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 Hypallage [Roy]

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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2 novembre 2009

Chaque mouvement était encore douloureux aussi Isobel essayait de rester la plus statique possible. Il y avait néanmoins un progrès par rapport à hier : si elle respirait doucement, elle n'avait presque pas mal. Elle gardait des souvenirs assez confus de l'attentat, les choses dont elle se rappelait se mélangeaient déjà avec ce qu'elle avait lu dans les journaux ou entendu à la radio. Le monde magique tout entier ne parlait que de cela et des deux cent morts. Surtout des deux cents morts. Elle, elle avait failli mourir. Les Médicomages ne l'avaient pas formulé comme cela mais elle le savait, elle l'avait senti. Elle avait eu peur de mourir. Elle revivait en permanence cette douleur et cette sensation horrible, cette peur viscérale, elle n'était toujours pas calmée et seules les potions l'apaisaient un peu. Ses mains tremblaient encore un peu. Elle essayait de se rassurer pourtant, elle se raccrochait à cette petite chambre de Sainte-Mangouste aux murs décolorés. Les affaires qu'elle portait ce jour-là étaient dans un sac plastique, dans un coin de la chambre. Madison lui avait apporté des habits. Ce matin, à la place de l'horrible blouse, les infirmières avaient accepté qu'elle mette un t-shirt un peu trop grand, mais à elle. Elle préférait.

On lui avait apporté le journal mais elle n'arrivait pas à le tenir, il fallait garder les bras en l'air et cela tirait sur sa plaie, couverte d'un pansement épais. La radio avait fini par l'angoisser encore plus. Elle avait compté les dalles au plafond et les éclats du mur. Elle avait demandé à récupérer sa baguette magique, qu'on lui avait donné. Elle avait été soulagée de voir qu'elle n'était ni perdue, ni brisée. Elle l'avait tenue longuement entre ses mains, avant de la cacher sous son oreiller. Elle avait perdu le médaillon de sa mère, en revanche. Cela l'attristait. Elle essayait de ne pas trop y penser. Dans l'ensemble, elle essayait de ne pas trop penser. Voire pas du tout. Elle avait fait une crise d'angoisse hier. Non seulement c'était horrible mais en plus, c'était très très douloureux avec sa blessure. Une infirmière lui avait glissé une tablette de chocolat après cela. Isobel avait décidé qu'elle l'aimait bien. Elle ne lui avait pas dit. Elle n'avait presque pas ouvert la bouche depuis qu'elle s'était réveillée. Elle avait peur de pleurer encore. Elle fermait longuement les yeux, très fort et elle faisait comme si elle n'était plus là. Elle se plongeait dans des souvenirs de la Nouvelle-Orléans, baignés de soleil, de chaleur, de ses grands-parents, de Michelle et d'Abel. Au final, cela la rendait aussi un peu triste. Alors elle rouvrait les yeux et elle essayait de faire naître un peu de magie au creux de ses mains. Jusqu'ici, elle n'avait pas réussi. Comme si ses pouvoirs s'était cachés quelque part, comme lorsqu'elle avait quitté la Nouvelle-Orléans.

Lorsque des coups avaient été frappés contre la porte, c'est ce qu'elle faisait. Allongée dans son lit, un peu surélevée par des coussins, Isobel fixait la paume de main, cherchant à y faire naître les picotements familiers. Rien. Elle laissa retomber sa main sur le drap jaune, tournant la tête vers la personne qui entrait. Voir Roy lui fit plaisir, il était déjà venu hier mais les journées étaient déjà bien trop longues enfermée ici. Elle lui adressa une ébauche de sourire et tenta même de se redresser un petit peu, abandonnant avec une grimace et un léger cri de douleur quand une vive tension se fit sentir au creux de son abdomen. Elle se laissa retomber sur les oreillers plats, se contentant de relever les yeux vers son ami.

-J'en ai déjà marre.


Isobel Lavespère
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Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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Ce ne fut que lorsque sa mère dut retourner à son standard que Roy put se sauver de la chambre d’Eden où régnait une atmosphère un peu trop hormonale à son goût. Il avait accompli sa bonne action familiale de la journée, de la semaine même ! Pour être honnête, il avait passé un bon moment avec elles, mais il y avait une autre femme à qui il avait prévu de consacrer du temps. Il était d'ailleurs en retard mais il prit tout de même le temps de faire un saut à la cafétéria avant de frapper à la porte d’Isobel, en lançant un retentissant :

« Bonjour la survivante ! »

Le terme était on ne pouvait plus exact, Roy le savait, car il avait discuté -ou plutôt arraché des informations- aux médecins qui s’étaient occupés de son opération. Il s’en était fallu de peu pour qu’Isobel ne se vide totalement de son sang dans le bloc, il fallait remercier Merlin pour la rapidité avec laquelle elle avait été prise en charge. Roy avait rarement été aussi inquiet pour quelqu’un, mais, maintenant que le pire avait été écarté, il préférait en plaisanter. C’était sa seule et sa meilleure manière d’évacuer la peur qu’il avait ressentie à l’idée de perdre son amie.

Isobel était sortie d’affaire, mais elle n’en souffrait pas moins pour autant. Roy vit l’effort que lui coûta le simple fait de bouger, puis eut un bref rire en la voyant -légitimement- râler. Affichant un large sourire arrogant face à elle, il lui remonta le moral à sa manière :

« Heureusement que je suis là pour illuminer ta matinée, alors. Il lui désigna le gobelet de café d’où se dégageait un fumet de caramel. Je parie qu’on te ramène pas ça sur ton plateau déjeuner ! »

Il lui tendit le Saint-Graal caféiné puis se permit de s’asseoir sur le rebord de son lit. Son regard examina son visage, qui lui semblait avoir repris quelques couleurs depuis la veille. Un signe qu’il jugea rassurant, même si elle n’avait de toute évidence pas retrouvé toute sa forme. Les médecins avaient parlé de plusieurs semaines d’hospitalisation, il fallait qu’elle s’accroche. Tout ce que Roy pouvait faire pour elle, c’était lui rendre visite pour l’occuper et lui apporter un peu de bonne humeur. Cela tombait bien, il n’était pas trop mauvais à ce jeu-là. Même si avec lui et ses blagues, on oscillait souvent entre l’amusement et la consternation, car c’était un sport national chez Roy de chambrer les gens. Ce fut avec un grand naturel qu’il balança :

« Juste, avant que tu me dresses une liste de tout ce dont tu as marre, est-ce que tu sais quel choc c’est pour moi de ne pas te voir avec un brushing ? »



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Confortablement installée dans ses oreillers, Isobel suivit Roy du regard alors qu'il s'approchait de son lit, un gobelet prometteur à la main. Elle fit mine de lever les yeux au ciel lorsqu'il annonça qu'il venait illuminer sa matinée, mais dans le fond, elle était heureuse de le voir. Il n'était pas le seul, depuis hier - puisqu'elle n'avait pas pu recevoir de visiter le lendemain de l'attentat - mais tout le monde la traitait avec délicatesse, presque pitié, et elle détestait cela. Il n'y avait bien que Roy pour maintenir un lien normal avec elle.

