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 "En famille, tout se sait mais rien ne se dit.”[PV Dave]

Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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12 janvier 2010 – Manoir Warlock

On entendait plus que le bruit des couverts contre les assiettes, et le feu qui crépitait dans la cheminée. On aurait pu découper la tension au couteau, à défaut d’en avoir besoin pour déguster la tarte au citron servie en dessert. Des déjeuners de famille embarrassant et interminables, Eliott en avait enduré quelques-uns, mais même pour un spécialiste comme lui celui-ci atteignait un degré de gêne rarement égalé.

C’était l’anniversaire de Meredith, la sœur de son père et l’ex-femme de Léopold Marchebank. John avait insisté pour que toute la famille soit présente, arguant que c’était une période difficile pour Meredith et que voir ses proches lui ferait du bien. Si Eliott doutait de l’impact positif de ce déjeuner silencieux, il était certain que les temps devaient effectivement être particulièrement difficiles pour sa tante. Elle sortait de son divorce avec le Ministre de la magie et son fils unique venait de se retrouver à moitié paralysé après l’attentat de Léopolgrad. Personne n’avait osé évoquer le sujet et tout le monde s’efforçait de faire comme si tout allait bien, comme si rien n’avait changé. Le fait qu’ils soient tous assis autour de la table rendait la situation de Dave plus facile à ignorer mais il était évident qu’elle était dans tous les esprits. Mais on ne parlait pas de ce genre de choses, on préférait discuter de la dernière victoire des Harpies à la coupe d’Europe de Quidditch, du marché financier slovaque qui continuait de s’effondrer et d’autres sujets tous aussi neutres et inintéressants les uns que les autres. On évitait soigneusement tout ce qui se rapprochait de Léopold ou de l’attentat.

On avait questionné Andrew sur son mariage, qui n’était toujours pas annoncé, et on avait regretté l’absence de Daphnée qui se faisait de plus en plus rare aux déjeuners familiaux. L’ainé des Warlock avait excusé sa fiancée en expliquant qu’elle avait énormément de travail et vidé son verre de whisky avec une rapidité inhabituelle. Les noces d’Andrew avaient donc basculé dans les sujets à éviter et on s’était empressé de questionner Paige sur ses études à Lycaon. La benjamine s’était chargée avec plaisir de divertir les invités avec quelques anecdotes bien choisies sur ses cours de métamorphose et aurait pu faire un sans-faute si, emportée par son enthousiasme, elle ne s’était pas mise à vanter les talents de Rosaleen Marchebank, récemment diplômée de Lycaon. Son intervention avait jeté un froid et l’adolescente s’était depuis enfermée dans un silence gêné.

Sentant qu’on arrivait à cours de sujets de conversation et que son tour finirait par venir, Eliott n’avait pas levé les yeux de son assiette depuis de longues minutes. Des années d’échecs n’avaient pas réussi à le faire renoncer à la technique de l’autruche et il continuait de penser qu’il pourrait se faire oublier en étant suffisamment discret.

« Qu’est-ce que vous avez prévu avec Charlotte pour l’anniversaire de Bianca ? »

Y avait-il la moindre chance pour que sa mère ne s’adresse pas à lui ?

« On pourrait organiser quelque chose ici, suggéra Doris avec une lueur d’espoir dans le regard. Il y a de la place, et vous n’auriez rien à préparer, on s’occuperait de tout. » Winky, l’elfe de maison, s’occuperait de tout, en réalité.

Un déjeuner comme celui-ci n’était pas exactement ce dont il avait envie pour le premier anniversaire sa fille. Et Charlotte et lui avaient déjà prévu de lui faire une petite fête d’anniversaire, chez eux, un dimanche midi.

« On pensait plutôt faire quelque chose chez-nous en fait, expliqua-t-il en relevant finalement la tête. Dimanche dans deux semaines, vous êtes les bienvenus évidement… Il ne voulait pas empêcher ses parents de voir leur petite-fille, il savait comme ils adoraient Bianca. Malgré tout, il n’était pas certain que les inviter soit la meilleure des idées. Les Meyers seront là aussi… » ajouta-t-il sur le ton de la conversation, comme si c’était un détail, ce qui aurait dû être le cas.

