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 One more time [Roy/Esteban]

Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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4 septembre 2009

Esteban avait longtemps hésité mais plus les heures passaient plus les solutions s’amenuisaient. Lorsqu’un nouveau jour se leva sans que Klemens n’ait réapparu, Esteban su qu’il ne lui restait plus qu’une personne pouvant l’aider. Il avait fait le tour des amis de Klemens, du moins ceux qu’il connaissait, et il avait beau essayer de s’auto-persuader du fait que Klemens allait bien, il avait trop vécu ce genre de situation pour savoir que ce n’était pas le cas. Il devait se rendre à l’évidence : Klemens avait disparu et c’était de très mauvais augure. La seule image de son amant qu’il parvenait à se représenter était celle de Klemens lorsqu’il l’avait revu pour la première fois à sa sortie de Skye et ce n’était pas pour le rassurer. Le manque de sommeil avait beau le rendre moins lucide, il savait qui pouvait lui apporter quelques réponses. Il répugnait à aller voir l’ennemi mais il avait pu aider Klemens par le passé, c’était son ami, ça l’avait été du moins, alors sans doute pourrait-il l’aider.

Le soleil se levait tout juste, embrasant l’horizon de ses rayons rougeâtres. Le casino était resplendissant dans cette lumière, tout comme l’océan mais Esteban ne voyait rien de cela. Les traits encore plus tirés que la veille alors qu’il se rendait vor Irving, il s’avançait sur le parvis et poussa enfin la porte. Le lieu était presque désert, seuls traînaient encore quelques joueurs invétérés. Il se dirigea vers le barman sans plus d’hésitation.

« Savez-vous où je peux trouver Roy Calder ? C’est urgent. Dites-lui que ça concerne un polonais. »

Il était resté courtois mais son ton pressant et sa mine défaite devaient être des indicateurs suffisants pour que l’homme comprenne l’urgence. Il disparut un moment, Esteban ne sachant qui il allait prévenir. Roy était-il dans les Folies Sorcières ou était-il dans la villa qu’il ne pouvait que posséder en tant que baron de la drogue ?

« Le patron arrive, il m’a dit de vous faire attendre ici. »

Esteban était surpris, il s’était attendu à devoir batailler ferme pour obtenir l’attention du mafieux mais manifestement l’indice concernant Klemens avait fait son effet. A moins que son air un peu louche ait fait penser au barman qu’il était un larbin de Roy.

« Vous voulez boire quelque chose en attendant ? »

Esteban leva un regard surpris vers le jeune homme, déjà reparti dans ses pensées angoissées.

« Une vodka, s’il vous plaît. »

Il prit le verre qu’on lui tendait et avala en grimaçant une gorgée brulante de la boisson qu’aimait tant son amant. De nouveau plongé dans ses pensées, il se prépara mentalement à sa rencontre avec Roy, se doutant que le trafiquant allait le cuisiner pour connaître la raison de sa présence et savoir comment il connaissait son implication dans la libération de Klemens. Ca n’allait pas être une partie de plaisir mais Esteban était prêt, il avait besoin de réponses.



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Roy CalderChef de la mafiaavatar
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« Un polonais ? »

Face au froncement de sourcils de son patron, Jeff le barman ne sut quoi ajouter pour l’éclaircir et haussa les épaules, sa réflexion lisible sur son visage, comme s’il tentait de rassembler les détails dans ses souvenirs :

« Euh, il a rien dit de plus, boss. Juste ça et que c’était urgent. Il avait une tête à faire peur, le genre qui a pas dormi depuis trois jours… 
-Fais-le attendre. »

Roy attendit que l’homme eut quitté son bureau pour rassembler ses pensées. Il n’y avait pas trente-six solutions, il n’avait pas mille polonais différents dans son carnet d’adresses, et si cet inconnu avait prononcé ce mot comme un mot de passe, c’est qu’il devait s’agir de Klemens. Compte tenu des récentes nouvelles… C’était ce qu’il y avait de plus probable. Derrière son bureau, Roy resta quelques instants, le regard dans le vide, le ventre à nouveau noué aux sombres pensées qui revenaient le tourmenter. La curiosité et le besoin de confirmer son hypothèse, de savoir qui était cet homme qui souhaitait le voir, et qui connaissait visiblement son lien avec Klemens, finit toutefois par l’emporter. Il quitta son bureau, traversa le couloir qui le séparait du casino, dont il poussa les portes battantes. Le bar était à une certaine distance, d’où il pouvait observer l’homme de profil, sans être vu. Son visage ne lui disait pas grand-chose, mais sa posture en disait long sur son état d’affliction.

Dans tous les cas, il ne comptait pas lui parler au bar, en plein milieu du casino, c’était bien trop risqué. Faisant un signe à un Veilleur aux épaules carrées, qui gardait les portes de sorties, Roy lui intima :

« L’homme au bar avec une vodka là-bas. Accompagne-le jusqu’à la terrasse à l’arrière. Et tu fermes les portes derrière lui, personne ne le suit, je veux lui parler seul. Prends sa baguette avant, et s’il refuse, vous le dégagez. »

Après tout, il ne savait rien de cet inconnu, et aucune piste n’était à écarter. Il devait montrer d’abord patte blanche s’il souhaitait lui parler. Il pouvait très bien être un ennemi cherchant à l’atteindre, en se servant d’informations personnelles qu’il aurait appris à son sujet… Dans tous les cas, il lui fallait éclaircir ce point, songea Roy en marchant vers la terrasse. Son amitié avec Klemens n’était pas forcément une information complexe à découvrir pour qui cherchait un peu, puisqu’ils avaient longtemps été amis sans s’en cacher, noué plusieurs connaissances communes, avant que chacun ne prenne des voies différentes. Que cet étranger connaisse ce point de son histoire soulevait deux hypothèses : soit il avait effectivement mené des recherches sur lui, soit c’était de Klemens dont il avait été suffisamment proche pour le savoir.

