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 Fix you [Emma W. & Dave]

Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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1er décembre 2009

Si son hospitalisation était terminée depuis dix jours, Dave n’avait pas pour autant l’impression d’avoir pris une distance avec les couloirs blancs de Sainte Mangouste. Il devait venir régulièrement pour sa rééducation et ses visites de contrôle, au rythme de trois fois par semaine pour le mois de décembre, l’avaient prévenu les médecins, avant de passer à deux en janvier, puis progressivement baisser. Sa sortie impliquait tout un suivi extrêmement balisé, entre les visites chez l’ergothérapeute, le kiné, le psychologue, et la médicomage coordonatrice, qui suivait l’ensemble de son dossier. C’était cette dernière que Dave devait venir voir une fois par semaine, une certaine Emma Winston, qui suivait son cas depuis sa première opération. Il n’était pas le seul, il savait qu’elle suivait plusieurs patients depuis l’attentat, mais il était probablement celui à qui elle avait affaire le plus souvent. Perdre l’usage de ses jambes impliquait toute une série de conséquences qui nécessitaient un suivi serré, que Dave découvrait de jour en jour et qui n’impliquaient pas seulement le fait d’apprendre à se mouvoir en fauteuil roulant. C’était fou tout ce qui dans le corps humain était lié à la moelle épinière, et comme son dysfonctionnement pouvait provoquer plein de troubles d’ordre digestif, urinaire et sexuel…

Que des choses sympathiques que Dave ne pouvait gérer seul, dont il avait encore honte de parler, même à ses médecins. Alors il venait rarement en étant de bonne humeur, bien au contraire. Il détestait ces visites, détestait cet état dans lequel il était, détestait ce corps qui avait déjà plusieurs défauts avant, mais dont il avait toutes les raisons du monde de complexer aujourd’hui. Mais il suivait malgré tout son programme assidument, parce qu’il avait hâte de retrouver un peu d’indépendance. Une infirmière venait le voir tous les jours au manoir pour s’occuper de tout ce qu’il ne pouvait pas encore faire tout seul, ce qu’il vivait encore comme une forme d’humiliation. Un peu naïvement, peut-être, il avait espéré que sortir de l’hôpital signifiait qu’il était prêt à se prendre davantage en charge que lorsqu’il était alité et qu’on faisait quasiment tout pour lui. Il avait vite constaté que ce n’était pas le cas, et que la seule chose qu’il gagnait en sortant était le réconfort de retrouver un environnement familier.

Il devait se résoudre à accepter l’hôpital comme sa seconde maison pour le moment, tâche ardue, car remettre les pieds ici lui rappelaient constamment son accident. On l’avait prévenu qu’il lui faudrait énormément de patience et de courage pour surmonter cette épreuve. Pour le moment, Dave avait surtout le sentiment d’être habité par énormément de colère, d’injustice et parfois d’abattement. Son humeur fluctuait à longueur de journée, il devait prendre des potions pour trouver le sommeil malgré les contre-indications de ses médecins, car il prenait déjà beaucoup d’autres potions dans le cadre de ses soins. On restait toutefois tolérant avec lui, on lui passait facilement toutes ses demandes, une situation dont Dave ne se sentait même pas le coeur de profiter. Le plus souvent, il avait envie qu’on se tienne à distance de lui et qu’on lui fiche la paix. Il se sentait diminué quasiment à tous les moments de sa journée et par fierté, refusait encore que trop de ses proches en soient témoins.

S’il y avait un lieu où il ne pouvait pas se permettre ce luxe en revanche, c’était justement l’hôpital. Il savait que le docteur Winston allait tout vérifier, lui poser de multiples questions auxquelles il n’aurait pas envie de répondre pour la plupart, mais par lesquelles il était nécessaire de passer pour son rétablissement. Dave le savait, mais cela ne l’empêchait pas de bien montrer que tout cela ne l’enchantait guère. La mine morose, comme d’habitude, il traversa les couloirs du rez-de-chaussée, poussé par une infirmière, le regard fixe face à lui, tandis qu’ils arrivaient à la porte du docteur Winston. Ni lui, ni elle ne virent débouler à un croisement un adolescent qui devait être à peine plus jeune que lui, et trébucher en manquant de tous les faire tomber. Il se retint de justesse à l’épaule de Dave, qui ploya et grimaça sous son poids.

