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 Fall Away [RP commun]

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30 octobre 2009, sur la Place Merlin, Leopoldgrad


Alarius Huttlestone, 37 ans, visiteur

La traversée de l’avenue Dalhiatus donnait le ton de la ville, pour ceux qui ne l’avaient pas déjà saisi à son nom. Plus attentif aux éventuels miliciens qui circulaient dans l’avenue, Alarius ne prêtait que peu d’attention aux statues de sorciers célèbres qui jalonnaient sa promenade, et à vrai dire, il n’avait pas envie de les regarder de plus près. Cette rue empestait le pouvoir et l’ostentation. Elle avait beau remplir tous les critères des belles avenues que l’on trouvait dans des villes comme Paris, très large, régulière, plantée, Alarius la détestait déjà. Là où tous voyaient la grandeur, il songeait à la petitesse du contribuable qui avait vu ses impôts augmenter pour les fantasmes d’un despote. Là où l’on vantait la fulgurante économie que Leopoldgrad importait en Angleterre, il voyait l’enrichissement d’une seule et même classe de pouvoir : toujours les mêmes.

L’argent, c’était bien le principal sujet de cette ville, qu’il s’agisse du prix qu’elle avait coûté, ou des richesses qu’elle comptait générer, alors cela ne devait pas être un hasard que l’avenue la plus emblématique débouche sur la majestueuse March Bank. Faite d’un matériau qui oscillait entre verre, cristal et glace, la tour semblait tour à tour, selon l’angle et la luminosité, se fondre dans le ciel ou renvoyer la lumière. Planté à l’entrée de la place, le regard rivé vers l’édifice, Alarius dégaina sa baguette pour en pointer le bout près de l’objet accroché à son oreille droite, d’une façon à ce que cela ne se remarque pas trop.

« L’avenue comporte le nombre de miliciens prévu. Pas de sur-effectif. Je vais faire un tour de la place. »

Son message terminé, il rabattit ses cheveux afin de masquer le dispositif dernier cri à son oreille, et laissa son regard se promener sur l’ensemble du lieu. Les archimages n’avaient rien fait à moitié dans cette place dessinée au millimètre près. Loin des tortueuses ruelles que les sorciers connaissaient bien, les pavés blancs et gris faisaient du sol un lit parfaitement plat sur lequel il était aisé de marcher, rayonnant sous un ciel dégagé où ne se profilait que l’ombre agréable de quelques arbres. Mains dans les poches, Alarius s’avança jusqu’à se trouver près du miroir d’eau qui occupait le centre de la place, marqué par une belle statue de Merlin. Quelques enfants en bas âge y barbotaient joyeusement, sous le regard des parents installés sur des bancs autour. Sans mettre les pieds dans l’eau, Alarius se pencha légèrement par-dessus la surface liquide, qui ne lui renvoyait pas son reflet. A vrai dire, c’était une toute autre scène que celle de la place Merlin qu’il voyait dans la mince profondeur de l’eau. Il reconnut très vite l’image flottante de la devanture de Gringotts et du Chemin de Traverse grouillante de sorciers. A travers l’eau, il vit l’un d’eux marcher à grands pas dans sa direction et dut reculer la tête pour ne pas se laisser surprendre par les éclaboussures que son arrivée provoqua.

Alarius leva à nouveau le regard vers l’ombre de la March Bank qui taillait dans le miroir. Ce qu’il avait devant les yeux devait être exactement ce que les sorciers du Chemin de Traverse voyaient dans le miroir d’eau tout neuf qu’on avait installé aux pieds de Gringotts… Le passage flambant neuf entre les deux seules banques sorcières d’Angleterre fonctionnait à merveille.

Le sorcier qui venait de sortir du miroir se vit aussitôt interpeller par un homme, habillé comme un sorcier en civil. Mais Alarius ne manqua pas le geste qu’il fit pour lui montrer un badge dans la doublure de sa veste. Cet homme était un milicien, et parmi les centaines de sorciers qui grouillaient ici devaient s’en dissimuler d’autres, occupés à surveiller le passage et prêts à contenir tout mouvement suspect. Alarius s’éloigna alors près d’un arbre, puis s’assura de n’être à portée d’aucune oreille autour de lui pour murmurer son message.

« Tous ne sont pas en uniformes. Impossible de donner leur nombre. Suffisamment pour contrôler toutes les arrivées, j’imagine. »

Après ce bref compte-rendu, Alarius reprit son exploration de la place. Pour des sorciers habitués aux allées sinueuses, aux maisons bancales faites de vieille pierre et de brique grossière, la place Merlin semblait étrangement… moldue, car son apparence était très moderne. Et pourtant, les manifestations magiques étaient visibles et nombreuses. Le passage du miroir d’eau en était une, mais pas seulement. Les bâtiments eux-mêmes possédaient des capacités que rien d’autre que la magie ne pouvait offrir. On disait par exemple de la March Bank qu’elle possédait un nombre d’étage que nul ne pouvait déterminer, et il ne s’agissait pas d’une expression pour qualifier sa grande hauteur. La banque perdait et gagnait littéralement des étages, en exacte réponse aux clients qu’elle perdait et gagnait. Pour le moment elle s’élançait plus haut que n’importe quel bâtiment de la place, et seul un véritable krach boursier semblait de taille à menacer son ascension vertigineuse.

A gauche de la banque éclatante que l’on surnommait le Lys, s’érigeait le Trèfle, sa tour jumelle, qui abritait la première Bourse Sorcière du pays. Faite d’une étrange matière entre le verre fumé et la pierre noire brillante, sa façade se mouvait comme les écailles d’un poisson. Il ne fallait pas s’éterniser trop longtemps près de cette tour, les jours de pluie : elle était capable de s’ébrouer et rejeter toute l’eau sur les pavés de la place…

A droite, c’était le premier centre commercial sorcier qui retenait l’oeil, pour son étrange forme ovoïde. Un centre où l’on venait passer un après-midi pour ses boutiques de marque, autant que pour le gigantesque aquarium du hall, contenant de nombreuses espèces de créatures de l’eau, classifiées par étages. A certaines heures de l’après-midi et du soir, des animations et des spectacles courts de toutes sortes se tenaient avec certaines de ces créatures.  

C’était en somme une vision très américaine de la magie, une vision où magie et progrès technologique se tenaient par la main, une vision qui enchantait la communauté magique anglaise à peu près autant qu’elle ne plaisait guère. Dans tous les cas, cette approche de l’urbanisme avait réussi son premier pari : choquer et marquer les esprits.

Au coup donné par l’horloge d’un grand hôtel derrière Alarius, il sut que c’était le moment pour lui de sortir de ses observations pour entrer en action. Il marcha d’un pas tranquille vers la banque, monta les quelques marches monumentales qui conduisaient au parvis, regardant droit devant lui pour ne pas attirer l’attention d’un milicien. A l’entrée, il présenta sa baguette -ou plutôt la baguette qui lui servait de fausse identité- qu’un vigile demi-géant scanna. Sans plus de formalités, il put entrer sans le moindre problème dans le hall de la prestigieuse banque.

L’intérieur n’était pas moins fastueux que l’extérieur. Pourtant, le contraste restait saisissant entre une façade légère comme le ciel et cet intérieur massif. D’épais piliers de pierre gravés soutenaient la tour, posés sur un sol en marbre ocre. Derrière le standard qu’il lui faudrait contourner, il apercevait l’espace circulaire où se tenaient occasionnellement des discours. Un espace entouré par les escaliers que l’on voyait monter infiniment dans les hauteurs vertigineuses de la tour. Un espace littéralement illuminé par un profond puits de lumière, dans lequel flottait un ciel magique à trois dimensions. Un ciel riche de planètes, de constellations et de leur Soleil, dont on voyait toute l’épaisseur en montant les escaliers, comme si s’élever dans la March Bank signifiait pénétrer les mystères de l’espace-même.

De la sacrée poudre aux yeux, estimait Alarius. Ce bâtiment princier et cette ville au nom infect avait coûté une fortune à une population suffisamment malmenée par des crises sociales pour qu’on lui demande en plus de serrer la ceinture. Et comment le gouvernement avait t-il fait passer la pilule ? En multipliant les effets, les animations, les démonstrations d’élégance et de pouvoir, histoire d’assurer à tous que ce petit bijou allait leur apporter un succès mondial. Ils présentaient cette ville comme la fierté de tout un pays, quand ce n’était en vérité que l’orgueil d’un mégalomane prêt à tous les sacrifices pour parvenir à ses fins.

Mais Leopold Ier allait devoir apprendre qu’il n’était pas le seul à avoir le pouvoir de faire changer les choses. La plupart des mouvements de résistance se montraient prudents, et Alarius ne s’y reconnaissait plus. Aujourd’hui plus que jamais, c’était le moment de frapper fort.

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Kessy Brooks-MarchebankProf de Zumbaavatar
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"Jul', je te laisse la boutique un petit moment, je reviens pour mon cours !", s'exclama Kessy en agitant la main en direction de son employé. Jeune, musclé, dynamique, Julien était le coach star de K&K et il était rapidement devenu chef d'équipe. Ses compétences managériales et sa positive attitude avaient fait de lui le second de Kalamity et Kessy, à qui elles accordaient progressivement plus de responsabilités.

"Pas de soucis, à plus Kess' !", répondit-il avec un large sourire en grattant distraitement son crâne chauve.

Un panier à la main, une petite veste cintrée sur le dos, Kessy traversa rapidement le hall en faisant claquer ses talons sur le sol brillant. Une fois hors du centre, la lumière vive du soleil agressa ses pupilles et elle jucha une énorme paire de lunettes de soleil sur son nez retroussé. L'air vif de la matinée ébouriffa ses boucles brunes tandis qu'elle remontait la Rue des Gobelins, un sourire épanoui aux lèvres.

Se promener dans la ville fourmillante d'activité était devenu un véritable plaisir coupable pour Kessy. Ici, à Leopoldgrad, dans cette cité flambant neuve qui respirait l'innovation, la magie, le talent et le luxe, elle se sentait fourmiller elle aussi, emplie d'une énergie infinie qui la poussait à se suprasser. Toujours, Kessy avait cherché à se faire une place dans ce monde magique qui la fascinait et l'impressionnait, et elle avait ici l'impression de tendre vers cet objectif. Ici, au milieu du monde magique, parmi les gens importants et dans un lieu qui portait le nom de son père, Kessy avait l'impression que tous ses rêves pourraient devenir réalité, et c'était tellement exaltant. Ici, elle se sentait plus adulte, plus affirmée et plus audacieuse qu'elle ne l'avait été à Poudlard. Elle n'avait plus peur de poursuivre ses désirs et ambitions, et l'avenir lui semblait s'ouvrir à elle, empli de promesses infinies...

Comme toujours, Kessy ne put s'empêcher de marquer un temps d'arrêt devant le miroir d'eau lorsqu'elle déboula sur la place Merlin. Eblouie par la prouesse magique, elle resta un instant à contempler Gringotts qui se reflétait dans l'eau, nota le ciel nuageux de Londres et observa les sorciers qui transvasaient d'une ville à l'autre, provoquant des ondées à la surface de l'eau. Puis elle finit par se détourner pour gravir les marches du bâtiment le plus impressionnant de la ville, la March Bank...

Après avoir offert une pâtisserie au demi-géant qui gardait l'entrée, et montré sa baguette, Kessy entra dans le majestueux hall de la banque. Le nez en l'air pour observer le plafond, elle faillit percuter un scientifique, en pleine observation du système solaire. L'homme lui saisit le coude pour attirer son attention et tendit vers elle un visage ridé, surmonté de touffes disparates de cheveux blancs. Revêtu d'une blouse, il avait sur le nez de petites lunettes rondes qui dissimulait mal ses yeux globuleux. Face à son haleine fétide, Kessy ne retint pas un mouvement de recul, mais la poigne de l'homme était plus forte que ne le laissaient supposer ses mains ridées.

"Mais lâchez-moi, vieux schnock !"

"Mais non, jeune fille, regardez, regardez ! Levez le nez de votre poudrier et utilisez un peu vos yeux ! N'est-ce pas fascinant ? Ici, là, c'est Jupiter ! Et Saturne, et la Terre, et sa petite Lune, ah, par Merlin, examinez comme cette représentation du soleil est détaillée, on le sentirait presque nous réchauffer, oh, oh, OOOH ! Regardez, mais regardez donc ! Une éruption solaire ! Splendide ! Je me demande s'il peut y avoir des éclipses ! Remarquable, il faut que j'emmène mes doctorants voir cela. Ohh, mais ils n'ont pas mis Pluton ! Quel dommage que mon confrère, Crispin Dérébusor, ne soit plus là pour voir cela, il en aurait eu, des choses à dire, ça c'est sûr, par Uranus !"

Tout à son observation fascinée, l'homme finit par lâcher Kessy pour sortir un carnet et prendre des notes frénétiques. La jeune femme en profita pour s'éclipser d'un pas rapide vers l'escalier central, non sans jeter un regard intrigué au scientifique fou. Elle se demanda vaguement comment un tel individu avait pu passer le contrôle de sécurité, puis relégua le sujet dans un coin de son esprit lorsqu'elle reconnut la tête bouclée de Dave, à quelques mètres d'elle. Aussitôt, elle grimpa les quelques marches qui la séparait de la raison de sa visite, un large sourire aux lèvres.

"Daaaave !", s'écria-t-elle en parvenant à sa hauteur. Ignorant Neptune qui tournoyait lentement non loin d'eux, elle se précipita au cou de son demi-frère pour claquer une bise sonore sur sa joue.

"Comment vas-tu ? Tu as bonne mine ! Tiens, je t'ai apporté des muffins. Je les ai fait moi-même, ils sont bio et garantis sans sorcerose !"

Elle lui tendit son panier de muffins colorés avec une joie non dissimulée. Kessy avait passé une bonne partie de sa soirée hier à préparer ces muffins en pensant surprendre son frère avant son cours de zumba de onze heures. Leurs relations s'étaient quelque peu réchauffées ces derniers temps, mais Kessy avait envie de les faire passer de cordiales à fraternelles. Alors elle s'y prenait de la seule façon qu'elle connaissait, en étant elle-même, joyeuse, exubérante et désespérément K-Girl.

"Ohh mais que tu es beau dans ce costume, il te va trop bien", ajouta-t-elle en admirant Dave du regard. Son frère, c'était un banquier puissant, et c'était le plus élégant. Elle s'accrocha à son bras, fière et ravie : "T'as un moment pour moi ? J'aimerais trop voir ton bureau !"



Nora WeaverAubergisteavatar
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Le contraste entre l'aspect chaleureux et vivant du chemin de Traverse et la splendeur froide de Léopolgrad était saisissant. Le sentiment était certainement accentué par le fait qu'elle mesurait à peine plus d'un mètre cinquante mais Nora trouvait l'architecture des lieux un peu écrasante. Contempler le haut des élégantes tours qui encerclaient la place lui donnaient le vertige, aussi la jeune fille se contenta de chercher des yeux la March Bank. Irving et elle avaient emprunté le miroir d'eau après que leur conseiller à Gringott leur ait conseillé de se rendre à la March Bank où on serait "mieux en mesure de les conseiller en tant que jeunes actifs".

Nora n'était pas mécontente de se débarrasser des gobelins et de leur amabilité légendaire, mais elle aurait tout de même préféré rester à Londres. Elle n'aimait pas cet endroit. Il était objectivement superbe, moderne et très design, mais il était l’œuvre d'un régime qu'elle contestait et dont tout ici rappelait les décadences. On était dans l'illusion, dans la démesure, et tout n'était que de la poudre aux yeux. la vision d'un panonceau indiquant l'avenue Dalhiatus sur leur droit la fit frémir et acheva de la convaincre qu'elle détestait cette ville.

"Ok, on y va ?" lança-t-elle en attrapant la main d'Irving et en s'avança vers la March Bank.

Plus vite ils y seraient et plus vite ils en sortiraient, se disait-elle tandis qu'ils franchissaient les portes de l'imposant bâtiment. Elle sentit son pouls s’accélérer quand un agent de sécurité s'avança vers eux pour contrôler leur baguette. Elle avait beau savoir qu'ils n'avaient absolument rien à craindre dans le cadre d'un contrôle routinier, elle ne pouvait pas s'empêcher de paniquer, comme à chaque fois qu'elle était confrontée aux autorités. L'agent leur rendit leurs baguettes et Nora le remercia avec un sourire plutôt convainquant. Ils n'eurent qu'à patienter quelques minutes dans une des salles d'attente du rez-de-chaussée avant d'être reçu par un jeune homme en costume.

Une horloge sonnait au dehors quand ils revinrent dans le hall, une bonne heure plus tard, les bras chargés de paperasse. Nora ne se souvenait pas avoir signé tant de papiers, mais tentait de se rassurer en se disant qu'ils avaient certainement plusieurs exemplaires de chaque contrat. Elle n'avait jamais été particulièrement douée pour les négociations et avait toujours du mal à dire face à des bons arguments commerciaux.

Ils accélérèrent le pas au moment de passer devant un vieux scientifique qui parlait tout seul en contemplant le système solaire qui était reproduit au centre du hall. Ils avaient eu assez d'une soirée entière en tête-à-tête avec Crispin Dérébusor pour être à jamais dégoutés de l'astronomie ! Nora était si occupée à dévisager le vieillard qu'elle manqua de percuter un homme qui venait d'entre dans le bâtiment et semblait regarder autours de lui avec grand intérêt.

"Excusez-moi, je..."

Mais l'homme ne s'attarda pas et poursuivit son chemin sans leur accorder plus d'attention. Nora échangea un regard avec Irving et haussa les épaules. Ils se retrouvèrent bientôt sur la place Merlin qui grouillait d'animation. Elle promena son regard autour d'elle, curieuse malgré le dégoût que cette ville lui inspirait.

"Oh regarde, ils ont un aquarium au centre commercial ! lança-t-elle avec excitation en désignant un panneau animé sur une façade d'immeuble, qui vantait les centaines d'espèces marines rassemblées dans le centre. Ils ont des créatures aquatiques exotiques, lut-elle avec intérêt. On y fait un tour ? Maintenant qu'on est là..."

Tout en prenant le chemin du centre commercial, Nora s'efforça de ranger tous les documents que leur banquier leur avait donné dans son sac-à-main bien trop petit.

"Garantie contre les attaques de Troll ? déchiffra-t-elle sur un coin de contrat qui refusait de rentrer dans son sac. Mais il n'y a pas de Troll dans notre région...Pourquoi on a pris ça ?" demanda-t-elle en relevant la tête pour interroger Irving du regard.

Elle ne put s'empêcher de rire en pensant à la quantité de garanties et d'assurances qu'ils avaient probablement accepté sans le savoir. Ils étaient irrécupérables ! Ils étaient bons pour relire tous les papiers en rentrant et pour revenir annuler leurs engagements demain ! Son rire mourut sur ses lèvres alors qu'elle réalisa qu'ils étaient en train de traverser l'avenue Dalhiatus.

C'était le chemin le plus court pour rejoindre le centre commercial depuis la banque et elle n'avait pas réfléchi. Elle le regrettait amèrement maintenant qu'elle avait les yeux posés sur une immense statue de Jacob Dalhiatus dont la vision suffit à lui glacer le sang. Elle détourna les yeux, perturbée, alors que ses mains devenaient soudainement moites. Elle aurait voulu que cela ne lui fasse pas tant d'effets. Elle aimait penser qu'elle avait réussi, finalement, à laisser ça derrière elle. Elle ne faisait plus de cauchemar la nuit, il se passait parfois plusieurs jours sans qu'elle y pense, et voilà qu'une simple statue la mettait dans tous ses états.

"Il y aura probablement plein de monde à l'aquarium, on ferait peut-être mieux de rentrer finalement... lança-t-elle d'une voix sans émotion. Je suis désolée..." ajouta-t-elle dans un soupir.

Désolée d'avoir eu cette idée stupide d'aller voir des poissons, désolée de les avoir fait passer par ici, et désolée d'être incapable de supporter la situation.



Irving WhitakerAubergisteavatar
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Ce fut l'Irving des mauvais jours - donc particulièrement ronchon- qui déboucha du miroir d'eau en compagnie de Nora. Leur compte bancaire avait été transféré sur l'agence de Leopoldgrad sans même qu'ils soient prévenus et il n'en avait pas fallu davantage  pour que  l'ancien Gryffondor soit contrarié:

"Ils vont faire quoi la prochaine fois ? Placer notre argent en bourse sans nous prévenir ? J'aime vraiment pas ces manières ! Ça non ! J'vais écrire au service client pour m'en plaindre ! Ça s'fait pas..."

Cette humeur maussade cachait en réalité un profond mal être. Tout ici lui rappelait le gouvernement en place: Des sorciers pressés aux costumes bien taillés au nom de la ville en passant par l'adresse de la March Bank située non loin de l'Avenue Dalhiatus.

" Elle est où cette foutue banque ? Tout s'ressemble ici..." grommela-t-il.

Irving n'était pas du genre à s'extasier devant les prouesses architecturales de la ville. Il ne voyait autour de lui que de grandes tours oppressantes et il ne retrouvait en rien ce qui faisait le charme typique des cités sorcières anglaises. Cette ville n'était qu'un espace déshumanisé conçu pour flatter l'égo démesuré d'un seul homme. La version 2.0 du projet Cosmos.  A gerber.

"Bon. Plus vite on aura fini, plus tôt on pourra partir d'ici." souffla-t-il à l'attention de Nora en devinant l'entée de la banque gardée par des vigiles.

Comme sa petite amie, il n'était pas particulièrement à l'aise lors des contrôles d'identité mais il parvenait à se raisonner assez pour paraitre serein. Il ne se débarrasserai probablement jamais de l'appréhension qu'il ressentait à chaque fois qu'on lui scannait sa baguette mais il avait réussi à l'apprivoiser.
Il passa donc la barrière de vigiles sans encombre et rejoignit Nora qui l'avait précédé dans le hall. Ce dernier était pourvu d'un plafond magique représentant les astres solaires. Irving en désigna un du doigt et donna un léger coup de coude à sa petite amie pour attirer son attention.

"La planète naine."

C'était bien Pluton qu'il désignait ainsi en sachant pertinemment que Crispin Dérébusor aurait détesté ! Cette remarque puérile -mais au combien jouissive- lui tira le premier sourire de l'après-midi, sourire qui s'effaça bien vite. En effet, une heure plus tard, ils se trouvaient exactement au même endroit et l'humeur du jeune homme s'était encore assombrie d'un cran.

"Usufruit par-ci, fiduciaire par-là, ils peuvent pas parler comme tout le monde ces banquiers ? Non ? C'est trop leurs demander d'être compréhensibles par le commun des mortels ?, soliloqua-t-il tandis que Nora farfouillait dans la paperasse qu'ils avaient signés, Ils sont dans leur petite tour dorée, complètement coupés de la réalité avec leurs airs suffisants et leurs mots savants."

