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 Skull and crossbones [Robin & Roy]

Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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8 décembre 2009

Ramener un ancien détenu en liberté conditionnelle à Sainte Mangouste où on ne manquerait pas de poser des questions et alerter les Aurors n’était rendre service ni à Matthew, ni à Roy, qui n’avait guère envie de s’expliquer sur pourquoi l’un de ses machinistes se retrouvait à moitié mort à l’issue d’une nuit de travail au cabaret. Heureusement le gang comptait parmi ses contacts quelques personnes qui savaient tout aussi bien prodiguer des soins que dissimuler des cadavres lorsqu’il le fallait. Jon Pikes était l’homme qu’il leur fallait dans ce genre de situation, où la confidentialité était de mise. Secret et longiligne comme une ombre, il avait suivi Fergus dans l’une des chambres privées de l’aile ouest, pour faire son travail, sans poser de questions. Il était payé pour, mais surtout, les Veilleurs disposaient de moyens de pression assez efficaces sur cet homme dont ils connaissaient quelques intéressants secrets. Donnant-donnant, en échange de leur silence, Pikes s’engageait à ne jamais laisser échapper quoi que ce soit sur ce qu’il voyait à chaque fois qu’il était appelé…

Cette fois, le gang avait plutôt intérêt à ne pas laisser fuiter la sévère correction qu’ils s’étaient prise cette nuit. Trois morts, un blessé grave dont Pikes s’occupait en priorité, et une blessée plus légèrement, qui était restée à ses côtés. Roy, lui, n’assistait pas à cette scène. Debout dans son bureau, immobile face à la fenêtre, il regardait ses hommes s’activer vainement dans la cour arrière du cabaret, à la recherche de malfaiteurs qui avaient déjà disparu dans l’aube naissante. On venait de les attaquer sur leur propre terrain, à leur nez et à leur barbe, et les responsables avaient réussi à s’enfuir.

Cela le rendait dingue.

A la façon brusque dont la porte s’ouvrit, Roy sut que celui qu’il attendait venait d’entrer. En catastrophe, Jayce s’était précipité hors de chez lui et tout sur sa figure laissait voir qu’il n’appréciait pas de se trouver là. Il fit néanmoins honneur à sa réputation en dominant toutes ses émotions, quand il s’adressa à son associé :

« Des nouvelles ? J’ai vu les gars s’agiter en bas.
-Ouais, pour pas grand-chose, ces rats se sont déjà volatilisés. »

Qui que fussent les responsables, ils avaient remarquablement bien fait leur coup. De grands professionnels. Ils n’avaient laissé aucune trace de leur passage derrière eux, si ce n’était les MacFarlane, encore vivants. Leur seule erreur, peut-être. A moins que cela ne cachait une stratégie de leur part ? Dans tous les cas, Roy comptait bien les interroger tous les deux, dès qu’ils seraient en état de le faire, pour retrouver ces criminels. Jayce semblait avoir suivi le même chemin de pensée, car il enchaîna :

« Et les MacFarlane ?
-Le frère a pris bien cher, mais il devrait s’en sortir, apparemment. Robin est en état de parler, elle. J’attendais de te voir avant de la faire venir. »

Avec un soupir, Jayce ôta son fidèle chapeau, et partit s’asseoir sur le canapé. Il ne masqua pas son incrédulité face à cette situation qu’ils n’avaient pas du tout vu venir :

« Mais comment est-ce qu’ils ont pu rentrer comme ça, ces fils de troll ? On a une putain de taupe, c’est pas possible.
-Oh ça… On en a même plusieurs, pour qu’ils aient pu se faufiler aussi facilement. C’est à croire qu’on leur a déroulé le tapis rouge jusqu’au local où ils ont fait leur petite affaire, ironisa Roy, en venant s’asseoir face à lui. C’est ça qui m’hallucine. Non seulement ils sont rentrés, mais ils ont aussi enlevé deux de nos employés, et ils ont eu tout le temps de les torturer, personne n’est venu les déranger. Comme s’ils savaient exactement quelles étaient les ouvertures dans notre système de sécurité. A moins qu’un de nos hommes ait fait en sorte de leur ouvrir le passage. Je… »

Si Roy avait réussi à dominer la rage qui bouillait au fond de lui, cette fois il la sentait remonter comme un poison jusque ses tempes. Ses poings se serrèrent et il dut se retenir de les laisser frapper quelque chose. Il avait explosé en arrivant tout à l’heure, proféré des menaces à l’encontre de ses hommes chargés de la sécurité du cabaret et c’était la raison pour laquelle ils se répandaient tous dehors à la recherche d’un indice qui pourraient les racheter : s’épargner l’une des saintes colères de leur patron.

« Je sais pas combien d’ennemis on a, dans cette histoire. D’abord, cette attaque en mai… Roy ne pouvait oublier ce jour où il avait manqué de se faire assassiner, en quittant une réunion entre chefs de gang. ll chassa ces images de son esprit, pour ne pas perdre sa concentration. Et maintenant, ça. A chaque fois, aucun indice, aucun message, aucune revendication.
-Tu penses que différentes personnes sont dans le coup ou que les deux évènements sont liés ? questionna Jayce, sourcils froncés.
-J’en sais rien. J’ai juste l’impression que ceux qui nous attaquent dans le noir préfèrent y rester. 
-C’est une tactique d’intimidation. Tôt ou tard, ils finiront par se révéler. »

Roy hocha la tête, songeant qu’il préférait tôt plutôt que tard. Il ne comptait de toute façon pas rester les bras ballants à attendre que le visage de ses ennemis se dévoile. S’agissait t-il de leur voler discrètement des parts de marché ? Ou s’agissait t-il d’une vengeance bien orchestrée ? Les prochains jours allaient le leur dire, il leur faudrait mener l’enquête pour découvrir à qui profitait le crime, s'ils voulaient avancer.

« Bon, je te laisse gérer ici, déclara Jayce, l’interrompant dans ses réflexions. Il se leva du canapé et plaça son chapeau sur sa tête. Si on commence à tous se rassembler en gueulant dans tous les sens, même nos hommes vont penser qu’on perd le contrôle de la situation. Je vais prendre quelques gars avec moi et aller dans la Voie, Toni doit y être aussi. J’imagine qu’on a du souci à se faire sur notre trafic de baguettes, à partir de maintenant. Son regard se chargea en intensité, en se posant sur son acolyte. Fais comprendre à nos hommes qu’un coup pareil ne doit jamais se reproduire. Je me charge d’envoyer le message qu’on ne se laisse pas impressionner, surtout pas sur notre propre territoire. »

Il avait raison, songea Roy. Le gang venait de subir une attaque en plein coeur, alors ils se devaient d’envoyer un message fort en tant que chefs, aussi bien aux criminels séjournant dans la Voie qu’à leurs propres hommes. Il faisait confiance à Jayce pour s’affirmer dans la Voie. Il le fallait. Il y avait un sens à tout ça. Si on les avait attaqués directement sur leur territoire, c’était forcément pour porter un coup à leur image et à leur suprématie.

« Au passage, demande à quelqu’un de faire venir Fergus, avec Robin, lança Roy au moment où son associé poussait la porte. Ils sont dans la première chambre de l’aile ouest. »


*****


La première situation qu’il devait gérer se présentait. Le regard sombre de Roy sondait son employée, qui venait de s’asseoir face à lui, derrière le bureau. Ils ne l’avaient pas ratée. Son regard s’obscurcit davantage, en glissant sur cette balafre qui lui barrait le visage. Chacune de ses blessures lui apparaissait comme coup porté personnellement, car le corps de Robin appartenait à son commerce. Roy était en colère d’avoir perdu trois hommes, et d’avoir un machiniste en incapacité totale de seulement parler. Maintenant il était en colère que l’une de ses danseuses se retrouve défigurée.

