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 El dulce de Leche [Esteban & Nahuel]

Nahuel MuñozExilé clandestinavatar
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Dernière édition par Nahuel Muñoz le Mar 30 Aoû 2016 - 12:58, édité 1 fois
14 septembre 2009

L'air marin lui foutait le visage alors qu'il longeait la jetée. Il s'arrêta un moment pour observer les vagues venir s'écraser contre la digue, son regard se perdant dans le lointain. L'Argentine lui manquait, il supportait difficilement l'air froid et humide anglais. Où était donc caché le soleil ? Sans doute derrière ces éternels nuages gris souris. De quoi rendre dépressif. Déjà que son humeur n'était pas des plus reluisante depuis son départ précipité. Mais si en plus son pays d'accueil se révélait aussi morne, il ne donnait pas cher de sa peau. Seul point positif dans tout ceci, c'était ses espoirs de retrouver Esteban. Pedro lui avait assuré qu'il le trouverait sans doute en Angleterre.

Et sa rencontre avec Carmen avait confirmé les dires de son ami. Il avait eu du mal à lui tirer des informations mais à force de la côtoyer, il avait su l'apprivoiser. Ou plus certainement, elle avait su lire en lui. Il ne voulait que retrouver sa famille disparu. Un visage familier dans ce paysage hostile. Rien qu'un peu de réconfort. L'exil était déjà bien trop pénible à supporter. La langue difficile à parler et à comprendre. Heureusement, ses cours de lycéen l'avait sauvé. Et surtout... la résistance. Tous leurs messages étaient codés en anglais. Il maîtrisait donc la langue de Shakespeare. Mais de façon imparfaite et avec un fort accent.

Ses débuts avaient été laborieux. L'apprentissage difficile et sa fierté en avait pris un coup. Tout comme son orgueil. Il avait été certain de réussir. Et échouer si près du but avait cassé tous ses rêves. Il se retrouvait maintenant face à une mer hostile qu'il ne connaissait pas. Houleuse et inhospitalière. Une nouvelle bourrasque le poussa en arrière, le décoiffant au passage et lui tirant une grimace d'agacement. Il tira une dernière fois sur sa cigarette déjà bien entamée et malmenée par le temps orageux avant de jeter le mégot à terre.

Il avait toujours eu un faible pour les produits moldus. Du moins, les interdits. Mais maintenant qu'il devait vivre comme un moldu, privé de sa baguette de peur qu'elle ne soit repérée par le gouvernement Argentin. Il vivait dans une sorte de paranoïa constante depuis plus de trois mois. Pas complètement rassuré de son sort et en même temps, certain de ne courir aucun risque tant qu'il ferait profil bas. Il avait entendu maintes choses et il craignait de devoir fuir à nouveau. Mais avant, il devait retrouver Esteban. Quitte à fuir avec lui ailleurs s'il le souhaitait et si les choses devenaient trop dangereuses en Angleterre. Ce n'était pas son pays, il n'avait pas à se battre pour une terre inconnue. Même s'il savait reconnaître les prémices d'une dictature.

Mais ce n'était pas son combat et il ne se mêlerait pas de ça. Ou du moins, il l'espérait. Mais il y avait peu de risque. Comme pourrait-il s'attacher à un pays où il pleuvait tout le temps et où même lorsqu'il ne pleuvait pas, le soleil jouait à cche cache avec les nuages. Le vent était tellement froid. Même en août, même en septembre. Toujours. La chaleur argentine lui manquait tellement. Il poussa un profond soupir, il fallait pourtant qu'il se résigne à rester là encore quelques temps. Ses recherches n'avaient abouties à rien de très concluant pour l'instant. Mais il ne désespérait pas, il n'était à Bristol que depuis deux semaines et il n'avait pas encore écumé tous les bars de la ville. Il suffisait juste d'un coup de chance.

Il poussa la porte du premier établissement qu'il croisa et alla s'installer à une table seul dans le fond de la pièce. Un verre de Tequila-Fine-Tornade devant lui, il examinait les allées et venues de habitués et des gens de passage. Il buvait à petite gorgée, laissant l'alcool lui brûler l’œsophage. Il répondit d'un sourire amusé aux œillades d'une grande brune assise au comptoir avant de détourner le regard. Il n'était pas là pour ça. Pas ce soir. Il se donnait encore quelques heures avant d'abandonner et de rentrer à la chambre d'hôtel qu'il avait loué. Un truc miteux qui n'avait de chambre que le nom mais qui pour l'instant lui convenait parfaitement. C'était mieux que de dormir à la belle étoile.

Il en était à son troisième verre lorsqu'un homme s'avança seul au comptoir pour la énième fois de la soirée. Nahuel serait presque passé à côté s'il n'avait prêté attention qu'à sa dégaine fatiguée et à son air morne. Le visage émacié par le manque de nourriture et de sommeil. Il avait manqué ne pas le reconnaître. Mais malgré les années, il y avait des choses chez une personne qui ne changeaient pas. Il resta une bonne heure à l'observer de loin. Attendant de voir si l'homme allait enfin tourner le regard dans sa direction, s'il allait le voir ou non. Mais il ne détourna pas les yeux une seule fois de son verre.

Le jeune homme crut presque un moment qu'il allait le voir partir sans avoir pu lui parler ou même lui signifier qu'il était là. Il l'avait vu vider son verre d'une traite comme s'il portait tout le poids du monde sur les épaules avant de commander une seconde boisson. Nahuel laissa échapper un soupir de soulagement avant de finir son verre à son tour et de s'approcher doucement. Encore hésitant sur la manière d'aborder l'homme. Mais après tout, pourquoi hésiter ? Il connaissait l'argentin depuis des années, c'était comme un frère depuis toujours. Pourquoi dix ans après cela aurait-il changé ? Il n'y avait pas de raison. Et surtout, ça ne lui ressemblait pas d'hésiter ainsi.

Il inspira donc profondément et s'accouda au comptoir à côté d'Esteban. Il le fixa un instant sans rien dire, espérant tirer une réaction de sa part. Mais c'était comme si l'homme ne le voyait pas, comme s'il n'existait pas. Une légère pointe d'agacement monta en lui. Il roula les yeux au ciel avant de pousser un profond soupir. Puis sans ménagement, il poussa légèrement Esteban d'un coup d'épaule pour le faire réagir avant de s'adresser à lui en Argentin. Le fixant droit dans les yeux pour être certain que cette fois-ci, il l'avait vu et qu'il faisait attention à lui. Hors de question qu'il passe inaperçu plus longtemps. Il avait trop attendu et trop cherché pour ça.

"Je ne savais pas que le froid rendait aveugle en plus de filer la mort."

Un sourire narquois se dessina soudain sur ses lèvres alors que l'expression d'Esteban s'affichait sous ses yeux sur son visage.


Nahuel Muñoz
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Esteban sortait d’une réunion du Kraken qui s’était encore terminée en dispute. Lui qui avait déjà du mal à ne pas reprendre son rôle de commandant de la faction résistante auparavant y échouait totalement depuis qu’il avait appris la mort de Klemens. La rage lui prenait les trippes et il n’avait qu’une envie, qu’un besoin, celui de lancer les troupes contre l’île de Skye et ses secrets. Ce n’était tout de même pas compliqué de renforcer les effectifs chargés de récolter des informations sur l’île !

Lorsqu’il faisait part de son point de vue, il se voyait constamment rétorquer qu’ils ne pouvaient pas agir sous le coup de l’émotion, que c’était le meilleur moyen pour que les choses tournent mal. Ce qu’ils n’arrivaient pas à comprendre c’est que si ça tournait mal justement, plus ils en connaîtraient sur Skye, plus ils auront d’espoir de sauver les prisonniers. Esteban n’était pas dupe, Klemens ne serait pas le dernier à être envoyé sur Skye et toute information au sujet de l’île était bonne à prendre.

Profondément agacé par l’inaction du Kraken, Esteban avait décidé de mener sa propre enquête et elle avançait plutôt bien. Il attendait des nouvelles d’un informateur qui devait normalement lui apprendre où habitait Meredith Kane, la directrice de Skye. C’était la seule information qui manquait à Esteban, l’information cruciale qui lui permettrait d’aller affronter celle qui avait causé la perte de son amant.

Les rues étaient sombres et froides, du moins c’est ainsi que le percevait Esteban alors qu’il marchait sans but. Il avait besoin de boire un verre après cette nouvelle réunion désastreuse. Sans qu’il ne le réalise vraiment ses pas l’avaient déjà mené dans une ruelle perpendiculaire à la rue des Marins où des bars s’alignaient. Il poussa la porte d’un pub bruyant et se dirigea vers le bar.

Esteban, le regard dans le vide, s’enfilait les vodkas, une grimace déformant ses traits à chaque gorgée. Il n’aimait toujours pas ce goût, d’autant plus qu’il lui ramenait trop de souvenirs à l’esprit. Un nouveau verre ramena à lui le souvenir des baisers de Klemens et il dut se retenir pour ne pas exploser le verre sur le sol à la propreté douteuse. Alors que le trouble le gagnait de plus en plus, Esteban sentait qu’il devrait bientôt rentrer chez lui. Peut-être parviendrait-il à dormir correctement s’il buvait un verre de plus ?

Le patron venait de le déposer sur le comptoir face à l’Argentin lorsqu’il se sentit bousculé. Il aurait pu se retourner et coller une droite à l’abruti qui osait le toucher mais il ne s’en sentait même pas le courage. Il tourna vers lui un regard maussade et le contempla avec des yeux vides quelques longues secondes. Lorsque sa voix s’éleva, Esteban eut un mouvement de recul qui faillit le faire tomber de sa chaise.

« Joder ! Ce verre était définitivement en trop ! Faut que je rentre moi… »

Il se leva de son tabouret avec plus de facilité qu’il ne l’aurait cru et s’apprêtait à fuir ce qu’il pensait être une hallucination. Il s’éloigna de quelques pas avant de sentir une main se poser sur son bras, suspicieux, il se retourna pour croiser un regard bien trop familier sur des traits vieillis, qu’il n’aurait pas pu imaginer. Alors, d’une voix plus qu’incertaine, Esteban parla :

« Nahuel ? »



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La réaction d'Esteban le laissa stupéfait. Il écarquilla les yeux, le fixant sans bien comprendre. Pourtant, c'était bien dans sa langue natale que son ami avait parlé. Il n'y avait pas d'erreur possible. Alors pourquoi parlait-il de verre en trop ? Le prenait-il pour une hallucination ? Il le regarda s'éloigner de quelque pas, les sourcils froncés avant de le rattraper en deux enjambés. Non. C'était hors de question, il ne le laisserait pas fuir comme ça. Peut-être qu'il avait effectivement trop bu mais ce n'était pas une raison pour lui tourner le dos ainsi. Il ne semblait même pas l'avoir reconnu. Une pointe de déception l'envahit face à ce manque flagrant de réaction positive et censée.

Il prit sur lui pour ne pas se montrer trop agressif et lui balancer son poing dans la figure pour le faire réagir. Depuis quand est-ce qu'Esteban se traînait de la sorte ? Il ressemblait plus à une loque humaine qu'à autre chose. Où était passé l'homme qu'il avait connu autrefois ? Il n'en voyait rien en tout cas. La perte de Miguel avait été une tragédie mais dix ans s'étaient écoulés. Il fallait rebondir et ne pas se laisser aller. A moins que le comportement de l'Argentin n'était qu'une coïncidence et l'effet de l'alcool. Il inspira donc profondément, réprimant avec peine son agacement. Il posa sa main sur le bras de son ami et l'obligea à lui faire face à nouveau. Ils se fixèrent un long moment avant qu'il ne perçoive un changement dans le regard de son interlocuteur. Un sourire cynique de dessina sur ses lèvres alors qu'il le lâchait.

"Non, c'est la Muerte !"

Il leva les yeux au ciel avant de croiser les bras sur sa poitrine et de fixer Esteban. Le détaillant des pieds à la tête, le jaugeant avant d'esquisser un léger sourire.

"Estúpido ! Tu pensais réellement que j'allais te laisser filer comme ça ? Et où est-ce que tu croyais aller d'abord ? J'ai pas passé cinq mois à crapahuter dans toute l'Angleterre pour finalement te voir disparaître à nouveau dans la nature."

Il poussa un profond soupir avant de s'accouder nonchalamment au comptoir derrière lui.

"C'est Carmen qui m'a dit où je pourrais te trouver. Mais ça a pas été sans mal. Si tu savais tout ce que j'ai dû faire pour avoir finalement le nom d'une ville, son sourire s'agrandit légèrement. Mais j'crois qu'elle m'aime bien quand même."

Il hocha la tête comme pour confirmer ses propres paroles avant de se redresser.

"Bon... ça te dirait de sortir de là ? Je pense que tu as besoin d'air frais. Tu verrais ta tête. C'est comique. Quoique j'hésite avec effroyable aussi. J'arrive pas à me décider. Je te ferais signe quand je serais sûr."

Une moue narquoise s'esquissa à la commissure de ses lèvres alors qu'il poussait Esteban vers la sortie de la pièce. Le vent lui fouetta à nouveau le visage alors qu'il franchissait la porte. Il attrapa le bras de son ami sans ménagement et le traîna jusqu'à la jetée où il le lâcha. Il emplit ses poumons d'air avant de se tourner à nouveau vers l'homme qu'il cherchait.

"Alors... ? Qu'est-ce que tu deviens ? T'habites ici depuis dix ans ? T'as pas l'air en forme en tout cas. Mais on va mettre ça sur le compte de l'alcool, t'as jamais été très endurant."

Son sourire se fit mutin alors qu'il s'asseyait sur le rebord de la digue. Fixant toujours Esteban de son regard moqueur et provoquant en espérant lui tirer une réaction.


