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 Tourner dans le vide [Isobel & Abel]

Abel LaveauArchimage urbanisteavatar
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Dernière édition par Abel Laveau le Dim 23 Juil 2017 - 23:01, édité 1 fois
25 décembre 2009, à la Nouvelle-Orléans


« Tu sembles préoccupé. »

Le ton de sa mère affirmait plus qu’il n’interrogeait, Abel aurait pu nier qu’elle ne l’aurait pas cru. Il renonça à feindre quoique ce soit et garda momentanément le silence. Sa mère devait en savoir de toute manière bien plus qu’elle ne le laissait paraître, comme d’habitude… Dotée d’un don de clairvoyance assez remarquable, Adeline Laveau avait facilement taillé sa place au sein de son coven, pour ses aptitudes à lire les auras et les coeurs comme s’il s’agissait d’un alphabet. Au sein de la société, en revanche, elle s’était rapidement rendue compte qu’elle attirait une grande méfiance, car personne n’aimait se sentir percé à jour, sans pouvoir y faire quoique ce soit. A ses sens, les gens se montraient continuellement bavards, même quand aucun mot ne franchissaient leurs lèvres : il n’y en avait pas besoin, des impressions, des flashs, des bribes de pensées et des relents d’émotions parlaient pour eux. Adeline les captaient comme on capte le bruit des voitures qui passent dans sa rue : elle ne pouvait s’y fermer totalement, mais elle pouvait régler l’attention qu’elle y portait.

Avec le temps, elle avait appris à garder son don le plus discret possible, passant volontiers pour quelqu’un de solitaire et secrète. Même avec son fils, elle taisait ses facultés le plus possible pour lui laisser son intimité, se refusant à tenir un rôle de mère trop étouffante. Mais Abel n’ignorait pas qu’elle en savait bien plus qu’elle ne le laissait croire en règle générale, il était prêt à parier qu’elle se doutait fortement -si elle ne l’avait carrément vu- des origines de ses tourments, et que le seul but de ce commentaire était de lancer la conversation. Si elle commençait à lui en parler plutôt que de garder ça pour elle, en revanche, c’est qu’elle invoquait son droit de mère de lui tirer les vers du nez. Ce qui supposait qu’elle s’inquiétait pour lui, et cela embêtait Abel. Il n’avait aucune envie que sa mère s’aventure davantage et creuse ce sujet, alors il s’empressa de détourner son attention :

« Ca va, ne t’en fais pas. Je peux avoir encore un peu de poulet ? »

Si cela pouvait corriger un peu le tir… Il avait conscience de ne pas avoir montré autant d’appétit que d’habitude en cette période de fêtes, sa tante Gabrielle lui en avait même fait la remarque le soir du réveillon. Effectivement, Abel était préoccupé et pas qu’un peu. Depuis le début des festivités de Noël, il n’avait pas réussi à ne pas laisser ses pensées se diriger vers Isobel, à chaque fois qu’il n’était plus suffisamment occupé. Il savait qu’elle était à la Nouvelle Orléans pour le célébrer avec son grand-père, un projet qui remontait à la dernière fois qu’elle était venue, en septembre. Elle reprenait doucement ses marques avec sa famille, et il n’était pas là pour l’épauler cette fois. Elle lui avait complètement fermé la porte, quand lui-même avait à l’inverse une envie de plus en plus dévorante de l’approcher à nouveau. Alors, depuis trois jours qu’il était de retour chez lui, il se torturait la tête à se demander comment tenter de la contacter, que lui dire, si c’était bien raisonnable ou pas… Sa mère lui servit plus de nourriture qu’il n’était nécessaire sous son regard absent, tout en lançant laconiquement :

« André te passe le bonjour, je l’ai croisé ce matin, à l’église. Il regrette que tu ne sois pas encore venu le voir. »

Ah. La voilà qui insistait.

« Je passerai chez lui, alors. »

Ce qui était vrai, mais il n’était pas tout à fait honnête sur la personne qu’il cherchait véritablement à voir en allant chez André. Si le ton d’Abel cherchait à clore la conversation, Adeline s’aventura à répliquer, après quelques minutes de silence :

« Il y avait aussi sa petite fille avec lui. Je l’ai rarement sentie aussi tendue face à moi. »

Sa « petite-fille ». Elle ne prononçait même pas son nom, songea Abel, en évitant consciencieusement le regard de sa mère. Lui n’avait pas besoin de don de clairvoyance en revanche pour voir qu’elle nourrissait une forte méfiance à l’égard d’Isobel, comme à peu près les trois quarts du quartier, maintenant. Personne n’aimait beaucoup les déserteurs, chez eux.

« Ah oui ? Tu es un peu intimidante, il faut dire. »

Il sut à la façon au ton pincé que prit sa mère qu’il n’avait pas dit ce qu’elle voulait entendre. Pour être honnête, il faisait un peu de provocation pour la dissuader de s’aventurer davantage sur le sujet, mais cela ne fonctionna pas vraiment.

« Eh bien, tu dois tenir de moi, mon garçon, parce que j’ai eu le sentiment que ta présence aurait empiré les choses. Vous êtes en froid, tous les deux ? »

Un peu bruyamment, Abel reposa ses couverts et se leva, piqué à son tour.

