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 Fitgirl [Joséphine]

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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27 octobre 2009

D'habitude, Isobel aimait courir. Tous les dimanche matins, elle se levait exprès, enfonçait ses écouteurs dans ses oreilles et écoutait sa musique bien trop fort, transplanait sur les côtes anglaises pour voir la mer et elle courait, jusqu'à avoir les muscles en feu, jusqu'à avoir les poumons brûlés et ses jambes qui ne la portaient plus. Ce n'était que là qu'elle se sentait satisfaite, qu'elle rentrait, lasse et apaisée, pour prendre un long bain. C'était sa routine à elle, avec ses séances de danse du mardi soir, et elle n'aimait pas y déroger. Malheureusement, des pluies diluviennes s'étaient déversées sur le pays ces deux dernières semaines et avaient perturbé ses habitudes bien établies. Elle n'était pas allée courir il y a quinze jours et à peine dimanche dernier, aussi avait-elle décidé de rattraper cela sur une soirée.

Elle n'était allée qu'une ou deux fois à K&K, pour voir, parce qu'elle n'avait jamais pris le temps de s'y investir plus, se contentant de sa course du dimanche et de la danse. Néanmoins, elle était contrariée par cette météo et avait l'impression saugrenue de s'engourdir, à rater ainsi ses rendez-vous maritimes avec cette pluie battante. Prise d'une soudaine inspiration alors qu'elle était rentrée du Ministère, elle avait fourré ses affaires de sport dans son sac, une bouteille d'eau citronnée et avait transplané pour Leopoldgrad, Les gouttes de pluie ruisselaient sur son parapluie transparent, alors qu'elle pénétrait dans le hall de l'établissement, se dirigeant vers le comptoir pour payer une entrée.

Elle se changea rapidement dans les vestiaires, noua ses épais cheveux noirs en queue de cheval et tira sur le haut de son – joli – ensemble (quand même, ce n'était pas parce qu'elle faisait du sport qu'elle y renonçait) et pénétra dans les grands espaces de fitness, évaluant l'endroit du regard. Il y avait beaucoup de monde en cette soirée, beaucoup de machines, de salles et Isobel ne savait pas tellement où donner de la tête. Derrière une vitre, elle apercevait une petite rousse énergique qui semblait crier des ordres à ses élèves et cela convainquit Isy de prendre le chemin opposé : elle n'était pas venue ici pour se faire conspuer.

Elle s'approcha de quelques machines, un peu perdue même si elle ne voulait pas l'avouer – son jogging sur les chemins côtiers n'était pas si technique – et chercha du regard quelqu'un pour lui expliquer quand elle distingua une chevelure étincelante et un visage familier parmi les sportifs. Un léger sourire naquit sur son visage tandis qu'elle se dirigeait vers la jeune femme, qui semblait peiner à terminer son mouvement sur sa machine. Isobel appuya une épaule contre le mur, croisant ses bras sur sa poitrine.

- On regrette d'être venue ? lança-t-elle avec un léger sourire.

Elle connaissait Joséphine des Folies Sorcières, parce qu'à force de les fréquenter, on se familiarisait forcément à certaines personnes. Il aurait été mentir de dire que Isobel n'avait pas, avant toute chose, reconnu son patronyme français, comme par nostalgie. Mais Joséphine n'était pas de Louisiane, comme elle l'avait un instant pensé devant son très bon anglais, mais bien française pure souche, ce qui allait aussi. Au final, les deux jeunes femmes papotaient bien quand elles se croisaient et si cela pouvait éviter à Isy de reconnaître qu'elle ne savait pas se servir de ces machines... C'était tout bénéfique.


Isobel Lavespère
I am a villain, a hero, no more and no less, an awful disaster, a beautiful mess. @ ALASKA.

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Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Un jour elle apprendrait la ponctualité, songea Joséphine en observant avec envie le cours de Magic Zumba donné par une Kalamity plus énergique que jamais. C'était un de ses cours préférés ! Elle ne le manquait jamais. Presque jamais. Sauf quand elle avait oublié de payer sa cotisation du mois. Ou qu'elle arrivait en retard.A quel point était-ce déplacé de rejoindre le cours après vingt minutes ? Elle envisagea un instant cette hypothèse mais fut rattrapé parce qui restait de sa bonne éducation et traîna ses pieds jusqu'à la salle de musculation qui se trouvait en face. Puisqu'elle était là...

Josie n'était pas une fervente adepte des appareils de musculation. En général elle venait pour suivre les cours et se dépenser un peu dans une bonne ambiance. Elle avait mêmes quelques copines qu'elles retrouvaient régulièrement et avec qui elle papotait au bar à smoothie à la fin des séance. Et puisl elle avait moins le sentiment de faire du sport quand elle avait une musique éléctro et plein de monde autours d'elle. Avoir un coach pour la guider et l'encourager la motivait et elle était bien plus efficace en cours collectif que lorsqu'elle essayait de travailler toute seule.

