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 Le malheur est la véritable égalité [Abel & Roy]

Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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30 octobre 2009

« Abel ? J’ai aperçu une femme tout à l’heure se faire embarquer dans une ambulance, quand je suis parti rejoindre la deuxième équipe d’ingénieurs. C’était un peu loin mais je… Je suis à peu près sûr que c’était ton amie du Ministère. »

C’était sur cette phrase qu’Abel avait hâtivement quitté Isaac et leurs collègues, tandis qu’ils commençaient à se regrouper une fois leur travail fini. Une ambiance étrange avait posé un silence méditatif et morose entre eux, au moment où ils avaient tous baissé leurs baguettes pour voir s’écrouler les derniers morceaux de la March Bank. Personne n’avait prononcé quoique ce soit, pas même pour se féliciter d’avoir permis aux secours de faire sortir le maximum de personnes, en retenant la structure en place le plus longtemps possible. Il n’y avait nulle gratification à tirer de cette action, c’était leur travail, et c’était leur travail aussi de s’assurer que leurs édifices logent des personnes en toute sécurité. Le mot « attentat » avait beau être sous toutes les bouches, les déchargeant de toute responsabilité en tant que constructeurs, Abel se sentait profondément mal. Des dizaines et des centaines de sorciers s’étaient retrouvés blessés, voire tués, sous les décombres d’un bâtiment qu’il avait fait construire. C’était un jour qu’il n’oublierait jamais, un traumatisme qui le suivrait à chaque fois qu’il prendrait son crayon pour esquisser un mur, dorénavant.

La voix hésitante d’Isaac avait percé le silence pour lui annoncer cette nouvelle, qu’il avait visiblement attendu de révéler. Abel ne pouvait lui en vouloir, ils avaient une tâche immense et cruciale à accomplir à ce moment-là. Savoir qu’Isobel était en danger l’aurait déconcentré à coup sûr, fait quitté son poste dans le pire des cas. Abel ne se laissait pas facilement ébranler, mais à cet instant, il était impossible de ne pas se laisser gagner par la panique. L’inquiétude le rendait fébrile, il sentait son estomac se tordre douloureusement. Contrairement à d’autres, Abel avait en quelque sorte la chance de ne pas avoir beaucoup de connaissances proches ici, à part ses collègues, puisqu'il était un expatrié de passage. Pourquoi fallait t-il que la seule autre personne qui comptait pour lui, parmi les millions de sorciers en Angleterre, se retrouve présente dans ce drame ? Quelle probabilité cela représentait t-il ?

Il eut tout le loisir d’imaginer les possibilités, plus ou moins terribles, sur la situation d’Isobel, sur son chemin vers l’hôpital. La plus optimiste, celle qui espérait qu’Isaac s’était simplement trompé sur l’identité de la blessée, était réduite à un souffle qu’on pouvait facilement balayer d’une pichenette. Son attitude rationnelle, qui aurait du lui commander de ne pas se forger des hypothèses avant d’avoir tous les éléments pour, avait complètement déserté. Il lui sembla revivre une montée d’angoisse qu’il n’avait pas connue depuis un bon moment. Ce n’était pas la première catastrophe à s’abattre sur ses proches. Il pensait forcément et douloureusement à l’ouragan Katrina qui lui avait ôté des êtres chers, quatre ans plus tôt. Il avait cru avoir payé sa part, que le karma avait eu assez pour se repaître à ce moment-là, pour toutes les erreurs qu’il aurait commises.

Visiblement, il s’était trompé, ou alors, il en avait commis d’autres entre temps.


Roy CalderChef de la mafiaavatar
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« Roy ? Je me suis occupée d’une femme, qui… Je ne sais pas si tu es au courant, c’est juste la folie à Leopoldgrad, il y a eu une explosion, et… Bref, l’hôpital est surchargé, on note toutes les entrées et, j’ai un dossier entre les mains d’une personne, tu… Tu es son contact d’urgence visiblement, alors… Une employée du Ministère, c’est… »

Le Patronus en forme d’oiseau n’avait guère eu besoin de délivrer le reste du message fébrile de sa soeur pour que Roy bondisse sur ses pieds sur le champ. Isobel, c’était Isobel, c’était forcément elle. Quelque chose lui était arrivé. Par Merlin, il avait appris ce qui se passait à Leopoldgrad comme tout le monde, à peu près une heure plus tôt, et avait aussitôt sorti sa baguette pour envoyer quelques Patronus. Un à Juliana, d’abord, pour lui demander si elle était bien chez elle, et elle lui avait bien vite répondu à son immense soulagement. Puis, ses frères, et sa soeur, mais sans trop compter sur la réponse de cette dernière : la radio avait annoncé que tous les médicomages de Sainte Mangouste étaient tellement débordés que certains blessés avaient dû être pris en charge par des hôpitaux moldus. Jayce était sous ses yeux, choqué et occupé à envoyer des messages lui aussi, alors il avait eu au moins ce soulagement-là de le savoir près de lui. Il savait également que Sofya, Toni, Fergus étaient aux Folies Sorcières comme eux, aujourd’hui.