« Laisse tomber, Maman, il n’y a rien.
-C’est pour rien que tu quittes la table en plein milieu du repas, alors ? le rabroua t-elle. Reste finir ton assiette, on n’en parlera plus. »

Ils ne parlèrent même plus du tout jusqu’au dessert, l’ambiance ombrageuse entre le fils contrarié qu’on mette le nez dans ses affaires personnelles, et la mère incapable d’exprimer son inquiétude autrement. Elle ne chercha toutefois pas à le retenir en le voyant inventer une vague excuse pour sortir. Abel se trouva en quelques minutes de marche dans les rues du Carré Français, plongé dans ses pensées, répondant distraitement aux voeux que lui formulèrent quelques habitants sur son passage. Sacrée ambiance de Noël, songea t-il un peu amèrement. Il n’avait pas du tout la tête à la fête, revenir ici lui rappelait sa dernière visite avec Isobel et tout ce qui en avait découlé. Abel se sentait pris de fréquentes vagues de remords, qui l’avaient vidé de son animosité envers elle. Il regrettait beaucoup la façon dont leur relation était brutalement revenue au point de départ, voire plus bas encore.

Il avait tout eu le temps d’y réfléchir, un temps qu’il n’avait pas pris quand il avait fallu, mais maintenant il était certain d’une chose. Il n’avait aucune envie que cette situation où ils s’ignoraient purement et simplement devienne leur quotidien pour le restant de leurs jours. Il préférait encore qu’elle lui témoigne franchement de la colère, plutôt que de se sentir comme quelqu’un qui avait disparu de son existence. Il avait déjà disparu une fois, il n’était pas sûr de pouvoir encaisser une seconde. Alors il devait faire quelque chose, n’importe quoi, tenter de lui parler, se heurter à un mur s’il le fallait. Ils étaient capables de renouer quelque chose, ils avaient commencé à le faire, et il avait fallu de nombreuses confrontations avant qu’ils y parviennent. Alors Abel ne s’attendait pas à ce que ça soit de tout repos, mais il comptait bien essayer. Rester à supporter cette situation lui paraissait de plus en plus intenable.

Le perron si familier d’André offrait un cadre presque rassurant à cette première approche. Davantage que celui d’Isobel, à Oxford, en tout cas, qui avait connu cette fameuse scène où il était venu chercher Madison, sans savoir qu’elle logeait chez elle… Avant de se laisser le temps de changer d’avis, il sonna à la porte d’entrée, puis attendit un temps qui lui parut infini. Il espéra très fort tomber directement sur Isobel plutôt qu’André. Si elle ne souhaitait pas le voir, et il se préparait mentalement à cette possibilité, au moins, il n’aurait pas à affronter les questions du vieil homme.

La porte finit par s’ouvrir et réaliser ses prières. Pour autant, il n’eut pas l’impression d’en mener bien large face à la jeune femme, qu’il n’avait probablement pas vue d’aussi près depuis bien trois mois.

« Salut, lança t-il, un peu incertain, avant d’ajouter : Joyeux Noël. »

Oui, c’était bizarre de venir comme ça, et lui souhaiter un bon Noël comme si de rien n’était. Ce début de conversation manquait cruellement de naturel, mais en même temps, commencer par les politesses de base cela lui permettait d’évaluer si Isobel était prête à lui claquer la porte au nez ou pas. Avant qu’elle ne le fasse d’ailleurs, il ne tarda pas trop à reprendre sur ce qu’il venait vraiment chercher :

« Est-ce qu’on peut parler un peu toi et moi ? »


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Isobel ne fêtait plus Noël depuis des années, plus vraiment. Elle acceptait toujours de travailler ces jours-là et se commandait un bon dîner ou bien allait au cinéma. Les salles étaient toujours vides et elle savourait mieux son film. Évidement, elle se sentait toujours un peu seule mais elle s’efforçait de ne pas y penser, ce n’était l’affaire que de quelques jours. Des fois, elle le fêtait avec des amis, Roy l’année dernière mais c’était plutôt rare. Eux, ils avaient des familles. Et pour la première fois depuis longtemps, elle en avait une également. Elle était revenue à la Nouvelle-Orléans pour y passer les fêtes auprès de son grand-père et autant dire que l’expérience était particulière. Elle avait perdu l’habitude des réveillons familiaux alors se retrouver autour d’une table avec son grand-père, ses tantes Caroline et Isadora, sa mère (tout le monde avait été surpris de la trouver là et encore plus de la voir se comporter à peu près correctement), son oncles, ses cousins, les pièces rapportées et les gamins qui couraient autour de la table dans le salon réaménagé en grande salle à manger, avait quelque chose de complètement surréaliste. Il y avait eu des moments de tension, des silences et des piques échangées - notamment entre les trois soeurs - mais au final, cela s’était étonnamment bien passé. Son grand-père semblait aux anges et en revenant de la messe de Noêl, il les avait tous pris dans ses bras. Au final, chacun était rentré chez soi dans la nuit, les enfants endormis dans les bras, sauf son cousin Victor, qui vivait dans une ferme profondément enfoncée dans le bayou, qui avait passé la nuit chez André avec sa femme et ses deux petites filles. Au final, quand Isobel était partie se coucher, elle en était arrivée à la conclusion que, sans meurtre, c’était plutôt une fête de famille réussie.