Fergus, debout à sa droite, lui avait certainement déjà posé des questions. Second du gang, il gérait le trafic de baguettes, sa présence était plus que requise pour démêler la situation. Mais c’était aussi lui qui s’occupait de la sécurité du cabaret et Roy comptait bien lui demander comment une telle intrusion avait pu se produire… Mais pour l’heure, c’était Robin qui se trouvait dans la position de l’interrogée. Elle était la seule à avoir tout vu et être en état de parler, son témoignage était précieux. Si elle avait vu le visage de ses agresseurs, elle pouvait grandement les aider, et Roy ne doutait pas qu’elle donnerait tout pour retrouver ceux qui avaient manqué de tuer son frère. Parmi eux tous, elle devait être qui brûlait le plus de l’envie de se venger. Celle de Roy, bien présente également, transparaissait dans son visage dur. La jeune femme avait subi un traumatisme, mais il ne comptait pas la ménager pour autant. Il ne voulait pas seulement savoir qui étaient ses agresseurs. Roy avait peut-être perdu ce soir bien plus que quelques hommes. Cela dépendait de ce qu’étaient venu chercher leurs assaillants et de s’ils l’avaient trouvé ou non… Seule Robin en connaissait la réponse. Il n’eut qu’un ordre pour elle, sans préambule :

« Dis-moi tout ce qui s’est passé, Robin, tout ce que tu as vu, tout ce qu’ils t’ont dit. »



  - Power goes by and leaves me blind -
   
Robin MacFarlaneDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Robin caressait lentement le dos de la main de Matthew sans le quitter des yeux, complètement déconnectée du va et vient de la chambre de l'aile ouest. Elle guettait le moindre signe de douleur sur son visage, prête à demander à Pikes d'augmenter les doses de calmant. Elle avait tressailli à plusieurs reprises, un peu plus tôt dans le matin,  lorsque la respiration de son frère s'était faite plus lente et moins régulière. Il y avait même eu un moment où il avait expiré et... plus rien. Une, deux, peut-être trois secondes de silence, en suspens. Interminable.  Robin s'était redressée sur son siège et  ses pupilles dilatées étaient passées des lèvres sèches de son frère à son torse, immobile. Et puis, alors qu'elle n'y croyait plus, la poitrine de Matt s'était de nouveau soulevée laissant entendre une brève inspiration sifflante et plaintive. Robin ne se souvenait pas avoir vécue, un jour, une épreuve si difficile.
Pikes avait fini par murmurer que Matt était, d'une certaine manière, tiré d'affaire. Il allait survivre en somme mais la danseuse savait lire entre les lignes. Matthew allait garder des séquelles de cette agression. Il n'en sortirait pas indemne, elle le percevait dans le regard du médicomage.

Les internes de Saint Mangouste auraient-ils posés le même diagnostic ? Son frère aurait-il bénéficié de meilleures chances de rémission à l'hôpital ? Incontestablement, oui, mais c'était sans compter avec l'interdiction formelle de Fergus qui s'était fermement opposé à ce que Robin accompagne Matt à Sainet Mangouste. Elle s'était énervée, elle l'avait supplié, elle avait même essayé de mettre sur plan un faux hold-up qui aurait mal tourné, invitant les Veilleurs à saccager son appartement afin de faire croire à un cambriolage. Rien. Les chefs n'avaient pas voulu. Matthew et elle devraient se contenter de Pikes. Ce foutu Pikes qu'on appelait pour toutes les basses besognes: Recoudre des Veilleurs ou encore faire sauter les grossesses des  filles peu précautionneuses de l'Aile Ouest.
Le business avant la vie d'un homme. Classique.

Robin connaissait la rengaine pourtant, mais elle était directement concernée, cette fois, et elle devait avouer que ce constat amer était particulièrement douloureux à admettre.

"Roy t'attend dans son bureau."

La voix de Fergus dans son dos la tira de ses pensées et elle ferma les yeux quelques instants mobilisant toute son énergie pour affronter l'entrevue qui s'annonçait. Elle venait de survivre à une agression mais il n'était pas dit qu'elle allait pouvoir ressortir indemne de cet entretien. Elle avait trahi les Veilleurs, trahi la confiance de Calder et de Bowers. Cela se payait cher. Très cher. Elle en avait conscience.

Lorsqu'elle rouvrit les paupières elle observa son Gryffondor de frère pour se convaincre qu'elle avait agit au mieux. Au moins, il était en vie, lui, contrairement à Fiz', Bowlstein et Arelson qu'on avait entreposés dans la chambre d'à côté. Robin accorda un sourire triste à Matthew avant de lui embrasser la main. Puisse-t-il lui transmettre un peu de son courage et de sa détermination, songea-t-elle en se levant. Elle chercha Jon Pikes du regard et le trouva assis un peu plus loin, dans l'ombre du coin de la pièce.

"Il reste là." souffla Fergus en réponse à sa question muette.

La danseuse hocha la tête et resserra autour d'elle la longue blouse de machiniste que Fergus lui avait donné en la trouvant dans le local. Il la lui avait tendue, sans même la regarder. Jusqu'alors la quasi nudité des filles ne l'avait jamais gêné mais tout semblait avoir changé, constata-t-elle en le rejoignant en silence. Il s'était montré plutôt hostile lorsqu'elle lui avait raconté ce qui s'était passé et instinctivement, elle posa une main sur sa joue balafrée comme pour la camoufler lorsqu'elle passa devant lui dans l'embrasure de la porte. Pikes avait utilisé un peu d'essence de dictame pour refermer la plaie. Un long sillon rosé zébrait maintenant son visage et seul le sang séché sur son menton et son cou indiquait que l'attaque datait seulement de quelques heures.

Robin rejoignit le bureau de Roy, pieds nus, Fergus sur ses talons. Elle pouvait entendre les murmures des Veilleurs et du personnel sur son passage alors elle tira davantage sur les pans de sa blouse et enfonça son visage dans le col comme pour se protéger de leurs remarques et de leurs regards.  Arrivée devant la porte, elle se tourna vers Avner qui -visiblement un peu irrité- lui indiqua d'entrer d'un geste du menton.

Elle obtempéra et prit place, en silence, sur le siège qui faisait face à Roy. Il avait la mine fermée de ses mauvais jours. Généralement lorsqu'il arborait cet air tendu -signe qu'il était contrarié-  tout le staff des Folies s'arrangeait pour ne pas le croiser. L'information circulait comme un sortilège entre les serveurs, les machinistes, les Veilleurs et les danseuses: "Calder est de méchante humeur aujourd'hui." Pourtant, cette fois, Robin ne pouvait pas y couper. Elle avait même sa part de responsabilité dans cette histoire. Incapable de soutenir plus longtemps la mine contrarié du chef des Veilleurs  elle observa ses mains jointes posées sur ses cuisses et gratta minutieusement le sang coagulé sous ses ongles.

Ce n'est pas en agissant comme une petite fille prit en faute que tu vas t'en sortir ! Persifla une petite voix dans son crâne alors Robin s'efforça de relever la tête pour observer Roy tandis que Fergus se positionnait à sa droite. Elle vit le regard de Calder descendre sur sa joue et elle résista difficilement à l'envie de cacher un nouvelle fois sa cicatrice. Sa main gauche se souleva presqu'imperceptiblement mais elle la reposa sur sa cuisse en papillonnant des paupières. Autant s'habituer tout de suite, songea-t-elle en déglutissant.

Elle se sentait fébrile, elle avait chaud et froid en même temps -si tant est que cela soit possible- et elle avait peur. Peur de ce qu'ils allaient faire, de ce qu'ils allaient dire et peur d'elle-même, aussi. Peur de ses réactions, de son ressenti, de son amertume, de sa colère et de sa tristesse qui menaçaient de se rependre dans la pièce sans crier gare. Les événements étaient trop frais, brûlants encore son corps et son cœur, et elle craignait de ne pas pouvoir agir de manière raisonnable et raisonnée. Elle en était capable habituellement, elle savait tenir sa langue, et garder pour elle les émotions brutes qui n'avaient pas leurs places dans les relations sociales ordinaires.

Pourtant, la simple phrase de Roy, et son comportement en général, entama directement ses bonnes intentions.

Elle n'attendait pas qu'il ait un mot compatissant pour son frère ou pour elle malgré le traumatisme qu'ils avaient subi. Elle n'était pas aussi naïve. Elle avait grandi dans le milieu, élevée par un mafieux et elle savait qu'ils utilisaient rarement le langage de la parole pour témoigner leur soutien. Non, ils préférait généralement faire passer ce genre de message par un regard appuyé, mais lourd de sens, ou un simple pressement d'épaules. Des petits gestes en somme qui avaient leur importance aux yeux de Robin.

Elle ne voulait pas que Fergus ou Roy en fassent des tonnes mais juste...qu'ils ne la regardent pas comme ça, comme cette étrangère dont les malheurs, les épreuves, la vie ou la mort importaient peu. Car c'était bien le message qu'ils lui envoyaient en se tenant ainsi, face à elle, avec leurs mines patibulaires et leurs ordres à l'emporte pièce. Elle n'était rien qu'un rouage -défaillant- dans leur petite mécanique interne qu'ils examinaient en se demandant s'il ne vaudrait pas mieux l'échanger...

Elle venait de voir mourir trois de ses collègues de travail sous ses yeux. Son frère avait réchapper de peu à la mort. Quant à elle, elle s'était fait enlever, défigurer, agresser et torturer.

Robin n'avait pas l'impression d'être sentimentale, ou exigeante, en espérant un simple regard compatissant  de la part de ses supérieurs après ce qu'elle venait de traverser.