« Pardon m’sieur, j’vous avais pas vu ! » s’exclama aussitôt le garçon en se redressant précipitamment.

Monsieur ? Avait t-il l’air si fatigué pour qu’il s’adresse à lui comme s’il avait dix ans de plus ? A moins que ce n’était l’effet du fauteuil roulant ? Profondément agacé par son commentaire et par la douleur qui le saisissait à l’épaule, Dave pesta sans retenue :

« Eh bah regarde mieux où tu vas ! Franchement ! T’as deux cognards à la place des yeux pour foncer à l’aveuglette sur les gens comme ça, ou quoi ?
-J’ai pas fait exprès, se défendit l’autre.
-Ca va aller, plus de peur que de mal, tenta de tempérer la jeune infirmière qui s’occupait momentanément de Dave.
-Dites ça pour vous ! Il m’a détruit l’épaule ! »

Le vacarme qu’il fit dut alerter autour, car la porte du docteur s’ouvrit justement, face à eux. Dave, qui était passé de son humeur morose à son humeur exécrable, la salua d’une voix forte :

« Bonjour, docteur Winston. Avant que vous ne me posiez la question, non, je ne vais pas bien. En plus de devoir me taper le trajet jusqu’à ce charmant hôpital tous les deux jours, je tombe sur des énergumènes qui ne savent même pas marcher droit de leurs deux jambes, et je ne parle pas de moi. »

Il ne se formalisa même pas du « Monsieur Marchebank, enfin » mi-embarrassé, mi-réprobateur que souffla son infirmière derrière lui, se moquant bien de la choquer. Il était handicapé à vie, de méchante humeur à vie, et il ferait toutes les remarques politiquement incorrectes qui lui passeraient par l’esprit sur le sujet si ça le chantait.
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Emma Winston ~ Médicomage



Emma se tenait debout au milieu de sa salle de consultation, les bras chargés de divers documents qu’elle devait trier. Des dossiers au papier jaune lévitaient face à elle et les voir faisait prendre conscience à la sorcière du nombre de patients qu’elle suivait. Sur chaque dossier étaient écrits les noms des patients avec en rouge leurs affections et on pouvait voir sur certains le tampon de l’hôpital apposé par Emma pour signifier l’importance du dossier. Depuis les attentats, elle se servait un peu trop souvent à son goût de ce pense-bête pour trier ses dossiers. A vrai dire, toutes les victimes de l’attentat qu’elle suivait avaient leur dossier avec le tampon de l’hôpital, que ce soit des cas graves ou bénins, c’était un moyen pour elle de se donner une idée de l’envergure des répercussions de l’attaque terroriste. La médicomage examina les résultats d’une analyse sanguine avant de les laisser s’envoler vers le dossier du patient correspondant où elles se glissèrent dans un léger bruissement. A l’hôpital, l’agitation des premières semaines était plus ou moins retombée et Emma avait retrouvé son poste habituel et des occupations plus traditionnelles. Après être restée quelques temps aux urgences et en chirurgie où elle effectuait les premiers soins, la sorcière s’occupait désormais des soins de suite et de la convalescence des patients en coordonnant leurs différents traitements et suivis médicaux. Son rôle était de s’assurer du bon rétablissement de ses patients en leur proposant elle-même des traitements adaptés ou en prenant rendez-vous pour eux auprès de ses collègues spécialistes comme des psychomages, ostéomages ou encore kinés. Elle coordonnait donc tout ce petit monde avec beaucoup d’implication et récupérait les comptes-rendus de ses collègues qu’elle rangeait précieusement dans ses dossiers.