Il n’allait pas tarder à obtenir réponse, car bientôt, l’une des portes-fenêtre menant à la terrasse s’ouvrit sur son invité. Appuyé contre la rembarde, Roy se tourna vers lui, pour prendre le temps de l’examiner. Jeff n’avait pas menti, il semblait effectivement être secoué par les tourments, la fatigue, bien que son regard luisait d’une certaine détermination, voire d’orgueil. Il ne semblait pas apprécier d’être ici. Roy finit par cesser sa contemplation silencieuse et prendre la parole, avec une relative prudence, sans agressivité, sans amabilité non plus :  

« Qui es-tu ? »

C’était la question qu’il se posait, avant même de savoir ce qu’il venait chercher, car pour cette dernière question, il se doutait déjà un peu de la réponse…



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Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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« J’ai prévenu le patron, il m’a dit de vous faire attendre. »

Après avoir lâché cette phrase sans plus d’informations, le barman retourna à ses verres manifestement peu envieux de se mêler des affaires de son patron. D’après ce qu’Esteban savait de Roy, il avait bien raison d’agir ainsi.

Les minutes s’écoulaient et Esteban commença à se demander si le mafieux allait vraiment le recevoir ou s’il devait s’inquiéter de l’attente. Nerveux, il serra ses doigts sur sa baguette, rassuré par le contact du bois lisse. Ce n’était pas sa baguette, du moins pas celle avec laquelle il avait grandi et lutté en Argentine mais il en allait de sa sécurité alors il s’y faisait peu à peu.

« Suivez-moi. »

Esteban sursauta violemment, il n’avait pas entendu arriver l’armoire à glace qui se tenait à ses côtés. Ses doigts se refermèrent un peu plus sur sa baguette et il dut rassembler toute sa volonté pour ne pas la lever face à cet homme qui puait le danger. Les dents serrées, il se leva.

« Votre baguette. »

D’un air ahuri, Esteban fixa la main tendue du colosse. Il espérait sincèrement qu’Esteban allait se débarrasser de son moyen de défense en plein territoire ennemi ? Il était hors de question qu’il entre désarmé dans la tanière du loup. Le loup… Mauvais choix de métaphore… Agacé par ses pensées divagantes, Esteban fixa l’homme d’un regard noir et inflexible.

« Je n’attaquerai pas sans raison mais vous comprendrez aisément que je ne peux vous céder ma baguette. »

L’homme se rapprocha d’un pas, visiblement agacé que tout n’aille pas comme il le souhaitait.

« Votre baguette ! Sinon vous pouvez repartir. »

Evidemment. Esteban s’était attendu à cette réponse mais cela ne l’empêcha pas de se tendre un peu plus. Avait-il le choix ? Allait-il réellement laisser cette brute le mener désarmé à un chef de gang ? Esteban se caractérisait par sa prudence, depuis son arrivée en Angleterre, il faisait tout son possible pour être invisible et surtout, surtout, ne jamais se mettre dans des situations délicates. Il avait rompu ses convictions en entrant au Kraken mais ça ne l’avait pas empêché de rester extrêmement prudent, bien plus que la plupart de ses condisciples. Bien plus que Klemens…

Klemens… La réponse était là. Il n’avait pas le choix, il ne l’avait plus, sa décision était déjà prise depuis qu’il avait passé les portes du cabaret. Il avait besoin de réponses sinon il allait devenir fou et il savait que Roy était la dernière personne susceptible de les lui fournir. Aussi, le geste raide, il tendit sa baguette au chien de garde qui s’en saisit sans un mot avant de tourner les talons, Esteban à sa suite.

Il traversa les Folies Sorcières jusqu'à la terrasse arrière, ses yeux survolant les lieux à la recherche d’une porte de sortie au cas où tout cela terminerait mal. Sur la rambarde face à la mer était appuyé Roy Calder. Alors c’était lui ? Ce petit arriviste, un des caïds qui régentait la ville. Il était ridiculement petit pour un tel poste. Esteban s’était plutôt attendu à voir une armoire à glace comme celle qui l’avait accompagné ici. L’Argentin était certain que sa position sociale venait d’un complexe d’infériorité qu’il tentait de dissimuler.

Esteban détestait ce genre de personne, ceux qui faisait fi des lois pour gagner le plus possible. Ils n’avaient aucun scrupule, tuaient sans vergogne et profitaient du malheur du peuple. Esteban ne connaissait pas Roy mais il le détestait déjà.

Un bref instant l’image de Klemens lui traversa l’esprit et il se demanda comment ces deux là avaient pu être amis. Lorsque l’idée que Roy n’était peut être pas uniquement ce que les apparences indiquaient, il la rejeta en bloc.

Roy semblait lui aussi être en plein examen de son interlocuteur et Esteban décida de planter sur lui un regard fier, il n’allait pas se laisser intimider, qu’importe qu’il vienne ici implorer son aide. Enfin, le silence tendu fut rompu. La neutralité de Roy rassura Esteban autant qu’elle l’agaça, elle signifiait qu’il était ouvert au dialogue et ne comptait pas le liquider sans un mot. L’attente avait fait son œuvre sur Esteban aussi ne prit-il pas de gants pour répondre.

« Esteban. Est-ce que tu sais où est Klemens ? »

Pour la politesse et l’instinct de survie, on repassera.




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Il n’y avait qu’à regarder le visage de cet homme pour comprendre qu’il lui était plutôt hostile. Roy examinait sans rien dire les traits de sa figure crispée, cherchant à savoir s’il l’avait déjà vu auparavant. Il avait beau fouiller sa mémoire, il ne trouvait pas. Au mieux, il l’avait croisé un jour dans Bristol, mais c’était difficile de s’en rappeler, il y avait beaucoup de monde qui passait dans cette ville, et peut-être ne fréquentaient t-ils pas les mêmes coins. Peut-être venait t-il d’ailleurs, aussi, il lui semblait entendre un petit accent. La réponse lapidaire qu’il lui fournit laissa Roy de marbre, en apparence. Intérieurement, il se demandait quel lien il pouvait avoir avec Klemens. Un ami, un amant ? Un compagnon de résistance ? Tout était possible, mais Roy gageait que s’il était venu le trouver, c’était qu’il était suffisamment proche de Klemens pour connaître le lien qui les avait rapprochés autrefois et que donc, il ne devait pas ignorer le combat contre le gouvernement qu’il menait. Si tel était le cas, cet Esteban tenait assez à Klemens pour venir se jeter dans la gueule du loup.

