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 Pyrobatie

Isobel LavespèreChargée de vacancesavatar
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Dernière édition par Isobel Lavespère le Dim 24 Sep 2017 - 19:47, édité 1 fois
Jeudi 7 Janvier 2010 - Manchester

Il neigeait en ce début de soirée. Des flocons épais et fournis qui tapissaient les trottoirs et les routes, drapant les toits dans un manteau blanc. Son rebord de fenêtre en était maculé lorsqu'elle s'était levée ce matin et elle avait espéré que cela tienne toute la journée pour pouvoir en profiter à la sortie du travail (les fenêtres artificielles de la com' avaient montré de la pluie battante tout l'après-midi, à son grand désespoir). Isy n'aimait pas le froid mais elle aimait la neige. Elle avait dix-neuf ans la première fois qu'elle en avait vu ce spectacle, à Salem. Les températures du Massachusetts étaient monstrueuses, elle ne savait pas comment elle avait pu y survivre ! Elle portait déjà trente-six couches ici... La personne qui marchait à côté d'elle semblait tolérer le froid bien plus facilement, alors qu'elles marchaient dans les rues de Manchester. Il faut dire qu'elle devait avoir l'habitude ! Isobel et son interlocutrice ne se trouvaient pas dans la ville par hasard, à chercher un restaurant (elle-même était prête à prendre le premier venu puisque cela impliquait de se mettre à l'abri de ce vent mordant) : elles avaient décidé de dîner ensemble après avoir passé quelques heures ensemble au Ministère de la Magie, lors d'une réunion de travail. Lorsque tout le monde avait quitté la salle, elles s'étaient retrouvées à discuter et avaient décidé de poursuivre leur entretien dans un cadre un peu plus convivial. Ce n'était pas la première fois qu'elles faisaient cela.

D'habitude, Isobel était assez pointilleuse sur les restaurants, elle fonctionnait beaucoup au bouche-à-oreille ou à l'originalité. Elle fréquentait beaucoup Londres et New-York pour cela, villes cosmopolites, et elle aimait bien découvrir de nouvelles choses. Mais ce soir, elle congelait dans ses bottines - malgré son épaisse paire de chaussettes bien dissimulée - et elle mourrait d'envie de se réchauffer. Elles avaient choisi Manchester parce que c'était un peu animé et parce qu'elles ne connaissaient pas en détails mais elle n'avait pas le courage d'approfondir sa découverte. Isy frotta vigoureusement ses mains gantées entre elle et tapa légèrement des pieds pour bouger un peu. Apercevant une devanture avec une tortue, elle fit signe à sa comparse.

-Ça a l'air très bien, là.

Elle n'en savait rien, mais tant pis. Elle s'approcha de la devanture illuminé et déchiffra rapidement une petite pancarte sur la vitre.

-Oh et puis regarde, ils nourrissent des sans-abris avec les bénéfices, c'est chouette !

Et puis la salle avait l'air chauffée, le seul argument qui lui fallait. La Tortue Repue n'était pas forcément gastronomique mais tant pis, elle s'en passerait.

-Ça te va, Hailey ?



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Hailey Peterson, chef du BDA


Hailey marchait à grandes enjambées dans les rues de Manchester, sa robe d'uniforme virevoltant autour de ses jambes. Elle ne prêtait guère attention aux petits flocons froids qui venaient fondre sur son visage, pas plus qu'à l'air vif qui s'échappait de ses lèvres minces. La neige ne l'avait jamais émerveillée, tant elle avait fait partie de son quotidien, pendant ses longs hivers d'enfance à Chicago. Il était plus rare de la voir recouvrir les villes anglaises d'un manteau épais, et elle aurait pu être sensible au charme de cette ville de briques enneigées si elle n'avait pas été aussi préoccupée.

L'esprit encore pollué par leur longue réunion au sujet de la lutte contre la résistance, Hailey ne prêtait guère attention à la quête d'Isobel pour leur trouver de la nourriture. Elle se fichait bien de ce qu'elle mettrait dans son estomac, si bien qu'elle ne protesta pas lorsque sa collègue s'arrêta au beau milieu d'une petite rue excentrée, devant une vitrine qui ne payait pas de mine. Fronçant ses fins sourcils, elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur du restaurant, puis sur la carte affichée en vitrine. "Cuisine méditerranéenne magique", voilà qui ne parlait guère à l'américaine qu'elle était, mais soit. Il s'agissait visiblement d'un petit restaurant familial, peu fréquenté étant donné l'heure à laquelle elles avaient fini leur réunion. Elles pourraient certainement y échanger en toute tranquillité.

"C'est parfait", répondit Hailey, sans commenter la remarque d'Isobel au sujet des sans-abris. Le simple fait qu'il y ait des sans-abris à nourrir la renvoyait à la responsabilité du gouvernement vis-à-vis de ce pays, à la misère sociale qui ne faisait que s'accentuer et aux échecs qu'ils rencontraient. De plus en plus souvent, Hailey se demandait ce qui lui avait pris de quitter son pays natal pour aller se mettre dans ce guêpier ; du moins, elle se demandait ce qui la retenait encore ici. Sa conscience professionnelle, peut-être.

Suivant Isobel à l'intérieur, elle jeta un coup d'oeil rapide à la décoration du restaurant et s'avança vers une serveuse désoeuvrée, occupée à faire des pitreries au comptoir.