Alors qu'elle s'avançait dans la salle, la danseuse sentit plusieurs regard se poser sur son pantalon de sport moulant et redressa le menton. La pratique quotidienne de la danse lui assurait une musculature fine et équilibrée et elle n'avait pas à rougir de sa silhouette, mais elle manquait parfois un peu force, elle le ressentait pendant les numéro de broom dance. Développer un peu ses cuisses ou ses bras ne pourrait pas lui faire de mal...

Joséphine s'avança dans la salle et balaya quelques uns des appareils du regard, sans vraiment savoir à quoi servait chacun d'entre eux. Elle avisa une jeune femme brune, allongée sur le dos sur un banc, qui repoussait avec ses jambes un épais bloc de fonte en lévitation. Elle faisait ça rapidement, avec quelques grimaces mais ça n'avait pas l'air bien difficile.

Josie s'approcha et s'installa sur l'appareil voisin. Elle étala soigneusement sa serviette rose fushia et allongea son dos sur le banc. Un épais bloc de fonte apparut soudain dans les airs et une voix féminine lui demanda avec quel poids elle souhait travailler. Avisant le "80" gravé dans le bloc de sa voisine -qui avait l'air un peu plus expérimentée- Joséphine opta pour cinquante kilos. C'était plus ou moins son propre poids, cela semblait raisonnable. Elle leva les jambes de façon à poser ses pieds sous le bloc de fonte. A la seconde ou la semelle de ses baskets toucha le bloc en lévitation, ce fut comme si le sortilège qui le maintenait jusqu'alors dans les airs venait d’être rompu. Ce qui était certainement le cas. D'un seul coup, elle sentit les cinquante kilos s'écraser sur ses pieds et plia instinctivement les jambes. Bon. Il suffisait de tendre à nouveau les jambes maintenant.

Par Merlin que c'était lourd ! En poussant de toutes ses forces sur ses cuisses, Joséphine parvint à tendre à nouveau les jambes, au prix d'un effort surhumain. Elle retirait ce qu'elle avait pensé plus tôt. Ce n'était pas raisonnable d'envisager soulever son propre poids à la force de ses jambes. C'était contre-nature ! L'être humain n'était pas censé s'imposer ça !  Sa voisine d'appareil était une grande malade, voilà tout ! Cette dernière lui jeta justement un regard et Joséphine fut certaine de voir un sourire moqueur passer sur son visage. La garce !

Bien décidée à prouver à cette prétentieuse qu'elle pouvait faire aussi bien qu'elle, Josie redoubla de détermination et effectua quelques mouvements supplémentaires, faisant tous les efforts du monde pour ne pas grogner de douleur -on la regardait suffisamment comme ça. Ses jambes commençaient à trembler. Elle était déjà à 12 répétitions ! Sa voisine faisait des séquences de 20 mouvements -et en était à la troisième depuis que Joséphine était arrivée. Elle devait tenir encore 8. Elle serra les dents et tendit ses jambes tremblantes, repoussant le bloc en hauteur avec toute la force qui lui restait. Plus que 7. Elle allait mourir. C'était certain. Elle allait mourir d'épuisement. Elle ne survivrait pas. Pas jusqu'à 20. Mais elle ne pouvait pas renoncer ! Elle sentait plusieurs regard posés sur elle et ne supporterait pas de donner raison à tous ces bodybuildés qui se demandaient certainement ce que cette petite rouquine à la serviette rose et aux ongles manucurés venaient faire ici. Elle les détromperait, même si elle devait le payer de sa vie !

Son désespoir et sa douleur devait se lire sur son visage puisqu'une voix féminine familière lui demanda si elle regrettait d'être venue. Détachant son regard du bloc de fonte en espérant qu'il ne l'écraserait pas, Joséphine regarda à sa droite et reconnut Isobel Lavespère, une cliente régulière des Folies avec qui elle avait sympathisé. Originaire de Louisiane, Isy était une des rares personnes avec qui la danseuse pouvait discuter en français et se moquer des autres sans être comprise, ce qui était toujours agréable. Elle appréciait beaucoup la jeune femme, mais n'avait jamais été aussi contente de la voir. Saisissant sans hésiter ce prétexte pour interrompre son exercice, Joséphine ôta précautionneusement un pied du bloc, qui se plaça aussitôt en lévitation un bon mètre au dessus du banc. Objet de malheur !

"Hey ! Salut, lança-t-elle en se redressant. Elle espérait qu'elle n'était pas toute rouge, et pleine de sueur. Mais c'était probablement le cas.  Comment ça va ? Je ne savais pas que tu fréquentais ce haut lieu de torture !"

Il n'y avait pas d'autres termes pour désigner cet endroit. Elle venait quand même de frôler la mort !

"Je suis là depuis une petite demi-heure, mentit-elle. Elle sentait le regard méprisant de sa voisine d'appareil dans son dos. J'allais faire une petite pause, tu as un peu de temps devant toi ou tu préfères t’entraîner ?"  

Une pause. Par pitié. Elle avait besoin d'une pause. Et d'un jus de fruit. Voire d'un verre de vin. Elle l'avait mérité. Elle avait faite quatorze répétitions. Quatorze !