Soutenant le regard défiant de son interlocuteur, Roy laissa un certain temps s’écouler avant de répondre, laconiquement :

« Mais encore ? »

Cela ne l’aidait pas des masses de n’avoir que son prénom et Roy pouvait se targuer d’être en position de force, pour le moment. C’était Esteban qui venait quémander quelque chose, après tout, il pouvait très bien décider de ne pas faire preuve de bonne volonté, s’il n’en faisait pas preuve en premier. La méfiance visible d’Esteban n’encourageait pas Roy à livrer quoique ce soit pour le moment. Il ne le connaissait pas, il ne savait pas s’il était son ennemi ou pas, en revanche, Esteban semblait le connaître et ne pas être dans de très bonnes dispositions face à lui. Pour le moment, Roy préférait donc jouer la carte de la prudence.

S’accoudant contre la rambarde de la terrasse, le mafieux laissa son regard glisser sur l’homme. Il fallait le pousser à parler plus, visiblement, quitte à lui soutirer des informations en lui posant lui-même quelques questions.

« Comment tu connais Klemens ? finit t-il par demander. Et qu’est-ce qui te fait croire que je peux t’aider ? »



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Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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Esteban n’avait qu’une envie celle de coller sa main dans la face arrogante de son interlocuteur… Ne voyait-il pas qu’il n’avait pas que cela à faire ? Etait-il réellement obligé de faire planer ce petit temps avant de lui répondre ? Bien sûr, Esteban était conscient que ce n’était qu’une mesure de protection et que si la situation avait été inversée il aurait certainement agi de la même façon, mais il n’était pas en état pour être conciliant et encore moins lorsqu’il s’abaissait à quémander l’aide d’un chef mafieux… L’envie de trucider Klemens pour le pousser à faire ce genre de chose lui traversa l’esprit.

« Ecoutez, je suis un ami de Klemens, il a disparu hier et je pense que vous pouvez savoir où il est. Après tout, vous l’avez tiré de mauvaises situations plus d’une fois… »

Le ton était agacé mais Esteban savait qu’il devait y mettre les formes et jouer un peu sur les sous-entendus. Il ne pouvait et ne voulait dire à Roy de but en blanc qu’il connaissait son implication dans le sauvetage de Skye. Esteban souhaitait garder cet argument en cas de nécessité, c’était toujours mieux d’avoir un coup d’avance. Et puis, même s’il n’avait pas su cela, Klemens lui avait parlé d’un certain nombre de fois où Roy l’avait aidé en lui fournissant de la Tue-Loup notamment.

« Je ne vous demande pas grand chose, juste un oui ou un non et après je disparaitrai comme je suis arrivé. Si jamais vous savez où est Klemens, je vous promets que je tairais votre implication. Je suis prêt à faire un serment. »

Il eut peur un instant d’être trop désespéré, Roy ne risquait-il pas de tirer avantage de cette situation ? Esteban n’en savait rien, il aurait même tendance à dire qu’il allait le faire s’il en croyait sa réputation, néanmoins Klemens lui faisait confiance alors il lui laissait le bénéfice du doute en espérant que le bien-être de son ami serait plus important que ses instincts de mafioso.

Roy ne semblait pas convaincu par son plaidoyer et chercha à en savoir plus. Lorsqu’il exigea de savoir comment ils s’étaient connus, Esteban retint une grimace. Il aurait dû se douter avant de venir qu’il aurait à faire face à des questions dérangeantes voire même à des questions auxquelles il ne pourrait donner de réponse. Il resta silencieux un moment, le temps de trouver une réponse convenable et pas trop dangereuse.

« J’ai connu Klemens par des connaissances communes à Bristol et il m’a dit que vous étiez un ami fidèle sur qui il savait qu’il pouvait compter en cas de besoin… Je sais que les choses ont changé entre vous mais je suis certain que si Klemens était venu vous trouvez pendant la nuit en pleine galère, vous ne l’auriez pas laissé à la porte… Tout comme vous ne l’auriez pas dénoncé à la Milice… »

Les dés étaient jetés… Esteban ne savait pas trop comment Roy allait réagir à cela. Il ne savait ce qu’il pouvait dire ou ce qu’il devait taire alors il testait son interlocuteur. En tant que mafieux, il devait sans doute avoir la Milice en horreur, cette affirmation ne devait pas être trop dangereuse, cependant héberger un homme traqué c’était une autre histoire…



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Roy CalderChef de la mafiaavatar
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La première réponse d’Esteban fit froncer les sourcils à Roy, qui redoublait ses recherches mentales pour replacer ce visage. Il était certain de ne pas le connaître, et pourtant il avait connu tous les amis de Klemens, sans exception, quand ils étaient encore proches. C’était donc que cet Esteban s’était lié au loup-garou après que Roy se soit irrémédiablement séparé de lui. Etait t-il un de ses camarades de résistance au Kraken ? Depuis qu’il l’avait sauvé des griffes de Skye, Roy n’ignorait plus l’appartenance de Klemens à ce groupe, et lorsque Esteban lui proposa de lui prêter un serment magique, il ne put s’empêcher de se faire l’ironique réflexion qu’il ferait un bon krakinet.

