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 Rentrée Littéraire [Mildy & Jonah]

Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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15 Octobre 2009

Un verre à la main, Jonah observait la vue offerte depuis le 150ème étage de l'immense tour de verre mouvante de Leopoldgrad. Située dans le quartier des affaires de la nouvelle cité, le Mouv' Building avait la particularité de pouvoir bouger sur lui même afin de modifier l'orientation -et donc la vue - des différents bureaux et salons de réception qui le composaient. Jonah était justement dans le Salon des Glaces, un grand plateau panoramique ouvrant  à 360° sur la ville et qui se déplaçait lentement sur lui-même.

C'était dans ce cadre insolite que se tenait la traditionnelle rentrée littéraire sorcière. Editeurs et écrivains s'étaient donnés rendez-vous ici même pour accueillir les nouveautés de chaque maisons d'édition. Ils étaient tous là, toute l'Intelligentsia sorcière: Les éditeurs et journalistes du Gringotts Times, dans leurs costumes sombres, étaient massés sur le stand des parutions économiques où les politiques et les essayistes étaient installés. Les chroniqueurs de Sorcière-Hebdo, venus en masse pour soutenir leur éditorialiste présentant son nouveau guide des sortilèges de beauté étaient facilement repérables à leur style savamment étudié. Il en était de même pour les hipsters de "Rock'n Sorc" et de "Sexy Witch" qui partageaient la même maison d'Edition: "Anthologie du Rock sorcier", "Calendrier Sexywitchy" ou encore "THE CLASH: Bizarr Sisters versus Wands 'n Roses" figuraient sur la table de leurs nouvelles parutions. Les Nerds du Chicanneur, quant à eux, présentaient cette année un magnifique ouvrage photographique répertoriant les créatures invisibles...

Mais comme chaque année, le Salon donnait la part belle aux auteurs de roman: Fantasy, policiers, biographiques ou encore sentimentaux,... tous les styles étaient représentés et chacun pouvait y trouver son compte. Les chroniqueurs et critiques littéraires de la RITM et d'autres médias influents passaient de stands en stands pour discuter avec les auteurs et découvrir les nouveautés. Parmi la foule, les membres de l'Académie de la Plume d'Or étaient reconnaissables à la petite plume agrafée sur leur robes de sorciers. Ils avaient la lourde tache de sélectionner le meilleur ouvrage de la rentrée, et de lui remettre le premier prix du concours.

Pour cette édition 2009, Jonah n'avait pas de livre à présenter. Il avait toutefois été invité par sa maison d'édition, spécialisée dans la culture moldue, et il avait vu là l'occasion de découvrir les ouvrages de ses confrères. A vrai dire, il n'était pas déçu du voyage et il avait déjà acheté plusieurs recueils pour lui et ses proches: "La biographie de Stradi Sirius, un célèbre luthier italien" pour Dean, "La face cachée du Quidditch" pour Virgil, "Nos sortilèges contraires" pour Casey  et le premier tome de "Henry Porteau à l'école moldue", l'histoire savoureuse d'un petit sorcier sang-pur parachuté chez les moldus, pour Gabriel.

" C'est une manière ludique pour faire découvrir le monde non-magique aux jeunes sorciers" lui avait affirmé l'auteur au moment de l'achat. Si cela s'avérait vrai, Jonah demanderait peut-être à Abigail O'Brien de le commander pour la bibliothèque de l'école. En tout cas, il avait déjà acheté plusieurs livres en double exemplaires dans cette optique et notamment une superbe "Encyclopédie du monde moldu" en plusieurs tomes. Un ouvrage clair et complet, parfait pour les sixièmes et septièmes années ...

"Alors Jonah ... Tu m'as l'air bien pensif ?" lâcha alors une voix dans son dos.
L'enseignant se retourna et découvrit Emmet Strong, son éditeur, qui le scrutait d'un regard brillant.
"J'admire la vue, dit-il en faisant de nouveau face  à la Marche Bank voisine et au Penthouse building qui venaient d'entrer dans son champs de vision grâce à la rotation du bâtiment, C'est vraiment magnifique, ajouta -t-il invitant par la même occasion son interlocuteur à se rapprocher de la vitre.
- Oui, une ville mouvante,... On peut reprocher beaucoup de choses à notre Ministre mais certainement pas son sens du spectacle et du clinquant !
-Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi... souffla Jonah en jetant un regard entendu à Emmett qui se contenta d'hausser les épaules.

En effet, cette année le Salon bruissait de quelques bruits de couloirs. On racontait que certains auteurs n'avaient pas été invités du fait de leur préférence politique et que d'autres étaient portés aux nues justement grâce à leur proximité avec Marchebank. Et c'était sans parler de la disparition mystérieuse de l'essayiste ultra-conservateur, Emrich Seymour...

Bien sûr, il y avait toujours eu des bruits de couloirs lors de ces rassemblements affirmant que les politiques tentaient d'étouffer telle ou telle publications mais le contexte tendu du moment exacerbait ces débats ...et ce n'était certainement pas la présence de la Milice et de la Police Magique en guise de service d'ordre ce soir qui allait apaiser les esprits.

- J'ai entendu dire que le projet architectural s'inspire très largement de l'architecture moldue, reprit Emmett en bifurquant sur un sujet plus neutre.
- Oui, ça me fait penser à la City, ou aux projets architecturaux de  Dubaï...
-Il y a peut-être matière à faire un livre sur la relation entre les deux, souffla Emmett.

Son éditeur ne perdait  jamais le Nord. Il savait très bien que Jonah était en contrat d'exclusivité avec sa Maison d'Edition  pour trois livres. Les deux premiers avaient trouvés leur public et il espérait bien que son poulain - en dépit de ses nouvelles fonctions d'enseignant- trouve le temps de se remettre à l'écriture.

- "Leopoldgrad et ses inspirations moldues", dit Emmett en cherchant un titre accrocheur, "Quand le modernisme moldu inspire Leopoldgrad", ou alors " Leopoldgrad la Grande: Entre Technologie & Magie".

Emmett avait beau critiquer la grandiloquence de Marchebank, il se livrait au même vice quand il s'agissait de nommer les futurs livres de ses auteurs !

"C'est vrai qu'il y a quelque chose à faire, admit Jonah en se tournant légèrement vers son éditeur, mais je planche sur un autre sujet pour mon prochain livre."

A vrai dire pour le moment, Jonah n'avait que quelques notes en vrac mais il avait déjà réfléchi à la question.  Et, il y avait surtout eu une rencontre, une semaine plus tôt, qui l'avait poussé dans cette direction.

