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 Baby it's cold outside [Norving]

Nora WeaverAubergisteavatar
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11 décembre 2009 - Mallowsweet

Nora était plutôt satisfaite de son travail. Elle avait passé les deux dernières heures à accrocher des guirlandes lumineuses et du gui un peu partout sur les murs et au plafond, et le résultat était enchanteur. L'intérieur de l'auberge avait pris des allures féériques et toutes ces lumières, associées au feu qui crépitait dans la cheminée, auraient redonner le sourire à un détraqueur. Ce qui était plus ou moins l'objectif, songea-t-elle avec un soupir.

Cela faisait des semaines qu'elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour essayer de redonner un peu de joie de vivre à son petit-ami, sans succès. Elle ne voulait pas le brusquer, elle savait que l'attentat de Léopolgrad l'avait traumatisé et elle ne pouvait que le comprendre -elle était là aussi- mais elle ne pouvait pas le laisser dans cet état. Il donnait le change avec les clients, quand ils recevaient du monde, mais le reste du temps il était d'humeur morose et de plus en plus silencieux. Elle ne voulait pas le forcer à en parler s'il n'en avait pas envie, même si elle était persuadée que cela lui aurait fait du bien, alors elle essayait d'être de bonne humeur pour deux, d'amener une énergie positive et de lui laisser le temps. Elle refusait de perdre patience, mais reconnaissait que la situation commençait à devenir pesante et elle avait de plus en plus de mal à garder le sourire.

De nature optimiste, elle avait bon espoir que les fêtes de fin d'années redonnent un peu de joie de vivre à Irving et s'était donc appliquée à rendre leur chez-eux un peu plus festif. Elle avait profité qu'il soit sorti, pour lui faire la surprise, et espérait que cela lui plairait. Il le fallait, sinon elle baissait les bras. Elle était fatiguée d'essayer. Elle ne savait plus quoi penser. Elle alternait entre la compassion, le découragement, et le besoin de s'en sortir. Parfois elle avait l'impression de devenir folle.

Un jour elle se laissait entrainer par sa morosité et commençait à broyer du noir aussi. Elle se disait qu'il avait raison, finalement. A quoi bon faire semblant d'aller bien quand ils enchainaient les coups durs et que le monde autours d'eux devenait fou ? Et le lendemain elle se reprenait et se disait que la vie continuait malgré tout, qu'ils devaient apprendre avec leur histoire et leurs problèmes, et qu'ils pouvait s'en relever s'ils s'en donnaient la peine. Dans ces moments-là, quand elle était soudainement prise de cette furieuse envie de vivre, d'aimer, de rire, de faire tout ce qu'elle avait envie de faire tant qu'elle le pouvait encore, elle ne le comprenait plus. Elle d'ordinaire si patiente aurait voulu le secouer pour le faire réagir. Mais elle savait que ce n'était pas comme ça qu'elle améliorerait la situation, alors elle accrochait des guirlandes lumineuses.

Elle rallumait à l'aide de sa baguette une des billes lumineuses qui s'était éteinte quand Looping déboula en aboyant joyeusement dans le salon, signe qu'Irving passerait la porte dans approximativement quatre secondes. Elle eut tout juste le temps de coincer sa baguette dans la ceinture de son jean et pivota pour faire face à son petit-ami qui venait d'arriver.

"J'ai décoré un peu, annonça-t-elle avec un sourire, comme si ce n'était pas évident. Elle s'approcha pour déposer un baiser sur ses lèvres avant de s'écarter pour lui laisser le temps de se débarrasser de son blouson. Ça te plait ?" s'enquit-elle en espérant recevoir un peu d'enthousiasme. Juste un peu.

HRP:
 


Irving WhitakerAubergisteavatar
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" ...votre confrère qu' j'ai vu il y a trois semaines m'a dit que  j'devais ramener ce formulaire, complété par mon médecin traitant, pour expliquer qu' j'avais été en arrêt maladie suite aux attentats, et là vous m'dites que c'est pas l'bon papier !?"

"C'est l'autre formulaire qu'il aurait dû vous donner, répondit la conseillère en tendant à Irving un parchemin vert, celui-ci vous ouvrira -peut-être- les droits pour une aide financière pas celui que vous avez rempli."

Irving se pinça l'arête du nez pour tenter de garder son calme devant tant d'incompétence. Il avait survécu à une attaque terroriste mais l'administration magique allait l'achever ! D'après elle, il n'avait pas été assez touché par l'attentat pour obtenir une prise en charge à 100%. Pas assez touché ! Quelle blague !  L'administration devait évaluer à quel point ses blessures avaient été handicapantes dans l'exercice de ses fonctions pour envisager une indemnisation.

Irving enregistrait déjà un manque à gagner de plusieurs centaines de galions car il n'avait pas réussi à retaper la principale chambre de l'auberge pour les fêtes de Noël . Mais ça, la dame au comptoir assise en face de lui s'en fichait bien. Il avait confectionné un dossier de plusieurs dizaines de pages depuis plusieurs semaines et on lui disait maintenant qu'il devait tout recommencer. Irving  parcourut la liste des pièces à joindre au dossier du regard et constata avec consternation qu'il devrait prendre plusieurs rendez-vous auprès de différentes institutions pour obtenir les documents souhaités... Encore du temps en moins pour travailler !

Le jeune homme poussa un soupir et passa ses mains dans ses boucles brunes  avant de ranger le papier dans son épaisse pochette sur laquelle était inscrit en grosse lettres "Paperasse Leopoldgrad".

"Bien, je repasserai pour vous ram'ner tout ça."


"Ne tardez pas trop car nos services sont fermés durant les vacances de Noël..."


Irving leva les yeux au ciel mais se garda de tout commentaire. A quoi bon ! Mieux valait rentrer à la maison et commencer la rédaction de ce dossier plutôt que de faire un esclandre ici. Le jeune homme transplana donc directement dans le jardin de l'Auberge et atterrît dans la flaque de boue qu'il s'était promis d'anéantir le jour de l'ouverture de l'Auberge. Encore une réparation qu'il n'avait pas eu le temps de faire ! songea-t-il en observant le bas de son jeans et ses baskets tachés de terre.

"Bordel de troll"
grogna-t-il pour lui même en nettoyant son pantalon et ses chaussures d'un sortilège. Il poussa la porte de l'Auberge et ajouta prestement " Non Looping. Pas Sauté ! J'ai dis NON !"