Mais il n’en dit rien, préférant garder ses pensées pour lui et continuer à écouter et examiner l’homme. S’il commençait à ressentir un brin d’empathie pour lui car il connaissait l’affreuse vérité sur la disparition de Klemens, un certain agacement se mêla aux sentiments de Roy en le voyant tant insister sur leur fidèle amitié passée. Il n’y avait qu’amertume et regrets sur les cendres de cette relation, pour laquelle Klemens ne lui avait donné aucune chance de se racheter. Avant même qu’il ne tombe à nouveau entre les mains de la Milice, Roy en avait fait son deuil, ce qui n’empêchait pas un terrible pincement au coeur de le saisir, maintenant que ce deuil était une réalité. Les traits tendus de trafiquant s’affaissèrent, alors qu’il soufflait pour simple réponse :

« Non, je ne l’aurais pas balancé… »

N’était t-il pas celui qui avait pris de réels risques à monter un coup pour le faire libérer des griffes de la Milice ? Il n’aurait jamais trahi Klemens, ne serait-ce qu’en souvenir de leur amitié passée. Visiblement, Klemens s’en était souvenu aussi en parlant de lui à Esteban. « Il m’a dit que vous étiez un ami fidèle sur qui il savait qu’il pouvait compter en cas de besoin », ces simples mots se répétaient dans sa tête, et eurent raison de Roy. Une vague de tristesse monta et l’abattit, effaçant toute défiance de son regard. Il baissa les yeux de cet homme dont il s’était méfié et qui lui apparaissait maintenant comme un réel ami de Klemens, désespéré et perdu, qui avait la chance de ne pas connaître encore la vérité.

Un instant, Roy hésita. Il n’était pas obligé de lui révéler la vérité, il pouvait mentir et déclarer qu’il n’en savait rien, car plus rien ne le liait au loup. Ainsi il se déchargeait de cette terrible tâche de lui annoncer cette nouvelle et il protégeait sa couverture par la même occasion. Il ignorait ce que savait cet homme, il ignorait qui il était réellement, alors était-ce réellement prudent de lui révéler ce qu’il savait ? C’était tout de même étonnant qu’il soit si vite venu à lui, alors qu’il savait visiblement que son amitié avec Klemens était terminée. Roy ne pouvait s’empêcher de se dire que s’il était venu si vite le trouver, alors il était possible qu’il savait aussi qu’il avait récemment renoué un bref lien avec le loup, ou pire encore : qu’il l’avait fait libérer. Or il n’était pas prudent pour sa position de laisser courir dans la nature un homme qui le savait proche de certains résistants. S’il était un krakinet, Juliana ne lui en avait jamais parlé, alors si Roy le souhaitait, il pouvait tout autant se débarrasser d’Esteban en ne le laissant pas ressortir vivant de cette entrevue.

Ces idées flottèrent momentanément dans son esprit, mais elles disparurent presque aussitôt, comme balayées d’un grand geste. Quelque chose en Roy le répugnait à adopter cette attitude, alors que la prudence et l’instinct de conservation aurait du l’y pousser. Ce n’était pas qu’il éprouvait une soudaine sympathie pour Esteban, cela aurait pu être lui comme un autre. Mais cette évidente proximité qu’il avait avec Klemens retenait ses instincts de mafieux. Leur ancienne amitié était perdue à jamais, mais leur loyauté mutuelle était bien plus difficile à détruire. Par respect pour son ancien meilleur ami, et même si ce dernier était mort, Roy ne comptait pas s’en prendre à des êtres qui lui avaient été chers. Tant qu’ils ne représentaient pas une menace directe, en tout cas. Alors Roy se promit de laisser cet homme filer… pour l’instant. Il se contenterait de cueillir quelques informations supplémentaires sur lui plus tard.

« Je suis désolé de te dire ça mais tu ne pourras pas retrouver Klemens. »

Ces mots finirent par sortir, et Roy par relever son regard sur Esteban. Que Godric lui donne du courage ! Il n’y avait pas de nouvelle plus difficile à annoncer que celui d’un décès mais qui pourrait l’en informer si ce n’était lui ? Il avait été vite mis au courant, car Roy s’était rapproché de quelques miliciens pour pouvoir obtenir certaines informations en première loge. Il aurait été très cruel de laisser Esteban continuer ses recherches vaines et se nourrir de l’espoir de retrouver Klemens quand il n’y en avait aucun. Sans laisser le silence s’installer plus longtemps, la sentence tomba avec raideur :

« Il est mort. »



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Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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Esteban avait tenté le tout pour le tout en faisant comprendre à Roy qu’il connaissait son lien avec Klemens et le rôle qu’il avait joué dans sa libération. Le silence qui suivit sa déclaration fut bien trop long pour l’homme tourmenté, néanmoins il ne tenta pas de brusquer Roy plus qu’il ne l’avait déjà fait. Il voulait obtenir des réponses et sentait qu’il était peut-être déjà allé trop loin. La réponse de Roy lui tira un soupir de soulagement, il ne s’était pas trompé et le gérant des Folies semblait lui faire suffisamment confiance pour lui dévoiler cela.

Il semblait qu’Esteban venait de gagner leur petit échange mais il aurait préféré que celui-ci n’ait jamais eu lieu. Roy venait de baisser les yeux et Esteban était certain que ce n’était pas le genre d’homme à détourner le regard. Le ventre de l’Argentin se serra encore plus alors qu’il voyait le doute et autre chose, quelque chose de plus triste se dégager de l’homme plongé dans ses pensées. Il savait quelque chose et hésitait à parler. Les poings d’Esteban se serrèrent alors qu’il s’empêchait de saisir l’homme par les épaules afin de le secouer brusquement dans l’espoir de le faire parler. Il fallait qu’il sache !