"Est-ce que tu as entendu parler de Pear 1, c'est un objet magique inspiré des smartphones moldus. Le concepteur est un américain, Logan Vargas. Son produit n'est pas encore parfait et il peut encore l'améliorer sur plusieurs points mais il tient quelque chose. Vraiment. C'est un concept novateur pour les sorciers qui a déjà fait ses preuves chez les moldus. Ça va marcher, c'est indéniable,  et je voudrais être le premier à écrire sur ce domaine: la Technomagie.

Mot valise faisant référence à la fois à la Technologie moldue et à la magie sorcière
.
-Comme l'architecture de Leopoldgrad ! s'exclama Emmett toujours buté sur son idée, je suis sûr que le terme peut aussi bien s'appliquer à l'architecture, à l'objet qu' aux moyens de communication... Ne te cantonne pas à ta zone de confort Jonah, je sais que tu es calé sur l'électricité, le numérique  et internet mais tu peux explorer de nouveau champs...

Pour le coup, Emmett n'avait pas complètement tord... Il faudrait qu'il se renseigne un peu plus sur l'architecture de Leopoldgrad pour savoir si le cabinet s'était uniquement inspiré de l'esthétique moldue ou si la technologie non-magique était entrée en compte dans le processus de conception et de réalisation.

Il s'apprêtait à rebondir sur les propos d'Emmett lorsque d'autres auteurs les rejoignirent devant la fenêtre:  Ilda Gunarsson, une jeune écrivaine prometteuse qui était passée à deux doigts de l'obtention du Prix de la Plume d'Or l'année précédente. Elle avait écrit un roman bouleversant ayant pour toile de fond la deuxième guerre sorcière. Elle était accompagnée parCameron Lorenzo, chroniqueur sur la RITM et par le controversé Julian Brody, critique littéraire, qu'on ne présentait plus,  connu pour ses papiers mordants au ton particulièrement cynique. Il avait roulé sa bosse dans différents journaux sorciers, dézinguant les auteurs à tout va. Adulé par certains, détesté par d'autres, il ne laissait personne indifférent, un peu comme la romancière qui venait de faire son entrée à l'autre bout de la pièce: Mildred Magpie.

Un murmure -presque imperceptible- passa dans le Salon et il n'était pas nécessaire d'avoir une paire d'oreilles à rallonge pour savoir ce que les convives commentaient: L'Ordre de Merlin obtenu quelques mois plus tôt par la romancière était sur toutes les lèvres. Mildred Magpie, élevée au même rang que les plus illustres écrivains sorciers, il était clair que la pilule avait du mal à passer pour certains ! A commencer par Ilda:

"Oh non. Ne me dites pas qu'elle vient vers nous."
"Si. je viens de lui faire signe, répondit Jonah sereinement, nous sommes collègues à Poudlard. Elle intervient dans l'Atelier Théâtre. J'aimerai la saluer."
" Quelle horreur ! Elle écrit de la soupe insipide ! A dix ans je faisais mieux qu'elle. Je n'en reviens pas que le Ministre l'ait anoblie !"
"Chevalier de l'Ordre de Merlin ..." souffla  Cameron comme s'il n'arrivait pas à s'en remettre.

Jonah estimait lui aussi que Leopold Marchebank avait un peu craqué en lui remettant cette distinction mais il n'était pas aussi critique que ses confrères  à l'encontre de Mildred. Elle avait su trouver son public et n'était-ce pas cela le plus important ? Ils étaient nombreux dans ces cercles élitistes à snober la littérature sentimentale, instaurant une hiérarchie entre les différents genres, chose qu'exécrait Jonah. Il ne connaissait pas vraiment Mildred mais il appréciait son esprit d'entreprise, sa volonté certaine qui lui permettait d'accomplir ses rêves. En ça, il estimait qu'elle méritait son respect.

" Allons-nous-en avant qu'elle arrive",
chuchota Ilda.
"Non attend, répondit Julian en posant sa longue main sur l'avant bras de la jeune femme pour la retenir, cette entrevue peut s'avérer...divertissante." souffla-t-il avec un sourire qui ne laissait rien présager de bon.

Jonah et Emmett échangèrent un regard. Ils n'étaient pas sûr d'avoir la même définition du mot divertissant que Julian Brody !

" Mildred Magpie ! s'exclama ce dernier pour accueillir celle qu'il avait surnommé "Bécassine" dans un papier, Votre présence illumine cette soirée..." ajouta-t-il d'un ton doucereux teinté incontestablement d'ironie, que ferions-nous sans vous..."


Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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"Angelo, stop! Mais quel bourricot celui-là! Tu ne vois pas que nous sommes arrivés à destination! Enfin! Au prix où je te paie, tu pourrai te servir de ta cervelle, tête de mule! "

Lorsqu'il s'agissait de faire une entrée en fanfare, Mildred Magpie ne ménageait jamais sa monture. Angelo Dipamonti n'était rien d'autre que l'un de ses pigistes multifonction de Multiplettes qui subissait de plein fouet les ordres tyranniques de sa supérieure. Harcèlement ou non, la despotique rédactrice en chef exigeait de ses salariés qu'ils fassent preuve de polyvalence. Si le bel Angelo voulait conserver sa rubrique culinaire qui lui tenait tant à cœur, il ne devait point ménager ses efforts et offrir certains services sur son temps libre à sa très gracieuse majesté. Voilà pourquoi le bel apollon se retrouvait à tirer ainsi un pousse-pousse, sur lequel les fesses de diva de Mildred Magpie venaient tranquillement se reposer. Bien que immensément riche, cette dernière se révélait particulièrement pingre quand il s'agissait de payer ses frais de confort annexes; En effet, le simple fait de lâcher deux ou trois noises la faisait grimacer de de douleur. Mais alors que Angelo réclamait son dû, un sourire mielleux et dégoulinant d'hypocrisie naquit tout de même sur le visage pâle de la romancière. En effet, une immense foule était réunie au pied du Mouv'Building et la populaire quadragénaire ne voulait pas faire mauvaise impression sur son public. Elle glissa un Galion dans la paume tendue d'Angelo.

