seize années de silence le plus total.

- Abel m'a dit pour Michelle, ajouta-t-elle, la voix un peu moins assurée. Je... Je suis désolée.

Son grand-père secoua légèrement la tête et Isobel sentit qu'elle avait évoqué un sujet ô combien sensible. Il tendit sa main ridée pour serrer la sienne, qu'elle lui donna.

- C'était la volonté des ancêtres, dit-il d'une voix un peu brisée. Ne t'en fais pas. Tu devrais rencontrer son mari, c'est un homme gentil. Il tient une boulangerie dans Trémé.

Elle hocha la tête, reprenant une gorgée de café comme pour diluer le goût amer qu'elle avait dans la bouche. Son grand-père se tourna vers Abel, comme pour trouver un sujet plus léger à évoquer.

- En Angleterre... Je t'ai vu en Angleterre aussi, mon garçon. Quelque part par là...

Il se leva, fouillant dans une masse de papiers dans le porte-journaux.

- Ah, le voilà ! lança-t-il en revenant s'asseoir précautionneusement. Il tenait une coupure de journal dans sa main, qu'il tendit à Abel par dessus la table. Curieuse, Isy se pencha pour apercevoir le titre, qui parlait de Leopoldgrad et mentionnait Abel en lettres grasses. On en a pas mal parlé dans les journaux, je l'ai vu plusieurs fois. Ta maman doit être fière de toi, je l'ai croisée au marché de Dumaine l'autre fois. Elle m'a dit que tu vivais en Angleterre maintenant. Félicitations, c'est impressionnant. Mais je n'en doutais pas, tu es un garçon intelligent et travailleur.

Il eut un sourire, ce qui amusa doucement Isobel. Son grand-père avait toujours apprécié Abel, depuis qu'ils étaient tout petits. Cela ne l'étonnait même pas qu'il ait continué à suivre ce qu'il faisait, même après son départ à elle. Il tourna ensuite de nouveau son attention vers elle, tapotant doucement son genou. Elle sentit qu'il allait de nouveau demander quelque chose mais il regarda de nouveau Abel puis la coupure de journal, puis elle et elle comprit ce qu'il allait demander avant qu'il ne le fasse.

- Et vous deux...
- Oh, non, le coupa-t-elle. Non, non. Du tout. Au contraire. Ils arrivaient à peine à se parler cordialement. On s'est... croisés, en Angleterre.

Elle ne précisa pas les circonstances de tout cela, se doutant que cela ne ferait que d'apporter de l'eau au moulin des gens qui arriveraient à la même conclusion que son grand-père et elle se doutait qu'ils seraient nombreux.

- Et toi, grand-père ? Parle-moi de toi.



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Abel percevait le trouble d’Isobel dans ses yeux encore un peu humides et sa gestuelle lente, mais il se garda de tout commentaire. Comme toujours, il préféra tenir la position de l’observateur. En l’occurrence, il lui semblait bien normal de laisser grand-père et petite fille se retrouver et discuter, après tout, il n’était là que parce qu’André l’avait invité à rester, alors qu’il avait songé à leur laisser un peu d’intimité tout à l’heure. Il ne releva pas lorsqu’elle évoqua Isadora, se contentant de hausser les épaules à son tour. En même temps, elle ne prenait pas l’exemple le plus représentatif, tous les Lavespère n’avaient -heureusement- pas le caractère tortueux et impitoyable de cette grande prêtresse. Cela dit, Abel se trouvait bien incapable de prédire la réaction qu’elle aurait face à Isobel. Il aurait été tenté de supposer comme elle qu’elle serait peu clémente, mais le souci avec Isadora Lavespère, c’est qu’on ne pouvait jamais vraiment savoir ce qu’elle avait en tête… Principalement parce qu’elle possédait des savoirs que nul autre ne pouvait se vanter de disposer. Comment donc prédire la réaction d’une femme qui était capable de prédire l’avenir lui-même ?