Mais c'était visiblement trop leur en demander. Soit. C'était une amère leçon de vie mais Robin en ressortirait grandie, décida-t-elle le cœur battant.

Tu ne peux compter que sur toi-même, ma belle, se dit-elle en ravalant les larmes qui menaçaient d'inonder son visage. Tu es la seule à pouvoir prendre soin de toi -Non elle ne pleurerait pas- et tu as eu mille fois raisons de balancer le putain de nom de Wlaskoff. Entre loyauté et stupidité, il n'y avait qu'un pas. Robin avait su s'arrêter à temps, préférant protéger ses propres intérêts et ceux de sa famille plutôt que ceux de Roy et Fergus... Vu comment ils se conduisaient l'un et l'autre, elle ne regrettait pas une seconde son geste, elle ne regrettait plus. La culpabilité qu'elle aurait pu ressentir s'était envolée au moment où elle s'était rendu compte qu'elle n'était rien pour eux. Elle n'avait plus peur de les décevoir et elle n'attendait plus rien d'eux en retour, si ce n'est qu'ils assument leur part de responsabilité dans ce fiasco... Car elle n'était pas la seule responsable, loin de là.

"Ils me sont tombés dessus dans le couloir qui mène aux loges,
commença-t-elle d'une voix enrouée mais sur un ton étonnamment calme, Cela faisait plusieurs heures qu'elle s'était murée dans le silence, constata-t-elle alors. Depuis qu'Avner l'avait empêché de se rendre à Sainte Mangouste à vrai dire, après ma nuit dans l'aile Ouest, ajouta-t-elle en coulant un regard vers Fergus qui avait été l'avant dernière personne à la voir avant sa disparition. Elle se tut un instant et s'efforça de calmer le tremblement de ses mains en reportant son attention sur Roy, ils connaissaient manifestement mes horaires et mon parcours."


C'était un scud avec pour seule et unique cible, Fergus, le vénérable responsable de la sécurité des Folies qui se tenait justement à la droite de son chef. Robin crut le voir gigoter imperceptiblement à la limite de son champs de vision mais elle resta focalisée sur Calder. Si elle devait tomber, elle emmènerait Fergus Avner dans sa chute. Parole de MacFarlane.

"Je me suis réveillée ligotée et bâillonnée dans ce local, au sous-sol des Folies où les machinistes entreposent tous les décors -Oui, juste sous ton nez Roy Calder, mets toi bien ça dans le crâne -... Ils s'étaient déjà...occupés de Matthew. "

Elle marqua une petite pause en sentant sa force et sa détermination faiblir à la mention de son frère. Elle ne devait pas penser à lui, ni à ses blessures ni à sa respiration saccadée, sinon, elle n'allait pas y arriver.

"Ils étaient trois. Des grands types, costaud, noirs de peau, mais ça pourrait être n'importe qui ayant pris du polynectar, précisa-t-elle en balayant le reste de la description physique d'un vague mouvement de la main. Ce que je peux dire c'est qu'il y avait un chef que les deux autres appelaient "Boss". Ils lui étaient corvéables à merci, et même lorsqu'il a menacé de les tuer - à deux reprises il me semble- ils n'ont pas bronché et ont exécuté ses ordres."

Pour Robin ces comportements étaient  des indicateurs plus fiables que n'importe quelle description corporelle.

"Le chef était calme, au début en tout cas, plutôt rodé à l'exercice visiblement."
Mal à l'aise à l'idée d'évoquer son Pire Cauchemar, elle se tordit les mains et hésita un peu avant de poursuivre:
" Il semblait même éprouver une sorte de plaisir malsain à ...me torturer aussi bien physiquement que mentalement."

Malgré toute sa bonne volonté pour ne pas paraitre faible, Robin baissa les yeux  en secouant la tête, comme pour chasser le regard sombre et malfaisant de son ravisseur encore posé sur elle. Elle n'avait pas envie de rentrer dans les détails et de parler du doloris. Si elle le faisait, elle savait que Roy et Fergus n'auraient pas la réaction qu'elle espérait au plus profond d'elle, même si elle s'en voulait d'attendre encore un peu d'attention de leur part. Non, elle ne percevrait pas un voile de compassion dans leurs yeux. Elle devait se mettre ça dans la tête, bordel de troll !

"A vrai dire, il n'avait qu'un seul but: Obtenir des informations sur le trafic de baguette. Même s'il savait déjà beaucoup de choses de lui-même, précisa-t-elle sur un ton désabusé en relevant son visage vers son patron, il savait que nous étions sur un gros coup et il voulait savoir qui et comment le contacter."

Pouvait-elle encore se permettre de dire "nous" ?  Calder et Bowers avaient peut-être déjà décidé de l'évincer purement et simplement des Veilleurs pourtant elle se sentait plus que jamais concernée par toute cette histoire. Même si elle était éjectée du gang, Robin s'était fait une promesse quelques heures plus tôt et elle comptait bien la tenir. Elle retrouverait Son Pire Cauchemar, ce cognard qui l'avait torturée, et elle allait le tuer, de sa baguette. Elle refusait d'être la victime plus longtemps et l'esprit de vengeance l'animait déjà, la forçant à se redresser et  à assumer ses choix. Du statut de proie, elle allait devenir prédateur, avec ou sans l'aide des Veilleurs.

D'ailleurs, il était temps d'arrêter de tourner autour du chaudron . Robin devait prendre ses responsabilités. Plus elle retardait l'échéance, plus cette révélation allait être difficile à faire. Penser à sa vengeance prochaine lui donnait un peu de force et elle profita de ce moment pour se lancer:

"Sur ces entrefaites, Fiz', Bowlstein et Arelson sont arrivés. Ils ont été tué sur le champs par des Avada, sans sommation. "
expliqua-t-elle en parvenant à maitriser les tremblements dans sa voix, "Ensuite, le chef du groupe à attraper Matthew et il m'a dit texto: Je repars soit avec ta réponse, soit avec la vie de ton frère."

Matt était allongé dans une des chambres de l'aile ouest des Folies, bel et bien vivant.
Robin n'avait pas besoin d'en dire plus, Roy savait déjà.


Roy CalderChef de la mafiaEn ligneavatar
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Roy restait attentif à ce que disait et laissait transparaître la danseuse, tout en gardant un oeil sur les réactions de Fergus. L’urgence était de trouver les trois assaillants du cabaret pour leur rendre la monnaie de leur pièce, car en s’attaquant à Robin et son frère, ils s’étaient attaqués au gang tout entier. Mais Roy avait une deuxième tâche à accomplir, seul, en se fiant à son jugement personnel. Quelqu’un devait être puni parmi ses propres hommes, et de façon exemplaire, afin qu’une pareille situation ne se reproduise jamais plus. Qui fallait t-il tenir pour responsable de cette énorme faille dans la sécurité de l’établissement ? Fergus était le premier à devoir rendre des comptes là-dessus et il le savait. Sur son visage fermé se lisait son sentiment d’inconfort et de contrariété, au moins aussi grande que celle de son chef. Cette erreur pouvait lui coûter sa place. Surtout quand Robin laissait entendre que ses tortionnaires connaissaient tout de ses déplacements et son emploi du temps.

Quelque chose avait merdé et Roy devait contenir son envie d’envoyer tout le monde valser, par pure fureur. Il regretta brièvement à cet instant que ce ne soit pas Jayce qui soit ici, avec sa tête froide et son jugement avisé, pour prendre les bonnes décisions face à leurs hommes. Roy se savait plus impulsif, beaucoup plus sanguin. A n’importe quel moment, il pouvait exploser et peut-être adopter une attitude qui le desservirait. Un chef de gang digne de ce nom savait se faire à la fois craint et aimé par ses hommes, il fallait sans relâche rechercher cet équilibre, en sachant notamment quand préférer la punition à la clémence. Roy avait connu trop d’histoires de mutineries face à un chef jugé trop doux ou trop cruel, il en savait personnellement quelque chose pour en avoir lui-même mené une face à Bill Griggs, une jolie raclure détestée par la moitié de ses hommes…

Pour ne rien arranger, Roy se savait face à l’une des pires configurations possibles. Ils venaient de se faire attaquer par trois personnes qu’ils n’avaient pas pu identifier, qui avaient réussi à s’enfuir, et comble de tout, il était fort probable qu’ils aient été aidés depuis l’intérieur. Cette hypothèse devenait de plus en plus évidente, à mesure que Robin parlait. Il ne s’agissait pas d’une attaque frontale, d’ennemis connus, face à laquelle le gang pouvait s’unir sur un même front, pour défendre leur honneur et leurs intérêts. L’humiliation combinée à un sentiment de trahison avaient toutes les chances de planter des graines néfastes dans le coeur de ses hommes, surtout si Roy prenait la moindre mauvaise décision. Dès maintenant, il n’avait le droit à aucune erreur de jugement.

