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 La tour de la terreur [Leoly]

Lilly CallaghanChef du Krakenavatar
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18 décembre 2009

« Tu as terminé avec le rapport sur l’affaire Kent ? » demanda Lilly à son apprentie qui écrivait avec application, penchée sur son bureau.

« Oui, je l’ai terminé, il est sur ton bureau, normalement. » lui répondit Anna Levy.

« Parfait, je le lirai tout à l’heure ! » lança-t-elle. « Tu t’en sors ? »

« Ca va, c’est juste que je suis super lente. Je ne sais pas comment tu fais ! »

« J’étais exactement comme toi au début. Ca deviendra un automatisme avec l’expérience, ne t’en fais pas. » la rassura Lilly. « Je te laisse dix minutes, je monte un dossier à la justice magique. »

Sur ces mots, la jeune femme attrapa un dossier volumineux qu’elle cala sous son bras, avant de quitter d’un pas rapide le QG des Oubliators pour se diriger vers l’ascenseur. Depuis quelques mois, le bureau lui avait attribué une apprentie, Anna. Dans d’autres circonstances, Lilly aurait été ravie de s’occuper de la formation de la jeune femme, mais avec le double-jeu qu’elle était obligée de jouer en permanence, la présence d’Anna ne lui facilitait pas toujours les choses. Cependant, lorsqu’elle se concentrait sur son travail d’Oubliator, elle prenait un véritable plaisir à enseigner. Régulièrement, elle avait une boule dans la gorge, car les conseils qu’elle donnait à Anna étaient exactement les mêmes que ceux qu’Alastair lui avait donné quelques années auparavant. Or, évoquer son ancien mentor n’était jamais une chose facile pour Lilly, qui ressentait toujours une pointe douloureuse au cœur quand elle passait devant son ancien bureau.

Elle chassa ces idées de son esprit en appelant l’ascenseur et afficha un visage parfaitement neutre en se redressant légèrement. Elle entra dans la cabine – quasiment vide à ce moment de la journée – et salua poliment un membre des Oubliators qui descendait au même moment. Enfin seule, la jeune femme s’adossa contre la paroi du fond, et ferma brièvement les yeux. La réunion d’hier soir s’était prolongée jusqu’à tard dans la nuit, et elle n’avait pu dormir que quelques heures avant de devoir se lever en vitesse pour se rendre au Ministère.

L’ascenseur fit un premier arrêt au cinquième niveau, où un petit malin avait visiblement cru amusant d’appeler l’ascenseur alors que personne ne l’attendait, ce qui eut le don de faire soupirer Lilly. La cabine s’ébranla ensuite le temps de monter un étage, avant de s’arrêter une nouvelle fois, cette fois-ci au quatrième étage. La jeune femme parvint de justesse à dissimuler son expression de surprise lorsque Leopold Marchebank s'avança. Elle s’écarta légèrement.

« Bonjour. » lança-t-elle d’une voix polie. « Vous montez au premier ? »


Au nom de tous nos camarades

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- Eluard

Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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"Donc c'est entendu. L'interdiction de l'ensemble de ces éléments magiques sera rendue effective sur l'ensemble du territoire à compter du 1er janvier."

Le doigt de Leopold courut le long du parchemin, à mesure qu'il relisait la liste. Oeufs d'animaux rares, plumes d'oiseaux sauvages, venins de serpent et autres écailles de dragons y figuraient.

"Oui, monsieur le ministre. Mes services se chargeront de rédiger le décret puis nous le soumettrons à votre signature."

"C'est parfait, monsieur le directeur. Il faudra voir également avec le service communication pour expliquer ces mesures à la population, et surtout aux commerçants."

Le directeur des créatures magiques était un homme débonnaire, un écossais sur le crâne duquel quelques rares cheveux roux se battaient en duel. D'apparence très sympathique, il était aisément manipulable, ce qui était essentiellement pourquoi Leopold l'avait choisi pour reprendre son département. Remontant ses lunettes rondes sur son nez large, il haussa les sourcils d'un air perplexe. Leopold réprima un soupir puis précisa :

"Ces éléments présentent des dangers pour le maintien de l'ordre public et la sécurité de nos concitoyens. Ils sont utilisables dans la confection de potions illicites dangereuses, voire d'explosifs comme nous en avons retrouvé à Bristol récemment. Il convient donc de les interdire."

"C'est compris. Mais ne craignez-vous pas un regain du marché noir ?"

Pas si bête, l'artiste.

"Malheureusement, c'est un risque à courir. Mais autant compliquer la tâche des terroristes autant que possible. Et j'ai toute confiance en nos services de sécurité pour faire respecter la loi."

"Bien entendu."

Après avoir échangé quelques amabilités avec son directeur, Leopold finit par prendre congé pour se diriger vers l'ascenseur. Il avait fort à faire cette après-midi. Bientôt, le Ministère allait peu à peu se vider pour laisser place aux congés hivernaux, aussi devait-il boucler le plus de dossiers possibles avant les départs.

Malheureusement, l'ascenseur ne semblait pas d'humeur coopérative. Il se passa bien cinq minutes avant qu'il ne finisse par s'arrêter au quatrième étage, face à un ministre passablement agacé. Son état d'esprit s'allégea cependant dès que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, sur une jolie blonde à la silhouette familière...

"Tiens tiens, Lilly ! Mais quelle bonne surprise !", clama-t-il en pénétrant dans l'espace confiné, un sourire enjoué aux lèvres. Le ton poli et le vouvoiement instaurés par la jeune femme accentua son amusement, mais il n'en dit rien. Depuis un certain nombre de mois désormais, leur relation informelle avait pris fin et Lilly maintenait une distance entre eux que le ministre avait évidemment remarqué. Aussi n'était-il pas mécontent de cette opportunité de la croiser, en privé...

"Oui, merci."

Elle appuya sur le bouton du 1er étage, et l'habitacle s'ébranla. Loin de laisser le silence traditionnellement gênant des ascenseurs s'instaurer, Leopold posa sur Lilly un regard avide.

"Alors, comment vas-tu ? Quelles sont les nouvelles du BDO ?"


