AccueilAccueil  FAQFAQ  Où trouver...?  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | .
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 

 Les désargentés [Samantha-Dave-Lauren]

Lauren McGowanAspirante Auroravatar
Messages : 136

Voir le profil de l'utilisateur
02 novembre 2009

Cela faisait trois jours. Trois jours que la MarchBank s'était effondrée, emportant avec elle des dizaines de victimes. Trois jours que le pays était en deuil. Trois jours que le Ministre de la magie était dans le comas. Et trois jours que Dave était hospitalisé à Ste-Mangouste. Jamais Lauren n'aurait pensé être capable de tenir si longtemps. Son meilleur ami était hospitalisé depuis trois jours. Elle n'avait aucune nouvelle, ne savait pas dans quelle mesure il était blessé ou s'il allait bien, son père était dans le comas. Trois jours, et elle n'était pas allée le voir.

Elle y pensait nuit et jours, avait hésité à transplaner pour Ste-Mangouste des dizaines de fois, mais s'était toujours ravisée. Elle savait que Dave n'avait pas envie de la voir. Elle se souvenait trop bien du dernier regard qu'ils avaient échangé alors qu'on les faisait sortir du Manoir Marchebank, elle et Sam, après avoir été surprises dans le bureau du Minsitre. Elle n'avait trouvé que de la déception et de la colère dans les yeux de Dave ce soir là, et elle l'avait largement mérité. Elle lui avait envoyé plusieurs patronus depuis, une lettre également, tous restés sans réponse. Et elle ne pouvait pas lui en vouloir. Il devait la détester. Les détester toutes les deux. Et quelque part il avait bien raison, c'était mieux comme ça. Si elle ne s'était pas encore rendue à Ste-Mangouste, comme toute meilleure amie aurait dû le faire, c'était parce qu'ils n'étaient plus amis. C'était fini.

Pourtant elle ne pouvait pas ne pas y aller. Elle ne pouvait pas balayer sept ans d'amitié comme ça. Elle ne pouvait pas oublier Dave et tout ce qu'il avait représenté pour elle. Peut-être qu'il ne voudrait pas les voir, peut-être qu'il les haïssait plus qu'il n'avait besoin d'elles, mais c'était leur devoir d'essayer. Elles lui devaient au moins ça. Elles avaient décidé, avec Samantha, de lui rendre visite aujourd'hui, et cette perspective plongeait Lauren dans une angoisse terrible. Elle avait peur de l'état dans lequel elle trouverait son meilleur-ami, mais également peur de l'accueil qu'il leur réserverait. Elle craignait de voir qu'il avait besoin d'elles plus que jamais, et qu'elles ne puissent pas être là pour lui, parce qu'elles avaient perdu ce droit le jour où elle avait rejoint la résistance.

Elles avaient fait ce choix en connaissance de cause. Elles savaient très bien que parmi les résistants certains étaient prêts à tout, et elles savaient très bien que le fils du dictateur ne serait pas épargné. Mais jamais elles n'auraient imaginé un tel désastre. Elles n'avaient pas signé pour ça. Ce n'était évidement pas ce qu'elles avaient voulu en rejoignant la résistance. Elles payaient le prix de ce choix bien plus cher qu'elles ne l'auraient imaginé, et Lauren commençait à se demander si elle avait fait le bon, de choix. La résistance valait-elle vraiment mieux que la dictature ? Avait-elle eu raison de sacrifier son amitié avec Dave pour des barbares qui tuaient des innocents ? Elle n'était plus sûre de rien.

« Tu es prête ? » lança-t-elle à Samantha d'une voix mal assurée alors qu'elle finissait de lacer ses baskets, les mains tremblantes.

Bien sûr que non elle n'était pas prête, pas plus qu'elle, mais elles ne seraient jamais prêtes pour ça. Même maintenant, alors qu'elles étaient sur le départ, Lauren n'était pas certaine de ce qu'elle devait faire ou non. A quel point était-ce hypocrite de se présenter au chevet de Dave après l'avoir trahi comme elles l'avaient fait ? Elle était réellement inquiète pour lui, elle n'en dormait plus depuis trois jours, mais elle ne pouvait pas lui imposer sa présence pour autant, pas après ce qu'elle avait fait. Cette rencontre la rassurerait peut-être sur l'état de son ami, mais elle doutait que cela ne fasse du bien à qui que ce soit. Cela ne ferait que raviver leurs plaies, réveiller leurs colères, leurs rancœurs, et leurs regrets.

