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 “Le problème avec le futur, c'est qu'il n'arrête pas de devenir le présent.” [Sofya]

Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Dernière édition par Joséphine Chevalier le Dim 4 Juin 2017 - 22:52, édité 1 fois
2 décembre 2009

Joséphine éclata d'un rire léger, renversant sa tête en arrière dans une cascade de cheveux roux. Flatté par sa réaction, son interlocuteur glissa une main dans son dos et l'attira à lui. Elle était lovée dans un des canapés en velours d'un salon privé des Folies Sorcières, entre deux jeunes cadres ambitieux du Ministère. Elle faisait des heures supplémentaires. Le cabaret était fermé depuis une bonne heure mais quelques invités triés sur le volet avaient décidé de prolonger la soirée dans un des salons privés de l'établissement. On avait demandé des filles pour tenir compagnie à ce joli petit monde. Joséphine n'avait pas encore payé son loyer, alors elle avait sauté sur l'occasion.

Le piano ensorcelé jouait un air de jazz langoureux. Le champagne coulait à flot, et dans l'air se mélangeaient des vapeurs de tabac et de mona lisa. Les mains se baladaient, les regards se croisaient, les lèvres s'effleuraient. Joséphine adorait cette ambiance. Elle était payée pour ça, et consciente qu'elle était là pour combler ces messieurs, mais retrouver cette abondance propre aux soirées mondaines lui était toujours agréable. Personne ici ne se souciait du prix du vin ou de la valeur des cigares qu'on s'échangeaient. Ils étaient riches, ils étaient puissants, le monde était à eux. En partageant la pièce avec eux Joséphine avait l'impression que le monde lui appartenait un peu à elle aussi.

L'ambiance était détendue ce soir, débridée. Pas de patron pour surveiller le comportement des danseuses. Pas de directeur de département pour juger les vices de ses employés. Ils étaient une douzaines d'oiseaux de nuit, tous des soutiens du régime. Quelques cadres bien placés du Ministère, d'autres qui se définissaient comme des intellectuels, des journalistes, des artistes. Que du beau monde. On racontait même que le Ministre de la magie en personne se trouvait dans l'établissement ce soir. Peut-être leur ferait-il l'honneur de sa présence. S'il emmenait son portefeuille avec lui, Joséphine se ferait un plaisir de l’accueillir comme il le fallait.

L'homme qui tenait la danseuse par la taille lui tendit le joint de mona lisa duquel il venait de prendre quelques taffes. La jeune femme se pencha en avant et attrapa la cigarette entre ses lèvres sans quitter l'homme des yeux. Elle inspira profondément avant de se redresser en soufflant un nuage de vapeur bleutée.

-On dit que la Mona Lisa est aphrodisiaque, souffla le jeune-homme en faisant tourner le joint ces doigts.

Tout le monde savait ça, croyait-il vraiment qu'il lui apprenait quelque chose ? Elle consommait de la mona lisa depuis plus de dix ans. Il parlait à une connaisseuse.

- Tu devrais en reprendre un peu alors...répondit-elle avec un regard enjôleur.

L'homme ne se le fit pas dire deux fois. Visiblement un peu jaloux, son collègue, assis à gauche de Joséphine, se leva et fit quelques pas dans la pièce pour rejoindre le porte manteau délicatement ouvragé sur lequel il avait posé sa veste un peu plus tôt.

- Une petite partie de poker sorcier ? lança-t-il à l'assemblée en revenant au centre de la pièce.

- Avec ton jeu de tarot ? Ça m'étonnerait ! railla une autre danseuse en riant.

L'homme examina les cartes qu'il tenait à la main et, vexé, les fourra dans sa poche de pantalon avec mécontentement en réalisant que la jeune femme disait vrai. Il se rassit et attrapa son verre de champagne pour se donner une contenance.

- Donne-moi ça, souffla Joséphine en glissant sa main jusque dans la poche du malheureux. On peut en faire des choses avec un jeu de tarot...Qui veut savoir ce que l'avenir lui réserve ?

Oui, elle avait dit qu'elle arrêtait les prédictions. Trop instable, trop incertain. Mais elle avait toujours eu une relation particulière avec les cartes. Le jeu de tarot était, de tous les instruments de divination, son préféré. Elle n'avait pas d'affinité particulière avec les boules de cristal, et n'aimait pas le thé. Mais elle adorait lire les cartes. Et puis, elle n'avait même pas besoin du don de double-vue pour s'adonner à ce genre de jeu. Tout le monde pouvait jouer aux cartes. Elle était juste un peu plus douée que les autres.

Les yeux noisettes de la danseuse se promenèrent sur l'assemblée, avant de se poser sur l'homme qui avait toujours une main dans le creux de son dos. Un sourire mutin étira ses lèvres maquillées.

- Très peu pour moi ! se défendit celui-ci. J'ai jamais cru à cette magie là, ce n'est que du hasard !

- Avoue plutôt que tu es terrifié, se moqua son collègue.

- Et bien à toi l'honneur mon très cher Charles !

- Honneur aux dames ! se défila le dénommé Charles. Sofya ? lança-t-il, trop heureux d'avoir trouvé un échappatoire.

Joséphine tourna la tête pour accrocher le regard de la belle actrice. Elles s'étaient régulièrement croisées aux Folies, sans jamais vraiment prendre le temps de faire connaissance.

- Alors, Miss Belinski, on se laisse tenter ?



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Sofya BelinskiMembre des Veilleursavatar
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"Avec plaisir", répondit Sofya avec espièglerie, en se détournant de son interlocuteur.

Sans le savoir, Joséphine venait de la sauver d'une conversation particulièrement pénible avec un jeune loup aux dents longues du Ministère. Avec son costume hors de prix, sa coupe de cheveux de fils de bonne famille et son air blafard, il avait tout du jeune politique propre sur lui qui n'aspire qu'à monter les échelons. On sentait l'électeur de John Warlock réprimé qui soutenait le FREE par pur opportunisme... Rasé de près et empestant le parfum, il s'exprimait à l'envie sur sa carrière au département de la justice magique et le futur brillant qu'il attendait, avec une condescendance qui inspirait un mépris grandissant chez la comédienne.

Sofya adorait l'atmosphère feutrée des Folies Sorcières, surtout après la fermeture, et passait volontiers ses nuits de libre à fréquenter les sorciers triés sur le volet qui venaient s'y prélasser. La conversation y était souvent soutenue et intéressante, quand l'alcool, la drogue et la drague ne transformaient pas la soirée en quelque chose de plus sulfureux. Alors venait le meilleur moment pour les faire parler et ainsi mériter son titre d'espionne... Sa présence ici était donc mi-business, mi-plaisir. Elle se faisait un réseau toujours plus grand au sein de l'élite britannique, laissait traîner ses oreilles pour le bien de son gang, et profitait au passage du luxe environnant. Hélas, cela signifiait parfois écouter longuement des imbéciles patentés aux idées arrêtés, qui étaient à mille lieux des personnes qu'elle aimait fréquenter habituellement.

Heureusement, Sofya n'était pas comédienne pour rien, et elle savait manipuler l'art de l'illusion. Juchée sur des talons vertigineux, son corps svelte sublimé par une robe moulante, elle avait accroché un sourire avenant à son visage et relançait régulièrement son interlocuteur, à petits coups de hochements de tête et d'onomatopées. Elle était une femme de toute façon, c'était bien tout ce qu'il attendait d'elle, n'est-ce pas ? C'était lui le centre de l'attention, lui qui était si riche, jeune, beau et intéressant.

Jusqu'à ce qu'on lui fasse une proposition qu'elle ne pouvait décemment pas refuser. Une prédiction au tarot, voilà qui était d'avantage pour lui plaire ! Plantant là sans remord le jeune cadre, elle attira un fauteuil face à Joséphine et s'installa contre les coussins moelleux. Son regard curieux se posa sur la danseuse, qui semblait elle aussi parfaitement à son aise dans cet environnement. Le tarot la renvoyait à ses souvenirs d'enfance, lorsqu'elle gambadait dans les rues de Serliovka pour assister aux spectacles et pour écouter les conseils des diseuses de bonne aventure.

