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 Way down we go [Isobel & Abel]

Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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4 novembre 2007

Abel se sentit un peu mal à l’aise en pénétrant dans le couloir que lui avait indiqué l’infirmière, tandis que ses yeux lisaient machinalement les numéros des portes.Trois jours plus tôt, l’hôpital l’avait contacté pour lui confirmer qu’Isobel s’était réveillée, et il avait aussitôt passé un coup de Cheminette à André pour l’en informer. Le vieil homme s’inquiétait tant pour sa petite-fille victime d’un attentat à l’autre bout de l’océan qu’Abel ne serait pas vraiment surpris s’il décidait de débarquer dans les prochains jours en Angleterre pour s’enquérir de sa santé. André avait retrouvé sa petite fille bien aimée depuis à peine un mois, Abel imaginait sans mal le désarroi et la crainte qu’il avait ressenti en apprenant l’évènement. Il l’avait senti dans la voix fébrile du vieil homme, à travers la Cheminette. C’était lui qui s’était chargé de l’avertir, avant que les unes des journaux américains multiplient les titres sur le terrible attentat en plein coeur de la ville de tous les espoirs anglais.

Abel avait attendu quelques jours avant de se décider à venir voir Isobel à son chevet, en utilisant l’excuse qu’il valait mieux la laisser récupérer un peu d’abord. La vérité c’était qu’il était incertain d’être tout à fait à sa place, hésitant sur les mots à dire, assez lâche, finalement. Pourtant, au moment où il avait su qu’elle se faisait opérer, il avait au contraire ressenti une urgence à se trouver près d’elle, et il s’était précipité à l’hôpital. L’attente avait été longue, difficile. Puis Isobel était sortie, plongée dans un sommeil récupérateur, et le seul interlocuteur qu’il avait eu à cet instant était Roy Calder. Une rencontre dont il se serait largement passé, tant cet homme avait un don pour le contrarier. Calder s’était permis cette fois de lui donner son avis sur sa situation avec Isobel, ce que n’importe qui aurait mal accueilli. Ce mafieux était visiblement proche d’Isobel, Abel ne savait pas vraiment comment, il n’avait pas vraiment envie de connaître tous les tenants et aboutissants de cette relation d’ailleurs, mais il était indéniablement proche d’elle. Suffisamment pour connaître sa personnalité, certains de ses secrets, et même son passé avec Abel.

Et c’était bien ce qui troublait et contrariait l’archimage, que cet homme se soit suffisamment bien informé pour avoir raison sur l’avertissement qu’il lui avait donné.

« Je crois pas qu’elle va rester indécise très longtemps, à un moment, bientôt, elle va trancher »
. Une phrase qui n’avait cessé de tourner dans l’esprit d’Abel ces derniers jours. Il avait parfaitement conscience de faire l’autruche, depuis ce fameux soir où il avait embrassé Isobel. Il savait au fond de lui qu’il n’agissait pas de la plus responsable des manières, que cette petite aventure qu’il avait avec Madison n’était qu’une façon de le détourner d’un problème qu’il n’avait pas envie d’affronter. Car oui, ce baiser qu’il avait partagé avec Isobel, c’était un problème. Un réveil parfaitement inattendu de sentiments qu’il pensait enfouis depuis des années, qu’il n’était pas prêt à voir ressurgir, qu’il ne savait pas comment gérer tout de suite, alors qu’il commençait juste à refaire confiance à une femme qui l’avait trahi par le passé.

Le bon sens aurait voulu qu’il ne se sente plus attiré par une femme qui l’avait déjà rejeté, et contre qui il avait nourri de réels ressentiments. Il lui avait pardonné oui, mais tout récemment, leur relation se reconstruisait à peine, elle était toute fragile. Et lui, comme un parfait idiot, s’était laissé emporté par une impulsion et l’avait embrassée, perturbant ce qu’ils peinaient à construire. Il avait craint d’avoir franchi une limite avec elle, et surtout, il n’assumait ni les causes, ni les conséquences de son geste.

Pourtant, il le faudrait bien un jour, avant qu’il ne soit trop tard, avait sous-entendu Calder. Abel détestait l’idée que cet homme pouvait toucher juste, mais il ne pouvait nier une chose : le jour où Isobel avait eu son accident, la crainte qu’elle puisse en mourir avait éreinté son coeur d’une telle force, qu’il ne pouvait plus feindre que leur situation lui convenait. Il n’avait pas envie de devenir un parfait étranger pour elle, et cette situation de non-dits, de malaises et de reproches lui pesait. Ce jour-là, il avait réellement eu peur de la perdre sans qu’ils se soient réconciliés.

Investi de cette nouvelle résolution, Abel frappa doucement à la porte puis attendit patiemment une réaction. Il finit par pousser la porte et avancer dans la pièce, masquant du mieux qu’il put le trouble qui le saisit à voir Isobel alitée.

« Salut. »

Il regretta à cet instant de ne pas avoir pris de petit cadeau, comme les coutumes le voulaient, cela lui aurait permis d’avoir un bon prétexte de conversation. Mais il ne l’avait pas fait, pas parce qu’il n’y avait pas pensé, mais parce qu’il ne voulait pas donner l’impression qu’il comptait sur un cadeau de rétablissement pour rafistoler leur relation qui commençait à se casser la figure. Et parce que, pour être parfaitement honnête, aucune idée de cadeau recevable lui était venu en tête. Des fleurs, des chocolats ou des pâtisseries lui semblaient trop impersonnels, et toutes les autres idées de cadeaux qu’il avait en tête réveillaient bien trop de souvenirs qu’il avait avec elle à son goût. Dans leur situation trouble, c’était sûrement imprudent.

Mais du coup, à réfléchir quoi dire, il commençait à fixer Isobel depuis un peu trop longtemps. Détournant le regard, il se racla la gorge.

« Je viens juste prendre des nouvelles, j’espère que je ne te dérange pas. »


Isobel LavespèreChargée de communicationavatar
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Halloween avait toujours été la fête préférée d'Isobel. Cliché peut-être, pour une sorcière vaudou mais tant pis. La Toussaint, le lendemain, était la fête la plus importante de leur religion, c'était le moment où ils rendaient hommage aux morts, à leurs ancêtres. Il y avait beaucoup de cérémonies à cette occasion, qui réunissaient tout le coven. Toute l'année était réglée par diverses fêtes, de toute manière, de la célébration des Solstices, à la procession des Loas, mais elle préférait Halloween, la nuit dans l'année où les frontières entre les mondes devenaient plus fragiles, où les esprits des morts étaient de sortie. Il fallait également dire que c'était une fête très américaine et qu'à la Nouvelle-Orléans, on savait faire les choses bien pour ce soir là. Après avoir quitté les États-Unis, elle avait continué de la fêter dignement : chez Isobel, plutôt qu'un bonbon ou un sort, c'était le sort directement ou plutôt la blague, parfois de mauvais goût. Roy pouvait en témoigner. Mais cette année, elle l'avait raté.

Elle ne l'avait pas réalisé tout de suite, emportée par le tourbillon de l'attentat, de l'hôpital, des soins et des Médicomages mais elle avait vu la date du jour, ce matin, dans le journal, et elle avait eu un choc. Elle avait raté Halloween. Cela pouvait paraître bête, dit comme ça, ce n'était qu'une fête. Et pourtant, cela l'avait contrariée, comme une chose de plus qui lui avait été volée par cet attentat. Elle avait rajouté cela à la longue liste des griefs qu'elle avait en ce moment et s'était promis de râler auprès de Roy dès que possible sur cet état de faits, chose qui lui faisait étonnamment du bien. En plus, les prêtresses lui avaient laissé des consignes concernant cette Toussaint, des charmes à réaliser et des hommages à rendre, ce qu'elle n'avait pas fait. Elle espérait le faire en rentrant, sans que cela ne se voit trop... Mais elle avait peur que ce retard remette en question l'accord fragile noué avec son coven. Elle n'était pas certaine qu'un attentat soit une justification suffisante aux yeux de sa tante Isadora...