Au même moment un homme manqua de percuter Nora. Cette dernière s'excusa mais le sorcier l'ignora prodigieusement tout en continuant son chemin.
"Tu vois ! s'énerva Irving en la prenant à partie, le comportement de l'homme alimentant son point de vue, Ils ne voient même pas qu'on existe ! L'ancien Gryffondor fusilla du regard le dos du sorcier (pas très utile en soit mais ça lui faisait du bien ) avant de le traiter de sombre cognard.

Particulièrement irrité, il sortit de la banque avec l'intention ferme de rentrer chez lui le plus rapidement possible pour retrouver la quiétude de Mallowsweet, ses collines et son petit étang. Mais c'était sans compter avec Nora qui suggéra une visite au centre commercial pour aller admirer les poissons du grand bassin.
C'était bien connu, Irving avait du mal à refuser quoique ce soit à sa petite amie. Il suffisait de voir le petit chiot que Jill avait recueilli, confortablement installé dans son panier devant la cheminée de l'Auberge, pour savoir que Nora avait toujours le dernier mot.

L'ancien Gryffondor poussa un léger soupir et tenta un "T'es sûre ? Ton chien est tout seul à la maison, faudrait pas qu'il nous fasse des dégâts..." Plutôt mesquin comme argument admit-il mentalement avant d'abdiquer devant l'enthousiasme de Nora: "Ok mais pas longtemps."

Les deux jeunes gens prirent donc la direction du grand complexe commercial et Irving décida de remiser sa mauvaise humeur au placard. Nora était heureuse à l'idée de visiter l'aquarium alors il garderait ses remarques désobligeantes pour lui. Non il ne dirait pas qu'il trouvait inadmissible d'attirer les masses avec l'aquarium et ses espèces exotiques dans le temple de la consommation afin que le peuple dépense son argent, encore et encore ! Il préféra plutôt  répondre aux remarques de Nora sur les nombreuses clauses qu'ils avaient signées aujourd'hui:

"On a signé ça ? Oh Merlin..., souffla-t-il déprimé à l'idée de s'être fait arnaqué, Mais bon, t'as vu, j'ai quand même refusé l'assurance contre les tsunamis." souligna-t-il avec un sourire pour sa belle.

Il devrait peut-être se résoudre à ne rien signer pendant ces rendez-vous afin de prendre le temps d'éplucher les contrats tranquillement chez eux.
Il observait encore Nora du coin de l'œil lorsqu'il la vit littéralement changer de couleur.

"Qu'est-ce qui s'passe ?" demanda-t-il avant de tourner la tête pour chercher du regard ce qui venait de pétrifier Nora. Irving ne tarda pas à découvrir la statue monumentale de Jacob Dalhiatus située à quelques mètres d'eux à l 'entrée de l'avenue. Cette vision lui fit l'effet d'une claque qui le stoppa net. La sculpture était troublante par son réalisme mais ce fut le regard vide et inanimé de la pierre qui choqua l'ancien Gryffondor: C'était le regard d'un cadavre qui semblait vous regarder sans vous voir.

Nora manifesta immédiatement son envie de dégarpir et Irving dû résister de tout son être pour ne pas lui donner raison. Il voulait lui aussi se soustraire au regard inquisiteur de la statue mais sa raison tentait tant bien que mal de reprendre le dessus. Après tout, il ne s'agissait ni plus ni moins que de la pierre taillée. La sculpture n'allait pas s'animer en les montrant du doigt comme pour les désigner aux yeux de tous. Irving se plaça donc entre le Dalhiatus de marbre et Nora avant de s'adresser à elle.

"Ce n'est qu'une statue et rien d'autre. Ça me trouble moi aussi, c'est vrai, admit-il en se tournant légèrement pour observer la sculpture, mais tu veux vraiment qu'on rentre et qu'on rumine ça toute l'après-midi ? Il attrapa les mains de Nora et poursuivit,  Tu te faisais une joie d'aller voir ces espèces exotiques... Ne le laissons pas nous gâcher la vie davantage", murmura-t-il en lui pressant les doigts.



Irving Whitaker
Nahuel MuñozExilé clandestinavatar
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Il ne savait plus vraiment pourquoi il se retrouvait ici. Enfin si, il savait. Il avait promis à Dean qu'il l'accompagnerait à Leopolgrad pour distribuer des tracts pour l'équipe de Quidditch. Il n'avait pas su dire non au sourire en coin du blond. C'était plus fort que lui. Il s'était fait avoir comme un bleu. Pourtant il savait que c'était risqué. Il savait qu'il y aurait des contrôles. La ville du dictateur... Elle était forcément plus que gardé. Et il n'avait toujours pas de baguette. Enfin... Il avait la sienne mais il ne préférait pas l'utiliser. Et l'avantage avec les Forbes, c'était que quand il disait qu'il voulait s'imprégner de la culture moldue en n'utilisant que très très peu sa baguette et bien ça fonctionnait.

C'était vraiment handicapant pour sa vie de tous les jours mais ce n'était pas insurmontable. Esteban semblait toujours à la recherche d'un moyen pour lui en procurer une. C'était d'ailleurs à priori en bonne voix. Il faisait confiance à son beau-frère pour ce genre de chose. Même après leur violente dispute. Même après tout ce qui avait pu se passer entre eux. Même après qu'il ait tout fait capoter avec Irving. Ce qu'il, au fond, ne regrettait pas du tout. C'était un souci de moins à gérer. Même si le bouclé connaissait son existence et sa condition de hors-la-loi, il doutait que le jeune homme irait le dénoncer.

Il avait de toute manière trop à perdre pour le faire. C'était du donnant donnant après tout. Il poussa un soupir alors qu'il tendait un énième flyer. Personne ne semblait se préoccuper de lui. Les gens prenaient son papier sans le regarder et partait tout aussi sec en jetant le prospectus dans la poubelle la plus proche. Vive le bénévolat ! Il était à deux doigts de plier bagage lorsque son regard croisa celui de Dean. Ce dernier lui adressa un grand sourire rempli d'innocence et Nahuel n'eut pas le cœur de le laisser en plan. Raaaaaaah ! Ce gamin était le diable incarné ! Les commissures de ses lèvres se relevèrent en un sourire un peu forcé.

Il tendit un nouveau flyer en prenant sur lui et en souriant faussement. Heureusement qu'on ne lui demandait pas de parler en prime. Il jouait simplement les play-boys. Ce qu'il maîtrisait à la perfection. Après tout, malgré les épreuves et malgré ses trente ans, il n'avait rien perdu de son charme. Il ne faisait d'ailleurs pas son âge. Ce qui aidait drastiquement à l'intégration et à endormir la vigilance des gens. Encore un petit jeune disait l'opinion. Mais il fallait se méfier de l'eau qui dormait... Surtout avec Nahuel.

Encore un sourire crispé et une douleur fulgurante dans la mâchoire le firent légèrement grimacer. Grimace qui s'accentua lorsqu'il reconnu une touffe de bouclette qui s'approchait dans sa direction. Il manquait plus que lui... Il avisa la blondinette qui l'accompagnait et constata qu'elle était plutôt mignonne. Sans doute la copine à laquelle faisait référence Esteban. Il retint un soupir mais il ne put se résoudre à sourire. Il se contenta de le regarder passer et de lui adresser un léger signe de tête pour le saluer. Il n'allait pas avoir le toupet de lui adresser la parole non plus. Il savait parfaitement comment s'était déroulé leur dernière entrevue. Et peut-être qu'il lui devait des excuses. C'était même certain. Mais Irving ne les aurait pas aujourd'hui.

Pas devant Dean, pas devant toute cette masse de personne. Pas en public et certainement pas dans une ville comme Leopolgrad. Il n'était pas suicidaire non plus. Il n'était déjà pas très à l'aise avec tous les miliciens qui se promenaient dans les rues qu'il se retenait depuis plusieurs bonnes minutes pour ne pas supplier Dean de partir d'ici. Il avait la peur au ventre. Et en même temps, l'adrénaline montait de plus en plus en lui. Il retrouvait les sensations qu'il avait lorsqu'il était en Argentine et qu'il préparait un nouveau raid. C'était le même état d'inconfort et de bien-être mêlé. Il avait toujours apprécié ce genre de sensation. Il était accro à ça. Et c'était aussi pour cela qu'il regrettait tant l'Argentine. Il était un homme d'action lui, il n'était pas fait pour se terrer dans un pays trop calme, trop pluvieux et tellement chiant.

HRP:
 


Nahuel Muñoz
Azénor ReynoldsEmployée aux Transportsavatar
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Lorsqu’elle avait assisté à l’inauguration de Leopoldgrad avec Kessy, Azénor était loin de se douter qu’elle passerait autant de temps dans cette ville et pourtant… Le miroir d’eau rendait le passage de Londres à Leopoldgrad des plus faciles et le développement de la ville attirait la jeunesse. Il n’était pas rare qu’Azénor retrouve des amis à Leopoldgrad pour aller boire un verre après le travail. Son amitié avec Kessy la poussait également à passer du temps dans la ville flamboyante.

Azénor sortait d’ailleurs d’une séance de balai statique particulièrement épuisante. Elle avait les muscles crispés et craignait d’avoir une démarche un peu boitillante. Son sac de sport sur l’épaule, elle tenait dans sa main un smoothie Kalamity Style pour se redonner un peu d’énergie. C’est d’un pas tranquille qu’elle cheminait vers le centre commercial en espérant masquer sa douleur. Elle devait faire quelques courses avant de rentrer à Londres, elle aimait acheter sa nourriture à Leopoldgrad, même si elle était un peu plus chère, le choix n’était pas comparable. Elle craquait notamment pour leurs fruits et légumes produits sans sort de croissance, le goût était incomparable.

Comme toujours la place Merlin l’impressionna et elle décida de faire une pause sur un banc devant la statue. Avec un soupir de soulagement, elle s’assit, reposant enfin ses jambes qui criaient grâce. Face à elle, des enfants courraient sur le miroir d’eau s’éclaboussant sous le regard attentif des parents veillant à ce qu’ils ne s’approchent pas trop du point d’entrée sur la place. Il ne fallait pas qu’un sorcier pressé les bouscule en sortant précipitamment.

A quelques pas d'elle, deux hommes distribuaient des tracts, elle se perdit dans une contemplation qu'elle espérait discrète. L'un d'entre eux, la peau mâte et le sourire charmeur lui avait tapé dans l'oeil. Elle hésitait à l'aborder, il distribuait des tracts, c'était un bon moyen de faire connaissance justement, non ? C'était bien comme cela qu'elle avait rencontré Logan.

La pensée de Logan détourna son attention un instant, elle savait qu'il habitait dans l'immeuble luxueux de la place. Elle s'y était rendue pour sa crémaillère et avait eu un aperçu du splendide appartement. Elle était d'ailleurs curieuse depuis ce jour de savoir à quoi ressemblait réellement les lieux une fois les décorations de fête retirées mais elle n'avait jamais osé lui demander une visite. Etait-il chez lui ? Cela serait-il étrange qu'elle aille sonner ? Sans doute... Dans tous les cas, Azénor n'osa pas vérifier et préféra rester sur son banc à observer les gens.

Il faisait étonnamment doux pour la fin du mois d’octobre, elle se demandait si un sort météorologique n’avait pas été placé sur la ville, il ne lui semblait pas qu’il fasse aussi beau à Londres. C’était une journée douce et agréable, un peu suspendue dans le temps qu’Azénor comptait bien savourer.  



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Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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Depuis quelques temps, l’humeur de Dave s’améliorait un peu. Non pas parce que ses soucis familiaux s’étaient évaporés, mais parce que d’une part, il s’épanouissait complètement dans son travail à la March Bank, et d’autre part, parce qu’il se sentait un peu plus soutenu, depuis qu’il avait pu parler à Rosaleen et Kessy. Qui aurait cru que ce serait précisément de la part des deux femmes qu’il avait le plus de mal à reconnaître comme membres de sa famille, qu’il se sentirait un jour compris ? Pas lui en tout cas. Même s’il ne se sentait pas encore vraiment à l’aise et complètement lui-même en leur présence, Dave sentait que leurs rapports avaient quelque peu changé, et qu’il était désormais capable de les voir autrement que par le prisme de tout ce qu’il leur reprochait, légitimement ou pas.

En conséquence, il avait cessé d’en vouloir au monde entier, de redoubler de cynisme dans ses répliques, et de tout considérer du mauvais côté. Il commençait à redevenir lui-même, sauf dans ses rapports avec son père, qui restaient incontestablement secs. Il réduisait leurs conversations au strict minimum de politesse, nécessaire entre deux cohabitants d’un même manoir, mais sans plus. Les dîners se déroulaient silencieusement, parfois Dave faisait même en sorte de les éviter, pour ne pas avoir à soutenir ce silence. Pourtant, c’était lui qu’il l’imposait, il sentait dans l’attitude de son père qu’il essayait d’arranger les choses, et parfois, Dave avait un instant de culpabilité. Un instant trop court, car se remettre à discuter comme avant avec son père lui semblait encore impossible. Rien n’était plus comme avant, et c’était un fait dont Dave n’était pas responsable. Alors il avait décidé de se laisser tout le temps qu’il faudrait pour assimiler cette situation nouvelle.

Il y en avait une en revanche qui l’acceptait plutôt bien, et c’était Kessy. Au regard de son histoire qu’il avait fini par apprendre, Dave ne pouvait pas lui en vouloir d’être enthousiaste. Si lui avait la sensation de voir sa famille se morceler, Kessy, elle, en avait trouvée une. Dave, tout comme Cassandre, faisaient déjà partie d’un héritage familial, assez lourd qui plus est, plein de conventions que tous les sorciers ne pouvaient pas comprendre, alors c’était plus difficile de se retrouver forcé à tout remettre en cause. C’était tout l’inverse pour Kessy qui avait vu son quotidien changer dans le bon sens en retrouvant une personne qui avait toujours manqué dans sa vie. Dave avait fini par comprendre une chose qui était loin d’être une évidence au départ : ce n’était pas à elle qu’il devait en vouloir.

Lorsqu’elle se présenta à la banque, alors qu’il venait de sortir de son bureau pour prendre une petite pause, il ne fut pas vraiment surpris de la voir, car elle lui avait dit quelques jours plus tôt qu’elle passerait bien le voir à son travail, à l’occasion. Il n’avait pas cherché à la repousser. A la lumière de certaines de leurs discussions récentes, Dave commençait à comprendre que ce qu’il prenait pour une exubérance assez étouffante et naïve se cachait surtout une profonde envie de se faire accepter. Jamais, du temps de leurs années à Poudlard, il n’aurait cru que Kessy Brooks pouvait manquer de confiance en elle et chercher à se faire aimer, tellement tout semblait lui sourire dans la vie. Dave, qui avait toujours été une sorte d’outsider, ne s’imaginait pas que des gens populaires dans le genre de Kessy pouvaient ressentir ce que lui avait connu : le sentiment de devoir se battre pour se tailler sa place dans un milieu différent. Inconsciemment, Dave commençait à faire preuve d’une forme de compassion et d’indulgence à son égard. D’ailleurs il ne chercha pas à l’éviter, comme il l’avait fait après les révélations de son père. Il l’attendit en haut des marches et répondit à son salut, souriant même narquoisement lorsqu’elle déclara qu’il avait bonne mine :

« C’est vrai ? Comme quoi, le café fait des miracles, j’ai même pas l’air épuisé par le boulot. Puis il répondit plus sérieusement. Mais ça va, oui, et toi ? Ca se passe bien au club ? »

Leur échange de cordialités fut interrompu par la petite boîte que lui offrit Kessy, et que Dave observa avec une certaine surprise. Il s’attendait à ce qu’elle passe un jour ou l’autre à son bureau, pas à ce qu’elle ramène un petit cadeau avec. Depuis combien de temps quelqu’un d’autre que sa grand-mère ou Mercy n’avait pas cuisiné quelque chose pour lui ? Du temps où sa mère vivait au manoir, il se souvenait qu’elle lui préparait souvent ce genre de petit en-cas, car Dave était une catastrophe ambulante en cuisine, mais pas moins friand de bonne nourriture et autres grignotages.

« Oh, c’est gentil… Merci. » Il ne savait pas vraiment quoi dire d’autre, cette attention, loin d’être déplaisante, le surprenait venant de Kessy. Il ajouta pour masquer son hésitation : « Je ne savais pas que tu cuisinais. »

En même temps, il ne s’était jamais particulièrement renseigné là-dessus, mais il apprenait régulièrement de nouveaux détails sur elle. Cela dit, ces muffins seraient peut-être infects, pour ce qu’il en savait, songea t-il avec un certain amusement, mais bon, c’était l’attention qui comptait. Kessy ne le laissa pas vraiment mener la suite de la conversation, car elle embraya aussitôt sur un compliment sur sa tenue et l’attrapa par le bras

« C’est tout droit venu d’une enseigne qui s’est installée plus haut dans la ville. Georgio Armagie, j’imagine que tu as déjà fait le tour intégral de la boutique, lança t-il comme une gentille moquerie, car la passion de Kessy et sa K-clique pour le shopping n’était plus un secret pour personne. En fait, j’allais prendre un café. Si tu veux, tu peux m’accompagner dans la salle du personnel de notre étage, puis on ira à mon bureau. »

Il lui désigna du menton une pièce en face qui donnait sur la façade principale, et dont ils voyaient l’intérieur, car tout n’était que verre et piliers de pierre dans cet édifice. Il mena Kessy jusque l’intérieur, puis se défit de son emprise pour aller se positionner près d’un bar où toutes sortes de boissons et machines à pression était à leur disposition, la laissant observer les lieux à sa guise.

« Tu veux boire quelque chose ? Café, thé, bièraubeurre, sirop ? proposa t-il. On peut entamer tes muffins, aussi. Sauf si tu préfères encore ne pas savoir s’ils sont bons ou pas. »

Son sourire en coin trahissait la petite plaisanterie moqueuse. Il la clashait gentiment, ce qui était plutôt bon signe quand on connaissait Dave : c’est qu’il commençait à vous apprécier.



Merci Vivi
Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Devenue une grande spécialiste des arrivées grandiloquentes, Mildred Magpie ne manquait pas une occasion de se faire remarquer. Son carrosse sertit de pierres précieuses atterrit dans un fracas de sabots impressionnant, quand ses Abraxans poussés à grande vitesse atterrirent sur le dallage impeccable de l'Avenue Dalhiatus. Contrairement à Bristol, où pour des raisons de sécurité, la richissime romancière était contrainte de se brimer en matière d'étalage de luxe; La sécuritaire Leopolgrad donnait enfin pleine mesure à son extravagance de milliardaire. Mildred Magpie se sentait vraiment chez elle dans cette ville, où point de gueux ne venait polluer le paysage. Ici, tout était beau, clinquant et magistral! Une ville à la mesure de sa démesure! Rien qu'en se levant ce matin dans sa splendide et excentrique villa de luxe, la sorcière quadragénaire s'était rendue compte de la chance qu'elle avait d'évoluer dans un tel paradis réservé à la crème de la crème de la société. Désormais, elle pouvait se farder de ses bijoux préférés, et sillonner les rues sans avoir à craindre qu'une horde de mendiants ne viennent la harceler, ou la traiter de sale riche. Tel un château en cristal pour princesse, Leopoldgrad était l'endroit où elle avait toujours rêvé d'évoluer.  

Avec la grâce d'une panthère, Mildred Magpie descendit de son carrosse pour s'avancer vers l'édifice impressionnant de la March'Bank. Bien que plongée dans sa bulle de milliardaire pourrie gâtée, elle aimait sentir les regards admiratifs venir se poser sur son ensemble étincellant et hors de prix qui faisait tous sauf œuvrer dans la discrétion. Comme un défilé de mannequin dont elle était la vedette, elle avança en ligne droite en direction de l'entrée de sa nouvelle tirelire géante. En cette si belle journée, jamais elle ne s'était sentie aussi heureuse, comme si le moindre de ses rêves fantasques pouvait se réaliser d'un simple coup de baguette magique. Un de ces jours bénis où tout était possible. Heureuse à l'idée que sa vie puisse s'envoler vers des cieux tant espérés, Mildred Magpie marchait d'un pas léger en direction du standard où une hôtesse d'accueil la reconnut immédiatement.

"Quel plaisir de vous revoir parmi nous, Miss Magpie. Si vous voulez bien patienter quelques instants, Monsieur Klump est actuellement en rendez-vous financier, mais il ne devrait guère tarder à vous recevoir pour vous conduire à vos coffres. "

"Et bien, j'espère que je n'aurai pas à attendre trop longtemps. Je ne suis pas n'importe qui vous savez! "

Même si attendre n'était pas son fort, Mildred se sacrifia à cet exercice en lâchant tout de même un dernier sourire pincé à l'hôtesse d'accueil de la prestigieuse banque; Juste histoire de lui mettre encore davantage la pression, et de répondre rapidement à sa requête. Elle posa son noble fessier sur les sièges moelleux de la salle d'attente, et parcourut les brochures commerciales qui décrivaient en détail les meilleurs placements boursiers. Grande stratège, Mildred Magpie avait pour habitude de ne pas placer ses œufs dans le même panier, et comptait bien ouvrir des comptes à l'étranger afin de se prémunir d'une éventuelle crise financière. Elle espérait que le jovial banquier Ronald Klump lui préconiserait de judicieux conseils, et saurait lui dénicher de belles opportunités de s'enrichir. En matière d'enrichissement, Mildred regardait toujours vers le haut, et croyait en sa belle étoile. D'ailleurs, portée comme un fétiche, elle pouvait sentir son étoile de l'ordre de Merlin pendre entre ses seins, tandis que ses yeux se levaient vers la voute céleste offerte par le puit de lumière de la March Bank. Rien ne semblait plus pouvoir contrarier son ascension...

Son Cabaret tournait du feu de Dieu, ses livres et ses articles de Multiplettes se vendaient comme des petits pains, elle s'épanouissait à Poudlard; Bref sa carrière était au summum de sa plénitude. Mais toutefois, elle pouvait entendre le Tic-tac de son horloge biologique résonnée en elle, alors qu'elle n'avait encore ni mari, ni descendance. Un drame dont elle prenait la pleine mesure, surtout depuis qu'elle s'approchait de la cinquantaine. A quoi bon servait de bâtir un empire, si celui-ci s'effondrait à sa mort? Une fois qu'elle aurait tournée casaque, à qui allait revenir ses millions de Galions? Une grande question sans réponse, alors que ses banquiers magiques lui préconisaient de trouver rapidement une règle de succession au cas où un malheur inattendu viendrait à survenir. Pour l'heure, elle pensait léguer ses biens et sa fortune à son associé Roy Calder, mais était-ce la meilleure solution? Et si ce dernier s'acoquinait définitivement avec cette pétasse prétentieuse d'Isobel Lavespère? La simple pensée que cette maudite peste puisse jouir un jour de ses galions suffisait à l'étrangler. Dans ce cas pourquoi ne pas tout léguer à Puffy? Lui au moins, il ne l'avait jamais trahie. Bref, même si elle avait encore beaucoup de temps devant elle, il faudrait assurément gérer ce lourd problème d'héritage.  