Leur petit manège avait attiré l'attention d'une bonne partie des convives, qui encerclèrent la petite table pour pouvoir observer l'échange. La plupart d'entre eux ne croyaient certainement pas à la divination, mais ils avaient bien tort. Quant à savoir si Joséphine savait effectivement manier des cartes, c'était une autre histoire...

"Je suis curieuse de savoir ce que me réserve l'avenir", commenta Sofya avec un sourire sibyllin. Son avenir avait toujours été trouble et incertain, même lorsqu'elle se le faisait lire par de véritables devins, et cette époque était particulièrement illisible. C'était d'ailleurs cette incertitude qu'elle aimait dans la vie, et pourtant, paradoxalement, la comédienne avait toujours voué une certaine fascination pour l'art de lire l'avenir. Elle s'apprêtait à lancer une fanfaronnade pour faire le show quand elle entendit des mouvements parmi leur petit groupe de spectateurs. Quelqu'un venait de les rejoindre, qui leur jeta un regard curieux.

"Je vous en prie, ne vous arrêtez pas pour moi, continuez", lança Leopold Marchebank avant de s'éloigner en direction d'une bouteille de Ragnarov.

Sans plus y prêter attention, Sofya se tourna de nouveau vers le jeu de tarot. Elle sentit une pointe d'adrénaline parcourir ses veines. Le futur ne lui réservait que du bon, pas vrai ?




Margarita Levieva, kit par Vingounet
Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Elle qui s'était fait la promesse de ne plus proposer ses services de voyante avait vite retrouvé ses mauvaise habitudes. C'était plus fort qu'elle. Vivre en sachant qu'elle pourrait prédire l'avenir, sans jamais se permettre d'essayer, était bien trop frustrant. Elle aurait pu se contenter de s'entrainer à le divination seule chez elle. La plupart des voyants exerçaient en solitaires, vivaient reclus et gardaient leurs prédictions pour eux, mais ce n'était pas vraiment le genre de Joséphine. Elle préférait en faire un spectacle. Elle ne savait pas faire grand chose, elle n'avait jamais fait d'étude et n'avait aucun talent particulier, elle n'avait que ce don de double vue et elle ne pouvait pas résister à l'envie de l'étaler un peu.

Mais cette fois-ci hors de question de se laisser avoir à nouveau. Son ancien patron avait fait d'elle une attraction de cirque pendant près de dix ans. Flatteuse au début, la façon qu'il avait d'utiliser son don de voyance était devenue dégradante. Il l'avait élevé au rand de célébrité locale certes, mais en la droguant jusqu'à ce qu'elle ne distingue plus ses visions de la réalité, en la faisant travailler jusqu'à épuisement et en l'encourageant à mentir. Joséphine ne se serait peut-être jamais soustraite à son influence s'il ne s'était pas fait arrêté. Aujourd’hui elle était libre, et si elle commençait à envisager à nouveau de vendre d'autres de ses services, elle ne le ferait que pour son propre compte. Elle avait longtemps été un produit qu'on cédait au plus offrant, mais se découvrait aujourd'hui une âme d'entrepreneur. Si ses capacités devaient rapporter de l'argent, il ne tomberait que dans sa poche.

Mais l'heure n'était pas aux considérations économiques. Il était hors de question de faire payer Sofya ce soir. Joséphine était là pour s'amuser, et pour tester un peu son public. De nombreux sorciers étaient sceptiques face à la divination, qu'on jugeait comme une magie obscure et peu fiable. Certaines cultures y étaient plus ouvertes que d'autres. C'était une forme de magie répandue et respectée dans de nombreux pays, et un art délaissé et tourné au ridicule dans d'autres. Elle avait le sentiment que l'Angleterre appartenait plutôt à la deuxième catégorie, mais attendait malgré tout la réaction de son auditoire. Quelques adeptes ou curieux se cachaient peut-être parmi les méfiants.

Joséphine répondit au sourire de Sofya, qui s'était installée en face d'elle, et sentit un frisson d'excitation parcourir son dos. Elle était partie avec l'intention de distraire un peu son public avec ses connaissances en divination et quelques grandes phrases au sens obscur, mais elle se surprenait à espérer une véritable vision. Elle se sentait bien, il faisait un peu chaud dans la pièce, la mona lisa lui montait doucement à la tête, c'était les conditions parfaites.

"Tout le monde en est curieux, répondit-elle à la jeune actrice avec un sourire mystérieux. Sauf ceux qui le connaissent déjà."

Elle exagérait un peu, si elle connaissait véritablement l'avenir de l'humanité elle ne serait pas danseuse de cabaret, mais ça faisait partie du spectacle. C'était comme les chorégraphie qu'elle exécutait sur scène, un peu de talent, beaucoup d'entrainement, et pas mal de poudre aux yeux, de plumes, de paillettes, et de costume brillants. La jolie rousse se redressa avec intérêt quand le ministre en personne fit apparition dans la pièce. Voilà qui changeait la donne, il était hors de question de se ridiculiser avec des prédictions tout droit sorties de la section horoscope de Cosmo Witch maintenant !

"Monsieur le ministre..." le salua-t-elle avec une oeillade enjôleuse avant de reporter son attention sur Sofya. La jeune femme n'avait pas l'air réfractaire, cela aiderait surement.

D'un coup de baguette, Joséphine fit s'élever le paquet de carte dans les airs. Toutes les cartes se séparèrent, s'enroulant les unes autours des autres et virevoltant dans un ballet aérien parfaitement orchestré. Cela ne servait qu'à mélanger les cartes, mais ça avait plus d'allure que les battre comme un vulgaire joueur de poker. La danseuse tendit la main, paume vers le ciel, et toutes les cartes virent s'y déposer les unes après les autres, face cachée.

"Prend les cartes..., souffla-t-elle à Sofya en déposant le paquet dans les mains de la jeune femme. Tu peux les mélanger si tu le souhaites, fais-en ce que tu veux."

Il était important que l'actrice manipule un peu le jeu, pour qu'il s'imprègne de son énergie. Joséphine laissa s'écouler quelques secondes pendant lesquelles elle s'efforça de ralentir sa respiration et de se concentrer. Elle plongea son regard ambré dans celui de son interlocutrice. La danseuse tendit finalement la main pour tirer la première carte. D'une pression du doigt, elle fit glisser vers elle la carte qui se trouvait sur le haut du paquet. Celle-ci se mit à leviter dans les airs, toujours face cachée. Elle reproduit le même geste avec les quatre cartes suivante, jusqu'à ce que les deux jeunes femmes soient séparées par cinq cartes flottant entre elles.

"Tu peux reposer le paquet, expliqua-t-elle à Sofya. Maintenant choisit la carte que tu souhaites voir en premier."

La carte la plus à gauche représentait l'état dans lequel l'actrice se trouvait, la carte la plus à droite le problème ou l'évènement qui l'attendait, et celles du milieu contenaient des compléments d'information, des pistes à explorer, parfois des réponses. Joséphine attrapa la carte désignée entre son pouce et son index et la retourna, un sourire mutin s'étira sur ses lèvres maquillées.

"La lune, révéla-t-elle. C'est la carte des créatifs, de l'imagination, de la nuit et du rêve, commenta-t-elle avec un sourire doux. Mais aussi du mensonge, et de ceux qui vivent dans l'illusion, qui fuient une confrontation..." termina-t-elle, malicieuse.

Sofya faisait-elle partie de ceux qui vivaient au jour le jour, sans se soucier des problèmes alors même qu'ils les voyaient arriver ? Refusait-elle d'affronter une réalité qui la dérangeait ? C'était en tout cas ce que cette première carte laissait penser. Mais peut-être ses soeurs viendraient-elles contredire cette première approche.

"Il est encore temps de garder tes oeillères, lança-t-elle, un brin provocatrice. Sofya tenait peut-être à se protéger, d'autant plus que leur assemblée comptait désormais une personnalité de la plus haute importance, mais Joséphine espérait qu'elle ne renoncerait pas. Elle commençait à s'amuser. Ou je continue ?"