Les mots sortirent finalement et le temps sembla s’arrêter. Esteban ferma les yeux de toutes ses forces, des tâches rouges et noires flottaient devant lui alors que son esprit lui imposait les images de Klemens quittant le pays. Il avait déjà fui, plus d’une fois… Il avait longuement discuté avec Esteban de sa clandestinité, il avait toutes les bonnes raisons de quitter l’Angleterre et savait comment faire pour disparaître sans laisser aucune trace. Alors oui, Klemens avait quitté le pays sans lui laisser un mot, son instinct de survie l’avait poussé à s’évanouir dans la nature. Esteban aurait du mal à retrouver ses traces et n’était même pas sûr de vouloir le faire, il savait ce que cela représentait, il savait à quel point cette décision pouvait être difficile. Il allait donc respecter la décision de son ami, le laisser vivre sa vie même s’il aurait aimé le suivre dans sa fuite. Il aurait pu l’aider…

Les images et les mots s’imposaient à son esprit qui le surchargeait, lui offrant la seule porte de sortie qu’il était à même d’accepter. En quelques secondes, Esteban s’était fait son opinion, il était prêt à partir maintenant, il avait eu sa réponse et pourtant il restait là. Au fond de lui, il savait que Roy n’avait pas terminé. Son cœur battait bien trop rapidement et une pierre semblait s’être posée sur son estomac. Quand les mots fatidiques furent prononcés, Esteban ne les entendit pas. Son corps par contre réagit violemment. Il recula de quelques pas, titubant, ses yeux s’ouvrirent d’effroi et il fixa le visage triste et mal à l’aise de Roy sans trop comprendre. Il mit quelques secondes à comprendre qu’il criait.

Là où quelques secondes plus tôt, tout ce qui comptait était de tenir tête à Roy et de lui montrer sa valeur, soudainement plus rien n’avait d’importance. Depuis deux jours, Esteban enfouissait ses angoisses au fond de lui, refusant l’évidence. C’était complétement crétin, lui qui se targuait d’avoir une grande expérience, de savoir ce qui se passait en temps de guerre, n’avait pas voulu accepter ce qu’il avait pourtant vécu trop souvent. Lorsque quelqu’un disparaissait dans une mission où la Milice intervenait, on ne le revoyait rarement et il n’était certainement pas parti en exil. Et pourtant, l’instinct de survie l’avait empêché de comprendre avant d’en avoir la certitude. Les mots de Roy venaient de briser ses dernières défenses et un raz-de-marée s’abattait sur l’homme qui se laissa glisser maladroitement sur le sol, le long d’un mur.

Le cri s’était tu et avait été remplacé par une litanie :

« No, no, no… No se puede… Klemens… No más! »

Les yeux dans le vague, noyé par des larmes qu’il ne sentait même pas couler, Esteban voyait des souvenirs flotter devant ses yeux. La dernière mission avec Klemens et ces mots qu’il avait prononcé : « Fais attention à toi, j'voudrais pas qu'il t'arrive une bricole avant que je puisse te rejoindre dans mon lit pour te susurrer à l'oreille que je t'aime. ». Leurs tête-à-tête dans les caves, les heures passées ensemble à parler, à se disputer, à construire jour après jour une relation un peu trop forte. C’avait été tellement rapide, des années qu’il se refusait tout attachement et soudainement les digues avaient rompu, il avait laissé Klemens démolir ses barrières et entrer dans sa vie, réclamer à grands cris l’affection qui lui manquait tant. En quelques semaines, il s’était reconstruit bien plus rapidement qu’il ne l’aurait dû. Leur relation n’avait aucun sens et n’était pas vraiment saine et pourtant alors que le pire arrivait Esteban ne pouvait la regretter.

Les émotions étaient trop fortes et, totalement oublieux de la présence de Roy, Esteban se battait contre son esprit. Devant ses yeux hagards flottait le sourire si rare ces derniers temps de Klemens, il le voyait endormi à ses côtés, il le voyait l’embrassant passionnément et sans qu’il ne s’en aperçoive, un deuxième visage se superposa à celui de Klemens. Les baisers n’avaient plus goût de vodka mais de vin argentin, de dulce de leche et d’une innocence qu’il avait perdu depuis trop longtemps. Miguel souriait face à lui, Miguel blaguait, courrait dans les couloir de l’académie de Buenos Aires, cuisinait dans la cuisine de leur colocation, s’énervait avec passion lors d’une réunion du MLIA. Miguel se jetait devant lui, Miguel recevait l’Avada, Miguel tombait et Esteban hurlait.

« Miguel ! »

Le présent et le passé se mélangeait et Esteban, prostré dans son coin, était balloté par les flots, incapable de retrouver la réalité.
Jeu de piste:
 



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Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Il n’y avait rien à dire, rien à faire. Quand Roy avait appris la nouvelle, il s’était senti abasourdi, il avait prié pour que ça soit faux, tout en sachant très bien qu’il s’illusionnait. Il n’y avait rien à dire à quelqu’un qui perdait un être cher, ce qui était visiblement plus que le cas, pour Esteban. Roy avait connu son premier deuil difficile avec la mort de Valery, un an plus tard, Klemens suivait, deux morts tragiques, deux morts partis trop tôt. Il avait vécu un deuil, alors il le savait : il n’y avait rien à dire. La seule chose dont il était certain, c’était que le temps finissait par rendre la peine moins dure. Il était impossible d’oublier, parfois il arrivait qu’un évènement, une parole, une image lui évoque le souvenir de Valery, par exemple, et celui de sa mort suivait instantanément, comme une ombre, par définition impossible à effacer. On n’oubliait pas mais le chagrin prenait de moins en moins de place, jusqu’à se réduire à quelques instants de mélancolie, à des occasions particulières.

Mais sur le coup, c’était dur, c’était injuste, c’était impossible. Cela ne se pouvait pas, gémissait Esteban dans un espagnol désespéré. Non, cela ne se pouvait pas, et pourtant c’était ainsi. Roy ne sut quoi faire lorsque Esteban se mit à crier de désespoir. Il sentit sa gorge se serrer, frappé de plein fouet par le chagrin qu’il lui jetait à la figure. Pourtant, ce n’était pas son rôle d’encaisser, de se tenir là pour lui, comme un ami, mais il ne put se résoudre à tourner les talons et ignorer un homme qui avait aimé Klemens avec autant de force. Il ne pouvait s’empêcher de songer que, dans d’autres circonstances, ils auraient pu être amis tous les deux, liés par Klemens. Ce n’était pas le cas, car il n’avait pas réussi se faire pardonner, leur amitié s’était trouvée perdue à jamais, et elle n’avait aucune chance de renaître à présent. Une amitié qui avait été si forte pourtant, pendant des années, une amitié qui avait été un pilier pour lui. Une vague de chagrin le prit à son tour et fit baisser la tête à Roy, qui dut retenir des larmes de franchir ses paupières.

