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 Nos (très) chers voisins [Cassandre & Irving]

Irving WhitakerAubergisteavatar
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3 janvier 2010

Les bras chargés de pains spéciaux, Irving se fraya un chemin au milieu des clients de la boulangerie de sa sœur afin de quitter le petit commerce bondé. Il y avait bien un boulanger de qualité à Mallowsweet mais l'ancien Gryffondor ne faisait pas d'infidélité au clan Whitaker: Il se fournissait -et se fournirait- toujours à la Cité Nimbus dans la boulangerie de son beau-frère. Et il n'était pas le seul ! A en juger par la queue  qui s'était formée à l'extérieur, le commerce de Sue rencontrait un franc succès. Elle avait su trouver sa clientèle en misant sur le coté traditionnel avec sa baguette "La Nimbusienne" dont raffolaient les Cosmopolitains - sous entendus les bobos qui colonisaient peu à peu le centre ville de la Cité.

Hipsters barbus, vegans convaincus,... Ils étaient facile à reconnaitre avec leurs barbes parfaitement taillées et leurs bonnets à peine enfoncés sur leurs cranes. Irving aurait presque pu se faire passer pour l'un d'entre eux s'il n'avait pas porté sa barbe hirsute et son bonnet résolument rivé sur ses boucles brunes !  En ce jour de décembre à la Cité Nimbus, les températures étaient négatives et la neige tombait sans discontinuer depuis deux jours,  il portait donc  un couvre-chef uniquement pour se tenir chaud aux oreilles et non pas pour avoir l'air branché ! Cela ne semblait pas être le cas des clients de sa sœur... songea-t-il en passant un côté d'hommes lookés comme pour un défilé de mode patientant en file indienne le long de la boulangerie.

La population du centre ville s'était particulièrement renouvelée ces derniers mois. Si les familles avaient élues domicile dans les nouveaux lotissements de la ville, la jeunesse underground et arty du pays avait délaissé Bristol et son blocus pour s'emparer avec passion des pentes de la Cité.  Les anciens appartements ouvriers étaient transformés en lofts industriels, en galeries d'art, en épiceries fines ou encore en magasins de balais vintages.

Les ouvriers de l'Usine, quant à eux, étaient petit à petit  dépossédés de leurs espaces et poussés vers la périphérie de la ville... Irving constatait à chacune de ses visites prolongées à la Cité que le phénomène de gentrification gagnait du terrain. Le cœur ouvrier de la ville s'était déplacé vers l'extrémité du  quartier du Plat qui résistait encore -difficilement mais vaillamment- aux assauts des entrepreneurs... et à ceux du régime.

En effet, le Lexit avait implanté une cellule résistante dans ces terres dont Tara, la sœur d'Irving, faisait activement partie. Si l'ancien Gryffondor avait pris un peu de distance avec ces réseaux depuis l'attentat il se tenait tout de même informé des dernières actions  du collectif.

Il disposait justement d'un peu de temps devant lui pour aller rendre visite à sa deuxième sœur et aller au devant des dernières nouvelles. L'Auberge était pleine en cette période de fêtes mais les clients étaient tous partis en randonnée à la journée le matin même pour aller découvrir les licornes du parc. Irving leur avait promis qu'un repas gargantuesque les attendrait à leur retour mais il avait encore toute la journée pour s'y atteler. Enfin, presque toute la journée: Il avait rendez-vous à 14h avec Emma Winston, une médicomage de Sainte-Mangouste, pour parler de son... problème.

Irving chassa cette pensée de son cerveau- il aurait tout le loisir de se torturer avec ça tout à l'heure- et s'engouffra dans une étroite ruelle qui remontait vers le Plat. Il resserra le col de sa veste bucheron sur son cou et bifurqua pour passer devant son  ancien immeuble. Il ne voyait pas sa fenêtre de toit depuis la rue mais celles de Klemens,  à l'étage inférieur, étaient éclairées. C'était étrange de se dire que d'autres personnes vivaient là dorénavant et qu'ils étaient ici chez eux...
Le jeune homme ne s'attarda pas plus de quelques minutes et reprit le chemin en direction de la maison familiale.

