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 Prendre au riche Roy pour donner aux pauvres [Juliana & Roy]

Roy CalderChef de la mafiaavatar
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12 octobre 2009

Dans un restaurant de Manchester, en fin de soirée

Debout face à la vitrine neuve qui laissait voir un intérieur baigné de couleurs chaudes, Roy se fit la réflexion que ce restaurant remportait assez bien son pari. La devanture avenante et sans prétention donnait envie de se réfugier derrière, le temps d’avaler un repas chaud, et comme il faisait plutôt gris en ce mois d’octobre, Roy lâcha des yeux l’écriteau de La Tortue Repue, puis poussa la porte d’entrée. Il prit le temps d’observer les lieux en avançant de quelques pas. La seule fois où il était venu ici, c’était encore des locaux en cours de transformation, la peinture était à peine mise. Il avait apporté son aide au projet surtout par des financements et la couverture qu’il avait fourni à ses propriétaires. Il ne s’était pas préoccupé de l’aspect spatial et pratique du futur restaurant, préférant attendre qu’il se monte pour venir en juger de lui-même. Il avait beaucoup écouté Juliana lui en parler, et de toute évidence, elle était parvenue à réaliser ce qu’elle avait en tête, se dit t-il en laissant son regard se promener sur les clients attablés.

Son propre aspect devait détoner, car Roy était venu dans une de ses tenues qu’il portait aux Folies Sorcières. Une tenue relativement sobre, mais il n’y avait pas besoin d’être un spécialiste pour deviner à la facture de sa chemise noire qu’elle pourrait payer un mois de repas à l’un de ces clients qui se retournèrent sur son passage. Sans s’en formaliser davantage, il ôta sa veste pour la poser sur le dossier d’une chaise une fois arrivé au bar, et se mit à chercher du regard autour de lui. Lorsqu’il vit la serveuse brune à l’opulente poitrine affairée à une table plus loin, il fit un sourire et attendit qu’elle tourne la tête vers lui pour lui faire un signe. Puis il s’assit sur la chaise du comptoir et attendit patiemment qu’Anya vienne vers lui, après avoir jeté un coup d’oeil pour savoir si Alyssa était dans le coin. Cette dernière devait être dans les cuisines et Roy n’en était pas mécontent du tout.

Quand Anya se fut libérée et qu’elle arriva à sa hauteur, Roy lui tourna un de ses sourires en coin en guise de salut. Un coup d’oeil à droite et à gauche pour vérifier que les clients n’étaient pas trop prêts, puis il glissa discrètement sa main dans celle de la jeune femme.

« Hey, glissa t-il. Je ne tombe pas mal, j’espère ? »

Il avait prévenu sa petite amie -non, encore mieux, sa fiancée !- qu’il passerait dans la semaine pour voir son restaurant, sans préciser de jour. Ce soir, il avait eu le sentiment que son casino pourrait bien tourner sans sa présence, alors il avait quitté tôt son travail. Tôt pour lui en tout cas, car il était tard pour la plupart des travailleurs, et d’ailleurs Juliana clôturait sa journée. Il contempla le visage d’Anya, et ce ne fut pas très difficile de le remplacer par celui de Julia, car presque deux ans plus tôt, il se souvenait l’avoir rencontrée à peu près dans la même situation. Ce souvenir lui arracha un sourire et il ne put s’empêcher d’en faire part à sa belle. Se penchant à son oreille pour garder ce commentaire entre eux, il lui murmura :

« Tu sais à quoi je pense ? Le soir de notre premier baiser, quand je suis venu te trouver au Triton Ardent. »

Il s’en rappelait encore très clairement de cette soirée de février, dans la célèbre avenue commerçante de Bristol. Il avait eu l’occasion de rencontrer Juliana à plusieurs reprises avant cela, ils avaient flirté un peu plus à chaque fois, et un soir il s’était décidé à la retrouver sur son lieu de travail, dans l’idée de la conquérir pour de bon. Audacieux l’un comme l’autre, il ne leur avait fallu guère longtemps pour s’embrasser et passer leur première nuit ensemble. Les quelques mois suivants avaient marqué leur première tentative de couple, soldée d’un cuisant échec, mais ils gardaient tout de même un sens particulier pour Roy, et plus particulièrement cette nuit-là. Il se souvenait de cette impulsion qu’il avait eue, cette envie soudaine de ne pas en rester là mais d’en faire un peu plus qu’une amante de passage.

C’était drôle et étrange de voir la même scène se répéter un an et demi plus tard, dans des circonstances différentes. A nouveau, ils étaient en couple, et cette fois-ci était la bonne. Cette fois, il n’était pas ce petit trafiquant menteur, pédant et volage qui venait s’ajouter une conquête à son tableau personnel pour satisfaire son ego et occuper sa soirée. Cette fois, il venait comme un amoureux -un fiancé, ah, il ne s’y faisait toujours pas !- qui voulait juste apprécier le projet que sa belle -fiancée, héhé- était en train de monter.

« C’est presque la même scène, poursuivit t-il, plongeant son regard dans celui d’Anya. La fin de service, la jolie tenue de serveuse… Y a juste un bonnet de différence. » ajouta t-il innocemment.  

Bon, pour les blagues grivoises, il n’avait pas changé en revanche, il fallait toujours qu’il y en ait une ou deux qui lui échappent. Pour sa défense, c’était difficile d’ignorer cette poitrine imposante, dans laquelle il n’avait rien à voir, d’ailleurs, il avait même dû jurer à Juliana qu’il n’avait eu aucune possibilité de choisir les apparences offertes par les bijoux vaudou qu’il leur avait procuré, la première fois qu’elle l’avait essayé. Et cela l’avait fait bien rire, de temps en temps il taquinait Julia à ce sujet. D’ailleurs, il eut un recul instinctif de sécurité pour éviter de se prendre un coup, au cas où, mais garda son large sourire aux lèvres.


Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Juliana déposa les trois assiettes fumantes de Boulu goutû, leur spécialité, devant les clients puis s'éloigna rapidement avec son plateau. Du coin de l'oeil, elle capta le petit signe d'une sorcière à l'air pincé, et fit volte-face pour se rendre à sa table, un sourire avenant aux lèvres. La cliente réclama la carte des vins, qu'elle avait pourtant refusé un quart d'heures auparavant, mais Juliana réprima tout signe d'agacement et obtempéra avec le sourire.

La soirée avait été longue, le restaurant n'avait pas désempli pour la première fois depuis leur ouverture, signe que le bouche-à-oreille commençait à fonctionner. Les habitants de Manchester commençaient à s'intéresser à ce nouveau restaurant méditerranéen, dont l'enseigne en forme de tortue au ventre dodu et à l'air béat invitait à l'entrée, de ses signes de patte. D'apparence modeste de l'extérieur, la Tortue Repue était en réalité composée d'une grande salle extérieure comportant bon nombre de tables, en bois avec de jolies nappes, ainsi qu'un large comptoir. Les murs étaient égayés par une peinture safran, et la décoration estivale évoquait l'Italie ou le sud de la France. C'était pourtant l'Andalousie et ses palais arabes qui était représentée par un grand tableau, déniché par Irina Merlin savait où. Le fumet alléchant des petits plats de Joel flottait dans l'air et un air de guitare se faisait entendre, sans masquer le bruit des conversations.

Un endroit convivial, familial, où il faisait bon venir se restaurer et passer un moment avec ses proches ou refaire le monde : voilà ce que les deux acolytes avaient voulu retrouver ici, à l'instar du Triton. Mais la Tortue représentait plus encore que le Triton, ce n'était pas seulement un énième restaurant. Il était aussi porteur d'un projet social, sur lequel ils fondaient tous leurs espoirs. Juliana était fière de tout ce qu'ils avaient réussi à mettre sur pied en si peu de temps, mais cette efficacité avait un prix : elle nécessitait un investissement sans failles.

Résistants de nuits, restaurateurs de jour, ils devaient se donner sans arrêt et aujourd'hui plus encore : le restaurant était plein et l'équipe était vide. Juliana avait dû licencier l'une de leurs employées, dont le comportement avec les clients laissait à désirer, et une autre n'avait même pas pris la peine de venir travailler. Un troisième était malade, et voilà Juliana seule en salle, et cela un soir de solidarité, où les plus démunis pouvaient venir manger un repas chaud gratuitement. Ceux-ci ne se présentaient pas encore en foule, mais les clients avaient en revanche été nombreux et la jeune femme n'avait pas cessé de s'activer. Son dos lui faisait un mal de chien, sa nuque la tirait et ses jambes étaient lourdes comme des poids. Voilà ce qui arrivait lorsque l'on recrutait son équipe à la hâte ! Elle allait devoir refaire des entretiens, et cette perspective la fatiguait d'avance, mais cela faisait partie du travail du chef. Au fond, Juliana était heureuse de retrouver son métier, qui plus est à son compte, et se sentait presque revivre en retrouvant ce quotidien familier. Hélas, le quotidien n'était pas très charitable envers ses lombaires.

Aussi, lorsqu'elle avisa le riche client qui venait de s'installer au comptoir, alors que l'heure de fermeture était proche, Juliana commença par râler copieusement dans sa tête. S'agissait-il d'un espagnol perdu dans Manchester, à la recherche d'un restaurant ouvert aux horaires de son pays ? Son agacement ne dura qu'une seconde, puisqu'elle reconnut bien vite la silhouette familère de son fiancé. Aussitôt, un éclat de rire franchit ses lèvres. Il n'y avait bien que Roy pour entrer ici attifé comme Marchebank lui-même !

Une impression de chaleur l'envahit à la vue de son sourire charmeur et au contact de sa main sur la sienne. Elle se sentait telle une midinette, exaltée à l'idée de voir son amoureux en secret, mais c'était plus fort qu'elle et, à vrai dire, elle ne luttait pas vraiment contre la niaiserie qui l'envahissait ces-temps au sujet de son mariage à venir. Les occasions de se réjouir, de rêver et de s'enthousiasmer étaient trop rares pour ne pas en profiter, et un peu d'innocence ne pouvait guère lui faire de mal...

"Tu tombes à pic, j'aurais bien besoin d'un massage", rétorqua-t-elle en redressant péniblement les épaules. Non seulement elle passait ses journées debout à courir de partout en portant des choses, mais en plus son apparence d'adoption avait une paire de sein tellement encombrante qu'elle en devenait gênante. Sans doute était-ce aussi pour cela que son dos la faisait tant souffrir. Enfin, ce n'étaient que de menus désagréments, qu'elle écarta d'un soupir. Un silence agréable se profila entre les deux fiancés qui se caressaient du regard, puis Roy convoqua un souvenir qui lui tira un sourire attendri - avant de se transformer en rire indigné.

"Par contre, t'es toujours aussi délicat", rétorqua Juliana avant de baisser le regard sur sa poitrine oppulente. Innocemment, elle ajouta : "N'empêche que maintenant, j'ai plein de nouvelle lingerie."