Sans prêter attention à la panique qui commençait à s’instiller dans l’établissement, Roy avait continué à envoyer quelques Patronus et à attendre avec inquiétude des réponses. La plupart étaient revenues. Parmi ceux qui n’avaient pas répondu, Isobel. Alors il tournait en rond depuis dix minutes, à se demander s’il devait se rendre au Ministère pour avoir le coeur net ou non, puis à se dire que c’était sûrement stupide, qu’elle n’avait aucune raison de se trouver à Leopoldgrad de toute façon. Elle passait sa semaine entière, clouée à son bureau, débordée, et c’était certainement parce qu’elle était très occupée qu’elle n’avait pas répondu. Ou peut-être qu’elle s’était déplacée quelque part et que son furet argenté mettait du temps à la trouver. Il n’avait guère eu le loisir de tenter de se rassurer plus longtemps, avant que le message d’Irina ne vienne rompre ses espoirs.

Par il ne sut quel heureux hasard, il atterrit sans tomber de tout son poids sur quelqu’un d’autre dans la zone de transplanage à l’entrée de l’hôpital, qui était littéralement bondée. Il lui fallut user de toute la force de ses coudes pour se frayer un passage dans la foule de sorciers qui cherchaient à pénétrer dans l’établissement, et que des infirmiers tentaient péniblement de réguler.

« S’il vous plaît, restez calmes ! L’hôpital est déjà rempli, nous essayons de limiter le flux des visiteurs pour la bonne tenue des soins !
-Laissez-moi entrer, ma femme est là-dedans ! rugit un homme.
-Vous êtes insensibles ! » protesta un autre.

Roy parvint à arriver à hauteur des trois personnes qui bloquaient les portes. Ils faisaient entrer au compte-goutte quelques personnes, en les contrôlant une à une, et en remplissant de la paperasse, méthode qui impatientait déjà Roy. Il s’avança vers eux, et leur claqua, d’un ton à peu près contenu en apparence :

« Laissez-moi entrer, ma mère et ma soeur travaillent dedans, je veux les voir.
-Monsieur, je suis désolé, mais ça ne vous donne pas le droit de…
-Ecoutez, je vous jure, par toutes les puissances supérieures de ce putain de monde de tarés, que si vous ne me laissez pas rentrer, le dernier truc que vous allez voir sera un sortilège impardonnable, est-ce que c’est clair ? »

L’espace de deux secondes seulement, ils furent suffisamment choqués pour que Roy réussisse à forcer leur barrage en les bousculant et en se faufilant derrière eux. Il les entendit protester, mais heureusement pour lui, ils ne perdirent pas leur énergie à tenter de lui courir après. Bien vite, Roy arriva à l’accueil, mais il renonça à faire la queue au bureau pour savoir où se rendre. Cela ne devait pas être bien compliqué, ils devaient avoir entassé la plupart des patients au rez-de-chaussée, et avec un peu de chance, il tomberait sur sa soeur, si jamais il ne trouvait pas.

Marcher dans les couloirs remplis, entre les médicomages sous tension, les blessés et les visiteurs en larmes, fit remonter en Roy des souvenirs dont il se serait bien passé. Et voilà un deuxième Bloody Sunday pour le pays… Klemens avait été blessé ce jour-là, et maintenant, c’était le tour d’Isobel. Pourquoi fallait t-il que cela tombe sur ses meilleurs amis ? Il s’efforça de ne pas trop prêter à l’expression du visage des gens désespérés qu’il croisait, se refusant à s’imaginer qu’il serait peut-être dans le même état dans quelques minutes.

Il erra un certain moment dans les couloirs, à interroger quelques médicomages qui l’expédièrent ou furent incapables de l’aider. Il commençait à se diriger vers l’étage, lorsqu’il vit Irina descendre les escaliers d’un pas hâtif, et un gros soulagement le prit.