- Mon héros, mon sauveur ! singea-t-elle. Merci, c'est gentil à toi, ajouta-t-elle plus sincèrement en tendant la main pour recevoir le breuvage sacré.

Non, il était clair qu'elle ne recevait pas cela avec la nourriture infecte de l'hôpital : elle aurait tué pour un bon petit plat. Elle sentit le gobelet très chaud dans la paume de sa main et le posa précautionneusement sur la table à roulettes au dessus de son lit en attendant qu'il refroidisse un peu. Il y avait dessus deux livres qu'elle n'avait pas ouvert, un gobelet d'eau et un carnet avec un stylo, vierge. Elle essaya de se décaler un petit peu lorsque Roy s'assit sur le lit mais dès qu'elle tenta de bouger le bassin, la douleur la retint. Elle n'eut même pas le temps de s'attarder sur sa blessure que son meilleur ami lança une remarque affable comme il en avait le secret. Machinalement, sa main passa sur sa tresse serrée et en fit tourner le bout entre ses doigts, tandis qu'elle retournait un regard un peu sombre à Roy. Bon, les autres étaient peu être très bien finalement, malgré - ou en raison - de la délicatesse qu'ils avaient à son égard.

- La ferme, fit-elle avec humeur. Je n'ai pas tellement eu le temps d'aller chez le coiffeur. Se lever pour aller à la salle de bains lui prenait déjà dix minutes et deux infirmières. Et puis, reprit-elle, tu m'as déjà vue plein de fois au réveil, alors ne joue pas à ça ! Tu n'as pas très bonne mine non plus, du doigt, elle sembla désigner les cernes sous les yeux de son ami, tu as été inquiet pour quelque chose, récemment ?

Son ton s'était fait plus badin à cette phrase, la présence de Roy apaisant sa mauvaise humeur malgré tout. Elle était heureuse de le voir. Prenant une première gorgée de café, elle ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir.

- Pour le bureau des plaintes, lança-t-elle, j'ai plusieurs griefs. Un, j'ai mal, deux, j'ai mal, trois, je m'ennuie, quatre, l'ambiance est déprimante, cinq, j'ai mal, six, je ne sais pas quand est-ce qu'ils me laisseront sortir, sept, je me sens mal. Huit, je ne peux même plus faire de magie, ajouta-t-elle en secouant les doigts, comme pour montrer la vacuité du geste. Cela ne m'était pas arrivé depuis mes seize ans.

Elle soupira.

- Tu me fais évader ? On peut aller dépenser toute ta fortune à Las Vegas, si tu veux, en échange.


Isobel Lavespère
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Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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La mauvaise humeur avec laquelle Isobel répondit tira un grand sourire à Roy, satisfait comme tous les enquiquineurs de son genre d’avoir réussi son coup. Au moins, elle était en état de lui renvoyer la balle de façon cinglante, et ça, c’était bon signe.

« C’est vrai, mais toujours avec les cheveux impeccables, et j’ai toujours trouvé ça louche ! répondit t-il à propos du réveil. Ecartant de sa main le doigt qu’elle pointait vers lui, il fit mine de rien. Oui, très inquiet. Pour la baisse de fréquentation du cabaret depuis l’attentat, ah je te dis pas comme ça arrange pas les affaires, ce genre d’évènement ! »

Il ne parla pas de ce qu’elle avait en tête, évidemment. Elle savait déjà qu’il avait veillé une bonne partie de la nuit quand elle s’était faite opérer, et n’avait guère besoin qu’il le lui rappelle… Une fois installé sur le bord de son matelas, il l’écouta lui énumérer toutes ses plaintes, nombreuses et sûrement très légitimes. Roy ne s’imaginait pas à sa place : il aurait sûrement détesté rester alité pendant des jours en pouvant à peine bouger sans souffrir, et eu quelques crises de colère bien à lui.

« Haha, "si je veux" ? C’est plutôt toi qui veut me faire claquer tout mon fric là-bas pour que tu t’éclates, se moqua t-il avant de prendre un air faussement grave. Plus sérieusement, je vais explorer les possibilités de faire venir illégalement un Portoloin international sur le toit de l’hôpital, je t’enverrai un Patronus codé quand ça sera réglé. Mais t’as pas intérêt à me clamser dans les bras, ça coûte cher, ces merdes de Portoloin. »

Par chance, tous les deux avaient bien trop de fierté, elle pour se laisser abattre face à lui, et lui pour avouer qu’il s’inquiétait beaucoup. C’était pratique, ils étaient implicitement d’accord pour ne pas trop verser dans le drame. Et pourtant, Roy devinait derrière les brèves plaintes de son amie qu’elle se sentait réellement mal. Comment ne pas l’être ? Elle avait frôlé la mort, cela laissait des traces, et il était bien placé pour le savoir. Sa voix était plus sérieuse quand il reprit la parole :

« Pour ta magie, ça doit être le choc, il faut te laisser le temps de reconstruire tes ressources… Son regard glissa sur le ventre d’Isobel, ceint de bandages sous ses vêtements. Pour que toi tu te plaignes, c’est que ça doit faire un mal de chien, dis donc. Ils te donnent pas assez d’anti-douleur ? Je peux aller pousser une gueulante, s’il te faut une plus grosse dose. Je suis plus à ça près, tout ton service me connaît bien, maintenant » ajouta t-il, avec un sourire carnassier.


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La présence de son meilleur ami chassait la mauvaise humeur d'Isobel et elle était déjà plus vive que lorsqu'elle restait des heures à fixer la fenêtre, tourmentée par des pensées sombres. Elle avait repris un peu de rose aux joues et souriait plus facilement, profitant des moments moins déprimants de sa journée : quand Roy repartirait, elle devrait faire face de nouveau à tout ce qui lui faisait peur.