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Sofya BelinskiMembre des Veilleursavatar
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Sofya observa avec une certaine fascination le ballet de cartes de tarot qui se mélangeaient en une danse envoûtante. Elles vinrent se poser dans la main de Joséphine avec une délicatesse qui témoignait de la maîtrise de la danseuse. Nul doute qu'elle était à l'aise avec un jeu de cartes, mais qu'en était-il de son troisième oeil ? Ils n'allaient pas tarder à le savoir...

Suivant les indications de Joséphine, Sofya s'empara du jeu de cartes et entreprit de le séparer en deux pour le battre, à la manière moins poétique de la joueuse de poker chevronnée qu'elle était. Laissant à Joséphine le temps de se mettre en conditions, elle retraça distraitement les motifs de la carte du haut du paquet. Son regard se perdit sur la danseuse, dont les yeux mordorés vinrent bientôt accrocher les siens. Autour d'elle, il semblait que chacun retenait sa respiration en attendant de voir la magie de Joséphine opérer. Le silence s'était instauré, seulement perturbé par la musique languissante que l'on en était venu à oublier, et par le son des glaçons qui tintaient contre le verre du ministre.

Sofya observa Joséphine qui tirait une première carte, puis les quatre suivantes. Elles restèrent face cachée en lévitation au-dessus de la table, sous l'attention impatiente de Sofya. Quand elle lui demanda d'en choisir une, la comédienne hésita quelques secondes avant de désigner celle qui se trouvait la plus à gauche. Un sourire espiègle étira les lèvres de Sofya lorsqu'elle reconnut le dessin de la lune. Voilà un astre avec lequel elle avait toujours ressenti une certaine affinité. La lune avait éclairé nombre de ses nuits, de ses frasques et de ses exploits...

L'interprétation que commença à en faire la danseuse lui allait si bien qu'elle renversa la tête en arrière et laissa échapper un rire. Quand Joséphine évoqua les problèmes que laissait deviner la carte, elle haussa ses fins sourcils avant de souffler, d'une voix basse mais suffisamment audible : "La fuite et l'illusion... C'est l'histoire de ma vie."

S'avançant légèrement sur son fauteuil, elle se pencha vers Joséphine et ajouta, le regard pétillant de malice : "La nuit, le rêve et l'imagination sont mon domaine aussi..."

Loin de se démonter quand Joséphine la provoqua, elle revint se caler confortablement contre le dossier de son fauteuil et répondit par un sourire de défi. Sofya ne niait pas qu'elle avait parfois du mal à affronter la réalité en face, et n'avait d'ailleurs pas choisi ses carrières de comédienne et d'espionne par pur hasard. Pour l'instant, Joséphine ne lui apprenait rien qu'elle ne savait déjà au fond d'elle, mais ce que révélait le reste des cartes pourrait s'avérer plus inconfortable... Qu'à cela ne tienne, il était bien trop tard pour reculer et perdre la face à présent. D'autant plus qu'elle sentait un mouvement derrière elle, certains convives se décalant pour laisser approcher le ministre.

Leopold se posta à côté du fauteuil de Sofya et observa fixement le jeune homme installé à côté de Joséphine, de son plus beau regard noir, sublimé par la cicatrice qui lui barrait désormais l'oeil droit. Finalement, le jeune cadre finit par comprendre l'allusion et se lever fébrilement, pour le plus grand contentement du ministre. Sofya ne dissimula pas son amusement en le voyant s'installer confortablement dans le canapé aux côtés de Joséphine, son verre à la main, l'air très intrigué par le jeu de cartes.

Reportant son attention sur Joséphine, Sofya l'incita d'un geste de la main à poursuivre :

"Je n'ai pas peur d'ôter mes œillères... Celle-ci."

Et, du bout du doigt, elle désigna la carte du milieu.



Margarita Levieva, kit par Vingounet
Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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L'attitude de la belle actrice lui plaisait, elle aimait son petit air de défi. La cartomancie était bien plus agréable quand la personne de l'autre côté de la table coopérait comme le faisait Sofya, de nombreuses personnes s'empressaient de relever la moindre petite incohérence ou la moindre lecture de leur personnalité qu'ils estimaient erronée. Mais les cartes se trompaient rarement, elles étaient souvent mal lues, même par les meilleurs, mais elles avaient toujours là pour une raison.

Quittant un instant les yeux pétillants de la jeune femme, le regard de Joséphine se posa sur le ministre de la magie, qui se tenait derrière le fauteuil de la jeune femme. La danseuse n'aurait pas aimé être la personne à qui le regard noir de Léopold Marchebank était destiné, il faisait froid dans le dos, même si elle avait tendance à penser que cette cicatrice lui donnait un certain charme. C'était le côté héros de guerre, ça lui avait toujours plu.

Le jeune homme assis à côté de la voyante finit par comprendre le message -il aurait bien eu besoin du troisième oeil vu le temps qu'il avait mis à réagir- et se leva maladroitement pour céder sa place au ministre. Joséphine le suivit du regard tendit qu'il prenait place à ses côtés, mi-intriguée mi-impressionnée. Elle avait intérêt à faire une bonne lecture maintenant, hors de question de se ridiculiser devant Léopold Marchebank. Elle aurait tout donné pour avoir une véritable vision à l'instant même, mais elle était bien trop fébrile pour cela.

Le rapport de force venait de changer, songea-t-elle tendit que Sofya s'enfonçait confortablement dans son fauteuil avant de lui désigner la prochaine carte à retourner. C'était à elle de prouver son sang-froid désormais. Sans rien abandonner de sa grâce, Joséphine fit lentement pivoter la carte choisie par l'actrice.

"La roue de fortune..." annonça-t-elle d'une voix mystérieuse.

C'était une carte qui pouvait avoir de nombreux sens, et sa lecture dépendrait surtout des prochains tirages, mais Joséphine pouvait déjà en livrer l'interprétation la plus commune à Sofya.

"C'est une carte qui apporte du changement, du renouveau."

C'était aussi une carte qui pouvait indiquer un problème avec les jeux d'argent, ce qui était assez ironique étant donné l'endroit où ils se trouvaient, mais Joséphine sentait que ce n'était pas ce sens là qu'elle prenait aujourd'hui.

"C'est la fin d'une ère, et le début d'une autre, peut-être meilleure.... Et peut-être pire, mais inutile de le préciser, tout le monde avait compris.  Cela dépendra des autres cartes. La prochaine ?" interrogea-t-elle.

Les deux jeunes femmes répétèrent à nouveau leur mécanique, Sofya désigna la carte suivante et Joséphine la retourna lentement, après avoir fait durer le suspens une poignée de secondes. Le coin de ses lèvres se retroussa en un sourire et elle posa sur l'actrice un regard espiègle.

"L'amoureux, expliqua-t-elle en laissant retomber la carte en lévitation, désormais face vers le ciel. Ou l'amoureuse, corrigea-t-elle avec un nouveau regard mutin pour son interlocutrice. Ce n'est pas une carte qu'on aime tirer après la roue de fortune...Cela peut être un quotidien oppressant, mais aussi une perte de contrôle, une relation à la dérive..."

Joséphine était tellement prise dans la lecture des cartes qu'elle en oubliait le monde autour d'elles. Même la présence du Ministre à ses côtés. Elle était complètement absorbée dans son exercice, sereine. Le cabaret aurait pu prendre feu qu'elle n'aurait peut-être même pas bouger. Elle s'était apaisée, sentait sa respiration calée sur celle de Sofya, et son regard ne passait plus que du visage de la belle actrice aux cartes qui flottaient au dessus de la table. Elle n'eut d'ailleurs qu'à suivre le regard de cette dernière pour deviner la carte suivante.

Elle tendit le bras pour la retourner au moment où la jeune femme la désignait d'un geste de la main et leurs peaux se frôlèrent un instant. Joséphine sursauta et s'accrocha aux doigts pâles de la jeune femme plutôt que de les laisser glisser entre les siens. Ses yeux s'étaient agrandis de surprise et elle fixait Sofya d'un regard neutre, sans la voir. En transe.