Et il ne pouvait même pas la voir, même si elle était achetée par ses gallions. Retrouvant son sérieux, elle balaya la salle du regard pour vérifier que ses clients étaient bien occupés. Comme ils étaient tous en pleine dégustation ou conversation, elle questionna Roy, un peu anxieuse d'avoir son avis :

"Alors, qu'est-ce que t'en penses ? Plutôt sympa, non ? Ta soeur a fait du super travail avec la déco, je trouve. C'est dommage qu'elle soit de garde ce soir, j'aurais bien aimé un coup de main, je suis seule en salle et Joel est seul en cuisine, ça a été sportif. Enfin, ils devraient tous partir d'ici vingt minutes et nous pourrons fermer."

Réalisant qu'elle n'avait pas laissé le temps à Roy de lui répondre, elle se tut et guetta l'assentiment dans son regard. Non seulement son avis lui était important en tant que fiancé, mais il avait aussi largement permis l'ouverture de l'établissement grâce à ses fonds. Juliana espérait donc de tout coeur voir le restaurant décoler et faire des bénéfices pour pouvoir lui rendre un jour ce qu'il avait investi et, accessoirement, lui prouver qu'elle pouvait, elle-aussi, être une commerçante digne de ce nom...



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« Un massage ? Mais avec plaisir, où est-ce qu’il y a un coin tranquille ? » demanda aussitôt Roy, d’un ton de fausse innocence.

Il ne dirait pas non, au fond -surtout si elle le regardait aussi adorablement- mais il savait bien que Juliana avait encore pas mal de travail, au vu du nombre de clients qui restaient dans la salle, alors que le restaurant était sensé fermer bientôt. C’était très bon signe pour le succès de l’enseigne et il était content pour elle. Ses efforts des derniers mois commençaient à porter leurs fruits. Elle semblait retrouver un quotidien qui lui plaisait et qui lui avait été familier autrefois… avant que son précédent restaurant ne brûle, souvenir que Roy préférait ne pas se rappeler. Il ne le formulait pas, mais quelque part, s’il suivait et avait tant aidé au projet, c’était aussi parce qu’il y voyait sa chance de se racheter.  

La réponse suivante d’Anya le fit sourire beaucoup moins innocemment, et il s’exclama avec emphase :

« Ah ! Et moi qui me disais que j’allais sagement te laisser travailler. Si tu commences à faire des commentaires comme ça, aussi… » Passant ses mains sur la taille de la serveuse, il s’approcha et caressa son oreille de sa voix : « Mais je note pour plus tard. »

Avec un regard évocateur, il se recula légèrement pour remettre une distance correcte entre eux, histoire de ne pas trop attirer l’attention des clients autour, bien qu’ils avaient tous l’air absorbés par leur repas ou leurs discussions. Même sous la fausse apparence de Juliana, il leur fallait rester discrets pour qu’on ne les associe pas trop l’un à l’autre, même si Roy était suffisamment connu volage pour qu’on le croit s’il racontait qu’Anya était simplement une femme qui lui avait tapé dans l’oeil, si jamais on lui posait la question. Il suffisait juste qu’il ne vienne pas trop souvent pour que cette vérité arrangée reste crédible. Il s’était autorisé cette petite visite car il avait eu envie de voir le restaurant en marche, tout en choisissant la fin de soirée pour qu’il n’y ait pas trop de monde non plus. Après tout, à quoi cela servait t-il que sa belle ait adopté une fausse identité, s’il ne pouvait pas en profiter pour la voir de temps en temps au grand jour ? C’était un peu excitant aussi, de la surprendre à son travail ainsi, et faire de façon mesurée ce qu’ils s’étaient interdit jusqu’à maintenant : s’afficher ensemble.

La question de Juliana le fit tourner la tête vers l’ensemble de la salle, pour mieux l’apprécier. Il balaya à nouveau du regard ce qu’il avait observé en rentrant : un intérieur aux couleurs chaleureuses, un bois de miel pour les tables, de joyeux tableaux sur les murs, et plusieurs objets de décoration disséminés près du comptoir et des fenêtres. Il n’y avait rien de grandiloquent dans ce lieu, tout était simplement joli et bien accordé, ce qui se prêtait parfaitement à la clientèle que visait le restaurant. Il s’agissait de passer un bon moment en famille ou entre amis, ou trouver un peu de réconfort le temps d’un dîner chaud pour les personnes seules.

« Ouais, c’est sympa, je reconnais assez bien la patte de ma soeur : attachée à la simplicité et en même temps soucieuse des petits détails » commenta t-il avec un sourire en coin, avant de reporter son regard sur sa belle. « Si tu as autant de clients dans ta salle à vingt minutes de la fermeture, c’est que Joel et toi faites du bon boulot aussi… On dirait que j’ai fait un bon investissement ! »

Il lui retourna un regard complice et attrapa à nouveau la main de Julia dans la sienne, comme pour la maintenir encore un peu auprès de lui avant qu’elle ne soit à nouveau demandée par ses clients.

« Vous vous en sortez bien alors ? Raconte-moi un peu, ça marche bien les dîners offerts ? Et t’avais pas engagé des employés y a genre une semaine ? » remarqua t-il soudain, en fronçant les sourcils, car de toute évidence ils n’étaient pas là.


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Les traits d'Anya se détendirent en un sourire quand Roy approuva la décoration, affirmant reconnaître la patte d'Irina. Sa soeur avait en effet réalisé un travail à son image, net, soigné et joli, sans pour autant s'encombrer de luxe ou de fioritures. On était sans nul doute à mille lieux des exubérantes Folies Sorcières, ou de cette absurde villa clinquante que Roy avait acquis, et c'était très bien ainsi. Voilà un point supplémentaire sur lequel ils s'opposaient tous les deux, et pourtant, pour une raison qui la dépassait, leur couple fonctionnait.

"On dirait, oui", approuva-t-elle avec un sourire fier, avant de nuancer : "Même si tu tombes bien : c'est la première fois qu'on a autant de monde !"

Elle jeta un nouveau coup d'oeil en direction de la salle lorsqu'il s'empara de sa main, mais ne la retira pas pour autant. Malgré les semaines, Juliana avait encore du mal à avoir totalement confiance en son déguisement d'Anya et la méfiance était encore très présente en elle, persuadée que le moindre geste pourrait la trahir. Pourtant, il avait bien fallut traiter avec les autorités pour les formalités administratives nécessaires à l'ouverture, et il avait même fallut servir des miliciens de la ville une fois, sans verser de poison dans leur nourriture... Ainsi était sa vie aujourd'hui, double, à moitié cachée, et elle avait encore bien du mal à s'y faire. D'ailleurs, Juliana connaissait de nombreuses sautes d'humeur, qui touchaient également Joel, certainement un effet de leur bijou vaudou.

La mention de ses employés lui tira un claquement de langue agacé : "Si, j'avais des employés, mais ils sont dégourdis comme des Véracrasses ! J'ai commencé par virer Jessica de bon matin, elle est tellement agréable avec les clients que l'un d'eux est parti sans commander. Ensuite, Robin m'a envoyé un patronus pour m'annoncer qu'il était malade - malade mon oeil, j'ai bien vu que son patronus était ivre moi ! Il se paie ma tête, quand on est capabe de produire un patronus corporel on est capable de se faire une petite potion anti-gueule de bois. Et pour finir, Megan n'a même pas daigné venir. Bref, des employés, il m'en faut de nouveaux..."

Elle avait ponctué sa diatribe de grands gestes agacés, qui trahissaient son incompréhension face à tant d'incompétence. Ces jeunes, qui avaient tous peu ou prou son âge, n'avaient-ils aucune conscience de la réalité des choses ? Que croyaient-ils devenir s'ils ne parvenaient pas à tenir le moindre job ? L'embauche se faisait rare dans le pays, surtout pour ceux qui s'étaient tourné vers la voie du commerce ou du service et ils feraient mieux de prendre leur destin en main pendant qu'il en était encore temps. Enfin, elle n'était pas leur mère.

Juliana s'éloigna un instant pour encaisser la table quatre et la débarrasser, puis revint auprès de Roy, s'accoudant au comptoir avec un soupir.

"Sinon, pour les dîners offerts, je crois qu'on n'a pas encore fait assez de pub, ou bien les gens n'osent pas venir... On a eu quelques personnes, mais seulement une ce soir. Peut-être qu'il faudrait que je passe à un autre système, aller directement à la rencontre des sans abris pour leur apporter des repas chauds, je ne sais pas. Ils sont nombreux à Manchester, côté sorcier, c'est quelque chose qui m'a frappé en arrivant en ville. Mais je pense que c'est comme partout, les gens sont méfiants. Qui peut les blâmer", souffla-t-elle avant de hausser les épaules. Elle baissa la voix, puis ajouta : "Pas mal d'entre eux se sont retrouvés à la rue à cause du FREE, voire son recherchés par le régime."

C'était bien le sens de la démarche, d'ailleurs. Servir des repas chauds mais également repérer des personnes en fuite, qu'ils pourraient aider d'une façon ou d'une autre, reconduire à Mallowsweet ou recruter pour la résistance. Mais pour cela, encore fallait-il qu'on leur accorde confiance, et pour cela, il fallait se construire une réputation de lieu de confiance. Or une réputation ne naissait pas en deux semaines...

"Je pense qu'il faut laisser passer un peu de temps, pour laisser les choses se mettre en place", conclut-elle avec optimisme.

Quels que soient les aléas que rencontraient les divers groupes de résistance, Juliana était persuadée d'une chose : ils allaient dans le sens de l'histoire. Le FREE ne faisait que confirmer leurs pires craintes, jour après jour, et la façade commençait à se craqueler - elle ne tiendrait pas éternellement. Cette dictature n'avait rien de pérenne, et ils seraient de plus en plus nombreux à grossir les rangs des contestataires. Viendrait un jour où le peuple se soulèverait, et l'on ne parlerait plus de terroristes, ni de résistants, mais bien de révolutionnaires. En attendant, ils devraient être patients.



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L’impatience et l’agacement de Juliana à la mention de ses employés tira un sourire amusé à Roy qu’il eut du mal à réprimer. Il l’imaginait si bien tempêter et lancer tous les jurons du monde à l’encontre de cette bande de bras cassés qu’elle avait engagés, et Roy savourait toujours ces instants où Juliana râlait sur la moitié de la terre -tant que ce n’était pas sur lui, du moins.