En quête de soutient, Lauren attrapa la main de sa petite-amie avant de transplaner pour Ste-Mangouste. Elle laissa Samantha s'occuper de tout, elle connaissait bien mieux les lieux qu'elle. L'attentat avait eu lieu trois jours plus tôt et c'était comme si le drame venait de se dérouler. Des médicomages débordés et fatigués, des brancards dans les couloirs, des mines inquiètes sur tous les visages. L'atmosphère était pesante, étouffante.

Elles passèrent quelques minutes à un guichet et finirent par avoir un numéro de chambre. Tout ça s'était déroulé bien trop vite. Lauren s'était presque mise à espérer qu'on leur refuserait l'accès, que Dave aurait déjà de la visite, qu'on leur dirait de repasser plus tard. Elle avait beau y penser depuis trois jours, elle n'était pas prête à ça.

La dernière fois qu'elle avait emprunté les longs couloirs de Ste-Mangouste c'était pour rendre visite à Samantha après sa morsure et elle se trouvait à peu près dans le même état d'angoisse. Cette visite avait eu un impact plutôt positif sur leur relation, mais la batteuse doutait très fortement qu'il en serait de même aujourd'hui. Elle ne pouvait pas, elle ne le supporterait pas. Elle ne se sentait pas capable de voir Dave, de savoir qu'il allait mal, qu'il avait besoin d'elle, et d'affronter son rejet.

Elle se força à respirer calmement et pressa la main de Samantha dans la sienne, sans parvenir à calmer son stress. Son cœur menaçait d'exploser dans sa poitrine et sa peur grandissait à mesure qu'elles se rapprochaient de le chambre qu'on leur avait désignée. Elles s'arrêtèrent finalement en face de la porte et Lauren jeta un regard hésitant en direction de Samantha, devinant qu'elle devait être à peu près dans le même état qu'elle. Dave était juste là, à quelques mètres, elles ne pouvaient plus renoncer maintenant. Elles devaient le faire, autant pour lui que pour elles. Peut-être qu'il ne voudrait pas les voir, peut-être qu'il les repousserait, mais elles devaient lui offrir la possibilité de pouvoir compter sur ses anciennes amies encore une fois.

Dévorée par les remords et rongée par la peur, elle aurait eu envie de cogner de toute ses forces, dans n'importe quoi, de laisser exploser sa frustration et de se vider de son énergie jusqu'à ne plus pouvoir penser. Au lieu de quoi elle leva un bras, hésitante, et frappa trois faibles coups contre la porte.


Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
Messages : 243

Voir le profil de l'utilisateur
La main de Lauren serrée dans la sienne, Samantha déambulait dans les couloirs de Sainte Mangouste comme un zombie. Cela faisait trois jours qu'elle n'avait pas quitté l'hôpital, sauf pour faire des trajets en ambulance. Trois jours de cauchemar, où ses rares heures de sommeil avaient été glanées dans une salle de garde ou au volant de son ambulance, avant d'être appelée sur une autre urgence. Depuis trois jours, depuis ce moment fatidique où elle avait aidé à tirer Dave des décombres et à le mettre dans un brancard, Samantha avançait en mode automatique. Le monde lui apparaissait avec une certaine distance, un certain détachement, et elle était à moitié persuadée de vivre un choc post-traumatique - mais personne n'avait eu le temps de se pencher sur son cas. Elle-même n'avait pensé à manger que lorsqu'elle avait failli faire un malaise au volant, la veille.

Comme à travers un brouillard, Samantha récupéra le numéro de la chambre de Dave et entreprit de guider sa petite-amie à travers l’hôpital, qu'elle connaissait par coeur. Sam aurait pu récupérer le diagnostic de leur ancien ami si elle l'avait souhaité, mais n'avait pas pu s'y résoudre. Car au fond - et elle avait tenté de préparer Lauren à cela - elle se doutait que le pronostic n'était pas bon. L'état dans lequel Dave était ce jour là... Merlin. Ils avaient failli le perdre ce jour-là, en même temps que son père. Dave était vivant, c'était la seule certitude, mais dans quel état ? Garderait-il des séquelles à vie de cet attentat horrible, causé par la résistance ?

