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 Le vieux singe qui apprenait à faire la grimace [Roy]

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Angus Bràigheach, 55 ans, fabriquant de baguette

18 Octobre 2009

Il y avait parfois de drôles d'énergumènes au sein de la Voie des Miracles, des sorciers que l'on remarquait plus que d'autres. Pas Angus : assis dans un coin du Niffleur Écarlate avec son dernier fils, Teárlach, il ne faisait pas tâche dans le décor avec sa robe sombre, une épaisse choppe de bière à la main, qu'il agitait en fonction de ses propos. Il faisait de grandes mouvements de bras en s'exprimant, enflammé par ses grands discours sous le regard presque ennuyé de son fils. Le sujet du jour était le même que depuis un mois, celui qui revenait sans cesse dès qu'il buvait une goutte d'alcool, ce qui arrivait bien souvent.

- Vingt ans ! scandait-il en séparant très nettement les syllabes, faisant comprendre avec emphase l'importance de ces deux mots. Vingt ans de bons et loyaux services, vingt ans de dévouement et voilà pas que j'me fais jeter comme un malpropre !
- Je sais, marmonna Teárlach en se penchant pour boire une gorgée de sa bière, collant ses lèvres contre le rebord de sa chope posée sur la table.
- Tu penserais qu'on m'a remercié ? Même pas ! Ces raclures de chaudron n'ont pas une once de compassion envers moi ! Qu'ils aillent crever, tous, qu'ils aillent crever, les McStirling et tous les autres !
- Tu devrais pas dire ça trop fort, ft remarquer son fils en jetant un coup d’œil nerveux autour.
- Pourquoi donc ? tonna Angus en élevant la voix. J'ai pas peur d'eux, qu'ils viennent ! De toute manière, un homme sans patrie est un homme mort à l'intérieur ! Je suis un exilé mon fils, un exilé politique, abandonné des siens, abandonné de ses amis, abandonné de son propre sang !
- Bof.

Contrarié par le manque de réactivité de Teárlach, Angus avala une grande lampée de bière avant de s'essuyer la bouche du revers de la manche. Il avait toujours été un taiseux, son fils, mais on aurait pu croire que se faire chasser de sa terre natale aurait suffit à réveiller ses ardeurs lyriques, c'était du moins l'effet que cela faisait à son père qui déclamait à la moindre occasion son amour pour sa Mère patrie Écosse.  Toutes les personnes qui avaient eu le malheur de croiser Angus ce mois-ci avaient pu l'entendre déblatérer sur l'immonde trahison du gang des Chaporouges et plus particulièrement de leur chef, Laoghaire McStirling. Chassé ! Banni ! Banni de Stirling, envoyé au loin et menacé d'être saigné s'il avait le malheur d'un jour recroiser la route d'un McStirling. Après vingt ans de bons et loyaux services, vingt ans ! Il crachait dès qu'il entendait le nom de Laoghaire, pestant contre cette bonne femme qui avait décidé du jour au lendemain de le bannir de leurs terres. Sa boutique avait été saccagée au cœur de la nuit, ses stocks pillés, son argent dérobé et ils étaient venus le sortir de son lit pour le traîner hors d’Écosse, l'abandonnant sur une lande venteuse de l'autre côté du mur d'Hadrien. Teárlach, lui, avait choisi de le suivre, poussé par la loyauté qu'il avait pour son père, ce qui lui avait coûté l'opprobre des Chaporouges Ils étaient là depuis en mois, en Angleterre, désœuvrés et sans le moindre bien, vivotant dans la Voie.

- Et Keir ! cracha Angus en reprenant sa diatribe. Je me suis saigné pour ce gamin, j'ai tout donné pour lui, la chair de ma chair ! Et dès qu'il a pu, il a planté un couteau dans le dos de son vieux père ! Ça vient de sa mère, ça, crois-moi, Libby a toujours été une fieffée garce et les cerbères ne font pas des fées, ça vient du sang, c'est les gênes !

Teárlach ne répondit pas, parcourant le bar du regard, comme s'il cherchait quelque chose. Il connaissait le venin de son père par cœur, que ce soit contre les Chaporouges, Laoghaire McStirling et ses frères, Keir, son demi-frère qui avait repris la place de son père auprès du gang, profitant de son exil, ou bien ses trois ex-femmes, dont sa propre mère. Contrairement à Angus, il ne comptait pas se laisser dépérir parce qu'ils n'étaient plus en Écosse et parce que leur lien avec les Chaporouges était rompu. Il avait tendu l'oreille depuis un mois et il n'avait pas traîné son père à Bristol pour rien. Les Bràigheach faisaient des baguettes de père en fils depuis trois générations déjà et il voyait dans cet exil l'occasion de se faire sa propre place : Keir avait repris le commerce de leur père en Ecosse,  mais rien n'empêchait Teárlach de se  faire sa place en Angleterre. Il avait encore besoin de son père pour cela, parce qu'il bénéficiait du nom, il bénéficiait de l'expérience de vingt ans auprès des McStirling et surtout, il avait encore des choses à lui apprendre. Les gens parlaient, sur la Voie, et il avait vite entendu que Matthew MacFarlane raccrochait. C'était une aubaine pour eux : MacFarlane était doué et s'il laissait une place à prendre, il y avait de l'argent à se faire. La porte du Cerbère s'ouvrit sur plusieurs personnes et les yeux  bleus de Teárlach tombèrent sur la personne qu'il espérait croiser. Il reporta son attention sur son père, qui déblatérait toujours des horreurs à l'égard de Keir.

- Papa, tu vois le type qui vient d'entrer ?

Angus fut coupé dans sa litanie d'insultes par la voix de son fils et tourna son visage bourru vers la porte,  un peu méfiant.

- C'est Roy Calder, avec ses Veilleurs, MacFarlane travaillait pour eux.