"Une table pour deux, s'il-vous-plait", lança-t-elle de sa voix basse. La jeune femme se tourna vers elle et sembla avoir un moment d'arrêt, comme si elle ne s'attendait pas à trouver des clients dans son établissement. Elle prit le temps d'examiner Isobel avant de se décoller de son comptoir. Hailey haussa les sourcils en se retenant de se racler la gorge avec agacement. La journée avait été longue, le restaurant était surchauffé par rapport à l'extérieur, et elle mourrait d'envie de s'installer et d'ôter sa veste.

"Quelque chose ne va pas ? Il fallait réserver, peut-être ?", commenta-t-elle avec ironie, en balayant la salle quasiment vide d'un geste de main.

Son commentaire sembla tirer la serveuse de sa contemplation, et elle détourna son regard d'Isobel pour répondre avec empressement :

"Non non, bien sûr, installez-vous, je vous en prie. Vers la fenêtre, cela vous conviendra ?"

"Parfait."

Hailey se dirigea vers la table située à côté de la fenêtre, dressée pour deux couverts. Elle tira la chaise en bois, ôta sa lourde veste de fourrure avec un soupir de soulagement, et se laissa tomber sans la moindre grâce.

"Je suis fourbue", commenta-t-elle avec un mince sourire à l'intention d'Isobel. "Ces réunions m'épuisent, chaque fois qu'il est là... Je ne sais pas comment tu fais pour bosser aussi souvent avec lui. Il était déjà fatiguant avant mais depuis l'a..."

L'auror s'interrompit en voyant la serveuse revenir avec deux menus, qu'elle leur tendit en souriant.

"Bienvenue à la Tortue Repue ! Vous souhaiterez boire quelque chose pour commencer ?."

"Une biéraubeurre pour moi, merci."

Elle avait besoin d'un petit remontant. Hailey ouvrit la carte et balaya distraitement les menus du regard.

"Enfin, tu as bien du courage pour bosser dans la comm'. Moi, je ne suis vraiment pas assez diplomate pour ça."

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À la seconde où Hailey valida le choix du restaurant, même s'il ne payait pas de mine, Isobel poussa la porte à deux mains. Elle avait froid, elle avait faim et elle avait envie de se poser. La salle était surchauffée et son premier réflexe fut de tirer sur son écharpe pour libérer son cou. Elle promena son regard autour d'elle alors que sa comparse demandait une table pour deux à la serveuse en uniforme. Cette dernière se tourna vers elles et eut un temps d'arrêt, observant même Isy longuement. Surprise, elle haussa les sourcils, cherchant à savoir si elles s'étaient déjà croisées quelque part. Son visage ne lui était pas familier mais son inspection fut interrompue par le sarcasme d'Hailey, peu encline à la patience après sa journée de travail. La salle était effectivement vide et cela ne semblait pas gastronomique, les gens ne devaient pas se bousculer au portillon : même à l'improviste, cela ne devrait pas poser trop de problèmes, même s'il était un peu tard. Un peu contrariée par le regard que la serveuse posait sur elle - quoi, elle avait l'air si fatiguée que ça ? - elle la suivit avec Hailey vers la table près de la fenêtre. En espérant qu'il n'y ait pas trop de courants d'air ou d'air qui filtrait : il faisait bien trop froid pour cela et elle n'avait pas envie de tomber malade alors qu'elle venait à peine de reprendre. Elle déposa son manteau de laine avec soin sur le dossier de la chaise en bois avant de s'asseoir, poussant un soupir de soulagement.

- De même, répondit Isy quand Hailey annonça qu'elle était fourbue. Elle passa sa main sur ses épaules tendues. Elle aurait tué pour un massage. La dernière réunion avait été particulièrement compliquée : la présence du Ministre y était pour beaucoup, elles l'avaient senti toutes les deux. Isobel avait pourtant l'habitude et avait appris à s'adapter aux exigences de Leopold Marchebank, comme elle s'apprêtait à répondre, mais l'arrivée de la serveuse avec les cartes ne lui laissa pas le temps.

L'espace d'un instant, elle sentit quelque chose dans son aura qui lui fit froncer les sourcils. Elle ne l'avait pas saisi au début parce qu'elle était physiquement plus éloignée mais... La voix d'Hailey la sortit de son analyse et Isobel secoua la tête. Ou peut-être qu'elle était juste fatiguée.

- Une biéraubeurre aussi, s'il vous plaît, lança-t-elle.

Son impression se dissipa alors que la serveuse s'éloignait et elle chassa tout cela de son esprit, reprenant le fil de la conversation. La carte entre les mains, elle cherchait quoi manger et haussa légèrement les épaules lorsque Hailey souligna qu'elle avait du courage de bosser dans la communication.

- Oui, enfin, moi je suis derrière mon bureau, c'est plutôt toi qui a du courage pour affronter tout ça. Un vague geste de la main pour englober la résistance, Skye, les tensions sociales. J'aime ce que je fais alors ça passe bien. Même si, après ce genre de réunions...

Elle soupira légèrement.

- J'ai l'impression qu'on ne pourra jamais en faire assez pour le contenter, même en se tuant à la tâche.



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Juliana McNeilRésistante DPPavatar
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Isobel Lavespère et Hailey Peterson, dans son restaurant. Quelles étaient les chances pour que cela arrive ? De tous les restaurants de toutes les villes du pays, elles avaient choisi le sien, ce soir. Comme par hasard, le soir où Joel n'était pas présent ! Il avait fallut que la chef du BDA et l'une des chargées de comm' du régime choisissent la Tortue Repue pour leur petit dîner en tête-à-tête - un soir particulièrement vide en terme de clientèle... C'était un test envoyé par Merlin en personne.