Nahuel Muñoz
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« Non c’est la Muerte ! »

Esteban ferma les yeux, l’alcool lui brouillait la tête et il peinait à comprendre et à accepter ce que ses sens lui disaient. Nahuel ne s’encombra pas et déballa son explication, les recherches qu’il avait pu faire et le temps qu’il avait passé à le retrouver. Hébété, Esteban le fixait, ne semblant pas l’entendre et puis sans signe avant coureur, il se laissa tomber dans les bras de Nahuel. La voix tremblante, il soupira :

« Nahuel… »

Il n’avait pas besoin d’explication pour l’instant, il voulait juste se laisser aller, il en avait besoin, c’était trop d’information, beaucoup trop d’émotions pour son corps et son esprit malmenés. Il enfouit son visage dans son cou, respirant une odeur qu’il pensait avoir oubliée mais qu’il trouva inchangée. Les souvenirs l’assaillirent et il ne put retenir les larmes qu’il avait contenues toute la soirée, ces larmes qui coulaient bien trop souvent ces derniers temps. Il pleura… Il pleura pour l’Argentine qui lui manquait, pour sa vie passée, pour cette vie qu’il peinait à reconstruire et qui s’écroulait de nouveau ; il pleura pour Miguel et il pleura pour Klemens. Et puis il pleura de joie pour l’ami qui apparaissait alors qu’il en avait tellement besoin.

Esteban ne s’était pas laissé aller ainsi depuis le décès de Klemens, il faisait front seul mais c’était bien trop dur à porter alors il profita de la chaleur réconfortante de Nahuel. Quelques minutes passèrent, Esteban refusant de se reculer et de montrer son visage défait au plus jeune. Il se reprit petit à petit et se détacha de Nahuel pour lui offrir un sourire bancal qui devint plus sûr lorsqu’il s’aperçut que son ami n’avait pas changé, sur le ton de la plaisanterie, il lui proposait ce dont il avait besoin : sortir de cet endroit pour reprendre totalement ses esprits.

« Ravi que ma tête te fasse autant rire, p’tit con ! Allez, on s’casse de là ! »

Il paya sa note plutôt salée et suivit Nahuel à l’extérieur. Il se laissa entraîné, guidé par le plus jeune dans les rues de Bristol. La nuit était totalement tombée désormais et lorsqu’ils parvinrent à la jetée, Esteban resta un long moment à contempler l’eau noire s’étendant à ses pieds. Maladroitement, il s’installa aux côtés de Nahuel et appuya brièvement son épaule contre la sienne, vieux geste familier qu’il fit sans même s’en apercevoir.

« Alors comme ça tu as joué les détectives pour me retrouver ! Ca n’a pas dû être facile, j’en ai fait des lieux avant d’arriver là ! Enfin, tu as réussi à trouver la seule personne qui pouvait te guider… Je devrais d’ailleurs toucher deux mots à Carmen, j’apprécie pas spécialement qu’elle indique à des boulets comme toi où j’habite ! »

Un sourire complice se dessina sur ses lèvres et il écouta le flot de question de Nahuel.

« Ce que je deviens… »

Un instant, son regard s’assombrit et une pointe de douleur le traversa. Il reprit rapidement ses esprits et poursuivit d’un ton relativement enjoué.

« J’habite à Bristol depuis deux ans, je bosse sur les docks ! Avant j’ai habité à Manchester et je me suis baladé en Angleterre dans des petits villages. Quand je suis arrivé j’ai d’abord vécu à Londres pendant deux bonnes années… J’ai pas mal bougé et galéré aussi… »

Le moment ne se prêtait clairement pas à ce qu’il explique à Nahuel pourquoi il buvait comme un trou et avait une tête à faire peur alors il fit comme si de rien n’était et préféra reprendre son jeu favori : taquiner le petit Nahuel !

« Je n’est jamais été endurant ? Tu te moques de moi, gamin ! T’as jamais tenu l’alcool ! Et puis, franchement, j’ai quelques années de pratique de plus que toi ! »

Instinctivement, ses gestes moins contrôlés à cause de l’alcool, il passa un bras autour des épaules de Nahuel.

« Tu m’as manqué, gamin. »

Quelques secondes passèrent avant qu’il ne le relance.

« Et toi alors ? Qu’est-ce que tu deviens ? Et surtout, qu’est-ce que tu fous là ? »



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Nahuel MuñozExilé clandestinavatar
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L'étreinte d'Esteban le prit au dépourvu. Il eut juste le temps de refermer ses bras autour de son ami et de le serrer fort contre lui. Il resserra davantage son étreinte lorsqu'il sentit des larmes glisser contre son cou. Il enfouit son visage contre sa nuque et ferma les paupières un instant. Heureux de retrouver son frère, de le serrer à nouveau contre lui. De constater que leur lien était toujours là malgré les années. Il lui laissa le temps de reprendre ses esprits, de sécher ses larmes. Il fit comme si de rien était et lui rendit son sourire lorsqu'il redressa enfin la tête. Il ne chercha pas à fuir son regard, il se contenta juste d'essayer de rendre la situation normale lorsqu'il le traîna dehors. Esquissant un sourire à la remarque du plus vieux.

"Si j'suis un p'tit con, toi t'es un vieux croûton ! Mais nous aurons tout le temps de débattre de tout ceci dehors."

Sans se départir de son sourire, il continua son chemin jusqu'à la porte. Il laissa le temps à Esteban de retrouver ses esprits, le fixant dans la pénombre essayant de deviner ce qui pouvait le travailler autant. Il enfonça ses mains dans ses poches avant d'aller s'installer sur le muret de pierre qui délimitait la jetée. Il esquissa un sourire amusé alors qu'Esteban relevait la façon dont il l'avait trouvé.

"Faut croire que je suis pas un vrai boulet si elle a bien voulu me dire où tu créchais."

C'était apaisant de constater que rien ne semblait avoir changé entre eux. Il écouta attentivement la réponse qu'il lui donna. Il n'avait pas imaginé qu'il puisse bouger autant. Mais dans un sens, cela paraissait presque logique. Est-ce que lui serait resté dans la même ville s'il avait été seul ? Sans doute pas. Il n'aurait certainement pas passé dix ans en Angleterre. Mais bon chacun ses envies après tout. Il esquissa un sourire cynique, incapable de se retenir plus longtemps.

"Sérieux, comment tu fais pour supporter toute cette pluie et tout ce froid ? C'est horrible ce pays."

Il prit un air boudeur avant de redresser la tête à sa taquinerie. Il esquissa un sourire mi-amusé mi-crispé.

"C'est pas parce que t'es un papy que t'es plus endurant. Et pour l'expérience... c'est ce que tu crois, son sourire se fit légèrement narquois. Crois-moi, j'ai pas mal de pratique derrière moi en ce qui concerne le levé de coude."

Il avait eu mal au crâne plus d'une fois après une réunion trop arrosée. Ou juste parce que c'était plus facile d'oublier son chagrin dans l'alcool. Après la mort de sa mère et sa sortie de prison, il y avait des jours où il n'avait même pas décuvé. Vidant les bouteilles comme si c'était de l'eau plate. Il poussa un profond soupir, ne relevant pas le fait qu'Esteban semblait avoir changé délibérément de sujet. S'il ne voulait pas parler de ses récents problèmes, c'était son droit et ce n'était pas lui qui lui jetterait la pierre. Lui-même n'était pas certain de vouloir tout raconter en détail à son ami. C'était encore un peu trop douloureux. Son sourire se fana légèrement alors qu'il baissait le regard.

"Toi aussi tu m'as manqué."

Il redressa le regard et esquissa un petit sourire.

"Je suis content de t'avoir retrouvé. Surtout après tout ce qui s'est passé. Miguel... et tout ça."

Il haussa doucement les épaules et passa une main faussement nonchalante dans ses cheveux pour se recoiffer. Cachant son trouble derrière un geste anodin. Il pinça légèrement les lèvres avant de se mordiller légèrement la lèvre.

"On a repris la lutte, tu sais ? Après ton départ. Enfin pas tout de suite, il a fallu que je... T'as famille m'a accueilli à bras ouvert. C'était chouette de vivre parmi les Mapuches. Et puis, on a toujours été proche avec Julian alors il m'a un peu forcé la main au début, il esquissa un léger sourire triste en évoquant son ami. Je crois que j'aurais pu refaire ma vie et ne plus penser à tout ça si Pedro avait pas été relâché. C'est lui qui m'a retrouvé. Et... je crois que j'avais besoin de venger Miguel et... tout le monde. Du coup, on a tout repris. La lutte et tout le reste. Pendant sept ans, on a agi à Buenos Aires, des attentats toujours plus osé pour faire réagir. On y était presque. J'étais à deux doigts de pouvoir... mais tout est tombé par terre. Tout est fichu maintenant. C'est pour ça que je suis là. Parce que je suis qu'un lâche bon à fuir pour sauver sa vie."

Une moue dédaigneuse passa fugacement sur son visage alors qu'il reniflait d'agacement.

"Mais bon... C'est pas comme si j'avais vraiment le choix. C'est pas en étant mort que pourrait faire quoique ce soit d'utile. Alors, je suis venu pour te retrouver. Parce que Pedro m'a dit où tu trouvais qu'au moment de quitter le pays. Et je me suis dit que... ça pourrait être cool d'être en exil avec toi. Parce que... mon frère me manque et que... toi aussi, tu m'as manqué."

Il esquissa un léger sourire avant de détourner le regard. Il n'aimait pas ce genre de confidence. Il préférait largement utiliser le cynisme et les vérités qui ne nécessitaient aucune émotions de sa part.  


Nahuel Muñoz
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Esteban aurait bien poursuivi la joute verbale, se faire traiter de « vieux crouton » n’étant pas des plus agréables mais la stupéfaction de retrouver Nahuel l’en empêcha. Il ne pouvait cependant laisser totalement passer une telle réflexion aussi donna-t-il une petite tape derrière le crane du plus jeune tout en levant les yeux au ciel. Comme l’attendait Nahuel, il lui expliqua brièvement son parcours depuis son arrivée en Angleterre et bien entendu le plus jeune se plaint de la météo. Par esprit de contradiction, Esteban faillit encenser le temps britannique avant de prendre conscience qu’il n’aurait aucune crédibilité.

« Je supporte… Ce n’est pas facile mais je te promet qu’on finit par s’y habituer, au moins un peu… Quand je suis partie d’Argentine, je n’ai pas vraiment réfléchi à ce genre de choses, j’ai juste vu un pays qui se remettait d’une dictature, je crevais d’envie de voir l’après, voir comment un pays installait une démocratie alors j’ai atterri là et ensuite je n’ai plus eu la force de repartir. »

Son choix avait été politique pourtant à son arrivée, Esteban s’était enfoui dans le monde moldu, dépérissant à l’abri des regards, le contrecoup de tout ce qu’il avait subi en Argentine. Lorsqu’il avait mis les pieds à Londres, il n’avait pas voulu s’installer dans le monde sorcier de peur d’un mandat d’arrêt international et puis il avait loué un petit appartement et une fois à l’intérieur, pour la première fois depuis des années il s’était senti un peu en sécurité. Il n’était plus sorti de chez lui. Sortir pour acheter de la nourriture était un effort inhumain pour lui et il avait failli se laisser mourir de faim mais l’instinct de survie l’avait sauvé. Et puis, petit à petit le goût de la revanche l’avait réanimé, il ne pouvait rien faire pour l’instant mais un jour il retrouverait Edmundo et lui ferait payer tous ses crimes.

Comme à chaque fois qu’il y pensait un peu trop longtemps, les ténèbres envahissait Esteban lui donnant l’envie de rentrer au plus vite en Argentine pour faire couler le sang mais face à lui se tenait Nahuel, Nahuel qui avait quitté le pays pour une raison obscure et il se devait de tenir un peu tête au petit. Alors, il reprit ses vieilles habitudes faites de moqueries principalement avant de se laisser aller à l’émotion de nouveau. Apprendre qu’il avait aussi manqué à Nahuel lui procura un étrange sentiment de chaleur, ainsi, même s’il les avait abandonné, ses anciens amis avaient continué à penser à lui…

L’ambiance était de nouveau bonne enfant, celle de retrouvailles entre deux vieux amis même s’ils étaient un peu gênés par les non-dits et les années écoulées, ils étaient là tout les deux côte à côte face à l’estuaire et c’était déjà énorme. Esteban arborait un petit sourire doux lorsque Nahuel reprit la parole.  

« Je suis content de t'avoir retrouvé. Surtout après tout ce qui s'est passé. Miguel... et tout ça. »

Son visage se ferma. Il y avait certaine chose dont il ne fallait pas parler, des choses dont il n’avait simplement pas reparlé depuis son départ d’Argentine. Pour survivre, il les avait enfoui en lui, les ressassant mais n’en parlant jamais. Même Carmen n’avait jamais eu de détail autre que le décès de son amant. Alors entendre Nahuel prononcer son nom était au dessus de ses forces. Son timbre qui était resté le même, la nuit les enveloppant et l’alcool dans ses veines lui donnèrent un bref instant l’impression que rien n’avait changé, qu’ils étaient toujours à Buenos Aires et qu’ils attendaient juste que Miguel les rejoignent à la sortie d’un bar.