Emma recevait parfois des patients qu’elle et ses collègues avaient pris en charge dans les premières heures ou premiers jours qui avaient suivis les attentats, ces patients là, Emma les recevait plus souvent que les autres parce qu’ils avaient été plus touchés ou parce que leur convalescence demandait plus d’implication. Le plus important de ces patients était Dave Marchebank, paraplégique suite aux attentats. Il faut dire qu’Emma avait été honorée de se voir attribuer le cas du fils du ministre, mais elle tâchait de ne pas le laisser paraître. Dave était un patient comme les autres et même si elle prenait peut-être un peu plus de précautions avec lui qu’avec une autre personne, il fallait qu’elle reste professionnelle et égalitaire dans son approche médicale. Comme on le lui avait appris à la faculté, l’important était d’instaurer un climat d’écoute et d’empathie tout en imposant une certaine autorité, et cela avec n’importe quel patient.
C’était justement avec Dave Marchebank qu’elle avait rendez-vous dans quelques minutes et en attendant, elle s’était lancée dans le tri de sa paperasse pour penser à autre chose l’espace de quelques instants car recevoir Dave pouvait être considéré comme une épreuve. Non pas parce qu’elle ne l’appréciait pas, mais parce que son suivi demandait beaucoup d’énergie, qu’il n’était pas toujours de bonne humeur et parce qu’il avait seulement un an de plus que son fils Steven et, parfois, Emma se disait que cela aurait pu être lui. Elle prenait alors conscience que tout le monde pouvait être touché et comprenait la détresse de Dave : si jeune, et une partie de sa vie anéantie.

Alors qu’elle terminait de trier ses dossiers, des éclats de voix venant du couloir attirèrent son attention. En vérifiant l’heure sur la grande pendule suspendue à un des murs blancs de la salle, l’origine du remue-ménage se confirma dans son esprit et, d’un coup de baguette, la médicomage fit léviter les pochettes jusqu’à son bureau où elles se rangèrent par ordre alphabétique dans un des tiroirs. Elle réajusta sa robe verte impeccable et son chignon avant d’ouvrir la porte sur une infirmière qui accompagnait Dave Marchebank visiblement agacé par un jeune garçon en visite à l’hôpital. Les paroles de Dave lui tirèrent un léger sourire qui accompagna ses salutations.

« Bonjour Monsieur Marchebank, ravie de vous revoir. Vous avez l’air d’aller mieux, l’ironie est un parfait indicateur de votre état psychologique. Elle prit la place de l’infirmière derrière le fauteuil roulant et l’orienta pour pénétrer dans la salle de consultation. Merci miss, je prends le relais. Et merci de raccompagner ce jeune homme vers la sortie, qu’il fasse plus attention la prochaine fois, je ne tiens pas à ce que mes patients soient blessés. » Face à la réprimande de la médicomage, le jeune homme s’éclipsa rapidement, flanqué de la jeune infirmière.

Emma poussa Dave jusqu’à son bureau d’où elle écarta d’un mouvement de baguette les chaises au ton sombre qui s’empilèrent dans un coin de la pièce.

« Bien, faites voir votre épaule, dit-elle en posant sa main avec douceur sur l’épaule endolorie du jeune homme pour l’examiner. Ce n’est rien, une douleur accentuée par votre état, je vais arranger ça, un petit sort devrait suffire. »

La sorcière utilisa rapidement un charme anti-douleur sur l’épaule du sorcier puis contourna le bureau pour s’asseoir sur son fauteuil avant de sortir le dossier de Dave de son tiroir, lui aussi marqué par le tampon de Ste Mangouste.

« Alors Dave, comment allez vous ? Il venait de lui dire à sa manière qu’il n’allait pas bien mais cette question était importante et inévitable. Généralement, les patients se lançaient d’eux-mêmes dans une tirade où ils énuméraient tout ce qui n’allait pas chez eux, certains lui conseillaient même, à elle, quelles potions et quels soins elle devait leur prescrire, comme si elle ne connaissait pas son métier. La médicomage enchaîna en ouvrant le dossier du jeune homme.
Je vois que vous faites des progrès avec votre kiné, et votre ergothérapeute m’a dit que vous étiez un très bon élève, ajouta-t-elle en feuilletant les nombreuses pages du dossier. Avec les différents exercices qu’il vous propose et les efforts faits avec votre kiné, les douleurs et difficultés actuelles ne seront bientôt plus qu’un souvenir. Elle détourna son attention du dossier et se concentra un instant sur la mine de son patient en lui souriant. Comment se passent vos nuits ? Il serait désormais préférable de réduire la prise de potions, du moins les espacer pour finalement les arrêter. »