« Eh bien, une belle brochette de glandeurs, on dirait, ricana t-il. Je te conseillerais bien de les jeter dans l’eau du port pour leur apprendre mais vous n’en avez pas ici. »  

Et accessoirement, ça n’était pas très légal comme façon de faire, or Juliana avait enfreint suffisamment de lois pour le restant de sa vie. Il la laissa s’éloigner temporairement, le temps qu’elle encaisse une table, et se mit à observer plus précisément les clients, histoire de s’occuper. La clientèle était plutôt diversifiée, il fallait dire, il y avait un couple de vieux près d’une fenêtre qui prenait tout leur temps pour déguster leur dessert -Roy sentait qu’ils seraient les derniers partis- deux jeunes parents et leur petite fille attablés au milieu de la pièce, deux ou trois personnes seules d’âges divers. Classe sociale moyenne, estimait le trafiquant, sauf peut-être cet homme aux vêtements miteux au fond de la salle. Tiré de ses observations quand Juliana revint près de lui, il l’écouta lui parler de ses projets de dîner populaire, pour donner son avis après un instant de réflexion :

« C’est pas une mauvaise idée de commencer par aller à leur rencontre directement avec de la nourriture… Comme ça, ils se souviennent de toi et dès qu’il commencera à faire froid, tu verras qu’ils seront nombreux à venir ici le soir. Mais ça va le faire, vous allez vous faire votre réputation tranquillement, ça démarre bien pour l’instant. » Il offrit un sourire rassurant à sa petite amie puis l’attira dans ses bras pour un bref câlin. « Tu t’en sors déjà comme une chef. »

Ce projet de restaurant était une porte de sortie pour Juliana, un véritable alibi qui lui permettait d’avoir une vie en apparence normale. C’était une bouffée d’air frais après le Kraken, mais c’était aussi un projet qui lui permettait de poursuivre ses activités résistantes en secret, Roy le savait. Le bon lancement de ce restaurant portait de multiples enjeux plus qu’importants pour sa fiancée, c’est pourquoi il cherchait à la soutenir comme il le pouvait, même si cela signifiait prendre quelques risques. Pour l’instant, il n’avait rien à craindre à priori, il avait veillé à ce que nul ne se doute de son double jeu. Il comptait bien continuer à aider Juliana et surtout veiller à ce qu’elle ne risque rien. Cette petite visite surprise lui permettait d’avoir quelques nouvelles et savoir comment son projet allait fonctionner dans les prochains jours. Il rebondit d’ailleurs sur une information que Juliana lui avait confiée dans son discours pour demander avec curiosité :

« C’est l’homme dans le coin près des cuisines, le mec qui est venu pour un dîner offert ? »


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Desmond Powell, 54 ans


Une toux sèche secouait l'homme dissimulé dans l'ombre de la rue par intermittence. Prostré sur le palier d'une porte, son manteau bleu élimé serré contre lui, il fixait le restaurant d'un regard insondable. La devanture de la Tortue Repue était accueillante, et l'endroit semblait aussi douillet que le nom le laissait supposer. Une odeur alléchante de ragoût chatouillait régulièrement ses narines, et ravivait des souvenirs d'une autre vie, profondément enfouis au fond de lui. Ah, ce qu'il aurait aimé pouvoir revenir en arrière ! Etre, rien que pour une nuit, replongé dans la vie de cet adolescent malingre qui passait ses soirées dans un pouf confortable de la salle commune de Poufsouffle... Mais cette existence confortable et insouciante était bel et bien derrière lui. A l'époque, il avait des rêves plein la tête, et il en avait accompli certains, mais quelque part en chemin, les choses avaient déraillé. Comment, pourquoi ? Le hasard, la malchance, les erreurs ? Oh, une erreur, oui, il en avait fait une, la plus grosse de toute sa vie. Celle d'avoir voté pour Leopold Marchebank.

Il ne savait pas, en glissant le bulletin dans l'urne, qu'il venait de sceller son propre destin. Qu'il allait changer le cours de sa vie. Mais il en était là aujourd'hui. Il avait perdu son travail, sa famille, ses amis, et sa dignité était sur le point de suivre le même chemin. Pourtant, il se battait pour conserver au moins cela, de la dignité. Il allait aux bains publics dès que possible, il tentait de trouver des petits boulots quand on voulait de lui, il dormait où la police magique ne le chassait pas, et mangeait... Eh bien, quand il le pouvait. C'était pour cela qu'il se trouvait là, parce qu'il avait entendu parler de cet endroit et qu'il aurait bien besoin d'un bon repas. Alors il s'était traîné jusqu'à Manchester, avait recherché l'endroit, mais ne s'était pas encore résolu à passer le pas de la porte. Une faiblesse profonde l'avait envahi et il était resté là à guetter, à attendre de voir si d'autres gens comme lui se présenteraient. Il n'avait vu personne, et l'heure avait tourné. Les clients sortaient, le restaurant allait fermer.

Ce ne fut pas la faim, mais une nouvelle quinte de toux et un frisson de froid qui le poussèrent finalement à se lever, pour traverser la rue jusqu'au restaurant. Parvenu devant la vitrine, il croisa le regard hésitant de son reflet, et tiqua un peu en réalisant qu'il ne se reconnaissait même pas. Bien que ce fut inutile, il passa une main fébrile dans sa chevelure châtain emmêlée, s'attarda un instant sur sa barbe trop longue, et poussa un soupir. Quelle importance, son apparence ? Il venait ici pour se nourrir, et c'était tout. Ces gens devaient en voir passer d'autres, de toute façon. Au moins, il ne puait pas l'alcool et n'avait pas les lèvres bleuies de Volubilis comme d'autres.

Desmond rentra la tête dans les épaules, et poussa la porte de la Tortue Repue. Quelques conversations joyeuses se faisaient entendre, mais l'établissement avait commencé à se vider. La serveuse lui faisait dos, occupée à converser avec un client, et il alla se placer un peu gauchement vers l'entrée des cuisines. Autant ne pas se faire remarquer, surtout si l'établissement recevait des clients aussi bien habillés que cet homme qui... Mais... Par Holga ! Il le connaissait, cet homme ! Ce teint basané, cette chemise de haute facture, cette montre luxueuse, et surtout, cette expression du visage, il les reconnaissait ! C'était l'expression d'un homme qui pensait que le monde lui appartenait. Tout lui était dû, et tout était permis. Cet homme, c'était Roy Calder, le propriétaire des Folies Sorcières.

"C'est pas un endroit pour les clochards ici. T'as cru quoi ? Allez dégage le clodo !"

Aussitôt, Desmond sentit une profonde bouffée de haine l'envahir. Son visage rougit sous l'effet de ce poison brûlant, tandis que l'amertume de l'humiliation que Roy Calder et ses sbires lui avaient fait subir resurgissaient en lui. Même ici, alors qu'il venait ravaler sa fierté et demander un repas gratuit, il fallait que Calder soit présent. Tiré à quatre épingles, ce même sourire suffisant aux lèvres, ce même regard dédaigneux posé sur lui, Calder venait de souffler une question à la jeune serveuse qui réalisa alors seulement sa présence. Elle l'observa à peine un quart de secondes avant d'être interpellée par des clients à une table un peu plus loin. Elle glissa quelques mots à Calder que Desmond n'eut aucun mal à entendre :

"Ah, on dirait bien ! Tu peux t'en occuper le temps que j'encaisse les clients ? Merci !"

Rêvait-il, Calder travaillait-il là ? Calder allait-il lui servir la soupe, après l'avoir fait traîner comme un malpropre par ses vigiles dans tout son casino, devant tous ses clients ? L'avoir jeté sur le parvis des Folies comme un vulgaire chien errant que l'on renvoie à la rue ? Sans doute voulait-il s'offrir une conscience en s'occupant des pauvres, peut-être était-ce bon pour son image. Mais qui croyait-il duper ? Certainement pas lui. Y avait-il image plus ridicule que celle de cet homme qui portait sur lui l'équivalent d'un mois de salaire d'un honnête homme, qui retroussait ses manches pour lui servir un bol de ragoût ?

Calder était l'incarnation même de tout le mal qui rongeait l'Angleterre. C'était à cause de gens comme lui que Desmond Powell était devenu personne, qu'il était devenu la honte de Bristol, la lie de la ville et du pays. Ah, qu'elle était belle, l'égalité du FREE ! Ce régime avait séparé les hommes en deux. Il y avait les Roy Calder, riches, puissants, admirés, et il y avait tous les autres. Les Personne, les Bons-à-Rien. Les "Trouve-toi-un-travail-comme-tout-le-monde", les "Quand-on-veut-on-peut", les "Sale-Chien".

Son regard ulcéré ne quitta pas Calder pendant plusieurs battements de coeur. C'était peut-être la faim, le froid, le manque de sommeil, les effets de plusieurs mois à vivre dans des conditions inhumaines, ou encore le chagrin et le désespoir qui lui avaient fait perdre sa lucidité. Mais à cet instant précis, Desmond réalisa qu'il avait perdu bien plus que sa dignité - il avait perdu toute raison. Il n'avait plus rien à perdre, il avait déjà tout perdu, et Calder avait tout gagné. Et il compris sa responsabilité dans cet état de fait : il l'avait laissé faire. Il s'était laissé dépouiller par des hommes corrompus, oppresser par une dictature qu'il avait lui-même élu. Il s'était laissé dédaigner, piétiner, humilier.

Mais plus maintenant.

Avant même qu'il ne réalise ce qu'il était en train de faire, il avait franchi la pièce en trois enjambées. Avec une vivacité et une énergie qu'il ne se savait plus posséder, il porta ses mains à la gorge de Calder, et serra de toute ses forces autour de ce cou rasé de près, qui sentait le parfum. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas senti l'odeur de parfum... Alors il serra, serra, serra, le regard fou, exorbité, comme pour s'en imprégner.
Roy CalderChef de la mafiaavatar
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La demande que lui fit Juliana laissa Roy perplexe, mais il n’eut pas vraiment le temps de la rattraper car elle filait déjà vers l’entrée du restaurant, près des caisses, à s’occuper de clients. Elle venait de l’assigner à un service comme s’il avait fait ça toute sa vie, ce qui n’était pas le cas, et encore moins pour des mendiants. Il reporta son regard sur l’homme barbu, puis se dit que ça ne devait pas être sorcier. Après tout, il était commercial, il était capable d’afficher un sourire de circonstance, lu souhaiter bienvenue et lui demander ce qu’il souhaitait manger, puis il irait dans les cuisines et ce serait réglé. Roy commençait donc à s’avancer vers lui et, voyant son visage dévoré par la barbe d’un peu plus près, remarqua l’expression étrange, indéfinissable de l’homme dont le regard était fixé sur lui. Lorsqu’il se leva, Roy ralentit instinctivement le pas, un peu surpris de la réaction. Il eut le temps de supposer qu’il venait à son encontre pour lui parler. Pas d'anticiper le fait qu’il se trompait.