Mais il ravala tout, trop pudique pour perdre sa maîtrise de lui-même face à cet homme qu’il ne connaissait pas. Même face à Juliana, il s’était retenu de pleurer, il n’allait pas le faire avec un parfait inconnu, malgré sa gorge nouée qui l’en menaçait. Même si ce n’était pas son rôle, même s’il avait l’impression de ne pas être à sa place, Roy s’avança vers Esteban, jusqu’à s’agenouiller à ses côtés. Il posa une main douce mais ferme sur son épaule, et lorsqu’il parla dans un murmure, toutes les barrières de méfiance qu’il avait érigées à son égard s’était effondrées, car il lui apparut tel qu’il était réellement : un homme en deuil, lui aussi.

« Lo siento.* »


Il n’y avait rien à dire, à part ça. Il était désolé. Il l’était sincèrement, il l’était pour lui, pour Klemens, pour toutes les personnes qui lui étaient chères, pour lui-même. Personne ne méritait de partir si vite, si brutalement, surtout pas des gens qui avaient été tant aimés, comme Klemens, même si c’était lui qui en avait fait le choix, quelque part, en mettant sa vie en péril tous les jours. Esteban semblait encore sous le choc et marmonnait des choses qu’il ne comprenait pas vraiment, alors Roy sortit sa baguette pour faire venir une bouteille d’alcool et un verre, qu’il remplit puis disposa par terre à ses côtés, sans le forcer à se servir. S’il en avait besoin, il n’avait qu’à tendre la main…

Roy s’accroupit à nouveau face à lui, pas aussi près que tout à l’heure. Mains croisées, il posa un regard peiné sur l’homme, puis posa la question dont il se doutait déjà de la réponse, maintenant qu’il avait vu sa réaction :

« Comment tu le connaissais ? »


Spoiler:
 



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Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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Esteban était perdu dans sa douleur, dans ses pensées qui se mélangeaient, dans sa folie qui confondait passé et présent. Il ne vit par Roy s’approcher, ne sentit pas sa main se poser sur son genou, seul le murmure en espagnol parvint à ses oreilles.

« Lo siento. »

Il ne connaissait pas Roy, n’avait que des a priori négatifs sur lui, il n’aurait jamais voulu le rencontrer et il était l’une des dernières personnes face à laquelle il aurait souhaité s’écrouler. L’apprendre de la bouche d’Irving n’aurait pas été moins dur mais au moins il aurait eu l’impression de l’entendre d’un ami, de quelqu’un de confiance. Roy était-il une personne de confiance ? Certainement pas ! Et pourtant, Klemens lui avait fait suffisamment confiance pour être ami avec lui, un ami très proche d’après ce qu’il avait compris. C’était ce qui l’avait mené aux Folies Sorcières ce soir-là.

Il releva un visage décomposé vers Roy, surprit de le trouver aussi proche de lui. Au fond de lui, une voix lui hurlait de repousser cet homme, de lui en coller une et de lui cracher au visage cette haine qu’il avait pour la dictature. Il voulait lui hurler le mal qu’il faisait avec sa mafia et puis lui reprocher de n’avoir pas agit pour sauver Klemens, qu’au moins son mauvais rôle dans la dictature lui serve à quelque chose. Et pourtant, Esteban ne fit pas un geste, ne dit pas un mot. Il resta les yeux fixés sur ce visage méconnu, les quelques mots en espagnol flottant à ses oreilles.

Comme Esteban ne bougeait pas, Roy sembla prendre une décision et au lieu d’appeler les gorilles qui lui servait de sécurité, il apporta de l’alcool. Esteban savait reconnaître une trêve lorsqu’il en voyait une. Ce soir, ils n’étaient plus Esteban le Résistant et Roy le Chef de la Mafia mais juste deux hommes en deuil. D’un geste mécanique, il attrapa le verre au sol et l’engloutit d’une traite avec une grimace avant de le reposer sur le sol. Ca ne le soulageait pas mais il avait l’impression que c’était la seule chose qui lui permettrait d’oublier ce cauchemar.

Roy le surprit une fois de plus en lui posant une question. De nouveau méfiant, Esteban plissa ses yeux rougis avant de répondre prudemment.

« On avait des amis en commun. Et toi, tu le connaissais comment ? »

Esteban ne savait s’il souhaitait rester en silence ou entamer une conversation pour lui changer les idées. Jusqu’à présent il n’avait pas eu la force de se relever, était-ce la façon dont son inconscient lui disait qu’il ne devait pas s’enfermer dans la solitude de son appartement, que ce soir il fallait qu’il parle un peu ?



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Roy sentit que quelque chose cédait en Esteban, lorsqu’il accepta le verre qu’il lui offrait. Ce geste ne devait pas lui être naturel, il avait commencé par se montrer assez froid envers lui, tendu et mal à l’aise dans cette rencontre qu’il aurait sans doute évitée s’il avait pu. S’il était un camarade de résistance, Roy devinait sans mal quel genre d’ordure il devait représenter à ses yeux. Mais à cet instant, le deuil qu’ils partageaient l’emportait sur le reste, le temps d’une courte trêve. Il l’emportait sur la défiance d’Esteban, et sur la prudence dont Roy aurait du faire preuve. Même si Esteban connaissait déjà leur lien passé, il se dévoilait en montrant que la mort de Klemens le touchait, la prudence raisonnable aurait voulu qu’il conduise l’homme dehors, sans se montrer affecté. Mais c’était au-dessus de ses forces à cet instant. L’explosion de chagrin d’Esteban l’avait ébranlé, réveillé les émotions auxquelles il ne s’était pas laissé entièrement allé jusque là…

Roy but cul sec un fond d’alcool pour desserrer le noeud de sa gorge, détournant un moment le regard. Esteban ne lui donna que peu de précisions, mais il n’insista pas. Sa question avait réveillé des souvenirs dans lesquels le trafiquant se laissa plonger quelques secondes. Sa rencontre avec Klemens, il s’en souvenait avec clarté, tout comme le moment où d’une relation de patron à employé, ils étaient passé à deux camarades, puis deux meilleurs amis.