Esteban eut un mouvement de recul, ne percevant même pas le trouble de Nahuel. Il aurait peut-être dû le réconforter ou chercher à savoir ce qui s’était passé pour lui, comment il avait vécu le décès de son frère mais c’était clairement au dessus de ses forces. Alors, lâchement, Esteban attendit qu’il reprenne la parole et une fois de plus il ne parla pas de ce deuil qu’il n’avait jamais vraiment fait. La suite par contre ne put que lui tirer une exclamation de surprise :

« Tu as vécu chez moi ? Chez les Mapuches, toi ? J’y crois pas… T’es resté longtemps ? Tu t’y es plu ? »

Mais déjà Nahuel poursuivait son explication donnant bien trop d’informations d’un coup pour Esteban qui n’avait eu aucun contact avec ses proches depuis dix ans. Il avait même fait une croix sur ce genre de nouvelles et c’est avec bonheur qu’il découvrait ce qu’ils devenaient.

« Comment va Julian ? Et ma famille, tout le monde va bien ? »

L’inquiétude le gagnait, dix années avaient passées et bien des fois il avait imaginé le pire pour ses proches. Ses parents ne devaient plus être tout jeune et Esteban était terrifié à l’idée d’apprendre une mauvaise nouvelle. Jusqu’à présent il avait pu se rassurer en se disant que tout le monde allait bien mais ce que Nahuel lui annoncerait, il ne pourrait le nier.

Le plus jeune cependant ne semblait vouloir s’arrêter là et sans se douter du pavé qu’il venait de lancer dans la mare, il lui annonça avoir reprit l’activisme avec Pedro. Esteban resta choqué quelques instants avant de demander d’une voix tremblante :

« Pedro est en vie ? »

La présence de Nahuel à Bristol prenait soudain plus de sens. Pedro était le seul à pouvoir deviner où Esteban avait fui. Esteban aurait donné sa vie pour l’Argentine sans hésiter une seconde, il n’aurait jamais pu quitter ses terres, c’est la raison pour laquelle il était persuadé que la plupart de ses amis le pensaient mort, un disparu de plus, avalé par le régime. Et ils n’avaient pas tort, jamais Esteban n’aurait dû quitter ses terres, il ne pensait pas en être capable et pourtant durant leurs longs mois de cavale, Pedro n’avait cessé de parler de cette possibilité, celle de sauver leur peau en fuyant. Ironiquement, c’était Pedro qui était tombé et Esteban qui avait fui, se souvenant des discussions qu’ils avaient eu ensemble sur cette Angleterre renaissante. Alors si Pedro avait poussé Nahuel à le retrouver ou à fuir, il avait dû penser à ces échanges.  

Découvrir que Pedro s’en était sorti emplissait Esteban de soulagement et de joie mais également d’une certaine honte. Il avait fui car sa mort était celle de trop, ils avaient passé des mois ensemble à survivre, à se cacher de la police du régime et lorsqu’il était tombé, Esteban s’était retrouvé plus seul que jamais avec la police prête à le débusquer alors il avait fui. Il avait passé la frontière chilienne, profitant des conflits entre leurs deux pays et de l’absence d’accords entre eux et puis il était parti pour l’Angleterre. Or il apprenait maintenant que son ami n’était pas mort, avait été libéré et avait continué la lutte quand lui avait fui… C’était dur à encaisser, très dur pour lui qui ne s’était jamais pardonné sa fuite.

Malgré tout, il était rassuré de savoir que la lutte continuait que le peuple ne s’était pas tu face à la dictature même s’il aurait aimé avoir des nouvelles plus réjouissantes :

« Je suppose qu’il est toujours au pouvoir alors… »

Sa haine pour Rosas suintait à travers ses quelques mots. C’était sa plus grande rage, encore plus puissante de son envie de vengeance envers Skye et Marchebank était sa volonté de détruire le régime argentin. C’était logique puisqu’il avait perdu plus d’amis là-bas qu’ici et que l’Argentine était et resterait son pays. D’ailleurs, sa volonté de détruire le régime anglais était amplifiée par cette vieille vengeance qu’il ne pouvait assouvir d’où il était.

« Qu’est-ce que vous avez essayé de faire ? Pourquoi est-ce que tu as dû fuir ? »

La curiosité d’Esteban était piquée à vif, il voulait savoir jusqu’où ils étaient allés, il voulait connaître les détail de cet événement. Néanmoins, la détresse de Nahuel, son agacement envers son geste ému le grand frère qu’il était et après son comportement plutôt égoïste à la mention de Miguel, il essaya de se rattraper.

« Tu as bien fait de partir, Pedro a eu raison de te dire de fuir. T’es mieux en vie, hermanito. »

Esteban secoua doucement la tête alors que Nahuel annonçait que ça pourrait être « cool » d’être en exil avec lui, il n’avait pas changé. Un pincement lui serra le cœur face au dernier aveu de Nahuel.

« Tu m’as manqué Nahuelito, vous me manquez tous les deux… J’suis quoi moi sans les Muñoz ? »

Une dernière remarque doux-amer et un sourire triste orna le visage fatigué d’Esteban.



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Nahuel esquissa une grimace en sentant la main d'Esteban s'abattre sur l'arrière de son crâne. Il se massa le cuir chevelu avec un air faussement outré. Simulant une douleur imaginaire. Ce n'était tout de même pas de sa faute si Esteban faisait désormais parti de la catégorie des vieux croûtons. Il n'y avait que la vérité qui blessait après tout. Mais il ne surenchérit pas, préférant sortir au plus vite du bar et découvrir ce qui fascinait autant son ami en Angleterre. Ce n'était certainement pas le climat. Il était donc curieux de découvrir ses raisons. Il hocha doucement la tête à ses révélations tout en esquissant un sourire moqueur.

"Je ne pense pas pouvoir m'y habituer... Mais on verra bien."

Il continua un instant à taquiner l'ancien amant de son frère. Heureux de ses retrouvailles. Pendant un instant, il se serait presque cru de retour au pays. Bavardant dans les rues de Buenos Aires, attendant Miguel qui n'allait pas tarder à sortir du bar à son tour légèrement chancelant. En les rouspétant gentiment, leur assurant que c'était la dernière fois qu'il buvait autant parce que franchement, ce n'était pas son genre. Et aussi et surtout parce qu'il ne le supportait pas. Un léger sourire nostalgique s'étira sur les lèvres de Nahuel alors qu'il continuait à parler. Affirmant que son ami lui avait manqué et laissant transparaître son soulagement de l'air retrouvé. Vivant. Ce n'était pas gagné d'avance mais il avait réussi. Et il avait surtout la chance de ne pas avoir couru après une chimère. Pour ce qu'il en savait réellement, Esteban aurait parfaitement pu ne jamais atteindre l'Angleterre.

Il ne perçut pas le malaise lorsqu'il parla de Miguel. Trop occupé à soigner son propre mal-être. A le dissimuler du mieux qu'il pouvait. Il ferma les paupières, laissant le silence s'installer entre eux. Seulement troublé par le mouvement des vagues derrière eux et le son des oiseaux nocturnes. Il laissa son regard s'égarer vers les devantures lumineuses des bars alentours. Il fallait qu'il réponde au mieux aux questions d'Esteban. Il devait lui fournir une explication. Il commença donc à parler. Des choses anodines ou presque d'abord. Ne pas trop rentrer dans les détails pour ne pas inquiéter l'Argentin. Le rassurer au maximum. Il esquissa donc un sourire devant son effarement à chacune de ses nouvelles.

"Oui, j'ai vécu là-bas presque deux ans. Je m'y suis beaucoup plu et j'ai beaucoup appris. J'ai quelques notions de magie Mapuche maintenant. Mais rien de très impressionnant, il esquissa un léger sourire amusé avant de reprendre. Tout le monde va bien sinon. Julian a choisi de ne pas entrer en résistance, il vit donc paisiblement avec tes parents. Mariana et moi avons été en couple presque trois ans. Elle vit en ville maintenant, enfin la dernière fois que je l'ai vu, elle va bien. Elle s’accommode parfaitement à la vie là-bas."

Il préféra taire les positions réelles de Mariana et la fin de leur relation houleuse. Elle n'était pas une traîtresse, elle voulait simplement vivre sa vie. Et pour elle, le gouvernement n'avait rien d’obstructif, il ne faisait que protéger le peuple, rien de plus. Ce qui n'était pas l'avis de Nahuel qui voyait ses droits et ses libertés amoindris d'années en années. Mais leur vision des choses avaient toujours été différentes après tout. Il continua ses explications avant de s'arrêter à la question d'Esteban, le fixant un instant intensément.

"Oui. Il est en vie. Enfin il l'était quand je suis parti."

Dire ce qu'il était advenu des autres lui était impossible à présent. Il avait fui bien trop précipitamment sans réellement savoir où il allait. Poussé par les autres et surtout pas Pedro qui lui avait soufflé qu'Esteban était encore vivant normalement. Vivant en Angleterre qu'il avait fui, qu'ils en avaient parlé tout les deux avant qu'il ne soit capturé. Pedro lui avait ordonné de fuir avant de partir de son côté pour ne pas être repéré. Il avait passé la fin d'après-midi caché dans une cave moldu près du port avant d'embarquer clandestinement sur un bateau de pêcheur moldu. Il avait fait escale au Chili avant de trouver une place à bord d'un bateau en direction de l'Angleterre. Étrangement, une fois sur le second bateau, la peur de se faire attraper par les autorités Argentine l'avait quitté. Il se savait plus ou moins en sécurité du moment qu'il ne faisait pas de magie. Ils le chercheraient en premier lieu en Argentine avant de se rendre compte qu'il n'y était plus. Il n'avait plus la moindre famille, ils ne pourraient pas d'attaquer à eux. Il n'y avait que le sort de ses anciens camarades qui l'inquiétait. Incapable de dire ce qu'il avait pu avenir d'eux.

Il hocha tristement la tête à la question d'Esteban. Pas la peine de demander de qui il parlait. Cela tombait presque sous le sens. Il frissonna légèrement lorsqu'il lui demanda ce qu'ils avaient fait pour qu'il doive fuir. Outre tous leurs attentats mineurs. Des préfectures administratives attaquées furtivement, des usines d'Etat principalement également. Des tracts affichés dans les rues de Buenos Aires. En soit, tout ceci aurait suffit à justifier une traque. Ce qui était déjà le cas, ils étaient traqués depuis des années mais jamais personne ne les avait débusqué. Il n'y avait pas de traîtres entre leurs rangs. Le passé lui avait appris à se méfier de tout et de tout le monde. Il avait perdu un frère, il ne voulait pas perdre en plus de cela tous ses frères d'armes. Il poussa un profond soupir mal à l'aise. Devait-il répondre ? Toutefois, l'intervention de son ami lui laissa un instant de répit. Il hocha doucement la tête en esquissant un léger sourire.

"Je sais qu'il avait raison. Il a toujours eu raison."

Son sourire se crispa légèrement et ses poings se serrèrent légèrement. Peut-être que s'il l'avait écouté un peu plus et qu'il avait dissimulé son identité, il n'en serait pas là. Mais il avait été tellement certain de réussir son coup. Il se détendit face à la remarque d'Esteban et lui rendit son sourire. Il posa sa main sur son avant-bras avant de le serrer fortement contre lui.

"Moi, je sais que je suis rien du tout sans les Cortázar."

Il se recula légèrement et lui adressa un léger sourire. Il devait lui dire pourquoi il était ici. Ce qu'il avait fait. Il se donna du courage mentalement, triturant la manche de sa veste.

"J'ai... lancé un avada sur Rosas en plein rassemblement officiel."

Il baissa le regard, s'attendant à des reproches pour son inconscience. Il savait que c'est ce qu'aurait fait Miguel. Il l'aurait traité d'irresponsable avant de lui affirmer qu'il était fier de lui dans un sourire ébahi. C'était toujours ce que faisait son frère lorsque Nahuel dépassait les bornes. Il le savait. Mais il avait été trop sûr de lui. Avide d'en découdre une bonne fois pour toute. L'occasion était trop belle.

"J'étais sûr que ça allait marcher. On avait tout prévu depuis des mois. Les gars devaient faire diversion pour attirer les gardes pendant que je m'approchais doucement de l'estrade où se trouvait ce... cet hijo de puta a réussi à s'en sortir. Un de ses ministres s'est placé devant lui juste au moment où le sort allait le toucher. Il a pris le sort pour lui cette enflure."

Ses poings se serrèrent de colère. Le regard brûlant de rage. Tout ceci était encore trop frais dans sa tête pour qu'il puisse oublier quoique ce soit.

"Comment un type pareil peut-il avoir quelqu'un prêt à se sacrifier pour lui ? Comment ? Pourquoi ? Je me suis posé la question des milliers de fois... Pour rien."

Il secoua la tête abattu. Il était complètement perdu, il avait tout perdu avec aucun moyen de se raccrocher à quoique ce soit. Il ne savait même pas au fond ce qu'il faisait là. Mais juste le simple fait de revoir Esteban justifiait son choix. Pouvoir le serrer à nouveau dans ses bras et lui parler représentait bien plus qu'il ne le laissait paraître.


Nahuel Muñoz
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« T’es sorti trois ans avec Mariana ? J’y crois pas… Ca me fait bizarre de vous imaginer ensemble tous les deux… Merci de m’apporter toutes ces nouvelles, j’en ai pas eu depuis dix ans et savoir que tout le monde va bien me réconforte et me rassure. »

La douleur d’être loin de ses proches et de ne pouvoir leur dire qu’il allait bien était parfois intenable alors obtenir de la bouche d’un ami l’aveu qu’ils étaient en bonne santé et apparemment assez heureux était inestimable. Néanmoins une question surgissait dans l’esprit d’Esteban, elle aurait dû lui venir bien plus vite mais le choc des nouvelles successive ne lui avait pas fait prendre conscience plus tôt de l’étrangeté de la situation.