Il ne répondit pas même s'il comprit vite où voulait en venir Teárlach, ce qui le renfrogna. Il savait bien qu'il avait besoin de travailler, maintenant qu'il avait perdu la plupart de ses contacts, trop proches des Chaporouges pour risquer de les contrarier. Pour autant, l'idée d'aller lécher le chaudron  du chef des Veilleurs ne le ravissait pas pour autant : les McStirling s'étaient toujours méfiés d'eux et... Et les McStirling s'étaient toujours méfiés d'eux. Brusquement, Angus trouva les Veilleurs beaucoup plus intéressants, surtout si ça pouvait agacer Laoghaire. Il but de nouveau une grande lampée de bière, imbibant un peu sa barbe, avant de se tourner vers son fils, pointant un doigt épais à l'ongle abîmé vers lui.

- Toi, t'es un p'tit malin.

Il reposa bruyamment sa chope sur le bois de la table et se leva, se dirigeant vers le groupe de Veilleurs, naviguant entre les tables sans trop faire attention aux gens. Il approcha d'eux à grandes enjambées, avant de prendre la parole d'une voix forte et rocailleuse.

- Roy Calder, c'est ça ?

Angus n'était pas du genre à tourner autour du pot et à faire des courbettes, aussi attaqua-t-il directement le sujet qui l'intéressait.

- J'ai entendu dire que MacFarlane t'avait lâché. Tu vas le remplacer ?
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« On perd de l’argent. »

Installé en travers du canapé, le regard pensif de Roy se fixa sur Jayce qui examinait des papiers, assis au bureau. Ce dernier avait ôté son fidèle chapeau, et placé des lunettes sur son nez, ce qui accentuait son côté sérieux. Roy ne put s’empêcher à penser à un banquier penché sur ses comptes, mais il n’avait pas vraiment le coeur à rire et se contenta de répondre laconiquement :

« Je sais.
-On a mis pas mal de fric dans le lancement du club à Leopoldgrad. Le souci c’est qu’on avait pas prévu qu’on nous lâcherait sur une part des trafics.
-C’est pas non plus ce qui nous rapportait le plus d’argent, loin de là, nuança Roy.
-C’est vrai. N’empêche qu’on a quand même besoin d’un faussaire de baguettes si on veut continuer à faire circuler la cam comme il faut. »

Roy ne pouvait guère contrecarrer ce dernier argument. Le travail de Matthew MacFarlane pour eux leur avait permis non seulement d’obtenir une part sur son trafic, mais surtout d’obtenir facilement des fausses baguettes, ce qui était un atout de sécurité non négligeable pour leurs passeurs de drogue qui contrefaisaient des portoloins, ensorcelaient des cargaisons, ainsi que leurs hommes de main dont il fallait protéger l’identité lorsqu’ils se débarrassaient de quelqu’un… Les baguettes étant à la fois un outil indispensable et un objet trop facilement traçable, tout sorcier qui avait besoin d’accomplir discrètement une sale besogne répugnait à le faire avec sa baguette personnelle. Malheureusement cela faisait deux semaines que MacFarlane était tout bonnement inapte à poursuivre ce qu’il avait jusque là accompli avec brio. Un forfait que Roy n’avait pas prévu et dont il se serait bien passé car il commençait à en ressentir les effets…

« T’as pas rencontré un type hier qui t’a proposé ses services ?
-Deux même. Le premier c’était une grande gueule dont je me souviens même plus le nom, tellement c’est un obscur débutant qui connaît à peine la différence entre un sorbier et un séquoia. Il est venu me réclamer deux fois le prix qu’on payait MacFarlane. Il devait s’imaginer qu’on était suffisamment en galère pour accepter d’augmenter le contrat, je lui ai dit d’aller rayer le parquet d’un autre pigeon.
-Ca commence bien. Et l’autre ?
-Igor Glazkov. Heureusement que j’ai demandé à Sofya de se renseigner sur lui avant d’accepter quoi que ce soit, parce que c’est un arnaqueur notoire en Europe de l’Est, visiblement. Il noue des contrats alléchants avec des gros gangs, et il disparaît dans la nature avant qu’on se rende compte que ses baguettes ne fonctionnent que quelques heures.
-Super, y a vraiment que de la merde qui traîne sur le marché noir en ce moment, déclara Jayce avec flegme. T’as essayé des mecs plus connus ? Lucky Luigi, c’est une pointure dans le domaine.
-Ouais mais il traite ses affaires comme un putain de rapace, on pourra jamais s’assurer la loyauté d’un type pareil. Il serait capable de nous la foutre à l’envers et reconduire nos clients vers une saleté de sharack qui lui proposerait plus d’argent. J’ai pas envie de collaborer avec ce genre de gars.
-Alors on en revient au point de départ, le seul qui aurait fait l’affaire c’est Greed, à Manchester. On peut toujours lui acheter des baguettes si besoin. Mais il refuse de bosser pour un gang, il vendrait son indépendance pour rien au monde… Donc on n’a personne. »

Sur cette conclusion résignée, les deux chefs se turent, pour faire tourner les mêmes réflexions en boucle dans leur tête, ce dont Roy commençait à avoir assez. Il finit par se redresser et lancer d’une voix forte et un ton trahissant sa contrariété :

« Voilà donc ce que je propose, je vais aller faire un tour sur la Voie pour m’aérer la tête, et prier pour qu’il y ait un faussaire qui nous tombe du ciel. »

Il priait plutôt pour pouvoir boire un whisky tranquillement, car il sentait la mauvaise humeur grimper en lui. De toute manière, il était bien trop tard pour continuer de se prendre la tête. Il sortit du bureau, sans attendre de savoir si Jayce comptait le rejoindre ou pas. Lorsqu’il franchit la porte qui menait au casino, deux Veilleurs bien bâtis se décollèrent du mur pour le suivre, comme deux ombres imperceptibles, et Roy adressa un ordre à celui à sa droite :  

« Attrape Hopper et demande-lui de me rejoindre au Niffleur. 
-Il est déjà au bar, patron.
-Parfait, j’ai bien besoin d’un poker pour me détendre. »

