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 Tournez manèges [Roy]

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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27 septembre 2009

L'eau ruisselait sur les rues pavées d'Oxford tandis que les gens se dépêchaient d'avancer pour aller s'abriter quelque part, loin de cette pluie drue qui tombait avec force sur la ville. Isobel ne faisait pas exception alors qu'elle traînait sa lourde valise en sortant de la Cheminette communautaire qui se trouvait au bout de sa rue. Le temps qu'elle atteigne la porte de son immeuble, elle était trempée jusqu'aux os et ne put s'empêcher de penser qu'elle était bien revenue en Angleterre, au vu de la météo... Elle n'eut pas le courage de monter les escaliers et attendit l’ascenseur, frigorifiée, impatiente à l'idée de retrouver son appartement. Elle enfonça ses clés dans la serrure et poussa le battant pour rentrer dans son salon plongé dans l'obscurité, tous les rideaux étant tirés et la nuit tombant sur le dehors. Un miaulement strident retentit alors qu'elle allumait la lumière d'un coup de baguette magique, son chat s'approchant précautionneusement. Lorsqu'il la reconnut, il se fit à miauler furieusement, se précipitant dans ses jambes en ronronnant.

- Salut mon grand, fit-elle en riant et en le soulevant pour le caresser et lui gratter les oreilles. Tu as dû te sentir seul mon pauvre chaton, je suis une mauvaise maîtresse, lui murmura-t-elle en déposant un baiser sur son crâne.  

Elle passa cinq longues minutes à cajoler Sorbier qui finit par arrêter de miauler pour se contenter de ronronner avec application, se frottant à son cou et contractant et détendant ses griffes contre son haut. Elle le reposa par terre pour fermer sa porte à clé avant d'avancer dans l'appartement un peu froid d'avoir été fermé si longtemps. Elle retira sa veste trempée et alla la suspendre avant de traîner sa valise dans sa chambre, retirant ses chaussures au passage. Elle était heureuse de revenir chez elle, cela lui avait manqué. Elle avait quitté la Nouvelle-Orléans en début de matinée – à l'heure locale - elle avait avancé son Portoloin d'une journée à la dernière minute, avait dit au revoir à sa famille, signalé aux prêtresses qu'elle rentrait – peu de commentaires de leur part – et longuement salué son grand-père en lui promettant de revenir pour les fêtes de Noël, dans deux mois. Elle avait transplané pour New-York et le centre international des Portoloins et avait mis deux bonnes heures à pouvoir passer la douane, avec tous les contrôles de sécurité des Aurors. Son Portoloin pour Londres et le Ministère de la Magie anglais avait eu du retard et elle était arrivée il y a une heure au Département des Transports Magiques, où elle avait pu passer un peu plus rapidement pour rentrer. Cela lui faisait du bien d'être chez elle, dans son appartement, avec son chat et de reprendre le travail à la fin du week-end, le lundi. Il n'était pas très tard encore et elle avait la soirée devant elle, aussi se décida-t-elle à faire ce qu'elle aurait dû faire par hibou dès son départ...

Mais avant cela, elle prit le temps de verser une gamelle généreuse de poisson à Sorbier et un peu de lait – il avait été nourri de croquettes pendant trois semaines, son bol se remplissant magiquement tous les matins, ainsi que son bol d'eau – et d'aller prendre une longue douche pour se débarrasser du voyage et se préparer. Elle envisagea de défaire sa valise mais n'eut pas vraiment le courage, se contentant de fouiller dans son dressing pour y trouver une jolie robe et son manteau de mi-saison : l'automne était déjà frais ici, alors qu'il arrivait à peine à la Nouvelle-Orléans. Elle récupéra ses affaires importantes dans sa valise, remplit son sac, enfila une paire de chaussures et se dirigea vers la porte, ce qui fit accourir Sorbier, la fixant de ses grands yeux. Elle s'accroupit pour lui faire un câlin, réajustant son collier rouge qui avait tourné. Son chat avait toujours été très affectueux avec elle – ce qu'elle trouvait drôle pour un félin – et avait visiblement mal vécu de rester seul si longtemps, même si sa voisine passait une fois par semaine pour vérifier que tout allait bien. Peut-être que cet épisode le ferait devenir sociable : il avait parfois un peu de mal avec le reste du monde, si on exceptait quelques rares élus qu'il gratifiait épisodiquement de son attention.

-Je reviens tout à l'heure, cette fois-ci, promit-elle en se redressant.

Elle quitta son appartement, ses talons claquant sur le parquet et sortit dans la rue pour transplaner, bien à l'abri sous parapluie et cette fois-ci, pas encombrée par son énorme valise. Passer les check-point de Bristol ne fut pas difficile avec sa carte du Ministère, surtout qu'elle était reconnue par les miliciens, même si ce fut un peu long en ce début de soirée de vendredi. Le bâtiment des Folies Sorcières apparaissait illuminé dans la nuit et elle le rejoignit d'un pas pressé, autant parce qu'il pleuvait que parce qu'elle était heureuse de retrouver ses vieilles habitudes (et aussi un peu amusée par ce qu'elle allait faire). En passant les portes, la différence de température avec l'extérieur était flagrante et elle retira sa veste claire, faisant quelques pas parmi la musique, les rires et le monde. Elle aperçu quelques visages connus alors qu'elle se dirigeait vers sa destination, répondant à quelques sourires, croisant même un collègue qui la salua chaleureusement. Elle distingua Toni dans la foule et sembla apercevoir Sofya mais n'alla pas leur dire bonjour pour le moment : avec sa discrétion légendaire, Toni risquait de faire tomber sa surprise à l'eau. Elle se dirigea vers le couloir qui contenait le bureau de Roy, gardé par quelques Veilleurs devant qui elle se présenta avec son plus joli sourire. Ils la laissèrent passer sans difficulté – l'habitude et l'avantage d'être la meilleure amie de leur patron – et elle poussa le battant pour rentrer dans la pièce meublée de bois sombre. Elle jeta un coup d’œil à la Mandragore en pot dans un coin de la pièce et se laissa tomber sur le canapé, un peu fatiguée par tout son voyage et surtout la légère impression de décalage horaire qu'elle commençait à ressentir.

Cinq minutes s'écoulèrent et elle promena son regard sur la pièce familière, sur l'armoire vitrée contenant des bouteilles et quelques substances non-identifiables, sur le bureau épais qui y trônait. Elle se releva pour faire quelques pas, s'approchant de ce dernier, bien rangé, en faisant le tour. Elle s'assit sur le fauteuil épais en cuir, tourna légèrement, saisit une plume entre ses doigts, la reposa. Tira sur un tiroir, qui resta fermé. Ouvrit une boite sur le bureau, y trouva le jeu de cartes de Roy. Elle sortit les cartes, le feuilleta, vérifia que le jeu n'était pas truqué – il gagnait tellement tout le temps que l'hypothèse était plausible – le reposa et remit la boite à sa place. Elle soupira un peu, leva les yeux au plafond. Fit un tour avec le fauteuil. Deux tours. Trois tours. Eut légèrement le tournis et arrêta, s'enfonçant bien au fond. Elle prit quelques papiers sur le bureau, n'y trouva rien d'intéressant à la lecture – comme quoi, même la paperasse d'une mafia n'était pas bien passionnante  - et refit un tour avec le fauteuil, qui était quand même bien confortable. Elle venait de reprendre le jeu de carte pour le faire circuler entre ses mains quand la porte s'ouvrit enfin sur son meilleur ami, ce qui lui tira un grand sourire.

- Il est super ton fauteuil, je veux le même dans mon bureau. On échange ?

Ils ne s'étaient pas vus pendant trois semaines. Très angoissée par les événements qui avaient rythmé sa vie avant son départ, Isobel n'avait rien dit. Elle ne savait pas ce qui se passerait à la Nouvelle-Orléans, cela aurait pu être une expérience catastrophique et elle ne voulait pas inquiéter Roy ou l'y mêler plus que nécessaire. Elle était partie sans un mot, se contentant de lui laisser ses clés après avoir déposé les bijoux vaudou pour lui : si par hasard elle ne revenait pas, ce qu'elle avait honnêtement craint parfois, elle savait qu'il prendrait les mesures nécessaires pour que les Aurors ne tombent pas sur des choses problématiques, comme sa réserve de magie illicite. C'est pour cela qu'elle lui avait laissé l'accès à la cachette secrète que son dressing contenait. Une fois à la Nouvelle-Orléans, elle avait été trop plongée dans ce retour à son passé, dans ce retour aux sources, qu'elle n'avait pas vraiment eu l'esprit à lui écrire, ne sachant pas quoi dire tant que la situation était bloquée. Mais désormais, elle était de retour, de nouveau rassurée, mieux, droite, libérée de ses angoisses. Elle était enfin apaisée. Elle ne se leva pas du fauteuil quand il entra, se contenant de lui sourire, bien consciente qu'elle débarquait comme une fleur après trois semaines de silence, comme si de rien n'était : un classique, chez elle.

- Je t'ai manqué ?


Isobel Lavespère
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Roy ne possédait pas d’appartements à proprement parler à l’intérieur du cabaret comme Mildred pouvait en disposer à l’étage. Le casino et ses pièces annexes étaient devenus en quelque sorte son repaire et celui de ses hommes, mais il ne vivait pas ici, contrairement de son associée, il préférait rentrer dans sa luxueuse demeure des côtes bristoliennes. Cela étant dit, sa villa n’était que rarement vide, Toni et Fergus s’en étaient presque fait leur deuxième demeure, alors il n’était jamais vraiment tout seul là-bas. L’un des seuls lieux où il pouvait obtenir une réelle tranquillité était son bureau, celui qu’il partageait avec Jayce, mais comme ce dernier travaillait principalement en pleine journée-début de soirée afin de se calquer sur sa vie de famille, quand Roy était un nocturne, il ne leur arrivait pas si souvent de se croiser à l’intérieur.

Ne lésinant pas sur les canapés et le nombre de fauteuils en cuir, ils l’avaient aménagé presque inconsciemment à l’image de la première pièce qu’ils avaient partagé ensemble, dans leur jeunesse, la confortable salle commune des Gryffondor. Les couleurs plus sombres en proposaient toutefois une version plus mature, sans parler de la légère fragrance de monalisa qui avait fini par imprégner la pièce toute entière… Roy ne songeait qu’à prendre une pause bien méritée en faisant une de ces micro-siestes dont il avait le secret sur son canapé, quand il fut stoppé à l’entrée du bureau par la vision d’une femme qu’il ne s’attendait pas à voir. Du moins, pas comme ça, telle une apparition venue de nulle part, en plein squattage de son espace personnel. Les sourcils haussés, le premier commentaire qui lui vint fut cynique :

« Mais c’est que tu es en vie ! Je commençais à me demander s’il fallait que j’alerte le Ministère et que je planque tes merdes avant, au cas où on enquête dans ton appart. Enfin, c’était avant que j’apprenne par mes propres moyens que tu étais en congé… Ta carte postale s’est perdue en chemin ou t’as juste pas pensé à m’en envoyer une ? »

Son ton était plus moqueur qu’agressif, mais la balance aurait certainement été renversée une semaine plus tôt, quand il avait commencé à réellement s’inquiéter pour elle avec de bien maigres réponses. Puis il avait fini par savoir via un de ses collègues qui passait souvent au casino qu’elle avait posé plusieurs semaines de congés payés, après qu’il ait visité l’appartement d’Isobel où il avait deviné certaines choses par lui-même.

« Et non, on n’échange pas, d’ailleurs repose ce jeu de cartes, c’est mon jeu fétiche, tu vas le perturber. »

Il n’aimait pas qu’on touche à ses affaires, d’abord. Revoir Isobel en un seul morceau et visiblement de bonne humeur le rassurait un peu, bien sûr, parce que même s’il avait eu la confirmation qu’elle était partie en vacances, il avait trouvé étrange le fait qu’elle n’en ait pas parlé à un seul moment et qu’elle lui ait confié ses clés sans même le prévenir, alors il avait fini par conclure que ce n’était pas la seule raison de son départ, mais plutôt une espèce d’alibi… Pour quoi donc ? C’était ce qu’il s’était promis de découvrir, une fois qu'il l’aurait sous la main.

Il s’approcha d’elle, dans l’idée de l’engager plus ou moins poliment à ôter son derrière de son fauteuil, mais elle eut un commentaire qui le retint momentanément. Levant les yeux au ciel, en masquant l’ombre de son sourire sur ses lèvres, il répliqua aussitôt :

« Alors là, commence pas à faire la fière, toi. T’as plutôt intérêt à avoir une bonne excuse pour t’être barrée sans prévenir, et ne me dis pas que tu n’y as juste pas pensé, parce que si tu as pensé à me laisser tes clés, c’est que tu as délibérément omis de me dire où tu allais. Alors ? »



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Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Roy n'avait pas l'air très ravi de la voir, songea-t-elle, on plutôt n'était-il pas ravi de la manière dont elle revenait comme une fleur, ce qu'elle pouvait comprendre. Elle avait fait sciemment le choix de disparaître durant trois semaines de manière pas forcément très rassurante et savait bien qu'elle devrait en affronter les conséquences si elles revenait. Mais ces conséquences-là n'étaient que bien minimes par rapport à ce qu'elle avait craint de sa famille aussi accueillit-t-elle le cynisme de Roy avec un air tranquille, faisant légèrement pivoter le fauteuil du bout de son pied. Elle était néanmoins plus contente que son ami n'alerte personne sur sa disparition et surtout pas le Ministère, elle n'avait pas très envie d'attirer leur attention. Il était clair qu'avoir posé ses vacances était un bon alibi, personne ne se serait vraiment inquiété au travail avant la date de son supposé retour – lundi – mais elle ne pouvait pas nier que si le Ministère engageait une enquête, même officieuse, on saurait très vite que ce n'était pas vraiment normal qu'elle cesse tour contact avec le pays durant presque un mois. Cela s'appelait faire une Jacob Dalhiatus non-définitive et ce n'était plus très bien vu.