« Je suis content que tu aies pu passer du temps dans ma famille et apprendre les coutumes et la magie qu’on pratique mais… Pourquoi t’es allé t’enterrer là-bas, Nahuel ? Tu étais jeune, plein de vie… Corcovado est au milieu de nulle part et à part t’occuper du bétail, y’a rien à faire… »

Esteban avait manqué tellement de choses qu’il n’avait aucune idée de la vie que Nahuel pouvait mener ni même de la personne qu’il était devenu. Peut-être avait-il voulu prendre du recul suite au décès de Miguel mais il semblait étrange dans ce cas qu’il soit allé dans sa famille puisqu’il l’avait rencontré grâce au lien qui unissait Esteban à son frère. Y avait-il une autre raison ? Plus obscure et peut-être liée au retour de Pedro ?

« J’arrive pas à croire qu’il ait refait surface… J’en ai vu tellement être enlevé et ne jamais revenir… Enfin, j’aurais pu m’en douter, après tout je suis bien placé pour savoir que certains en ressortent… J’aurais dû l’attendre, le chercher. J’aurais dû être là pour relancer la résistance… »

Ses vieux démons ne le quittaient jamais et le retour de Nahuel ne faisait que les rendre plus vifs. Malgré tout, entendre parler des bons conseils de Pedro lui faisait chaud au cœur.

« Normal qu’il soit de bon conseil, après tout il est déjà passé par là… Il a plus d’expérience… Un peu comme j’ai plus d’expérience avec l’alcool que toi… »

Une vague tentative d’alléger l’ambiance. Esteban ne voulait pas que Nahuel passe par les mêmes tourments que lui. Il avait eu raison de sauver sa peau et quoiqu’il ait fait, ça en valait très certainement la peine, après tout si c’était fait avec Pedro c’était un gage de qualité dans la philosophie de lutte.

« Qu’es’tu crois ? On est indispensable et extraordinaire… La crème de l’Argentine ! La meilleure famille que tu pourras trouver ! »

Qu’est-ce que c’était agréable de pouvoir blaguer sur sa famille, rire des personnes avec qui il avait grandi auprès de quelqu’un qui les connaissait. La conversation redevint brutalement grave alors que Nahuel semblait trouver le courage d’aborder le thème qu’il évitait depuis qu’ils s’étaient retrouvés, la raison de son retour. S’il avait été en train de boire, Esteban se serait étouffé.

« Tu as quoi ? Joder, Nahuel ! J’arrive pas à y croire ! T’as la classe mec ! Un avada à Rosas… »

Un rire incrédule échappa à Esteban… Rosas… Rien que ça…

« Dommage que tu l’aies loupé, j’aurais adoré connaître le mec qui as descendu Rosas… Et puis si c’était toi qui l’avait fait, j’aurais eu l’impression qu’il était vengé. »

Inutile de préciser de qui il parlait, bien qu’Esteban évite le sujet depuis le début de la soirée, le prénom de Miguel flottait entre eux deux.

« J’suis dégoûté que ça n’ait pas fonctionné mais… Faut pas t’en vouloir Nahuel… Si t’as été dans la résistance, tu sais comme moi que ça ne peut pas fonctionner à chaque fois. Y’a des missions qui plantent et que tu aies sauver ta peau, c’est déjà une victoire en soi. »

Un instant, Esteban ressentit la peur, la même peur qu’il aurait ressenti si Julian ou Mariana s’étaient lancé dans la résistance en son absence. Ce n’était pas pour rien que Miguel avait refusé que Nahuel entre dans le MLIA… Risquer sa peau c’était une chose, risquer la peau de sa famille en était une autre.

Ses mots ne semblaient pourtant pas calmer Nahuel qui ressassait son échec et le sacrifice qui avait eu lieu sous ses yeux. D’un geste quasi instinctif, Esteban entoura ses épaules de son bras espérant ainsi le calmer alors qu’il s’agitait de plus en plus.

« Tu sais comment ça marche Nahuel, il y a toujours de fidèles partisans, aveuglés par la propagande ou le charisme de Rosas… Ou alors des personnes qui ont trop à perdre s’il tombait. Tu ne peux pas contrôler ces choses-là comme tu ne peux pas les contrôler dans la résistance. L’un comme l’autre on sait que l’engagement est total dans la résistance comme dans certains cercles du régime. C’est notre vie… »

Il était presque ironique que Nahuel ne parvienne à comprendre ce sacrifice, à moins qu’il ne le comprenne que trop bien justement. Le ventre d’Esteban était serré alors qu’il entendait dans son esprit le cri et revoyait l’éclair vert frapper. Sa main serra l’épaule de Nahuel, sans doute un peu trop fort et puis ces quelques mots étranglés sortirent, des mots retenus depuis trop longtemps, des mots criés au ciel dans ses soirs de solitude :

« Je suis désolé… »

Les yeux fixés sur l’eau, Esteban refusait de regarder Nahuel. Il avait pris la vie de son frère.



Si tu me cherches...
... tu me trouves.
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"Euh... Ouai, c'est ça trois ans environ. C'était... Bien et étrange en même temps. Mais je regrette pas."

Il esquissa un petit sourire gêné. Il ne voulait pas trop s'appesantir sur Mariana, elle avait été son premier amour mais il considérait son opinion politique comme une traîtrise envers son frère. Comme si tout ceci ne la concernait et qu'elle considérait que son frère aurait pu se sacrifier pour rien. Juste une folie sans aucun sens et sans aucune raison. Il avait eu du mal à pardonner et à avancer. Depuis leur séparation, il n'avait pas cherché à la revoir ou à lui parler. Il grimaça légèrement à la question d'Esteban mais il éluda préférant se concentrer sur Pedro. Il parlerait peut-être plus tard de ses raisons. Peut-être qu'une fois qu'il aurait avoué la raison de sa venu, il serait plus facile de parler de sa famille.

Il écouta Esteban ressasser ses erreurs en silence, posant simplement une main compatissante sur son épaule pour lui faire comprendre qu'il était là pour lui, qu'il ne lui en voulait pas. Il n'était pas responsable. De rien du tout. Et son départ n'était pas une erreur en soit. Il aurait lui aussi fini par être capturé par la milice. Tout comme Pedro. Un frisson s'empara de Nahuel. Quel sort lui aurait été réservé ? Un bien pire que celui de Nahuel lorsqu'il avait lui même incarcéré. Pire que celui de Pedro ? Il ne savait même pas précisément ce que son ami avait vécu. Il n'avait pas tenu à s'étendre sur la question. Il avait quelque fois laissé échapper quelques mots laissant entrevoir l'horreur qu'il avait dû vivre mais à chaque fois rien qu'une petite partie de tout le reste.  

Un soupire lui échappa avant de relever la tête lorsque les paroles d'Esteban le firent réagir. Il esquissa un sourire cynique accompagné d'un léger plissement de nez.

"Ça c'est ce que tu veux croire..."

Il secoua légèrement la tête pour chasser ses sombres pensées. Il était resté quasiment deux mois sans décuver après sa libération. Le poids de la douleur, les regrets, l'avenir incertain et malheureux qui semblait s'annoncer. Il avait préféré oublier tout ça. L'alcool l'avait aidé. Un peu tout du moins. Avant que Julian ne le trouve. Après ça, il avait toujours eu un rapport particulier avec l'alcool. Après les actions difficiles ou la perte d'un frère d'arme. Pour fêter une victoire ou simplement pour le plaisir de prendre un verre. Il était difficile de résister à l'appel de la chaleur que l'alcool répandait en lui après le premier verre.

Son regard légèrement perdu dans le vague retrouva de sa lucidité lorsque Esteban ramena le sujet sur sa famille. Après leur furtive étreinte, il esquissa un léger sourire amusé. Il n'avait pas perdu sa grosse tête celui-là. Mais en soit, il n'avait pas tort. Sans la famille de son ami, il ne donnait pas cher de sa peau aujourd'hui. Il ne savait même pas s'il serait encore de ce monde actuellement. Il leur devait énormément et les considérait désormais comme sa propre famille. Il hocha doucement la tête tout en esquissant un sourire narquois.

"J'aurais aimé dire que tu exagères comme d'habitude... Mais hélas, je ne peux qu'être d'accord avec toi, Steby !"

Son sourire s'agrandit légèrement avant qu'il ne reprenne un air sérieux et qu'il n'annonce la réelle raison de son arrivée en Angleterre. Il attendit la réaction d'Esteban avec une pointe d'impatience et d'angoisse. Il grimaça lorsqu'il perçut l'air abasourdi de son ami, s'attendant à des remontrances. Il baissa légèrement le regard avant de le redresser tout aussi vite, un sourire de surprise et de joie mêlée sur le visage. Esteban semblait prendre l'aveu avec joie et incrédulité. Il hocha néanmoins la tête avec un soupir d'agacement lorsque son ami souleva le point noir de sa tentative. Son échec. Il grimaça avant de s'enflammer dans une joute verbale venimeuse à l'encontre des "amis" du dictateur.

Il frissonna légèrement sous l'étreinte du plus âgé mais il ne se dégagea pas. Hochant la tête pour montrer qu'il savait tout ce qu'il lui disait. Il avait parfaitement conscience que toutes les missions ne pouvaient pas réussir. Mais cette fois-là, il en avait été persuadé, ça ne pouvait pas rater. Il avait été trop sûr de lui sans doute. Quelque chose lui avait échappé. Il aurait dû figer toute l'assemblé où se trouver sur scène avec lui pour être sûr de ne pas louper sa cible. Un soupir lui échappa alors qu'il posait son regard sur Esteban.

"Je sais tout ça. Tous ses fanatiques qui sont à ses pieds. Je... j'ai juste cru que cette fois-ci serait différente. Que personne n'aurait rien le temps de faire et que... j'avais pas prévu qu'on puisse se sacrifier de la sorte pour quelqu'un..."

Pour lui ce genre de sacrifice n'avait lieu que dans les films. Comment aurait-il pu deviner ? Il secoua doucement la tête de déception et d'incompréhension avant que les excuses d'Esteban n'attirent son attention. Il posa son regard sur l'amant de son frère et esquissa un léger sourire douloureux.

"Pourquoi tu t'excuses ? Rien de tout ceci n'est de ta faute."

Il pressa l'épaule de son ami et lui adressa un léger sourire. Ce n'était pas à lui de s'excuser.

"Je voulais tellement me venger de régime. Ils m'ont tout pris. Tu sais... Miguel. Je... je ne sais même pas comment il est mort réellement. Ils m'ont juste dit qu'il était mort... Ce jour là, je l'ai même pas su le jour même. Ils étaient chez moi. Ils sont venus. Je rentrais du travail, ma mère était en pleurs à côté de mon père qui était en train de se faire arrêter. Je... j'ai pas compris tout de suite mais... le temps que je réagisse et que je commence à fuir, ils m'avaient déjà repéré. Ils m'ont immobilisé d'un sort et m'ont emmené. C'est qu'après qu'ils m'ont dit que Miguel était mort. Ils m'ont dit qu'il était impliqué dans un mouvement de résistance et qu'il avait trouvé la mort pendant l'une de leur intervention. Et... ils m'ont demandé où tu étais. Ils te cherchaient. J'en ai conclu que tu avais réussi à fuir et à survivre. Dans un sens, ça m'a réconforté de savoir qu'au moins un de vous deux était vivant. Je... J'ai tenu comme j'ai pu. Ils m'ont gardé pendant deux mois. Torture psychologique, son regard se perdit dans le vague à cette pensée. Ils m'ont affamé aussi. Je... C'était dur. J'ai cru plus d'une fois que j'allais y rester. Comme mon père en fait... Son coeur a lâché après un mois d'incarcération et d'interrogatoires intensifs. Mais comment on peut répondre à des questions dont on ignore la réponse ?"

Il esquissa un léger sourire sans joie. Son regard évitant toujours de croiser celui d'Esteban. Les larmes roulant lentement sur ses joues sans qu'il n'en ait réellement conscience.

"Quand je suis rentré chez moi, la maison était vide. Ma mère a pas supporté les pertes successives de mon frère et de mon père. Elle savait pas non plus si j'allais revenir ou pas. J'étais perdu selon elle. C'était trop dur à vivre alors... elle a mis fin à tout ça... C'est les voisins qui m'ont raconté... Sa tombe était à côté de celle de mon frère et de mon père... Ils lui ont rendu les corps pour qu'elle les enterre..."

Ses poings se serrèrent légèrement sous la souffrance des souvenirs.

"J'étais même pas là... Pour personne. J'ai... essayé de faire face mais... c'était trop d'un coup. J'avais l'impression que tout s'écroulait devant moi. Plus rien n'avait d'importance alors... je me suis laissé sombrer. Je sais pas combien de temps précisément je suis resté tout seul chez moi à vider la cave de mon père. Même plus la force de me lever. C'est Julian qui m'a trouvé. Il m'a obligé à venir avec lui. C'est là que ta famille m'a recueilli. Ils m'ont accueilli comme l'un des leurs. Je ne leur serait jamais assez reconnaissant pour ça."

Son regard se tourna alors vers Esteban. Sa famille lui avait sauvé la vie. Il n'en prenait pleinement conscience que maintenant. Mais sa reconnaissance serait éternelle.

"Alors cette mission était une façon de venger ma famille. De tous les venger mais... j'ai échoué. Et je pense que plus personne ne sera capable de les venger un jour."

Il baissa la tête de dépit et de tristesse. Reniflant légèrement alors qu'il essuyait furtivement les larmes qui avaient coulé le long de ses joues. Il était dans un état pathétique. Il y avait bien longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi mal et aussi seul. La solitude, il la portait sur lui en permanence. Un trou béant qu'il n'avait jamais pleinement réussi à refermer. L'absence de Miguel lui pesait plus que jamais et il ne savait même pas réellement comment s'était déroulé la mort de son frère. Pedro n'avait jamais voulu lui dire affirmant que ce n'était pas à lui de lui dire et qu'il n'était même pas sûr de ce qu'il s'était passé parce qu'il était occupé à combattre ses assaillants.