Les épaules tendues, le chef des Veilleurs ne quittait pas des yeux Robin, qui déroulait son récit avec difficulté. Ses traits se desserrèrent légèrement quand elle en arriva à ses sévices. Il baissa une fois son regard vers ses mains nouées, se demanda s’il avait bien fait de la faire venir aussi vite, alors que le choc était encore très frais, que son frère se faisait encore soigner à côté. Non, se raffermit t-il, c’était maintenant qu’elle devait parler, tant que les hommes étaient encore déployés, tant qu’ils pouvaient réagir vite. S’il y avait la moindre chance d’identifier les trois mercenaires, il ne fallait pas la manquer. S’il était désolé que les deux MacFarlane aient subi une telle épreuve, pour le moment, cet évènement lui inspirait avant tout une colère qui masquait le reste. Il lui était intolérable que deux membres des Veilleurs se soient faits torturer sur leur propre territoire.

Obtenir des informations sur le trafic de baguettes, c’était évidemment la raison la plus plausible à cet acte. A nouveau, Fergus eut un mouvement de la jambe et une grimace qui trahirent son mécontentement. De la même façon que Toni s’occupait en priorité des paris et d’une partie du trafic de drogue, il était chargé de deux choses, la sécurité des Folies Sorcières et depuis peu, le trafic de baguettes. Ce soir, il accusait un coup dur sur chacune de ses assignations.

« Et après ? pressa ce dernier, quand elle marqua un arrêt. Qu’est-ce que tu lui as dit ?
-Laisse-la parler. »

La voix claquante, Roy lui renvoya un regard encore plus rude que celui qu’il portait sur Robin. La jeune femme n’était qu’une regrettable victime dans cette situation, mais Fergus en revanche… Il n’avait pas l’intention de laver leur linge sale en présence de la danseuse, mais Roy espérait qu’il aurait une sacrée défense à lui présenter tout à l’heure, car ce récit avait confirmé une sacrée faille dans leur défense. D’un signe de tête, il encouragea Robin à poursuivre, pris d’un mauvais pressentiment. Il restait encore quelques zones d’ombres, elle n’avait pas expliqué comment trois de leurs hommes avaient trouvé la mort, ni ce que les tortionnaires étaient parvenus à lui soutirer comme informations. Et si elle prenait son temps pour l’annoncer, c’est qu’il devait y avoir quelque chose de contrariant…

Voire de très contrariant.

« Tu lui as livré Wlaskoff ? »

L’exclamation de Fergus ne sonna pas tout à fait comme une question, car la réponse était déjà claire. Ce contact était précisément celui qui devait faire décoller leur trafic de baguettes encore naissant. C’était le pire moment pour faiblir.

« Bordel ! Qu’est-ce que tu lui as dit d’autre ?
-Peu importe. Pour le moment, nuança Roy. On va commencer par faire en sorte de retrouver ces trois fils de troll, avant qu’ils ne…
-Attends Roy, ces raclures se sont introduits ici et sont repartis avec une info qui risque de nous faire perdre une belle somme d’argent, je te rappelle qu’on a déjà pas mal investi et si… »

Un coup brutal interrompit Fergus dans sa tirade. Le plat de la main du chef de gang s’était abattue sur son bureau avec violence.

« Et c’est toi qui étais sensé t’assurer que ni l’un ni l’autre n’arrive, alors ferme-la ! »

Finalement, il n’avait pas su retenir cette remarque, c’était raté pour ne pas descendre son second en présence de Robin. Emporté dans sa colère qui avait rejailli dès l’instant où on l’avait interrompu, Roy continua de rugir :  

« Tu crois qu’ils en voulaient juste à notre trafic de baguettes en venant ici ? S’ils ont monté un tel coup alors qu’ils auraient pu les attraper elle et son frère à l’extérieur en prenant moins de risques, c’est qu’ils voulaient nous envoyer un message ! Celui qu’on peut nous faire affront sur notre propre territoire et ressortir les mains dans les poches, j’imagine. Hors de question que je laisse qui que ce soit croire ça, déclara t-il, martelant ses mots d’un regard ombrageux sur les deux Veilleurs. On va retrouver ces connards, et très rapidement. Plus vite on mettra la main sur eux, et plus on aura de chances de limiter les dégâts, sur tous les plans. Tiens, avec quelques bons arguments, on pourra même leur faire cracher leur morceau sur l’enfoiré qui les a aidés ici ! Parce que s’il n’y a pas un ou deux traîtres parmi nos hommes, c’est toi qui prends, Fergus. »

Son doigt s’était pointé dans sa direction, pour mieux imprimer le message. A cet instant, il n’avait plus grand-chose à faire de ménager l’ego de qui que ce soit. Le sien avait déjà pris un coup. Il était furieux que ses hommes se soient tous faits avoir comme des bleus et puisqu’il n’avait que Fergus comme potentiel responsable sous la main, c’était lui qui prenait. Ce qui lui déplaisait très certainement au vu de sa mine fermée, mais Roy s’en moquait, tant que le message s’imprimait.

« C’est clair ? »
-Parfaitement.
-Bien, va me chercher Travis, qu’on avance un peu dans cette merde. Tu restes ici, Robin. »

Le regard mauvais de Roy ne revint pas tout de suite sur elle, il resta un bref instant accroché sur la porte que Fergus venait de refermer un peu trop fort à son goût. Non mais il se croyait chez sa mère pour claquer la porte derrière lui, par contrariété ? Il fallait croire qu’il n’avait pas été assez sévère avec ses hommes, à commencer par ses seconds. Encore que Fergus savait à peu près où se trouvait sa place, Roy pariait que si cela avait été Toni, il aurait eu la mauvaise idée de lui répondre… Et c’était un problème. Mais ce n’était pas tout à fait le moment de remettre en question sa dose d’autorité. Quoiqu’il lui fallait encore se positionner, face à la dernière personne dans cette pièce. Celle qui s’était trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, celle qui n’avait été coupable de rien, celle qui était même une victime, avant qu’elle ne finisse par avouer qu’elle avait balancé des informations confidentielles sur leur trafic.

Son regard se posa sur elle et il s’avança légèrement sur son bureau, maintenant qu’ils étaient en face à face. Robin savait déjà que ses affaires comptaient plus aux yeux de Roy que la vie de son frère, pour la simple et bonne raison qu’il le lui avait dit, lors de l’entretien où il avait scellé un pacte avec elle. « Si tu te demandes si on va se débarrasser de lui au détour d’une ruelle, ça serait déjà fait si on en avait besoin ». Elle devait s’en souvenir, il l’estimait en tout cas prévenue. Maintenant, c’était elle qui prenait le risque de se faire éjecter, car elle venait de causer du tort à leur gang.

Pour autant, il n’était pas dénué de coeur et obsédé par son business au point de lui refuser deux circonstances atténuantes. La première, elle avait du choisir entre trahir les Veilleurs et trahir sa famille, son propre sang. Même s’il évitait de trop se mettre à sa place pour garder la tête froide, Roy savait au fond de lui quel choix il aurait fait. La deuxième était qu’elle n’aurait jamais du avoir à faire ce choix, si la sécurité de l’établissement avait été correctement assurée. Comme lui-même l’avait dit tout à l’heure, on ne l’avait pas capturée à l’extérieur, dans une sombre ruelle où elle était livrée à elle-même. C’était un deuxième élément qui jouait beaucoup en sa faveur, il en était conscient.