Lilly CallaghanChef du Krakenavatar
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La situation était donc parfaite, songea Lilly en jetant un regard au coin à l’homme qui était à côté d’elle, résistant à l’envie de se frapper le front avec sa main droite. La chef du Kraken seule dans un ascenseur avec le dictateur qu’ils essayaient de descendre. Son esprit bouillonnait, et elle remarqua de justesse que Leopold lui adressa la parole. Le tutoiement qu’il réinstaura entre eux lui tira un sourire amusé bien malgré elle. Si seulement il savait…

« Je vais bien. » affirma-t-elle avec le sourire. « Et toi ? » Lilly n’était pas folle. Leopold et elle avaient partagé une relation quelques temps auparavant et elle n’avait aucune raison officielle de le repousser. Sa couverture, quant à elle, était fragile, et elle ne pouvait pas la laisser s’abîmer – surtout pas devant le nouveau ministre. « Tout va bien au BDO ! Nous avons quelques bonnes recrues – surtout la mienne, sans vouloir me vanter. Les dossiers sont de plus en plus nombreux, on ne peut pas dire que nos semaines sont de tout repos ! Mais c’est vraiment intéressant, je me plais toujours autant là-bas. » Lilly était sincère sur ce point. Le BDO était plutôt épargné, contrairement au BDA, et Lilly traitait en effet des dossiers intéressants, notamment depuis qu’elle avait gagné en expérience. « Et toi ? Comment se passe la gérance de notre pays ? » Questionna-t-elle, plus par politesse qu’autre chose – cela dit, si jamais elle pouvait récupérer une information durant leur conversation…

L’ascenseur continuait à s’ébranler doucement, et Lilly triturait pensivement la manche de sa robe. Tout à coup, l’ascenseur s’arrêta net, la propulsant en avant. Elle se rattrapa de justesse à la barre fixée sur les parois, et se redressa vivement, son cœur battant à la chamade. Il n’était pas rare que l’ascenseur s’arrête de cette manière, cependant, il restait étrangement immobile. Quelques secondes passèrent dans le plus grand silence, avant que le doute qu’avait Lilly se confirme : ils étaient bel et bien coincés dans cet ascenseur. Retenant un soupir, Lilly tendit le bras pour appuyer sur le bouton surmonté d’une petite cloche qui s’agitait paresseusement.

« Service de la maintenance magique, bonjour ! » Lui répondit une voix faussement enjouée. « En quoi puis-je vous aider ? »

« L’ascenseur du ministère est bloqué. Il s’est arrêté et ne semble pas vouloir repartir. » annonça Lilly.

« Oh ! Bien, je vais voir ce que je peux faire ! Vous êtes seule, miss ? » s’enquit la voix féminine.

« Non, monsieur le ministre de la magie est avec moi. » précisa Lilly, avant d’avoir un sourire amusé, lorsque la voix sembla s’animer brusquement : « Oh !  Bonjour monsieur le ministre ! Je contacte nos techniciens de suite ! Je m’excuse d’avance pour l’attente, malheureusement, la plupart d’entre eux sont déjà partis en mission… Je vous tiens au courant dès que j’ai des informations ! »

Avant même que Lilly n’ait pu la remercier, la voix disparue, replongeant la cabine dans le silence. Plus le temps passait, plus la situation devenait cocasse, songea Lilly. Elle n’avait jamais été si proche du but : elle était seule avec Marchebank, et avec ce qu’il avait subi quelques mois auparavant, il était impossible qu’il puisse se défendre. Alors qu’elle tâtait machinalement sa poche, elle se rendit compte avec horreur que le poids qu’elle sentait n’était pas sa baguette mais un pauvre stylo moldu qu’elle avait emprunté à l’un de ses collègues un peu plus tôt dans la journée. Se maudissant sur dix générations, Lilly adressa un sourire incertain au ministre.

« Je crois si je n’avais pas précisé ta présence, on aurait pu rester là pendant les cinq prochaines heures… » Lança-t-elle avec un petit rire amusé.


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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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"Je vais bien aussi, merci", répondit Leopold en lui rendant son sourire. Bien entendu, ce n'était pas tout-à-fait exact. Il ne s'était pas passé une journée depuis son réveil du coma pendant laquelle il s'était senti bien - mais ce type de rencontre fortuite avait le don d'améliorer son humeur. Le ministre ponctua la réponse de Lilly d'un hochement de tête, satisfait d'apprendre qu'elle se plaisait toujours au bureau des Oubliators. Il s'apprêtait à lui demander si elle avait eu à se rendre à Skye dans le cadre de ses missions lorsqu'elle lui retourna la question.

"Ma foi, la gérance du pays pourrait aller mieux, comme tu le sais."

Il esquissa un sourire qui ressemblait plus à une grimace. La cicatrice blanchâtre qui lui zébrait le visage le tiraillait la peau, et il se força à ne pas porter la main jusqu'à elle pour la toucher. La seule chose un tant soit un peu efficace était une crème qui lui avait été prescrite à Sainte Mangouste. Leopold avait consulté les meilleurs esthéticomages pour voir s'il était possible de faire disparaître la cicatrice, à laquelle il peinait à s'habituer. Il la considérait comme un rappel constant de cette journée terrible où il avait failli perdre la vie sous les décombres de la March Bank. C'était une trace permanente du coup fatal que la résistance avait apporté à sa famille. Hélas, il s'agissait d'une cicatrice magique, causée par les débris ensorcelés de l'édifice, qu'il était impossible de faire disparaître. Nul doute que cela n'allait pas faciliter ses chances avec la gente féminine, songea-t-il en considérant Lilly pensivement.

"Et alors, est-ce que tu as eu l'occasion de te rendre à Sk..."

Le brusque arrêt de l'ascenseur le projeta contre la paroi opposée, et il laissa échapper un juron. Se remettant d'aplomb, il observa les boutons qui indiquaient les différents étages, mais ces derniers restèrent inertes. L'ascenseur ne bougeait plus d'un centimètre et il apparaissait évident qu'ils étaient bloqués. Leopold s'appuya contre la paroi de l'ascenseur, laissant Lilly prendre les choses en main. L'intervention de la maintenance magique le fit rire et il jeta un coup d'oeil au dossier coincé sous son bras. Quelque chose lui disait que son programme du jour - pourtant chargé - allait tomber complètement à l'eau. Qu'à cela ne tienne, il aurait pu se trouver en plus mauvaise compagnie pour rester coincé dans un espace sombre et confiné...