Il accepta à son tour la tasse brûlante que lui proposait André, puis y trempa son beignet, réflexe d’enfant qu’il avait toujours conservé, avec n’importe quel accompagnement de ses boissons. C’était une façon de pouvoir goûter son café ou son chocolat même quand c’était trop chaud, et il avait conservé cette habitude en grandissant. Tout en grignotant son beignet au café, donc, Abel écouta Isobel donner quelques brefs détails sur sa vie actuelle. Il baissa le regard vers ses genoux au moment où le nom de Michelle fut prononcé. Un deuil qui avait été difficile à faire, pour tous, tant cette jeune louisianaise avait apporté bonne humeur et douceur dans leur petit monde clos qui en manquait parfois. Abel se souvenait avoir fait en sorte de rendre visite à André assez régulièrement, à l’époque de l’ouragan, pour s’assurer qu’il n’avait besoin de rien, ou tout simplement pour lui apporter un peu de compagnie à un moment où ils en avaient tous grandement besoin.

A son nom, Abel releva la tête vers le vieil homme, puis sourit dans un mélange d’incrédulité et d’amusement en voyant le journal qu’il lui apportait. Il avait fait la une de quelques journaux anglais, ce qui était assez attendu, car le projet Leopoldgrad avait un grand retentissement là-bas. Il n’aurait pas été foncièrement étonné qu’un journal new yorkais l’évoque aussi, étant donné que le projet attirait l’attention de nombreux entrepreneurs de la côte Est américaine. En revanche, que son nom soit publié jusqu’en Louisiane… Voilà qui le surprenait agréablement et lui donnait une petite pointe de fierté.

« Je vous remercie, André, souffla t-il avec un sourire. Ma mère ne m’a même pas parlé du fait que c’était dans les journaux d’ici ! »

Par pudeur, certainement. Il connaissait sa mère, discrète, qui avait des façons bien à elle de faire passer son affection, et brandir un journal avec le nom de son fils pour en faire l’éloge n’en faisait pas partie. Mais il avait senti à son retour qu’elle avait tout suivi de son parcours, il avait senti qu’elle en ressentait une douce fierté elle aussi.

Il était en train de lire en diagonale l’article -il avait envie de savoir quelle était l’opinion louisianaise sur lui !- quand il sentit une interpellation de la part d’André. Il n’avait pas capté ses regards successifs entre lui et Isobel, aussi saisit t-il moins vite qu’elle l’allusion qu’il avait à peine formulé. La réponse d’Isobel, qu’elle fournit pour eux deux, lui fit tourner la tête vers elle l’espace d’une seconde, et allez savoir pourquoi, il dut se retenir de laisser échapper un petit rire. « Non, non. Du tout. Au contraire ». Ils étaient donc le contraire d’un couple. Ce qui voulait dire… ? Abel avait bien envie de demander ce que cette relation définie par une non-relation supposait. Il avait bien envie de savoir comment Isobel voyait leurs rapports d’ailleurs, car lui il voyait un lien mutant un peu hybride, qu’il ne savait pas trop comment interpréter, mais ma foi, c’était comme ça avant qu’ils ne se décident tous les deux à pencher franchement soit pour une tentative de retour à une amitié, soit pour une franche défiance mutuelle, mais pour l’instant, eh bien c’était un monstre en évolution qui ne les laissait pas trop s’imaginer qu’ils pouvaient complètement se faire confiance… Bref, c’était très clair.

« C’est ça, on n’est vraiment pas comme ça » appuya t-il, sans pouvoir enfouir complètement l’amusement dans son ton.

Il ne savait pas pourquoi cela le faisait rire, en fait. C’était drôle de voir Isobel paniquer pour ça, supposait t-il. Il se demanda si la question suivante n’était pas là un peu pour noyer le poisson au passage, même s’il se doutait que c’était surtout parce qu’elle préférait entendre parler d’André plutôt que trouver comment lui exposer ses seize années d’absence.

André, qui avait accueilli leurs réponses avec un air assez dubitatif, parut se reprendre à la demande de sa petite fille. Il sembla un peu nerveux à son tour : Isobel n’était pas la seule à se trouver troublé par ces soudaines retrouvailles, visiblement.