Le coeur battant, Juliana leur tendit les cartes puis se dirigea vers le comptoir et le contourna. Là, elle appuya l'extrémité de sa baguette sur la surface de bois, dissimulée par la machine à biéraubeurre. Une trappe jusque-là invisible apparut et s'ouvrit. Juliana en tira deux petites boucles d'oreille dorée qu'elle accrocha promptement, avant de les dissimuler par de longues mèches de cheveux. Aussitôt, son ouïe se trouva décuplée. Les conversations entre les deux jeunes femmes, à l'autre bout de la pièce, lui parvenaient comme si elle se trouvait à côté. De tous les cadeaux de Roy, c'était certainement le plus pratique, songea-t-elle en refermant la trappe. S'il savait comment elle l'utilisait !

"Parce qu'il est beaucoup trop ambitieux. Rome ne s'est pas construite en un jour. Et pourtant c'est bien ce qu'il essaie de faire avec Leopoldgrad, et je ne parle même pas du reste."

Juliana referma la trappe précautionneusement, puis revint à ses activités de serveuse. Elle s'empara de deux grands verres qu'elle commença à emplir de biéraubeurre onctueuse, tandis que son cerveau réfléchissait à toute allure. Elle ne parvenait pas à décider si cette situation relevait de la malchance ou de la bénédiction. D'un côté, elle risquait de se faire démasquer, et sa propre vie était en jeu. De l'autre...

La haine qu'elle nourrissait à l'égard de ce type de personnes était sans limite. Hailey Peterson dirigeait les aurors, dont les activités relevaient plus du contrôle et de la répression que de l'aide à la population. La sécurité n'était plus qu'une vaste blague dans ce pays, et les aurors passaient plus de temps à boire avec les mafieux qu'à se battre contre eux. En revanche, elle ne comptait pas le nombre de malheureux qui venaient à sa soupe populaire avec de sales histoires à raconter sur les forces de l'ordre... Hailey Peterson était responsable. Sans oublier qu'elle avait été l'amante de Roy.

Isobel Lavespère aidait le ministre à répandre sa propagande et ses tissus de mensonge, elle faisait partie de ceux qui lui permettaient de se construire une image de marque et qui, à l'inverse, l'avaient fait connaître comme une folle dangereuse, une meurtrière en série. A cause de personnes comme elle, Juliana McNeil serait à jamais connue comme une terroriste et une assassine. Sans oublier cette relation qu'elle entretenait avec Roy et que Juliana n'avait jamais su comment qualifier...

Juliana posa les deux biéraubeurres sur son comptoir. Elle reprit sa baguette, la serra doucement pour sentir la chaleur qui en émanait.  

Elles ne verraient rien venir. Leur garde était baissée, Juliana était vive et elle aurait l'élément de surprise. Elle pourrait faire d'une pierre, deux coups. Faire tomber deux éléments du régime. Faire disparaître les corps avant que personne ne se rende compte de rien. Elle avisa le visage enchanteur d'Hailey, songea au nombre de personnes qui se trouvaient dans les geôles d'Azkaban ou les cellules de Skye par sa faute. Elle imagina ce beau visage figé, blême, recouvert de sang, et resserra la prise sur sa baguette. Son coeur s'accéléra, elle hésita.

Puis lâcha l'objet, s'empara des deux verres, et les emporta à travers la pièce dans un tourbillon de jupe et de tablier.

"Vous avez choisi ?"




Merci à Juliet
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- Pas un jour, voyons, cingla Isy avait ironie. On a eu trois mois, de quoi se plaint-on ?

Oui, le devoir de réserve des fonctionnaires, elle savait mais elle n’émettait pas un avis très polémique. Leopoldgrad avait été un projet difficile à mener pour tout le monde, les équipes du Ministère à tous les niveaux, les ouvriers, les archimages, les entreprises… Évidemment, tout n’avait pas été fini en trois mois, comme l’avait expliqué Abel une fois en réunion, il s’agissait de livrer une première version habitable et surtout, éclatante. Le projet continuait en soi, surtout avec la reconstruction de la Marchbank… Elle savait que Hailey ne lui en tiendrait pas rigueur. Le restaurant était vide, à part la serveuse, ce qui la poussait à se sentir un peu plus en sécurité pour parler de ce genre de sujets. Mais en attendant, elle avait faim. Elle baissa les yeux sur la carte, hésitant, revenant en arrière, tergiversant. Elle ne connaissait pas tous les plats de la carte, c’était de la cuisine méditerranéenne et elle avait envie de quelque chose qui la laisserait repue. La serveuse revint avec leurs boissons et Isy la remercia d’un sourire. Elle avait cette aura…

- Vous avez choisi ?

Isobel secoua la tête pour sortir de son analyse, trop parano qu’elle était était. Elle rabaissa les yeux sur la carte, avant de les redresser sur la serveuse.

- Qu’est-ce que vous me conseillez ? interrogea-t-elle avec un sourire.

Une fois que Hailey et elle eurent choisi et que la jeune femme fut repartie, Isobel prit une gorgée de sa bieraubeurre fraiche avant de caler son menton dans sa main.

- Et pour vous, ça se passe comment ?

Vous, la Milice, vous Skye.