Malgré les protestations de son maitre le jeune chien posa affectueusement ses deux pates sur le sweat d'Irving qui ne tarda pas à le chasser d'un geste de la main.
"Mais c'est pas possible, il comprend rien c'chien ma parole !" gronda l'ancien Gryffondor tandis que Looping jappait d'un air heureux et surexcité. Irving releva les yeux vers Nora, agita le dossier dans sa main, et poursuivit d'un air morne "...m'ont pas donné l'bon formulaire. "

Le jeune homme s'installa donc à la table de la pièce à vivre et ressortit le fameux document vert pour le relire et cocher les pièces qu'il avait déjà en sa possession. Trop accaparé par sa lecture, il répondit pas un vague "...Moui, c'est sympa..." à la remarque de Nora, sans même prendre le temps de lever les yeux de sa lecture. Il sortit toutefois le nez du parchemin au bout de quelques secondes pour prendre à partie sa petite amie "Non mais t'y crois ?! Il me red'mande une attestation de présence sur les lieux de l'attentat alors que je leur ai déjà fait passé ! "
Nora WeaverAubergisteavatar
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La température de la pièce parut chuter de plusieurs degrés quand Irving passa le seuil de la porte. Et cela n'avait rien à voir avec le froid qu'il faisait dehors. D'ordinaire attendrie par les conflits récurrents entre Looping et son maitre, Nora se retint cette fois de ne pas soupirer d'agacement face au manque de patience de son petit-ami. Il était dans un mauvais jour, elle le savait, et elle aurait voulu ne pas lui tenir rigueur de sa mauvaise humeur, mais cela commençait à faire beaucoup de mauvais jour les uns à la suite des autres.

"Tu exagères, il fait des progrès, protesta-t-elle pour la forme. Looping ! appela-t-elle. Le petit chien accourut aussitôt et s'assit sagement aux pieds de sa maitresse, qui le gratifia d'un sourire sans conviction. Bon chien !"

L'humeur massacrante d'Irving trouva soudainement une explication quand ce dernier expliqua que les services d’indemnisation des victimes de l'attentat ne lui avait pas donné le bon formulaire. Ces démarches administratives étaient réellement pénibles, elle le savait. N'y avait-il absolument personne de compétent dans l'administration magique ? Nora s'en voulut aussitôt d'avoir pensé ça alors que Jane travaillait justement au sein des services sociaux. Il y avait certainement plein de gens compétents. Ils n'en avaient juste rencontrer aucun. Pas de bol.

Un peu radoucie par l'idée qu'Irving n'avait pas dû avoir une matinée facile, Nora s'approcha de la table sur laquelle il venait de s'installer, avisant avec une grimace les nombreux papier étalés à sa surface.

"Je peux t'aider avec quelque chose ?"

Décidée à remonter un peu le moral de son petit-ami, d'une façon ou d'une autre, elle lui désigna les décorations de noël qu'elle avait installé mais il ne daigna pas lever les yeux de sa lecture.

"Doucement, cache ton enthousiasme, ce ne sont que des décorations de noël... ironisa-t-elle, acide, avant de se laisser tomber sur une des chaises avec un soupir de découragement. Elle n'était même pas sûre qu'il l'ait entendue...Et j'ai avancé la peinture dans la chambre principale, il ne restera que le plafond à faire..."

Cette information n'eut pas plus de succès que la précédente et quand le Gryffondor leva finalement la tête ce fut pour se plaindre à nouveau de l'incompétence de l'administration. Oui, les services sociaux étaient des incapables. Oui, c'était honteux de leur imposer toute cette paperasse. Mais ils n'allaient pas passer des semaines entières à s'en plaindre, si ? Visiblement si.

"Non, je n'y crois pas...répondit-elle d'un ton neutre. J'peux pas le croire..." lâcha-t-elle en se levant, sans cacher son agacement, qui n'était pas vraiment destiné aux services sociaux.

Elle planta Irving là et s'approcha de la cuisine pour préparer du thé. Ils en avaient besoin. Elle s'en voulait de réagir comme ça. Elle aurait pu être un peu plus compréhensive, plus compatissante. Et elle l'avait été, elle avait été patiente, vraiment. Mais l'avait-elle été suffisamment ? Parfois elle se le demandait. Était-elle en droit d'être lassée de la mauvaise humeur permanente d'Irving ou était-elle une horrible petite-amie incapable de soutenir son compagnon ? Elle oscillait entre colère et culpabilité, sans que jamais l'une ne l'emporte sur l'autre, et ça commençait à la rendre folle.


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'Irving n'obtint pas la réaction escomptée. Il attendait de Nora qu'elle soit un peu compatissante -elle savait bien à quel point il avait cette paperasse en horreur- ou qu'elle partage son mécontentement et qu'ils pestent, ensemble, sur l'inefficacité de l'administration mais au lieu de cela, la jeune femme s'éclipsa dans la cuisine sans cacher son agacement.

"Quoi ?" lança-t-il en levant les paumes vers le ciel, incrédule.

Elle n'allait quand même pas lui faire une scène pour si peu ? songea-t-il avec amertume. C'était tellement futile comparé à ce qu'il avait l'impression d'avoir à gérer au quotidien !

Soucieux de tirer cela au clair, il se leva du banc et rejoignit Nora dans la cuisine.

" Les décos sont chouettes, dit-il comme s'il avait été contraint et forcé, mais c'est juste qu'en c'moment j'ai pleins d'autres trucs à faire, des trucs importants qui m'occupent l'esprit jour et nuit, qui m'inquiètent vraiment alors quand j'te vois réagir comme ça juste parce que j'me suis pas extasié devant trois guirlandes et deux boules de Noël, désolé, mais j'comprends pas ! " lâcha-t-il en agitant la tête.
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Nora soupira en entendant Irving la rejoindre dans la cuisine et ne se retourna pas, préférant se concentrer sur le thé qu'elle dosait avec précision dans une jolie théière en porcelaine. S'il avait laissé couler, elle aurait surement ruminer quelques minutes, avalé une tasse de thé, et serait passée à autre chose. C'était sans compter sur son petit-ami, qui n'avait visiblement pas compris que son agacement n'avait pas grand chose à voir avec les guirlandes de noël.

Elle se fichait bien des guirlandes, elle n'en avait même rien à faire, qu'il les enlève si elles ne lui plaisaient pas. Elle en avait juste assez de l'entendre se plaindre en permanence et de le voir se complaire dans une morosité dont il n'avait pas l'air de vouloir sortir. Elle voulait bien comprendre que ce n'était pas facile, elle-même avait parfois du mal, à sourire, à discuter de futilités avec les habitants du village et à faire comme si tout allait bien, mais au moins elle essayait.