« Et ils ont visiblement eu l’invitation avant nous… » souligna son père avec amertume sans lever le regard dans sa direction.

Nouveau silence gêné. On devait en être au douzième depuis le début du repas. Eliott fut à nouveau pris d’un grand intérêt pour les petites fleurs violettes peintes sur le bord de son assiette et plus personne ne parla pendant de longues minutes.

« Est-ce que quelqu’un veut reprendre du dessert ? lança Doris avec autant d’entrain que possible. Meredith ? »

Tout le monde déclina poliment. Le silence retomba. L’atmosphère devenait étouffante et l’hypocrisie de la situation était ridicule. Incapable de rester ainsi silencieux plus longtemps, Eliott se leva sous le regard réprobateur de son père et prétexta devoir appeler Charlotte pour sortir sur le perron quelques minutes. Une fois la porte refermée derrière lui il laissa échapper un profond soupir et songea sérieusement à transplaner pour rejoindre Charlotte et Bianca chez eux. Il finit par abandonner cette idée, on lui reprocherait cette impolitesse pendant des années et il avait suffisamment de faux-pas à son actif pour le moment. Il regarda la neige tomber, le regard dans le vague, profitant de l’air frais qui lui faisait le plus grand bien après l’atmosphère étouffante de la salle à manger.

Le claquement de la porte d’entrée dans son dos le fit se retourner et il se retrouva face à Dave. Comme chaque fois qu’il avait vu son cousin depuis l’attentat, cela lui fit un choc de le voir en fauteuil. Il ne s’y habituerait jamais. Ils n’avaient jamais été très proches tous les deux, ils avaient trop d’années d’écart et Dave avait toujours été beaucoup plus proche de Paige, qui n’avait qu’un an de plus que lui et avec qui il avait plus en commun, mais ils avaient assisté aux mêmes réunions de famille pendant toute leurs enfances et Eliott l’avait vu grandir. Il avait peine à croire que la personne en face de lui aujourd’hui était ce petit cousin chiant toujours accroché à ses bouquins à côté duquel il avait passé tous ses noëls.

Il avait l’air tellement plus vieux qu’il ne l’était réellement, et plus marqué qu’il n’aurait dû l’être. Ça n’avait pas marqué Eliott les fois où il était allé lui rendre visite à Sainte-Mangouste, en sortant du boulot. Tout le monde avait mauvaise mine à Sainte-Mangouste. C’était la première fois qu’il revoyait Dave depuis sa sortie de l’hôpital et cela lui faisait mal au cœur de le découvrir encore dans cet état.

« Salut, l’accueillit-il simplement, comme s’ils ne venaient pas de passer trois heures dans la même pièce. Chouette après-midi hein ? lança-t-il avec ironie. Désolé pour tout ça, je voudrais te dire que l’ambiance est meilleure d’habitude mais j’te mentirai… »

Les déjeuners étaient souvent un peu tendus dans la famille Warlock, surtout quand Eliott était présent. Et il n’y était jamais pour rien, évidement ! Mais la gêne aujourd’hui n’était pas uniquement due aux tensions qui subsistaient entre lui et son père, et Dave était bien assez intelligent pour s’en être rendu compte.

« Comment ça va ? demanda-t-il finalement en observant attentivement son cousin. Ils s’étaient déjà posé la question en se saluant tout à l’heure mais évidemment tout le monde avait poliment répondu que tout allait bien. Même si tout allait mal. Vraiment », ajouta-il dans l’espoir d’une réponse sincère.


Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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Dave fixait son assiette d’un regard morne qu’il peinait à faire disparaître, malgré les oeillades régulières de sa mère. C’était son anniversaire, un jour où elle aurait du sourire et s’occuper d’elle, et pourtant, elle gardait cette mine préoccupée et ce regard inquiet qui commençait à peser sur son fils. Il avait l’impression que quoiqu’il fasse, elle le regarderait dorénavant toujours ainsi, avec un mélange de tristesse, d’anxiété. Il détestait tourmenter sa mère à ce point, il avait l’impression qu’elle dormait encore moins que lui, comme si elle se sentait investie par la mission de porter le poids de son handicap à sa place. Quand son père cherchait plutôt à lui donner le courage d’avancer et l’endurcir face à cette épreuve, sa mère, elle, essayait de tout faire à sa place, tout supporter pour lui. Dave avait besoin de sa tendresse, de son écoute, de sa compassion, mais elle en faisait trop pour lui, et il voyait combien cela la minait.