« Irina ! Irina, Merlin merci, tu es là ! s’exclama t-il en l’attrapant par les bras. J’ai eu ton Patronus, tu peux me dire où se trouve mon amie ?
-Oh, Roy ! Je… Oui, bien sûr, c’était… Excuse-moi, c’est compliqué, on court dans tous les sens, balbutia t-elle, peinant visiblement à se souvenir. Elle est dans un bloc opératoire aux urgences, donc tu ne pourras pas la voir tout de suite.
-Un bloc opératoire ? Donc elle est en train de se faire opérer ? C’est grave ?
-Un peu, mais… Ne t’en fais pas, elle devrait s’en sortir , corrigea t-elle aussitôt en voyant l’expression de son frère. Elle a une profonde blessure dans le ventre, mais elle a été prise en charge suffisamment vite, donc… Attends, je vais te faire entrer. »

Elle attrapa le poignet de Roy qui se laissa guider vers une autre aile du bâtiment. Elle le fit pénétrer dans une salle aux accès sécurisés, où quelques personnes attendaient, la mine fermée. Des gens, de la famille d’autres blessés graves en train de se faire prendre en charge, probablement. Irina les fit s’arrêter là, puis se tourna vers lui.

« Je vais me renseigner pour toi, reste ici. Elle fit un mouvement pour se détourner, mais se ravisa, pressant d’abord la main de son frère en le regardant fermement. Je t’en prie, reste calme. »

Elle avait bien raison de lui donner cet ordre, car Roy dut user de toute sa patience pour se retenir d’harceler une des médicomages lui-même pour obtenir des réponses. Il dut se contenter de s’asseoir, se lever, faire les cent pas, pousser des soupirs exaspérés, se rasseoir avant qu’Irina ne revienne, après un temps qui lui avait paru interminable. Il tenta d’évaluer sur son visage ce qu’il allait entendre avant qu’elle ne le dise. Irina lui parla avec le ton le plus doux dont elle était capable.

« Elle a reçu un éclat de verre à l’abdomen, elle a perdu pas mal de sang, mais ses jours ne sont normalement pas en danger. Tu dois simplement les laisser faire leur travail, compris ? Pas d’éclat, répéta t-elle sur un ton d’avertissement. Je suis désolée, je ne peux pas rester avec toi mais j’ai prévenu une infirmière que tu attendais, elle viendra te voir dès qu’ils la déplaceront. »

Irina attendit l’acquiescement de Roy avant de faire demi-tour. Il la laissa filer, oscillant entre ses inquiétudes profondes et les mots rassurants de sa soeur. Et si elle lui avait dit ça simplement pour le calmer ? Sans autre interlocuteur, il n’avait pas tellement d’autre choix que d’avoir foi en elle et attendre…



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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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« Est-ce que je peux au moins connaître le détail de ce qui lui est arrivé ? »

La patience, pourtant généralement exemplaire d’Abel, était largement émoussée par les multiples étapes administratives qu’il avait dû franchir avant d’échouer face à cette infirmière qui répondait à peine à ses questions. Présentement, il rongeait son frein, et n’importe qui le connaissant un peu aurait vu qu’il était loin d’avoir sa maîtrise habituelle. Quant à l’infirmière, elle semblait également excédée par la tournure infernale qu’avait pris sa journée.

« Je ne les ai pas, Monsieur ! Je vous ai dit ce que je sais, c’est ce qui est consigné ici. Miss Lavespère est atteinte à l’abdomen d’une plaie profonde causée par un objet contondant, elle est en train de subir une opération. Si vous me demandez le comment du pourquoi elle s’est retrouvée transpercée, je vous répondrais que c’est probablement pour la même raison que les trois-quarts des patients ici. Et non, enchaîna t-elle d’un oeil brillant, je ne peux pas vous laisser entrer dans les salles d’attente du bloc, vous n’êtes pas de la famille. Si on laisse y entrer n’importe qui, je vous laisse imaginer la pagaille et les médicomages ont besoin de concentration là-bas. Pour l’amour de Merlin, il y a suffisamment de désordre dans tout le reste de l’hôpital ! »

Abel inspira un coup, puis résolut que rétorquer qu’Isobel était techniquement une sorte de cousine à un énième degré n’allait probablement pas changer grand-chose.

« Très bien, grinça t-il entre ses dents, est-ce que vous avez une idée du temps que l’opération va prendre dans ce cas ?
-Aucune, mais si vous patientez ici comme tout le monde, je vous promets qu’on viendra vous avertir dès que ce sera fini. L’infirmière adoucit quelque peu la sécheresse de sa réponse en voyant que les épaules d’Abel s’étaient affaissées, comme un signe d’abandon. Je suis désolée, Monsieur, si je pouvais vous en dire plus je le ferais. »

Abel se contenta d’hocher la tête et marcher péniblement à la recherche d’une chaise libre dans le hall de l’hôpital. Il ne lui vint même pas à l’esprit de faire demi-tour et confier son numéro de Cheminette au personnel à l’accueil pour qu’on le prévienne quand il y aurait du nouveau. Il avait fait une queue interminable pour pouvoir simplement rentrer dans l’établissement, l’idée d’en repasser par là le répugnait. Sans compter que cela ne changerait rien d’aller ailleurs, il allait tourner en rond dans tous les cas. Il s’efforça de se consoler sur le fait qu’ici, au moins, il pouvait avoir des informations en première loge.