Sauf que personne ne se rendait compte des efforts qu'elle faisait. Personne ne devinait à quel point c'était dur pour elle d'entretenir cette image de fille joviale et de prétendre être de bonne humeur en permanence. Elle ne pouvait pas en vouloir aux autres, ils ne savaient pas. Personne ne se doutait qu'elle avait un meurtre sur la conscience, et peu savaient qu'elle s'était trouvée au cœur de l'attentat de Léopolgrad. Mais Irving lui savait. Il avait traversé tout ça avec elle, il en souffrait au moins autant qu'elle, si ce n'était plus, et pourtant il n'avait pas l'air de penser que ça pouvait être difficile pour elle aussi. Comme s'il n'était pas conscient de tous les efforts qu'elle faisait pour essayer de maintenir une normalité de façade.

"Oui alors que moi je n'ai rien d'important à penser, répliqua-t-elle en faisant brusquement volte-face. C'est vrai, de quoi est-ce que je pourrais bien m'inquiéter la nuit ? ironisa-t-elle. D'ailleurs je dors comme un loir !"

Il lui arrivait encore de se réveiller au milieu de la nuit en hurlant, échappant de justesse à la baguette de Dalhiatus pointée sur elle et au sortilège de Doloris qui ne manquait jamais de venir hanter ses nuits.

"Ça te surprendra peut-être mais j'ai quelques petits soucis aussi en ce moment, rien de grave bien sûr, certainement rien du tout comparé à côté de ce que toi tu traverses !" cingla-t-elle, amère.

Elle se retourna à nouveau, incapable de supporter le regard du Gryffondor après cette attaque frontale. Si elle continuait de mettre du thé dans cette théière il n'y aurait bientôt plus de place pour l'eau. Elle regrettait déjà ses mots, elle était trop dur avec lui, il ne l'avait pas mérité. Pourtant elle ne les retira pas, parce qu'une part d'elle les pensait vraiment. Le dire lui avait fait du bien. Il fallait que ça sorte, qu'il l'entende, que ça s'arrête.



Irving WhitakerAubergisteavatar
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Nora n'était pas égoïste. Irving avait toujours loué sa grandeur d'âme, son altruisme. Elle venait en aide aux autres de manière désintéressée, elle se montrait systématiquement charitable même avec ceux qui l'avaient parfois tourmentés.  En ça, elle était exceptionnelle et Irving savait bien à quel point il avait de la chance d'être avec une femme pareille. Il était bien rare qu'elle lui fasse des reproches ou qu'elle le juge durement -ce n'était même jamais arrivé lui semblait-il- et leur dernière vraie dispute remontait à bien des années en arrière sur le chemin de Pré-Au-Lard...

L'énervement de Nora -aussi soudain qu'inattendu- eut au moins le mérite  d'alerter Irving sur le réel ras-le-bol de sa petite amie. Il savait bien qu'elle subissait de plein fouet les contre coups du meurtre, de l'attentat et de sa propre mauvaise humeur. Le pire c'est qu'Irving avait parfaitement conscience que son amertume et son attitude avaient des conséquences néfastes sur son couple... Il n'avait pas envie d'être cet homme ronchon et grincheux que Nora devrait prendre avec des pincettes mais il devait avouer que c'était plus fort que lui.

Il se demandait parfois comment il pouvait aller bien avec tout ce qu'il venait de traverser: Perdre son père puis Danny, s'inquiéter de la mise en place d'une dictature dans le pays. Voir ses propres amis directement persécutés par Marchebank, Julia et surtout Klemens. Commettre un meurtre -un meurtre !- faire disparaitre le corps d'un type, vivre avec le poids de la culpabilité et la peur à chaque instant d'être confondu... et puis comme si cela ne suffisait pas, il y avait eut l'attentat.
Irving leva les yeux vers Nora qui lui tournait toujours le dos et la scruta quelques instants pour en arriver à la conclusion suivante:  Il avait plus souffert qu'elle. Il en était persuadé. Il savait bien qu'il ne devait pas penser ça. Il pouvait d'hors et déjà entendre des phrases de psychomage du type "Il n'y a pas d'échelle de valeur dans la souffrance" pourtant il avait la sensation d'avoir plus durement trinqué que sa petite-amie. Pour autant, il ne pouvait pas le lui dire. Il y avait des choses, dans un couple, qu'il valait mieux savoir garder pour soit, si bien qu'il se tut, préférant le silence plutôt que répondre à son attaque frontale.

Bien qu'on puisse en douter Irving apprenait de ses erreurs: Il savait au fond de lui qu'une dispute violente avec Nora n'arrangerait rien, bien au contraire. Pour autant  il ne pouvait pas non plus faire comme si de rien n'était: L'enlacer, l'embrasser et s'excuser en promettant de faire des efforts. Il en était incapable.

Sa souffrance était réelle tout comme son mal-être et cette sensation persistante d'être seul dans l'adversité.  Il avait l'impression de porter un poids immense sur ses épaules et que la charge était plus lourde chaque jour. Il voyait bien que la perspective de rendre Nora malheureuse ne suffisait plus à lui faire relever la tête et c'était là le signe qu'il avait peut-être atteint un point de non-retour.
Irving poussa un profond soupir tout en s'appuyant des deux mains sur le plan de travail de la cuisine face à ce terrible constat.

Ce n'était pas ce qu'il voulait, ni ce qu'il avait imaginé pour eux... Il avait toujours été intimement persuadé que Nora était la femme de sa vie et qu'il trouverait forcément le bonheur à ses côtés et pourtant  aujourd'hui ils en étaient là. On pouvait être éperdument amoureux l'un de l'autre et terriblement malheureux en même temps.

L'ancien Gryffondor passa une main dans ses boucles brunes et contourna la table où Nora préparait le thé pour venir se placer face à elle de l'autre côté. Il tira un tabouret haut et s'installa dessus cherchant à capter le regard de sa petite amie.
"Tu t'souviens la discussion qu'on avait eu sur la colline au dessus de Pré-Au Lard peu de temps après ...Dalhiatus, finit-il par dire ne sachant pas trop comment amener la chose, On s'était dit plein d'trucs ce jour là et tu m'avais dit qu'il fallait qu'j'te parle..." Commença-t-il d'un air las."Alors voila:  J'aurais jamais pensé dire ça un jour mais, en c'moment, on est malheureux ensemble. "

C'était dit sans animosité et sans aucun reproche dans la voix, comme un simple constat.