"Esteban ?"

Ses yeux croisèrent ceux de son ami. Il voulait savoir et il ne le lâcherait pas avant de savoir.

"Comment est mort Miguel ? Dis-le moi s'il te plaît. J'ai besoin de savoir comment... comment ça s'est vraiment passé."

Son regard était implorant. Il ne pourrait jamais faire complètement son deuil s'il ne savait pas. Son frère le hanterait toute sa vie. Et il voulait mettre tout ceci derrière lui une bonne foi pour toute. Il voulait que toutes ses questions trouvent une réponse avec le retour d'Esteban dans sa vie. Il voulait comprendre et enterrer l'Argentine une bonne foi pour toute. Plus rien ne l'attendait là-bas de toute manière.


Nahuel Muñoz
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Il n’avait pas prévu qu’on puisse se sacrifier de la sorte… Esteban détourna le regard, il ne savait donc pas, personne ne lui avait expliqué ce qui s’était passé cette nuit-là. Esteban ne savait s’il s’en sentait soulagé ou encore plus coupable. Sans pouvoir s’en empêcher, il s’excusa d’être la cause du décès de Miguel. Et il avait vu juste, Nahuel ne comprit pas la portée de ses mots. Il aurait pu, il aurait même dû le lui expliquer mais Esteban garda le silence, appréciant la main posée sur son épaule. Il ne pouvait pas perdre Nahuel dès maintenant, il ne pouvait pas disparaître comme il venait d’arriver et pourtant c’était ce qui risquait d’arriver lorsqu’il apprendrait la vérité.

Alors, Esteban se tut et écouta. Jamais il n’avait eu à écouter quelque chose d’aussi difficile et pourtant il en avait écouté des récits tragiques, des souvenirs d’emprisonnement mais rien n’avait été aussi dur que les mots prononcés par Nahuel. Le corps tendu à l’extrême, Esteban se mit à trembler, un goût de bile lui montait à la bouche et il ne parvenait pas à regarder Nahuel. Il voulait hurler, hurler comme il ne l’avait plus fait depuis des mois. La mort de Klemens avait ramené à lui la douleur et la culpabilité, il avait maudis le ciel, crié le soir seul dans sa chambre mais il n’avait pas hurler de désespoir comme il voulait le faire maintenant.

Chaque nouvelle était pire que la précédente. Juan tué par la torture et les mauvais traitements. Paula qui avait préféré mettre fin à sa vie suite à l’horreur qui était tombé sur sa famille. Et Nahuel, son petit Nahuel, son petit frère de cœur qui avait vécu l’enfer des geôles du régime… Esteban refusait d’entendre ça, il ne pouvait le supporter. Il aurait voulu se lever et s’enfuir, s’enfermer chez-lui pour ne plus en sortir. Finalement, l’ignorance avait du bon. Pourtant, il resta assis sagement à côté de Nahuel, l’écoutant débiter cette douleur qui l’habitait sans pour autant réussir à le regarder, toujours tremblant.

Esteban avait envie de vomir et Nahuel continuait. Ainsi, lui aussi avait sombré dans les affres de l’alcool. A la même époque Nahuel vidait les caves de son père pendant qu’Esteban buvait bouteille après bouteille dans son appartement londonien minable. Apprendre que Julian l’avait sauvé lui mit un coup au cœur et au fond de lui quelque chose se déchira un peu plus. C’était lui qui aurait dû sauver Nahuel, s’il y avait une chose que Miguel aurait voulu c’était bien ça… Qu’il prenne soin de sa famille… Il lui devait bien ça et il avait échoué.

Il les avait tous abandonné, ne pensant pas à leur sort, seulement à sauver sa peau et bon sang ils en avaient payé le prix cher ! Toute cette famille, celle qui l’avait accueilli à bras ouvert malgré la relation qu’il avait avec leur aîné, avait péri à cause de lui. Comme si le sacrifice de Miguel n’était pas déjà suffisant, il avait fallu que ses parents et son frère souffrent parce qu’il avait fui tel le lâche qu’il était. Il n’avait jamais pu accepter sa fuite, il ne pourrait désormais plus se regarder dans une glace.

Devant lui s’étendait l’eau sombre de l’estuaire et Esteban eut un sourire triste. Qu’apportait-il à ce monde ? Qu’avait-il fait à part mener ses proches à une mort certaine ? Tout ceux qui l’approchaient finissaient par périr. Miguel et sa famille, leurs compagnons de lutte, Klemens… Et lui, il survivait, causant le malheur sur son chemin et il avait beau se réfugier derrière l’idée qu’il se battait pour un monde plus juste, il connaissait la vérité. Il ne valait pas mieux que les bourreaux des geôles d’Argentine ou de Skye. Il ne lançait pas les sorts mais il envoyait les gens qu’il aimait face à eux. Il ne méritait pas de vivre.

L’impuissance de Nahuel à venger sa famille flotta un moment entre eux alors qu’Esteban tentait de rester impassible et que Nahuel reprenait ses esprits. Il avait tort. Un jour, ils paieraient. Il ne pouvait en être autrement. Toute la violence d’Esteban sortit à travers quelques mots :

« Ils crèveront Nahuel, je te le promet, ils crèveront comme les chiens qu’ils sont. »

Les tremblements n’avaient pas quitté le corps d’Esteban et il luttait toujours contre l’envie de fuir. Pour rentrer chez lui, il devait passer sur le pont de l’Avon… S’il sautait, qui s’en apercevrait ? C’est la voix fragile de Nahuel qui le ramena à la raison. Sa voix d’enfant perdu qui cherchait juste un repère, des réponses. C’était la voix qu’il avait lorsqu’il se disputait avec Miguel et venait trouver Esteban pour qu’il l’aide. La douleur sourde d’Esteban ne s’apaisa pas, bien au contraire, mais il se retrouva face à ses responsabilités. Il avait fui une fois, les conséquences avaient été terribles et aujourd’hui Nahuel débarquait dans sa vie qui avait été de nouveau détruite. C’était peut-être un signe, le moment de se racheter, d’honorer la mémoire de Miguel en protégeant son frère. Il lui devait au moins la vérité même si elle était affreuse.

Pour la première fois depuis que Nahuel avait commencé à se livrer, Esteban tourna le regard vers lui, captant son regard implorant. Il passa doucement sa main sur son dos avant de la ramener sur ses genoux, se concentrant. Il jeta un regard incertain, fragile sur Nahuel. Il sourit tristement et se lança.

« On était en réunion, comme d’habitude. Tout allait bien, je ne me souviens qu’on planifiait une attaque contre le général Vidello, le général à la tête de la police militaire. L’ambiance était plutôt agréable, on avait eu quelques bons coups récemment et aucune disparition. On était proche, des amis, je suppose que tu le comprends si tu as aussi été en résistance… Et puis soudainement tout a volé en éclat. Je peux pas t’expliquer exactement ce qu’il s’est passé, je ne m’en souviens pas. »

Esteban détourna le regard, honteux de cette faiblesse, de son esprit qui avait cherché à le protéger en effaçant de sa mémoire les détails de cette nuit-là.

« Je me souviens juste de la porte qu’il s’ouvre en claquant et des sorts qui fusent. Je revois Edmundo qui se place au milieu de la police militaire. Et puis… »

C’était trop dur… Il ne pouvait pas le dire. Sa gorge était nouée. Il regarda Nahuel qui l’écoutait avec attention dans l’attente d’une réponse. Il devait le faire, pour lui, il devait le dire.

« Et puis je me souviens de son cri… Je me tourne vers lui et je le vois se jeter sur moi… Il… Il a pris l’avada Nahuel… Ce jour-là… Ce jour-là ton frère n’aurait pas dû mourir ou pas à ce moment-là. Nahuel, Miguel m’a sauvé la vie en s’interposant entre le sort et moi. »

Esteban pleurait. Il n’en avait même pas conscience mais les larmes ruisselaient sur son visage alors qu’il implorait Nahuel de lui pardonner tout en souhaitant qu’il se défoule sur lui, qu’il lui en veuille et qu’il lui fasse payer pour ce crime qu’Esteban ne se pardonnerait jamais.

« Je suis désolé… Si tu savais comme je suis désolé… »

Il détourna le regard et dans un murmure lâcha ce qu’il n’avait jamais dit à personne.

« J’aurais préféré mourir cette nuit-là. »




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« Ils crèveront Nahuel, je te le promet, ils crèveront comme les chiens qu’ils sont. »

Nahuel sursauta sous la violence des mots d'Esteban. Il hocha lentement la tête en tremblant légèrement. Les yeux encore rougis d'avoir pleuré. Il avait l'impression d'être revenu dix ans auparavant alors qu'il apprenait la mort de Miguel. Il avait l'impression que le monde autour de lui s'effondrait à nouveau alors qu'il prenait conscience que finalement, il ne pourrait jamais vraiment venger son frère. Alors les mots de son ami le réconfortèrent autant qu'ils lui firent peur. Le regard de l'Argentin et les tremblements de son corps qu'il n'avait pas perçu auparavant. Il posa une main hésitante sur son épaule avant d'oser lui poser la question qui le taraudait depuis des années.

Son regard suppliant et la voix légèrement tremblantes. Il était redevenu un enfant apeuré. Celui qu'il n'avait jamais cessé d'être au fond de lui. Toujours les mêmes incertitudes et les mêmes peurs. Il avait toujours craint que Miguel ne l'abandonne un beau jour. Et il avait fini par le faire. Contre sa volonté. Maintenant qu'il avait retrouvé Esteban, il ne le lâcherait pas. Quitte à faire revivre l'amour que Miguel éprouvait pour lui. Quitte à devenir Miguel si c'était ce qu'il souhaitait. Il fallait faire vivre Miguel, c'était le plus important à ses yeux. Ne pas l'oublier pour que subsiste une part de lui pour toujours. Mais il avait aussi besoin de savoir la façon dont on l'avait tué. Le déroulement exact et précis. Et seul Esteban semblait posséder la réponse à ses questions.

Il lui adressa un sourire hésitant lorsqu'il passa sa main dans son dos. Son regard toujours posé sur lui, attendant qu'il prenne la parole. Ce qu'il finit par faire après un long silence douloureux. Il hocha la tête pour montrer qu'il comprenait. Oui, il savait ce que c'était de vivre avec des hommes qui partageaient les mêmes idées que soi. Des liens forts et éternels naissaient durant chaque réunion, à travers un éclat de rire et un regard complice. Il avait vécu tout cela pendant près de sept ans. Il avait vécu pour la résistance. Et il avait tout perdu pour elle également. Ses poings se serrèrent légèrement tandis qu'Esteban continuait son récit.

Il se souvenait de quelques paroles échangées avec Pedro. Ils avaient été trahis. Edmundo. Ce nom ne lui était pas inconnu. L'homme non plus. Il avait mis un certain temps à le retrouver. Il ne savait peut-être pas exactement comment était mort son frère mais il savait que c'était à cause de cet homme. Il savait que rien de tout ceci n'aurait eu lieu s'il avait tenu sa langue. S'il n'avait pas vendu ses frères d'armes pour une situation plus confortable. Ils l'avaient retrouvé vivant dans l’opulence dans une villa près de Buenos Aires. Le sang de Nahuel n'avait fait qu'un tour lorsqu'il l'avait vu. Il l'aurait tué si les autres ne l'en avait pas empêché. Il l'aurait tué s'il avait pu. L'émasculation n'était pas suffisante à ses yeux et il regrettait presque aujourd'hui d'avoir écouté les autres.

Leurs regards se croisèrent. Nahuel était tendu à l'extrême, les ongles enfoncés dans les paumes de ses mains dans l'attente de la révélation. Il ne quittait plus Esteban des yeux, mordillant inconsciemment sa lèvre inférieure. En enfin la vérité éclata. Les mots d'Esteban tournaient en boucle dans son esprit. Ses dents s'enfoncèrent profondément dans sa lèvre mais la douleur ne le fit pas arrêter. Ce n'est que lorsqu'il sentit le goût du sang sur sa langue qu'il relâcha sa lèvre sanguinolente. Ses poings tremblaient alors qu'il détournait son regard du visage en pleur de l'homme face à lui. Des émotions contraires l’envahissaient les unes après les autres. Il était incapable de dire quoique ce soit. Incapable de savoir s'il en voulait à Esteban ou si au contraire il était heureux du sacrifice de son frère. C'était une mort noble. Il n'y avait pas plus belle mort que celle de mourir pour l'être qu'on aimait le plus au monde. Il savait pertinemment que c'était le caractère de Miguel. Nahuel ou Esteban, Miguel se serait sacrifié.

Mais c'était dur à entendre. Dur à admettre. Et finalement, le jeune homme aurait peut-être préféré ne pas savoir. Il était déchiré entre la volonté de détester Esteban de lui avoir involontairement volé son frère et celle de le prendre dans ses bras et pleurer avec lui l'homme fabuleux qu'avait été Miguel. Bien meilleur que lui ne le serait jamais en tout cas. Ses yeux fixaient le vide, ses poings serrés sur ses cuisses alors que son corps se balançait inconsciemment d'avant en arrière. Il était quasiment en apnée. Sa poitrine le brûlait, il suffoquait. Il n'arrivait plus à décider ce qu'il était juste de faire. Il n'en voulait pas à Esteban. C'était le choix de Miguel, son geste. En quoi cela aurait-il été différent s'il était mort surpris par l'avada au fond ? Il serait mort malgré tout. Peut-être même serait-il mort tout pareil s'il n'avait pas sauvé Esteban.