Cet après-midi encore, la maison habituellement calme de son grand-père était agitée par Agathe et Camille, les filles de son cousin, qui découvrant leurs nouveaux jouets avec enthousiasme. Isobel devait avouer qu’elle avait oublié de leur acheter un cadeau, elle avait pensé qu’ils passeraient Noël tous les deux, André et elle, mais elles n’avaient rien remarqué. Et puis même, elle n’avait rien reçu non plus, si ce n’est un bracelet de André et un livre de cuisine de sa tante Caroline. Elle avait apprécié le geste. Les deux petites étaient notamment les nouvelles propriétaires d’une voiture télécommandée qui klaxonnait régulièrement et qui avait déjà roulé trois fois sur son pied. Tandis que les petites couraient partout dans la maison avec la voiture, André, Victor, Pauline, sa femme et Isobel prenaient le café dans la cuisine après le déjeuner et Isobel restait silencieuse, observatrice des fois de cette vie de famille qu’elle avait fui et qu’elle cherchait à réintégrer et pensive d’autres fois. Isaac lui semblait un peu distant, même si elle ne le connaissait pas beaucoup, elle avait noté un changement d’attitude un peu étrange qu’elle ne comprenait pas vraiment. Il lui avait envoyé un hibou pour Noël mais c’est tout, lui qui était plus prolixe il y a une semaine… Elle ne savait pas trop quoi penser mais elle essayait de ne pas s’y attarder. De toute manière, elle n’avait pas vraiment l’habitude de ce genre de relations alors elle ne comptait pas théoriser sur ce qui était normal ou pas. Cela ne l’inquiétait pas vraiment de toute manière, elle-même était assez occupée. Mais elle aimait bien Isaac, elle aimait bien la relation qu’ils instauraient même si c’était tout nouveau pour elle. Elle essayait d’orienter sa vie dans un nouveau sens : sans renoncer à ce qu’elle était, elle avait retrouvé une envie perdue depuis longtemps ; elle voulait rendre fières certaines personnes. Elle voulait rendre fier son grand-père, sa grand-mère. L’attentat l’avait profondément effrayée. Elle avait toujours pensé qu’elle avait le temps, le temps de faire ses comptes et d’équilibrer son karma et Leopoldgrad lui avait prouvé que non.

Elle avait été mise face à des angoisses désagréables, un sentiment de solitude qu’elle avait fui et qu’elle devait maintenant affronter. Elle n’arrivait pas à se débarrasser de l’impression tenace que sa mort n’aurait pas changé la vie de grand-monde. Sa famille vivait sans elle depuis longtemps, ses amis s’en remettraient au final. Isobel avait envie de vraiment compter pour quelqu’un, profondément. Elle avait envie, elle avait toujours envie mais elle l’avait repoussée au loin en comprenant qu’elle ne l’aurait jamais, d’être la priorité de quelqu’un. C’était profondément égoïste mais elle s’en fichait. Pour la première fois depuis dix-sept ans, elle avait envie de réessayer. Elle avait pris l’habitude de ne compter que sur elle-même mais à force de renouer avec sa famille et son passé, elle avait envie d’autre chose. C’était peut-être ça vieillir : avoir peur de mourir dans l’indifférence. C’était un peu pathétique mais tant pis, elle s’y ferait. Elle commençait déjà, elle se pliait aux fêtes de famille, elle n’avait pas râlé en étant présentée comme « Tante Isobel » aux enfants et elle n’avait pas mis le jouet en hauteur quand il lui était passé sur le pied pour la deuxième fois.

- Je voudrais agrandir les boxes, tu vois, racontait Victor au sujet de l’élevage de cerbères de son père, qu’il était en train de reprendre, histoire de. Papa pense que c’est une dépense inutile, mais bon, tu vois, j’me disais que…

La sonnette interrompit sa phrase et Armstrong, le chien de son grand-père aboya bruyamment dans le jardin. Les visages se tournèrent vers le salon, de l’autre côté du couloir et Isobel fut la première à se lever.

- J’y vais, lança-t-elle.

Cela devait être encore des membres de la famille qui venaient présenter leurs voeux de Noël : ils passaient le réveillon entre branches, cellules familiales réduites et un grand diner réunissant tout le monde était organisé le vingt-six au soir, dans la grande salle du temple. Néanmoins, en attendant, les gens venaient saluer André, très apprécié au sein du coven. Elle traversa le salon en évitant du papier cadeau qui trainait encore près du fauteuil grenat et tourna la poignet ronde pour ouvrir la porte. La grande silhouette qui apparaissait en ombre chinoise derrière la vitre en verre dépoli se révéla et elle fronça les sourcils en reconnaissant Abel. Ils n’avaient pas parlé depuis leur horrible discussion à l’hôpital et c’était volontaire. Elle avait pris à ce moment-là la décision de le sortir de sa vie et elle s’y tenait. Ils se faisaient du mal, il lui avait fait beaucoup de mal et elle avait besoin de passer à autre chose. Elle l’avait laissé approcher d’elle et il en avait profité pour la blesser volontairement, pour se venger. Elle ne voulait plus jamais lui adresser la parole. Forcément, avec Isaac, si cela continuait, elle serait amenée à le croiser mais en attendant, elle s’en portait très bien. Être à la Nouvelle-Orléans faisait remonter des souvenirs douloureux et elle n’avait pas envie de le croiser. Même à la messe de Noël, hier soir, elle s’était placée dans les premiers rangs dès qu’elle l’avait aperçu avec sa famille sur le parvis, pour ne pas  le voir. Elle ne comprenait pas qu’il vienne jusqu’ici. Il avait vraiment envie de venir lui balancer des vacheries le jour de Noël ? Méfiante, elle ne répondit pas à sa salutation et encore moins à son « joyeux noël ». Il se fichait d’elle ? Elle avait le coeur qui battait la chamade. Il voulait parler ? La dernière fois qu’il avait voulu parler, elle avait eu l’impression d’être poignardée une seconde fois après l’attentat. Il était hors de question qu’elle se laisse atteindre une nouvelle fois. Elle refusait de le laisser jouer avec elle une nouvelle fois. Sa réponse lui sembla évidente. Son ton ne fut ni énervé, ni agressif. Il sonna comme une constatation, une froide et clinique constatation.

