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 Treat you better

Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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7 Décembre 2009, Agence Laveau & Wells

Isobel avait pensé refuser de participer au projet, lorsque Harvey Mulligan, le directeur de la communication, lui en avait parlé. Il l'avait fait venir dans son bureau pour lui demander si elle voulait le rejoindre, dans la continuité logique de la construction de la ville : après l'attentat, il était temps de reconstruire Leopoldgrad. La mention de l'attentat lui avait fait un coup au cœur. Le premier mot qui lui était venu avait été "non", un rejet immédiat, presque une fuite. Et elle avait respiré, avait pris sur elle, avait serré très fort avec ses mains le tissu de sa jupe et elle avait hoché la tête. Elle ne voulait pas rester sur le bord du chemin parce qu'elle avait été blessée là-bas, elle ne voulait pas fuir la mention de cette ville à cause de tout cela. Elle s'y était tellement investie, elle avait donné de son temps, de son énergie, elle avait poussé Logan à venir ici. Elle avait manqué d'y être tuée, il y avait perdu sa mère. Elle ne donnerait pas non plus la satisfaction à ces gens de renoncer à ce qu'elle avait fait. Elle allait se soigner, chasser cette angoisse de la manière forte. Elle allait passer tout le temps qu'il fallait là-bas, pour ne plus avoir peur, plus ne plus revivre tout cela dans sa tête, pour ne plus sentir la douleur fantôme dans son abdomen. Elle allait entendre le nom de la ville tellement de fois, le prononcer tellement de fois qu'elle ne sentirait plus de pincement dans sa poitrine. Elle allait se vacciner de sa peur.

Mais elle n'en n'avait pas dormi de la nuit. Elle était restée allongée dans son lit, la couette remontée jusqu'au menton, à essayer de se détendre, à ne pas penser. Elle avait pris une potion de sommeil mais rien n'y avait fait. Sorbier avait dormi tout contre elle et elle avait caressé son pelage doux comme une peluche jusqu'au matin. Elle avait bu deux cafés serrés pour tenir, mais cela ne devait pas aider à la détendre. Elle avait été nerveuse toute la journée, sur le qui-vive. Il avait été difficile pour elle de se concentrer, même sur les dossiers les plus simples, elle n'avait fait que guetter l'heure de partir pour Leopoldgrad. Elle n'avait même pas déjeuné, l'estomac trop noué. Elle n'était pas descendue à la cafétéria avec ses collègues, s'était contentée de contempler sa salade sans la toucher. Le temps était passé à la fois trop vite et bien trop lentement jusqu'à l'heure de la réunion. Elle avait rassemblé son dossier, pris son carnet de notes, sa petite trousse, avait enfilé son manteau et était descendue jusqu'à l'Atrium pour prendre une Cheminette avec ses collègues. Ils discutaient vivement autour d'elle, échangeaient des nouvelles de leur week-end ou de dossier, et elle marchait comme pétrifiée. Elle se plaça volontairement derrière eux au moment de rentrer dans le réseau, pour passer la dernière. Mais ce fut son tour, trop rapidement, après qu'Albert ait disparu dans les flammes vertes. Elle resta là, à fixer la Cheminette, ses affaires serrées dans ses bras. Elle ne se décida à avancer que lorsqu'une personne de la comptabilité toussota derrière elle.

Elle lâcha sa poignée de poudre et arriva dans un hall lumineux, très américain. C'était la première fois qu'elle venait ici, dans l'agence d'Abel. Cela ne fit que rajouter à son malaise. Elle n'avait pas envie d'être en sa présence. Ses collègues l'avaient attendue et elle les suivit jusque dans la salle de réunion qui leur était indiquée. Elle distinguait la ville derrière les grandes baies vitrées mais heureusement, pas les lieux de l'attentat. Ce fut ce détail qui lui permit de respirer un peu, de constater qu'elle se trouvait à Leopoldgrad mais que tout se passait bien. Elle restait tendue mais son angoisse se dénoua légèrement. Alors que tout le monde s'installait dans un grand brouhaha, que Harvey allait serrer la main des deux associés, Isobel mit un point d'honneur à ne pas croiser le regard d'Abel une seule fois. Elle avait déjà beaucoup de choses à gérer dans le fait d'être ici, elle n'avait pas besoin d'en rajouter. Leur conversation de l'hôpital avait été suffisamment douloureuse et houleuse. Elle s'installa à côté d'Albert, nota consciencieusement la date du jour sur son parchemin et garda les yeux baissés dessus alors que la réunion commençait. Isaac Wells et Abel avaient réalisé une présentation sur les reconstructions à réaliser et elle ne voulait pas voir les photographies des lieux de l'attentat. Elle prenait des notes, juste à la voix, mais personne chez ses collègues ne sembla remarquer - heureusement - qu'elle avait gardé la tête baissée presque toute la réunion.

La reconstruction de Leopoldgrad allait être un sujet très politique et très politisé et surtout, véritablement délicat à traiter, c'était pour cela qu'ils seraient plusieurs sur la question. La réunion suivait son cours, arrivait même sur sa fin, lorsqu'elle entendit la voix d'Abel, annonçant qu'il devait y aller. Pour l'une des premières fois, elle releva la tête et croisa son regard. Madison lui avait dit ce matin, lorsque Isobel s'était levée pour prendre son petit-déjeuner, de ne pas l'attendre ce soir, qu'elle avait un truc à faire. Elle n'avait pas demandé de détails. Pas besoin, visiblement. Son regard s'assombrit et se fit hostile, alors que Abel la regardait en retour avant se lever. Elle détourna le regard et souligna un peu rageusement sa dernière phrase. Elle avait ressenti un coup au cœur, malgré elle. C'était à croire qu'Abel lui faisait à peu près le même effet qu'un attentat : douloureux, destructeur et inattendu. Elle eut du mal à se concentrer sur la fin de la réunion, même s'il était parti. Parce qu'il était parti. Sa colère faisait de nouveau place à une tristesse incontrôlable et qu'elle détestait. Elle avait juste envie de rentrer chez elle et de se coucher, la tête sous les oreillers, à ne surtout pas pleurer. Elle cligna des yeux un peu trop de fois pour être honnête et accueillit la fin de la réunion avec soulagement. Elle ne retournait pas au Ministère, elle avait prévenu la veille. Elle se doutait bien que revenir ici serait éprouvant et elle avait rendez-vous à Sainte-Mangouste à dix-huit heures trente, de toute manière.

Alors elle ne se pressa pas pour ranger ses affaires, contrairement à ses collègues, qu'elle salua. La salle se vida bien vite, sauf d'une seule personne, l'associé d'Abel qu'elle avait croisé plusieurs fois lors de réunions de travail et avec qui elle avait déjà échangé quelques mots cordiaux. Elle ne savait néanmoins pas ce qu'il savait de son ami et d'elle, aussi était-elle restée distante. Sa politesse reprit néanmoins le dessus, pour ne pas installer de silence gênant, aussi prit-elle la parole.

- Ce sont de belles idées, pour la reconstruction, lança-t-elle. Elles rendent bien hommage à tout ce qui s'est passé.


Isobel Lavespère
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Isaac Wells, 35 ans, archimage

La réunion parut durer des heures à Isaac, qui lutta pour ne pas perdre sa concentration, pendant que chacun réagissait aux différents plans qu’ils faisaient passer de main en main. Abel et lui s’étaient couchés tard la veille pour terminer tous ces documents à présenter à leurs partenaires. Tous étaient présents, leurs clients pour commencer, à savoir des représentants du Ministère, accompagnés de leur service communication. Ensuite, un représentant de chaque bureau d’étude, équipe d’ingénieurs, quelques conducteurs de travaux, ce qui faisait bien une vingtaine de personnes autour de leur grande table de réunion. Tout ce beau monde devait se mettre d’accord sur les objectifs et le calendrier de la reconstruction de la place Merlin, ce qui promettait une réunion particulièrement éprouvante.

Il envia momentanément Abel au moment où il dut s’éclipser en s’excusant auprès des autres. Isaac savait qu’il devait se rendre sur un de leurs chantiers aux Etats-Unis, et par conséquent ne pas louper son Portoloin international. Il poursuivit donc seul la présentation des derniers dessins, et ne put s’empêcher de ressentir un certain soulagement lorsque les clients mirent fin à la réunion en emportant tous les documents pour les présenter au Ministre. Il resta pour saluer individuellement chacun de ses collaborateurs et faire un brin de rangement dans la salle avant de regagner son bureau. Mais il s’aperçut qu’une dernière personne était toujours présente et reconnut une des chargées de communication, une certaine Isobel, qu’il croisait régulièrement à leurs réunions. Un peu surpris de voir qu’elle n’avait pas suivi ses collègues, il s’approcha d’elle pour lui parler, mais elle le fit la première. Isaac afficha un sourire sur son visage, puis hocha de la tête avec gratitude.

« Merci, je suis content que ça vous ait convaincus. Ce n’est pas évident de se mettre d’accord sur ce qu’il convient de faire après une telle… catastrophe. »

Il n’y avait pas d’autre mot, et effectivement, s’accorder sur une ligne éthique avait été l’un des principaux objectifs de la journée. Quelques uns avaient défendu l’idée de dresser un lieu commémoratif à l’endroit de la banque détruite. Mais la plupart -dont Isaac et son associé- estimaient qu’il fallait au contraire reconstruire l’édifice et retrouver la fonction originelle de la place, comme un geste fort et symbolique prouvant que le pays se redressait des attaques injustes, ce qui était également le point de vue du Ministère. Les deux archimages proposaient toutefois de préserver un lieu de commémoration, afin de ne pas oublier ce qui s’était passé. Plusieurs idées avaient été lancées pour représenter le nom des victimes, de la plaque classique à l’idée de graver les noms sur les carreaux de béton qui tapissaient la place, ou encore, d’ensorceler le miroir d’eau pour qu’ils scintillent à sa surface.  