"Voilà de quoi te faire plaisir, mon brave homme! "  

En ce jour tant attendu de la grande rentrée littéraire, Mildred Magpie se plaisait à l'idée d'obtenir enfin la reconnaissance artistique qui lui faisait tant défaut depuis le début de sa carrière. En tant qu'écrivaine, elle avait longtemps été la cible de nombreuses critiques, et elle espérait ardemment que cette journée la réhabiliterai à la place qui était la sienne : C'est à dire, au panthéon des plus fines plumes du Monde Magique! Après tout, n'avait-elle pas été décoré de la prestigieuse médaille de l'ordre de Merlin? Et ce, des mains même du grand Ministre Marchebank! De quoi faire taire bon nombre de jaloux et lui procurer enfin l'extase d'être reconnue comme la meilleure dans son activité artistique. Elle imaginait déjà le visage déconfit de cet odieux Julian Brody qui l'avait si longtemps massacré dans ses chroniques littéraires. Ne l'avait-il pas traiter de "bécassine" lors de la sortie des Hauts de Hurlelune? La romancière savourait d'ores et déjà sa revanche, tandis qu'elle se dirigeait en direction des portes de l'ascenseur qui grimpait en direction de l'immense plateau panoramique où se tenait la prestigieuse réunion.

Cette rentrée littéraire avait beau brasser toute l'intelligentsia artistique du Monde Magique, elle n'allait tout de même pas faire la queue comme un vulgaire manant! Soulevant le rebord de sa robe en soie violette, la détentrice de l'ordre de Merlin enjamba le cordon rouge de sécurité qui délimitait les limites de la file d'attente. Bien que n'ayant point reçu d'accréditation pour cette journée de rentrée littéraire, Mildred n'imaginait pas le monde de la littérature se priver de sa glorieuse présence. C'est pourquoi, elle écarta une obscure personne qui la devançait afin de se présenter au portier. Bien que ce dernier la reconnut immédiatement, il ne tarda pas à lui prodiguer une leçon de politesse.

"Miss Magpie, je suis au regret de vous dire qu'il est impératif de suivre le cheminement de la file d'attente qui se trouve derrière vous. De plus, je crains que votre nom ne soit pas inscrit sur la liste des invités. Vous m'en voyez mortifié... "

Avec un dédain infini, la romancière dévisagea le petit homme à fine moustache avant de riposter d'une manière grossière qui ne respectait en rien les convenances d'usage dans ce genre de regroupement élitiste.

"Petit homme mesquin, tu oses me demander mon billet d'entrée? Ne reconnais-tu pas la plus fine plume du Monde Magique!? Laisse-moi te montrer quelque chose qui illuminera ta vie insignifiante et qui me donne tous les droits! Profites-en bien, car tu n'en verra certainement jamais d’autre de semblable! "

Avec la vulgarité et la démesure la caractérisant, Mildred Magpie loucha alors avec insistance en direction de son décolleté. Une façon bien peu orthodoxe de présenter la légendaire médaille de l'ordre de Merlin qui scintillait entre ses seins rebondis.

"Le Ministre Leopold Marchebank me l'a remise en main propre! Le ruban blanc est la plus haute distinction qui soit en terme de reconnaissance culturelle! Cela te suffit comme laisser-passer? Alors écartes-toi de mon chemin, si tu ne veux que je te fasse mauvaise presse auprès du Ministre en personne! "

Soupirant une dernière fois, Mildred Magpie pénétra dans l'ascenseur qui allait enfin la conduire dans les hautes sphères artistiques de la littérature. Une injustice de levée pour cette romancière qui n'était partie de rien, pour se créer un empire gigantesque à elle toute seule. Indépendante jusqu'aux bouts des ongles, elle n'appartenait à aucunes maisons d'édition; Seuls son talent incroyable et l'amour fervent de ses lecteurs avaient boosté ses ventes. Elle méprisait sans demi-mesure ces pseudo intellectuels qui jugeaient ses écrits de trop vulgaires, de trop puérils ou encore d'infantilisant. Contrairement à eux, le nom de Mildred Magpie resterait à jamais graver dans le marbre! La sorcière rousse était persuadée d'avoir d’ores et déjà sa place au sein du panthéon des plus grandes célébrités du Monde Magique. Comment pouvait-il en être autrement? Elle serra une dernière fois sa médaille de l'ordre de Merlin dans sa main moite d'émotion, avant de se lancer dans la fosse aux lions. La porte de l'ascenseur finit par s'ouvrir sur le salon des Glaces où toute l'intelligentsia littéraire réunie la dévisagea sans l'ombre d'un murmure de bienvenue.

Aux vues des expressions et des regards perplexes, nul doute que la romancière à l'eau de rose n'était ni attendue, ni désirée. Mais plutôt que de se retirer lâchement de cette horde de requins, Mildred Magpie choisit de forcer le destin. De gré ou de force, elle allait obtenir sa place dans ce cercle élitiste! Ses détracteurs, aussi nombreux soient-ils, lâcheraient bien vite prise face à son obstination. La sorcière s'arma de son plus beau sourire, tira ses épaules en arrière afin de dévoiler sa prestigieuse médaille aux yeux de tous, et chercha un groupe avec qui entamer le dialogue. Tandis qu'elle commençait à perdre espoir, elle remarqua alors son confrère de Poudlard qui d'un geste aimable de la main, l'invitait à rejoindre son cercle de discussion. Mildred ne bouda pas son plaisir à l'idée de rejoindre Jonah Forbes. Elle appréciait particulièrement ce féru des moldus, et lui reconnaissait un certain talent dans l'art de transmettre et communiquer sa passion. Mais alors qu'elle s'avançait dans sa direction, Mildred Magpie tiqua sérieusement quand elle reconnut les visages qui entouraient son collègue de Poudlard.

Par un étrange concours de circonstance, il y avait là l'intégralité de ses pires détracteurs. Un concentré de rancœur et de jalousie réunie autour du brillant professeur. Face à cette meute de loups assoiffés de sang qui n'attendait que de planter leurs crocs acérés dans le corps frêle de la pauvre pie égarée, Mildred Magpie devait rapidement envisager un plan protecteur. Il y avait là, Ilda Gunarsson, celle que l'on surnommait communément dans le milieu la "George Sand du Monde Magique"; Une espèce de petite pétasse prétentieuse qui ne faisait qu'étaler sa culture et sa passion pour le "Feng Shui". Ne cachant point son inimitié avec Mildred Magpie, elle n'acceptait pas l'idée que son roman Kafkaïen, "La Dystopie des Ombres", puisse se faire supplanter par les écrits infantilisant de la sorcière de Bristol. A ses cotés se trouvait Cameron Lorenzo, le chroniqueur tendance de la RITM, l'homme qui faisait la pluie et le beau temps dans le monde impitoyable de la musique. Grand défenseur du Véganisme, il cachait ses vices derrière le masque d'un homme faussement tolérant. Quand à Julian Brody, le grand critique littéraire, il ne l'avait jamais épargné dans ses papiers. Rien que pour la sortie des 50 Nuances de Green, il avait osé déclarer : "La meilleure chose qui puisse sauver la culture de ce pays est que Mildred Magpie reste menottée et bâillonnée à jamais au fond de cette cave". Une punch-line que la romancière de Bristol n'avait toujours pas digéré...