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Hailey Peterson, chef du BDA

Hailey laissa échapper un rire amer quand Isobel mentionna le délai incroyable dans lequel Leopoldgrad avait été conçu. Fallait-il réellement s'étonner ensuite qu'un attentait ait eu lieu dans un endroit pareil ? Toujours en mouvement, immense, impossible à défendre et si hautement symbolique, représentant du FREE et du gouvernement Marchebank ? Etouffant un soupir, elle imita Isobel et se plongea elle aussi dans l'étude de la carte, mais le cœur n'y était pas. Souvent, pour Hailey, manger ne relevait que de l'accessoire, il fallait se nourrir pour vivre et avoir de l'énergie pour tenir ses journées de travail ou sa séance de sport, mais elle n'en faisait pas tout un rituel et accordait peu d'importance à ce qu'elle mettait dans son assiette. A vrai dire, elle avait même perdu du poids récemment, stress du travail très certainement. Il fallait dire que jamais autant d'yeux ne s'étaient portés sur elle, et sur Danielle, depuis l'attaque de Leopoldgrad.

Lorsque la serveuse revint prendre leurs commandes, elle n'avait toujours rien choisi et écouta vaguement l'échange entre Isobel et elle :

"Je peux vous proposer notre plat du jour, paella au strangulot, fraîchement pêché et ramené du port magique de Liverpool. Si vous préférez un plat végétarien, nos pâtes à l'épeautre et au chou kale font généralement l'unanimité."

"Une paella pour moi", commenta Hailey distraitement, avant de se saisir de sa biéraubeurre. Après avoir balayé la carte du regard, elle ajouta : "Et un verre de vin des elfes pour accompagner, merci."

Elle n'était pas de service ce soir et ressentait le besoin de relâcher la pression, intense, qui pesait sur ses épaules. Ici, Isobel et elle bénéficiaient de toute discrétion et elle savait sa collègue digne de confiance. L'auror but une longue gorgée de biéraubeurre pour se réchauffer les membres, avant de reporter son attention sur la jeune femme. La question d'Isobel la ramena aussitôt à ses soucis, mais ce n'était peut-être pas un mal : l'envie de parler à une oreille attentive se faisait pressante.

"Difficilement", répondit-elle sans détour. "J'ai perdu trois hommes la semaine dernière. C'était une échauffourée à Birmingham, la police magique pensait avoir repéré une planque de trafiquants, pas grand chose d'après eux, alors j'ai envoyé une brigade et... C'était en fait une planque de la résistance. Il y avait écrit Lexit partout sur les murs. Les échanges ont été sanglants, je me suis rendue sur place après coup, bien armée et avec la milice cette fois..."

Une boule de colère se forma dans sa gorge et elle baissa un regard amer sur son verre. Des images de la scène étaient comme imprimés dans sa mémoire, et dansaient devant ses yeux. Du sang coagulé. Des membres lacérés.

"Ils ne se sont pas contentés de les tuer, Isy, ils les ont massacrés. L'un d'entre eux était l'un de mes lieutenants, Alex, sa femme et lui venaient d'avoir une petite fille. J'ai dû lui annoncer la nouvelle. Heureusement, nous sommes parvenus à trouver leur seconde planque, ces abrutis sont partis tellement vite qu'ils ont laissé des indices derrière eux. On a arrêté onze personnes, je peux te dire que j'ai envoyé tout ce beau monde à Skye, malheureusement pour l'instant nous n'avons rien pu leur soutirer d'intéressant. Rien d'utile dans leurs mémoires..."

Préoccupée, elle observa pensivement la neige qui s'accumulait à l'extérieur, manteau blanc qui recouvrait la ville et ses crimes.

"C'est préoccupant. Et bien sûr, il nous met une pression d'enfer. A chaque échec, chaque piste non élucidée, chaque crime impuni, il est sur notre dos, je le comprends bien sûr mais mes équipes sont au bord de la rupture, sur le terrain nuit et jour, et j'ai des situations compliqués à gérer. Des démissions, un burn-out, des syndromes post-trauma... Les fronts sont de plus en plus nombreux, les signes de plus en plus inquiétants."

Hailey s'interrompit en avisant la serveuse qui s'approchait, avec deux plats fumants sur son plateau, et garda le silence jusqu'à ce qu'elle s'éloigne en leur souhaitant un bon repas. Elle attendit qu'elle se soit suffisamment éloignée pour redresser un regard implacable sur Isobel :

"Ca m'inquiète, Isy. Je ne sais pas exactement vers quoi on se dirige, mais je peux te dire qu'on s'y dirige, et vite. Très vite. Je ne suis pas certaine que tout le monde ait bien conscience de ça."
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- Je vais vous prendre les pâtes à l'épeautre alors, commanda Isobel avec un sourire, en tendant sa carte. Et de l'eau minérale, s'il vous plaît.

Sa drôle d'impression sur la serveuse se dissipait peu à peu et elle mettait cela sur le compte du stress. Elle travaillait toujours beaucoup et avait du mal à séparer sa vie professionnelle de son temps privé, des fois. C'était aussi pour cela qu'elle sortait souvent après le travail, ne serait-ce que boire un verre : cela marquait une coupure. Pour autant, elle avait l'impression qu'avec Hailey, ce serait un peu différent : leurs conversations étaient très souvent orientées vers le travail et ce soir ne faisait pas exception. Prenant une gorgée de Bierraubeurre fraîche, Isy hocha la tête, compréhensive, alors que ça collègue répondait que les choses se passaient difficilement.