Il finit par trouver un siège en bout de file, à côté d’un homme relativement âgé, qui avait posé ses deux mains sur sa canne. Abel eut à peine le temps de s’installer que ce dernier se tourna vers lui, un sourire plutôt indulgent aux lèvres, tandis qu’il déclarait :

« Vous avez l’air d’avoir effrayé cette pauvre infirmière. »

Un soupir échappa à l’archimage. S’était t-il donc donné en spectacle face à la moitié des autres visiteurs ? Il n’avait pas fait attention, et cela lui ressemblait bien peu.

« Exaspéré, je dirais plutôt. Je suis désolé si ça vous a importuné, s’excusa t-il poliment.
-Oh non, ne vous en faites pas. J’ai vu passer pire, pas plus tard qu’il y a dix minutes. Vous, au moins, vous n’avez menacé personne de leur fracasser la tête.
-On a tous de bonnes raisons de devenir dingues, je crois.
-Dans un monde aussi fou que celui-là, je crois aussi. »

Le commentaire resta en suspens entre eux deux, voilà précisément le sujet qui devait donner à méditer à toute l’Angleterre, à présent. Le soixantenaire parut vouloir leur éviter cet effort en continuant la conversation avec Abel :

« Qui êtes-vous venu voir ?
-Une… amie, répondit Abel, sans bien savoir pourquoi il avait réfléchi sur la définition de son lien avec Isobel. Les choses entre eux étaient de toute évidence plus complexes, particulièrement depuis leur retour de la Nouvelle-Orléans.
-Je vois. Elle doit vous être chère. »

Abel aurait pu se renfermer à ce commentaire et estimer que son interlocuteur s’avançait dans ce qui ne le regardait pas. Mais ce dernier avait parlé sur un ton qui n’appelait même pas forcément à répondre, il avait parlé avec simplicité, comme si c’était juste un fait dont il était témoin. Cela s’était vu dans son échange avec l’infirmière, et devait aisément se lire sur ses traits tendus, dans tous les cas. Ses barrières étaient abaissées par l’inquiétude et la fatigue, ce qui le fit avouer :

« C’est ma meilleure amie d’enfance. Enfin, c’était… C’est compliqué, il s’est passé des choses, on s’est éloignés. On ne se parle plus vraiment, d’ailleurs. » Sa déclaration laissa place à un silence qu’Abel rompit en retournant poliment la question : « Et vous, qui attendez-vous ? »

L’homme mit un certain temps à répondre, le regard brusquement perdu dans le vague. Le sourire qu’il eut cette fois n’était pas aimable, mais d’une douce tristesse qui déstabilisa Abel.

« Personne. Je suis déjà fixé sur le sort de ma petite fille que je suis venu voir. C’est son amie, une médicomage adorable, qui est venue me l’annoncer tout à l’heure. Elle m’a reconnu, elle m’a pris à part pour me dire que son nom est dans le registre des personnes décédées sur place… Si j’attends quelque chose maintenant, c’est le courage d’aller l’annoncer à ma femme. »

Une réelle compassion prit Abel à la gorge, qui souffla ses condoléances pour le vieil homme. Il ne put s’empêcher de penser à André Lavespère en le voyant ainsi, penché sur sa canne, l’émotion peinte sur son visage aux traits doux. Allait t-il devoir lui faire le même genre d’annonce, s’il devait arriver malheur à sa petite fille ? L’appréhension saisit Abel à la gorge, qui baissa les yeux. Il passerait un appel à André, seulement quand il aurait des nouvelles de l’opération d’Isobel, se promit t-il. Il était inutile de l’inquiéter avant cela. La voix de son voisin, ainsi que la main qu’il posa sur son poignet, le tirèrent de ses sombres pensées.

« Je vous souhaite beaucoup de courage aussi avec votre amie, mon garçon. Parfois, les évènements malheureux nous offrent des ouvertures qu’on n’aurait pas pu avoir autrement. »



Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Un temps que Roy fut bien incapable de définir était passé, lorsque sa soeur fit irruption dans la salle d’attente. Elle marchait d’un pas lent, bras ballants, comme si elle se trouvait soudainement désoeuvrée et ne savait plus comment réagir. Interloqué, Roy la suivit du regard, s’attendant à ce qu’elle lui dise quelque chose. En silence, elle s’installa sur la chaise à côté de lui, le regard fixé quelque part au bas du mur face à elle. Son expression l’interpella, il se tourna vers elle, d’abord perplexe, jusqu’à ce qu’elle déclare brusquement :

« J’ai vu le nom d’une amie sur la liste des personnes décédées. »

La nouvelle, tout comme la réaction parfaitement raide d’Irina, laissèrent Roy muet. Il demanda, le plus doucement possible :

« Depuis quand tu le sais ?