Mildred Magpie s'apprêtait à pousser un léger raclement de gorge d'impatience quand une silhouette se dessina enfin devant elle...


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Grace Vargas, 60 ans, mère de Logan Vargas


"Logan, tu sais pertinemment que j'exècre la mauvaise foi. Cesse donc avec cette impertinence."

"Je ne vois pas de quoi tu veux parler, ma très chère mère. Je suis toujours de bonne foi, surtout lorsqu'il s'agit des affaires..."

Grace Vargas darda sur son fils unique son regard de glace, devenu célèbre dans les hautes sphères de New York.

"Tu souhaites vraiment me faire croire que ta décision abrupte et irréfléchie de t'installer dans ce pays rétrograde n'a rien à voir avec cette louisianaise ?"

"Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai simplement dit que cela n'avait rien à voir avec le fait que je lui mange dans la main", la contredit Logan, avec une évidente mauvaise foi. "Et cesse de l'appeler ainsi, Isobel est mon amie. Rien de plus. Fais-moi donc un peu confiance, pour une fois, je te jure que Leopoldgrad va te plaire."

Grace ne dissimula pas son scepticisme, et c'est la mine désapprobatrice qu'elle tendit sa baguette magique à l'agent de la police magique pour le contrôle de la douane.

"Tout est en règle, bienvenue sur le sol anglais, madame Vargas."

"Merci, jeune homme", répondit Grace à l'officier qui, semblant être âgé d'une bonne quarantaine d'années, se gargarisa. Grace posa sa main aux ongles parfaitement manucurés sur le bras de son fils, qui l'accompagna hors de la zone d'accueil des portoloins internationaux. Ensemble, ils descendirent le Chemin de Traverse, qui était bien calme par ce matin d'octobre. Grande femme énergique, Grace suivait sans mal les grandes enjambées de Logan, et l'on entendait le son de leurs pas sur le pavé inégal.

"Quel charme désuet... Alors, comment nous y rendons-nous, dans ta ville prodige ?", s'enquit-elle en promenant son regard sur les vitrines du Chemin.

"On va piquer une tête", répondit Logan en l'attirant en direction de la grande banque Gringotts, qui surplombait la rue. Il irradiait de fierté lorsqu'ils parvinrent devant le miroir d'eau, et Grace se demanda comment diable il avait pu devenir si vite un défenseur du Royaume-Uni, lui, le plus américain des américains. Son admiration pour ce pays et pour sa nouvelle ville transparaissait dans chacune des lettres que Logan lui adressait, et Grace avait systématiquement un pincement au coeur lorsqu'il lui en vantait les mérites.

Elle se devait de revenir ici, dans ce pays qu'elle avait juré d'éviter, pour vérifier qu'il n'y avait pas Strangulot sous roche. Grace devait éviter la catastrophe, et elle comptait bien utiliser ses parts dans la toute nouvelle entreprise de Logan pour le ramener au bercail - restait à savoir comment. Elle avait prétexté l'envie de visiter les nouveaux locaux de l'entreprise ainsi que son appartement pour cette visite. En réalité, elle comptait bien mettre son nez dans la vie et les affaires de son fils, et le plus vite serait le mieux...

"Cela ne va pas nous mouiller ?", protesta-t-elle lorsque Logan l'attira vers le miroir d'eau. Aussitôt, un officier de sécurité se dirigea vers eux : "Vos baguettes, s'il-vous-plait, et je vous demanderais d'ouvrir votre sacs."

Grace agrippa son large sac à main noir d'un air offusqué.

"Mais c'est impossible, dans ce pays, on ne peut pas faire deux pas sans se faire contrôler ! Est-ce que vous trouvez vraiment que j'ai la tête d'une terroriste, jeune homme ? Vous allez offenser une vieille dame !"

Loin de se laisser démonter, l'homme répondit d'un ton ferme : "Toutes mes excuses, madame, plan Vigikraken. Je dois faire mon travail. Et vous n'êtes pas une vieille dame."

Non, elle n'était pas vieille, mais elle n'avait plus la fougue de sa jeunesse non plus. Tandis qu'elle se soumettait au contrôle, son regard se perdit sur le Chemin de Traverse. Aussitôt, une bouffée de souvenirs d'un passé qu'elle avait oublié depuis longtemps l'envahit. Ah, ce qu'elle était jeune, la dernière fois qu'elle s'était trouvée à cet exact endroit ! Elle était jeune, rayonnante, et totalement irresponsable. Prête à faire tourner des têtes, jusqu'à en perdre la sienne. Grace avait bien changé depuis cette époque, toute une vie s'était écoulée depuis. Cet endroit, en revanche, n'avait pas changé d'un pouce. Seule cette nouveauté avait été installée, ce passage flamboyant entre ici et là-bas, qui détonait avec le reste.

Lorsque l'officier leur donna l'autorisation de passer, Grace s'avança d'un pas décidée, pressée de laisser Londres et ses fantômes derrière elle. Mais son fils l'attrapa doucement par le coude pour la retenir un instant :

"Ne t'en fais pas, maman, tu ne seras pas mouillée."

Une hésitation passa sur le visage de Logan, et Grace conserva le silence, dans l'expectative. Logan finit par la serrer brièvement contre lui.

"Je suis content que tu sois venue."

"Moi aussi, mon fils", répondit-elle, non sans une certaine émotion. Les effusions étaient rares dans la famille Vargas, suffisamment pour que chacun sache les apprécier. Cet instant de complicité partagé, ils se dirigèrent enfin vers le miroir d'eau, que Grace ne s'arrêta pas pour contempler. Elle aurait bien le temps d'admirer la ville une fois de l'autre côté.

Le voyage se déroula en instant à peine, à la surprise de Grace, plus habituée au manque de confort du voyage en portoloin ou en transplanage. Ils se trouvaient à présents au centre d'une large place, entourée de bâtiments vertigineux. Sous le regard impatient de Logan, Grace admira Leopoldgrad qui s'offrait à elle. La fameuse Leopoldgrad irradiait la nouveauté, le luxe et l'innovation, et Grace devait reconnaître que l'effet était impressionnant. Bien sûr, tout n'était pas de bon goût, songea-t-elle en observant un carrosse orné pierres précieuses qui déposait une passagère rousse et plantureuse.

"Moui, pas mal", consentit-elle, un sourire au coin des lèvres. Sa réponse fit rire Logan, qui secoua la tête avec indulgence, avant de l'entraîner à sa suite.

"Qui fait de la mauvaise foi, maintenant ? Allons, suis-moi. Monsieur Marchebank m'attend..."
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Braiden Canavan, 43 ans, agent de sécurité à la March Bank

« Y a moyen que tu m’rendes un service, Lloyd ? Tu veux bien prendre ma place au sous-sol cinq minutes, le temps que j’me soulage ?
-Hein, mais y a des chiottes en bas, pourquoi faut que tu quittes ton poste ? Ils les ont toujours pas réparées ? râla son collègue, ce à quoi Braiden répondit par un haussement d’épaules. Sérieux, j’allais prendre ma pause, là !
-Je sais, c’est pour ça que j’te demande, répliqua le vigile, un sourire en coin. Et j’te rappelle que tu m’en dois une ! J’suis au PC de l’aile Est, au -4. C’est mort, comme d’habitude, j’te souhaite de trouver de quoi faire passer l’temps.
-T’as intérêt à te magner, Canavan, j’ai autre chose à faire » bougonna t-il, marchant néanmoins en sens inverse.

Braiden lui donna une tape amicale en guise de remerciement, et remonta d’un étage par l’ascenseur jusqu’à trouver les toilettes réservées au personnel. Les sous-sols de la banque étaient un dédale d’escaliers, de locaux techniques, de pièces de service et de bureaux réservés à la sécurité de l’édifice. Chaque étage du sous-sol disposait de plusieurs PC, d’où l’on pouvait avoir un oeil sur tout ce qui bougeait à la March Bank, grâce à des dispositifs dernier cri de détection d’anomalies. Des capteurs installés à différents endroits stratégiques de la banque (notamment les coffres), maintenaient en permanence le sortilège de l’Hominum Revelio, afin de parer à toute intrusion suspecte. Ce n’était qu’un exemple, car plusieurs charmes de différents types étaient apposés dans l’édifice, en étant maintenus vingt quatre heures sur vingt quatre par des objets intégrés à la maçonnerie, eux-même reliés à des récepteurs regroupés dans les postes de sécurité. Cela leur permettait de surveiller l’ensemble de l’édifice sans avoir à sortir de leur poste, même s’ils étaient tenus de faire quelques rondes de temps en temps.

Cela rendait aussi leur travail assez rébarbatif, car il ne se passait concrètement pas grand-chose dans leur journée. Les rares moments où les récepteurs s’affolaient, c’était soit qu’un des employés avait oublié de passer son badge pour désactiver les capteurs en ouvrant un coffre, soit signe d’une trop grande sensibilité du matériel -Braiden se souviendrait toujours de cette matinée où ils avaient cru qu’un intrus avait réussi à pénétrer dans les archives sécurisées, alors qu’il ne s’agissait que d’un chat gris qu’il avait fallu chercher pendant une heure…

Par conséquent, Braiden n’était pas mécontent de se dégourdir un peu les jambes, même si c’était pour quelque chose d’aussi anodin que faire un saut aux toilettes. Il prit son temps, il se permit même de faire un détour par une des salles du personnel technique, pour se faire un café. Après une seconde de réflexion, il en fit couler un deuxième pour son ami, histoire de se faire pardonner pour l’attente. Il revint à son étage une bonne quinzaine de minutes plus tard, ses gobelets à la main, remarqua que son collègue n’avait pas fermé la porte du PC, ce qui l’arrangea : pas besoin de sortir son badge pour désactiver la protection d’entrée.

« Hey, t’assures, Lloyd ! J’t’ai ramené un café pour te… »

Braiden s’interrompit lorsqu’il constata qu’il parlait tout bonnement dans le vide. Le poste n’était plus occupé. Allons bon, était t-il parti avant son retour ? Cela ne lui ressemblait pas. A moins qu’il ne soit parti faire une ronde, ce qui expliquait la porte ouverte, mais le tableau de bord n’affichait aucun message d’alerte. Fronçant les sourcils, Braiden posa les gobelets sur une table, et sortit du poste, sa baguette dégainée…  
*****


Alarius Huttlestone, 37 ans, résistant

Assis dans l’une des salles d’attente de la banque, le sorcier était visiblement plongé dans la lecture d’un journal financier. Même s’il avait été spécialiste des questions économiques, aucune des phrases qu’il lisait ne se serait imprimée dans sa tête, car il avait l’esprit complètement ailleurs. Attentif à l’heure, il comptait les minutes et les secondes, sur la montre de son poignet qu’il consultait régulièrement. Une femme face à lui avait du le prendre pour un client particulièrement pressé, car elle lui avait proposé quelques minutes plus tôt de le laisser passer avant elle, ce qui l’avait particulièrement agacé : les gens n’avaient donc rien à faire pour s’occuper des affaires des autres ? Pourtant il avait offert son sourire le plus poli pour décliner en prétextant qu’il attendait sa compagne, avant de rencontrer leur banquier. Depuis, il s’efforçait de moins regarder sa montre, ou de masquer son poignet derrière le journal. Voilà un objet sur lequel il devait éviter d’attirer l’attention, car elle était tout sauf ordinaire…

D’ailleurs, lorsque le bracelet lui chauffa le poignet, et que l’une des aiguilles lui renvoya une légère lueur bleue, Alarius sentit l’adrénaline remonter en lui comme une vague. Pourtant il ne se lut rien sur sa figure placide dont il avait l’habitude de dominer les émotions. Sur le point de se lever, il fut interrompu par le commentaire d’un petit garçon à ses côtés, s’écriant :

« Elle est super cool, ta montre ! »

Le regard qu’Alarius posa sur le garçon aurait pu faire penser à celui d’un professeur glacial. Il jeta un bref coup d’oeil à la dame qui l’accompagnait, se retenant de serrer la mâchoire de dépit. Y avait t-il des parents pour emmener leur enfant à la banque avec eux ? Ce gamin ne devait pas avoir plus de dix ans, et avait la malchance de se trouver au mauvais endroit, voilà qui était bien triste… Se penchant légèrement vers lui, comme pour lui faire une confidence, Alarius lui souffla :

« Je l’ai achetée au centre commercial, sur la place. Tu devrais demander à ta maman de te laisser y faire un tour, pendant qu’elle attend son banquier. »

Sans chercher à savoir si le petit arrivait à convaincre sa mère, Alarius se leva sans perdre davantage de temps, et se dirigea vers l’un des ascenseurs. Un homme le suivit à l’intérieur, et il lui offrit un sourire de politesse, sans rien laisser voir de sa déconvenue de ne pas être seul.

« Vous montez à quel étage ? demanda son interlocuteur après avoir appuyé sur le bouton numéro vingt.
-Eh bien, comme vous. »

L’ascenseur escalada les étages à une vitesse vertigineuse, si bien qu’en trois clignements d’oeil, ils s’y trouvèrent. Le blond invita d’un geste gracieux l’homme à passer devant lui, ce qu’il fit d’un pas pressé. Alarius fit mine de sortir à son tour, avant de faire aussitôt demi-tour, pour pénétrer dans la cage d’ascenseur avant qu’elle ne se referme. Lorsqu’elle se rouvrit au niveau -4, ce fut un chat gris qui en sortit lestement.

En quelques bonds habiles, Alarius se fraya un chemin dans le sous-sol dont il avait appris le plan par coeur, et dont il avait même repéré quelques capteurs ensorcelés lors d’une première intrusion quelques semaines plus tôt. Dans son groupe de résistants, il était un éclaireur de choix, en tant qu’Animagus, et son intervention s’était avérée cruciale pour préciser leur plan d’attaque. Il avait pu déterminer la position des postes de sécurité et comprendre que les capteurs de présence qui rendaient une intrusion difficile étaient en vérité beaucoup plus sensibles près des coffres et de quelques pièces sécurisées très précises, que dans le reste du bâtiment. Si un homme ne pouvait guère pénétrer dans le sous-sol technique sans déclencher une alerte dans les postes de sécurité, un chat le pouvait en revanche, et à plus forte raison, des insectes le pouvaient aussi…

Deux de ses camarades avaient subi une métamorphose temporaire, qui leur avait permis de se faufiler en insectes jusqu’au dernier sous-sol. Ainsi débutait la première et la plus importante étape du plan pour laquelle ils se devaient d’agir très rapidement avant que la métamorphose ne prenne fin. Se glisser sous la porte des deux PC de l’étage était un jeu d’enfant grâce à leur minuscule gabarit, en revanche, trouver un point d’où retrouver forme humaine, neutraliser l’agent ou les agents en place afin de subtiliser leur badge était l’étape la plus délicate et la plus essentielle : car ils avaient besoin de pouvoir agir en toute impunité à cet étage, sans alarme pour se déclencher, sans verrou pour les freiner, sans homme pour faire de ronde.

Dans cette opération où silence et discrétion étaient primordiales, la montre était leur seul moyen de communication. En l’occurrence c’était un message d’alerte sur la première étape du plan qu’Alarius avait reçue, ce qui n’était franchement pas bon signe…

Alarius retrouva forme humaine près de la porte du PC disposé dans l’aile Ouest du bâtiment et s’adossa près de la porte, toujours verrouillée. Il perçut des bruits sourds à l’intérieur -un combat ?- et ne réfléchit pas davantage avant de lancer un sortilège qui perça un trou dans la cloison. En terme de discrétion, il y avait mieux, mais l’agent à l’intérieur était déjà au courant de leur présence, visiblement. C’est pourquoi Alarius ne vit qu’un seul sortilège pour se débarrasser de ce fâcheux contretemps qui risquait de mettre à mal tout leur plan :

« Avada Kedavra ! »

Le corps de sa cible tomba au sol, anonyme agent de sécurité qui avait la malchance d’être de garde. Derrière la cloison, Alarius vit son camarade, à terre, échevelé par un combat qu’il avait visiblement failli perdre, et il dut se retenir de ne pas laisser exploser sa colère plus haut qu’un chuchotement :

« Putain, t’as merdé, Dan !
-Il... Il m'a repéré et m'a sauté à la gorge, j'ai...
-Tais-toi, inutile de perdre du temps en explications. Récupère son badge et ouvre la porte, grouille ! Je vais rester à l’intérieur, poursuis le plan comme prévu. »

En quelques secondes, Alarius se retrouva à l’intérieur du bureau. Dan quant à lui, se faufila à l’extérieur, badge en main, prêt à désactiver les capteurs de toute la partie Ouest du bâtiment. Du bout de la chaussure, Alarius retourna le cadavre, pour vérifier qu’il était bien mort. Lorsqu’il se pencha, une sonnette sur le tableau de bord le fit sursauter. Un bouton clignotait avec insistance sous le regard glacial du résistant, qui approcha une main incertaine pour le presser. Une voix résonna alors dans le poste, celle d’un autre agent, dont Alarius crut sentir l’inquiétude dans le ton :

« Ici Canavan, du PC Est. L’agent Lloyd a disparu, je viens de trouver sa baguette près de mon poste de sécurité. »

Jamais le coeur d’Alarius n’avait battu aussi fort que lorsqu’il répliqua de sa voix la plus calme possible, après une seconde qui parut une éternité :

« Très bien, nous vous envoyons un agent en renfort pour faire une ronde dans l’étage. Surtout restez sur place. »

Il retira sa main du bouton, plus pâle que jamais. Tournant et retournant le plan établi dans sa tête, avec cette nouvelle donnée en main, il finit par convenir qu’il n’y avait guère de solution. Par il ne savait quel malencontreux hasard, un autre agent se trouvait près du deuxième poste et risquait de les découvrir. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne se décide à faire un tour et tombe sur l’un de ses camarades. Quant à Dan, il avait fait prendre du retard à une partie de l’opération… Alarius consulta sa montre d’un geste nerveux. Sur les cinq aiguilles vertes qui étaient sensées se trouver à midi avant qu’il ne donne le top départ, seules deux étaient à leur place, et une troisième flottait quelque part entre dix heures et onze heures. Il attendit quelques minutes qui lui parurent une éternité que cette troisième aiguille arrive à midi, le coeur battant. A la seconde où cela arriva enfin, il baissa son poignet, et pointa la baguette sur son oreillette droite.

« A ceux qui sont en place. Nous n’avons plus le temps d’attendre les autres. Déclenchez. Cinq, quatre, trois, deux… »

Ce décompte fut un temps précieux, pendant lequel Alarius ferma les yeux, se remémora une multitude de souvenirs, les plus heureux comme les plus douloureux. Aucune larme ne franchit la barrière de ses paupières. Sa figure était impavide lorsque son dernier souffle lui échappa :

« Un. »

Trois déflagrations grondèrent comme une seule.

HRP:
 
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Dernière édition par Nora Weaver le Ven 4 Nov 2016 - 16:27, édité 1 fois
"Quoi ? Tu as refusé l'assurance tsunami ? Mais qu'est-ce qu'on va faire si l'étang du jardin déborde ?"

Nora laissa échapper un éclat de rire et secoua la tête de découragement devant la faiblesse dont ils avaient fait preuve. Ils n'auraient jamais dû signé tous ces papiers !

Ce n'étaient pas tant qu'elle n'y comprenaient rien -même si elle n'était pas certaine d'avoir saisi le fonctionnement de leur nouveau système de remboursement d'intérêts mensualisé- mais plutôt qu'elle n'était pas méfiante par nature. Elle partait du principe que les banquiers s'y connaissaient forcément mieux qu'elle en finances et que s'ils lui proposaient quelque chose ils avaient certainement raison. Mais le rendez-vous d'aujourd'hui avait au moins eu le mérite de lui prouver qu'elle accordait peut-être un peu vite sa confiance aux gens dont le salaire dépendait des sommes d'argent qu'elle empruntait.

Elle riait encore de leur manque total de pouvoir de talent pour la négociation quand la vision de la statue de Jacob Dalhiatus, à quelques mètres de l'endroit où elle et Irving se tenaient, lui glaça le sang et balaya de son esprit toute envie d'aller admirer l'aquarium du centre commercial. Irving se positionna entre elle et la statue, soustrayant le regard sévère de Dalhiatus à son champs de vision, et Nora accrocha le regard de son petit-ami pour y trouver le même trouble que celui qui s'était emparé d'elle.

Pourtant le Gryffondor se montra plus raisonnable qu'elle en assurant qu'ils ne devraient pas laissé le défunt directeur leur gâcher la vie plus qu'il ne l'avait déjà fait. Nora savait bien qu'il avait raison, en théorie, mais avait du mal à retrouver l'envie d'arpenter joyeusement ce qui était certainement "l'avenue Dalhiatus". Cela lui donnait la désagréable sensation de revenir sur les lieux du crime et elle se sentait vulnérable ici, presque en danger. La jeune femme se força à se raisonner, Léopolgrad était certainement l'endroit le plus sûr du monde magique, rien ne pouvait leur arriver ici. Elle sentit Irving attraper ses mains et lui adressa un sourire sincère.

"Je te propose de rentrer tranquillement à la maison et tu me pousses à aller observer des strangulots d'eau douce, commença-t-elle en mêlant ses doigts aux siens. Je crois que j'ai une très mauvaise influence sur toi, acheva-t-elle avec un froncement de sourcils faussement concerné avant de rire doucement. Tu as raison, reprit-elle. Allons-y !"

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur les lèvres du jeune homme mais n'eut pas le temps d'en profiter car une petite main vint se poser sur son bras.

"Madame, l'appela une voix fluette. Pardon...
Nora baissa les yeux, un peu surprise de s'entendre appeler Madame alors qu'on la prenait en général pour une élève de cinquième année les jours où elle faisait un effort, pour découvrir un enfant d'environ sept ou huit ans à l'air un peu perdu.
- Oui ? s'enquit-elle en se baissant un peu pour se mettre à la hauteur du jeune garçon.
- Tu sais où c'est le centre commercial ? Je me suis perdu...Je voulais aller regarder les montres...
Nora se demanda ce qui pouvait bien se passer dans la tête des parents pour qu'ils laissent leur enfants se promener tout seul en pleine ville, mais sourit au petit garçon.
- Il est juste là, regarde, répondit-elle en tendant le bras pour désigner le centre, de l'autre coté de la rue. Mais tu es sûr que personne ne va te chercher ? Ta maman ou ton papa savent que tu es là ?  reprit-elle en se tournant vers Irving pour l'interroger du regard, ne sachant pas trop où ils pouvaient signaler un enfant perdu.
- Oui, ma maman est à la banque, elle a un rendez-vous. Elle vient me chercher au centre après, devant le magasin de balais.
- Dans ce cas-là j'imagine que tu peux venir avec nous, on allait justement..."