- Non. Je pense que nous avons tout dit. Je pense que tu en as assez dit.

Et sa main rejoignit le battant pour refermer la porte d’entrée.


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Evidemment, si décrocher une conversation avec elle était une entreprise si simple, cela se serait produit plus tôt. Abel s’attendait à un refus de la part d’Isobel, mais cela ne lui fit pas moins mal. Le ton qu’elle prit, catégorique, sec, fut un énième transpercement, lent et froid, dans son coeur. Elle ne voulait pas lui parler, ni maintenant, ni jamais, elle ne montrait même pas de colère envers lui, qui aurait montré qu’elle était un peu touchée. Non, elle refusait juste, d’un ton sans appel, comme la conclusion logique et inévitable à laquelle elle était arrivée, et dont elle ne démordrait pas si facilement.

Si ce fut dur à encaisser, Abel ne se laissa malgré tout pas démonter. Il avait eu tout le temps de se préparer, de se blinder, de s’armer de toute la patience qu’il lui faudrait pour espérer démêler le sac de noeuds qu’était devenu leur relation. Il n’était pas encore suffisamment désespéré pour abandonner tout de suite. Son avant-bras vint se poser en rempart contre la porte qu’Isobel tentait de refermer, décidé à ne pas se laisser claquer la porte au nez comme cette fois-là, sur son pallier.

« Attends. S’il te plaît. »

Son ton s’était affermi, mais sonna malgré tout comme une supplique plus qu’un ordre. Il ne demandait pas grand-chose, deux minutes, peut-être même une, juste de quoi lui laisser une dernière chance. Son regard chercha sur le visage d’Isobel un signe, même infime, qu’il avait encore un peu d’importance pour elle, juste de quoi lui donner envie de l’écouter une dernière fois. Elle, elle en avait pour lui, il avait tenté de renier ça, et il le regrettait, sincèrement. Il s’était montré malhonnête envers elle et envers lui-même, parce qu’il avait pris peur en voyant leur relation fragile prendre un tournant qu’il n’était pas prêt à assumer. Comme il se sentait aller trop loin, il avait fait un gigantesque bond en arrière, pour s’en prémunir, et maintenant elle était en train de s’éloigner à son tour, définitivement, ou presque, s’il ne tentait pas de la retenir. L’urgence pour lui n’était même plus de régler ce « truc » ambigu qui était apparu entre eux, il en aurait tout le temps plus tard. Pour le moment, tout ce qui lui importait était simplement de réussir à l’atteindre, dans le bon sens du terme, cette fois. Il voulait qu’elle se retourne pour lui, pas qu’elle se détourne. Il voulait exister de nouveau à ses yeux, retrouver quelque chose avec elle. Il s’occuperait de définir ce quelque chose plus tard, et surtout il le ferait avec elle, pas dans son coin à se poser mille questions, interpréter, surinterpréter et se fourvoyer lui-même.

Telles étaient les nouvelles résolutions qu’il s’était répétées ces derniers jours. La tâche la plus difficile maintenant était face à lui : réussir à en convaincre Isobel. Cette fois, il s’était un peu préparé avant de venir, et il savait qu’elle ne le laisserait pas éternellement bloquer sa porte, alors il déclara, le regard planté dans le sien :

« C’est le contraire, je n’ai pas tout dit… Et je regrette notre dernière conversation. Je regrette beaucoup d’autres choses, et j’aimerais que tu me donnes une chance de t’en parler.
Son coeur tambourinait dans sa poitrine. Pas forcément tout de suite, si tu n’en as pas envie. Je voulais juste t'en faire part, et… que tu y penses. »

Il était prêt à attendre le temps qu’il fallait, car il comptait bien s’accrocher, cette fois. Il se présenterait à elle autant de fois qu’il le faudrait pour réussir à obtenir cette audience. Après ça, elle pourrait le rayer de sa vie si elle le voulait. Il voulait juste cette chance, cette dernière, de lui dire ce qu’il avait sur le coeur, de le lui dire réellement. Car tout ce qu’il avait fait jusqu’à maintenant en ayant cette intention, c’était de se défouler sur elle. Il n’en avait plus l’intention, il avait bien d’autres choses à lui dire, à reconnaître, à avouer face à elle, et son regard brillait de cette résolution.


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La voix d'Isobel avait été implacable mais au fond d'elle, elle tremblait. Elle ne s'était pas préparée à revoir Abel et comme la dernière fois, à l'hôpital, elle ne savait pas ce qu'il faisait là. Il avait été très clair : il avait juste voulu obtenir sa vengeance et bien c'était fait. Il y avait eu assez de dégâts. Il avait fait assez de dégâts comme cela, depuis un an. Elle ne pourrait pas supporter quelque chose de plus, elle n'en n'avait pas la force et pas le courage. Elle voulait juste qu'il la laisse tranquille. Rien que de se tenir face à lui, elle avait un étau douloureux dans la poitrine, la même sensation de douleur qu'elle avait ressenti lors de leur dernière conversation. Lorsqu'il intercepta la porte, elle sursauta presque, tant elle était tendue. La voix de la raison en elle lui souffla de ne pas faire d'esclandre avec sa famille qui se trouvait à quelques mètres parce qu'elle ne voulait pas leur devoir d'explications. Ils devaient déjà tendre le cou pour savoir qui avait sonné et viendraient sûrement s'en enquérir très vite. Ce fut la seule raison qui la retint de refermer la porte de force. Elle en avait assez qu'Abel lui impose sa présence. En Angleterre, dans sa vie en sortant avec Madison, à l'hôpital, profitant de ses blessures. Il pouvait dire ce qu'il voulait d'elle, mais elle ne le reconnaissait pas non plus dans cette cruauté. À Sainte-Mangouste, elle l'avait presque supplié de la laisser tranquille. Mais, inlassablement, il revenait. Elle ne savait plus quoi faire pour faire cesser cette situation.