La qualité du sommeil était importante aux yeux d’Emma et tous les médicomages savaient que l’usage abusif de potions hypnotiques n’était pas recommandé, surtout que Dave prenait d’autres potions en plus.
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« Bien sûr, faire des sarcasmes m’aide à mieux dormir la nuit » répliqua t-il du tac au tac, tout aussi ironique.

La méchante humeur de Dave s’était réveillée et n’était pas prête de partir, peu importaient la gentillesse et la patience de ses interlocuteurs. Bon indicateur psychologique, bah voyons, des foutaises, songea t-il avec agacement. Il avait toujours eu cet humour cynique, et il n’était pas sûr que le fait qu’il en fasse davantage soit un bon signe. Mais le docteur Winston portait un regard optimiste sur les choses, c’était peut-être dans son caractère, ou tout simplement ce qu’elle devait faire en tant que médecin pour aider les patients à survivre à leur quotidien. Dans tous les cas, Dave n’aimait pas ça. Dans ses plus mauvais jours, il s’obstinait à démonter tous les arguments de son médecin, juste pour prouver que non, tout ne finirait pas par s’arranger. Il n’y croyait pas. Cette douleur qui lui enserrait la poitrine en se regardant tous les matins depuis un mois n’avait pas disparu, ni même diminué.

On le fit entrer dans le bureau qu’il connaissait désormais bien. Il n’aimait rien, ici. Le simple fait de regarder le lit sur lequel on allongeait les patients si nécessaire, sur un côté de la pièce, lui rappelait les jours interminables qu’il avait passé enfermé dans sa chambre d’hôpital. Puis son regard se portait sur tout l’attirail d’instruments médicaux rangés dans des bacs, ou accrochés au mur du fond, et cela achevait de le hérisser, instinctivement. Il avait passé beaucoup trop d’examens entre ces murs, c’était moralement fatiguant d’enchaîner les visites médicales, pour s’entendre répéter toutes les précautions qu’il devait prendre, les difficultés auxquelles il devait se préparer.

Malgré tout, Dave se laissa faire sans broncher pendant que le docteur examinait son épaule et posait un sortilège qu’il sentit couler comme un liquide chaud et apaisant sous sa peau. Si cela soulagea sa douleur, le sort n’emporta pas pour autant sa morosité. Ronchon, Dave évinça sa première question d’usage :

« Comme la semaine dernière. »

A savoir qu’il se sentait nerveux, irascible, fatigué, tourmenté, fréquemment sujet à de grosses pertes de moral, et qu’il n’avait plus le goût à grand-chose. Un état normal pour son cas, lui répondrait t-elle sûrement. Cela pourrait être pire, au moins, il n’était pas en proie à des envies suicidaires. Relativiser était la seule arme qui lui restait. Il se contenta de hocher la tête aux progrès que lui énumérait Winston, il savait déjà tout ça, les médecins concernés le lui avaient dit. Mais il n’arrivait pas à se sentir satisfait de lui. Il n’arrivait pas à se sentir fier de difficilement parvenir à faire des choses qui lui venaient sans même réfléchir autrefois. Il avait l’impression que tout allait bien trop lentement, et surtout, les exercices qu’il faisait avec ses thérapeutes lui semblaient incroyablement infantilisants, ce qui avait le don de le blesser dans son amour-propre. Il en était réduit à ce qu’on l’applaudisse dès qu’il parvenait à replier complètement son torse contre ses genoux…

Il n’en dit rien au docteur, mais réagit en revanche dès qu’elle lui assura que ses douleurs finiraient par disparaître.