-Ca fait deux heures. »

Deux heures qu’elle s’était interdit d’y penser pour ne pas se déconcentrer, comprit Roy. Sans un mot de plus, il l’attira contre son épaule. Irina était réellement solide, pleine de courage, trop parfois, elle ne s’autorisait pas plus que lui à craquer face aux autres. Pourtant, il y avait des moments où c’était la seule chose à faire. Même le visage masqué, enfoui dans le cou de son frère, Irina se contint en bougeant à peine. Seules de légères traînées humides contre sa peau indiquèrent à Roy qu’elle avait fini par céder. Après ce qui parut de longues minutes, sa voix lui parvint comme un murmure étouffé :

« J’espère que ça ne va pas t’arriver. »

Cette phrase donna un coup au coeur à Roy, qui se tendit, les lèvres scellées. Seuls deux mots sortirent de sa gorge éraillée :

« Moi aussi. »

*****

Roy serrait sa soeur dans une étreinte réconfortante depuis un moment. A l’instant où il pensa qu’elle avait du s’endormir contre lui, elle bougea légèrement, et sa voix s’éleva à nouveau, plus calme :

« Ca fait un moment qu’elle est dans le bloc, maintenant. »

Le commentaire tira un sourire jaune à Roy, qui répliqua sans masquer sa contrariété :

« On est d’accord, ça fait trop longtemps. J’ai voulu demander à l’infirmière ce qui se passait tout à l’heure, elle m’a envoyé bouler. Alors que je voulais juste comprendre pourquoi ça prenait autant de temps !
-Arrête, je te connais, tu t’es énervé, tu l’as menacée, et elle t’a menacé en retour de te faire sortir. C’était bien la peine que je t’avertisse. »

Un bruit entre l’exclamation de dédain et le rire coupable échappa à Roy, face à l’aplomb d’Irina. Il renonça à répondre. Elle avait raison, comme toujours. Quelques gentilles phrases comme « Arrêtez de me prendre pour un attardé et dites-moi la vérité sur ce qui se passe ou je vous jure que je pète la porte de ce bloc pour aller voir moi-même » ou encore « Si vous me connaissiez, vous sauriez que je pourrais vous attirer des ennuis juste en levant un doigt » lui avaient effectivement échappé. Le souvenir de ce brutal échange éclata comme une bulle dans l’esprit désabusé de Roy, et son vague sourire disparut. Plaisanter n’effaçait pas son inquiétude première. Si les jours d’Isobel n’étaient réellement pas en danger comme le lui avait affirmé sa soeur, alors pourquoi l’opération prenait t-elle autant de temps ? Il avait dû y avoir un imprévu, et il n’aimait pas beaucoup imaginer ce que cela pouvait signifier chez quelqu’un qui se vidait de son sang.

« Je suis sûr qu’il y a un problème… Le pire c’est qu’elle aurait jamais dû se trouver à Leopoldgrad, c’est le genre à passer ses journées à plancher sur son bureau du Ministère, je sais pas ce qui s’est passé » soupira Roy.

Il n’eut pas davantage le loisir de développer sa pensée, car les portes du bloc finirent par s’ouvrir sur un médicomage qui retirait ses gants. En le voyant marcher vers eux, Roy se redressa automatiquement de son siège. L’homme s’arrêta à leur niveau, les traits tirés, mais il y avait malgré tout quelque chose de rassurant dans son expression, comme s’il avait dûment accompli son devoir.

« Vous êtes là pour Miss Lavespère ? Elle n’a rien que la magie ne saura pas résoudre. Nos sortilèges ont recousu ses tissus, et on lui a administré plusieurs potions de régénération sanguine. On va simplement surveiller sa récupération, maintenant. »

Un lourd poids quitta les épaules de Roy à la conclusion du médecin. Il hocha la tête avec soulagement, puis sentit la main d’Irina saisir son bras dans un geste de soutien, tandis qu’elle s’avançait pour demander à sa place :

« L’opération s’est bien déroulée ?
-Elle a fait un arrêt, confessa le médicomage, après un léger temps d’hésitation. Mais nous sommes parvenus à la récupérer. Elle est hors de danger, maintenant, répéta t-il, doucement. Nous allons lui donner une chambre au service des accidents matériels. Elle n’est évidemment pas en état de parler, mais si vous souhaitez l’accompagner… »