- J'ai de très bons gènes, c'est tout, répondit Isobel en rejetant exagérément sa tresse derrière son épaule. Mon grand-père dit que ma grand-mère était la plus belle femme de tout le Carré français et ma mère n'était pas mal non plus, avant trente ans d'alcool et de substances. Du coup, rien de louche dans mes cheveux, sois pas jaloux, même les tiens ont l'air d'être passés dans une meule à fromage quand tu te réveilles.

Son grand-père disait aussi qu'elle était la plus jolie de ses petites-filles, sauf qu'il le disait toujours devant ses cousines et elles ne le lui rendaient pas toujours bien. Enfin, dans l'état actuel des choses, avec son teint pâle de fatigue et de douleur, son t-shirt trop grand en guise de blouse, ses écorchures sur les mains et ses bandages sur le ventre, Isobel ne se sentait pas vraiment Miss Monde Magique, plutôt le contraire. Elle sourit devant la remarque de Roy sur son cabaret, sachant très bien la vérité derrière ses mots anodins. Elle lui était reconnaissante d'être là pour elle, véritablement, même si elle ne le formulerait pas à voix haute. Ils ne s'épanchaient jamais vraiment, tous les deux, et cela lui convenait bien. Isobel n'aimait pas être sentimentale. Ou plutôt, n'aimait plus.

- Ce qu'il te faut mon cher monsieur, c'est un plan de communication marketing pour relancer ton entreprise, fit-elle d'un ton sérieux en faisant mine de prendre le carnet posé sur la tablette. J'ai un peu d'expertise dans le domaine, je te suggère de m'embaucher, j'ai plein de temps libre ces derniers temps. Je vais te pondre une stratégie de pointe, tu m'en diras des nouvelles ! Bon, par contre, en tant que free-lance, je prends à l'heure et c'est pas donné, j'ai un chat à nourrir.

Plaisanter lui faisait du bien et lui faisait presque oublier l'endroit où elle était et les événements de ces derniers jours. Elle avait besoin de moments de respirations comme ceux-ci, sinon elle allait devenir folle et elle n'était pas trop sûre de ce que cela donnerait. Elle finirait peut-être voyante bon marché avec une boutique de vaudou dans la Voie des Miracles, en portant de longs châles qui sentaient la bergamote comme sa tante Agnès. Elle lirait des tarots pour des voyous de passage. Elle n'avait jamais été bonne en divination, pourtant.

- Genre. Elle avait haussé un sourcil à l'adresse de Roy. Tu t'amuserais autant que moi, tu serais comme un gosse à Las Vegas. Les Folies, à côté, c'est une baraque à frites. Vraiment Roy, il faut qu'on y aille. Qu'on aille aux États-Unis ensemble, avant que l'un de nous ne passe vraiment l'arme à gauche : je suis une super guide et puis tu verras ce que c'est, un vrai pays. Donc grouille-toi de faire ton Portoloin, demande à Fergus : plein de choses à voir.

Depuis l'attentat, dès qu'elle pensait un peu à l'avenir, elle ressentait ce sentiment d'urgence. Elle avait pourtant toujours su que la vie était un contrat à durée déterminé, elle était une sorcière nécromancienne. Elle le savait. Mais le vivre, c'était différent. Il faudrait qu'elle se calme, qu'elle s'apaise, qu'elle se débarrasse de cette angoisse qui lui serrait la poitrine et qu'elle revienne à un rythme plus calme de vie mais elle savait que cela allait prendre du temps. Pour l'instant, Isobel avait juste envie de courir après le temps. Leur conversation prit d'ailleurs un tour plus sérieux et Isobel se rembrunit un petit peu, malgré elle, à l'évocation de sa magie et de ses blessures.

- Sûrement... Tu sais, je me rappelle pas de grand-chose sur le moment, quand c'est arrivé. Mais j'ai pas été capable de produire un sortilège, rien. A quoi ça sert, des années de formation, de maîtriser une magie rare, puissante et ancienne si je peux même pas me sauver moi ?

Elle y avait beaucoup repensé depuis l'attentat, à cette impuissance. Isobel était une excellente sorcière. Pas en magie occidentale, non, mais dans son domaine à elle, oui. Elle maîtrisait les sept domaines de la magie vaudou, plus ou moins bien certes, mais les sept, quand certaines sorcières se contentaient de trois ou quatre. Elle aurait pu être prêtresse. Aurait dû. Elle pouvait convoquer des morts sans difficulté, faire naître des incendies et des tempêtes, guérir ou maudire, protéger ou accabler. Et quand était venu le temps de se sauver elle, elle avait été incapable de faire quoi que ce soit. Elle ne comprenait pas. Elle avait l'impression d'être revenue à ces années après sa fuite de la Nouvelle-Orléans où toute magie semblait l'avoir désertée, par punition des ancêtres. Elle ne comprenait pas. Et elle détestait cela. Soupirant, elle baissa les yeux sur sa main meurtrie avant de refermer le poing. Elle espérait que Roy avait raison, que c'était le choc. Que cela reviendrait vite.

- Ils m'en donnent mais la douleur revient vite, dès que je bouge. C'est vraiment très profond et il faut le temps... Quand il menaça d'aller faire une esclandre, elle secoua légèrement la tête, un sourire se frayant malgré elle un chemin sur ses lèvres. Arrête, ils vont me jeter dehors s'ils trouvent que mes visiteurs sont trop pénibles. Ils vont venir pendant la nuit et me laisser sur un coin de trottoir, et je vais mourir de froid dans ce pays. Et tu auras ma mort sur la conscience ! ajouta-elle en le désignant du doigt. Alors je viendrais te hanter, parce que c'est comme ça qu'on fait chez moi. Je viendrais te hanter toi et tous les gens qui m'ont enquiquinée dans ma vie mortelle. Donc Mildred Magpie et ses articles, mon patron et ses consignes stupides parfois, Abel Laveau parce que c'est une raclure de Chaudron en ce moment, mon banquier aussi tiens, mon voisin qui pose du parquet à sept heures du matin le dimanche, oh et puis la fille qui a pris le dernier chemisier Donna Karan l'autre jour, devant mes yeux, et puis mon propriétaire aussi, qui ne veut pas changer l'évier de la cuisine. Tous ces gens là regretteront d'avoir croisé ma route !