Le petit jardinet des Whitaker était caché sous une épaisse couche de neige et l'allée n'était pas encore dégagée. Visiblement Tara n'avait pas pris le temps de s'en occuper ! Il faut dire qu'entre ses gardes à Sainte Mangouste et ses actions pour le Lexit, il lui restait peu de temps pour l'entretien de la maison.  Irving sortit donc sa baguette afin de se frayer un  passage jusqu'à l'entrée -il était passé maitre dans ce genre de Sortilège depuis qu'il vivait à Mallowsweet- puis il toqua à la porte, attendant une réponse de sœur. Visiblement Tara n'était pas chez elle, constata-t-il au bout de quelques minutes... Soit ! Il lui souhaiterait la bonne année de vive voix un autre jour, se dit-il en enfonçant son menton dans le col de sa veste. Alors qu'il s'apprêtait à transplanter pour rentrer à l'Auberge, une silhouette familière attira son attention dans la rue. Se pouvait-il que ce soit elle ?

Irving fit quelques pas dans l'allée, fronça les sourcils et se dérida finalement lorsqu'il fut sûr de lui :

"Harper ? Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?" lança-t-il alors avec un léger sourire.


Cassandre HarperSeptième annéeavatar
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Le regard de Cassandre suintait de mépris et tout chez elle criait l’hostilité. Dans l’encadrement de la porte, Elizabeth tint la confrontation quelques secondes avant de se détourner et battre en retraite dans le couloir. La discussion était complètement rompue entre la mère et la fille, puisque les seuls mots que Cassandre daignait lui adresser étaient des reproches voire des insultes à peine voilées. Elizabeth avait essayé de protester, au début, de se défendre mais devant la tempête de rage que représentait sa fille, elle avait abandonné. Les choses étaient très tendues chez les Harper, l’ambiance était pesante et lourde depuis des mois. Même les fêtes de Noël n’avaient pas suffit à alléger l’atmosphère. Ils s’étaient rendus en famille aux événements mondains auxquels ils étaient invités, refusant de revenir sur ce qui avait bouleversé leur vie quelques mois plus tôt. La seule chose un peu positive était la relation entre Cornélius et Cassandre, qui n’avait jamais été aussi proches. On aurait pu croire qu’apprendre qu’il n’était pas le père de sa fille aurait été plombant dans leurs liens mais au contraire : après l’annonce d’Elizabeth, ils avaient eu une longue discussion, profonde, comme ils n’en n’avaient jamais eu. Il lui avait assuré que, peu importait qu’il ne l’ait pas conçue, elle était sa fille unique et le resterait. Elle avait eu besoin de cette conversation, c’était la seule chose qui lui avait permis de ne pas exploser.

Elle avait en revanche décidé de ne jamais pardonner à sa mère. Peu importait que cela paraisse puéril, elle avait gâché sa vie et celle de son père, elle avait menti toute sa vie. De même, elle n’avait fait aucun véritable pas envers les Marchebank. Elle n’arrivait pas à se faire à l’idée qu’ils étaient liés, que Dave Marchebank était censé être son frère. Que Kessy Brooks était censée être sa soeur. Pire, que Leopold Marchebank soit son père. Elle ne savait pas quoi faire de cette information et vivait très bien dans le déni. Elle pouvait faire cela toute sa vie. Elle avait vécu dix-sept ans très bien sans le savoir et ils avaient vécu dix-sept ans sans elle. Soupirant, elle lâcha son livre et roula sur le dos sur son lit. Ça y est, sa mère avait gâché son après-midi lecture à venir taper à la porte de sa chambre comme cela. Elle pensait de nouveau à toute cette histoire alors qu’elle avait réussi à se détendre. Et elle était censée passer des ASPICS avec tous ces événements ? Sa mère avait vraiment tout gâché. Elle jeta un coup d’oeil à son réveil et décida de sortir prendre l’air. Avec la chance qu’elle avait, Elizabeth l’attendait en bas de l’escalier pour « discuter de la situation ». Bien décidée à éviter coûte que coûte sa mère, elle se redressa, attrapa son manteau à carreaux, enfila ses chaussures et dévala les escaliers sans un regard pour le reste du salon. Elle claqua la porte derrière elle et sortit dans l’allée encore un peu enneigée.