Nora n'eut pas le temps de finir sa phrase. Une détonation assourdissante déchira le ciel tranquille de Léopolgrad, stoppant tout le monde en plein geste. Pendant une fraction de seconde, tout s'arrêta. Les regards eurent à peine le temps de se tourner vers la Marchbank que celle-ci s’effondrait sur elle même dans un bruit monumental, projetant débris et morceaux de verre autours d'elle dans une explosion retentissante.

En un instant, une véritable pluie de pierres et de verre s’abattit sur l'avenue Dalhiatus, soulevant un épais nuage de poussière. A la demi-seconde de silence qui avait précédé succéda un désordre apocalyptique. Le centre ville n'était plus que chaos, secousses et hurlements. D'impressionnant morceaux de mur se décrochaient de ce qui restait de l'aile ouest de la Marchbank et étaient précipités sur la rue. La statue monumentale de Jacob Dalhiatus ne fut pas épargnée et vola en éclat. L'imposante tête de pierre fut projetée en direction du jeune couple et termina sa course en emportant...

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Ronald Klump, banquier à la March Bank

Les yeux rivés sur son reflet dans le miroir, Ronald répétait  son speech dans les toilettes des hommes du 75ème étage de la March Bank. Il faut dire qu'il n'avait pas le droit à l'erreur aujourd'hui tant il avait réussi à ferrer un gros poisson quelques mois plus tôt en la personne de Mildred Magpie . En effet, la célèbre femme d'affaire lui avait confié la gestion d'une partie de son portefeuille, le chargeant de faire" fructifier " son argent. Miss Magpie avait particulièrement insisté sur ce terme et il n'avait pas fallu longtemps à Ronald pour comprendre ce que souhaitait réellement la romancière à succès.  Il avait assez d' années d'expérience en la matière pour reconnaitre un client prêt à contourner les lois afin de payer moins d'impôts (voir ne pas en payer du tout ) et conserver son argent durement gagné. Quoi de plus normal d'ailleurs ?

Klump s'était d'ailleurs battis une solide réputation dans le milieu et il était connu pour être le roi de l'évasion fiscale. Le conseiller financier idéal pour monter une société offshore ou ouvrir un compte-bancaire dans un paradis.

Aussi, lorsque la deuxième fortune du monde magique était venue sonner à sa porte pour obtenir les meilleurs taux, il n'avait pas lésiné sur les moyens. En jeu, un portefeuille de plusieurs milliers de galions que Ronald ne comptait pas laisser filer. Si Mildred Magpie était satisfaite aujourd'hui de ses placements et des rentes obtenues, elle n'hésiterait pas une seconde à le choisir pour la gestion totale de ses comptes.

Voila pourquoi Ronald soignait tout particulièrement sa présentation.

Il arrangea d'ailleurs son légendaire brushing et s'autolança un sortilège de bonne haleine afin de ne laisser aucun détail au hasard. Enfin, après avoir encouragé une ultime fois son reflet, il  quitta les toilettes pour rejoindre le hall où la fameuse romancière devait déjà l'attendre.

Le moins que l'on puisse dire c'est que Ronald Klump ne passait pas inaperçu dans les couloirs de la très select March Bank.  Contrairement à ses collègues, qui adoptaient généralement le style sombre et traditionnel des traders pressés,  Ronald était toujours vêtu de costumes colorés aux matières satinées. Sûr de son charme et de ses compétences, il arpentait les étages d'une démarche assurée tout en sifflotant des airs à la mode.  "La Klump Touch" comme il aimait la surnommer.
Ce fut donc le Ronald des grands  jours qui déboucha de l'ascenseur magique, prêt à ne faire qu'une bouchée de la plantureuse sorcière rousse qui lui faisait face dans la salle d'attente de l'aile ouest.

"Miss Magpie, s'exclama-t-il, Ma parole, vous embellissez de jours en jours  !" ajouta-t-il en appréciant du regard le corps sculptural de la romancière qui n'avait rien à envier à celui de Miss Monde Magique, comme je suis heureux de vous recevoir dans nos tous nouveaux locaux !"

Une poignée de main chaleureuse aurait suffit mais Ronald gratifia la belle rouquine d'un baisemain. Les veilles filles (aussi séduisantes soient-elles) étaient toujours sensibles à ce genre de badinage.

"Merlin m'en soit témoin, reprit-il en se redressant,  votre argent ne peut pas être mieux placé qu'ici !" lança-t-il en écartant les bras.

Pourtant, au même instant une terrible déflagration retentit le faisant sursauter.  Le sol trembla sous leurs pieds et le souffle d'une explosion balaya tout sur son passage. Le mobilier, les astres du hall, les gens. Le banquier fut projeté contre Mildred et un bruit assourdissant, interminable, empli la pièce. Boum, BOUM, BOUM. Le bruit des étages s'écrasant les uns sur les autres au dessus d'eux dans une rythmique macabre.

Sa dernière heure était arrivée. Avec une lucidité déconcertante, Ronald imagina son propre corps écrasé sous des tonnes de verres et d'acier. Allongé au milieu de la salle d'attente soufflée par l'explosion, il inspira une dernière bouffée d'air entre les seins de Magpie sur laquelle il était tombé. Une douce odeur de peau et de parfum mêlé emplit ses narines. Cette fragrance avait quelque chose de rassurant en ces derniers instants, se dit-il en fermant les yeux.

Il était prêt, la mort pouvait frapper.
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Griselda Marchebank, 129 ans
Présidente de l'Académie des examinateurs magiques


Ce matin, Griselda s'était réveillée avec des douleurs dans tout le corps. Ses jambes étaient lourdes comme du plomb, son dos la lançait, sa nuque était raide et ses doigts fourmillaient. Quoi de moins étonnant pour une vieille dame, me diriez-vous ? Oui, mais voilà, Griselda n'était pas n'importe quelle vieille dame. Dans cinq jours, elle célébrerait son cent-trentième anniversaire, en compagnie de tous ses amis et de ses petits-petits-petits-...enfants. Et elle comptait bien s'y rendre sans cane sur laquelle s'appuyer, la tête haute malgré ses épaules voûtées. Sa santé avait toujours fait sa plus grande fierté, santé du coeur, du corps et de l'esprit.

Pourtant, ces derniers temps, elle se sentait aveuglée. Parfois, le poids des années semblait la rattraper brusquement, avant de s'évaporer le lendemain, la laissant vive et légère comme une plume. Les médicomages ne semblaient guère s'inquiéter : la doyenne de l'Angleterre magique avait toujours été un cas à part, sans doute était-ce le sang gobelin qui, selon la rumeur, courait dans ses veines... Griselda Marchebank les enterrerait tous, voilà ce qu'on disait, et voilà ce qu'elle avait fini par penser aussi. Des guerres éclataient et passaient sans qu'elle ait à peine le temps de prendre une ride. Ses enfants et petits-enfants naissaient, vivaient et mourraient, et elle était encore là... Oui, mais voilà, elle s'inquiétait.

Griselda avait toujours fait partie de ces sorciers persuadés que le corps et la magie sont connectés, entremêlés, ne faisant qu'un avec la nature qui les entourent. Ce qu'elle avait pu en passer, des heures, à boire le thé avec Augusta Londubat, à émettre des hypothèses sur la magie du corps, sur les pouvoirs thérapeutiques des plantes, sur mille sujets encore ! Aussi avait-elle appris à écouter les signaux que son corps, si fidèle et robuste, pouvait lui envoyer. Le jour où Charles Marchebank était décédé, Griselda était clouée au lit, terrassée par une méningite. Le jour de la bataille de Poudlard, le 2 mai 1998, elle avait développé une telle sciatique qu'elle avait du mal à marcher. Et ce terrible 15 juin 2008, son coeur avait été à deux doigts de lâcher, pendant que le sang coulait à Londres... De ces journées funestes, elle n'en avait oublié aucune. Aussi, ce matin-là, quand chaque parcelle de son corps lui signifia sa douleur, un pressentiment terrible l'envahit. C'est empreinte de fatalisme qu'elle quitta le Manoir, de ses petits pas de vieille dame.

Peut-être que l'heure était venue d'enterrer un descendant de plus.

Un esprit taquin aurait pu dire que cela tombait bien, vu son rendez-vous du matin... A croire qu'elle avait eu une prémonition en décidant d'accepter les appels frénétiques de son nouveau banquier-notaire. "Une erreur sur le testament, une erreur sur le testament !", qu'y disait, "mieux vaut être prudent à 129 ans !". Bah ! Il n'y connaissait rien. Griselda se déplaçait sans doute pour rien. Mais c'était ainsi à chaque changement de personne, il fallait expliquer au nouvel employé le maléfice rare et ingénieux qui avait été lancé sur son testament pour ne plus avoir à s'en occuper. Lorsque l'on était assez vieille pour avoir fait passer ses ASPICs à Albus Dumbledore, on avait autre chose à faire de ses journées que de réviser son testament à chaque arrivée d'un nouvel héritier ! Car ils étaient légion, les descendants, surtout avec son petit chenapan de Leo. Merlin, dire que le regretté Charles craignait que la lignée ne s'éteigne ! Cela semblait risible aujourd'hui. Il y aurait bientôt autant de Marchebank que de Weasley, et c'était tant mieux, si on lui demandait son avis - ce que personne ne faisait ! Le Manoir n'avait pas été aussi vivant et animé depuis des années.

Une fois parvenue sur la place Merlin, elle leva ses yeux à moitié aveugles vers le ciel, et se sentit écrasée par le poids de ces immenses bâtiments qui l'entouraient. Soudain, elle ne reconnaissait plus ce monde qui la dépassait, comme si elle n'était qu'une anomalie du passé, un fantôme perdu parmi les vivants. Le vertige la prit un instant, mais elle se ressaisit avec la volonté qu'on lui connaissait. Il n'était pas l'heure de philosopher sur le vieil âge, mais bien de régler cette histoire de testament. Ensuite, elle pourrait passer voir Dave pour rassurer sa paranoïa de grand-mère.

D'un signe péremptoire, elle ordonna à son garde du corps attitré de rester sur la place. Elle ne parvenait certes plus à transplaner seule, mais elle n'avait pas besoin d'un gorille en permanence derrière elle. De plus, cette affaire devait rester confidentielle. Personne sauf son banquier ne savait à ce jour à qui elle comptait léguer le Manoir ainsi que sa fortune considérable, et c'était très bien ainsi. Elle ne tenait pas à voir ses héritiers se chamailler de son vivant.

La March Banks fourmillait d'activité ce matin là. Griselda entreprit de traverser le hall, mais chaque pas la faisait souffrir et deux sorciers pressés manquèrent de lui rentrer dedans. Elle réalisa qu'il lui serait peut-être plus difficile que prévu de voir son petit-fils, probablement occupé avec un client lui aussi.

Un élan de fierté l'envahit à cette idée. Dave réussissait si bien, c'était un jeune homme accompli, brillant, vif, dans lequel elle se retrouvait plus que dans n'importe lequel de ses descendants. Oh, il ressemblait à son père, bien sûr, sur le plan de l'intelligence. Intelligent, Leopold l'était peut-être même d'avantage, et il avait su mettre son charisme au service de sa carrière. Par bien des aspects, Leopold était le plus remarquable des Marchebank qui ait jamais vécu, et sans doute marquerait-il plus l'Histoire que Griselda elle-même... Mais était-il toujours bon d'être remarqué ? Griselda l'admirait autant qu'elle le redoutait. Elle ressentait toujours un curieux sentiment de honte lorsqu'elle réalisait à quel point elle l'aimait. Au sujet de Leopold, il y avait tellement peu de choses qu'elle savait, mais tant qu'elle devinait...

Avec Dave, c'était l'exact inverse. Elle savait pertinemment pourquoi elle l'aimait si fort, pourquoi elle le voyait comme son descendant le plus accompli. Ce qu'il avait, et que son père ne possédait pas, c'était un coeur bon, généreux, bienveillant. L'un brillait par son esprit et l'autre par son coeur, ainsi étaient-ils fondamentalement différents - mais ils ne le savaient pas. Le mimétisme était fort entre Dave et Leopold, et ce en dépit des turbulences qui les secouaient depuis quelques temps. Ce mimétisme, elle devait l'empêcher.

Plus le temps filait, plus les buildings de Leopoldgrad s'érigeaient et plus Griselda devinait quel était son rôle dans cette histoire. Faire primer le coeur sur l'esprit. Aider Dave à révéler le meilleur de lui-même, et empêcher Leopold de dévoiler le pire...

C'était une lourde tâche pour une vieille dame. Parfois, il lui semblait qu'elle devait porter le monde sur ses épaules.

Cette pensée venait de traverser son esprit quand l'univers devint fou. Une immense déflagration se fit entendre, et en l'espace d'un instant, tout s'effondra. Par automatisme, Griselda leva les yeux vers le ciel, juste à temps pour voir l'énorme sphère qui se dirigeait droit sur elle. Elle sentit son coeur flancher juste avant que la Terre tourbillonnante ne l'écrase de tout son poids.

Et soudain, tout devint noir.
Emma BlackbonnesPréfète en Chefavatar
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Leopolgrad était une ville magnifique et complètement magique. Il n'y avait rien à redire là-dessus. Tout le monde semblait d'accord avec ce fait. Pourtant Emma n'arrivait pas à s'extasier. Elle n'y arrivait plus. Ses pensées étaient toutes tournées vers Dave. Elle ne pouvait pas le laisser s'en tirer comme ça. Elle avait ruminé pendant des semaines sur leur rupture. Il n'avait pas le droit. Pas après tout ce qu'elle lui avait donné. Il n'avait pas le droit de juste... rompre comme ça. Alors, oui c'était certain qu'elle n'avait pas forcément été très à l'écoute ces derniers temps. Entre la mort d'Ana Sorden, qui était un grand soulagement. L'euphorie de la rentrée. Elle était enfin en dernière année. Elle allait enfin pouvoir quitter Poudlard et entrer dans le monde adulte. Elle enviait tellement Marlène, Dave et James.

Elle avait le sentiment d'avoir abandonné à Poudlard. Alors elle se doutait bien que Dave se sentait seul lui aussi. Ils avaient pourtant essayés de se voir à chaque sortie à Pré-au-Lard. Elle avait fait des efforts pour essayer de l'écouter et de le comprendre. Oui c'était un coup dur de s'apercevoir que Kessy Brooks était sa soeur. Elle avait d'ailleurs eu du mal à cacher sa répulsion. Cette fille avait le QI d'une moule. Et elle faisait partie de celle qui n'avait pas rendu sa vie plus facile à Poudlard. Le genre de fille populaire et appréciée de tous. Tout son contraire en somme. Alors oui, elle avait cassé beaucoup de sucre sur son dos. Dave semblait partager son opinion.

Enfin au début du moins. Et puis les choses s'étaient corsées. Il s'était éloigné d'elle. Elle était heureuse de sa réussite à la March'Bank mais elle se sentait aussi très seule. Il lui restait bien sûr Clara et Amely mais ce n'était pas la même chose. Marlène lui manquait pour les potins et les ragots. Avec Clara... Il y avait toujours cette barrière entre elles. Elles n'avaient clairement pas les mêmes valeurs. Emma avait enfin atteint ce qu'elle avait toujours rêvée. Enfin jusqu'à ce que Dave la plaque. Elle était passée de petite-amie du fils du ministre à... rien du tout. Retour à la case départ pour elle. C'était rageant de retourner dans l'ombre. Alors elle s'investissait dans les projets de l'école. Ou presque. Elle voulait, elle aussi être reconnue pour elle-même. Elle se rendait compte que sans Dave, elle n'était rien du tout.

Dans un sens, elle préférait essayer de briller pour elle-même plutôt qu'à cause de quelqu'un et de son lien d'affiliation. Mais... les lumières de la rampe lui manquait. Et... Dave lui manquait. Elle l'aimait. Sincèrement. Elle avait confiance en lui. Suffisamment pour lui avoir révélé son plus lourd secret. Suffisamment pour partager tout ce qu'elle était avec lui. Elle avait eu des moments de doutes quand à leur relation. Mais maintenant tout était clair. Elle espérait que tout n'était pas trop tard. Elle espérait que Dave avait lui aussi encore des sentiments à son égard. Qu'elle n'avait pas tout gâché. Si elle pouvait faire marche arrière, elle le ferait. Pour préserver la relation qu'ils avaient. Parce que c'était tout ce qu'elle possédait de réellement bien dans sa vie actuellement. Elle n'avait pas été là lorsqu'il avait eu besoin d'elle et elle s'en voulait. Même si tout ce qu'il avait pu lui dire n'était pas totalement vrai. Il était perdu et c'était à elle de l'aider à remonter en selle. Leur rupture n'était qu'une erreur et c'était à elle de lui prouver.

C'est donc la tête haute et fière de sa résolution qu'Emma pénétra à la March'Bank. Dave était forcément ici. Elle se dirigea vers le standard pour demander Dave Marchebank. Elle attendit quelques instants que la standardiste lui confirme qu'il était bien ici. Elle lui afficha un sourire avenant en lui annonçant qu'elle le trouverait certainement dans son bureau. Elle remercia chaudement la jeune femme qui venait de la renseigner et se dirigea vers les cages d'escaliers. Elle avait à peine commencé à les parcourir que trois déflagrations se firent entendre. Un puissant tremblement ébroua l'édifice alors qu'elle se cramponnait à la barre des escaliers. Les paupières parfaitement closes de terreur.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, un nuage de poussières l'entourait. Elle tourna la tête dans tous les sens pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Tout une partie de la banque était détruite. Elle leva la tête vers les étages en grimaçant de douleur. Sa nuque la faisait terriblement souffrir. Certainement à cause de la secousse. Les escaliers au dessus d'elle semblaient intacts. Mais en était-il de même pour les bureaux ? Une peur insidieuse se glissa en elle alors que la réalité de la situation s'imposait à elle. Dave ! Et s'il était coincé sous les décombres ? Elle devait le retrouver à tout prix. Elle s'élança à toute vitesse dans les escaliers. La peur la rongeant de l'intérieur.

"Daaave ?!" Dave ! Tu m'entends ? Dave répond moi s'il te plaît !"

Sa voix d'abord forte et assurée se fit tremblante et faible à mesure qu'elle appelait son petit-ami. Elle ne pouvait se résoudre à l'appeler autrement. Et la peur s'emparait d'elle de minutes en minutes. Plus profonde à mesure que le temps passait et que le silence s'imposait à elle. Pas de réponses et aucun signe de Dave. Les larmes commencèrent à couler le long de ses joues alors qu'elle atteignait un premier palier. Sans réfléchir plus, elle s'engagea à toute vitesse dans les escaliers qui s'élevaient devant elle. Continuant d'appeler de sa voix chevrotante. Le désespoir s'emparant de plus en plus d'elle. Le coeur serré et tambourinant dans sa poitrine. Qu'est-ce qu'elle allait devenir si il lui arrivait quelque chose ? Les larmes brouillait de plus en plus sa vue. Et elle n'entendit que trop tard le craquement sous ses pieds. Elle eut juste le temps de crier de terreur en sentant le sol s'effondrer sous elle...  


Emma Blackbonnes


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Mildred MagpieDirectrice de Multiplettesavatar
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Niveau qualité du service, la March'Bank s'était quand même autre chose que Gringotts! Avec son costume flambant neuf et sa démarche altière, Ronald Klump dégageait mille fois plus d'allure que les gobelins loqueteux qui se terraient derrière les pupitres de la vieille banque londonienne. Traversant la hall bondé de la March'Bank, avec l'aisance d'un saumon remontant les courants contraires d'un torrent; Ronald Klump finit par se poster au-devant de sa richissime cliente, en arborant un sourire aussi charmant que professionnel. Cerise sur le gâteau, le nouveau conseiller financier de Mildred Magpie ne tarissait jamais d'éloge quand il s'agissait de vanter la silhouette voluptueuse de la millionnaire. Chose appréciable, surtout lorsque les compliments rendaient justice aux nombreux efforts consentis par la quadragénaire pour conserver sa fraicheur physique. Car le programme de raffermissement du fessier présenté par Kessy Brooks n'avait rien d'une partie de plaisir, bien au contraire, c'était une bataille! Oui vous avez parfaitement entendu, une bataille ! Car il n'en déplaise à ces messieurs, il était plus facile de rompre une charge de cavalerie que de vaincre une culotte de cheval! C'est pourquoi, Mildred ne boudait aucunes formes de flatteries, et se délectait du moindre compliment du banquier avec un large sourire.

"Monsieur Klump, quel flatteur vous faites! Vous allez me faire rougir! Sachez que c'est également un plaisir de pouvoir confier une partie de ma fortune, aussi infime soit-elle, à un homme aussi élégamment vêtu que vous! "

Alors que de nombreuses femmes pudibondes cherchaient à se préserver des regards gentiment pervers de certains hommes, Mildred au contraire, raffolait de cet instant fugitif où l'un d'eux venait se noyer dans son décolleté généreux. Dieu avait doté la femme d'artifice de séduction, alors pourquoi ne pas en abuser? Surtout si cela permettait d'obtenir un placement financier défiant toute concurrence! Véritable calculette ambulante, Mildred Magpie cherchait toujours à trouver une solution qui augmenterait et protégerait ses profits. En plus d'un bon feeling, Ronald Klump avait la réputation d'être ce qui faisait de mieux en matière d'évasion fiscale et pour escamoter des sommes octroyées de manière pas toujours très licite. Si ses ventes de livres et de Multiplettes représentaient la partie visible et légale de son enrichissement personnel, la quadragénaire se devait en revanche de dissimuler l'origine ténébreuse de la plupart de ses autres activités. En effet, derrière la jolie façade des Folies Sorcières se cachaient des revenus illégaux aux sources multiples, comme le trafic de drogue, la prostitution ou de nombreuses arnaques aux associations caritatives. Bref de l'argent bien crade qu'il valait mieux confier entre les mains salvatrices d'un roi du blanchissement bancaire, tel que l'était Ronald Klump. En galant gentleman, ce dernier déposa un baisemain qui ne pouvait que plaire à une femme aussi soucieuse du détail que l'était Mildred Magpie. Certes, il n'était pas jeune et musclé, et ne disposait pas d'un physique digne des princes qui peuplaient les fantasmes de la romancière, mais au moins il savait s'y prendre avec les femmes.