Une petite partie de poker avec quelques hommes ferait bien l’affaire pour lui changer les idées, et il avait quelques partenaires de prédilection. Quelques minutes plus tard, les trois Veilleurs faisaient irruption sous le ciel nocturne et artificiel de la Voie, beaucoup plus agitée et animée à cette heure que les rues de Bristol au-dessus. Poussant la porte de leur bar de prédilection, Roy eut à peine le temps de se diriger vers la table qu’il avait décidé de s’approprier, qu’un sombre inconnu lui coupa la route. Roy fit glisser de haut en bas son regard sur l’homme, et une fois qu’il eut décrété que sa tête et son ton ne lui revenaient pas, il se contenta de répondre d’un ton relativement laconique :

« Pour que ça ait atteint les oreilles d’un écossais, c’est qu’on doit hurler la nouvelle avec un Sonorus, dis donc. »

Roy n’avait pas de nom à mettre sur ce visage mais la tenue vestimentaire et l’accent terrible de ce monsieur ne laissait aucun doute sur sa provenance : les terres lointaines et nombrilistes de mafieux toujours très charmants. Et polis, bien évidemment. Il prit place à la table, suivi de quelques Veilleurs, sans regarder l’homme.

« En quoi ça t’intéresse ? »


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Angus Bràigheach, 55 ans, fabriquant de baguettes

Tous ceux qui connaissaient un tant soi peu Angus savaient à quel point il était fier comme un hippogriffe. Il aurait été difficile de l'ignorer, vu qu'il ne cessait de parler de son honneur, honneur qu'il mettait d'ailleurs sur tous les plans : son honneur Ecossais, son honneur de  Bràigheach, d'homme, de sorcier, de fabriquant de baguette, de père, de mari, de fils, de frère, de tout ce qui lui passait par la tête et qu'il estimait assez digne pour être mis en avant. Il était facilement outragé et était loin d'être le dernier à crier à l'insulte, à provoquer ses adversaires en duels magiques pour défendre sa réputation. Il suffisait de l'écouter depuis un mois pour l'entendre radoter sans cesse sur l'infâme, l'immonde, la perverse, vile, inénarrable trahison des McStirling ! Aussi, il ne fut pas bien surprenant qu'il n'apprécie pas le regard que fit couler Roy Calder sur lui lorsqu'il se présenta à sa table. Cela raviva sa mauvaise humeur et sa voix était encore plus bougonne quand il reprit la parole.

« J'ai un associé qui sait écouter les bonnes choses. »

Teárlach était son fils avant tout, ils travaillaient en famille depuis des générations mais il se garda bien de le préciser pour le moment. Ce dernier était resté attablé plus loin et observait l'échange avec une certaine nervosité, ses yeux allant rapidement de son père aux Veilleurs comme s'il regardait un match de Quidditch endiablé. Il connaissait le caractère légendaire de son père, un dragon croisé avec un Botruc et quand il s'y mettait, il était plus imbuvable que de la pisse de gobelin. Il avait hésité quelques jours avant de lui faire part de la démission de Matthew MacFarlane, se disant qu'il l'apprendrait dans tous les cas : Angus était parfaitement capable de se mettre les Veilleurs à dos par un mot malheureux face à leur chef. S'ils ne pouvaient plus aller ni en Ecosse, ni en Angleterre, où iraient-ils ? L'Irlande, peut-être, mais c'était un pari risqué : les McStirling y avaient des accords... Angus, lui, ne se formalisait pas des craintes de Teárlach. Il connaissait le jeu, il savait bien qu'il était censé huiler le chaudron du chef du gang pour s'attirer ses bonnes grâces mais il avait oublié comment faire cela, comment il avait fait sa place dans sa prime jeunesse. Cela faisait vingt ans qu'il était un membre important des Chaporouges, c'était lui que les jeunes premiers venaient flatter, plus l'inverse.

« Tu devrais plutôt t'demander en quoi j'peux t'intéresser. »

Si les Veilleurs avaient pris l'habitude de se reposer sur MacFarlane, sa présence devait leur manquer. Angus connaissait sa valeur : il était doué dans ce qu'il faisait, expérimenté et travaillait dans le milieu depuis des années. Teárlach aurait dit qu'il n'était plus au courant du marché actuel, trop occupé à se reposer sur ses lauriers bien confortablement installé à Dundee, assuré de sa place auprès des Chaporouges mais Angus ne l'écoutait pas de cette oreille. Il n'avait pas l'intention de rester sans rien faire parce que Laoghaire McStirling ne savait pas apprécier ce qu'elle avait et l'avait chassé de sa terre natale. Au contraire : il comptait bien lui faire regretter sa décision et quoi de mieux pour cela que d'offrir ses compétences à un gang dont elle se méfiait farouchement ? Il ne connaissait des Veilleurs que ce qu'on en disait chez les Chaporouges et n'avait pas pris la peine de se renseigner plus amplement avant de présenter devant eux - Teárlach n'avait qu'à le faire, il ne s'attardait pas sur la paperasse – mais il n'en n'avait cure.

« Angus Bràigheach, fabriquant de baguettes, » lança-t-il de sa voix rocailleuse en tendant une main épaisse comme un battoir à Roy.  « Incontesté sur toute la côte Ecossaise. Reconnu de tous les gens qui comptent dans le coin. »

Les McStirling, donc. L'immonde lisier de dragon qui contrôlaient les ports Écossais depuis des générations.
Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Le ton bourru de l’écossais ne démentait pas les clichés sur ses compatriotes. L’orgueil transparaissait dans toutes les rides de son visage et ses traits farouches peignait un homme qui ne se laissait aucunement marcher sur les pieds. D’ailleurs il répondit avec un certain culot à la question de Roy, plaçant le chef de gang dans la position de celui qui avait besoin de quelque chose, et non l’inverse. Dardant son regard sombre sur lui, alors qu’il se présentait, Roy l’entendit sans surprise se présenter comme un fabricant de baguettes, visiblement désireux de remplacer celui qu’ils avaient perdu. Le nom ne lui disait pas grand-chose, mais ce n’était pas vraiment un critère qui pouvait l’aider à vérifier la véracité de ses propos, car la société mafieuse des gangs écossais était assez opaque. Cependant, un des Veilleurs à sa table, un certain Rufus Darroch, répondit le premier, un sourire carnassier illuminant son visage maigre :