Roy se tenait face à elle en n’ayant qu’une seule certitude en tête sur le jugement qu’il lui réservait. Il préférait largement garder le genre de traître qu’elle était dans ses rangs, plutôt que ceux qui avaient permis à des ennemis extérieurs d’entrer ici et répandre la mort. Elle n’était pas l’ennemi à abattre qu’il avait en tête à l’heure actuelle, et elle pouvait même se montrer utile, encore lui fallait t-il s’assurer de son état d’esprit. Puisqu’il s’était toujours montré direct avec elle, cette fois ne fit pas exception. Sans chercher à savoir si elle était assez solide pour encaisser sa franchise, il se lança :

« Je ne vais pas te parler du fait que tu aies choisi la vie de ton frère, le problème avec ce genre de dilemme, c’est qu’il n’y a aucune bonne réponse. Ou en tout cas, aucune réponse qui ne soit pas lourde de conséquences. Il comprenait, c’était tout ce qu’il pouvait lui accorder. Il comprenait qu’elle n’ait pas choisi de rester muette. Mais elle n’en ressortirait pas excusée et exempte de punition pour autant, il y avait des conséquences à ce choix, qu’elle connaissait, qu’il rappela dans une certaine nuance. Sache que je t’aurais directement virée du gang si ça ne s’était pas produit ici, alors que vous étiez sous ma protection. »

Ils avaient un accord tous les deux, qui comportait notamment que Matthew reste à portée de leur regard dans le cabaret et bénéficie de la protection du gang. Si Robin avait détruit leur accord en trahissant leur confiance, Roy venait de manquer à l’une des conditions. Dans la juste balance qui le tracassait tout à l’heure, il lui semblait que cela offrait une forme de sursis à la danseuse. Dans le contexte de crise où ils se trouvaient, c’était un sursis qui pouvait leur bénéficier à tous les deux, semblait dire son regard perçant, lorsqu’il conclut :

« Si tu veux rester avec nous, Robin, il va falloir te montrer utile. »




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Robin MacFarlaneDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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« Tu lui as livré Wlaskoff ? »

Ce fut Fergus qui lâcha le nom du client qui risquait fortement de leur filer entre les doigts par la faute de Robin. La jeune femme hasarda un regard incertain en direction d'Avner - hésitant quelques secondes à confirmer son intuition par un hochement de tête- mais elle se ravisa et préféra reporter son attention sur Roy. Plongé dans un silence et dans un état de tension encore plus inquiétant que les protestations de son second, il était nettement moins rassurant que Fergus pourtant.

Mais Roy était le patron, c'était à lui que Robin devait rendre des comptes et elle décida qu'il était plus sage d'attendre les questions du chef du gang plutôt que de se précipiter pour répondre à celles d'Avner. Comme dans une meute, il y avait une hiérarchie à respecter: Si Roy lui intimait de répondre aux interrogations du responsable de la sécurité des Folies, elle s'exécuterait, mais ce n'était visiblement pas son souhait. Le trafic de baguette n'était pas sa priorité, contrairement aux trois types qui venaient de lui faire l'affront de l'humilier dans sa propre maison.
Robin pouvait le comprendre. Perdre un marché, c'était une chose mais se faire ridiculiser devant ses hommes, dans son propre QG, s'en était une autre... Roy était plus que jamais fragilisé mais Fergus ne semblait pas le percevoir tant il était concentré sur  les incidences des révélations de Robin sur le marché qui lui était assigné.

Le coup brutal porté sur le bureau mit fin instantanément aux protestations du second. Robin sursauta littéralement devant la violence du coup. Même si une part d'elle même était satisfaite de voir Roy arriver à la même conclusion qu'elle -Fergus Avner devait endosser sa part de responsabilité dans ce fiasco- elle n'en craignait pas moins les réactions imprévisibles de Calder. S'il se permettait d'écraser l'un de ses plus fidèles lieutenants, devant elle -une simple employée qui ne pesait pas bien lourd dans leur industrie- quel sort lui réservait-il ?

La jeune femme garda les yeux baissés sur ses mains nouées tandis que Fergus se faisait recadrer. Le moindre regard en direction du second pourrait être interprété comme une fanfaronnade de sa part- *Tu vois, toi aussi tu as merdé, mec !*- et c'était à tout prix ce qu'elle voulait éviter. Honnêtement, elle aurait préféré être ailleurs et ne pas être témoin de cette mise au point. Si elle arrivait à sortir vivante de cette histoire, elle était sûre que Fergus allait lui faire payer d'avoir été là, à cet instant. Enfoncée dans son siège, elle essayait de se faire la plus petite possible sans toutefois perdre une miette de l'échange.

Elle releva vivement le regard lorsque Roy évoqua l'enfoiré, la taupe qui les avait vendu à ces trois mercenaires. Calder partageait donc sa vision des choses: Il y avait un putain de traitre dans les rangs des Veilleurs. Elle n'était pas folle, ni complètement paranoïaque. Quelqu'un n'avait pas hésité à se servir d'elle, de Matthew et surement de Fergus comme de pions. A cet instant même, il ou elle était peut-être en train de se gausser dans un coin des Folies, satisfait de la tournure des événements et du climat d'incertitude qui régnait au cabaret depuis quelques heures...

Au fond, Avner n'était qu'une victime supplémentaire. On avait cherché à le décrédibiliser, comme elle, en somme. Ils étaient sur le même balai. Et au lieu de faire front ensemble, elle s'était évertuée à l'entrainer dans sa chute... Stupide qu'elle était ! C'était surement ce que voulait leur ennemi commun, Son Pire Cauchemar, ou du moins, celui qui l'avait engagé: Que Roy, ses lieutenants et ses hommes se déchirent entre eux sans qu'il n'est à intervenir de nouveau.  Il était bien parti pour arriver à ses fins.

En effet, Roy congédia Fergus sans ménagement et convoqua Travis dans la foulée. En guise d'ultime bravade Avner claque la porte derrière lui, signe qu'il n'était pas aussi docile que ce que l'échange précédent avait pu laisser paraitre. Robin ferma les yeux quelques instants et releva le regard vers Roy pour l'interroger du regard.
Devait-elle partir ? Quitter les Folies sur le champ et ne jamais revenir ? En avait-il fini avec elle ? Manifestement non.  Son patron lui intima d'un ton péremptoire de rester ici et l'inquiétude de Robin se mit à grandir. C'était à son tour de se faire lyncher. Enfin, si à l'instar d'Avner, elle s'en sortait avec un simple remontage de bretelles, elle s'estimerait chanceuse mais elle n'était pas sûre que Roy se montre aussi clément.

D'ailleurs, pourquoi avait-il convoqué Evan ? Quel job attendait l'espion des Folies ? Le cambrioleur professionnel n'était pas particulièrement bien intégré au sein du gang. Nombreux étaient les Veilleurs qui le trouvaient étrange, déstabilisant, trop énigmatique... En vérité, Robin l'avait toujours bien aimé -même un peu trop, peut-être, à une période- mais la réciproque était loin d'être vraie. Travis ne semblait apprécier personne: Le commun des mortels le laissait indifférent et elle savait que, contrairement à elle, il ne ferait jamais passer l'affect avant les affaires.
Elle ne voyait pas quelle mission lui réservait Roy  mais elle espérait ne pas avoir à faire à lui personnellement. C'était déjà assez difficile de se sentir indésirable et faillible aux yeux de ses supérieurs et elle ne se sentait pas prête à supporter un nouveau regard insensible posé sur elle.

Enfin pour l'heure, elle devait surtout essayer de faire face à Calder, ce qui n'était pas une mince affaire. Son altercation avec Fergus semblait avoir assombrie ses pupilles sombres encore davantage et Robin était bien incapable de deviner ses pensées.

Elle avait beau avoir de sérieuses circonstances atténuantes -du moins l'estimait-elle- elle craignait tout de même que Roy n'en tienne pas compte et qu'il soit aveuglé par la trahison qu'elle venait de commettre sous son propre toit. Pourtant, elle préparait d'hors et déjà sa défense, mentalement. Elle ne devait pas flancher et essayer d'argumenter au mieux les choix qu'elle avait eus à faire. Après tout, la première personne à ne pas avoir respecté leur contrat, c'était lui. Ne devait-il pas assurer la protection de Matthew pour obtenir en échange son carnet d'adresse ? Robin avait remplie sa part du marché en lui livrant les coordonnées de Wlaskoff mais ils étaient tous forcés de constater, devant l'état de santé de Matthew aujourd'hui, que les Veilleurs avaient failli dans leur mission, les premiers.

En dépit de son cœur battant et de ses mains moites, Robin se entait prête à dégainer cet argument mais Calder la prit totalement au dépourvu en se montrant étonnamment compréhensif. Elle qui s'était refusée à avouer, haut et fort, la véritable raison de son infidélité  *Je choisirais toujours ma famille à tes profits !*. Elle se retrouva complètement muette suite aux propos de Roy. Il n'excusait pas ses actes, loin de là, mais il donnait l'impression de comprendre le dilemme face auquel elle s'était retrouvée. Faisait-il réellement preuve d'empathie ou était-ce une stratégie pour l'amadouer et qu'elle baisse la garde ? En bon joueur de poker, Roy Calder savait bluffer et Robin ne savait pas quel était son degré de sincérité à cet instant.

C'était là toute sa force.

Il se montrait indulgent mais pas au point que l'on puisse avoir envie d'abuser de la situation. Il ne tarda pas d'ailleurs à tempérer ses propos bienveillants en affirmant que si l'agression avait eue lieu en dehors des Folies, il aurait été nettement moins compatissant. Aux vues des conditions, il lui offrait un sursis, la possibilité de racheter sa faute en aidant le gang.

Robin resta silencieuse, consciente que la tournure des événements lui était plutôt favorable. En effet, Roy aurait pu choisir pour elle et la virer directement des Veilleurs et du Cabaret mais il lui laissait le choix: Elle pouvait partir mais si elle restait, elle devrait se montrer utile.