"J'ai beau savoir ce qui va pas, savoir qu'j'uis en partie responsable de cette situation, j'arrive pas à rebondir. J'y arrive plus... En fait, j'uis fatigué." Extenué serait un mot le plus juste d'ailleurs. "J'ai l'impression que tu m'en veux de pas parvenir à gérer tout ça, qu'il faudrait que j'arrive à mettre toute cette merde de côté pour nous préserver - C'était surement ce que faisait le commun des mortels -... mais je me sens vraiment submergé."

Il se gratta le front, un peu gêné d'admettre ses faiblesses devant Nora puis il tendit le bras pour attraper sa main.

"Je t'aime mais je vois bien qu'il y a un truc qui cloche et qu'on a peut-être des décisions difficiles à prendre."
Nora WeaverAubergisteavatar
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Elle avait été trop loin, et appréhendait la réaction d'Irving. Elle était injuste, il n'avait rien fait pour mériter une telle attaque, et elle s'en voulait. Mais elle avait craqué. Nora hésitait à s'excuser, à tout effacer, à passer à autre chose, mais savait que ça ne ferait que repousser l'échéance. Quelque chose n'allait pas, et si elle avait craqué aujourd'hui, elle le ferait à nouveau. Elle redoutait une contre-attaque, qui n'arrivait pas.

Elle aurait dû être soulagé de voir le Gryffondor s'installer calmement en face d'elle de l'autre côté de la table mais elle sentit son angoisse se muer en véritable peur. Il n'était pas énervé, pas même blessé, il semblait juste fatigué, et dépité. Ils se voyaient tous les jours, passaient leurs journées ensembles et pourtant elle ne remarquait que maintenant à quel point il avait l'air éreinté, et comme il semblait plus vieux. Elle n'aimait pas le regard qu'il posait sur elle. Elle aurait préféré qu'il se vexe, qu'il s'énerve, qu'il lui renvoie ses propres mots à la figure. Tout plutôt que ce regard résigné. Elle dut faire un véritable effort pour ne pas baisser les yeux quand il prit finalement la parole.

Nora hocha silencieusement la tête, déroutée par la tournure que prenait cette conversation, quand Irving évoqua la discussion qu'ils avaient eu un an plus tôt, à Pré-au-Lard. C'était surement la discussion la plus ouverte et la plus grave qu'ils aient jamais eu, évidement elle s'en souvenait. Chacun des mots qu'ils avaient échangé ce jour-là était gravé dans son esprit. Irving s'était confié à elle, ce jour-là, et elle ne demandait qu'à l'écouter à nouveau. Elle le lui avait dit, elle pouvait tout entendre. Sauf les quatre mots qui sortirent de la bouche du Gryffondor.

Ils étaient malheureux, point. Il aurait dû s'arrêter là. Ils étaient malheureux parce que les temps étaient difficiles pour eux, ils étaient malheureux du fait des épreuves qu'ils avaient eu à affronter, ils étaient malheureux mais ils allaient s'en remettre. Mais ça n'avait rien à voir avec le fait qu'ils soient ensemble. Elle n'eut pas le temps de protester et laissa Irving poursuivre, sentant son coeur se serrer face à l'étendue de la détresse de son petit-ami. Bien sûr elle savait à quel point il avait souffert ces derniers temps, à quel point c'était dur pour lui, mais l'entendre mettre des mots sur son ressenti était plus difficile qu'elle ne l'aurait pensé.

"Bien sûr que non, le coupa-t-elle quand il assura qu'elle devait lui en vouloir. Je suis désolée, j'ai été nulle, je...je suis fatiguée aussi. Je me suis laissée emporter, je n'aurais pas dû. Je ne t'en veux pas, je ne pourrai jamais t'en vouloir d'être atteint par tout ça. Et jamais elle n'aurait dû perdre patience, elle s'en voulait terriblement. Mais tu dois me dire les choses, tu ne peux pas tout garder pour toi, je suis là pour ça. Elle ne demandait qu'à l'aider, mais elle ne savait plus comment. Elle avait juste besoin qu'il lui dise ce dont il avait besoin, elle ferait n'importe quoi. Ne me rejette pas."

Elle regrettait amèrement ses attaques injustes à présent, et aurait voulu pouvoir effacer ce faux-pas. Elle ne pouvait pas espérer que tout revienne à la normale en quelques mois. Peut-être n'auraient-ils jamais la vie qu'elle aurait souhaité pour eux, peut-être que les choses ne seraient plus jamais comme avant. Et ce n'était pas grave, elle pouvait s'en accommoder. Elle s'y ferait.

Personne ne devrait jamais dire "mais" après avoir dit "je t'aime". C'était trop dur à entendre. Et rien de bon ne pouvait venir après ces mots. Elle ne comprenait pas comment ils en étaient arrivés là. Elle avait effleuré une carte du bout des doigts et maintenant tout le château s'effondrait sans qu'elle ne puisse l'arrêter. Qu'avait-elle provoqué, en se laissant aller à la colère, juste une fois ? Elle n'avait jamais voulu ça, ce n'était pas ce qu'elle souhaitait. Ils avaient besoin de parler, d'échanger, pas de prendre de décisions difficiles. Ils pouvaient arranger les choses, tout doucement.

"Qu'est-ce que tu veux dire ?" s'inquiéta-t-elle en retirant sa main de celle d'Irving.

Elle n'aimerait pas la réponse, elle le savait. Elle n'aurait pas dû poser la question. Faire comme si elle n'avait rien entendu, fuir cette conversation qu'elle ne voulait pas avoir, effacer ses mots agressifs, et tout recommencer. Une culpabilité étouffante s'écrasa sur ses épaules. Elle avait fait une erreur en s'énervant un peu plus tôt, mais c'était un simple dérapage, un moment de faiblesse. Jamais elle n'aurait imaginé que la conversation prenne de telles proportions. Elle se sentait trahie. Et si cette erreur lui coûtait encore plus cher qu'elle ne le craignait ?


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Lorsqu'Irving entendit Nora se confondre en excuses, il poussa un soupir las et secoua la tête de gauche à droite. Ce n'était pas ce qu'il voulait entendre. Du moins, ça ne l'était plus. Il se serait très certainement contenté de ses paroles quelques minutes plus tôt, et il aurait même éprouvé une forme de satisfaction égoïste à l'idée qu'elle admette qu'elle avait dépassé les bornes, mais maintenant qu'ils avaient évoqué le cœur du problème ils devaient aller jusqu'au bout des choses.  

Nora était toujours celle qui arrondissait les angles, qui faisait des efforts pour les faire avancer, alors que lui, il n'était bon qu'à cracher son mal-être. Leur couple ne pouvait plus fonctionner ainsi.