« Alors, c’était vrai… Les McStirling ont lâché un de leurs anciens. »


L’exclamation attira l’attention des quelques hommes qui les environnaient, et bientôt Angus se trouva dévisagé de haut en bas. Roy avait effectivement pensé au gang des Chaporouges, quand Angus avait évoqué les « gens qui comptaient dans le coin », car ce gang familial tenait d’une main d’acier depuis des générations les côtes écossaises. S’il y avait quelque référence à évoquer, c’était bien eux. Cependant il n’avait pas entendu parler de cette rumeur, visiblement toute récente et à peine murmurante qu’évoquait Rufus, mais il voulait bien lui accorder un certain crédit. Rufus avait préféré faire du trafic plutôt que de l’espionnage, mais le deuxième métier lui aurait bien convenu, tant il avait des contacts un peu partout, dans tous les coins insalubres du pays…

« C’était d’ça qu’y causait, j’l’ai entendu ! lança un autre plus loin. Exilé qu’il a dit !
-Même qu’il causait avec ce gars-là » ajouta son voisin.

Il désigna un homme seul à sa table, visiblement étranger au bar, car Roy ne se souvenait pas l’avoir vu traîner une fois dans le coin. Il devait accompagner Angus, s’il en croyait les dires de ses hommes, ce que Roy fit, évidemment. C’était là tout l’intérêt d’être le maître de la Voie, pouvoir compter sur les yeux et les oreilles de chacun pour le renseigner, ce qu’ils s’empressaient de faire à la moindre occasion : une façon comme une autre de se faire bien voir. Si cela mettait mal à l’aise l’intrus d’être momentanément scruté dans ses paroles et gestes, ce n’était pas son problème, mais il sentait que ce ne serait pas le cas d’Angus. Sinon c’est qu’il n’en valait pas la peine… Reportant son regard sur lui, Roy croisa les jambes en reprenant la parole d’un ton tranquille, presque souriant :

« Bien, le concert des balances est terminé, on dirait. Quelque chose à ajouter, monsieur… Comment se dit ton nom, déjà ? Tu peux dire à ton comparse de te rejoindre, il a peut-être quelques explications à fournir. »


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Angus Bràigheach, 55 ans, fabriquant de baguettes

Angus avait gagné sa position chez les Chaporouges il y a bien longtemps, alors qu'il était encore jeune. Ses enfants n'étaient même pas nés. Il n'avait pas commencé comme fabriquant de baguette, même s'il apprenait encore son art mais avait su gagner rapidement le respect du gang et de ses comparses. Il avait longtemps été une figure d'autorité, le genre que l'on respecte, les petits nouveaux s'écrasaient devant lui et ses colères mémorables. C'était aussi pour cela qu'il vivait si mal son exclusion. Il n'avait pas perdu qu'un emploi, il avait perdu une position, un mode de vie et cela ne l'enchantait pas de devoir tout regagner à son âge. Mais il le devait, pour trouver un nouvel endroit où s'installer et surtout, pour prendre sa revanche sur les McStirling. Aussi, il devait se plier face aux Veilleurs, leur astiquer le chaudron et prendre sur lui. Il prit sur lui quand un des types de Calder s'écria que les McStirling avaient lâché un de leurs anciens. Il n'était pas vraiment surpris que la nouvelle soit arrivée jusque là, après tout, Teárlach avait appris pour MacFarlane mais pour rester maître des négociations, il aurait aimé rester maître des informations. C'était sans compter le son de cloche qui s'activa dans le bar, chacun y allant de son petit commentaire. Il serra les dents, jetant un Doloris visuel à tout ceux dont il croisait le regard.

Mais dans le fond, songea-t-il, qu'ils parlent tous ! Qu'ils y aillent de leurs commentaires, qu'ils balancent Teárlach, il s'en fichait. Il n'avait rien à cacher, il était honnête, lui, loyal même ! Il avait toujours su rester droit dans ses bottes - ou plutôt dans ses intérêts - et n'était pas un de ces strangulots de McStirling. Quand Calder enquêterait sur lui, et il le ferait, il ne trouverait rien que Angus ne pouvait assumer. Tous ses coups avec les McStirling, sous l'autorité du père de Laoghaire puis de cette dernière, ses échoppes successives, ses mariages. Ses années de prison, lorsqu'il avait plongé, chopé pour trafic par les Aurors et même ses années en tant que Rafleur, il y a dix ans. Un digne Bràigheach assumait toutes les décisions. Il soutint donc sans flancher le regard tranquille de Calder, ne bougeant la tête que pour faire signe à son fils de s'approcher. Teárlach se leva doucement, de cette étrange manière qu'il avait de mouvoir son grand corps dégingandé. Méfiant, aux aguets, ses yeux nerveux faisant le tour de la salle, il vint se placer derrière son père, ses doigts tapant une mélodie dans le vide.

- Bràigheach, répéta Angus quand on lui redemanda son nom, sans en faciliter la compréhension pour quiconque n'était pas Écossais. Et voici mon associé - et fils - Teárlach. J'pense pas que c'soit des grands discours, que tu veux d'notre part. J'ai rien à ajouter sur ce que tes gars disent, t'façon, tu feras faire tes recherches. J'suis fabriquant de baguettes, j'bossais pour les McStirling et la harpie qui leur sert de chef, Laoghaire, a mal géré son cycle lunaire et m'a jeté. Tu connais les mégères, ça s'emporte vite.

Surtout les juments écossaises du genre de Laoghaire, si on lui demandait son avis... Ou ses ex-femmes, surtout Libby, une fieffée garce.