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Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Il y avait tant de rouge sur le visage de Joséphine qu'on aurait pu croire à une toile de la Tate Gallery. Isobel eut néanmoins l'amabilité de faire mine de rien, observant du coin de l'oeil l'appareil que venait de quitter Josie. A titre personnel, elle aurait plutôt eu peur de se faire écraser par un tel bloc... Décidément, c'était plus complexe que son jogging du dimanche, qu'elle aimait tant. Les gens ici avaient plutôt l'air de sportifs professionnels, bien habitués à ce genre de sports. Elle-même préférait être dehors, prendre l'air, elle passait déjà beaucoup de temps enfermée toute la semaine au Ministère. Elle qui avait passé son enfance à crapahuter un peu partout et à profiter de la nature dès qu'on sortait de la Nouvelle-Orléans préférait mettre le nez dehors dès qu'elle pouvait. Si seulement il n'y avait pas cette fichue pluie... Et dire qu'il y a un mois, elle était presque contente de revenir sous cette météo !

- Je vais bien, et toi ? Je ne le fréquente pas vraiment, je ne suis venue qu'une ou deux fois, ce n'est pas trop mon univers ! Je préfère courir au bord de la mer mais vu le temps... J'ai pensé à venir ici !

Cela l'aiderait à se défouler dans tous les cas et puis, au moins, elle sortait de son appartement et croisait moins Madison. Elle se sentait un peu coupable d'agir de la sorte envers l'amie qu'elle était censée accueillir mais au vu des derniers évènements , Isobel avait du ressentiment contre elle, injustifié mais bien présent. Alors plutôt que d'être agressive, elle préférait prendre le large : si on lui avait dit qu'elle chercherait à éviter son propre chez-elle...

- Oh j'ai du temps, je viens à peine d'arriver et puis ça ferme tard, ici. Tu veux boire quelque chose ?

Elle avait bien le temps de prendre un verre avec Joséphine avant d'aller essayer une de ces machines étranges. Pourtant ce n'était pas la première fois qu'elle allait dans un endroit de ce genre, déjà il y a quelques années, à New-York, Jessica voulait toujours l'emmener. Son amie était fan de ce genre de choses, et cela lui réussissait bien vu la silhouette qu'elle avait. Isy, elle, préférait courir à Central Park. Elle vit le regard étrange que posait la voisine de Josie sur elles et hésita un instant à lui demander si elle avait un problème, avant de se détourner. Elle avait sûrement fait trop de tractions. Il y avait un bar à smoothies dans l'établissement et, elle devait avouer, il lui avait fait de l'oeil lorsqu'elle était arrivée. Les deux jeunes femmes s'y installèrent, Isobel plutôt contente de revoir Joséphine : cela faisait quelques temps qu'elles ne s'étaient pas croisées puisqu'elle devait rattraper le travail qui s'était accumulé lors de ses petites vacances à la Nouvelle-Orléans.

- Et toi, tu viens souvent ici ? C'est drôle, reprit-elle, cela ressemble vraiment à ce qu'on trouve aux États-Unis, ou chez les moldus. Tout ça en fait, fit-elle en agitant sa main, une fine bague en argent tournant autour de son annulaire, c'est très moderne. C'est peut-être le signe que l'Angleterre entre enfin dans la modernité... Bientôt ils abandonneront le chapeau magique ! Tu vis ici, non, en plus ?


Isobel Lavespère
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Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Courir au bord de la mer, ça devait être plus agréable que de se faire écraser par des blocs de fonte ! Mais Joséphine n'avait jamais vraiment aimé le jogging. Adolescente déjà, sa sœur avait essayé de l'y convertir de nombreuses fois, mais elle trouvait ça ennuyant. Et puis c'était une activité bien trop solidaire pour elle, qui aimait voir du monde. Elle préférait de loin les cours de fitness et de zumba,leurs musiques entraînantes et leurs coach motivants.  

"Je ne viens jamais ici non plus, répondit-elle en englobant la salle de musculation d'un geste de la main. Je préfère les cours collectifs, l'ambiance est beaucoup plus sympa ! Mais j'ai loupé le début du cours de Magic Zumba, alors...Elle haussa les épaules en jetant un regard en direction de l'appareil de torture qu'elle venait de quitter. Plus jamais ! On ne m'y reprendra plus en tout cas, ce n'est pas trop mon truc toutes ces machines !"

Elle avait la chance d'avoir un métier physique qui lui permettait de conserver une silhouette svelte sans avoir à souffrir sur ces affreuses machines de musculation. Elle ne serait jamais aussi mince que Robin, c'était certain - cette fille était carrément maigre, et non elle n'était pas jalouse - mais elle gardait la ligne, malgré ses visites un peu trop fréquentes au Paradis d'Eden.

Elle était gourmande, elle n'y pouvait rien, elle avait toujours eu un faible pour tout ce qui était sucré. Elle avait beau complexer en voyant les autres danseuses des Folies, toutes plus grandes et plus mince qu'elle ne l'était, elle ne parvenait pas à arrêter les gourmandises. Mais au moins elle remplissait ses bustiers, contrairement à certaines ! de toute façon, la chorégraphe préférait que ses filles aient quelques formes, alors pourquoi se priver ?