- Non, répéta-t-elle, rentre chez toi.

Elle tenta de forcer sur la porte pour que Abel retire son bras mais cela n'eut aucun effet. La présence de sa famille accentuait sa nervosité et sa main se crispa sur le battant de bois. Son cœur battait trop vite, sa blessure au ventre recommençait à la lancer et elle avait cette sensation oppressante dans la poitrine. La panique la gagnait, une violente angoisse, une sensation maintenant familière face à Abel. Elle avait peur de la tournure que pourrait prendre cette conversation, peur de ce qu'il était encore venu lui dire pour la blesser. Elle en était venue à avoir peur de lui. Elle ne l'aurait jamais cru mais c'était le cas, elle le percevait dans les sensations désagréables qui l'étreignaient et l'envie de fuir le plus loin possible qu'elle ressentait. Elle n'avait même plus la force de se battre contre lui, elle avait abandonné maintenant. Il avait gagné, elle lui laissait tout. Elle voulait juste qu'il la laisse tranquille, désormais. Elle baissa les yeux quand il la fixa, secoua légèrement la tête alors qu'elle l'entendait reprendre la parole. Il n'avait pas tout dit ? Vu la teneur de leurs dernières conversations, elle ne voulait pas savoir les autres horreurs qu'il avait à lui balancer à la figure. Elle était la personne la plus méprisable qu'il connaisse, elle l'avait abandonné, elle n'était qu'une horrible garce égoïste. Elle avait compris. Il la détestait. C'était lui, qui avait été blessé dans l'histoire, non ? Lui qui souffrait, lui la victime, elle la méchante. Elle, ça allait. Elle, elle allait toujours bien. Elle avait bien compris, il n'avait pas besoin de lui répéter.

Pourtant, cette fois-ci, Abel ne disait rien d'agressif. Il parlait même de regrets. Il voulait qu'ils parlent. Isobel aussi voulait qu'ils parlent, avant. C'était tout ce qu'elle demandait. Mais maintenant, c'était trop tard, elle ne ferait pas la même erreur trois fois. Elle ne retomberait pas dans ce piège là. Croire que les choses se passeraient bien, croire qu'ils pourraient s'entendre, croire qu'Abel pourrait avoir pour elle ce qu'elle attendait de lui. Elle avait retenu la leçon, cette fois-ci. Elle ne supportait plus ce froid et ce chaud qu'il soufflait, elle n'en pouvait plus. Il revenait en Angleterre, ils s'écorchaient puis il lui faisait croire qu'il tenait à elle, pour mieux la rejeter derrière. Il venait taper à sa porte et elle pensait qu'il faisait un pas vers elle. Il sortait avec Madison. Il venait à l'hôpital. Il finissait par la blesser encore plus profondément. Elle ne pourrait pas supporter un épisode supplémentaire. Dès qu'il s'approchait, elle finissait par être blessée. Il lui faisait du mal. Ils se faisaient du mal et elle n'en pouvait plus. Elle se mit à secouer la tête frénétiquement, tandis que sa voix perdait son timbre froid pour laisser apparaître son agitation intérieure.

- Non, je pense que tu as été très clair, au contraire. Elle se coupa, pour que sa voix ne tremble pas. Tu as dit ce que tu pensais vraiment, il n'y a pas de regrets à avoir. T'inquiètes pas, tout le monde te donnera raison parvint-elle à cingler, tu peux avoir la conscience tranquille.

Elle enfonça ses ongles dans la paume de sa main avec violence, parce qu'elle ne pleurerait pas une nouvelle fois face à lui. Elle avait déjà assez pleuré. Elle poussa sur la porte de nouveau.

- Tu m'as donné assez de matière à penser pour toute une vie, Abel. J'en veux pas plus.


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Isobel lui paraissait désormais nerveuse, fuyante, tendue. La situation lui déplaisait, c’était évident, et Abel s’en voulait de ne pas réussir à la mettre en confiance, même en prenant son ton le plus doux, ses mots les plus précautionneux. Renverser la vapeur allait être difficile, très difficile même. Encore une fois, elle le repoussait, et probablement qu’elle l’aurait fait plus fermement si sa famille n’observait pas derrière.

Il eut toutefois le sentiment qu’elle écoutait ce qu’il déclarait pour la convaincre de sa bonne foi. C’était un premier pas, et il sut au tremblement de sa voix qu’il avait peut-être même fait vaciller quelque chose en elle. Abel n’avait rien de plus que ces infimes signes auxquels se raccrocher, alors il y était triplement attentif, car tout le reste venant d’Isobel, qu’il s’agisse de ses mots, de son expression, de ses gestes, trahissaient plutôt une envie de le repousser le plus loin possible. De se protéger de lui, comprit t-il, à sa conclusion, à son attitude. La résistance qu’il opposait contre la porte pour l’empêcher de la fermer s’affaissa légèrement face à ce constat. Elle n’était pas tendre avec lui, elle était même sans pitié, mais c’était sûrement le juste retour du fait qu’il ne l’avait pas été avec elle. Une seconde, il ferma les yeux, envahi par le remord, puis souffla contre la porte, la tête baissée :

« Non, je n’ai pas la conscience tranquille. Je me fiche de ce que peuvent dire les autres. »