Il lui désigna les deux infirmières dont l’une maintenait grandes ouvertes les portes par un sortilège, pendant que l’autre faisait sortir un lit. Roy distingua la chevelure sombre d’Isobel, et le profil de son visage anormalement blafard, ce qui lui serra la coeur. Son pressentiment était donc juste, elle avait bien failli mourir sur sa table d’opération. La vie humaine était incroyablement fragile, et personne n’était à l’abri, pas même une femme comme Isobel qui pouvait si facilement paraître intouchable… Sans un mot de plus, Roy s’approcha du brancard, pour le suivre jusqu’à un service du même étage. L’hôpital ne s’était guère désempli, et Roy passa près de plus d’une personne en proie aux sanglots, ce qui le rendit réellement mal à l’aise. En cette journée de terreur, il réalisa la chance qu’il avait d’escorter une amie encore vivante.

Les infirmières le laissèrent pénétrer dans la chambre où ils installèrent Isobel. Il sentit une main sur son épaule et ce fut qu’à ce moment-là qu’il se rendit compte qu’Irina les avait suivis également :

« Je vais devoir y aller, Roy, je passerai plus tard si jamais tu restes. Mais je crois que tu devrais rentrer, elle en a bien pour plusieurs heures avant de se réveiller… »

Il ne répondit pas immédiatement, son regard fixé sur son amie plongée dans un sommeil récupérateur. Sa soeur n’avait pas tort, elle n’allait probablement pas se réveiller avant cinq ou six heures, voire plus. Peut-être même pas avant le lendemain, et Roy ne comptait pas rester jusque là mais il n’avait pas envie non plus de se résoudre à quitter les lieux tout de suite. On ne savait jamais, et puis, peut être que dans son inconscience, dans son sommeil factice provoqué par les potions magiques qu’on lui avait administrées, Isobel pouvait percevoir la présence des gens autour d’elle. Peut-être qu’elle avait besoin d’un ami proche près d’elle, même si elle n’en ressentait qu’une présence très confuse. Roy saisit son poignet qui avait retrouvé une température normale, à défaut de sa couleur, pour maintenir un contact avec elle.

« Elle n’a pas de famille ici. Il n’y a personne d’autre que moi pour être là quand elle rouvrira les yeux, alors… »

Alors il allait rester, au moins quelques heures, pour ne pas laisser sa meilleure amie seule avec ses blessures et ses démons.



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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Le visage d’Isobel n’exprimait ni douleur, ni douceur. Elle était simplement plongée dans un profond sommeil, et même inconsciente, elle semblait ériger ces barrières qui empêchaient quiconque de la sonder. Abel était bien incapable de dire si à cet instant, dans ses rêves fugitifs, elle se sentait souffrir ou si elle se laissait au contraire bercer. Il se tenait droit, près de son lit, à constater simplement qu’elle paraissait respirer normalement. Une infirmière lui avait expliqué quelques minutes plus tôt que l’opération s’était bien passée et qu’elle avait besoin de repos. Il n’avait pas su résister au besoin de le vérifier de ses propres yeux.

Alors il se tenait depuis quelques minutes près d’elle, sans trop oser s’approcher, même si c’était probablement la première fois qu’il se tenait à moins de dix mètres d’elle depuis plusieurs semaines. Leurs relations s’étaient considérablement refroidies, Abel en était grandement responsable, il en était conscient et à cet instant il se sentait plus stupide qu’autre chose. Il avait eu tout le loisir d’écouter la radio délivrer des nouvelles dans la salle d’attente de l’hôpital, et faire grossir la liste des victimes retrouvées décédées. Un véritable carnage, auquel le nom d’Isobel aurait pu s’ajouter parmi des centaines d’autres. Dans ce cas, ils auraient passé leurs derniers moments ensemble à se battre froid et se lancer des piques. Ce n’était pas ce qu’il voulait…

Un bruit suspendit le geste qu’il faisait vers la main d’Isobel. Ce fut presque avec un sursaut qu’il leva la tête, pour découvrir l’irruption d’un autre homme dans la pièce, qui venait de suspendre ses gestes aussi. Ni l’un ni l’autre ne s’était attendu à trouver quelqu’un dans cette chambre. La surprise laissa très vite place à une défiance clairement affichée. La seule présence de Roy Calder suffisait à tendre tous les muscles d’Abel. L’unique moment où ils s’étaient trouvés l’un face à l’autre avait suffi à l’archimage pour avoir mille raisons légitimes de le détester. A l’époque où il avait des échanges très tendus et agressifs avec Isobel, Calder s’était introduit chez lui un soir, accompagné de deux hommes, visiblement très satisfait de sa mise en scène digne d’un film mafieux hollywoodien, pour le menacer sous son propre toit. Abel gardait un souvenir cuisant et humiliant de cette soirée, il n’en était pas ressorti indemne, et il avait du faire appel à ses talents en sortilèges pour masquer les ecchymoses qu’il avait récolté. Abel ne considérait pas cet homme autrement que comme une pure brute, un dangereux taré. Il préférait ne même pas savoir comment et pourquoi Isobel traînait avec lui. Le ton avec lequel il s’adressa à Abel prouva la justesse de son point de vue. Il aurait pu être un chien galeux qu’il ne se serait pas exprimé autrement :