Isobel Lavespère
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Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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« Comme la plupart des gens, rétorqua Roy, à propos de ses cheveux. Moi je parie qu’il y a un sort vaudou sous les tiens, ça expliquerait plein de choses ! »

Il la taquinait de bonne guerre, plus pour lui changer les idées sur des sujets anodins que pour l’embêter réellement. C’était ce que Roy faisait le mieux, et c’était de toute façon à peu près tout ce qu’il pouvait faire pour elle. Il était content de voir qu’elle entrait dans le jeu, car elle aurait pu ne pas avoir l’énergie de surenchérir. Elle lui tira d’ailleurs un véritable rire quand elle lui proposa un plan marketing pour les Folies Sorcières, vantant ses qualités comme à un entretien d’embauche.

« Voyez-vous ça ! Et alors qu’est-ce que tu me proposes pour sauver mon entreprise, je suis curieux ? Secouant la tête avec amusement, il ajouta : Tu ne t’arrêtes jamais hein ? Tu veux que je te ramène tous tes dossiers du Ministère, pour t’occuper ? Je te dis pas la débâcle en ce moment, avec tous les communiqués sur les attentats… Je plains tes collègues, Lavespère la machine de guerre doit leur manquer. »

Connaissant son amie, il ne doutait pas qu’elle devait profondément s’ennuyer dans le silence apathique de cette chambre d’hôpital, sans ses dossiers pour la tenir en haleine et son environnement de travail qu’elle affectionnait. Malheureusement, elle allait devoir s’en passer, au moins quelques jours encore, car les médecins avaient été formels : la meilleure façon de récupérer était qu’elle se tienne loin de toute activité stressante -voire toute activité tout court. Ce qui la rendrait probablement folle, si ce n’était pas déjà le cas. Roy comprenait parfaitement son envie de s’envoler loin d’ici pour se changer les idées, en revanche, il fut interpellé par la façon qu’elle eut de le dire. Pressante, presque préoccupée. Ce n’était pas si surprenant venant de la part de quelqu’un qui avait failli mourir. Isobel avait sans doute eu tout le loisir de réfléchir sur ce lit d’hôpital sur ce qu’elle aurait manqué ou regretté, si elle n’avait pas survécu. Une réaction parfaitement humaine et normale, qui lui montrait à nouveau que malgré sa solide carapace, Isobel connaissait ses moments de vulnérabilité. Sondant du regard le visage de son amie, Roy garda toutefois ses pensées pour lui, et prit le parti de la rassurer :

« On ira un jour, alors
, promit t-il plutôt sérieusement, avant qu’une lueur de malice ne traverse son regard. Je ne doute pas que c’est moins bien qu’ici, mais je suis assez curieux de voir la terre qui a élevé Isobel Lavespère. »

La conversation prit malgré ses commentaires caustiques une tournure un peu plus sérieuse, dès lors qu’ils vinrent à parler de sa blessure. Roy fronça les sourcils en l’entendant lui confier à demi-mot les doutes qu’elle nourrissait à propos de sa propre magie. Elle ne lui cacha pas son sentiment d’impuissance, auquel il ne sut pas répondre tout de suite. Pourtant, il s’y identifia presque aussitôt et éprouva une réelle compassion pour elle. Combien de fois ne s’était t-il pas posé le même genre de question ? La guerre des gangs avait été la situation la plus frustrante. Il s’en était voulu de voir à quel point les choses lui avaient échappé alors qu’il était sensé être sur son propre terrain de jeu, et de voir que certains de ses proches s’en étaient retrouvés directement touchés, alors qu’ils n’auraient jamais être impliqués.

Roy avait tout fait depuis pour gagner en force, se tailler sa place et ne jamais se retrouver dans une telle situation d’impuissance. Mais il avait appris que même devenir le chef d’un des gangs les plus respectés du pays ne suffisait pas toujours à contenir les imprévus. Cela ne dépendait pas toujours de lui, et les exemples étaient nombreux sur cette dernière année. Sa soeur qui s’était faite agresser par June, un de ses hommes tué par Juliana, la façon dont cela l’avait coincé, et même, une tentative d’assassinat à son encontre… En fin de compte, tout pouvait lui échapper à tout instant, malgré sa position et ses ressources. C’était le cas pour tout le monde, même du ministre de la magie lui-même, dans un état plus instable que jamais, à l'heure actuelle.

Isobel poursuivit avant qu’il ne trouve quoi lui répondre, en lui dressant toute une liste des gens à qui elle en voulait pour une raison plus ou moins anodine. Elle termina en promettant une vengeance avec aplomb, ce qui le fit sourire, même s’il faisait partie de la liste.

« Mouais, je suis pas trop d’accord avec ce plan. Je propose plutôt que tu restes en vie et que moi, je t’aide à te venger de toutes ces personnes-là, surtout Abel Laveau. Et je me retire de la liste, évidemment. »

Sans lui laisser le temps de protester, Roy attrapa sa main pendante sur son matelas, pour la serrer dans un geste amical et réconfortant. Derrière l’attitude farouche et cynique d’Isobel, il percevait son anxiété et ses appréhensions qu’elle avait trop de fierté pour livrer totalement. Mais si elle lui confiait quelques unes des questions qui la tourmentaient, c’est qu’elle attendait une réponse, ou au moins un appui de sa part.

« Hé, tu t’en es bien sortie, Isy, et ça va continuer. Mais tu te trompes si tu penses que ta magie te rend parfaitement intouchable. Je ne connais personne capable de sauver sa propre vie tout en se vidant de son sang, fit t-il remarquer dans une touche d’humour noir. Mais tu sais quoi, si jamais il existe un sort dans les sombres recoins de ta magie qui permette de faire ça, eh bien ! Je suis sûr que tu vas le découvrir et le maîtriser. Je le sais parce qu’on est fait du même bois, toi et moi, face à la défaite, on se bat pour devenir plus forts. »

Il tapota une dernière fois sa main, un sourire mi-complice, mi-narquois en concluant :

« Ne te tracasse pas trop pour l’instant, prends le temps de te refaire une santé, avant d’aller prouver au monde entier qu’on ne se débarrasse pas si facilement de toi. »

Il espérait avoir dissipé les inquiétudes de son amie, au moins un peu, car il pensait sincèrement ce qu’il avait dit. Il lui laissa le temps d’y réfléchir, tandis que lui-même se repassait les dernières paroles d’Isobel. Un nom l’avait piqué, brièvement, comme un rappel. Roy avait quelque chose à dire. Il ne l’avait pas fait les jours précédents, car il avait estimé qu’elle avait besoin de repos avant tout. Il lui semblait aujourd’hui qu’elle avait repris de l’aplomb et qu’ils pouvaient avoir cette conversation possiblement délicate, sur un sujet toujours délicat.