Sans remarquer le trouble de la jeune femme, Leopold saisit plutôt ses dernières paroles au vol. Un air rusé sur le visage, il se tourna pour lui faire face et se pencha légèrement :

"Ne te réjouis pas trop vite. Connaissant la maintenance, cela risque bien d'arriver, ministre coincé ou pas..."

Ce n'était pourtant pas faute d'avoir passé quelques brassées à ce service paresseux, qui le laissait toujours pâtir d'ennuis matériels bien trop longtemps pour sa fonction. Il se pencha un peu plus vers Lilly, et son sourire s'accentua, une lueur espiègle luisant au fond du regard. Cette panne était un signe de Merlin, un retour de karma : après le mois abominable qu'il venait de passer, on lui offrait une parenthèse en compagnie de son ancienne amante, et il comptait bien en profiter.

"... Mais je suis sur qu'on peut trouver à s'occuper pendant les cinq prochaines heures."

Sans lui demander son avis, Leopold glissa son bras autour de sa taille pour la rapprocher de lui. Lilly était toujours aussi désirable, et leurs ébats lui avaient laissé des souvenirs brûlants. La seule raison pour laquelle il l'avait laissé s'échapper sans lui courir après, était sa propre relation avec son épouse dans laquelle il souhaitait alors s'investir. Mais les choses avaient bien évolué entre Rosaleen et lui, depuis la révélation de l'existence de ses enfants - et il n'aurait pas été contre retrouver la complicité qui l'unissait autrefois à Lilly.

"En souvenir du bon vieux temps", souffla-t-il avant d'approcher son visage pour l'embrasser.


Spoiler:
 


Lilly CallaghanChef du Krakenavatar
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« En effet… » lâcha Lilly, songeuse, sans remarquer l’air rusé peint sur le visage de Leopold.

Elle n’avait pas vraiment prévu de passer les prochaines heures en compagnie du nouveau ministre, qu’elle préférait appeler dictateur. Elle aurait pu y voir une occasion inespérée pour lui soutirer des informations, pour jouer sur leur ancienne relation pour entrer dans ses bonnes grâces et protéger sa couverture, mais cette idée la répugnait. Elle ne pouvait décemment pas faire ça, d’autant plus qu’elle se mettrait dans une position plus que délicate, et qu’une erreur – même la plus petite – pouvait lui être fatale.

Plongée dans ses pensées, elle ne releva la tête qu’aux paroles de Leopold, alors qu’une expression de surprise se peignait sur son visage. Son ancien amant n’avait jamais été très subtil sur ces choses-là, mais Lilly espérait bien que sa phrase n’était qu’une boutade, utilisée pour la déstabiliser. Visiblement non, songea-t-elle alors que son bras passait autour de sa taille. Une désagréable sensation de brûlure la parcourut à ce contact – pas l’une de ces brûlure de désir qu’elle avait pu ressentir autrefois, mais une brûlure lié à la gêne, à la colère, à cette sensation de répulsion qu’elle ressentait dans tout son corps. Elle l’observa avec de grands yeux, se sentant sans défense face à lui, avec la terrible sensation que le moindre faux-pas pourrait lui coûter très cher. Elle se sentait prise au piège, n’envisageant aucune issue comme satisfaisante.

Le baiser qui suivit cette étreinte lui créa un goût amer en bouche, et Lilly sentit un poids tomber dans son estomac alors qu’elle se forçait à y répondre. Elle se concentrait seulement sur l’envie de lui planter son stylo moldu en plein milieu de sa carotide dévoilée par le col de sa chemise. Car, malgré l’envie de repousser violemment son ancien amant, Lilly savait pertinemment qu’elle ne pouvait pas agir n’importe comment. Ils avaient partagé des moments, autrefois, des moments intimes, et leur relation s’était arrêtée brusquement, sans réelle raison, seulement par la force des choses.

Quelques secondes passèrent, avant que Lilly ne recule doucement, les joues rouges. Elle s’écarta du ministre et l’observa avec attention.

« Nous avons eu de beaux moments. » acquiesça-t-elle avant de se racler la gorge, alors que les circonstances de leur relation se rappelait à elle. « Et c’est vrai que nous savions les occuper. » ajouta-t-elle avec un petit sourire à l’attention de l’homme en face d’elle.

Depuis son plus jeune âge, Lilly avait toujours très bien joué la comédie. Avec ses parents, avec ses professeurs à Poudlard, avec les Mangemorts lors de l’année des Ténèbres, parfois – souvent – avec les hommes. Face à Leopold, elle se sentait étrangement démunie, comme si, à chaque seconde qu’elle passait, elle avait l’impression de trahir sa cause, son mouvement. Non. Non, martela-t-elle intérieurement. Elle n’avait envoyé aucun signe à Leopold qui aurait pu laisser penser qu’elle était intéressée par un moment intime avec lui dans cet ascenseur. Elle avait été courtoise, polie. Il lui avait pris ce baiser, comme son gouvernement prenait les souvenirs de ceux qui allaient à Skye. Il lui avait pris cela, sans se soucier de son consentement, de son avis, de ce qu’elle désirait, elle. Elle n’était pas fautive, elle n’avait trahi personne.

A présent, il fallait seulement qu’elle se tire de ce mauvais pas sans s’attirer les foudres de Marchebank. Avec les récents évènements, il devait être plus prudent et plus paranoïaque que jamais. Et Lilly n’avait aucune envie qu’on commence à enquêter sur elle…

« Mais les temps ont changé, n’est-ce pas ? Tu es marié, maintenant, et tu as un nouvel enfant… Et Rosaleen a l’air d’être une femme bien, quelqu’un de profondément gentil… » commença-t-elle d’une voix douce. « Et je sais que, quelques années auparavant, je n’aurais pas prêté attention à ta situation familiale mais… Je n’ai pas envie de la blesser comme j’ai pu blesser Jensen. Je suis certaine que tu comprends. »

Non, en réalité, elle n’en était pas certaine du tout.

« Et puis, avec ta nouvelle position au ministère, cela complique bien des choses… Je suis la plus jeune titulaire du BDO, et tu sais à quel point je suis attaché à mon travail. Je n’aimerai pas entendre dire que je me suis attirée les faveurs des hauts placés pour en arriver là, tu imagines bien. » enchaîna-t-elle en lui adressant un clin d’œil. « Cela ne change en rien le fait que nous pouvons occuper ces cinq prochaines heures… Différemment ? » proposa-t-elle avec un sourire innocent.