A l'instar de Lauren, elle pensa à la dernière fois qu'elles s'étaient retrouvés ensemble à l'hôpital. Ce jour qui avait tout changé. Combien de fois devraient-elles connaître des moments comme celui-là ? Qu'avaient-elles fait à Merlin pour que le sort s'acharne comme cela sur elles et sur leurs proches ? Car Dave restait leur proche et leur meilleur ami. Le régime horrible de son père les avait peut-être séparé, et peut-être qu'ils ne se parleraient plus jamais. Peut-être même qu'il ne souhaitait pas leur présence aujourd'hui. Mais il restait leur meilleur ami, et cela, elle l'avait compris ce jour là, lorsqu'elle l'avait vu enfoui sous les décombres, le visage pâle comme la mort et le pouls fuyant. Elle avait eu l'impression qu'on lui arrachait le coeur, et n'avait jamais conduit aussi vite de toute sa vie - à se demander comment elle n'avait pas écrasé quelqu'un au passage.

Et le pire, c'est qu'elle avait dû y retourner. Elle avait laissé Dave sur le parking de l'hôpital, aux bons soins de Marlene qui l'accompagnait, ce qui lui avait tordu le coeur, mais elle savait qu'il n'y avait pas une minute à perdre. Chaque ambulancier, apprenti ou titulaire, avait pris une ambulance pour lui, il n'y avait plus de binôme qui tienne, et chacun avait fait le plus d'allez-retour possible. Les blessés se comptaient par centaines, et il s'agissait de blessures magiques, causées par les décombres d'une banque ensorcelée : impossible de transplaner. Elle avait conduit des heures durant, avait bu quelques potions revigorantes pour pouvoir tenir les heures qui suivent, avait rendu plusieurs fois le contenu de son estomac. Elle avait vu des inconnus, ensanglantés, mais aussi plusieurs têtes connues, comme une Nora dans un état second qu'elle avait aperçu au loin, ou encore les Baker et leur nouveau-né.

Sainte Mangouste avait connu ses propres pertes, dont une médicomage appréciée de tous, mais le temps du deuil n'était pas encore arrivé pour les équipes soignantes. Les choses commençaient à se calmer pour les ambulanciers, même s'il fallait encore assurer le service habituel, mais Sam avait pu obtenir quelques heures de repos. Elle s'était retrouvée chez elle, complètement déboussolée, dans un état second, incapable de s'allonger pour dormir. Alors Lauren et elle avaient pris la seule décision qui s'imposait et avaient repris la route de l'hôpital. Il y aurait un temps pour le repos, après. D'abord, il lui fallait déjà réaliser, et assimiler, ce qu'elle venait de vivre et les conséquences à en tirer...

Sam resserra sa prise sur la main de Lauren quand cette dernière frappa quelques coups à la porte. Elles se turent un instant et tendirent l'oreille, puis il sembla à Sam qu'une voix masculine leur répondait. La jeune femme posa la main sur la poignée et la tourna doucement, ouvrit la porte et fit un pas à l'intérieur de la pièce, plongée dans l'obscurité.

"C'est nous..."









   
Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
Messages : 146

Voir le profil de l'utilisateur
Dave s’était réveillé la veille, en début de matinée. Il avait ouvert les yeux après un sommeil impossible à mesurer, un sommeil très étrange, un sommeil qui ne l’avait pas vraiment reposé. Il s’était senti engourdi, sonné en se réveillant. Son cerveau habituellement si vif restait embourbé dans des divagations très troublantes. Les gens s’agitaient autour de lui, tout un personnel médical, sa mère, son oncle. Il ne comprenait pas ce qui se passait. On lui posait des questions, il ne savait pas répondre. Il avait simplement émis un son. Sa voix lui avait paru être celle d’un autre.

Il pensait que les images qui flottaient dans sa tête, incohérentes, partielles, étaient les réminiscences d’un long rêve très dérangeant. Mais quand il avait pu reprendre un peu plus contenance, quand il avait pris un repas et qu’il s’était senti les idées plus claires, il avait eu une conversation avec sa mère qu’il n’oublierait jamais. Depuis, il était en état de choc. Jamais il ne s’était senti comme ça. Même l’annonce des infidélités de son père n’avait pas provoqué un tel état d’abasourdissement chez lui, c’était sans commune mesure. Même le jour où Samantha s’était faite hospitaliser et qu’il avait craint pour sa vie, il n’avait pas ressenti ce qu’il était en train d’expérimenter. La Marche Bank avait explosé, sous les coups d’un attentat terroriste. Sa grand-mère était morte. Son père était dans le coma. Quant à lui, il avait subi un accident aux conséquences irrémédiables.