Encore ce matin, elle avait insisté auprès du Médicomage pour qu'il lui donne une date de sortie mais ce dernier refusait de se prononcer, arguant qu'il était encore bien trop tôt, que sa plaie n'était pas guérie et qu'elle devait rester allongée le plus possible. En même temps, songea-t-elle, elle ne pouvait pas aller bien loin. Elle avait besoin de l'aide des infirmières pour aller à la salle de bains et c'était toute une organisation. Elle en revenait d'ailleurs, elle avait pris une douche, on l'avait aidé à se laver les cheveux - elle avait du mal à lever les bras, cela tirait sur son abdomen - et on venait de la réinstaller dans son lit, qu'elle commençait à détester. Elle avait démêlé longuement ses cheveux sombres, éparpillés sur l'oreiller - il fallait bien s'occuper - et elle venait de les nouer en une longue tresse humide qui reposait désormais sur son épaule. Cela avait donc été son activité de la journée. Le reste allait être de l'ennui. Pourquoi personne chez les sorciers n'avait pensé à inventer la télévision ?

Quelques coups frappés à la porte vinrent néanmoins changer la donne et elle se redressa imperceptiblement sur son oreiller, invitant la personne à entrer. Roy n'était pas censé venir aujourd'hui mais peut-être que c'était Logan, voire même Madison ou n'importe qui pour l'occuper un peu. Elle avait pensé "n'importe qui" mais elle ne s'attendait certainement pas à voir Abel passer le pas de sa porte, avec un air indéchiffrable sur le visage. Cette fois-ci, elle se redressa plus franchement sur ses oreillers, malgré la douleur qui cingla son ventre. Elle ne comprenait pas ce qu'il faisait là. Roy lui avait dit qu'il était passé après l'attentat, le jour même, mais elle avait songé que c'était juste pour vérifier si elle était encore en vie. Après tout, même s'ils étaient fâchés, elle n'aurait pas souhaité qu'il lui arrive quelque chose et elle pensait, espérait, que c'était peut-être réciproque. Mais pour autant, il l'avait ignorée depuis des semaines, elle n'aurait pas pensé qu'il puisse faire le déplacement jusqu'ici...

- Salut.

Elle avait le cœur qui battait vite mais elle essaya de ne rien laisser paraître, parce qu'elle n'en n'avait pas envie. Elle ne savait pas quoi penser de sa présence ici et surtout, elle ne voulait pas se faire de faux espoirs. Elle l'avait bien trop regretté la dernière fois. Peut-être venait-il juste lui transmettre un message des prêtresses, vu qu'il était le seul contact qu'elles pouvaient avoir sur place... Ou de son grand-père, de qui elle avait reçu un hibou express hier. Elle ne voulait pas être celle qui s'engagerait dans cette conversation, aussi, elle garda le silence alors qu'il en faisait de même. Elle était redevenue méfiante et distante. Chat échaudé craint l'eau froide...

- Je n'ai pas grand-chose à faire ici, donc non.

Elle n'ajouta rien, concernant les nouvelles. Elle ne voulait pas parler de cet état de faiblesse qui la dérangeait tant. Pas face à lui, parce que la dernière fois qu'elle l'avait fait et qu'elle l'avait laissé approcher, elle s'en était mordu les doigts même pas un mois après. Alors elle garda le silence, sans pour autant cesser de le regarder. C'était lui qui était venu, elle n'allait pas se jeter dans ses bras : c'était à lui de parler.


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Autrefois, Abel était capable de percer les expressions faciales d’Isobel même quand elle faisait tout pour ne rien laisser paraître. Mais il fallait dire qu’à cette époque, il la connaissait réellement par coeur. Entre temps, ils s’étaient éloignés, avaient changé, et Isobel était devenue bien meilleure au jeu du masque de glace. Abel se sentit transpercé par son regard scrutateur, et ses répliques lapidaires. Il se força toutefois à se blinder à son tour, il n’était pas venu pour détaler à la moindre difficulté. Isobel acceptait de le recevoir et lui parler, c’était déjà un progrès comparé aux derniers jours. Leur dernière conversation en date, si on omettait le cadre professionnel, elle lui avait dit d’aller cordialement se faire foutre, ou quelque chose du genre. Il y avait donc de l’amélioration. Ou elle n’avait juste pas la force de se battre contre lui.

C’était possible, la blessure qu’elle avait subie était assez conséquente, Abel la savait arrêtée pour plusieurs jours, voire semaines. Son regard descendit brièvement de son visage à ses bras un peu amaigris. Bien sûr, son corps avait subi des contrecoups, mais compte tenu de ce qui lui était arrivé, elle semblait bien s’en sortir ou en tout cas, bien le surmonter, ce qui le soulagea. Abel s’était attendu à la trouver dans un état plus critique. Il se permit d’avancer de quelques pas supplémentaires puisqu’elle ne le congédiait pas.

« Ca va, les retombées de l’opération ? demanda t-il, un peu maladroitement. Je sais pas si les infirmières te l’ont dit, je suis venu quand j’ai appris que tu te faisais opérer, j’étais à Leopoldgrad aussi. Enfin, j’étais sur place après l’explosion, on a aidé à stabiliser la structure et… Enfin bref, coupa t-il, en se faisant intérieurement la réflexion qu’elle n’avait peut être pas envie de revenir sur les détails cette journée funeste. Quand ils t’ont prise en charge, ils m’ont dit que c’était assez sérieux. »

Pourquoi n’arrivait t-il pas juste à dire qu’il s’était fait un sang d’encre pour elle ? Qu’il n’en avait pas dormi, même une fois rentré avec la promesse du personnel de l’hôpital qu’on le tiendrait au courant quand elle se réveillerait ? Qu’il frissonnait encore à l’idée qu’il aurait pu la perdre sans aucune autre forme de procès ce jour-là ? Mal à l’aise, Abel croisa les bras sur son torse, concluant :

« Après j'ai su que l'opération s'était bien passée. Je... voulais juste vérifier si ça allait pour toi. »


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Isobel était mal à l'aise avec Abel dans la chambre. Elle croisa ses bras sur sa poitrine pour se donner une contenance et comme pour instaurer une distance entre eux, le décourager d'approcher vraiment. Elle refusait de spéculer sur sa présence ici, de se dire, d'espérer, qu'il était vraiment venu la voir parce qu'elle refusait de vivre encore une déconvenue. Elle avait bien compris qu'elle n'avait plus grand-chose à attendre de cette relation, si ce n'est d'horribles torsions au cœur à chaque fois qu'elle  pensait. Pour autant, il avança quand même et elle se tendit. Si elle avait pu, elle se serait levée pour aller se mettre de l'autre côté de la pièce, comme pour trouver refuge dans cette distance entre eux. Mais elle était coincée dans son lit, nerveuse, et sa main droite serrait la manche de son t-shirt rose pâle. Même quand il prit la parole, maladroitement, elle ne comprit pas vraiment pourquoi il était ici. Elle ne voulait pas parler de l'opération ou de l'attentat, avec personne, et encore moins avec lui. C'était ce qu'elle se disait. Et pourtant, une autre partie d'elle, celle qui avait envie de pleurer quand elle le voyait dans les couloirs du Ministère, avait juste envie qu'il la serre dans ses bras, et que tout soit oublié, et qu'ils ne soient pas fâchés et de trouver un peu de réconfort auprès de lui, comme si tout allait bien. Elle avait pensé à lui, et à Michelle, après l'opération, ces derniers jours, avait pensé à des souvenirs heureux qui lui réchauffaient le cœur et lui tordait le ventre en même temps. Mais quand elle rouvrait les yeux, Michelle était morte et Abel était loin. Et ces deux sentiments se battaient dans son esprit et la tendaient encore plus, même quand il était devant elle. Surtout parce qu'il était devant elle. Même sa réponse à sa question fut teintée des deux sensations.