La suite du récit était à vous couper l'appétit. Les actions de la Milice n'était pas dans ses attributions, même si elle avait déjà donné son avis plusieurs fois à ses collègues et en réunion, et elle n'était pas toujours au courant de ce qui se passait. Typiquement, la mort de ces trois agents n'était pas remontée à ses oreilles. Et au final, vu les détails, ce n'était pas si mal. Elle n'était pas particulièrement sensible mais apprendre que des membres du Ministère avaient été massacrés, ce n'était jamais réjouissant. Elle sentait toute la colère d'Hailey pulser dans son aura et elle se ferma un peu à cela, reculant légèrement dans sa chaise. Sa collègue avait besoin d'extérioriser tout cela. Elle ne savait pas comment elle faisait. Elle n'aurait pas la foi d'être dans un métier où ses camarades se faisaient massacrer par des terroristes.

- Ce sont des amateurs... murmura-t-elle. La plupart de ces "résistants" - elle avait mimé des guillemets avec ses doigts - ce sont juste des paumés qui aiment l'anarchie et pensent se battre pour de grandes causes.

Ils protestaient contre quoi ? Un État qui faisait usage de la force ? Mais c'était le propre de l'État. Ce n'était même pas être idéaliste que de penser qu'une société tournait sans lois, sans règles, sans brutalité. C'était être idiot. Évidemment que l'État faisait preuve de coercition, c'était comme cela qu'il était efficace. On ne bougeait pas plusieurs millions de sorciers en leur promettant du jus de citrouille. Leopold Marchebank avait ses méthodes. Mais il avait également instauré une société plus égalitaire : sur la contraception, sur les lycanthropes, les créatures magiques... La liste de ses mesures positives étaient longues comme le bras. Les terroristes s'agitaient, s'en prenaient à la population puis pleurnichaient dans leurs journaux clandestins parce que le gouvernement répondait avec sévérité ? Ils pensaient donc qu'ils étaient les seuls à pouvoir utiliser la violence pour imposer leurs idées ? Ils étaient tous pareils. Le gouvernement, les terroristes. Seulement, l'un était légal et avait été élu par une majorité écrasante. Ce n'était pas pour autant que c'était facile de travailler pour le Ministère au quotidien mais Isobel en était plutôt fière, malgré leur irascible grand chef.

- Il ne supporte pas de ne pas pouvoir tout contrôler. Chaque fois que quelque chose se passe, c'est presque un affront personnel pour lui... glissa Isobel.

Cela ne changeait rien à la question : pour accomplir les ambitions du Ministre, il leur faudrait le double de moyens, il faudrait doubler la Milice mais cela nécessitait des crédits qu'ils n'avaient pas, pas encore peut-être. Elles se turent lorsque la serveuse se présenta à leur table, Isobel la remerciant alors qu'elle déposait une assiette fumante devant elle. Devant le regard froid d'Hailey, Isobel se pencha légèrement vers elle.

- Alors on prendra les mesures nécessaires... On ne peut pas laisser une bande d'anarchistes décider de ce que va devenir le pays. Les sondages d'opinion montrent bien que la plupart de la population est inquiète et c'est ce qui peut nous servir : ça sera plus facile de justifier une expansion de la Milice, par exemple...



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Hailey Peterson, chef du BDA


D'une main lasse, Hailey attrapa le verre à pied et le porta à ses lèvres pour une gorgée de fin des elfes. Fermant les yeux un instant, elle savoura le goût subtil et puissant de la boisson, avant de porter un regard appréciateur sur sa paëlla. Particulièrement copieuse, elle émanait un fumet appétissant et avait tous les atours du parfait plat de confort food : savoureux, gras, remplissant. L'appétit vient en mangeant, songea Hailey en enfouissant sa fourchette dans le plat de riz.

Tout en mâchonnant sa nourriture, elle écoutait les propos d'Isobel en faisant marcher ses méninges. La chef du bureau des aurors n'était pas certaine de partager son analyse quant au genre de sorciers qui animait la résistance. Des anarchistes ? Mais les anarchistes avaient toujours existé, et existaient toujours en marge de toutes les sociétés, sans pour autant gagner la majorité ni parvenir à rassembler la population - précisément parce qu'ils étaient anarchistes. Non, cette résistance n'était pas seulement composée d'anarchistes mais aussi d'opposants au régime organisés, avec une vision - sangs-purs brimés et puissants, jeunes idéalistes, anciens combattants contre Voldemort, hippies anti-militaristes, et elle en passait. Peut-être que cette diversité de profils et d'aspirations empêchait pour l'instant le Lexit ! de se structurer suffisamment pour leur causer des problèmes à même de mettre à bas le régime. Peut-être. Mais qu'adviendrait-il le jour où ils y parviendraient ? Voilà ce qui l'inquiétait, au fond.

"Tant que nous parvenons à garder le contrôle de l'opinion", répliqua Hailey en dardant sur Isobel un regard lourd de sens. La communication avait un rôle primordial à jouer : "L'omniprésence de Leopold est peut-être lourde à gérer pour nous mais elle doit se poursuivre pour le grand public et, surtout, rester positive, rassurante. Un ministre providentiel, paternaliste, qui protège le peuple et ne le met pas en danger. La résistance nous a rendu service en le rendant humain, après l'attaque de Leopoldgrad. Mais cela pourrait vite s'effriter si certaines choses venaient à s'ébruiter. Skye..."

Poussant un soupir, Hailey s'interrompit pour avaler une autre gorgée de vin, reposant sa fourchette sur le rebord de son assiette. Toute cette discussion lui coupait définitivement l'appétit.