« Il a travaillé avec moi, dans le passé, répondit Roy à voix basse, les yeux fixés sur son deuxième verre qu’il regardait sans voir. Je l’ai pris sous mon aile quand il est arrivé en Angleterre. Je lui ai fourni des potions Tue-Loup au prix le plus bas, pendant des années… Entre temps, il s’était trouvé d’autres boulots, mais on a quand même gardé contact, on est devenus de vrais amis. C’était un frère pour moi. »

Et le déclarer ne fit que rappeler à Roy à quel point leur relation avait changé en un an. Il avait tourné et retourné cette histoire, trouvé des torts dans les deux camps. Combien de fois avait t-il ressassé cette dispute, la veille de Noël, qui avait dégénéré, où il avait prononcé des mots terribles, que Roy ne finirait jamais de regretter ? Klemens avait eu raison sur un reproche à son propos : il avait changé, pas en homme meilleur à cette époque. Mais au fond, il n’avait pas autant changé que lui. Car Klemens avait changé, considérablement, Roy l’avait compris ce soir de janvier où il avait voulu se réconcilier avec lui. Le Klemens qu’il aurait connu pendant six ans n’aurait pas rayé son meilleur ami de sa vie pour des divergences politiques, aussi fortes soient t-elles. Il ne l’aurait pas repoussé en le voyant s’engager dans une voie qui ne lui plaisait pas. Roy avait cru un moment que leur amitié n’était finalement pas aussi forte qu’il le pensait. Puis il avait compris que le Klemens qu’il avait connu était surtout détruit. Détruit par tous les drames qu’il avait connu dans sa vie, dont le point d’orgue avait été la mort de Valery dont il ne s’était jamais tout à fait redressé, malgré ses efforts pour ne pas le laisser sombrer. Détruit et rongé par l’envie de se lancer corps et âme dans une cause, dans laquelle il pourrait totalement s’oublier…

Et il l’avait fait, il s’y était dévoué, et il y avait trouvé une mort probablement libératrice pour lui.

« Je suppose que tu connais la fin de l’histoire. »

Pour une fois, ce n’était pas l’amertume qui se lisait dans le regard de Roy en prononçant ces mots, mais une réelle tristesse, crue, sans filtre. Il lâcha du regard son verre, l’avala à son tour, et ce fut tout le temps dont il eut besoin pour se recomposer une mine moins transparente à ses émotions.

« Il devait te faire réellement confiance pour te parler de moi », reprit t-il, observant cette fois Esteban.

Son regard passa une seconde derrière lui, à travers la baie vitrée derrière laquelle la vie du casino suivait son cours habituel, d’où personne ne pouvait normalement les entendre. Il reporta son regard sur Esteban, hésita sur quoi dire pour poursuivre cette conversation surréaliste. Si tant est que son interlocuteur le souhaitait... Le reste de la phrase lui échappa dans une langue plus confidentielle entre eux deux.

« No te voy a forzar a hablar de él, puedes dejar si quieres. » *

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Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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Toujours catatonique, Esteban écoutait Roy lui parler du passé de Klemens. Un nœud dans son estomac lui rappelait à quel point il avait peu connu son amant, il n’en avait pas eu le temps. Et même si une part de lui voulait le ramener à la raison en lui disant qu’il ne devait pas être aussi affecté, une autre part sans doute celle qui avait cédé en faisant de nouveau suffisamment confiance pour aimer lui criait de pleurer toutes les larmes de son corps.

Il ne répondit pas à Roy mais au milieu du brouillard de douleur qui l’entourait, il reconnut la souffrance de l’autre homme lorsqu’il annonça qu’il avait été son frère. Le silence s’étira un long moment avant que le propriétaire des lieux conclut d’un ton sinistre. Oui, il connaissait la fin de l’histoire. La fin de l’amitié entre Klemens et Roy. La fin de Klemens.

Il releva la tête vers Roy et aperçut son visage dévasté avant qu’il ne se recompose un masque. C’est ce qui lui donna le courage de parler. Si personne ne semblait capable de réconforter Esteban, peut-être pouvait-il apaiser un peu la douleur de Roy. Il le faisait par compassion mais aussi parce qu’il pensait que Klemens aurait souhaité qu’il le fasse.

« Tu sais… Tu comptais toujours beaucoup pour Klemens, il ne m’aurait jamais parlé de toi si ça n’avait pas été le cas. Klemens était d’une fierté maladive, je pense que c’était la seule façon qu’il avait trouvé pour tenir face à toutes les merdes que la vie s’acharnait à lui faire vivre. Il devait s’accrocher un peu aux restes de son éducation aussi… En tout cas, je pense que c’était plus sa fierté que tes actions qui l’empêchait de renouer avec toi. Ca le bouffait de t’avoir perdu, comme ça le bouffait d’avoir perdu Valery et je ne parle même pas de ce qui s’est passé en Pologne… Il a été seul la plus grande partie de sa vie et tu as été le premier en Angleterre à lui tendre la main. Tu lui as sans doute sauvé la vie ou en tout tu l’as rendue un peu moins sombre. »

Ce que taisait Esteban pour l’instant était qu’il pensait que Klemens s’était engagé dans le Kraken plus par besoin d’une cause à laquelle se raccrocher, d’un groupe de personnes soudées plutôt que par pure conviction politique. Comme lui, l’Angleterre n’était pas son pays de naissance et même s’ils étaient redevables à cette terre d’accueil, ce n’était pas une raison suffisante pour lui sacrifier sa vie. Klemens avait eu besoin d’action, besoin de faire ce qui lui semblait juste, racheter un peu sa conscience aussi sans doute et puis il avait eu besoin du soutien de frères d’armes. Des motivations très similaires aux siennes même si leur passé était différent.

