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 Let's talk about it [Nahuel/Esteban]

Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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10 octobre 2009, appartement d'Esteban et Nahuel

Esteban était assis sur la table qui trônait au milieu de son appartement. Devant lui, une assiette de pomme de terre et de viande baignant dans la sauce, la nourriture argentine lui manquait, il aurait tout donné pour des empanadas mais il n’avait ni le temps ni la place pour cuisiner correctement. Face à lui, était installé Nahuel, bientôt un mois qu’ils cohabitaient et presque deux semaines qu’ils ne s’échangeaient que quelques mots.

La visite à Mallowsweet avait conduit à une explication tendue lorsqu’ils étaient rentrés à Bristol et depuis ce jour aucun des deux ne voulait mettre sa fierté de côté pour faire un pas vers l’autre. Esteban ne voyait pas pour quelle raison il devait faire des efforts sachant qu’il avait tout fait pour aider son ami, l’hébergeant chez lui, cherchant à assurer ses arrières… La façon dont il avait été remercié lui restait en travers de la gorge et ce n’était clairement pas son genre d’essayer de comprendre pourquoi Nahuel avait pu agir ainsi.

Malgré tout, même s’il en voulait à Nahuel, il ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour lui, de guetter son retour le soir dans le noir alors que le sommeil le fuyait encore. Il continuait également à œuvrer pour l’intégration de Nahuel et surtout pour sa sécurité. Qu’était un sorcier sans une baguette ? Pas grand chose, c’est pourquoi il était à la recherche d’un revendeur sur le marché noir.

Esteban releva la tête tout en mâchouillant la viande de mauvaise qualité, il déglutit et finit par ouvrir la bouche, coupant le silence pesant :

« On a quoi pour le dessert ? »

C’était les seules conversations qui leur restaient, des mots vides de sens, domestiques alors qu’ils auraient eu besoin d’aborder des dizaines de sujets problématiques.



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Nahuel MuñozExilé clandestinavatar
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Nahuel poussait son bout de viande du bout de sa fourchette depuis un moment déjà. Il avait le regard baissé sur son assiette pour ne pas avoir à regarder Esteban. Il boudait purement et simplement. Depuis deux semaines pour être exact. Son beau-frère l'avait humilié en public. Et il avait élaboré tout un plan dans sa petite tête sans vraiment lui en parler avant. Comme si c'était aussi simple de se mettre à l'abri. Il ne voulait pas prendre le risque d'impliquer Irving. Et ce dernier ne semblait pas vouloir de lui chez lui non plus. Les choses étaient réglées maintenant. Il pouvait parfaitement se débrouiller tout seul d'abord.

Il redressa néanmoins les yeux lorsque son ami lui adressa la parole. Il haussa les épaules. C'était encore et toujours la même chose. Des mots pour ne rien dire. Du genre, on mange quoi ou encore des trucs sans importances. Comme si ils n'avaient plus rien à se dire. Nahuel sera la mâchoire. Il en avait assez. S'il voulait savoir ce qu'il y avait en dessert, il se levait et il allait voir. Il esquissa donc un sourire cynique en sa direction avant de prendre la parole pour la première fois de la soirée.

"Un yaourt périmé, je crois..."

Il poussa son assiette sur la table et avala son verre d'eau d'une traite. La vraie et bonne nourriture argentine lui manquait. Il n'en pouvait plus de ces bouillis anglaises. Il voulait de l'épicé. Il voulait du consistant. Pas de ces trucs immangeables qu'ils peinaient à acheter. Son maigre salaire de barman ne lui permettait pas vraiment d'acheter de meilleurs produits. Mais il ne demandait pas la lune non plus. Juste plus de toute cette pluie qui s'infiltrait même jusque dans la nourriture.

"Bon... Je sors... Merci pour le... repas."

Il désigna son assiette du menton et commença à se lever pour se diriger vers la porte. La situation lui pesait vraiment beaucoup trop. Peut-être était-ce le temps de prendre un peu de distance avec tout ça ? Pas que les mensonges le gène. Il n'y en avait pas vraiment. Juste des non-dits qui s'accumulaient. Des choses qui ne pouvaient d'ailleurs pas forcément être révélées. Mais ce n'était pas une raison pour le traiter comme un gamin en permanence.


Nahuel Muñoz
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Le sourire cynique de Nahuel n’annonçait rien de bon et en effet sa réponse refroidit Esteban. Nahuel venait de tuer le maigre effort d’Esteban pour maintenir un semblant de normalité, de convivialité entre eux deux. Esteban avait assez donné, des jours qu’il luttait pour ne pas simplement se taire. Il était resté seul et silencieux pendant des années sans que cela lui pose problème. Maintenant, Nahuel était là et il était obligé de parler. Lorsque tout allait bien entre eux, qu’ils venaient juste de se retrouver, le changement n’avait déjà pas été facile, depuis leur dispute c’était devenu insoutenable. Parfois, Esteban avait juste envie de dire à Nahuel de prendre ses cliques et ses claques et de disparaître, de lui rendre sa solitude.