Comme, par exemple, en me permettant de frapper dix fois de suite ta tête contre le miroir ? ajouta Lilly intérieurement, en s’adossant contre la paroi de l’ascenseur.


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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Loin de le repousser, chose à laquelle il s'attendait à moitié, Lilly lui rendit son baiser qu'il ne se pressa donc pas à achever. Leopold raffermit son étreinte sur sa taille et savoura la sensation familière des lèvres de Lilly contre les siennes, qu'il retrouvait avec plaisir. Le désir naquit en lui avec la force de l'habitude, comme si ces derniers mois sans se voir n'avaient pas existé, et il retint un grognement de frustration quand la jeune femme s'écarta lentement de lui.

Il comprit rapidement, à son ton et à ses paroles choisies, que leurs retrouvailles s'arrêteraient là. Leopold relâcha sa taille et s'écarta légèrement tandis qu'elle lui fournissait ses raisons. A l'évocation de la gentillesse de Rosaleen, il hocha les épaules avec une mimique d'agacement. La gentillesse de Rosaleen, voilà qui lui faisait une belle jambe quand sa charmante épouse le traitait avec froideur et ressentiment, à cause de ses erreurs du passé. Sa vie était loin d'être aisée ces derniers temps, n'avait-il pas droit au réconfort et à la chaleur d'une femme ? Pourtant, hormis ce baiser, Leopold n'avait pas trompé Rosaleen depuis leur mariage, mais il devait reconnaître que la tentation se faisait chaque jour plus grande. Chaque verre tardif à errer dans les pièces sombres des Folies ou dans les couloirs du Ministère l'éloignait un peu plus de son épouse. Enfin, Lilly avait sans doute raison, ce n'était pas avec ce genre de comportement qu'il risquait d'améliorer les choses entre Rosaleen et lui. Même si son épouse n'en saurait jamais rien, cela n'empêchait pas que lui savait, et toute l'importance était là.

Lorsque Lilly lui dévoila la raison véritable de son refus, Leopold approuva d'un hochement de tête. Elle n'avait pas tort sur ce point : la réputation d'une femme pouvait être détruite en un instant dans un lieu tel que le Ministère. Leopold renvoyait déjà l'image d'un homme à femmes, alors ce genre de rumeurs n'aurait certainement aucun mal à prendre. Leopold pouvait comprendre qu'elle tienne à sa réputation sur son lieu de travail. Lilly avait certainement une brillante carrière devant elle.

"Tu es sure ? Ce genre d'opportunité ne se reproduira plus", susurra-t-il en haussant les sourcils. "Très bien, c'est comme tu veux."

C'était elle qui y perdait quelque chose, au final, songea-t-il avant de retourner s'adosser au mur de la cabine. Cette après-midi risquait d'être longue, finalement. Il observa un moment la sorcière qui lui faisait face, se posant mille-et-une questions à son sujet. Il l'avait toujours trouvé piquante et intéressante, audacieuse pour une femme de son âge. A quoi ressemblait sa vie aujourd'hui ? Finalement, Leopold avait été présent - et acteur - de l'un des jours les plus importants de sa vie, son mariage. Et depuis ? Il n'avait pas la moindre idée de la façon dont elle avait construit sa vie après ce qui s'était passé avec Jensen.

"Et toi, alors ? As-tu quelqu'un dans ta vie ?", s'enquit-il finalement en la sondant du regard. C'était peut-être cela qui expliquait qu'elle le repousse : Lilly avait peut-être un nouveau compagnon.

"Tu sais tout de ma vie personnelle, tandis que je ne sais rien de ce qui se passe dans la tienne... Il va falloir rattraper cela, puisque nous avons du temps à tuer", affirma-t-il avec un sourire satisfait. Cela faisait longtemps qu'il n'avait embêté personne, et Lilly serait un sujet tout à fait intéressant.



Lilly CallaghanChef du Krakenavatar
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Lilly lâcha un rire nerveux lorsque Leopold mentionna qu'une "opportunité" comme celle-ci ne se reproduirait pas deux fois. Elle hocha doucement la tête, toujours dans son rôle de l'ancienne amante, et se mordit l'intérieure de la joue pour contenir sa colère. En effet, l'occasion de se retrouver seule avec le ministre, sans qu'il ne soit suivi par ses habituels garde du corps, voilà une occasion inespérée qui ne se reproduirait sans doute plus. Et dire que sa baguette était posée bien sagement dans son bureau ! Elle jura intérieurement avant de reporter son attention sur Leopold.

Heureusement, songea-t-elle ironiquement, que le ministère de la magie (pardon, le dictateur du monde magique anglais) ne connaissait pas le mode de vie Lilly. La situation, à vrai dire, était plutôt cocasse, lorsqu'on savait que la milice cherchait à tout prix à arrêter les résistants (pardon, les terroristes), et que le ministre se retrouvait face à l'une de ses chefs. Cocasse, en effet. Dangereuse, surtout.

"Non, je n'ai personne dans ma vie pour l'instant." répondit Lilly en haussant les épaules. "Après tout ce qu'il s'est passé avec Jensen, je me suis rendue compte que j'avais besoin de me retrouver et de comprendre ce que je voulais vraiment. Ca a été une période assez difficile, et je suis partie à l'étranger pendant quelques temps, pour finir mon travail de recherche pour le BDO." expliqua-t-elle en s'adossant à la paroi de l'ascenseur. "Et donc j'ai décidé de me consacrer à mon travail." avoua-t-elle en baissant les yeux. "Disons que, pour l'instant, le mariage, les enfants, la grande maison en banlieue, ce n'est pas pour moi. Et puis, les hommes et moi, ça ne fonctionne plus trop depuis un moment." lança-t-elle en faisant référence à son mariage avorté avec Jensen. Elle reprit, avec un sourire en coin et un goût de bile en bouche : "Enfin. Tu vois ce que je veux dire."

Elle se dégoûtait, et sentait son estomac se tordre au fur et à mesure qu'elle parlait. Si elle avait su, à l'époque où elle avait rencontré Leopold, que les choses finiraient ainsi... Elle sentit un long frisson lui parcourir le dos qui était déjà recouvert d'une fine couche de sueur.