Lorsque Roy lui affirma que Klemens lui faisait confiance, Esteban fut surpris par le soulagement que lui apportèrent ces mots. Il savait bien que Klemens ne se livrait pas facilement et que leur relation était très forte, elle l’était pour lui mais l’entendre dire par quelqu’un d’extérieur lui faisait du bien. Au moins, Roy reconnaissait que sa souffrance était réelle, justifiée même s’il avait été avec Klemens que peu de temps.

« Il me faisait confiance, la situation dans laquelle nous étions nous a poussé à nous raccrocher l’un à l’autre. »

Ses larmes s’étaient un peu taries et un sourire triste ornait ses lèvres. Roy s’était un peu éloigné de lui, son regard flottant vers la vie du casino. Lorsqu’il laissa échapper quelques mots en espagnol, Esteban sut qu’il était la meilleure personne avec qui être à ce moment. Il laissa de côté tous ses a priori, il oublia qu’il avait Roy Calder en face de lui pour ne se concentrer sur l’ami proche de Klemens. Il se redressa, ses jambes toujours un peu tremblante.

« Creo que necesito hablar de él. Necesito compartir lo que conocía de Klemens con un amigo suyo, alguien que lo conocía bien. Oye, estoy seguro de que lo hubiera gustado a Klemens vernos hablando aquí, celebrándole de cierta manera. »*

*:
 




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Les quelques paroles d’Esteban, Roy les accueillit avec surprise et attention, car il ne s’attendait pas forcément à ce que la discussion s’engage réellement entre eux. Ils avaient commencé l’échange dans une certaine méfiance, après tout. Seul un deuil partagé aurait pu rapprocher ces deux hommes, opposés à tout point de vue. L’amour qu’ils avaient porté à Klemens était probablement la seule chose qu’ils avaient en commun.

Cette compréhension mutuelle était sans doute ce qui expliquait qu’Esteban sut dire exactement ce que Roy avait besoin d’entendre. Car, en plus de la tristesse de savoir son ami disparu à jamais, le mafieux sentait la culpabilité le ronger, celle de n’avoir pas pu se réconcilier avec lui. Celle d’avoir commis l’erreur de laisser son meilleur ami s’éloigner, de ne pas avoir été présent pour l’empêcher de sombrer. Klemens s’était radicalisé dans sa lutte, d’une façon telle que se maintenir en vie avait cessé d’être l’un de ses objectifs. Pourtant, il avait des amis qui tenaient à lui, un amant qui l’aimait visiblement sincèrement, alors pour eux, il aurait du se battre pour rester de ce monde. Roy en voulait à Klemens d’être parti sans leur laisser de seconde chance. Mais surtout, il s’en voulait à lui-même de n’avoir su l’empêcher en maintenant cette distance entre eux.

Le deuil était doublement plus difficile à faire dans cette situation en suspens. Alors cela lui fit un certain effet d’entendre Esteban lui affirmer que malgré le différend qui les avait séparés, il comptait toujours pour Klemens. Une bouffée de mélancolie, mêlée à une sorte de soulagement, gagna le trafiquant qui dut lutter pour ne pas laisser l’émotion l’envahir complètement. Tu lui as sans doute sauvé la vie ou en tout cas tu l’as rendue un peu moins sombre. Ces mots s’inscrivirent profondément en Roy. Pudique, il détourna brièvement la tête pour ne pas laisser voir son expression. Il était plus difficile de masquer le trouble de sa voix, en revanche.

« J’ai une sacrée fierté aussi… Alors forcément, ça n’a pas aidé. »


Le regard fixé au sol, Roy resta silencieux un petit temps, pour reprendre contenance mais aussi méditer les paroles de l’argentin. Il livra ses réflexions, la voix basse :

« Je pense aussi que son passé et tous les derniers évènements ici ont fini par complètement le ronger… Je connaissais toutes ses « casseroles », comme il disait, mais je crois que j’ai vraiment vu à quel point ça l’impactait qu’après la mort de Val. Ce n’était plus le même Klemens. »


Un Klemens beaucoup plus sombre, désinvolte, pas forcément soucieux de son propre bien. Le choc émotionnel avait été violent, Roy avait fait ce qu’il avait pu pour le soutenir à l’époque, en voyant bien que ses efforts portaient peu de fruits.

« J’imagine que c’est inévitable, quand on perd la personne la plus chère à ses yeux. »

Roy ne s’était jamais trouvé dans cette situation, mais il serait probablement parti en vrille, et ce n’était pas sortir de temps en temps avec son meilleur pote pour se changer les idées qui aurait changé la face de sa vie. Il n’était pas la personne qui aurait pu complètement panser la plaie ouverte de Klemens à ce niveau-là, tout simplement parce qu’il n’aurait jamais pu remplacer ce que représentait Valery pour lui. En revanche, Esteban avait t-il joué ce rôle ? Lorsqu’il expliqua que Klemens et lui s’étaient raccrochés l’un à l’autre, Roy se posa intérieurement la question. C’était fort probable, de toute évidence, il avait partagé quelque chose d’assez fort avec lui pour connaître beaucoup de ses secrets, que Roy n’avait pas appris avant plusieurs années.

Sa réponse suivante, prononcée dans un espagnol qu’il comprit, bien que ce n’était pas un accent dont il avait l’habitude, tira un bref sourire à Roy. Oui, dans un monde alternatif, sans contexte politique clivant, Klemens aurait probablement apprécié les voir ensemble et les écouter parler de lui. Du moins, tant que cela ne glissait pas vers les dossiers que chacun détenait…

« De acuerdo » approuva t-il, en leur versant à tous les deux un nouveau verre.

Cette fois, Roy tendit le verre pour trinquer avec Esteban, signe de leur connivence temporaire.

« Moi, ce que je connaissais bien de Klemens, c’était sa propension à boire comme un trou, alors faisons lui honneur. J’ajouterais aussi sa tendance à pas ranger son bordel quand il squatte chez quelqu’un, très pénible. »

Une chose était sûre, Klemens aurait apprécié les voir évoquer des sujets légers et amusants, et écarter les autres.



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One more time [Roy/Esteban]

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