Esteban voulait juste se rouler en boule dans un coin et oublier que la vie qu’il commençait enfin à se reconstruire en Angleterre venait de voler en éclat : la mort de Klem, la réapparition de Nahuel, cela faisait trop à gérer pour lui. Il voulait faire disparaître Nahuel comme si son départ pouvait faire disparaître ses problèmes. Il arrêterait ainsi de penser à toutes ces choses dont ils devraient parler. Il ne penserait plus à la réaction de Nahuel lorsqu’il apprendrait pour Klemens ou ne paniquerait plus à l’idée de dire une parole de trop, celle qui briserait le Serment Inviolable.

Plongé dans ses pensées une fois de plus, Esteban évitait la dispute. Pourtant celle-ci semblait inévitable, il devenait clair que Nahuel cherchait à la provoquer. Peut-être avait-il raison, peut-être fallait-il crever l’abcès ? Mais Esteban n’était pas certain qu’il serait capable d’encaisser tout ce qu’il avait sur le cœur. Après deux semaines, Nahuel arrivait enfin à faire tomber la patience qu’Esteban s’imposait par culpabilité et par sentiment de protection. Le plus jeune dit le mot de trop, il toucha un point sensible, en avait-il simplement conscience ? Sans doute… Il devait savoir lui aussi que la nourriture était profondément liée à l’enfance, que rien ne le faisait se sentir plus loin de chez lui que ce qu’il mangeait.

« Si ça ne te plaît pas, tu n’as qu’à te faire à manger ! »

Qu’est-ce qui l’en empêchait ? Il savait cuisiner et pourtant c’était souvent Esteban qui leur préparait le repas. Cela aussi lui pesait, avant il avait l’habitude de manger quand il voulait et ce qu’il voulait, il devait désormais faire avec la présence d’un autre. Encore une liberté que la présence de Nahuel lui avait volée.

Agacé, Esteban prit son assiette et se leva brusquement. Il n’avait plus faim, c’était insipide de toute façon. Avec un regard noir pour Nahuel, il se dirigea vers la cuisine et laissa tomber l’assiette dans l’évier bruyamment. Il marmonna le sort de nettoyage avant de se retourner vers Nahuel.

« Si tu veux t’en aller, vas-y, rien ne te retiens. »

Il l’avait fait, il avait osé lui dire. Une pointe de culpabilité lui serra le cœur mais il ne retira pas ses paroles. Lui aussi il pouvait être désagréable, il avait ses limites et sa patience avec Nahuel avait été extraordinairement longue. Une histoire compliquée, une complicité passée ne pouvait pas tout excuser.



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"Parce que ça changerait quoique ce soit ?"

Son sourire était narquois et provoquant.Les bras croisés sur la poitrine et adossé au mur à côté de la porte, il toisait Esteban de toute sa hauteur et de toute sa morgue. Il ne s'attendait pas à trouver une loque en faisant le voyage jusqu'ici. Mais il devait constater que son beau-frère avait perdu toute sa belle assurance qui le caractérisait tant en Argentine. Nahuel haussa un sourcil surpris aux dernières paroles d'Esteban. C'était donc ce qu'il voulait ? Qu'il parte ?

"Mais... si c'est ce que tu veux, je m'en vais de ce pas !"

Un sourire désabusé se dessina sur ses lèvres. Il voulait donc rester seul. C'était ce qu'il souhaitait visiblement.

"Alors c'est ça en fait... Tu te complais dans ta solitude ! Tu te transforme en loque humaine et le pire dans tout ça, c'est que ça semble te convenir."

Une lueur narquoise traversa son regard un instant.

"Tu essayes de te donner une constance avec ton petit groupe de résistance à deux noix mais vous valez que dalle !"

Il croisa son regard et esquissa un sourire arrogant.

"Tu pensais que je n'avais rien vu ? Que tes petites escapades nocturnes allaient passer inaperçu ? T'allais m'en parler quand ? Hein ? Tu croyais quoi ? Que j'étais trop jeune pour comprendre. Que fallait me protéger ou je sais pas quelle connerie du genre ?!"

Il s'approcha de la table et tapa du poing d'énervement.

"Mais je suis plus un môme bordel ! Miguel est mort ! Ma famille est morte ! Tu croyais franchement que j'allais pas changer ! Que j'allais rester le même petit con minable avec toutes ses illusions stupides ? Je ne suis plus le Nahuel que tu as connu. Tu n'as pas besoin de me protéger pour quoique ce soit..."

Il lui lança un regard mi-dégoûté mi-moqueur.

"Celui qui a besoin d'aide ici, c'est clairement pas moi !"


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La pointe de culpabilité qu’il avait ressenti en déclarant à Nahuel que rien ne le retenait ici s’évanouit bien vite face à sa réaction. Sa désinvolture et la façon dont il tourna la chose énervèrent encore un peu plus Esteban, il se contint cependant s’accrochant à l’image du jeune Nahuel et surtout à celle de Miguel. Et soudain, le coup parti, sans qu’Esteban ne puisse l’anticiper, Nahuel osa dire l’insoutenable :

"Alors c'est ça en fait... Tu te complais dans ta solitude ! Tu te transforme en loque humaine et le pire dans tout ça, c'est que ça semble te convenir."