"Avec plaisir !" répondit-elle, ravie, quand Isobel lui proposa de boire quelque chose.

Elle aurait tué pour un verre de Chardonnay - elle venait quand même de frôler la mort, elle le méritait - mais ce n'était pas vraiment le genre de boissons que l'on servait chez K&K, et il était hors de question qu'elle se rende à un autre endroit dans cette tenue. Elle était très fière de son ensemble fluo, qui la mettait en valeur, mais elle avait pour principe de ne jamais franchir la porte d'un bar autrement que sur des talons hauts. C'était en partie parce qu'elle mesurait un mètre soixante, et en partie parce que ses douze centimètres suffisaient en général à lui payer ses verres. Joséphine avait toujours été à l'aise sur les talons hauts. Plutôt petite, elle avait commencé à en porter jeune et ne les avait jamais quitté.

"Je te conseille le "Rouge Passion" : pomme, framboise, cranberry et baies de goji, expliqua-t-elle en parcourant le menu du bout de son ongle manucuré. Le "Vitamine +" est bon aussi, citrouille, orange, citron et gingembre ! "

Les deux jeunes femmes passèrent leur commande à Gary, le coach qui s'occupait de tenir le bar à smoothie de temps en temps - et qui était très agréable à regarder quand il s'occupait de presser des oranges. Joséphine se sentait bien lus à l'aise maintenant que son visage devait avoir repris une couleur normale et qu'elle avait récupéré son souffle. Elle resserra un peu sa queue de cheval et promena son regard autours d'elle quand Isy évoqua la modernité de l'endroit.

"Vous avez beaucoup de salles comme ça aux Etats-Unis ? L'Europe mérite bien son titre de "vieux continent" alors ! commenta-t-elle en riant. Celle-ci est la seule qui existe en Angleterre, d'après Kalamity. Et je ne crois pas qu'il y en avait en France quand j'y vivais...Mais ça a peut-être changé depuis. Oh non tu es folle ! répondit-elle, faussement outrée, quand Isobel suggéra l'abandon du chapeau magique. Tu ne devrais même pas dire ça à voix haute, si une vieille sorcière anglaise t'entendait elle en ferait une attaque ! assura-t-elle avec un éclat de rire. Tu sais comment ils sont avec les traditions ici..."

Les anglais étaient encore pires que les français avec ça ! La société magique allemande était un peu plus moderne elle au moins ! Et celle des Etats-Unis l'était sans doute encore plus. Mais chaque chose se faisait en son temps et son amie avait raison, même ici les choses commençaient à se moderniser. Il suffisait de se promener dans Leopolgrad pour le voir.

"Oui, j'habite de l'autre côté de la place, tu devrais passer un jour ! répondit-elle avec enthousiasme. Un jour lointain, de préférence, quand elle aurait eu le temps de ranger. Ce n'est pas très grand, mais en plein centre-ville ! J'aime beaucoup Léopolgrad, c'est tellement vivant, il y a toujours des choses à faire ! Et toi, tu habites à Londres ? "

Elle avait tendance à penser que tous les employés du Minsitère vivaient à Londres, mais ce n'était pas forcément le cas, avec la magie ils pouvaient se permettre de venir des quatre coins du pays.  



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Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Isobel suivit le regard de Joséphine quand celle-ci désigna le cours de Magic Zumba qu'on apercevait à travers les baies vitrées, des battements sourds de musique résonnant dans le lieu. La coach était une petite rousse énergique qui agitait les bras en rythme et sautait vigoureusement, semblant s'arrêter de temps en temps pour interpeller les gens au fond de la salle. Hum, cela ne semblait pas très tentant. Elle n'avait pas très envie de se faire houspiller par un coach - sa prof de danse le faisait déjà parfois assez bien avec leur groupe du mardi soir - elle avait sa dose pendant la semaine. C'était pour cela qu'elle préférait le jogging : elle faisait tout à son rythme et surtout, toute seule. Entre le boulot et les soirées, elle voyait beaucoup de monde et cela lui faisait du bien de se retrouver avec elle-même. Ces temps-ci, elle n'avait même plus le cocon de son appartement pour passer ses soirées à lire dans le silence ou à pratiquer la magie, comme Madison était là. Elle avait besoin de ces breaks, c'était dommage que la météo lui enlève ! Elle n'était pas folle au point d'aller courir sous la pluie. Quoique, avec un Impervius peut-être...

- C'est un peu barbare, quand on examine bien le concept, fit Isy avec un léger sourire alors que Joséphine affirmait que toutes ces machines de salle n'étaient pas pour elle. On te lâche un poids de plusieurs dizaines de kilos sur les jambes ou bien il faut le soulever ou tirer sur des choses dures... Le corps humain n'est pas fait pour cela si tu veux mon avis, ou plutôt l'humain n'est pas fait pour cela. Sinon, il n'aurait pas inventé le service de livraison par balai de BFC.