"Donc voilà. Je travaille pour le BDO. Mes supérieurs sont satisfaits de moi, je pense, et mes missions sont réellement intéressantes. J'aimerai me concentrer aussi sur la recherche, mais je n'ai pas le temps en ce moment, surtout avec la formation de mon apprentie. Je supervise son travail d'étude, et je pense que ça me prend autant de temps que si je le faisais moi-même ! Mais elle se débrouille vraiment bien, et je crois que je me suis découvert une passion pour la formation." acheva-t-elle avec un sourire.

Elle qualifia son babillage de crédible, et adressa un sourire ravi à Leopold qui était en face d'elle.

"Voilà pour les nouvelles. Et toi ?" questionna-t-elle. "Je ne sais de ta vie que ce que la Gazette dévoile, tu sais. D'ailleurs, je n'ai pas eu l'occasion de te féliciter pour la naissance de ton fils, je crois, alors félicitations." lança-t-elle avec entrain.

Elle allait peut-être sortir de cet ascenseur sans avoir grillé sa couverture, après tout, songea-t-elle. Et le lien qui l'avait précédemment lié à Leopold n'y était pas pour rien car c'était grâce à cela qu'elle savait quoi dire, quoi répondre, quelle intonation prendre, pour qu'il ait l'impression de retrouver la même Lilly que celle qu'il avait quitté le jour de son mariage.


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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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Sans bien savoir pourquoi, Leopold sentit une vague de satisfaction l'envahir à l'idée que Lilly était restée célibataire après sa rupture avec Jensen. Il hocha la tête quand elle affirma ne pas se reconnaître dans le schéma classique de la mère de famille dans sa maison de banlieue, avec son petit mari. Sans doute parce qu'il la portait en plus haute estime que cela. Son ex-amante n'était pas l'une de ces femmes médiocres et désespérément ordinaires, du genre à se marier avec un homme pathétique tel que ce Jensen.

"Les femmes, alors, tu caches bien ton jeu", plaisanta-t-il, complètement aveugle au trouble qui agitait son interlocutrice. Lui passait finalement un bon moment dans cet ascenseur, qui lui offrait une parenthèse hors du temps, loin de ses responsabilités de ministre. Dans sa grande naïveté, il estimait que s'il appréciait la compagnie de Lilly, alors la réciproque était naturellement vraie... Pourtant, Leopold ne se laissait pas éblouir aveuglément d'ordinaire, mais avec Lilly, c'était autre chose. Il restait bercé par l'illusion que leurs souvenirs et leurs moments de complicité les liait encore d'une certaine façon, et qu'elle le respectait et l'estimait forcément, comme lui la respectait et l'estimait. A quelle cruelle désillusion il se destinait !

Il l'écouta avec une curiosité non feinte, lui parler de ses recherches et de son apprentie. Peut-être que lui aussi devrait se mettre à la formation, songea-t-il en s'imaginant apprendre tout ce qu'il savait à un jeune loup aux dents longues. Quelqu'un pour remplacer Adonis, qui avait été aussi décevant qu'il n'avait été prometteur. Oui, peut-être était-il temps que Leopold se trouve un nouvel apprenti... Après tout, l'attentat avait montré une chose : le ministre n'était pas éternel. La mort l'attendait au tournant, le karma était prêt à le rattraper, et alors qu'adviendrait-il de son empire ? Il ne s'agissait pas seulement de son Ministère mais aussi de l'entreprise colossale qu'il avait bâti entre Jobarbille et sa mafia. Qui récupérerait les Doxy Ness après sa mort ? Johnny Kiss était un bon chef de gang, mais de là à perpétuer son héritage...

Leopold s'extirpa de ses pensées lorsque Lilly évoqua la naissance de son fils.

"Je te remercie", répondit-il avec un sourire mince. "Nicholas est un enfant étonnant, déjà très éveillé pour son âge, et il ressemble comme deux gouttes d'eaux à son frère au même âge."

Mais Leopold n'avait rien d'un père gaga. Il n'avait pas de photos de ses enfants dans son porte-feuille et comptait bien épargner à Lilly le récit des exploits de Nicholas. D'ailleurs, ce n'était pas de lui qu'il avait envie de parler. Comme souvent, il préférait mijoter son interlocuteur pour mieux le connaître, et mieux le cerner.

"Quant à ma vie, la Gazette en dévoile déjà bien assez... Alors dis-moi, ces recherches, sur quoi portent-elles ? As-tu eu l'occasion de travailler sur le programme Mémo-Rise ?"



Lilly CallaghanChef du Krakenavatar
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Lilly se félicita intérieurement d'avoir détourné l'attention du ministre, et l'écouta se confier brièvement sur son fils. Elle lisait parfois des anecdotes de la vie de Leopold Marchebank dans les journaux, sans jamais y trouver grand intérêt. Elle connaissait son épouse, Rosaleen. Elle avait défendu cette dernière lors de sa rentrée à Poudlard, alors que des garçons plus âgés la terrorisaient en prenant comme simple prétexte son nom de famille. Lilly, elle, avait combattu aux côtés du frère de Rosaleen lors de la bataille de Poudlard. Elle était la dernière personne à l'avoir vu vivant, et elle était celle qui l'avait vu tomber au combat. Ce souvenir revenait parfois la hanter la nuit.

Son repos fut de courte durée, puisque Leopold évoqua ensuite le projet Mémo-Rise, et rien que le nom du projet fit frissonner la jeune femme. Au BDO, on en parlait à demi-mots, et seulement quand Coleman n'était pas là. Les Oubliators savaient effacer les souvenirs et, théoriquement, savaient comment les manipuler. Mais le faire de la sorte ! C'était impensable et contraire à l'éthique de la profession sur tous les points. Bien évidemment, personne n'avait osé élever la voix, de peur des représailles. Aussi, Lilly préféra choisir ses mots avec prudence avant de les offrir à Leopold.