- Je ne te savais pas très carte postale, j'y penserai la prochaine fois. Tu veux le dauphin qui dit « Plein de bisous de la mer » ou l'ours avec un chapeau qui fait « Bonnes vacances les potos ? »

Elle savait pour autant qu'elle était en tort et qu'elle aurait dû faire profil bas face aux reproches légitimes de Roy. Même sans le prévenir de son départ pour éviter qu'il ne s'inquiète ou ne pointe du doigt à quel point c'était une mauvaise idée – elle le savait – elle aurait pu lui écrire une fois que les choses s'étaient apaisées et qu'elle s'était sentie moins en danger à la Nouvelle-Orléans. A sa décharge, le verdict des prêtresses n'avait été rendu que trois jours plus tôt et elle était restée en suspens jusque là. Elle n'aurait même pas su quoi lui dire dans une lettre si elle avait dû expliquer sa situation. Comment justifier qu'elle s'était jetée dans la gueule du loup, qu'elle était revenue auprès d'une famille fuie et crainte durant tant d'années, presque de son propre gré ? Comment expliquer qu'elle se soumette entièrement au verdict hasardeux de sept sorcières pour quelqu'un qui n'avait pas grandi dans les mêmes traditions qu'elle ? Comment expliquer qu'elle avait cédé à ce qu'elle avait toujours craint et ce qu'elle avait refusé toute sa vie ? Comment expliquer qu'elle ait pris sur un coup de tête le risque de tout perdre ? Isobel ne savait toujours pas comment lui dire, c'était aussi pour cela qu'elle se cachait derrière son sourire indolent et ses airs tranquilles, comme si rien n'était grave. C'était plus facile que d'admettre ou de reconnaître qu'elle aurait été aussi fâchée contre Roy s'il disparaissait durant trois semaines après l'avoir inquiétée avec d'obscurs problèmes de passé mafieux. Elle aurait eu peur qu'il soit assassiné dans une ruelle, quelque part. Le seul avantage à sa position, c'est qu'elle, elle aurait pu faire un peu de magie pour retrouver sa trace, un bon pendule pouvait faire beaucoup.

- Je le savais qu'il était louche, ce jeu. Avoue, il est truqué.

Elle le suivit des yeux quand il s'approcha d'elle et qu'elle lui tira un presque sourire – exaspéré – lorsqu'elle demanda si elle lui avait manqué. Au fond, elle le savait : c'est pour cela qu'il avait l'air si grognon en la revoyant. Sans se lever du fauteuil – il était bien et elle avait voyagé toute la journée – elle fit une légère grimace lorsqu'il lui affirma qu'elle avait intérêt à avoir une bonne excuse, pointant du doigt le fait qu'elle ait pensé à lui laisser ses clés, donc qu'elle avait organisé son départ. Elle avait l'impression de faire face à un interrogatoire et si elle savait qu'il était légitime, elle n'avait pas très envie de rendre des comptes. Alors elle lui adressa un sourire, ignorant sciemment ses questions.

- Moi, tu m'as manqué.

Ce n'était même pas un mensonge en plus, elle avait pensé plusieurs fois à lui écrire avant de renoncer.. Isy se demanda un instant si elle était condamnée à reproduire sans cesse les mêmes schémas, années après années, avant de réfuter cette théorie : cette fois-ci, elle était revenue. Elle se leva du regretté fauteuil et serra Roy dans ses bras, un instant, avant de reculer et de poser les mains sur ses épaules.

- Je suis revenue, donc c'est bien. Et tu m'offres même pas un verre ? lança-t-elle avec un sourire malicieux.

Détourner les questions gênantes, elle ? Elle en faisait tout un métier.


Isobel Lavespère
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Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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« J’aurais préféré le petit mot « Salut, je t’ai laissé mes clés, tu peux nourrir le chat ? P.S: au fait, je suis toujours en vie », parce que c’était pas franchement évident à deviner tout seul. »

La réponse de Roy suintait d’un cynisme qu’il ne cherchait même pas à masquer, car c’était ce qui lui servait à cacher plus ou moins le fait qu’il s’était réellement inquiété. Ils avaient une certaine routine, à force, avec Isobel. Ne pas la voir passer aux Folies Sorcières au moins une fois dans la semaine, par exemple, était déjà un fait étrange en soi. Et se rendre compte qu’elle n’était plus chez elle du tout et qu’elle lui avait laissé ses clés sans rien lui dire faisait passer son absence d’étrange à préoccupante. Particulièrement dans un contexte où il savait qu’elle avait quelques soucis personnels pour lesquels il était relativement impuissant.

Alors il avait envie de se renfrogner un peu, au moins quelques minutes, histoire de lui faire comprendre qu’il n’avait pas trouvé ça drôle. S’il était sur les nerfs, c’était aussi parce qu’il avait déjà connu une situation similaire avec Klemens, encore plus inquiétante pour le coup, quand il avait fui le pays sans prévenir personne après la lune sanglante. Roy lui avait passé un véritable savon à son retour. D’ailleurs il était en train de se demander si cela ne valait pas le coup d’en faire de même avec Isobel. Mais il ne ressentait pas la même colère que celle qu’il avait ressentie à l’égard de Klemens auparavant, parce que, quelque part, Isobel lui avait tout de même transmis un message à sa façon. Lui laisser ses clés, c’était une façon de lui dire qu’elle comptait revenir, et il avait pu reconstituer quelques pièces de puzzle en se rendant chez elle… En fait, Roy n’était pas en colère. Il était surtout soulagé de la voir, et contrarié qu’elle débarque comme une fleur. Mais lorsqu’elle déclara qu’il lui avait manqué, il se laisser aller à un sourire, un vrai sourire, qu’il ponctua d’une tape dans le dos alors qu’il répondait à son étreinte.

« C’est ça, oui. T’es vraiment qu’une sale gosse. »

Une sale gosse qui lui avait manqué aussi, avec qui d’autre qu’elle pouvait t-il tenir les murs du casino, entre médisances et commentaires sur les derniers ragots du pays ? Une sale gosse qui avait la fâcheuse tendance à détourner les conversations comme cela l’arrangeait, ce à quoi Roy n’était pas dupe, parce qu’il commençait à connaître la sournoise Lavespère. Haussant les sourcils, l’air moqueur, il répliqua :

« J’hallucine comment tu espères que je vais te laisser t’en tirer à si bon compte ! Ok, je t’offre un verre. Mais après, je te préviens, je vais tellement t’interroger que tu vas m’appeler Danielle Coleman. »

Roy la conduisit vers une autre sortie que le hall d’entrée du cabaret, une sortie plus dérobée qui leur permit de se soustraire à l’attention de Toni, Sofya et tous les autres Veilleurs qui auraient pu remarquer le retour d’Isobel et réclamer son attention. Pour ce soir, Roy comptait bien discuter en tête à tête avec elle, car il avait plusieurs questions à lui poser, des questions délicates dont il était certain de ne pas obtenir de réponse s’ils n’étaient pas seuls.

Quelques minutes et discussions anodines plus tard, ils se retrouvèrent tous les deux dans un des bars sur les quais du port, un bar qu’ils n’avaient pas spécialement l’habitude de fréquenter et où Roy savait par conséquent qu’ils passeraient relativement anonymes. Relativement, car il était difficile pour les commerçants de Bristol de ne pas connaître Roy Calder, officiellement le gérant du cabaret-casino qui supplantait tous les commerces, et le roi de la Voie pour les plus initiés… C’est d’ailleurs ce qui lui permit d’avoir le coin le plus tranquille du bar, et un service quasi-immédiat de ce qu’ils avaient commandé. Après une gorgée de son verre, Roy décida de poser clairement les choses. Mains sur la table, regard plongé dans celui de son amie, il déclara :

« Isobel Louise Anne Lavespère. C’était sans doute la première fois qu’il l’appelait ainsi. C’était déjà inquiétant qu’il l’appelle Isobel au lieu d’Isy. Maintenant tu vas me dire où tu étais passée tout ce temps-là et tout me raconter dans les détails. Et fais gaffe, si tu me mens, je le saurai. Il désigna de ses deux doigts ses propres yeux puis les pointa sur Isobel, comme pour lui signifier qu’il scrutait ses moindres faits et gestes. Je suis le chef des Veilleurs, ça fait donc de moi le Surveilleur. Il frappa du plat de la main sur la table, imitant avec délectation un officier de police qui intimiderait son suspect. Commente pas mon jeu de mots pourri, et réponds à ma question, bordel ! »



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Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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- Tu n'avais pas à nourrir Sorbier, affirma Isobel en posant ses coudes sur les accoudoirs, ses mains se rejoignant. La gamelle se remplissait toute seule.

La mauvaise foi, c'était mal. Elle savait très bien qu'elle aurait plutôt eu intérêt à la jouer profil bas mais elle ne pouvait pas s'empêcher de la ramener. Elle ne savait même pas vraiment pourquoi, elle avait parfaitement conscience de ne pas avoir agi de la manière la plus correcte envers son meilleur ami et le reconnaître n'aurait pas été très difficile, même si elle n'aimait pas cela. Sa morgue provenait cette fois-ci d'une certaine forme de soulagement, assez paradoxalement. Elle était heureuse d'être rentrée, heureuse de pouvoir se tenir face à Roy, heureuse d'aller mieux et cela se ressentait dans son humeur taquine, pas forcément la plus adéquate mais celle qui lui ressemblait le plus lorsqu'elle était avec ses amis. Elle comprenait pourtant bien l'inquiétude que Roy avait pu ressentir, derrière ses mots acides : il aurait pu lui arriver n'importe quoi en Louisiane et personne d'ici n'aurait été au courant avant des semaines, voire un jour. Elle aurait juste disparu sans laisser de traces, seul Abel savait où elle était partie. Si cela se trouve, il n'aurait même pas reporté au Royaume-Uni son assassinat par Isadora ou une autre prêtresse : il l'aurait peut-être ignoré, ce qu'il savait faire si bien. Laissant de côté ses pensées mesquines, Isy décida de faire un pas vers Roy, abandonnant un peu son insolence chérie. A peu près.

- Ne t'en fais pas, le jour où je meures, tu es le premier au courant : je viendrais te hanter avec plaisir !

Un jour, elle s'excuserait. Elle le pensait réellement, cela faisait partie de ses bonnes résolutions depuis leur dispute stupide : s'excuser était parfois utile. Alors il y avait des limites à ce qu'elle acceptait de faire et dans quel contexte mais cette fois-ci, elle était bien consciente d'avoir tiré sur la corde. C'est aussi pour cela qu'elle se leva pour le serrer dans ses bras : c'était un peu sa manière de dire pardon (et puis de jouer sur la corde sensible pour qu'il arrête de ronchonner, elle l'avouait). Elle sentit dans le sourire qu'il lui retourna que cela avait fonctionné et rit un peu lorsqu'il la qualifia de sale gosse. Sa mère avait dit la même chose tiens... C'est qu'ils auraient presque pu s'entendre. Surtout qu'ils se connaissaient déjà, vu que c'était Roy qui avait été le premier à voir Sophie lorsqu'elle avait débarqué ici l'année dernière. Elle attrapa son trench qu'elle avait abandonné sur l'accoudoir d'un canapé lorsque son meilleur ami accepta d'aller boire un verre, bien consciente que son répit n'était que temporaire.

- Je suis curieuse de voir ce que de longues heures de démêlés avec la justice t'ont appris !

Elle pouvait être très douée en interrogatoires, elle aussi, et surtout, pour éviter les sujets problématiques. Pour autant, elle n'était pas certaine de vouloir le faire. Elle ne savait pas tellement si elle avait envie de parler de son retour à la Nouvelle-Orléans mais elle savait en revanche qu'elle ne le garderait pas éternellement pour elle. C'était trop important, trop bouleversant et elle n'en n'avait pas tiré que du négatif, après tout. C'était juste que c'était encore si frais, encore si bouillonnant qu'elle n'avait pas encore de recul sur toute cette histoire et ne savait même pas trop quoi en penser elle-même. Elle avait à la fois le cœur en berne et rempli d'espoir, satisfaite mais perturbée, inquiète encore un peu mais tellement soulagée... C'était encore un peu compliqué et surtout, la seule personne avec qui elle en avait parlé jusque là avait été Abel. C'était à tout cela qu'elle pensait alors que Roy la guidait en dehors des Folies Sorcières, ce qui la frustra un peu. Elle aurait aimé revoir Sofya, Toni, ses collègues qui passaient parfois mais elle se dit qu'elle avait le temps : elle était de retour après tout et pourrait reprendre ses petites habitudes dès lundi.