Sans se laisser le temps de changer d’avis, Roy se jeta à l’eau, avec une certaine prudence, toutefois :

« Au fait. En parlant de Laveau… Je ne sais pas si tu sais, mais il est venu te voir le jour où ils t’ont opérée. »


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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- Je ne suis pas responsable de ce que ma grand-mère a pu faire lorsque je suis née, répondit Isobel d'un air mystérieux.

L'image d'Anne penchée sur son berceau pour lui conférer un don avait tout du conte de fée avec la marraine magique. Elle n'aurait pas dit non, cela aurait sûrement été une enfance plus agréable mais elle n'avait pas vraiment eu une vie de princesse ou du moins, pas lorsqu'elle était jeune, avec sa mère... Peu de chance que son géniteur mystérieux soit un roi. Plutôt un touriste ivre qui avait dû écumer les bars de Bourbon Street toute la soirée. Sophie n'en parlait jamais vraiment et n'avait jamais la même version de l'histoire, ce n'était jamais le même homme, les mêmes circonstances. isobel avait fini par en conclure qu'elle ne savait pas elle-même qui était le père de sa fille unique. C'était plus facile à admettre que de penser qu'elle savait, qu'elle avait peut-être son nom, et qu'elle lui avait toujours caché alors qu'elle avait si souvent rêvé d'avoir une autre famille, une famille normale. Un père, un vrai, pour pallier aux défaillances de sa mère. Elle avait longtemps cherché dans les rues du Carré Français qui pourrait être ce dernier mais elle avait fini par abandonner et par se faire à l'évidence : elle ne pourrait jamais résoudre ce mystère et elle n'en n'avait même plus envie. A quoi bon ? Elle avait fait sa vie sans et s'en portait bien. Enfin, pas vraiment à l'heure actuelle mais avoir un père n'aurait sûrement pas changé cela.

- La sé-cu-rité, mon bon monsieur, ou du moins l'impression de sécurité, c'est ça qui est vendeur en ce moment, et c'est bien ce qui nuit au commerce en ce moment. Quand on peut mourir en allant acheter une paire de chaussures - paire perdue d'ailleurs lors de l'attentat - on préfère rester en chaussons. J'ai plein d'idées pour pallier à ça, une super campagne en prévision, je ne veux pas me vanter, mais j'ai fais mon stage de fin d'études dans une énorme boîte de relations publiques à New-York, je m'y connais un peu.

Pour être honnête, elle s'en vantait un peu, cela avait été un élément important dans sa carrière. Seule, elle n'aurait jamais pu obtenir une place dans une agence new-yorkaise aussi importante : ce monde-là fonctionnait beaucoup aux relations et elle n'en n'avait aucune en commençant ses études. Débarquée du sud des États-Unis, sans même avoir fréquenté un bon lycée ou un lycée tout court... Elle n'était pas comme Madison ou Logan avec leurs parents fortunés, membres de la bonne société new-yorkaise ou même comme Jack, dont le père très diplômé connaissait beaucoup de monde à Washington, la ville natale de son amie. Elle avait plutôt le profil de Jessica, débarquée de l'Alabama après son diplôme du secondaire. Ce n'est qu'à Salem qu'elle avait pu rencontrer du monde et notamment Joshua, qui, en tant que fils de sénateur, connaissait du monde. C'est grâce à lui qu'elle avait pu avoir ce stage et c'était ce stage qui avait été un argument de poids lorsqu'elle avait postulé au Ministère de la Magie. Elle avait également pu y nouer de nombreux contacts, qu'elle possédait encore aujourd'hui et qui étaient bien utiles dans son travail quotidien. Si un jour elle revenait aux États-Unis, elle espérait bien que cela l'aiderait à retrouver une place, au MACUSA ou ailleurs. C'était d'ailleurs l'une des choses qui pourrait la pousser à revenir, trouver un travail qui la passionnait encore plus qu'ici mais elle aimait tellement ce qu'elle faisait en Angleterre... Cela lui manquait déjà, comme semblait le remarquer Roy.

- Oh oui, s'il te plaît ! s'exclama-t-elle quand il proposa de lui ramener ses dossiers. Je m'ennuie, ici, je vais dépérir, j'ai déjà envie de sortir. En plus, cela aurait été une super occasion au boulot... Ils ont de la chance, mes collègues, et j'ai le droit de le dire, je suis une victime. J'ai entendu Gabe Clarence à la radio, hier, j'ai juste eu envie de débarquer sur scène pour corriger cet affreux tic de langage qu'il a sur "concitoyens".

Elle estimait la plupart de ses collègues mais elle avait ses façons de faire et quand un dossier lui échappait, elle avait toujours tendance à loucher dessus. Elle avait été bien formée, elle le revendiquait, et aimait appliquer les méthodes américaines qui avaient fait leurs preuves, même en Angleterre. Les autres de ses collègues ne fonctionnaient pas de cette manière, formés par l'apprentissage, et ils avaient souvent des avis divergents. Au final, cela tournait bien et ils se complétaient mais des fois, elle avait juste envie de mettre son grain de sel partout. Elle allait devoir apprendre à lâcher du lest avec les semaines d'absence qui s'annonçaient. Elle gagnerait sûrement à se détacher du travail en se coupant des informations et de la presse. De toute manière, cela l'angoissait d'entendre tout cela, toute cette négativité. Tout l'angoissait, en soi.

- Pas "un jour", insista-t-elle. Ça ne veut rien dire. Je pourrais refaire une hémorragie cette nuit, qui sait ? Prévoyons ça, ça m'occupera en plus ! Bon, j'ai dépensé toutes mes économies pour aller à la Nouvelle-Orléans, mais je trouverais un moyen. Et c'est mieux qu'ici, affirma-t-elle en tapotant l'avant-bras de Roy de l'index. Les banques sont plus solides.