Elle avait hâte de revenir à Poudlard - et elle ne disait pas cela souvent - pour fuir la maison. Si seulement son père déménageait, elle l’aurait suivi… Mais Cornélius tenait absolument à maintenir les apparences de leur mariage. Du moins, c’est la conclusion qu’elle en tirait vu qu’il n’avait jamais évoqué le divorce. Il l’avait assurée de son amour mais avait toujours refusé de parler des relations avec sa mère. Elle était assez mûre pour comprendre, pourtant, songea-t-elle en remontant l’allée. Mais encore une fois, on la tenait à part de toutes les choses importantes de sa vie ! Vivement l’année prochaine, songea-t-elle. Elle prendrait enfin son indépendance. En attendant, elle devait survivre jusqu’au Poudlard Express pour enfin repartir tranquillement à l’école. Pourtant, pour une fois, la Cité Nimbus lui était moins désagréable avec tous ces nouveaux commerces, ces nouveaux habitants, elle avait moins l’impression d’être isolée dans le fond de chaudron du monde. Enfin, si elle, cela lui allait - ainsi qu’à ses parents qui avaient soudain l’impression d’avoir misé sur le bon hippogriffe, cela ne semblait pas être le cas de tout le monde, elle entendait régulièrement d’anciens habitants râler. Elle n’osait pas imaginer l’avis d’Irving sur l’état de son niveau quartier… Elle resserra un peu son écharpe autour de son cou alors qu’elle errait un peu au hasard dans les rues, remettant régulièrement ses cheveux nouvellement blonds derrière ses oreilles, comme pour s’approprier sa nouvelle couleur. Elle avait fait ça juste avant le Nouvel An, sur un coup de tête, pour mieux se différencier de sa mère, des Marchebank, de la manière dont on la connaissait. On prononça son nom et elle releva la tête, cherchant autour d’elle avant que ses yeux ne tombent sur une silhouette familière. Malgré elle, un léger sourire lui échappa et elle s’approcha d’Irving, les mains dans les poches.

- Je vis encore ici, malheureusement, répliqua-t-elle avec vivacité. Poudlard n’a pas encore repris, grand-père, signala-t-elle, mais derrière la pique, elle était heureuse de le revoir et cela transparaissait dans l'ouverture de son visage. La dernière fois qu'ils s'étaient vus, cela avait été au mariage de Théo et Samael, avant qu’elle ne parte à Salem, soit plus d’un an. Mais toi, qu’est-ce que tu fais ici ? J’ai appris que tu avais déménagé dans un coin encore plus rural !

Elle avait retenu le « coin paumé », par gentillesse.


   
Irving WhitakerAubergisteavatar
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Fidèle à elle-même, Cassandre ne tarda pas à être caustique. Irving ne put contenir son sourire face à ses petites piques qui lui étaient désormais familières et dont il ne se formalisaient plus.  Il fut un temps où le "Grand père" lui aurait déclenché une grimace boudeuse et une tentative de  répartie cinglante en guise de réponse. Mais aujourd'hui Cassandre venait en paix, il pouvait le voir à son petit rictus amusé qu'elle réservait à de rares personnes. Ils avaient dépassés le stade de l'affrontement depuis longtemps tous les deux et il ne restait de cette période là que des petites chamailleries inoffensives.

Irving s'approcha d'elle et s'accouda sur la barrière qui les séparait avant d'ôter son bonnet. Il était réellement heureux de la voir et si elle avait été une toute autre ancienne connaissance il lui aurait probablement donné une franche accolade mais c'était Cassandre. Cassandre, le genre de fille à se raidir pendant une étreinte ou à ironiser devant le moindre geste d'affection.

"Alors ? Blonde ? souffla-t-il en désignant les ondulations qui tombaient en cascade sur son manteau à carreaux, Ça te va bien." C'était vrai. Irving avait toujours eu un faible pour les blondes et il devait reconnaitre que Cassandre était assez jolie pour porter n'importe quelle couleur de cheveux. Toutefois, il préférait de loin son châtain foncé naturel qui mettait si bien ses yeux en valeur.