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Sofya BelinskiMembre des Veilleursavatar
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Le coeur de Sofya se mit à battre lourdement dans sa poitrine lorsque Joséphine dévoila la carte de l'amoureux - ou de l'amoureuse... Juste après avoir tiré la roue de la fortune, il n'y avait pas besoin d'être devin pour comprendre le message - que Joséphine lui précisa justement. Une relation à la dérive ? Certainement pas !, se renfrogna immédiatement Sofya, en s'enfonçant d'avantage dans son fauteuil, la mine boudeuse. Un quotidien oppressant, elle voulait bien le croire. Qui donc parviendrait à jongler une carrière de comédienne, une double-vie d'espionne et une vie sentimentale avec une milicienne sans se sentir oppressée par moment ? Mais elle parvenait à maintenir l'équilibre, et c'était très bien ainsi.

La comédienne sentait le regard amusé de Marchebank lui picoter la peau, et elle détourna momentanément les yeux, agacée. Sa relation avec Nasreen se portait parfaitement bien, et lui profitait de bien des aspects : non seulement Sofya était très amoureuse, mais en plus, elle était parvenue à tirer quelques vers du nez de sa belle qui s'étaient avérés forts utiles. La divination n'était qu'une fable, voilà tout !

Pourtant, Sofya avait toujours été très superstitieuse. Comment ne pas l'être lorsque l'on grandissait entouré de diseuses de bonne aventure ? Au fond d'elle, Sofya accordait de l'importance aux prédictions de Joséphine, dont elle sentait la sincérité. Il ne lui semblait pas que son interlocutrice soit l'un de ces nombreux charlatans qui peuplaient les bas fonds de la ville. Alors elle reporta bien vite son attention sur la danseuse, happée par l'aura voluptueuse qui l'entourait. Son regard s'accrocha au sien, qui virevoltait de son visage aux cartes de tarot, et il lui sembla que l'atmosphère gagnait en intensité. C'était comme si les spectateurs avaient disparu, pour ne laisser que Joséphine et elle.

Lentement, Sofya tendit le bras pour désigner une nouvelle carte. Lorsque leurs mains se frôlèrent, elle ressentit comme une décharge et ses doigts se mirent à fourmiller. Elle voulut reprendre sa main, mais Joséphine s'était accroché à elle. Surprise, presque effrayée, Sofya leva les yeux sur Joséphine et avisa l'expression presque fantomatique de son visage. Elle semblait partie dans un autre monde, tandis que Sofya, elle, reprenait conscience de son environnement.

"Joséphine ? Joséphine, tu m'entends ?"

Sofya passa sa main libre devant les yeux vides de la jeune femme, qui ne cilla pas. Des murmures étonnés se firent entendre autour d'eux. Sofya se rappela la présence du ministre à ses côtés lorsqu'elle reconnut sa voix dans son oreille :

"Je crois qu'elle est en train d'avoir une vision."

Marchebank s'était avancé dans son fauteuil pour observer la danseuse, l'air très intrigué. Ils attendirent en silence de voir si un changement allait se produire chez Joséphine. Le temps semblait comme suspendu, et la main de Sofya commençait à s'engourdir, mais elle ne bougea pas d'un cil. Finalement, Joséphine prit une grande inspiration, comme si elle avait été en apnée tout ce temps, puis se mit à papillonner des yeux. Sofya attendit impatiemment que la jeune femme ne reprenne ses esprits.

"Qu'est-ce que tu as vu ?", souffla-t-elle finalement, en se penchant par-dessus la table basse, le regard empli d'excitation. Si elle avait réellement eu une vision sur son avenir, elle ne tenait pas à ce que quiconque d'autre qu'elle n'entende ce qu'elle avait à dire.




Margarita Levieva, kit par Vingounet
Joséphine ChevalierDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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La réalité s'était évanouie à la seconde où elle avait frôlé la main de l'actrice. Elle ressentit aussitôt la même sensation désagréable que celle provoquée par le transplanage. La danseuse se sentait comme aspirée dans un gouffre invisible, compressée de tout côté, et retint se respiration. Mais le monde ne s'était pas mis en mouvement, rien ne défilait sous ses yeux dans un flou illisible. Tout était parfaitement clair. Elle était dans le hall d'entrée du Ministère de la magie, presque désert.

Une belle jeune femme à la peau matte et aux cheveux bruns se tenait devant elle et la regardait droit dans les yeux. Joséphine lisait en elle comme dans un livre. Elle ne connaissait pas cette personne, elle ne l'avait jamais vu auparavant, mais elle comprit tout de suite qui elle était, et qui elle ne serait bientôt plus. Elle savait son passé, son présent, et son avenir. Sofya était là aussi, juste à côté de la jolie brune. Elles tendirent le bras l'une vers l'autre, comme pour se tenir la main, mais leurs doigts se frôlèrent sans jamais se toucher. Plus elles s'efforçaient de se rapprocher l'une de l'autre, plus la distance entre elles grandissait. Joséphine pouvait ressentir leur tristesse, leur déception, sans pouvoir faire le moindre geste pour les aider. Les deux amantes continuaient de s'éloigner l'une de l'autre et leurs silhouettes devenaient de moins en moins nettes. Puis, aussi brusquement qu'elles étaient apparues, elles disparurent, emportant avec elle le Ministère et ne laissant que le vide.

Joséphine, qui avait retenu sa respiration durant ces longues secondes, laissa enfin ses poumons se gonfler d'air dans une grande inspiration. Les couleurs et les bruits autours d'elle réapparaissaient progressivement et elle distinguait les contours flous d'un visage en face du sien. Elle avait le tournis. Elle entendit qu'on lui parlait, sans parvenir à distinguer les mots qui lui étaient adressés. C'était une femme qui les avait prononcés. Une des femmes de sa vision. Sofya.

"Entre passion et mission
Décideront la séparation
Ou risqueront l'abandon
."

Ses propres mots parvinrent à ses oreilles comme s'ils avaient été prononcés par quelqu'un d'autre. Elle avait parlé d'une voix basse et d'un ton neutre, dénué de la moindre émotion, le regard rivé sur son interlocutrice qu'elle fixait sans la voir. Elle se demandait si cette dernière avait entendu sa prédiction. Elle n'était même pas vraiment certaine d'avoir parlé à voix haute. Les mots de la prédiction lui échappaient déjà, elle ne se souvenait plus les avoir formulés, mais elle ne pouvait pas en oublier la signification. La belle actrice l'avait-elle comprise également ? Ou avait-elle refusé de donner un sens à ses paroles ?

"Je suis désolée..." souffla-t-elle à voix basse à l'attention de Sofya, penchée au dessus de la table, dont elle lâcha finalement la main alors qu'elle reprenait ses esprits.

Sa vision finit par devenir plus nette et la danseuse papillonna des yeux un instant, reconstituant le décor autour d'elle. Sofya, le Ministre, la petite salle au coeur des coulisses des Folies, les cartes de tarot qui évitaient toujours sous ses yeux. Ses souvenirs les plus récents lui revinrent en mémoire et elle changea immédiatement d'attitude quand elle comprit qu'elle venait de livrer une véritable prédiction devant son public. Elle n'était pas peu fière.

Elle se redressa sur son fauteuil et balaya l'assistance d'un regard assuré, évaluant les réactions des uns et des autres, et s'attardant sur le visage de Sofya. Elles auraient tout le temps de discuter de ce qui c'était passé plus tard, en privé, si l'actrice le souhaitait. Pour le moment c'était encore l'heure du spectacle, le rideau n'était pas encore tombé et elle devait rester dans son rôle. Sofya comprendrait ça mieux que personne.

"Petite chanceuse... lança-t-elle et se laissant aller en arrière dans son fauteuil, un sourire espiègle sur les lèvres. Ce genre de prestations est en extra d'habitude, je devrais te faire vider ta bourse. Mais puisque c'est toi on va pouvoir s'arranger autrement..."

Elle se permit un clin d'oeil enjôleur avant de laisser glisser son regard du visage de Sofya à celui du Ministre de la magie. Par un heureux concours de circonstances il avait assisté à la totalité de la scène, et Joséphine en était ravie. Elle ne voyait pas qui serait plus disposé à investir dans le découverte du futur que le Ministre de la magie.

"Je peux en dire des choses, à ceux qui connaissent la vraie valeur de l'avenir..."