Ce qui lui importait, c’était son regard à elle, celui qu’elle portait sur lui, et il était visiblement devenu bien sombre. Abel ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. Il en avait le coeur serré, de la voir si distante, mal à l’aise, froide et apeurée face à lui. Elle le renvoyait à sa juste place de persécuteur, il en avait assez fait, disait t-elle. Elle n’en voulait pas plus. Il l’avait déjà trop blessée. Abel était capable de le voir, de le constater à la façon dont Isobel réagissait face à lui, même s’il n’avait pas forcément conscience du nombre et de la profondeur de toutes ces plaies dont il était à l’origine. Elle, comme lui, n’avait pas su exprimer à l’autre cette sous-face cachée de l’iceberg, toutes les raisons de cette rancoeur purulente qui se dressait comme un barrage tenace entre eux, restes de vieilles blessures du passé, ravivées, approfondies par des coups plus récents. Pendant un temps, jusqu’à très récemment encore, Abel n’avait vu que cela, que ses propres meurtrissures. Maintenant, il voyait celles d’Isobel, elles étaient là, présentes, ancrées, assez douloureuses pour les séparer. Il n’en comprenait pas tous les tenants et aboutissants, mais avait t-il cherché à comprendre ? Abel était persuadé que la raison pour laquelle ils peinaient tant à se comprendre était qu’ils ne se parlaient pas. Ils s’accusaient. Sans relâche.

Il ne voulait plus le faire, cela les menait sur un chemin qu’il ne voulait pas suivre, celui où ils finissaient simplement par se détester mutuellement. Il voulait revenir en arrière, à ce carrefour où d’autres possibilités s’étaient offertes à eux. Il avait envie d’entraîner Isobel par la main avec lui, il voulait qu’elle lui fasse à nouveau assez confiance pour réessayer de prendre une autre voie. Parce qu’il savait désormais qu’il ne ressentait pas uniquement cette forte animosité à son égard, bien loin de là. Il s’était plusieurs fois senti plein d’empathie pour elle, il avait partagé sa tristesse en lui apprenant la mort de Michelle, son anxiété quand elle avait fait son retour auprès de sa famille, sa fierté en apprenant qu’elle était sortie diplômée de Salem, en réalisant ainsi l’un de ses rêves d’enfance. Enfance qu’il avait adoré se remémorer à ses côtés, il s’était amusé à se rappeler leurs bons souvenirs, il s’était senti troublé en se baladant avec elle sur les bords du Mississippi. Il s’était beaucoup inquiété quand il avait su pour l’attentat. Il avait ressenti une véritable peur lui nouer les entrailles à l’idée de la perdre, encore, définitivement. Il l’avait embrassée. Il avait même aimé l’embrasser.

Son coeur se serra à nouveau. Tout ce qu’il voulait, c’était retrouver quelque chose dans cette longue liste, n’importe quoi. Pour cela, il devait d’abord se faire pardonner, retrouver un peu grâce à ses yeux. Il s’y prendrait à plusieurs fois s’il le fallait, et il savait par quoi il devait commencer.

« Je suis désolé, Isobel. Pour tout ce que je t’ai fait. »

Résigné, sa main lâcha enfin la porte contre laquelle il cessa de s’appuyer, la laissant libre de la refermer, cette fois. Elle pouvait faire ce qu’elle souhaitait de ses excuses, les repousser encore, ne pas y croire. Il les présentait malgré tout, en espérant qu'elle y donnerait juste suffisamment de crédit pour qu'elle se sente un jour prête à ce qu'ils en parlent.


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Le coeur d'Isobel battait fort dans sa poitrine et elle ne parvenait pas à se concentrer. Elle tentait de lire l'aura d'Abel mais trop d'émotions se bousculaient en elle pour qu'elle parvienne à vider son esprit, troublant ainsi sa perception des choses. Elle n'aimait pas être privée de ce pouvoir et de cette information, il aurait fallu qu'elle  se calme, qu'elle s'apaise. Sa main se crispa un peu plus sur l'encadrement en bois de la porte. Elle le vit fermer les yeux et s'affaisser légèrement, comme touché par ce qu'elle venait de dire. Il n'y avait pas de quoi pourtant, c'était un simple constat. Il avait révélé le fond de ses pensées et il s'en voulait pour ça. Juste retour des choses, songeait Isy avec amertume. Pour autant, elle n'avait pas envie de le soulager de sa mauvaise conscience. Que pensait-il ? Il la traitait comme un chaudron abimé, avouait qu'il avait fait tout ça pour se venger d'elle, la faisait se sentir comme une moins-que-rien puis débarquait chez elle avec sa tête de chaton triste pour se faire pardonner et se sentir mieux dans sa vie. Isobel n'avait pas envie de lui donner son absolution, tout simplement parce qu'il l'avait profondément blessée. Tant pis pour sa conscience souillée, c'était une juste punition pour tout le mal-être qu'il avait pu engendrer chez elle et qu'il engendrait chez elle. N'était-ce même pas ce qu'il lui avait dit, une fois, l'année dernière ? Qu'il avait besoin de la confronter pour lui faire entrer dans la tête qu'elle n'aurait pas dû agir comme cela ? Et bien c'était pareil, désormais. Elle avait envie qu'il culpabilise pour qu'il réalise qu'il n'avait pas le droit de se comporter comme cela avec elle.

- Je ne suis pas désolée pour toi, répondit-elle donc d'une voix un peu rauque.