- Mon gamin, fit-il en le désignant de son pouce épais aux empreintes abîmées, m'as dit que tu cherchais quelqu'un. C'est vrai ou faux ?
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La nonchalance avec laquelle Angus répondit démontra qu’il ne se laissait pas démonter si facilement. Tous n’auraient pas eu ce sang-froid, en se trouvant dans sa situation, dans la tanière d’un gang qui n’était pas le sien, exposé sous les regards scrutateurs d’une vingtaine de criminels. Certains se seraient automatiquement mis sur la défensive, ce ne fut pas le cas d’Angus qui confirma avec un certain détachement les rumeurs qu’on lui portait, sans chercher à se défiler, ou se justifier. Roy sut qu’il tenait là un homme de caractère. Pour autant, son détachement montrait aussi une certaine prudence, Angus ne se mouillait pas trop en restant évasif sur les raisons de ses rumeurs. Si certains hommes ricanèrent à la plaisanterie grasse qu’il fit sur Laoghaire McStirling, Roy ne comptait pas se laisser conquérir par cette simple explication. Surtout quand on savait que McStirling n’était pas tellement le genre de femme à se laisser dominer par ses émotions, et pour avoir rencontré le personnage, Roy pouvait en témoigner. Femme de caractère, oui, mais ni stupide, ni impulsive. Si elle avait dégagé cet homme de ses rangs, c’était probablement pour une raison beaucoup plus tangible qu’un éclat d’émotions de sa part…

Il scruta silencieusement l’écossais, puis son fils qu’il lui désigna, une grande perche visiblement beaucoup moins à l’aise que son père. Lorsqu’il lui demanda à nouveau s’il cherchait un faussaire, Roy décida de cesser de tourner autour du pot.

« Ton fils a de bonnes oreilles. Décroisant ses mains sur la table, il désigna une chaise face à lui pour Angus, qui le surplombait trop à son goût en restant debout. Servez-lui un verre. »

Un Veilleur rapporta une bouteille de whisky, pendant que le barman s’activait pour apporter des verres propres. Une fois Angus servi, il songea avec une certaine ironie que finalement, un faussaire leur était bien tombé du ciel comme il l’avait souhaité en quittant Jayce. Littéralement, et pour le moment, Roy observait ce paquet avec une certaine méfiance. Ce qui se lut dans son regard, et dans ses paroles qu’il prononça sur un ton presque doucereux :

« Je ferai mes recherches s’il se trouve que tu m’intéresses
, déclara t-il finalement. Et forcément, avec ce que tu dis, je me demande… Pourquoi je serais intéressé par quelqu’un qu’un autre gang a jugé bon de jeter ? Pourquoi je ramasserais les merdes de McStirling, hmm ? »

Quelques Veilleurs autour d’eux avaient repris leurs conversations, mais la plupart tendaient les oreilles et les yeux vers leur chef, désireux de ne pas rater l’échange. Le regard de Roy resta fixé sur Angus, puis passa sur le visage de son fils derrière lui, avant de revenir sur le faussaire. S’ils espéraient tous les deux qu’ils allaient retenir son attention en arrivant comme des fleurs dans leur repaire, déposant leurs noms puis s’en allant sans plus d’explications, ils se trompaient lourdement. Roy n’était pas désespéré à ce point, et il avait besoin de davantage de détails…

« Allez, fais-moi donc gagner du temps sur mes recherches. Je ne crois pas que McStirling soit le genre à s’emporter vite, objecta t-il, un léger sourire sur les lèvres. Alors, qu’est-ce que tu as fait pour qu’elle te dégage de ses rangs ? »


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Angus Bràigheach, 55 ans, fabriquant de baguettes

Une certaine satisfaction envahit Angus lorsque les dires de Teárlach s'avérèrent vrais mais sa seule réaction fut un léger mouvement de l'oeil dans sa direction, sans même tourner la tête. S'il avait su que ce petit avait autant de potentiel... De ses cinq enfants - issus de quatre épouses différentes - il était le petit dernier, le plus faiblard, l'avorton de la portée. Né trop tôt, chétif les premières années, bien trop couvé par sa mère aux yeux de Angus qui prônait une éducation à la dure, pour en faire un véritable homme, comme son grand frère. Il avait été longtemps le vilain petit canard, l'enfant qu'on devait houspiller pour sortir de son mutisme. Même son entrée à Poudlard ne semblait pas l'avoir endurci et Angus avait eu l'impression de récupérer un adolescent encore plus taciturne qu'à son entrée au collège. Il avait même pensé que Teárlach choisirait une voie opposée à son père, quelque chose de légal, un emploi de bureau ennuyeux. Comptable, tiens. Mais contre toute attente, le jeune Bràigheach avait fait ses classes auprès des Chaporouges et avait survécu, finissant par rejoindre l'atelier de son père. Malgré ses réticences - il ne voulait pas d'une fillette dans les pattes - Angus s'était décidé à lui apprendre le métier, comme il avait fait avec Keir. Et qu'est-ce qu'il avait eu raison !

Teárlach avait pour le métier une étrange aptitude, cette fascination morbide de la puissance des baguettes, des dégâts qu'elles pouvaient causer... Ses longs doigts façonnaient le bois avec une délicatesse d'orfèvre et il faisait preuve d'une inventivité parfois aléatoire mais que Angus surveillait du coin de l'oeil. Et surtout, songeait ce dernier, Teárlach était resté auprès de lui quand Keir n'avait pas hésité, cette raclure de chaudron opportuniste, à reprendre sa place auprès des McStirling. Ses enfants n'étaient que des lâches ! jurait-il. Au lieu de défendre leur père jusqu'à l'épuisement, jusqu'à la mort s'ils le fallait, ils se repaissaient des cendres de ce qu'il avait construit. Seul ce fils si dénigré était resté auprès de lui et cela, Angus ne l'oublierait pas, tout comme il n'oublierait pas la trahison de Keir, son aîné. Que ce dernier se méfie, parade dans son empire tout neuf : Angus viendrait un jour lui rappeler que tout se payait. Mais pour l'instant, il ravalait sa fierté piétinée et tira une chaise qui racla bruyamment sur le sol, s'asseyant de tout son poids face à Roy Calder tandis que Teárlach se glissait plus doucement, silencieusement, à la droite de son père. Il referma sa main grande comme un battoir sur le verre qu'on lui servit et qu'il descendit, la brûlure de l'alcool lui caressant la gorge.