Ils discutèrent de choses banales tout en marchant, descendant vers les quais. Elle ne connaissait pas le bar dont ils poussèrent la porte mais suivit son ami sans hésitations. Le lieu était bien plus tranquille que les Folies Sorcières, malgré la soirée qui s'annonçait, et ils furent installés dans un coin calme de l'endroit, un peu plus isolé. Elle eut un sourire en voyant la vitesse à laquelle leurs consommations furent apportées, songeant que décidément, ce genre de choses n'aidaient pas l'égo de Roy. Elle fit tourner le cure-dent sur lequel étaient piquées les olives de son martini, relevant les yeux en entendant son prénom complet. Roy la fixait d'un air sérieux et, pour une fois, elle n'eut aucune réplique insolente. Il ne l'appelait jamais Isobel, vraiment jamais. Depuis le jour où ils s'étaient rencontrés, en fait, ce qu'elle avait trouvé présomptueux au début, mais c'était Roy. Qu'il ressorte ses deuxième et troisième prénoms fit comprendre à Isy qu'il ne comptait pas lâcher l'affaire facilement. Malgré le sérieux de la conversation qui s'annonçait, elle eut un sourire amusé lorsqu'il annonça qu'il saurait si elle mentait - allons bon, il lisait les auras maintenant ? - et éclata carrément de rire lorsqu'il sortit l'un des jeux de mots les plus stupides de l'Histoire. Elle eut du mal à reprendre son sérieux - et son souffle - même lorsqu'il frappa sur la table pour faire mine de l'intimider. Elle rit encore quelques secondes, prenant une gorgée d'alcool pour arrêter et finit par poser un regard malicieux sur Roy.

- Tu sais que je la ressortirai, cette bêtise-là ?

Sofya serait sûrement ravie de l'entendre et de la raconter à tout le monde, Isobel en jurerait. Elle fixa son ami quelques instants, hésitant un peu à raconter son séjour. Mais après tout, pourquoi se retenir ? Roy était son meilleur ami, elle avait confiance en lui et surtout, il l'avait soutenue tout au long de cette histoire un peu sordide. Il méritait de connaître la vérité et Isy le savait. Alors elle abandonna sa réserve pour lui donner ce qu'il attendait : la vérité.

- J'étais aux États-Unis. Je suis retournée en Louisiane, début septembre, juste après t'avoir donné mes clés. Je suis retournée voir ma famille. Elle se demanda s'il s'en doutait dans le fond ou pas du tout. Elle n'avait pas laissé d'indices mais comme son passé était sa préoccupation principale depuis maintenant presque un an... En fait, expliqua-t-elle, j'ai pris la décision quand j'ai appris la mort de ma cousine. J'ai eu besoin de retourner là-bas et... Elle se mordilla un peu la lèvre. J'avais des problèmes de magie. Elle baissa un peu la voix, craignant d'être entendue sur un sujet aussi sensible. Tu sais bien que ma magie à moi se pratique en groupe et je le faisais seule, des sortilèges puissants. Aussi bien le nôtre que celui de notre dispute. Elle utilisait volontairement des formules détournées. Je n'arrivais plus à les contrôler et je ne m'en sortais plus. Le dernier enchantement, les bijoux, j'ai cru que je n'allais pas m'en sortir, sincèrement. Je ne pouvais plus continuer comme ça et... C'est chez moi que ça se règle, ce genre de choses. J'ai dû demander de l'aide.

Elle baissa les yeux sur son verre avant d'en prendre une gorgée.

- C'est Abel qui m'a convaincue de revenir, jurant que ça se passerait bien. Alors je ne dirais pas que ça s'est bien passé mais disons que je suis en vie, donc c'est une super moyenne pour ma famille. Et même plus de soucis de magie ! Et j'ai même une super invitation pour Noël, tu ne devineras jamais de qui.


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« Ressors donc, j’assume ! »

Evidemment, la petite démonstration théâtrale et le jeu de mots ridicule de Roy fit plus rire Isobel qu’autre chose, et c’était tant mieux. Faire le pitre avait cette qualité de détendre l’atmosphère et préparer le terrain aux discussions plus sérieuses, car elles allaient venir très certainement : Roy comptait bien obtenir réponses à ses interrogations et fin mot de l’histoire. Passé l’instant du rire, il crut voir une sorte d’hésitation sur le visage de son amie, mais il n’eut guère à pousser davantage pour qu’elle finisse par commencer son récit. Un coude sur la table, une main sur le menton, il retraçait machinalement de ses deux doigts sa barbe tandis qu’il écoutait Isobel lui confirmer ses intuitions. C’était bien en Louisiane qu’elle était retournée, revoir sa famille, un sujet qui la tourmentait tous les jours un peu plus, avant son départ. Il savait déjà pour la mort de sa cousine, mais il ne sut guère quoi dire et Isobel ne lui en laissa pas l’occasion, enchaînant aussitôt sur la suite.

Cette fois, un certain inconfort s’empara de Roy, qui ne put s’empêcher de se sentir coupable lorsqu’elle lui révéla qu’elle avait eu des soucis avec sa magie. Il aurait pu s’en douter, notamment lorsqu’il était venu lui demander ce service pour Joel et Juliana, il l’avait sentie faible, tourmentée, mais il avait cru que c’était seulement dû à ses soucis personnels et sa surcharge au Ministère. Il n’avait pas songé un instant qu’elle tirait trop sur la corde avec sa magie, ni même qu’elle en payait un véritable tribut d’ailleurs. Il n’y avait jamais beaucoup réfléchi. La magie classique, avec une baguette, n’épuisait pas son exécuteur, à moins de réaliser quelque chose de très puissant, mais même dans ce cas-là, il suffisait d’un peu de repos pour se remettre sur pieds. Il ne connaissait pas grand-chose au vaudou, ce qu’il savait pour l’avoir lui-même expérimenté, c’était que cette magie avait des effets assez néfastes sur les personnes impliquées dans le sortilège. Isobel ne montrait rien de ses faiblesses et laissait croire que toute cette magie mystérieuse était un jeu d’enfant pour elle, qui nécessitait seulement quelques ingrédients spécifiques qu'il s’empressait de lui procurer. Alors il avait cru que ce prix à payer le concernait davantage lui qui demandait plutôt qu’elle qui exécutait… Naïf qu’il était ! Ou aveugle et égoïste. Elle lui avait assuré qu’elle pouvait réaliser le sortilège sans souci, alors il ne s’était pas posé plus de questions, bien content qu’elle puisse le faire pour lui. Il se sentit réellement mal à l’aise de l’entendre dire qu’elle aurait pu « ne pas s’en sortir » après ce dernier sort qu’il lui avait demandé… Qu’est-ce que cela voulait dire, exactement ?

Elle conclut sur une note plus légère, balayant tout le reste comme si cela n’avait guère d’importance, ce qui le laissa assez abasourdi. Comment pouvait t-elle dire aussi légèrement que tout était bien qui finissait bien alors qu’elle avait visiblement cru y passer ? Et qu’elle ne lui avait même pas laissé soupçonné ça, par Merlin ! Quel piètre meilleur ami il était, et quel mauvais enquêteur: il avait manqué le plus grave. Il ne répondit pas à sa question enjouée. Laissant s’exprimer son inquiétude sans la faire passer pour de la colère cette fois, il secoua la tête avec consternation.

« Bordel, Isy, on te changera jamais, pourquoi tu m’as rien dit ? Et pourquoi t’as forcé comme ça, aussi ? Je veux pas que tu me rendes des services si c’est pour que tu y passes derrière… Et toi tu me dis ça tranquillement ! Sérieux, tu déconnes. » Il croisa les bras, une expression renfrognée collée sur la figure. « Refais plus jamais un coup pareil, ou c’est moi qui me charge de t’étaler par terre. »

Non mais. Il avala une longue gorgée de son verre pour se calmer, puis scruta Isobel, comme pour mieux la regarder, cette fois, et vérifier qu’elle allait effectivement mieux. On ne savait jamais avec elle, et maintenant il savait qu’il devait se méfier davantage de la concordance entre ce qu’elle disait et ce qu’elle ressentait. Pourtant, cette fois, elle semblait réellement avoir bonne mine. Il lui sembla même qu’il n’avait plus vu cet éclat sur son visage depuis un moment, ce qui lui fit prendre conscience d’à quel point toutes cette histoire avait pesé sur Isobel, depuis maintenant plusieurs mois. Il s’avança vers elle en s’appuyant des coudes sur la table et finit par dire, sur un ton plus calme :

« Bon. Je me doutais que tu étais retournée là-bas, avoua t-il, sans préciser davantage. Ca va vraiment mieux alors ? Ta famille a réagi comment en te voyant revenir ? Et… Toi, ça t’a fait quoi ? »

Il demandait avec prudence, sachant le sujet sensible pour Isobel, pudique sur ce genre de confidences. Il fallait être aveugle pour ne pas voir que cela lui avait fait du bien, mais c’était mal connaître Isobel de penser qu’elle allait le reconnaître facilement et s’étaler dessus. Au fond, Roy était assez surpris qu’elle ait fini par se décider à retourner là-bas, alors qu’elle était complètement réfractaire à l’idée, pas plus tôt qu’un mois auparavant. Ce qui le fit poser une dernière question, qui l’intriguait au moins autant que le reste :

« Qu’est-ce que Laveau t’a dit pour te convaincre, d’ailleurs ? »



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Pourquoi Isobel n'avait-elle rien dit de ses ennuis ? Parce qu'elle avait une doctrine qui régnait sur sa vie depuis des années : elle se débrouillait toute seule. Cela pouvait sembler stupide ou passer pour de la fierté mal placée et peut-être que c'était le cas mais c'était ainsi. Dès l'instant où elle avait quitté la Nouvelle-Orléans, elle s'était retrouvée seule, sans repères dans le monde, sans garde-fou et elle avait dû apprendre à composer avec cela. Isobel avait construit sa vie toute seule, sans personne, et elle en était fière parce que tout ce qu'elle possédait, elle l'avait gagné. En contrepartie, elle était animée par cette farouche conviction que pour être vraiment libre, il ne fallait dépendre de personne alors elle avait appris à régler ses problèmes seule, peu importaient les conséquences. Elle avait des amis, de très bons amis, mais dans le fond, son premier réflexe était de se débrouiller sans eux. Même à Roy, la personne la plus proche d'elle dans le monde entier, elle ne disait pas tout. Elle ne le disait jamais, y pensait rarement, mais dans un sens, elle se méfiait. Si elle faisait reposer son monde sur une seule personne, si elle se reposait sur une seule personne, que se passerait-il si cette dernière la laissait ? Elle avait déjà connu cela une seule fois et cela lui avait servi de leçon pour toute une vie. Au moins, toute seule, il n'y avait pas moyen d'être abandonnée.

Pourtant, elle ne dit rien de tout cela en réponse à la question de son ami, ses doigts serrés sur le petit cure-dent qui trempait dans sa boisson. Elle haussa juste légèrement les épaules, secoua un peu la tête, ses yeux paradoxalement plongés dans ceux de Roy. C'était comme ça. C'était sa manière de fonctionner. Dans un sens, elle avait aussi senti que Roy n'était pas disponible pour entendre tout cela, elle le sentait dans son aura. Cela lui avait donné à plusieurs reprises une raison supplémentaire de se taire, parce que c'était plus facile de penser que de s'avouer la vérité. Même sans s'expliquer, elle aurait pu refuser de pratiquer le dernier sortilège qu'il lui avait demandé, parce qu'elle savait très bien que ce n'était pas raisonnable. Mais quelque chose l'y avait poussée, parce qu'elle avait très bien senti à quel point il en avait besoin et elle n'avait pas voulu lui faire défaut. Isobel avait hérité de son éducation une loyauté sans failles à l'égard des rares personnes à qui elle tenait vraiment et il en faisait partie. Elle avait voulu l'aider. Et encore une fois, c'était plus facile de s'enfoncer dans cette mauvaise passe que d'accepter d'en sortir, ce qui voulait dire faire appel à sa famille, idée qui la dérangeait encore à ce moment même si elle avait accepté de revenir lorsqu'elle avait noué le sort. C'était plus facile de faire l'autruche.

- C'est réglé, répéta-t-elle devant l'air renfrogné de Roy. Tu ne peux pas obtenir de résultats sans risques dans ce que je fais, c'est ce qui en fait toute la force. Ce n'est pas de la magie d'occidentaux, ajouta-t-elle avec un léger sourire en coin. C'est le prix à payer, parfois, c'est comme ça. Si j'arrête de pratiquer pour ça, alors je ne mérite pas d'être née dans ma famille. Toutes les grandes sorcières, toutes nos grandes sorcières sont passées par des choses comme cela. Je n'ai pas envie de faire du vaudou, elle baissa la voix sur ce dernier mot, au rabais. Ce serait du gâchis. Donc remballe tes discours, je gère : la preuve, c’est réglé.