La force avec laquelle l’inconnu aux membres décharnés lui serra la gorge lui coupa la respiration, de surprise. Incapable d’articuler un mot, Roy fouillait le regard que son agresseur plongeait durement dans le sien, comme s’il souhaitait le marquer de sa présence. Mais qui ? Qui diable était t-il ? Mille hypothèses jaillirent dans l’esprit du mafieux qui s’imagina avoir affaire à un membre d’un gang ennemi, un client accro aux jeux dépouillé par son casino, un mafieux qu’il avait un jour arnaqué, bref, quelqu’un ayant une raison de le connaître et de lui en vouloir, une raison qu’il pouvait se figurer. Mais il ne reconnut pas le clochard qu’il avait un jour expulsé de son établissement, car on ne faisait jamais attention à ces visages-là. Ils vous laissaient indifférent au mieux, méprisant quand leur présence gênait vos affaires. Eh bien quoi, il allait crever ainsi, sous les mains d'un obscur inconnu qui lui sautait dessus comme un fou, sans dire un mot ? Au bout d’un moment, Roy n’eut plus le temps de se forger des hypothèses, car il sentait de plus en plus l’air lui manquer, et ses mouvements pour se libérer inefficaces. Confusément, il perçut les exclamations des quelques clients qui les entouraient et venaient de les remarquer, dans ce sombre coin près de la porte des cuisines. Roy n’y prêta guère attention, car il n’avait qu’une chose en tête, c’était de réussir à attraper sa baguette dans la poche intérieure de sa veste…

Un sortilège expulsa violemment le mendiant, à quelques mètres de lui. Si Roy venait justement de mettre la main sur sa baguette, il sut que ce n’était pas lui qui avait lancé le sort, il n’aurait pas pu le faire si vite.Trop secoué pour chercher à savoir qui était venu à sa rescousse, Roy sentit l’air entrer violemment dans sa trachée comprimée, ce qu’il accueillit en toussant et crachotant, plié sur lui-même. Il palpa la peau de sa gorge qui irradiait de douleur, puis finit par retrouver le sens de la parole, et les premiers mots qui lui vinrent furent une suite de jurons salés. Après le choc et la panique venait une juste colère, noire, aveugle contre cet homme qui venait de l’agresser.

D’un pas titubant mais décidé à ne pas le laisser filer à si bon compte, Roy avança vers lui, sourd à ce qu’on pouvait lui dire. Il tomba à genoux à côté de lui, tandis qu'il se redressait près du meuble renversé contre lequel il avait été jeté. Roy trouva la force, uniquement fournie par la fureur, de l’attraper par le col pour le secouer une fois, deux fois, péniblement.

« Sale… fils de… chien ! proféra t-il d’une voix rauque, malmenée. Boum, la tête frappa brutalement une troisième fois contre le meuble. Qui t’es, qu’est-ce que tu me veux ?! L’homme se débattit, donnant un coup de genou dans les côtes de Roy qui ne fit qu’augmenter sa rage. Il appuya plus fermement de son poids sur lui pour l’empêcher de filer, et leva le poing, qu'il lui envoya dans la figure. Je vais te buter, enfoiré !! »


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Joel Hudson / Alyssa Walker
Chef du Dark Panther Pride


L'agitation commençait à retomber dans les cuisines de la Tortue Repue. Tous les plats étaient partis, aucune nouvelle commande n'avait été passée depuis vingt minutes et il ne restait plus qu'un fond de marmite de soupe en train de chauffer dans un coin. Joel et son commis de cuisine, un jeune homme dégingandé tout juste sorti de Poudlard, s'affairaient à la plonge et au rangement des plans de travail en commentant du dernier match des Requins de Bristol. Bien sûr, Joel, sous couvert de son apparence d'Alyssa, s'efforçait de ne pas démonter l'étendue de ses connaissances quiddistiques à son collègues. Après tout, il était censé découvrir seulement l'Angleterre, et connaître l'intégralité du palmarès des Requins aurait été un peu louche dans ce contexte là... Décidément, se faire passer pour quelqu'un d'autre nécessitait une belle gymnastique de l'esprit, et une concentration de tous les instants !

Il était en train de se faire cette réflexion, les bras chargés d'une grande casserole sale, quand il vit le visage boutonneux d'Ernest entrer dans son champ de vision :

"T'es vraiment trop cool pour une fille ! Et pour un boss ! Hé Alyssa, j'me demandais..."

Des signaux d'alarme s'allumèrent dans l'esprit de Joel. Pourquoi Ernest arborait-il ce sourire constipé, qui se voulait certainement charmeur ?

"...te dirait qu'on sorte, euh, toi et moi ? Genre, au resto, tu vois, enfin un autre resto quoi... Comme un rencard, genre ?"

Un silence effaré suivit la proposition du jeune homme, et plusieurs secondes s'écoulèrent dans le plus profond embarras. Mais que se passait-il ?! Ils parlaient simplement Quidditch, Joel s'était simplement montré cordial avec un employé, à quel moment Ernest avait-il vu cela comme un signal, un feu vert pour le flirt ?!

Alors que le silence commençait à s'étirer un peu trop en longueur, des bruits sourds se firent entendre à l'étage, comme des bruits de lutte.

*Sauvé par le gong.*

"Je vais voir ce qui se passe là-haut !", lâcha Joel avant de s'enfuir lâchement, loin du regard plein d'espoir d'Ernest.

Grimpant les escaliers quatre à quatre, plus pour s'éloigner des cuisines que par réelle inquiétude, Joel déboula dans la salle où un spectacle effarant s'offrit à lui. Un homme inconnu, à l'allure misérable, était en train d'étrangler un autre homme qu'il reconnut rapidement comme étant Roy. A en juger par ses mouvements désespérés, Roy ne parvenait pas à se dégager de l'emprise de l'attaquant, et peinait à respirer. Joel plongea aussitôt sa main dans la poche de son jean et attrapa sa baguette, qu'il pointa vivement sur l'assaillant.

"Expulso !", s'écria-t-il, tandis que des cris se faisaient entendre dans la pièce. Le sort fusa jusqu'à l'homme, qu'il éjecta loin de sa victime. Roy tomba à genoux, et Juliana se précipita vers lui, aussi Joel se tourna-t-il vers la dernière table de clients encore présents. Il y avait là une famille de quatre personnes, visiblement catastrophée.

"Ne vous inquiétez pas, je l'ai neutralisé, il n'a pas l'air d'avoir toute sa tête... je vais appeler la police magique et ils feront la lumière sur tout ça. Vous pouvez y aller, le repas est offert par la maison, pour le dérangement. Toutes nos excuses", dit-il avec empressement, en maudissant ce satané Calder qui avait réussi à déclencher une dispute dans leur restaurant tout neuf. Voilà de la mauvaise publicité dont ils auraient bien pu se passer !

A peine les clients avaient-ils mis le pied dehors que de nouveaux éclats se firent entendre. Faisant volte-face, Joel avisa Roy en train de frapper la tête de l'inconnu contre une table, puis de se prendre un juste retour de genou.

"Bordel de troll, mais ça va pas bien, bande de tarés !!", lâcha Joel de la voix douce et mélodieuse d'Alyssa. Juliana et lui se précipitèrent entre les deux bagarreurs pour tenter de les séparer. Juliana, dont l'apparence d'adoption avait plus de force, agrippa Roy par l'arrière tandis que Joel tentait de tirer l'inconnu à l'écart. Il se prit un coup au visage au passage, et finit par lancer un sort au milieu de ce petit monde, passablement énervé. Sa baguette lançait des étincelles rouge et or lorsqu'il se plaça entre les deux hommes.

"CA SUFFIT MAINTENANT, VOUS ALLEZ VOUS CALMER TOUT DE SUITE, C'EST CLAIR ?!"

Comme cela avait l'air clair, et qu'ils avaient sans doute besoin de reprendre leur souffle, Joel pu darder sur Roy son regard furibond :

"C'est quoi ce délire, tu le connais ce type là ?!"

Ce ne fut pas Roy qui lui répondit, mais l'autre homme, d'une voix cassée : "Oh non, il ne me connait pas, mais moi j'le connais, ce fils de cognard !"

L'attention des protagonistes se porta aussitôt sur l'inconnu, qui s'exprimait pour la première fois depuis son apparition. Et c'était comme une vanne qui venait de s'ouvrir :

"C'est Calder, Roy Calder, j'sais qui vous êtes, moi, le patron des Folies, le parrain d'la mafia. Un cognard de mafieux, c'est à cause de vous, c'est votre faute, j'ai tout perdu !! J'ai tout perdu et lui il est là, saleté de collabo, à se pavaner dans votre resto, avec sa chemise et sa montre et sa putain de condescendance et j'venais juste chercher un repas chaud, mais c'est partout pareil hein, bande de vermines corrompues, on peut pas leur échapper, on peut rien faire, mais j'm'en fiche, j'arrête de me battre, c'est bon, vous avez gagné, j'me rends, OK ? Envoyez moi là-bas, à Skye, j'm'en tamponne, j'en peux plus ! J'en peux plus ! On peut pas gagner contre eux !"

Joel tentait de démêler ce qu'il pouvait du discours décousu de l'homme, lorsqu'il le vit s'effondrer sous leurs yeux. Son regard bleu exorbité s'emplit de grosses gouttes qui se mirent bientôt à dévaler ses joues râpées par le froid. Secoué de sanglots et de tremblements, il semblait se rassembler sur lui-même, comme pour disparaître, et finit prostré en une posture d'abandon.

"On peut pas gagner !"
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Ce fut une voix de femme qui s’égosilla, mais Roy pouvait presque entendre le ton et la voix de Joel qui grondait à l’intérieur. Il perçut également les invectives de Juliana, qui le priait de se calmer, en le tirant en arrière. Il n’eut pas l’occasion de frapper davantage. Ce fut le second sort de Joel qui remit en place les esprits des deux agités, et Roy se trouva simplement contre Anya, à tenter de reprendre son souffle. Il sentit le venin mortel de sa colère baisser en intensité, l’adrénaline avec. Ce fut le moment où Roy se rendit compte combien cet homme lui avait fait mal en l’étranglant tout à l’heure. Il n’avait vraiment pas fait semblant, songea t-il avec amertume en palpant sa gorge douloureuse. Il valait mieux pour lui qu’il n’y ait pas d’hématome qui jaillisse à la surface…

Sonné, il fut moins réactif que son agresseur lorsque Joel demanda des explications d’un ton furibond. De toute manière, des explications, Roy était bien incapable d’en donner, il ne connaissait absolument pas cet homme, alors à part répliquer qu’il n’avait fait que se défendre et rendre les coups d’une attaque qui lui était tombée dessus, il ne voyait pas ce qu’il pouvait dire de plus. L’autre homme, en revanche, en avait des choses à dire, il se lança dans un discours désordonné dans lequel Roy s’entendit accuser de toutes ses pertes. Puis il évoqua un combat, Skye, et termina en clamant qu’il ne pouvait pas gagner. Gagner quoi ? Ces paroles n’avaient ni queue ni tête, et Roy avait les nerfs trop à vif pour réfléchir à leur donner de la cohérence. Fixer l’inconnu de son regard incrédule n’allait de toute évidence pas y changer grand-chose.