" Monsieur Klump, je ne demande qu'à vous croire, et j'espère sincèrement que vous m'aiderez à faire exploser le revenu de mes rentes avec des placements attractifs en plein boom économique. " La bouche en canard de Mildred Magpie se fendit d'un sourire rusé, lorsqu'elle ajouta : "Mais avant de vous confier l'intégralité de mon portefeuille, vous comprendrez que je tienne à vérifier tous le bien que j'entends dire de vous. En matière d'argent, vous devez savoir que je ne suis pas le genre de femme qui couche dès le premier rencard. Voilà pourquoi dans le but de tisser une relation de confiance entre nous, je ne vous ai confier que la somme modique de cinquante milles Galions. Sachez que ce dépôt d'argent a valeur de test, et que ce n'est que la première étape d'une collaboration! A vous maintenant de m'épater et de faire fructifier ce capital! J'ose espérer que mes Galions seront entre de bonnes mains. Je vous en prie monsieur Klump, éblouissez-moi... "

Au moment même où Ronald Klump écarta les bras pour la rassurer et vanter la sécurité de son service, une déflagration incroyable retentit brusquement dans le Hall de la March'Bank. Un éclat de lumière intense contraignit tout à coup la romancière à plisser les yeux, avant que deux autres explosions similaires à la première vinrent ébranler les fondations de la majestueuse tour financière. Telle une marionnette désarticulée, Mildred Magpie fut projetée dans les airs par le souffle de la déflagration; Volant par-dessus les chaises de la salle d'attente, la romancière voulut émettre un hurlement d'effroi, mais celui-ci s'étrangla dans sa gorge encore nouée par la stupeur et l'effroi. La richissime millionnaire s'affala quelques mètres plus loin sur le sol, tandis que la poussière des décombres envahissait subitement les lieux. Brouillard mortel qui rendit très vite toute visibilité impossible. Dans ce chaos apocalyptique, Mildred sentit une masse inerte lui tomber brusquement dessus, lui comprimant quelque peu la poitrine. L'heure de la fin était proche. Le plafond de la March'Bank allait s'effondrer sur elle et l'ensevelir vivante. Une mort affreuse qui acheva ses dernières velléités de survie. Tel était son destin, la romancière allait mourir ici-même, sous une tonne de gravats. Elle ne trouverait jamais son prince charmant, ni ne pourrait s'offrir le mariage de ses rêves. Pour toujours, sa vie demeurerait inachevée. Après un ultime sanglot, elle sentit ses pensées disparaître brusquement derrière le voile de ténèbre de l'inconscience...

Combien de temps s'était-il passé entre son évanouissement et son réveil; Une seconde, un heure, une journée? Mildred ne saurait le dire, mais une chose était sure, elle avait survécu à l'inimaginable. Etendue sur le dos, elle finit par tousser et cracher la poussière qu'elle venait malencontreusement d'ingérer. Le nuage commençait peu à peu à se dissiper, et Mildred chercha rapidement à prendre des informations. Un sifflement atroce tournait en boucle dans ses tympans, signe de la violence sonore de l'explosion. L'origine criminelle de cette catastrophe ne faisait pas l'ombre d'un doute dans l'esprit de Mildred Magpie; Il s'agissait bel et bien d'un attentat magique, orchestré encore une fois par l'une des nombreuses organisation criminelle qui pourrissait la quiétude du Monde Magique. Aussi lâche que inhumaine, la résistance anti-Fee massacrait de nouveau d'innocents civils. Mais à n'en pas douter, cette fois-ci, il s'agissait d'un carnage sans précédent. Mildred voulut se relever mais sa tentative se révéla vite infructueuse, du fait de la présence d'une masse inerte gisant sur elle. Effarée, la quadragénaire releva lentement le menton pour découvrir avec horreur l'origine funeste de ce fardeau. Son banquier était mort sur elle...

Le corps aussi lourd qu'un hippogriffe mort, la tête nichée dans son décolleté; Ronald Klump lui ôtait toute liberté de mouvement. Horrifiée par cette promiscuité morbide, Mildred manqua tourner de l'œil à nouveau, quand elle sentit le souffle lent et régulier d'une respiration entre sa poitrine. Ce signe rassurant de vie se confirma, lorsque la tête du banquier finit par se mouvoir de manière presque imperceptible entre les seins lourds de Mildred Magpie. Si d'ordinaire, la reine du scandale ne boudait pas le plaisir d'avoir une présence masculine et sensuelle entre ses deux pics jumeaux, la chose lui apparut particulièrement incongrue en pareille circonstance. Bien que Ronald Klump n'ait jamais montré le moindre signe de perversion à son égard, la situation se révélait des plus inconfortables. Tout comme elle, Ronald Klump avait été projeté par le souffle de l'explosion, et ne devait peut-être sa survie, qu'à un atterrissage molletonné entre les seins généreux de la romancière. Mais si Mildred lui avait empêcher de se fracasser la tête sur l'asphalte, elle comptait bien à présent le déloger de son corsage! Voir même le faire chuter du balcon! En effet, sans l'ombre d'une délicatesse pour une éventuelle blessure du banquier, elle le secoua sans ménagement, avant de lui asséner une volée de petites gifles pour le réveiller.

"Monsieur Klump! Voyons! Quel maudit goujat vous faites! Vous allez baver sur mon étoile de Merlin! Un peu de tenue, tout de même! Ressaisissez-vous! "

Finissant par l'expulser sur le coté, l'antipathique sorcière le foudroya une dernière fois du regard, sans égard pour sa personne et bien décidée à se redresser par ses propres moyens.


"Ne me touchez pas! Je peux me relever seule! "

En effet, Mildred finit par se remettre péniblement sur ses jambes encore flageolantes. Merlin soit loué, mise à part quelques hématomes, elle ressortait indemne de cette catastrophe! Un miracle qui n'était pas le cas des nombreuses personnes présentes dans le hall au moment de la triple explosion. En découvrant l'horreur dans sa globalité, Mildred étouffa de sa main blême un cri de terreur. La moitié de l'immense tour s'était effondrée, et Mildred comprit qu'elle ne devait sa survie qu'à un heureux hasard qui l'avait placé du bon côté du hall. Bouche bée devant l'importance des dégâts, et pétrifiée par les cris de douleur qui surgissaient de toute part de dessous les décombres, Mildred finit par se retourner et lancer un regard empreint de panique en direction de Ronald Klump.

"Par Merlin, quelle horreur! Nous devons faire quelque chose pour les sauver! "

Mildred Magpie se sentait-elle l'âme d'une sauveteuse? Allait-elle faire preuve enfin d'une solidarité exemplaire et désintéressée envers son prochain? Dans tous les cas, les yeux de la richissime romancière se portèrent dans un premier temps vers les étages de la tour, puis sur les ascenseurs miraculeusement épargnés par le souffle de l'explosion. Alors qu'elle semblait cogiter sur la meilleure manière d'agir, un escalier s'effondra juste devant elle, emportant dans sa chute une malheureuse jeune fille. Pour Mildred Magpie, c'était la preuve flagrante que la tour de la March'Bank n'était plus qu'un vulgaire château de cartes sur le point de s'effondrer. Il y avait urgence de sauver ses intérêts! C'est pourquoi, elle céda brusquement à la panique, contraignant son banquier à se relever, en le tirant sans ménagement par la cravate. L'hystérique millionnaire n'avait en vérité plus qu'une seule obsession : Celle de sauver ses cinquante-mille galions qui risquaient de disparaître sous les décombres de cette maudite tour!

Le regard hagard, les mains tremblantes, elle chercha alors à rallier Ronald Klump à sa cause aussi nombriliste que dangereuse. Ignorant les cris de détresse qui résonnaient de toute part dans le hall à demi détruit de la March'Bank, elle se précipita vers les portes de l'ascenseur plutôt que de venir en aide à la malheureuse jeune fille ensevelit sous les décombres de l'escalier. Se retournant une dernière fois avant de franchir les portes de l'ascenseur, elle exhorta alors son banquier à la suivre dans sa tentative de sauvetage de coffre-fort. Dévoilant sa nature profondément pingre et son rapport immodéré avec l'argent, elle supplia Ronald de lui venir en aide.

"Je dois les sauver! Je ne peux pas laisser mes galions disparaître, sans avoir tenté quoi que se soit pour les récupérer! Avec ou sans votre aide, je trouverai le chemin de mon coffre, mais sans vous, cela sera beaucoup plus long! Aidez-moi, et je jure que ferai de vous un homme immensément riche! "  

A condition de survivre. La tour manquant de s'effondrer d'une seconde à l'autre, et n'écoutant que sa profonde radinerie, Mildred franchit le seuil de l'ascenseur. Sans égard pour le danger, elle appliqua la pointe de sa baguette sur l'orifice qui conduisait à son coffre. Elle n'y était allée qu'une fois, et ne connaissait guère les étages supérieurs, mais elle ferait tout son possible pour mettre la main sur ses Galions. Mais dans sa pulsion purement vénale, Mildred avait négliger plusieurs détails : Primo, qu'il était impossible de rejoindre son coffre sans l'assistance d'un banquier attitré; Et deuxio, en plus du risque de rester bloquée à l'intérieur, l'actionnement de l'ascenseur en lui-même pouvait très bien finir d'ébranler la partie encore debout de la tour de la March'Bank. Mais n'écoutant que sa nature pingre, Mildred était à mille lieux d'avoir ce genre de considération. Tandis que les portes de l'ascenseur grinçaient en se refermant avec une lenteur manifeste, Mildred se réconforta à l'aide d'une prière muette.

* Ne vous en faites pas mes bébés! Jamais je ne vous laisserai tomber! *

Nul doute que le destin de la romancière vénale allait se jouer en cet instant fatidique...


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Ronald Klump
45 ème Président des États-Unis
Banquier à la March Bank

La mort était donc exactement comme dans cet article de Magie & Vie que Ronald avait lu bien des années auparavant. Le long tunnel sombre avec au  loin une faible lueur vous attirant inexorablement. Un sentiment de plénitude et de réconfort.  Un sensation de bien-êt...

"Aïe!" s'exclama Ronald tandis que Mildred venait de le faire basculer sur les décombres.

Cherchant une posture un peu plus confortable, le banquier s'assit à même le sol et resta hagard quelques secondes, le temps de constater qu'il était bel et bien vivant au milieu de ce chaos. Pourtant il pensait sincèrement être mort. N'avait-il pas vu l'Être de Lumière, signe d'un décès éminent ?  Etait-ce le fruit de son imagination ? Clignant des yeux comme pour s'assurer qu'il était bien là, Ronald balaya la salle d'attente du regard où le faux plafond s'était écroulé au sol dévoilant un plafond d'origine fissuré mais toujours en place. Par chance, l'étage supérieur ne s'était pas effondré sur eux, constata-t-il avant de tourner la tête en direction du hall.

" Merlin, Morgane et Paracelse."

La mâchoire de Ronald tomba d'un cran. Rien ne l'avait préparé à un tel choc et il resta hébété devant le hall de la célèbre March Bank qui n'était plus qu'une montagne de débris. La poussière était telle qu'il ne voyait pas la fin de l'amas de pierres et de verre enchevêtrés mais il ne lui en fallait pas davantage pour deviner l'étendue de la catastrophe et -surtout- du risque encouru s'il restait dans les parages.

" Merlin, Morgane et Paracelse !"  répéta-t-il un ton plus fort en se levant d'un bond "Miss Magpie, nous devons sortir d'ici !" poursuivit-il en la tirant par le bras contre sa volonté. Ils devaient quitter cette salle d'attente, et vite, avant que le reste de la tour ne s'écroule sur eux. Si Ronald avait réussit à miraculeusement échapper à la mort quelques minutes plus tôt ce n'était certainement pas pour crever bêtement en trainant ici.

Mais c'était sans compter avec l'altruisme de Mildred Magpie qui affirma qu'ils devaient "faire quelque chose pour les sauver".

Sur le principe, Ronald était d'accord: Ils devaient aider les personnes coincées sous les décombres mais dans les faits, quelques ajustements étaient nécessaires.

"D'abord nous devons nous mettre à l'abri, objecta-t-il en montrant une brèche ouverte vers l'extérieur depuis la salle d'attente dans laquelle ils pouvaient s'engouffrer, et ensuite nous jetterons des sortilèges de lévitation pour les libérer, ou n'importe quel autre sort d'ailleurs, mais avant cela nous devons fuir !" insista-t-il tandis que les premier cris de détresse filtraient entre les décombres et qu'un escalier en équilibre précaire s'effondrait un peu plus loin.

Aussi, quand Mildred fondit sur lui, Ronald crut sincèrement que ses arguments venaient de faire mouche mais au lieu de le suivre vers l'extérieur,  la romancière à succès l'attrapa par la cravate pour l'entrainer à sa suite dans la direction opposée.

"Maais...qu'est-ce...que...grra...rruh....rr !"

Même si,( pour tout vous dire) Ronald s'était livré à de petits jeux érotiques impliquant ce genre de scénarii et d'accessoires dans sa jeunesse, il ne pouvait pas se laisser dompter aujourd'hui ! Finir asphyxié par sa propre cravate était définitivement une mort indigne pour un sorcier de la classe de Ronald Klump. Le conseiller financier saisit donc sa baguette et d'un informulé contraignit Mildred à lâcher prise.

"Vous êtes pire qu'un filet du diable !" s'exclama-t-il en massant sa gorge endolorie. Il jeta un regard courroucé à la romancière avant de froncer les sourcils d'incompréhension. Pourquoi Mildred Magpie appelait-elle l'ascenseur de l'aile ouest ?

" Qui voulez-vous sauver au juste ?" s'enquit-il alors.
La réponse ne tarda pas à arriver et Ronald comprit à cet instant qu'il avait fait erreur sur toute la ligne: Magpie ne voulait pas aider les victimes mais uniquement sauver ses galions. Une fois passé le choc de cette annonce, le banquier porta un regard nouveau sur la romancière à succès. Elle était vraiment prête à tout pour son argent. Absolument tout.

Ronald se trouvait face à un choix cornélien: D'un côté, écouter la peur qui lui vrillait les entrailles et fuir pour assurer sa survie en laissant filer l'affaire du siècle, et de l'autre, aider Magpie dans son entreprise et risquer d' y laisser sa peau.
Non, décidemment, aucun des deux scénarii  ne lui convenait. Ronald Klump n'avait pas obtenu sa réputation de prodige  en faisant des choix mais plutôt en élargissant le champ des possibles. Alors que son cerveau de Serdaigle était en ébullition, les portes de l'ascenseur commencèrent à se refermer entre lui et Magpie. Il était sûr de pouvoir tirer profit de cette situation encore fallait-il trouver comment ?

*Réfléchis Rony !* s'intima-t-il et subitement toutes les pièces du puzzle s'imbriquèrent  dans son esprit lui laissant tout juste le temps de se jeter dans la cabine in extremis.  Les deux portes se refermèrent derrière lui et scellèrent ainsi la collaboration future entre Ronald et Mildred:

"Immensément riche vous avez dit ? répéta-t-il, Très bien. Marché conclu. A partir de maintenant, je suis votre seul et unique conseiller financier et je gère la totalité de votre portefeuille. Vos intérêts sont mes intérêts. Afin de conclure un accord de confiance, il l'enjoignit à lui serrer la main. Mais si vous le voulez bien, avant d'aller au coffre nous avons deux, trois petits détails à régler.  Indiqua-t-il en mimant un minuscule espace entre son pouce et son index, Rassurez-vous, je ne vais pas s négocier les termes de notre futur contrat en de telles circonstances - je ne suis pas un tel gougeât-  la simple vérité, c'est que je ne veux pas mourir ici. Il lui accorda un petit sourire et reprit, Entendez bien, il serait délicieux de passer de vie à trépas en votre compagnie mais très sincèrement le plus tard sera le mieux. Je pense que nous devons dans un premier temps assurer nos arrières."

Ronald sortit sa baguette et la pointa vers le ciel avant de lancer un sortilège de protection "Protego Maxima !" Le charme du bouclier se matérialisa sous la forme d'une petite bulle autour d'eux "Voila qui devrait nous maintenir en vie !" souffla-t-il d'un air satisfait en se tournant vers Mildred.

Il convoqua  ensuite son patronus -acteur essentiel de son plan- et lui dicta son message :

" A destination du Ministère de la Magie et du Service d'Urgence de Sainte-Mangouste: Je vous envoie ce message de la part de Mildred Magpie qui est trop choquée actuellement pour vous parler. La March Bank a été ravagé par une explosion. La tour s'est en partie effondrée. Il y a vraisemblablement beaucoup de victimes et nous attendons des secours rapidement sur les lieux. Je vous en prie, faites vite!"

L'écureuil argenté de Ronald se scinda en deux spectres qui disparurent dans deux directions opposées. Le banquier poussa un léger soupir soulagé. A défaut d'avoir aidé personnellement des individus dans le hall, il avait l'impression d'avoir fait une bonne action. Maintenant, il pouvait renvoyer sa culpabilité au placard.

"Vous êtes une héroïne Madame Magpie, vous avez donné l'alerte." chuchota-t-il avant d'appeler une nouvelle fois son patronus.

"Copie le message précédent et envoie-le à Gustavo Kern de la RITM. "intima-t-il  au troisième écureuil argenté qui disparut à travers la bulle de protection.

"Vous allez être une héroïne célèbre, ajouta-t-il alors en se tournant vers elle, Tout à l'heure quand nous sortirons de cette galère, les journalistes de la radio voudront vous interviewer. Acceptez et faites leurs le récit de ce qu'ils veulent entendre: L'horrible histoire de ce que nous avons vécu -enfin il serait souhaitable que vous coupiez avant l'épisode de la cravate- précisa-t-il en se raclant la gorge d'un air gêné, Ensuite vous leur direz que vous voulez aider les victimes de cette catastrophe en créant une fondation ou une association pour laquelle vous allez reverser la totalité de votre argent épargné à la March Bank. Oui la totalité, vos cinquante milles galions, répéta-t-il en insistant bien. Montrer l'exemple de votre générosité avant de faire un appel au don auprès de la population. Vous verrez, si l'émotion s'empare du pays, ce sera le jackpot pour vous. C'est justement là que j'entre en piste: Cette levée de fonds sera sans précédent et en faisant les bons placements et en développant la bonne stratégie vous pourrez tripler votre investissement d'origine juste avec les intérêts générés, Merlin m'en soit témoin ! "


Ronald accrocha un mince sourire sur ses lèvres avant de pointer sa baguette dans la serrure de l'ascenseur destinée au banquier.

"Je pense que nous sommes prêts pour aller chercher ce coffre..." finit-il par dire au moment où la cabine se mit en mouvement.
Kessy Brooks-MarchebankProf de Zumbaavatar
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Un air faussement indigné sur le visage, Kessy donna un petit coup de coude à Dave lorsqu'il se moqua de son amour bien connu pour le shopping. Elle n'arrivait pas à croire qu'il avait eu le temps d'aller visiter Georgio Armagie avant elle.

"Même pas, mauvaise langue ! J'ai trop de travail, je n'ai plus de temps pour faire les boutiques", dit-elle d'un ton faussement plaintif. "Cela dit, j'ai bien entendu parler en bien de Georgio Armagie, je ne vais pas tarder à aller y faire un tour."

Il était impensable que Dave Marchebank soit plus au fait des dernières tendances mode que Kessy Brooks, tout de même ! Il en allait de sa réputation. Ce n'était pas parce qu'elle passait le plus clair de son temps en tenue de sport qu'elle devait cesser de prendre soin de son apparence, bien au contraire...

"Avec plaisir pour le café", accepta-t-elle avant de suivre Dave dans la salle de repos du personnel du premier étage. Kessy n'avait pas le regard dans la poche, et observait les locaux flambants neufs et luxueux avec un plaisir non dissimulé. Dave avait de la chance de travailler dans un tel environnement ! La chance, c'était même un euphémisme : lui qui se voyait depuis toujours dans le secteur bancaire s'était vu offrir une banque toute neuve dans une ville fantastique pile pour sa sortie de Poudlard. Avoir un père ministre avait ses avantages, pour elle comme pour lui. Leurs carrières avaient indubitablement bénéficié d'un généreux coup de pouce.

"Un café ira parfaitement bien avec mes délicieux muffins", répliqua-t-elle, son nez en trompette fièrement redressé. Elle ne s'avançait pas trop en disant cela, puisqu'elle n'avait pas résisté à l'envie de goûter un des muffins fumants à la sortie du four. C'était un art qu'elle avait perfectionné au cours de l'été, avec l'aide de l'estomac de Grady qui lui avait fait office de goûteur. Il en avait mangé des plus ou moins secs, pâteux, trop cuits, jusqu'à ce que ce soit absolument parfait - alors seulement elle était passé du petit-ami au frangin. Grady était déjà impressionné, mais avec Dave, tout restait à faire, et elle ne pouvait pas utiliser les mêmes arguments !

Kessy se servit un café onctueux et attrapa un muffin dans le panier que tenait Dave, avant de mordre dedans à pleines dents. Son regard malicieux ne quittait pas son frère du regard, avide de savoir ce qu'il allait penser de ses gâteaux. Elle appréciait la complicité qu'elle sentait naître entre Dave et elle, trahie par les piques qu'il se permettait à son égard.

"Hé oui, je suis plutôt bonne pâtissière, car j'adore tout ce qui est sucré et c'est quand même meilleur quand c'est fait maison. Mais en dehors de ça, je ne sais pas spécialement cuisiner... Alors, tu en penses quoi ?"

Kessy et Dave discutèrent un moment en dégustant leur petit déjeuner improvisé, et la jeune fille fut heureuse de constater qu'il ne boudait pas son plaisir avec ses muffins. Dave lui proposa alors une petite visite guidée de la banque, sans doute fier de lui présenter son incroyable lieu de travail, et conscient de sa grande curiosité. Le jeune homme commença par l'entraîner dans son bureau, ce qui fit trépigner Kessy d'excitation. Comme tout avait l'air sérieux ici ! On était loin de l'ambiance survoltée et décontractée de chez K&K... La porte du bureau était ouverte et Dave la laissa entrer la première. Ses talons s'enfoncèrent dans la moquette claire du sol et elle s'immobilisa au milieu de la pièce grande et lumineuse, pour faire un tour sur elle-même.

"Wahou, c'est super !", s'exclama-t-elle en avisant la vue vertigineuse sur la place Merlin que la pièce offrait, grâce à ses murs vitrés. Lumineux, d'allure moderne et confortable, le bureau contenait plusieurs meubles de bois blanc et des fauteuils certainement destinés à accueillir les clients importants. Deux bureaux se trouvaient là, avec un sorcier derrière l'un d'entre eux. D'une trentaine d'années, il avait l'air important et très concentré dans son travail, mais il redressa tout de même un regard - craquant - vers Kessy.

"Kessy Brooks, enchantée", minauda-t-elle avant de glisser un regard vers Dave, curieuse de voir s'il allait mentionner leur lien de parenté. Une fois les présentations échangées, ils sortirent de la pièce pour le laisser travailler. Tout en redescendant l'escalier en spirale qui menait au hall, Kessy ne put se retenir de chuchoter un : "Tu m'as caché que ton co-bureau était aussi mignon ! Je vais venir te voir plus souvent."