Pas qu'elle mange chez Buck's Fried Chicken, c'était un peu trop gras pour elle mais il n'empêche qu'elle recevait de temps en temps les prospectus dans sa boite aux lettres. D'ailleurs, elle recevait bien trop de prospectus, à croire que le distributeur mettait tout dans son immeuble par flemme de finir sa tournée. A vrai dire, maintenant qu'elle y pensait, cela lui semblait plutôt probable, comme théorie. Quoi qu'il en soit, elle préférait largement les smoothies, songea-telle en contemplant la carte grande comme le bras de chez K&K. Elle suivit des yeux les lignes de fruits, certains qu'elle ne connaissait même pas et décida de s'en remettre à l'expertise de Joséphine et commanda un Vitamine + (avec au passage un joli sourire à l'homme qui tenait le comptoir, parce qu'il lui fallait reprendre ses bonnes habitudes après des semaines à brouiller du noir). Il faudrait qu'elle amène Madison ici, songea-t-elle. Pour les jus, en tout cas. C'était peut-être un peu trop mainstream pour son amie sinon...

- En tout cas, New-York n'en manque pas et je ne crois pas que la Californie fasse défaut non plus ! Mais tout va plus vite aux États-Unis, ce n'est pas la même mentalité qu'ici. Nous sommes plus mélangés avec les moldus, alors ce qui se fait chez eux se fait chez nous, et parfois réciproquement. Puis nous sommes une société bien plus grande aussi, donc tout évolue plus vite. Déjà, on a plusieurs lycées, nous. Les choses sont différentes : vous n'êtes pas prêts d'abandonner la robe de sorcier ! Enfin, je dis vous, se corrigea-t-elle, mais c'est vrai que tu n'es pas d'ici non plus ! se souvint-elle avec un rire.

Le fait d'être expatriées leur donnait régulièrement de quoi discuter, surtout que Joséphine avait vécu en France et que ce pays intéressait beaucoup Isobel. Elle y avait passé quelques semaines, lors de ses pérégrinations en Europe, avant de se poser. Elle avait d'ailleurs hésiter à aller y vivre, au moment de s'installer. L'Angleterre avait obtenu son choix au final, parce qu'elle avait tout simplement obtenu son visa de travail plus facilement. Alors que leurs jus arrivaient - nouveau sourire - Isobel cala son menton dans sa paume alors que Josie lui racontait qu'elle vivait de l'autre côté de la place.

- C'est vrai ? Ça doit être super sympa ! La ville est belle et puis animée ! Cela lui rappelait un peu New-York, en plus petit évidemment. Elle avait d'ailleurs songé à déménager lorsque Leopoldgrad avait ouvert ses portes. Après tout, elle avait passé beaucoup de temps sur ce projet, elle aurait pu en profiter... Elle avait même regardé des annonces, un appartement près du Museum d'histoire naturelle notamment avec deux chambres pour recevoir et un joli balcon qui aurait beaucoup plu à Sorbier. Elle avait remis cela à plus tard, si les choses à la Nouvelle-Orléans se passaient bien, comme une sorte de récompense. Au final, il y avait eu toute cette histoire avec Abel et, de manière assez puérile, cela lui avait coupé toute envie de venir à Leopoldgrad. Si c'était pour penser à lui à chaque fois qu'elle rentrait chez elle... L'excuse "Je me suis brouillée avec le mec qui a fait les plans de la ville" était assez pathétique, aussi en sortit-elle une autre à Josie : c'est un peu cher, les loyers je trouve. Surtout que je voulais prendre un peu plus grand que chez moi... Je vis à Oxford, explicita-t-elle. Un peu au sud de Londres, une heure en voiture moldue environ. Je ne sais pas si tu es déjà allée, c'est un tout petit quartier magique, il y a trois rues. Et une ruelle. C'est assez familial, quelques petites boutiques, commerces, deux restaurants... J'y vis depuis cinq ans, c'est des prix raisonnables et comme ça, je mets mon argent ailleurs, genre dans des Jimmy Choo.

Oui, Isobel avait une gestion particulière de l'argent. Elle gagnait sa vie correctement au Ministère, elle aurait pu avoir plus grand que ses trente-cinq mètres carrés. Elle aurait même pu devenir propriétaire ou mettre de côté au long terme, comme le répétait souvent le Gobelin qui s'occupait de son compte. C'est vrai qu'elle était un peu serrée chez elle, surtout à deux en ce moment... Mais à la place elle dépensait son argent dans des vêtements et ne mettait de côté que pour voyager, ce qui l'empêchait d'avoir de vraies économies. Elle finissait toujours à l'équilibre parce qu'elle savait se montrer raisonnable quand il le fallait mais il est vrai que ce n'était pas très adulte. Vous devriez acheter, lui avait dit son banquier la dernière fois. Même si vous êtes célibataire, nous avons des crédits intéressants. Qu'est-ce que cela voulait dire "même si vous êtes célibataire" ? Parce que pas mariée - volontairement en plus - sa vie devait se suspendre, elle devait attendre un homme pour "faire sa vie", justement ? C'était n'importe quoi. Si elle n'était pas propriétaire, c'est parce qu'elle n'aimait pas avoir d'attaches. Elle aimait l'idée de pouvoir repartir facilement quelque part si l'envie la prenait. Rentrer aux États-Unis, par exemple, pour se rapprocher de son grand-père dans ses vieux jours.