"Enfin, ce n'est pas à moi de décider des grandes orientations et des grands projets. En revanche, mon rôle est de m'assurer que mon bureau a les moyens d'assurer sa mission et je compte bien attirer l'attention de Leopold là dessus. Il ne peut pas se contenter de donner tous les moyens supplémentaires à la milice. Nous autres aurors avons toujours des mages noirs à chercher, et je ne parle pas que de la résistance. Savais-tu qu'on a enfin une piste sur l'affaire des mangemorts échappés d'Azkaban ? Théophane Nott, on a un lead..."

Même en temps calme, hors périodes de guerre ou de trouble, le bureau des aurors avait toujours connu beaucoup d'activité. Indépendamment de la politique, la magie noire ne reposait jamais tout-à-fait, c'était ainsi. Alors ces temps-ci, ils ne savaient plus où donner de la tête.

"Mais je lui ai dit, à Leopold", ajouta-t-elle en se penchant instinctivement vers Isobel, le regard dur. "S'il continue de nous faire faire toutes ses basses besognes, si on nous envoie traquer des résistants à longueur de journée, moi, je n'ai plus les moyens d'assurer mes missions. Plus assez d'argent, de matériel et surtout d'hommes formés et disponibles. D'autant qu'on se montre complaisants avec les pires voyous, et ça gangrène nos villes, la mafia n'a jamais été aussi puissante, c'est tout un commerce parallèle qui fleurit et nos cités qui se meurent. Alors je n'ai pas d'avis à donner sur le côté économique et social de la chose, bien sûr."

Son regard se perdit par la fenêtre, accrochant l'écriteau qui indiquait "soupe populaire - tout sorcier ou créature bienvenu", avant de se perdre dans le ciel enneigé.

"Mais j'ai un avis bien tranché quant aux horreurs qu'on laisse se développer, là, dans l'ombre, loin du regard de l'Etat. Tu sais ce qu'on dit, la magie a horreur du vide, et les ténèbres ont toujours su se glisser dans les interstices... des choses terribles sont en train de se former, je le sens, pendant qu'on regarde ailleurs, qu'on combat et qu'on développe autre chose. La modernité, c'est très bien, mais il faudrait voir à ne pas oublier nos racines, notre ADN... Le ministre aurait tort d'oublier son titre - ministre de la magie."

Dans sa poche, Hailey sentit son Pear vibrer, indiquant une nouvelle notification, mais ignora le message en buvant une nouvelle gorgée de vin.
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Les pâtes étaient bonnes, le chou kale aussi et Isobel prit plaisir à débuter son plat. C'était sûrement parce qu'elle venait de l'État qui faisait la meilleure cuisine des États-Unis, bien évidemment, mais elle accordait beaucoup d'importance à la nourriture et aimait manger. En Louisiane, on avait l'art de la table comme en France et elle prenait toujours le temps de se poser pour dîner, à défaut d'avoir tous les jours de vrais déjeuners. Même si ce repas-là ne s'annonçait pas de tout repos avec la conversation tendue qu'elle menait avec Hailey, ses papilles avaient au moins le mérite d'apprécier. Elle hocha la tête face au regard lourd de sens de sa collègue. Garder le contrôle de l'opinion, c'est ce qu'elle - et le reste du bureau - s'efforçaient de faire toute la journée. Communiqués de presse, déclarations, discours, brochures, gestion de crises, mise en situation, tout était pensé, calculé, chaque mot dans la bouche des secrétaires d'État jusqu'au choix vestimentaire de tel Directeur de Département. Tout passait par eux parce que l'information, c'était le pouvoir et la manière dont on distillait cette information était primordiale. La population devait se sentir bercée, en sécurité, protégée. Pour que les actes des terroristes paraissent encore plus odieux. Le Ministre Marchebank n'était pas un homme qui dirigeait le pays d'une main de fer, non, c'était un bon citoyen, un capitaine dans la tempête qui tentait de garder le navire à flots. Son seul intérêt était celui de ses concitoyens. Son seul objectif était le bien-être et la sécurité du pays.

- Les chiffres sont plutôt de notre coté pour l'instant, assura Isobel, malgré quelques inévitables variations. L'attentat... elle sentit les muscles de sa nuque se crisper mais tenta de ne rien montrer, a en effet été utile de ce côté là, comme tu dis. En même temps... Griselda Marchebank morte (on lui avait rendu un vibrant hommage national où la Première Dame avait livré un splendide discours sur l'importance de l'éducation des femmes, soutenue par l'ancienne examinatrice et historienne, magnifique point féministe, idéal pour la com') ; Dave Marchebank paralysé (Bannerman avait essayé de lui proposer un entretien dans la presse mais il était revenu bredouille) ; le Ministre lui-même dans le coma... C'était horrible mais parfait : après tout, les Marchebank étaient des victimes comme les autres, leur solidarité envers le peuple et les blessés n'en n'était que plus palpable. Du pain béni. La mention de Skye fit secouer la tête d'Isobel qui adressa un regard équivoque à Hailey. Skye est un centre de recherches médicales, visant à développer les connaissances magiques sur la Mémoire, c'est d'utilité publique. La fondation des brigades des Oubliators avait été aussi contestée à l'époque.