« Vraiment ? Combien de temps cela prendra, selon vous, docteur ? Moins de temps que le reste de ma vie, j’espère ? »

Rectification, relativiser était sa meilleure arme après son humour noir. C’était plus fort que lui, Dave était encore habité d’un grand pessimisme face à ses chances de se redresser de cette épreuve. Il lui semblait encore impossible de se faire à sa nouvelle condition, qui ne lui apportait que des désagréments, dans presque tous les aspects de son quotidien. La qualité de son sommeil était un exemple parmi d’autres. Ses sourcils se froncèrent quand Winston lui parla de prendre moins de somnifères.

« Mais je commence juste à retrouver des nuits à peu près correctes, protesta t-il, si je baisse ma dose, je risque de refaire des insomnies, non ? Ce qu’il ne voulait pour rien au monde. Ces potions me donnent un vrai sommeil de plomb, sans cauchemar » ajouta t-il, comme dernier argument pour la convaincre.  

Il ne voulait pas passer pour un drogué, mais ces somnifères magiques étaient sa seule bénédiction de sa journée, lui garantissant un long et lourd sommeil. Même si, paradoxalement, il avait tendance à se sentir fatigué en journée.
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Emma Winston ~ Médicomage



Les patients qu’Emma voyait le plus souvent étaient généralement les plus pénibles. Mais Dave Marchebank faisait partie des moins… disons, amicaux. Sa mauvaise humeur et ses sarcasmes n’étant pas de son côté. Emma ignora sa réplique cinglante et le poussa dans la salle de consultation avant de s’occuper de l’épaule endolorie de son patient. La médicomage ne pouvait que comprendre le jeune homme, – le pouvait-elle vraiment ? - il devait se faire à son handicap, apprendre à vivre avec, surmonter les difficultés que cela engendrait, mais tout ça impliquait de tourner progressivement la page de son ancienne vie. Tout recommencer, réapprendre des gestes qui semblaient banals et automatiques avant son accident… Toutes ces contraintes, Emma les connaissait pour avoir rencontré plusieurs personnes en invalidité depuis le début de sa carrière, mais en être la victime et être contrainte de les expérimenter, elle n’avait aucune idée de ce que cela pouvait être. Face à Dave, elle en prenait vraiment conscience et remerciait le ciel d’être encore debout.
Grognon, son patient écarta sa première question rapidement. Il n’y avait rien de surprenant dans sa réponse, le fait que son état s’améliore considérablement d’une semaine à l’autre relèverait du miracle, mais Emma s’accrochait à l’espoir, qu’un jour, il lui dise qu’il allait beaucoup mieux depuis le début de sa convalescence et qu’il ne les remercierait jamais assez pour ce qu’ils avaient fait, elle et ses collègues. Un jour peut-être.

La médicomage nota quelques mots sur une des pages du dossier de Dave où les dates successives de leur rendez-vous s’alignaient. Depuis plusieurs semaines, les éléments à noter étaient moins nombreux. Emma voulait croire que c’était signe que l’état de Dave s’améliorait mais cela indiquait plus une stagnation de son état général qu’une amélioration.
Elle se lança ensuite dans l’énumération des comptes-rendus de ses collègues spécialistes qui suivaient Dave. C’était peut-être superflue mais le faire était important pour elle qui tâchait de faire prendre conscience à Dave des progrès qu’il avait réalisés depuis son accident. Il n’était plus cloué au lit, retrouvait une certaine autonomie et était capable de réaliser des mouvements et des actions qu’il ne maîtrisait pas encore il y a quelques semaines de cela.
La médicomage releva les yeux sur son patient quand celui-ci usa de son humour noir qu’elle commençait à connaître. Prenant une profonde inspiration, elle croisa ses mains sur le bureau.