Comme ils passaient sur l'estrade des discours pour mieux admirer le système solaire - Dave lui avoua qu'il ne s'en lassait pas, tant les planètes avaient été réalisées à la perfection - Kessy s'immobilisa un instant devant le pupitre.

"Hihi, c'est ici que papa a fait son discours, le jour de l'inauguration, je me souviens !"

Puis elle réalisa que c'était la première fois qu'elle l'appelait ainsi, papa, et elle piqua un fard avant de marmonner : "Bon, qu'est-ce que tu voulais me montrer d'autre sinon ? C'est pas tout ça mais il va falloir que j'aille travailler, moi aussi, mon cours commence bientôt..."

Sur son impulsion, ils s'éloignèrent de l'estrade, Kessy suivant Dave vers une destination inconnue, dans l'une des ailes du hall. Peut-être voulait-il lui montrer les coffres ?, songea-t-elle avec enthousiasme, voilà qui serait excitant ! Des montagnes de gallions d'or, appartenant à telle ou telle société fortunée, protégés par des maléfices dont peu avaient le secret... Kessy n'eut pas tout de suite le fin mot de l'histoire, cela dit, car son regard fut attiré par une silhouette voûtée et familière, au milieu du hall. Elle saisit l'avant-bras de Dave pour le retenir :

"Hé, mais... Ce n'est pas ta grand-mère, là-bas ? Enfin, notre gr..."

Le bruit assourdissant des trois explosions coupa Kessy net dans son élan. Le souffle gigantesque de l'explosion fit s'envoler sa petite silhouette fluette loin dans les airs, et elle retomba comme une poupée de son, avant de heurter durement la surface du sol. Sa tête cogna contre le sol et elle eut vaguement l'impression d'entendre des bruits de chocs tout autour d'elle, comme si des choses lourdes tombaient du ciel. Kessy n'eut pas le temps de comprendre, pas le temps de réaliser que déjà, elle sombrait dans l'inconscience.

Son frère était si proche que leurs deux mains se touchaient presque.


Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Les doigts de Leopold pianotaient frénétiquement sur le gros dossier à couverture rouge qui se trouvait devant lui. Le ministre était nerveux ce matin, ils l'avaient tous compris, et l'atmosphère de la salle de réunion s'en ressentait. Comme souvent, Leopold avait peu et mal dormi, préoccupé par de nombreux sujets qu'il ne parvenait pas à mettre de côté le temps de quelques heures de repos. Ah, il l'aimait, sa fonction, oui, il l'aimait ! Pourtant, parfois, la tâche lui semblait insurmontable. C'était tant de pression, tant de responsabilités à assumer, de personnes qui lui tournaient autour comme des abeilles autour d'une ruche, de dossiers à maîtriser, de questions qu'on lui posait, de sourires à faire pour les photographes, de signatures à apposer de sa plus belle écriture, avec son coûteux stylo Cosmos... Et la litanie pouvait continuer, encore et encore, pendant des heures, si bien qu'il en venait à se demander comment faisaient ses idiots de prédécesseurs - oubliant par là le fait qu'il assumait trois fois plus de charge de travail que certains d'entre eux. Dictateur, peut-être, mais consciencieux, Leopold ne boudait pas son plaisir et tenait à mettre son grain de sel dans chaque dossier, pour maîtriser chaque sujet. Personne ne devait sortir des rangs, il fallait suivre les directives du ministre, et il trouvait cela exaltant et passionnant - mais ô combien épuisant.

Ce matin, tout tournait dans son esprit, et il peinait à se concentrer alors qu'on lui parlait depuis près de trois heures des termes de l'accord professionnel inter-branches qui devait absolument être conclu aujourd'hui. La grogne grondait parmi les rangs de l'industrie sorcière, depuis que de nouveaux impôts sur les entreprises avaient été levés pour financer Skye et Leopoldgrad, provoquant le mécontentement de chefs d'entreprise que Leopold avait, jusque-là, toujours essayé de choyer. On l'accusait aujourd'hui de privilégier certains secteurs, comme les nouvelles technomagies, ou certaines grandes structures telles que Cosmos au détriment des petits commerçants et des petites entreprises traditionnelles de l'Angleterre.

Tout ceci avait fortement tendance à irriter le ministre, qui dissimulait mal son impatience, entre ses soupirs de plus en plus rapprochés et sa jambe qui tressautait sous la table. Il crevait d'envie de leur dire qu'ils appartenaient au passé, tous, avec leurs petites échoppes minables, que les sorciers n'avaient pas le choix de s'aligner sur les moldus et sur les américains s'ils ne voulaient pas voir le cours du galion chuter, et surtout, qu'il avait plus important à penser. Il y avait un rapport sur les premiers résultats du programme Memo Rise sur son bureau depuis une semaine, et il n'avait pas encore eu le temps d'y fourrer son nez. Les employés des Jeux et Sports magiques n'arrêtaient pas de le pourchasser dans les couloirs du ministère, pour obtenir son arbitrage sur une sombre affaire de dopage dans la ligue de Quidditch dont il n'avait que faire. La moitié de ses soirées étaient prises par des réunions interminables avec Danielle et Hailey sur la sécurité du pays, ils n'avaient mis la main sur aucun membre du Kraken depuis septembre, et avec tout ça, cela faisait des semaines qu'il n'avait pas eu le temps de mettre la pression à la petite Johar sur le dossier de la mort de Jacob. Bref, il avait autre chose à faire que de rester assis pendant des heures à écouter palabrer un ramassis d'imbéciles.

Leopold n'avait pas écouté un traître mot de l'échange pendant les dix dernières minutes, et fut pris de court lorsqu'un représentant du patronat moustachu l'invectiva :

"Enfin, c'est quand même pas possib' d'entendre des choses pareilles, une telle mauvaise foi ! On nous prend pour des boursoufs de six jours ! Le gouvernement ne nous aura pas comme ça ! M'sieur le ministre, sauf vot' respect, vous ne pouvez pas laisser vot' collaborateur dire ça, sinon faudra pas vous étonner d'avoir une grève sur les bras !"

Le regard vif du ministre se braqua sur l'homme en question, et, l'espace d'un instant, il sembla prêt à lui sauter à la gorge. Mais ce fut avec une certaine douceur, non dénuée de fermeté, qu'il lui répondit finalement :

"Je pense que les esprits se sont un peu échauffés de part et d'autre. Ceci est fort compréhensible au vu des circonstances et de la teneur de nos débats, mais je crains que cela ne s'avère dommageable pour une poursuite sereine de nos négociations... Je vous propose donc à tous une pause de..."

Il jeta un coup d'oeil à la lourde montre ouvragée qui lui ornait le poignet. Les aiguilles argentées de l'heure affichaient presque onze heures, et il suivit un instant la trotteuse du regard, calculant mentalement l'heure de la reprise. Au moment où il allait détourner les yeux, l'objet se mit à chauffer et son attention fut attirée par l'aiguille torsadée qui représentait Alan. Jusque là au repos sur le six, elle prit une teinte carmin agressive et sauta sur le douze, selon le code bien établi entre eux de l'extrême urgence...

Quelque chose de grave était arrivé. Un frisson d'anxiété parcourut Leopold, avant de se muer en véritable panique lorsqu'il réalisa où était son homme de main. Ce matin, il avait laissé Alan en garde du corps à Griselda, pour l'accompagner à son rendez-vous à la March Banks...

"Veuillez m'excuser", lâcha-t-il, l'air préoccupé, avant de se lever pour sortir précipitamment de la pièce. Son pas pressant se transforma en véritable course dans les couloirs du bâtiment, et il ne s'arrêta pas en entendant ses collaborateurs inquiets l'appeler. Et s'il était arrivé quelque chose à sa mamie ? Oh, à son âge, ce n'était peut-être qu'une question de temps, Leopold le savait bien, mais il n'y était pas préparé psychologiquement pour autant. C'était sa mamie Griselda, il n'était pas prêt à la perdre ! Ni maintenant, ni jamais !

Paniqué, le ministre traversa le hall de l'immeuble puis déboula sur le pavé, atterrissant dans une flaque de pluie. Un ciel obscur déversait ses larmes sur Liverpool, en réponse à quelque drame dont il craignait de deviner la teneur. Ses craintes se confirmèrent lorsqu'il avisa le visage défait d'Alan, qui se tenait face à lui, visiblement bouleversé. Une terreur sourde noua les entrailles de Leopold à cette vue, tant il était habitué à pouvoir compter sur la retenue et la solidité de son bras droit, en toutes circonstances. Jamais il n'avait vu Alan aussi ouvertement accablé, et pourtant, il l'avait vu son patron tuer des foules pour obtenir le pouvoir...  

"Qu'est-ce qui s'est passé ?", s'enquit Leopold précipitamment. La lenteur avec laquelle lui répondit Alan l'exaspéra, et il avança d'un pas vers lui comme pour le forcer à le confronter.

"Monsieur le ministre... Je suis désolé..."

"Griselda ?", murmura-t-il d'une voix blanche, tout en sachant bien au fond de lui qu'il y avait plus que cela. Pourquoi était-il si pressé de découvrir ce qu'Alan n'osait lui dire ? Quelque chose de terrible venait de se passer, il le devinait, quelque catastrophe irréparable qui allait tout changer.

"Je, non, enfin... C'est... La banque, ils l'ont fait exploser. La March Banks... Je suis désolé, Monsieur. Je ne sais pas si... qui a survécu. Je suis venu et j'ai envoyé un patronus à Sainte..."

"Emmène-moi."

Le ton, catégorique, ne souffrait aucune discussion. Pourtant, après un silence pesant, Alan se décida à s'y risquer, abandonnant tout formalisme comme pour mieux toucher son patron :

"Non, Leopold, crois-moi, c'est une erreur, tu ne veux pas voir ça."

"EMMENE-MOI !"

L'espace de quelques secondes, les deux hommes se livrèrent à un duel de regard intense, puis Alan sembla céder, face à ce qu'il lisait dans les pupilles sombres de son patron. De toute manière, c'était bien pour cela qu'il était venu en quittant aussitôt la place Merlin, devinant - et craignant - comme toujours les besoins de son chef et ami...

Leopold sentit à peine la main d'Alan qui se posait sur son bras, et le tourbillon de transplanage qui lui accrocha le nombril. Le sentiment de vertige qu'il ressentit lorsque ses pieds touchèrent le sol, face aux décombres de ce qui avait été sa belle banque flambant neuve, n'eut rien à voir avec le mal des transports. Face à lui, la silhouette difforme de la banque s'élevait dans un nuage de poussière. Une partie était encore debout, fière, majestueuse, mais l'autre s'était effondrée sous l'effet d'une attaque foudroyante, écrasant tous ses habitants comme autant de petites fourmis insignifiantes.

Quelque chose de terriblement lourd tomba dans son estomac, tandis que son coeur tambourinait désespérément dans sa poitrine. Son fils était à l'intérieur. Sous ce tas de gravats fumants se trouvait Dave, et selon toutes les probabilités, il était mort. Aussi bêtement que cela, en un claquement de doigt, en un attentat. "La résistance t'as pris ton fils", souffla une petite voix pernicieuse dans son esprit, "la résistance a tué ton fils, tu dois tuer la résistance"... Une déferlante de douleur et de haine sans commune mesure s'empara de lui, le laissant pantelant, jusqu'à ce que son regard accroche quelque chose d'étrange. Un filament d'argent venait de s'échapper de la banque, suivi d'un autre, puis d'un troisième.

Des patronus ! Il y avait des survivants dans la banque, des survivants qui appelaient à l'aide. Un sursaut d'espoir envahit le ministre, qui réalisa alors que la seule aile encore debout, celle qui faisait justement face à la place, contenait justement le bureau de son fils. Non, Dave n'était pas mort ! Il ne pouvait pas l'être ! Il pouvait tout perdre, sa banque, sa ville, son pouvoir, son empire, tout ! Mais pas lui.

Sans un égard pour Alan qui lui criait de revenir, que c'était trop dangereux, Leopold s'élança en direction des ruines fumantes et courut de toutes les forces de ses jambes nerveuses. Si Dave était encore en vie, il devait tout faire pour le retrouver, et pour l'aider. Des bruits d'éboulement, de chute et des cris se faisaient entendre depuis l'intérieur de l'établissement. Le reste de la banque pouvait s'effondrer d'un moment à l'autre, et il était hors de question que Dave soit encore dedans lorsque cela arriverait. Et il reviendrait ensuite pour sa mamie. Ils pouvaient tous crever, tous, comme des rats ! Mais pas eux !

La porte d'entrée était condamnée, mais il parvint sans mal à repérer une brèche créée par l'explosion. La main tremblante, le souffle court, il tira sa baguette magique de sa poche et la tendit devant lui, conscient de l'inanité de ce geste. Même un simple Lumos, il était périlleux pour lui de le tenter ! Mais à quoi lui serviraient les balles d'un pistolet, contre le danger d'un bâtiment sur le point de s'effondrer ? Alors il serra sa baguette dans son poing, tenta de discipliner les battements affolés de son coeur, et s'enfonça dans l'obscurité, à la recherche de son fils.



Christoph Waltz, merci à Roy
Irving WhitakerAubergisteavatar
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Evoquer la mort de Dalhiatus n'était pas chose aisée. D'une certaine manière Irving avait réussi à rebondir après ce meurtre mais il ne vivait pas en paix pour autant avec ce qu'il avait fait  et il n'y arriverait surement jamais d'ailleurs. Pourtant avec Nora, il se forçait à prendre du recul sur cette situation et à positiver. Il se sentait coupable de l'avoir emmené à Pré Au Lard ce jour là aussi était-il prêt à tous les sacrifices pour lui redonner le sourire dès que l'évocation de Dalhiatus entamait son moral.  Il fut donc soulagé de la voir changer d'avis et accepter de se rendre au centre commercial pour observer les krakens et autres créatures sous-marines.  

" Que veux tu... Tu me déteins dessus Poussin ! répondit-il lorsqu'elle affirma avoir une mauvaise influence sur lui, je sens que j'ai le potentiel pour devenir le nouveau Norbert Dragonneau !" Plaisanta-il avant de se baisser légèrement pour accueillir le baiser de sa belle.

Les deux amoureux furent toutefois interrompus par un petit garçon. Il ne devait pas avoir plus d'une dizaine d'années constata Irving en l'observant d'un air perplexe. C'était étrange de voir un  enfant seul ici, dans cette ville d'argent et de profits. Comme si la présence de ce gamin détonnait dans ce paysage composé d'adultes pressés, de traders et de banquiers. Autant Irving imaginait sans mal la jeunesse de Cosmos, Pré-Au-Lard ou même Londres autant il avait l'impression que l'enfance n'avait pas sa place dans ce quartier d'affaire. Pourtant il devait bien exister des petits Leopoldgradiens qui devaient connaitre par cœur les grandes avenue de cette ville, comme lui connaissait les moindres recoins de la Cité Nimbus au même âge.

Toutefois, le petit garçon ne semblait pas être un habitant puisqu'il affirma s'être perdu. Alors que Nora se penchait légèrement  afin de se mettre à sa hauteur pour discuter, Irving toisa la foule et balaya la Place Merlin du regard à la recherche de potentiels parents affolés d'avoir égarés leur progéniture.

Il ne vit personne correspondant à cette description par contre son regard croisa celui d'un argentin dont il n'était pas prêt d'oublier le nom: Nahuel Munoz distribuait des flyers un peu plus loin sur la place. Bizarrement, celui-ci le salua d'un signe de tête ce qui était plutôt étonnant au regard de leur dernier échange. Plus par reflexe qu'autre chose, Irving lui répondit par le même hochement avant de reporter son attention sur le garçonnet. Ainsi donc la maman du petit l'avait laissé se rendre seul au Centre Commercial pendant leur rendez-vous bancaire. Mais quel genre de mère était-elle ?! s'indigna-t-il mentalement en peinant à masquer son agacement devant la bêtise des gens. Irving  poussa un soupir agacé presqu'imperceptible et croisa le regard interrogateur  de Nora. Il était sûr qu'ils pensaient exactement à la même chose. Mieux valait que le petit les accompagne jusqu'au Centre Commercial plutôt qu'il demande sa route à une autre personne peut-être mal intentionnée. Au pire, ils feraient un détour jusqu'au magasin de montres et confieraient l'enfant à la surveillance d'un vigile. C'était plus sage.

Nora était justement en train de proposer cette solution au garçonnet lorsque l'inimaginable se produisit. Trois déflagrations raisonnèrent dans la ville et le fleuron de Leopoldgrad, la fierté du Ministre, se disloqua sous le regard horrifié d'Irving: Tel un pantin désarticulé, la March Bank s'écroulait sur eux.  Irving resta paralysé une fraction de secondes devant cette horreur -c'était tout simplement impossible- mais lorsque les premiers débris, gros comme sa maison familiale de la Cité Nimbus, s'écrasèrent au sol il attrapa fermement le bras de Nora pour transplaner.

Son regard paniqué chercha l'enfant autour d'eux mais ce dernier avait fait quelques pas en arrière et il observait, fasciné, la pluie de verre et de fer fondre sur eux.

"Attrapes ma main !" hurla Irving afin de couvrir le bruit du vacarme mais au moment où l'enfant allait s'en saisir l'énorme tête de Dalhiatus fondit sur eux deux.
L'impact fut  d'une puissance meurtrière et s'en suivit le noir complet.

***

Une odeur de mousse et un sifflement. Continu, lancinant. Irving bougea légèrement faisant bruisser le tapis de feuilles sur lequel il était allongé. Ouvrant les yeux, il découvrit les étoiles à travers la canopée. L'air était frais et une légère brise faisant danser la cime des arbres au dessus de lui. L'endroit était calme et reposant pourtant son cœur battait la chamade. Il avait reconnu ce lieu dès les premiers instants: Il était de retour dans la forêt interdite.

Un craquement sur sa gauche le fit sursauter mais une force invisible le maintenant au sol l'empêcha de bouger ne serait-ce que la tête pour voir l'origine du bruit. Il voulut appeler Nora mais il était bien incapable d'articuler quoi que ce soit. Sa mâchoire semblait comme engourdie.

A ce moment là, un autre craquement se fit entendre et puis un mot:
"Maman."  

Irving aurait reconnu cette voix entre mille. Il voulait fuir. Fuir celui qui s'approchait de lui inexorablement, fuir celui qui allait le tuer  mais il était toujours cloué au sol sur le tapis mousseux de la forêt interdite. Confirmant son intuition, la silhouette de Jacob Dalhiatus se dessina en contre plongée dans son champ de vision. Il était là, devant lui, bien vivant. Irving était à sa merci. Il voulait se relever, ramper, faire n'importe quoi pour se soustraire à son emprise mais c'était impossible.
Dalhiatus se pencha légèrement au dessus de lui. La mine grave et fermée il répéta le mot: "Maman. "

En soit, le directeur de département n'avait rien de menaçant mais Irving était terrorisé. Il luttait intérieurement pour retrouver sa mobilité et quitter la forêt.

"Maman... répéta Dalhiatus en s'agenouillant prêt de lui, je veux rentrer à la maison... Je veux rentrer à la maison..." ajouta-t-il d'une voix brisée, plaintive.

Le souffle saccadé, Irving voulut bouger mais une douleur fulgurante traversa tous ses membres. Même la mousse sur laquelle il était allongée le faisait souffrir. Il avait l'impression d'être couché sur un tapis de couteau aiguisé. Le moindre mouvement lui faisait l'effet d'un Doloris. L'odeur de la forêt -si douce initialement- semblait gorgée de particules de poussière irritant  son nez, sa bouche et sa trachée à chaque respiration.

"Je veux rentrer !" gémit Jacob, son visage à quelques centimètres de celui d'Irving maintenant. Il était si proche que l'ancien Gryffondor pouvait voir les minces ridules de sa peau, ses pores et ses traits tirés, sentir le souffle chaud de sa respiration. Jacob allait finir par l'absorber, songea Irving, en cherchant à s'enfoncer davantage dans le sol pour se soustraire à cette vision cauchemardesque, quitte à en ressortir le corps meurtri.

***
La douleur aveuglante qu'il ressentit suite à cet effort lui fit pousser un hurlement déchirant. Irving voulut reprendre sa respiration mais il manqua de s'étouffer avec son propre sang dans sa bouche. Ou était-il ?Que c'était-il passé ? La forêt avait disparu pour laisser place à cet endroit post-apocalyptique. Irving cligna des paupières plusieurs fois pour humidifier ses globes oculaires recouverts graviers et lorsque sa vision se stabilisa il identifia le visage du gamin, tout proche du sien, allongé comme lui sous les décombres.

Tout lui revint en mémoire à cet instant: L'explosion. La tour. Nora et l'enfant.

"Je veux rentrer à la maison..." implora le petit.

Son corps, inerte, était écrasé par la lourde tête en marbre de Jacob Dalhiatus et par d'autres débris. Son visage recouvert de poussière et coupé en de multiples endroits avait déjà une teinte cadavérique. Le garçonnet  puisait dans ses ultimes ressources pour faire entendre sa dernière volonté.

"...et je veux ma maman..."

L'espace d'un instant, Irving voulut retourner dans la foret interdite pour ne pas être témoin d'un tel spectacle. Cet enfant était en train de mourir, sous ses yeux, et il ne pouvait rien faire. Entravé par les débris et la douleur qui émanait de tout son être, il était bien incapable de bouger pour aller chercher de l'aide.

"Secours...vont.. arriver..." articula-t-il au prix d'un effort surhumain, tiens ...bon." ajouta-t-il en sentant ses yeux le piquer sous le coup de l'émotion et du désespoir.

Il savait au plus profond de lui que l'enfant ne s'en sortirait pas et que Nora était surement déjà morte. Comment aurait-elle pu survivre à une telle catastrophe ? Personne ne le pouvait.
Personne.



Irving Whitaker
Samuel NolanAncien personnageavatar
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"Voila ce que je peux vous proposer M. Nolan: Vous remboursez 100 gallions mensuel sur quinze ans. Au final, vous ne dépensez pas plus que pour le loyer de votre appartement actuel sauf qu'au même prix vous avez cette jolie maison dont vous rêvez dans les quartiers résidentiels d'Edimbourg." La banquière de la March Bank accorda un léger sourire à Samuel," Sachez que vous ne trouverez pas de meilleure offre à Gringotts. Vous pouvez vérifier auprès des Gobelins pour faire jouer la concurrence mais je sais d'expérience que nous sommes plus compétitifs."

Samuel attrapa la liasse de parchemins que sa banquière lui tendait pour la ranger dans une petite valisette. Il comptait bien vérifier les propos de sa conseillère financière et surtout étudier tout cela à tête reposer avant de prendre un quelconque engagement.