« Il reste encore quelques points à discuter, mais on a pu aborder les plus gros morceaux, c’est pas mal déjà, poursuivit Isaac, avant de s’accorder une brève plaisanterie. De toute façon, mon cerveau aurait fini par cramer si on avait poussé encore une heure, je ne sais pas vous, mais je trouve que c’est la réunion la plus éprouvante de toutes celles qu’on a pu faire. »

Ce qui tenait probablement au sujet assez lourd qu’ils abordaient. Toute leur équipe avait été très fier d’inaugurer leur projet, quelques mois plus tôt, et voilà qu’ils se réunissaient pour en recoller les morceaux qui avaient volé en éclats, sans que personne ne puisse le prévoir…
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Isobel rangea ses derniers stylos dans sa petite trousse en cuir rouge alors que l'associé d'Abel s’approchait d'elle. Ils s'étaient déjà parlés plusieurs fois de manière tout à fait cordiale, il l'avait déjà fait rire plusieurs fois et en soi, elle l'appréciait. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher d'être un peu méfiante parce que c'était l'ami d'Abel et elle ignorait ce qu'il savait sur elle. Elle n'aimait pas cette idée. Il n'avait jamais rien laissé paraître en sa présence mais Abel et lui avaient été à la fac ensemble, c'est-à-dire quand elle avait disparu et avec tout ce qui s'était passé ces derniers temps entre eux... Il n'était pas impossible qu'il en ait parlé à son meilleur ami. Elle en avait bien parlé longuement au sien. Avant d'arrêter brusquement, suite à ce qui s'était passé à l'hôpital et sa décision de passer à autre chose. Et comme Isobel ne faisait jamais les choses à moitié, elle avait choisi de ne plus parler d'Abel et comptait demander à Madison de trouver un autre endroit... Elle se sentait plus mal par rapport à cette décision mais elle était là depuis deux mois, dans un petit espace, Isy n'avait même pas de chambre séparée et elle commençait à être lassée. Cette histoire avec Abel avait déjà porté un coup à leur amitié, il ne serait pas bon qu'elles continuent cette colocation. Il fallait juste qu'elle trouve le temps de lui en parler. Le temps et le courage. Les choses étaient compliquées, ces derniers temps. Elle avait hâte que tout s'arrange, que tout redevienne normal dans sa vie. La construction de Leopoldgrad et sa participation à ce projet serait une étape importante de ce processus. Elle hocha doucement la tête à la réponse d'Isaac, ses cheveux glissants de derrière son oreille.

- Après l'attentat.

Elle avait besoin de prononcer le mot, de le confronter. Elle avait besoin d'être dans la réalité, pas de passer par des périphrases ou des euphémismes comme les gens autour d'elle ces derniers temps. Pour guérir, Isobel préférait affronter cela avec une certaine violence, pour ne pas laisser la peur la dominer. C'était pour cela qu'elle participait à la reconstruction de Leopoldgrad, qu'elle se forçait à être là. C'était ainsi qu'elle irait mieux, elle le savait. Même si la mention de l'attentat lui portait toujours un coup au cœur et réveillait une douleur fantôme dans son estomac, elle préférait cela plutôt que de fuir toute sa vie. Néanmoins, pour adoucir son propos, elle adressa un sourire à isaac. Elle ne voulait pas qu'il pense qu'elle n'était qu'une pauvre victime traumatisée, même si c'était sûrement un peu vrai. Elle n'avait pas envie que les gens aient pitié d'elle ou bien pensent qu'elle était fragile ou faible. Elle n'avait pas besoin de leur condescendance, elle irait mieux, même si c'était compliqué ces derniers temps. Elle avait besoin de retrouver une vie normale, de retrouver ses habitudes, elle ne voulait pas laisser l'attentat gagner sur elle, laisser ces gens gagner sur elle. Elle avait besoin de vivre, de reprendre le cours de sa vie, de laisser derrière elle toutes les choses difficiles qu'elle avait vécu lors de cette dernière année. Après un karma aussi horrible, il était temps que le vent change un peu, non ?

La plaisanterie d'Isaac lui tira un léger rire, même si ce n'était pas forcément drôle. Elle avait besoin de rire un peu, de retrouver un peu de légèreté, de retrouver l'ancienne elle. La réunion avait été crispée - et crispante - aussi accueillit-elle sans problème le ton amusé de son interlocuteur. Ces derniers temps, elle avait l'impression de n'être plus elle-même, elle qui auparavant mordait la vie à pleine dents. Aussi, elle se fit violence pour ne pas rentrer chez elle et poursuivre la conversation, afin de reprendre un peu ses habitudes. Elle avait une heure devant elle avant son rendez-vous de suivi à Sainte-Mangouste et même si elle avait très envie de disparaître de cette ville et de l'agence d'Abel, elle voulait faire mine que tout allait bien, pour que tout aille mieux. Elle adressa un nouveau sourire à Isaac, en ayant presque l'impression d'être rouillée, comme si elle avait perdu l'habitude d'être simplement légère. Elle rassembla ses affaires, sa petite trousse, son bloc-note et ses dossiers et les cala dans ses bras, croisés sur sa poitrine, en se laissant un peu aller à plaisanter aussi, comme avant.

- Ne dites pas ça, cela confirmerait les clichés sur les américains qui ne supporteraient pas une réflexion un peu complexe. Alors que c'est faux, après tout, nous sommes les maîtres du monde, n'est-ce pas, fit-elle avec un léger sourire.


Isobel Lavespère
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Isaac Wells, 35 ans, archimage

Isaac eut d’abord l’impression que son interlocutrice remuait quelques pensées sombres dans son esprit. Son ton un peu brusque et son regard étaient ceux d’une femme préoccupée, et l’archimage ne pouvait que compatir. Il n’ignorait pas qu’elle avait été personnellement touchée par l’attentat, et passé quelques semaines à l’hôpital. C’était lui qui l’avait vue se faire transporter dans une ambulance, il l’avait reconnue de loin, car son visage lui était familier, puisqu’ils se croisaient régulièrement au travail sur leurs projets communs. Il avait alors prévenu Abel, car il savait qu’ils avaient un lien de longue date tous les deux, bien que son meilleur ami était très peu bavard à ce sujet. Isaac n’avait jamais vraiment essayé de lui tirer les vers du nez, à la fois parce que sa curiosité préférait d’autres sujets -celui de cette jolie rousse qu’Abel fréquentait en ce moment, par exemple- mais aussi parce qu’il avait senti une étrange défiance de sa part les rares fois où il avait voulu en savoir plus. Isaac connaissait assez son associé pour savoir que, dans ces cas-là, il n’obtiendrait rien en insistant, bien au contraire.

C’était, de mémoire, la première fois qu’il se retrouvait seul avec la communicante, sans collègues autour. Isaac était un homme de nature très sociable, il ne lui fallait pas beaucoup de raisons pour engager la conversation avec des gens qu’il côtoyait. Isobel en apporta toutefois une en lui répondant : ils partageaient effectivement un point commun qu’il avait presque oublié, leur bien aimée patrie !

« Aha, c’est bien vrai ! s’exclama t-il, avec un sourire enjoué. Mais je vous avoue qu’après une grosse journée de travail et sans mon dixième café, j’ai du mal à me sentir le roi du monde. Je vous sers quelque chose ? »

Il désigna le coin détente ouvert sur leur salle de réunion, où quelques sofas et tables basses étaient disposés, autour d’un bar. L’esprit californien des start up avait inspiré l’agencement de leurs bureaux, principalement par l’initiative d’Isaac d’ailleurs, qui appréciait beaucoup d’avoir son babywizball et autres tables de jeux à portée de son espace de travail, pour les moments où il avait envie d’une pause et voulait défier un employé.

« Café, milkshake, frappé citrouille ? proposa t-il en se plaçant derrière le bar. Vous pouvez vous installer, on a bien mérité une petite pause, enfin, sauf si vous êtes pressée, bien sûr… »

Il mit en route la machine à café, tout en jetant machinalement les quelques gobelets vides qui traînaient sur le comptoir.

« Pas trop difficile, vos journées, en ce moment ? J’ai cru comprendre que c’était l’effervescence, au Ministère. J’ai entendu un de vos collègues -Bannermall, quelque chose comme ça, petit, chauve- dire que c’était impossible de quitter le service avant vingt heures, en ce moment. Moi qui pensait que les fonctionnaires étaient épargnés par les horaires indécentes ! »

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Isy aimait bien croiser des américains, cela lui rappelait la maison et c'était toujours agréable de retrouver quelqu'un de sa culture. Les anglais fronçaient les sourcils quand elle parlait de la dizaine de lycées, des universités, des coins magiques... Heureusement, elle rencontrait régulièrement des compatriotes, notamment dans le cadre de son boulot. Isaac Wells en était un bon exemple. Même si, en soi, ils s'étaient presque connus il y a bien longtemps. Abel parlait de lui, parfois, dans ses lettres. Peut-être qu'ils se seraient rencontrés si elle était restée, elle avait toujours eu envie de rendre visite à son ami, à l'époque. Ou bien cette fois où elle était à Salisbury, juste en face de son école. Au final, c'était maintenant qu'ils parlaient, alors qu'elle avait entendu son nom pour la première fois il y a déjà dix-huit ans. Ce qu'il ne savait sûrement pas ou du moins, elle l'espérait. Elle savait que Abel aimait bien étaler leur histoire personnelle - comme auprès de Sofya par exemple - mais elle n'avait pas l'impression, même en fouillant discrètement l'aura d'Isaac, qu'il sache le fin mot de toute sa relation avec son associé. C'était tant mieux, elle préférait que cela ne soit pas le cas. Surtout que Abel aurait sans doute fait un portrait bien peu flatteur d'elle.

- Ça, il ne faut pas le dire. Première règle de la Constitution américaine !

Elle hésita quelques instants lorsqu'il lui proposa une consommation, suspendant ses gestes de rangement et regardant autour d'elle comme si elle s'attendait à voir débarquer Abel, justement, pour le lui interdire. Elle n'était déjà pas très à l'aise dans cette agence, s'y installer n'était sûrement pas une bonne idée. Parler à Isaac Wells n'était pas non plus une bonne idée. Elle avait envie de quitter Leopoldgrad au plus vite pour aller se cacher chez elle, avec son chat. Pour autant, l'idée qu'Abel lui interdise, ou du moins, que sa mention lui interdise, de faire des choses la piqua. Elle avait décidé de le sortir de sa vie et cela passait aussi par le fait de ne plus le prendre en compte. Il n'existait plus. Et puisqu'il la pensait si méprisable, qu'elle prenne quelque chose à boire dans son agence à lui ne changeait pas grand-chose à cela. Aussi, elle ne referma pas son sac et suivit Isaac jusqu'au petit espace aménagé à côté de la salle de réunion.

- J'ai un rendez-vous dans une heure, mais je peux bien m'attarder un peu. Elle regardait autour d'elle avec curiosité. Elle ne s'attendait pas vraiment à voir une table de babywizball dans une agence d'archimagie. Ces gens-là n'étaient-ils pas censés travailler sérieusement et à fond ? Elle fut d'autant plus surprise lorsqu'il lui proposa une boisson plutôt originale pour un bureau. Un milkshake ? Vraiment ? Elle haussa les sourcils. C'est tellement inattendu que je vais partir sur ça et il est un peu tard pour un café ! Surtout qu'elle dormait mal en ce moment. Je passais ma vie à en boire quand j'étais gamine. Avec l'une de mes cousines et un voisin, on allait dans ce dinner du quartier voisin, vous savez, ceux qui sont ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ça, ça me manque ici !

Oui, le voisin c'était Abel. Elle lui retirait son titre de meilleur ami. De manière très adulte. Le souvenir était vrai, néanmoins, elle avait eu une passion pour les milkshakes à la banane et maintenant, elle n'en buvait presque plus. Sûrement parce qu'elle carburait au café et parce qu'elle prenait toujours des cocktails ou des smoothies, parce qu'on en trouvait beaucoup désormais dans les cafés qu'elle fréquentait. Cela serait l'occasion !