« Ne soyez pas si pessimiste Mr Marchebank. Je comprends vos appréhensions et le regard que vous portez à votre situation mais nous faisons de notre mieux pour que vous puissiez vous remettre convenablement de votre accident, vous recevez les meilleurs soins, je vieille à ce que ce soit le cas, et vous remontez la pente plus vite que vous ne le pensez, croyez-moi. Elle marqua une pause pour adresser un sourire encourageant au jeune homme. La route est longue et, comme je vous l’ai déjà dit, il faut vous attendre à devoir fournir des efforts tout au long de votre convalescence. L’honnêteté était primordiale dans son métier mais c’était toujours dur pour elle de rester sincère et professionnelle face à des personnes en situation de handicap comme Dave à qui il fallait dire de manière détournée que plus rien ne sera comme avant. Une fois terminé, cet épisode ne sera plus qu’un souvenir, qui restera là certes, mais vous retrouverez un rythme de vie habituel. »

Elle n’avait pas voulu dire « normal », elle qui détestait le terme de normalité et peut-être qu’elle était trop douce et profonde avec son patient mais c’était comme ça qu’elle fonctionnait. Elle songea à un de ses collègues qui avait une approche plus détendue qu’elle et qui aurait sûrement gratifié Dave d’un « Haha et oui c’est compliqué de perdre l’usage de ses jambes mais vous allez voir, dans deux mois, tout ira comme sur des roulettes ! ». Et ça fonctionnait. Certains patients devaient être énergisés par ce médecin farfelu. Emma était sûre que s’il était à sa place, Dave ressortirait de l’hôpital avec des bonbons que le personnel donnait aux enfants pour les féliciter, à chaque visite, il aurait droit à son petit caramel donné avec un retentissant « Et un petit bonbon pour la route ! Ne vous perdez pas en chemin ! ». Chacun sa façon de procéder.

Dave Marchebank enchaîna sur sa prise de somnifères qui l’aidait à passer des nuits sans cauchemars et qu’il ne voulait pas arrêter. Réaction courante, remarqua la médicomage. Les patients ayant vécu un événement traumatisant étaient souvent sous potions hypnotiques et plus encore ceux gravement touchés comme Dave qui devaient supporter des douleurs en plus des cauchemars. Mais l’abus était proscrit pour risque de dépendance. Elle corrigea donc son patient avec bienveillance pour le rassurer sur ce point.

« Il n’est pas question de les arrêter tout de suite mais de diminuer d’abord les doses, de voir comment réagit votre organisme, puis d’espacer les prises pour espérer arriver à un arrêt dans quelques semaines. »

Emma remarqua qu’elle se répétait mais ce n’était pas grave, il fallait que Dave comprenne qu’elle ne céderait pas à tous ses caprices parce que sa santé lui importait.

« Si vous en abusez, vous allez devenir dépendant et vous ne dormirez plus jamais sans ces potions. Vous risquez la tolérance, les hypnotiques n’auront plus aucun effet sur votre organisme. Alors il faudra changer de traitement auquel vous allez aussi vous habituer plus tard et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on ait fait le tour de tous les types de potions. Alors, c’est important », conclut-elle en appuyant son regard sur celui de Dave.

Les hypnotiques et les anxiolytiques notamment furent de grandes avancées dans la médecine mais c’était bien les médicaments-pièges par excellence qui, sur le long terme, causaient plus de mal que de bien. Emma sortit une ordonnance où elle nota rapidement le nom de la potion que prenait Dave ainsi que la dose à respecter.

« Vous passerez donc de trois à deux gouttes chaque soir, nous verrons le résultat », prescrit la sorcière en glissant le papier vers Dave comme pour clore toute discussion.
La médicomage posa les yeux sur le fauteuil roulant du fils du ministre.

« Et votre fauteuil vous convient ? Vous le trouvez assez confortable et maniable? Vous pouvez toujours en essayer d’autre si vous le souhaitez. »