"On en entend parler un peu oui, mais le BDO n'est pas officiellement mis au courant, puisqu'il s'agit d'un programme à l'initiative de la milice. Les Oubliators qui y travaillent sont au courant, donc il y a eu quelques fuites, mais pour l'instant une grande partie du travail relève du secret, j'ai l'impression." lança Lilly en souriant. "Mes recherches portent sur la barrière entre la mémoire à court terme et la mémoire à long terme, et plus particulièrement sur les éléments qui traversent cette barrière. Pourquoi certains atteignent la mémoire à long terme et pas d'autres ? Beaucoup pensent qu'il s'agit d'une histoire d'importance. Mais comment expliquer alors que la moitié des sorciers puissent réciter une poésie apprise à l'âge de six ans, et sont incapables de se souvenir de leur code de compte en banque à Gringott ?" demanda Lilly en lâchant un petit rire suite à son exemple. "En réalité, cette barrière est différente selon les individus, leur sexe et leur âge. C'est à partir de là qu'on dit que quelqu'un à "mauvaise mémoire", d'ailleurs ! Car la barrière qui sépare les deux mémoires est plus "dure", bien qu'elle ne soit pas composée de matière." expliqua Lilly.

Son sujet de recherche la passionnait. C'était avec l'aide d'Alaric qu'elle avait pu le mettre sur pied, le construire pas à pas. Maintenant qu'il était parti, elle s'efforçait à travailler d'arrache-pied pour rendre hommage à son travail et au sien.

"Mais je n'ai pas vraiment le temps pour les faire au BDO, donc je préfère les continuer quand je suis chez moi. Je suis dans une équipe d'intervention, et on a de plus en plus d'affaires, ces temps-ci. Entre ça, et le temps que je prends pour former mon apprentie, je n'ai pas une minute à moi de la journée. Sauf, évidemment, quand je suis bloquée dans un ascenseur." ajouta-t-elle avec une pointe d'humour. "Enfin, je ne vais pas m'en plaindre !"

Elle sentit les battements de son cœur se calmer, au fur et à mesure qu'elle sentait que le danger était passé. Leopold ne semblait la soupçonner de rien, ce qui était absolument parfait.

"Et encore moins me plaindre devant toi, vu que tu dois avoir le double de travail que moi." reconnu la jeune femme avec un sourire en coin.


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Leopold hocha légèrement la tête à l'entente de la réponse de Lilly, sans cesser de la considérer avec intérêt. Il lui semblait que la sorcière lui faisait une réponse prudente, ne lui disant rien qu'il ne sache déjà, et il sentit une certaine frustration l'envahir. Lilly et lui avaient été suffisamment intimes, suffisamment longtemps, pour qu'ils puissent se dire les choses franchement, en laissant tomber cette barrière de politesse feinte. La sorcière avait forcément entendu des choses sur Mémo-Rise et elle avait forcément un avis, quel était-il ? Leopold avait parfaitement envie de l'entendre...

D'autant que ses recherches semblaient passionnantes et, potentiellement, très utiles pour le régime et ce qu'ils essayaient de faire. Les implications de telles recherches pouvaient être immenses, pour la psychomagie, pour la justice et la recherche de preuves dans le cadre d'une enquête, peut-être même pour l'éducation des jeunes et les avancées de la race humaine. Lilly avait-elle seulement conscience du potentiel de son travail ? Il n'en était pas certain. Heureusement, c'était son travail à lui de voir au-delà, de se montrer visionnaire et d'établir des stratégies et des grandes lignes directrices pour leur pays.

Un sourire caustique s'étira sur ses lèvres quand elle mentionna sa charge de travail. Dire qu'il était rarement à la maison ces temps-ci relevait de l'euphémisme. Il y avait temps de choses à faire, tant de travail à rattraper et de plans à mettre en place depuis l'attentat qu'il passait son temps à arpenter les différents services du ministère pour superviser les opérations et donner ses directives, quitte à se montrer étouffant pour ses directeurs de département. Il s'en fichait, les circonstances l'imposaient, et il se fichait aussi des consignes de son médicomage qui l'implorait de prendre plus grand soin de sa santé. Comme s'il n'avait rien de plus intéressant à faire que de s'occuper de ce corps inutile.

"C'est vrai que je n'ai pas le temps de m'ennuyer", répondit-il sans approfondir. Il ne cherchait pas à s'épancher, plus soucieux d'approfondir leur conversation au sujet de la mémoire et du travail sur l'île de Skye. Lilly était une femme jeune, brillante, pleine d'énergie et d'un potentiel qu'elle ne soupçonnait probablement même pas. Il avait toujours eu à coeur de la voir s'épanouir, de la façon qu'il entendait bien sûr, c'est-à-dire dans son monde, son ministère, selon ses valeurs. Alors le ministre n'eut pas besoin de réfléchir longtemps pour lui faire cette proposition, au moins autant pour voir sa réaction que par réelle volonté de la voir s'impliquer dans ce projet.

"Tu serais très utile sur le projet Mémo-Rise, et je pense que ça pourrait être une réelle opportunité pour toi. Ce qui se passe là-bas, cela pourrait faire évoluer complètement ton métier, et nos connaissances sur la mémoire, le cerveau humain... Si tu le souhaites, je peux toucher un mot pour moi auprès de Meredith Kane. Qu'en dis-tu ? Tu pourrais même emmener ton apprentie."


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Lilly tiqua lorsque Leopold répondit à sa question de manière laconique. Elle lui adressa un vague sourire et déglutit difficilement. Elle avait été stupide et imprudente, et la suite de la conversation lui confirma ses craintes. Oh bien sûre, elle serait « parfaite » sur le projet Memo-Rise. Bien évidemment qu’elle le serait : ses recherches professionnelles portaient exactement sur ce thème, et elle se savait douée dans son domaine.

Lorsque Klemens, à moitié fou, était revenu de Skye, c’était Lilly qui avait tenté de lui rendre sa mémoire, de soulager ses souffrances mentales et de l’apaiser – mais les sortilèges utilisés étaient si puissants, si inconnus et si sombres qu’elle avait eu du mal à ne pas sombrer dans la folie à son tour lorsqu’elle s’était plongée dans l’esprit de son ami. Depuis la mort de ce dernier, la jeune femme avait poursuivi son travail sur la mémoire, dans l’espoir de pouvoir œuvrer contre ces sortilèges. En tant qu’Oubliator, Lilly était bien placée pour le savoir : la mémoire, c’était ce qui faisait un homme ; c’était l’essence même de son esprit. Lorsque, dans son métier, elle devait manipuler la mémoire de quelqu’un, c’était toujours en utilisant une infinité de précautions afin de s’assurer que son sortilège n’endommagerait personne au long terme. Alors que des prétendus médicomages œuvrent sur cette île maudite, se permettant de modifier à leur guise la mémoire des hommes, cela la mettait hors d’elle – tant dans sa conscience personnelle que professionnelle.