Elle comprenait son inquiétude et minimisait les choses encore une fois mais c'était plus fort qu'elle : le voir s'inquiéter pour elle la mettait mal à l'aise, cela lui donnait l'impression de passer pour une petite chose fragile, ce qu'elle n'était pas. Elle ne donnait dans le numéro de la demoiselle en détresse que lorsque cela pouvait lui servir et elle n'avait pas envie qu'il la regarde différemment d'avant à cause de cela. Il est vrai que les choses avaient été extrêmement compliquées avec ses pouvoirs mais elle aurait trouvé un moyen de s'en sortir, même sans sa famille. Elle avait traversé une mauvaise passe mais elle aurait trouvé la sortie dans tous les cas : ce n'était pas la première et sûrement pas la dernière. Et au pire... Il fallait bien mourir de quelque chose. Sa grand-mère disait toujours que l'on mourait par où on pêchait : cela se vérifierait peut-être un jour. Elle arrivait à en plaisanter désormais qu'elle se sentait mieux, toute requinquée après son séjour en Louisiane. Elle se sentait en pleine possession de ses moyens, qu'ils soient magiques ou mentaux : le sentiment de confiance qui l'animait traditionnellement était revenu et elle se sentait de nouveau prête à faire face au monde entier s'il le fallait. Même le nuage de sa dernière soirée à la Nouvelle-Orléans ne ternirait pas cela.

- Ça va mieux, assura-t-elle avec un vrai sourire, glissant une mèche de cheveux derrière son oreille. Ce fut étonnamment ressourçant. Pas facile, mais utile. Ma famille... Euh... Elle fit glisser une olive du cure-dent de son martini pour la manger, réfléchissant à sa réponse. Il y a eu plusieurs types de réactions... Il y a ceux qui étaient contents de me voir, comme mon grand-père ou certains de mes cousins. Pas les plus nombreux, crois-moi. Il y a ceux qui me pensaient morte quelque part, donc je suppose que la surprise n'était pas désagréable... Personne ne s'attendait à me revoir, pour tout te dire. J'étais une adolescente portée disparue, même pour la police... Ouais, j'ai appris ça, fit-elle en haussant un sourcil, faisant tourner son bracelet d'un geste du poignet. Mais bref. Puis il y a ceux, principalement les femmes, les sorcières, qui n'étaient pas vraiment ravies de me voir débarquer comme une fleur seize années après pour leur demander de l'aide, qui plus est. Elles me l'ont bien fait comprendre, j'ai rasé les murs durant trois semaines. Mais au final, les prêtresses ont décidé que je pouvais revenir dans la famille. Le mot final leur revient, si elles avaient décidé que je devais disparaître, le coven aurait exécuté leurs ordres. Là... Tout le monde doit se plier à leur décision. Cela ne veut pas dire que je suis appréciée mais... J'ai droit de présence. C'est déjà pas mal. Je serai sûrement à tout jamais l'horrible petite peste ingrate qui a eu l'outrecuidance de vivre sa vie mais bon, j'ai l'habitude.

A l'époque où elle était partie, elle n'était pas vraiment dans les bonnes grâces de sa famille, la faute à une adolescence un tantinet compliquée et une fâcheuse tendance à légèrement distiller le chaos par plaisir. Elle savait que sa famille ne lui pardonnerait jamais cet écart, peu importait l'investissement qu'elle aurait dans le coven pour le reste de sa vie. L'arrangement qu'elle avait avec les prêtresses n'allait pas aider à son intégration non plus, c'était bien trop exceptionnel, cela ne pouvait qu'amener les critiques de ceux qui craignaient que cela fasse jurisprudence. Elle n'entra pas dans les détails sur ce sujet auprès de Roy : le fonctionnement d'un coven vaudou lui était bien trop étranger pour qu'il réalise la portée de la chose. Pour lui, avoir le droit de vivre loin de sa famille si on le souhaitait était tout à fait normal. Elle avait volontairement évité la question sur ce qu'elle avait ressenti elle, c'était encore difficile de le dire. Cela l'avait soulagée, c'était clair mais elle avait également de multiples sensations diffuses qu'elle peinait encore à démêler. Il lui faudrait du temps encore. Elle préférait répondre longuement à Roy sur un autre sujet, pour qu'il ne se rende compte de rien : une bonne vieille technique de communication. Elle aurait pu continuer la langue de bois sur la dernière question qu'il lui posa mais savait que celle-là, il y reviendrait. Elle baissa les yeux sur son verre, passant son doigt sur le rebord de ce dernier, reculant légèrement sur sa chaise.

- Pas grand-chose en soi, finit-elle par dire, les épaules tendues. Que revenir m'aiderait sûrement, que ça se passerait bien... Des choses bateaux, comme tu peux le voir. De la part de quelqu'un d'autre, je l'aurai ignoré mais... Elle se mordilla la lèvre, jouant nerveusement avec la chaîne du médaillon de sa mère, qu'elle portait de nouveau. C'était mon ami, il y a longtemps. Sa voix avait baissé sans qu'elle ne s'en rende compte, ses yeux toujours fixés sur l'alcool clair. Mon meilleur ami. C'était un peu mon toi, fit-elle avec un léger sourire. Et, il y a longtemps, on avait confiance l'un en l'autre. Je ne sais pas, je me suis dis que... Qu'au final, il ne pouvait pas me vouloir tant de mal que cela. Malgré tout, tu vois ? C'est comme si, toi et moi, nous étions fâchés et un jour, on se revoit. Et même en colère l'un contre l'autre, on ne se souhaite pas forcément d'horribles choses, non ? Un peu peut-être mais... J'avais confiance en lui. J'ai eu encore un peu confiance.

Elle finit par relever les yeux vers Roy, le regard un peu fuyant. Elle avait senti quelque chose se serrer dans son estomac, sans qu'elle ne puisse savoir pourquoi. Un peu chagrinée, elle finit par hausser les épaules.

- J'ai pas eu tort, au final, pas sur ça. C'était le dernier geste, je suppose. Le dernier signe qu'on a été amis, un jour. C'était bien, de terminer comme ça.

Et de rebaisser les yeux, le cœur pincé, cette fois-ci.


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La sérénité qu’Isobel opposa à son inquiétude avait quelque chose de rassurant et d’agaçant à la fois. Roy la savait tenace et débrouillarde, les moments où elle s’était un jour tournée vers lui pour lui demander de l’aide se comptaient sur les doigts d’une main, et c’était un comportement qu’il pouvait comprendre. Il avait exactement le même, répugnant à montrer ses faiblesses à ses proches ou à les inquiéter. Tant qu’il n’était pas poussé dans ses derniers retranchements, il se débrouillait pour s’en sortir seul. Parce qu’ils fonctionnaient de la même façon tous les deux, la valeur qu’ils accordaient aux services qu’ils se rendaient mutuellement n’en étaient que décuplée. Roy savait pertinemment qu’Isobel ne se tournait jamais vers lui par facilité, lorsqu’elle le faisait, et elle réciproquement, alors ils n’avaient jamais refusé d’accorder leur aide quand l’autre la demandait. Une loyauté indéfectible les liait désormais, et Roy pouvait difficilement lui reprocher d’avoir mis de côté ses difficultés personnelles pour lui rendre un service, quand il savait que dans sa position, il aurait agi exactement de la même façon. Mais, comme plein de choses, c’était moins facile à accepter chez l’autre, surtout quand il était celui qui impactait sans le vouloir sur la santé de son amie.

« Je sais que tu gères, mais ça te rend pas invincible pour autant. Je veux juste… m’assurer que tu vas pas trop loin, parfois. »

Il la scruta de son regard, mais ne poussa pas plus le sujet. Il sentait qu’il avait piqué sa fierté, mais c’était normal qu’il s’inquiète pour elle. Il avait déjà perdu des amis qui avaient repoussé trop loin leurs limites, dont un qui s’était enfui dans un autre pays pendant un mois sans prévenir personne… Alors oui, il était un peu à cran de voir des lignes de l’histoire se répéter, et il se méfiait davantage de la véracité d’une phrase comme « tout va bien, je gère » venant de la part d’une tête dure dans le genre d’Isobel. Il n’avait aucun doute sur sa force et sa capacité à se sortir des mauvaises passes, mais elle pouvait faillir comme tout le monde et il n’avait pas la moindre envie qu’il lui arrive quelque chose d’irréversible.

L’essentiel, c’était qu’elle revenait entière et dans un meilleur état, c’était une conclusion évidente. Roy la crut lorsqu’elle affirma qu’elle allait mieux, ce voyage secret avait eu le mérite de la revigorer. Il l’écouta parler de sa famille avec curiosité, et s’amusa même intérieurement à imaginer toutes ces personnes qu’elle décrivait et qui étaient comme de lointaines suppositions pour Roy. La famille d’Isobel avait toujours eu quelque chose de très peu tangible, tant elle en parlait peu. En fait, elle avait commencé à lui confier des choses sur eux que très récemment, alors qu’ils se connaissaient depuis sept ans. Tout ce mystère qu’elle avait laissé planer sur ses origines avait rendu très étrange ce soir où il avait rencontré par hasard la mère d’Isobel. C’était comme si elle ne pouvait pas réellement exister. La voir donc évoquer dans une longue liste des gens qu’elle avait retrouvés, comme si finalement, elle avait une famille aussi nombreuse que la sienne, surprit Roy autant que ça le fit doucement sourire. Elle avait même un grand-père. Il était bien curieux de savoir à quoi il ressemblait…

« Je vois… réagit Roy à la fin de son discours, sirotant pensivement le reste de son verre. J’espère que la petite peste ingrate a bien pensé à remercier les gentilles madames qui ont bien voulu que tu mènes une vie normale de femme de trente ans, sinon, tu aurais… « disparu », c’est ça ? Non, ne me dis pas ce que ça veut dire chez vous les non-occidentaux, je préfère pas savoir. »

Mieux valait en rire qu’en pleurer, maintenant qu’elle était rentrée en un seul morceau. Il y avait effectivement plein de choses que Roy ne comprenait pas dans les coutumes de la famille dont venait Isobel, et il ne comprendrait sans doute pas plus même si elle lui donnait tous les détails. En tout cas, les détails qu’elle ne semblait pas disposée à lui livrer, c’était surtout ceux de son propre ressenti. Il n’insista pas davantage, il s’était à moitié attendu à ce qu’elle esquive, et elle avait déjà satisfait une première partie de sa curiosité. La deuxième n’allait pas tarder à arriver. Son attention redoubla alors qu’elle en venait à parler d’Abel, et automatiquement, il se mit à scruter ses gestes et son expression, comme pour déceler ce qu’elle ne disait pas derrière ses paroles. Il en savait plus qu’elle ne croyait qu’il savait, et probablement qu’elle le tuerait si elle savait, alors Roy fit le choix prudent de ne rien dire pour l’instant. Il savait qu’il avait quelques cartes en main, et de façon purement stratège, il sentait que ce n’était pas le moment de les abattre tout de suite.

L’attitude de son amie lui aurait semblé étrange même s’il ne savait pas, car ce n’était pas tous les jours qu’on voyait Isobel Lavespère parler nerveusement et détourner le regard comme pour fuir quelque chose. Roy, tous sens aux aguets, se demanda même s’il n’y avait pas une note de tristesse dans sa voix quand elle conclut, ce qui le laissa profondément perplexe. Allons, c’était lui ou elle avait l’air dépitée, soudainement ?

« Hé, fit t-il doucement, pour qu’elle relève les yeux vers lui. Son regard malicieux croisa le sien, alors qu’il rétorquait : D’abord, c’était pas mon moi, y a personne comme moi, et sûrement pas cette lavette. »

Il avait ressenti le besoin de mettre ça au clair. Maintenant, il était de son devoir de creuser le sujet, qui le rendait encore plus curieux à présent qu’il voyait l’effet étrange qu’il produisait sur Isobel. Son discours était devenu soudainement confus, et la fin en particulier, le déroutait. Mais pour démêler tout ça, il lui fallait avancer prudemment.

« Tu n’as pas eu tort… sur ça ? reprit t-il en haussant un sourcil, répétant les mots qui l’avaient titillé. Pourquoi tu parles de terminer ? S’il t’a aidée à revenir… Je sais pas, c’est peut-être qu’il considère pas que votre lien est fini, justement. »



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Isobel fut satisfaite de voir que Roy n'insistait pas sur l'épineux sujet de sa pratique de la magie, se contentant d'une dernière inquiétude qu'elle chassa de son esprit sans s'y attarder. Elle n'avait pas la réponse : qu'est-ce que c'était, d'aller trop loin dans le vaudou ? C'était une magie tellement puissante, tellement ancienne, qui touchait à des choses nébuleuses : le principe même de cette magie était de jouer avec les limites, toutes les limites. Que ce soit entre la vie et la mort, le bien et le mal, la santé et la folie... Même au sein de leur communauté, personne n'avait pu ériger de doctrines sur le cadre de leurs magies, chaque coven et plus encor,e chaque sorcière avait sa propre pratique. Certains disaient aujourd'hui que les limites étaient celles de respecter la vie, de ne pas lui nuire mais à une époque, les sacrifies humains étaient légions. Dans certaines parties du monde, c'était même encore le cas... Isobel, elle, accordait ses limites à celles de ses pouvoirs... Et c'était quelque chose qu'elle ne connaissait toujours pas. Elle découvrait encore des choses à chaque nouvelle pratique. Elle n'exprima rien de tout cela à son ami, sachant parfaitement que cela lui donnerait du grain à moudre alors elle se contenta de lui retourner un sourire tranquille, presque indolent.