Il l'écouta évoquer Poudlard et hocha la tête à la mention des vacances. Il savait bien que c'était les congés -vu le nombre de client à l'Auberge- mais il devait avouer qu'il avait oublié que Cassie était de nouveau scolarisée au Royaume-Uni. Il s'était passé tellement de choses ces derniers mois qu'il n'avait plus vraiment de place dans son cerveau pour ce genre d'information et encore moins de place dans son emploi du temps pour ses anciens amis. Il n'avait pas vu Jeremy et Juliet depuis une éternité et il ne parlait même pas de Samael et Théo. Certes, le dernier ne faisait pas vraiment partie de ses proches mais il était indissociable de Sam. Il était sans nouvelle aussi de Samantha, de Donald et de tant d'autres...

Depuis quand était-il devenu si solitaire lui le garçon sociable et jovial ?

Depuis que tes amis tombent comme des mouches... Songea-t-il en guise de réponse.

La vision de Cassandre le ramenait des années en arrière, quand son souci le plus préoccupant était  de ne pas savoir aborder les filles. Pourtant il ne la connaissait même pas à cette époque mais elle était associée dans son esprit à l'Avant.

Avant que tout se mette à dérailler.

"Tu es bien informée à ce que je vois, répondit-il à ses observations, J'me suis installé à la campagne, dans le parc naturel du Dartmoor, j'sais pas si tu vois où c'est, souffla-t-il avant de se tourner vers la maison familiale, et j'venais rendre visite à ma frangine mais, de toute évidence, elle est pas là."

Il se retourna pour lui faire face et haussa les épaules avant de lui jeter un léger sourire.

"Ça t'dit un café ?" demanda-t-il alors d'un ton posé "histoire qu'on débrif' un an et demi de nos vies ?"

Enfin pas sûr qu'Irving puisse réellement lui révéler son quotidien depuis ce baiser qu'ils avaient échangé le soir du mariage de Samuel et Théo.

"Alors, je me suis engagé dans la résistance, j'ai fait d'la merde en tuant le numéro deux du régime, ca m'a couté mon amitié avec Chloé Hellsoft. Mon nouveau meilleur pote s'est suicidé, mes autres rares amis sont en cavale. Une tour de plusieurs centaines d'étage s'est effondrée sur moi et comme si ça ne suffisait pas mon couple bas de l'aile parce que je n'arrive pas à remonter la pente."

"C'était bien St-Andrews... ou St-Vinçent... demanda-t-il pour faire taire ses sombres pensées. Il ne se souvenait plus vraiment du nom du collège de Cassandre mais c'était l'intention qui comptait,...'fin l'école où t'étais quoi."


Cassandre HarperSeptième annéeavatar
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Cassandre porta machinalement sa main gantée à sa chevelure claire lorsque Irving mentionna sa nouvelle coloration. Elle avait encore un peu du mal à s'y faire et avait un petit moment d'ajustement chaque fois qu'elle se regardait dans le miroir. Elle aimait bien pourtant, cela changeait un peu. Elle ne faisait pas ce genre de coquetteries d'habitude mais puisque, visiblement, elle avait du sang de K-Girl dans les veines... Évacuant cette pensée de peur de ressentir le besoin urgent de se taper la tête contre la barrière - histoire de mettre ses neurones au niveau de sa nouvelle soeur - elle se contenta de hausser les épaules.

- Ça m'a pris comme ça. Une crise d'adolescence à retard, sûrement.