Il osait le traiter de loque humaine ? Il osait alors qu’il l’avait récupéré en pleurs sur le port de Bristol ! Cela semblait lui convenir ? La rage déboula en lui et sembla tout ravager sur son passage. Depuis la mort de Klemens, toutes les émotions semblaient lui parvenir à travers un épais brouillard, sauf éventuellement les retrouvailles avec Nahuel, seul moment où il avait eu l’impression de se sentir vivant. C’est bien pour cela qu’il avait toléré aussi longtemps sa présence alors qu’il était au plus mal, il avait espéré que Nahuel lui redonnerait le goût de vivre en quelque sorte. Malheureusement, rien de tout cela ne s’était produit et Nahuel était à travers ses mots en train de l’achever. Esteban était une âme rebelle et il ne pouvait laisser Nahuel creuser sa tombe. La rage était la seule réaction qui pouvait le sauver. Son visage semblait couvert par un masque hideux, les traits et la mâchoire serrés, il parla d’un ton glacial.

« Je me complais dans ma solitude ? Mais qui es-tu Nahuel pour me parler ainsi ? Que sais-tu de ma vie ? »

Il avait envie de hurler mais Nahuel le coupa pour continuer à lui balancer à la figure tout ce qu’il avait sur le cœur. Il le laissa décharger sa colère et accusa le choc de chacune de ses phrases, resta stoïque face au dégoût dans les yeux du fantôme de son passé, celui qui lui avait fait espérer qu’il pourrait renouer avec son ancienne vie, que tout n’était pas perdu. Les émotions enfin de retour en lui se livraient une bataille sans merci, la rage pour une fois supplantait la douleur.  

« Et toi Nahuel ? Espérais-tu revoir le même homme qu’il y a dix ans ? Je te trouve bien hypocrite ! Tu m’accuses de ne pas avoir anticipé les changements que la vie t’a fait subir mais as-tu anticipé les miens ? Tout comme toi, je me raccroche à ce que je peux et l’un comme l’autre on essaye de voir à travers l’inconnu qui nous fait face celui qu’on a connu. Crois-moi, je n’ai jamais pensé que tu étais un petit con minable avec des illusions stupides ! Au contraire, tu étais quelque de bon, de juste, qui avait des idéaux et les défendait. Tu es qui maintenant ? Un petit con insensible ? Alors vas-y défoule-toi sur moi, balance-moi toutes les horreurs que tu veux au visage ! Ca te fait te sentir mieux ? Je ne pense pas, tu es juste un peu plus minable !

Tu es venu pour quoi en Angleterre ? Tu as fui, comme moi y’a dix ans sauf que t’es pas capable d’assumer ton geste alors tu es venu pleurer dans mes jupes. Tu sais ce que tu ne supportes pas chez moi ? C’est que je suis ce que tu ne veux pas devenir ! Tu crois quoi ? Que je suis une loque humaine, comme tu dis, depuis dix ans ? Tu ne veux pas que je te protège et ben je ne vais pas te protéger ! Je n’ai pas pleuré Miguel pendant dix ans ! J’ai pris les choses en main, je me suis bougé et j’ai refais ma vie. Je me suis créer une nouvelle identité, je me suis trouvé des boulots, des amis, j’ai découvert l’Angleterre et puis je suis tombé amoureux. Parce que tu vois, y’a pas que Miguel dans la vie… Alors ouais, j’ai peut-être besoin d’aide en ce moment mais je suis clairement pas le seul ! Puisque tu es un adulte, je vais te parler comme tel, si tu veux t’en sortir Nahuel, ça sert à rien de répandre ta colère autour de toi, il faut que t’assume et que t’avance ! »


Esteban était vidé, déjà épuisé par cette conversation qui n’était sans doute pas terminée et pourtant il lui restait un dernier point à aborder.

« Je ne suis pas assez idiot pour penser que tu n’allais pas comprendre ce que je trafiquais, au contraire j’ai tout fait pour te donner des indices mais tu te doutes bien que je ne me suis pas lancé dans ce genre de projet sans prendre des précautions pour éviter que les gens parlent. Alors non, je ne comptais pas t’en parler parce que tout simplement ça m’aurait tué sur le champ ! Et puis franchement… Ca t’apporte quoi de nous insulter ? Que sais-tu de ce qu’on fait ? Et surtout depuis quand penses-tu que pour en valoir la peine, il faut que le groupe soit grand ? Chaque personne qui se lève contre l’oppression est déjà une victoire en soi ! Je pensais qu’au moins Miguel avait pu te mettre ça dans le cerveau… »



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Nahuel MuñozExilé clandestinavatar
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Une claque. Une magistrale gifle verbale qu'il se prenait en pleine figure. Peut-être que c'était juste ce qu'il méritait au fond. Ce qu'il lui fallait aussi. Mais il n'était pas le seul en avoir eu besoin. Le choc passé un semblant de sourire satisfait se dessinait au coin de ses lèvres. Esteban se réveillait enfin. Il avait cru que l'homme qu'il avait connu était mort. Les mots n'étaient pas agréables à entendre loin de là. C'était même plus difficile d'avaler tous les reproches de son quasi-frère. Mais il le méritait certainement.