- Je comptais leur envoyer des chocolats, tu veux signer la carte ?

En réalité son remerciement aux prêtresses allait bien au delà des mots, souvent bien inutiles dans leur petite société. Il passait par sa réintégration et donc ses pouvoirs de nouveau au service du coven. Elle devait revenir pour les cérémonies et les évènements importants de l'année, suivre leurs consignes, même à distance. Isobel redonnait ses capacités à sa famille, tout son savoir-faire, toutes les méandres de ses pouvoirs et son si grand accès aux esprits, sa faculté à manipuler les magies des morts : elle leur faisait de nouveau cadeau de tout cela, venait renforcer son coven par cela et c'était cela, le remerciement qu'elles attendaient. Isobel possédait des capacités peu communes, même chez les sorcières vaudous, les sorcières nécromanciennes n'étaient pas les plus répandues. C'était une aptitude difficile à maîtriser, pénible également, qui se manifestait dans des lignées particulières, comme la sienne. La dernière nécromancienne de leur famille était son arrière-grande-tante, Paule. On murmurait qu'une jeune gamine de sept ans avait les mêmes capacités, néanmoins... C'était soit cela, soit elle entendait tout simplement des voix, au lieu de parler aux morts comme elle le prétendait. Isobel penchait un peu pour la première solution, mais bon...

Ses pensées furent bien vite détournées des différentes aptitudes magiques vaudous par la mention d'Abel, lorsqu'elle essaya d'expliquer à Roy ce qui avait pu la faire changer d'avis, elle qui était si sûre de ne jamais remettre un escarpin en Louisiane. Ce fut quelque peu laborieux de s'expliciter, d'abord parce qu'elle ne savait pas vraiment elle-même ce qu'elle voulait dire. D'un point de vue extérieur, elle pouvait bien entendre que cela n'avait aucune logique et que la voir changer d'avis comme cela, elle qui était si butée, pouvait sembler étrange. C'était difficile d'expliquer encore le lien qui la retenait à Abel, l'avait retenue à ce moment-là et là, alors qu'elle digérait le fait de s'être fait de faux-espoirs sur le fait de redevenir amie avec lui, c'était encore plus difficile de l'expliquer. Le ton doux qu'employa Roy pour s'adresser à elle lui fit relever les yeux et sa remarque lui tira un sourire amusé alors qu'elle secouait doucement la tête.

- Y'a un jeu de mot intéressant à faire avec Laveau sur le sujet mais je ne peux pas te l'expliquer parce qu'en sept ans qu'on se connaît, t'as été incapable d'apprendre le français. C'est bien dommage pour toi, ajouta-t-elle en changeant justement de langue, parce que tu aurais ri. Et au moins, Abel, il parle français donc il a ce point sur toi ! Mais oui, disons que tu es mon meilleur ami préféré de tous les temps mais tu ne peux même pas le comprendre, alala.

Elle avait fait exprès de prolonger sa phrase en français pour le plaisir de s'adresser à lui avec un grand sourire sans qu'il ne le comprenne. Puérile ? Non, jamais. Cela lui permettait surtout de retrouver un ton plus léger et d'éloigner ses pensées de son ancien meilleur ami, celui que Roy traitait de lavette. Elle n'aimait pas lui donner raison mais quand on repensait à la manière dont il avait fui après l'avoir embrassée, refusant ensuite de lui adresser le moindre mot... Et bien, elle donnait raison à Roy. Elle avala la dernière gorgée de son martini d'un geste sec, faisant un signe pour en avoir un autre. Penser à cela la contrariait. Surtout que le sujet revenait malheureusement sur le tapis. Décidée à ne pas laisser le pincement au cœur qu'elle avait ressenti l'envahir un peu plus, Isobel décida de passer à un mode qu'elle maîtrisait bien mieux : l'ironie et le ressentiment. Elle secoua légèrement la tête, un sourire mauvais naissant sur ses lèvres.

- Oh non, crois-moi, c'est bien terminé. Il m'a aidée à revenir, je suppose que lui, ça lui a permis de régler de vieux démons et de vieux problèmes adolescents. Mais maintenant, c'est fini : on a eu notre sursis à la Nouvelle-Orléans, on s'est rappelés qu'on avait été amis, on a réglé nos soucis et maintenant, on revient à la réalité. Il ne me parle plus, finit-elle par dire et le cure-dent avec lequel elle jouait se cassa entre ses mains fines. Je suis devenue entièrement et complètement invisible à ses yeux, tu vois, je ne vaux même pas un regard quand on s'est croisés dans les rues du quartier. Donc voilà, c'est une histoire réglée.

On déposa un nouveau verre devant elle et elle remercia le serveur d'un sourire avant d'y tremper ses lèvres, en prenant une gorgée.

- Ma vie ici peut revenir à ce qu'elle était avant mon trente-deuxième anniversaire.

La date où tout avait commencé.


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« Hééé qu’est-ce que tu racontes ? Allez c’est pas drôle, traduis ! Malgré ses protestations, elle poursuivit joyeusement dans son français auquel Roy ne pigeait effectivement pas grand-chose, mais était-ce sa faute ? Cette langue était barbare et il avait déjà mis suffisamment de temps à savoir comment prononcer correctement Isobel Lavespère. Moi aussi je peux te parler dans une autre langue, espèce d’insolente et j’espère que tu dis rien de méchant avec ta langue imprononçable de sauvage. » répliqua t-il en espagnol, avec une grande puérilité.

Heureusement qu’Isobel n’avait pas parlé en anglais, au vu du contenu de ses paroles, car Roy ne l’aurait pas lâchée s’il avait su. Il gardait déjà en mémoire ce soir où elle lui avait déclaré sa flamme de meilleure amie et le ressortait à chaque fois qu’il en avait l’occasion, alors là, ça aurait été son trophée… En tout cas, ce petit interlude avait détendu l’atmosphère avant qu’ils n’en reviennent à des sujets plus sérieux. Il était difficile de saisir complètement l’expression d’Isobel au moment où ils commencèrent à parler d’Abel. S’il avait cru percevoir le dépit dans sa voix tout à l’heure, Isobel s’était ressaisie pour se replier derrière des défenses qui lui étaient plus familières. D’un ton mordant qu’il lui connaissait bien, elle rétorqua que c’était fini, que tout cela n'avait été qu'un sursis et de toute évidence, ce fait ne la laissait pas indifférente. Roy baissa brièvement les yeux sur le cure-dent qu’elle venait de broyer, puis revint sur son amie qui termina sur un ton chargé d’ironie. Les sourcils froncés, il reprit la parole, bien décidé à éclaircir l’histoire :

« Donc si j’ai bien saisi… Il t’a convaincue de revenir à la Nouvelle-Orléans, il t’a aidée à régler tes soucis avec ta famille, vous avez passé trois semaines tranquilles ensemble, puis brusquement, il t’ignore ? Comme ça ? Dubitatif, il interrogeait Isobel du regard pour davantage d’explications. Ca lui vient d’où ce revirement soudain ? »

Une chose était sûre, malgré ses sarcasmes, Isobel ne parvenait pas à avoir l’air détachée. Cette histoire l’agaçait et cela se sentait dans son regard, ses gestes crispés. Elle était contrariée de provoquer de l’ignorance de Laveau, et en recoupant avec ce qu’elle lui avait dit plus tôt, Roy se demanda si elle s’était fait l’espoir qu’ils redeviennent amis, maintenant qu’elle avait fait son retour chez elle et apaisé les choses avec sa famille.

Il reprit mentalement la comparaison qu’elle avait faite, pour mieux comprendre ce qu’elle pouvait ressentir. Clairement, si tous les deux s’étaient fâchés au point de ne plus se parler pendant des années et qu’un jour, dans un élan de regret du passé, Isobel faisait un pas vers lui, qu’il en faisait un en retour et qu’elle coupait brusquement les ponts à nouveau, Roy l’aurait en travers de la gorge. A moins que les choses étaient faussées dès le départ, que le but d’Abel n’ait jamais été d’apaiser les choses entre eux, mais dans ce cas, quel était son but ? Pourquoi être revenu vers elle et l’avoir convaincu de retourner auprès de sa famille ? Roy ne le connaissait pas assez pour faire des suppositions, et globalement il se méfiait de cet homme. Tout ce qu’il avait vu de lui pour l’instant, c’était les effets néfastes qu’il avait provoqués sur sa meilleure amie au cours des derniers mois, la faisant passer par paniques et doutes, et ressasser les fantômes angoissants de son passé. Abel ne représentait rien de positif pour Isobel, à ses yeux, sauf peut-être cette main qu’il lui avait tendue pour affronter son coven et arranger leur relation, et qui lui permettait d’aller mieux aujourd’hui. Mais s’il continuait de se comporter en parfait imbécile avec elle depuis, eh bien, Roy ne s’était nullement trompé sur lui, et c’était aussi pour vérifier qu’Isobel ne se liait pas avec des personnes néfastes qu’il avait envie d’en savoir plus sur l’évolution de leur relation...  



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- Salvaje toi-même, répliqua Isobel en espagnol, ayant perçu l'insulte dans ce que lui avait déclamé son ami.

Elle parlait un peu d'espagnol, le comprenait également un peu mais pas assez pour saisir les mots rapides que Roy lui avait adressé en représailles à son français. Elle avait néanmoins compris le ton de la chose et lui retourna un sourire amusé, ravie comme une enfant qui a fait une mauvaise blague. Parler avec Roy lui avait manqué, ils ne s'étaient pas vus durant un mois à peu près et même avant son départ, elle n'avait pas tellement la tête à s'amuser et à badiner. Là, elle se sentait mieux et malgré tous les problèmes résiduels, elle pouvait les dépasser pour profiter de sa première soirée en Angleterre depuis des semaines. Évidemment, elle ne le verbalisa pas à voix haute : que Roy n'entende pas qu'elle était sincèrement heureuse de revenir ici, il ne s'en remettrait pas. C'était vrai pourtant : elle attendait avec impatience de revenir à sa routine de tous les jours, son boulot - Dieu, que son travail lui manquait - ses sorties, la danse, son chat... Sa vie. La Nouvelle-Orléans avait été une étrange parenthèse, nécessaire, mais qui lui avait donné l'impression d'être coupée du reste du monde. C'était cette sensation si propre à cette ville et son fonctionnement, l'impression d'être au cœur de quelque chose mais loin de tout le reste, loin de tout ce qui composait le monde des autres.

Il était temps de percer cette bulle, songea-t-elle alors que son meilleur ami l'interrogeait plus en détails sur Abel et surtout, sur le récit qu'elle faisait et qui incluait qu'il n'y avait plus aucun lien entre eux. Elle posa ses yeux sombres sur Roy, hésitant à parler, à dire la vérité. Elle pouvait mentir, dire qu'elle ne savait pas pourquoi il avait brusquement changé d'attitude à son égard. Elle aurait pu inventer une histoire, une bonne histoire. Elle ressentait de la retenue à l'égard de cet évènement, quelque chose qui l'empêchait d'en parler aussi légèrement qu'elle l'aurait ait en temps normaux. Était-ce l'humiliation de s'être fait rejeter ? La déception de voir trois semaines où elle avait espéré s'évanouir en fumée ? Ou parce qu'il y avait quelque chose d'intrinsèquement intime dans ce moment qu'ils avaient partagé, malgré tout ? Sûrement un peu des trois. Elle se donna encore quelques secondes d'hésitations, reprenant une gorgée d'alcool, avant de décider qu'il n'y avait aucune raison de protéger cet évènement comme un précieux secret. Après tout, ce n'était rien, rien de précieux et cela ne voulait rien dire puisqu'il en avait décidé ainsi. Isobel ne gardait pour elle que les choses qui lui importaient : elle décida de parler comme pour envoyer ce souvenir au grand vent.

- Il m'a embrassée. Presque à la veille de mon départ.

Il y a deux jours, en réalité. Elle n'aurait dû rentrer que demain normalement mais avait changé son billet de Portoloin à la toute dernière minute, pour ne pas rentrer en même temps qu'Abel : ils auraient dû prendre le même, tout comme ils étaient arrivés ensemble. Puisqu'il ne voulait même pas lui adresser la parole, elle n'allait pas lui imposer la torture de tout un voyage avec elle, n'est-ce pas ? Elle voulait elle-même s'éviter ce moment pénible et lui faire comprendre par la même occasion, puisqu'elle ne lui avait pas dit au revoir, qu'elle avait bien compris son message.

- Le jour où j'ai appris la décision des prêtresses, sur le fait que j'étais réintégrée. Nous sommes allés nous promener, comme on le faisait avant, quand on était jeunes. Et... Et je ne sais pas, il m'a embrassée, comme ça.