Si seulement... Elle était presque reconnaissante à Irving d'agir normalement avec elle, d'agir comme avant. Il ne s'était pas mis à crier "hé c'est la fille de Marchebank". Ce n'est pas ce que les gens faisaient mais elle sentait bien que leur regard sur elle avait changé, depuis que les petits secrets de sa mère et du Ministre avaient éclatés au grand jour. Elle l'avait bien senti au Nouvel An de la Haute, elle l'avait bien senti à Poudlard. Des fois, elle craignait même que le regard de son père change. Elle n'avait pas osé lui en parler, elle n'avait pas posé les mots dessus mais elle n'osait plus le contrarier, plus oser la voix en sa présence. Comme si elle ne voulait pas lui donner d'excuse pour pouvoir la repousser. Cassandre n'avait jamais été tendre avec ses parents, du moins depuis quelques années, et elle était horrible avec sa mère mais Elizabeth était coincée avec elle. Cornélius, lui, avait le choix. Elle ne voulait pas qu'il en fasse un. Kessy Brooks avait gagné un père, elle le pérorait dans les médias. Dave se voyait rajouter deux demi-sœurs mais il avait encore un père. Cassandre, elle, prenait le risque d'en perdre un pour n'en gagner aucun. Tout le monde s'en fichait, de cela. Marchebank s'en était fichu, sa mère le lui avait bien dit. Alors elle avait besoin de se cramponner fermement à Cornélius, pour qu'il ne disparaisse pas. Il avait beau lui assurer que cela ne changeait rien, elle savait que les sentiments étaient parfois plus forts que les mots. Elle serra la barrière entre ses doigts, pour canaliser ses pensées et qu'elles ne dérivent pas comme elles le faisaient tout le temps en ce moment.

- Parce que c'était pas assez la campagne pour toi, ici ? répliqua-t-elle vivement. Elle adoucit son ton pour poser la question suivante, curieuse. Avec Nora ?

C'était étrange d'imaginer que des gens presque de son âge - pour Nora en tout cas - pouvaient vivre déjà en couple. Elle, elle était plus concentrée sur ce qu'elle ferait de son année prochaine. C'était sûrement parce que dans son milieu, on restait plus longtemps chez ses parents et surtout, on se fiançait généralement - voire mariait - avant d'envisager la vie commune, c'était de meilleur ton. Mais cela ne l'étonnait pas que ces deux-là se soient lancés dans ce projet, tout comme elle n'avait pas été surprise d'apprendre qu'ils étaient ensemble... Sa mère avait tendance à papoter avec le voisinage, notamment les Whitaker et c'était assez pour obtenir pas mal d'informations, toujours utiles à replacer. Quand Irving lui proposa un café pour débriefer leur vie - c'était toujours mieux d'avoir les informations à la source après tout - elle jeta machinalement un coup d’œil en arrière, comme pour voir si sa mère allait surgir pour la rattraper, de peur qu'elle ne sauve dans la nature. À la décharge d'Elizabeth, la dernière aventure de Vivi et Cassie à la Cité Nimbus s'était terminée par une visite du Ministère. Tout cela semblait à mille lieux d'ici, désormais...

- Avec plaisir.

Elle adressa un léger sourire à Irving, surprise par cet élan de nostalgie. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas parlés. Ils s'engagèrent dans la rue, côte à côte, les mains de Cassandre bien au chaud dans ses poches. Elle haussa un sourcil circonspect à la vague mention de son année américaine.

- Abigail Williams ? Il était vraiment à côté de la plaque. Oui, c'était bien. C'était mieux que Poudlard, à vrai dire. J'étais la petite nouvelle, tout le monde était sympa, j'ai pu faire plein de choses et découvrir les États-Unis... Au final, je ne regrette pas d'y être partie. Ça a été l'occasion de vivre un nouveau départ. Un peu cliché, je sais, mais quand personne ne te connaît... Tu es plus libre, il n'y a pas d'attendus sur toi.

Elle s'était fait des amis là-bas, elle s'était beaucoup amusée. Évidemment, elle n'avait pas bouleversé son caractère mais elle avait mis de l'eau dans son vin des elfes, pour s'intégrer, cette fois-ci. Cela avait fonctionné. Elle était revenue avec beaucoup de souvenirs.

- J'étais contente de revenir, au début. Puis j'ai réalisé que l'ambiance était spéciale ici... La presse internationale ne savait pas rendre la réalité des choses. Ça craint, résuma-t-elle avec élégance. Sur tous les plans. Des fois j'ai envie d'y retourner, ne serait-ce que pour arrêter de penser à tout cela.

L'ambiance tendue du pays, les violences, les attentats. Sa vie qui n'était pas la sienne, son nom qui n'était pas le sien. Elle donna un coup de pied dans un petit tas de neige.

- Et toi ? T'es tranquille dans ta campagne ? Tu y fais quoi exactement ?