- Bannerman, corrigea-t-elle machinalement, mais attention, vous allez me vexer, lança-t-elle avec un sourire quand Isaac fit une remarque sur les fonctionnaires. Le pays subit actuellement une grave crise sociétale et politique donc obligatoirement, nous sommes sur tous les fronts... Surtout que les nouvelles ne sont pas agréables à faire passer. Que ce soit la gestion des suites de l'attentat, les nouvelles mesures de sécurité qui vont compliquer la vie des gens, la manière dont le pouvoir doit agir... Il y a des pincettes à avoir et nous sommes là pour ça. Puis à la communication, il y aussi tous les services de communication visuelle, donc toutes les nouvelles brochures, affiches du gouvernement, c'est aussi chez nous. Forcément, on a du boulot.

Elle ne précisa pas qu'elle s'était tenue en dehors des dossiers les plus compliqués et les plus proches de l'attentat jusqu'ici.

- Donc si, ajouta-t-elle un peu taquine, les fonctionnaires travaillent beaucoup ! Et nous, nous n'avons même pas de milkshakes pour nous consoler ! Pas trop difficile d'être un grand acteur du capitalisme libéral ?


Isobel Lavespère
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Isaac Wells, 35 ans, archimage

Isaac nota la façon dont Isobel observait leurs tables de jeux et la surprise dans son ton alors qu’il lui proposait un milkshake, ce qui l’amusa intérieurement. Les anglais manquaient de vision ! Il était vrai que l’agencement à la « cool » de leur entreprise pouvait paraître un peu déstabilisant, même pour des américains, mais cela commençait à être à la mode de mêler loisirs et travail au sein de son entreprise. Et Isaac trouvait ce concept génial, il n’y avait rien de tel que pouvoir jouer pendant sa pause ou faire une sieste au bureau sur un sofa confortable, quand le besoin s’en faisait ressentir.

« Ah ne m’en parlez pas ! s’exclama t-il alors qu’elle lui parlait des dinner. J’adore vos pubs irlandais, mais ce n’est pas là qu’on peut trouver de bons milkshakes, et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même… J’ai décidé de pallier à ce défaut. »

Avec un sourire malicieux, il remplit le shaker de l’arôme qu’elle avait choisi, tandis qu’il l’écoutait décrire plus amplement son travail. Dans ce genre de situations critiques, la parole du Ministère était évidemment très attendue, soumise au regard impitoyable de ses citoyens. Le gouvernement devait se montrer à la hauteur des enjeux de lutte contre le terrorisme, et Isaac imaginait sans mal les quelques soirées que devaient passer ses fonctionnaires à préparer ses discours, ou imaginer de nouveaux plans d’attaque. Le ton railleur qu’elle employa pour conclure lui fit lever la tête. Son expression lui tira un sourire en coin amusé :

« Oh c’était un peu maladroit, je ne sous-entendais pas que les fonctionnaires ne travaillent pas, j’ai assez travaillé avec votre service pour démentir ce cliché… Mais c’est vrai que quand on bosse dans le libéral, qui plus est à son propre compte, on a un peu une impression de solitude, à se dire qu’on est les seuls fous à passer des nuits blanches à boucler des projets. Ce qui est faux, bien sûr. » La question d’Isobel le fit brièvement rire, et tomba au moment où il finissait justement son milkshake, qu’il lui tendit. « Ca va, on se porte plutôt bien ! Les milkshakes aident carrément à tenir. »

Et les cafés serrés, cela allait de soi. Isaac pressentait qu’il allait rester un peu tard au bureau aujourd’hui, pour terminer de la paperasse, une tâche qui lui donnait toujours envie de piquer du nez au bout d’une heure, alors il ne se gêna pas pour se servir une tasse généreuse.

« Non, ce qui aide vraiment à tenir, reprit t-il plus sérieusement, c’est d’aimer son métier. C’est mon cas, celui de mon associé aussi, alors au fond, peu importe les heures investies là-dedans… On aime tellement ça qu’on est prêts à repartir pour un second round Leopoldgrad, si ça c’est pas une sacrée preuve ! lança t-il, mi-amusé, mi-désabusé, parce qu’il pensait malgré tout aux quelques courtes nuits que lui demanderait cette reconstruction, après une construction de tous les records. Ca fait longtemps que vous travaillez dans la communication, vous ? Qu’est-ce qui vous plaît dans ce domaine ? »
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- Pitié, pas "mes" pubs irlandais, répliqua-t-elle en riant. Je suis née en Louisiane, j'y tiens. Je suis là depuis longtemps mais quand même, je ne me sens pas toujours intégrée. Déjà, il fait froid. Et il pleut. Et ils ont une seule école. Et ils écrivent à la plume.

La liste aurait pu être très longue et en soi, elle la faisait régulièrement à qui voulait bien l'entendre. Sept ans dans ce pays, bientôt huit et elle restait choquée par certaines choses. Sûrement que lorsqu'elle reviendrait aux États-Unis, elle le raconterait encore : cela donnait une coloration à ses récits typiques de l'Angleterre. Mais bon, dans le fond, elle aimait bien, c'était aussi ce qui faisait le charme de l'endroit, que ce soit si différent de là où elle avait grandi. Sinon, elle ne serait pas restée. Elle ne pensait rentrer que parce que l'Amérique lui manquait parfois et que, maintenant qu'elle avait renoué avec sa famille, elle ne disait pas non à l'idée de se rapprocher un jour. Il faudrait qu'elle ait une opportunité professionnelle intéressante, évidemment, pour lâcher son bon poste au Ministère mais elle pouvait l'envisager. Surtout si cela pouvait lui éviter de continuer à travailler avec Abel... Elle déléguerait toutes les tâches qui pourraient les amener à être en contact direct de toute manière. Elle refusait de lui reparler et de maintenir cette hypocrite relation de travail. Cela ferait plaisir à ses stagiaires de prendre la main sur des entretiens comme ceux-là, de toute manière, et elle, cela lui épargnait d'avoir envie de se jeter par la fenêtre.

- J'apprécie que nos efforts soient remarqués alors, répondit-elle malicieusement quand Isaac affirma que leurs services travaillaient. Si vous m'aviez dit le contraire, j'aurai dû annuler mon rendez-vous pour retourner au Ministère et malmener quelques stagiaires ! Ce qu'elle ne faisait jamais, tout comme ses collègues, évidemment. Mais ça en vaut la peine, sûrement, lança Isobel en promenant son regard autour d'elle quand il évoqua les difficultés du libéral. J'avoue que je n'aurai pas le courage. J'aime avoir des responsabilités au sein du service mais je n'aurai jamais le courage, ou même l'envie, de lancer ma propre boîte. J'aime bien laisser les éventuelles catastrophes aux autres ! Être chef d'entreprise nécessitait tout un travail administratif conséquent et surtout, nécessitait un engagement au long terme. Elle aimait se consacrer uniquement à ce qu'elle aimait faire et avoir une porte de sortie en cas de problème : elle avait juste à retrouver une autre place. Jusqu'ici, elle avait toujours été plutôt libre dans sa pratique car ses supérieurs lui faisaient confiance aussi, y trouvait-elle son compte. Elle rit lorsqu'il affirma, en lui tendant sa boisson, que les milkshake aidaient à tenir. Aurait-on trouvé le secret de longévité des grands mages noirs de ce siècle ?

Mais il reprit plus sérieusement en affirmant que c'était le fait d'aimer son métier qui le faisait tenir. Elle faillit répliquer que cela pouvait aussi marcher pour les mages noirs mais se retint. Ils n'étaient pas assez proches pour qu'elle se permette d'être si expansive. Et puis c'était de l'humour un peu noir, cela ne passait pas avec tout le monde aussi, il valait mieux se taire. De toute manière, elle comprenait ce qu'il voulait dire par là parce qu'elle partageait aussi cette impression et cette manière de voir son travail.

- Si vous voulez mon avis, cela sera même plus compliqué que la dernière fois...

Parce que cette reconstruction était plombée par une violente charge émotionnelle qui impacterait chaque étape du projet. Les levées de boucliers seront nombreuses et normales, pour quiconque avait subi le traumatisme de cet événement. Ils s'engageaient dans une voie compliquée mais nécessaire, elle en était intimement persuadée. Reconstruire vite et à l'identique, pas pour effacer - c'était impossible - mais pour montrer qu'ils ne se laissaient pas faire. Coupez la tête de l'hydre, elle repoussera en trois... Elle fut sortie de ses sombres pensées par la question d'Isaac et elle prit une gorgée de milkshake pour se donner le temps de la réflexion. Elle n'avait pas toujours su qu'elle ferait de la communication, elle voulait juste faire "des études" de manière générale. Au début, elle voulait faire du droit mais c'était trop long par rapport à la bourse qu'elle avait obtenue. Aussi, avait-elle choisi un autre cursus qui avait fini par énormément lui plaire.

- J'ai été diplômée de Salem en... 97 je crois. Et ce qui me plait... Elle baissa les yeux, secoua légèrement la tête, eut un sourire. J'aime avoir raison ? Plus sérieusement, est-ce que vous connaissez la théorie de la parole performative ? C'est une notion linguistique qui fait de la parole le vecteur de toute action. Plus précisément, le fait de parler fait naître une réalité. Le mot devient fabrique. Bref, lorsque je préparais l'examen d'entrée à la fac, j'ai entendu à la radio un documentaire sur cette notion en la mettant en perspective avec nos pratiques magiques. C'est la prononciation de nos formules qui fait naître une réalité. J'avais trouvé ça passionnant et j'ai commencé à m'intéresser un peu à la rhétorique, l'art du discours, j'ai lu beaucoup de choses sur la question. Je me suis prise de passion pour le pouvoir des mots, d'abord dans un cadre magique et puis au quotidien, au final. C'est fou tout ce qu'on peut faire avec, tout de même. C'est un outil qui peut tout faire quand on le maîtrise. Convaincre, persuader, détourner, accentuer... Alors je suis allée en communication, quand j'ai eu l'examen d'entrée. Je ne savais pas quoi en faire au début et puis j'ai découvert la communication politique... Cela réunissait absolument tout ce que j'aimais dans la rhétorique.

Elle fit une pause, cherchant justement ses mots.

- Parler de "pouvoir" fait très manipulateur et sociopathe mais c'est un peu la question. On parle et on peut arriver à orienter les gens dans un sens ou dans l'autre. On pense toujours de manière négative, en politique, manipulation des foules et ce genre de choses. Mais quand on fait campagne pour essayer de faire cesser les discriminations anti loup-garou par exemple ? Ou pour faire évoluer la place des femmes dans les entreprises ? Ou pour apaiser les plaies d'une nation après un événement grave ? Avec des mots, on peut arriver à faire ce qu'un sort ne pourrait jamais réaliser. Une phrase, quelque chose d'assez abstrait, a un effet concret et je trouve ça assez merveilleux.