Et cette valeur elle la comptait en dizaines de gallions, à la rigueur en paires de chaussures, mais pas autrement. Hors de question de se faire à nouveau avoir et de rechercher la transe à tout prix pour une poignée de noises. Si on était intéressé par ses services -n'importe lesquels- on en payait le juste prix.



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Le sang de Sofya se glaça dans ses veines. Les mots soufflés par Joséphine étaient à peine audibles, et pourtant, ils résonnèrent longtemps en elle. Passion et mission, séparation ou abandon... Sofya se renversa en arrière dans son fauteuil et ferma les yeux un moment, pendant que l'attention de tous se reportait sur Joséphine. Le visage doux de Nasreen flotta un instant dans son esprit, avant d'être remplacé par l'accent chantant de Tony et les traits familiers de Roy. Une peur grandissante s'insinuait en elle, oppressante. Devrait-elle choisir ? Se voilait-elle la face en pensant pouvoir mener la vie qu'elle désirait sans en perdre l'un des aspects ?

Ce n'était qu'une prédiction lancée par une danseuse, lors d'une soirée clandestine du cabaret, elle n'aurait pas dû y prêter attention. Mais elle y croyait, c'était plus fort qu'elle. Sofya connaissait la valeur d'une véritable prophétie, et elle était intimement persuadée que Joséphine ne jouait pas la comédie, sans même savoir d'où elle tenait cette conviction. Peut-être dans les excuses soufflées par la belle danseuse quelques instants plus tôt, avant qu'elle ne retrouve pleinement conscience de la réalité.

Rouvrant les paupières avec un lourd soupir, Sofya constata que les choses avaient repris leur cours normal. Joséphine occupait le centre de l'attention et attirait les regards mi-admiratifs, mi-moqueurs de son entourage, entre croyants et sceptiques. En bonne comédienne, Sofya admira le talent avec lequel Joséphine entretenait son spectacle, ne laissant personne indifférent. Il était évident qu'elle maîtrisait le moindre de ses gestes, à l'exception bien sûr de la transe dans laquelle elle avait été plongée.

Mettant de côté son trouble, Sofya décida de continuer de lui donner la réplique. Après tout, ce n'était pas la faute de Joséphine si elle avait fait naître des doutes en elle. Sofya esquissa une moue enjôleuse en réponse au clin d'oeil de Joséphine, et contra avec malice :

"On dirait que cela te vient naturellement avec moi, je dois t'inspirer."

Sofya s'était toujours imaginée en muse, pourquoi ne pourrait-elle pas provoquer les visions de Joséphine ? Elles semblaient littéralement sur la même longueur d'onde. Mais ce n'était pas Sofya que la danseuse cherchait visiblement à impressionner, elle semblait avoir une toute autre cible. Amusée par le culot de la jeune femme, qui lui rappelait sans doute le sien, Sofya suivit son regard jusqu'au visage abîmé du Ministre de la Magie. Ce dernier ne détachait pas les yeux de Joséphine, mais il arborait son air impénétrable favori. Lentement, il porta son verre de Ragnarov à ses lèvres et but une longue gorgée du liquide noir. Autour d'eux, les conversations se relançaient et l'attention se dispersait, comme le show semblait avoir pris fin.

Sofya garda le silence en attendant que Leopold réagisse. Elle était persuadée que celui-ci allait finir par le faire. Il savait toujours déceler des potentiels, et la prestation que Joséphine venait de fournir était impressionnante - mais il en fallait certainement plus pour convaincre le ministre. Ce dernier attendit que le niveau sonore dans la pièce augmente pour interroger Joséphine :

"Et quel genre de choses pouvez-vous dire, exactement ? Est-ce qu'il s'agit de véritables prophéties, ou bien est-ce simplement pour le spectacle ?"

Il désigna les jeunes cadres du Ministère d'un geste de main, et poursuivit ses interrogations : "Et que voyez-vous, de véritables images, des scènes entières ? Est-ce que les mots vous viennent ainsi, en s'imposant à vous ? Et s'agit-il d'un futur certain..."

Leopold se tourna momentanément vers Sofya, un mince sourire aux lèvres. La comédienne sentit quelque chose s'agiter en elle et elle remua sur son siège, mal à l'aise, jusqu'à ce que Leopold se détourne. Ses pupilles luisaient d'amusement.

"Ou d'une simple possibilité ? Bref, dans quelle mesure contrôlez-vous ce... don, et à quelle fréquence pouvez-vous vous en servir ? Car la connaissance de l'avenir n'a de vraie valeur que si elle est exploitable, à mon sens."

Tandis que Leopold faisait courir ses doigts sur l'accoudoir du canapé, Sofya observait la belle danseuse avec une certaine avidité. Elle aussi voulait connaître la réponse à ses questions, pour des raisons bien plus personnelles...



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"Tous les artistes ont besoin de leur muse..." répondit-elle à Sofya avec un sourire mutin, soulagée de voir que la jeune femme ne lui en voulait pas.

Découvrir que Sofya avait une relation avec une autre femme avait éveillé l'intérêt et la curiosité de la danseuse, qui avait toujours vu la belle actrice être courtisée par des hommes. Il semblait donc que l'intérêt que la gente masculine lui portait ne soit pas réciproque. Voilà qui était très intéressant. Joséphine avait l'habitude de plaire aux hommes, et avait désormais une furieuse envie de plaire à Sofya également. Elle se sentait presque jalouse de cette autre femme qui avait su se faire désirer par la belle Sofya, et se promit de tout faire pour y parvenir à son tour.

Joséphine devait bien l'admettre, elle adorait être le centre de l'attention. Que ce soit sur scène ou à l'occasion de soirée comme celle-ci, elle aimait se faire remarquer, elle aimait qu'on la regarde, elle aimait qu'on l'admire. C'était bon pour l'ego. La danseuse savourait donc avec satisfaction les regards impressions que certains posaient sur elle, et ignoraient ostensiblement les moqueries qu'elle percevait dans l'assistance. Qu'ils rigolent, ils riraient moins le jour où elle leur prouverait que son don n'avait rien d'une farce. Cela aurait été mentir de dire qu'elle se moquait de ne pas réussi à avoir conquis l'ensemble de son public -elle en était même un peu vexée- mais l'avis de quelque cadres du Ministère étroits d'esprit lui importait peu. Il n'y avait qu'une seule personne qu'elle tenait réellement à impressionner ce soir, et cette personne l'observait avec un visage impénétrable. Comme souvent, la jolie française aurait préféré pouvoir lire dans les pensées plutôt que dans l'avenir. Elle s'efforça de soutenir le regard sombre du Ministre sans ciller, ne laissant rien paraitre de la pression qu'elle sentait monter en elle.

Les conversations reprenaient doucement, couvertes par le tintement des verres en cristal et quelques éclats de rire. Le spectacle était fini, et Léopold Marchebank en profita pour finalement prendre la parole. Joséphine haussa les sourcils, presque outrée, quand il lui demanda s'il s'agissait de véritable prophéties ou simplement d'un spectacle pour divertir leurs invités. Si elle avait été susceptible, elle l'aurait très mal pris.

"Je n'ai pas autant de talent que notre chère Sofya, répondit-elle en soutenant le regard de son interlocuteur. Jouer la comédie ne fait pas partie de mes compétences. Je ne fais jamais semblant..."

Il y avait bien évidement des exceptions à cette dernière affirmation. Il lui arrivait de devoir faire semblant dans certains aspects de sa vie professionnelle, pour satisfaire ses clients, mais jamais avec la voyance. Plus maintenant. Elle avait décidé d'arrêter d'inventer des visions contre de l'argent et elle s'y tenait. On ne plaisantait pas avec ça. Cela pouvait faire beaucoup trop de dégâts.

"C'est changeant, répondit-elle aux questions de plus en plus précises du Ministre. Je peux parfois assister à des évènements avant qu'ils ne se produisent, surtout en rêve, mais le plus souvent ce sont des images plus...symboliques. Les mots viennent tout seul, je ne les choisis pas, je n'ai jamais eu de talent de poète."