Parce qu'elle ne l'avait pas anticipé, avant que cela n'arrive. Et parce que cela n'avait pas été qu'un simple effleurement, qu'un simple accident.

- Et avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il m'a dit qu'il devait y aller, s'est levé et s'est sauvé à moitié en courant, en me plantant là, toute seule devant devant le Mississippi.

En l'évoquant comme ça, elle revoyait - et réalisait un peu plus - le ridicule de la situation et un rire jaune manqua de lui échapper, comme pour camoufler le soufflet de l'humiliation et la sensation de froid qu'elle ressentait au creux de sa poitrine. Elle passa une main dans ses cheveux pour en arranger quelques mèches vers l'arrière, occupant ainsi ses doigts nerveux.

- Sur le coup, c'était bizarre mais je me suis dis... Je ne sais pas ce que je me suis dis. Qu'on en reparlerait juste, qu'il ne pouvait pas juste laisser ça comme ça et se barrer. Alors j'ai attendu le lendemain, je suis allée le matin au Chaudron, c'est notre coin. Pas à Abel et à moi, je veux dire, le coin de la population magique à la Nouvelle-Orléans. C'est une cour. Mais bref, c'est pas la question. J'y suis allée, il était là, il m'a nettement vue, il m'a regardée... Et a tourné la tête avant de s'éloigner. Et voilà. Depuis, plus de nouvelles. Et j'étais pas très difficile à trouver dans les dix rues à peine de notre quartier...

Elle haussa les épaules, comme si ce qu'elle racontait lui importait peu.

- Donc voilà pourquoi c'est fini. Je ne sais pas ce que c'était ce baiser, un vieux défi adolescent peut-être. Maintenant que c'est réglé, j'ai visiblement autant d'intérêt pour lui qu'un Pitiponk desséché.

Se rendant compte de la portée de ses paroles, elle s'empressa - peut-être un peu trop vite - de se corriger.

- Pas que ça m'importe, hein, je te vois venir. Mais c'est juste que je me disais que peut-être, on pourrait renouer un lien. J'ai cru que peut-être... Enfin, peu importe. J'ai été stupide, c'est tout. On ne m'y reprendra plus.

Elle avait cru, que peut-être, elle valait encore un peu quelque chose à ses yeux. Qu'elle avait encore un peu d'importance. Pas qu'elle était définitivement balayée. Mais la réalité était là : Abel avait besoin de ses excuses et besoin de la voir à la Nouvelle-Orléans pour faire son deuil. C'était fait, il l'avait fait. Pourquoi s'entêter ? Leur histoire retournait juste à sa vraie place : celle de souvenir.


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Grâce à ses lectures indiscrètes, Roy savait qu’Isobel avait nourri des sentiments forts à l’égard d’Abel, par le passé, et il pouvait supposer qu’il en était de même pour ce dernier. Pourtant, le choc qui s’afficha sur son visage à la révélation de son amie n’en laissait rien deviner, et en vérité, c’était un choc sincère. Le passé d’Isobel avait ressurgi dans sa vie et retrouvé ses marques, mais Roy ne s’attendait pas à ce que ce genre d’élément rejaillisse également. Voilà qui changeait grandement l’image qu’il avait de ce Laveau. En même temps, la seule image qu’il pouvait se construire de lui était bâtie par ce que lui racontait Isobel, et c’était généralement peu reluisant. Jamais il n’aurait pu comprendre qu’elle avait été amoureuse de lui, fut un temps, par exemple. Abel avait donc visiblement nourri le même genre de sentiment pour elle, sentiment qui ne s’était pas complètement effacé en seize ans. Sinon, comment expliquer ce baiser inattendu ? Mais lorsque son amie lui expliqua qu’il avait aussitôt décampé, Roy eut une espèce de grimace désapprobatrice. Mouais, cet homme était et restait un imbécile, dans tous les cas…

« J’y crois pas ! » fut d’ailleurs sa réaction spontanée.

Et Isobel enchérit avec le reste de ses explications et c’est là que Roy prêta davantage d’attention à sa gestuelle et son ton, plutôt qu’à ses paroles. Elle était de toute évidence déroutée et… déçue ? Désabusée ? Humiliée ? Contrariée ? Un peu de tout cela à la fois, sans doute, elle pouvait dire ce qu’elle voulait, Roy la connaissait assez pour voir que cet évènement était loin de la laisser indifférente. Il ressentit un élan de compassion à l’entendre avouer à demi-mot des espoirs qui ne s’étaient pas réalisés. Il attrapa brièvement ses mains pour les serrer par-dessus la table, tandis qu’il déclarait férocement :

« Ce n’est pas toi qui es stupide, c’est lui qui est profondément con et lâche. »

Et n’importe qui de moins subjectif que Roy l’aurait vu, il en était convaincu. Ce qu’Abel avait fait, c’était un plantage dans les règles et une fuite en avant face à une femme qu’il avait embrassée de son propre gré. Autrement dit, une attitude de crétin lâche. Ou insensible, mais cela commençait à devenir incohérent avec l’application qu’il avait mis à aider à Isobel à se réintégrer dans sa famille. Il fit d’ailleurs part de son raisonnement à son amie, se grattant pensivement la barbe :

« Je pense pas qu’il t’aurait autant aidée s’il se fichait complètement de toi… Ou alors c’est qu’il est sacrément tordu, je le connais pas, je te laisse juger. Tu comptes faire quoi du coup, maintenant ? L’ignorer ou lui demander des explications ? Vous bossez toujours ensemble, non ? »

Dans tous les cas, elle serait forcée de le revoir, et de trouver donc quelle attitude adopter face à lui. A sa place, Roy savait qu’il aurait pu osciller entre les deux attitudes. Soit son impulsivité et sa fierté le poussaient à le confronter, probablement assez violemment, parce qu’on n’ignorait pas ainsi Roy Calder. Soit sa fierté lui soufflait au contraire qu’il n’allait pas s’abaisser à réclamer des explications, qui risqueraient de le faire se montrer atteint par une personne qui ne lui accordait pas un regard. Et quelque chose lui disait qu’Isobel, avec sa triple caparace sentimentale bien plus solide que la sienne, était davantage de nature à pencher pour la deuxième solution. Une dernière question lui vint, faisant naître un sourire au coin de ses lèvres :

« Il embrasse bien au moins, ce troll ? »




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Isobel baissa les yeux sur ses mains que Roy avait serrées et eut la brusque envie de les retirer. Pourtant, elle savait qu'il faisait cela pour elle, pour la consoler mais c'était cela qui la dérangeait : elle avait assez d'être consolée, elle ne voulait plus être consolée. Elle voulait envoyer au grand vent les derniers mois qui avaient été horribles, ses angoisses, ses peurs et ses problèmes. Elle allait mieux. Elle se sentait bien. De nouveau droite sur ses pieds, de nouveau capable d'affronter ce que la vie lui réservait et peu importaient les contrariétés comme Abel Laveau : elle voulait sortir de ce cycle négatif. Elle allait arrêter d'avoir des problèmes autres que des problèmes de boulot ou avec ses copines, reprendre sa vie en main et surtout, reprendre sa bonne vieille philosophie : personne ne venait lui chercher des noises. Elle chassa les sentiments mitigés qu'elle avait à l'égard de cet évènement et décida de ne plus lui accorder la moindre importance : Abel faisait bien bien ce qu'il voulait, elle s'en fichait. Il se fichait d'elle ? Il ne voulait pas avoir de contacts avec elle ? Très bien, il serait exaucé. Après tout, des deux, c'était elle la meilleure à ce petit jeu là. Elle l'avait très bien prouvé durant seize ans ! Il avait fait son deuil et n'avait plus besoin d'elle ? Très bien, elle n'avait plus besoin de lui non plus. Elle n'en n'avait jamais eu besoin. Elle avait plein d'amis, elle avait plein de choses à faire et n'avait surtout pas besoin d'un nouveau Cognard dans sa vie !

- On est d'accord mais... Comme tous les hommes, j'ai envie de dire. Sans rancune, hein, contra-t-elle avec un sourire.

Malgré tout le respect et l'affection qu'elle avait pour son ami, et elle en avait beaucoup, très profondément, quelque part, elle savait qu'il n'était pas vraiment un gentleman dans ses relations amoureuses. Elle avait été présente de nombreuses fois pour le voir et... y participer. Abel ne voulait pas assumer cela et il ne voulait même, en dehors même de reconnaître l'avoir embrassée, faire comme si de rien n'était. Comme si les trois semaines qui s'étaient écoulées, tous les moments, tous leurs échanges, leurs confidences, leur proximité, n'avaient été que du vent. Quand Roy commença à émettre des théories pour expliquer l'attitude d'Abel, elle haussa les épaules, peu disposée à s'attarder sur cela. Elle ne voulait pas savoir, ce n'était pas important : au final, le résultat était le même. Il s'en fichait d'elle. Elle ne valait même plus un regard.

- Il m'a aidée pour lui, je pense. Parce qu'il avait besoin de faire son deuil et que ça incluait moi à la Nouvelle-Orléans. Maintenant que c'est fait... Pourquoi perdre son temps ? C'est vrai, on ne s'est pas parlé durant seize ans. On a rien à faire dans la vie de l'autre. La théorie du "tordu" lui fit légèrement plisser le nez. Je ne sais pas, je le pensais plutôt équilibré... C'est peut-être pour me faire payer ce que j'ai fais il y a seize ans. Croire que tu as un ami puis il t'abandonne d'un claquement de doigt. Elle secoua la tête, attristée par cette pensée. C'est peut-être ça en fait, c'est du karma. Récolter ce que j'ai semé : c'est vicieux mais... J'aurais pu le faire, alors pourquoi pas.

Cette pensée était un peu douloureuse mais Isobel savait qu'elle s'en remettrait. C'était une blessure de déception, une blessure d'égo, un chagrin qu'elle évacuerait. Elle avait connu bien pire dans sa vie et, contrairement à l'époque où Abel était la personne la plus importante de sa vie, la personne qu'elle aimait le plus au monde, contrairement à cette époque, Isobel avait d'autres choses pour la rendreheureuse. Elle ne garderait de cela qu'une déception, une sensation de gâchis teintée de tristesse qu'elle cacherait au fond de son cœur et de son esprit comme elle savait si bien le faire.

- Je ne vais pas lui demander des explications, il a été très clair. Je n'ai pas envie de passer pour une pauvre fille désespérée qui court après le premier mec qui l'embrasse, non merci ! Elle avait plein d'autres hommes à embrasser et elle n'était pas Mildred Magpie. Ouais, on bosse encore ensemble mais je m'en fiche : je vais être professionnelle et faire mon boulot correctement. Je ne vais pas lui concéder un regard : c'est ce qu'il veut, visiblement, que je le lâche donc je vais m'y appliquer. Je fais très bien la reine des glaces.

Ça, c'était la théorie. Pas que Isobel ne fasse pas bien la reine des glaces, loin de là, elle pratiquait cet art avec constance mais plutôt que cette affaire la titillait sérieusement et l'agaçait assez pour qu'elle doute un peu de sa capacité à rester insensible. Croiser Abel risquait de l'agacer et lorsqu'elle était agacée, Isy avait une légère tendance à être piquante. Rien que de penser à lui l'hérissait et elle avait envie de déverser une salve de remarques pas très sympathiques. Ce qui la sortit de son marasme d'injures internes fut la remarque de Roy et un vrai sourire, un peu moqueur, naquit sur ses lèvres. Elle appuya son menton dans la paume de sa main, ses yeux noirs évaluant son ami.

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Qu'il embrasse beaucoup moins bien que toi ?

Son sourire s'accentua légèrement.

- Oh Roy, soupira-t-elle de manière exagérée, tu sais bien que je me languis de toi et qu'aucun homme ne t'arrive à la cheville ! Je dépéris depuis que tu as choisi l'ennuyeuse monogamie !

Un rire lui échappa et elle se cala dans sa chaise, ses bras croisés sur sa poitrine.

- Pourquoi tu veux savoir ça ? Lui ressortir quand tu le croiseras ?


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Roy prit le temps de réfléchir aux hypothèses d’Isobel avant d’y répondre. Il ne connaissait pas suffisamment Abel Laveau pour se faire un avis fiable sur les raisons de sa réaction. Tout ce sur quoi il pouvait se baser pour tenter de décortiquer la situation, c’était les révélations d’Isobel sur leur passé commun et, elle ne le savait pas encore, les quelques lettres qu’il avait lues de leur correspondance. Un indice important, car après les avoir découvertes, Roy savait que l’affection que s’étaient mutuellement porté ces deux-là avait été réelle et profonde, d’un côté comme de l’autre. Il savait donc par conséquent qu’Isobel pouvait feindre autant qu’elle voulait, elle n’était pas aussi insensible à l’indifférence soudaine que lui imposait Abel. Elle ne l’avait tout simplement jamais été. A aucun moment, pas même lorsqu’elle le voyait encore comme une menace, elle ne s’était trouvée indifférente. Elle avait été touchée, profondément déstabilisée, inquiète, furieuse, indignée, hésitante, méfiante, jusqu’à finir par lui accorder sa confiance, et, ces dernières semaines, retrouver une relation amicale avec lui. Ce baiser qui paraissait venir de nulle part ne pouvait justement pas tomber du ciel, pas quand on connaissait leur histoire à tous les deux. Et Roy la connaissait à peu près, maintenant.