- Roy me l'a dit.

Elle ne baissa pas les yeux, quand bien même elle avait juste envie de cacher sa tête sous son oreiller.

- Ça ira, finit-elle par dire, presque à regret : elle aurait voulu ne pas répondre à sa question. Mais je ne vois pas pourquoi ils t'en ont parlé à toi.

Ils n'étaient pas de la même famille. Ils n'étaient même plus amis. Il ne la regardait même plus. Ce souvenir de lui se détournant au Carré, comme s'il ne s'était rien passé, comme si elle n'existait pas, se superposa à celui du violent chagrin qui l'avait saisie au moment où la porte de son appartement s'était refermée sur lui et Madison, et une vague de tristesse s'empara d'elle, encore une fois. Mais c'était un sentiment qu'elle ne savait pas gérer, qu'elle n'avait jamais su gérer et ce brusque sentiment de malheur fut l'étincelle de sa colère. Encore une fois. Quand il affirma qu'il voulait vérifier si tout allait bien pour elle, elle secoua la tête de droite à gauche avant de détourner le regard pour le poser sur le mur. Sa voix tremblait sûrement un peu quand elle prit la parole mais elle ne pleurait pas. Ses mains étaient encore plus crispées sur le tissu doux de son t-shirt.

- Parce que ça t'intéresse, désormais ?

Il s'en était fichu, de savoir comment elle allait, quand il l'avait plantée devant le Mississippi ce soir de septembre. Il s'en était fichu, après lui avoir fait comprendre qu'il ne voulait plus lui parler. Il s'en était fichu et pire que ça, il avait jeté volontairement du sel sur la plaie, en sortant avec Madison. Il l'avait abandonnée, la chose qui l'avait le plus terrifiée au monde dans son adolescence, la chose qui l'avait fait partir de la Nouvelle-Orléans. Et il s'en fichait.


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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Sans qu’il ne puisse s’en empêcher, les traits d’Abel se crispèrent légèrement à l’évocation de Roy. Evidemment, il lui avait dit. Il était sûrement venu la voir, plusieurs fois, puisqu’ils avaient l’air proches. Abel enviait rarement les autres, il était assez bien dans sa peau, pas forcément très sociable, mais il n’y voyait aucun problème. Pourtant, à cet instant, il se sentit jaloux comme il l’avait rarement été de cette proximité entre cet homme et celle qui avait été son ancienne meilleure amie. Il avait compris qu’ici, c’était Roy qui jouait ce rôle d’ami et de soutien pour elle, probablement depuis des années, vu comme il avait l’air de bien connaître la personnalité d’Isobel. La distance et la tension qui régnait entre elle et Abel lui en parut alors d’autant plus grande et douloureuse.

Mais il s’efforça de ne faire aucun commentaire, et ravaler ses sentiments mal placés. Après tout, c’était en bonne partie de sa faute s’ils en étaient là aujourd’hui, alors que deux mois plus tôt, à la Nouvelle-Orléans, ils étaient prêts à reconstruire une relation. Malheureusement, Abel avait détruit les bases du chantier à peine débuté, et Isobel avait achevé de l’enterrer. La façon dont elle lui répondit montrait sa défiance. Mal à l’aise, Abel répondit à la première partie de sa réponse :

« Tant mieux. Puis ajouta, maladroitement : Ils ne laissaient rentrer que la famille, j’ai du attendre pour avoir des nouvelles. »

Le ton Isobel sonnait accusateur à ses oreilles, alors il se sentait obligé de se justifier, ce qui prouvait bien que son ego s’était aplati quelque part. Abel s’efforça de le garder bien terré, histoire de ne pas faire capoter tous les efforts que lui avaient demandé le fait de venir se présenter devant elle, malgré leur dernière rencontre catastrophique. Ne pas se vexer de son ton, surtout, ne pas se vexer de son ton…

Ton qui confirma son accusation, dès la réplique suivante. Il ne l’avait pas volée celle-là, il voulait bien le reconnaître. Il s’était attendu à entendre quelque chose de ce genre, à un moment ou à un autre. Calder lui avait dit exactement la même chose, d’ailleurs, se rappela t-il avec une certaine ironie. Il aurait pu répondre à Isobel avec le même sarcasme qu’il n’était pas un connard au point de se ficher qu’elle soit en vie ou non, mais il ne le fit pas. Il s’était promis de tenter de repousser tout sentiment négatif, pour que cette rencontre se passe mieux que la précédente. Il espérait que de l’eau avait coulé sous les ponts entre temps, mais à peine, visiblement. La tension était encore bien présente et palpable. Si Isobel ne le jetait pas dehors, c’était probablement parce qu’elle n’en avait pas l’énergie.

Après un certain silence, Abel baissa brièvement les yeux, reprenant la parole d’un ton plus bas :

« Tu as le droit de m’en vouloir, j’ai pas été… très correct avec toi, reconnut t-il, le coeur battant un peu plus vite quand il releva le regard sur elle. Ce n’est pas pour autant que je me moque de ton sort, Isobel. J’étais soulagé que tu t’en sois sortie. »


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Isobel avait envie de crier. Au milieu de tout ce chaos dans sa poitrine, de toute cette tristesse latente, elle était en colère. Elle avait envie de hurler, de décharger toute l'agressivité qui couvait en elle sur lui, de le secouer jusqu'à ce qu'il ressente ce qu'elle ressentait. La simple présence d'Abel dans la pièce tendait tous ses muscles et elle n'arrivait pas à se détendre, à se calmer. Elle était en colère contre lui. Elle n'avait jamais su gérer son agressivité. Les choses montaient, montaient et explosaient en dévastant tout sur son passage. Isobel pouvait se donner des grands airs autant qu'elle le voulait, passer pour quelqu'un de froid, de distant, au fond d'elle couvaient des orages et elle pouvait s'enflammer sans que rien ne l'ait prédit. Ses mains étaient tellement crispées qu'elles auraient pu déchirer le tissu fin de son t-shirt. La tête tournée vers le mur, elle serrait les dents. Elle voulait qu'il s'en aille. Sa présence ici n'arrangeait pas les choses, elle se sentait encore plus mal. Le voir ici réveillait tous les sentiments malheureux qu'elle avait ressenti en octobre et qui étaient passés au second plan avec l'attentat. Elle ne comprenait pas la raison de sa présence ici. Il avait eu de ses nouvelles, il était venu le jour de l'explosion. Alors quoi ? Que voulait-il ? Se faire passer pour le gentil qui dépassaient leurs différends tandis qu'elle restait la pauvre hystérique qui avait envie de lui hurler dessus ? Se donner bonne conscience ? Elle n'était pas un acte de charité. Et elle ne faisait pas les choses à moitié. Il avait décidé de l'ignorer ? Très bien. Mais qu'il ne recroise plus sa route. Elle ne faisait pas dans le chaud-froid.

Elle aurait voulu avoir l'énergie de lui dire tout cela. Elle aurait voulu être d'une implacable détermination pour lui dire de s'en aller. Elle aurait voulu être plus forte, plus solide face à lui qui faisait trembler toutes les fondations de sa vie. Elle voulait être la elle adulte, pas l'adolescente qui pleurait en pensant à lui. Elle détestait ce chagrin qui lui perçait le cœur, elle détestait le fait qu'elle soit incapable de le regarder sans avoir envie de fondre en larmes, surtout aujourd'hui. Elle détestait l'envie qu'elle avait au fond d'elle d'être juste dans ses bras pour oublier tout ce qui venait de se passer. Elle détestait celle qui avait besoin de réconfort. Elle voulait être détachée et l'avoir ici n'aidait pas à cela. Elle avait décidé de le sortir de sa vie et qu'il revienne ainsi, qu'il prétende s'inquiéter pour elle n'allait sûrement pas aider. Elle avait toujours les yeux fixés sur le mur, incapable de tourner la tête. Heureusement pour elle, Abel avait agi horriblement avec elle ce qui lui donnait la colère nécessaire pour poser les distances entre eux. Il y a seize ans, elle n'en n'avait pas été capable. Elle passait sa vie à le pardonner, à taire les reproches qu'elle avait pour lui. Elle avait été incapable d'exiger de lui l'attention qui l'aurait aidée à se sentir bien. Elle n'avait pas été assez en colère pour se défendre elle-même. Cette fois-ci, les choses étaient différentes. Quelques mots maladroits vinrent vite lui rappeler cet état de faits.