C'était sa vengeance à elle. À toute petite mesure, par rapport à la douleur qu'elle avait ressenti mais tant pis. Une voix dans son esprit lui souffla qu'elle trouvait vengeance ailleurs, auprès d'Isaac... C'était un retour de manivelle pour cette histoire avec Madison. Elle ne savait pas ce que ça faisait à Abel mais si cela pouvait ne serait-ce que le contrarier alors elle en était satisfaite. Qu'il ressente un peu ce qu'elle avait ressenti tout ce temps là. Qu'il réalise un peu ses actes plutôt que de se croire au dessus de tout. Il l'avait jugée tellement fort pour son attitude avant d'agir exactement pareil. Abel se donnait de grands airs mais c'était du vide derrière. Qu'il se sente mal, songea-t-elle avec mesquinerie, comme elle s'était sentie. Cela n'atteindrait jamais le quart du mal-être qui l'avait agitée mais cela serait déjà une petite consolation. Ce n'était pas sain, ce n'était pas adulte mais c'était sûrement terriblement humain. Cela ne rentrait pas dans ses nouvelles résolutions, de l'oublier et de le sortir de sa vie mais tant pis. Elle avait bien le droit à une rechute ; c'était lui qui était venu la chercher de toute manière... encore une fois. La dernière fois qu'elle avait vraiment cherché à lui parler, c'était en septembre. Depuis ce jour-là, c'était lui qui était revenu vers elle, soit pour lui montrer qu'il sortait avec Madison, soit pour la malmener à l'hôpital, soit là, pour épancher sa culpabilité. Elle n'était pas sa poubelle émotionnelle.

La conversation aurait pu s'arrêter là. Lui, cherchant à apaiser sa culpabilité, elle, le repoussant une nouvelle fois pour essayer de passer à autre chose, enfin. Elle avait mis des années, la dernière fois, des années à arrêter de penser à lui. Elle ne voulait pas retomber dans les mêmes schémas et elle préférait couper court à tout, prétendre qu'il ne s'était jamais rien passé, prétendre qu'ils ne se connaissaient pas. Prétendre qu'il n'était pas important. Elle y arrivait presque, en y pensant très fort. Mais la conversation ne s'arrêta pas là. Abel fit quelque chose qu'elle n'aurait pas pensé possible, lui qui n'avait même pas été touché à l'hôpital quand elle l'avait presque supplié de la laisser passer à autre chose. Il s'excusa. Des excuses qui paraissaient sincères. Pour la première fois depuis longtemps, il ne s'excusa pas sur ce qu'il avait pu dire, sur la manière dont il l'avait dit - comme si elle n'était qu'une pauvre hystérique qui interprétait tout de travers - ou d'avoir causé un "malentendu", non. Il s'excusa pour ce qu'il avait fait. Cela lui fit un coup au coeur alors qu'elle aurait tellement voulu être indifférente. Sa main se détacha du battant de bois, incapable de savoir quoi répondre à cela.

Une partie d'elle était touchée par ces excuses, ces mots tant attendus. Spontanément, son premier réflexe était d'accepter, de manière un peu désespérée, comme pour trouver dans ce geste envers elle de quoi panser ses plaies. Mais très vite, sa méfiance naturelle reprenait le dessus. Pourquoi s'excusait-il ? Pensait-il que cela changerait quelque chose à leur situation ? Qu'elle changerait d'avis quant au fait de le sortir de sa vie ? Pensait-il vraiment que des excuses suffiraient après tout ce qui s'était passé ? Des mois de silence, puis des mots horribles, il avait tout fait pour la blesser et quoi, s'excuser pourrait tout effacer ? Une sorte de trêve de Noël ? C'était trop facile. Et si elle n'avait pas envie de lui pardonner ? Elle n'avait pas envie. Parce que pardonner, c'était comme dire que ce n'était pas grave, tout ce qui s'était passé, alors que cela l'était. Abel l'avait renvoyée à ses angoisses les plus profondes, sans le moindre remords et pire : il l'avait fait volontairement. Il avait réussi à briser tous ses efforts d'une vie pour être indépendante, pour être certaine qu'elle ne serait jamais plus désespérée d'être rejetée par quelqu'un. Il lui avait fait vivre ce qu'elle avait fui en quittant la Nouvelle-Orléans il y a seize ans, juste pour se venger. Elle ne voulait pas le pardonner. Pardonner serait comme dire "pas de problèmes, oublions tout cela" or elle ne voulait pas oublier : elle avait besoin que cela lui serve de leçon une bonne fois pour toute et ne plus jamais, jamais se retrouver dans une situation similaire. Mais dès qu'Abel était là, cela cassait tout. Elle n'y parvenait pas. Et elle avait décidé qu'elle ne serait plus cette fille-là.

Mais tout cela, Isobel était incapable de l'exprimer alors qu'elle fixait Abel, le coeur battant la chamade dans sa poitrine et l'esprit embrouillé. Elle ne parvenait pas à formuler de réplique sèche et percutante qui aurait pu la faire passer pour maîtresse de la situation, sûre d'elle. Non, à la place, elle était là à sa porte, à le regarder, absolument perdue, partagée entre des courants contraires. Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis la referma. Elle avait l'impression d'avoir le cerveau qui avait cessé d'opérer, toute sa perception n'étant plus qu'un coeur battant trop fort et des émotions trop contradictoires pour en sortir quelque chose de correct. Une raison supplémentaire à son éloignement. Elle avait besoin de pouvoir penser clairement. Et Abel qui restait là, face à elle, incapable de comprendre qu'il devait s'en aller. Après tout, il lui avait dit au revoir à l'hôpital. Pourquoi est-ce qu'il revenait encore ? Elle était incapable de gérer ce chaud et ce froid. Il était cruel de lui faire cela.