L'humour noir l'aidait un peu à distancer cet évènement mais son estomac s'était tordu à l'évocation de l'attentat. A cet instant, elle décida d'en parler aussi souvent que possible, pour se vacciner de cette angoisse qui la saisissait. Elle ne se laisserait pas dominer par ses peurs. Elle avait assez donné au fil de l'année qui s'était écoulée. Franchement... Elle n'avait jamais eu d'année aussi nulle. Vraiment aucune. Même en quittant la Nouvelle-Orléans. Même lors de ses ennuis à Los Angeles. Il lui semblait que tous ses ancêtres s'étaient ligués contre elle. Même le récapitulatif était effarant : le jour de son anniversaire, Abel débarquait devant elle, agressif, cassant et menaçant. Ça, déjà, c'était horrible. Elle avait terrifiée jusqu'en juillet. Ensuite, sa mère qui venait en Angleterre. Horrible aussi. Ses problèmes de magie. Sa dispute avec Roy. Abel qui l'embrassait. Enfin, c'était pas ça qui était horrible, c'était plutôt la suite et le petit effet cœur brisé qu'il avait laissé derrière lui sans le moindre remords ou sans la moindre considération. Son histoire avec Madison. Et maintenant, elle manquait de mourir dans un attentat. Quand on y regardait à deux fois, tout avait un rapport avec Abel, d'ailleurs, la source de tous ses ennuis. Même sa dispute avec Roy ! Elle était tendue à cause de lui, à l'époque. Elle lui concédait juste qu'il n'y était pour rien pour sa magie. Mais tout le reste... Elle aurait mieux fait de ne jamais le connaître, songea-t-elle avec colère.

- Peut-être que je t'enlèverai de la liste, si tu es sage... minauda-t-elle.

Elle devait arrêter de penser à des choses qui l'attristaient, elle devait adopter une pensée positive et de préférence, sans l'aide de drogues. Elle n'avait pas vraiment l'habitude de faire cela, elle était plutôt cynique de nature mais il allait bien falloir, sinon elle allait devenir folle. La main de Roy se glissa dans la sienne et elle la serra en retour, fort. Elle avait besoin de contact, désespérément. Elle avait été seule ces derniers temps, pendant l'été parce qu'elle était très mal, à la Nouvelle-Orléans parce qu'elle n'avait pas eu la tête à cela, à son retour parce qu'elle devait rattraper son retard de travail et parce qu'elle avait la tête occupée par Abel. Isobel n'entretenait pas de relations amoureuses mais elle trouvait du réconfort dans des étreintes d'un soir. Elle s'y sentait désirée, estimée, appréciée presque et elle y trouvait la tendresse éphémère dont elle avait besoin. Et il y a quelques mois, elle avait encore Roy et cela la rassurait. Depuis la fin de cette partie de leur relation, elle était plus facilement seule. L'abandon d'Abel n'avait fait que renforcer cette sensation.

- On devrait pouvoir, répliqua-t-elle. A quoi bon posséder des capacités supérieures sinon ? Autant être moldu. Les sorcières vaudou se sentaient même supérieures aux sorciers occidentaux, elles maîtrisaient des arcanes de la magie difficiles, secrètes même parfois, elle étaient en relation avec la nature. Isobel se sentait supérieure. Avant. Ma grand-mère aurait pu, elle. C'était une sorcière formidable. Elle maîtrisait les sept domaines du vaudou.

La magie vaudou était composée de sept branches différentes. La gemmologie, la réalisation d'objets magiques, la nécromancie, la divination, la magie des soins, la télékinésie, la légillimancie, couplée souvent à l'occlumancie, qui servait pour la lecture des auras et leur dissimulation et la magie des quatre éléments. Une sorcière moyenne maîtrisait trois ou quatre domaines. Une bonne sorcière, six. Une sorcière au potentiel de prêtresse, sept. Isobel maîtrisait les sept, mais pas de manière égale. Elle n'était que peu douée en divination et la magie des soins l'inspirait rarement. Et toute cette magie ne lui avait servi à rien. Elle aurait pu mourir et tous ces pouvoirs, toute cette magie, aura été inutile. Elle se força à sourire quand Roy tapota sa main en lui affirmant qu'elle reviendrait plus forte de tout cela.

- On verra... Ou peut-être que j'aurai une année encore plus nulle.

Elle soupira en s'enfonçant un peu plus dans ses oreillers, fermant les yeux une brève seconde avant de tendre la main pour prendre le gobelet de café posé sur la tablette au dessus du lit. Elle venait d'en prendre une gorgée car Roy prononça quelque chose qui lui fit un coup au cœur. Si elle n'avala pas de travers, elle manqua de le faire - et tousser aurait été très douloureux - et elle reposa son café avec précaution, le cœur battant. La nouvelle était surprenante et la rendait confuse, elle ne comprenait pas vraiment pourquoi. Il ne lui parlait plus. Il sortait avec Madison et n'avait même pas eu un mot gentil pour elle ou une considération. Qu'est-ce qu'il faisait à l'hôpital ?

- Il est sûrement venu voir si par hasard, je n'avais pas passé l'arme à gauche. Comme ça, mon appart aurait été plus disponible pour Madison et lui, c'aurait été plus pratique.



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« Han, tu as perdu une paire de chaussures là-bas ! Mais je ne savais pas, c’est ça le vrai drame en fait ! »

Roy riait à ses commentaires et la chambrait gentiment, content de la trouver d’humeur à plaisanter avec lui. C’était certainement sa façon de repousser l’angoisse, la douleur et le traumatisme liés à son accident, ce que Roy comprenait très bien, il aurait probablement eu le même genre de réaction. Quoique, quelques crises de colère lui auraient sans doute permis d’évacuer encore plus vite, c’était souvent sa réponse la plus instinctive aux situations difficiles. Il se souvenait l’éclat de fureur qui l’avait saisi le soir où il avait atterri chez Klemens, blessé mais en vie, juste après la guerre des gangs. Il avait eu peur de mourir cette nuit-là aussi, et se laisser aller à la colère l’avait déchargé de toutes ses autres émotions. Isobel, elle, semblait gérer la situation avec une bonne dose d’humour noir et de cynisme. C’était assez rassurant, car faire de l’humour nécessitait de prendre un certain recul sur la situation.

Ce qui n’effaçait pas ses craintes les plus profondes, qu’elle laissa transparaître en évoquant un voyage aux Etats-Unis. Roy était un homme qui vivait au jour le jour, une philosophie qui le poussait à approuver les mots d’Isobel, même s’il se doutait qu’elle les prononçait surtout parce qu’elle avait peur de ne plus être là un jour pour faire tout ce qu’elle souhaitait. D’ailleurs, ce fut ce qu’elle glissa entre deux phrases et Roy la rassura d’un sourire :

« On ira quand tu seras remise sur pieds, alors. Et, grande générosité de ma part, j’accepte d’être ton porte-monnaie pour une journée là-bas. Une » insista t-il en levant le doigt.