Tout ce qu'il savait à présent, c'était que son frère avait choisi de mourir en héros et de sauver l'homme qu'il aimait. Et Nahuel devait respecter ce choix. Il fronça donc les sourcils en entendant la dernière phrase d'Esteban avant d'abattre son poing contre sa joue. Le corps tremblant de rage et de tristesse. Il se leva brusquement et lui attrapa le devant de sa veste en un geste impulsif et de rage incontrôlé. Il approcha son visage à quelques millimètres de l'Argentin, le regard noir.

"Je t'interdis de dire ça. T'as pas le droit de dire que t'aurais préféré être mort ! Il s'est sacrifié pour toi. Respecte ça ! Accepte-le et continue à vivre. C'était ce qu'il aurait voulu. Il s'est interposé parce qu'il voulait que toi, tu continues à vivre. Même sans lui. Alors t'as pas le droit de dire que tu préférais être mort. C'est injuste ! Et irrespectueux."

Il le secoua comme un prunier alors que les larmes recommençaient à affluer le long de ses joues.

"T'entends ? T'as pas le droit ! Alors tu vas me faire le plaisir de continuer à vivre. Pour lui... Pour moi... Pour tout ceux qui sont morts ce jour là... Parce que sinon... Sinon, ça aura servi à rien..."

Les mots lui manquaient, son souffle se faisait rare alors que sa rage disparaissait pour laisser place à un vide immense. Un trou béant qui ne laissait derrière lui uniquement la désolation et l'anéantissement. Il le relâcha pour se laisser tomber au sol alors que le désespoir s'emparait de lui. Les larmes coulaient librement sur ses joues alors qu'il hoquetait les quelques mots qui voulaient bien sortir.

"Parce que... sinon... Il sera mort... pour rien... Et je... je... veux pas... que ça arrive."

Son front s'écroula contre les jambes d'Esteban alors que le chagrin l'enveloppait tout entier et le laissait impuissant.


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Le regard qu’ils échangèrent lui appris que Nahuel était tendu, dans l’attente de la révélation qu’Esteban ne tarda pas à faire. Il leva son visage défait vers Nahuel et ses yeux furent attirés par le sang qui s’échappait de sa lèvre. Il aurait voulu fuir mais la détresse absolue de Nahuel l’en empêchait. Il ne savait que faire, tenter un geste de réconfort pouvait être très mal pris et chaque mot devait être pesé. Esteban lui dévoila alors le fond de sa pensée : ses excuses et sa culpabilité de survivant.

Esteban avait la tête baissée, refusant de croiser le regard de Nahuel, enfoncé dans sa culpabilité, persuadé que jamais le plus jeune ne pourrait lui pardonner comme lui ne se l’était jamais pardonné. Il ne vit donc rien venir. Une douleur fulgurante lui transperça la mâchoire et il sentit l’intérieur de sa joue s’ouvrir sous le choc. Un sourire désabusé ornait ses lèvres alors que Nahuel lui attrapait le col avec violence. Avec un peu de chance, il le laisserait mort au fond du port…

Il fit face à son destin et regarda enfin Nahuel droit dans les yeux alors qu’il approchait son visage. Le plus jeune avait le droit à sa vengeance, Esteban était tout disposé à lui donner. Il ne se débattrait pas, laisserait Nahuel se défouler et soigner son cœur brisé. Esteban n’était pas naïf, cela ne suffirait pas à faire disparaître la douleur que Nahuel pouvait ressentir mais si ça pouvait l’aider, il était prêt à se sacrifier. Miguel aurait voulu qu’il aide Nahuel par tous les moyens possibles et inimaginables alors si c’était en se faisant casser la figure par lui, c’était ainsi que ça se passerait.

Le choc fut grand lorsque les mots rageurs de Nahuel s’élevèrent. Irrespectueux ? Nahuel trouvait qu’il manquait de respect à son frère et à sa mémoire ? Mais… C’était sa faute s’il était mort ! Ce qui était irrespectueux c’était d’être encore en vie ! Il ne dit rien cependant laissant Nahuel évacuer sa douleur. Un jour peut-être les mots de Nahuel feraient sens, un jour peut-être ils l’aideraient à aller mieux, pour l’instant ils le blessaient juste un peu plus.

Continuer à vivre, il avait essayé… Il avait mis dix ans à accepter de se reconstruire pour de bon. Il avait enfin reprit une lutte qui lui occupait l’esprit et donnait un certain sens à sa vie. Et puis… Il s’était laissé aller, il avait rencontré Klemens et pour la première fois depuis Miguel il avait accepté de ressentir des sentiments envers un autre homme. Aussi incroyable que cela avait semblé, il était retombé amoureux, il avait fini par y croire, il avait pensé qu’il pourrait guérir, tourner la page et se reconstruire une vie, pour de bon. Il avait voulu vivre et ne plus survivre. Il l’avait payé cher, très cher, trop cher. Klemens avait été tué. Lui aussi. Par une foutue dictature. A croire que toute sa vie n’était destinée qu’à être qu’un éternel recommencement. Et puis, alors qu’il essayait sans succès de faire face à la disparition de son amant, Nahuel surgissait tout droit de son passé, ravivant des souvenirs trop douloureux, des souvenirs qu’il avait enfoui pour se protéger. Tout lui revenait à la figure et c’était trop à gérer. Faire deux deuils à la fois, il n’était pas sûr de pouvoir le supporter.

Malgré tout, Esteban sentit une pointe de soulagement naître en lui. Nahuel ne semblait pas lui en vouloir pour le geste de Miguel. Il lui disait de vivre, lui assurait que c’était ce que Miguel aurait voulu… Et il devait le croire, non ? Après tout, c’était son frère… Il l’implorait de donner du sens au geste de Miguel, il avait besoin de cela. Esteban ne pouvait se réconforter seulement à travers les paroles de Nahuel, ça ne pouvait être aussi simple que « Miguel aurait voulu que » mais Nahuel lui demandait de le faire pour lui. C’était lui qui était en recherche de sens pour le sacrifice de Miguel et ça, Esteban pouvait le faire, non ? Son petit frère de cœur lui demandait de l’aide, il ne pouvait pas refuser…

La rage de Nahuel se transforma en sanglots de désespoir et il s’écroula, relâchant Esteban qui reprit vaguement ses esprits. Dans un geste fraternel, il attira Nahuel à lui. Le plus jeune ne semblait plus parvenir à se tenir assis alors il lui posa la tête sur les genoux, sa main passant distraitement dans ses cheveux. Sans qu’il n’en prenne vraiment conscience, les mots sortirent en douceur :

« Chut… Calme-toi Nahuelito… Ca va aller, d’accord ? Je suis là ! Je ne vais pas te laisser tomber. Je vais t’aider à te relever, hermanito… Je suis là, je ne te lâche pas… Je te promets qu’on fera tout pour que Miguel ne soit pas mort pour rien… On va leur montrer à tous de quel bois on est fait ! Je vais m’occuper de toi, Nahuelito. »

Le surnom lui était revenu naturellement depuis qu’il avait retrouvé le plus jeune. Miguel l’appelait toujours ainsi et Esteban avait pris cette habitude à force de l’entendre faire. Un petit surnom affectueux, fraternel, c’était ce qu’il fallait dans une situation telle que celle-ci.

Les minutes passaient et les deux hommes semblaient figés, les gestes machinaux, Esteban continuait d’ébouriffer Nahuel dans l’espoir que le contact le réconforte un peu. La nuit était tombée depuis un moment maintenant et l’air se rafraichissait.

« Nahuel ? Où est-ce que tu loges ? »

Esteban venait de chuchoter, de peur de troubler le garçon plus qu’il ne l’était déjà.



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Nahuel se laissa étreindre sans protester. Sa tête trop lourde pour qu'il ne puisse la soutenir. Il n'avait pas conscience de ce qui pouvait l'entourer. Son chagrin et sa perte lui semblaient insurmontable. Les sanglots s'étranglaient dans sa gorge, hoquetant pour respirer convenablement. Il s'agrippa légèrement aux jambes d'Esteban alors qu'il tentait vainement de se calmer. Les gestes et les paroles du plus âgé l'apaisant légèrement. Il resta un long moment blotti contre son ami sans pouvoir bouger ou même parler. Reprenant lentement ses esprits et savourant le contact fraternel qui lui avait tant manqué au cours des dernières années.

Il redressa la tête à la question d'Esteban et s'essuya les yeux, bouffis d'avoir trop pleuré. Il renifla légèrement avant de sa passer la manche devant le visage pour se redonner une contenance et effacer les traces de larmes encore présentes sur ses joues. Il haussa lentement les épaules avant de se passer une main tremblante dans les cheveux. Il ne connaissait pas exactement le nom de l'hôtel qu'il occupait. Il savait juste y rentrer en faisant le chemin parcouru dans la journée en sens inverse. Il tourna la tête pour regarder autour de lui un moment avant de se redresser et d'épousseter son jean. Il poussa un léger soupir avant de fixer à nouveau Esteban.

"Je loge dans une chambre d'hôtel miteuse en attendant mieux."

Il esquissa un léger sourire gêné avant de tapoter du bout du pied le murée de la jetée.

"Désolé pour... toute à l'heure."

Il avança prudemment la main pour toucher la joue d'Esteban là où il l'avait frappé précédemment. Il n'avait pas voulu le blesser. Ou peut-être que si sur le moment. Mais maintenant, il regrettait son geste. Encore une impulsivité de trop. Il effleura la mâchoire de son ami du bout des doigts avant d'abaisser le bras en soupirant.

"J'agis toujours trop vite sans réfléchir."

Il détourna le regard tout en enfonçant ses poings dans ses poches. Le dos légèrement arrondi alors qu'il tentait de se débarrasser de l'image de son frère se jetant devant Esteban avant de se raidir et de tomber au sol. La scène était bien trop nette dans son esprit. La même scène qui avait eu lieu devant lui quelques mois auparavant. Il suffisait juste de remplacer les visages de Rosas et de son ministre. Sa mâchoire se serra légèrement de rage avant qu'il ne secoue légèrement la tête d'épuisement et de fixer à nouveau Esteban.

"Je ne veux pas m'imposer tu sais. Je peux parfaitement rester dans ma chambre d'hôtel en attendant de trouver un petit boulot. D'ailleurs si t'as des pistes, je suis preneur. J'étais plutôt bon barman à l'époque..."

Il esquissa un demi sourire en repensant à sa sortie de l'école. Le moment où il attendait avec impatience que Miguel lui donne le feu vert pour enfin rentrer dans la MLIA. Mais ce jour n'était pas venu de la façon dont il l'avait espéré. Il passa une main dans sa barbe naissante avant de reprendre la parole.

"Pareil, si t'as des tuyaux sur des personnes capables de me fournir une autre baguette... J'ai pas tellement envie d'utiliser la mienne de peur d'être tracé par la milice Argentine. On sait jamais..."

Il esquissa une petite moue tout en laissant son regard s'égarer vers la mer. L'obscurité l'empêchant de distinguer clairement la limite entre le ciel et la terre. Il poussa un soupir las avant de reporter son attention sur Esteban.

"Et... je suis sur le territoire anglais de façon clandestine. J'attendais de te retrouver avant d'envisager de demander un droit de séjour... Tu penses que c'est une bonne idée ou pas ?"

Il avait entendu parler de tensions subsistantes dans le pays et préférait donc demander à son ami son opinion sur la question avant d'être fiché dans les archives gouvernementales. Avec le risque que sa tête circule déjà à cause d'un arrêté international. Ce qu'il n'espérait pas mais savait-on jamais avec les dictatures.


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Petit à petit, Nahuel se calma et sécha ses larmes, se recomposant peu à peu un visage. Esteban était toujours très proche de lui, partageant un espace rassurant et familial. Il avait du mal à croire l’impact que la présence de Nahuel avait sur lui, dix ans après c’était comme un coup de tonnerre qui s’abattait sur lui, un bout de son passé, de sa famille, de Miguel qui lui revenait. Alors, quand il su que Nahuel créchait dans un hôtel miteux, il ne se posa pas la question bien longtemps.

« Viens chez moi ! Au moins pour cette nuit, je ne peux pas te laisser dans cet état… Et je crois que j’aurais du mal à te laisser partir là. J’ai un petit appart dans les quartiers les moins chics de Bristol mais c’est chez moi… »

Avant d’arriver en Angleterre, Esteban n’avait jamais vécu seul, il avait été dans sa famille, dans un dortoir et en colocation, jamais il n’avait eu à gérer son quotidien en solitaire. Le choc avait été brutal à son arrivée et il s’était laissé dépérir, avec le temps il s’y était habitué mais encore aujourd’hui parfois il déplorait le silence qui régnait dans son appartement. Il venait de retrouver Nahuel et sa présence était tellement irréelle qu’il avait besoin de le garder près de lui pour ne pas qu’il s’envole. Et puis, il avait l’air tellement perdu et désemparé que ses instincts de grand frère prenaient le dessus.

Alors que les choses s’apaisaient entre eux, Nahuel sembla soudain prendre conscience du fait qu’il avait frappé Esteban. Le bout de ses doigts effleura le visage du plus âgé qui sourit sous le geste mais déjà Nahuel se détournait, en proie à des conflits intérieurs. Esteban tâcha de le rassurer :

« Ce n’est rien, ne t’en fais pas. C’est un peu étrange à dire mais je crois que j’avais besoin de ça, besoin que tu te défoules un peu sur moi, que tu laisses tes sentiments s’exprimer. Je te l’ai dit, je suis là pour te rattraper. »

Nahuel semblait mal à l’aise, étonnamment après des mois à le chercher, il peinait à accepter sa présence à ses côtés.