« Qu’est-ce que tu fous ici ? »

Cette fois, ils étaient dans un hôpital public, plein de monde qui plus est, et dans la chambre d’une femme en convalescence à laquelle ils tenaient tous les deux, donc Abel pouvait à peu près miser sur le fait qu’il n’allait pas se faire agresser une seconde fois. Mais, parce qu’on ne savait jamais, il glissa nonchalamment les mains dans ses poches pour serrer sa baguette magique, s’efforçant d’avoir l’air le plus neutre possible en répondant :

« Je crois que c’est assez évident. »


La tension resta palpable et le silence suspendu entre eux, tandis qu’ils ne faisaient rien d’autre que se jauger du regard. Si Abel était surtout méfiant et tendu, il percevait autre chose dans le regard sombre de Calder, comme une luisante colère contenue. Sa voix claqua à nouveau, encore plus sèche :

« Tu devrais dégager, t’as rien à faire là. »

Abel fronça les sourcils face à l’hostilité affichée de Roy, qui s’avança un peu plus jusqu’à approcher du côté opposé du lit. Il n’avait aucune envie de se laisser faire une deuxième fois, de se laisser humilier par cet homme qui ne connaissait que la violence comme mode de communication. La première fois, cela avait fonctionné parce qu’il n’était pas venu seul, et qu’il l’avait attendu chez lui pour lui tendre un piège. Cette fois, Abel était sur ses gardes, il pouvait répliquer si Calder tentait de s’en prendre à lui. La mâchoire serrée, il répliqua en se laissant gagner par l’agacement :

« Ca fait des heures que j’attends de ses nouvelles, je ne vais pas partir si vite. »


Pour qui se prenait t-il, à décider de qui pouvait ou non rendre visite à Isobel ? Il n’aimait ni son ton ni sa façon de se croire investi d’autorité sur lui. Il n’aima pas davantage l’air cynique qu’il afficha en lui rétorquant:

« Vraiment ? Tu en as donc quelque chose à foutre d’elle, étonnant. »

Abel fut piqué, bien plus qu’il ne l’aurait voulu, par cette réplique, et il ne parvint pas à le masquer aussi bien qu’il aurait aimé. Cet homme n’avait rien à dire sur sa relation avec Isobel, estimait t-il. Il ne savait pas pourquoi, mais il était particulièrement contrarié qu’elle s’en soit ouverte à Calder, plutôt qu’à n’importe qui d’autre. Probablement parce que cela lui montrait à quel point ils étaient proches, et plus qu’avec n’importe quel autre homme, cela hérissait Abel de le savoir.



Roy CalderChef de la mafiaavatar
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Il avait fallu à peine dix minutes, le temps de sortir prendre un café, pour que quelqu’un ait pris sa place au chevet d’Isobel. L’humeur déjà morose de Roy ne s’arrangea pas en voyant qui l’avait remplacé. Il regarda Abel Laveau d’un air mauvais, sans chercher à s’en cacher, et l’accueillit de répliques acides. Quelques semaines plus tôt, Roy aurait sans doute eu une attitude différente. Oh, il n’avait jamais apprécié cet homme, mais il avait appris que lui et Isobel s’étaient rapprochés, que leur relation allait mieux, et il l’avait respecté. Il en avait même été soulagé pour elle, car il avait vu à quel point elle s’était trouvée affectée par le retour brutal d’Abel dans sa vie. Le souci était que cela n’avait été qu’une brève accalmie dans cette relation tempétueuse qu’elle entretenait avec lui. Laveau avait tout fichu en l’air, et agissait à ses yeux comme un sombre crétin avec Isobel. Maintenant, Roy estimait qu’il avait trop fait souffrir sa meilleure amie pour qu’il le laisse l’approcher de si près, à un moment difficile pour tout le monde. Et comme face à n’importe qui qu’il ciblait comme un ennemi d’une personne chère, Roy montrait les crocs. Sa réplique suivante suivit avec la promptitude d’un chasseur qui recharge son fusil :

« Epargne-toi la culpabilité d’avoir agi comme un parfait abruti avec elle, car j’imagine que c’est la seule chose qui t’amène là. Elle est hors de danger, tout va bien, tu vas bientôt pouvoir te remettre dans ta peau de cognard. »