- Les merdes, c'est plutôt ce que tu trouves actuellement sur le marché, répliqua Angus sans se démonter et surtout, en plongeant ses yeux bruns étonnamment clairs dans ceux de Calder. Mon fils aussi a fait ses recherches.

Il y avait de nombreuses dont il était fier et son travail en faisait partie. Certains disaient qu'il faisait partie de la vieille école mais Angus savait surtout qu'il avait été bien formé il y a quarante ans et avait perfectionné son art durant des décennies. Il savait ce qui marchait, ce qui ne marchait pas, savait associer les éléments pour faire la baguette la plus adaptée à son porteur. Il manquait peut-être de l’esbroufe de la jeunesse, de la créativité de Keir, des expérimentations de Teárlach, ses baguettes étaient peut-être classiques mais elles étaient excellentes, infaillibles. Il avait fourni les plus grands sorciers des Chaporouges, il avait confectionné les baguettes des McStirling depuis des années. Carron, le grand patriarche de la famille avait porté une baguette de sa main durant des années. Et Laoghaire, cette traîtresse ! Cette baguette magique avec laquelle elle dirigeait son gang, avec laquelle elle écorchait ses ennemis, c'était la sienne ! C'était lui qui avait passé des semaines à la réaliser, c'était sa plus belle création. Et elle s'était retournée contre lui. Ses baguettes s'étaient retournées contre lui, les œuvres qu'il chérissait plus que ses propres enfants, les baguettes qu'il ancrait solidement dans la terre d’Écosse depuis des décennies ! Penser à cette histoire lui faisait serrer les poings, les jointures abîmées de ses doigts devenaient blanches. Calder saurait dans tous les cas et Angus ne laisserait pas son honneur être sali plus longtemps.

- Ils m'ont accusé de trahison, cracha-t-il d'une voix pleine de haine. La bile lui monta dans la gorge et les mots avaient un goût de sang alors qu'il les lançait, comme chaque épine de cette histoire. Qu'on se le dise : je n'étais pas toujours d'accord avec ce que faisait Laoghaire et je suis pas du genre à la fermer quand je pense quelque chose. Et j'avais des choses à dire, tonna-t-il en tapant du poing sur la table. Et même si je pense que les bonnes femmes ont autre chose à faire que de traîner dans ce genre de milieu, c'est pas moi qui aurait essayé de la jarter. Carron, son père, il avait ma vie pour lui, j'ai été loyal jusqu'à ce qu'il clamse. Il a passé le flambeau à sa fille et je l'ai respecté : j'avais beau gueuler, tout ce qu'il fallait faire, je le faisais. J'ai consacré ma vie à ces vautours.

Il enfonçait son doigt épais sur le plateau de la table à chaque propos, comme pour l'assoir un peu plus. A côté, Teárlach s'était redressé et une tension s'était infiltrée au milieu de son masque impavide, une colère contenue derrière ses traits pâles. Il avait beau être moins emporté que son père, cette histoire le mettait tout aussi en colère. Il avait été banni lui aussi, lorsqu'il avait pris haut et fort le parti de son père après que ce dernier ait été chassé. Il avait dû fuir Dundee lui aussi, fuir le pays qu'il avait toujours connu, sa mère, sa sœur. Sa volonté de remettre son père d'aplomb n'était pas dû qu'à la lassitude de le voir errer ainsi et l'envie de continuer son apprentissage : il voulait aussi obtenir un jour justice pour ce qui leur était arrivé.

- J'vais vous dire un truc que vous savez pas, reprit Angus en promenant son regard autour de la table, s'arrêtant plus particulièrement sur Calder. Laoghaire McStirling vient de subir une cabale contre elle. Faut dire que j'étais pas au courant non plus avant qu'on me foute l'affaire sur le dos. Les McStirling ont soi-disant flairé le coup avant que les gars ne passent à l'action. Et voilà pas, qu'une nuit, ils ont débarqué chez moi, m'ont tiré du lit, m'ont jeté dehors. Ils ont brûlé ma maison devant mes yeux, Laoghaire s'est ramenée devant moi et je te jure qu'on aurait dit l'image même du Diable avec ses cheveux qui avaient la même couleur que les flammes qui ont pris ma baraque. Elle m'a dit qu'ils me bannissaient pour trahison et que j'avais bien de la chance qu'on me laisse en vie. Ils m'ont traîné de l'autre côté du mur d'Hadrien et m'ont laissé là. Le reste, je l'ai pas vécu : si je remets un pied là-bas, je suis un homme mort.

Teárlach, qui était jusque là resté en arrière, se pencha légèrement et prit la parole d'une voix étonnamment claire qui contrastait entièrement avec la voix bourrue de son père. Ses mains fines tracèrent un cercle sur le bois de la table, comme pour désigner la ville de Dundee, le fief maritime des McStirling, là où beaucoup de leurs ressources se trouvaient et là où les Bràigheach vivaient.

- Ils ont attrapé mon père en premier. Après qu'on l'ait emmené, les McStirling sont allés chercher d'autres hommes, partout en Écosse. Même des types importants des Chaporouges, comme Dàibhidh MacDhòmhnaill qui s'occupait de corrompre les autorités portuaires pour nos navires. Il y avait au moins une vingtaine d'hommes, même des femmes. Ils ont été amenés dans la cour principale du château de Stirling, leur fief. Et devant tout le gang, devant tous les gens qui trempent dans leurs affaires, devant le reste de la famille, au petit matin, ils les ont saignés à mort. Comme le veut la tradition. Égorgés et écorchés. Et ensuite, les McStirling ont fait tremper leurs pavillons, ceux de nos plus gros navires, dans les flaques de sang. Cela faisait des années que ce n'était pas arrivé. Ce qu'ils ont dit, fit-il en ralentissant sa voix, c'est que ces hommes étaient mêlés dans une tentative de putsch contre Laoghaire et ses frères pour mettre au pouvoir Kentigern.
- Kentigern, tonna Angus, vrombissant de colère, c'est le pire fils de Botruc que tu puisses trouver au monde. C'est le dernier frère de Carron, l'oncle de Laoghaire et il a toujours crevé de diriger le gang sauf qu'il n'en n'a pas les magairlean ! Il traite ses hommes comme de la boue sur ses bottes en peau de dragon.