"Arrête s'il te plait, dit-il en se massant les tempes, arrête, ajouta-t-il en relevant les yeux vers elle. Je te rejette pas -jamais je 'l'f'rai- mais j'vois bien qu'ça peut plus durer comme ça. Faut se rendre à l'évidence."

Ils ne s'étaient pas parlés avec autant de sincérité depuis des semaines.  Ils n'échangeaient des mots qu'à propos des clients, des travaux à envisager, des papiers à remplir... Irving avait bien conscience qu'il était peut-être celui qui avait instauré cette distance mais il n'arrivait plus à faire la part des choses: Les problèmes qui le minaient avaient fini par grignoter son couple. Il ne se souvenait même plus de leur dernier fou-rire ni à quand remontait la dernière fois où ils avaient été vraiment heureux ensemble. Des années lumière.

"T'es pas là pour faire la poubelle affective et absorber tout ce qui va pas chez moi, reprit-il, j'veux dire, si j'te dis tout ça c'est pour qu'tu comprennes un peu mieux c'que j'ressens , mais en retour, j'voudrai savoir comment, toi,  tu vois les choses. J'voudrai qu'tu m'parles."

S'ils voulaient sauver leur couple de cette mort lente, ils devaient poser des mots sur ses dysfonctionnements même si cette perspective était effrayante. Une part d'Irving avait envie que Nora soit la plus sincère possible et qu'elle parle sans filtre et une autre part appréhendait ses propos. Pourrait-il rester clairvoyant et ouvert à la discussion si les reproches devenaient trop lourds à porter ? Il ne savait pas trop si c'était une bonne idée mais il estimait que cela lui avait fait du bien de dire ce qu'il avait sur le cœur et que Nora avait le même droit en retour.

Pourtant elle ne semblait pas prompt à s'exprimer tout de suite. Au contraire.  A en juger par son esquive, elle redoutait visiblement les décisions qu'ils allaient devoir prendre après cette discussion.  

Irving aussi avait peur car ces mesures risquaient de sonner comme un constat d'échec: Abandonner la gestion de l'Auberge ? Quitter définitivement la résistance ? Envisager une pause dans leur relation? Irving ne voulait pas en arriver là mais il lui arrivait parfois de penser que sa petite amie serait plus heureuse avec un autre... Surtout s'ils continuaient sur cette lancée.

"Je sais pas c'qu'on doit faire, dit-il d'air air fatigué, j'sais juste que si on continue comme ça, on va droit dans l'mur, Il poussa un soupir,  J'suis prêt à faire des efforts, des concessions mais il faut que je sache comment toi tu vis les choses."
Nora WeaverAubergisteavatar
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Irving s'était confié, honnêtement, et il était légitime qu'il attende la même chose d'elle en retour. En théorie, c'était la meilleure chose à faire, partager leur ressenti, et échanger sur ce qui ne fonctionnait pas pour repartir sur des bases plus saines, mais elle avait peur de se montrer honnête. Parce que si la majeure partie de son mal-être était due à tous ces évènements qui les avaient atteint tous les deux, une autre partie d'elle était malheureuse du fait d'Irving. Pas vraiment à cause de lui, parce qu'il n'y pouvait rien, mais le voir dans cet état, jour après jour, sans amélioration, ça la rendait folle.

Elle ne pouvait pas lui dire ça. Elle ne savait pas comment elle pourrait expliquer ça sans le blesser, sans paraitre égoïste ou intolérante. Il n'avait besoin que de temps, elle le savait, mais combien était-elle capable de lui en donner ? Elle n'arrivait pas à se résoudre à lui avouer la vérité, pourtant c'était bien ce qu'il semblait attendre, et elle n'avait pas le coeur à lui mentir. Il faudrait qu'elle le dise un jour, de toute façon.

"Pas très bien." confessa-t-elle quand il lui demanda comment elle vivait les choses. Elle était terrifiée. C'était tellement plus simple de se forcer à sourire et de faire comme si les choses n'allaient pas trop mal. La perspective de lui livrer sa détresse et son impuissance l'effrayait au point que sa voix se mit à trembler.

"J'essaie de faire aller, de continuer comme avant, de prétendre que ça va...Parfois ça marche. Parfois moins. Elle hausse les épaules, fataliste. J'me dis que si je fais comme si tout était normal, ça finira par l'être, tu vois ? Maintenant qu'elle le formulait à voix haute elle trouvait ça complètement idiot. Mais rien ne change. Je vois bien que ça va pas, je vois que t'es pas bien, et je sais plus quoi faire. Elle s'arrêta un instant et se mordit la lèvre pour réprimer les larmes qui lui montaient aux yeux. Je veux t'aider, vraiment, mais j'y arrive plus, je sais plus quoi faire..."

Elle aurait fait n'importe quoi pour l'aider à ce sortir de cette mauvaise passe, pour qu'il aille un peu mieux, mais elle avait le sentiment que tout ce qu'elle pourrait faire ne serait pas suffisant. Elle s'en voulait de ne pas être capable de lui venir en aide, de ne pas savoir comment le soutenir dans ces épreuves, de ne pas être à la hauteur. Est-ce que c'était sa faute ? Est-ce qu'elle n'était pas assez patiente, ou pas assez présente  ? Elle essayait pourtant, de lui parler, de recréer un lien, mais ils s'éloignaient de jour en jour. Elle ne pouvait pas le forcer à lui parler, même si elle savait que c'était surement ce dont il avait besoin.

"Je pense qu'on a besoin d'aide..." reprit-elle d'une petite voix.

Elle y avait déjà pensé, quelques fois. Ils ne s'en sortaient pas, et elle ne savait plus quoi faire pour l'aider. Mais il avait réellement besoin d'aide, et ses paroles un instant plus tôt le confirmaient, il allait mal et ça ne pouvait plus durer. Cette fois ce fut elle qui tendit le bras pour attraper la main d'Irving qu'elle serra dans la sienne, autant pour le réconforter que pour se donner du courage.

"Je ne peux pas te forcer à me parler de tout, mais...Je pense que ça pourrait te faire du bien d'évacuer, de parler à quelqu'un d'autre...à un professionnel."  

Elle en était convaincue. Elle se souvenait à quel point le fait de se confier au Professeur Corrigan l'avait soulagé. C'était probablement ce qui l'avait sauvé. Elle n'aurait jamais tenu sans ça. Mais elle savait qu'Irving pouvait être un peu fermé sur ces choses-là et avait terriblement peur qu'il interprète mal ses paroles.