« Eh bien, moi… Il n’y a pas grand-chose à dire d’un homme qui vieillit, déclara t-il doucement. Je m’occupe toujours du bar. Puis, je ne sais pas si tu le sais ou pas, mais je suis arrière-grand-père maintenant, de neuf bambins plus ou moins sages. Son sourire se fit plus franc à cette phrase. Michelle, Antoine et Delphine ont chacun deux enfants, et Marius trois, ce qui fait un petit monde. Heureusement que j’ai gardé cette maison, toutes les fêtes de famille se font ici maintenant. Les petits sont contents de jouer dans le jardin… Son regard se tourna vers la baie vitrée du salon, et soudain, une certaine mélancolie passa sur son visage. Mais le reste du temps, eh bien… Cela fait beaucoup d’air à brasser, ici. »

Il se perdit momentanément dans sa contemplation, mais se ressaisit assez vite, puis prit une figure rassurante, comme pour faire oublier ce petit instant :

« Mais j’ai mon fidèle Amstrong, avec moi, rappela t-il. Etrange qu’il n’ait pas accouru ici à votre arrivée d’ailleurs… J’imagine qu’il roupille dans le jardin. Oh ! Je crois que tu ne le connais pas encore, Isy Louise. C’est mon chien. Un formidable leonberg qui a pris l’habitude de baver allègrement sur les genoux des gens qu’il aime bien.
-Oh, je pensais que ce n’était qu’avec moi » glissa Abel, pour détendre l’atmosphère.

La petite plaisanterie tira un rire à André, qui, ragaillardi, renvoya la balle à sa petite-fille :

« Tu dois avoir tellement plus à dire, moi je ne suis qu’un retraité qui coule des jours plein de routine. Tu dois en avoir vécu des choses, pour avoir atterri en Angleterre. Raconte-moi un peu ton parcours. Son regard parut momentanément plus pétillant. Je suis peut-être arrière-grand-père de plus d’enfants, et je ne le sais pas encore ? »


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Isobel jeta un regard noir à Abel quand elle le sentit amusé par sa réponse, qu'il confirma néanmoins - et heureusement - peu encline à ce genre de plaisanterie. Elle se doutait bien que son grand-père ne serait pas le seul à faire cette supposition, et elle le comprenait en soi, mais n'avait pas très envie d'en entendre parler tout le séjour. D'abord parce que c'était faux, ensuite parce que c'était gênant et pour finir parce que leur relation était assez étrange - et assez incompréhensible pour Isy - sans que l'on vienne la commenter en plus. Elle ne savait pas trop quoi penser de cela et n'avait pas envie de s'y attarder, surtout ici. Ici, Abel et elle avaient été les meilleurs amis du monde, véritablement. Cela avait été longtemps un lien primordial dans sa vie, un lien fondateur et même si elle avait tourné la page, elle ne pouvait pas l'ignorer alors qu'elle se trouvait ici, là où tout été arrivé. C'était un lien néanmoins révolu et confronter son souvenir à sa relation actuelle avec Abel, dans les rues du Carré, était un exercice aussi douloureux que malaisé, c'est pourquoi elle s'efforçait de faire fi de tout cela. Il était tout aussi préférable de parler d'autre chose, elle fut donc ravie de voir la conversation s'embrayer ailleurs.

- Je suis certaine que si, répondit-elle avec un léger sourire lorsque son grand-père déclarait qu'il n'y avait pas grand-chose à dire d'un homme qui vieillissait.

Cela faisait seize ans qu'ils ne s'étaient pas vus et André avait toujours été une figure de leur communauté. Pourtant, il n'y était pas né, il n'était même pas sorcier. Il était docker dans le port lorsqu'il avait rencontré sa grand-mère, dans les années cinquante. Ils s'étaient mariés et il avait adopté la culture de son épouse, sans jamais rien dire, sans jamais s'imposer, se faisant sa place peu à peu. Lorsque le bar moldu qui avait sa façade arrière sur le Chaudron avait été à vendre au début des années soixante, André l'avait racheté et y avait percé des ouvertures avant de l'intégrer à leur communauté, de l'ouvrir un peu au reste du monde. A partir de ce moment-là, il était devenu un pilier du Carré, gérant à la fois les passages par là et le lieu communauté que le Rousseau's était en train de devenir. Il avait très vite été adopté, parce qu'il était le père de plusieurs sorcières, mais aussi comme figure d'autorité, sachant remettre sur le droit chemin quelques garçons qui commençaient à filer un mauvais coton. On disait en revanche qu'il avait toujours été trop tendre avec ses trois filles... et sa petite-fille. Pour ses enfants, il avait toujours trouvé sa femme trop dure avec eux, alors il essayait d'adoucir leur quotidien en fermant les yeux sur leurs bêtises, sûrement une erreur, songeait-il avec le temps. Il ne leur avait pas rendus service, à Sophie notamment. Quant à Isobel, et bien... Comment pouvait-il se fâcher contre elle alors qu'il ressentait cette culpabilité permanente d'avoir laissé les prêtresse lui prendre pour aller avec sa mère ? C'était souvent des pensées qui agitaient son esprit, encore maintenant.