« Mais tu es complètement taré, mon gars… finit t-il par souffler. Il passa une main sur son visage, nerveuse, frustrée par la réaction absurde de ce type, contrarié par sa simple présence qu’il sentait encore hostile envers lui. Sérieux ! Tu chiales, maintenant ? Bordel ! »

Il se défit de l'emprise de Julia, puis alla donner un coup de pied rageur dans le meuble qu’ils avaient fracassé tout à l’heure, pour évacuer un trop plein d’émotions qu’il ne pouvait plus relâcher sur son agresseur. Roy ressentit instantanément le besoin de prendre ses distances et s’éloigna du petit groupe, empêchant Juliana de le suivre d'une parole. Il se retrouva à l’autre bout de la salle, près d’un couloir où il fit des pas pour se calmer. Il valait encore mieux qu’il se mette seul dans un coin, pour mettre de l’ordre dans sa tête, plutôt qu’il pète à nouveau un plomb en plein milieu du restaurant. Les clients avaient déjà tous fui, il aperçut même un dernier employé filer en vitesse hors du restaurant, les laissant lui, l’inconnu, Anya et Alyssa seuls dans l’établissement.

*Bordel, bordel, bordel*, tournait une boucle dans sa tête. Que venait t-il d’arriver, par Merlin ? Il n’avait jamais souhaité faire une telle presse au projet de sa fiancée, dont il n’osa même pas rencontrer le regard, pendant qu’il tentait de retrouver ses esprits. Il l’avait peut-être déçue, choquée, mise en colère… A ces pensées, les pas de Roy ralentirent, tandis qu’il se prenait la tête dans les mains. Il s’était déjà montré beaucoup plus violent que ça, par le passé, s’il fallait être honnête. Il avait toujours été un garçon impulsif, capable de grosses colères, mais l’éducation de rue, à la dure, lui avait fait prendre un autre tournant dans ses éclats de violence, laissant de véritables marques chez lui. Parce qu’il était toujours question de ne jamais se laisser avoir par la défaite, de se relever pour montrer qu’on était toujours debout et prêt à se défendre, même ensanglanté. Parce que les épreuves violentes rendaient plus forts.

Pour le coup, cet homme aurait pu le tuer. Parmi les images qui avaient défilé dans sa tête, quand il tenait sa gorge sous une emprise inébranlable, Roy avait revu cet instant où une baguette dans l’ombre s’était pointée sur lui, dont il n’avait perçu qu’un éclair vert, avant d’en être sauvé de justesse. Il aurait pu mourir comme il aurait pu mourir ce soir-là, dans une ruelle londonienne, après une rencontre entre chefs de gang. Un soir qui avait marqué une cible dans son dos au fer rouge, qu’il tentait d’ignorer. En un an à peine, Roy avait connu un épisode de torture, une tentative de meurtre, des épreuves violentes qui l’avaient rendu… plus fort, vraiment ? Plus anxieux, c’était certain. Plus paranoïaque. Plus enclin à sombrer dans ses noirs travers.

Cet homme aurait pu le tuer, et il aurait pu le tuer en retour, se rendit t-il compte, regardant brièvement ses propres mains qui l’avaient violenté tout à l’heure. Il l’avait menacé de le faire, en tout cas. Un pauvre clochard maigre comme un clou, pathétique, instable, il aurait pu l’éliminer s’il s’était laissé engloutir par sa propre fureur. Un homme dont il ne connaissait même pas le nom, alors que ce dernier connaissait parfaitement le sien. Belle ironie. Si cet homme le connaissait, alors il avait probablement plus de raisons de lui en vouloir que Roy qui n’aurait jamais fait attention à lui autrement… Ce qu’il avait dit tout à l’heure peignait un homme désespéré, perdu, insensé. Roy ne ressentait pas un centième de compassion envers lui, pas dans ces circonstances, mais il commençait à ressentir pitié et méfiance, plutôt que panique et fureur, ce qui était un état beaucoup plus propice à discuter de façon à peu près calme.

Il finit par revenir vers les trois autres, qui s’étaient entre temps assis à une table. Sans chercher à savoir s’il interrompait une conversation ou pas, Roy s’approcha, en croisant ses bras, un regard défensif posé sur le mendiant. Parce qu’il n’était pas non plus prêt d’oublier de quoi il avait été victime, il garda ses distances et un ton froid en demandant :

« C’est quoi votre nom ? Et pourquoi vous m’avez sauté dessus ? »


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Desmond Powell, 54 ans


Le regard que l'homme posa sur Roy ne contenait plus une trace des émotions qui avaient bouillonné en lui quelques minutes plus tôt. Desmond se sentait soudain vidé de toute vie, comme si les poings de Calder avaient achevé de le mettre totalement K.O. Et pourtant, il était encore là, à parler et respirer, à exister, tout simplement. Sa vie n'avait plus le moindre sens, mais il était encore vivant, alors il lui fallait bien soutenir ces regards inquiets et furieux posés sur lui.

"Powell, Desmond Powell", répondit-il d'un ton las, avant de se tourner vers la serveuse : "Et j'vous raconte tout c'que vous voulez savoir, contre un repas chaud."

Desmond savait pertinemment qu'il n'était pas en position de négocier, pas après avoir attaqué l'un des leurs, mais son instinct lui soufflait que la jeune femme n'allait pas refuser. L'autre femme, celle qui venait des cuisines, avait le visage fermé et le regard dur, et sans doute n'aurait-il eu aucune chance avec elle. Mais la serveuse, elle, semblait bouleversée et il y avait quelque chose en elle qui lui semblait profondément familier. Il n'aurait pas su dire quoi précisément, mais Desmond sentait que la compassion pouvait venir d'elle, et il ne fut pas surpris de la voir se lever sans protester.

Un silence pesant régna dans la pièce, jusqu'à ce que Juliana revienne avec une assiette de soupe fumante, une miche de pain et un verre d'eau. Lorsque le fumet du plat parvint à ses narines, son estomac se contracta presque douloureusement, et il attrapa sa cuillère sans attendre pour commencer à se sustenter.

"J'suis commerçant, enfin, j'étais... J'suis à la rue maintenant", commença-t-il avec un rictus. "J'avais mon commerce depuis plus d'trente ans, depuis ma sortie d'Poudlard ! Oh, c'était pas grand chose, bien sûr, j'étais un petit vendeur de potions et de bibelots comme il en existait mille mais c'était un commerce honnête et je l'aimais, ma boutique."

Desmond s'interrompit pour engloutir un morceau de pain avec du fromage de chèvre, ignorant le regard de Calder sur lui. Ce cognard pourrait bien faire ce qu'il voudrait de lui ensuite, pour ce que ça lui importait, mais pour l'heure, il comptait bien profiter du repas qu'il était venu chercher.

"Les choses ont commencé à se compliquer pour moi après la guerre des gangs", continua-t-il en relevant ses pupilles glacées sur Roy. "A partir de là, tout à commencer à dérailler. Les non bristoliens ne sont mis à éviter la ville comme la peste, quant à ma clientèle du coin, bah... Avec le couvre feu, les gens n'avaient plus l'temps d'passer chez moi. En plus de ça, Marchebank a fait passer le tiers de mes produits sur la liste des potions interdites au commerce... Bref, vous voyez l'tableau, en quelques semaines à peine, j'me suis retrouvé à deux doigts de perdre le business que j'avais fait tourner toute ma vie ! J'vous raconte ça, mais mes collègues commerçants c'était pareil, surtout ceux qu'avaient des bars ou des restos. Et quand on a voulu protester, devant vot' casino d'richard, là... bah le Kraken a complètement éclipsé notre action."

Plongé dans son bol de soupe, Desmond ne remarqua pas le regard mortifié qu'échangeaient les deux jeunes femmes autour de lui.

"Ce qui vous est arrivé est horrible", commença Joel, "Mais..."

"'Tendez, c'est que l'début. J'étais sur l'point d'mettre la clef sous la porte, et j'avais une famille à nourrir, moi, une femme et une petite fille ! Alors quand ils sont venus, j'ai pas hésité !"

"Qui ça, ils ?", l'encouragea doucement Juliana.

Le regard givré de Desmond trouva de nouveau celui de Roy, qu'il désigna finalement d'un signe de tête.

"Ses hommes. Les Veilleurs. Enfin, j'le savais pas à l'époque, qu'c'était comme ça qu'ils s'appelaient... Des grossistes pour potions, qu'y disaient. Voulaient qu'on s'associe, proposaient de m'aider, de m'avancer un peu d'argent, que j'leur rendrai plus tard, qu'on pourrait s'arranger... Sont venus une première fois après la guerre des gangs, j'ai refusé, mais j'ai fini par accepter parce que c'était soit ça, soit le chômage, ne plus pouvoir payer le loyer, risquer de me retrouver sans rien avec ma famille sur les bras. Ouais. Bah au final, valait encore mieux ça."

Son poing se serra sur sa cuillère en bois, alors que les souvenirs affluaient dans sa mémoire. Au cours des dernières semaines, il avait tenté de ne plus penser à tout cela et d'accepter son sort... Mais comment oublier ses erreurs, comment oublier la douleur qui lui serrait le coeur chaque fois qu'il pensait à sa femme, à sa fille ?

"Ils m'ont pas lâché, ils voulaient que je rembourse, mais j'avais pas l'argent, ils me mettaient la pression, tous les jours ils venaient, tous les jours, au magasin ! Et puis chez moi ! Ils sont venus chez moi, ils ont menacé ma femme et ma fille, ils m'ont menacé de les tuer si jamais j'remboursais pas mes dettes. Alors elles sont parties."

Sa voix se brisa sur ces derniers mots, et il baissa la tête pour fixer la table en bois, caché derrière ses mèches de cheveux sales et désordonnées.

"Ma femme m'a quitté, elle a embarqué la gamine, loin de Bristol, j'sais même pas où elles sont, ce qu'elles sont devenues. Deux jours plus tard, j'étais obligé de vendre ma boutique pour payer mes dettes. J'ai cherché un autre emploi, mais sur Bristol, c'était impossible, et j'pouvais pas justifier d'un job pour passer les checks-points, alors... J'ai fini par me faire éjecter de mon appart aussi. Et depuis, je vis dans la rue, et croyez-moi, c'est pas facile. C'est pas facile."

Sa gorge s'était serrée, mais il ne laissa pas les larmes revenir. Il s'était assez humilié devant cet homme pour le restant de sa vie.

"Alors ouais, quand j't'ai vu, Calder, j'ai pété un câble. J'ai pété un câble parce que ça fait trois jours que j'ai rien mangé, que je dors mal, que j'ai froid, que j'ai perdu les femmes que j'aime et que toi, pendant c'temps là, toi, t'es comme un roi. Ah, vous l'saviez p'tet pas, mesdemoiselles, mais vot' bienfaiteur, là, c'est lui, la tête pensante des Veilleurs. Tu sais qu'un jour, tu m'as fait virer de ton putain de casino, parce que j'étais pas assez bien sapé ? Tu m'as pas r'connu, hein, alors que tes hommes passaient à ma boutique tous les deux jours pour me mettre la pression. C'est en-dessous d'toi, le sort des gens comme moi. Pire, t'en profites, tu t'fais du fric grâce à nous, tu t'fais ta belle place au soleil, l'argent, le pouvoir, les jolies filles, mais j'vais pas t'laisser t'acheter une bonne conscience en plus de ça !"