Voilà tout ce qu’on lui demandait d’encaisser. Peu à peu, les images flottantes s’étaient faites plus claires, plus réelles dans sa tête. Le sol de la banque qui tremblait, les hurlements, les bousculades, le sang dans sa bouche, la main de Kessy dans la sienne, des corps étendus autour d’eux, un poids terrible sur lui, la voix de son père qui l’appelait, des lumières aveuglantes, des voix inconnues et empressées autour de lui… Tout lui était revenu, avec davantage de détails, et la terrible réalisation avait vite suivi. Il était à l’hôpital parce qu’il avait ployé sous les décombres de la Marche Bank qui s’effondrait.

Dave avait cru que sa fatigue musculaire, qu’il ressentait jusqu’au bout de ses doigts, expliquait pourquoi il était incapable de bouger ses jambes. Ce n’était pas le cas. Après son réveil, un médicomage avait passé une bonne heure avec lui, à lui expliquer ce qui s’était passé, qu’il avait reçu un pilier en pierre sur le dos et que certaines de ses vertèbres avaient été touchées. Dave avait aussitôt demandé à voir les radios. Il n’était même pas spécialiste, ce n’était pas comme s’il allait pouvoir poser un autre diagnostic en voyant ces images. Mais il avait besoin de voir. Il était persuadé que si des vertèbres étaient cassées, il aurait du le sentir forcément ! Il s’était déjà déplacé des vertèbres un jour, en faisant un faux mouvement et comme il était grand de taille et en pleine croissance, il était plus sujet à ce genre d’accident. Cela lui avait fait un mal de chien. Mais là, il ne sentait rien, absolument rien du tout. Tout le bas de son corps était paralysé. C’était effectivement le terme qu’avait employé le médicomage, avec un air contrit : « paralysé ».

Il ne lui avait pas laissé beaucoup d’espoir. Il arrivait que certaines personnes parviennent à peu près à marcher, après des mois de rééducation, mais le pourcentage était très minime. Dave n’avait plus voulu l’entendre continuer, après cela. Il refusait d’accepter ce qu’il disait. Il recevait des soins des infirmiers de l’hôpital, il ne faisait plus grand-chose par lui-même mais il refusait de penser que le fait qu’on doive s’occuper de lui n’avait rien de temporaire. Il ne pouvait pas accepter que cela soit définitif.

Il avait passé le reste de la journée plus silencieux que jamais. Pourtant, il avait reçu de la visite, mais il n’avait que très peu parlé. Il avait demandé à sa mère de ne laisser personne venir aujourd’hui, il ne voulait surtout pas subir une journée comme la veille, où il avait vu défiler un tel nombre de gens à son chevet qu’il avait terminé avec un terrible mal de crâne : sa mère, son oncle John, ses cousins et cousines, Rosaleen, Kessy, plusieurs collègues de la banque. Il n’était pas encore prêt à gérer tout ce monde-là, à gérer leurs réactions, à encaisser leur émoi. Il était lui-même perdu, il ne réalisait pas ce qu’il lui arrivait, et toutes ces larmes, toutes ces paroles de réconfort qu’on lui adressait rendait les choses beaucoup trop réelles à son goût. Il avait besoin de temps, pour lui tout seul, pour réfléchir, pour comprendre ce qui lui arrivait.

Pourtant, en milieu de journée, on toqua à sa porte, ce qui le tira de ses pensées moroses. Encore un infirmier ? La voix de Dave s’éleva, atone :

« Oui ? »

La porte finit par s’ouvrir sur deux personnes qu’il n’aurait jamais pensé trouver là. Il avait reconnu la voix de Samantha avant qu’elle ne pénètre dans la pièce, ce qui n’empêcha pas la surprise de se peindre sur son visage. Elle était suivie de Lauren. Dave les avisa toutes les deux, les lèvres fermées, sans savoir comment réagir. Ils ne se parlaient plus depuis plus de trois mois. Dave ressentait encore la blessure de leur trahison dans son coeur et les voir ne faisait que raviver ce sentiment pénible. Mais il souffrait déjà tellement depuis son réveil, que cela ne changea pas grand-chose à sa mine assombrie. Il détourna le regard pour le poser sur la fenêtre, sur le mur opposé à celui de la porte.