Joséphine prit son temps avant de répondre à la question suivante. C'était la plus dangereuse de toute. Combien de fois avait-elle vu des clients jurer qu'ils changeraient leur destin, ou affirmer que ce qu'elle avait prédit ne se réaliserait jamais ? Ils avaient tous eut tort. Ses prédictions s'étaient toujours réalisées, d'une façon ou d'une autre. Parfois avec des années de retard, parfois d'une manière complètement inattendue, mais elles se réalisaient toujours, sans exception. Mais ce n'était pas toujours une vérité bonne à entendre. Il y avait du bon à croire que l'on était maitre de son destin.

Mais Marchebank verrait-il un intérêt quelconque dans ses visions s'il ne les pensait pas fiables ? Il le disait lui-même, la connaissance de l'avenir n'était un atout que si elle était certaine et exploitable. Soucieuse de se vendre tout en se protégeant, la danseuse choisit soigneusement chacun des mots de sa réponse.

"Il n'y a qu'un seul avenir, celui qui va se réaliser, et on ne peut rien faire pour le changer, affirma-t-elle avec assurance. C'est cet avenir-là que je vois et toutes mes prédictions ont toujours été exactes. Elle glissa un regard désolé en direction de Sofya, qui ne devait pas se réjouir de cette nouvelle, avant de reporter son attention sur le ministre. Mais il y a une part d'interprétation dans toutes les prophéties, et parfois on ne comprend le véritable sens d'une prédiction qu'après qu'elle se soit réalisée."

Voila qui devrait suffire à la protéger en cas d'erreur, et peut-être redonner un peu d'espoir à Sofya. Joséphine espérait pouvoir s'entretenir avec l'actrice plus tard, et parler de sa vision avec elle. Pour l'heure elle se devait avant tout de répondre aux questions du Ministre, qui était décidément bien curieux.

"Je ne parlerais pas vraiment de fréquence, répondit-elle, songeuse. Techniquement je pourrai utiliser ce don tous les jours, toutes les heures mêmes. Il aurait fallu pour cela qu'elle s'y consacre entièrement et soit très assidue. Mais je n'ai pas vraiment de contrôle dessus, confessa-t-elle. Les visions apparaissent de façon aléatoires, même si certains environnements y sont plus propices que d'autres, et certaines personnes aussi... Nouveau regard en direction de Sofya. Plus je suis proche d'une personne, et plus je suis susceptibles de pouvoir voir ce que l'avenir lui réserve..."

Et cette proximité pouvait être autant émotionnelle que physique, c'était la raison pour laquelle il lui avait si facile de faire des prédictions à ses clients quand elle travaillait à Berlin. Ses prestations de voyance étaient grandement facilitées par les autres services qu'elle offrait à sa clientèle.

"Autre chose ?" questionna-t-elle, aguicheuse.



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Sofya BelinskiMembre des Veilleursavatar
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Sofya esquissa un sourire pour remercier Joséphine de son compliment, mais la danseuse avait déjà reporté son attention sur Leopold. Elle écouta attentivement la conversation tout en tirant nerveusement sur l'une de ses boucles. Quelle image Joséphine avait-elle pu voir lors de sa transe, à son sujet ? Elle mourrait d'envie de le lui demander, mais ne se voyait pas interrompre le ministre pour lui poser la question. De toute manière, elle n'avait pas envie que quiconque d'autre qu'elle n'entende la réponse. Personne ici n'avait besoin de connaître sa relation avec une milicienne, ni même son appartenance aux Veilleurs. Ce soir, elle n'était que Sofya Belinski, comédienne qui se produisait aux Folies Sorcières, proche de personnalités de renom. Que Joséphine ait pu découvrir ses activités d'espionne lors de sa vision l'inquiétait, mais si elle parlait de symbolique, alors ce n'était peut-être pas aussi précis.

Etrangement silencieuse pour son habitude, elle n'intervint pas dans l'échange mais son cerveau tourna à plein régime. Lorsque Joséphine révéla que toutes ses prédictions s'étaient toujours réalisées, elle se mordit la lèvre d'un air courroucé, et détourna le regard vers les autres convives. Qu'est-ce que cela signifiait, que son histoire avec Nasreen était vouée à l'échec, tout simplement parce que Joséphine l'avait vu ? C'était ridicule. De toute façon, elle n'était pas certaine de savoir ce que la jeune femme avait vu. Peut-être que sa prédiction signifiait simplement que Sofya avait un choix à faire, entre deux des aspects les plus importants de sa vie. Or, à l'heure actuelle, elle n'avait pas l'intention de faire le moindre choix, tout simplement parce qu'elle en était incapable. Tout ce qu'elle voulait, c'était continuer à jouer les équilibristes - sans filet. Elle pouvait y parvenir. Elle pouvait faire tout ce qu'elle s'était mis en tête de faire.

D'un hochement de tête, elle approuva les propos de Joséphine concernant l'interprétation. De toutes les disciplines magiques, la divination était celle qui se rapprochait le moins d'une science exacte. La plus décriée, la plus diversement pratiquée, elle connaissait mille déclinaisons à travers le monde et Sofya elle-même ne savait pas exactement ce en quoi elle croyait. Mais ce dont elle était certaine, c'était qu'il ne fallait pas prendre les signes et les avertissements reçus à la légère. A Serliovka, l'astronomie avait souvent permis d'anticiper les maux dont allait être affectée la ville - mauvaises récoltes, vagues de froid, épidémies - et l'astrologie était étudiée avec attention. Sofya avait gardé ces croyances en elle.

Elle ne put s'empêcher de se sentir flattée lorsque Joséphine révéla que certaines personnes étaient plus propices à susciter son don de voyance. C'était visiblement signe que le courant passait bien entre elles, et cela suscitait sa curiosité. Cette Joséphine semblait fascinante et elle avait envie de la découvrir. Quel était son histoire, son passé, sa personnalité ? Comment était-elle arrivée ici, aux Folies, quels étaient ses rêves, ses ambitions ? Sofya devait reconnaître que Joséphine ne la laissait pas indifférente. Elle dégageait une aura particulière, avec ses grands yeux expressifs et sa silhouette voluptueuse, avantageusement mise en valeur par une jolie robe. Mais le plus étonnant, c'était sa chevelure vive et flamboyante, d'un roux intense. Cela lui évoqua le noir profond des cheveux de Nasreen, et elle s'arracha à sa contemplation, au moment où Leopold répondait :

"Ce sera tout... Pour ce soir. Merci pour ces réponses, Mademoiselle..."

Il avait prononcé ce dernier mot en français, perdant quelque peu de sa réserve pour lancer un sourire charmeur à Joséphine. Il se leva du canapé, et s'arrêta devant le fauteuil de la danseuse pour lui glisser à demi-mots :

"C'est très intéressant. Peut-être pourrions nous en reparler à l'occasion. Prochainement. En privé."

C'était une proposition qui ressemblait plutôt à un ordre, selon Sofya, qui se pencha discrètement pour observer la réaction de Joséphine. Il lui sembla voir le regard du ministre s'attarder un instant sur le décolleté de la danseuse, mais il se redressa alors pour les saluer :

"Mesdames."

Avant de s'éloigner en quête d'autres interlocuteurs. Soulagée, Sofya réalisa qu'elle n'était pas mécontente de se retrouver enfin seule avec Joséphine. Désireuse de la garder auprès d'elle avant que quelqu'un d'autre ne l'accapare, elle l'invita d'une tape sur le canapé à rejoindre la place à ses côtés, pour qu'elles puissent mieux discuter. Elle ne put s'empêcher de l'interroger impatiemment :

"Alors, dis-moi... Qu'est-ce que tu as vu, exactement, dans ta vision ?"



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Joséphine guettait chaque réaction et chaque parole du Ministre avec un mélange d'appréhension et d'excitation. Elle se demandait si elle avait réussi à le convaincre. Elle était certaine d'avoir attisé sa curiosité -il suffisait de penser à toutes ces questions qu'il lui avait posées- mais craignait de ne pas avoir su vendre son don comme il le fallait. Elle n'avait pas l'habitude de devoir se faire de la publicité. A Berlin c'était son boss qui se chargeait de lui trouver des clients, de fixer les prix, et d'empocher l'argent. Aujourd'hui elle travaillait sans intermédiaire, et c'était aussi grisant qu'effrayant.