Il ne savait pas comment lui en parler, mais cela commençait à beaucoup le contrarier et le culpabiliser. En attendant, pour ne pas lui faire trop de peine, il s’efforça de participer un peu à la conversation, mais cela ne dura pas longtemps. Chaque sujet retombait de toute manière vite à plat. Autre chose qui l’agaçait, tiens, toutes ces précautions que prenait sa famille à éviter les sujets délicats. Qu’on évite d’évoquer son père à la table des Warlock depuis son divorce et son remariage, ça encore, il était habitué. Mais il n’était pas stupide, l’origine de la gêne était autre, dorénavant. Il aurait apprécié que personne n’évoque l’attentat et ses répercussions -notamment sur lui puisqu’il était le plus touché autour de cette table- seulement s’il avait senti que ce n’était pas un sujet tabou. Il ne demandait rien de mieux qu’on lui parle de tout et de rien, qu’on ne ramène pas à tout va le sujet de son handicap sur le tapis avec une pitié dont il ne voulait pas, mais pas si c’était motivé par la crainte de le heurter, ou par il ne savait quelle autre retenue. C’était une autre forme de pitié, sous entendue, peut-être même de dégoût pour ce qu’il en savait. La faiblesse, physique ou mentale, n’était jamais bien tolérée au sein de leur société de sang-pur, après tout…

Si tel était le cas, si c’était ce que pensait son oncle, sa tante, ses cousins de lui, qu’il n’était plus qu’un jeune homme diminué qui leur procurait un sentiment de malaise ou de honte, eh bien, Dave préférait encore le savoir. Il n’avait jamais aimé le manque de franchise. Par pur esprit de provocation, il commençait à sentir l’envie le titiller de lancer un commentaire sur le sujet pour faire cesser toute cette hypocrisie étouffante… C’était signe qu’il devait prendre l’air, avant de provoquer un esclandre. Eliott était parti depuis plusieurs minutes maintenant, ce qui lui fournit une excuse parfaite pour s’éclipser.

« Ca fait un moment qu’Eliott est parti dis donc
, lança t-il soudain, le ton un peu trop fort pour que la plaisanterie soit vraiment naturelle, je vais vérifier s’il est toujours là. »

Personne ne chercha à le retenir, à son grand soulagement, même si sa mère lui lança un "Ne traînez pas trop !". Paige fit mine de vouloir l’accompagner, mais Dave lui adressa un bref signe de tête. Plus tard, si elle le souhaitait. Ils allaient être à l’étroit à trois sur le perron, et il n’avait pas forcément envie que les adultes surveillent leur retour. Il s’achemina avec son fauteuil sans trop de difficulté jusqu’à la porte d’entée, tomba directement sur Eliott en la claquant derrière lui. Il capta son regard et sut instantanément quel genre de pensées lui venaient en tête. Il avait l’impression que tous ses proches en le voyant se souvenaient de ce qui lui était arrivé, et c’était pour lui-même une pénible piqûre de rappel, à chaque fois. Lui qui avait toujours dépassé tout le monde d’une tête, voire plus, se retrouvait à lever la tête pour croiser le regard de ses interlocuteurs. Il ne s’y était pas encore totalement fait, pour être honnête.

« Oh, c’est pas ta faute » répondit t-il à Eliott, tandis qu’il s’excusait.