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Faire comme si tout allait bien. Irving voyait parfaitement ce que voulait dire Nora. Il avait lui aussi expérimenté  cette technique, en vain. Il n'arrivait plus à faire semblant depuis l'attentat et il s'était laissé submergé par tous ses problèmes. Il était temps, pour eux, d'arrêter de se voiler la face et d'essayer de trouver des solutions car ils pâtissaient de cette situation.

Pourtant, plus Nora parlait plus il se sentait mal. Il avait identifié les causes de son propre malheur et elles étaient essentiellement étrangères à leur couple: Le décès de ses plus proches amis, le meurtre de Dalhiatus, l'attentat de Leopoldgrad... mais la situation était différente pour sa petite amie. Sa principale cause de mal-être à elle, c'était lui. Ce n'était pas Dalhiatus, ni la mort de l'enfant de Leopoldgrad qui la réveillait la nuit. Elle avait encaissée et digérée toutes ces épreuves mais elle ne pouvait pas lutter contre sa détresse. Elle avait beau essayer de lui redonner confiance, de le tirer vers le haut, elle n'y arrivait plus seule.

Aussi lorsqu'elle lui suggéra d'aller voir un professionnel, l'ancien Gryffondor eut un léger mouvement de recul.

Il avait toujours envisagé son mal-être comme un état temporaire estimant qu'avec le temps il arriverait à surmonter tout ça. Il n'avait pas besoin d'un psychomage ou d'un traitement quelconque. Ça s'était pour les dépressifs comme Mme Highway l'ancienne voisine de ses parents à Nimbus, pas pour lui...

"Quand j'disais qu'il faut qu'on trouve des solutions , j'imaginais pas vraiment...ça. ajouta-t-il légèrement sur la défensive, j'veux dire, j'me sens fatigué, surmené, insista-t-il,  J'ai pas le temps de faire tout ce que j'devrais et tu voudrais que j'aille voir un psy.  C'est pas en rajoutant des rendez-vous pour bavarder avec un médicomage que j'vais pouvoir mieux gérer tout ça. Au contraire. On a pleins de frais en c'moment et tu connais l'tarifs des consultations ? C'est hyper cher ces trucs ! Et puis franchement ? Qu'est ce que je lui dirais ? Poursuivit-il sans même laisser le temps à Nora de répondre. 80% des trucs qui me bouffent le cerveau sont des actes qui pourraient nous conduire tout droit à Azkaban. C'est impossible, souffla-t-il en secouant la tête de gauche à droite.

Pourtant, plus il parlait, plus un mot s'imposait dans son esprit: Dépression. Il ne voulait pas l'entendre alors il tentait vainement de le noyer sous un flot de paroles mais le souvenir de Mme Highway et de son mari lui revenait en mémoire. Il se rappelait de cette femme, gentille, mais qui paraissait si morose. Même lorsqu'elle souriait un voile de tristesse assombrissait  sur son visage. Il se souvenait aussi de M. Highway, toujours au petit soin pour sa femme, pourtant, quoiqu'il fasse, il ne semblait jamais à la hauteur.  "C'est pas une vie de vivre avec quelqu'un comme ça." avait un jour dit Vivianne la mère d'Irving, en guettant le couple par la fenêtre. Les Highway avaient été touchés par un grand malheur -le genre de malheur dont on ne parle pas à un enfant mais dont le poids est si terrible qu'Irving l'avait ressenti - et Mrs Highway ne s'en était jamais remise. Dans les rues de la Cité Nimbus, elle était "la dépressive", et ce terme avait fini par devenir péjoratif pour le petit Irving: Mrs Highway était faible, elle s'était complainte dans son malheur et elle avait gâché la vie de son mari. Voila la vision qu'il avait d'elle. Il n'avait jamais envisagé Mrs Highway comme une victime, une victime de la dépression.

Ce pouvait-il qu'il soit lui aussi atteint de ce mal ? Les parallèles entre lui et Mrs Highway lui semblaient si évidents maintenant qu'il en était tout chamboulé pourtant il continuait à les nier  avec vigueur.

"... C'est pas la solution. Ça peut pas être la solution..." souffla-t-il en passant une main lasse dans ses boucles brunes.

Il releva les yeux vers Nora et l'observa quelques secondes. Elle avait l'air au moins aussi fatiguée que lui. Il venait de lui promettre qu'il se sentait prêt à faire des efforts, prêt à entendre ce qu'elle avait à dire et au lieu de ça, il la contraignait au silence en fermant tout dialogue. Il s'isolait. Il chutait, inexorablement, et il entrainait Nora dans sa descente aux enfers.

Il ne pouvait pas. Il ne pouvait plus lui faire subir ça...

"Tu penses vraiment qu' je suis malade ? s'enquit-il alors après un bref silence, Qu'j'dois me faire soigner ? Hein ? C'est ça." lança-t-il alors d'un air aussi inquiet qu'abattu.
Nora WeaverAubergisteavatar
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Plusieurs fois, face à la mauvaise humeur de son petit-ami, Nora avait perdu patience et lui en avait voulu, de ne pas essayer, de ne pas faire d'effort, de ne pas se donner la peine d'au moins faire semblant. Jusqu'au jour où elle s'était dit qu'il n'y pouvait peut-être rien. Que c'était peut-être quelque chose contre lequel il n'avait pas d'emprise. Que c'était peut-être pathologique. Et plus elle y pensait pus ça lui paraissait évident. Une dépression.

Une partie d'elle aurait été presque soulagée que cela soit vrai, parce que ça lui apportait enfin des réponses, ça expliquait toutes ces choses qui n'allaient plus. Et une autre part d'elle redoutait que ce soit le cas, parce que bien qu'elle ne soit pas une experte, elle savait comme cela pouvait être long et pénible à surmonter.

On était souvent prompt à blâmer les victimes de dépression et à leur reprocher de ne pas faire d'efforts, alors même qu'on aurait jamais songé dire à un malade de la dragoncelle de "faire un effort". La dépression était une malade comme les autres, même si elle était rarement perçue comme telle et souvent traitée comme un simple coup de fatigue ou une marque de faiblesse. Beaucoup de gens en avaient une mauvaise image, et Irving faisait vsiiblement partie de ces gens-là.

Nora s'était attendue à cette réaction, à vrai dire elle n'avait même pas osé en espérer une autre, pourtant elle laissa échapper un soupir de découragement. Elle savait que toutes les raisons qu'il avançait pour refuser sa proposition n'étaient que des prétextes, et qu'en vérité il refusait tout simplement d'envisager l'idée. Elle le savait très bien, et elle le comprenait. Peut-être même qu'elle aurait réagi de la même façon. Personne n'avait envie de s'entendre conseiller d'avoir voir un psychomage. Et même si elle restait convaincue que c'était la meilleure chose à faire, elle ne dit rien. Elle ne le forcerait pas. Elle ne voulait pas se disputer avec lui à ce sujet. Elle ne détruirait pas ce qui restait de son couple pour ça. Elle n'en avait ni le courage ni la force.