La danseuse sourit quand Léopold la salua en français, mais se raidit imperceptiblement en le voyant quitter son fauteuil. Allait-il en rester là ? Elle suivit l'homme du regard et se redressa quand il s'arrêta à sa hauteur. Un fin sourire s'étira sur ses lèvres maquillées à l'entente des paroles du Ministre.

- Tout ce que vous voudrez, répondit-elle à voix basse. Vous savez où me trouver...Elle tourna la tête pour accrocher son regard d'une oeillade enjôleuse. Au revoir Monsieur...

Les britanniques raffolaient de son accent français et Joséphine savait que cela participait à son charme aux yeux de la gente masculine. Elle adorait en jouer et il pouvait lui arriver d'accentuer un peu ses défauts de prononciation. Plusieurs fois déjà des clients lui avaient demandé de leur parler en français sur l'oreiller, et elle devait avouer qu'elle s'était bien amusé à leur raconter à peu près n'importe quoi. Elle pouvait leur parler de pâtisserie et obtenir le même résultats qu'avec son discours le plus érotique.

La danseuse fit mine de ne pas sentir le regard du Ministre s'attarder sur son décolleté et ne se départit pas de son sourire et de son attitude nonchalante. Elle avait réussit à conserver son assurance jusqu'au bout et ce n'est que lorsque Marchebank s'éloigna finalement qu'elle sentit l'inquiétude naitre en elle. Elle s'était bien amusée, mais avait-elle conscience de ce dans quoi elle venait de se fourrer ? Serait-elle à la hauteur de ses promesses ? Un voile de doute passa sur son visage pâle, qui ne se dissipa que lorsqu'elle croisa le regard de Sofya, qui l'invitait à la rejoindre sur le sofa.

Joséphine ne se fit pas prier et vint s'assoir à côté de la belle actrice, s'enfonçant avec délice dans le velour rouge du luxueux canapé. Elle n'était pas mécontente de se retrouver seule avec la jeune femme, qui attisait sa curiosité et dégageait un certain charme. Malheureusement l'heure n'était pas à la séduction mais aux explications. Elle s'était bien doutée que Sofya voudrait en savoir davantage sur sa vision, mais n'avait pas réfléchi à la réponse qu'elle pourrait lui donner. Elle se mordilla la lèvre, hésitante. Elle avait envie d'être honnête mais ne voulait pas lui faire de peine.

"Tu es sûre ? souffla-t-elle en se penchant vers la jeune femme. Parfois il vaut mieux rester dans le flou..."

Dès qu'elle eut la certitude que Sofya tenait à avoir tous les détails, Joséphine se fit une raison et se réinstalla sur le canapé pour mieux faire face à l'actrice.

"Je t'ai vu toi, commençait-elle à voix basse. Il y avait une autre femme aussi, ta petite-amie. Elle n'avait pas besoin de se faire confirmer cette information, elle le savait, elle l'avait senti. Vous vous teniez côte à côte et vous vouliez vous rapprocher encore, mais plus vous essayiez d'avancer l'une vers l'autre plus vous vous éloigniez..." Elle baissa les yeux et marqua une pause, renonçant à livrer son interprétation personnelle de ce présage, tellement évidente que Sofya devait déjà y penser.

Comme elle l'avait dit plus tôt, tout était question d'interprétation avec la divination, et les erreurs pouvaient coûter cher. Parfois elle en venait à se demander si le temps ne leur jouait pas des tours. Peut-être que c'était parce qu'elle avait eu cette vision et parce qu'elle allait annoncer une rupture à Sofya que cette dernière prendrait la décision de se séparer de son amie, réalisant ainsi la prédiction. C'était comme si tout était déjà écrit à l'avance. Elle pouvait passer des heures à réfléchir au temps, à l'avenir, au destin et aux prédictions. Il y avait de quoi perdre la raison.

"C'était terriblement triste...Mais cela peut vouloir dire beaucoup de chose, reprit-elle en redressant la tête, faisant cliqueter ses boucles d'oreilles scintillantes. Ce n'est peut-être qu'une remise en question à surmonter... Je suis désolée d'être porteuse de mauvaises nouvelles. Elle tendit le bras et posa sa main sur celle de Sofya, à qui elle adressa un maigre sourire d'excuse. Vous formez un beau couple..."




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L'hésitation de Joséphine était perceptible, ce qui mit aussitôt Sofya sur ses gardes. Voilà qui n'était pas de bonne augure : ce qu'elle avait vu devait être désagréable à dire, et donc à entendre. Avait-elle réellement envie de savoir ? Comme en écho à ses pensées, la danseuse lui posa justement la question. Sofya n'eut pas à peser le pour et le contre bien longtemps. Certes, connaître l'avenir pouvait s'avérer être un jeu dangereux. Tenter d'en changer le cours pouvait provoquer bien des catastrophes et s'avérer pire encore que l'inaction. Pourtant, en son for intérieur, elle savait pertinemment que la curiosité serait plus forte que la raison.

"Oui. Tu en as déjà trop dit", avoua Sofya avec un maigre sourire. Hors de question de reculer maintenant, sinon l'incertitude la rongerait. Si elle refusait d'entendre la vision de Joséphine maintenant, elle finirait immanquablement par la traquer dans les couloirs des Folies pour en avoir le coeur net.

Sofya ne put s'empêcher de se raidir quand Joséphine évoqua sa petite-amie, sur le ton de la conversation, comme si c'était une évidence. Elle se recula légèrement au fond du canapé vermeil, méfiante, et se mit à se triturer les ongles, sans lâcher son interlocutrice du regard. Avait-elle vu qui était sa petite-amie exactement ? Et avait-elle compris que leur relation n'était pas de notoriété publique ? Sofya avait beau trouver Joséphine sympathique, elle ne pouvait pas pour autant affirmer qu'elle lui faisait confiance. Savoir qu'elle avait pu découvrir l'un de ses secrets, par un simple effleurement de ses doigts, était loin de la mettre en liesse.

Son pouls s'était accéléré, et elle mit quelques secondes à réaliser ce que lui disait son interlocutrice. Ses sourcils se froncèrent alors au-dessus de son nez retroussé, et elle eut un geste de recul instinctif lorsque Joséphine posa sa main sur la sienne. Ce contact lui semblait désormais trop intime, invasif, comme une immixtion dans une relation qu'elle souhaitait préserver hors de la vue de tous. La douceur de Joséphine, et ses gestes empreints de compassion la mettaient subitement en colère. A son ton, il était évident qu'elle pensait son couple condamné ; mais c'était un futur que Sofya refusait de voir arriver.

"Merci", répondit-elle froidement. Ses paupières lourdes dévoilaient des pupilles glacées. "Mais notre couple se porte très bien. Je n'ai jamais été aussi heureuse."

Le ton démentait ses propos, pourtant sincères. L'attitude défensive de la comédienne ne trahissait qu'une chose, sa peur de perdre une femme qu'elle aimait un peu plus chaque jour. Nasreen lui faisait perdre la tête et la raison, et Sofya ne pouvait croire sa chance de voir ses sentiments lui être retournés. Parfois, leur relation lui semblait si précieuse et fragile qu'un simple coup de vent pourrait la faire ployer. Qu'il était illusoire d'espérer garder une telle femme auprès d'elle ! D'autres fois, il lui paraissait au contraire que leur couple était plus fort que tout, qu'il pourrait surmonter n'importe quoi. Comme si Nasreen était sa destinée, ou son âme sœur... Celle qui saurait faire d'elle une femme meilleure.

La prédiction de Joséphine faisait clairement pencher la balance vers la première option, mais c'était une toute autre vision que Sofya avait en tête. Elle espérait bien que sa volonté serait suffisante pour contrebalancer les chances qui n'étaient pas en leur faveur.

"Ce n'est certainement qu'une remise en question qui s'annonce, en effet", ajouta-t-elle en s'adoucissant légèrement. Sa voix avait baissé d'un octave, afin de ne pas être entendue par un invité indiscret. "Notre relation est complexe, du fait des circonstances, mais cela ne veut pas dire qu'elle est condamnée."