Cadeau de bon rétablissement de sa part. Elle avait bien besoin de se changer les idées et il serait un bien piètre meilleur ami de ne pas faire en sorte qu’elle puisse s’amuser !

Isobel ne semblait toutefois pas si convaincue que les choses se rétabliraient totalement pour elle, Roy le vit dans le manque de conviction avec lequel elle lui répondit, lorsqu’il lui assura qu’elle allait vite reprendre du poil de la bête. Il fallait dire que beaucoup de choses étaient tombées sur Isobel, en même temps, sur les derniers mois. Des contrariétés plus ou moins importantes, comme ses prises de bec avec Mildred, le sale coup que cette dernière lui avait fait en écrivant un article calomniateur sur elle. Puis des évènements inattendus et plus sérieux : la venue de Laveau, suivie celle de sa mère, les soucis qu’elle avait eu avec sa magie, le moment où elle avait appris la mort de sa cousine, et maintenant, cet attentat… Et entre temps, sa relation avec Abel qui était passée de menaçante à un peu plus apaisée, à de nouveau catastrophique. Cet homme avait joué pour beaucoup dans l’état émotionnel de la jeune femme, ce que Roy avait surveillé avec méfiance. En sept ans, il n’avait jamais vu Isobel en proie aussi souvent aux doutes, aux craintes, voire même à la détresse, que depuis que Laveau était revenu dans sa vie.

Il avait définitivement signé sa disgrâce aux yeux de Roy dix jours plus tôt, un jour où Isobel avait frappé à sa porte, en larmes. Il ne l’avait tout bonnement jamais vue dans un tel état, et il avait bien eu du mal à lui soutirer des explications. Elle n’avait de toute façon pas eu besoin de prononcer davantage que le nom d’Abel pour que Roy décide que cet homme méritait bien une raclée, ce qu’il n’avait pas su se retenir de lui dire en le croisant à l’hôpital, deux jours plus tôt.

Si cela ne tenait qu’à lui, il aurait bien fait en sorte que Laveau ne puisse plus jamais s’approcher de son amie. Mais leur relation à ces deux-là était très complexe, chargée d’incompréhensions et de non-dits, si bien qu'il pouvait difficilement ingérer. Roy savait qu’en tant que meilleur ami, il devait plutôt aider Isobel à démêler ce qu’elle ressentait, ce dont elle avait envie, pas trancher pour elle. Alors il s’efforça pour le moment de lui rapporter des faits objectifs, ce qui impliquait de passer outre le scepticisme évident d’Isobel :

« Il avait l’air inquiet pour toi, répondit t-il. Apparemment, il est resté longtemps à attendre de tes nouvelles. »

Il parla sans donner de ton particulier à sa voix, comme s’il énonçait simplement un fait, désireux de voir la réaction de son amie sans l’influencer. Même avec lui, Isobel restait secrète sur tout ce qu’elle ressentait dans cette histoire. A l’exception du soir où elle avait craqué chez lui -mais même là, elle ne lui avait pas non plus tout dit, il s’en doutait, elle cherchait surtout du réconfort-, c’était globalement difficile de la faire parler sur Abel. Dès que ce sujet venait sur le tapis, Roy avait la sensation d’avancer en marchant sur des oeufs. A son retour de la Nouvelle-Orléans, elle s’était d’ailleurs vexée de le voir insister pour obtenir plus de détails, et il avait préféré changer de sujet.

Sauf que Roy voyait bien maintenant que c’était le sujet qui préoccupait sa meilleure amie, plus que tous les autres, alors il ne pouvait pas laisser couler et se contenter d’attendre qu’elle se confie. Probablement qu’elle ne le ferait pas, s’il ne la poussait pas. Or, il savait plus de choses sur sa relation avec Abel qu’elle ne le pensait, des choses qu’il n’avait pas appris très légalement, mais à sa décharge, il pouvait difficilement se tenir à l’écart quand il voyait l’impact que toute cette histoire avait sur elle. Il voyait bien qu'elle en souffrait, qu'elle se trouvait profondément blessée par les réactions d'Abel, dévorée par la colère à l'égard de cette Madison, une colère qu'on pouvait facilement prendre pour de la jalousie.

Le moment semblait venu de mettre cartes sur tables.

« Isy, ne m’en veux pas de te poser cette question, mais il faut que je sache. Ses yeux noirs la sondaient, sans brusquerie. Est-ce que tu es amoureuse de lui ? »


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- Oui, confirma Isobel à l’histoire des chaussures perdues. Mon argumentation pour le fond d’indemnisation des victimes va principalement reposer sur ça.

Elle avait eu l’idée stupide, avec le recul, d’aller se promener sur sa pause déjeuner au lieu de s’occuper de ses dossiers comme d’habitude. Elle avait déjeuné rapidement et puis était allée profiter du centre commercial, histoire de se détendre un peu, de se changer les idées. Elle avait trouvé cette paire de chaussures. Et puis en sortant, sur la place de la March’Bank… Elle aurait mieux fait de rester au bureau comme d’habitude. Preuve en était que ses longues heures de travail étaient efficaces : elle avait échappé à la guerre des gangs parce qu’elle était restée travailler tard. Certes, elle était présente sur la scène lors du Bloody Sunday, avec quelques autres communicants mais ils avaient été évacués rapidement, comme tous les gens du Ministère : le travail protégeait, encore une fois. Peut-être qu’elle devrait envisager de s’installer dans son bureau. La vue sur l’atrium était plutôt sympathique, ce n’était pas très grand mais c’était correct. Sorbier pourrait aller chasser les parchemins volants qu’ils s’échangeaient entre services. Elle allait considérer l’idée. Elle préférait ce genre de pensées un peu légères, tant pis si elles étaient idiotes, aux peurs viscérales qui l’habitaient ces derniers jours, l’état de choc de son corps, ses tremblement et son coeur qui battait bien trop vite en permanence. C’était pour cela qu’elle se laissait entraîner dans cette conversation, pour mieux repousser l’inéluctable violence.

- Ton porte-monnaie pour une journée ? Un sourire presque carnassier naquit sur ses lèvres. Jeune innocent, tu ne sais pas dans quoi tu viens de t’engager ! Savais-tu que dans ma chère patrie, il y a un décalage horaire entre la côte est et la côte ouest ce qui fait que les journées peuvent être très très longues avec le transplanage… ?