D'un geste colérique, il poussa le bol de soupe désormais vide, qui alla rouler en direction de Juliana. Sans dire mot, elle le saisit, glissa un regard à Roy, puis s'éloigna vers le comptoir.
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Roy tiqua à la demande qu'il jugeait assez gonflée de leur interlocuteur après avoir saccagé une partie des lieux, mais il ne dit rien. Ce n’était pas son restaurant après tout, et c’était bien pour des vagabonds de son genre qu’on offrait un dîner ici. Un parfait silence régna dans la salle jusqu’à ce que monsieur ait son plat et daigne commencer son récit. Dès l’instant où il débuta son histoire, Roy se sut capable d’en deviner la suite, tant ce genre de récit n’était pas isolé chez les commerçants de Bristol. Le Bloody Sunday, la guerre des gangs, le blocus, tout cet enchaînement d’évènements avaient extrêmement fragilisé beaucoup de petits commerces, et dans cet équilibre précaire, les plus forts en avaient profité pour jaillir et imposer leur loi. C’était ainsi. En temps normal, le monde du commerce était un monde de requins, en temps difficiles, c’était dix fois pire. C’était en tout cas ce que Roy avait appris au cours de ses dix années d’expérience dans le marché noir, une logique qu’il avait parfaitement intégrée, dont il avait été victime un temps, jusqu’à devenir l’un de ces gros poissons phagocytant les autres.

Il perçut la lueur d’accusation dans le regard que porta Desmond sur lui, dès lors qu’il prononça le mot guerre des gangs, mais il soutint son regard sans sourciller. Il n’y avait pas de quoi être fier d’avoir dépouillé un petit commerçant honnête, et Roy ne l’était pas, pour autant, il ne se sentait pas honteux non plus. Que voulait t-il qu’il lui réponde ? C’était les règles du jeu. D’autres s’en étaient sortis, il aurait pu en faire partie s’il avait été plus fort. Même lorsque Desmond l’accusa frontalement, lui et ses Veilleurs d’avoir détruit son commerce, Roy resta debout, à soutenir son regard, la mine fermée. Les conséquences pour sa famille étaient malheureuses, et Desmond n’était probablement pas la seule personne dont le trafic des Veilleurs avait détruit la vie. Roy avait tous les torts dans cette histoire, il pouvait objectivement le reconnaître. S’en sentait t-il désolé pour autant ? Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour qu’il fasse son examen de conscience. Non, il ne se sentait pas désolé, pour la simple et bonne raison qu’il ne connaissait pas cet homme, et par conséquent, son sort lui importait peu. Les seules personnes pour lesquelles Roy était capable de ressentir des remords et d’écraser sa fierté étaient celles qu’il aimaient sincèrement. Il n’avait jamais été doué d’une grande empathie, certains l’étaient, mais pas lui. S’il l’avait été, cela faisait bien longtemps qu’il aurait quitté la mafia : il n’y avait pas de place pour les coeurs bons et altruistes dans cet univers, seulement pour les gens capables de mettre leurs scrupules de côté.

C’était ce qu’il était, il n’allait pas s’excuser d’être ce qu’il était face à un inconnu pathétique. Ce n’était pas tant sa fierté qu’une relative indifférence qui empêchait Roy de s’excuser. C’était malheureux ce qui lui arrivait, mais c’était la vie. Roy aurait pu dire que personne ne pourrait le changer sur cet aspect-là, mais c’était faux. Il en eut la preuve à l’instant même où il capta le regard lourd de sens que posa sur lui Juliana, avant de se détourner vers le comptoir. Ce simple regard silencieux, qui ne dura qu’une seconde, fit dix fois plus d’effet au chef de gang que le long discours accusateur de Desmond, qui venait de terminer sur un geste de colère. Ses yeux restèrent temporairement fixés sur le dos de sa fiancée, comme pour chercher à capter son regard à nouveau, mais elle ne lui en laissa pas l’occasion. Et dans cet échange parfaitement silencieux, Roy se demanda s’il ne venait pas de la décevoir, encore une fois.

Ses agissements de mafieux, elle ne les cautionnait pas, il le savait. Elle l’aimait malgré tout, il le savait aussi, mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quel point ? Au fond, elle ne savait même pas tout de ce qu’il pouvait faire ou avait pu faire par le passé. Voilà qu’elle apprenait une histoire et qu’elle le regardait comme pour lui dire… Il ne savait pas trop quoi, mais rien de positif, en tout cas. S’il se moquait bien de l’approbation d’un inconnu comme Powell, celle de Juliana était en revanche d’une grande importance pour lui. Cette appréhension de la décevoir lui fit reconsidérer la situation sous un autre angle. Il aurait voulu prendre Juliana à part pour discuter avec elle et savoir au moins ce qu’elle pensait, mais il ne pouvait pas dans cette situation. Powell pensait qu’il était ici comme un donateur pour le restaurant, inutile qu’il comprenne autre chose.

Ce fut de voir Juliana revenir avec un nouveau bol de soupe qui fit sortir Roy de ses réflexions silencieuses. Quel genre d’homme était t-il pour refiler à sa petite amie des hommes qu’il avait lui-même dépouillés ? Puisqu’il était le seul responsable de cette situation, c’était à lui de la régler. Il quitta le pilier contre lequel il s’était tenu debout bras croisés à toiser le sans-abri, pour tirer une chaise face à lui. Posant les coudes sur la table, il croisa les mains, le regard fixé dans celui de Desmond et se décida à parler :

« Tu as raison, je ne t’ai pas reconnu ce soir où tu es venu dans mon casino, ni tout à l’heure. En fait, même maintenant, ta tête ne me dit absolument rien. Et pour être honnête, j’ai même jamais entendu parler de ton nom. Ca va te paraître parfaitement salaud de ma part, mais je ne connais pas l’identité de tous les gars comme toi qui se sont fait bouffer leur commerce par le mien. »

Il parlait sans animosité, mais sans douceur non plus. Il reconnaissait ses actions avec une honnêteté assez brutale, car Roy n’avait pas l’intention de le caresser dans le sens du poil, ni de s’aplatir. De toute façon, il présumait que Desmond, au vu de son amertume, n’avait aucunement envie de sa pitié ou de ses excuses.

« Je te dis ça en face, parce que je cherche pas à m’acheter une bonne conscience contrairement à ce que tu crois, j’assume ce que j’ai fait. Alors tu peux me haïr autant que tu veux. Je pourrais m’excuser mais t’en aurais rien à foutre, c’est fait et c’est pas ça qui va te faire avancer. »

C’était dit, c’était ce que Roy pensait réellement et cela se lisait dans le regard qu’il gardait posé sur son interlocuteur. Maintenant, il ne comptait pas conclure sur un « c’est à toi de te débrouiller mon gars » qu’il avait pensé tout à l’heure. Tendre la main à un homme qui l’étranglait encore quelques minutes auparavant n’avait rien d’évident pour lui, mais il en fit l’effort. Il le fit, sans se compromettre, sans feindre une compassion qu’il n’avait pas, lorsqu’il déclara :

« Maintenant que je t’ai dit ça, tu dois me détester encore plus mais je vais quand même te proposer quelque chose. Pas pour que tu me voies un peu moins comme le connard qui t’a tout pris, mais parce que le sort de ce restaurant et de ses clients m’importe. Je peux t’aider à te sortir de la merde où je t’ai mis. Pas avec de l’argent, je suppose que tu prendrais ça comme une insulte, devança Roy. Il évalua une seconde du regard les réactions de Desmond avant de poursuivre sur sa réelle proposition. Mais je peux te faire embaucher quelque part. Dans un truc honnête, à Bristol ou ailleurs, si tu acceptes. »


Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Réfugiée derrière sa marmite de soupe, à l'abri des regards, Juliana prit quelques instants pour souffler et se remettre de ses émotions. Tout s'était déroulé si vite, l'attaque sur Roy, la peur qu'elle avait eu, le sauvetage de Joel... Elle avait été impressionnée par l'autorité et le charisme de ce dernier, sous son apparence de frêle Alyssa, et par sa capacité à rétablir le calme. La réaction de Roy, en revanche, ne l'avait pas surpris un instant, mais elle redoutait la façon dont il allait se comporter après le récit poignant de l'homme de Bristol. Desmond... Le destin tragique de ce petit commerçant l'avait touché, elle ne pouvait le nier. Roy et elle étaient responsables de ce qui lui était arrivé, et à combien d'autres que lui ? Elle n'y pensait pas, alors, aux conséquences de ses actions, persuadée que ce sacrifice en valait la peine s'il pouvait permettre de faire tomber une dictature. Aujourd'hui, elle n'en était plus si sure. Desmond était important, infiniment important, car c'était pour et avec des Desmond qu'elle se battait. C'était justement pour les petits commerçants de Bristol, qui constituaient le coeur battant de cette ville fabuleuse...

Ses mains tremblaient un peu pendant qu'elle remplissait le bol de soupe, mais elle se força à prendre une profonde inspiration et à chasser ses émotions. Ce qui était fait était fait, il ne servait à rien de remuer le passé. Roy l'avait bien compris, comme elle le réalisa en se rasseyant à la table. Elle écouta avec attention les propositions qu'il faisait à Desmond, mais ne put s'empêcher de grimacer, à l'instant même où l'homme s'exclamait :

"Et puis quoi encore ? Vous ne m'avez pas assez humilié comme ça ?! Plutôt crever qu'accepter votre aide !"

D'un geste de dédain, Desmond repoussa le récipient que Juliana lui avait rapporté. Bien décidée à éviter un nouvel affrontement, la jeune femme intervint rapidement :

"Ecoutez, je comprends tout-à-fait que vous refusiez cette offre. Je pense qu'elle vient d'une bonne intention", dit-elle en jetant un rapide coup d'oeil à Roy, "et non d'une volonté de vous humilier, mais cela m'aurait aussi étonné que vous acceptiez. Mais... Alyssa et moi-même ne sommes pas Roy. Vous pouvez accepter notre aide, et celle que ce restaurant a à vous apporter, comme vous étiez prêt à le faire en entrant ici, non ?"

Un silence méfiant suivit ses propos, puis Desmond finit par accepter de mauvaise grâce : "Je suppose."

Juliana se tourna vers Joel, comme pour requérir sa permission, mais il se contenta d'un léger hochement de tête. C'était à elle de régler cette situation, conséquence de ses décisions en tant que chef du Kraken. Elle s'avança légèrement sur sa chaise pour planter son regard dans celui de Desmond :

"Notre restaurant est neuf, il vient juste d'être lancé, et nous espérons le faire décoller, notamment sur son aspect solidaire. Peut-être que vous pourriez nous donner un coup de main, quelques soirs, pour la soupe populaire. En échange... Je pense que nous pourrions trouver à vous loger et à vous nourrir, vous aider à vous remettre sur pied le temps de trouver un nouvel emploi."