Isobel Lavespère
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Isaac Wells, 35 ans, archimage

« Mais tellement, appuya Isaac alors qu’elle énumérait la liste de toutes les bizarreries anglaises. Le pire c’est la plume je crois, je pourrais jamais dessiner avec ce truc, j’ai fait ramener une armada de stylos dans l’agence. »

Il ne commenta pas spécialement l’information sur la Louisiane, qu’il connaissait déjà. L’an dernier, quand il lui avait posé la question, Abel lui avait glissé le fait qu’ils avaient grandi au même endroit tous les deux, et qu’il l’avait connue ainsi. Isaac s’y était déjà rendu une fois en sa compagnie, d’ailleurs, il avait trouvé la ville pleine de charme, et les gens très accueillants et curieux. Il avait été surpris et amusé de voir l’étendue de la famille d’Abel, tous ces cousins, cousines, soudés entre eux, qui étaient venus lui poser plein de questions. Et comme Isaac aimait être au centre de l’attention, il s’était fait un plaisir de parler de lui. Mais il était tout autant curieux en retour, et avait fait la connaissance de plusieurs personnes là-bas. La seule personne dont il n’avait pas réussi à percer la carapace était la fascinante Adeline Laveau, et ce n’était pas faute d’avoir essayé ! Bon, pour être honnête, il avait eu un petit faible pour cette dame, qui avait quand même vachement la classe.

Ses boissons préparées, il put s’installer face à Isobel et se concentrer sur leur conversation autour de leurs activités respectives. Avec une petite pensée pour ses propres stagiaires quand la jeune femme évoqua les siens, il hocha la tête et répondit :

« Je vois ce que vous voulez dire, c’est vrai que c’est assez effrayant de se lancer en tant que patron. Je pense que le fait de ne pas être seul dans l’aventure m’a aidé à me lancer, personnellement. C’est assez rassurant d’avoir un associé, on se dit qu’il est toujours là pour combler nos faiblesses. »

Il avait de la chance d’avoir trouvé un partenaire, avec qui il travaillait depuis la sortie de ses études, dont il connaissait donc parfaitement les points forts et les faiblesses. Leur duo avait trouvé un bel équilibre au fil du temps, c’était devenu une évidence pour eux que s’ils se décidaient à se lancer à leur compte, ils le feraient ensemble.

« Mais bon, le vrai gros point positif à ça, c’est qu’on n’a pas de patron ! Ce qui est quand même un beau cadeau. Enfin, je ne sais pas comment est le vôtre, peut-être très sympathique et compréhensif, ça doit exister. » plaisanta t-il.

Le commentaire d’Isobel sur la reconstruction le laissa pensif un instant. Lorsqu’ils avaient débuté Leopoldgrad, il s’était dit qu’ils pouvaient difficilement mener un projet plus difficile que celui-ci, en terme de délais, de complexité, de réception du public. Il n’imaginait évidemment pas à cette époque qu’ils auraient un jour à en rebâtir une partie. Une perspective épuisante moralement quand on savait toute l’énergie qu’il y avait déjà mise, et des enjeux particulièrement délicats… Y réfléchir à cette heure-ci le fatiguait mentalement, alors il préféra laisser passer ce sujet pour porter toute son attention à ce que la jolie communicante lui expliquait sur son travail. Et il devait reconnaître qu’elle savait y faire pour capter l’attention de son public, car il resta suspendu à ses lèvres pendant tout le déroulé de son petit cours improvisé sur la communication. Visiblement, il avait trouvé un sujet qui passionnait Isobel, car elle se montra particulièrement prolixe, un trait chez elle qu’il n’aurait à priori pas deviné. Des quelques contacts qu’il avait eus avec elle, Isaac avait plutôt retiré l’impression qu’elle ne parlait pas plus que nécessaire, et gardait une distance assez professionnelle avec ses collègues.

Mais visiblement, il s’était trompé et c’était plutôt plaisant de l’entendre partager ses connaissances, avec une certaine animation.  

« Vous vendez la chose carrément bien ! Franchement, si mon coeur n’était pas déjà pris, vous auriez pu susciter une vocation en moi, ajouta t-il d’un ton à la fois théâtral et enjôleur. C’est très intéressant, je ne connaissais pas cette conception ! Enfin, je sais que les mots ont un véritable pouvoir sur les gens, mais je ne pensais pas que cela faisait l’objet de toute une théorie. En maîtriser toutes les subtilités, ça devient une arme et une défense à la fois, finalement, on peut manipuler et déceler la manipulation… Finalement, faire de la communication en politique, c’est comme lancer des charmes sur les gens, si je suis votre métaphore. Genre Libertas Fraternitas ! Et il fit même le geste de la baguette magique pour accompagner son jeu de mot discutable. Ou Homines Egalitum ! Aha, ça serait quand même plus simple si on pouvait faire rentrer des idées justes dans la tête des gens d’un coup de baguette magique. »

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Isobel eut un rire devant l'emphase d'Isaac qui appuyait largement ses propos sur l'Angleterre. C'était fou, tous les américains semblaient être d'accord sur ce point. De toute manière, ils étaient généralement assez prompts à critiquer les autres pays aussi, s'entendaient-ils bien sur ce point. Même les gens qui n'étaient d'ailleurs jamais sortis du pays : ils avaient toujours plein de clichés à mettre en avant. Isobel s'empressa d'en rajouter une couche avec une anecdote qu'elle aimait bien.

- Une fois, quand je suis arrivée au Ministère, j'ai dû traiter avec le Comité des Sortilèges Expérimentaux, commença-t-elle, pour une histoire de communiqué de presse. Je me suis retrouvée face à un sorcier qui avait au moins soixante-dix ans, la même barbe que celle de Merlin et une robe en velours qui devait dater de la première guerre gobeline. Il n'avait plus d'encre pour signer un parchemin, il me demande de monter en chercher aux services techniques - forcément, j'étais la petite stagiaire - et je lui tend mon stylo pour éviter ça, c'était juste une signature. Il a refusé deux fois de l'utiliser et quand il a accepté avec regrets, il a essayé de signer avec le capuchon bleu. Le capuchon.

Elle ne comprenait pas qu'on puisse être aussi fermé au monde magique. Elle-même était née dans une société magique, fille de sorciers et même si son grand-père était moldu, il avait adopté les usages de sa femme. Pour autant, elle avait toujours connu le monde moldu, avait parcouru les rues, était allée au cinéma, en avait maîtrisé les codes très vite. La société américaine n'était pas séparée et c'était pour le mieux. Les seuls quartiers entièrement magiques dataient justement de la colonisation anglaise, comme Salem. Tout le reste était simplement dissimulé au milieu des moldus, ce qui permettait aux sorciers de se mélanger avec les non-sorciers. Ils étaient les professionnels de l'architecture cachée. Les anglais, eux, pouvaient presque vivre sans jamais croiser de moldus. Installés à Pré-au-Lard ou sur le Chemin de Traverse, travaillant dans des commerces ou au Ministère, le seul moment où ils sortaient dans le monde non-magique devait être l'instant où ils traversaient la gare de King Cross. C'était ridicule. Certes, elle vivait elle-même au sein du quartier magique d'Oxford mais elle sortait beaucoup à Londres et par exemple, son cours de danse était entièrement moldu. Normalement. Elle n'avait jamais demandé s'il y avait des sorcières dans le lot. Installée face à Isaac, elle préféra ne pas réagir à la mention de son associé, qu'il estimait visiblement beaucoup, et leva légèrement son milk-shake après en avoir pris une gorgée.

- J'avais oublié à quel point c'était bon, merci.

Elle rajouta « boire plus de milkshakes » à la liste qu’elle tenait désormais des choses qu’elle avait envie de faire. C’était peut-être un contrecoup direct de l’attentat, peut-être que cela lui passerait, sûrement même, mais en attendant, elle en avait besoin. Elle n’assumait pas tout ce qu’il y avait sur cette liste et l’avait donc soigneusement cachée mais elle la tenait rigoureusement. Elle secoua légèrement la tête, souriante et fronça le bout de son nez à la mention de son supérieur. Elle l’estimait beaucoup, elle le trouvait brillant et admirait sa manière de gérer son service. Mais il n’était pas toujours tendre et il y avait de temps en temps des tensions entre eux. Néanmoins, il la laissait gérer ses dossiers, lui faisait confiance et la mettait toujours sur des cas intéressants. Récemment, il avait fait preuve d’une délicatesse qui ne lui était pas coutumière en la retirant des dossiers sensibles au retour de son arrêt maladie et en prenant le temps de lui demander si elle voulait travailler sur la reconstruction, au lieu de lui imposer. Elle lui en était reconnaissante.

- Sympathique et compréhensif, je n’irai pas jusque là mais j’ai beaucoup d’estime pour lui et je pense que c’est un bon patron. Même si j’ai envie de lui faire manger quelques dossiers parfois, mais bon, cela reste entre nous, bien évidemment !

Surtout que, pour une fois, il avait justement été sympathique et compréhensif ! Et c’est lui qui lui avait permis de rentrer au Ministère, alors qu’elle s’ennuyait dans son entreprise de chaudrons. Elle lui était reconnaissante, quand on savait à quel point elle aimait son travail, comme elle l’exprima justement à Isaac. Ces derniers temps, encore plus : elle s’y raccrochait beaucoup. Sûrement trop mais elle avait toujours été trop investie.

- Si votre agence ne marche pas, vous pourrez toujours vous reconvertir alors ! lança-t-elle avec un sourire en coin. En plus, ça serait l’occasion d’aller à Salem, ça ferait bien sur un CV !

Cette fois-ci, elle le cherchait quelque peu : elle savait très bien qu’il était allé à Salisbury avec Abel, aussi en profitait-elle pour défendre son université à elle. Ça, c’était en revanche une véritable tradition, surtout entre Salisbury et Salem. Elle rit un peu devant ses simulations de sorts : ce n’était même pas vraiment drôle mais cela avait le mérite de la détendre, elle qui était si stressée d’être ici. Elle avait vécu les dernières semaines dans une profonde lourdeur, une ambiance sombre (même ses amis prenaient des pincettes avec elle, comme si elle allait s’effondrer) et cela lui faisait du bien d’entretenir une conversation légère avec quelqu’un qui ne l’avait pas vue au plus bas durant des semaines, ou des mois.

- Oh, on peut ! affirma-t-elle en mélangeant son milk-shake.Seulement, ce n’est pas très légal !

Le vaudou pouvait très bien le faire, par exemple. Mais elle doutait bien que son meilleur ami ne lui avait pas appris ce versant-là de leur culture. Si cela se trouvait, il ne lui avait même jamais parlé du vaudou.

- Cela serait dommage que le Wells de Laveau & Wells termine en prison, cela serait une très mauvaise pub pour la reconstruction de Leopoldgrad. Mais ne vous inquiétiez pas, nous serions obligés de vous défendre et de maintenir que vous n’êtes pas un horrible psychopathe, histoire de protéger l’honneur du MInistère. Je m’appliquerai dans mon communiqué, promis !

Elle badinait un peu, même si quelque chose dans son esprit lui soufflait que ce n’était pas une bonne idée. Elle s’était juré de se tenir à l’écart de tout ce qui pouvait concerner Abel et cela incluait évidemment son meilleur ami. Mais elle aimait bien cette conversation, cela lui changeait les idées et elle le trouvait sympathique. Elle n’allait tout de même pas s’interdire de papoter avec quelqu’un parce qu’elle détestait Abel, non ? Cela serait lui donner bien trop d’emprise sur sa vie. Elle fut piquée par cette idée et décida volontairement d’approfondir la conversation, comme par défi envers l’absent.