Mais comment attendre d'Esteban qu'il se relève de la même façon que lui ? Cacher ses incertitudes et ses peurs derrière une barrière de cynisme. Il était cassant, il était arrogant. Il en devenait aigri et insensible. Sans doute qu'il en était minable. Donnant le change la plupart du temps en se montrant un peu trop charmeur. Toujours dans l'excès et dans la séduction. Mais à l'intérieur il n'y avait que du vide. Il avait espéré retrouver un semblant de vie et de plénitude en retrouvant Esteban.

Sa question était pertinente. Pourquoi était-il venu en Angleterre ? Pour fuir. Première réponse. Pour retrouver Esteban. Deuxième réponse. Il avait besoin d'un soutien et d'un appuie. Il avait besoin d'un grand-frère pour le guider. Celui qui lui manquait depuis dix ans. Avec la résistance, il ne s'en était pas trop préoccupé. Ce n'était pas vraiment un manque. Mais après le coup manqué contre le dictateur, il s'était retrouvé seul. Encore une fois, il s'était retrouvé démuni et livré à lui-même. Alors quand Pedro lui avait parlé de l'Angleterre et d'Esteban, il n'avait pas réfléchi.

Ses poings se serrèrent et il détourna le regard. C'était difficile d'entendre toutes ces choses. C'était ça son problème. Il n'avait pas réussi à oublier lui. Il n'avait pas tourné la page. Miguel lui manquait comme au premier jour. La douleur était écrasante. Il ne voyait pas comment refaire sa vie. Esteban avait réussi, il l'enviait pour quoi au fond ? Retoucher le fond dix ans plus tard ? Qui était ce type qui avait remplacé son frère ? Comment avait-il fait ? La jalousie rongeait son cœur. Et il n'assumait pas sa fuite. Il n'assumait rien et n'avançait pas. Trop facile de se plonger dans la résistance Argentine pour oublier et avancer. Serait-il juste de penser que l'action en Angleterre lui ferait oublier à lui aussi ?

Oui il avait été injuste avec Esteban. Mais il avait un sac à déverser aussi. Les cachotteries, il n'avait jamais aimé ça. Il n'avait pas songé au Serment Inviolable. C'était de la folie. La précaution était louable. Mais... Esteban se sentait donc si proche de ce pays si froid et si sombre, si dépressif pour risquer sa vie et s'impliquer autant ? Il avait bien vu les préquels de la dictature. Mais ce n'était pas leurs oignons si ?

"Non..., souffla-t-il lorsque l'homme face à lui eu terminé son discours. Je ne pensais pas trouver le même homme. Mais je ne pensais pas non plus trouver un homme complètement à la dérive..."

Nahuel se laissa tomber sur la chaise qu'il avait quitté un peu plus tôt.

"Je suis venu en Angleterre pour fuir et retrouver un frère. Tu as raison, je suis un connard insensible. Je suis devenu comme ça pour survivre. Tu as de la chance d'avoir pu oublier. Moi, j'ai le fantôme de Miguel qui me hante toutes les nuits. Me hurlant que j'aurais dû lui tenir tête pour me battre à ses côtés. Peut-être que si j'avais été là..."

Un rire sans joie lui échappa.

"Pauvre fou naïf que je suis..."

Il se releva et se dirigea vers le canapé qui lui servait de lit. Il attrapa la bouteille de Rhum-fine-foudre qu'il avait planqué sous le matelas. D'un mouvement de baguette, il fit apparaître deux verres devant eux et servit deux grosses rasades d'alcool. Il poussa du bout du doigt un des verres devant Esteban avant de vider le sien d'une traite.

"Et t'as raison, j'assume pas ma fuite ! Je les ai abandonné là-bas. Je les laisse crever sans bouger le petit doigt ! Mais à quoi bon risquer ma peau hein ? Ils ont plus besoin de moi vivant..."

Nouveau rire sans moqueur.

"Foutage de gueule ! J'y retournerai jamais et ils le savent. C'est juste plus sûr pour eux si je suis pas dans leurs pattes."

Il secoua la tête de droite à gauche avant de se servir un second verre et de le vider aussi sec. Il s'en servit un nouveau mais le laissa devant lui. Le fixant comme s'il cherchait quelque chose dedans.

"C'est qui ce mec ?"

Il plongea son regard dans celui d'Esteban.

"Celui qu'a remplacé Miguel ? Parce que vu ta tronche, il a pas l'air de te rendre heureux..."