Elle eut un rire mauvais et secoua la tête lorsque Abel lui concéda le droit de lui en vouloir. Mais quel grand seigneur ! Qu'aurait-elle fait, sinon ? Elle se serait retrouvée bien bête, sans sa permission. Non, parce que, il n'avait pas agi comme un fils de femme de petite vertu, non non. Il n'avait pas été très "correct". Quelqu'un n'était pas correct quand il ne retenait pas l’ascenseur. Quelqu'un n'était pas correct quand il oubliait de prévenir que la réunion était annulée. Quelqu'un n'était pas correct quand il ne classait pas les dossiers dans le bon ordre avant de les rendre. Abel, lui, avait été un enfoiré. Un enfoiré pas correct. Elle était soufflée par tant d'estime de lui-même. Il n'avait pas été très correct mais elle avait le droit de lui en vouloir, parce qu'il était plein de mansuétude. Il n'avait pas été très correct mais bon, il venait se donner la conscience tranquille en faisant sa petite visite de charité à l'hôpital. Mais quel cognard ! Isobel ne sut pas ce qui la retint de déverser un flot d'injures à son encontre, de lâcher tout ce qu'elle avait sur le cœur. Parce que bon, monsieur était soulagé qu'elle s'en soit sortie. Ah bah oui, parce qu'il n'aurait pas été très correct de dire le contraire. Et puis bon, si elle était morte alors qu'il n'avait pas été correct avec elle, il aurait sûrement été contrarié. Une tâche dans sa petite liste de petit garçon parfait. Maintenant, il pouvait repartir la conscience tranquille, il avait fait son mea culpa et elle n'était pas morte, il avait son aller simple pour le Paradis.

- Bah parfait alors. Merci de t'être donné la peine de venir jusqu'ici, ça a dû être difficile pour toi de te contraindre à m'adresser la parole. En plus, je prends sur ton temps avec Madison, tu m'en vois désolée, ce n'est pas très correct. Enfin, au pire, mon appart' est libre maintenant, fais toi plaisir. Pas de culpabilité à avoir, tu vois, je suis vivante. Perds pas les mauvaises habitudes, tourne les talons. Tu le fais très bien, je m'en rappelle.


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Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Abel n’était pas un grand spécialiste de la lecture des auras, mais il n’y avait pas besoin d’être une grande prêtresse vaudou pour voir que celle d’Isobel venait de considérablement s’assombrir. Il ressentit le même sentiment d’alerte que la dernière fois, sur le pas de sa porte, lorsqu’il l’avait sentie bouillir de douleur et de rage. Sauf qu’à ce moment-là, il s’était un peu attendu à ce retour de bâton. Mais là, ne venait t-il pas de dire quelque chose d’à peu près gentil ? De reconnaître une partie de ses torts, de dire qu’il s’était inquiété pour elle et qu’il était content qu’elle aille mieux ?

Il ne comprenait pas ce qui, dans ses paroles, mettait Isobel autant en rage pour qu’elle lui déverse un tel flot de sarcasmes acérés. Tous ceux qui côtoyaient Abel savaient une chose à son propos : c’était difficile de l’atteindre, et ce n’était pas une façade, comme ces gens qui se dressaient un masque face aux autres. Non, il s’agissait tout bonnement de sa personnalité : il prêtait réellement peu d’attention à ce qu’on pouvait dire de lui, sa sensibilité était avant tout intellectuelle, ses réactions passaient en général par le moulin de sa raison, avant les émotions, ce qui lui permettait de se préserver et d'avoir du recul dans les situations délicates. Abel n’était pas quelqu’un qu’on pouvait qualifier d’impulsif ou de vulnérable, c’était même l’exact contraire.

Et pourtant, en six phrases, il eut la sensation qu’Isobel venait de toucher six cibles éparpillées en lui, avec la précision d’un archer professionnel. Elle sut exactement quoi dire pour attiser la culpabilité en lui, titiller son amour-propre et même réveiller un bref sentiment de désemparement. Lui qui était venu dans l’espoir que la colère d’Isobel s’était un peu apaisée entre temps, même légèrement, pour leur permettre de discuter de ce qui les rongeait, le voilà qui tombait de haut. Elle lui en voulait autant, si ce n’était plus qu’avant. Et là, tout de suite, il ne savait pas vraiment quoi faire. Il voyait à présent à quel point il s’y était mal pris avec elle, et face à autant de rejet de sa part, autant de fureur, il doutait qu’il puisse rattraper quoique ce soit.

Un constat qui lui fit mal, surtout quand il songeait à toutes les difficultés qu’ils avaient surmontées avant d’être à nouveau capables de passer des moments positifs ensemble. Ils avaient même réussi à se pardonner mutuellement, ou du moins, c’est ce qu’il avait cru. Abel ne lui avait pas encore complètement pardonné, il s’en rendait compte, maintenant. Car, qu’est-ce qui l’empêchait d’assumer un geste aussi banal qu’un baiser, si ce n’était ce lourd passif entre eux, chargé de rancoeurs, qu’ils pensaient avoir évacué ? Fuir, refuser d’assumer ses gestes ou ses sentiments, c’était quelque chose qui ne lui ressemblait absolument pas. Abel n’avait tout bonnement jamais agi de la sorte. On le connaissait pour son tempérament franc, sa façon qu’il avait d’aller à l’essentiel, quitte à manquer de tact, ses prises de position exprimées avec simplicité, l’aura de force tranquille qu’il dégageait. Il n’était vraiment pas le genre à se défiler face à ce qu’il pensait ou ressentait.

Forcément, ces derniers jours, il ne se reconnaissait pas. Il avait la réaction d’un adolescent maladroit et mal à l’aise avec ses propres envies, c’en était presque ridicule. Mais c’était plus fort que lui. Il faisait un véritable blocage. De la même façon qu’Isobel le repoussait loin d’elle en bloc, Abel rejetait avec force tout ce qui semblait lui indiquer une éventuelle attirance pour elle. Une réaction qui trouvait ses racines profondes dans le terrible sentiment d’abandon qu’il avait connu pendant des années, après son départ brutal. Il s’était senti dupé, trahi, brisé, même, c’était une période qui l’avait marqué au fer rouge et qu’il n’aimait pas se rappeler car il lui avait fallu plusieurs années pour se reconstruire ensuite. Il n’avait jamais mis tous les mots qu’il aurait fallu mettre dessus, et qui l’auraient peut-être aidé à en guérir.  Cette période de sa vie se manifestait par une boîte de Pandore dans son esprit, soigneusement rangée et verrouillée, mais lorsque par malheur elle s’entrouvrait… Eh bien, elle libérait tout ce qu’Abel avait enfoui, lui donnant la sensation d’une chape qui le recouvrait tout entier. L’appréhension d’être à nouveau abandonné, la crainte d’accorder sa confiance à tort, l’angoisse de s’investir émotionnellement sans retour, le refus de se faire encore avoir.

Et tout cela avait rejailli après ce baiser, ce tout petit baiser qui n’avait l’air de rien, comme ça, qui n’aurait même pas du être un problème.