- Vous vous plaisez en Angleterre ? Cela change radicalement du pays. D’ailleurs, d’où venez-vous ? Enfin, vous n’êtes pas obligé de me répondre, affirma-t-elle avec un sourire en coin qui, cette fois-ci, fut volontaire. Je suis juste curieuse.


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Isaac avait entendu et vu quelques personnages absurdes ici, depuis qu’il s’était installé, mais il devait reconnaître que celui que lui décrivait Isobel atteignait un certain niveau. L’anecdote qu’elle lui livra lui tira un de ses véritables rires, franc et joyeux, dont il avait le secret.

« Sérieusement, haha ! Elle est bonne celle-là ! Je pensais qu’en venant ici, j’allais démentir certains clichés sur les britanniques qu’on répand aux Etats-Unis, mais il faut se rendre à l’évidence. Ils sont réellement restés bloqués au XIX ème siècle ! Ou alors, ils ont des lubies bizarres et kitsch. On a une cliente en ce moment qui nous a demandé de lui réaliser la villa de se rêves… Bon, pour des raisons de confidentialité, je ne vais pas vous dire qui -c’est la gérante des Folies Sorcières- mais elle aime les carrelages imprimés léopard, oui, je ne savais pas que ça existait moi non plus. »

Mildred Magpie était haut placée sur le podium mental des clients les plus extravagants qu’Isaac ait jamais rencontrés. Lui, il avait tendance à prendre avec bonne humeur ce défi que représentait la tâche de satisfaire une femme aussi fantasque -il fallait dire qu’elle leur offrait de sacrées scènes-, mais c’était moins le cas de son associé. Mais le plaisir qu’il prenait à traiter avec elle était bien différent de celui qu’il avait à papoter avec la belle communicante à cet instant. Il se sentit assez fier que son hôte apprécie son milkshake maison -enfin il avait une machine pour le faire, quoi-, il venait de remporter un point auprès d’Isobel Lavespère et ce n’était pas rien. Beaucoup de leurs collègues aimeraient en faire de même, Isaac ne l’ignorait pas, squatteur professionnel des machines à café qu’il était, et il fallait savoir que deux sujets avaient occupé toutes les bouches masculines à cet endroit-là, pendant le projet Leopoldgrad : les délais tyranniques imposés par le ministre et les jambes d’Isobel Lavespère. Bon, il y avait aussi ses jolis chemisiers, ça faisait trois.

Cela dit, elle était moins difficile à aborder qu’il n’y paraissait au premier coup d’oeil. Isaac s’aperçut avec une certaine surprise qu’ils étaient en train papoter et plaisanter avec aisance, sans qu’il n’ait rien prévu, au fond.

« Evidemment ! C’est presque gentil comme sort, moi j’avais parfois envie de piéger le mien avec un Portoloin pour l’Amazonie, de préférence en plein milieu d’une tribu cannibale. »


Pour toutes les heures supplémentaires toujours impayées à ce jour, révolution ! Le petit commentaire suivant sur Salem et surtout, le sourire qui l’accompagna, fit hausser un sourcil à l’archimage. Jaugeant la jeune femme, il répondit :

« Est-ce que vous insinuez que le pôle archimagie de Salisbury fait moins bien sur un CV ? Parce que je dois vous révéler que ça m’a ouvert les portes d’un projet de ville itinérante qui a fait les titres jusqu’à New York, un truc de fou, je vous dis pas. »


Il supposait qu’en digne diplômée de sciences de la communication, elle avait fait ses études à Salem, et son ton un peu provocateur le lui confirmait. C’était de bonne guerre. Une rivalité vieille comme le monde, entre leurs deux universités magiques, considérées comme les meilleures du sol américain. Il était difficile de les comparer objectivement, car elles n’accueillaient pas les mêmes pôles, mais naturellement, chaque étudiant restait persuadé que son université surpassait sa rivale. Isaac dirait bien que eux au moins, ils ne s’amusaient pas à devoir traverser un lac glacé en guise de bizutage d’intégration, mais visiblement, on assumait son masochisme dans le Massachussetts…

« Moi, un horrible psychopathe ? Vous auriez même pas besoin de me défendre, je serais pas crédible. Est-ce que je n’ai pas la tête de l’homme le plus innocent et sympa du monde ? »

Il appuya sa question d’un large sourire candide qui avait fait ses preuves parmi ses neveux de six ans pour qu’ils le reconnaissent comme un de leurs semblables. Il reprit toutefois un air un peu plus sérieux -il reprit même un peu de son café noir d’adulte- quand Isobel lui posa des questions sur lui :

« Vous pouvez me poser autant de questions que vous voulez, commença t-il par assurer, avec un sourire. Je viens du Minnesota. Je vais pas vous donner le nom de la ville, vous trouveriez ça imprononçable. Je suis né de parents moldus donc c’est une référence qui me parle, mais vous voyez Charles Ingalls dans la série La petite maison dans la prairie ? Bah c’est mon père. Par contre, ma mère c’est plutôt Harriet Oleson, aha ! Mais ne lui dites jamais que j’ai dit ça. Et oui, je me plais assez en Angleterre, même si c’est de la taille du Minnesota, se moqua t-il gentiment. J’ai grandi dans un coin paumé, mais je préfère l’animation des villes et je trouve qu’il y a beaucoup d’endroits sympas ici, sans être aussi… écrasants, je dirais, que certaines grandes villes américaines. J’aime bien passer du temps à Bristol, par exemple, je trouve que c’est une ville qui a un charme un peu provocateur, authentique, j’aurais pu m’y installer s’il n’y avait pas ce blocus assez contraignant. »

Pour le moment, Isaac avait déménagé de Cosmos pour s’installer à Leopoldgrad, pour les mêmes raisons qui l’avaient conduits à s’installer dans la première ville : quelle meilleure expérience qu’expérimenter les lieux qu’il construisait ? Mais, d’autres coins du pays le tentaient, il se rattrapait en fréquentant régulièrement les Folies Sorcières, et autres bars londoniens, en s’improvisant des petits week-ends en découverte des abords de Poudlard et autres coins perdus d’Ecosse, pour voir du pays, rencontrer des gens. Isaac ne tenait pas en place, rares étaient ses soirées qui n’étaient occupées ni par son travail, ni par ses sorties. Il tâchait de profiter à fond de tous les pays dans lesquels il s’installait temporairement pour son travail, car sa devise était d’allier loisirs et labeur autant que possible, alors il était bien content d’avoir trouvé un métier qui le passionnait et lui permettait de voyager.

Souriant à son interlocutrice, il lui renvoya la question, même s’il connaissait déjà la réponse :

« Et vous, la Nouvelle-Orléans, c’est ça ? »
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Le rire franc de son interlocuteur était communicatif et Isobel dû se retenir de rire également, comme pour éviter de trop s’impliquer dans cette conversation. Elle savait bien qu’elle aurait dû y couper court, tout simplement parce qu’elle dépassait le cadre professionnel et ce n’était pas bien, pour deux raisons. La première, le fait qu’elle évitait généralement de s’impliquer avec ses collègues, pour protéger sa vie privée à tout prix, parce que cette dernière n’était pas forcément reluisante. La seconde, parce qu’il s’agissait en face d’elle du meilleur ami d’Abel et, bien qu’il soit très sympathique - presque trop pour le cercle d’Abel d’ailleurs - ce n’était pas vraiment raisonnable de lui parler à lui. Son excuse pour s’éclipser était toute trouvée et elle n’avait pas besoin de mentir : elle avait rendez-vous à Sainte-Mangouste dans moins d’une heure pour le suivi de ses blessures à Leopoldgrad. Mais elle s’amusait bien, il était drôle, sociable et, admettons-le, plutôt agréable à regarder. Pour elle, qui avait passé les dernières semaines recluse chez elle, à craindre le monde extérieur alors qu’elle passait ordinairement sa vie à sortir et à rencontrer des gens, c’était comme redécouvrir quelque chose. Sa retenue s’envola en même temps que son rire dans la pièce lorsque Isaac évoqua à mi-voix Mildred Magpie et son amour des carrelages aux imprimés animaux. C’était très drôle d’imaginer cette dernière dictant ses lubies les plus étranges aux archimages, agissant - sûrement - comme si tout lui était dû. Machinalement, son esprit superposa l’image de l’insensible Abel aux caprices de Mildred et l’idée de la rencontre des deux accentua son amusement, un peu revancharde. Elle espérait bien qu’elle lui en faisait voir de toutes les couleurs.

- Si vous saviez ! Son amour pour le motif léopard la pousse à en mettre partout, même aux endroits les plus incongrus. Partout, appuya-t-elle d’un ton entendu. Ne me demandez pas comme j’ai obtenu cette information, même moi je préférerais l’oublier !

Toni était un incorrigible bavard. Surtout sur ce genre de détail, détail dont Isobel se passerait bien. De toute manière, le plus loin elle était de Magpie, le mieux elle se portait ! À tous les coups, en la voyant discuter avec Toni par exemple, cette vieille folle se mettrait en tête qu’ils vivaient une liaison passionnée. Elle préférait éviter de revivre toute « l’affaire Roy » : devoir se justifier sur sa vie intime devant le Ministre de la Magie lui avait suffit pour le reste de sa vie. Mise - étonnamment - dans d’excellentes dispositions par la mention des extravagances de Mildred Magpie, comme une vieille rengaine réconfortante, une plaisanterie qu’elle partageait de bon coeur avec son meilleur ami, elle décida de se laisser un peu plus aller. Elle ne faisait rien de mal après tout et tout ce qui pouvait la faire sourire ces derniers temps, elle prenait. Elle voulait revenir à sa vie d’avant, à sa elle d’avant et cela passait par le fait de bavarder gaiement avec des gens quand elle en avait envie. Même quand elle ne devait pas. Surtout quand elle ne devait pas. La mention de Salisbury fut l’occasion de revenir sur un sujet qu’elle maîtrisait bien et sur lequel elle adorait disserter : la fameuse rivalité universitaire américaine. La mention de Leopoldgrad la fit rire de nouveau mais elle ne se laissa pas démonter.

- J’insinue que Salisbury fait moins bien sur un CV ! Elle agita légèrement la main, badinant. Vous voyez, ça fait un peu « fac de province », ça n’a aucune répercussion à l’international ! Vous dites « Salem », là, tout de suite, ça parle aux gens ! L’ancienne capitale magique américaine, les bûchers, les moldus fous, ça, ça vend du rêve, une histoire. Salisbury… C’est quoi, c’est où ? Je serai venue ici me faire embaucher en mentionnant Salisbury, les gens auraient pensé que je parlais d’une marque de crackers.