   
Irving WhitakerAubergisteavatar
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" C'est pas la campagne ici ! " s'offusqua Irving en grimaçant. Non, la Cité Nimbus était une charmante petite bourgade, n'en déplaise à Cassandre ! Tu es restée trop longtemps aux États-Unis, ajouta-t-il en secouant la tête, toutes nos villes anglaises vont te sembler ridiculement petites maintenant !"

Seule la grandeur de Leopoldgrad trouverait grâce aux yeux de Cassandre, et encore. Pour Irving, cette mégalopole était une abomination de la nature. Trop grande, trop peuplée, trop fragile... Un colosse aux pieds d'argile en somme. Il préférait de loin le charme et l'authenticité de la Cité, même avec son nouveau nom, ses quartiers réhabilités et ses habitants fraichement débarqués. La philosophie et  le mode de vie nimbusien existait toujours. Ce n'était pas pour rien si le LEXIT avait choisi d'implanter plusieurs cellules du réseau résistant en ville. Sous son apparente tranquillité, le cœur de la Cité rouge battait toujours alors que l'on ne pouvait pas en dire autant de celui de Leopoldgrad. (Si tant est qu'elle ait eut un cœur avant l'attentat qui l'avait foudroyé.  Cela restait à prouver.)

Irving hasarda un regard en direction de son amie se demandant justement ce qu'elle pensait de cette verrue, entièrement pensée par -et pour la gloire- de son géniteur. Comme tous les sorciers de Grande Bretagne, il avait appris la nouvelle par la presse. Cassandre était la fille illégitime de Leopold Marchebank. La demi-soeur de Dave et de Kessy Brooks. Honnêtement, la nouvelle l'avait laissé sans voix. Sur le coup, il n'avait pas su comment réagir. Il avait saisi un parchemin et une plume pour écrire un mot à Cassandre mais il s'était retrouvé devant sa page blanche sans vraiment savoir quoi lui dire. Il ne lui avait pas écrit une seule fois depuis qu'elle avait rejoint Abigail Williams -Et non pas St-Andrews, quel crétin- et il craignait que cette lettre ne tombe comme un cheveu dans la potion. Il était lui même plutôt pris par ses soucis, ses projets et ses problèmes si bien qu'il avait rapidement abandonné l'idée, remisant son parchemin -et cette information- au placard.

Pourtant aujourd'hui, alors qu'elle était en face de lui avec sa nouvelle chevelure blonde résultant d'une "crise d'adolescence en retard" Irving ne pouvait pas s'empêcher de regretter son geste. Il avait été si accaparé par ses ennuis, trop obnubilé par ses difficultés qu'il n'avait pas songé, une seule seconde, aborder le sujet avec Cassandre. Il savait bien comment son amie fonctionnait. Elle n'était pas du genre à parler de ses problèmes d'elle-même, ou alors en se montrant ironique ou piquante, comme elle l'avait fait un peu plus tôt en évoquant "sa crise d'ado". Quelque part, il se doutait que l'emploi de cette formulation passe partout n'était pas si anodine.

Comment le vivrait-il, lui, s'il apprenait que son père n'était pas véritablement le sien ? Il serait surement choqué, peut-être même très en colère contre ceux qui lui auraient menti, mais une chose était sûre: Bradley resterait son père à ses yeux, celui qui l'avait élevé et aimé durant toute sa jeunesse.  En était-il de même avec Cassandre ?  Comment vivait-elle cette annonce et surtout la nouvelle identité de son géniteur qui était loin d'être un illustre inconnu. Le Ministre en personne. Le nouveau dictateur du pays...

Irving n'était pas sûr de pouvoir aborder ce sujet avec elle après un an et demi de silence. Du fait de son implication dans la résistance il devait aussi se montrer prudent. Même s'il avait une entière confiance en Cassie, elle était dorénavant la fille du Ministre et il y avait fort à parier que des membres de la sécurité du gouvernement soient dans les parages en train de les épier...