Sans tenir compte de l'éclat de colère de son père, Teárlach continua son récit, de la même voix tranquille.

- Ils ont dit qu'ils avaient trouvé des papiers concernant la cabale dans l'atelier mais ça me semble bien gros...
- Ouais, coupa Angus, si j'étais un putain de traître, je serai pas assez con pour laisser des lettres avec Kentigern au milieu de mon atelier, là où je range les bois ! J'avais trois apprentis là-bas, en plus de Teárlach, le premier abruti aurait pu tomber dessus ! On m'a trahi, on a monté un coup contre moi et ces McStirling, ces enfoirés, m'ont banni ! Ils ont été incapables de respecter un bon gars comme moi qui les avait servi fidèlement pendant vingt ans !
- Tu as encore la gorge intacte, fit remarquer Teárlach. Et c'est le plus étrange. Cette fois-ci, il ne s'adressait plus à son père. Si Laoghaire McStirling avait vraiment pensé qu'on complotait contre elle, elle ne se serait pas contentée de te renvoyer d’Écosse. Elle ne te porte même pas dans son cœur, elle aurait pu te faire égorger avec les autres. Mais si tu as la vie sauve, je pense que ce n'est pas pour rien : elle sait, ou elle se doute, que tu es en dehors de l'histoire. Mais, nuança-t-il et un tic agacé s'épanouit sur le côté de sa lèvre, tu la ramènes tout le temps. Tu la contestes tout le temps, tu l'ouvres en permanence. En des temps où ils doivent faire entendre leur autorité, t'es un mauvais exemple.
- C'est comme ça qu'un homme agit, mon gars, il défend ses convictions et...

D'un léger geste de la main sur le poignet, il fit taire son père et Angus fronça les sourcils devant tant de culot, peu habitué à des manières dirigistes de la part de son fils si discret. Cela eut le mérite de lui faire refermer la bouche, le tant que Teárlach conclue.

- Voilà pourquoi mon père est là et voilà pourquoi je suis là avec lui. Nous n'avons pas de preuves de notre innocence, clairement, mais c'est le cas. Menez votre enquête, c'est ce que vous entendrez : que Angus Bràigheach est un traître. Mais je crois que sa présence ici est précisément la preuve que non. Les McStirling n'étaient plus à une exécution près.
- Et surtout, tonna Angus, j'ai foutrement pas l'envie de me justifier. Je sais ce que je vaux et je connais mes valeurs : quand je donne ma parole, je la tiens à en crever. Tu te demandais pourquoi les McStirling m'avaient jeté, c'est bien. Y'a aussi pourquoi ils m'ont gardé aussi proche d'eux durant quarante ans. Et si ça suffit pas, tant pis. Je suis pas là pour mendier.
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Cette fois, l’expression du trafiquant de baguettes se fissura. Roy vit sa figure dure craqueler sous le coup d’une colère à peine contenue. L’évocation de son départ des Chaporouges lui était douloureuse, cela se sentait dans son ton, dans les poings qu’il serrait. En tout cas, son discours empreint de fureur provoquait des réactions chez les hommes autour, Roy s’en rendit compte également. Certains hochaient la tête comme pour compatir à sa malchance, ou pour approuver certaines remarques -celle sur le fait que les femmes n’avaient rien à faire dans leur milieu eut un certain succès. D’autres se contentaient d’arborer un air curieux ou un sourire narquois face à cette histoire qui touchait un autre. Quoiqu’il en soit, Angus avait l’attention de toute l’assistance, dont Roy, qui le scrutait du regard.

Son attention fut particulièrement accrue lorsque l’accusé leur révéla que son ancienne chef de gang luttait contre des mutineries intestines. Voilà qui était une information intéressante. Laoghaire McStirling n’avait donc pas une place aussi solide qu’elle ne le montrait. Pourquoi donc ? Etait-ce parce qu’elle était une femme ? Ou parce que ses méthodes ne plaisaient pas ? Roy savait qu’elle avait des façons de faire assez sanguinaires pour dire les choses poliment, mais c’était la réputation de son clan depuis toujours.

Le jeune homme, Teárlach, apporta quelques réponses aux questions que se posait Roy. Un silence à la fois fasciné et horrifié plana sur l’assemblée lorsqu’il détailla la punition qu’avaient subi les accusés. Eh bien, pour être sanguinaire… Roy avait déjà entendu des histoires de ce genre sur les Choporouges, il pensait que ce n’était que des légendes pour appuyer leur autorité et avoir une sorte d’histoire à raconter sur le nom de leur gang. Il supposa que cette sentence avait choqué certains Chaporouges eux-mêmes, si elle n’était pas arrivée depuis des années. En même temps, c’était légèrement moyenâgeux comme façon de faire, songea Roy avec un certain dégoût. Lui-même avait du faire preuve de violence pour l’exemple, voire d’extrême violence dans des cas particuliers. Mais il y avait quelque chose d’assez morbide et barbare dans la façon de le désigner comme une tradition, comme s’il s’agissait de quelque chose qui construisait leur clan et dont ils pouvaient s’enorgueillir…

La petite histoire familiale des McStirling retenait l’attention de tous, Roy entendit même un de ses hommes souffler « les quoi ? » quand Angus prononça un mot en écossais, puis son camarade répondre dans un chuchotement « les couilles, abruti ! ». Bref. Roy avait la réponse à sa question, il s’agissait là d’une mutinerie envers Laoghaire de la part des propres membres de sa famille. C’était le risque chez les gangs qui étaient en même temps des clans, où le pouvoir se passait de façon filiale : il y avait régulièrement des contestations et des tentatives de coups d’Etat envers le roi.