En toute objectivité, évidemment. Il y avait un pôle de marketing à Salisbury, elle aurait pu choisir de s’y orienter : au moins, elle aurait déjà terminé de payer son prêt étudiant, ce qui n’était pas le cas actuellement même si elle arrivait sur la toute fin. Mais non, elle avait été attirée par l’aura de prestige de la plus ancienne fac du pays et par les portes que cela pourrait lui ouvrir. Issue d’un milieu populaire, elle en avait vraiment besoin, comme pour se prouver à elle-même qu’elle avait vraiment réussi, pas à moitié. Elle avait atteint un certain rang social en partant d’absolument rien. Et toute seule. Elle y tenait plus qu’à tout. Elle fut sortie de ses pensées par les mimiques de son interlocuteur et, elle devait le confesser, en temps normal, elle l’aurait bien laissé approfondir ce sourire. Elle prit une gorgée de son milkshake pour rompre le contact visuel.

- Huum, presque. Mais vous savez, dans les drames, genre quelqu'un qui tue soudainement toute sa famille, les voisins disent toujours « je ne comprends pas, il était très sympathique, il disait toujours bonjour » donc ça ne veut pas dire grand-chose !

Après tout, des sorcières de sa famille avaient l’air très sympathiques avant de descendre dans les caveaux pour y martyriser quelques poulets histoire de satisfaire les loas. On pouvait tout pas dans une apparence, elle était bien placée pour le savoir. Même si, en soi, Isaac Wells n’était pas un psychopathe, il suffisait de lire un peu son aura qui était très claire. Il semblait avoir une personnalité simple et franche, cela se voyait d’ailleurs dans sa manière de se livrer facilement. Lorsqu’il mentionna La Petite Maison de la Prairie, elle eut de vieux flashs d’après-midi devant la télévision avec Michelle, à regarder cette série dans le salon de son grand-père. Quand le chien était mort, elle avait pleuré toutes les larmes de son corps et sa cousine n’était pas en reste. Elle doutait que la famille d’Isaac se balade en calèche et aille couper du bois tous les jours mais, malgré elle, l’association était faite.

- Je vois bien, oui… Il ne fallait pas me rappeler ces images ! Mais au moins, ici, vous ne devez pas mourir de froid. J’ai déjà eu du mal à supporter le Massachusetts alors le Minnesota… Je ne sais pas comment vous faites, autant aller vivre au Canada directement ! C’est-à-dire l’Enfer, si on lui demandait son avis. Elle hocha la tête à la remarque sur Bristol. C’est dommage que vous ne l’ayez pas connue avant le blocus. De toute manière, cette ambiance pesante plombe le pays, croyez-moi, nous y sommes mieux d’habitude. Je suis arrivée quelques temps après la seconde guerre, il y avait une folle énergie positive qui circulait, une euphorie de reconstruire et de faire un monde meilleur. C’était certes avant que des gens fassent exploser des banques, pas la même ambiance.

Sans compter la guerre des gangs ou le Bloody Sunday… Tant de drames qui venaient émailler le pays. Isobel ne se leurrait pas, elle savait qu’il était difficile pour une communauté de vivre en harmonie, elle était issue de Louisiane où les covens vaudous se déchiraient parfois, mais elle devait reconnaître que le pays avait particulièrement changé et, plus qu’une fracture avec le gouvernement, était animé de fractures internes, plus profondes. Elle se sentait impliquée des fois et d’autres fois, elle se disait qu’elle n’était pas d’ici. Isaac, visiblement, le savait par Abel. Elle hésita un instant à lui répondre et à prendre congé avant de se reprendre. De toute manière, ce n’était pas une question qu’il lui posait. Cette conversation lui était agréable, il suffisait de garder la main dessus et elle savait très bien faire cela. Si les choses devenaient compliquées et bien, tout simplement, elle s’en irait. Elle s’en fichait de passer pour bizarre auprès de lui, Abel devait suffisamment lui faire mauvaise presse. C’était presque étonnant que son meilleur ami vienne lui parler d’ailleurs.

- Oui, l’opposé du Minnesota, un peu. Je crois que j’aime cette ville autant que je la déteste des fois, je dois l’avouer mais je ne peux en dire que du bien quand même ! Mais je pense que vous en savez déjà beaucoup…


Léger rappel du fait qu’elle se doutait bien de l’origine des informations qu’il possédait sur elle ou même sur la Nouvelle-Orléans. Reprenant une gorgée de milkshake, elle reposa les yeux sur lui après avoir de nouveau observé la pièce.

- New-York, Leopoldgrad… Quelle est votre prochaine étape professionnelle ? Vous avez des gros projets en cours ? Si on excepte votre toute nouvelle découverte des carrelages léopard. Je ne répéterai rien au Ministre si vous lui faites des infidélités ! De manière générale, je garde bien le secrets.

Le sourire en coin lui avait échappé. Presque un vieux réflexe qui revenait au galop…


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Isaac Wells, 35 ans, archimage

« Ah, je perçois quelque chose de salace derrière votre ton ! s’exclama Isaac, d’un air à la fois amusé et perplexe. Ouais, j’aurais préféré ne pas savoir, bizarrement… »

C’est qu’il était sensé garder un minimum de sérieux professionnel avec ses clients ! Mais il riait bien avec Isobel, alors il ne protesta pas davantage. C’était amusant de partager leurs anecdotes, sur des gens qu’ils connaissaient, mine de rien, ils avaient un certain nombre de connaissances communes avec leur travail. Toutes n’étaient pas professionnelles, toutefois, Abel en était le parfait exemple. Isaac ne savait pas grand-chose au sujet de sa relation avec Isobel, tant son meilleur ami prenait un soin particulier à ne pas laisser filtrer grand-chose. Son flair avait détecté depuis longtemps l’anguille sous roche, mais il n’avait pas vraiment insisté : avec Abel, c’était le meilleur moyen de ne jamais avoir de réponse. Isaac avait du se contenter d’apprendre qu’ils étaient nés dans le même quartier, s’étaient côtoyés dans leur enfance, puis perdus de vue. A l’heure actuelle, il lui semblait que leurs rapports étaient uniquement professionnels, mais pas professionnel comme lui papotant joyeusement avec elle, en deux collègues de travail qui appréciaient prendre leur pause ensemble. Non, plutôt professionnel-professionnel, genre pas plus d’échanges que les politesses d’usage.

Il ne savait ce qui dans leur passé commun expliquait leur attitude aujourd’hui, mais Isaac trouvait cela dommage. Après tout, Isobel était plutôt une charmante personne. Genre charmante-charmante : à la fois par son apparence physique -il fallait dire ce qui était, il avait clairement affaire à une belle femme, de niveau A+ au moins-, et par sa personnalité, sociable et souriante. Isaac aimait bien les femmes sociables et souriantes. Il la sentait à l’aise avec lui sans qu’il n’ait eu besoin de faire grand-chose, elle ne manquait pas de répartie, ce qui était plutôt agréable. La tirade qu’elle énonça sur son université bien aimée -elle avait eu le temps d’y réfléchir dis donc- lui fit lever les yeux au ciel, et répliquer d’un ton théâtral :

« Oh, comme vous êtes mauvaise langue ! C’est une université connue pour les gens qui s’y connaissent, Madame. Demandez à n’importe quel archimage du monde de vous citer une université américaine, ils pensent en premier à nous » se rengorgea t-il. Ce qui lui suffisait amplement, après tout, il n’allait pas chercher du travail ailleurs que dans son domaine de prédilection. « Vous les étudiants de Salem, vous aimez un peu trop rappeler votre renommée… Inquiets qu’on vous rattrape ? »

Un sourire badin se glissa sur ses lèvres, même s’il se doutait qu’elle allait le démentir. Elle semblait avoir le goût de contredire les gens, de toute manière, car elle trouva même le moyen de diaboliser son expression la plus innocente. Plutôt que de se défendre, Isaac entra dans son jeu et prit une mine subitement sérieuse :

« Hum, c’est vrai, vous avez raison… Il va falloir que je fasse attention à ma jumelle, elle est encore plus sympathique que moi. »


Et pourtant, il y avait des signes qui ne trompaient pas, Isaac l’avait vue haute comme trois pommes s’amuser à torturer les vers de terre de leur grand jardin, avec un bout de bâton, tandis que lui-même criait qu’il ne fallait pas faire ça parce qu’ils allaient grandir pour devenir des papillons -oui, à cinq ans il n’était pas très au fait de la différence entre une larve et un ver de terre-… Amusé par ses propres souvenirs, il sourit davantage lorsqu’elle lui fit une remarque qui traduisait l’image que se faisaient beaucoup d’américains sur leur territoire.

« Oh on s’y fait vite. Et puis d’abord, la chaleur de la Louisiane en plein été est au moins aussi difficile à supporter ! Et je sais de quoi je parle, j’y ai été une fois » révéla t-il.

Un été, juste après leur diplôme, Isaac s’en souvenait encore, Abel l’avait invité à passer quelques jours chez lui, et il avait rencontré une famille bien plus grande qu’il ne le pensait. Il avait trouvé le décalage assez drôle, de savoir que son ami, si discret, si solitaire, avait en réalité grandi avec des dizaines de cousins et cousines, dont il était proche. Il hocha brièvement la tête lorsqu’elle glissa qu’il devait déjà connaître des choses sur la Nouvelle-Orléans, mais renchérit plutôt sur ce qu’elle avait dit juste avant :

« Je crois qu’on est tous comme ça avec l’endroit où on a grandi. On l’aime et on le déteste à la fois, parce qu’on y a vécu tous nos meilleurs et pires moments, tout simplement. Moi aussi, j’ai eu ma période où j’en ai eu ras le bol des vaches, des lacs et de la neige, pour faire très caricatural, et ça m’a fait du bien de partir de chez moi ! avoua t-il avec un léger rire. C’était nécessaire, maintenant que j’y retourne, je m’y sens plus apaisé. Si on peut malgré tout dire du bien de notre lieu d’enfance, c’est qu’on a trouvé un rapport plus sain avec, et c’est tant mieux. »

Preuve en était qu’il ne se chamaillait plus avec sa mère, ou en tout cas, beaucoup moins ! La conversation revint sur des terrains un peu plus sûrs, même si Isobel laissa glisser une phrase à la fin qui éveilla son attention. Levant son regard vers elle, il remarqua qu’elle avait adopté une expression un peu mutine et cela lui donna envie de répondre sur le même ton :

« Ah, vraiment ?
fit t-il, en se penchant vers elle, coudes sur le bar. Il ajouta, comme une confidence : « Vous voyez, l’avantage d’être son propre patron, c’est que si on prolonge sa pause, personne ne peut rien nous dire ! Alors, j’ai tout mon temps pour parler de choses beaucoup plus marrantes que mes projets… Quel genre de secrets on vous confie ? Je l’avoue, j’adore les ragots. »

Loin d’afficher un air coupable, le regard d’Isaac brillait plutôt d’une lueur malicieuse.
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- Vous vous trompez, je ne fais jamais de sous-entendus, affirma-t-elle avec tout son sérieux, sérieux qui était évidemment de façade.