Il avait cru qu'il serait ivre de rage s'il s'avérait qu'Esteban ait si vite oublié son frère. Mais en vérité, il s'en fichait. Tant mieux pour lui s'il avait réussi à se défaire de son ombre. C'était une bénédiction autant qu'une malédiction. Avoir la certitude que Miguel était là à veiller sur lui et en même temps ne pas pouvoir se défaire de la culpabilité qui lui étreignait la poitrine. Il savait que de toute manière, c'était ce qu'il aurait voulu. Qu'Esteban refasse sa vie. Qu'il l'oublie et ne pense plus à tout ça.

Mais Nahuel lui n'était pas aussi gentil ni même bon que son frère. Il était facilement en colère. Facilement mesquin et il n'avait pas une once de pardon. Il ne savait pas vraiment ce qu'était le pardon. A être trop gentil, on en arrivait à des drames comme celui qui avait eu lieu. Trop utopiste, trop naïf, trop bon, trop gentil. Et il avait fini par se sacrifier pour un mec qu'en avait rien à foutre et qui avait fini par l'oublier. Ou alors peut-être qu'Esteban avait juste eu l'intelligence de dire stop et d'arrêter de se laisser bouffer par les remords et le passé. Laisser le passé derrière lui pour avancer et s'offrir un avenir.

"Je veux en être... De votre groupe... Si je peux être utile à un truc... Peut-être qu'avec un peu de chance, je vais réussir à tourner la page. Dans le pire des cas... Tu seras définitivement débarrassé de moi et du passé que je te balance en pleine tronche."

Il avala le verre qu'il n'avait pas encore touché d'une traite et esquissa un sourire cynique.

"Désolé d'avoir perturbé ta solitude en m'incrustant ! Demain matin, j'irai chercher un logement quelque part. Tu pourras retourner à ta vie d'avant comme ça."

Il se servit un nouveau verre qu'il s'empressa de vider une quatrième fois. Et dire qu'il y avait presque huit ans qu'il n'avait pas touché une goutte d'alcool. Le sevrage était difficile. C'était tellement facile de retomber dedans...


Nahuel Muñoz
Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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Un homme à la dérive… Ca faisait mal à entendre mais Esteban n’avait plus la force de répondre, juste celle d’écouter Nahuel se défendre. Il se serait bien passé de son argumentaire, il avait voulu rabattre le caquet de Nahuel, lui faire croire qu’il avait tourné la page, que l’Argentine était loin. C’était à la fois vrai puisqu’il était engagé en Angleterre, qu’il avait reconstruit un semblant de vie et en même temps totalement faux tant les fantômes de son passé le hantaient encore. La détresse de Nahuel lui remua les entrailles, faisant resurgir ses instincts de grand frère, lui criant de le réconforter pourtant il n’en fit rien, se contentant de fixer un regard vide sur le plus jeune alors qu’il leur servait un verre d’alcool.

Il vida son verre d’un geste trop automatique pour qu’il soit sain. Il avait pris des mauvaises habitudes ces derniers temps et l’arrivée de Nahuel chez lui avait été salvatrice. Inconsciemment, il ne s’autorisait pas certaines choses face au plus jeune. Noyé son chagrin dans l’alcool en était une, notamment parce qu’il ne tenait pas à expliquer les raisons de son mal-être. Le regard hanté de Nahuel posé sur le fond de son verre le décida à parler.

« T’avais pas d’autre choix que de fuir. Mourir en te faisant attraper bêtement ou pire en emmenant la Milice vers tes frères d’armes, n’a rien de glorieux, au contraire… »

Il hésita quelques instants avant de se dévoiler un peu plus.

« J’ai longtemps bataillé avec cette idée de lâcheté et j’ai fini par l’accepter. Fuir n’était pas lâche, c’était un acte survie, mais ça n’avait rien d’héroïque non plus. J’aurais peut-être pu me faire exploser au milieu d’un rassemblement de miliciens, ç’aurait eu le mérite de venger Miguel mais encore fallait-il pouvoir y parvenir. »

Il se perdait dans ses explications, n’était pas très clair. Tout cela était trop intime, trop fragile. Il mentait lorsqu’il disait qu’il avait totalement accepté sa fuite. Il arrivait à vivre avec mais il n’était pas dupe, s’il s’était engagé en Angleterre ce n’était pas pour ce pays mais pour avoir l’impression de continuer la lutte.

Il s’était livré, ouvrant sans le vouloir le temps des confidences et il s’en mordit les doigts lorsque Nahuel aborda le sujet tabou. La douleur qui le traversa lorsque Nahuel affirma d’un ton mesquin que Klemens ne le rendait pas heureux surprit presque Esteban. Les mots sortirent seuls, étonnement calmes et bien plus sincères qu’il n’aurait pensé possible quelques minutes plus tôt lorsque la dispute semblait irréversible.