Le cynisme grandiloquent de cet odieux individu n'avait point de limite quand il accueillit Mildred Magpie de manière anormalement enjouée. Alors qu'elle avait la fâcheuse impression d'être l'invitée "d'un diner de conne", Mildred masqua son courroux derrière un petit sourire énigmatique. Elle comptait bien retourner la situation à son avantage, tandis que des dossiers brulants et des ragots infâmes défilaient dans sa tête de reine du scandale.

"Vous êtes bien aimable, Monsieur Brody. Il est clair que sans moi, vous ne feriez rien de votre vie. La critique est tellement plus facile lorsque l'on est dépourvu du moindre talent artistique. D'ailleurs je tenais à vous féliciter pour votre première tentative d'écriture, même si celle-ci s'est révélée aussi décevante qu'infructueuse... "

Comme bon nombre de critique, Julian Brody n'était rien d'autre qu'un écrivain raté qui n'avait jamais réussi à sortir le moindre livre. Mais dernièrement, il avait tenté de sortir une nouvelle sous le nom d'emprunt de John Karl Rowling. Préférant se préserver des critiques, au cas où celle-ci serait mauvaise, il avait lâchement et anonymement accomplit son rêve d'écriture. Mais son livre "Dumb and Dumbledore" s'était révélé un échec cuisant en termes de vente, et celui-ci aurait sombré dans l'oubli sans l'intervention de la fouine Mildred Magpie. Le visage de Julian Brody se liquéfia tandis qu'il mimait l'incompréhension.

"Franchement, je ne vois pas où vous voulez en venir... "

"Mais si monsieur Brody, ou devrai-je dire monsieur John Karl Rowling, du nom que vous avez emprunté pour écrire cette infâme bouse de "Dumb and Dumbledore". Et oui, je suis très bien renseignée. C'est dingue, comme vous n'assumez même pas votre propre médiocrité! Mais je vous rassure Multiplettes se chargera très prochainement de vous la rappeler. Que vous arrive-t-il? Vous semblez bien pâlot tout à coup? Est-ce les toasts aux rillettes de strangulots qui vous chatouille l'estomac, ou le fait de n'être qu'un écrivain raté? "  

Fauché en plein vol, Julian Brody demeura sans voix, incapable de trouver une réplique piquante du genre de celles qui lui venait d'ordinaire si aisément. Le groupe échangea quelques regards interloqués par cette surprenante révélation, avant que le très branché Cameron Lorenzo ne vienne voler au secours de son ami du soir, faisant grimper la tension encore d'un échelon.

"C'est vrai qu'en terme de littérature, vous avez tellement de conseil à nous donner. Les princesses qui se transforment en licorne rose, les baisers langoureux dans les clairières enchantés, les nuages de papillons multicolores. Franchement, même à ma fille de cinq ans, je ne lui ferai pas lire ce genre de connerie... "

Sans se départir de son léger sourire, Mildred darda alors un regard menaçant sur le jeune chroniqueur de la RITM.

"Oui, il est préférable de raconter une toute autre histoire à votre douce et innocente enfant. Par exemple, celle d'un père qui derrière une multitude de faux-semblants dissimule toute l'étendue de sa perversion. Un homme qui milite pour la protection des animaux, ne jurant que par la farine de soja et les cœurs de laitues, et qui pourtant se retrouve un beau soir dans la chambre froide d'une boucherie de Bristol, en train de se balancer sur une carcasse froide de licheur. Vous connaissez cette histoire? "

Cameron Lorenzo leva la main comme pour mieux retenir le flot de parole venimeuse de la journaliste à scandale, mais c'était déjà trop tard.

"Cette nuit-là, je sais que vous avez monnayer le silence du brigadier de la Police Magique, mais il se trouve que ce brave homme est venu me voir et que je lui ai donné le double de votre somme pour jouir de cette croustillante information. Je sais toute l'histoire, monsieur Lorenzo. Au départ, vous ne vouliez que passer une bonne soirée entre copains, loin de la routine familiale. Puis vous avez consommer quelques grammes de Volubilis dans un bar obscur de Bristol, en compagnie d'une fille aux mœurs plus que douteuses. Combinaison fatale! Sans comprendre pourquoi, vous vous êtes réveillé nu comme un ver dans cette boucherie, à croquer à pleine dents dans une carcasse de viande. Vous le Végan si fier de l'être, en train de découvrir les plaisirs de la chair! Voila une belle histoire que vous pourriez raconter à votre fille, ou même à votre épouse, pourquoi pas? "

Le sang monta au visage du jeune chroniqueur qui braqua sur elle un index menaçant.

"Je vais t'arracher la langue, vieille pie maléfique!!! "

Des murmures commencèrent à envahir la salle, tandis que Mildred Magpie soulevait le vent de l'indignation parmi les membres du petit groupe. La situation était en train de totalement déraper, la romancière ne cherchant désormais qu'à détruire la réputation de toute les personnes qui oseraient entraver sa popularité naissante. Et malheureusement, c'était au tour d'Ilda Gunarsson d'essuyer la vendetta de la reine du scandale. Jusqu'alors muette, Ilda se permit une intrusion verbale des plus dangereuses.

"Vous pouvez toujours lui jeter la pierre. Comme si la Volubilis ne circulait pas en toute impunité dans votre cabaret. C'est tout bonnement incroyable! Si les vrais journalistes d'investigation s'en donnaient la peine je suis certaine qu'ils trouveraient mille et une choses à raconter à votre sujet! "  

Mildred s'avança directement sur sa principale concurrente dans la catégorie du meilleur roman magique de l'année. Plus grande par la taille, elle la toisa avec un dédain encore inégalé.

"Ne me dite pas que vous n'aimez pas mon établissement, car je vous traiterai alors immédiatement de menteuse. La semaine dernière encore vous cherchiez de manière pathétique l'inspiration dans le fond des bouteilles d'absinthe de mon bar. Mais malheureusement n'est pas Baudelaire qui veut, page blanche rimant avec nuit blanche en ce qui vous concerne. Je crois même que c'est un membre de mon gracieux personnel qui vous a reconduit chez vous, après que nous ayez gratifié de vos talents de danseuse en état d'ébriété.

Mildred de mit à glousser comme une poule, avant de poursuivre dans la surenchère.