Parfois les déjeuners chez les Warlock se trouvaient plombés par l’ambiance tendue qui existait entre lui et son père, mais cette fois, Dave avait plutôt l’impression que c’était lui, le mouton noir. S’il ne s’était pas trouvé présent, l’ambiance aurait été beaucoup plus légère. Y penser le rembrunit de nouveau, ce qui lui valut sans doute le ton concerné de son cousin. Dave leva à nouveau les yeux vers lui, comme pour jauger de ses intentions. Il n’avait pas envie d’être pris en pitié, mais il n’avait pas forcément envie non plus de continuer dans l’hypocrisie. Sans dire qu’il allait bien, il allait mieux, globalement, mais ce genre de déjeuner plombant avait le don de lui rappeler assez cruellement tout ce qu’il essayait de surmonter.

« Pas si mal, dit t-il, sans feindre. J’ai pas encore retrouvé mon boulot à la banque, mais je m'y prépare, et j'ai de quoi m'occuper. Je commence à bien manier ce truc » ajouta t-il, en tapotant l’accoudoir de son fauteuil.

Il l’évoqua sans ton particulier, comme pour signifier à son cousin qu’ils pouvaient en parler sans que cela ne vire au drame. Sans être très proche de lui, Dave le connaissait assez bien pour savoir que c’était un homme simple, pas le genre à s’embarrasser de toutes les tournures qu’il aurait fallu, et il appréciait cette personnalité. A l’inverse, l’excès de tact de sa tante Doris l’ennuyait, par exemple, il savait que ce n’était pas avec elle qu’il allait discuter de comment il vivait sa nouvelle situation au quotidien. Elle en serait gênée pour lui, il le ressentirait et s’en trouverait gêné à son tour. Puis, Eliott travaillait à l’hôpital, il avait sûrement vu des cas d’accidents plus tragiques que le sien, il était présent lors de l’attentat, il avait sûrement plus de recul que les autres, du moins Dave le présumait. Face à lui, il se laissa donc aller à une certaine sincérité.

« J’essaye de pas trop m’apitoyer, avoua t-il. Même si d’autres le font pour moi… Tu as vu la tête que tirait ma mère ? On aurait dit son enterrement, franchement, pas son anniversaire… » lança t-il de son cynisme si familier, bien qu’il ne parvint pas à paraître aussi détaché qu’il l’aurait voulu. Un peu gêné, il embraya. « Enfin bref… Et toi, comment ça va ? »



Merci Vivi
Eliott WarlockAmbulancier magiqueavatar
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Dave lui parut honnête quand il lui affirma que ça n'allait pas trop mal. Tant mieux. Evidement Eliott aurait préféré l'entendre dire que tout allait bien et qu'il était heureux, mais même lui n'était pas assez optimiste pour espérer une telle réponse étant donné les circonstances. "Pas trop mal" c'était déjà bien. Le Gryffindor hocha la tête quand son cousin lui expliqua qu'il préparait son retour au travail. S'il fallait voir le côté positif de la situation, c'était une bonne chose que Dave ait choisi un métier où le fait d'être en fauteuil ne l'empêcherait pas de travailler. Cela lui ferait probablement du bien de reprendre un rythme de travail et de retrouver ses collègues, même si cela impliquait de retourner à la Marchbank. Eliott n'était pas certain qu'il aurait eu le courage de retourner sur les lieux après ce qui c'était passé, même si c'était certainement la meilleure chose à faire pour pouvoir aller de l'avant.

"Tu sais s'ils ont fini la reconstruction ? On disait que la banque serait reconstruite quasiment à l'identique, au même endroit. J'y suis pas retourné depuis..."

Et à vrai dire il espérait ne jamais avoir à y remettre les pieds. Il n'aimait pas la ville, se battait contre tout ce qu'elle représentait, et cet endroit était désormais associé à ses pires souvenirs. Il avait vu beaucoup trop d'horreurs ce jour-là, et perdu un collègue qu'il appréciait beaucoup. Un jeune ambulancier syndiqué qui se battait depuis toujours pour l'amélioration de leurs conditions de travail, et qui s'était sacrifié pour les autres. Il était mort dans les derniers éboulements, quand ce qui restait du bâtiment s'était finalement effondré. Jim avait fait partie des quelques sorciers restés jusqu'au bout à l'intérieur de la banque pour la maintenir debout à l'aide de sortilèges le temps que les victimes soit évacuées. Ils avaient vite réalisés qu'au moment où ils rompraient le fragile équilibre qu'ils avaient magiquement maintenu, ils seraient engloutis par le bâtiment en moins d'une seconde, mais ils étaient restés jusqu'au bout.