Dans tout cela, Angus était le bouc-émissaire, ou en tout cas, c’était ce qu’il soutenait. L’échange entre lui et son fils fit voir à Roy que le maigrichon Teárlach en avait probablement davantage dans le crâne et dans les tripes que ce que sa maigre constitution laissait croire. La façon dont il fit voir ses torts à son père puis le réduisit au silence arracha quelques sourires moqueurs aux hommes autour. Mais Angus regagna un certain respect sur sa dernière tirade, dans la façon qu’il eut de relever fièrement la tête malgré les accusations qui planaient sur lui, et de se refuser à « mendier » même en étant au pied du mur. Roy dut lui reconnaître une belle force de caractère, s’il le fit intérieurement, d’autres le firent plus frontalement. A sa gauche, Rufus afficha un sourire à la fois moqueur et compatissant -on ne savait jamais avec cet homme- lorsqu’il réagit:

« Quelle histoire de merde pour toi, mec. En gros, tu t’es fait jarter juste pour sauver les apparences. C’est une sacrée connasse, la McStirling, tu dois l’avoir bien dans le cul. A ta place, je me vengerais d’elle. »


Une lueur de défi brilla dans son regard, comme s’il cherchait à savoir si Angus pourrait être capable de passer du statut de traître accusé à tort à véritable traître. Roy scruta un instant la figure du vieil homme pour voir sa réaction. Au moment où il s’apprêta à parler, la voix grave et reconnaissable de Jayce derrière lui le devança :

« Quelque chose me dit que s’il vient se présenter à un gang concurrent, c’est qu’il y a un peu de ça, hum ? Une revanche, à défaut d’une vengeance. »

A l’approche du deuxième chef du gang, la table se reconfigura pour lui laisser une place à côté de Roy. Il s’assit en posant son fidèle chapeau sur la table, et en lançant un commentaire à l’adresse de son binôme :

« T’as du cul, toi, tu pars en demandant qu’un faussaire te tombe du ciel, et en voilà un.  
-Que veux-tu, le talent. Tu remarqueras même qu’il n’y en a pas un, mais deux. »

S’il y avait quelque chose d’unique et d’assez repérable dans le gang des Veilleurs, c’était cette étrangeté d’avoir deux chefs d’égale influence. Comme deux associés ils avaient commencé, comme deux associés ils étaient parvenus à rester, même en bâtissant un gang qui aurait pu les mener à une rivalité pour le pouvoir. Loin d’être agacé quand Jayce intervenait dans une de ses transactions, Roy se sentait au contraire doublement plus fort, et c’était réciproque. Redoutablement complémentaires, ils parvenaient à clore les négociations les plus houleuses quand l’un était là pour pallier aux faiblesses de l’autre. Roy savait qu’il avait maintenant son meilleur allié pour déterminer si Angus Bràigheach méritait ou non une place au sein des Veilleurs.

« On dirait que McStirling a commis l’erreur de vous laisser partir vivants après vous avoir humiliés, tous les deux. Dommage pour elle. Je dois avouer que j’aime bien ton franc-parler, fit Jayce en regardant Angus, avant de fixer Teárlach, et toi, ta clairvoyance. »

Par son silence, Roy acquiesça au commentaire de son partenaire. Les deux hommes s’étaient montrés plutôt convaincants, et cela se sentait même dans les regards que les autres Veilleurs posaient désormais sur eux. Tout à l’heure moqueurs, ils étaient maintenant plutôt curieux et enjoués, comme s’ils attendaient d’accueillir de potentielles nouvelles recrues. Un sourire vorace étira les lèvres de Roy qui croisa les bras, avant d’enchérir :

« Moi ce que j’aime, c’est d’apprendre que les Chaporouges sont dans une passe délicate. Sait-on jamais quelles cartes ça peut redistribuer… Les Veilleurs n’étaient pas en mauvais termes avec ce gang, mais ils n’étaient pas leurs alliés non plus. S’il devait faiblir, ni Roy ni Jayce n’hésiteraient à regarder s’ils ne pouvaient pas tirer leur épingle du jeu et en profiter. Une saine concurrence de trafics d’influence, en somme. Le regard narquois de Roy se planta dans celui d’Angus, alors qu’il reprit des mots qu’ils avaient prononcés plus tôt. Ton fils a raison, le marché est bien merdique en ce moment, entre les gros arnaqueurs, les mecs qui préfèrent agir en solitaire et ceux qui ont des exigences princières. Quitte à embaucher une tête à claques, j’aime autant qu’il puisse nous donner quelques infos utiles sur nos concurrents. »

Jayce hocha la tête, le marché du trafic de baguettes n’était guère facile, les bons faussaires dans ce milieu précis étant des denrées assez rares et difficiles à rallier. Le bannissement d’Angus et son fils était une double chance pour eux. Celle de palier à la mise hors course imprévue de Matthew, et celle d’avoir dans leurs rangs deux personnes qui avaient baigné dans le trafic écossais toute leur vie, un trafic connu pour être particulièrement opaque. Forcément, les deux chefs de gang y voyaient un argument de poids qui faisait pencher la balance, encore fallait-il savoir dans quelle mesure les deux faussaires étaient prêts à se détacher de leur gang d’origine.

« Alors, quelle parole tu es prêt à donner aux Veilleurs et à tenir jusqu’à en crever ? »

Roy se doutait que Jayce avec sa question frontale cherchait à tester les deux hommes et qu’il allait se montrer particulièrement attentif à leur réaction, à l'affût de tout excès ou attitude qui pourrait paraître suspecte. Car il y avait une dernière possibilité, que Roy gardait dans un coin de sa tête, et qui n’avait pas du échapper non plus à son partenaire. Celle qu’Angus et Teárlach étaient de sacrés bons acteurs, et inventaient toute une histoire de trahison et de mutinerie pour se vendre, pour finalement infiltrer leur gang pour le compte des Chaporouges. Il leur fallait éprouver la sincérité de ces deux-là pour dissiper ces doutes, et, évidemment, effectuer des recherches de leur côté pour vérifier toute cette histoire. On n’était jamais trop prudents dans ce monde retors.  


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Le vieux singe qui apprenait à faire la grimace [Roy]

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