- Mon banquier m'embête justement sur l'immobilier, lança-t-elle en racontant le fameux entretien et tout le dégoût qu'elle se ressentait pour ce "même si vous n'êtes pas mariée". C'est fou quand même, tu penses être adulte, émancipée et non, on vient encore te faire la leçon. On dirait mon patron qui m'a demandé si je pensais prendre un congé maternité dans les années à venir. Même pas sûre que ce soit légal, comme demande. Et toi, on t'embête aussi avec ça ? Quoique, aux Folies, ils sont peut-être moins pénibles, fit-elle en riant.


Isobel Lavespère
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Les yeux de Joséphine brillaient d'envie tandis qu'elle écoutait Isobel lui parler des États-Unis. Elle y était allée une fois, un été pendant son adolescence. Son père avait des rendez-vous d'affaires en Floride et avait accepté d'emmener ses filles avec lui. Elles avaient passé leurs journées au bord d'une piscine privée, dans une immense villa. Joséphine avait adoré Miami. Les grandes avenues, le soleil, les boutiques, la vie nocturne. Le quartier magique était aussi branché que la partie moldue de la ville et Léopolgrad faisait presque figure de village à côté. C'était un pays dans lequel elle se serait bien vu vivre. Elle avait hésité un moment à partir là-bas, mais elle avait préféré rester en Europe. Elle en connaissait mieux la culture et s'y sentait plus à l'aise.

"Je rêverais de retourner aux États-Unis, un jour, répondit-elle, rêveuse. C'est une mentalité qui me plait ! ajouta-t-elle alors que son amie parlait de la façon dont les sorciers et les moldus étaient plus mélangés. En France les sorciers restent plutôt entre eux, et la société magique est assez traditionnelle, mais rien ne vaut la société anglaise sur ce point, je ne pense pas qu'on puisse faire plus conservateur ! précisa-t-elle en riant. Parfois je me demande ce qu'on fait ici !"

Elle était mauvaise langue. Les anglais faisaient des progrès, il suffisait de voir Leopolgrad. Mais c'était son rôle de française de râler et de critiquer tout ce qui n'était pas de son pays, non ? Et puis, si elle avait réellement trouvé l'Angleterre si ringarde, elle n'y aurait pas déménagé. Pourtant elle était là, et elle s'y plaisait. La danseuse remercia d'un sourire enjôleur le serveur qui leur apportait leur jus et trinqua avec Isobel, qui lui expliquait qu'elle s'était installé à Oxford.

"Je ne connais pas du tout, confessa-t-elle. Je suis en Angleterre depuis deux ans et je ne connais que Londres et Bristol, je ne suis pas vraiment une touriste modèle."

Elle s'était promis à maintes reprise de visiter un peu le pays. Elle voulait voir l’Écosse, visiter Dublin, flâner sur les côtes anglaises, mais elle remettait toujours tout à plus tard. Elle avait le temps, après tout ! C'était aussi ce qu'elle pensait quand elle était à Berlin et elle avait quitter le pays sans même avoir fait le tour des attractions principales de la ville. Et il y avait fort à parier qu'elle reproduirait le même schéma ici aussi. Elle était incorrigible. Joséphine s'arracha à sa séance d'auto-critique en entendant son amie prononcer un mot magique. Elle aurait tué pour une paire de Jimmy Choo. Ou presque. La jeune femme hocha vigoureusement la tête pour appuyer les paroles de son interlocutrice. Qui avait envie de mettre son argent dans un appartement quand on pouvait acheter des chaussures ?

"Oh, ne m'en parle pas, répondit-elle quand Isobel évoqua son banquier. Elle agita les mains comme pour chasser ce sujet de conversation. Ce n'était pas qu'elle redoutait son banquier. Juste qu'elle n'appréciait pas particulièrement de le rencontrer. Je déteste mon banquier. C'est un jeune pourtant, plutôt mignon en plus ! Je suis passée à la MarchBank, précisa-t-elle, histoire d'éviter qu'Isobel ne pense qu'elle fantasmait sur un gobelin. Mais je crois qu'il est gay, en tout cas il est complètement insensible aux décolletés, ce qui n'arrange pas mes affaires. Même ses moues embarrassées les plus adorables n'avaient aucun effet, c'était frustrant. On est surtout payées en espèces aux Folies, et j'ai tendance à ne jamais les déposer sur mon compte, avoua-t-elle avec une grimace. Mais il y a un centre commercial en face de chez moi, je n'y peux rien !"

Un centre commercial avec pas moins de quatre magasins de chaussures différents. Non vraiment, comment était-elle censée économiser avec ça ? Elle avait déjà du mal à garder suffisamment d'argent pour payer son loyer !