Elle savait que c'était son rôle pourtant. C'était à elle de l'aider, même contre son grés. C'était à elle de lui dire ce qu'il ne voulait pas entendre. Mais à quel prix ? Combien de conversations comme celle-ci devrait-elle endurer avant qu'il n'accepte sa proposition ? Elle était déjà fatiguée de cette discussion, elle n'arrivait même pas à répondre tant il surenchérissait. Elle ne chercha même pas à l'interrompre. Elle commençait même à s'en vouloir d'avoir évoqué l'idée quand elle voyait dans quel état cela le mettait. Comme s'il n'avait pas assez de problèmes comme cela, il avait fallu qu'elle lui donne des raisons supplémentaires de s'inquiéter.

Elle ne savait plus quoi faire. Elle ne faisait que des mauvais choix. Elle essayait de l'aider mais voyait bien que ses paroles n'avaient aucun impact. C'était décourageant. Elle aurait tellement voulu pouvoir simplement s'approcher de lui et le serrer dans ses bras, se blottir contre lui en sachant que cela suffirait à le réconforter, comme cela avait pu être le cas autrefois. Mais cela ne suffisait plus, elle ne suffisait plus. Elle ne pouvait plus rien faire pour qu'il aille mieux. Elle n'y arriverait pas toute seule, ils avaient besoin d'aide.  

Elle haussa les épaules, défaitiste, quand il répéta que ça ne pouvait pas être la solution. Elle n'avait pas le courage de le contredire. Elle renonçait. Mais Irving reprit la parole et Nora sentit sa gorge se serrer quand il lui demande si elle pensait qu'il était malade. Entendre toute la détresse et l'inquiétude dans sa voix lui brisait le coeur. Elle ne voulait pas être celle qui répondrait à cette question. Elle n'avait pas envie de lui dire la vérité, elle ne voulait pas le blesser et lui faire encore plus de mal, même si c'était pour son bien. Pourtant il le fallait.

"Je ne sais pas...souffla-t-elle d'une petite voix. Peut-être. Après tout elle n'y connaissait rien. Peut-être que oui, répondit-elle finalement. Elle ne voulait surtout pas qu'Irving prenne ses mots comme une accusation ou un reproche, mais elle ne savait pas comment dire les choses. Et peut-être que c'est pour ça que c'est si difficile. C'est terrible comme maladie, et on n'y peut rien, c'est comme attraper un rhume...Mais ce n'est pas le genre de maladie dont on guérit tout seul...Elle avala difficilement sa salive, elle avait la gorge sèche et du mal à trouver ses mots. On a besoin d'aide. Elle n'arrivait pas à le dire. Tu as besoin d'aide. C'était dit. Ca devait être aussi pénible à entendre qu'à annoncer. Il faut que ça s'arrête..."


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Etait-il malade ?

"Peut-être que oui."

La réponse de Nora était tombée comme un couperet plongeant Irving dans un océan de doutes. La marche pour sortir du chaos dans lequel il se trouvait lui avait semblé soudainement infranchissable. Il avait toujours pensé pouvoir rebondir de lui même, ou au moins, avec l'aide de Nora. Ils étaient une équipe, - Nora l'Intrépide et Irving l'Audacieux- pourtant aujourd'hui, elle admettait ne plus pouvoir le soutenir.

"Tu as besoin d'aide."

Du "nous", elle était passée au "tu".
Pour lui, Nora était la seule personne qui avait toujours cru en lui, qui avait su voir qui se cachait réellement derrière le looser binoclard de Poudlard, le garçon un peu mal dans sa peau et pas très doué en magie. A son contact, il avait pris confiance -elle lui avait donné confiance- car dans son regard il lisait tout un tas de choses qui lui avaient permis de s'assumer et de s'aimer davantage.

Hors, tout ce qu'il devinait aujourd'hui dans les yeux de Nora, c'était de la fatigue, de la résignation et peut-être même un peu de crainte à l'idée de lui parler franchement. En était-elle réduite à devoir prendre des pincettes avec lui ? Avait-il vraiment envie de lui inspirer ce genre de comportement ?

S'entendre dire qu'il devait envisager un traitement était une chose difficile mais se l'entendre dire de Nora était bien pire.  Elle était surement la seule personne sur terre qu'il n'avait pas envie de décevoir. La seule qui comptait réellement...

Honnêtement, il n'était pas certain de pouvoir gérer, il était parfois tellement déprimé qu'il se sentait ployer sous le poids des responsabilités ou de la culpabilité. Un part de lui avait même envie de lâcher prise et de tout envoyer balader. Il voulait dire qu'il ne pouvait pas endosser à lui seul la responsabilité de cet échec. Il se sentait presque prêt à l'idée de suggérer à Nora une pause dans leur relation: Ils étaient malheureux ensemble, à quoi bon continuer ?  Elle méritait une autre vie et lui aussi.

Mais une autre part de sa personnalité lui soufflait que c'était la solution de facilité: Il abandonnait ce qu'il aimait le plus au monde pour ne pas avoir à se battre pour le garder. Sans Nora, il n'aurait plus aucune raison de se lever le matin, il pourrait se laisser couler, tranquillement, et sombrer dans la déprime et la dépression.
Etait-ce vraiment ce qu'il souhaitait ?

Assurément non. Au fond de lui il était sûr d'une chose:  Il ne voulait pas la perdre. Ni à force de négligence ni en mettant un terme à leur relation.  Il devait être  prêt à tout entendre et tout envisager pour la garder.  Il avait peut-être besoin de prendre un peu de temps pour lui, besoin de se re-concentrer sur ses priorités... Besoin de se faire aider ? Peut-être.

Même s'il avait du mal à envisager cette possibilité qu'il voyait comme un aveu de faiblesse il ne pouvait pas ignorer la détresse dans laquelle son couple était plongé.
Ces derniers mois, il s'était dit que Nora serait plus heureuse sans lui, qu'elle méritait une autre vie, un autre homme auprès d'elle mais à cet instant, il n'envisageait pas son futur sans elle. Il avait besoin d'elle, besoin de la retrouver et surtout besoin qu'elle soit à nouveau fière de lui.

Il pouvait incarner cet autre homme, encore fallait-il qu'il le veuille.