Abel n’avait pas fait le moindre geste, et pourtant il tremblait de tout son être intérieurement, contenant péniblement tout ce qu’il aurait aimé jeter à la figure d’Isobel, de la même façon qu’elle. Mais il n’allait pas le faire. A quoi bon ? Ils n’allaient pas se comprendre, c’était fichu, fini. Il l’avait blessée le premier, de façon visiblement irrémédiable, et elle venait de le blesser en retour. Dans une telle situation, rien de bon ne pouvait sortir de cet échange. Il se sentait désolé face à tout ça, déçu, heurté, bouillonnant, mais ce fut surtout son amertume qui transparut lorsqu’il prit enfin la parole :

« Je vois. Gros discours, tu aurais pu te contenter de dire que je suis un gros cognard, ça aurait été plus rapide. »

Il était venu dans l’idée de faire quelques efforts, tenter d’arranger les choses, mais elle l’acculait par ses regards, ses mots, par son être tout entier qui semblait vouloir le faire sortir de cette pièce. Elle l’accusait de choses qui ne lui avaient même pas traversé l’esprit -profiter de son appartement avec Madison, franchement ?- elle ne donnait pas un gramme de crédit à l’inquiétude qu’il lui exprimait, elle prenait même soin à le faire passer pour une espèce de goujat dénué de tout intérêt pour elle et ravi d’enfoncer le couteau dans la plaie.

« Peu importe ce que je peux dire, tu vas prendre ça pour de la justification mal placée. Après tout, même quand je te dis que je me suis fait du souci pour toi, tu ne me crois pas… Oui, c’était difficile pour moi de venir ici, parce que j’avais peur de parler à un mur, et j’avais raison, on dirait. »

Ce n’était probablement pas du tout la bonne chose à dire, mais les mots avaient échappé à Abel, d’une façon relativement soft, car il avait encore un filtre à peu près solide sur ce qu’il disait. Pour le moment.


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Isobel gardait les bras ostensiblement croisés sur sa poitrine comme si cela était une barrière suffisante, comme si cela pouvait l'isoler d'Abel. Au vu de son esprit agité et de son tourment, ce n'était pas vraiment efficace mais elle n'arrivait pas à arrêter, tellement elle était crispée par cette présence dans sa chambre. Ils étaient revenus six mois en arrière, quand elle était venu frapper à sa porte en pleine nuit parce que sa mère était arrivée en Angleterre. Non, même pire. Ils étaient revenus un an en arrière, quand ils s'étaient vus aux Folies Sorcières et qu'ils avaient craché les pires horreurs du monde. C'était comme si rien n'était arrivé entre-temps, aucune amélioration, comme s'ils n'avaient pas passé trois semaines heureuses à la Nouvelle-Orléans, à parler, à rire, à échanger sincèrement avec l'autre. Cela n'avait été qu'une illusion, un sursis, une bêtise, elle ne savait pas trop. Mais c'était oublié, saccagé, tout était gâché. Ce n'était pas ce stupide baiser qui avait tout gâché, c'était la suite. C'était quand Abel s'était détourné, c'était sa relation avec Madison, c'était le fait qu'il n'ait même pas eu un mot gentil pour elle. Elle aurait pu entendre qu'il ne voulait pas en parler ou que c'était une erreur. Elle en aurait été peinée mais elle s'y serait fait. Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'ils continuent ce lien qu'ils avaient débuté. Elle voulait être son amie. Elle avait espéré l'être. Et elle l'avait attendu, elle avait entendu un mois un signe de lui, comme une pauvre idiote qui n'avait rien compris. Ce qui avait tout gâché, c'était qu'il n'avait pas même essayé de maintenir ce lien entre eux.

Plus elle y pensait, plus elle avait l'impression que c'était une vengeance pour tout ce qui était arrivé il y a seize ans. Ils n'étaient pas passés à autre chose, ils avaient été stupide de croire le contraire. Peut-être que c'était inconscient, peut-être qu'Abel n'avait pas prémédité tout cela mais les faits étaient là. Il avait cessé brusquement de lui parler, ils avaient noué une relation et il s'était détourné. L'écho était bien trop flagrant pour qu'elle ne le voit pas. Il lui en voulait encore et c'était le meilleur moyen de lui faire payer. Et il avait bien raison, c'était extrêmement douloureux. Mais elle, quand elle était partie, elle n'était pas revenue remuer le couteau dans la plaie en se pointant devant lui quelques fois avant de repartir de nouveau. C'était forcément à cause de sa fuite, c'était ce qui planait au dessus d'eux. Même chez elle, si elle souffrait tant de la situation, c'était parce qu'il y a seize ans, elle s'était déjà sentie terriblement abandonnée et délaissée par Abel. Il lui avait brisé le cœur, à petit feu, à chaque fois qu'il repartait, à chaque fois qu'il annulait parce qu'il avait du travail, à chaque fois qu'il ne rentrait pas, à chaque fois qu'il parlait de ses projets d'avenir, dans d'autres villes, à chaque ami qu'il mentionnait, chaque fête, chaque pierre de la vie qu'il était en train de bâtir loin d'elle. Elle était partie pour arrêter de souffrir de tout cela, pour se bâtir une vie à elle aussi et ne pas rester en arrière, pauvre idiote amoureuse. Elle voulait devenir indépendante, plus forte et surtout, ne plus jamais dépendre de quelqu'un, attendre l'affection de quelqu'un. Pour finir en larmes dans son salon seize ans plus tard précisément pour ces raisons là. Abel n'avait pas été la seule cause de son départ. Mais il avait été celui qui lui avait donné l'impulsion de le faire.  

- T'inquiètes pas, je le pense.

Comment en étaient-ils arrivés là, dans le fond ? Là, à se jeter encore des méchancetés, à être si en colère ? Ils s'étaient aimés, il y a longtemps. Véritablement, vraiment. Ils avaient été amis, profondément amis. Ils avaient passé leur enfance tellement liés, ils étaient tous les jours ensemble, à chaque sortie d'école, chaque week-end, chaque moment de libre. Il avait été son meilleur ami. Abel avait été la personne la plus importante pour elle la moitié de sa vie. Elle avait été amoureuse de lui en grandissant mais au delà de ça, elle l'avait aimé plus que tout. Et ils en étaient là. Ce constat, par dessus tous les autres, était ce qui la rendait la plus triste et amère. Elle avait cru pouvoir arranger les choses en septembre, elle avait cru que peut-être, sa fuite n'avait pas tout gâché, que peut-être, elle pourrait retrouver avec lui une relation qui la rendait moins malheureuse qu'à l'adolescence. Mais elle s'était trompée. Tout était gâché. Et au final, cela ne datait même pas d'aujourd'hui, de Madison, de ce baiser, même pas de sa fuite, même pas de son départ à l'université. Tout était gâché parce qu'ils avaient grandi. Ils n'étaient plus ces enfants qui s'étaient tant aimés, ils étaient devenus ces adultes amers qui avaient tout ruiné. Isobel baissa les yeux, ferma les paupières l'espace d'un instant. Elle aurait voulu tout oublier et que tout ne soit jamais arrivé. Plutôt que de perdre Abel, une seconde fois, elle aurait préféré ne jamais le rencontrer. Cela ne s'arrangea pas quand il reprit la parole, la faisant de nouveau passer pour une hystérique, comme si elle en faisait trop. Évidemment, il n'avait rien fait de mal, il n'avait juste pas été correct.

- Et ça t’étonne, Abel ? Tu pensais quoi ? Qu’après tout ça, j’allais te tomber dans les bras comme si de rien n’était ? C’est toi qui a manœuvré les choses comme ça, pas moi.