« Klemens est le seul qui ait réussi à me redonner goût à la vie. Je n’avais pas été aussi heureux depuis mon départ. »

Sous-entendu, je n’avais pas été aussi heureux depuis la mort de Miguel. Et c’était tellement paradoxal lorsqu’on pensait à l’histoire que Klemens et lui avaient vécue. C’avait été rapide, tellement rapide, trop rapide et trop court. Ca l’avait pris totalement par surprise, Klemens avait complétement chamboulé son quotidien apportant avec lui une myriade d’émotions contradictoires. Il l’avait détesté bien des fois, l’avait haï lorsqu’il avait des pensées suicidaires, avait eu envie de le frapper trop souvent, l’avait frappé plusieurs fois mais il l’avait aussi aimé comme il ne pensait plus pouvoir le faire, il avait été pris dans des vagues de passion un peu trop violentes. Et puis Klemens était reparti aussi soudainement qu’il avait débarqué dans sa vie. Malgré la violence de son départ, l’état dans lequel il était actuellement, il n’arrivait pas à regretter leur histoire. Klemens lui avait prouvé qu’il était toujours vivant, qu’il était humain et n’était pas un fantôme de son propre passé. Il était également persuadé qu’il avait adouci le dur retour à la réalité de Klemens alors qu’il était hanté par son passage à Skye. Il pensait réellement l’avoir aidé et avait l’espoir d’avoir rendu la fin de sa vie un peu moins noire.

Ses pensées l’avaient amené trop loin et Nahuel devait certainement avoir remarqué son air perdu. Il cligna des yeux, chassant le trop plein d’émotions qui l’envahissait comme à chaque fois qu’il pensait à Klemens. Il fallait qu’il termine, qu’il fasse comprendre à Nahuel ce qui se passait, qu’il sache pourquoi il était une « loque humaine ». Il versa une bonne dose d’alcool dans son verre, faisant de même avec celui de Nahuel sans se douter du mal qu’il lui faisait. Il descendit son verre, inspira profondément et le regard tourné vers la fenêtre assena la vérité qu’il n’arrivait pas à accepter.

« Il est mort. »

Il ne pouvait préciser plus, ne savait même pas si Nahuel voulait en savoir plus.

Lorsque Nahuel affirma dans un discours désespéré vouloir faire partie du Kraken, Esteban ne sut que répondre. Il ne pouvait en vouloir à Nahuel pour ses motivations, il avait les mêmes mais le ton était tellement sombre qu’Esteban prit peur. Il ne pouvait pas voir Nahuel mourir, il en était certain, s’il arrivait quelque chose à Nahuel par sa faute, il se donnerait la mort. On avait suffisamment joué avec lui et qu’importe que ce soit lui qui c’était mis dans des situations dangereuses, il refusait de voir ses proches mourir plus longtemps.

Et alors que Nahuel affirmait vouloir quitter l’appartement, Esteban fut prit d’une vague de panique. Revenir à sa vie d’avant… C’était quoi sa vie d’avant ? Se morfondre. Il avait besoin de voir la tête d’un Nahuel pas réveillé alors qu’il prenait son petit-déjeuner, d’entendre son souffle calme lorsqu’il étouffait une crise de panique dans le vieux tee-shirt de Klemens et puis simplement, il avait besoin de quelqu’un pour discuter, pour rire, pour se prendre la tête et pour enfin faire la paix avec son passé.

Perturbé, ne sachant comment exprimer ce qu’il ressentait, Esteban se leva et marcha d’un pas incertain vers la fenêtre. Le regard fixé sur les toits de Bristol, il murmura :

« Reste… Me laisse pas tout seul ici… »



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Esteban avait beau tenter de le déculpabiliser. Il n'y avait rien qui pourrait l'aider. Il savait déjà tout ce qu'il lui disait. Il savait parfaitement qu'il ne pouvait rien faire. Il savait que son sacrifice n'aurait servi à rien. Mais était-ce une raison pour justifier qu'il était encore en vie aujourd'hui ? Qu'il vivait sa vie presque normalement. Il avait retrouvé un travail. Il s'était fait des amis au club de Quidditch. Surtout un en vérité. Il réapprenait à vivre sa vie. Mais il savait que ce n'était pas bien. Que petit à petit, il oublierait celui qu'il avait été. Qu'il oublierait ses frères d'armes et les sacrifices qu'ils faisaient au quotidien.

Pour autant, il se rassurait en se disant que son frère de cœur était passé par là également. La culpabilité finirait par s'estomper pour laisser place à l'acceptation. Ce n'était peut-être pas très équitable. Mais il en avait assez de vivre avec ses regrets. Lui aussi avait le droit au bonheur. Lui aussi avait le droit d'avancer. Lui aussi avait le droit à la paix intérieure. Mais il avait besoin d'action. Il le savait. Il n'était pas du genre à rester les bras croisés. Même si en ce moment même il se morfondait dans l'alcool. Parce que tout lui échappait. Parce qu'il n'arrivait pas à faire face à son trop plein d'émotions.

Il laissa Esteban lui parlait de Klemens. Il lui laissa raconter le bonheur qu'il avait connu en sa présence. Il le fixa un moment. Alors pourquoi ce désespoir suintant ? Son ami dut percevoir l'interrogation muette dans son regard puisqu'il finit par lâcher qu'il était mort. Cela expliquait beaucoup de choses. Les crises de l'homme en pleine nuit pour commencer. Nahuel n'avait rien dit. Il ne voulait pas accabler encore d'avantage Esteban. Mais il les entendait chaque nuit ou presque. Le jeune homme passa une main dans ses cheveux et vida son verre d'une traite.