Roy vit à la façon dont les muscles du visage d’Abel se crispaient qu’il avait fait mouche, et il en tira une certaine satisfaction. Au jeu des piques bien placées, il avait toujours été bon, mais il fallait dire à la décharge d’Abel qu’il avait le désavantage d’être l’homme accusé dans l’histoire, alors c’était relativement facile pour Roy de l’atteindre. Désavantage qui apparut flagrant, car sa réponse fut de botter en touche :

« Je ne vois pas en quoi ça te regarde. »

Evidemment, que pouvait t-il répondre d’autre pour sa pauvre défense ? Les lèvres de Roy se fendirent d’un rictus, tandis qu’il croisait les bras, défiant son interlocuteur du regard.

« Oh, tu n’as pas idée d’à quel point ça me regarde. A partir du moment où quelqu’un la fait souffrir, je prends ça très personnellement. Tu le sais pourtant, tu en as déjà eu un aperçu, non ? »

La provocation qui s’insinua dans son ton doucereux aurait fait sortir de ses gonds n’importe quel homme un peu sanguin. Roy serait sorti de ses gonds, il se serait même frappé, en toute honnêteté. Mais il fallait reconnaître à Laveau une remarquable maîtrise de soi, car, même si un voile orageux passa devant son regard, il ne fit pas un mouvement, et contint sa voix lorsqu’il répliqua :

« Je vois. Puisque c’est ce qui te fait te sentir tellement important, qu’est-ce que tu attends pour me coller ton poing dans la figure ? »


Ce fut au tour de Roy de se sentir piqué. L’idée de saisir sa baguette pour faire taire cet insupportable binoclard lui traversa même l’esprit mais il n’en fit rien. Isobel était là, allongée entre eux deux, dans une profonde inconscience, et il n’y avait pas de barrière plus efficace. Ce n’était pas exactement l’endroit ni le moment idéal pour se livrer à un duel. Il baissa d’ailleurs le regard vers elle, sur son visage fermé à tout stimuli extérieur. Leurs éclats de voix ne paraissaient pas perturber ses traits. Roy sut qu’il n’aurait probablement pas d’autre occasion similaire à celle-ci, aussi chargée émotionnellement, pour avoir une conversation avec Abel Laveau. En dehors des insultes -fort méritées- à son égard, n’avait t-il pas un autre message à faire passer et n’était-ce pas le moment parfait pour le faire ?

« Est-ce que tu as la moindre idée de ce qu’elle pense de toi ? »

Il vit en relevant le regard que cette fois, il avait porté un coup autrement plus efficace que ses précédentes piques dans les défenses d’Abel. L’archimage parut interloqué, déstabilisé même, puis sa mine se ferma, préférant se taire plutôt que de répondre quoique ce soit. Mais Roy n’attendait pas forcément de réponse. Il savait qu’il avait son attention à cet instant, et c’était ce qu’il cherchait. Son ton eut quelque chose de brutal, comme quelqu’un qui se décidait à balancer le fond de sa pensée sans se soucier du reste, quand il reprit :

« C’était facile pour moi de te casser la gueule quand elle t’identifiait comme une menace pour elle. En fait, elle avait même pas besoin de demander, j’avais déjà envie de carrer ta figure dans un mur. Et maintenant, je dois dire que ça revient me démanger. Il vrilla son regard sombre dans celui d’Abel, fronçant les sourcils, comme si quelque chose le contrariait. Mais tu vois, c’est plus si évident. Ce que tu es pour elle, comment elle te voit, ce qu’elle voudrait que tu sois… Et franchement, c’est dingue venant d’elle, autant d’indécision. Elle a toujours des avis tranchés sur tout, sur tout le monde, et tout de suite, mais toi ! Ha ! Le son lui échappa comme quelque chose entre le rire et le dédain. On dirait que tu lui échappes. »

Il se tut un temps, comme pour mieux laisser ses mots pénétrer dans l’esprit d’Abel, qui gardait un silence presque religieux. Roy pouvait difficilement savoir l’impact qu’avait son discours sur son interlocuteur, tant celui-ci prenait soin de laisser filtrer le moins de choses possible. Mais il était prêt à parier qu’il était loin d’être indifférent.

« Alors je vais la laisser clarifier tout ça, ce dont elle a envie, ce qu’elle ressent pour toi. Et tu ferais mieux d’en faire de même, et vite. Parce que tu es juste en sursis, mec. Je crois pas qu’elle va rester indécise très longtemps, à un moment, bientôt, elle va trancher. A ce moment-là, tu peux être sûr que s’il le faut, je serai à nouveau prêt à te casser la gueule. »



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Le malheur est la véritable égalité [Abel & Roy]

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