Elle, elle aurait pu tout entendre, même qu'il ne voulait pas d'elle sur ce plan là. Elle avait attendu un signe de lui pendant un mois tout entier, quand il voyait déjà Madison. C'était Abel qui l'avait embrassée. C'était Abel qui l'avait laissée. C'était Abel qui sortait avec sa meilleure amie sous son toit. Tout ce qu'elle avait fait, c'est réagir pour se protéger de tout cela. Tout ce qu'elle avait fait, c'était reculer de toutes ses forces pour essayer de s'en sortir.


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Brusquement, Abel se sentit téléporté des mois en arrière, lorsque parler à Isobel se résumait à échanger le plus de méchancetés et de piques possibles. Tous les efforts, toutes les étapes par lesquelles ils étaient passés pour en arriver à apaiser leur relation, jusqu’à même se sentir complices quelques brefs moments, tout cela était réduit en poussière. Ils ne se comprenaient pas, c’était ça le problème. Ils ne se comprenaient pas du tout.

Ce constat le frappa quand Isobel l’accusa d’avoir « manoeuvré les choses ». Manoeuvré ? Croyait t-elle qu’il avait tout calculé pour les faire arriver là aujourd’hui ? Que cette situation complexe lui faisait plaisir et qu’il s’en félicitait secrètement ? Ce raisonnement lui était complètement opaque. Abel n’était même pas certain de bien saisir ce qu’elle voulait dire par là, mais il n’en fut pas moins heurté. Il avait agi de bien des façons avec elle, tantôt brutal, tantôt attentif, et aujourd’hui lâche. Mais jamais, à aucun moment, il n’avait été manipulateur, et il lui semblait que c’était clairement ce dont elle l’accusait. L’indignation lui fit hausser le ton :

« Manoeuvré ? Tu es sérieuse ? »

Perplexe, blessé, son regard était fixé sur Isobel, comme en quête d’une explication qu’il n’obtiendrait probablement pas. Il n’était même pas sûr de vouloir savoir. Cette conversation était vouée à l’échec, c’était clair maintenant. Elle s’était braquée dès le départ, et lui commençait à réagir de la même façon. Il sentait l’agacement, le sentiment d’incompréhension lui monter à la gorge. Il ne comprenait pas ce qu’Isobel avait dans la tête à son propos, et il se sentait incompris de la même façon. Elle n’avait aucune idée de ses dilemmes intérieurs, Face à cette situation, la meilleure réaction aurait été de temporiser, d’expliciter sa manière de voir les choses et ce qu’il ressentait depuis le départ, il s’était promis de le faire, oh il s’était promis d’essayer, au moins. Mais les belles phrases qu’il avait préparées dans sa tête ne sortaient pas. Face à la posture fermée, offensive d’Isobel, il prenait la pleine mesure du malentendu qui se dressait entre eux, et qui lui paraissait à cet instant comme un véritable mur, bâti sur les bases de fausses interprétations et incompréhensions mutuelles.

« Je ne sais pas ce que tu t’imagines mais je ne suis pas un sombre manipulateur. La tournure des évènements m’échappe à peu près autant qu’à… »

Le « ce moment-là à la Nouvelle-Orléans » resta muet dans sa gorge. Il prit une brève inspiration puis changea d’angle d’approche :

« Ecoute, je connais Madison depuis des années, je n’avais aucune idée du lien entre vous. Je suis désolé du malentendu que ça a créé. Quant à toi et moi, j’avais besoin de prendre du recul et réfléchir, alors j’ai été distant, c’est vrai. Et comme tu n’es jamais venue vers moi non plus, j’ai cru que c’était la même chose pour toi. »

Finalement, il avait réussi à sortir une partie de ce qu’il avait prévu de dire, peut-être pas avec les mots les mieux choisis, cela dit. Priant pour qu’il n’ait pas commis d’autre maladresse, Abel évaluait Isobel du regard, tous ses muscles tendus.



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Isobel luttait, faisait mine de rien, mais elle avait envie de pleurer. La profonde fatigue, la douleur, le traumatisme de l'attentat, tout cela était présent depuis des jours et des jours et quand Abel venait jusque dans sa chambre d'hôpital pour élever la voix contre elle, c'était pire. Elle avait senti ses yeux s'humidifier, avait commencé à triturer le drap de son lit et avait baissé la tête. Elle ne pleurerait pas. Elle refusait de pleurer. Elle en avait marre de pleurer. Mais elle était à fleur de peau, endolorie, effrayée, choquée, triste. Elle avait besoin de repos, d'être entourée de personnes qui ne lui donnaient pas de raisons supplémentaires d'éclater en sanglots. Elle avait beau avoir demandé deux fois, elle ne comprenait toujours pas ce que Abel faisait là. Il était venu constater qu'elle était en vie, et bien, c'était fait. Un simple appel à l'accueil de l'hôpital aurait pu suffire. Quel était le malin plaisir qu'il prenait à rester là, à remuer le couteau dans la plaie comme ça ? Il affirmait qu'il n'était pas un sombre manipulateur, elle voulait bien le croire, mais au fond, qu'est-ce qu'elle en savait désormais ? Ils ne se connaissaient plus. Ils ne se reconnaissaient plus. Elle n'aurait jamais pensé qu’il puisse agir ainsi, qu’il puisse se comporter de cette manière là avec elle. « La tournure des évènements m’échappe à peu près autant qu’à… » Qu’à elle ? Alors que c’est lui qui avait pris toutes les décisions et qu’elle n’avait fait que l’attendre, comme une pauvre idiote ?  Elle refusait de le croire. Il avait fait ses choix, qu’il les assume, qu’il ne vienne pas ensuite derrière essayer de minimiser sa colère, sa colère légitime.

Surtout que, si c’était ce qu’il était venu faire, il s’y prenait très mal. Isobel prit comme un coup supplémentaire le fait que Madison et lui se connaissent depuis des années, comme un reproche sous-jacent de sa propre absence durant ces mêmes années. Qu’il n’ait aucune idée du lien entre elles ne changeait rien, quand on y pensait bien, la démarche était la même. Il la plantait, comme ça, sans explications, il l’ignorait après trois semaines à être - à prétendre être - son ami parce qu’il était trop occupé à voir une autre fille et sûrement parce qu’il se fichait de tout cela. Et puis, ce n’était qu’un malentendu, qu’il disait. Elle sentit ses yeux s’humidifier un peu plus. Non, ce n’était pas violent et blessant et cruel. Cela ne lui avait pas explosé le coeur brusquement, sans qu’elle ne s’y attende. Cela ne l’avait pas fait pleurer plusieurs fois. Cela ne lui donnait pas cette sensation horrible de froid au creux de l’estomac, de retournement dans la poitrine, de plaie quelque part. C’était un malentendu. Ce n’était juste pas correct. Ce n’était rien de grave, n’est-ce pas ? Elle avait la gorge serrée, comme si les mots étaient coincés dedans. Elle n’aurait même pas su quoi dire, finalement. C’était inutile, Abel ne réaliserait jamais. Elle le sentait maintenant, ce qu’elle avait tant pris à coeur pendant un mois, ce qui la blessait si fort, ce qui la rendait si malheureuse, pour lui, ce n’était rien. Il l’avait vu, pourtant, son chagrin, elle savait qu’il l’avait vu ce soir-là où il était venu chercher Madison, il l’avait vu parce qu’elle avait été incapable de le cacher. Mais il venait jusque dans sa chambre d’hôpital, pour dire que ce n’était rien. Il ne réalisait même pas à quel point il accentuait son chagrin en faisant cela, en venant le nier. « Parce que tu m’aurais fait rester. » C’était ce qu’elle lui avait dit, pour expliquer son départ sans un mot. C’était vrai, elle n’avait rien dit, parce qu’il l’aurait fait rester à la Nouvelle-Orléans, en ne comprenant pas qu’elle puisse y être si malheureuse, si désespérée. Il l’aurait convaincue de prendre sur elle. Inconsciemment, peut-être, il aurait nié tout cela parce qu’il n’aurait pas eu envie de le voir, envie d’admettre que, peut-être, il y était aussi pour quelque chose dans ce malaise. Que, peut-être, leur relation n’était pas si parfaite, leur vie là-bas, si idéale. C’était la même chose, cette fois-ci. Devant ce constat, Isobel se retrouva désemparée et, au fond, immensément malheureuse. Elle prenait tout trop à coeur. Cela le lui avait brisé. Deux fois.