Tous les gens qui la connaissaient un tant soit peu pouvaient dire le contraire surtout quand venait le sujet de Mildred Magpie. En dehors de certains cercles restreints, elle ne pouvait pas critiquer ouvertement la puissante rédactrice de Multiplettes aussi se contentait-elle de perfides allusions, domaine qu'elle maîtrisait aussi bien que la rancoeur. Il fallait avouer que les derniers incidents entre elles commençaient à dater mais elle n'avait pas très envie de passer à autre chose, c'était bien plus drôle d'avoir une cible toute faite pour les persiflages et elle savait très bien que Mildred, de son côté, ne s'en privait pas non plus. Après tout, elle avait lu dans Sorcière Hebdo - qu'on ne s'y méprenne pas, c'était une lecture tout à fait professionnelle, en tant que chargée de com, elle lisait toute la presse, assurément - que les médisances étaient bonnes pour la santé alors pourquoi s'en priver ? Elle en rajouta d'ailleurs une large couche au sujet de Salisbury, sujet trop facile pour une étudiante de Salem comme elle, puisque la rivalité entre les deux facs était bien connue. Après tout, elles étaient en compétition toutes les deux, elles avaient certains domaines qui se chevauchaient et étaient toutes les deux d'accord pour dire que l'Université Communautaire de Magie Appliquée d'Alaska était bien en dessous.

- L'avis d'un archimage ne fait pas autorité, mon bon monsieur, nous parlons quand même de sorciers qui sont fascinés par des menuiseries en aluminium de deux centimètres. On entendait des choses étranges, en réunion... Du tout. Nous sommes juste fiers de notre position dominante dans les classements des meilleures universités magiques internationales et nous aimons le rappeler... Notamment parce qu'on s'endette généralement sur quinze ans pour payer nos frais de scolarité alors, bon, autant en profiter. Et puis, honnêtement, si vous n'aviez pas été archimage mais avocat, ou politicien ou spécialiste de la Métamorphose, vous n'auriez pas eu envie d'étudier à Salem ? Les meilleurs professeurs sont chez nous, tout le monde le sait, se rengorgea-t-elle.

Elle-même avait eu la chance d'étudier auprès de pointures dans son domaine, qui venaient donner des conférences passionnantes. Une fois, Jack avait même demandé un autographe à Hieronymus Cassius, un célèbre - et antique - conseiller politique américain, qui avait notamment fait ses débuts à la fin du deuxième mandat de Séraphine Picquery, la grande présidente américaine qui avait connu cette fâcheuse affaire d'Obscurus dans les rues de New-York. Autant dire que Cassius était l'une des dernières légendes vivantes de cette époque. Elle sourit et secoua légèrement la tête lorsque Isaac entra dans son jeu en affirmant que sa jumelle était encore plus sympathique que lui et donc, si on suivait sa logique à elle, encore plus louche. Elle prit une gorgée de milkshake avant de demander :

- Vous n'avez qu'une sœur ?

Elle avait toujours rêvé d'avoir un frère quand elle était jeune, un grand-frère plus précisément. Pas besoin d'être psychomage pour savoir qu'elle cherchait une protection dans cette figure, quelqu'un pour la protéger de sa mère et de la vie difficile du quartier. Quelqu'un pour prendre soin de Sophie pour qu'elle n'ait pas à le faire dès ses sept ans, une présence permanente. Le lien avec Abel était facile à faire, deux enfants uniques qu'ils étaient, mais elle s'y refusa. Elle l'avait sorti de sa tête et elle ne penserait plus jamais à lui. Enfin, elle essaierait. Ce n'était pas forcément facile avec Isaac qui le mentionnait en sous-entendu, en révélant qu'il était allée en Louisiane en plein été. Elle s'efforça de ne pas tiquer devant la mention, qu'elle avait elle-même amenée en quelque sorte, et agita légèrement la main pour montrer que ce n'était rien.

- Je vous en prie, il ne fait que quarante degrés et une chaleur moite. Rien de bien difficile ! En plus, le Carré Français est conçu pour mieux la supporter : il vous suffit de marcher sous les arcanes et vous êtes à l'ombre. Et de toute manière, un touriste à La Nouvelle-Orléans n'a qu'une chose à faire : se détendre et profiter. Vous pourriez vous plaindre si vous deviez y travailler !

Laissez les bons temps rouler, la devise française de la ville l'exprimait bien pour tous les visiteurs. Certes, pour les locaux, c'était autre chose : elle se rappelait de ses cousins qui devaient travailler au port sous le soleil brûlant pour porter des charges lourdes. Et elle faisait mine de rien devant Isaac mais elle-même avait perdu l'habitude de ces températures élevées, elle l'avait bien senti en y retournant en septembre. C'était tout un art de vivre, on travaillait tôt et tard et généralement, la pause se faisait au milieu de la journée quand il faisait plus chaud. Les maisons étaient toutes équipées de climatisations ou au moins de ces grands ventilateurs au plafond, ils avaient leurs moustiquaires à cause des marécages autour de la ville, du bayou et surtout, savaient gérer leurs efforts sous ce soleil. Il fallait y vivre pour s'y sentir bien ou venir d'un endroit similaire mais elle maintenait qu'elle préférait cela au froid mordant qui s'infiltrait partout et qu'elle supportait mal : ses factures de chauffage étaient assez astronomiques pour une la petite surface de son appartement. Dans ces moments-là, elle aurait tué pour un peu de chaleur de la Louisiane. Elle hocha la tête face à l'analyse d'Isaac sur les lieux de leurs enfances. Il ne tombait pas à côté : elle avait un rapport assez conflictuel avec tout cela, même si, elle l'espérait, cela s'améliorerait maintenant qu'elle y revenait plus apaisée. Elle allait même y passer les fêtes de Noël, si ce n'était pas un signe ! Si seulement Abel pouvait disparaître de la surface du quartier alors tout serait parfait.

- Vous avez sûrement raison. J'ai entendu dire que cela s'appelait vieillir mais j'évite généralement de m'approcher de ce genre de concepts !

Elle eut un vrai grand sourire cette fois-ci, comme pour se dédouaner. Elle n'était pas Mildred Magpie mais quand même, passer le cap de la trentaine lui avait fait un peu étrange ! Elle s'y était faite depuis et puis elle y était bien, trente-trois ans était un bon âge : elle n'était plus à se chercher comme à ses vingt ans et elle avait trouvé un équilibre qui lui correspondait. Et puis, à cet âge, elle faisait beaucoup moins d'erreurs stupides, n'est-ce pas... ? C'est ce qu'elle pensa en voyant Isaac se pencher légèrement vers elle et elle sentit un infime changement dans l'atmosphère de la conversation. Isobel aimait flirter, c'était un fait, c'était son jeu préféré et en temps normal, elle le pratiquait à outrance. Mais cette fois-ci, ce n'était clairement pas une bonne idée. D'abord, parce que c'était un cadre professionnel et elle avait comme devise de ne jamais laisser sa vie privée empiéter sur son bien-aimé travail. Ensuite - et presque surtout - parce qu'elle n'avait pas n'importe qui en face d'elle. C'était le meilleur ami d'Abel et flirter avec lui était la dernière des choses à faire. Aussi, elle se redressa légèrement pour remettre un peu distance entre eux deux. Elle aurait dû prendre congé. Mais la conversation lui plaisait, il était drôle, sympathique et elle aimait bie la manière dont il la regardait. Alors, sans se départir de son sourire, peut-être même, malgré elle, plus malicieuse, elle prit le parti de continuer la conversation. Elle saurait y mettre fin à temps, c'était un art qu'elle maîtrisait bien aussi.

- Si je vous le disais, alors cela ne serait plus secret... fit-elle remarquer d'un ton équivoque. Vous allez devoir utiliser votre imagination pour satisfaire votre curiosité.

Elle appuya son menton dans la paume de sa main.

- J'ai entendu dire que les archimages en avaient beaucoup.

Si sa phrase paraissait pleine de sous-entendus, c'était presque malgré elle. Presque. La conversation l'amusait, cette pente glissante aussi et elle retrouvait une attitude qu'elle n'avait pas eu depuis longtemps. Elle se sentait légère et après tout ce qui lui était arrivé, c'était une sensation trop merveilleuse pour qu'elle la laisse s'échapper trop brusquement. Elle se retourna légèrement sur son siège, pour mieux observer la pièce.

- Par exemple, je pourrais parier que cette décoration vient de votre imagination à vous !


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Isaac Wells, 35 ans, archimage


« C’est normal, c’est parfaitement fascinant. Et c’était un centimètre et demi, seuls les sorciers peuvent faire ça, précisa t-il, en prenant une pose fière, comme s’il était l’inventeur de ces menuiseries extra-fines qu’ils avaient utilisé à gogo pour les belles tours vitrées de Leopoldgrad. Franchement, je suis sûr que vous êtes payée par la direction de Salem pour en faire aussi fervemment la publicité ! Je suis un salisburien convaincu, madame, vous pouvez dire ce que vous voulez, vous avez peut être les meilleurs profs, mais nous, on a la meilleure ambiance ! Nous sommes tous nés avec la fibre artistique, dans cette université, nos soirées étaient, hum… imaginatives. » glissa t-il, un sourire malicieux aux lèvres.

Isaac avait gardé de sacrés souvenirs de l’époque, ainsi qu’une belle brochette de copains qu’il fréquentait toujours. Il avait eu à coeur d’étudier au moins autant que de s’amuser, et, fidèle à lui-même, il avait tout vécu à fond. Les charrettes pour terminer un projet tout comme les soirées jusqu’au petit matin, à l’époque, il avait la constitution d’un jeune adulte solide prêt à encaisser tous les excès. S’il fallait être honnête, c’était moins le cas aujourd’hui, même si Isaac avait largement conservé sa réputation de fêtard et de bon copain. Il aimait se sentir très entouré, probablement parce qu’il avait grandi en se sentant un peu abandonné par des parents débordés de travail, des frères d’abord trop grands pour jouer avec eux, puis très absents de leur cellule familiale : l’un, toujours en vadrouille dans des coins perdus du globe, et l’autre qui avait plutôt mal tourné… La question d’Isobel fit justement écho à ses pensées.

« Hmm, oui, juste une soeur, Diane. J’ai aussi deux grands frères, mais on les voit très peu, et ça va en s’empirant avec les années, alors j’ai tendance à ne plus trop les compter, dit t-il, avec un léger haussement d’épaules. Mais je suis très proche de ma jumelle ! Et vous, vous avez des frères et soeurs ? »

Isaac tourna avec intérêt sa tête vers son interlocutrice pour écouter sa réponse. Tandis qu’il l’observait, il se prit à se poser une seconde question, tout à fait existentielle : si elle avait une soeur, était t-elle aussi jolie ? Un sujet d’importance, tout le monde en conviendra. Il était également curieux de savoir quel genre de métissage avait donné ces longs cheveux sombres, assortis à ce teint singulier, mat, percé de légères tâches de rousseur. Maintenant qu’il discutait de tout et de rien avec elle, il avait tout le loisir d’observer sa physionomie de plus près, et pouvait capter d’autres détails que la longueur de ses jambes ou le tour de sa poitrine qu’il connaissait déjà très bien. Quoi ! Etait-ce sa faute si c’était des informations qui sautaient tout de suite aux yeux ?