« Il serait idiot que tu payes un hôtel minable alors que j’ai de la place sur mon canapé. Bon, il n’est pas de première jeunesse, je ne t’assure pas le grand confort mais avec quelques sorts on devrait pouvoir faire quelque chose de pas trop désagréable. Tu comptes rester dans le coin alors ? »

La situation était tellement irréelle qu’Esteban avait besoin qu’on lui dise les choses clairement. L’alcool commençait à se dissiper dans ses veines et pourtant il avait toujours l’impression de flotter dans une réalité alternative.

« Je dois pouvoir t’aider pour le boulot, j’ai quelques contacts aux docks et si tu veux être barman on devrait pouvoir te trouver un boulot, y’a de quoi faire de ce côté-là à Bristol ! »

La crise politique avait eu un impact néfaste sur bien des secteurs économiques à Bristol, notamment à cause du blocus, mais les bars et autres établissements de nuit avaient vu leur recette se maintenir voire augmenter. Les Bristoliens semblaient vouloir oublier leur malheur en sortant plus que de raison.

« C’est vrai que t’as été barman toi… J’avais oublié ça… Je me souviens de la tête qu’avait fait Miguel quand son hermanito lui avait annoncé qu’il allait vendre de l’alcool… Impayable ! »

Miguel avait toujours été très protecteur avec Nahuel, le voyant comme plus jeune qu’il ne l’était en réalité, refusant de le voir grandir. Etonnamment, alors qu’Esteban était aussi l’aîné de sa fratrie, il avait aidé Miguel a accepté que son frère grandissait non sans efforts…

Les souvenirs laissèrent place à la dure réalité, Nahuel était un clandestin en cavale et il fallait assurer ses arrières. Esteban était passé par là et comptait bien aider Nahuel autant qu’il le pouvait.

« Je connais quelqu’un qui pourrait te mettre en contact avec les bonnes personnes pour une baguette. Ca ne devrait pas poser de problème. Tu as de l’argent avec toi ? Pour ce qui est du titre de séjour… Je ne sais pas trop quoi te dire, je n’ai jamais vraiment résolu la question moi-même. Je ne sais pas à quel point le régime argentin nous recherche ni s’il a des contacts avec le gouvernement britannique. Je suis ici avec des papiers moldus, ça passe mais c’est pas l’idéal surtout en situation de crise alors j’évite au maximum de me faire remarquer. »

A chaque contrôle d’identité, Esteban avait peur qu’on lui refuse ses documents moldus. Il existait des accords entre les gouvernements sorciers et moldus datant du MIM permettant une meilleure acceptation des titres moldus sur le territoire sorcier. Néanmoins avec le contexte et les tensions actuels, Esteban avait peur que ces accords disparaissent et qu’il finisse sans papiers. Aussi, il évitait au maximum de se faire contrôler, ce qui passait par sortir le moins possible de Bristol pour éviter les check-point. Sortir légalement en tout cas…



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L'invitation d'Esteban le mit légèrement mal à l'aise. Surtout près le coup qu'il venait de lui mettre. Était-il réellement sage d'accepter son invitation ? En apparence, il avait accepté l'idée que Miguel ait pu se sacrifier de la sorte. Intérieurement tout se mélangeait, il n'arrivait plus clairement à identifier ce qu'il ressentait réellement. De la joie de retrouver son ancien ami. De la tristesse et de la colère pour la mort de Miguel. Et un certain abattement également. Une part de lui en voulait à l'amant de son frère de n'avoir rien fait pour l'empêcher de se jeter devant lui. Il savait que même s'il l'avait voulu, il n'aurait rien pu faire. C'était une pensée et purement égoïste. Il ne pensait qu'à lui dans ce raisonnement. Tout comme il ne pensait qu'à lui en affirmant que Miguel s'était sacrifié pour lui dans l'espoir de refaire sa vie et que c'était injurieux de s'apitoyer sur son sort. C'était sorti surtout sous le coup de la colère et de l'incompréhension. Une façon de s'assurer un avenir serein avec quelqu'un qu'il connaissait.

Pour la suite, il ne savait pas vraiment ce qu'il convenait de faire. Il tenta d'écarter l'invitation d'Esteban au détour d'une phrase bateau. Une façon comme une autre aussi peut-être de voir s'il voulait réellement de lui chez lui. Et peut-être une façon de fuir afin de pouvoir se retrouver seul avec lui-même pour réfléchir à tout ça. Et aussi une façon de s'excuser indirecte pour son geste déplacé. L'empathie d'Esteban lui semblait presque déplacée et injustifiée. Comme s'il cherchait lui aussi à se faire pardonner d'un crime dont il n'était pas coupable. C'était difficile pour lui de faire la part des choses. Mais il n'avait pas envie de rejeter son seul allié dans ce pays étranger. Il ne voulait plus être seul. Il en avait assez de prendre toutes les décisions sans avoir personne pour le soutenir et lui dire que tout irait bien.

Il avait encore besoin de son grand frère. Aujourd'hui plus que jamais. Esteban indirectement se proposait d'effectuer ce rôle. Pourquoi le lui refuser ? Il l'avait déjà plus ou moins exercé par le passé. Et il se disait que Miguel aurait certainement vu ce rapprochement d'un bon œil. Il ne refuserait donc pas l'invitation une seconde fois. Il se mordilla la lèvre un léger instant avant d'esquisser un sourire de remerciement tout en hochant la tête. Il ne savait pas s'il avait l'intention de rester. L'Argentine lui manquait. Toutefois, il savait pertinemment qu'il ne pouvait plus y remettre les pieds. Tout du moins pas tant que les choses ne se seraient pas calmées ou que Rosas ait été destitué.

"Merci hermano ! Ton invitation me touche beaucoup, un léger sourire se dessina à la commissure de ses lèvres. J'aimerais ne pas trop m'éterniser en Angleterre pour être honnête. Mais... je crains que les choses ne soient pas aussi aisées que ça. Je pense que l'Argentine est désormais hors de question et pour le reste... Je ne partirais pas seul... Donc si tu veux voir le monde... Moi je suis partant."

Son sourire s'étira un peu plus alors qu'il plongeait son regard dans celui d'Esteban. Si ce dernier estimait qu'il avait fait son temps sur le sol anglais, il l'accompagnerait dans sa prochaine destination. Mais il n'était pas près à faire le voyage seul. Il n'avait pas parcouru tout le Royaume-Uni dans l'espoir de retrouver son frère de cœur pour finalement l'abandonner au moment de leurs retrouvailles. Il hocha doucement la tête pour répondre à la proposition de l'aider à trouver du travail. Il était preneur, surtout s'il pouvait trouver rapidement. Un sourire amusé s'étira à nouveau sur ses lèvres à l'évocation d'un nouveau souvenir.

"Oui, je me rappelle... Sa réaction était hilarante. Mais je reconnais qu'à l'époque je ne voyais pas trop ce que je pouvais faire d'autre. Surtout que je voulais intégrer votre groupe par tous les moyens et c'est l'idée la plus utile qui me soit venu pour vous donner de maigres informations."

Son sourire se fit nostalgique. Il revoyait parfaitement Miguel qui tempêtait après lui. Laissant entendre qu'il allait s'embourber dans un métier d'ivrogne et d'incapable. Nahuel avait vu rouge ce jour là. Lui répliquant que lui au moins avait un travail qui lui permettrait de subvenir à ses besoins et qu'il ne se planquait pas dans une cave. Et que s'il n'était pas heureux de son plan de carrière, il n'avait qu'à l'intégrer directement à la MLIA en lui donnant des responsabilités et une ligne de conduite à tenir. Son frère avait été vexé et n'avait rien répondu, le laissant faire ce qu'il souhaitait non sans une once de déception. Il savait parfaitement qu'il décevait ses parents également qui avaient toujours eu l'espoir de la voir exercer un métier plus sérieux.

Mais il n'avait jamais été le fils parfait ou idéal. Il essayait juste de tenir ses engagements et ses opinions politiques. A quoi bon aller faire semblant d'être d'accord avec le régime pour avoir le droit d'exercer un métier ? Il aurait sans doute apprécié de pouvoir jouer au Quidditch de façon professionnel ou même de devenir médicomage. Mais il n'avait pas voulu s'enfermer dans une profession l'empêchant d'être disponible pour son frère dès qu'il aurait eu besoin de lui. Il avait un choix qu'il ne regrettait nullement. Il avait toujours eu une vision claire de ce que serait son avenir aux côtés de Miguel. Alors lorsqu'il avait disparu... La désillusion n'avait été que plus dure et plus cruelle.

Un léger soupir lui échappa avant qu'il n'esquisse un sourire de gratitude à l'encontre de son ami. Il semblait déjà avoir réfléchi à tout pour le sortir de sa situation. Il hocha la tête pour confirmer qu'il avait des liquidités. Ce n'était pas grand chose mais c'était tout ce qu'il avait pu mettre de côté au cours des dix dernières années. Il fronça légèrement les sourcils à la question des papiers. Réfléchissant à ce que lui disait Esteban. Peut-être qu'effectivement le mieux serait d'aller côté moldu pour aller se faire faire des papiers. Il hocha une nouvelle fois la tête avant de prendre la parole.

"J'ai de quoi payer la baguette et quelques vivres pour nous nourrir pendant quelques semaines, il se gratta nonchalamment la joue avant d'esquisser une légère grimace. En ce qui concerne les papiers, ta façon de procéder semble la meilleure. Les moldus vont pas aller côté sorcier pour voir si je suis recherché où quoique ce soit. Par contre... tu laisses entendre que c'est tendu... La situation est si dramatique ça, ici ? Pourtant... Tout semble calme au premier abord."

Il n'avait pas eu l'impression d'entrer dans un pays totalitaire lorsqu'il était arrivé. Certains signes ne trompaient pas évidemment. Les journaux pour commencer. Il avait vite remarqué qu'ils faisaient tous l'éloge du nouveau ministre. Tout semblait être fait pour que le peuple voit leur nouveau dirigeant comme le messie. Il n'y avait pas à dire. Ses chargés de communication faisaient un boulot. Il avait ensuite remarqué la Milice lorsqu'il était arrivé à Bristol. Les check-point également, il les avait vite repéré et il avait dû redoubler de prudence lorsqu'il se déplaçait dans la ville. Il était arrivé clandestinement sur un bateau et personne ne lui avait encore posé de questions mais cela viendrait peut-être un jour.

Instinctivement, il laissa son regard parcourir la jetée à la recherche d'une personne les épiant. Il frissonna légèrement avant de reporter son attention sur son ami. Il était sans doute plus prudent de parler de tout cela à l'abri de la moindre oreille indiscrète. Il passa donc une main assurée dans ses cheveux pour les recoiffer avant d'esquisser un sourire moqueur, histoire de détourner l'attention si jamais quelqu'un les écoutait et avait peut-être compris quelques mots de leur échange.

"Bon... je pense que t'as bien décuvé et que tu tiens debout maintenant. Il serait peut-être temps de penser à rentrer. Je commence à me les geler dehors."

Son sourire s'agrandit légèrement alors qu'il s'approchait d'Esteban pour lui attraper le bras et l'aider à se lever.


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Lorsque Nahuel lui assura qu’il allait venir à l’appartement, Esteban se sentit immédiatement mieux, il avait tellement l’impression d’être dans un rêve fou que dire au revoir à Nahuel lui aurait sembler être dire adieu à un fantôme, au moins, il était sûr qu’il serait là à son réveil… L’image fugace d’un Nahuel adolescent en pyjama de mauvaise humeur le matin lui traversa l’esprit, amenant un sourire nostalgique sur ses lèvres. Il savait qu’il avait pris la bonne décision en l’invitant plus ou moins à habiter chez lui.

« Pour être tout à fait sincère avec toi, je n’envisage pas de bouger d’Angleterre avant un moment. J’ai mis du temps à m’habituer à un nouveau pays et je commence tout juste à accepter ne plus être en Argentine mais en Angleterre alors déménager maintenant, tout reconstruire de nouveau… Ce serait trop dur… »

Tout reconstruire était un bien grand mot puisqu’en dix ans Esteban n’avait pas construit grand chose. Il n’avait pas de véritables amis sur l’île, juste des connaissances et maintenant des frères et sœurs d’armes, il espérait d’ailleurs devenir réellement ami avec certains d’entre eux bien qu’il répugnât à trop se rapprocher de personnes pouvant mourir du jour au lendemain. Sa première tentative s’était soldée par un échec cuisant, néanmoins, il ne regrettait pas d’avoir connu Klemens, réalisa-t-il. Certes, il souffrait nuit et jour actuellement mais les beaux moments qu’ils avaient vécu ensemble avaient été des bouffées d’air, de celles qu’il attendait depuis qu’il avait mis le pied à Londres. Et puis, il avait la conviction d’avoir aidé Klemens à sa sortie de Skye et d’avoir rendu sa fin de vie un peu plus heureuse. C’était ce qui lui permettait de tenir : ça et les souvenirs.

Il vivait grâce à ses souvenirs, les souvenirs de la pampa argentine, des après-midi passés à garder le bétail mais aussi les souvenirs plus récents dans la cave du Kraken. Evoquer les souvenirs de Buenos Aires avec Nahuel leurs redonnait vie et les enrichissaient de détails qu’il avait oublié ou n’avait pas connu à l’époque.

« Je veux pas te vexer Nahuelito mais tu n’as pas pu nous apporter d’informations décisives même si j’avoue que c’était toujours intéressant de savoir les potins du Ministère argentin ! On avait récolté quelques bons moyens de pression même si on n’a pas pu tous les utiliser… »

Lorsqu’il avait été défait le MLIA commençait à être réellement influent, peut-être même à être le réseau de résistance le plus actif et dangereux, c’était sans doute pour cela qu’il avait été la cible privilégié de la police militaire. Esteban était fortement frustré par les nombreuses actions qui étaient tombées à l’eau et les nombreuses informations qu’ils avaient péniblement récoltées, parfois au bout de plusieurs années d’efforts et qui étaient inutilisables.