Il n’avait pas besoin de le dire deux fois, elle retenait cette promesse. Elle pouvait bien passer pour matérialiste, elle s’en fichait, elle avait failli mourir. Et puis c’est juste qu’elle aimait les belles choses mais avait un salaire normal, pas un salaire de Roy. Il fallait bien trouver quelques moyens détournés de temps en temps… De toute manière, c’était presque une bonne action de sa part : elle lui permettait d’être généreux, cela sauverait son âme à un moment, entre deux meurtres et trafics en tout genre. C’était être une bonne catholique, voilà tout. Se dévouer à la cause. Dix ans de catéchisme.

La présence de Roy rendait Isobel plus souriante et plus ouverte, plus détendue. Elle aurait presque pu oublier - presque - ce qu’elle faisait ici. Du moins, tant qu’ils continuaient à échanger des badineries et des sujets légers. Lorsque Abel vint sur le tapis, elle se tendit. À l’heure actuelle, elle n’avait vraiment pas la force de se lancer dans cette conversation. Elle savait pourtant pertinemment que son ami évoquerait de nouveau le sujet un jour, si on songeait à la scène qu’elle avait fait chez lui il y a quelques temps, une éternité, elle avait l’impression. C’était le lendemain de la découverte de la relation entre lui et Madison. Elle avait tenu la soirée - enfin, tenu… - avait fait sa journée de travail presque normalement, en apparence du moins, mais avait craqué le soir et avait débarqué chez Roy, à moitié pour y trouver beaucoup d’alcool, à moitié pour se faire consoler. À cet instant précis, elle était vraiment dans un état pitoyable. Elle avait passé cette soirée difficile, avait laissé son chagrin exploser et s’était reprise, en apparence du moins, dès le lendemain, faisant presque comme si de rien n’était. Mais évidemment, les choses ne pouvaient pas s’arrêter là : elle le connaissait assez pour cela.

- Je m’en fous, répliqua-t-elle quand son ami affirma que Abel avait attendu longtemps de ses nouvelles. C’était sûrement pour rapporter les choses à ma famille. C'est comme ça que ça fonctionne, chez moi, on se surveille.

C’était bien trop facile de la délaisser puis de venir faire comme s’il s’inquiétait derrière. C’était bien trop facile de se donner bonne conscience en agissant de la sorte. De toute manière, Isobel s’était juré de ne plus rien attendre d’Abel et cela passait aussi par briser chaque petit stupide espoir qui pouvait exister à son sujet. Non, il ne s’inquiétait pas pour elle. Fin de l’histoire. Elle ne connaissait pas les raisons de sa présence ici mais elle avait décidé qu’elle ne voulait pas les connaître. Elle ne voulait pas de cet entre-deux chaud froid malsain, il avait pris une décisions, elle avait pris la sienne. Elle n’allait pas rester là, à attendre quoi que ce soit de lui qu’il ne lui donnerait tout simplement pas, qu’il ne lui avait jamais donné. Alors, comme depuis des années, elle avait agi radicalement : elle ne voulait plus entendre parler de lui. Honnêtement, c’est même lui qui avait commencé ce petit jeu. Elle ne faisait que suivre son exemple.

Parler d’Abel avait relancé dans l’esprit d’Isobel tous les griefs qu’elle avait contre lui telle une vieille rengaine bien rodée. L’attentat avait chassé tout cela de ses priorités pour un temps mais maintenant qu’elle se retrouvait à cogiter dans son lit… Elle préférait encore cela plutôt que de ressasser l’attentat, tout ce qu’elle avait ressenti, sa peur, tout. Elle préférait tout mettre sous le tapis, encore une fois, et se concentrer sur un problème moindre, presque plus concret, qui pourrait occuper son esprit et sa colère. Elle avait bien trop peur de gratter sous la surface de ce qui avait été découvert par l’attentat… C’était bien pour cela qu’elle refusait d’en parler à un psychomage. Elle voulait juste oublier tout cela. Elle allait bien. Elle avait survécu. Elle irait bien.

Même si cette histoire avec Abel occupait une bonne partie de son esprit, presque volontairement donc, la question de Roy la prit complètement au dépourvu, tant elle ne s’attendait pas à ce qu’elle soit si frontale. Isy fronça les sourcils, posa sur lui des yeux mi-supris mi-courroucés, et croisa ses bras sur sa poitrine. Il n’y eut aucun délai de réponse entre son expression et son exclamation.

- Quoi ?!

Presque immédiatement suivi de :

- N’importe quoi.

Sans oublier le :

- Tu as reçu un choc dans l’explosion, toi aussi ?

Elle le pensait. Elle n’était pas stupide au point d’être amoureuse d’Abel, elle avait déjà donné et surtout, elle avait passé l’âge. Les réactions viscérales qu’il déclenchait chez elle n’étaient clairement pas - plus, certes - celles de l’amour et ce depuis longtemps. Elle avait été amoureuse de lui, en adolescente très naïve, parce qu’elle l’estimait, parce qu’elle l’admirait, parce qu’ils passaient des moments fantastiques tous les deux, parce qu’il la sécurisait. De tout cela, il ne restait rien, bien au contraire. Cette histoire avec Madison, elle ne l’aurait jamais cru capable de cela, tout comme le fait d’appeler sa mère d’ailleurs si l’on remontait un peu dans la chronologie. Ce n’était plus un sentiment de sécurité qu’il faisait naître chez elle mais plutôt de la peur panique ou bien, plus récemment, une colère monstre et une rancoeur solide. Il ne ressemblait plus à son meilleur ami d’avant. De toute manière, elle avait décidé de terminer cette histoire il y a bien longtemps, elle avait fait ce choix bien tard pourtant. Elle était à l’université, elle avait écrit une lettre de clôture de cette histoire qu’elle n’avait jamais envoyée, comme toutes les autres. Elle était passée à autre chose. Elle ne pouvait pas dénier, certes, que le rejet d’Abel l’avait blessée mais cela n’avait pas trait à l’amour.

- Je sais que j’ai été touchée par cette histoire bête mais il y a un contexte aussi… Nous étions amis, quand on était ados, et j’avoue, quand on a recommencé à se parler normalement, je me suis dis que, peut-être, on pourrait essayer d’être amis encore. Pas comme avant évidemment mais… Un peu, peut-être. Et il était d’accord, d’ailleurs. J’ai été un peu touchée parce que j’ai eu l’impression qu’il s’était foutu de moi tout du long, c’est tout.

Elle haussa très légèrement les épaules.

- On a un passif, c’est tout. Ca m’énerve d’avoir cru comme une idiote qu’on pourrait être amis. J’ai eu l’impression d’être une ado débile. J’aime pas ça.


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