Franchement, entre nous, depuis combien de temps n'avez-vous point écrit ne serait-ce qu'un chapitre de potable? Vous voulez que je vous dise, vous êtes seulement dépitée qu'une femme issue de la rue puisse s'avérer bien meilleure romancière que vous. Vous, la jeune fille à papa, qui n'a jamais manqué de rien! Votre père René Gunarsson était toujours là pour répondre au moindre de vos caprices de petite gosse riche. Je me trompe? Mais de la facilité nait l'ennui, et un manque de sincérité évident dans vos écrits. Là-dessus, les lecteurs ne se trompent jamais. Vous pouvez vous noyer dans l'alcool, le constat sera toujours le même : Celui que contrairement à vous, je me suis créée toute seule. Et en cela, je suis bien meilleure que vous, d'où votre profonde aigreur envers ma si noble personne. Je dois avouer que j'éprouve une certaine pitié à votre égard... "

Gonflant sa poitrine sur laquelle trônait sa médaille de l'Ordre de Merlin, Mildred Magpie arqua un sourcil provocateur à l'intention de la jeune intellectuelle. Une goutte d'eau qui fit définitivement déborder le vase de la modération. Hors d'elle, l'écrivaine s'agrippa brusquement au ruban blanc de la prestigieuse décoration qui encerclait la gorge de la rédactrice en chef de Multiplettes. Ne cherchant rien d'autre qu'à l'étrangler, Ilda Gunarsson n'était plus que l'ombre d'elle-même. Son visage d'ordinaire si doux était dévasté par un torrent de haine à l'encontre de l'odieuse Mildred Magpie.

"Je vais te la faire bouffer ta médaille! Espèce de vieille morue mal baisée! Comme si personne ne t'avait aidé à devenir ce que tu es! Tes écrits ne valent pas plus que de la bave de troll! Tu n'es qu'une sombre tache dans le monde de la littérature! Tôt ou tard, médaille ou pas, on finira par jeter aux oubliettes ton nom! "

Un attroupement conséquent se réunit autour de ce règlement de compte en public, sans pour autant intervenir et mettre un terme au pugilat quelque peu ridicule des deux romancières. La sorcière de Bristol agrippait farouchement les cheveux courts de sa rivale littéraire, tandis que celle-ci tentait d'arracher sa médaille. Ce petit jeu devint dangereux lorsque la petite langue venimeuse de Mildred Magpie jaillit hors de sa bouche, alors qu'elle se trouvait dans l'incapacité de desserrer l'étreinte du ruban autour de son cou. Sans une aide extérieure, et quelqu'un séparant les deux femmes, nul doute que la conflit aurait très vite pu dégénérer. D'ordinaire très ennuyeuse, cette rentrée littéraire avait d'ores et déjà basculé dans le scandale. Portant une main sur son cou endolori, Mildred finit par s'écarter de l'attroupement, afin de mieux respirer. Elle pointa un index accusateur sur Ilda Gunarsson qui maintenu au sol par plusieurs convives de la soirée, cherchait en vain à contenir sa colère hystérique.

"Je te collerai un procès aux fesses pour tentative de meurtre, tu m'entends?! "

Quelque peu hagard dans la cohue qu'elle avait elle-même généré, Mildred entendit à peine quelqu'un lui demander de calmer le jeu. Mais de son propre chef, elle décida tout de même d'aller se réfugier dans les toilettes pour femmes qui se trouvait au détour d'un corridor du salon des Glaces. Si d'une certaine manière, elle était fière de ne pas s'être laisser marcher sur les pieds; Cette mésaventure lui laissait encore un arrière-gout d'échec dans sa gorge encore nouée par son agression. La romancière en mal de reconnaissance ne comprenait pas l'exclusion systématique dont elle était la cible. Elle ne faisait pas partie du sérail, et des lors elle en payait le prix fort. Les sorciers de bonnes familles n'aimaient pas cette nouvelle bourgeoisie qu'elle incarnait. Elle n'était que la fille d'une meneuse de revue, une vulgaire parvenue qui avait grandi dans l'ombre crade d'un cabaret. Elle avait beau être multimillionnaire, cette satanée étiquette lui collerait toujours à la peau.

Lorsqu'elle en franchit le seuil, la romancière agacée réussit à contenir une envie primaire de pousser un hurlement de rage. Les mains posées sur un évier en marbre, la romancière tentait de retrouver son souffle ainsi que son calme. Le reflet du miroir lui renvoyait l'image de sa profonde solitude, alors que l'intégralité des convives de cette soirée mondaine s'agglutinait au chevet de cette folle hystérique d'Ilda Gunarsson. Comme toujours, Mildred devait se relever seule, sans compter sur l'aide de personne. Si la sorcière raffolait de geindre à la première broutille, elle digérait les vrais coups durs avec beaucoup plus de dignité. La redoutable femme d'affaire qu'elle était, savait tomber très bas pour rebondir encore plus haut. Malgré cette grande faculté, l'échec de ce soir était difficile à avaler. Jamais, elle n'avait souhaité semer le chaos lors de cette rentrée littéraire! Bien au contraire, elle aurait espéré obtenir un peu de de reconnaissance artistique pour son travail, et pourquoi pas dénicher un contrat chez une prestigieuse maison d'édition. Mais lorsqu'elle baissait sa garde, ses détracteurs finissaient inévitablement par l'attaquer.

Face à cette incapacité chronique de s'intégrer, une vague de tristesse irrépressible saisit Mildred Magpie, qui ne tarda pas à laisser dévaler des larmes sur ses joues empourprées par l'émotion. Telles des barricades éphémères, son maquillage et les tonnes de fond de teint qui masquaient ses rides naissantes s'effondrèrent sous le poids de ses sanglots. Pourquoi tout le monde se montrait toujours aussi cruel envers sa personne? Pourquoi devait-elle toujours sortir les ongles pour se prémunir des multiples attaques? Pourquoi provoquait-elle autant réactions négatives? Quel était son problème? Mildred craquait littéralement sous le poids de son questionnement intérieur, lorsqu'elle vit le reflet de son confrère professeur apparaître dans le miroir, juste derrière elle. Avec Jonah Forbes en témoin de la scène, les rumeurs de cet esclandre allaient sans doute se propager jusqu'à Poudlard. Et dire qu'elle luttait pour se forger une image de marque, et digne du statut de professeur. Encore un château de cartes qui s'effondrait dans la vie de Mildred. Celle dernière souleva un sourcil inquisiteur à l'intention du passionné de culture moldue. La sorcière s'interrogeait sur le fait qu'il soit en si fâcheuse compagnie, avec ses ennemis du soir. Nul doute que ses derniers lui avaient dressé un détestable de sa personne.