« Qu’est-ce que vous faites là ? »

Il ne voyait pas ce qui les amenaient ici, leur amitié était brisée. Elles n’avaient aucun devoir de visite envers lui. Si elles avaient pitié de lui, ce n’était pas la peine de venir, Dave n’avait ni envie ni besoin de leur pitié.
Lauren McGowanAspirante Auroravatar
Messages : 136

Voir le profil de l'utilisateur
Une voix masculine s'éleva de la chambre de Dave, les invitant à entrer, mais Lauren ne bougea pas. Elle n'osait pas bouger, elle n'arrivait pas à se résoudre à pousser la porte. Elle était terrifiée. Seule sa gorge, trop nouée pour laisser échapper le moindre son, l'empêcha de retenir Samantha alors que cette dernière posait une main hésitante sur la poignée. Elle resserra ses doigts autours de la main de sa petite-amie et retint sa respiration alors qu'elles pénétraient finalement dans la chambre de Dave. Les murs trop blancs et l'odeur tenace de désinfectant ne leur laissaient aucune chance de pouvoir oublier l'endroit où ils se trouvaient. Tout dans ce décor paraissait grotesque, irrégulier, anormal, de la lumière artificielle aux imposantes machines dont les bip incessants brisaient le silence à intervalles réguliers.

Son coeur battait à lui rompre les côtes quand Lauren tourna finalement les yeux vers Dave. Elle aurait laissé échapper un juron de surprise si elle n'avait pas manqué de s'étouffer face au choc. Elle ne s'attendait pas à lui trouver bonne mine, pas après ce que Samantha lui avait raconté, mais elle ne s'était pas préparée à le voir ainsi. Blafard, le visage creusé, appuyé sur des oreillers moins blancs que lui. Son aspect maladif restait plus facile à supporter que l'indifférence dans son regard. Elle aurait préféré qu'il s'énerve, qu'il les inonde de reproches, ou même qu'il éclate en sanglots, tout plutôt que cette expression fermée et cette indifférence dans son regard.

Dave brisa finalement le silence d'une question amère, d'une question qui n'aurait pas dû se poser. La réponse aurait due être évidente. Il y a quelques semaines encore, il n'aurait jamais questionner la légitimité de leur présence. Elles étaient ses meilleures amies, leur place était ici. Elles s'inquiétaient pour lui, elles avaient besoin de le voir et d'être là pour lui. Elles voulaient être présentes et l'aider comme elles le pouvaient. Visiblement cette logique ne tenait plus. Rien n'était plus évident, plus rien n'était acquis entre eux.

Il avait probablement raison, elles n'avaient plus le droit d'être ici. Elles n'auraient pas dû venir. Ils n'étaient plus amis, et c'était pour le mieux. Elles avaient définitivement perdu sa confiance, et elles ne pouvaient plus se permettre d'être proches de Dave. La résistance avait déjà essayé de mettre au profit leur relation avec le fils du Ministre, cette fameuse nuit au Manor Marchebank, et il n'y avait aucun doute qu'elle n'hésiterait pas à recommencer, avec ou contre leur grés. Tant qu'elles feraient partie de la résistance, elles ne pouvaient pas se rapprocher de Dave à nouveau. Si elles voulaient lui rester loyales, elles garderaient leurs distances. C'était la meilleure chose à faire, la seule solution pour éviter qu'ils ne se fassent davantage de mal.

Elle savait tout ça, mais elle ne parvenait pas à s'y résoudre aujourd'hui, pas alors que Dave était dans un lit d'hôpital. Demain elle redeviendrait rationnelle, demain elle accepterait l'inacceptable, elle ferait ce qu'il fallait. Aujourd'hui elle voulait juste être là pour son ami, une dernière fois. Aujourd'hui elle s'autorisait à espérer que Dave trouverait la force de les pardonner et qu'ils pourraient reconstruire leur amitié, petit à petit. C'était complètement fou, de penser que les choses pourraient redevenir comme avant malgré tout ce qui les séparait. Mais plus elle regardait Dave, plus elle voyait sa faiblesse et devinait sa détresse, plus elle s'accrochait à cet espoir, de façon complètement déraisonnable. Elle ne pouvait pas l'abandonner maintenant, pas alors qu'il avait plus que jamais d'être entouré de ses amis.

"On s'inquiétait..." répondit-elle d'une voix rauque, à peine audible.