Au final, elle pouvait se retrancher derrière la colère parce que c’était plus facile, qu’elle avait l’impression d’être plus forte en étant agressive, plus solide, plus apte à encaisser les chocs. Mais, dans les faits, elle était simplement et pitoyablement triste. Sans même savoir pourquoi, presque contre son gré, elle sentit sa rage se dissiper pour ne laisser qu’une grande lassitude et du chagrin, comme la mer qui se retirait du sable. Elle n’avait pas relevé les yeux, elle avait trop peur de pleurer sinon. Elle fixait un point sur sa couverture, une petite tache sombre un peu délavée. Elle se sentait seule à cet instant. Elle se sentait souvent seule, de toute manière. Elle le compensait en sortant beaucoup, en rencontrant plein de gens, en riant très fort des fois. Mais cela ne suffisait pas toujours. Quand elle allait bien, c’était assez et elle était heureuse. Et puis d’autres fois, quelque chose venait lui rappeler tout cela, ces souvenirs cachés sous le tapis, ces angoisses qu’elle pensait résolues et elle se sentait toute seule. Abel, face à elle, qui lui parlait de malentendu pour désigner le fait qu’il l’ait rendue si triste, qui lui parlait de comment il lui avait tourné le dos, la faisait la sentir plus seule que jamais. Mais non, corrigea-t-elle dans sa tête. Il ne lui avait pas tourné le dos. Il avait été distant. Quelque part, songea-t-elle juste après, il aurait dû faire de la communication. Il avait tous les éléments de langage. Que ce soit de l’euphémisme ou du cynisme, il était doué. Et elle, elle se taisait. Elle aurait voulu qu’il comprenne dans son regard fixement baissé, dans sa posture, qu’il comprenne qu’il devait s’en aller et la laisser seule. Qu’il comprenne qu’il n’avait pas le droit de la rejeter comme ça, qu’il n’avait pas le droit de la blesser comme ça puis de revenir, un jour où elle ne pouvait pas l’éviter, un jour où elle était vulnérable, juste pour se soulager sa culpabilité à lui. Il n’avait pas le droit de se servir d’elle comme ça. Pas le droit. Une larme perla à ses yeux. Elle cligna très fort des paupières.

- T’as pas été distant. Sa voix tremblait un peu. T’as tout abandonné. Quelque part, elle aurait voulu dire qu’il l’avait abandonnée elle mais elle n’y parvint pas, parce que articuler ces mots-là aurait été presque plus blessant que de les penser. Et même si c’était un malentendu, quand tu as découvert que Madison vivait chez moi, que c’était mon amie, ça n’a rien changé pour toi.

Et à chaque fois qu’ils se voyaient, elle le savait. Les Patronus d’Abel pour Madison arrivaient chez elle. Devant elle. C’était son amie, Mad était importante et Isobel était tellement en colère contre elle, quand bien même elle n’avait rien fait. Abel gâchait tout. Il l’embrassait, lui brisait le coeur et lui prenait son amie. Il faisait tout cela et n’avait même pas eu pour elle la moindre compassion. Il n’avait même pas la correction de la laisser tranquille après tout cela, de la laisser se remettre. Il venait et il appuyait, encore et encore. Elle était fatiguée. Elle voulait juste que cette histoire cesse. Elle finit par relever les yeux, pour la première fois depuis longtemps. Elle avait la voix qui tremblait encore un peu, les yeux un peu humides, sûrement, mais tant pis.

- Je t’ai rien fais, Abel. C’est toi qui est venu me chercher, c’est toi qui m’a convaincue de revenir à la maison, c’est toi qui m’a embrassée, c’est toi qui est parti, c’est toi qui m’a ignorée, c’est toi qui sors avec Madison. Et… Elle butait un peu sur les mots. Et… Si tu as tes raisons, si tu dors très bien, écoute, tant mieux pour toi. Si tu trouves que c’est bien mérité ou je sais pas trop quoi… Je peux rien faire contre ça. Mais, juste, s’il te plaît… Laisse-moi tranquille.

Elle aurait voulu être tellement plus froide en disant cela, tellement plus forte, pas minable dans son lit d’hôpital avec sa petite voix et ses joues rouges. Elle aurait voulu passer pour l’adulte raisonnable, pas la gamine au gros chagrin qui faisait pouce quand le jeu tournait mal.

- Je peux pas… Je… Fais ta vie, fais ce que tu veux en Angleterre, épouse Madison, j’en sais rien mais tu peux pas juste me tourner le dos comme ça puis revenir quand tu le décides, parce que tu as décidé que je devais t’écouter. Moi, je te l’ai pas fais. J’veux juste… Elle voulait juste arrêter de se morfondre sur cette histoire, passer à autre chose, arrêter de le voir surgir dans sa vie parce que c’était douloureux. S’il te plaît. Va-t-en.




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Occupé à observer l’attitude brusquement silencieuse et résignée d’Isobel, l’archimage ne prêta pas toute son attention à ses mots, même si une phrase lui resta en tête. T’as tout abandonné. Il pouvait entendre ses reproches, il était venu en se préparant à ce qu’elle lui en fasse, d’ailleurs, car il avait bien vu la dernière fois sur le pas de sa porte qu’il l’avait blessée, que c’était réel. Il s’attendait à ce qu’elle lui reproche son silence, sa distance, son attitude maladroite, qui pouvait paraître froide, il en était conscient. Mais ce reproche-là, celui de l’avoir abandonnée, ne passait pas. Pas du tout.

Il sentit remonter de vieux démons qu’il pensait avoir exorcisés, et agiter sa conscience. Encore une fois, les paroles d’Isobel prouvaient combien ils ne s’étaient pas compris, tous les deux. L’espèce de réconciliation à laquelle ils avaient abouti, quelques mois plus tôt, n’était que surfacique, il s’en rendait compte, maintenant. Leurs ressentiments étaient encore présents, ce passé qu’ils traînaient derrière eux continuait de les plomber, de peser sur leur relation, quelle que soit celle qu’ils aient voulu construire. Abel avait brusquement fait dix pas en arrière en la voyant s’engager vers un terrain qu’il n’avait pas prévu, mais en vérité, avaient t-ils tous les deux un jour été réellement prêts à redevenir ne serait-ce qu’amis ? Tant que le mal qu’ils s’étaient mutuellement fait n’était pas totalement pardonné, il aurait fini à un moment ou à un autre par ressurgir, et produire exactement ce qui était en train de se produire : un gigantesque bond en arrière, douloureux, et un profond sentiment d’incompréhension mutuelle. Abel ne lui avait pas tout pardonné, il le savait, car cette simple phrase suffisait à réveiller toutes ses angoisses, toutes ses émotions les plus noires. T’as tout abandonné.

L’expression déchirante d’Isobel, qui laissait voir sa souffrance, culpabilisait Abel, le chagrinait même, mais ne suffisait pas à enfouir tous les ressentiments qu’elle venait de réveiller. A cet instant, il se sentait chamboulé, désespéré, frustré, il avait envie d’attraper quelque chose et le briser entre ses doigts, rien que pour évacuer ce poison en lui. A la place, il libéra sa parole, oubliant le tact, les précautions qu’il avait pris jusqu’à maintenant. Sa voix tremblait légèrement, se poings aussi.