Même si une partie d'elle était rebutée à l'idée de côtoyer, jour après jour, la taupe qui l'avait vendue elle ne perdait pas de vue qu'elle avait clairement intérêt à rester sous le giron de Roy. Premier argument non négligeable, ses activités aux Folies lui permettaient, ni plus ni moins, de gagner sa vie: De payer son appartement, ses courses, ses factures. Tout.

Si elle se retrouvait seule, sans emploi,  avec Matthew à charge, son quotidien s'annonçait nettement plus difficile et il n'y aurait sans doute pas qu'un seul trio de mercenaires prêt à les maltraiter pour obtenir des informations sur le trafic de baguettes. Oui, le choix était déjà fait.

"Tout ce que tu voudras." lâcha-t-elle alors en relevant les yeux vers Roy. Ce n'était pas des paroles en l'air, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour les aider, Bowers et lui. " Je comptais, à titre personnel, tout faire pour mettre la main sur le cognard qui a livré Matthew à ces mercenaires et qui a permis que tout se passe ici, au moment où je n'étais pas sur mes gardes, avoua-t-elle avec  de tremblement de colère dans la voix, c'est lui-ou elle- qui nous permettra de remonter jusqu'à nos agresseurs. Jusqu'à Son Pire Cauchemar,  Il faut le coincer, ajouta-t-elle, la mine grave, et je suis prête à endosser n'importe quel rôle pour lui laisser croire que son petit plan se déroule comme sur des roulettes. Dis moi, je suis prête." assura-t-elle d'un air décidé.


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La réponse de Robin fut sans appel. Une envie brûlante de se venger devait déjà l’habiter, et comment ne pas la comprendre ? Roy savait ce que c’était de voir un membre de sa famille se faire attaquer par un ennemi dans une simple stratégie de persuasion. Lui-même avait déjà été littéralement pris d’une folie meurtrière en apprenant que June s’en était pris à sa soeur pour lui porter un coup à lui, dans leur lutte de pouvoir. Matthew avait manqué de mourir sous les yeux de Robin, simplement pour que cette dernière accepte de livrer des informations confidentielles. C’était une épreuve intolérable. Parce qu’il avait lui-même éprouvé une situation semblable, Roy crut Robin lorsqu’elle lui promit qu’elle était prête à tout.

« Parfait. »

La colère de la danseuse devenait palpable, c’était tout à fait l’attitude dont Roy avait besoin. Plus Robin aurait à coeur de faire payer ses agresseurs, plus elle coopérerait avec les Veilleurs. C'était tout ce qu'il attendait d'elle et c'était sa chance de se racheter, de faire en sorte qu'il passe l'éponge. Ses derniers mots furent pour lui assurer qu’elle le suivrait dans ses plans, ce qui donna l’occasion à Roy de justement y réfléchir. Pour le moment, ils n’avaient pas grand-chose. Il attendrait le rapport de ses hommes lorsqu’ils auraient terminé de fouiller le cabaret et seraient bien heureux s’ils s’avérait que les intrus avaient laissé des indices derrière eux. Roy n’y croyait pas trop. La sécurité de son cabaret n’était pas une passoire, s’ils avaient pu s’introduire, c’est que quelqu’un les y avait aidés, il en était convaincu. Alors il y avait peu de chances qu’ils aient laissé des traces de leur passage.

Pour le moment, tout ce dont il disposait était le témoignage de Robin, puis celui de Matthew lorsqu’il serait prêt à parler : il y avait une chance qu’il ait vu des éléments supplémentaires. Qui aurait pu connaître suffisamment d’informations, à la fois sur l’emploi du temps de ces deux-là, et les failles dans les tournées des vigiles ? L’hypothèse d’un Veilleur faisant partie de la sécurité était la plus probable, Roy comptait bien passer cette liste au peigne fin. Mais il fallait aussi chercher du côté de tous ceux qui avaient peu de chances d’être soupçonnés au premier abord. Un client très assidu, qui était parvenu à fouiner le temps de ses visites ? Un des membres du cercle politique secret, qui avait accès aux ailes secrètes du premier étage où se prostituaient justement les danseuses ? Un de ses propres lieutenants ? Cette dernière hypothèse était celle qui faisait le plus froid dans le dos, mais elle restait largement possible, car après Jayce et Roy, seulement trois personnes pouvaient savoir tout ce qui se passait dans l’établissement et y détenaient pas mal de leviers d’action : Fergus, Toni et Solal. Il préférait ne pas croire que cela puisse être l’un d’entre eux, surtout les deux premiers, mais il ne pouvait pas en ignorer la possibilité.

« Je suis convaincu que quelqu’un dans le cabaret vous a vendus, confirma t-il, les sourcils froncés par ses réflexions. Tu as dit tout à l’heure que ces mecs connaissaient bien tes horaires et ton parcours. Tu as eu l’impression d’être suivie ces derniers temps ? Il faut qu’on considère tous le champ des possibles, il y a des chances que ça soit quelqu’un de la sécurité, mais ça pourrait aussi être un client particulièrement observateur. »

Si elle avait soupçonné quelque chose récemment ou ressenti quoi que ce soit d’étrange, c’était le moment de s’en souvenir. Roy passa une main pensive sur sa barbe, détournant momentanément le regard. Plusieurs pistes se profilaient sous ses yeux, il comptait bien les prendre d’assaut toutes en même temps. Il était forcé de se montrer le plus réactif possible, s’il ne voulait pas que le temps finisse par effacer les traces de ce méfait.

« Je vais faire en sorte que les hommes se sentent sous pression ici, s’il y a un traître, il finira par faire une erreur, déclara t-il, ombrageux. S’il installait un climat de méfiance et de menace, les hommes resteraient sur leurs gardes et se surveilleraient mutuellement, ce qui démultipliait les chances que l’un d’eux remarque quelque chose. C’était précisément de cette façon-là qu’il y avait pu mettre la main sur un espion du Kraken que Juliana avait introduit dans son gang, un jour. En tout cas, si on ne parvient pas à le démasquer tout de suite, la meilleure façon de savoir qui nous a fait ce coup est de surveiller à qui profite le crime. J’aurai besoin que tu te montres très attentive à ça à partir de maintenant. Je sais que le trafic de baguettes est particulièrement fermé comme marché -et c’était un euphémisme de le dire, les fabricants gardaient très jalousement tous leurs secrets et leurs contacts, multipliant les intermédiaires pour assurer la confidentialité de leur marché- mais il va falloir qu’on parvienne à s’y introduire le plus loin possible. Si on arrive à trouver qui tire parti de ce retournement de situation, alors on pourra démasquer tous les autres liens, un par un. Tu peux faire ça ? Déployer tous tes contacts et tes connaissances du milieu pour creuser à fond la piste du marché qui intéressait tes agresseurs ? »

Son regard perça celui de Robin, dans l’attente de son assentiment. La mission était loin d’être aisée, elle pouvait l’exposer assez fortement, mais il n’y avait rien de tel qu’une envie de vengeance comme moteur, il y croyait, en tout cas.

« Le mieux serait de réussir à mettre la main sur Wlaskoff… reprit t-il, songeur. Puisque c’est lui qui nous assure ce marché, si on parvient à l’avoir sous notre contrôle, on pourra surveiller ce qui s’y trame. » Il le supposait en tout cas. Wlaskoff n’était encore une fois peut-être qu’un intermédiaire, voire un intermédiaire d’intermédiaire. « Tu penses que tu pourrais l’approcher ? »

Roy voulait savoir tout ce qu’elle connaissait de lui, pour pouvoir mieux évaluer leur marge de manoeuvre. Rien n’était impossible, tant qu’ils y mettaient les moyens, et justement, il disposait parmi ses hommes d’un formidable catalyseur, quand il s’agissait d’enquêter… La silhouette d’Evan s’introduisit si silencieusement dans le bureau que s’il n’avait pas été pile en face de la porte, Roy ne l’aurait sans doute pas vu tout de suite. Fergus avait donc pu le trouver rapidement, c’était parfait, enfin un semblant de bonne nouvelle. Il était déjà derrière Robin lorsque le chef de gang le salua :

« Bien, tu as pu vite venir. J’avais peur que tu ne sois pas encore rentré de ta dernière mission. »

Les épaules de l’espion se haussèrent, sa mine comme toujours indéchiffrable lorsqu’il répondit :

« Situation de crise. Donc je suis là. »
Difficile de savoir ce qu’il en pensait, mais de toute manière, ce n’était pas tellement ce que Roy cherchait. Il voulait plutôt connaître ce qu’il en savait. Sur le même ton, Evan lança sans regarder la jeune femme : « Bonjour, Robin. »

Roy ignorait s’il avait déjà parlé à la danseuse pour connaître son prénom, mais ce n’était de toute manière pas un indicateur. Il avait un dossier mental sur toutes les personnes qui fréquentaient le cabaret et la ville de Bristol de près ou de loin, en ayant adressé la parole à très peu d’entre elles. L’espion s’assit à côté de Robin, puis posa son regard d’un bleu diaphane sur leur chef, sans rien dire, dans l’attente de ses instructions. Roy les contempla l’espace d’une seconde, comme pour juger de la justesse de son plan avant de le leur livrer. Robin n’avait qu’une seule chance dans son malheur : elle et son frère étaient les seuls membres du gang en dehors de tout soupçon de sa part, puisqu’ils avaient été directement victimes. Pour cette raison, même si elle avait trahi les Veilleurs en donnant des informations, Robin était paradoxalement la seule à qui Roy pouvait confier une tâche d’importance pour les sortir de ce mauvais pas, en étant certain qu’elle ne lui planterait pas de couteau dans le dos. Tous les autres qu’il comptait -et qu’il allait de fait mettre sur le coup- eh bien, il allait devoir les choisir et présupposer qu’il pouvait leur faire confiance. Heureusement, il disposait d’hommes dont il était certain de la valeur, et Evan en faisait partie.