"Tant mieux, commenta-il quand Dave reprit en assurant qu'il commençait à bien manier son fauteuil. Tu vas finir par te muscler les bras finalement !"

Il n'était probablement pas censé rire de ce sujet, et encore moins se moquer de son cousin en fauteuil, mais il avait le sentiment que Dave ne demandait qu'à être traité comme avant, et en bon sportif arrogant et m'as-tu-vu Eliott s'était souvent moqué un peu de son intellectuel de cousin. Dave n'avait jamais fait partie de ces enfants qui courent partout et ne tiennent pas en place, et il avait finalement toujours été bien plus sage qu'Eliott, malgré leur différence d'âge qui aurait voulu le contraire. Mais si ne pas être très actif était une chose, ne plus pouvoir courir ou même marcher en était une autre. Eliott se demandait comment il aurait réagi à la place de son cousin, s'il aurait su s'adapter, à vrai dire il en doutait. C'était renoncer à tellement de choses... Il avait passé quelques jours en fauteuil après son accident de voiture, le temps que tout son système nerveux se rétablisse après de longs jours de comas, et il avait trouvé ça insupportable. Il était impressionné par Dave qui semblait gérer la situation mieux que la plupart des gens ne l'auraient fait.

Comme pour faire écho à ses pensées, le jeune homme reprit justement en expliquant qu'il essayait de ne pas trop s'apitoyer sur son sort. Plutôt que de se concentrer sur son propre malheur, l'adolescent semblait plus préoccupé par celui qu'il pensait causer aux autres. Eliott avait le sentiment qu'il s'en voulait visiblement de voir sa mère si affectée.

"Elle va s'habituer, il lui faut juste un peu de temps, conseilla Eliott, sans grande conviction. S'habituait-on jamais à ce genre de choses ? C'est une bonne chose d'être entouré dans ces moments-là, même s'il comprenait que cela puisse être étouffant parfois. En plus tu as hérité de la famille la plus fun du monde magique ! Sans ironie aucune, bien sûr. Tu vois un peu tes amis aussi ? Un peu de soutient et de compagnie n'était pas un luxe dans ce genre de situation. Il croyait se souvenir de l'existence d'une petite-amie mais ne savait plus vraiment où en était cette histoire et n'ose pas poser de question sur la fameuse Eva -ou Emma ?- pour le moment.  Moi ça va, répondit-il à la question de son cousin. Bianca est en pleine forme, elle grandit à vue d'oeil, et Charlotte va bien aussi."

Il était du genre à s'étaler un peu plus, particulièrement quand il parlait de sa fille et de tous les exploits qu'elle accomplissait chaque jour - elle avait récemment appris le mot "canard", ce n'était pas rien !- mais était un peu mal à l'aise face à Dave. C'était tellement injuste, que tout aille si bien pour lui alors que son cousin était cloué à un fauteuil. Cet attentat avait frappé les victimes de façon complètement aléatoire, frappant ceux qui n'avaient rien demandé et épargnant parfois ceux qui auraient mérité de ne pas en ressortir vivants. C'était lui qui était du côté de ceux qui avaient fait explosé le bâtiment, lui qui se battait contre le même ennemi que ces terroristes, et pourtant c'était lui qui allait bien et Dave qui n'allait "pas trop mal".

Sentant une vague de culpabilité l'envahir, Eliott se gratta nerveusement la nuque. Comme beaucoup d'entre eux, Eliott avait beaucoup réfléchi à son engagement auprès des résistants depuis l'attentat, se demandant s'il avait vraiment fait le bon choix. C'était une question qui ne quittait jamais vraiment son esprit, qui le tenait éveillé la nuit. Parfois il était convaincu qu'il se battait pour la plus juste des causes, pour leur liberté à tous, mais cette conviction était souvent mise à rude épreuve, comme elle l'était en ce moment même.


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