« Tu me l’as pas fait, hein… C’est vrai, tu ne me l’as pas fait, et c’est pire. Moi, je n’attendais que ça, que tu reviennes, et que je t’écoute. Ca aurait prouvé que tu reconnaissais que je méritais au moins ça, une explication. Je suis venu aujourd’hui parce que je m’inquiétais, mais aussi parce que je me suis dit que tu méritais une explication, et que j’avais eu tort de ne pas te la donner plus tôt. C’est fait, maintenant, si tu aurais préféré ne pas l’avoir, eh bien, oublie-la. Je vais te laisser, puisque tu y tiens… Je te souhaite un bon rétablissement. »

Le ton d’Abel n’était pas ironique, mais il laissait poindre une certaine amertume, celle de voir combien leur entrevue avait empiré les choses, alors qu’il était venu pour les apaiser. Il se détourna pour marcher vers la porte, qu’il empoigna, avant de s’arrêter brièvement. Il avait envie de dire une dernière chose, quelque chose qui allait probablement davantage ternir cette conversation, mais au point où ils en étaient… Abel bouillait littéralement, et se sentait incapable de retenir le fond de sa pensée. Cette dernière chose, il allait la dire, la faire sortir de sa tête, avant qu’elle ne finisse par le rendre fou.

« Je ne t’ai pas abandonnée, ce n’est pas ça l’abandon. L’abandon c’est quand tu laisses une personne en arrière, sans un mot, sans une explication, et que tu ne reviens jamais vers elle, pas même quand tu sais qu’elle vit des choses difficiles. Ça, je ne te l’ai pas fait. » répéta t-il.

Car, en dépit de ce qu’elle avait l’air de penser, il n’était pas venu à son chevet pour la tourmenter. Mais, elle, qu’avait t-elle fait en 2005, après l’ouragan ? Rien, elle ne s’était pas précipitée vers sa terre de naissance, partie en fumée, même après avoir pris connaissance de la longue liste des victimes. Abel la scruta comme en attente d’une réaction, avant de détourner son regard trouble, triste, puis s’en aller comme elle le lui avait demandé, sans se retourner.


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Toutes les craintes d'Isobel se confirmèrent lorsque Abel prit la parole. Il l'avait fait exprès. Tout cela, tout ce qui s'était passé, ce n'était qu'un écho d'il y a seize ans. Il avait fait cela pour se venger. Comment expliquer sinon que toutes ses rancoeurs concernant sa fuite reviennent maintenant ? Il avait prétendu l'avoir pardonnée mais c'était faux. C'était tout simplement pour mieux arriver à ce moment.  « Oh alors ça y est, tu commences à sentir ce que ça fait ? » : c'était ce qu'il lui avait dit, cette nuit où elle était allée frapper à sa porte à Cosmos, parce qu'il avait écrit à sa mère. C'était cela, la clé de cette histoire, la vengeance. Bêtement et simplement. Comment avait-elle pu se voiler la face à ce point là ? Croire qu'il pourrait la pardonner ? Qu'ils pourraient nouer une nouvelle relation ? Ils n'avaient jamais dépassé sa fuite, ne la dépasseraient jamais et elle n'en n'avait même plus envie. Quelque chose se scella dans la poitrine d'Isobel alors qu'Abel parlait, laissait percevoir avec agressivité la vraie raison de cette histoire. Quelque chose qui tenait du point de non-retour. Comme si cette histoire se terminait véritablement ici, après que Abel lui ait renvoyé en plein visage toute sa colère, toute sa rancoeur, à quel point il la détestait. Isobel fut incapable de répondre quoi que ce soit à tout cela, tant se mélangeait en elle un profond chagrin, une vive colère, une culpabilité latente et des sentiments contradictoires. Elle était malheureuse, profondément malheureuse qu'ils en soient arrivés là, elle se sentait idiote d'avoir cru qu'ils pourraient rétablir les choses, elle se sentait idiote de lui avoir fait confiance, de s'être laissée approcher de nouveau, de ne pas avoir écouté sa méfiance naturelle. Elle était en colère contre lui, elle lui en voulait de cette vengeance, d'avoir organisé tout cela à cause de sa fuite. Elle lui en voulait de lui avoir laissé croire qu'ils pourraient arranger les choses. Elle lui en voulait de lui avoir fait croire qu'il tenait un peu à elle quand tout ce qu'il voulait, c'était un retour de bâton. Et, par dessus tout, elle se sentait coupable.

Parce qu'elle n'assumait pas son départ autant qu'elle voulait le faire croire. Parce qu'elle avait des regrets malgré tout. Parce qu'elle avait laissé derrière elle des gens qu'elle avait aimé. Parce que même s'il avait été salvateur pour elle, les choses restaient compliquées. Parce que retourner à la Nouvelle-Orléans avait aussi eu comme conséquence de faire face aux retombées de ce départ. Elle s'en voulait d'avoir laissé son grand-père si longtemps sans nouvelles, ses cousins, ses cousines. Abel le savait. Elle lui avait dit. Et il s'en servait contre elle. Quand il lui reprocha de ne pas être revenue pour les choses difficiles, la seule chose à laquelle elle put penser fut la mort de Michelle, qu'elle avait ignorée tant d'années. Elle avait laissé sa cousine toute seule, elle l'avait abandonnée elle-aussi et elle était morte. Cela lui brisait le coeur. Il le savait. Elle avait pleuré dans ses bras pour ça. La référence dans son discours à ce décès lui coupa le souffle. Ainsi, c'était cela, le vrai avis d'Abel sur elle. Celle qui avait tout abandonné. Cette personne pitoyable, méprisable, qui méritait qu'on lui fasse "sentir ce que ça fait". Elle releva les yeux vers lui, une boule dans la gorge. A quoi bon essayer de se justifier ? A quoi bon essayer de se défendre, de se faire entendre ? Il s'en fichait. Il avait eu ce qu'il voulait. Elle se sentait misérable. Oui, Isobel sentait ce que cela faisait. Mais ce n'était pas la première fois. Elle aurait pu hurler à Abel à quel point elle avait passé sa vie à se sentir abandonnée, à quel point elle connaissait ce sentiment. A quel point il l'avait construite. Mais pourquoi ? Elle resterait cette fille qui était partie. Cette fille lâche et égoïste. Calculatrice. Il le lui avait déjà dit. Pourquoi le détromper ? Elle n'en n'avait ni l'énergie, ni l'envie. Son avis sur elle était fait depuis longtemps. L'avis des gens était fait depuis longtemps, lui, sa famille, tout le monde. Alors Isobel ne répondit rien.

Elle le regarda sortir sans se retourner, les mains crispées, le coeur endolori, une violente crampe au creux de la poitrine. Et lorsque la porte claqua, elle éclata en sanglots. Tout ce qu'elle avait retenu jusque là, tout ces sentiments contenus explosèrent et les larmes commencèrent à dévaler ses joues sans qu'elle ne puisse s'arrêter. Sa blessure à l'estomac irradia de douleur à cause de sa respiration saccadée et un cri de douleur se mêla à ses pleurs, sans qu'elle ne puisse s'arrêter pour cesser de se blesser. Incapable de se calmer, animée d'une profonde détresse, Isobel s'enfonça plus profondément dans son lit, transpercée par la brusquerie de son chagrin. « Oh alors ça y est, tu commences à sentir ce que ça fait ? » « Tu n’es pas une pauvre victime qui a fui l’oppression, Isobel, non, tu es une femme à peu près aussi calculatrice qu’égoïste. » Ses pleurs redoublèrent. Parce que, contrairement à elle, Abel avait su terminer les choses. Une bonne fois pour toutes. Ce fut la seule promesse qu'elle put se faire à cet instant, la seule résolution à laquelle se raccrocher. Ne plus jamais faire l'erreur de croire qu'on pourrait tenir à elle à ce point. Ne plus jamais être si naïve. Ne plus jamais souffrir autant.

FIN DU RP


Isobel Lavespère
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Way down we go [Isobel & Abel]

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