C'était l'un des éléments de langage du service. Il était hors de question de laisser sous-entendre en dehors de quelques cercles privés que Skye avait quoi que ce soit de problématique, le niveau 1 s'évertuait déjà à le présenter sous son meilleur jour et ce n'était pas toujours facile, malgré l'apparence impeccable du projet. Après tout, la serveuse était loin mais elles n'étaient pas toutes seules ou dans une salle de réunion sécurisée. Isobel promena son regard autour d'elle mais tout semblait normal, il fallait qu'elle se détente. C'était la mention de l'attentat, cela la tendait toujours. C'était encore frais. Elle ouvrit des yeux curieux lorsque Hailey annonça qu'ils avaient une piste pour l'évasion d'Azkaban. C'est vrai qu'avec toute l'agitation actuelle dans le pays, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas entendu parler de cette affaire qui avait pourtant fait les gros titres et réveillé de sombres souvenirs pour les gens qui avaient vécu la seconde guerre, elle l'avait bien vu chez ses collègues (et Roy).

- Vraiment ? Et vous pensez que cela peut vraiment donner quelque chose ?

Immédiatement, elle voyait se dessiner dans son esprit un beau plan de com' s'ils rattrapaient des Mangemorts comme Théophane Nott. Un peu à la Mardol, Leopold en garant de la justice, quelque chose de très solennel, avec les héros de la guerre sur une estrade... Mais visiblement, cette belle idée était encore là. Hailey s'était penchée vers elle avec le regard dur et Isy pouvait sentir toute sa contrariété. C'était encore et toujours une histoire de moyens : il fallait toujours qu'ils fassent plus avec moins et dans le cas des Aurors, c'était encore plus problématique qu'au niveau 1.

- Tente de le rementionner à la prochaine réunion, peut-être, cette histoire de piste. Évidemment, je n'ai pas la prétention de pouvoir faire changer le Ministre d'avis - loin de là - mais je rappèlerai à quel point ça pourrait être intéressant sur le plan de la communication, de montrer qu'il est sur tous les plans et puis aussi, de montrer à la population que malgré les terroristes, Leopold continue de travailler sur les autres dossiers. Il poursuit les criminels du passé, du présent, rétablit l'ordre social et l'égalité...

Un homme providentiel, en somme. Pour l'égalité, les choses étaient pourtant plus compliquées et Isy suivit le regard de sa collègue vers l'écriteau sur la vitre. Des villes comme Bristol dépérissaient et subissaient le chômage, ce qui créait de la pauvreté. Alors évidemment, on mettait l'accent sur les emplois crées avec Cosmos, par exemple, le développement de la ville, ou bien l'arrivée de Leopoldgrad et de ses multiples entreprises. Mais toutes les franges de la population n'étaient pas favorisés, les opportunités étaient surtout pour des gens déjà favorisés, des cadres, des hommes d'affaires, des chefs d'entreprises. C'était plus difficile pour les petits commerçants, les ouvriers. Mais visiblement, ce n'était pas à cela que la chef des Aurors pensait. En bonne spécialiste de la magie noire, elle avait un regard plus global sur les choses et Isobel se tendit une nouvelle fois, sa bouche s'asséchant. La magie qui se développait dans l'ombre... Elle eut une pensée pour ses affaires de magie vaudou planquées dans son appartement et se demanda ce que Hailey penserait d'elle, si elle savait. Le Ministre était au courant mais il avait une fascination pour ce genre de choses, Isobel l'avait bien senti lorsqu'ils en avaient parlé. Elle ne faisait pas de la magie noire, pourtant, le vaudou refusait de se considérer comme de la magie obscure mais... Les Aurors d'ici penseraient sûrement autrement. Nerveuse, Isobel prit une gorgée d'eau.

- Tu penses à quelque chose en particulier ? souffla-t-elle.



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Hailey Peterson, chef du BDA

Un petit tic agita la paupière de la chef du bureau des Oubliators à l'entente des arguments de son interlocutrice concernant le centre de Skye. Isobel lui resservait la même soupe communiquante qui était versée dans les journaux et communiqués de presse à destination du grand public, mais elle semblait oublier qu'Hailey faisait partie du cercle restreint du ministre elle aussi. A moins qu'Isobel ne finisse par se convaincre elle-même de ses propres mensonges. Prétendre que Skye était d'utilité publique était une chose, mais il était inutile de nier, entre initiés, que tout n'était pas fait dans l'unique intérêt des patients au sein du centre. Il s'agissait ni plus ni moins d'utiliser des opposants politiques comme cobayes, opposants arrêtés par les forces de l'ordre et qui ne bénéficiaient pas toujours - voire rarement - d'un procès ni d'un conseiller légal. Alors certes, il y avait tous les autres, qui venaient volontairement et signaient des décharges, mais ils ne devaient pas être tout à fait conscients de ce qu'on leur faisait, d'après Hailey. Et cela ne suffisait pas à compenser pour les autres, ceux qui n'avaient rien accepté du tout. Inutile également de prétendre que la torture n'avait jamais eu lieu, ni Merlin seul savait quelles autres dérives... La comparaison avec les Oubliator lui semblait malavisée, mais elle n'en toucha pas mot, se concentrant sur ses grains de riz.