Après son année de Professorat à Poudlard, il était retourné vivre dans son appartement écossais et avait retrouvé avec une certaine satisfaction ses collègues du Laboratoire de Recherches en Métamorphose d'Edimbourg et sa petite vie tranquille. Il avait repris ses fonctions, comme avant, sans vraiment prendre le temps de construire un réel projet de vie. Toutefois une succession d'événements plus ou moins récents l'avaient poussés à revoir sa copie  à commencer par la mort prématurée de Margot Adamson qui avait été un véritable choc. Bien qu'il ne soit pas particulièrement resté en contact avec son ancienne compagne il avait suivit son parcours de loin: Il s'était réjouit de ses succès et il avait été attristé de la voir chahuter par les critiques à la mort de la petite Prewett lors de la Pleine Lune Sanglante. Samuel conservait un profond respect pour celle qui avait partagé sa vie durant quelques mois et il avait accueillit l'annonce de son mariage avec un léger vague à l'âme. Non pas qu'il fut encore amoureux de Margot mais il se projetait dans cette vie qu'elle menait maintenant avec Alastair et qui aurait pu être la sienne. Etait-il fait pour vivre seul éternellement ? Il y avait bien cette enseignante à Lycaon, Aïssa, - animagui, comme lui, venue du Congo - qui lui plaisait bien mais ses sentiments étaient-ils partagés ? Devaient-ils tenter sa chance ?

Le meurtre de Margot et de Brennan mirent fin à ses tergiversations. La vie était bien trop courte -et imprévisible- pour passer son temps à hésiter aussi Samuel franchit le pas...avec succès. Aïssa et lui formèrent rapidement un couple heureux. L'évasion d'Ana Sorden n'ébranla pas leur amour, bien au contraire: Plus soudés que jamais, ils accueillirent les mois d'incertitude lors de la cavale de la psychopathe en faisant bloc. A l'annonce de la mort de l'Arithmancienne, Samuel ressentit un profond soulagement:  Lui qui avait toujours eut du mal à se projeter dans une réelle vie de famille, envisageait maintenant son quotidien avec Aïssa...et pourquoi pas...leurs enfants.

Ces nouveaux projets expliquaient sa présence à la March Bank en ce samedi matin. Aïssa et lui avaient repéré une maison à acheter et Samuel devait négocier le meilleur prêt à la banque pendant que sa compagne se rendait à Sainte Mangouste pour rencontrer son gynécologue. En effet, les tests de grossesse qu'avait fait Aïssa la veille semblaient formels: D'ici neuf mois, ils seraient trois !

"Je vous remercie Miss  Delher, répondit Samuel en se levant. Il était pressé d'en finir pour transplaner en direction de Sainte Mangouste. Avec un peu de chance Aïssa n'était pas encore passer, j'étudie la question et je vous tiens au courant très rapidement."

"Je reste à votre entière disposition, répondit-elle, si vous avez des questions, n'hésitez surtout pas à me contacter !" ajouta-t-elle en se levant à son tour. Agitant sa baguette, elle fit apparaitre son patronus messager et dicta  "Jennifer, faites monter mon rendez-vous suivant je vous prie." puis elle contourna le bureau au design moderne et épuré pour venir saluer une dernière fois son client devant la grande baie vitrée qui donnait sur le centre commercial. D'ici, les sorciers en contrebas sur la place semblaient minuscules.

"N'oubliez pas que nous pouvons également vous obtenir des prêts à des taux vraiment intéressant si vous souhaitez faire quelques travaux dans la maison."

"J'en prends bonne note." répondit Samuel en lui serrant la main "Encore merci Miss Delher."

La conseillère ouvrit la porte du bureau et s'effaça pour le laisser sortir tandis que les clients suivants attendaient déjà dans le couloir. Bien qu'ils aient particulièrement grandi depuis la dernière fois où il les avait vus, Samuel reconnut immédiatement ses deux anciens élèves. Un Poufsouffle et un Gryffondor, si ses souvenirs étaient bons.

"Et bien messieurs, que faites vous en dehors de l'école? " s'enquit-il en sentant poindre ses vieux automatismes d'enseignant sur le qui vive.
"Nous sommes samedi, Professeur." répondit le premier d' air flegmatique." Et nous avons des autorisations de sortie en règle."

"Ça alors ! Professeur Nolan ! reprit le second en s'extasiant, " Toutes les filles de l'école vont être jalouses de nous quand nous allons leurs dire que nous vous avons vu. Toujours aussi BG à ce que je vois !" ajouta-t-il en le détaillant du regard de haut en bas.

Miss Delher se racla la gorge d'un air gêné et finit par prendre la parole "Je gère le portefeuille de monsieur Carrow, expliqua-t-elle en désignant d'un geste de la main le plus petit des deux," Du moins l'héritage issu de ses parents" rectifia-t-elle, et quand à monsieur..."

Elle se tourna vers le plus grand pour l'interroger du regard.

"Kabache."

"...Kabache, il accompagne son ami lors de nos entretiens."

"Oui parce que vous êtes beaucoup plus jolie que le Gobelin qui gère la fortune de mon père ! Vraiment." souffla Anwar avec un sourire charmant.

Samuel s'apprêtait à réagir lorsqu'une terrible déflagration ébranla tout le bâtiment.  Le sol vacilla quelques secondes et il croisa le regard étonné des deux adolescents avant que le plancher ne se dérobe littéralement sous leurs pieds.  Les quatre individus firent une chute libre de plusieurs dizaines de mètres, au milieu des bris de verre et du béton. L'ancien professeur de Métamorphoses eut la présence d'esprit  de se changer en renard afin de réduire les dommages causés par la chute. Sous sa forme animal il parvint à se redresser avant de s'écraser sur les décombres. Grâce à sa petite taille, il glissa miraculeusement entre deux gros blocs mais ses trois compagnons n'eurent pas cette chance: Lorsque le plafond leur tomba dessus ils furent littéralement écrasés par le poids des étages supérieurs, sans aucune chance de survie, alors que Samuel se retrouvait prit au piège dans une petite bulle d'air au milieu des gravas.


Samuel Nolan
Fall Away
Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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« Je dois reconnaître… que c’est pas mal. »

C’était même plutôt réussi, ce que Dave ne dit pas, mais qui se vit à la vitesse à laquelle il engloutit son muffin. Kessy lui avait apporté juste ce qu’il lui fallait de sucres pour booster sa matinée, couplé avec sa tasse de café noir, c’était parfait. Ils s’accordèrent un petit temps de pause à la cafétéria, pendant lequel ils bavardèrent un peu. Il remarqua comme Kessy regardait les lieux avec un lueur de fascination dans le regard, comme beaucoup qui pénétraient dans l’édifice clinquant pour la première fois, alors il lui proposa de lui montrer son bureau. Dave s’était imaginé travailler à Gringotts quand il était encore à Poudlard, mais finalement, la récente construction de la March Bank lui avait offert une autre opportunité, qu’il ne regrettait pas d’avoir saisie. Les locaux avaient une toute autre allure, que certains qualifiaient d’un peu trop démonstrative. Dave la trouvait visionnaire, il s’y sentait tout à fait à sa place, entre technologie moldue et magie éclatante. Son bureau avait d’ailleurs tout d’un de ces bureaux à l’américaine, vaste, lumineux et face à une vue prodigieuse. Ils passèrent devant son collègue, qui partageait la pièce avec lui, et que Dave désigna d’un geste de la main une fois que Kessy se fut présentée :

« Je te présente Octave Troy, on travaille ensemble.
-Ou plutôt, il apprend de mon travail, corrigea le séduisant brun avec un petit sourire aux lèvres. Sans offense, Dave, tu es le meilleur stagiaire que j’ai connu.
-Ce n’est qu’une formalité, ça… » glissa le Serpentard, une lueur féroce dans le regard.

Car il était promis à un contrat d’embauche, ce qu’il était sensé discuter avec ses supérieurs dès la semaine prochaine. Dave avait été à la hauteur de sa réputation, le fait qu’il ait récemment décroché un client prometteur du nom de Logan Vargas lui avait permis de montrer qu’il était parfaitement taillé pour un métier de banquier d’affaires. Evidemment, le fait qu’il soit fils du Ministre lui-même lui facilitait la tâche, il ne l’ignorait pas, mais il avait décidé de saisir les opportunités que cette position lui offrait, sans s’en formaliser.

Le commentaire que lui fit Kessy à propos d’Octave lui tira un sourire mystérieux, et il leva les yeux au ciel. Les femmes avaient toutes ce genre de mots pour Octave, si elles savaient… Dave laissa un petit temps s’écouler avant de décider que sa demi-soeur pouvait bien connaître un petit détail à son propos :

« Je ne voyais pas l’intérêt de t’en informer, tu aurais été déçue. Tu n’as pas assez de… pectoraux pour lui. »

Il guetta la réaction de Kessy, non sans amusement. Bientôt, ils arrivèrent dans le hall, et le plafond magique en son centre lui offrit une autre occasion de vanter les mérites du bâtiment :

« On peut voir la totalité du système solaire, fidèle à la réalité. Les gens ont tendance à comparer l’enchantement avec celui qui a créé le plafond de la Grande Salle à Poudlard, mais en vrai, il est encore plus complexe. J’imagine que tu as remarqué, quand on grimpe dans les étages, on pénètre véritablement dans le ciel, et notre point de vue sur les planètes changent, comme si ce n’était pas qu’une illusion magique finalement. Le plafond de la Grande Salle n’a pas autant d’épaisseur. Puis les planètes sont faites avec une telle précision, c’est assez impressionnant… »

Il aurait pu continuer son laïus avant que Kessy ne s’exclame quelque chose qui le rendit silencieux l’espace de quelques secondes. Il rencontra brièvement son regard, puis détourna le sien, pris comme elle d’une espèce de gêne. Ils s’entendaient mieux qu’avant, c’était indéniable, mais cela n’avait encore rien de naturel, que ça soit pour lui ou pour elle, de l’entendre appeler Leopold « papa ». Ne sachant guère comment réagir, Dave saisit l’occasion de changer de sujet dès qu’elle lui demanda ce qu’il y avait d’autre à voir, décidant de faire comme s’il ne s’était rien produit.

« Eh bien, on peut aller faire un tour sur la terrasse, si tu veux » proposa t-il, désignant une des portes à l’arrière.

Il fut momentanément distrait par Kessy qui évoqua Griselda, et Dave ne put que tourner la tête avant qu’un bruit assourdissant ne fasse vibrer le sol. En un clignement d’oeil, le marbre étincelant de la banque éclata en morceaux. Dave n’eut guère le temps de comprendre, ni même d’avoir peur. Instantanément, il se sentit repoussé par une force qui le projeta plusieurs mètres en arrière. Il eut vaguement conscience que la main de Kessy qui avait agrippé son bras se retirait. Par il ne sut quel réflexe, il se replia sur lui-même, protégeant sa tête, avant qu’il ne rencontre brutalement le sol. L’impact fut violent, il sentit son épaule heurter des blocs de pierre, ses mains et ses genoux s’écorcher sous l’assaut de petits projectiles, et la poussière lui emplir les narines.

Pendant quelques secondes, il fut incapable de faire le moindre mouvement ni d’avoir complètement conscience de ce qu’il l’entourait. Ce fut comme s’il venait de perdre momentanément l’ouïe, tant un sifflement s’entêtait à lui vriller les oreilles. Bientôt il se mit à crachoter de la poussière et quelques gouttes de sang contre la manche de sa veste. Se relever lui parut un incroyable effort, sa tête pesait une tonne et lui donna le vertige, alors qu’il tentait de se repérer. Sa vue s’éclaircit progressivement, et il resta effaré face au terrible spectacle qui se jouait sous ses yeux. Le vent s’engouffrait désormais dans le bâtiment écorché, se faufilant parmi des tas de gravats et de ce que Dave interpréta comme des restes de corps. Son regard resta accroché à une main à quelques mètres de lui, ensevelie sous des débris de pierre et de verre. Une nausée le prit, le rendant tremblotant.

Que s’était t-il passé ? Il avait cru apercevoir une silhouette familière, là, au centre du hall, avant que cette catastrophe ne se produise. Sa grand-mère… Griselda ! Merlin pouvait t-il faire qu’il avait simplement rêvé ? Une vague de terreur étreignit Dave, qui se souvint en même temps que Kessy l’accompagnait à ce moment-là. Il se retourna, vivement, grimaçant au passage pour son épaule douloureuse, et n’eut pas à chercher très loin pour voir la jeune fille étendue à ses côtés. Pâle, inconsciente.

« Non… Non, non, souffla t-il, tandis qu’il se traînait péniblement jusqu’à elle et posait une main sur son épaule. Kessy, tu m’entends ? Aidez- moi ! Quelqu’un peut m’aider ?! »

Mais personne ne l’entendait ou ne prêtait attention, chacun focalisé sur sa propre horreur, ses propres blessures, son instinct de fuite. Se forçant à se raisonner plutôt que céder à la panique, Dave inspira un grand coup et se concentra quelques secondes à chercher le pouls de Kessy. Toujours présent. Elle était vivante. Le soulagement lui fit retrouver une respiration plus normale. Au moment où il se penchait pour vérifier qu’elle respirait, il la sentit faire un bref mouvement.

« Kessy ? C’est Dave, fais un geste ou ouvre les yeux, si tu m’entends » la pria t-il.

Il attrapa sa main pour la serrer, comme pour la supporter dans l’effort qu’elle devait fournir pour sortir de l’inconscience. A cet instant, Dave était bien incapable de se masquer derrière une distance, peu importait leurs différences ou leurs réserves personnelles. Il avait peur autant pour lui que pour Kessy et il ressentit un véritable soulagement lorsqu’elle finit par ouvrir les yeux.

« Ca va aller ? Tu penses que tu peux te lever ? Il… il y a eu une grosse explosion, une partie de la banque s’est effondrée, balbutia t-il, peinant à croire ce qu’il disait lui-même, mais il doit y avoir un moyen de sortir. »

Se redressant péniblement sur ses jambes, il aida Kessy à en faire de même. Puis il chercha du regard tout autour de lui. La peur, l’effroi qui lui étreignaient le coeur se firent sentir davantage alors que des gémissements et des pleurs commençaient à s’élever dans le hall détruit de la banque. Une de ses mains tremblantes serra celle de Kessy lorsqu’il demanda à demi-voix :

« Est-ce que tu es sûre d’avoir vu Mamie tout à l’heure ? C’était vraiment elle ? Il faut qu’on la cherche, si elle est là… »


Son regard implorait la jeune fille de l’aider. Même si la solution la plus sage voulait qu’ils cherchent à se mettre à l’abri, puisqu’ils avaient la chance miraculeuse de s’en être sortis vivants, Dave savait qu’il s’en voudrait éternellement de ne pas avoir tenté de retrouver son arrière grand-mère. Surtout quand il voyait les monceaux de débris et de lourdes planètes éventrées à l’endroit même où elle aurait dû se trouver… S'efforçant d'ignorer le terrible pressentiment qui s'était logé dans son coeur, Dave commença à enjamber les gros morceaux de marbre qui le séparaient de l'horrible vérité.



Merci Vivi
Nora WeaverAubergisteavatar
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Irving tenait fermement son bras, sans doute prêt à transplaner, alors que la Marchbank s'effondrait dans une pluie de débris de pierre et de verre. Nora tourna les yeux en direction du petit garçon, qui tendait la main pour attraper celle d'Irving, puis reporta son regard sur le spectacle terrifiant qui se jouait à quelques mètres d'eux. Ses yeux s'arrondirent d'effroi en voyant la tête de la statue de Dalhiatus fondre droit sur eux.

"Irving attention !" eut-elle le temps de crier en tirant sur le bras de son petit-ami dans l'espoir de l'écarter de la trajectoire meurtrière de la tête de pierre.

Mais elle ne fut pas assez rapide. L'impact fut d'une puissance dévastatrice et sépara brutalement les deux amoureux. Nora ne sentit même pas Irving lâcher son bras. Elle fut violemment projetée sur le coté par la puissance de l'explosion et atterrit lourdement sur le dos. L'arrière de sa tête heurta le trottoir en marbre de l'avenue, et ce fut le noir.

***

Ce fut la sensation de ne plus pouvoir respirer qui lui fit reprendre conscience. Elle suffoquait, comme si elle avait la poitrine enserrée dans un étau. Elle ne comprenait pas. Elle ouvrit la bouche pour prendre une grande inspiration mais un poids écrasant comprimait sa cage thoracique et elle ne parvint qu'à avaler un peu de poussière. La poussière sur sa langue, les gravas qu'elle sentait sous ses doigts, et les bruits sourds qu'elle entendait lui rappelèrent brusquement les derniers évènements et elle se força à ouvrir les yeux.

Elle était étendue sur le dos au milieu d'un paysage apocalyptique. Sa vision était trouble mais elle discernait partout autours d'elle des débris, de la poussière, des éclats de verre, des blessés, des morts. Tout n'était plus que cris, pleurs, et gémissements de douleur. Et elle ne pouvait pas respirer. Ce qui avait du être une magnifique colonne de marbre était tombée en travers de son corps, et l'écrasait de tout son poids. Elle sentit la panique s'insinuer en elle, voulut appeler à l'aide, mais aucun son ne s'échappa de ses lèvres.

Peut-être ferait-elle mieux de ne pas lutter. Tout son corps la faisait souffrir, et il n'y avait pas la moindre chance pour qu'Irving ait survécu à l'impact, alors à quoi bon ? Les efforts qu'elle devait faire pour réussir à inspirer de maigre filets d'air étaient de plus en plus difficiles et elle était à bout de force. Elle n'avait qu'à abandonner, à rendre les armes, et la mort viendrait la trouver bien assez vite. Elle ne sentait déjà plus ses jambes ni le reste de son corps. Il n'y avait plus que ce poids écrasant qui l'opprimait un peu plus de secondes en secondes. Deux vois, étouffées et lointaines, lui parvinrent alors, dont une qu'elle reconnut immédiatement.

"...et je veux ma maman..."
"Secours...vont.. arriver...tiens ...bon."

Irving. Il était vivant. Et visiblement mal en point. Il fallait qu'elle l'aide, il fallait qu'elle les sauve, lui et ce petit garçon. Soudainement habitée par l'adrénaline et par la peur de perdre celui qu'elle aimait, Nora retrouva toute sa volonté. Elle s'efforça d'agiter les doigts de sa main droite et, voyant qu'ils répondaient, tenta d'atteindre la poche de son manteau. Elle sentait presque le tissus contre le dos de sa main, il suffirait de quelques centimètres. Mais elle ne parvenait pas à bouger le bras. Fermant les yeux, elle mobilisa toute l'énergie qui lui restait pour parvenir à déplacer sa main malgré le poids qui l'écrasait et parvint finalement à effleurer sa baguette du bout des doigts. Elle la fit glisser dans la paume de sa main et s'en empara fermement.

*Reducto*

L'imposante colonne de pierre fut brusquement réduite à la taille d'un stylo et Nora put enfin inspirer une grande bouffé d'air. La douleur dans sa poitrine subsistait mais elle était maintenant libre de ses mouvements. Elle se redressa péniblement en position assise, les jambes meurtries, et chercha aussitôt Irving du regard. Partout autours d'elle, c'était l'horreur. Quelques personnes encore debout tentaient de venir en aide à tous les autres, bloqués sous les décombres. Les débris de la MarchBank avaient atteint jusqu'au centre commercial, dont les vitrines avaient explosés, et l'avenue entière étaient jonchée de pierres, de verre, et de cadavres.

Luttant contre le sentiment de panique qui grandissait en elle, Nora finit par apercevoir Irving, ainsi que le petit garçon qui les avait accosté plus tôt, coincés sous des débris. Elle se releva, chancelante et la respiration encore inégale, et franchit en quelques enjambées la distance qui la séparait de son petit-ami. Elle laissa échapper un gémissement d'horreur en découvrant l'état dans lequel il se trouvait et contempla, impuissante, l'amoncellement de pierres qui le retenait prisonnier. Le petit garçon à coté de lui semblait encore plus mal en point.

"Ça va aller, souffla-t-elle d'une voix éraillée. Je suis là, ça va aller..."

Elle tira sa baguette de sa poche et commença à faire léviter les débris les plus imposants.

"Tiens bon..."

Elle avait du mal à se maintenir debout et à se concentrer sur ses sortilèges, ses mains tremblaient, mais elle tint bon et réussit à dégager tous les morceaux de pierre les plus volumineux, libérant les deux garçons. Elle retint un cri d'effroi en faisant léviter la tête de la statue au dessus du corps du petit-garçon et en voyant les dégâts que le choc avait provoqué. La vision était presque insoutenable, son corps tout entier avait été broyé par la tête de pierre.

Nora se laissa tomber à genoux à coté du petit garçon, épuisée, et passa une main tremblante sur son front comme pour le rassurer.

"J'ai mal..."

Nora resserra son emprise sur sa baguette, tout en sachant pertinemment qu'elle ne connaissait aucun sortilège capable de sauver le petit garçon.

"Ça va aller, répéta-t-elle, inlassablement. Elle mentait, et réalisa qu'elle pleurait quand une larme salée vint glisser au coin de ses lèvres. Ça va aller, on reste avec toi...Elle échangea un regard désespéré avec Irving, au dessus du corps de l'enfant. Il était en train de mourir. Il allait mourir et ils ne pouvaient rien faire. A l'aide ! appela-t-elle d'une voix éraillée en jetant des regards implorants autours d'elle. A l'aide, hoqueta-t-elle entre deux sanglots. S'il-vous plait..."


Meredith KaneDirectrice de Skyeavatar
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Ministère de la Magie, Conférence Magique pour l'introduction du Projet Mémo-Rise.

De manière à balayer des yeux l'intégralité de la foule réunie, le regard de la Directrice du Département de la Santé et des Affaires Sociales se promena le long d'une ligne imaginaire située juste au-dessus du dernier rang de la salle de conférence; Usant de sa baguette et d'un sortilège "Sonorus" pour donner plus de portance à son futur discours, elle savait pertinemment que son intervention allait marquer l'avènement d'une nouvelle ère de progrès et d'avancée scientifique. Memo-Rise, son projet qui révolutionnerait la pensée, était sur le point d'éclore, et pourrait bientôt s'étendre à l'ensemble de la population du Monde Magique. Chaque mot qui composait son discours avait été savamment pesé de manière à rassurer la population et ne point choquer l'éthique. Même si elle tenait à rédiger ses discours elle-même, Meredith savait qu'elle pouvait toujours compter sur sa brillante conseillère en communication pour gommer la moindre imperfection. Devenir une actrice à part entière de la vie politique offrait de nombreux avantages et un réel pouvoir d'action, mais d'un autre côté, la pression et les responsabilités inhérentes à sa fonction étaient gigantesques. Le diable se cachant dans les détails, il était de son devoir de ne commettre aucun impair si elle voulait donner toute l'envergure nécessaire à la réalisation de son programme de Santé.  Il faut dire qu'une foule immense s'était empressée de rejoindre la salle de conférence, preuve si besoin était que le projet "Mémo-Rise" ne laissait guère de monde indifférent. Scientifiques, chercheurs du département des mystères, médicomages ou simple curieux voulaient connaître chacune des aspérités de ce procédé neurologiques, qui allait sans conteste révolutionner le monde de la Médecine Magique.