- Le bar, à ton âge ? s'étonna justement sa petite-fille.
- Marius m'aide, tempéra André. Il le reprendra bientôt, je pense.

Isobel songea à son cousin Marius, toujours si agité lorsqu'ils étaient jeunes. Il avait trois ans de plus qu'elle et passait son temps à l'embêter, absolument tout le temps. Il prenait toujours beaucoup de plaisir à la voir s'énerver et la faisait tourner en bourrique justement pour cela. Aussi, l'imaginer en respectable commerçant - pire, en père de famille - faisait un peu étrange à Isy. Imaginer Antoine et Delphine, aussi, mine de rien, elle qui les figurait encore comme des adolescents dans sa tête. Il n'y avait bien que pour Michelle qu'elle savait, mais cette pensée lui pinçait le cœur. Elle préféra se concentrer sur les arrières-petits-enfants de son grand-père, cette nouvelle génération visiblement remuante de Lavespère. C'était véritablement le signe que la vie avait continué ici : la dernière fois, elle faisait partie de cette nouvelle génération. Elle se sentit coupable en entendant son grand-père parler de la maison vide, son regard se perdant vers le jardin qu'elle apercevait d'ici. Elle ne pouvait pas ignorer qu'elle avait sûrement participé à cette solitude mais elle avait toujours cru que cela ne serait pas si important... L'avantage de vivre autant en famille qu'eux, c'est que personne n'était jamais vraiment tout seul : ils prenaient soin des anciens. Mais malgré cela, les gens travaillaient la journée, ne trouvaient pas toujours le temps le soir... Mais cela, elle avait toujours essayé de l'occulter, se représentant sa famille épanouie et heureuse, du moins les gens qu'elle avait aimé.

- Amstrong, comme c'est étonnant comme nom, ne put-elle s'empêcher de commenter en songeant à l'amour de son grand-père pour le jazz.

Elle avait grandi en écoutant cette musique, ici, dehors, partout, elle avait grandi dans la capitale du jazz où les gens noms de la musique avaient tous trouvé l'inspiration. D'ailleurs, elle se sentait encore attachée à cela et ne pouvait pas entendre un air de Louis Amstrong sans penser à son grand-père et aux arcanes du Preservation Hall, où l'un de ses oncles par alliance travaillait à l'époque, faisant entrer les petits par la porte de service pour les mettre juste devant la scène. Elle ouvrit la bouche lorsque André lui demanda de lui raconter sa vie, songeant qu'il y avait certaines choses qu'elle ne devrait pas dire, quand il mentionna des arrières-petits enfants supplémentaires, ce qui la fit taire immédiatement. 

- Oh non, du tout, répondit-elle encore une fois trop vite. Mais j'ai un chat ?

Contrairement à ses cousins et ses cousines, Isy n'était pas vraiment dans le grand délire "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants", bien au contraire. Elle ne voulait pas décevoir son grand-père mais qu'il se contente de ses neufs descendants : il n'en n'aurait pas d'autres par elle. Bien décidée à faire oublier ce petit incident, elle entreprit de raconter tout ce qui avait pu se passer depuis sa fuite, oubliant même parfois la présence d'Abel, délivrant des détails comme elle n'en n'avait jamais donné. Elle se pressait de parler, car elle savait bien que la nouvelle de sa présence se répandrait vite ici et elle voulait profiter de cet infime moment de tranquillité avant que n'arrive la tempête...

FIN DU RP


Isobel Lavespère
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