Emma ne voulait pas immédiatement aborder les troubles secondaires dont souffrait Dave et le fauteuil représentait un terrain moins glissant. Quoique Dave était bien capable de trouver son mot à dire.
Dave MarchebankEmployé de la March Bankavatar
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Dave vit le docteur inspirer comme pour se donner du courage face à la mauvaise volonté dont il faisait preuve. Il n’était pas un patient agréable, il s’en doutait. Elle finirait probablement par en avoir assez de le voir refuser de se ranger à ses raisonnements et répliquer sans arrêt, mais il ne s’en excusait pas. De nature, il était quelqu’un qui testait régulièrement les limites des adultes de son entourage. C’était sa façon bien à lui de montrer qu’il existait, qu’il pouvait tenir tête aux « grands » et qu’il ne se laissait pas marcher sur les pieds. C’était dans des duels où il pouvait montrer la vivacité de son esprit qu’il se sentait vivant et en position de force. Plus que jamais, Dave avait besoin de montrer qu’il existait. Pour la première fois de sa vie, il se sentait profondément diminué et cela le mettait en rage. Cet attentat lui avait déjà pris tellement de choses. Les mots étaient sa seule arme, cela avait toujours été le cas, c’était plus que jamais le cas.

Alors il se montrait attentif à ceux qu’utilisaient le docteur Winston pour s’adresser à lui et les premiers commençaient déjà à lui déplaire. A l’entendre, il agissait comme un gamin capricieux qui ne comprenait pas tous les efforts qu’on faisait autour de lui pour qu’il se sente mieux, c’était en tout cas la façon dont il l’interprétait. Le docteur prenait un ton raisonnable qui ne passa pas du tout, et rien de ce qu’elle put dire ne trouva grâce à ses yeux. Ils faisaient « de leur mieux » ? Mais c’était parfait, puisqu’ils faisaient de leur mieux, de quoi pouvait t-il se plaindre ? songea t-il avec amertume. Puisque tout le monde était plein de bonne volonté ici, tout irait bien dans le meilleur des mondes, il lui suffisait de se calquer sur cette bonne humeur et tout rentrerait dans l’ordre. La fin de son discours le révolta davantage et cette fois, sa réponse fusa.

« Un souvenir ? J’aimerais bien savoir comment je suis sensé oublier un jour que j’ai perdu l’usage de mes jambes. Ses sourcils se haussèrent, sarcastiques. C’est des trucs qu’on utilise tous les jours en temps normal, vous savez. »

Il savait déjà qu’elle allait lui répondre que ce n’était pas ce qu’elle avait voulu dire, mais y avait t-il quelque chose qu’elle pouvait dire qui soit bien reçu ? Le docteur faisait de son mieux, il le savait, elle essayait de le tirer vers le haut. N’était-ce pas ce qu’il lui fallait ? Il n’avait pas envie qu’elle se montre complaisante avec lui et pourtant il n’aimait pas l’entendre lui dire de faire davantage d’efforts. Il était incapable de savoir ce dont il avait besoin. De patience et de douceur ou de franchise et de combativité ? De quelqu’un pour le secouer ou pour se montrer au contraire bienveillant ? Il ne savait pas. Rien ne fonctionnait vraiment pour lui, jusqu’à maintenant. Quand on se montrait trop compatissant avec lui, il ne le supportait pas et recherchait la solitude. Quand à l’inverse on ne lui témoignait pas assez d’attention, il voulait hurler pour que tout le monde prenne conscience de sa profonde souffrance. Quand on essayait de lui ouvrir des perspectives positives, il s’y fermait totalement et se laissait emprisonner dans un cercle de pensées noires, où tous les arguments étaient bons pour prouver que non, le temps ne suffirait pas à guérir ses maux.

A l’heure actuelle, Dave se sentait bien bas, chaque moment de sa journée, chaque regard posé sur lui le ramenait à ce constat. Il se sentait tellement bas qu’il n’arrivait pas à croire qu’il parviendrait à se sentir à nouveau bien dans sa peau, un jour. Oh il finirait par se sentir mieux, forcément, le docteur avait raison sur ce point. Sa douleur étant très récente, elle ne pouvait que s’apaiser. Mais allait t-elle réellement disparaître ? Il ne le croyait pas. Ce qui lui arrivait changeait tellement de choses dans son quotidien et dans la perception qu’il avait de lui-même, qu’il était profondément persuadé que cette souffrance resterait toujours en lui, quelque part. Peu importaient les efforts qu’il y mettrait, sa vie allait changer de façon irréversible, qu’il le veuille ou non. Jamais ce ne serait une épreuve pour laquelle il pouvait remercier son destin de l’avoir mise sur sa route car elle l’avait rendu plus fort. On disait parfois cela des épreuves difficiles, après quelques années, en voyant le chemin qu’elles nous avaient fait prendre. Elles se révélaient alors comme des maux nécessaires, pour acquérir quelque chose de positif au bout, qui améliorait sensiblement son rapport à sa vie.