Elle aurait voulu lui dire telle plus. Lui avouer comme elle avait eu peur, comme elle s'était rendue malade d'angoisse. Elle voulait lui demander s'il tenait le coup, comment il allait, physiquement et émotionnellement. Elle voulait qu'il puisse se décharger sur elles de tout ce qu'il ne pouvait pas porter tout seul, mais elle n'y arrivait pas. Les mots restaient coincés dans sa gorge alors que Dave gardait le visage fermé, le regard résolument dirigé à l'opposé de l'endroit où elles se tenaient. Le message était clair : il n'avait pas envie de les voir. Tant pis, il était hors de question de partir. Pas tant qu'il y aurait le plus infime espoir qu'ils puisse redevenir ses amies, juste aujourd'hui. Juste le temps qu'il aille mieux, et que la vie reprenne son cours. Après il faudrait se séparer pour de bon.


Samantha MillerAmbulancière magiqueavatar
Messages : 243

Voir le profil de l'utilisateur
Depuis soixante-douze heures, Samantha avait vu beaucoup de victimes de l'attentat aux visages tirés, aux visages pâles et ensanglanté, d'innombrables blessés aussi mal en point que Dave. Elle se pensait insensibilisée, et pourtant, la vue de son ancien ami perdu sous ses couvertures, avec ses traits creusés et son regard éteint, l'ébranla instantanément. Elles étaient là, directes devant elle, les conséquences de cet attaque de la résistance, personnifiées par le fils du ministre qui n'en était pas sorti indemne. Sam ne savait pas exactement dans quelle mesure, mais à voir l'expression de son visage, à entendre le ton de sa voix rauque, elle savait qu'il en garderait des conséquences jusqu'au dernier jour de sa vie. Peut-être était-ce son cas, à elle aussi, souffla une petite voix à l'intérieur, comment pouvait-on se remettre d'avoir été témoin de ce qu'elle avait vu ? Le sentiment d'horreur et le dégoût qu'elle ressentait depuis trois jours ne faisaient pas mine de s'atténuer, malgré le brouillard qui lui flouait l'esprit.

A la question de Dave, elle se contenta d'un vague hochement d'épaules, sans se formaliser ni remettre en question leur démarche. Sam avait arpenté cet hôpital, pendant des heures, à prêter main forte aux infirmières et médicomages avec ses maigres compétences médicales, à essuyer le sang des uns et à rassurer les autres, à aider à déplacer des brancards, à décharger des cargaisons de médicaments supplémentaires envoyées en urgence par l'Union Sorcière Européenne face à la crise, bref, à se rendre le plus utile possible. C'était la seule raison pour laquelle elle ne s'était pas rendue plus tôt au chevet de Dave, car son esprit ne l'avait pas quitté une seconde depuis qu'elle l'avait conduit sur le parking de Sainte Mangouste. La pensée qu'elle puisse perdre celui qui avait été - et qui resterait toujours, au fond - son meilleur ami la terrifiait, encore plus maintenant, alors qu'ils étaient fâchés pour la première fois depuis leurs onze ans.

S'avançant d'un pas hésitant dans la pièce, pour se poster à côté du lit, elle approuva d'un hochement de tête la réponse de Lauren. Le coeur serré par l'inquiétude et la compassion, elle contempla un moment le visage de Dave qui, résolument tourné de l'autre côté, était passablement marqué. Le silence, ponctué par les bruits des machines qui entouraient Dave, lui sembla bien vite insupportable et elle renchérit de sa voix éreintée :

"Oui, on voulait te voir, savoir comment... tu allais. Quand on t'a descendu de l'ambulance tu étais tellement... enfin, j'ai cru qu'on t'avait perdu."

Comme elle revivait ce moment terrible, elle sentit l'angoisse qu'elle avait éprouvé alors l'étreindre de nouveau, et les larmes embuer son regard clair. Quelles que soient les séquelles éventuelles que garderait Dave, dans son corps ou, plus probablement, dans son âme, Sam se sentait malgré tout soulagée de le voir vivant. Elle avait vu de ses propres yeux les décombres fumantes de la construction magique et les dégâts terribles et parfois étranges qu'ils avaient pu causer sur le corps humain. Alors Sam le savait, ce n'était pas passé loin...



   
Contenu sponsorisé


Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 

Les désargentés [Samantha-Dave-Lauren]

Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Soirée entre "amis" [Samantha, Lauren, Dave & Emma]
» Le Désargenté et la Riche [Hithiel ?]
» Samantha Montoya ( une nouvelle pas si nouvelle) [VALIDEE]
» Le retour de Samantha Carter
» Dave Brubeck

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Aresto Momentum :: Autres Horizons :: Londres, :: Sainte-Mangouste,-