Brusquement, une main se posa sur son épaule et elle sursauta. Victor se tenait derrière elle, vêtu de sa chemise bleue. Il la dépassait de deux têtes et faisait face à Abel. Elle ne l'avait pas entendu arriver. Sa famille devait se demander pourquoi elle prenait tant de temps face à la porte.

- Ah tiens, salut Abel. Joyeux Noël, lança son cousin, tapotant légèrement l'épaule d'Isobel. Elle avait senti son regard se baisser sur elle. Tu veux entrer ?
- Non !

L'exclamation était venue à Isobel naturellement, comme la seule expression que quelque chose fonctionnait encore en elle. Elle avait encore un instinct de survie et non, elle ne voulait pas qu'Abel entre et s'infiltre encore plus dans sa vie qu'il ne l'était déjà. Son regard se posa de nouveau sur lui, pas pour le dissuader de ne pas passer le pas de la porte mais pour dire que non, s'il te plaît. Elle n'avait pas le courage de faire une esclandre face à sa famille. Elle n'avait pas le courage de le repousser indéfiniment, pas quand il venait avec des excuses. Elle avait besoin que lui le fasse, aussi pathétique que cela puisse paraître. Pour une fois, elle avait besoin qu'il l'écoute.


Isobel Lavespère
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Dire qu’Isobel n’était pas très réceptive était un euphémisme. Elle le regardait toujours avec défiance, et porta même un coup à Abel en lui refusant la moindre compassion. Il n’avait jamais été très doué en relations humaines, vexant facilement les gens -parfois sans le vouloir-, peinant à exprimer ses émotions véritables. Face à Isobel, il se sentait d’autant plus démuni qu’il se mettait une certaine pression pour réussir à retenir son attention. Abel n’avait pas l’habitude de courir après qui que ce soit, mais il était aussi quelqu’un de très pugnace quand il avait un objectif en tête. Peu importait s’il devait s’y reprendre à deux, trois, dix fois pour réussir à arranger les choses avec Isobel. S’il parvenait à la toucher, même légèrement, à chaque fois, c’était déjà une progression.

Et il eut le sentiment d’être peut-être arrivé à quelque chose quand il formula ses excuses, car cette fois, aucune réponse cinglante ne franchit les lèvres de la jeune femme. Elle resta immobile à le fixer, Abel en fit de même, à soutenir son regard. Peut-être voyait-il ce qu’il avait envie de voir, mais il avait l’impression de déceler sur son visage un certain trouble, comme si ses paroles traçaient un chemin tortueux dans son esprit. Lequel ? Donnait t-elle du crédit à ces quelques mots, brefs, mais réellement sortis du coeur ? Cherchait t-elle au contraire une entourloupe ? Réfléchissait t-elle à un moyen de le mettre dehors pour ne plus avoir à l’écouter ? Peut-être était-ce un mélange, car la seule chose qu’Abel parvenait à deviner face à son absence totale de réaction était qu’elle devait se sentir tiraillée.

Volontairement, il resta sur le pas de la porte, tant qu’elle ne prenait pas la décision de le congédier. Il ne désespérait pas qu’elle finisse par accepter de lui parler, peut-être même dès aujourd’hui, avec un peu de chance. Abel sentit d’ailleurs l’importance de cet instant d’hésitation, c’était l’occasion ou jamais de tenter de faire un peu plus pencher la balance. Mais au moment où il ouvrit la bouche pour reprendre la parole, une troisième personne fit irruption, brisant leur petite bulle. Abel avait quelque peu omis la présence de plusieurs Lavespère dans cette maison familiale et il dut faire l’effort de masquer sa contrariété d’être interrompu.

« Salut Victor, joyeux Noël à toi aussi. »


Il s’efforça d’adresser un sourire au cousin d’Isobel, un de ceux avec qui il avait pas mal sympathisé à cette époque où il se rapprochait de leur famille pour mener les recherches et se serrer les coudes. Mais son arrivée venait de refermer brusquement cette minuscule ouverture par laquelle Abel aurait pu s’engouffrer, il le vit à la façon dont Isobel s’opposa à la proposition de son cousin. Cette dernière venait de retrouver ses esprits et poussa une exclamation qui laissa planer un étrange silence. Abel attrapa le regard perplexe que Victor posa sur sa cousine, qui venait de faire preuve d’une certaine impolitesse quand on ignorait tout le contexte. Il redescendit son regard vers elle et s’aperçut qu’elle le fixait avec une intensité qui ne laissait guère de place aux tergiversations. Son message subliminal était aussi clair que celui qu’elle avait laissé échapper à voix haute. Elle ne voulait pas de lui ici. Elle n’était pas prête.

Avant que la situation ne devienne trop étrange, et pour ne pas laisser le temps à Victor de poser la moindre question, Abel prit la parole en se focalisant sur lui. Il parvint même à coller un sourire poli sur sa figure pour tenter de faire oublier la tension palpable.

« C’est gentil, mais je passais juste en coup de vent. Il faut absolument que je passe voir Alexandre, je suis déjà en retard. » inventa t-il.

Une courte hésitation suspendit ses paroles.

« Mais peut-être plus tard. » Ses yeux se portèrent brièvement sur Isobel, avant qu’il ne se détourne. « Saluez André de ma part. »

Sur ces mots, il fit demi-tour, le coeur battant un peu plus vite que d’habitude. Il avait réussi à avoir quelques minutes avec Isobel, il avait pu passer son message, c’était une petite avancée. Comme il l’avait annoncé d’entrée de jeu, il venait simplement lui formuler ses intentions, en espérant qu’elle y réfléchirait de son côté, car il n’avait pas dit son dernier mot.

FIN DU RP


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Tourner dans le vide [Isobel & Abel]

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