L’heure n’était cependant plus aux souvenirs mais bien à la réalité qui induisait la protection de Nahuel. Pour cela, Esteban mettrait tout en œuvre, si Nahuel était arrivé quelques mois plus tôt, le plus âgé aurait eu plus de difficultés à l’aider mais maintenant qu’il faisait partie du Kraken, il avait tout un réseau lui permettant de régularisé la situation d’un clandestin, en apparence tout du moins… Esteban savait qu’au cas où la Milice fouillait un peu trop la couverture de Nahuel, comme la sienne, tomberaient. D’où son extrême prudence jusqu’à présent sur les missions.

« Crois-moi, ce n’est pas beau à voir… Tu viens seulement d’arriver à Bristol et ça se sent parce que si tu avais passé plus de temps ici, tu l’aurais vite compris. A ce propos, n’essaye pas de transplaner, tu te casserais les dents… La ville est sous blocus donc sort anti-transplanage, attribution de portoloins extrêmement contrôlée et check-point pour entrer et sortir de la ville… Si ça ce n’est pas une dictature, je ne m’y connais pas ! Et puis, pour parfaire le tout, on a une jolie milice qui se balade dans les rues et qui contrôle à tout va… Surtout si tu es un peu énervé, que tu traînes tard le soir ou que tu marches un peu trop vite dans l’ombre… Bref, des contrôles à la tête ! »

Esteban se demandait comment il avait fait jusqu’à présent pour ne pas éveiller les soupçons. Bien sûr, il avait été contrôlé quelques fois mais vu ses activités et ses horaires parfois tardifs, il s’était attendu à plus de contrôles. Etonnamment c’était peut-être son statut d’étranger qui jouait en sa faveur, on n’attendait pas d’un émigré qu’il risque sa vie dans une résistance balbutiante. Grossière erreur !

Bien sûr, Nahuel ne connaissait rien de son engagement dans le Kraken et il n’allait certainement pas lui en parler. D’une part parce que n’importe qui pouvait les écouter et puis surtout parce qu’il tenait à la vie, le serment inviolable qu’il avait énoncé l’empêcherait dans tous les cas de prononcer les mots fatidiques. Néanmoins, Nahuel le connaissait suffisamment bien pour qu’Esteban sache que d’ici à quelques jours, il aurait compris qu’Esteban s’était engagé dans la résistance bristolienne.

Les vieux réflexes avaient la vie dure et c’est avec un sourire rassuré qu’Esteban entendit Nahuel changer de conversation. L’un comme l’autre avaient bien plus d’entrainement à la clandestinité que la plupart des membres de la résistance, leur vigilance constante pouvait en faire rire certains, se moquant de leur paranoïa mais tous les deux savaient l’importance de toujours surveiller leurs paroles, c’était ce qui séparait un résistant en vie d’un résistant mort.

Esteban sourit tout en se mettant sur ses pieds, en effet le monde tournait beaucoup moins. Il fit un signe à Nahuel pour qu’il le suive.

« On est parti alors ! Est-ce qu’il faut qu’on passe à ton hôtel pour récupérer quelques affaires ou ça peut attendre demain ? Si tu veux, je pourrai te passer le nécessaire pour dormir. »

Esteban ne voulait pas que Nahuel se sente contraint mais s’il avait été tout à fait franc, il n’aurait même pas proposé de passer à l’hôtel. La fatigue lui était tombée dessus alors qu’ils étaient assis à parler et il n’avait plus qu’une envie, celle de retrouver le confort de son appartement et de son lit. Il y pensait alors qu’ils marchaient côte à côte dans les rues sombres de Bristol.



Si tu me cherches...
... tu me trouves.
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Un soupir fataliste lui échappa lorsque Esteban confirma ses craintes. Il comprenait que son ami ne veuille pas se déraciner à nouveau. Il avait sans doute dû mettre beaucoup de temps à s'habituer à son nouveau foyer, se faire des amis et trouver un travail. Il ne voulait pas l'obliger à quitter tout ça. Mais d'un autre côté, il n'avait pas lui, forcément la volonté de s'encroûter en Angleterre. Il n'était donc pas particulièrement satisfait de son sort même s'il comprenait. Peut-être qu'il réussirait lui aussi à se refaire une vie ici. Il serait toujours Argentin dans son cœur et dans son âme. Mais peut-être finirait-il par apprécier au moins un peu son nouveau pays.

Un sourire finit par se dessiner sur ses lèvres avant de s'élargir d'amusement. Bien sûr qu'il n'avait jamais pesé bien lourd à l'époque avec ses informations. Il n'y avait que de menus ragots. Du genre à mettre à mal un mariage ou deux mais rien de réellement compromettant pour le régime. Une fois, il avait quand même réussi à donner le lieu de rendez-vous et la date d'une réunion importante. Un ministre qui avait trop bu et qui n'avait pas su tenir sa langue alors qu'il discutait avec un autre ministre. Mais ce genre d'information était rare. Souvent, ils restaient quand même sur leur garde. Et puis, c'était toujours drôle de réutiliser certains potins contre eux. Il hocha doucement la tête en souriant suite aux révélations d'Esteban.

"J'ai conscience que mes infos ne pesaient pas bien lourd. Mais tu sais à l'époque... J'avais l'impression de servir à quelque chose. Je me suis rendu compte par la suite que c'était bien plus complexe que ça..."

Son regard se perdit dans la mer alors qu'il replongeait dans ses souvenirs. En reprenant le MLIA, il s'était vite aperçu que ce qu'il faisait autrefois n'aurait jamais pu réellement faire pencher la balance. Il avait dû tout apprendre sur le tas et sans l'aide de Pedro, il n'aurait sans doute pas été efficace aussi rapidement qu'ils l'avaient été. Ils avaient frappé plus fort et de façon bien trop aléatoire pour qu'on les repère comme le nouveau MLIA. Mais ils avaient fini par se faire connaître et ils avaient à nouveau fait trembler le gouvernement. Ils changeaient de lieu de réunion régulièrement pour éviter toute trahison. Le lieu étant donné de façon cryptée seulement quelques jours avant. La mort de Miguel avait été une leçon. Douloureuse mais une leçon quand même. Il ne ferait pas l'erreur une seconde fois.

Il fut tiré de ses pensées funèbres par la voix de son ami qui lui expliquait la situation anglaise et surtout celle de Bristol. Il fronça légèrement les sourcils en secouant la tête. Comment le peuple anglais pouvait laisser faire sans réagir ? Il ne comprenait pas vraiment. Surtout la façon dont Esteban décrivait tout ça. Il aurait été anglais, il aurait pris les armes depuis longtemps. Comme il l'avait fait en Argentine... Cependant, il n'était pas anglais et pas prêt à reprendre les armes pour défendre une cause qui ne le concernait pas directement. Il avait suffisamment donné comme ça.

"Je vois..."

Il tourna la tête à droite et gauche pour essayer de déterminer si quelqu'un les écoutait. La rue semblait déserte mais mieux valait se montrer prudent. Il prit donc un ton moqueur et commença à charrier son ami pour le forcer à rentrer. Ce dernier dut comprendre son manège puisqu'il se leva prestement et lui demanda s'ils devaient passer à son hôtel avant de rentrer. Il fixa un instant son ami et avisant sa mine fatigué secoua la tête avec un léger sourire.

"Non, j'y passerais demain. Si t'as deux trois bricoles à prêter pour cette nuit, ça devrait le faire. Rentrons ! Je vois bien que tu manques de t'écrouler à chaque instant."

Son sourire se mit mutin alors qu'ils se mettaient en route à travers les rues désertes de Bristol. Il continua même sur le ton de la moquerie, quitte à enfoncer le clou.

"T'arrives à marcher droit, c'est bon ? Parce que je peux te porter sinon... La vieillesse, c'est pas beau à voir."

Ah, ce que ça lui avait manqué de pouvoir se moquer d'Esteban. Il savait qu'il restait encore beaucoup de choses dont ils n'avaient pas parlé mais ils avaient tout le temps qu'ils voulaient pour ça. D'abord, il leur fallait une bonne nuit de sommeil pour se remettre des émotions de la soirée. Nahuel était heureux comme jamais depuis longtemps. La sensation d'avoir retrouvé une part de lui-même et un morceau de son frère. Il avait retrouvé sa famille et c'était tout ce qui comptait pour le moment.


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Esteban fit un doux sourire à Nahuel alors qu’il affirmait avoir pris conscience du peu d’influence qu’il avait eu lorsqu’il tentait de grappiller des informations pour le MLIA. Il l’avait provoqué mais l’entendre le dire lui donna envie de rassurer le jeune homme.

« Tu n’étais pas si inutile, Nahuelito, certaines de tes info nous ont bien aidé ! Et puis, que ferait-on sans les petits informateurs : rien du tout ! »

Il lui donna un coup de poing joueur dans l’épaule avant que la conversation ne reparte. Son esprit se faisait lourd mais il était bien, là, face à la mer avec à ses côtés son passé et peut-être présent. Lorsqu’ils décidèrent de rentrer à l’appartement d’Esteban, c’est avec soulagement que le plus âgé entendit Nahuel lui affirmer qu’ils pouvaient rentrer directement.

« M’écrouler ? Peut-être pas quand même mais j’avoue que je préfère ne pas faire de détour pour rentrer chez moi. »

Côte à côte, les deux amis remontèrent en direction de la fontaine où Esteban observa avec un pincement au cœur un couple s’embrasser. Il était tard et avoir remuer autant de souvenirs avait mis ses émotions à rude épreuve. Occupé à regarder autour de lui, il ne faisait pas vraiment attention à la direction que prenaient ses pas ce qui lui attira une moquerie de la part de Nahuel.

« Me porter ? T’en n’es même pas capable, niño ! Et puis je suis un homme dans la force de l’âge en très bonne condition physique. »

La réplique était sortie sans qu’il ne le contrôle, un vieil automatisme, lorsque Nahuel darda sur lui un regard sceptique, il se détourna semblant tout à coup passionné par la façade de l’académie Lycaon. Il n’était clairement pas en bonnes conditions actuellement. Qu’importe, il était trop tard et ils étaient trop épuisés pour aborder le sujet aussi firent-ils comme si de rien n’étaient.

Ils passèrent le pont silencieusement, des miliciens passant en sens inverse. Esteban sentit son sang bouillonné dès qu’il les vit mais il était pieds et poings liés, il ne pouvait rien faire en plein milieu de Bristol et encore moins avec Nahuel à ses côtés. Non pas qu’il doutait que son ami l’aide dans un duel mais le plus jeune ne connaissait pas son aversion envers ces individus et il n’avait de toute façon pas de baguette. Et puis, inconsciemment, il ne voulait pas que son jeune ami ait à rejoindre de nouveau la clandestinité alors qu’il semblait ravi d’avoir retrouver un peu de stabilité.

Les immeubles autour d’eux se faisaient de moins en moins accueillants, les rues étaient sombres et malfamées. Adieux les beaux quartiers.

« Je suis désolé, je n’habite pas dans un immeuble de haut standing mais je suppose que ce sera toujours mieux que l’hôtel ou la cavale. »

Esteban aurait bien fait une blague sur le sujet mais il n’en avait simplement plus la force. Il désigna son immeuble d’un signe de tête et grimpa les marches avec Nahuel sur ses pas. Il déverrouilla la porte et sentit son cœur se serrer lorsqu’il fit entrer Nahuel chez lui, la symbolique était trop lourde.

« Bienvenue chez moi, hermanito. »

L’appartement n’était pas de première jeunesse et les meubles qui le meublaient encore moins mais ce qui choquait le plus était l’odeur de renfermé et de moisi qui y flottait. Esteban n’avait ni fait le ménage ni aéré depuis le décès de Klemens, des piles de vêtements sales étaient étalés sur toutes les surfaces de l’appartement, des cartons de nourriture à emporter se mélangeait aux papiers administratifs. L’endroit faisait peur à voir et reflétait clairement l’état physique et mental d’Esteban. D’un geste un peu fébrile, Esteban déplaça du canapé ce qui y trainait.

« Ne fait pas attention au désordre, je rangerai demain. La salle de bain est par là, ça ne te dérange pas si je te laisse mon canapé ? »

Il peina à trouver un tee-shirt propre pour Nahuel mais finit par lui tendre un habit à l’effigie d’un groupe de rock argentin, il ne le portait pas souvent car trop chargé en souvenirs mais c’était le bon moment de le ressortir. Nahuel s’en saisit avec un sourire avant de se rendre dans la salle de bain. Esteban quant à lui retira d’un geste maladroit sa chemise froissée et son jean qui rejoignirent la pile informe sur le sol et se laissa tomber sur son lit. Il enfouit sa tête dans l’oreiller tentant de calmer ses émotions.

Sans bruit, Nahuel rejoignit le salon et se glissa sous les couvertures qu’Esteban avait déposées sur le canapé. Jamais personne n’avait dormi dans cet appartement à part Esteban, il avait peu d’amis et aucun en lequel il ait suffisamment confiance pour l’inviter à dormir. Klemens quant à lui ne pouvait quitter ses caves.

Allongé dans le noir, épuisé mais le sommeil le fuyant toujours autant, Esteban écoutait la respiration régulière de son frère de cœur, le visage enfoui dans un vieux tee-shirt dont l’odeur du propriétaire n’était plus vraiment perceptible.
Fin du RP



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El dulce de Leche [Esteban & Nahuel]

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