Joséphine gérait très mal son argent, parce qu'elle n'avait jamais appris à le faire. Pendant dix-huit ans elle n'avait même pas à compter ce qu'elle dépensait. Elle mettait tout sur le compte de son père et dépensait sans se soucier des prix. Elle avait perdu la fortune de son père mais conservé ses mauvaises habitudes. Et forcément, ça fonctionnait moins bien. Il lui arrivait de toucher de très beaux pourboires et si elle avait été raisonnable elle aurait pu vivre correctement -ou au moins payer toutes ses factures en temps voulu- mais elle n'y arrivait pas. C'était plus fort qu'elle.

"Nan, il t'a demandé ça ? s'indigna-t-elle quand Isobel évoqua les questions déplacées de son employeur. Je suis sûre que c'est illégal ! Vraiment. Elle n'avait aucun argument juridique pour étayer cette déclaration, mais elle en était persuadée. C'était déjà bien. Hum...Non, je ne crois pas qu'on m'ait déjà embêté avec ça aux Folies, répondit-elle, songeuse, en sirotant son jus. Mais c'est clairement le genre de métier où on peut difficilement travailler enceinte, ajouta-t-elle avec une grimace. Je pense que si une de nous tombait enceinte elle pourrait dire au revoir à son boulot..."

Elle ne s'était jamais vraiment renseignée sur la politique des Folies Sorcières en matière de congé maternité. Mais elle n'était pas certaine de vouloir savoir. De toute façon elle n'était pas concernée, elle ne voulait pas d'enfants.

"C'est incroyable quand même, les gens voient une femme de trente ans et ils sont persuadés qu'elle veut être maman dans les années à venir. Comme si on avait pas le choix !"



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Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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- Qui sait, fit Isobel en haussant les épaules, c'est peut-être ta prochaine destination ! Comme je le dis souvent à ton patron, les Folies font pâle figure à coté de Las Vegas, mais il ne veut rien entendre.

L'un de ses objectifs de vie était de faire comprendre - ou entendre - à Roy la supériorité des États-Unis sur le vieux continent. Elle comptait bien le toucher avec des arguments auxquels il était sensible et cela passait par un traditionnel séjour dans la ville du vice. Elle était certaine que Joséphine s'y plairait, elle aussi, elle avait un peu cerné son profil à force de discuter aux Folies quand elles se croisaient. Les deux femmes avaient plusieurs points communs, notamment le fait d'être deux expatriées qui avaient un peu voyagé et se retrouvaient donc sans trop de racines dans ce pays étrange qu'était l'Angleterre. Qu'on se le dise : elle était ici depuis sept ans environ et tous les ans, elle était surprise des températures hivernales. Elle ne s'y ferait jamais. Peut-être bien que, comme Joséphine, elle finirait par repartir, aux États-Unis ou bien ailleurs... Elle n'était pas sûre. Avant de retourner à la Nouvelle-Orléans, elle avait commencé à s'installer plus sérieusement dans le pays, peut-être déménager dans un appartement plus grand, s'autoriser à se projeter sur plusieurs années. Retrouver son grand-père avait un peu basculé ses plans, elle avait parfois envie de se rapprocher de vie. La famille veillait sur lui en Louisiane mais ils avaient été éloignés longtemps... Elle était un peu perdue de ce côté là. Enfin, elle ne se prenait pas la tête : elle avait toujours vécu au jour le jour depuis sa fuite.

- Nous sommes ici pour éclairer cette terne contrée, que crois-tu, lança Isy avec un peu de malice. Elle aurait bien rejeté ses cheveux en arrière pour accentuer son effet mais ils étaient remontés en queue de cheval. Je ne veux pas dénoncer, mais les plus belles femmes des Folies ne sont pas anglaises. Regarde Sofya, regarde toi, et moi, évidemment, ajouta-t-elle avec une modestie empruntée à son meilleur ami.

Un peu de narcissisme pour panser son égo piétiné (puis brûlé, jeté au vent, consommé par des animaux sauvages et recraché) par Abel ne pouvait pas faire de mal. Une sensation bien trop familière et bien trop désagréable s'installa dans sa poitrine à la pensée de cette histoire et elle se força à rejeter brusquement cette pensée loin d'elle. Cela lui encrassait déjà l'esprit en permanence, du réveil au coucher et elle avait absolument besoin de se détendre pour laisser tout cela s'envoler loin d'elle. Elle se pinça légèrement et discrètement l'arrière du bras, comme pour se décourager de s'appesantir sur le sujet. L'arrivée des boissons fut une distraction suffisante et elle reprit le fil de la conversation, un sourire un peu plus crispé sur les lèvres.

- Ou peut-être, répondit-elle à la théorie de Josie sur son banquier, que c'est juste un Gobelin sous Polynectar, ce qui expliquerait beaucoup plus de choses. Si tu veux mon avis, c'est bien trop louche que les Gobelins aient abandonné une partie de leurs prérogatives sur le système bancaire. Soit ils préparent de nouveau une guerre soit c'est une vaste mascarade et ton beau et strict banquier n'est qu'un petit être velu, gris, plissé et avide d'argent.