"Je suis désolé pour toi."

Il vrilla son regard dans le sien avant de les resservir en alcool. Il prit un moment avant de lui parler de son envie de s'impliquer dans la résistance. Il voulait garder un oeil sur son aîné. Qu'il ne lui vienne pas à l'idée de faire une bêtise lorsqu'il serait parti de l'appartement. Il le fixa alors qu'il se dirigeait en titubant vers la fenêtre et fut surpris de sa requête. Nahuel vida son verre d'une traite et fixa le fond en silence un moment. Il se resservit un dernier verre. Il en avait besoin il lui semblait. Ou l'appelle de l'alcool était le plus fort. Il savait qu'il replongerait s'il ne faisait pour s'arrêter et se reprendre en main.

"Je reste... Mais tu te débarrasses de toutes les bouteilles qui traînent chez toi."

Il se tourna vers Esteban et le fixa un moment en silence avant de vider son verre.

"J'ai pas envie de replonger."

Il poussa un soupir et reposa mécaniquement son verre sur la table.

"Et il va falloir que tu passes à autre chose... Je sais que ta perte est douloureuse mais... Je suis sûr que ton Klemens n'aurait pas voulu te voir dans cet état là pour lui."

Il hésita un moment avant d'ajouter.

"Je peux t'aider si tu veux..."

Il posa un regard brûlant sur lui alors qu'il se levait pour le rejoindre. Il paraissait que les étreintes physiques étaient un remède à tous les mots...



Nahuel Muñoz
Esteban CortázarRévolutionnaireavatar
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La sollicitude de Nahuel le réconforta étrangement, il n’avait pas eu l’impression d’attendre son absolution mais fort était de constater qu’il avait appréhendé son jugement. Il leva un regard reconnaissant vers lui et ses barrières tombèrent un peu plus lorsqu’il l’enjoignit à rester vivre dans l’appartement. Le soulagement l’envahit lorsque Nahuel accéda à sa requête, il comprit alors qu’il n’aurait pas supporté de perdre le jeune homme. Il était arrivé de nulle part au moment où Esteban en avait réellement besoin, il ne pouvait pas le voir disparaître de nouveau.

A travers les brumes de l’alcool, Esteban réalisa soudainement que les retrouvailles avec Nahuel lui avaient sans doute sauvé la vie. Après le choc du décès de Klemens, il n’avait plus été capable de réfléchir et il avait pris le chemin du même cercle destructeur qui avait poussé Klemens dans une mission suicide. Retrouver son frère de cœur lui avait donné une raison de préserver sa vie, il avait de nouveau quelqu’un à protéger, il n’était plus seul dans un pays étranger, hanté par ses démons.

La condition que Nahuel émit pour sa présence dévoila d’autres démons. Ses réactions étaient ralenties par l’alcool aussi ne put-il masquer sa stupéfaction. La tristesse voila ensuite son regard, il avait vu plus d’un frère d’armes tomber dans l’addiction. Leur vie était beaucoup trop dure à supporter et parfois les substances illicites semblaient être le seul remède. Esteban aussi avait flirté avec les limites, sans jamais devenir totalement dépendant mais sans doute n’avait-il pas fait que du bien à son corps. Ne sachant que dire, Esteban préféra agir.

Le pas toujours incertain, il se dirigea vers la table où il se saisit de la bouteille buvant quelques trop longues gorgées avant de la vider dans l’évier. Il ouvrit son placard et hésita quelques instants.

« C’est pas contre toi, hermanito mais l’alcool c’est pas donné. Ca te dérange pas que j’attende demain pour m’en débarrasser ? Je connais quelques personnes qui devraient apprécier le cadeau. »

Ses yeux tombèrent sur une bouteille de vodka importée de Pologne, c’était un cadeau de Klemens. Il s’était fait livrer une cargaison dans les caves du Kraken, Esteban s’était toujours demandé qui avait payé. Certains membres du Kraken se sentaient tellement coupables de le savoir enfermé comme un prisonnier que plusieurs d’entre eux auraient pu faire ce geste. L’origine de ces bouteilles importait peu, la liqueur de son adolescence avait semblé faire du bien à Klemens et ils avaient bu ensemble plus d’une fois. Leurs soirées se finissaient toujours de la même façon : dans le lit ou par les poings. Parfois l’un après l’autre d’ailleurs. La vague de douleur et de nostalgie qui traversa Esteban le convainquit qu’il ne pourrait se débarrasser de cette bouteille-là, il allait devoir la cacher efficacement pour que jamais Nahuel ne la trouve.

« Tu veux en parler ? »

Esteban avait hésité un moment avant d’entamer cette conversation, il n’était pas sûr d’être en état de la tenir mais Nahuel venait de s’ouvrir un peu à lui, il ne pouvait pas ignorer ce fait.