"Vous êtes venue voir la bête blessée? Inutile de m'assener une nouvelle salve de reproche, j'ai eu mon lot de gentillesse pour ce soir. Laissez-moi seule, je vous prie, rejoignez vos amis. Laissez-moi un peu de répit, vous aurez toute l'année scolaire pour vous railler de moi. Vous n'avez aucune crainte à avoir, je ne dispose encore d'aucun dossier compromettant sur vous... "

Mildred se voyait des ennemis de toute part, signe manifeste de sa difficulté à se créer des liens purement amicaux. Depuis son arrivée à Poudlard, Jonah ne s'était jamais montré discourtois avec elle. Et pourtant, la dirigeante de l'atelier Théâtre voyait toujours en lui une éventuelle menace. Une étincelle de danger sur le point de crépiter. Mais se trompait-elle sur les intentions de Jonah Forbes? Devait-elle balayer sa paranoïa? Etait-ce les prémices d'une belle amitié? Après le tumulte de cette rentrée littéraire, tous les scénarios étaient envisageables...


Jonah ForbesDirecteur de Serpentardavatar
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De mémoire d'homme, la rentrée littéraire du monde magique n'avait jamais connue pareille grabuge. En amoureux des bons mots, les écrivains et les éditeurs réglaient généralement leurs différends à coups de phrases assassines ou de sous-entendus mais il était bien rare qu'ils en viennent aux mains ou aux baguettes. Si Mildred Magpie semblait se plier aux us et coutumes du cercle littéraire en humiliant un à un ses détracteurs avec quelques déclarations cocasses - Merlin ! Julian Brody auteur de Dumb et Dumbledore !-Ilda Gunarsson manqua cruellement de  répartie et préféra user des poings pour se faire entendre.

La réaction de la jeune femme surprit  tout le monde si bien qu'il fallut attendre plusieurs longues secondes avant que quelqu'un ne daigne séparer les deux romancières.  Ce fut finalement  Emmet Strong qui vola au secours de Mildred Magpie en  lançant un sortilège de Répulsion sur la plus jeune des deux auteures afin qu'elle libère son ainée.

Ébouillantée par le maléfice, Ilda laissa échapper un cri de douleur qui fit monter la tension d'un cran. Les convives se bousculèrent en reculant, faisant tomber quelques plateaux aux sols et plusieurs sorciers et sorcières dégainèrent leurs baguettes, sans trop savoir qui viser d'Emmet, d'Ilda ou de Mildred. La rumeur d'un échauffourée se propagea comme une trainée de poudre dans l'assemblée  et deux miliciens armés apparurent alors au centre de l'attroupement où Mildred Magpie tentait de reprendre son souffle face à Cameron Lorenzo et ses amis de la RITM qui retenaient Ilda Gunarsson.

"Que se passe-t-il ici ?" demanda un milicien visiblement tendu.

L'atmosphère avait basculé en quelques secondes à peine, passant du parfum de scandale à quelque chose de plus inquiétant. Peut-être était-ce la présence subite de ces hommes du gouvernement qui semblaient sortis de nul part.

"Deux auteures se sont disputées et elles en sont venues aux mains, expliqua Jonah dans un souci de faire retomber la pression, Ce n'est rien de grave, rassurez-vous..."
"Je te collerai un procès aux fesses pour tentative de meurtre, tu m'entends?! " hurla Mildred au même moment comme pour anéantir la tentative d'apaisement de l'enseignant.
"Calmez-vous madame." intima l'autre milicien avant que Mildred ne se fraye un chemin à travers la foule.
"Qui a jeté le sortilège ?"

Emmet intervint afin d'expliquer la situation aux deux Miliciens aidé par Jonah. Lorsque les membres du Ministère furent assurés qu'il s'agissait bien d'un simple différend entre deux romancières et non pas d'une tentative d'attentat du Kraken ou d'un autre événement de ce genre, ils se montrèrent un peu plus détendus.

"Bien. Ou est- la victime ?"
"Quelle victime ?" s'enquit Jonah. Pour lui, il n'y avait pas de victime ou alors, il y en avait deux.  Les deux femmes s'étaient mutuellement poussées dans leurs retranchements en toute connaissance de cause...
"Miss Magpie, répondit le Milicien,  Si, comme vous le dites, Miss Gunarsson a tenté de l'étrangler avec le cordon de son Ordre de Merlin, Miss Magpie peut porter plainte pour coups et blessures."

Jonah haussa les sourcils avant de balayer la pièce du regard à la recherche de sa collègue. Ilda sanglotait toujours non loin de là, assise à même le sol. Cameron accroupit à côté d'elle essayait tant bien que mal de lui faire rejoindre une pièce moins fréquentée. Le chroniqueur de la RITM avait bien conscience qu'Ilda allait payé cher son dérapage et qu'il n'était pas judicieux de se donner ainsi en spectacle. A vrai dire,  Jonah partageait ce point de vue. Les journalistes présents ce soir n'avaient surement qu'une idée en tête: Trouver un titre accrocheur pour illustrer leur article de demain sur le "pétage de plombs d'Ilda Gunnarsson" avec des photos de la romancière ravagée, si possible.  Jonah était presque triste pour la centaine d'auteurs de cette rentrée littéraire dont les livres allaient être écrasés dans la presse par ce simple faits divers. Des centaines d'heures de travail éclipsées par un vulgaire crêpage de chignon...Rageant.

"Je crois qu'elle a pris la direction de la terrasse. Je vais voir si je la trouve." répondit-il au Milicien en traversant la salle de réception du Mouv'Building où les discussions allaient bon train maintenant. Après quelques minutes de recherches infructueuses, Jonah s'aventura finalement jusqu'aux toilettes des dames où il poussa la porte précautionneusement, prêt à montrer patte blanche.

Au  lieu d'être accueilli par une bande de filles occupées à se repoudrer le nez (N'était-ce pas toujours ainsi dans les toilettes des dames ?) Jonah surprit une toute autre scène qui le laissa pantois. Mildred Magpie, seule,  pleurait face à son reflet. Il l'avait laissé quelques minutes plus tôt dans une telle colère qu'il s'attendait à la retrouver dans le même état, prête à menacer Ilda Gunnarson de ruiner sa carrière. Mais en lieu et place de la bête féroce qu'il pensait rejoindre, il ne découvrit qu'une femme profondément blessée et presque honteuse d'être surprise dans un tel moment de faiblesse.