En réalité, il ne s'agirait ni plus ni moins que d'accepter l'aide de Roy d'une manière détournée, et même d'une forme de manipulation... Mais elle ne pouvait pas tout dire à cet homme. Elle ne pouvait pas révéler les liens qui s'étaient créés entre le chef de la mafia et la résistance, liens qui pourraient bien amener Desmond à changer d'avis à son sujet. Alors elle pouvait au moins tenter de l'aider... Et qui sait, peut-être que ce geste leur serait utile un jour ou l'autre. Le cas contraire, et bien, ils auraient aidé quelqu'un dans le besoin. Oh, ils ne pourraient en faire autant avec toutes les personnes qui se présenteraient à la soupe populaire, mais tous n'avaient pas la même histoire avec les Veilleurs et le Kraken...

Après un instant de réflexion, Desmond fouilla le regard des deux jeunes femmes : "Vous feriez vraiment cela ?"

Profitant que Desmond regardait ailleurs, Juliana capta rapidement l'attention de Roy, cherchant l'assentiment sur son visage, puis elle confirma :

"Oui."

"Alors, c'est d'accord."

Un sourire satisfait étira les lèvres d'Alyssa, qui tendit la main en direction de Desmond avec une certaine solennité. Un étrange pressentiment parcourut Juliana, celui de vivre un moment important, sans bien qu'elle sache pourquoi.

"Bienvenue à la Tortue Repue, Desmond."




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Il n’y avait rien que Roy n’aurait du mieux comprendre que la fierté de cet homme qui le poussa à refuser sa main tendue, car Roy lui-même aurait agi exactement de la même façon à sa place. Lui-même n’aurait jamais accepté l’aide d’un ennemi, à un moment où il se trouvait en difficulté. Cela signifiait reconnaître sa propre faiblesse d’une part et la force de quelqu’un qu’il méprisait d’autre part. Trop de choses que sa fierté n’aurait pas tolérées. Pourtant, lorsque Desmond refusa catégoriquement sa proposition, Roy dut se faire violence pour ne pas lui répliquer qu’il ne lui restait plus qu’à aller se faire voir. Il ressentit presque étrangement une profonde contrariété et même une pointe d’humiliation de le voir refuser, alors qu’il aurait du y être indifférent. Après tout, qu’est-ce que cela lui faisait que ce sombre crétin pitoyable accepte son aide ou non ? Il était bien bête de refuser, c’était son problème maintenant, il allait poursuivre le restant de ces jours à croupir sous un pont dans le froid et ce serait bien fait. Roy aurait du s’en tenir à cette pensée puisque de toute façon il ne lui avait pas tendu la main par véritable altruisme.

A la place, il dut se résoudre à assister à la tentative de sa petite amie de rattraper le coup et qui commença par dire qu’elle comprenait complètement la réponse de Desmond, ce qui lui procura un étrange pincement au coeur. Non seulement elle comprenait, en plus ça l’aurait étonnée qu’il en soit autrement, et elle « n’était pas Roy ». Même si elle prêta une bonne intention à sa proposition, Roy ne parvint pas à voir la scène autrement que comme elle prenant le parti de Desmond contre lui… Non, ce n’était pas tout à fait ça. Ce n’était pas tout à fait ce qui le dérangeait.

Juliana poursuivit en proposant au sans-abri de lui procurer logement et couvert, ce qui plongea Desmond dans une profonde perplexité. Lorsqu’elle capta son regard, pour lui poser une question silencieuse que Roy devina à peu près, il garda volontairement la mine fermée, ne laissant voir ni approbation ni réticence. Leur accord allait se faire avec ou sans lui, de toute manière. Alors il laissa simplement la scène suivre son cours attendu et décida qu’il n’avait plus rien à y faire lorsque Alyssa scella officiellement cette nouvelle entente. Sans un mot de plus, et sans se faire remarquer, il se leva puis se rendit dans l’arrière-boutique. Il savait qu’il y avait dans le bureau des deux propriétaires une armoire avec diverses potions que leur fournissait Irina.

Chercher une pommade pour les marques sur son cou lui occupa momentanément l’esprit et l’empêcha de ruminer ce qui venait de se passer. Cela ne l’empêcha en revanche pas de transférer sa contrariété sur le fait qu’il ne trouvait pas ce qu’il cherchait. Il se mit à ouvrir les tiroirs les uns après les autres en formulant quelques jurons. Il suspendit ses gestes lorsqu’il sentit une présence derrière lui et n’eut pas vraiment besoin de se retourner pour l’attribuer à Juliana. Il la regarda néanmoins, une seconde, avant de poursuivre ses recherches moins bruyamment. Il se mit à passer chaque flacon dans ses mains pour en lire l’étiquette, puis après un certain silence, les mots finirent par lui échapper brusquement :

« Qu’est-ce qu’il croit, que je me suis pas non plus humilié à lui proposer ce compromis, alors qu’il essayait de me tuer dix minutes plus tôt ? Conneries ! Qu’il aille au diable. »

Voilà qui n’arrangeait probablement pas son cas. Ne s’était t-il pas assez fait passer pour un rustre pour la soirée ? Mais c’était plus fort que lui, il n’était jamais capable de retenir ses émotions très longtemps, à moins d’être en train de tenir un rôle. Autant il pouvait se dominer pour le bien d’une stratégie, autant il était capable de se laisser aller à des émotions remarquablement violentes quand ces dernières finissaient par prendre le dessus. Il s’était retenu d’insulter Desmond quelques minutes plus tôt uniquement parce qu’il avait senti qu’Anya et Alyssa le lui reprocheraient ensuite. Pour autant, il aurait aimé réussir à ne pas faire preuve de brutalité encore une fois et faire comme s’il se fichait bien de tout ça. Sur cette pensée, il reposa un flacon avec vacarme, pour s’exclamer :

« Mais où est-ce que vous mettez vos foutues crèmes ? »

Il laissa tomber sa recherche à l’instant où il se dit qu’il aurait pu simplement lancer une formule pour faire venir à lui le bon flacon, mais il n’eut pas le courage de le faire. Le problème était simple au fond. La vérité c’était qu’il avait mis momentanément sa fierté de côté pour prendre le risque de s’ouvrir à cet homme inconnu, une chose qu’il ne se serait jamais cru capable de faire. Par son refus franc, Roy avait l’impression que Desmond lui avait renvoyé en pleine figure qu’il était bien stupide d’avoir essayé et cru que ça allait marcher. Et l’autre vérité, c’était qu’il avait bien raison. Juliana ne l’avait t-elle elle-même pas dit ? Elle avait fini par proposer à peu près la même chose que lui, et c’était passé en deux minutes, parce qu’elle « n’était pas lui ». Qu’il aurait été tellement étonnant que l’aide de Roy soit bien accueillie.

Il savait que les paroles de Juliana avaient été purement stratégiques, mais il s’en sentait jugé. Il ne s’était pas ouvert à cet homme dans un but réel et désintéressé de faire quelque chose de bien pour lui. Mais maintenant qu’il n’en avait pas l’occasion, Roy se demandait si cela ne lui aurait pas fait du bien à lui, de le faire. Il n’avait pas besoin que Desmond voie le bon fond qu’il y avait quelque part dans un coin en lui. En revanche, il avait besoin que Juliana y croie. Et, plus inavouable, il se demandait s’il n’avait pas cherché à y croire lui-même.

Il s'était senti contrarié que Juliana ait appris certains de ses agissements passés, piqué et humilié que Desmond le repousse, et maintenant il se disait tout simplement que ce n'était pas étonnant, car il n'était probablement pas capable de faire du bien.

Avec un soupir, il ferma les portes du placard à pharmacie, et marmonna, dos tourné à la jeune femme :

« Tu dois penser que j’ai été un vrai cognard. »

Il ne précisa pas pour quoi, il avait envie de dire pour tout. Le combat sur le sol de son restaurant, tout ce qu’il avait fait à cet homme par le passé. Tout ce qu’il pouvait faire encore aujourd’hui.


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"Un peu, oui."

Juliana avait confirmé d'une voix tranquille, dans laquelle ne pointait aucune forme de jugement - elle énonçait un fait. Parrain d'un gang puissant, Roy avait utilisé et utilisait encore des méthodes qui pouvaient parfaitement le faire correspondre au terme de cognard, il le savait, elle le savait, alors à quoi bon prétendre le contraire ? L'histoire poignante de Desmond n'était qu'un exemple parmi d'autres.

Elle ôta son collier pour le poser sur le bureau, et son état d'esprit s'altéra sensiblement tandis qu'elle retrouvait sa véritable apparence. C'était comme si elle voyait clairement, après avoir été plongée dans une sorte de brouillard. S'avançant vers Roy, elle lui prit la pommade des mains et ouvrit le tube. Ses lèvres frémirent en un prémisse de sourire quand elle ajouta :

"Mais tu es mon cognard."

Tout en parlant, elle entreprit d'étaler la pommade sur le cou de son fiancé. Sa peau commençait déjà à arborer des marques violacées, signes de l'étranglement qu'il avait connu.

"Ne prétendons pas être ce que nous ne sommes pas", dit-elle en glissant son regard clair dans celui de Roy. "Cette histoire, Desmond... Nous avons tous deux contribué à son malheur, ça ne sert à rien de prétendre le contraire. Il est largement temps de prendre conscience que nos actions ont des conséquences, des conséquences qu'il faut savoir regarder droit dans les yeux et assumer sans chercher à se dédouaner."

Les propos étaient durs, mais Juliana croyait sincèrement en ce qu'elle disait. Roy et elle avaient fait des choix par le passé qui avaient pu causer de la souffrance à autrui. Roy le faisait encore aujourd'hui, et elle avait beau l'aimer de tout son coeur, elle ne pouvait prétendre soutenir ses actions au sein de la mafia. Elle ne le laisserait pas se berner d'illusions sur ce point.

"Et c'est ce que tu as fait, tu as proposé une solution à Desmond et moi je sais qu'au fond de toi, c'était un geste de générosité, une proposition sincère. Et je suis fière de toi pour l'avoir fait, mais c'était un peu maladroit, mon chéri, honnêtement, tu t'attendais vraiment à ce qu'il réagisse autrement ? Tu ne peux pas t'attendre à de la reconnaissance, du respect ni même autre chose que des insultes de la part d'un homme qui a vécu ce qu'il a vécu, et qui t'en rend responsable. Peu importe si tu trouves ça injuste ou si tu lui tends la main aujourd'hui, à ses yeux, cela n'efface pas le passé. Tu es chef de gang, Roy, tant que cela sera le cas... Il faut mettre ton ego de côté sur des cas comme ça. Tu ne peux pas gagner, mais au fond, on s'en fiche. Moi je sais ce qu'il y a au fond de toi, je sais que tu n'es pas qu'un monstre sans coeur, je sais aussi que tu changes, que tu nous aides, que tu es prêt à faire de bonnes actions, qu'il y a du bon en toi... Je t'aime pour cela."

Elle effleura sa joue du dos de la main, en un geste tendre, et lui sourit doucement.

"Mais ce n'est pas pour autant que j'approuve les méthodes de la mafia, tu le sais très bien et je ne prétendrai pas le contraire."