« Le plan est simple, annonça t-il. Je confierai à Sofya la mission de trouver le traître parmi nous, s’il y en a un. Roy lui faisait confiance et la savait douée à cette tâche, elle en avait déjà débusqué par le passé et il savait qu’elle n’épargnerait aucun de leurs hommes, même ceux qu’elle appréciait. Quant à tous les deux, je veux que vous travailliez ensemble à retrouver les trois salauds qui se sont introduits ici. Robin, tu confieras à Evan toutes les informations dont tu disposes sur eux et sur ce qu’ils sont venus chercher. Avant que tu n’arrives, dit-il à l’adresse de l’ancien cambrioleur, je lui disais que je voulais qu’elle fasse en sorte de prendre la température du trafic de baguettes dans les prochains jours. »

Evan hocha la tête, le regard levé quelque part au-dessus de Roy, comme s’il était pris d’une réflexion. Il passa ses mains derrière la nuque, en s’appuyant davantage contre le dossier, dans une posture pensive et décontractée à la fois.

« Hum, hum, compris. Trouver à qui profite le crime.
-C’est ça. Vous pouvez vous considérer comme une équipe. Toi, Robin, tu as tes contacts et une certaine connaissance du milieu. Et Evan, un réseau plus large et des capacités à t’introduire là où il faut. Je pense qu’à vous deux, vous saurez comment débloquer des situations. »

A nouveau, Evan hocha la tête d'approbation, sans rien objecter, puis posa un regard interrogateur sur Robin. C’était le moment où il aurait pu dire quelque chose comme « on va faire une bonne équipe » ou toute autre parole de camaraderie. Mais c’était mal connaître la personnalité insaisissable et ses répliques imprévisibles, qui lui valaient cette réputation d’homme profondément étrange dans le gang… Il posa sa question d’un ton tranquille, même poli, ses bras croisés contre sa poitrine.

« Dis-moi, est-ce que je peux fouiller ta tête ? »



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Robin MacFarlaneDanseuse aux Folies Sorcièresavatar
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Robin fut soulager de voir que Roy arrivait à la même conclusion qu'elle. Elle n'était pas complètement paranoïaque: Quelqu'un les avait vendus, elle et son frère. Mais qui ? Un collègue ? un client ? Un supérieur ? Son patron lui demandait  d'envisager tous les scénarios possibles et imaginables. En dépit de sa fatigue, Robin mobilisa donc toute sa concentration et chercha dans son esprit un indice éventuel, en vain.

"Je n'ai rien remarqué d'anormal,
dit-elle en secouant la tête, en tout cas rien qui me revienne,  là, comme ça..."

Elle se massa le front quelques instants, le regard dans le lointain et fouilla sa mémoire.

"Mes horaires sont affichés dans la salle de pause -comme ceux de toutes les autres filles- , expliqua-t-elle posément, n'importe qui travaillant aux Folies peut savoir quand je suis de nuit et à quelle heure je termine mon service.  Je n'ai pas un planning régulier, ça change toutes les semaines de manière aléatoire, il arrive même parfois que je remplace Gloria au pied levée, je ne vois pas comment un client aurait pu savoir à quelle heure je finis ni quels couloirs j'emprunte pour rejoindre les vestiaires..." Elle pensait plutôt à un membre du staff ou un livreur peut-être, en tout cas quelqu'un qui avait accès aux coulisses et aux parties privées du cabaret, " Mais je vais creuser du côté de la clientèle." ajouta-t-elle toutefois pour prouver sa bonne foi." J'ai quelques clients réguliers qui se sont peut-être renseignés sur moi auprès des autres filles..."

Elle se tut en voyant que Roy ne l'écoutait pas vraiment. Il semblait plutôt perdu dans ses propres pensées, surement occupé à fomenter des représailles pour contrer ceux qui l'avaient humiliés aujourd'hui. D'ailleurs, il ne tarda pas à exposer un plan d'action en commençant par mettre ses employés sous pression pour que l'éventuelle taupe craque d'elle même. La danseuse hocha la tête pour approuver cette stratégie. Même le plus honnête des employés devait sentir la pression de Roy sur ses épaules. Robin était persuadée qu'il n'aurait pas besoin de forcer beaucoup sa nature pour instaurer ce climat de méfiance. Il lui expliqua ensuite, plus en détail, la mission qui l'incombait. Non seulement elle devait se montrer particulièrement attentive -quoiqu'il en soit, après ce qu'elle venait de traverser elle n'avait pas besoin des mises en garde de Roy pour être sur le qui vive - mais, de surcroit, il la missionnait pour s'investir encore davantage dans le trafic de baguette. Ce n'était pas une simple chance de se racheter qu'il lui offrait mais une réelle marque de confiance, du moins, Robin l'interprétait ainsi.

Elle sentit sa foi en l'humanité revenir quelques instants avant que sa raison ne lui assène une gifle mentale. *Réfléchis idiote !* se sermonna-t-elle. Roy devait manquer d'hommes de confiance, justement, et il procédait par élimination, ni plus ni moins. Elle ne devait pas y voir le moindre témoignage affectif. Comme Matthew et elle étaient les principales victimes de cette intrusion, il y avait peu de chance qu'ils soient les commanditaires de l'agression. Logique. A moins d'être particulièrement tordu, bien sûr.

"Si tu m'y autorises, j'aimerai pouvoir mettre mon père dans la confidence. Je sais que parfois il devrait réfléchir un peu avant de parler, enchaina-t-elle rapidement en levant légèrement la main pour contrer un éventuel refus. Everett MacFarlane était réputé dans le milieu pour son franc parler et ses prises de positions radicales -voir trop radicales- mais il faisait partie des piliers de l'Allée des Embrumes s'était indéniable. Il connaissait beaucoup de monde à Londres et ses activités d'apothicaire l'amenait régulièrement à commercer avec d'autres mafieux d'Angleterre, d'Ecosse ou d'Irlande.  "Il peut laisser trainer ses oreilles pour nous."  et il le ferait volontiers en découvrant l'état dans lequel était Matthew. Que sa fille soit torturée et défigurée à vie, il n'en avait cure mais que quelqu'un ait osé toucher ne serait-ce qu'à un cheveu de son cher Matthew et Everett montrait au créneau. Il serait même diablement efficace, Robin en était convaincu,"... pour ce qui est de mes autres contacts je vais activer tout ça." dit-elle en hochant la tête. Dustin se révélerait surement un indic' de premier choix comme quelques autres anciens contacts de Matthew que Robin avait conservé.

*A qui profite le crime ?* songea-t-elle alors en grattant le sang coagulé au coin de ses ongles.

"Les acteurs du traffic de baguette anglais sont relativement peu nombreux, réfléchit-elle tout haut, Sorti de Bràigheach, qui reste-il ? Le jeune nouveau faussaire installé à Londres ? Il n'est pas encore assez implanté pour tenter un si gros coup. Du moins je ne le pense pas, rectifia-t-elle en comptant sur ses doigts tout en énumérant les noms. Lucky Luigi ? Il n'en serait pas à son premier coup d'essai puisqu'il a essayé de me débaucher à la sortie de prison de Mat. Glazkov ? Si j'ai bien compris, il a postulé après le départ de Matthew mais vous lui avez préféré Angus. Il pourrait avoir une petite dent contre nous... Elle leva son annulaire et poursuivit, Laoghaire McStirling aurait aussi des raisons d'être mécontente puisqu'on a embauché son ancien faussaire..."