Mais celle-là n’en était pas une. Elle était plutôt comme une malédiction, du début à la fin. Un énorme bouleversement, après lequel sa seule marge de manoeuvre consistait à veiller à ce que cela ne lui gâche pas complètement le reste de sa vie. Il ne voyait pas dans quel scénario futur il lui serait possible de conclure que finalement, c’était une bonne chose pour lui d’en être passé par là. A partir de là, il n’arrivait pas à se montrer optimiste. Il aspirait à plus que se sentir « mieux », il aspirait à se sentir lui. Lui, le fier Dave, conquérant, vainqueur, avec un avenir qui lui souriait. Mais il lui semblait que cette épreuve l’en privait à jamais, en remettant son identité en cause.

Face à ce déluge de pensées sombres, les médicaments qu’il prenait étaient bien les seuls à pouvoir alléger le poids sur ses épaules, le temps de quelques heures. Alors il se sentit réellement contrarié d’entendre sa médicomage lui prescrire une baisse de ses doses. Le seul argument auquel il fut sensible parmi tous ceux qu’elle déploya fut la possibilité qu’il devienne insensible à l’effet des potions, à force de les prendre. Voilà quelque chose qu’il n’avait pas envie de risquer. Elle para ensuite à la première réponse qui lui vint à l’esprit, à savoir qu’il n’aurait qu’à changer de traitement. Elle ne lui laissa pas vraiment l’opportunité de protester, en griffonnant rapidement sa nouvelle ordonnance. Il attrapa le papier, parcourut du regard les quelques lignes, puis grimaça :

« Bien, je n’ai pas vraiment le choix, je suppose. »

Il ferait un effort et suivrait les prescriptions du médecin… sauf si son sommeil s’en trouvait vraiment trop altéré, souffla une petite voix en lui. Il ne tenait qu’à lui d’enlever ou ajouter une goutte supplémentaire, après tout. La question que lui posa la médicomage détourna ses pensées le temps de quelques minutes sur un sujet plus pratique. Son regard se posa sur le fauteuil plutôt fonctionnel qu’il utilisait pour sa rééducation. Un objet assez sobre, qui possédait néanmoins quelques options bien pratiques : un sortilège de mémoire de forme sur le dossier qui apaisait son dos, une option de conduite magique assistée, une encoche dans l’accoudoir pour ranger sa baguette.

« Il est correct, admit t-il. Ma mère veut m’acheter un modèle plus récent, avec plein de gadgets magiques, mais… Je préfère avoir un modèle simple pour l’instant. »

Il le reconnut à demi-voix sans trop s’étendre sur le sujet. S’il voulait éviter les fauteuils trop sophistiqués, c’était bien parce que sa rééducation n’était pas si évidente à prendre en main et ce n’était pas forcément glorieux à avouer. Cette pensée fit remonter ses doutes et ses démons. Il y avait des sujets beaucoup plus cruciaux que le confort de son fauteuil à aborder avec le docteur. Mais il ne savait pas par quel bout les prendre, quels mots choisir, comment se confier tout simplement. Par pudeur et par fierté, Dave était encore assez réticent à parler de lui, de ses inquiétudes profondes. Ce n’était pas facile de lui tirer des aveux, Emma Winston avait eu tout le loisir de le constater. Pourtant il avait plein de questionnements, une part de lui voulait s’ouvrir, sans savoir comment s’y prendre. La seule voie qu’il trouva à cet instant pour s’exprimer fut un chemin détourné, le ton hésitant.

« Vous avez suivi beaucoup de patients dans le même cas que moi ? Comment ils ont… évolué ? »

S’il n’était pas très enclin à parler de lui, il l’était moins à parler des autres.
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