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Parfaitement silencieux pendant que Juliana étalait la pommade sur sa gorge, Roy médita sur ses paroles qui les accusaient tous les deux. Desmond avait effectivement évoqué la façon dont le Kraken avait empêché les requêtes des commerçants de Bristol d’être prises au sérieux par les pouvoirs politiques. Leur ville avait été le terrain d’une lutte sans merci entre des résistants déterminés, des mafieux qui cherchaient la domination, et des miliciens prêts à toutes les dérives au nom de la sécurité. Dans cette lutte de pouvoir, les victimes collatérales étaient nombreuses, Roy en était conscient, et en était un des acteurs principaux, il le savait. Il l’avait accepté, il y a bien longtemps, dès lors qu’il avait décidé de ne plus se laisser bouffer par des plus gros poissons que lui et de se tailler sa place dans son monde. S’offrir une position plus puissante impliquait indubitablement d’écarter ce qui se trouvait sur son chemin.

Il s’était empêché de trop y réfléchir, forcé à se focaliser sur ses objectifs plutôt que sur les moyens à employer. Mais Roy n’était pas dépourvu de coeur. Si demain, il était forcé par il ne savait quel sortilège maléfique de visionner tous les tragiques tournants de la vie des personnes qui avaient souffert de l’action des Veilleurs, de près ou de loin -et il savait qu’il y en avait beaucoup- évidemment qu’il aurait du mal à ne pas sentir une certaine honte l’envahir. De la même façon qu’il s’était senti assez pitoyable pour la scène qui venait de se produire avec Desmond. Pas si facile d’affronter les conséquences de ses actes, comme le disait Juliana, quand celles-ci venaient se mettre sous son nez dans toute leur cruauté…

« Bah je sais pas, il était pas non plus obligé de réagir aussi violemment, alors que je voulais juste l’aider » rétorqua t-il vexé, avant que Juliana ne lui explique qu’il pouvait difficilement attendre autre chose. Il baissa la tête puis grommela un peu plus tard : « Humf, lui aussi il a de l’ego qu’il ferait mieux de mettre de côté, hein… »

Il ne pouvait s’empêcher de se sentir égoïstement réconforté de savoir qu’elle était malgré tout fière du geste qu’il avait fait pour tenter de réparer. Roy pouvait à peu près se débrouiller avec l’opinion qu’il avait de lui-même, dealer avec ses remords personnels, bref, s’arranger avec sa conscience. En revanche, l’opinion de Juliana, il n’avait aucune prise dessus, si ce n’était ce qu’il lui donnait à voir de lui. Et elle avait déjà tout vu, ou presque, elle commençait à devenir celle qui le connaissait le mieux, celle qui avait dépassé la surface qu’il montrait aux gens pour atteindre le coeur de son être. Rares étaient les personnes qui comprenaient vraiment les conflits qui pouvaient l’agiter. Certaines, comme sa soeur Irina, les devinaient plus ou moins, à force d’observation et d’empathie pour lui. Mais tout le monde n’était pas doté de cette clairvoyance face aux agissements parfois incompréhensibles, voire révoltants de Roy. Même parmi les personnes qui l’aimaient sincèrement, tous n’étaient pas capables de voir le tiraillement continuel entre ses élans positifs et ses travers, ses valeurs ancrées en lui et ses vices tout aussi profonds, bref, les oscillations constantes entre le bien et le mal qui existaient chez Roy.

Juliana le voyait, parce qu’ils avaient vécu des déchirements tous les deux, des profonds conflits. Elle l’avait régulièrement poussé dans ses derniers retranchements, elle avait vu le pire chez lui, des choses que Roy aurait aimé ne jamais lui montrer, mais il n’avait rien pu y faire. Cette femme avait débarqué dans sa vie, pour tout retourner sans aucune délicatesse, et découvrir ses plus sombres cachettes. Le plus incroyable, c’était qu’elle l’aimait quand même, disait t-elle. Lucky man.

Roy finit par se résigner face à l’argumentaire de sa belle et cesser de râler dans sa barbe. Il sentit sa mauvaise foi l’abandonner à l’instant où elle effleura doucement sa joue, comme si par ce geste elle s’excusait de la dureté de ses propos. Elle était franche avec lui comme avec tout le monde, ce n’était pas Juliana qui allait lui servir de la complaisance s’il avait des torts. Alors elle ne se priva pas de lui rappeler qu’elle n’approuvait pas ses méthodes mafieuses et Roy n’eut pas grand-chose à répondre.

« Je sais » confirma t-il, avec un soupir qui signait sa résignation.

Que pouvait t-il répliquer d’autre ? Elle avait raison, pour ne pas changer. Même s'il ne pouvait pas lui donner satisfaction tout de suite en quittant cette mafia qu'elle désapprouvait. La colère et la frustration qui brûlaient en lui encore quelques minutes plus tôt venaient de se réduire à l’état de flammèches qui le chatouillaient à peine. La fatigue et l’acceptation venaient de prendre le dessus. Il ressentit l’envie d’un contact réconfortant et attira sa petite amie par la taille pour un câlin. De toute évidence, Juliana avait appris comment prendre un Roy Calder, et ce dernier s’en rendit brusquement compte. La tête posée sur les épaules de Julia, il fronça les sourcils.

« Dis donc, quand est-ce que tu as appris l’art de désamorcer une bombe Calder ? Normalement, quand on me dit en face que je suis un cognard, je réagis au quart de tour. »


Il rompit leur étreinte pour la regarder, à la fois circonspect et amusé. Cette femme était étonnante, décidément. Secouant la tête comme face à une bonne blague, il récupéra le pot de pommade et se détourna pour aller le remettre à sa place. Il fit quelques mouvements avec son cou, ce qui lui arracha une brève grimace, puis reporta son attention sur Julia, d’un air grave :

« Comme je suis un cognard, je t’avoue que j’espère assez méchamment qu’il aura des traces sur la figure lui aussi demain matin. Puis demanda plus sérieusement : Bon, qu’est-ce que vous allez faire pour lui, alors ? Tu as proposé de l’aider à le loger et le nourrir, c’est quoi ton plan ? »


Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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A la tension qui quittait ses épaules, Juliana devina que la colère quittait son fiancé. Elle ne retint pas son petit sourire de victoire quand il l'attira contre lui, en quête de réconfort. Roy savait qu'elle avait raison, et il acceptait de mettre de côté son ego gigantesque, ce qui était suffisamment rare pour être noté. Son commentaire lui tira un éclat de rire et elle s'écarta de lui avec un air très fière d'elle sur le visage.

"Tu ne réagis pas au quart de tour parce que tu sais que j'ai raison, comme d'habitude !", répliqua-t-elle en fanfaronnant. Ils étaient tous les deux de telles têtes de mule - surtout Roy, évidemment - que leurs disputes pouvaient vite tourner au dialogue de sourd, et monter dans les tours très facilement. Certaines d'entre elles étaient d'ores-et-déjà devenues mémorables, comme la scène fantastique de leur rupture, ou bien celle qui avait suivi l'incendie du Triton Ardent. Alors il était agréable et rassurant de constater qu'ils étaient aussi capables de se ranger aux arguments de l'autre de temps en temps, surtout sur des sujets aussi sensibles que celui-là.

Julia secoua la tête quand il affirma de façon assez peu charitable qu'il espérait que Desmond aurait des marques sur le visage, mais ne releva pas. Elle préférait se concentrer sur sa question, plus constructive.

"Mon plan...", répéta-t-elle avec un petit sourire coupable, "je n'ai pas vraiment eu le temps d'y réfléchir, tout s'est passé si vite... Je ne sais pas, j'ai suivi mon instinct et quelque chose me dit qu'il faut qu'on aide cet homme. Du coup..."

Se rapprochant de Roy, elle glissa ses bras autour de son cou et redressa la tête pour lui glisser un regard enjôleur : "Je pensais que mon adorable petit-ami pourrait m'aider, ce serait l'occasion de faire une bonne action tu ne crois pas ? Le karma te le revaudras !"

En réalité, il faudrait que Roy vienne en aide à tous les SDF d'Angleterre avant de parvenir à équilibrer son karma, mais elle ne croyait pas réellement à ce concept, de toute façon. Elle ponctua sa demande d'un bisou sur son nez et pris son plus bel air de chaton, en une tentative machiavélique pour l'amadouer.
HRP:
 



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Evidemment, Juliana fanfaronna allègrement en voyant que Roy se rangeait à ses bonnes paroles, une fois n’était pas coutume. Il leva les yeux au ciel, se contentant de répliquer un « Bah voyons », avec toutefois un sourire, face à sa bonne humeur. Elle avait raison, en effet, elle avait même souvent raison comme beaucoup de femmes -c’était un pouvoir de femme d’avoir le dernier mot- mais elle pouvait rêver pour qu’il le reconnaisse à voix haute. Ce qui était certain, c'est que c'était quelque chose de nouveau et de plutôt agréable pour Roy de pouvoir se reposer sur quelqu’un, entièrement, sans faire le tri de ce qu’il était compromettant ou non de révéler sur lui-même. Juliana connaissait ses travers, elle l’aimait comme il l’était, mais sans complaisance : exactement ce qu’il fallait pour qu’un homme comme Roy évolue un peu.

Si elle pouvait se targuer de connaître ses défauts, Roy connaissait au moins toutes ses mimiques par coeur. Dès l’instant où elle lui fit son petit regard charmeur, il sut qu’elle allait lui demander un service, et y mettre toute sa mignonnitude pour le faire ployer. Ce qui marchait en général assez bien, mais chut. Parce qu’il avait une fierté, il protesta pour la forme, en repoussant le bout de son nez du sien :

« Voyez-vous ça ! Depuis quand tu crois au karma, toi ? Reconnais plutôt que je suis indispensable à la réussite de tes plans… »


La petite lueur de suffisance dans son regard fut assez vite remplacée par un air plus pensif. Ses neurones tournèrent pour trouver comment il pouvait aider sa fiancée à aider Desmond -puisque ce dernier n’acceptait pas son aide, de toute manière. Il se fit d’ailleurs la réflexion qu’il s’apprêtait à aider indirectement quelqu’un, et donc sans espérer de remerciements de sa part, ce qui était probablement l’une des choses les plus altruistes qu’il ait jamais faites.

« Hum, pour le logement, je pense que je peux faire sous-louer un appart’ pour lui, déclara t-il, en passant mentalement en revue les noms parmi ses contacts qu’il faudrait mobiliser. Pour l’argent… Eh bien, il faut qu’il se trouve un boulot, et j’ai envie de dire qu’il en a un sous le nez. Vous auriez bien besoin d’un serveur supplémentaire, tu crois pas ? Non, parce que j’ai essayé deux minutes de le faire, et on a bien vu ce que ça a donné… Preuve qu’il faut embaucher quelqu’un en plus pour vous aider ! »

Mieux valait en rire qu’en pleurer, désormais. Il s'installa avec Juliana pour continuer d’élaborer des solutions avec elle, exercice auquel ils commençaient à être bien rodés, collaborateurs secrets qu’ils étaient...


FIN DU RP


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Prendre au riche Roy pour donner aux pauvres [Juliana & Roy]

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