Robin poussa un soupir, il y avait de nombreux chefs de gangs qui avaient des raisons de vouloir nuire aux Veilleurs. Elle se tut un instant en réfléchissant à cette possibilité. En effet, et si ce n'était pas véritablement le traffic de baguette qui était en jeu mais bel et bien la main mise de Roy Calder sur tout le territoire de Bristol ? Si cela se trouvait, les activités de falsification de baguette des Veilleurs n'avaient été qu'un prétexte pour frapper Roy personnellement et ébranler sa domination au sein de son gang. Alors qui était à l'origine d'un tel coup bas ? La liste était bien plus longue que prévue...

Enfin, comme le soulignait son patron très justement, cela ne servait à rien de spéculer sur l'identité du commanditaire. Le plus sûr était encore de remonter la piste Wlaskoff pour garder un peu d'avance sur leurs agresseurs.

"Je n'ai jamais eu à faire à lui personnellement." avoua-t-elle d'un air désolée" il m'a toujours contacté par la poste moldue. Matthew s'était même créée une boite aux lettres dans un immeuble à Londres afin de pouvoir recevoir ses commandes. Je lève  le courrier dorénavant. J'ai plusieurs de ses cartes postales en lieu sûr, je peux te les amener si tu veux qu'on regarde ça ensemble."

Ils pouvaient étudier l'écriture, les cachets de la poste ou encore essayer de déceler des traces de magie sur le papier.

Toutefois, lorsque  Roy reprit la parole, ce ne fut pas pour  lui répondre mais pour s'adresser à quelqu'un, situé dans le fond de la pièce.  Robin tourna vivement la tête pour voir qui était entré dans le bureau sans faire le moindre bruit. Evan, bien sûr, qui d'autre, constata-t-elle en dissimulant la cicatrice de sa joue derrière une mèche de cheveu. Ce qu'elle pouvait-être pathétique parfois songea-t-elle sans pour autant esquisser le moindre geste pour glisser sa chevelure derrière son oreille.

" Evan." répondit-elle simplement lorsqu'il la salua. Elle ne se voyait clairement pas lui faire la conversation comme si de rien n'était. En effet, elle était en partie responsable de la fameuse "situation de crise" qui l'avait visiblement fait rentrer de mission plus tôt alors cela ne servait à rien de faire dans les faux semblants. La jeune femme reporta son attention sur ses mains jointes et sur le sang coagulé sous ses ongles, un peu inquiète à l'idée de devoir de nouveau rendre des comptes à quelqu'un. Elle était plus à l'aise seule avec Roy maintenant qu'il lui avait expliqué la marche à suivre et elle aurait préféré qu'Evan ne soit pas convoqué par le chef. Elle ne voulait voir personne- pas même Gloria- et elle ne se sentait pas la force de raconter une nouvelle fois tout son calvaire à quelqu'un qui se fichait éperdument de ce qu'elle pouvait bien ressentir au fond d'elle-même. La fatigue, son corps encore endolori et le poids de la mission que venait de lui donner son patron l'accablaient assez et elle rêvait juste de quelques minutes de repos avant de repartir au combat, un peu  moins à fleur de peau et  avec les idées plus claires.

Toutefois elle allait devoir attendre encore un peu puisque Roy ne manqua pas d'expliquer son plan à Evan qui paraissait particulièrement décontracté. Sa posture tranquille contrastait avec l'état de tension dans lequel se trouvait Robin. En dépit de son épuisement aussi bien physique que mental, elle se tenait bien droite sur son siège et hochait la tête à chaque nouvelle directive de Roy: Confier à Travis toutes les informations dont elle disposait, très bien,  se considérer comme une équipe, d'accord, Débloquer les situations, c'est comme si c'était fait ! semblait-elle dire à chaque acquiescement. Lorsque son patron eut enfin fini, elle se tourna légèrement vers Evan pour esquisser un maigre sourire à son attention. Ils étaient partenaires dorénavant, alors, autant faire bonne figure.

A dire vrai, elle le trouvait plutôt intimidant, peut-être parce qu'il ne ressemblait pas aux autres hommes prévisibles qu'on pouvait vite captiver avec un sourire aguicheur ou des jambes interminables. Elle ne se souvenait pas avoir vu Evan reluquer une seule fille des Folies -ni un seul machiniste musclé d'ailleurs- et il semblait particulièrement hermétique à tout ça. Il avait toujours cette mine indéchiffrable aussi inquiétante que captivante.

Pourtant elle savait que sa réputation dans le milieu n'était plus à faire. Roy lui avait réservé un parfait allié dans la tache qui lui incombait, elle en avait conscience.

" Par quoi veux-tu  commencer ?"
demanda-t-elle en reléguant son moment de repos et sa douche à plus tard. Ils devaient conserver l'avance qu'ils avaient sur "Son Pire Cauchemar" et les heures à venir allaient être déterminantes. "Je peux t'expliquer ce qu'il s'est passé." ajouta-t-elle en faisant un énorme effort pour prendre sur elle et pour que personne ne devine ses réticences dans sa voix.

Pourtant Evan ne semblait pas de cet avis. Il ne voulait pas l'entendre exposer son récit, il préférait aller chercher l'information à la source, dans son cerveau.

"Tu plaisantes ? lâcha Robin en sondant l'expression impénétrable de son voisin, Bien sûr que non voyons! s'exclama-t-elle, presque malgré elle ,en lui jetant un regard défiant. Elle resserra machinalement les pans de la blouse de machiniste qu'on lui avait prêté et gratifia Evan d'un regard mi furieux mi choqué, J'ai déjà assuré à Roy tout mon soutien, ajouta-t-elle en désignant son patron de la main, s'il faut que je te raconte tout en détail je le ferais.  Je vais coopérer... Je coopère déjà ! ajouta-t-elle en prenant son patron à partie, Je n'ai aucun intérêt à te mentir Roy, tu le sais, je suis sûre qu'on peut éviter ça." ajouta-t-elle en secouant la tête.

Son cœur s'était emballé et elle se sentait fébrile. Robin était prête à donner de sa personne -au sens propre comme au sens figuré- pour que les affaires des Folies -et les siennes- prospèrent. Elle monnayait sa compagnie , vendait son corps et ses services aux plus offrants. Toutefois, il y avait une limite qu'elle n'entendait pas dépasser et c'était justement ce qu'Evan lui demandait aujourd'hui.
Ce n'était pas la première fois qu'un homme souhaitait se livrer à cet exercice. Plusieurs clients avaient déjà émis le souhait de lire ses pensées à l'aide d'un sortilège mais Robin les avait toujours gentiment, mais fermement, remis à leur place.

Elle était une prostituée, pas un rat de laboratoire, que ce soit clair.

Comment Evan pouvait-il penser qu'elle puisse répondre par l'affirmative ! Ce type était tellement bizarre parfois. Ne savait-il pas que Matthew était ressorti de ce même genre d'expérience complètement lobotomisé ? Qu'il avait littéralement oublié tout un pan de sa vie après que des chercheurs de Skye se soient introduits dans son esprit ? Non, Evan ne pouvait pas l'ignorer, il savait qu'elle s'occupait de Matt depuis cet "incident". Qu'elle était celle qui tentait, chaque jour, de maintenir l'illusion. Celle qui portait, pour deux, le poids de l'ancienne vie de faussaire de son ainé. Elle avait décidé d'en tirer profit en s'investissant dans le trafic de baguette mais ce quotidien était difficile à vivre parfois. Matt avait été dépossédé d'une part de son identité et elle ne retrouverait jamais le frère qu'elle avait toujours connu justement à cause de ces foutues manipulations mentales. Evan savait. Il savait tout sur tout le monde à Bristol, Robin en était persuadé. Il prenait son air tranquille uniquement pour lui faire avaler la couleuvre. "Mais non, rassures toi ce n'est qu'une petite intervention de rien du tout qui ne vaut pas la peine de se mettre dans des états pareils." Ben voyons ! Après tout, elle avait déjà été enlevée, séquestrée et torturée aujourd'hui, elle n'était plus à ça près ! pensa-t-elle avec une profonde amertume mêlée de colère.

"Ne m'oblige pas à faire ça, lâcha-t-elle alors à destination de Roy. Elle savait qu'Evan ne ferait rien si le chef des Folies lui en donnait l'ordre, je ne veux pas."

C'était la première fois, en plusieurs années de carrière aux Folies, qu'elle s'opposait si frontalement à Roy. Elle ne s'était pas énervée et elle ne comptait pas le supplier non plus mais elle tenait à être clair: Ils n'obtiendrait pas son consentement sur ce point. Il y avait beaucoup de concession qu'elle était prête à faire mais pas celle là.


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Skull and crossbones [Robin & Roy]

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