Les circonstances... Des secrets, qui planaient au-dessus de leur couple, à commencer par les siens. Nasreen l'aimerait-elle réellement si elle connaissait la personne qu'elle était, si elle découvrait sa part de noirceur, et ce dont elle était capable ? Sofya s'obstinait à croire que oui. Pourtant, elle conservait jalousement ses secrets loin de l'élue de son cœur. Une fois seulement, Sofya s'était ouverte entièrement à quelqu'un, et cela l'avait brisé. Depuis, les seules relations qu'elle ait jamais eu impliquaient une part de distance et de mystère, qu'exigeait son travail, et qui la préservaient. Comme une coquille... Que quelqu'un puisse voir aussi aisément à travers cette carapace la mettait mal-à-l'aise.

Sofya devait mettre les choses au clair avec cette danseuse qui en savait un peu trop long. S'avançant de nouveau pour mieux la regarder, elle ajouta :

"Je ne sais pas si ta vision allait aussi loin, mais mon couple n'est pas de notoriété publique. Personne n'est au courant, et cela doit rester ainsi. Est-ce que je peux te faire confiance ?"

Plus qu'une question, c'était un avertissement. Cela s'entendait à son ton, à l'expression de son visage, qui avait perdu son air sibyllin pour faire place à une franchise brute. Si des rumeurs commençaient à courir au sujet de la comédienne Sofya Belinski, cette dernière saurait vers qui se retourner.

Une fois que Joséphine lui eut répondu, elle décida de l'interroger à son tour, tant pour faire disparaître la tension que pour assouvir sa propre curiosité :

"Tes talents de divination sont impressionnants. N'as-tu jamais essayé d'en faire ton métier ?"

*Plutôt que de danser ici*, songea-t-elle en promenant son regard sur les murs sombres de la pièce tamisée. Comment une femme telle que Joséphine, visiblement futée et talentueuse, avait-elle atterri à Bristol, parmi les ouailles de Roy et de Magpie ? Sofya était curieuse d'apprendre son histoire...




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Joséphine ne fut ni surprise ni vexée par la réaction de Sofya. Ce ton froid, cette voix sèche et ce regard déterminé, elle les avait déjà affronté un trop grand nombre de fois. A l'entendre répondre ainsi, sur la défensive, l'actrice ne paraissait pas si heureuse que ça, mais Joséphine ne répondit rien. Beaucoup de personnes réagissaient de cette façon en découvrant un avenir dont elles ne voulaient pas. Le refus et le rejet étaient des réponses humaines, presque comme un réflexe. Et dans ces cas-là, la danseuse avait appris à ses dépends qu'il ne valait mieux pas insister. Quand quelqu'un avait décidé de ne pas accepter une prédiction, rien ne pouvait le convaincre.

Plutôt que de se fatiguer à essayer d'imposer sa compréhension de sa vision, Joséphine tempéra un peu ses propos en suggérant que les épreuves qui attendaient le couple de la jeune actrice ne seraient peut-être que passagères. Sans trop qu'elle ne puisse l'expliquer, elle n'y croyait pas. Sa vision n'avait pourtant pas été très explicite, mais elle lui avait laissé le sentiment qu'il ne s'agissait pas que de "remises en question à surmonter". Elle se garda toutefois de partager ce ressenti avec son interlocutrice, qui s'était d'ailleurs radoucie.

"Non, bien sûr que non... mentit Joséphine en baissant la voix à son tour quand Sofya assura que sa relation n'était pas forcément condamnée. J'espère que vous surmonterez ça..." ajouta-t-elle, avec sincérité cette fois-ci.

On aurait pu trouver ça étrange, au vu de sa profession, mais Joséphine était pour la paix des ménages et elle adorait voir des couples heureux. Elle croyait en l'amour. Pas pour elle -certainement pas !- mais pour les autres, oui. Elle aimait voir les amoureux se promener des les rues et elle raffolait des histoires d'amour qui finissaient bien. Elle n'espérait même plus connaitre ça un jour. Elle les enviait comme on envie les oiseaux de pouvoir voler. Elle avait pris un trop mauvais départ dans sa vie amoureuse pour pouvoir se rattraper un jour. Elle était une handicapée de l'amour, et c'était irréversible, mais elle vivait les histoires des autres par procuration et cela lui suffisait.

Elle mourrait d'ailleurs d'envie de cuisiner la belle Sofya au sujet de son couple, qui avait de quoi surprendre un peu. Joséphine était si habituée à voir la jeune actrice entourée d'admirateurs masculins qu'elle l'aurait plus facilement imaginé dans les bras d'un bel auteur tourmenté dont elle serait la muse. Cette mystérieuse brune l'intriguait. Serait-elle une mystérieuse auteure ? Loin de lui livrer les détails qu'elle espérait, Sofya mit en garde la danseuse en expliquant que son couple n'était pas de notoriété publique. Et que cela devait rester ainsi.

"Bien sûr ! Je ne dirai rien, tu peux compter sur moi. Il vaut mieux savoir garder les secrets quand on a ce genre de dons..."

Et malheureusement, ce n'était pas son fort. Mais elle essaierait de réfréner ses pulsions naturelles et de ne pas céder à son envie de lancer de nouvelles rumeurs cette fois-ci. La menace à peine voilée dans la voix de Sofya ne lui avait pas échappée et si Joséphine était bavarde, elle était aussi suffisamment maligne pour ne pas se mettre bêtement en danger. Si elle était la seule au courant, l'actrice ne mettrait pas longtemps à lui tomber dessus si jamais une rumeur venait à circuler.

Elle se demandait pour quelles raison Sofya et son amie gardaient ainsi leur couple secret ? Etait-ce uniquement pour cacher leur homosexualité ? Ou y avait-il d'autres raisons ? Etait-ce une femme mariée ? Joséphine aimait beaucoup l'idée d'un amour défendu, et elle mourrait d'envie d'interroger la belle actrice à ce sujet, mais avait peur que ses questions soient perçue comme trop indiscrètes. La comédienne fut de toute façon plus rapide et l'interrogea sur son don de divination. Chacune son tour, songea-t-elle en rangeant ses propres questions dans un coin de sa tête, avec la ferme intention de les en ressortir plus tard.

"Plutôt que de travaillez ici tu veux dire ? termina-t-elle avec un sourire indulgent. Bien sûr que j'y ai pensé. Elle l'avait même fait, pendant dix ans. Mais c'est trop incertain comme don. J'ai eu de la chance ce soir, mais ce n'est pas toujours le cas. Je peux passer des semaines sans entrapercevoir le moindre morceau de futur, même en rêves.Il y a des choses qui aident, la Mona Lisa entre autres. Dont elle avait abusé. Mais le résultat n'est jamais garanti...Et c'est quelque chose que les clients ont du mal à comprendre. Quand les gens payent ils en veulent pour leur argent." Elle ponctua sa phrase d'un haussement d'épaules fataliste.

Elle pouvait comprendre qu'il était frustrant de payer pour une séance de divination et d'en ressortir sans la moindre révélation, mais elle donnait de son temps et de sa personne pour ce genre de séance, et cela méritait bien un salaire. Alors elle préférait donner de sa personne autrement. Et puis, même ainsi, même en vendant son corps et ses charmes, elle se sentait moins exploitée qu'à l'époque où elle monnayait son don de voyance. Cette époque où son charmant beau-frère la gavait de drogues comme on gave une oie pour s'assurer qu'elle aurait au moins une ou deux visions crédibles sur la soirée, quitte à ce qu'elle doive mentir le reste du temps.

"Et toi ? Tu as toujours voulu être actrice ? s'enquit-elle, préférant s'aventurer sur un terrain moins personnel avant d'évoquer à nouveau sa vie amoureuse. Ton amie est dans le milieu aussi ?" s'enquit-elle simplement, comme si elle avait parlé d'une simple collègue et non pas de sa petite-amie, au cas où on les écouterait.

Bon, elle n'avait pas tenu longtemps avant de ramener le sujet sur la table. C'était plus fort qu'elle.



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“Le problème avec le futur, c'est qu'il n'arrête pas de devenir le présent.” [Sofya]

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