Pour cette occasion, Meredith Kane avait revêtu un tailleur impeccable d'une maison de haute couture sorcière française, qui épousait parfaitement sa silhouette. Toute acquise à la cause du FREE et de son mentor Leopold Marchebank, la nouvelle Directrice de la Santé Magique se découvrait l'âme d'une politique, et un besoin presque viscéral de rallier le peuple à sa cause. Etait-ce en lien avec le charisme contagieux de Leopold Marchebank? Ou la sensation de se sentir enfin utile à la destinée de son pays? Dans tous les cas, Meredith Kane s'était laissée contaminée par l'ivresse du pouvoir, et tenait à suivre jusqu'au bout le chemin tracé par le leader du FREE. Qui sait ? Avec Memo-Rise, peut-être qu’elle aussi un jour, deviendrait une figure légendaire du Monde Magique. Si l'ambition lui donnait des ailes, Douglas avait du mal à comprendre les nouvelles aspirations presque mégalomaniaques de son épouse. Inlassablement, il cherchait toujours à la ramener à des valeurs plus simples et essentielles comme celle de la famille. Mais ne voyait-il pas que Meredith Kane s'engageait justement dans le combat politique, dans le but premier de garantir la sécurité et de préserver un meilleur avenir à ses proches?  Assurément, le projet Mémo-Rise était la clef de voûte qui assurerait une paix sociale et la fin des tensions. Un projet rassembleur qui lutterait efficacement et durablement contre les divisions et les divergences de pensée dangereuse. Pourquoi laisser le mal s'enraciner dans le Monde Magique? Ou la souffrance planter son noir étendard? Quand on pouvait tout bonnement l'effacer...  

Le peuple avait trouvé un guide en la personne de Leopold Marchebank, et le seul homme en mesure de rassembler le Monde Magique. La population ne devait pas se diviser, ou s'enliser dans les faux remèdes prônés par les ennemis du système. Avec l'opposition et la multiplication des contradictions idéologiques, le peuple perdait de sa force et de son unité. Pire avec l'émergence des mouvements terroristes de résistances anti-Free, le chaos semblait tout proche. C'est pourquoi, il s'avérait crucial d'agir et de mettre en place un système de contrôle qui éviterait toutes formes de déviance dangereuse. A la lumière de personnes éclairées comme pouvaient l'être Leopold Marchebank ou Meredith Kane, il était important de définir une seule et même direction, et de réduire à néant toutes formes d'extrémismes. Le discours sur le point d'être prononcé allait dans ce sens, et trouverait très certainement un écho favorable au sein de la société. Car qui ne préférait pas l'apaisement à une guerre civile?

Meredith esquissa l'un de ses sourire froid et discret dont elle avait le secret, avant de prendre calmement la parole.

"Citoyennes et Citoyens du Monde Magique. Je tenais tout d'abord à vous remercier d'être venus aussi nombreux, et vous témoigner à quel point je suis honorée de pouvoir vous présenter les bases de ce qui sera sans doute la plus grande avancée neuroscientifique à avoir vu le jour au sein du Monde Magique. Imaginer un monde dans lequel nous pourrions dessiner l'avenir, notre avenir! Un Monde dans lequel nous pourrions effacer les guerres, pour ne retirer que le meilleur de l'humanité. Si jadis, cela ne s'apparentait qu'à une douce utopie, je peux vous certifier que nous détenons désormais la clef qui nous ouvrira les portes d'un avenir radieux. Grâce aux formidables avancées réalisées dans notre section de recherche et de réhabilitation de Skye, nous sommes désormais en mesure de promouvoir un remède apte à guérir les moindres écorchures de l'âme. Un processus qui effacera les traumatismes, pour ne garder que le meilleur, et garantira une vie meilleure à quiconque en fera usage. Alors je vous le demande : Pourquoi devrions-nous limiter les bienfaits de cette expérience aux seuls repris de justice, alors qu'il serait plus juste de la proposer à la société magique toute entière? Croyez-moi, dans notre quête perpétuelle du bonheur, le projet Memo-Rise est bien plus qu'une avancée : Il s'agit d'une victoire absolue sur notre destinée... Je vous prie de m'excuser, un instant... "

Meredith Kane s'interrompit quelques instants dans son discours prophétique, alors que son majordome attitré, le très sérieux Craig Milton venait de s'approcher lentement d'elle pour lui divulguer un message de la plus haute importance. D'ordinaire si discret dans sa fonction, suivant la Directrice du Département de la Santé telle une ombre bienveillante, et ne cherchant jamais à l’interrompre ; Il y avait quelque chose de profondément anormale dans son attitude. L'espace d'un instant, Meredith pensa desceller une lueur effrayée dans le regard si dur et ténébreux de son majordome, alors qu'il se penchait vers son oreille. Un sentiment d'effroi qu'elle allait bien vite partager, alors que Craig Milton lui soufflait la terrible nouvelle qui venait d'ensanglanter la si majestueuse ville de Leopoldgrad.

Frappée de plein fouet par l'horreur et la stupeur, Meredith Kane lutta pour conserva son sang-froid alors qu'elle se devait d'agir et interrompre sa conférence. Tout semblait si dérisoire, alors qu'il y avait urgence pour la Directrice de la Santé de se rendre aux chevets des victimes. Conservant un calme glacial, elle s'adressa de nouveau à la foule réunie, pour délivrer l'annonce de son départ précipité.

"Je suis au regret de vous dire que je suis dans l'obligation de mettre un terme à cette conférence, pour des raisons malheureusement d'ordre prioritaire. Vous m'en voyez désolée... "

Plutôt que de commettre une imprécision fatale, alors qu'elle ne connaissait pas encore les détails de cette catastrophe ; Meredith Kane préféra se restreindre à ne dévoiler que le minimum, avant de se rendre immédiatement sur les lieux du carnage. L'urgence n'était plus à la communication mais à l'action...

***


L'horreur! Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire cette catastrophe, alors que des cris déchirants surgissaient de dessous les décombres encore fumants de la gigantesque Tour March'Bank. Bien que se devant de prendre un recul salvateur face à la tragédie, Meredith Kane demeura l’espace d’un instant tétanisée par le carnage qui s'offrait à elle. La structure de l'immense édifice bancaire se voyait coupée en deux, comme si une épée céleste s'était sauvagement abattue sur sa partie sommitale. Un long frisson parcourut l'échine de la Directrice du département de la Santé alors qu'elle évaluait mentalement à combien pouvait se chiffrer le nombre des victimes. Des centaines, voire des milliers d'innocents civils devaient se trouver à l'intérieur ou à proximité de la Tour vertigineuse au moment de son effondrement. Combien avaient survécus ? Peu d'entre eux, à en juger par l'impressionnante montagne de décombre qui gisait en contrebas. Qu'il s'agisse d'un accident ou d'un attentat, la priorité actuelle était désormais de venir en aide aux rares survivants de cette catastrophe. Meredith Kane pouvait sentir l'immense pression qui pesait sur ses épaules, mais elle n'était pas du genre à se soustraire de ses responsabilités. Elle quitta des yeux la masse sombre et encore debout de la March'Bank, pour revenir au tumulte qui secouait l'avenue Dalhiatus...

Elle le savait, il était de son devoir d'organiser les secours, et d'éviter tout mouvement de panique qui ne ferait que ralentir l'évacuation des blessés. Chose guère aisée au vu de la situation. Le funeste souvenir du Bloody Sunday revint cruellement à l'esprit de Meredith Kane, tandis qu'elle découvrait le chaos régnant dans la majestueuse avenue Dalhiatus. Mais où était les secours ? A peine sortie de sa salle de conférence, Meredith Kane avait immédiatement informé l'Hôpital de Saint-Mangouste de l'urgence d'intervenir sur les lieux de la catastrophe, et on lui avait rétorqué que les ambulanciers magiques étaient déjà en chemin. De précieuses et salutaires minutes de gagner, grâce à une bonne âme prisonnière à l'intérieur de la tour détruite, qui avait eu la clairvoyance d'envoyer un patronus de détresse à destination du célèbre hôpital, ainsi qu'au Ministère. Mais l'intervention des ambulanciers et des urgentistes était rendue compliqué par l'ampleur de la catastrophe. Tandis qu'elle se dirigeait vers un groupe de Médicomages d'intervention, Meredith Kane se concentra pour trouver la solution d'intervention la plus rationnelle.

En pareille circonstance, la chose la plus utile à faire, était de monter sur place plusieurs hôpitaux d'urgence, à proximité directe de la catastrophe. En effet plutôt que de surcharger l'Hôpital Saint-Mangouste qui serait très vite déborder par l'afflux de victimes, il valait mieux improviser une solution locale, dans laquelle les grands blessés éviteraient également les risques de décéder durant le transplanage. La psychomage n'arrivant point à joindre Leopold Marchebank, pour lui faire part de son initiative, se décida à prendre les devants. Après tout n'était-elle pas la responsable de la Santé, et la chargée des affaires sociales? Plutôt que d'attendre de voir le nombre des victimes s'amplifier encore davantage, Meredith Kane se fraya un passage vers un jeune ambulancier et un Médicomage qui semblaient débattre sur la meilleure démarche à suivre. Avec ses talons hauts, et son tailleur de luxe, la Directrice de la Santé se sentit quelque peu en inadéquation avec l'horrible réalité, mais cela ne l'empêcha point de conserver sa lucidité.

"Ecoutez-moi, messieurs. Nous n'avons plus de temps pour tergiverser. Je suis la Directrice de la Santé, et je vous ordonne de suive mes consignes. Faute de temps et de moyens, nous allons devoir créer des hôpitaux de fortune tout autour de la place de Merlin, de manière à pouvoir rapatrier et apporter les soins de première nécessité aux blessés les plus graves... "

Meredith Kane désigna alors du doigt plusieurs édifices situés de l'autre côté de la place Merlin, en mesure de pouvoir accueillir un maximum de blessés.  

" Vous pouvez réquisitionner cet hôtel, ou même ces logements luxueux pour improviser des hôpitaux de fortune, afin d'accueillir au plus vite les blessés les plus graves. Quant à ceux qui auront subi des préjudices physiques mineurs, dirigez-les vers le Musée d'Histoire Naturelle sorcière ; Nous y établirons une cellule d'aide psychologique... "

De nombreux médicomages et personnels d'intervention vinrent se joindre aux deux autres pour écouter la responsable de la Santé délivrer ses consignes. Meredith Kane savait qu'elle ne devait en aucun cas basculer dans le registre de l'émotion, et conserver coute que coute son sang-froid. Au risque de paraître insensible, mais pour le bien de tous, elle se devait de conserver du recul face à la tragédie. La psychomage tourna un regard impassible en direction de l'épicentre de la catastrophe.

"Je ne me suis pas encore rendue au cœur du sinistre, et je sais à quel point il est dangereux de s'y rendre, mais il est urgent d'évacuer toutes les victimes encore prisonnières des décombres. Que ce soit dans la tour elle-même, ou à proximité directe de celle-ci. Organisez-vous de la manière qui vous incombera, mais faites-en sorte de sauver un maximum de personne. Je sais le risque que comporte une telle entreprise, mais je vous prie...  Oubliez vos peurs, et faites votre devoir... "

Meredith Kane avait jouer son rôle de Directrice de Département, et donné ses consignes aux secouristes ; Désormais la balle était dans leur camp. Même si cela lui apparaissait comme étant la solution la plus judicieuse ; Elle espérait que sa prise de position en faveur de la création d'hôpitaux de fortune à proximité des lieux de la catastrophe ne lui couterait pas son poste au Ministère. Mais n'ayant ni nouvelle ni instruction de la part de Leopold Marchebank, elle se devait d'agir et de prendre les décisions qui lui semblaient les plus adaptées. Plutôt que de rester en retrait, la psychomage choisit de se porter au-devant des victimes et de se rapprocher quelque peu du cœur de la tragédie. Face à l'insoutenable spectacle qui s'offrait à chacun de ses pas, Meredith perdit très vite le froid contrôle qu'elle avait si honorablement affiché auparavant. Elle n'était plus une Directrice de Département, ni la responsable de la terrifiante prison de Skye. Elle n'était même plus cette psychomage qui excellait dans l'art de contrôler ses émotions. Meredith n'était plus qu'une femme comme les autres, confrontée à l'insoutenable...

Malgré toutes ses tentatives pour rester froidement inhumaine, elle bascula totalement dans le registre de l'émotion, quand dans le vacarme ambient, la voix éraillée d'une jeune fille alerta son attention. A deux pas de la psychomage, une jolie jeune femme éplorée à la chevelure blonde maculée de sang se tenait au chevet d'un jeune homme grièvement blessé, et d'un enfant à peine plus âgé que sa si douce Eva. Si dans l'horreur des entrailles de Skye, Meredith s'était forgée un caractère forgé dans l'acier trempé ; En mère de famille, elle ne pouvait pas rester insensible à l'odieuse vision d'un enfant souffrant le martyr. La psychomage sentit ses jambes vaciller sous son poids quand elle entendit la voix vibrante du petit garçon réclamer la présence de sa mère. Cherchant vainement du regard un médicomage à proximité du drame qui était sur le point de se nouer, Meredith appela à son tour de l'aide.

"Venez vite par ici! Nous avons des blessés graves ! "

Tandis qu'elle s'agenouillait à son tour auprès du petit blessé pour lui porter assistance, Meredith éprouva toutes les peines du monde à dissimuler un mouvement de stupeur. Couvrant sa bouche pour étouffer un cri d'horreur derrière sa main, la mère de famille réalisa que ce garçon n'avait que très peu de temps à vivre, et aucun médicomage aussi doué soit-il ne pourrait lui venir en aide. Il quémandait une mère qui était peut-être morte aussi. Meredith échangea un regard lourd de sens en direction de la jeune fille blonde, et du jeune homme étendu, tandis que l'enfant gémissait de plus bel.

"Je veux rentrer à la maison... Je veux voir maman... Maman, j'ai mal... "

Personne ne pouvait laisser un enfant souffrir de la sorte! C'était inhumain! Chacun des cris de l'enfant arrachait le cœur de Meredith Kane, qui ne pouvait en supporter davantage, au point de la contraindre à agir. Si son noble projet Memo-Rise ne pouvait rien contre ce genre de souffrance, elle connaissait un meilleur remède pour délivrer cet enfant de sa douleur. Meredith Kane glissa sa main dans une poche de son tailleur, afin d'en extirper une potion de sommeil qu'elle utilisait fréquemment pour vaincre ses longues nuits d'insomnie. La psychomage connaissait la rengaine : Une goutte pour un sommeil léger, deux gouttes pour un sommeil rapide, trois gouttes pour un sommeil de plomb...

Elle déboucha le flacon d'une main, et caressa de l'autre la joue du pauvre enfant pour tenter de le rassurer.

"Chut, mon ange... Tu vas revoir ta maman. Mais pour cela, tu dois boire cette potion. Tu vas t'endormir... Tu n'auras plus mal, et lorsque tu te réveilleras... Ta maman sera à tes côtés... Je te le promets. "

Sans même attendre une seconde de souffrance supplémentaire, la main de Meredith souleva légèrement la tête de l'enfant, de manière à pouvoir verser le contenu de la potion de sommeil. Malgré la douleur qui l'étreignait, le petit garçon réussit à en avaler plusieurs gorgées.

"C'est bien mon ange... Tu peux t'envoler à présent... "

Lui caressant le font, la mère de famille lui fredonna une dernière berceuse. Très rapidement les traits tirés du visage de l'enfant s'adoucir, tandis que ses paupières cessèrent brusquement de battre. Toute trace de souffrance s'était envolée du visage de l'enfant, qui paraissait seulement s'être assoupi. Meredith reposa délicatement la tête de l'enfant sur le sol, et dans un dernier geste empreint de tendresse, elle caressa ses paupières pour les clore définitivement. La Directrice de département poussa un profond soupir, puis relevant un regard redevenu implacable en direction des deux témoins malheureux de la scène, elle ajouta comme pour se rassurer elle-même, une dernière phrase:

"Il n'y avait rien d'autre que l'on puisse faire... "


Alicia L. JonesMédicomageavatar
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Alicia flânait à Leopoldgrad depuis maintenant une heure, cherchant un cadeau d’anniversaire pour son frère. Et, pour l’instant, ce n’était pas un franc succès. Elle allait de magasins en magasins, observant les présentoirs sans vraiment prêter attention aux objets proposés à la vente. Elle savait bien comment allait se terminer cette journée, de toute façon : comme chaque année, elle finirait par lui offrir une bonne bouteille de whisky. Pourtant, ce matin, en se réveillant, elle avait pensé que sortir prendre un peu l’air lui ferait du bien. C’était son jour de congé et elle avait envie de donner l’impression qu’elle menait encore une vie normale.

La jeune femme soupira en se dirigeant vers la place principale de la ville. Elle n’avait rien à faire ici, autant rentrer pour prêter main forte. Depuis plusieurs mois, Alicia était en charge de l’hôpital de campagne de la résistance. Tout s’était mis en place assez rapidement. Elle avait gardé contact avec Juliana après leur rupture, et, peu après la création du Kraken, elle avait rejoint le groupe en tant que volontaire. Elle s’était vite rendu compte que les membres actifs allaient avoir besoin de soins importants, que St Mangouste ne pouvaient désormais plus leur fournir. En effet, le célèbre hôpital était sous haute surveillance, surtout après les affrontements entre la résistance et la milice… A ce moment-là, Lilly et Juliana lui avaient demandé d’organiser une sorte de centre médical, pour y recevoir les blessés. Au début, il ne s’agissait que de quelques lits, dans une cave adjacente. Puis, le mouvement avait pris de l’ampleur, et des soignants, lassés de travailler à St Mangouste, avait rejoint Alicia pour l’aider. Ils avaient alors déplacé le centre médical dans un bâtiment désaffecté, non loin d’Aberystwyth. Ils étaient suffisamment loin du ministère pour ne pas attirer trop l’attention sur eux.

Là-bas, ils essayaient d’aider comme ils le pouvaient. Ils honoraient leur serment, celui de soigner. Malheureusement, ils n’avaient pas des moyens illimités et ils étaient parfois obligés d’improviser. Mais c’était toujours mieux que d’être arrêté à l’entrée de St Mangouste. Au début, Alicia travaillait toujours à l’hôpital en parallèle. Elle n’avait pas envie d’éveiller les soupçons, et cela lui permettait en plus de faire le plein de fournitures médicales de temps en temps. Cependant, le rythme était devenu intenable, et elle avait démissionné. Pour que sa démission ne soit pas remarquée, elle avait demandé à un de ses collègues, qui jouait également les agents-doubles, de lui diagnostiquer une dépression qui justifierait de son incapacité à travailler. Le directeur de l’hôpital, qui l’appréciait, avait cru à cette histoire et lui avait souhaité de se rétablir rapidement. Depuis, Alicia n’arrêtait pas. Elle était présente quasiment toute la semaine au centre médical, et avait formé des équipes pour qu’ils soient productifs et efficaces. Le système fonctionnait plutôt bien, malgré le peu de moyens qu’ils avaient. Ils faisaient de leur mieux, et c’était le principal.

Ce travail acharné permettait également à Alicia de garder l’esprit occupé. Quand elle rentrait, le soir, elle s’effondrait sur le lit, morte de fatigue. Cela l’empêchait de penser, et de ressentir ce sentiment de solitude qui ne la lâchait plus depuis des mois. Pourtant, Alicia avait toujours été une personne solitaire. Plus jeune, elle ne jurait que par elle-même, repoussant la présence des autres. Puis, en grandissant, elle s’était ouverte, elle s’était dévoilée à des personnes qui avaient pris une place importante dans sa vie. Gladys, notamment, puis Juliana. Depuis sa rupture avec cette dernière, elle n’avait pas entamé une nouvelle relation. Ce n’était pas qu’elle ne le voulait pas, mais plutôt que personne ne s’intéressait plus à elle. Peut-être avait-elle eu son quota de bonheur ? Elle avait été si heureuse, durant ce court laps de temps. Pour Alicia, dont le bonheur se résumait à un verre de whisky après le travail, le changement avait été aussi surprenant que délicieux. Mais il avait pris fin. Il s’était laissé apprivoiser, il l’avait laissé s’accrocher à lui, puis, quand il avait décidé qu’elle en avait eu assez, il était parti. Oh, Alicia ne mettait pas en cause ses ex petites-amies. Elle se sentait seulement seule, abandonnée, depuis qu’elle n’avait plus quelqu’un à retrouver le soir.

La jeune femme haussa les épaules en chassant ses pensées sombres. Elle le savait bien, le repos ne lui faisait aucun bien. C’était son interne, la jeune Amber Fowler, qui l’avait incité à prendre un jour de congé. Alicia balaya l’endroit à des yeux et soupira. Il valait mieux qu’elle rentre, de toute façon. Certes, la journée semblait plutôt calme au centre, mais elle avait encore des papiers à faire, et elle pourrait peut-être même s’avancer sur l’inventaire ! Le cadeau pour Adrian attendrait bien encore quelques jours.

Alicia s’apprêtait à transplaner, lorsqu’un énorme bruit détourna son attention. Son corps valsa dans les airs sous le coup de l’explosion, avant même qu’elle n’ait eu la chance comprendre ce qu’il se passait. Elle atterrit lourdement sur le sol, quelques mètres plus loin. Sa tête heurta violemment les pavés. Elle fit un geste pour tenter de se relever, essaya d’appeler à l’aide. Son corps ne lui répondait plus, sa voix non plus. L’explosion de la banque avait créé un mouvement panique dans la foule. Les rescapés fuyaient, hurlaient, cherchaient leurs proches. Ceux qui avaient fait ça avaient bien calculé leur coup : le beau temps était au rendez-vous, et les habitants étaient de sortis. A demi-consciente, Alicia assista au mouvement de peur. Elle observa, avec l’impression de ne plus avoir possession de son corps, cette foule compacte, qui fuyait, qui courrait vers elle. Elle voulut hurler, protester, s’agiter. Elle ne put pousser qu’un gémissement plaintif,  inaudible. Lorsqu’une première personne lui marcha dessus, elle ressentit une intense douleur dans le thorax. Les deux suivantes lui écrasèrent l’estomac. Elle perdit le compte, ferma les yeux, malmenée par la foule. Lorsque la dernière personne fut passée, qu’un semblant de calme revint, Alicia parvint à entrouvrir les yeux. Pour les fermer ensuite pour la dernière fois de sa vie.



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