La perspective d’avoir des yeux à Skye, cependant, serait une aide incroyable pour la Résistance. Trop peu d’informations fuitaient de l’île, et ils étaient toujours désespérément à la recherches d’informateur. Mais supporterait-elle un tel endroit ?  Pourrait-elle s’y rendre, tous les jours, en ayant pleinement conscience des enjeux ? Pourrait-elle modifier la mémoire d’un homme, privé de ce statut pour devenir un cobaye vivant ? Non. Elle n’envisageait pas une seule seconde de le faire. « A la guerre », lui avait-on souvent dit, « on est souvent amenés à réaliser des choses contraires à notre éthique personnelle. » C’était vrai, songea Lilly. Depuis la création du Kraken, elle avait tué et certains de ses hommes étaient morts dans un combat dans lequel elle les avait envoyés. Elle avait menti et elle avait triché. Mais la mémoire, la conscience humaine, c’était sa limite – peut-être sa seule limite.

Quels choix s’offraient à elle ? Refuser poliment la proposition de Leopold ? Sous quel prétexte ? Elle devrait être honorée par une telle offre, surtout alors qu’elle était aussi jeune. Si elle refusait, Leopold ne risquerait pas de soupçonner quelque chose ? Pas forcément son activité de résistante, mais du moins son désaccord envers les mesures prises par le gouvernement ? C’était le ministre, après tout, et il pouvait très bien décider de la faire suivre. Et Lilly ne pouvait pas se permettre de mettre le LEXIT entier en danger, ce serait compromettre l’intégrité de tant d’hommes et de femmes, les mettre tous en danger.

Lilly se sentait acculée, comme elle l’était physiquement, dans cet ascenseur trop petit où la chaleur commençait à se faire étouffante. Des gouttes de sueur perlaient dans son dos – elle ne saurait dire si elles étaient dues à son angoisse où à la température élevée.

« Oh, » finit-elle par répondre, d’un ton qu’elle s’efforçait à maitriser, « Je ne sais pas trop quoi dire… » prétendit-elle, espérant que le rouge de ses joues suffiraient à faire passer sa peur pour de l’embarra. « C’est vrai que le projet a l’air particulièrement intéressant, mais je n’ai pas envie d’y être intégrée grâce à toi. » Elle eut un sourire, avant de reprendre rapidement : « Oh ne te méprends pas, je trouve ça vraiment gentil de ta part. Mais tu me connais, Leo, tu sais bien que j’aime remporter mes propres victoires. » Ce n’était même pas un mensonge : Lilly avait toujours eu horreur du pistonnage, et appréciait mener ses combats seule. « Si j’entrais dans ce programme grâce à toi, je ne me sentirai pas légitime. » affirma-t-elle. « Tu trouves ça peut-être stupide, mais je suis sûre qu’au fond, tu me comprends. Je ne suis pas sûre qu’on soit si différents sur ce point... » Elle laissa passer quelques secondes. « Pour l’instant, je termine mes recherches professionnelles et mon compte-rendu. Quand il sera prêt, je le transmettrai à Meredith Kane, mais j’aurai un véritable travail sur lequel m’appuyer face à elle. »

Lilly lui lança un regard appuyé, priant intérieurement toutes les divinités moldues et sorcières qu’elle connaissait pour qu’il croit à cette histoire.

« Et puis, soyons honnêtes… Je sais que très bien que je suis brillante et que tu le sais aussi. » débuta-t-elle, moqueuse, avec une mine mutine. « Mais il serait tout de même étonnant que le ministre de la magie ait connaissance du travail personnel d’une jeune oubliator. Les gens poseraient des questions, et nous serons d’accord pour dire que ce n’est pas mon talent d’Oubliator qui nous a rapprochés, à l’époque, n'est-ce pas ? »


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Leopold MarchebankMinistre de la Magieavatar
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"Non en effet, c'est tout autre chose", répliqua le ministre en jaugeant Lilly d'un regard appréciateur. Quelque chose qui pourrait très bien se poursuivre, si on lui demandait son avis, mais la jeune femme était visiblement passée à autre chose. Qu'à cela ne tienne, il n'avait de toute façon guère le temps de lui courir après, et ce n'était pas très sage avec le moindre de ses faits et gestes épiés par la résistance.

Comme il étudiait Lilly, il nota les signes de sa nervosité et se tendit à son tour. Sa surprise avait été perceptible et il se demanda en quoi sa proposition était si étonnante, Lilly n'était-elle pas une Oubliator prometteuse et dévouée à sa tâche ? Peut-être bien que sa hiérarchie l'avait remarqué aussi et que cette proposition finirait par lui être faite, un jour ou l'autre. L'argument qu'elle lui opposa ne le convainquit pas tout-à-fait, et il conserva un moment le silence, ses méninges tournant à plein régime. Il pouvait tout-à-fait s'arranger pour que Lilly soit promue sans que cela passe pour une faveur personnelle, ou pire, une promotion canapé, elle devait bien s'en douter.

Le ministre savait que les expériences menées à Skye n'étaient pas du goût de tout un chacun, et il connaissait pertinemment ce que racontait la résistance sur ce centre de réhabilitation. Mémo-Rise avait d'ailleurs fait débat au coeur même du bureau des oubliator... peut-être avait-il tort de penser que Lilly était totalement en accord avec la ligne de conduite qui était menée à Skye. C'était une jeune femme dans la fleur de l'âge, après tout, et cette espèce là tendait à se montrer idéaliste. Qu'à cela ne tienne, il ne comptait pas la forcer ni insister d'avantage - pour le moment. Une fois son rapport remis à Meredith Kane, comme elle le soulignait elle-même, alors il serait toujours temps de revenir à la charge et de creuser un peu la question, pour voir jusqu'à quel point Lilly Callaghan était fidèle au régime et à ses grandes orientations... Car Skye constituait ce qui se faisait de plus novateur dans son domaine d'expertise. Il ne pouvait imaginer qu'elle refuse une telle opportunité, si elle se présentait une seconde fois.