Pour Hailey, le centre de Skye posait clairement question d'un point de vue éthique, tout comme le rétablissement de la peine de mort, les pleins pouvoirs accordés à Leopold et tant d'autres mesures. L'Angleterre était le premier pays dans lequel toute créature intelligente était autorisée à posséder une baguette magique. Le premier pays également à lancer des recherches pour tenter de découvrir et isoler le gène à l'origine de la magie. La corruption était présente, les abus de pouvoir aussi. Les choses qui se passaient au sein de ce gouvernement posaient question, c'était une évidence et Hailey n'était pas étonnée de voir les rangs de la résistance emplir. Pourtant, sa loyauté au régime ne flanchait pas, ce n'était pas sa place que de questionner ces orientations et elle ne contestait pas les mesures décidées par Leopold. Elle n'était pas maîtresse de la morale. Simplement, qu'on ne vienne pas lui offrir une vision angélique du régime, elle n'était pas une citoyenne crédule et dénuée d'esprit critique, prête à avaler n'importe quelle vision de la vérité.

"Je l'ignore", répondit-elle quand Isobel l'interrogea au sujet de Nott. "J'ai envoyé deux hommes en filature. S'il est toujours dans le pays comme nous le soupçonnons, il est probable que nous le trouvions."

Elle hocha la tête pour approuver le plan d'Isobel, puis lui fit part de ses impressions, qui captèrent l'attention de son interlocutrice.

"Hmm, je ne sais pas", répondit-elle en mâchant pensivement une tentacule spongieuse de strangulot. "C'est comme une présence qui grandit dans les ténèbres, quelque chose de menaçant, d'ancien, que nous ne pourrions contrôler... un nouveau mage noir, peut-être, une créature ou un esprit... J'ai peut-être tort, c'est comme une impression, mais nous autres aurors devenons très sensibles à la présence de la magie noire avec le temps et je ne peux nier cette intuition qui grandit en moi depuis mois. Comme si nous étions aveugles, en train de manquer quelque chose, pendant qu'on se regarde le nombril, tous, le régime, la résistance."

Hailey haussa les épaules en portant de nouveau son regard sur la nuit noire.

"Tout ce que je dis, c'est que la magie dépasse le contrôle des sorciers, elle existe en nous et autour de nous, elle est plus puissante que nous, ça a toujours été le cas. Leopold pense qu'il peut tout contrôler, mais il se trompe."

Et les mages noirs avaient toujours su trouver le chemin du Royaume-Uni, car la magie coulait dans les veines de ce pays depuis toujours. On la retrouvait dans ses ruisseaux, ses lacs, la sève de ses arbres, dans les battements de coeur de ses créatures. Peut-être qu'Hailey était particulièrement sensible à cette magie environnante, palpable pour l'auror aguerrie qu'elle était.

"C'était très bon", conclut-elle en soupirant d'aise, posant définitivement sa fourchette sur le rebord de son assiette encore à moitié pleine.
Isobel LavespèreChargée de vacancesavatar
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Ce n'est pas que Isobel était un peu mal à l'aise à l'idée de parler de magie noire qui grandissait dans l'ombre avec la chef du BDA mais un peu quand même. Ce n'est pas qu'elle se considérait comme un mage noir, elle tenait à le dire, mais elle n'était pas certaine que les Aurors seraient d'accord avec sa définition. En vaudou, on considérait que la magie était une outil, voilà tout, on en faisait ensuite des usages différents. Comme un couteau en somme : elle pouvait s'en servir pour couper ses pâtes à l'épeautre ou pour poignarder la pauvre serveuse qui n'avait rien demandé à personne. Pourrait-on accuser le couteau ? Non. La magie, c'était pareil : magie blanche ou magie noire, cela ne voulait rien dire. Seule l'intention comptait, tout comme un couteau de boucher n'était pas un objet de meurtre, un sort soi-disant "noir" ne l'était pas non plus. Ce n'était pas avec Hailey qu'elle allait débattre de Magologie, surtout pas alors qu'elle était concernée.

Elle ne pensait pas être la puissance donc parlait sa collègue, elle n'avait pas cette prétention et elle ne pratiquait pas tant que cela, pas à haut niveau ou du moins, pas en Angleterre. Elle était assez occupée, elle avait une vie à côté de ses sorts - contrairement à sa famille - et avait donc bon espoir de ne pas allumer les radars des chasseurs de sorcières. Elle-même n'avait d'ailleurs rien ressenti de particulier quant à une force qui se réveillerait, même si elle n'avait pas prospecté, mais elle n'allait pas non plus se lancer dans ce débat "Oh, tu sais, moi en tant que nécromancienne, je n'ai rien perçu de particulier". Très mal à l'aise, elle se contenta de reprendre une gorgée de sa boisson, hochant régulièrement la tête. Ce fut presque un soulagement que le Ministre soit mentionné : Isobel sauta sur l'occasion pour dévier un peu le sujet.

- C'est parce qu'il est assez, comment dire, éloigné de la magie lui-même, proposa-t-elle, peut-être qu'il ne réalise pas...

Elle préférait largement parler des capacités magiques du Ministre, relativement diminuées comme tout le monde le savait, que de magie noire cachée. Les geôles d'Azkaban ne lui paraissaient pas très tentantes, ni même Skye. Hailey ne tarda pas à reposer sa fourchette sur une assiette à moitié vide, repue, et Isobel fit de même alors qu'elle avait encore faim. Elle ne voulait pas s'attarder : cette conversation l'avait tendue.

- C'est vrai... Je vais pourtant passer sur le dessert, il se fait tard, je me lève demain... On prend l'addition ?

Cela lui apprendrait à mener trop de tête-à-tête dangereux : Hailey était une sorcière qu'il ne fallait pas sous-estimer et Leopold avait tort de ne pas l'écouter assez...
RP TERMINÉ



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Pyrobatie

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