"J'vais aller voir un médicomage, lança-t-il alors après un long silence, j'vais faire c'qu'il faut." ajouta-t-il en hochant lentement la tête.

Il fallait que ça s'arrête. Sur ce point il était d'accord avec Nora.  Même s'il venait probablement de prendre l'une des décisions les plus courageuses de sa vie, Irving se sentait encore comme le pire des tocards.  Sa conscience ne le laisserait donc jamais en paix ! songea-t-il avec amertume. S'en était presque risible !

Le jeune homme releva les yeux vers sa petite-amie sans parvenir à sourire pour la rassurer. Il avait pris un engagement important mais le plus dur restait à faire...
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Le silence qui suivit sa réponse lui parut interminable. Nora se répétait inlassablement ses derniers mots, pensant à tout ce qu'elle aurait voulu dire différemment, à ce qu'elle n'aurait peut-être pas dû dire. Elle ne savait plus ce qu'il fallait faire, ce qu'il fallait dire, ni comment s'y prendre. Elle était pourtant quelqu'un d'instinctif et elle savait y faire avec les gens, en général. Elle n'avait jamais été une bonne oratrice mais elle savait écouter et se débrouillait généralement bien quand il s'agissait de réconforter les autres. Mais aujourd'hui elle était perdue, et complètement démunie face à la situation.

On disait d'elle qu'elle était emphatique et il était vrai qu'elle se mettait facilement à la place des autres, pour essayer de les comprendre. Et elle ne comprenait plus Irving. Elle ne pouvait qu'imaginer ses maux, sans parvenir à leur donner une réalité. Mettre un mot sur le problème avait déjà été difficile, elle n'était pas capable de plus que ça. C'était quelque chose qu'elle ne connaissait pas, et qu'elle n'arrivait pas à imaginer. Elle ne pourrait pas l'aider, elle en était certaine. Elle aurait voulu en être capable mais elle n'avait ni les connaissances ni la force nécessaire. Seul un psychomage pouvait aider Irving à vaincre cette maladie. S'il l'acceptait.

Nora sentit un poids s'ôter de ses épaules en attendant son petit-ami affirmer qu'il irait voir un médicomage. Il avait pris une décision, la bonne décision. Elle aurait dû s'en réjouir, et elle en était réellement soulagée, mais elle réalisait aussi à quel point cela rendait les choses réelles. Tout lui parut soudainement terriblement concret. Cette mauvaise passe, ces difficultés qui leur minaient le moral depuis des semaines, tout ça devenait officiellement une maladie un peu inquiétante. Elle avait beau savoir qu'ils avaient fait un pas dans le bon sens, elle était aussi consciente du chemin qu'il restait à parcourir.

"D'accord, répondit-elle alors qu'elle assimilait cette nouvelle réalité. C'est bien", commenta-t-elle sans enthousiasme.

Ils allaient s'en sortir, se répéta-t-elle. Ils avaient certainement encore quelques semaines ou quelques mois difficiles devant eux, mais cela ne pouvait qu'aller mieux maintenant. Les choses allaient s'arranger. Cela prendrait le temps qu'il faudrait, mais ils allaient remonter la pente, tous les deux. Elle qui se sentait épuisée un moment plus tôt se sentit emplie d'une nouvelle énergie. Elle était prête à l'aider à hauteur de ce qu'elle pouvait faire, et à le soutenir dans sa lutte. Pour la première fois depuis longtemps, elle ressentit une forme d'espoir. Elle réussissait de nouveau à croire que des jours meilleurs les attendaient au bout du tunnel.

Consciente qu'Irving n'était sûrement pas aussi optimiste qu'elle face au parcours qui l'attendait pour vaincre cette dépression, elle fit le tour de la table de la cuisine et vint se blottir contre lui, d'abord en silence. Elle ferma les yeux une seconde, sa tête contre le torse de son petit-ami et ses bras enroulés autours de sa taille. Elle avait l'impression de ne pas l'avoir serré dans ses bras depuis longtemps. Ce n'était d'ailleurs pas une impression.

"Ca va aller, assura-t-elle finalement en relevant la tête vers lui. Ca va aller mieux, j'en suis sûre. Je t'aiderai, affirma-t-elle. On va s'en sortir. Elle y croyait de toutes ses forces. Je t'aime."

Ca aussi elle ne l'avait pas fait depuis longtemps. Et elle aurait dû le dire plus souvent. Elle aurait dû lui dire tous les jours. Parce qu'elle l'aimait même quand ça n'allait pas, même quand c'était difficile et qu'elle doutait de tout. Elle ne doutait jamais d'eux, ils étaient une réalité dont elle avait besoin pour avancer, son seul point d'ancrage dans un monte qui partait en lambeaux. Elle serait toujours là pour lui, elle le lui avait promis.


Irving WhitakerAubergisteavatar
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Il l'avait dit. Il ne pouvait plus faire machine arrière maintenant et il allait devoir se faire soigner. Irving sentit une pression supplémentaire sur ses épaules. Il n'avait pas le droit à l'erreur s'il voulait sauver son couple, cette thérapie devait marcher. Il était celui qui portait la responsabilité de l'impasse dans laquelle ils se trouvaient.  Il fallait qu'il s'en sorte...mais en était-il capable ?

Nora qui le connaissait mieux que quiconque semblait lire dans ses pensées et lui assura que tout allait s'arranger. Si seulement elle pouvait dire vrai, songea-t-il. C'était facile pour elle, après-tout, il était celui qui devait être soigné. Celui qui allait peser chaque mot pour ne pas trop en dire sur la résistance. Celui qui devrait trouvé le bon équilibre entre confidence et dissimulation.
Il allait devoir arrêter de se focaliser sur son malheur. Ses problèmes. Le pire était qu'il avait conscience d'être égocentrique mais il n'arrivait pas à lutter contre cet état de fait.

Pourtant, il était plus que temps d'essayer de remédier à tout ça. Lorsque Nora contourna le buffet pour venir l'enlacer il aurait aimé croire en son soutien indéfectible, en la puissance de leur amour -comme on pouvait le lire dans les romans à l'eau de rose  de Magpie- mais il devait admettre qu'il en doutait...
Il resserra toutefois ses bras autour des frêles épaules de sa petite amie, ferma les yeux et huma l'odeur de ses cheveux bien incapable de dire s'il arriverait à puiser en elle le courage dont il avait besoin pour affronter cette épreuve.

"Je t'aime aussi."
murmura-t-il.

Mais cela suffisait-il ?

Fin du RP.
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Baby it's cold outside [Norving]

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