« D’accord, je veux bien reconnaître en tant qu’architecte que votre ville a été bien conçue pour son climat, je n’étais presque pas mort de chaud quand j’y suis allé. Mais la prochaine fois, je vous avoue que j’éviterai d’y aller en plein été quand même » taquina t-il.

Ils badinaient depuis une bonne demi-heure maintenant, se rendit t-il compte en consultant d’un bref coup d’oeil l’horloge derrière eux. S’il fallait être tout à fait raisonnable, il mettrait fin à leur petite pause improvisée, et retournerait à sa pile pharaonique de travail, histoire de faire des nuits correctes. Mais il appréciait de faire rire Isobel, sa compagnie était plaisante, bien plus que les recherches qu’il avait à faire, alors il se décida à ne pas écourter ce moment agréable. Moment qui lui semblait prendre une pente appréciable… Est-ce qu’il décelait des sous-entendus dans ses paroles parce qu’il avait envie d’en entendre, ou parce qu’elle en glissait réellement ? Difficile à la croire totalement innocente avec son sourire malicieux, mais en même temps, c’était suffisamment subtil pour n’y voir que du feu. Bien, bien, ce n’était pas une novice en matière de séduction, songea t-il en adoptant la même pose, main sous le menton.

« Ca, vous n’avez pas idée » sourit t-il.

Il n’en ajouta pas plus, mais son regard sur elle en disait suffisamment, plus caressant que tout à l’heure. Son léger sous-entendu à lui. Il n’en fit pas davantage, peu désireux d’aller trop vite, et surtout, pas vraiment certain de ce que son interlocutrice avait en tête. Il la laissa dévier légèrement le sujet, amusé par son petit commentaire. Son regard glissa vers la pièce lumineuse, ponctuée de sofas rouges et jaunes, tables en verre et multiples objets de distraction qu’il avait effectivement pris soin de choisir.

« Qu’est-ce qui m’a trahi ? Les couleurs ? Les tables de jeux ? plaisanta t-il. J’avoue que j’ai du mal avec les environnements de travail qui me rappellent sans cesse que je suis au travail. Là, c’est mon agence, alors autant que je m’y sente comme chez moi, non ? De toute façon, je suis incapable de faire un truc à la fois, les meilleures idées me viennent souvent quand je fais autre chose en même temps, comme… » Il laissa sa phrase en suspens, le temps de bondir vers son jeu préféré, son bien aimé babywizball « … cette merveille ! Une partie ? Promis, j’essaye de ne pas trop vous écraser » lança t-il, une lueur de défi insolent dans le regard.
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À la correction d'Isaac sur l'épaisseur des menuiseries, Isobel afficha un air peu impressionné. Allons bon, il en fallait plus que cela pour la mettre dans tous ses états... Pourtant, l'archimage paraissait assez fier. Décidément, cela ne faisait que confirmer ses intuitions : les hommes de ce corps de métier étaient étranges et les gens issus de Salisbury l'étaient encore plus. Alors un mélange entre les deux... Au moins, à Salem, on ne trouvait que des gens normaux, à peu près. Et c'était la sorcière vaudou qui disait cela.

- Pas la peine d'être payés pour défendre l'excellence, répliqua Isobel sans perdre de son mordant, il suffit de savoir la reconnaître. Le petit sourire un tantinet arrogant que l'on retrouvait sur ses lèvres était assez typique de Salem, d'ailleurs, qui répétait sans cesse à ses étudiants qu'ils étaient l'élite. Après tout, comme disait souvent l'un de ses anciens professeurs, il suffisait de regarder le cursus universitaire des gens importants du pays... Et on savait s'amuser, aussi. Vous avez déjà entendu parler de notre soirée d'intégration ? Elle est originale, personne ne peut faire mieux !

Accompagnés des étudiants plus âgés, les nouveaux arrivants rejoignaient une plage moldue de l'autre côté de la baie. De là, en plein automne, ils devaient se jeter à l'eau - évidemment glacée et agitée - pour rejoindre une bouée rouge à une vingtaine de mètres de la plage. Arrivé à cette dernière, il fallait plonger pour trouver dans l'océan un grand anneau, qui se situait quelques mètres en dessous. En passant dedans - et en étant un sorcier - on se retrouvait dans la baie coté magique, la baie de Salem La Sorcière. Il fallait encore rejoindre la plage et les grands feux de camp pour pouvoir se réchauffer et valider ce bizutage. Une vieille tradition qui faisait toujours son effet et le bain d'eau glacé était rapidement oublié une fois devant la chaleur des feux, avec la soirée qui commençait. Isobel en gardait presque un bon souvenir - si on exceptait le fait que les vagues l'avaient ramenée trois fois à la plage moldue lorsqu'elle avait dû le faire - surtout du côté "étudiant plus âgés". Elle avait aimé l'université dans son ensemble de toute manière, elle s'y était entièrement épanouie, sûrement pour la première fois de sa vie. Après des années d'errance et de n'importe quoi, elle y avait trouvé un foyer et un peu, une seconde famille, des gens sur qui compter. Même si, avec Madison, ces derniers temps...

Isy avait parfaitement conscience d'être injuste avec son amie, c'est juste que c'était plus fort qu'elle. Elle lui en voulait, de fréquenter Abel et le fait qu'elle vive sous son toit n'aidait pas. Elle avait l'accueillie avec plaisir... au début. C'est juste que le temps était passé et la cohabitation était devenue de plus en plus compliquée pour elle. Isobel était en soi d'un tempérament plutôt solitaire et elle était heureuse dans son appart' avec son chat et sa routine. Cela faisait plus de deux mois que Madison vivait à la maison, dans un petit espace, elles n'avaient même pas de chambres séparées et cela devenait pesant. Si l'on ajoutait à cette situation tendue le fait qu'elle fréquente Abel et bien... On avait toutes les rancœurs d'Isy contre son amie. Elle n'avait rien dit mais ses tensions avaient fini par s'exprimer au travers de son attitude : elle avait demandé à Mad de déménager et cette dernière venait tout juste de prendre un hôtel. Pour être tout à fait honnête, elle se sentait à la fois coupable et soulagée que Madison déménage. Elle espérait qu'un peu de distance leur ferait du bien à toutes les deux même si, clairement, Isobel avait clairement envie de prendre ses distances avec ce qui était aussi la petite copine d'Abel... De toute manière, songeait-elle parfois, elle n'arrivait jamais à rester amie avec les filles au long terme. Il finissait toujours par y avoir des problèmes. Les garçons, pas de soucis mais les filles... Une malédiction qui avait commencée avec ses cousines, assez tôt, puis Mad et Jessica de temps en temps, Sofya et d'autres. Elle n'aurait sûrement pas pu avoir de sœur, contrairement à Isaac !

- Des jumeaux, répondit-elle d'un air songeur. Ça doit être quelque chose, comme relation. Mais je ne pense pas que cela m'aurait réussi, je ne suis pas très famille. Et je suis fille unique. J'ai beaucoup de cousins et de cousines par contre mais... C'est compliqué, aussi.

Mais aussi charmant Isaac Wells soit-il, il était hors de question qu'elle s'attarde sur ce genre de détails. De toute manière, elle n'était pas certaine qu'Abel n'ait pas parlé... Néanmoins, plus ils échangeaient, moins elle avait l'impression que c'était le cas. Il lui semblait que son interlocuteur était assez honnête et ne cachait pas d'informations qu'il aurait pu savoir elle. Il avait beau être le meilleur ami d'Abel, ce dernier s'était peut-être montré taciturne, ce qui n'aurait pas été surprenant venant de sa part... En tout cas, il l'avait au moins emmené à La Nouvelle-Orléans et c'était déjà beaucoup.

- Allez-y à Noël, alors, lança-t-elle en conseil de tourisme. La ville décorée est magnifique. Ou bien à Mardi gras, ajouta-t-elle en français. Si vous êtes fêtard.

Si l'on demandait son avis à Isobel, la ville était magnifique toute l'année même si elle était encore marquée par les stigmates de l'ouragan. Il y avait des quartiers, comme le Carré Français qui avaient été peu touchés et conservaient ce charme désuet si particulier à la ville, si dépaysant. Ce qui pouvait ramener à la réalité en revanche fut le coup d'oeil qu'Isaac jeta derrière elle et, machinalement, Isobel baissa les yeux sur la montre épaisse qu'elle portait au poignet. Ils avaient discuté plus longtemps qu'elle ne l'avait ressenti et l'heure de son rendez-vous chez le Médicomage approchait. Ce dernier lui assurait un suivi assez strict et Isobel ne souhait pas manquer cette rencontre. Pour autant, elle n'avait pas forcément envie de faire cesser cette conversation. Elle se sentait légère, Isaac la faisait rire. Pour la première fois depuis ce qui lui semblait être des siècles, Isobel ne parlait pas de travail, de l'attentat, d'Abel, de sa famille ou de ses problèmes. Isaac ne la regardait pas avec pitié, angoisse ou ne cherchait pas à la faire parler. Il ignorait tout des complications de sa vie et en soi, c'était assez rafraichissant, comme si elle pouvait être avec lui presque une autre personne, plus simple. Elle avait envie d'être cette personne. Elle en avait besoin.

Pour autant, il n'y avait rien de raisonnable dans tout cela car elle ne parlait pas à n'importe qui : elle parlait au meilleur ami d'Abel depuis l'université, à son associé. Elle aurait dû partir en courant. Une voix dans son esprit lui rappelait qu'elle s'était juré de ne plus jamais agir en fonction d'Abel et de l'oublier, une autre lui disait que, pour autant, ce n'était pas la peine de se jeter dans les bras de son meilleur ami. Pourtant, Dieu savait qu'elle le pouvait... Elle le réalisait, elle venait de le voir dans le regard qu'il avait posé sur elle. Il était tout à fait volontaire pour s'engager dans une voie plus pentue, pour continuer cette conversation, pour qu'ils échangent ce genre de regards. Elle aurait avancé droit vers cela, normalement. Elle prenait rarement le temps de réfléchir, dans ce genre de cas. Mais la dernière fois qu'elle n'avait pas réfléchi, elle s'était retrouvée plantée comme une pauvre idiote sur les bords du Mississippi. Isaac était peut-être tentant mais tout en lui criait que c'était une erreur. Et elle avait commis beaucoup d'erreurs, cette année et dans sa vie. Elle avait envie de changer. C'était à regrets, pourtant. Elle répondit à son sourire, secoua légèrement la tête lorsqu'il mentionna les tables de jeux, amusée par son enthousiasme. En temps normal, elle aurait foncé. Foutu Abel.

- Tout, tout vous trahit, répondit-elle avec un peu de malice, pour étouffer son regret. En plus, ils travaillaient ensemble et elle ne mélangeait pas vie privée et vie professionnelle. Et je vous aurai battu avec plaisir au babywizball mais, je ne peux pas. J'ai un rendez-vous important que je dois absolument honorer.

Son sourire était sincèrement désolée, alors qu'elle se levait pour attraper son sac.

- Je vous aurai écrasé, c'est promis !

Mais elle avait décidé de prendre des bonnes résolutions alors...


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