Pour l'avoir un peu côtoyée à Poudlard, Jonah avait remarqué que Mildred s'attachait à toujours montrer une image très calibrée de sa personne: Celle d'une femme forte, indépendante, insensible au jugement des autres. Jusqu'à ce soir, Jonah la pensait réellement ainsi mais il était forcé de constater que Mildred Magpie avait aussi ses failles et qu'elle n'était pas aussi insensible qu'elle voulait le laisser croire. Courait-elle après la reconnaissance de ses paires ? Surement ,mais c'était peine perdue...

Jonah ne comptait pas tirer parti de cette situation pour autant, que ce soit dans un sens ou dans l'autre. Il n'allait pas l'amadouer pour l'inviter à se confier davantage et l'avoir dans la poche (même si cela aurait été une stratégie judicieuse étant donné sa capacité à dénicher des casseroles sur les uns et les autres), ni se moquer d'elle comme elle le pensait. Il voulait juste qu'elle retrouve sa posture habituelle.

"Mildred, par pitié, arrête ça. Ton sens du drame est anormalement développé. dit-il en levant les yeux au ciel usant du tutoiement comme il le faisait avec tous ses collègues de Poudlard, Je ne compte pas passer le reste de l'année scolaire à me moquer de toi juste parce que je t' ais vu verser une petite larme, d'accord ?" la sermonna-t-il en s'approchant d'elle pour lui tendre un mouchoir, et je ne dis pas ça parce que tu peux trouver dans mon passé des  dossiers compromettants pour me faire chanter..." assura-t-il en secouant la tête.

Jonah s'adossa contre les lavabos, posa sa canne, et croisa ses bras sur son torse. Il laissa passer quelques secondes de silence le temps que la romancière se reprenne avant de poursuivre:

"Arrête de pleurer et assumes ce que tu fais: Tes livres parlent de princesses qui se transforment en licorne rose, de baisers langoureux, de papillons multicolores, et alors ? S'enquit-il en  reprenant volontairement les termes de Cameron Lorenzo. Tu as vendu combien d'exemplaires de cette saga ? Des centaines ? Des milliers ?... Enfin Mildred, elle est là ta victoire ! s'emporta -t-il,  Tu n'as rien à prouver et tu n'as pas besoin d'avoir des dossiers misérables sur tous tes détracteurs... Tu as déjà gagné, le public te suit. Il secoua la tête et ajouta, C'est fou que tu ne te rendes pas compte de ça."


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Au-delà des larmes qui inondaient son regard, Mildred Magpie redoutait avant tout l'apparition de cette affreuse grimace qui lui tordait le visage de manière grossière, à chaque fois qu'elle était sur le point de pleurer. Une malédiction des Dieux qui poussaient les témoins de ses pleurs à la limite de l'éclat de rire ou de la sincère compassion. Aucune opération esthétique ne pourrait lui ôter cette trogne grotesque qui semblait se gausser de son malheur, tandis que Mildred libérait pour de bon sa vague de tristesse. Par le plus cruel des hasards, il fallait que le si digne Jonah Forbes soit là pour assister à ce spectacle pitoyable. Nul doute que sa crédibilité professorale allait en souffrir, et qu'il serait difficile de garder la tête haute après pareil préjudice. Malgré un tempérament propice aux caprices, Mildred Magpie désirait ardemment trouver une solution pour étouffer ce trop-plein émotif. Notamment dans le redoutable monde des affaires, où son visage si expressif pouvait parfois agir comme un livre ouvert au chapitre de son ressenti. Pour une femme qui avait l'habitude de se complaire dans l'hypocrisie la plus sournoise, il n'y avait rien de plus horripilant que de voir ses mensonges, se révéler au grand jour par une simple grimace de délectation. Si la romancière impudique n'éprouvait aucune gêne à se dévêtir à la face du premier venu, elle détestait voir ses émotions secrètes mises à nu.

Malheureusement en cette soirée de rentrée littéraire tant attendue, elle venait d'ouvrir une fenêtre béante sur ses blessures personnelles et le manque de reconnaissance éprouvée dans sa carrière de romancière. Une faille dans laquelle Jonah ne tarda pas à s'engouffrer, cherchant davantage à la rassurer sur ses intentions plutôt que de l'accabler. Se mouchant bruyamment dans un carré de soie, Mildred Magpie était terriblement gênée de se trouver au centre du scandale. Le professeur féru de Moldu, était reconnu pour être un homme au moral d'acier, qui n'avait pas pour habitude à se laisser aller aux états d'âmes. Il était de la race des battants, si bien que Mildred se sentit parfaitement ridicule dans son attitude éplorée. Certes il s'agissait de larmes de rage, qui émanait d'une grande colère, et d'une profonde incompréhension quant aux critiques injustifiées sur son art. Mais il n'empêche que Mildred n’arrivait pas à maitriser ses nerfs quand on l'attaquait personnellement. La reine de la méchanceté gratuite n'aimait pas voir les rôles et les critiques s'inverser, signe que le rempart de sa confiance personnel n'était pas aussi indestructible qu'il n'en avait l'air. Malgré un visage baigné de larmes, elle hocha tout de même la tête en signe d'assentiment lorsque Jonah pointa les chiffres de ses ventes littéraires. Il était si loin du compte.

"Non pas des milliers... J'en ai vendu des millions. En date du dernier mois, j'en étais à neuf millions sept-cent quarante-quatre mille d'exemplaires des Hauts de Hurlelune vendus. Ce qui, il est vrai, n'est pas rien... "

Se mouchant une nouvelle fois, elle laissa Jonah Forbes la complimenter et la rassurer sur son potentiel, avant de poser ses mains sur le marbre de l'évier des toilettes. Le gentleman professeur cherchait à lui gonfler le moral et l'aider à se ressaisir, mais il ne voyait pas le nœud du problème. Le nœud qui serrait la gorge de la romancière et lui ôtait toute possibilité de se sentir heureuse. Sa carrière était brillante, elle jonglait avec les millions de Galions, mais il lui manquant encore une chose d'essentiel à ses yeux : La reconnaissance. Elle pensait l'avoir gagné avec son étoile de l'ordre de Merlin, mais au contraire les critiques de ses pairs s'étaient acharnés sur elle. Certains osaient même émettre l'idée qu'elle avait couché pour l'obtenir - Chose qui ne lui aurait pas déplus en soi, tant elle fantasmait déjà à l'idée de galipettes avec l'homme le plus puissant du Monde Magique - Mais la vérité est qu'elle ne devait ce prix qu'à la qualité de son travail, et en cela elle éprouvait la plus grande fierté. Pour la première fois, elle arrivait à obtenir une récompense sans coups tordus, et voilà que des pseudos intellectuels de la littérature cherchaient tout de même à la discréditer. Mildred Magpie trouvait cet acharnement profondément injuste, et comptait bien faire partager ce ressenti auprès de son collègue professeur. Elle soupira longuement avant de prendre la parole d'une voix hésitante.