S’entendre dire qu’il devait passer à autre chose énerva de nouveau Esteban. Il n’avait cependant plus la force de se battre et il avait conscience au fond de lui que Nahuel lui disait avec une bonne intention. Cependant, la mort de Klemens était trop récente, il parvenait tout juste à accepter sa réalité, de là à tourner la page, il en était loin. Il avait mis dix ans à se remettre du décès de Miguel… Bien qu’il ne voulait l’admettre, il savait – ou tout du moins espérait – que son deuil ne serait pas aussi long cette fois-ci.

Il avait connu Miguel durant des années, il avait été son meilleur ami, son frère d’armes, son premier amant, son premier amour. Il avait représenté son monde pendant des années. Klemens c’était autre chose, c’était l’énergie et la passion du désespoir. La souffrance et leurs faiblesses qui les avaient poussés dans une relation sans doute aussi bénéfique que destructrice. Ca avait été d’une force inouïe si on réfléchissait au peu de temps qu’ils avaient passé ensemble mais ça n’avait pas la stabilité de sa relation avec Miguel. Esteban ne s’était pas projeté dans l’avenir comme il l’avait fait en Argentine, comme s’il savait au fond de lui qu’ils ne s’en sortiraient pas tous les deux. Il avait juste espéré que ce ne serait pas aussi rapide, pas aussi brutal et peut-être aussi que ce serait lui qui partirait le premier cette fois.

Il sourit tristement alors que le « ton Klemens » résonnait en lui. Avait-il vraiment été « son » Klemens à un moment ? Sans doute… C’était une pensée réconfortante en soi, se dire qu’il avait compté pour lui, qu’il avait eu un impact même s’il n’avait pu le sauver. La suite par contre le déstabilisa complétement. Il vit Nahuel s’avancer vers lui et mit quelques secondes à comprendre son regard. C’était un regard brillant d’envie comme ceux qu’on croisait dans les bars le soir, un regard qu’il n’aurait jamais imaginer voir sur le visage de son petit frère.

L’alcool semblait lui monter à la tête et il recula de quelques pas. Le visage de Nahuel était flou et ses yeux semblaient venir de son passé. Nahuel avait toujours eu les mêmes yeux que son frère… Le souvenir de ces mêmes yeux tristes alors qu’une attaque avait rendu leur journée trop dure. Des prunelles qui criaient le réconfort par la chair. Des automatismes qu’il pensait enfouis à jamais resurgirent, aidés par l’alcool. Le visage de Nahuel était à quelques centimètres du sien lorsque sa conscience reprit le dessus. D’un geste maladroit, il repoussa Nahuel.

« Non ! Por Dios, no! »

Désemparé, Esteban se laissa glisser sur le sol. Qu’avait-il failli faire ?



Si tu me cherches...
... tu me trouves.
Nahuel MuñozExilé clandestinavatar
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Les mains d'Esteban le repoussant, le fit revenir sur terre. Qu'était-il en train de faire ? Il fixa avec horreur son ami s'écrouler au sol. Comment en étaient-ils arrivé là ? L'alcool n'était qu'un fléau et en avait toujours était un. Il se laissa glisser au sol aux côtés de son aîné. Il posa une main sur son épaule et la pressa légèrement.

"Perdón ! No sé lo que estaba pensando ..."

Il se redressa difficilement en soupirant. Il passa un main lasse sur son visage encore hébété de ce qui aurait pu se passer si Esteban n'avait pas réagi à temps. Il pouvait faire ce qu'il voulait de ses bouteilles mais qu'il ne les laisse pas à sa vue. C'était tout ce qu'il souhaitait. Il en avait l'exemple sous les yeux. Il était incapable de se contenir quand il buvait. Il n'était qu'une loque lubrique ou une loque incapable de quoique ce soit. Il ne voulait pas être cet homme là.

"Je suis vraiment désolé... Je vais aller me coucher... Tu ferais mieux d'en faire autant..."

Il se dirigea difficilement vers son canapé et s'écroula dessus. Des bribes de leur conversation de la soirée remontant à son esprit et tourbillonnant devant ses yeux. Il revoyait les scènes et la culpabilité s’insinuait lentement en lui alors que le sommeil l'emportait. Il n'y avait rien de glorieux chez lui. Il n'était rien d'autre qu'un petit merdeux qui détruisait la paix des gens biens. Il ne faisait que déranger Esteban depuis son arrivée. Et pourtant sans qu'il puisse l'expliquer, il semblait avoir besoin de lui. Ils avaient tous les deux besoin l'un de l'autre, le temps de retrouver un équilibre ou à défaut, un truc moins merdique que leur vie actuelle. C'est ce qui lui permit de s'endormir un peu plus sereinement et de rester. Sans ça, il serait parti au matin. Mais il n'en fit rien. Parce qu'il savait que ce n'était finalement pas la solution.


Fin du Rp


Nahuel Muñoz
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Let's talk about it [Nahuel/Esteban]

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