"Si je considère que tu es légitime, alors, tu es légitime", ajouta-t-il finalement en haussant les épaules, les sourcils légèrement froncés. "Crois-en mon expérience, une carrière se construit avec de l'ambition, il faut savoir saisir les opportunités lorsqu'elles se présentent, peu importe d'où elles viennent. Tu veux finir le travail que tu as commencé, faire les choses dans l'ordre, très bien, je comprends. Mais ensuite, quand Meredith Kane sera impressionnée par ton travail - et elle le sera - ne gâche pas cette occasion à cause de moi. Nous avons eu une relation, certes, cela ne doit pas t'empêcher de poursuivre une carrière au sein du Ministère par auto-censure."

Il pouvait comprendre que Lilly n'ait pas envie que leur petite histoire ne soit rendue publique, qu'elle tienne à sa réputation et surtout, à sa crédibilité. Leopold ne comptait pas se mettre en travers de cela. Mais il ne comptait pas la laisser tranquille non plus. C'était certes pour d'autres talents que l'Oubliator avait su attirer son attention, mais il ne ferait pas l'erreur de la sous-estimer : cultiver et repérer les talents potentiels était essentiel pour la bonne marche de son gouvernement...

Il s'apprêtait à renchérir, quand une secousse ébranla la cage de l'ascenseur, en un grand bruit grinçant. Soudain, la cabine se remit en marche vers les étages, et une voix nasillarde se fit entendre pour les informer que l'incident était achevé.

"Sauvée par le gong", lança le ministre à Lilly avec un petit clin d’œil, tandis que l'ascenseur s'arrêtait au premier étage. "On en reparle dans quelques semaines, alors."

Sur un dernier regard appuyé, il descendit de l'ascenseur, ses dossiers dans les bras.


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« C’est vrai. » acquiesça Lilly en hochant doucement la tête suite aux paroles de Leopold sur sa carrière au sein du ministère.

Elle s’efforçait d’adopter une posture détendue, mais elle se sentait crispée sous le coup de la tension. D’un point de vue extérieur, refuser la possibilité d’entrer à Skye ne pouvait qu’être louche, surtout pour une Oubliator. Lilly avait beau se cacher derrière de grands principes, elle ne se voyait pas mettre un pied sur cette île maudite – et cela, même si elle n’avait pas fait partie de la résistance. Il fallait se rendre à l’évidence : qu’on approuve les mesures prises par Leopold ou non, Skye posait un problème éthique majeur.

Lilly le savait mieux que tout le monde : la conscience de chaque individu était une entité unique, inimitable et privée – tout comme sa mémoire. Modifier des souvenirs pouvaient altérer l’individu en profondeur – cela pouvait modifier son existence dans son essence même. C’était pour cela que les Oubliators étaient devenus maîtres dans l’art de repérer les souvenirs et de les effacer, en prenant garde à ne pas laisser de trace de leur passage. L’expérience aidant, Lilly avait appris la légimencie, talent qu’il fallait utiliser avec précaution et dont l’abus avait déjà causé de grave dégâts. La jeune femme ne se voyait pas entrer de force dans les pensées de quelqu’un, et lui faire subir l’examen de sa mémoire et de ses pensées.

Elle savait que l’instauration du bureau des Oubliators avait posé souci, des années plus tôt – cela s’en ressentait d’ailleurs sur leurs manières de travailler ; lors de leur formation, la notion de « respect en l’individu » était abordée à chaque cours. Alors oui, Skye lui posait un sérieux problème car elle savait bien ce qu’il en était, lorsqu’on regardait plus loin que les brochures épurées qui étaient distribuées partout. Elle avait vu Klemens sortir de Skye, méconnaissable, violent, apeuré. Elle avait vu son ami souffrir, hurler pendant des heures et des heures. Elle avait essayé de pénétrer dans son esprit mais il avait été rendu insondable après les modifications que les employés de Skye avaient opéré. Cela l’avait rendu folle de rage.

Lilly esquissa un léger sourire à l’adresse de Leopold, priant intérieurement tous les saints qu’elle connaissait pour qu’il la laisse tranquille. Ses prières furent exaucées lorsque l’ascenseur se remit en marche. Brusquement, elle sentit le nœud qu’elle avait au fond de sa gorge se desserrer légèrement, et le rythme de son cœur ralentir un peu.

« On dirait bien ! » renchérit-elle à la plaisanterie de Leopold, répondant à son clin d’œil par un petit sourire en coin. « Je ne manquerai pas de passer te voir. » promit-elle lorsqu’il sortit, ses dossiers sous le bras, la laissant seule dans l’ascenseur.

Les portes se refermèrent, laissant Lilly seule dans l’habitacle. Elle s’adossa à la paroi et ferma les yeux, sans parvenir à calmer les tremblements qui lui agitaient les mains depuis que le ministre avait quitté ce huis-clos. Elle avait envie de pleurer, chose qui ne lui était pas arrivée depuis un long moment. Pleurer, parce que cet entretien lui avait causé une peur immense – elle se savait déjà au bord du gouffre depuis plusieurs mois, mais c’était la première fois qu’elle se voyait vraiment vaciller. Pleurer, parce qu’elle sentait encore les lèvres impétueuses du ministre sur les siennes. Et pleurer, parce qu’elle était à bout, parce qu’elle était épuisée de sa double vie, parce que son combat lui prenait tout son temps, toute son énergie, mais qu’elle sentait encore la méfiance sur certains visages lorsqu’on s’adressait à elle, son nom étant toujours associé à ceux qui avaient causé le plus grand attentat du monde sorcier depuis des décennies.

Lorsqu’elle sentit l’ascenseur trembler – signe qu’on arrivait à son étage – la jeune femme redressa la tête, se composant un visage plus serein, le regard décidé. Elle se racla la gorge, prit une profonde inspiration, et verrouilla ses doutes, ses craintes et sa fatigue dans un coin de son cœur. Elle aurait le temps de s’en préoccuper plus tard – ou alors, elle n’aurait plus la possibilité de s’en préoccuper du tout. Pour l’instant, et jusqu’à ce qu’elle ne le puisse plus, elle dédierait tout son corps et toute son âme à la résistance.

Elle sortit de l’ascenseur et se dirigea d’un bon pas vers le bureau des Oubliators, l’âme apaisée de celle qui avait accepté son destin.

RP TERMINE Keur



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La tour de la terreur [Leoly]

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