Un sourire étrange, où flottait une sorte d’indulgence, perça ses lèvres quand Isobel conclut qu’elle savait très bien faire la reine des glaces. Il n’en doutait pas, il confirmait, même, pour l’avoir vue à l’oeuvre à plusieurs reprises. Parfois, elle y avait même pris un malin plaisir. Cette fois, Roy doutait fortement que cela lui faisait plaisir de le faire, et encore plus qu’elle s’en fichait.

« C’est possible qu’il ait… machiné tout ça pour mieux te claquer la porte ensuite. Ce serait parfaitement tordu, mais c’est possible. Ca voudrait dire qu’il prévoit ça depuis qu’il est arrivé en Angleterre, finir par gagner ta confiance jusqu’à t’asséner le coup de grâce. Mais est-ce que ça lui ressemble, et est-ce que ça ressemble à l’amitié que vous avez eue ? Roy laissa la question en suspens, il n’avait lui-même pas la réponse, c’était plutôt à Isobel d’y cogiter. Parce qu’il y a une autre explication, si on se dit qu’au contraire, il agit sincèrement envers toi depuis le début. Peut-être que ce baiser était sincère aussi, et qu’il sait juste pas quoi faire avec, lança Roy, haussant les épaules face à la simplicité de l’explication. Il assume pas, quoi. Si on y pense deux secondes… Avec toute l’affection que j’ai pour toi et le mépris que j’ai pour lui -un rictus moqueur apparut sur ses lèvres- tu es quand même sa meilleure amie d’enfance qui l’a complètement laissé tomber pendant seize ans, sans le moindre mot. Dur d’assumer que tu as embrassé cette fille-là. Ca fait mec qui a eu seize ans pour lâcher l’affaire et qui a pas réussi. »

C’était là que Roy sous-entendait la possibilité qu’Abel ait pu avoir des sentiments pour elle depuis bien longtemps et qu’il guettait la réaction d’Isobel du coin de l’oeil. La seule chose qu’il savait, c’était qu’elle avait été amoureuse de lui par le passé, mais il ne pouvait pas évaluer s’il en était de même pour Abel, même si ce baiser pouvait constituer un indice. Alors il lançait l’idée pour voir ce qu’en pensait son amie. Idée qui pouvait être démentie sans invalider son hypothèse, comme il l’exprima ensuite :

« A moins qu’il se soit soudainement découvert une attirance pour toi sur ces derniers mois, qui n’a jamais existé avant, mais même ça c’est dur à assumer. Tu restes la fille qui l’a laissé tomber, donc ça le met pas dans une position confortable pour se montrer intéressé par toi. C’est risqué, et ça n’arrange pas plus son ego. »

Et comme tous les hommes en matière de relation amoureuse, il en avait forcément. Sans doute pas autant qu’un homme comme Roy qui savait qu’il n’aurait pas plus assumé qu’Abel en étant à sa place, bien au contraire. Il aurait été largement capable de feindre une totale indifférence. N’était t-il pas celui qui avait un jour répliqué à Juliana « Voilà maintenant c’est fini » pour ne pas la laisser rompre la première, puis dit à qui voulait l’entendre ensuite qu’il s’en fichait alors que ce n’était pas le cas ? Pure volonté de contrôler les évènements pour ne pas paraître grand perdant à la fin. C’était difficile de revenir vers une femme qui vous avait lâché, et il était on ne peut mieux placé pour le savoir. Il avait mis du temps à revenir vers Juliana. Mais il l’avait fait, parce que ses sentiments avaient fini par dépasser son ego. Alors il croyait au fait qu’Abel finirait par le faire, s’il avait des sentiments réels pour Isobel, ce qui restait encore à prouver.

« De toute façon, si tu choisis de l’ignorer froidement, tu finiras par être fixée, conclut Roy avec un haussement d’épaules. Soit il n’en a effectivement rien à cirer de toi, et ça restera comme ça. Soit j’ai raison et ton indifférence va faire vaciller la sienne. »

Et Roy comptait bien suivre cette histoire de près, car il voyait bien que cela atteignait Isobel. Sa tentative pour s’en montrer détachée le fit d’ailleurs doucement sourire. Maligne de lui renvoyer la balle, mais il n’allait pas la laisser s’en sortir si facilement. Pas quand elle aurait du lui raconter tous les détails de l’action, comme elle l’aurait fait pour n’importe quel autre homme.

« Oh non, tu n’as pas besoin de le dire, je sais déjà qu’il embrasse moins bien que moi, contra t-il, avec un sourire plein de suffisance. Par contre, que tu contournes une question qui ne te pose pas de problème d’habitude, c’est parfaitement suspect. Il eut un sourire presque charognard en appuyant ses coudes sur la table, face à elle. Alors ma petite Isy. Tu n’aurais pas apprécié ce moment plus que tu ne veux me l’avouer, par hasard ? »



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Il y avait une chose que Isobel aimait bien faire, c'était avoir des avis bien tranchés sur les choses et les gens. Elle aimait passionnément ou elle détestait, elle s'intéressait ou bien ne prenait même pas la peine de retenir un nom, avait envie ou pas du tout. Elle essayait de travailler sur ce défaut, dans son métier notamment, et s'en sortait très bien sur ce plan mais dans sa vie personnelle, c'était impossible, elle avait un côté très entier, caché sous des couches superficielles de retenue. Ne pas arriver à poser un avis décidé sur le cas Abel ne pouvait que l'exaspérer et renforcer sa tension à son égard. Qu'il aurait été plus facile de poser un diagnostic sur cette histoire et de pouvoir l'oublier comme une affaire classée. Malheureusement, cette affaire avait des lacunes et des chemins étranges, ce que Roy avait très bien remarqué. Elle vit très bien qu'il y pensait tout à fait sérieusement et manqua de l'interrompre pour lui demander de changer de sujet : elle ne voulait pas passer sa soirée à parler d'Abel. Elle avait vécu des choses bien plus intéressantes ces trois dernières semaines qu'un misérable baiser échangé un soir ! Il faisait froid en plus. Mais avant qu'elle ne put interrompre Roy pour l'entraîner sur un sujet qui la contrariait moins (elle n'avait même plus de cure-dent à briser), celui-ci reprit la parole.

Elle aurait aimé que la question qu'il lui posa n'entraîne rien chez elle, elle aurait aimé ne pas y penser. Mais alors qu'il exposait les choses, sur la théorie d'Abel-le-psychopathe, elle ne put que réaliser que cela ne tenait pas, quand même il aurait été tentant d'y croire. Elle avait connu Abel, il y a bien longtemps, il est vrai, à une autre époque, dans d'autres conditions. Mais elle l'avait vraiment connu, elle ne pouvait pas admettre le contraire parce que cela serait renier qu'ils avaient vraiment été amis. Ils l'avaient été, cela avait été l'un des éléments fondateurs de sa vie, cela avait énormément participé à ce qu'elle était devenue. Et Abel n'était pas le genre de personne à attendre sagement durant un an de pouvoir lui porter un coup de grâce. Il était bien trop franc pour cela, bien trop honnête, trop entier, comme elle, mais l'exprimait différemment. Il lui avait d'ailleurs bien exprimé ce qu'il avait à lui dire lorsqu'ils s'étaient revus pour la première fois et ce, sans pincettes. Il avait fait la même chose lorsqu'elle était venue frapper à sa porte en plein milieu de la nuit. Même à la Nouvelle-Orléans, ils s'étaient confiés des choses, il lui avait parlé de ses parents, de son père, elle lui avait confié des choses personnelles aussi... Il n'aurait pas écouté et fait tout cela juste pour la blesser en retour. Elle ne pouvait pas y croire ou bien, elle ne l'avait jamais connu et s'était trompée sur toute la ligne. Dans le fond, c'était presque le plus douloureux, comme idée. Elle ne pouvait pas tabler sur cette théorie, même si cela aurait été plus simple et qu'elle aurait préféré, peut-être.

Parce que la deuxième, que lui proposait Roy, lui semblait encore plus invraisemblable. Elle ne pouvait pas croire qu'en seize ans, Abel n'avait pas "lâché l'affaire" comme le formulait Roy. Même elle avait fini par le faire et pourtant, il lui avait fallu de longues années. Elle avait renoncé très tard à lui, quand bien même elle était celle qui avait pris la décision de partir. Peu importaient les sentiments qu'Abel ait pu nourrir à l'époque de leur adolescence, comme il le lui avait avoué à demi-mots, c'était il y a bien longtemps et vu la manière dont il s'était emporté face à elle, vu les réactions qu'il avait eu - il avait appelé sa mère dans son dos, bon Dieu ! - elle ne pouvait pas dire qu'il avait semblé très en adoration devant elle. Pourtant, alors qu'elle repassait dans son esprit les échanges qu'ils avaient pu avoir, une phrase lui revint brusquement « Et je suis tellement pas passé à autre chose que je suis encore là maintenant, malgré la carrière d’archimage international, alors tu vois. » Sur le coup, ces mots ne l'avaient pas marquée tant que cela mais à la lueur des propos de Roy, elle ne pouvait s'empêcher d'y repenser. Fronçant les sourcils, elle repoussa néanmoins au loin cette théorie qui la dérangeait sans qu'elle ne sache pourquoi. Sûrement parce que ce n'est pas comme cela qu'elle envisageait la manière d'aimer quelqu'un : on aimait entièrement. Pas de retours, pas de retenue, pas de fuite. Comme ses grands-parents. Sinon, ce n'était pas la peine d'aimer, si c'était pour malaimer. Elle secoua la tête, son visage se durcissant.

- C'est stupide, déclara-t-elle d'un ton sans appel. Parce qu'il n'aurait pas agi comme cela. Ce n'est pas comme cela qu'on est supposé agir dans ces cas-là. Et n'essaie pas de prendre sa défense ! prévint-elle, avec une colère contenue. Mais tu as raison sur un point, ça a un rapport avec sa meilleure amie d'il y a seize ans. Mais ça n'a aucun rapport avec moi : c'est une histoire vieille de seize ans qu'il avait besoin de boucler, un vieux fantasme adolescent. C'est la Isobel d'avant, qu'il voulait, qu'il voulait embrasser. Et je ne suis plus cette Isobel là, alors à quoi bon ? Je n'ai plus aucun intérêt pour lui maintenant : c'était des réminiscences. A la Nouvelle-Orléans, sur les lieux de notre enfance, là où on a grandi : c'était ça, ce baiser. Rien de plus.

Et maintenant que c'était terminé, il en avait terminé avec elle. Et elle aussi, elle avait terminé il y a bien longtemps, c'était lui qui était venu égoïstement secouer les cendres. Elle avait été stupide et naïve de croire, d'oser croire qu'il pourrait avoir pour elle un peu de considération : il n'avait cherché qu'à retrouver une fille qui avait disparu il y a des années. Qu'est-ce qu'elle pensait ? Qu'elle pourrait encore lui plaire, seize après ? Comme si elle n'avait pas changé ? L'idée la mettait en colère : elle n'était plus cette gamine stupide qui attendait la validation des autres depuis longtemps. Personne ne pourrait jamais lui donner ce qu'elle attendait, la place qu'elle attendait. Qu'elle avait attendue un jour. Alors elle avait cessé d'y croire et elle refusait de retomber dans ces vieux démons. Il y avait eu cette époque où elle attendait désespéramment quelques miettes de l'attention d'Abel, quelques miettes de sa présence. Elle n'était plus cette fille et elle avait bien trop d'égo pour le redevenir. Elle avait mis tellement de temps à passer à autre chose... Elle ne retomberait pas dans ce stupide schéma, ce stupide travers. Elle n'était plus une enfant.

- Je m'en fous, répondit-elle quand Roy dit que son indifférence pourrait faire basculer la sienne. Il fait ce qu'il veut, j'vais pas passer ma vie à attendre qu'il me parle, je l'ai déjà beaucoup fait. J'ai autre chose à faire, désormais.

Elle finit son verre un peu rageusement, agacée que cette histoire la mette dans de tels états. Elle se sentait énervée, piquée et, étonnamment attristée. La seconde théorie de Roy tournait dans son esprit mais elle voulait cesser d'y penser : peu importaient au final les raisons d'Abel, les résultats étaient les mêmes. Elle lui avait redonné un peu d'elle, un peu de confiance, un peu de confidences et d'attention et il avait balancé ça, comme si elle n'avait pas d'importance. Et bien très bien, on ne l'y reprendrait plus. Elle fonctionnait très bien sans se lier aux autres. Au final, on était toujours seul quand on y pensait bien : on passait toujours après quelqu'un d'autres. Elle n'était qu'une petite-fille parmi d'autres pour son grand-père, sa mère préférait une bonne vieille bouteille de bourbon à elle, même Roy, qui tenait à elle, n'hésiterait pas au moins de choisir entre elle et sa famille ou sa copine qu'il gardait si jalousement secrète. Abel n'était que le cruel rappel d'une leçon qu'elle avait apprise il y a longtemps : il n'y avait qu'elle pour se choisir toujours en premier. Il ne fallait pas l'attendre des autres.