Irving balaya la rue déserte du regard - comme s'il s'attendait à voir un groupe de miliciens un peu plus loin- mais ce ne fut pas le cas. Il finit par répondre à l'interrogation de Cassandre en reportant son attention sur elle:

"Oui, avec Nora. Ça fait un peu plus d'un an qu'on est ensemble maintenant, dit-il avec un sourire tendre mais un brin mélancolique aux vues de la situation actuelle de leur couple, on a emménagé tous les deux cet été." poursuivit-il en passant le petit portillon pour rejoindre Cassie dans la rue, et on tient une Auberge dans le Dartmoor National Park. A Mallowsweet pour être exact. Il faut qu'tu viennes y passer une nuit d'ailleurs. Je suis sûr que l'air de la vraie campagne te f'ra l'plus grand bien !"

En effet, Cassandre semblait un peu à l'étroit dans sa vie. Elle ne paraissait pas du tout enchantée à l'idée de retrouver son quotidien en Angleterre où elle était cataloguée depuis pas mal d'années dans la case "Furie prétentieuse". De plus, elle devait maintenant composée avec cette nouvelle étiquette "Fille illégitime du Ministre" qui devait être bien lourde à porter même si Irving savait qu'elle y arriverait. Elle avait les épaules pour survivre à ça: Au carcan de Poudlard, aux messes basses sur son passage, au poids d'une politique dont elle n'était en rien responsable mais que certains n'hésiteraient pas à lui attribuer en tant que "fille de". Oui, Cassandre était capable d'encaisser tout ça. Mais à quel prix ?
Allait-elle se transformer de nouveau en reine des pestes agressive et méchante pour tenir les autres à bonne distance ?  Irving savait que cette part de sa personnalité existait toujours en elle mais il préférait, de loin, la Cassie qu'il avait côtoyé quelque temps avant son départ: Franche et mordante certes, mais aussi empathique, à sa manière bien à elle.

Irving laissa échapper un soupir lorsqu'elle avoua avoir envie de retourner aux Etats-Unis. Il se mettait aisément à sa place. Il avait envisagé fuir ce pays de fou au printemps dernier, peu après le meurtre de Dalhiatus mais il s'était finalement ravisé. Aurait-il dû aller au bout de sa démarche? Peut-être. Il n'aurait pas été là pour voir mourir Klemens et cet enfant à Leopoldgrad. Sa relation avec Nora aurait sans doute prit une autre tournure, plus positive, et il ne serait pas contraint, aujourd'hui, de suivre une thérapie pour retrouver le goût de vivre...

"Comme je te comprends, souffla-t-il en regardant ses chaussures qui avançaient en direction du café le plus proche, tout a foutu l'camps ici après le Bloody-Sunday. Ça n'a été qu'une série de catastrophes en tout genre, de la guerre des gangs de Bristol à l'attentat de Leopoldgrad..."

Et il ne parlait même pas des autres épreuves qu'il avait eues à endurer.

"Franchement, il te reste plus que cinq mois d'école et après, rien n't'empêche de repartir aux États-Unis, dit-il en reportant son attention sur elle,Tu seras surement mieux là bas. Tu pourras être celle que tu veux, loin de toute cette merde."

Non seulement elle n'était pas heureuse ici mais elle était surtout en danger -Irving était persuadé que nombre de résistants rêvaient de kidnapper la fille du Ministre pour le faire chanter. D'ailleurs, il ne comprenait pas  qu'elle puisse  se promener tranquillement avec lui sans protection apparente. Ce foutu Ministre faisait vraiment tout de travers ! Il n'avait pas intérêt à laisser tomber Cassandre maintenant qu'il l'avait compromise en l'associant à lui.

Enfin, peut-être que Cassandre ne partageait pas son analyse, aussi ajouta-t-il:

"Sauf si bien sûr, tu préfères rester en Angleterre et faire plus ample connaissance avec Ton père ? ton géniteur ? Môssieur le Ministre ? Leopold Marchebank. "

La fin de la phrase resta un moment en suspens. Il n'avait pas besoin d'en dire d'avantage: Quoiqu'elle choisisse de faire, Irving ne la jugerait pas.

"Ça change rien pour moi tu sais, finit-il par dire en s'arrêtant pour lui faire face, Que tu sois une Harper ou une Marchebank, j'm'en fous." avoua-t-il en toute sincérité.

Elle serait toujours Cassie à ses yeux.


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