"Jonah... Je ne remets pas en cause mon succès littéraire et le fait que le public me suive... Ce qui me dérange... Et qui me blesse... C'est... "

La bouche pincée de Mildred sembla se tordre un instant comme s'il lui était impossible de révéler la nature profonde de son problème existentiel. Mais au risque de révéler ses faiblesses à Jonah, elle finit par lui parler en toute sincérité.

"A vrai dire, ce qui me désole est le fait que quoi que je fasse, je n'arriverai jamais à obtenir la moindre reconnaissance. Comme si cela était impossible de m'aimer, ou de me témoigner une quelconque gratitude. Je suis partie de très bas pour en arriver là où je suis, et pourtant je dois encore composer avec une forme de mépris particulièrement injuste. Le confort et le luxe de ma vie actuelle, je ne le dois à personne : Si ce n'est ma seule volonté de m'en sortir... "

Mildred Magpie poussa une profonde inspiration, avant de confesser une vérité sur son passé.

"J'ai posé ma plume et écrit la première page de ma saga des Hauts de Hurlelune dans un vieux troquet insalubre du Port de Bristol. Et ce, juste après avoir été abordé par un homme m'ayant honteusement confondu avec une prostituée, alors que je faisais que rêvasser à des lendemains meilleurs à la table d'un bistrot. Ce jour-là, j'avais le choix entre une vie trempant dans le vice et l'argent facile, ou poursuivre le rêve presque utopique de devenir une grande romancière. Comme vous pouvez le voir, j'ai opté pour la difficulté, et des années de sacrifices et de manques pour devenir aujourd'hui ce que je suis. Mais malgré cela, on continue à me maltraiter, à me mépriser... Comme si je ne méritais pas d'être heureuse, et de pouvoir profiter du fruit de mes efforts. Excusez-moi, mais je trouve cela terriblement injuste... "

Les épaules de Mildred sursautèrent alors sous une nouvelle vague de chagrin, alors qu'elle se confrontait au récit de son passé. Il n'y avait qu'un pas pour que ce souvenir ne soit qu'une pure invention émanant de l'esprit mythomane de la romancière, mais dans tous les cas, sa détresse semblait bien réelle.


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Très sincèrement, Jonah n'aurait jamais soupçonné que Mildred  puisse ressentir un tel mal être. En la voyant ainsi, il se demanda un instant si ce n'était pas des larmes de crocodile qui dévalaient ses joues et ruinaient son maquillage. Il était clair qu'elle avait peu à retirer de cette situation, si ce n'est apparaitre un peu plus humaine, ce qui, au fond, n'était pas négligeable lorsque l'on s'appelait Mildred Magpie.

Pourtant, elle n'avait pas besoin de ce subterfuge pour se rendre intéressante aux yeux de Jonah. Certes, "La Marie-Antoinette de Bristol" comme la surnommait ses détracteurs nés-moldus peinaient à se rendre attachante aux yeux du plus grand nombre. Sa manière ostentatoire d'afficher sa richesse et sa réussite ne plaisait pas à tout le monde, mais Jonah appréciait tout particulièrement sa trempe de self-made-woman. Bien qu'ils soient différents en de nombreux points, Jonah se retrouvait un peu dans le parcours de Mildred. Elle était partie de loin et elle avait réussi dans la vie à la seule force de sa volonté et de son abnégation. Mildred était une femme de challenge -tout comme lui- et elle ne se laissait pas abattre facilement. Pourtant ils étaient différents sur un point: Le seul fait surmonter un défi suffisait à combler Jonah alors que Mildred voulait non seulement le réussir mais aussi être applaudit et aduler pour ça ! Douce utopie que d'espérer être aimée de tous !

"Tu auras toujours des détracteurs,
 asséna-t-il sur un ton péremptoire, quoi que tu fasses tu ne peux pas plaire à tout le monde. Tu auras beau essayer d'être irréprochable, c'est ...impossible ! Il secoua la tête de gauche à droite et ajouta,  Plus tu réussiras, plus certaines personnes te détesterons, c'est mathématiques. "
Elle devait se mettre ça dans le crâne ! Absolument.

"Et au fond, ce n'est pas si mal non ? Finit-il par dire en se tournant légèrement vers elle avec un sourire énigmatique, Réfléchis cinq minutes: Qu'est ce que tu aurais fait si cet homme ne t'avait pas confondu avec une prostituée: Aurais-tu écris tes romans ? fondé Multiplettes ? Relancé les Folies Sorcières ?"

Il l'interrogea du regard et poursuivit:

"Dans le pire il y a toujours du positif. Tu as besoin de défi dans ta vie Mildred, tu es comme moi, cet homme t'as piqué dans ton orgueil  et tu lui as cloué le bec de la plus belle des manières: En montant ton empire !  lâcha-t-il en écartant les bras, Voila ce que tu dois retenir de cette anecdote: Tu ne choisis pas ce qui t'arrives mais tu peux choisir ce que tu vas en faire. Aujourd'hui, tu es dans la même situation que face à ce gougeât:  Tu te sens blessée, insultée même, alors sers toi de cette colère pour faire quelque chose dont tu sortiras grandie, mais, par pitié, arrête de courir après la reconnaissance de ces gens là..."

Il secoua la tête en se donnant quelques secondes de réflexion. Etre reconnu était une chose essentiel pour l'équilibre de chacun. Jonah ne s'estimait pas au dessus des autres en affirmant ne pas avoir besoin de ça. Il aimait être  perçu comme étant un homme intègre, un professionnel accompli maitrisant son domaine et un père donnant le meilleur de lui même pour élever ses enfants. Pourtant il ne plaçait pas son besoin de reconnaissance entre les mains du premier venu comme le faisait Mildred.  Seuls les avis de sa famille et de ses amis importaient réellement et ce fut ce qu'il tenta de faire entendre à la romancière.

"Plutôt que de te soucier de ce que tous ces gens pensent, concentre toi sur ce que ton entourage te renvoie. Cherche la reconnaissance des personnes qui compte pour toi.  Je suis sûr qu'ils estiment que tu mérites d'être heureuse -car c'est le cas- et qu'ils sont fiers de ta réussite. Tu as bien des proches vers qui tu peux te tourner ?" demanda-t-il alors.


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Rentrée Littéraire [Mildy & Jonah]

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