- Non, répliqua-t-elle avec dureté, fixant Roy dans les yeux quand il lui demanda si elle n'avait pas apprécié ce moment plus que de raison. Et arrête de te foutre de moi avec ça, ce n'est pas un sujet de plaisanterie. me cherche pas, je te rappelle que mes pouvoirs sont au beau fixe...

Elle ne voulait plus y penser et sortir Abel Laveau de sa vie, comme elle aurait dû le faire il y a bien longtemps, depuis qu'il était venu en Angleterre, à vrai dire. Alors Isobel fit ce qu'elle savait si bien faire et trancha la question : terminé tout cela. Elle n'y penserait plus, rangerait cette histoire dans un coin de son esprit et le verrouillerait.

- Parlons d'autres choses. On ne s'est pas vus pendant longtemps... Tu as survécu ?

Et de se forcer à sourire, chassant le tonnerre de son cœur.


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« Je prends pas sa défense, démentit aussitôt Roy en levant les mains, comme pour démontrer son innocence. Il manquerait plus que je prenne la défense de cette lavette… »

Mais la plaisanterie ne fit pas vraiment sourire Isobel. Pour une raison qui lui échappait, son argumentation purement objective -c’était un miracle tenant de Roy, d’ailleurs, de s’efforcer de faire preuve d’objectivité- lui déplaisait. La théorie qu’il avançait, pourtant plausible, la contrariait profondément, c’était visible dans son ton, et dans la façon qu’elle eut de se mettre aussitôt sur la défensive. Si elle répondait en l’accusant de se mettre dans le camp d’Abel, c’était qu’elle n’avait pas d’autre argument à lui opposer, Roy n’était pas dupe, c’était un coup classique quand on se retrouvait acculé sur un raisonnement. Mais il n’en fit pas la remarque, elle n’était pas prête à entendre ce qu’il disait, alors il ne comptait pas insister. Le temps viendrait peut-être plus tard, ou pas. Tout dépendait si Abel changeait d’attitude avec elle.

Quand elle argua que ce baiser n’était qu’une réminiscence du passé pour Abel, et rien de plus, Roy prit le temps d’y réfléchir. C’était possible, c’était une hypothèse plus plausible que la première qu’Isobel lui avait présentée. Au fond, ils pouvaient difficilement trancher à ce stade. Il aurait fallu savoir ce qui se passait dans le crâne de ce spécimen étrange qu’était Abel Laveau, songea le trafiquant avec ironie. Il se contenta de répondre ce qu’il concluait, sans développer davantage :

« Oui, c’est possible aussi… »


Elle avait terminé tellement froidement en claquant son « rien de plus » que Roy avait envie de lui demander si elle avait envie qu’il y ait quelque chose de plus. Mais il ne le fit pas, car si elle n’était même pas prête à entendre le fait qu’Abel avait éventuellement des sentiments pour elle, c’était clairement impossible de lui faire dire qu’elle en avait peut-être pour lui. Elle mettait un peu trop d’application à lui faire entendre que tout cela lui était parfaitement égal. Mais Roy connaissait assez son amie pour savoir que s’il essayait de lui démontrer le contraire, elle allait se barrer en claquant la porte. Il ne craignait pas forcément l’idée de la pousser dans ses retranchements, il l’aurait fait si c’était nécessaire, mais pour le moment, cela ne valait pas le coup, estimait t-il.

Ils avaient assez poussé le sujet, car Isobel y mit un terme de façon assez abrupte, refusant de se laisser taquiner davantage.

« Mais elle mord en plus ! Ils t’ont dopée au sang de licorne là-bas, ou quoi ?
rétorqua t-il, un sourire aux lèvres. N’empêche que pour quelqu’un qui s’en fout, tu prends ça très au sérieux, c’était juste une blague… Son sourire s’agrandit, tandis qu’il haussait ses épaules comme une excuse. Ok j’arrête ! T’as raison, je suis pas venu pour me chamailler avec toi, encore moins si c’est pour un détritus du genre d’Abel Laveau, ça vaut pas la peine. »

Non, il avait plutôt envie de redonner un vrai sourire à son amie et il était pas trop mauvais à ce jeu-là. Les blagues à la con, il connaissait bien. Il prit d’ailleurs une expression faussement tragique, et fit même mine de soupirer lorsqu’il répondit :

« Ah ! Péniblement. J’en étais au stade où je me demandais si j’allais pas me trancher les veines, plutôt que de supporter davantage ton absence.
Un ricanement lui échappa en poursuivant. Heureusement que tu es revenue, ton chat commençait à me préférer à toi. »




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Le regard noir qu'Isobel posait sur Roy ne faiblissait pas au fil des secondes, signe de la contrariété qui l'habitait. Cette discussion, pourtant plutôt anodine, la mettait à vif et faisait dresser toutes ses barrières. Elle détestait pourtant réagir d'une telle manière, elle aurait aimé être aussi froide et indifférente que dans son esprit mais parler d'Abel l'attristait et la mettait en colère. Face à une telle situation, il y avait deux manières pour elle d'évacuer tout ces sentiments négatifs. Un, ne plus jamais y penser, chasser de son esprit toute référence ou pensée à ce sujet et se plonger dans son travail, les fêtes, le sport pour se concentrer sur autre chose. Cela mettrait un peu de temps mais pourrait avoir son efficacité. La seconde solution était d'exorciser tout ce ressentiment en se vengeant de l'humiliation et de la blessure ressentie... Très puéril mais cela avait au moins le mérite de la distraire. Malheureusement, cela ne l'aiderait pas forcément à passer à autre chose et dans le fond, c'était ce que Isobel voulait. Sortir cet événement de sa vie et avancer. Abel resterait l'ancien ami qu'elle avait aimé et qui l'avait aidé à retrouver un lien plus serein avec son passé. C'était déjà bien. Elle se contenterait de cela et surtout, de le croiser de loin à la Nouvelle-Orléans sans lui adresser un regard, comme lui savait si bien le faire.

- Bah alors, sois un bon ami et contente-toi de me dire que j'ai absolument raison, répliqua-t-elle quand Roy affirma qu'il ne prenait pas la défense d'Abel.

Il ne manquerait plus que cela. S'ils se liguaient tous les deux contre elle, alors elle était perdue. De toute manière, cela n'arriverait jamais, non ? Ils étaient fondamentalement opposés et donc incapables de s'entendre, elle en était tout à fait persuadée. C'était à se demander comment elle avait pu devenir amie avec les deux et devenir si proches des deux alors qu'ils étaient totalement différents l'un de l'autre. Disons qu'ils correspondaient sûrement à deux périodes de sa vie opposées et sûrement irréconciliables désormais. Abel était un passé révolu tandis que Roy était l'ami dont elle avait eu besoin ces dernières années. Un ami dont elle avait besoin pour se changer les idées, pas pour entendre plaider la cause de cette personne dont elle ne voulait plus jamais entendre parler. Le nouveau Voldemort. C'est ce qu'elle fit bien comprendre en se montrant agressive, refusant de s'attarder plus longtemps sur ce sujet épineux. Elle n'était pas non plus une de ces stupides filles qui s'attardait des heures et se désespérait longtemps au sujet d'histoires de cœur stupides. Elle avait beaucoup trop de fierté pour cela et surtout, elle se considérait beaucoup trop indépendante. Elle manqua de tirer la langue à Roy quand il demanda si elle avait été dopée au sang de licorne mais comme elle était une adulte sérieuse, elle se contenta d'afficher un sourire mystérieux.

- Ne pense pas que je vais te révéler les secrets de mon peuple ! Disons juste que c'était ressourçant, de refaire un tour là-bas. Et en plus, j'ai pris le soleil et quand on voit la pluie du jour, ce n'était pas un luxe ! Elle avait besoin de lumière pour s'épanouir, pas comme ces anglais au teint gris ! Quand il menaça de repartir sur le sujet-dont-on-ne-doit-pas-parler, elle fronça ses sourcils noirs, menaçante. Si tu n'oublies pas vite cette confession, je vais te la faire oublier moi ! As-tu entendu d'un programme basé sur les souvenirs que mon service promeut brillamment ? interrogea-t-elle, faussement ingénue. Enfin, normalement, je n'ai pas pu trop suivre ce qui se passait ici...

Le décalage horaire énorme ne l'avait pas aidée à rester très connectée à sa vie quotidienne en Angleterre, surtout que La Nouvelle-Orléans était assez fermée au reste du monde, y compris Salem. Quoique. On y suivait le Wizball et le Quidditch avec attention. Le Wizball était un équivalent du football - américain, pas le soccer évidemment - avec beaucoup plus de sortilèges et de magie. C'était un sort bien plus passionnant que le Quidditch, qu'on se le dise, surtout au moment du SuperOwl... Cette année, les Rougarous de Lafayette s'étaient fait écrasés par les Enflammés de Salem, ce qui avait provoqué un tollé en Louisiane... On avait hurlé à la triche. Les yankees trichaient toujours, si on posait la question dans le Sud, surtout si on posait la question au Rousseau's passé vingt-trois heures et de nombreux verres.

- Sorbier n'aime que moi, je suis presque sa mère, tu n'es qu'une petite distraction ! Contente de voir que la conversation s'orientait ailleurs, elle se détendit et adressa un vrai sourire à Roy. Si ça peut me faire pardonner mon absence sans nouvelles... Je t'ai ramené un cadeau ! annonça Isobel. Je ne l'ai pas sur moi, je ne peux pas me balader avec - elle se pencha vers lui et baissa la voix pour qu'elle ne soit plus qu'un murmure - déjà que c'était difficile de passer la douane avec ça... Tu viendras le récupérer chez moi ! Comme ça je reprendrais mes clés, ajouta-t-elle mine de rien. Tu es beaucoup passé là-bas ?

Si Sorbier s'était beaucoup accommodé à Roy... Enfin, il le connaissait déjà bien et l'appréciait beaucoup, cela se voyait. Elle savait que son ami était passé au moins une fois mais elle était curieuse.


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La conversation reprit un ton plus complice entre eux deux et Roy s’en sentit rassuré. Il était content de retrouver Isobel et son humour piquant, content de voir qu’elle allait bien aussi, malgré ses déboires avec monsieur Laveau. Il s’était inquiété pour elle, seule la présence de Sorbier et des clés qu’elle lui avait confiées l’avait rassuré sur le fait qu’elle comptait revenir. Mais en attendant, elle était partie brusquement et sur une longue durée, alors il avait eu tout le loisir d’imaginer quel genre d’affaire compliquée la retenait.

Finalement -si on omettait toujours monsieur Laveau- le bilan de son voyage était plutôt positif. Sans parler d’aura, car Roy était incapable de les lire contrairement à la sorcière vaudou, il sentait qu’elle dégageait quelque chose de beaucoup plus serein qu’avant son départ. Elle avait traversé une période de tension et d’anxiété, il l’avait senti, même si elle s’en était peu ouverte à lui. Mais elle revenait plus encline à plaisanter, plus détendue, quelque chose avait changé chez elle, et Roy s’en trouvait soulagé pour elle.

« Je vois ça, répliqua t-il quand elle mit sa bonne humeur sur le compte du soleil qu’elle avait retrouvé, même s’il se doutait qu’il n’y avait pas que ça. Il lui offrit un sourire. T’as bonne mine, Isy. »

Mais bien vite après cette parole sincère, il se remit à la charrier, puisqu’elle lui cherchait des noises :

« Aha ! Bon courage pour me faire oublier, je n’oublie jamais rien, moi, surtout pas les confidences un peu embarrassantes… Celle-ci est rangé dans mon dossier Isobel dans mon cerveau, juste à côté du jour où tu m’as dit que j’étais le meilleur ami du monde. »

D’accord, elle n’avait pas exactement formulé la chose comme ça, mais c’était la façon dont il l’interprétait, car il était sûr qu’elle le pensait. Et c’était bien pour ça qu’elle lui avait apporté un cadeau ! Sa curiosité piquée, il chercha aussitôt à savoir ce que c’était, comme elle pouvait s’y attendre :

« Oooh tu m’as ramené un joujou ! C’est quoi, un souvenir des gangs de la Nouvelle Orléans ? demanda t-il avec un grand sourire narquois. J’espère que ton chat va me le garder intact en attendant que je passe, c’est une pile électrique, ce Sorbier. Je passais pas si souvent, peut-être deux fois par semaine pour vérifier que tout allait bien, mais ton chat me faisait un accueil royal à chaque fois » se rengorgea le trafiquant.

Il continua de lui raconter quelques frasques qu’il avait commises pendant qu’il était là, comme pour attirer son attention. Volontairement, il ne lui confia en revanche pas ce moment où tous deux avaient découvert quelques documents intéressants dans la cachette derrière le mur de sa chambre, ces mêmes documents qui avaient aidé Roy à comprendre où son amie était passée… Il gardait cette révélation pour plus tard, au vu de la pudeur dont faisait preuve Isobel, quelque chose lui soufflait qu’elle n’apprécierait pas vraiment de savoir sur quoi il était tombé.

FIN DU RP



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Tournez manèges [Roy]

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