Elle n'était pas Gobelinophobe. C'est juste que les sorcières vaudous avaient un passif avec ces créatures, une sombre histoire de territoire au Bénin. Parmi les contes pour enfant dont sa grand-mère l'avait bercée, il y avait donc Le Loa et le Gobelin et elle en avait été traumatisée. Elle en faisait des cauchemars, gamine. Et maintenant que son  banquier lui parlait mariage et investissement immobilier à taux fixe, et bien il faisait encore plus peur. Bon, évidemment, elle n'avait jamais raconté à personne qu'elle avait peur des Gobelins. Elle n'avait pas même pas peur. C'est juste qu'elle n'était pas rassurée en leur présence, voilà tout. Un fantôme, d'accord, un esprit, pas de soucis, un zombi, elle adorait mais un Gobelin... Brr.

- Ne compte pas sur moi pour te blâmer là dessus... Enfin un centre commercial décent dans le monde magique. Parce que c'est bien mignon les petites échoppes du Chemin de Traverse, c'est typique, tout ça, mais niveau style... Enfin j'ai pris l'habitude d'aller chez les moldus, du coup. De toute manière, je ne porte pas de robe de sorcière, même pas au boulot, donc j'étais limitée sur le Chemin. Très joli ensemble, d'ailleurs, lança-t-elle à l'adresse de son amie en prenant au passage une gorgée de jus, qui était vraiment bon. Oh, on devrait aller au centre commercial ensemble, un de ces jours ! Je pense qu'on pourrait s'entendre...

Parce que, comme Josie, le shopping était un gros point faible. Elle aimait les vêtements, les chaussures, les sacs, le maquillage, la décoration... Elle aimait avoir. Cela n'avait pas toujours été le cas mais en arrivant à la fac, alors qu'elle était pourtant vraiment fauchée, elle avait découvert un nouveau monde : beaucoup de gens dans sa promotion étaient issus de familles plus aisées qu'elle et, pour les galas ou les soirées auxquelles ils assistaient dans le cadre de leurs stages ou de la fac, les filles avaient ces robes dont elle ne pouvait même pas envisager de se payer la moitié. Pour ses stages, elle avait couru les friperies parce qu'elle ne pouvait décemment pas y aller en jeans. Et puis, au fur et à mesure, elle s'était découvert un amour de tous ces jolis vêtements et de ces jolies choses... Ses premiers salaires de salariée avaient été l'occasion, enfin, de moins survivre et de commencer à se faire un peu plaisir. Il n'était pas difficile de diagnostiquer là le symptôme de la gamine privée de tout qui avait pris sa revanche plus tard... Tant pis, si elle avait l'air matérialiste ou superficielle. Isobel voyait dans toutes ces jolies choses un signe de sa réussite.

- Si ce n'est pas illégal, en tout cas, ce n'est pas correct. J'aurais bien aimé avoir une réponse spirituelle à lui aligner, mais j'ai été prise de court. Que je veuille - ou pas, et plutôt pas d'ailleurs - des enfants ne le regarde pas. Et admettons que j'en fasse un, j'ai tellement donné dans ce boulot que je mériterai bien de pouvoir m'arrêter tranquillement. Je fais des horaires de dingue.

C'était d'ailleurs peut-être pour cela que Harvey guettait scrupuleusement un potentiel arrêt de sa part... Il n'avait pas vraiment de soucis à se faire de ce côté là. Isobel était plutôt assidue et posait même rarement ses jours de congé, ce qui finissait par poser problème au bout d'un moment.

- C'est vrai que c'est difficile d'être sexy sur une scène avec un ventre énorme et les chevilles gonflées... Pas sûre que ça plaise à vos riches clients. Surtout chez les danseuses des Folies, qui entretenaient soigneusement leurs silhouettes, Isobel le savait. Mais oui, renchérit-elle à l'exclamation de Joséphine. Je veux faire plein de choses dans les années à venir mais surtout pas un gosse. C'est encombrant, fit-elle en commençant à compter sur ses doigts vernis, ça te tue ton couple si tu étais en couple, tu ne peux plus rien faire sans s'occuper de le caser quelque part, tu ne dors plus, tu ne sors plus et en plus, tu as pris dix kilos et trente vergetures. Et en plus, faut l'élever. Franchement, je préfère m'abstenir. De nombreux gens auraient dû s'abstenir, d'ailleurs. Sa mère, par exemple. Enfin, reprit Isy, excuse-moi si toi tu veux des enfants, je peux être un peu vexante sur la question mais je crois que je suis allergique à la maternité. J'ai vraiment un karma pourri de ce côté là...

Elle avait eu une mère horrible et, qu'on se le dise, elle ferait une mère horrible. Elle était bien trop égoïste et individualiste et elle ne prendrait pas le risque de faire souffrir son hypothétique bébé de la situation.


Isobel Lavespère
I am a villain, a hero, no more and no less, an awful disaster, a beautiful mess. @ ALASKA.

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